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Le blog de Lucien PONS

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Éric Toussaint : « La solidarité européenne n’a jamais existé dans le cadre de l’UE. Il faut une solidarité entre les peuples européens » 11 juin 2013.

12 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Éric Toussaint : « La solidarité européenne n’a jamais existé dans le cadre de l’UE. Il faut une solidarité entre les peuples européens »

11 juin 2013

 

La crise de la zone Euro démontre qu’il y a bien une Europe à deux vitesses, non pas celle de l’UE 17 (zone euro) et l’UE 27 (États membres), mais celle des pays riches et solides d’une part et celle des pays pauvres et fragiles d’autre part. Qu’est-ce qui a creusé ce fossé ?


L’Union européenne et la zone Euro ont été créées en appliquant des principes qui favorisent uniquement le capital : liberté totale de mouvements de capitaux, liberté de circulation des marchandises et des services, promotion à tout prix de la concurrence, mise en cause de la démarche du principe des services publics… On donne toute liberté au capital dans le but de faire un maximum de profit, considérant à tort que si on favorise une initiative privée, tout va très bien fonctionner.

 

En mettant en place ce principe et en réduisant au maximum l’intervention des États en termes de réglementations, de budgets, on se retrouve avec une Europe où le budget représente moins de 1 % de son PIB alors que généralement, le budget des États les plus industrialisés tourne autour des 40 à 50 % du PIB ! On se retrouve avec un budget famélique dont près de la moitié va à la Politique agricole commune. La conséquence, c’est que l’Europe ne s’est pas dotée d’un moyen lui permettant de réduire les disparités entre les économies les plus fortes et les plus faibles de l’Union. Quand on met dans une même structure en compétition des économies tout à fait différentes, on renforce les disparités.


Y a-t-il d’autres points de fracture ?


Non seulement, on a une opposition d’une part, entre des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande et les pays de l’Est et de l’autre, avec les plus forts de l’UE. Mais aussi à l’intérieur même de chacun de ces pays ! On y a augmenté par le biais des réformes du marché du travail, les disparités salariales.

Les politiques menées à l’intérieur des États de l’UE ont contribué aux inégalités. Un exemple emblématique, l’Allemagne. On a mis en place des contre-réformes visant à augmenter très fortement les différences de statut entre les travailleurs, ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a 7 millions de salariés à plein temps qui gagnent 400 euros par mois !


On sait que la fiscalité est un des nœuds du problème européen et de l’endettement des États. Comment expliquer le fait que la plupart des pays européens continuent à jouer la concurrence interne ?


On a refusé une harmonisation fiscale en Europe. On se retrouve avec des systèmes fiscaux totalement différents. A Chypre, l’impôt sur les sociétés est de 10%. Ce qui devrait changer avec la crise que l’on connait aujourd’hui. En Irlande, l’ISOC est de 12,5% et en Belgique, il est de 33,99 %. Cette disparité permet aux entreprises de déclarer leurs revenus là où ça leur coûte moins cher. La politique européenne actuelle protège la fraude fiscale. Les paradis fiscaux existent au sein de l’Union européenne et de la zone Euro. Notamment, La City à Londres pour l’UE, le Grand duché du Luxembourg dans la zone Euro. La Belgique aussi avec notamment les intérêts notionnels.


Au niveau national, il est tout à fait possible d’adopter des mesures de justice fiscale. L’idée reçue selon laquelle « on est dans la zone Euro donc on ne peut pas prendre de mesures importante sur le plan fiscal » est fausse. On fait croire aux gens qu’il n’y a pas d’autre issue. Ceux qui invoquent ce discours cherchent à protéger les fraudeurs. On voit bien qu’avec l’ « affaire » de Chypre, on voit poindre des solutions qui auparavant étaient considérées comme impossibles : on va taxer les personnes qui ont plus de 100 000 euros dans les banques, instaurer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Je rejette les mesures imposées à Chypre car l’objectif poursuivi est d’imposer une politique globale antisociale mais certaines dispositions prises montrent qu’il est possible de contrôler les mouvements de capitaux et de taxer fortement au-dessus d’un certain niveau de patrimoine.


Malgré les règles imposées par l’UE, il est tout à fait possible que des pays s’opposent à la politique de la Commission et forcent par leur attitude, une renégociation au niveau européen. Il faut reconstruire l’Europe démocratiquement. Entre temps, il faut que des gouvernements de gauche rompent la discipline. Si François Hollande avait respecté ce pourquoi les Français l’ont élu, il aurait demandé à renégocier le pacte fiscal européen avec Angela Merkel et dans le cas où elle aurait refusé, il se serait prononcé contre au moment du vote. Cela aurait pu empêcher l’adoption de ce traité.


La crise de l’Euro traduit de manière évidente une absence de gouvernance politique solide (absence de politique économique, budgétaire, fiscale et sociale cohérente). Le non-soutien européen par rapport à la dette grecque est révélateur de la fragilité d’une union si elle n’est pas fondée sur la solidarité. Cette crise de l’Euro sonne-t-elle définitivement le glas de la solidarité européenne ? Le rêve de fédéralisme européen est-il définitivement enterré ?


La solidarité européenne n’a jamais existé dans le cadre de l’UE telle qu’elle existe. Ou on pourrait dire que si solidarité il y a, c’est avec les grandes entreprises européennes. Les gouvernements européens ont systématiquement pris des mesures pour venir en aide aux banques européennes et aux grandes entreprises européennes. Mais quand il s’agit de venir en aide aux peuples et aux économies les plus faibles, il n’y a pas de solidarité. On pourrait plutôt dire qu’il y a un certain type de solidarité : une solidarité de classe, une solidarité entre les capitalistes.


Le fédéralisme est possible mais il doit résulter d’une constituante des peuples. Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit défendent un fédéralisme par en haut… Il nous faut un fédéralisme prôné par la base, par le peuple.


Le fédéralisme est possible et nécessaire, mais cela implique une issue à partir d’en bas à la crise européenne. Cela ne veut pas dire un repli sur soi mais une solidarité entre les peuples européens et une Constitution européenne décidée par les peuples eux-mêmes.


Que faudrait-il faire pour rendre les institutions européennes plus démocratiques ?


Il faut déconstruire les institutions non démocratiques et en construire de nouvelles et ce à partir d’une constituante des peuples ! Le pouvoir législatif (le parlement européen) est extrêmement faible, trop soumis à l’exécutif.


À défaut de recette miracle, avez-vous une idée concrète pour réconcilier le citoyen avec l’Europe ?


Dans le cadre des frontières nationales, il faut prendre des initiatives pour que les mouvements sociaux et les organisations de gauche cohérentes définissent un projet commun.


En Belgique, la FGTB de Charleroi et des mouvements de gauche radicale s’associent autour de la création d’un nouveau projet politique, le 27 avril |1| . Au niveau européen, via le mouvement Altersummit, on essaye de promouvoir une convergence entre un maximum de mouvements citoyens, de mouvements sociaux et de syndicats européens. |2| Ce n’est pas facile, jusqu’ici c’est trop lent mais il faut néanmoins construire un coalition des mouvements sociaux européens. Il faut aussi contribuer à relancer si c’est possible le mouvement des indignés, soutenir Blockupy à Francfort contre la BCE |3|.


L’Europe a sa raison d’être parce que…


Parce qu’il faut une solidarité entre les peuples européens et qu’elle est tout à fait possible.

 

L’Europe a sa raison d’être à condition que…


Que le processus se fasse par « en bas ». Il faut une constituante des peuples européens et donc une refondation de l’Europe. 


Il faut tourner le dos à la politique qui a été menée auparavant. Il y a plusieurs scénarios possibles pour sortir de la crise. Celui qui est appliqué aujourd’hui (austérité) approfondit et aggrave la crise.

 

On est parti pour au moins 10 à 15 ans de crise, de croissance très réduite. Sauf si des mobilisations sociales aboutissent à des réformes structurelles radicales telles que : la socialisation des banques, le renforcement des services publics, la reconstruction d’une l’Europe basée sur une constituante des peuples ; une Europe solidaire des autres parties du monde. Il faut également obtenir l’annulation/répudiation de la dette publique illégitime et dans cette perspective développer les initiatives d’audit citoyen de la dette comme c’est le cas en Belgique aujourd’hui. |4|

 

Cette solution impliquerait que les mouvements sociaux et la gauche radicale soient capables d’offrir une vraie alternative, un programme cohérent et ne se limitent pas à un programme néo keynésien. Je trouverais dommage que cette crise du capitalisme n’aboutisse au final qu’à un peu plus de discipline… Le capitalisme vert régulé ne permettra pas de régler le problème fondamental du changement climatique. Il faut sortir du système capitaliste.


Notes

|1| Voir : http://www.lcr-lagauche.be/cm/index... 

Voir également : http://www.rtbf.be/info/belgique/de... et http://www.garcialorca.be/spip/rubr...

|2| Voir http://www.altersummit.eu/

|3| Voir http://cadtm.org/Francfort-ein-zwei...

|4| Voir http://cadtm.org/Declaration-pour-l...


La version originale de cette interview est disponible sur le site des Equipes populaires qui éditent la revue Contrastes : http://www.equipespopulaires.be/sit...

La présente version a été revue spécialement pour le site www.cadtm.org


http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/article-eric-toussaint-la-solidarite-europeenne-n-a-jamais-existe-dans-le-cadre-de-l-ue-il-faut-une-sol-118438067.html

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L'ALLEMAGNE CRAINT UNE RÉVOLUTION SI LE CHÔMAGE DES JEUNES CONTINUE D'EXPLOSER EN EUROPE.

8 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

L'ALLEMAGNE CRAINT UNE RÉVOLUTION SI LE CHÔMAGE DES JEUNES CONTINUE D'EXPLOSER EN EUROPE

 

Le taux de chômage OFFICIEL des jeunes de moins de 25 ans dans l'ensemble des pays de l'UE est passé de 15% en moyenne en février 2008 à 22,5% en juillet 2012.

 

Il continue depuis lors à se dégrader à toute allure.

 

 

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Nouveau record de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans

dans la zone euro  : 24,4%

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C'est ce que révèlent les dernières données publiées par Eurostat : en avril 2013, 5,627 millions de jeunes de moins de 25 ans étaient au chômage dans l’UE27, dont 3,624 millions dans la zone euro. L'institut de statistique européen indique que « par rapport à avril 2012, le nombre de jeunes chômeurs a augmenté de 100 000 dans l’UE27 et de 188 000 dans la zone euro ».

 

[source : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-31052013-BP/FR/3-31052013-BP-FR.PDF ]

 

Notons au passage qu'Eurostat procède ici, encore et toujours, au tour de passe-passe de présentation que j'ai déjà plusieurs fois dénoncé. À savoir que les statisticiens payés par la Commission européenne cachent le fait que, si le nombre de jeunes chômeurs a augmenté de 100 000 dans l’UE27 et de 188 000 dans la zone euro, cela signifie que le nombre de jeunes chômeurs a DIMINUE de -88 000 dans les 10 États de l'UE qui n'ont pas adopté l'euro (ZHE10 selon ma terminologie).

 

(cf. mes articles précédents sur le sujet :http://www.u-p-r.fr/actualite/france-europe/nombre-de-chomeurs-2-015-000-dans-la-zone-euro-en-un-an-3000-dans-lue-hors-zone-euroet http://www.u-p-r.fr/actualite/france/nouveau-record-historique-de-chomage-en-zone-euro-121-en-mars-2013)

 

Eurostat précise qu'en avril 2013, le taux de chômage des jeunes officiel s’est élevé à 23,5% dans l’UE27 et à 24,4% dans la zone euro. Le chômage des jeunes dans les pays de l'UE hors zone euro est donc moindre que celui des pays dans la zone euro.

 

Parmi les États où le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans dépasse ce taux moyen - déjà considérable - de 24,4%, figurent en particulier :

 

  • France : 26,5%
  • Irlande : 26,6 %.
  • Chypre : 32,7 %.
  • Italie : 40,5 %.
  • Portugal : 42,5 %.
  • Espagne : 56,4 %.
  • Grèce : 62,5 %.

 

Face à ces données proprement effarantes, l'Allemagne affiche un score remarquable de 7,5% seulement de taux de chômage chez les jeunes. Ce taux résulte de plusieurs faits structurels, à peu près non reproductibles dans les autres pays de la zone euro, et notamment le fait :

  • que la compétitivité et la structure de l'économie allemande ne souffrent pas de la surévaluation de l'euro sur les marchés des changes, alors que cette surévaluation est en train de détruire l'industrie de la France et des pays du sud de l'Europe ;
  • que, depuis les réformes dites "Hartz IV", les jeunes Allemands acceptent des "petits boulots" (d'une durée hebdomadaire de 8 à 10 heures) et rémunérés une misère (le SMIC interprofessionnel n'existe pas en Allemagne et il n'est pas rare de voir des offres d'emploi payées à 5 euros de l'heure).

 

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Le ministre allemand des finances craint une révolution

 

si l'Europe abandonne son modèle social

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Quoi qu'il en soit, la dégradation spectaculaire de la situation de l'emploi des jeunes à travers l'Europe - et tout spécialement dans la zone euro - fait peur aux autorités allemandes.

 

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a en effet averti publiquement, voici quelques jours, que perdre la bataille contre le chômage des jeunes pourrait déchirer l'Europe, et que l'abandon du modèle social du continent européen en faveur de normes plus strictes comme aux États-Unis pourrait déclencher une révolution.

 

Usant d'un ton particulièrement alarmiste, Wolfgang Schäuble a déclaré : 

 

« Nous devons être plus efficaces dans notre lutte contre le chômage des jeunes, sinon nous perdrons la bataille pour maintenir l'unité de l'Europe. Si les normes sociales américaines sont introduites en Europe, alors nous aurons une révolution, pas le lendemain, mais le jour même. »

 

[Source : http://www.reuters.com/article/2013/05/28/us-europe-unemployment-idUSBRE94R0D320130528]

 

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Conclusion

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Mois après mois, l'urgence se fait de plus en plus sentir de rompre avec les causes premières de ce chômage de masse. Les deux premières mesures les plus fondamentales à prendre sont :

  • sortir de l'euro , bien trop cher pour la compétitivité de l'économie française ;
  • et mettre un terme à l'hémorragie d'emplois provoquée par la libre circulation des capitaux imposée par l'article 63 du TFUE.

Mes lecteurs ne seront pas surpris par ce diagnostic. C'est celui que l'UPR fait depuis sa création le 25 mars 2007, sans jamais avoir dévié d'un iota ni du diagnostic ni de la solution.

 

François Asselineau

2 juin 2013 

 

 

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Donner du travail et sortir de la misère des millions de jeunes

et de moins jeunes est une urgence absolue.

 

Pour cela, il faut mettre de côté provisoirement le clivage droite-gauche

 

https://www.facebook.com/notes/françois-asselineau-union-populaire-républicaine/lallemagne-craint-une-révolution-si-le-chômage-des-jeunes-continue-dexploser-en-/10151414945027038

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L'UE face à l'afflux d'immigrants et de réfugiés.

8 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

 

"La semaine dernière un scandale a éclaté entre Rome et Berlin : il s'est avéré qu'au cours des derniers mois plusieurs centaines de ressortissants de Libye, du Ghana et du Togo avaient rejoint l'Allemagne depuis l'Italie. Berlin affirme que les Italiens donnaient aux réfugiés 500 euros et insinuaient qu'ils feraient mieux d'aller en Allemagne."

L'UE face à l'afflux d'immigrants et de réfugiés

Kommersant
MOSCOU, 4 juin - RIA Novos

Les pays de l'UE vont pouvoir rétablir un contrôle à leurs frontières et suspendre, le cas échéant, leur régime sans visas avec un pays tiers, écrit le quotidien Kommersant du 4 juin 2013.

C'est ainsi que l'Union européenne a réagi à l'afflux d'immigrants d'Afrique du Nord et de clandestins des Balkans. Selon les experts, la dernière mesure pourrait également influer sur les négociations concernant le régime sans visas entre l'UE, la Russie et les pays de la CEI.

L'Union européenne pourrait être en mesure d'instaurer un contrôle frontalier en cas d'urgence dès l'année prochaine. Les pays-membres en avaient convenu dès l'été 2012 et à la fin de la semaine dernière le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l'Europe sont tombés d'accord sur les amendements à la législation européenne. La première lecture du document est prévue au Parlement européen ce mois-ci.

La France et l'Italie se sont retrouvées confrontées à cette problématique en 2011, après que des dizaines de milliers de réfugiés ont fui leur pays après les soulèvements dans les pays d'Afrique du Nord et du monde arabe. La semaine dernière un scandale a éclaté entre Rome et Berlin : il s'est avéré qu'au cours des derniers mois plusieurs centaines de ressortissants de Libye, du Ghana et du Togo avaient rejoint l'Allemagne depuis l'Italie. Berlin affirme que les Italiens donnaient aux réfugiés 500 euros et insinuaient qu'ils feraient mieux d'aller en Allemagne.

Désormais dans ces cas-là, les pays de l'UE pourront instaurer légalement un contrôle frontalier exceptionnel pour une durée maximale de 6 mois. Cette décision peut être unilatérale mais devra ensuite être approuvée par la Commission européenne. "Le contrôle de l'UE est obligatoire, sinon il serait facile de profiter de cette mesure à des fins de politique intérieure", a expliqué une source du Parlement européen. Les autorités européennes affirment qu'en cas d'instauration du contrôle frontalier les détenteurs des visas Schengen ne rencontreraient pas de problèmes pour circuler au sein de l'UE mais devront passer une procédure de vérifications des documents à l'intérieur de l'UE.

En parallèle l'Union règle également le problème des réfugiés de pays dont les citoyens peuvent entrer sur son territoire sans visa. Selon le centre de recherche European Stability Initiative, en 2009-2010 après l'annulation du régime de visas avec la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, l'Albanie et la Bosnie-Herzégovine, le nombre de demandes d'asile des ressortissants des Balkans est passé de 9 000 à 25 000-33 000 par an (en majeure partie des tziganes). Bien que moins de 10% des requêtes soient satisfaites, l'étude de la demande peut prendre des mois – pendant ce temps les autorités du pays d'accueil doivent loger, nourrir et soutenir financièrement les demandeurs d'asile. Aujourd'hui les pays de l'UE étudient un nouvel outil juridique – une sorte de clause permettant de suspendre jusqu'à 6 mois, voire annuler le régime sans visas avec des pays tiers.

"Ce thème a été soulevé en raison de l'afflux d'immigrants venant des Balkans, a confirmé Andreï Kovatchev, vice-président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen. Un membre de l'UE peut exiger de suspendre le régime sans visas en cas de forte affluence d'immigrés clandestins, d'augmentation du nombre de demandes d'asile ou du nombre de refus de réadmission."

Les amendements ont été approuvés en première lecture par la commission des libertés civiles et des affaires intérieures du Parlement européen mais la version finale n'est pas encore prête.

"La liberté de circulation pour les citoyens de pays tiers est un problème très sensible. Nous devons être certains qu'au final cela ne se transformera pas en outil utilisé par un ou certains pays de l'UE, qui pourraient profiter de cette clause à des fins de politique intérieure, explique la députée européenne Tanja Fajon. L'atmosphère est très tendue en Europe aujourd'hui, les gens ont peur des immigrés. Certains gouvernements pourraient tenter de fermer leurs frontières sous la pression des nationalistes ou des populistes."

 

http://fr.rian.ru/presse_russe/20130604/198466267.html

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La gauche de gauche va-t-elle enfin sortir du conformisme ? Par Bernard Cassen.

4 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale


"Pour nos combats de demain, pour un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus fraternel et solidaire, nous devons maintenir vivante la mémoire de nos luttes".

Gunter Holzmann

La gauche de gauche va-t-elle enfin sortir du conformisme ?

Par Bernard Cassen  |  31 mai 2013    

Avec Le Monde diplomatique en español

 

 

En Europe, les forces politiques et sociales qui se veulent à la gauche de la social-démocratie – disons par commodité la gauche de gauche – se croient « radicales ». Ce qui, au pied de la lettre, signifie qu’elles sont censées s’attaquer aux causes profondes des ravages du néolibéralisme en général, et de l’eurolibéralisme en particulier. Pourtant, elle font depuis longtemps preuve d’un étonnant conformisme sur trois des questions essentielles que pose aujourd’hui la crise européenne : le responsabilité de l’euro dans la récession actuelle, la pertinence de politiques nationales de rupture avec le néolibéralisme et l’urgence de mesures de protectionnisme écologique et social. Voyons dans quel contexte elle évolue.

Pour la sphère financière, les grandes entreprises et leurs fondés de pouvoir dans les partis politiques et les gouvernements – pas seulement ceux étiquetés « de droite » –, tout va pour le mieux : les traités et pactes européens successifs ont instauré l’hégémonie du capital et du marché ; ils ont fait du libre-échange une arme de choc au service du dumping social, écologique et fiscal ; le dogme de la concurrence est devenu une machine à paupériser ou privatiser les services publics ; sous prétexte de résorber la dette, de promouvoir la « compétitivité » et de « sauver » l’euro, des « réformes structurelles » et des plans d’austérité ont été imposés, avec comme objectif véritable le démantèlement des acquis sociaux de plusieurs décennies, en particulier en matière de droit du travail.

Pour empêcher toute remise en cause de la « divine surprise » qu’a été la concrétisation en Europe d’une telle utopie néolibérale – dont ses promoteurs n’auraient même pas osé rêver au siècle dernier –, une police spécialisée a été créée : la « troïka ». Composée de la Commission, du FMI et de la Banque centrale européenne (BCE), elle a les pleins pouvoirs pour exiger l’application de ce programme par les gouvernements qui ont recours à son « aide ».

Est-ce que la social-démocratie européenne a quelque chose à dire sur cette entreprise de régression démocratique et sociale sans précédent ? La réponse est « non » : elle s’est totalement inscrite dans sa logique et elle en accepte les implications. Ses propres intellectuels ne s’en cachent d’ailleurs pas. Il faut lire à cet égard – une fois n’est pas coutume – l’article du Monde intitulé « Quel projet pour la social-démocratie ? » publié dans le numéro du 23 mai 2013. Son auteur, Jean-Pierre Stroobants, du bureau européen du quotidien, cite, entre autres, l’historien René Cuperus qui collabore à la fondation Wiardi Beckman, groupe de réflexion du Parti social-démocrate néerlandais (PVDA).

Pour cet auteur, l’adhésion à l’Europe est devenue une « idéologie de substitution ». L’Europe « affirme qu’elle est un bouclier contre la mondialisation, mais, en définitive, elle en est une courroie de transmission ». Et d’ajouter : « Le tout-à-l’Europe serait une bonne chose, mais, en pratique, les sociaux-démocrates soutiennent ainsi un projet néolibéral qui heurte la démocratie et ne rencontre pas d’écho à la base. Une situation totalement schizophrène ». Ce constat vaut pour tous les partis social-démocrates européens, présents ou non dans des gouvernements. Un lecteur français y verra sans peine une évocation de la politique de François Hollande et de ses humiliantes génuflexions – ponctuées de coups de menton qui ne trompent personne – devant Angela Merkel, la Commission et la Banque centrale européenne. Tout cela avec les encouragements militants des éditorialistes du Monde

Si la cause est entendue pour la social-démocratie, que dire alors de la gauche de gauche ? On ne pourra pas lui reprocher d’être muette sur l’état des lieux de l’eurolibéralisme. On ne compte plus, en effet, les livres, manifestes, motions de congrès, prises de position, pétitions, blogs décortiquant et dénonçant les mesures d’austérité et les politiques européennes en général. Le bilan critique est fait et fort bien fait. Le problème est qu’il ne débouche pas sur des propositions attaquant le mal à sa racine, et cela à la fois par confusion intellectuelle et par crainte panique de « faire le jeu » de l’extrême-droite. De manière inespérée pour elle, cette dernière se trouve ainsi désignée par ses propres adversaires comme pôle de référence du débat politique.

Certaines composantes de la gauche de gauche ont ainsi paresseusement assimilé le libre-échange à de l’internationalisme ; le refus du carcan de l’euro au rejet du projet d’unité de l’Europe ; et des mesures de rupture nationales avec du nationalisme ou du « souverainisme », terme qui, comme celui de « populisme », n’est jamais défini par ceux qui l’utilisent à tort ou à travers.

Certes des économistes comme Frédéric Lordon [1] ou Jacques Sapir [2], dotés d’une forte légitimité universitaire et non engagés dans un parti, ont pulvérisé ces poncifs, appelé un chat un chat et remis en cause, par exemple, l’aggravateur de crise qu’est l’euro. Ce qui leur ferme évidemment la porte des plateaux de télévision où ne sont généralement conviés que les néolibéraux de toute obédience, et plus particulièrement des « économistes à gages » du type Elie Cohen ou Jean-Hervé Lorenzi [3]. Certains des collègues de Lordon et Sapir, investis, eux, dans une formation politique de la gauche de gauche, et quoi qu’ils en pensent par ailleurs, sont bridés par les stratégies globales de leurs directions qui craignent comme la peste qu’on les accuse d’être composées d’« anti-européens » et qu’on les mette dans le même sac que le Front national à l’extrême droite ou, à l’autre extrémité de l’arc politique, avec le M’PEP, pointé du doigt pour cause de « souverainisme » [4].

 On commence cependant à entendre des voix hétérodoxes et, cette fois, institutionnelles qui permettent d’ouvrir un débat longtemps mis sous le tapis. Ainsi, au vu de l’expérience, Oskar Lafontaine, ancien président du SPD et l’un des fondateurs de Die Linke, se prononce pour l’abandon de la monnaie unique en faveur d’un retour au Système monétaire européen (SME) permettant dévaluations et réévaluations [5]. A Chypre, c’est le Parti communiste (dit AKEL), deuxième force politique de l’île, qui, le 29 avril dernier, s’est prononcé pour une sortie de la zone euro.

Des économistes de gauche de plusieurs pays européens [6] viennent de publier un Manifeste intitulé « Que faire de la dette et de l’euro ? » dans lequel ils préconisent, si cela se révèle nécessaire pour en finir avec le chantage de la dette, une stratégie de rupture unilatérale avec la Commission, la BCE ou l’Allemagne, engagée par un ou plusieurs gouvernements et n’excluant pas une sortie de l’euro et l’adoption de mesures protectionnistes [7].

Il est significatif du changement de climat que, en France, quelques dirigeants d’Attac et de la Fondation Copernic aient signé ce texte alors que, il y a peu, les expressions « mesures protectionnistes », « ruptures nationales » et « sortie de l’euro » les faisaient sortir de leurs gonds. Jusqu’à ces derniers temps, il n’y avait pour eux d’autre salut que dans l’émergence d’un hypothétique « mouvement social européen » paré de toutes les vertus. C’était oublier une évidence : un tel mouvement, évidemment nécessaire, ne surgira pas spontanément, en lévitation sur des réalités très différentes d’un pays à l’autre. Il prendra seulement forme à partir d’un foyer de rupture national entraînant des solidarités susceptibles elles-mêmes de faire tache d’huile.

D’autres indices vont dans le même sens que celui de ce texte :

  • En Espagne, la circulation d’un manifeste ayant déjà recueilli de nombreuses signatures d’élus de gauche d’économistes et de syndicalistes, et intitulé Salir del euro (« Sortir de l’euro ») [8].
  • Au Portugal, l’énorme succès de librairie du livre Porque devemos sair do euro (« Pourquoi nous devons sortir de l’euro ») sorti début avril [9].
  • En France, la publication d’un ouvrage collectif qui fait déjà beaucoup parler de lui et dont le titre est délibérément provocateur : En finir avec l’Europe [10]. Il témoigne de l’évolution de certains des co-auteurs jadis proches ou membres du NPA.

Un Sommet alternatif (Alter Summit), rassemblant partis de la gauche radicale, syndicats et mouvement sociaux européens va se tenir à Athènes les 7 et 8 juin prochain [11]. On aurait pu penser qu’il prolongerait cette effervescence et qu’il aborderait les questions jusqu’ici politiquement incorrectes. Ce n’est pas l’impression que donne le manifeste préparatoire de cette rencontre.

Dans trois domaines (dette, Europe écologique et sociale, démocratie économique), ce texte dresse un bilan de la situation et propose des « revendications communes et urgentes ». On constate que l’expression « crise de l’euro n’apparaît nulle part. Quant au libre-échange, il fait l’objet d’une seule ligne dans les constats – « Les accords de libre-échange contribuent au dumping fiscal, social et écologique » – et d’une revendication d’un vide sidéral  : « Mettre fin au dumping salarial et social en Europe et dans le monde, notamment par le biais d’accords internationaux ». Voilà qui devrait faire trembler les commissaires européens et Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le nom est régulièrement cité comme futur ministre, voire premier ministre de François Hollande…

Pour l’élaboration d’un véritable programme de sortie de l’ordre néolibéral européen, il faudra que la gauche de gauche se libère des interdits dans lesquels elle s’est enfermée. Timidement, avec des hauts et des bas, le processus est entamé…

 

Notes

[1] Lire son blog « La pompe à phynance » sur le site du Monde diplomatique, et en particulier sa dernière contribution « Pour une monnaie commune sans l’Allemagne (ou avec, mais pas à la francfortoise) » : http://blog.mondediplo.net/2013-05-25-Pour-une-monnaie-commune-sans-l-Allemagne-ou-avec.

[2] Lire son blog http://russeurope.hypotheses.org/ et ses reprises sur le site de Mémoire des luttes. En particulier sa contribution « Postures et impostures dans le débat sur la politique allemande » : http://www.medelu.org/Postures-et-impostures-dans-le.

[3] Lire Renaud Lambert, « Les économistes à gages sur la sellette, Le Monde diplomatique, mars 2012. Egalement Serge Halimi, Frédéric Lordon et Renaud Lambert, Economistes à gages, Les liens qui libèrent/Le Monde diplomatique, Paris, 2012.

[4] http://www.m-pep.org

[5] http://www.medelu.org/Nous-avons-de-nouveau-besoin-d-un.

[6] Parmi lesquels, pour la France, Michel Husson.

[7] http://tinyurl.com/euro13.

[8] http://salirdeleuro.wordpress.com

[9] Editions Lua de Papel, Lisbonne, 12,60 euros. Lire Le Monde, 30 mai 2013.

[10] En finir avec l’Europe, sous la direction de Cédric Durand, La Fabrique, Paris, 2013, 15 euros.

[11] www.altersummit.eu

http://www.medelu.org/La-gauche-de-gauche-va-t-elle
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L'Union Européenne, la créature du Capital.

1 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Vendredi 31 mai 2013

Repris sur El Diablo , commun commune 

 

 

Ce texte a été écrit pour un exposé sur l'histoire de l'Union Européenne

destiné aux Jeunesses Communistes du Rhône, le 15 mai 2009

L'exposé qui suit est fortement inspiré des travaux de l'historienne communiste Annie Lacroix-Riz et notamment de son ouvrage paru aux éditions du "Temps des Cerises", "L'intégration européenne de la France". 

Du fait de sa démarche scientifique argumentée et basée sur l'étude des archives, cette camarade fait d'ailleurs l'objet d'odieuses poursuites de la part de certains milieux européens d'extrême-droite qui ont même demandé à l'Elysée sa mise à l'écart. Egalement, l'ouvrage collectif "L'idéologie européenne" (éditions Aden) écrit par des communistes parisiens B. Landais, A. Monville et P. Yaghledjian, a été largement utilisé.

 

Avec l'Economie, l'Histoire est un des lieux de l'affrontement idéologique les plus intenses entre le Capital et les travailleurs. C'est pourquoi l'UE investit des sommes importantes afin de mettre sa propre histoire sous influence. De tels financements constituent une manne continue pour de nombreux"Penser et construire l'Europe",

 

Hélas, depuis quelques années, a adopté une attitude plus qu'ambiguë vis-à-vis de ce combat pour l'Histoire : la fuite. Dans aucun des textes officiels, notamment les textes des derniers congrès, il n'y a d'analyse historique, de mise en perspective. A un camarade d'Aubagne qui relevait ce fait dans le cadre des débats du 34ème congrès, il lui était rétorqué qu'il fallait oublier le XXème siècle, phénomène révélateur d'une sorte d'autophobie historique. C'est bien sûr à l'opposé de notre volonté.

 

En avant-propos, il faut souligner que l'idéologie européenne utilise le terme Europe évoquant le continent qui est une évidence incontestable et pérenne, alors que ce dont il s'agit, est en fait l'Union Européenne qui n'est qu'une construction humaine, une structure politico-administrative, c'est-à-dire contestable, voire jetable.

 

L'entre deux guerres


Selon Annie Lacroix-Riz, ni Victor Hugo, ni Charlemagne ne sont à l'origine de l'UE dont l'histoire commence en réalité au début du siècle dernier. Après la guerre de 1914-18, les impérialismes français et anglais veulent profiter de l'avantage de la victoire pour se développer au détriment de l'Allemagne et leur ravir la domination industrielle sur le vieux continent : cette démarche sera appelée la "paix dure". Mais les Etats-Unis qui sont liés à l'Allemagne par le biais de quantités importantes de capitaux investis avant 1914 dans des secteurs très modernes (industries électriques, chimiques...), veulent s'installer durablement sur le continent qui leur est jusqu'à présent fermé. La "paix dure" qui risque de favoriser un impérialisme concurrent au détriment de l'Allemagne ne leur convient pas. Les Etats-Unis vont donc faire pression sur la France en menaçant de s'attaquer à sa monnaie, le franc. Ainsi, la France finira par céder, aboutissant à la signature des accords de Locarno en octobre 1925, confirmés quelques années plus tard par le plan Young, dit "plan de paix" (1929).


Par ces deux actes, les Etats-Unis imposaient aux vainqueurs de la guerre de 14-18, le renoncement à toute réparation de l'Allemagne. Pour l'historienne, ces deux évènements orchestrés par les Etats-Unis donnent le point de départ de la création future de l'UE ; en favorisant un rétablissement rapide de l'Allemagne, de tels accords permettaient ainsi aux Etats-Unis de préserver leurs intérêts, d'investir le continent européen qui leur était jusqu'alors peu ouvert et de s'imposer comme le grand vainqueur du premier conflit mondial. Il faut souligner que les Etats-Unis avaient déjà défini en janvier 1918 ce que pourrait être la vie économique du vieux continent au travers du 3ème des 14 points de Wilson, alors président des Etats-Unis : "Retrait, autant que possible, de toutes les barrières économiques, et établissement d'une égalité des conditions de commerce parmi toutes les nations désirant la paix et s'associant pour la maintenir". Derrière cette proposition, on voit déjà poindre le marché libre et non faussé et la libre circulation des capitaux...

 

Poincaré, alors président du Conseil, est l'homme fort de l'époque. Et c'est l'homme politique français qui va céder aux Etats-Unis, et qui le fera d'autant plus facilement qu'il est un homme du "Comité des Forges"[1], l'ancêtre de la scandaleusement célèbre UIMM. Or ce sont en fait les maîtres du Comité des Forges, les dynasties sidérurgiques De Wendel etLaurent de Lorraine qui ont sifflé le départ de cette politique d'entente avec l'Allemagne.

Pour l'historienne, ce sera le 1er acte de la débâcle française de 1940. Selon la CGT de l'époque, "le gouvernement [était] aux ordres du Comité des Forges" au point que ce dernier nommait lui-même régulièrement l'ambassadeur de France à Berlin. C'est ainsi qu'en septembre 1931, André-François Poncet, homme lige des dynasties sidérurgiques, deviendra un ambassadeur zélé du rapprochement franco-allemand. Il jouera même un rôle actif après 1945 dans la création de ce qui deviendra plus tard l'Union Européenne. Il fut à l'origine d'une "commission pour le rapprochement économique franco-allemand" créée en octobre 1931.

 

Après 1925 et suite au coup d'arrêt de la "paix dure", imposé par les Etats-Unis, les capitalistes français vont consolider les associations de capitaux franco-allemands préexistantes (depuis 1870) et construire des cartels internationaux, notamment le Cartel de l'Acier (en septembre 1926), ancêtre de la CECA et de l'Union Européenne. Le Comité des Forges préconisait tellement une étroite collaboration avec l'Allemagne qu'il accepta aisément que le Reich se taille la part du lion dans ce cartel avec 47% des quotas de production et seulement 32% pour la France.


Le même processus de soumission eut lieu avec l'industrie chimique : le "cartel provisoire franco-allemand" entre Kuhlmanet IG Farben fut créé en novembre 1927 auquel vint se joindre la chimie Suisse en 1929. L'accord portait sur le contingentement de la production des deux parties, la répartition des marchés et la suppression de la concurrence. Etait ainsi établi pour 40 ans (de 1929 à 1968) "une communauté d'intérêts et une collaboration particulièrement étroite" selon les termes du Quai d'Orsay. Le comité des Houillères participera aussi à la formation de cette faction patronale pro-allemande.

Une banque sera même créée (précurseur de la Banque Centrale ?), la Banque des Règlements Internationaux, constituant la partie financière du rapprochement. Toutes ces années ont ainsi généré une sorte de collaboration idyllique entre capitalistes allemands et français qui va prospérer durant l'ère hitlérienne. De cette manière, l'Allemagne allait redevenir rapidement le plus important producteur européen et mondial dans les principaux domaines industriels, lui permettant notamment d'activer fortement son réarmement.

 

Parallèlement, il faut aussi tenir compte du contexte : la révolution bolchevique est victorieuse en 1917 en Russie et aura des conséquences importantes sur le mouvement ouvrier, notamment en France. Car toutes ces mesures de rapprochement franco-allemand s'effectuaient côté français, en référence à la politique allemande de pression énorme sur les salaires, le capital variable. La nécessité de réduire les salaires étaient une obsession de la pratique et de la propagande patronale afin de libérer les profits, ce qui est une marque de fabrique du capitalisme au-delà des époques... Or, en 1933, le Reich régla par la force la question du rapport entre salaire et profits, suscitant l'admiration des milieux d'affaires français. Ce furent les "partisans de l'inflation" des prix et des profits au rang desquels se trouvaient les hitlériens les plus exaltés, victorieux politiquement, qui écrasèrent les salaires. Cela soulevait l'admiration des capitalistes français. Car, les travailleurs français prirent le chemin inverse des allemands en 1936 avec le Front Populaire, accroissant pour quelques temps, leur part dans le revenu national. Cela eut le don d'augmenter le prestige de la politique du Reich auprès des capitalistes français. Il est intéressant de noter que les capitalistes français appelaient à "un effort intensif de travail", "le seul moyen des travailleurs de défendre leur niveau de vie étant d'allonger leur temps de travail" ; dit autrement, cela rappelle un certain "travailler plus, pour gagner plus".

 

Toute cette logique, de résistance du côté du peuple de France et d'admiration du capital français envers les possibilités de surexploitation qu'offrait la politique allemande, allait amener à une certaine complaisance, voire même complicité des capitalistes français vis-à-vis de l'agression hitlérienne. Notamment, la Haute Banque française déclara définitivement la priorité au combat contre "l'ennemi intérieur" (la contestation communiste) sur "l'ennemi extérieur" (surtout l'Allemagne). Sans état d'âme, la Banque de France souscrira même à la saisie allemande des réserves d'or des banques centrales d'Autriche en 1938 puis de Tchécoslovaquie en 1939. Pour eux, la guerre et son issue ne faisaient aucun doute et ils les souhaitaient.

 

La deuxième guerre mondiale


Pour les historiens sous influence des subsides de l'UE, c'est une affaire taboue. Ils opèrent sur cette période un black-out total, d'autant plus qu'elle permettrait de faire le lien entre le capitalisme, le nazisme et la genèse de l'Union Européenne.

 

Une fois la débâcle française achevée, l'occupation fit triompher la solution européenne à l'allemande. Les capitalistes y trouvaient leur compte, même si la rancœur héritée de la défaite de 1914-18 agitait chez l'occupant un esprit de revanche. Cela n'empêcha pas la poursuite des cartels existants, la création de nouvelles associations de capitaux pour de nouveaux cartels (associations conclues en Suisse pour des raisons fiscales et juridiques). Aux secteurs préexistants, vinrent se joindre les secteurs de l'automobile et des assurances. "Seule dans sa masse, la classe ouvrière est restée fidèle à la patrie profanée" assénaF.Mauriac à la Libération. Les banquiers français, parmi les plus collaborationnistes, disaient rêver, comme le Reich, d'unité "monétaire continentale". L'un des leurs alla jusqu'à dire, le 10 septembre 1941, lors d'une réception à l'ambassade d'Allemagne, son "espoir que les plans allemands seraient assez vastes pour décider la suppression des frontières douanières et créer une monnaie unique pour l'Europe". Pour les capitalistes français, les réparations de guerre exigées par l'Allemagne n'étaient rien comparées à l'effroyable épouvantail des salaires que l'occupant avait aidé à vaincre au service des profits capitalistes (baisse de moitié des salaires ouvriers entre 1940 et 1944).

 

Devant l'évolution de la situation et notamment la résistance de l'URSS et des peuples, les américains vont anticiper et préparer activement la suite des opérations bien avant la fin de la guerre. La plupart des capitalistes français sent le vent venir et se rapproche des Etats-Unis : la Banque de France perçoit bien le message de la "libération du commerce" sur fond de domination du dollar et anticipe. Pendant la guerre, les Etats-Unis n'étaient pas totalement exclus, car ils avaient beaucoup investi et prêté à l'Allemagne, les profits étant multipliés en temps de guerre. On se rappelle l'évocation récente dans les médias de l'enrichissement de la famille Bush sur le dos de la guerre et grâce à ses investissements dans l'Allemagne nazie. Mais devant la tournure des évènements, les Etats-Unis retirent leurs hommes de confiance d'Allemagne. Des collabos français connus (Paul Baudoin, F. Le Hideux)deviennent subitement proaméricains. Les capitalistes français, quant ils le peuvent, se réfugient vers les capitalistes américains.

 

L'après-guerre


Après la défaite de l'Allemagne nazie, les Etats Unis se sont renforcés économiquement et militairement et ont acquis des positions de puissance en Europe. Ils sont en mesure de fixer le sort des pays européens, notamment au travers du Plan Marshall. Leur objectif est d'obtenir ce qu'ils n'ont pu obtenir dans les années 20 : l'union douanière avec l'ouverture du marché à leurs capitaux ainsi que l'accès aux colonies des impérialismes européens (principalement français, allemands et anglais).

Cette union aura une vedette : l'Allemagne qui bénéficiera de la priorité pour la reconstruction. En effet, l'Allemagne est le partenaire historique des Etats-Unis, accueillant leurs capitaux depuis les années 1920 ; les Etats-Unis leurs attribuent donc le rôle moteur d'un marché européen unifié. De plus, pour les Etats-Unis, l'objectif est non seulement économique, mais aussi désormais militaire devant l'affirmation de l'URSS : il leur faut aider à reconstruire sur le vieux continent une force capable de la contenir. En France, les capitalistes américanisés étant toujours très dociles, pourvu qu'on leur garantisse leurs profits, à l'exception des milieux gaullistes, vont non seulement accepter ce diktat, mais encore participer activement à sa réalisation. Toutefois, ces objectifs, notamment la volonté de réarmer l'Allemagne, vont se heurter à des résistances importantes, essentiellement grâce aux communistes et aux gaullistes. La CED (Communauté Européenne de Défense) qui prévoyait une armée européenne commune fut repoussée par le Parlement le 28 août 1954.

 

Ainsi, la volonté de reconstruire l'Allemagne rapidement et d'en faire une priorité n'est pas du goût d'une partie de la droite française. Au ministère des Affaires étrangères, Bidault est alors remplacé en 1948 par le fameux Robert Schuman, soi-disant "Père de l'Europe", le saint des saints pour le Capital. C'était un homme du Comité des Forges, promu par les De Wendel, homme d'extrême-droite ayant largement collaboré avec les nazis et leur idéologie (dirigeant de l'Action Catholique Mosellane). Cet homme s'était compromis dans l'avant-guerre, ayant voté les pleins pouvoirs à Vichy : il sera déclaré inéligible en septembre 1945, mais fut miraculeusement épargné par la suite... C'est lui qui va avec Jean Monnet, l'homme des américains, imposer aux français la CECA.

 

Le manque de transparence, le caractère antidémocratique et le pouvoir absolu des technocrates vont donner dès le départ le ton à la démarche des capitalistes.

Le Plan Schuman est préparé dans le secret le plus total. Jean Monnet réunit neufs technocrates le 15 avril 1950 pour écrire une première ébauche. Ils sont dépourvus de tous mandats : Monnet les appelle les "conjurés". Au gouvernement français personne n'est au courant, sauf... le Secrétaire d'Etat américain. Et après l'avoir fait approuvé dans l'urgence au Conseil des Ministres, Robert Schuman rend public l'offre de la France à l'Allemagne de mettre en commun leur production de charbon et d'acier le 9 mai 1950. Le traité sera signé le 18 avril 1951 : est créé un marché commun pour le charbon et l'acier(suppression des droits de douane et des restrictions quantitatives). La libre concurrence est affichée comme un principe intangible. Six pays participent (France, RFA, Italie et Bénélux). La ratification ne s'effectue pas aisément : opposition des communistes et des gaullistes, vote pour des socialistes. Les Etats-Unis envoient un message de soutien : "Les Etats-Unis ont l'intention de donner à la CECA un fort appui justifié par l'unification politique et économique de l'Europe". Ils considèrent ce marché commun comme la base économique de l'OTAN. Les premières conséquences de "l'Europe" vont se faire sentir par les effets du dumping social : 25% des effectifs de mineurs seront supprimés entraînant des luttes très dures.

 

Le traité de Rome :


Après l'échec de la CED, le processus d'intégration politique et économique est rapidement relancé. Les 6 ministres de la CECA se réunissent le 1er juin 1955 et unifient leurs économies nationales dans un marché commun (libre échange entre pays + tarif douanier extérieur commun) appelé la Communauté Economique Européenne (CEE), le 25 mars 1957. Sont affirmées les célèbres 4 libertés de circulation : celles des marchandises, des personnes (en fait de la main d'œuvre), des capitaux et des services. Est mis en place le fonctionnement actuel de l'UE, avec une Commission exécutive nommée qui a des pouvoirs démesurés, un Conseil des ministres rassemblant les représentants des états membres et une Assemblée qui sera élue quelques années plus tard avec l'aide de Giscard D'Estaing et de Chirac (1978). Le PCF seul, dénonce le Marché Commun comme étant la mise en place d'une "Europe à l'échelle des trusts" construite dans l'intérêt des gros capitalistes. Rappelons que ce traité établit que la concurrence ne doit pas être faussée (Article 3).

 

Les "socialistes" quant à eux, diront en novembre 1962, lors du 5èmecongrès des PS de la CEE : "La CEE va permettre un essor économique constant, un développement harmonieux de toutes les branches de l'économie en général, évitant toute autarcie ; le plein-emploi ; la stabilisation des prix ; l'équilibre de la balance des paiements et la stabilité monétaire ; la répartition plus équitable des revenus et des richesses afin de permettre une amélioration constante du niveau de vie et des conditions de travail, et l'utilisation totale des qualités et capacités de chacun". L'idéal international du PS a désormais un nom : le Marché Commun. Leur objectif n'est plus le socialisme, mais de "construire l'Europe".


Le traité de Rome va permettre le développement du dumping social(délocalisations avant l'heure) et la pénétration du marché européen par les capitaux américains. Il va aussi permettre une habitude : prendre prétexte des exigences de la concurrence européenne pour s'attaquer aux acquis sociaux.

 

Autres étapes :

Le 1er janvier 1973 : Pemier élargissement. Le nombre de pays passe de 6 à 9 (Grande-Bretagne, Danemark et Irlande). Les communistes votent contre.

 

1978 : élection du Parlement européen au suffrage universel ; Chirac affirme que c'est "un élément nécessaire de la construction européenne" : tiens, si les représentants du Capital tiennent un tel discours, cette élection ne serait-elle qu'un alibi, et l'Assemblée, un Parlement croupion ?

 

1986 : l'Acte Unique européen (libre circulation des capitaux).

 

1992 : traité de Maastricht (Banque centrale européenne et euro).

Ces deux derniers actes auront un rôle fondamental dans l'explosion du capitalisme financier en Europe et dans la crise actuelle.

 

Conclusion

Les principaux enseignements de cet exposé sont au nombre de trois :

 

- Tout d'abord, la création de l'Union Européenne n'est en rien un contrepoids à la puissance des Etats-Unis qui en sont les initiateurs ;

 

- L'histoire de cette structure supranationale est l'histoire de la recherche incessante du capitalisme à se redéployer pour doper la surexploitation et les taux de profits : il y a donc incompatibilité totale entre l'Union Européenne et le mot "social" ;

 

- Inutile de chercher une quelconque démarche démocratique dans son histoire, toute sa construction s'est faite dans le dos des peuples [2]. Son fonctionnement doit progressivement dessaisir toute souveraineté du peuple ; un exemple récent nous est donné avec le rapport Balladur prévoyant la mort des communes.

 

Autre enseignement, les communistes ont combattu très justement dès le départ cette créature du Capital : pourquoi la direction du PCF joue-t-elle depuis la mutation de Robert Hue une intégration modèle ? Pourquoi en vient-elle à se mettre en ordre serré derrière cet aventurier réformiste, beau parleur qu'est Mélenchon, celui-ci affirmant le 21 avril 2009 lors d'une interview sur BFM-TV : "Le problème de l'Europe n'est pas ce qu'elle était au départ, mais ce qu'elle est devenue chemin faisant" ?

Pascal Brula

[1] Au début du 20ème siècle, la métallurgie, principalement la production de l'acier, et le charbon (ces deux secteurs étant intimement liés) ont une importance économique prédominante. Le "Comité des Forges" regroupe les patrons de la métallurgie, c'est-à-dire les principales fortunes capitalistes de l'époque, et peut être considéré comme le Medef de l'époque.

[2] Le traité de Maastricht sera soumis à référendum en 1995, mais Mitterrand lancera la campagne juste avant les vacances pour un scrutin qui aura lieu au mois d'octobre, juste avant que les courbes du oui et du non puissent se croiser au fil du débat passionné que se livreront les français contre des médias aux ordres.

http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/article-l-union-europeenne-la-creature-du-capital-118180587.html

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Austérité : les Portugais grondent et la gauche s'organise.

1 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Samedi 1 juin 2013

31.05.2013 | 12:47

Par  Marie-Line Darcy (Lisbonne)

Au Portugal, la politique d’austérité est un échec total. Face au désastre, les syndicats durcissent le ton et la gauche, traditionnellement divisée, s’organise enfin. Les Portugais, eux, jonglent avec des revenus misérables.

Devant une camionnette, des femmes font la queue, panier vide à la main ; des enfants courent autour d’elles ; la distribution alimentaire commence dans le calme. La scène a évoqué au témoin observant depuis sa fenêtre la soupe populaire "un camp de réfugiés". Sans doute exagérée, l’analogie a tout de même été reprise par le journaliste du Diario de Noticias, au moment de rendre compte de la dégradation lente et continue des conditions de vie des Portugais.

Recul de la consommation alimentaire

Les "habitués" des distributions alimentaires dans les rues ont bien changé. Loin de l’image d’Épinal du sans-abri ou du marginal, ce sont aujourd’hui des familles qui tentent d’obtenir de quoi subvenir à leurs besoins. Une tendance validée par les résultats d’une enquête portant sur les usagers des Institutions de Solidarité Sociale (IPSS) entre septembre 2012 et janvier 2013. Près de 60% des personnes interrogées disent bénéficier d’assistance depuis moins de 2 ans. Autrement dit, ils s’en passaient avant la crise. 86% d’entre eux sollicitent une aide alimentaire.


Côté revenus, la moitié des foyers interrogés survivent avec moins de 485 euros par mois, et un quart avec 250 euros par mois. Ces institutions, laïques ou confessionnelles, sont les derniers garde-fous d’une société en cours de paupérisation.


Plus généralement, et pour la première fois depuis 2011, la consommation alimentaire a reculé au Portugal en avril 2013. Jusque là, une féroce concurrence entre les distributeurs pour proposer de petits prix - et ne pas perdre leur clientèle- avait bénéficié aux consommateurs. Aujourd’hui même les prix cassés, les "Trois pour le prix d’un" et autres marques blanches n’empêchent l’érosion du pouvoir d’achat des Portugais.

Sans répit face aux vagues d’austérité

Les plans d’austérité s’enchainent, les budgets sont revus à la baisse, des mesures adoptées puis rejetées par la Cour constitutionnelle... Au cours des derniers mois, la mise en application de l’austérité a été complexe et chaotique. Ses effets, eux, sont immédiats: moins d’argent, et pour pratiquement tout le monde.


En février, les Portugais découvrent leurs bulletins de paie amputés de retenues fiscales induites par le changement de barème et la taxe exceptionnelle de 3,5% sur les revenus bruts: une douche aussi glacée que ce printemps frileux. En avril, ce fut l’annonce de coupes sans précédent dans les dépenses de l’État: 4,8 milliards d’euros d’économies au programme d’ici 2014. Les fonctionnaires sont désignés comme d’affreux gaspilleurs.


Et les perspectives économiques continuent de s’aggraver. Selon l’OCDE, la récession sera de 2,7% cette année contre 2,3% - un chiffre déjà largement supérieur aux prévisions gouvernementales d’il y a un an. Quant au déficit, l’OCDE ne croit pas au respect des étapes définies par le mémorandum de l’aide internationale au Portugal (un prêt de 78 milliards d’euros). Bruxelles a bien donné son accord de principe pour repousser à 2015 l’obligation de retour dans les limites autorisées pour les pays de l’Euro. Mais le gouvernement de Pedro Passos Coelho n’a pas obtenu plus de souplesse de la part des partenaires européens.

Vers une union sacrée syndicale ?

Tout porte à croire que d’autres mesures d’austérité très impopulaires devront être prises. Comme le prélèvement obligatoire sur les pensions et retraites, qui provoque la colère des "cheveux gris" et fragilise la coalition au pouvoir, le petit parti des démocrates chrétiens y étant opposé.


Depuis bientôt trois mois, la contestation est quasi permanente au Portugal. Après les grandes manifestations de la société civile du 2 mars 2013, la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP) a repris l’initiative. La centrale syndicale communiste vient d’obtenir le soutien quelque peu inattendu de l’Union Générale des Travailleurs, "la centrale des employés de banque", considérée comme modérée, mais qui semble de plus en plus vouloir adhérer à une grève générale totale.


En attendant, une grève générale de la fonction publique est prévue en juin. Jeudi 30 mai, premier des quatre jours fériés sacrifiés sur l’autel de la productivité jusqu’en 2017, la CGTP a multiplié les meetings et les actions dans les entreprises, pour protester contre la politique gouvernementale.

La mise en garde de l'ancien président socialiste Mario Soares

Ce jour-là, pour la première fois, des représentants des partis de gauche ont participé à un débat intitulé "Libérer le Portugal de l’austérité" sous le patronage de Mario Soares, ancien premier ministre socialiste et ancien Président de la République. Des communistes, des socialistes et des représentants de l’extrême gauche réunis pour réfléchir à ces questions est en soi un défi au Portugal, où les principes d’Union de la gauche n’ont jamais été envisagés. Actuellement, l’ensemble des partis de gauche totalise 56% des intentions de vote si des élections devaient se dérouler maintenant.


Mario Soares, aujourd’hui âgé de 88 ans et mentor de cette réunion historique du 30 mai 2013, a lancé une mise en garde au Président de la République, Anibal Cavaco Silva:


S’il continue à soutenir le gouvernement en place, il prend le risque d’être rendu responsable de la perte de patience et de la fin du pacifisme des Portugais ; le peuple pourra devenir violent."


Samedi 1er juin, le mouvement Que la troïka aille se faire voir ! a appelé à une énième manifestation. Lisbonne est, avec Madrid, à l’origine d’une nouvelle vague de protestations qui touchera une centaine de villes en Europe.

Pour la première fois, des villes allemandes s’y associeront.

 

http://fr.myeurop.info/2013/05/31/austerite-les-portugais-grondent-et-la-gauche-s-organise-9339

 

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http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/article-austerite-les-portugais-grondent-et-la-gauche-s-organise-118198640.html
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Manifestation internationale. Les peuples unis contre la troïka*

1 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Manifestation internationale

 

 

 Les peuples unis contre la troïka*

 

 

    Suite à l'initiative de citoyen-nes du Portugal, de Grèce, d'Espagne et et de France, nous relayons auprès des citoyen-nes, associations, mouvements, organisations politiques et syndicats de France, l’appel à une manifestation internationale contre la Troïka* le 1er juin prochain.

    Cette initiative a été lancée à Lisbonne le 26 avril dernier par des militant-es de cinq pays européens, dont le mouvement portugais « Que se lixe a Troïka » (« Que la Troïka aille se faire foutre ») qui a déjà mobilisé plus d’un million de personnes dans les rues du Portugal les 15 septembre et 2 mars derniers. Elle entre en écho avec toutes les résistances citoyennes, sociales, syndicales en cours et à venir (blockupy Francfort les 31 mai et 1er juin, Altersommet à Athènes les 7 et 8 juin...).

    Partout où elle sévit déjà (Grèce, Portugal, Irlande, Chypre...), la Troïka, mise en place par les chefs d’États et de gouvernement européens, sème le chômage de masse, la misère, la pauvreté, la précarité, privatise tout ce qui peut être rentable, détruit la culture, les systèmes de santé et l’école publique. Elle condamne des hommes et des femmes chaque fois plus nombreux à l’émigration et met en concurrence pauvres et encore plus pauvres que soi.

    Sous son emprise, nous sommes condamnés à la récession et plongés dans le cercle infernal de l’endettement, dont nous devenons les esclaves. Là où la Troïka ne sévit pas encore, les gouvernements anticipent des mesures d’austérité, de privatisation et de démantèlement des droits sociaux.

    Parce que personne ne doit rester seul-e face à la crise, nous devons exprimer partout, toutes et tous ensemble en Europe, notre refus des politiques d’asservissement des peuples. Nous – citoyen-nes, mouvements, syndicats, organisations, représentant-es de collectivités, groupes formels ou informels - appelons à répondre à cet appel à mobilisation.

Premiers signataires

Bloco de Esquerda en France (Portugal), collectif Juventud sin futuro Paris (Espagne) -  Comité de SY.RIZ.A  à Paris (Grèce).

Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (Membres du collectif : Act Up-Paris, Agir ensemble contre le chômage (AC!), AITEC-IPAM, Amis de la Terre, Attac, CADTM, CEDETIM, Collectif National pour les Droits des Femmes, Collectif Richesse, Confédération CGT, Convergence SP, Coopérative DHR, Economistes Atterrés, Emmaüs International, Fakir, Fédération Syndicale Unitaire, Finances CGT, Fondation Copernic, Indecosa-CGT, L’Appel des Appels, Ligue des Droits de l’Homme, Marches Européennes, Marche Mondiale des Femmes France, Mouvement Utopia, Réseau Education Populaire, Résistance Sociale, SNESUP, Solidaires Finances Publiques, Sud BPCE, Union syndicale Solidaires. Soutiens : Alliance Ecologiste Indépendante, Alternatifs, Association Nationale des Élus Communistes et Républicains, Convergences et Alternative, Démocratie et socialisme, Europe Ecologie Les Verts, FASE, Gauche Anticapitaliste, Gauche Unitaire, M’PEP, NPA, Parti Communiste Français, PCOF, Parti de Gauche, Parti pour la décroissance).

  

Association Autogestion, FAE Féministes pour une autre Europe, Le Mouvement de la Paix, Mémoire des luttes, Réseau Féministe "Ruptures",Transform! Europe, Unies-vers-elles

  

Retrouvons-nous Place Garibaldi le 1er juin à 15h et si vous le

 

 voulez dès 13h pour un pique-nique festif et revendicatif!

*La Troïka = la commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI
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Manifestation internationale. Les peuples unis contre la troïka*

1 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Manifestation internationale

 

 

 Les peuples unis contre la troïka*

 

 

    Suite à l'initiative de citoyen-nes du Portugal, de Grèce, d'Espagne et et de France, nous relayons auprès des citoyen-nes, associations, mouvements, organisations politiques et syndicats de France, l’appel à une manifestation internationale contre la Troïka* le 1er juin prochain.

    Cette initiative a été lancée à Lisbonne le 26 avril dernier par des militant-es de cinq pays européens, dont le mouvement portugais « Que se lixe a Troïka » (« Que la Troïka aille se faire foutre ») qui a déjà mobilisé plus d’un million de personnes dans les rues du Portugal les 15 septembre et 2 mars derniers. Elle entre en écho avec toutes les résistances citoyennes, sociales, syndicales en cours et à venir (blockupy Francfort les 31 mai et 1er juin, Altersommet à Athènes les 7 et 8 juin...).

    Partout où elle sévit déjà (Grèce, Portugal, Irlande, Chypre...), la Troïka, mise en place par les chefs d’États et de gouvernement européens, sème le chômage de masse, la misère, la pauvreté, la précarité, privatise tout ce qui peut être rentable, détruit la culture, les systèmes de santé et l’école publique. Elle condamne des hommes et des femmes chaque fois plus nombreux à l’émigration et met en concurrence pauvres et encore plus pauvres que soi.

    Sous son emprise, nous sommes condamnés à la récession et plongés dans le cercle infernal de l’endettement, dont nous devenons les esclaves. Là où la Troïka ne sévit pas encore, les gouvernements anticipent des mesures d’austérité, de privatisation et de démantèlement des droits sociaux.

    Parce que personne ne doit rester seul-e face à la crise, nous devons exprimer partout, toutes et tous ensemble en Europe, notre refus des politiques d’asservissement des peuples. Nous – citoyen-nes, mouvements, syndicats, organisations, représentant-es de collectivités, groupes formels ou informels - appelons à répondre à cet appel à mobilisation.

Premiers signataires

Bloco de Esquerda en France (Portugal), collectif Juventud sin futuro Paris (Espagne) -  Comité de SY.RIZ.A  à Paris (Grèce).

Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (Membres du collectif : Act Up-Paris, Agir ensemble contre le chômage (AC!), AITEC-IPAM, Amis de la Terre, Attac, CADTM, CEDETIM, Collectif National pour les Droits des Femmes, Collectif Richesse, Confédération CGT, Convergence SP, Coopérative DHR, Economistes Atterrés, Emmaüs International, Fakir, Fédération Syndicale Unitaire, Finances CGT, Fondation Copernic, Indecosa-CGT, L’Appel des Appels, Ligue des Droits de l’Homme, Marches Européennes, Marche Mondiale des Femmes France, Mouvement Utopia, Réseau Education Populaire, Résistance Sociale, SNESUP, Solidaires Finances Publiques, Sud BPCE, Union syndicale Solidaires. Soutiens : Alliance Ecologiste Indépendante, Alternatifs, Association Nationale des Élus Communistes et Républicains, Convergences et Alternative, Démocratie et socialisme, Europe Ecologie Les Verts, FASE, Gauche Anticapitaliste, Gauche Unitaire, M’PEP, NPA, Parti Communiste Français, PCOF, Parti de Gauche, Parti pour la décroissance).

  

Association Autogestion, FAE Féministes pour une autre Europe, Le Mouvement de la Paix, Mémoire des luttes, Réseau Féministe "Ruptures",Transform! Europe, Unies-vers-elles

  

Retrouvons-nous Place Garibaldi le 1er juin à 15h et si vous le

 

 voulez dès 13h pour un pique-nique festif et revendicatif!

*La Troïka = la commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI
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OSKAR LAFONTAINE PROPOSE « D’ABANDONNER » L’EURO. Repris sur le site du M'PEP.

31 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

 

 
 
jeudi 30 mai 2013
 
Auteur : par Texte du M’PEP

Oskar Lafontaine, dans un texte du 30 avril 2013 (voir ci-dessous) est le premier dirigeant européen à avoir fondé l’euro qui considère aujourd’hui qu’il faut « abandonner » la monnaie unique, revenir aux monnaies nationales et créer un nouveau Système monétaire européen. Sa position est une immense avancée qui témoigne de l’effritement croissant des positions du parti pro-euro. Il demeure cependant une limite à cette évolution : rien n’est proposé par Oskar Lafontaine pour se sortir de la crise, à court terme, qui passe nécessairement par une sortie de l’euro unilatérale, pays par pays. En tout cas les déclarations d’Oskar ont semé le trouble dans son parti, Die Linke, mais aussi au sein du PGE et du Front de gauche en France où beaucoup trouvent qu’il a raison.

 
 

 OSKAR LAFONTAINE PROPOSE « D’ABANDONNER » L’EURO

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 30 mai 2013.

Résumé

Oskar Lafontaine, dans un texte du 30 avril 2013 (voir ci-dessous) est le premier dirigeant européen à avoir fondé l’euro qui considère aujourd’hui qu’il faut « abandonner » la monnaie unique, revenir aux monnaies nationales et créer un nouveau Système monétaire européen. Sa position est une immense avancée qui témoigne de l’effritement croissant des positions du parti pro-euro. Il demeure cependant une limite à cette évolution : rien n’est proposé par Oskar Lafontaine pour se sortir de la crise, à court terme, qui passe nécessairement par une sortie de l’euro unilatérale, pays par pays. En tout cas les déclarations d’Oskar ont semé le trouble dans son parti, Die Linke, mais aussi au sein du PGE et du Front de gauche en France où beaucoup trouvent qu’il a raison.

 

Texte complet

Rappelons que Oskar Lafontaine a été l’un des fondateurs du parti de gauche allemand Die Linke dont il fut le président jusqu’en 2009. Il a été président du Parti social-démocrate allemand (SPD) de 1995 à 1999, ministre des Finances de 1998 à 1999 avant de démissionner en raison de divergences politiques avec le Chancelier (SPD) Schröder. Oskar Lafontaine est un poids lourd de la politique allemande et européenne.

 I.- Oskar Lafontaine dénonce «  l’hégémonie » allemande

Pour lui la « politique d’austérité » conduite par la chancelière allemande, Angela Merkel, « amène au désastre » non seulement l’Allemagne mais aussi l’Europe. Le chômage « atteint des niveaux dangereux pour la démocratie ».

Dès lors, de son point de vue, les « Européens du Sud », pays dans lesquels il inclut la France, vont « tôt ou tard être forcés de se révolter contre l’hégémonie allemande  ». Ce qu’il met en cause en tout premier lieu, c’est la politique de « dumping des salaires  » menée par les dirigeants allemands. Il est vrai que le prétendu « modèle allemand  » repose sur deux facteurs aux antipodes de la coopération européenne : l’écrasement des salaires des travailleurs allemands depuis plus d’une dizaine d’années et la délocalisation d’une partie significative de la production industrielle allemande dans des pays de l’Est européen. Le but étant de présenter à l’exportation des prix inférieurs à ceux des concurrents. D’où l’excédent commercial allemand gigantesque, qui a plongé la quasi-totalité des autres pays de la zone euro dans des déficits commerciaux symétriques.

 II.- Oskar Lafontaine considère qu’il faut « abandonner » la monnaie unique

L’ancien ministre allemand des Finances reconnaît l’erreur qu’il a commise en faisant partie de ceux qui, dans les années 1990, ont soutenu le processus de mise en place de l’euro comme monnaie unique. Pour lui, la monnaie unique « aurait été valable » si les pays membres de la zone euro « s’étaient mis d’accord sur les conditions d’une politique salariale coordonnée en faveur d’une augmentation de la productivité ». À l’époque il considérait qu’une telle politique salariale « était possible », non parce qu’elle était incluse dans les traités ou les accords intergouvernementaux, mais parce qu’elle procéderait d’une dynamique vertueuse. Or, reconnaît-il, le dialogue macroéconomique a été « contourné par les gouvernements ». Dès lors « l’espoir selon lequel la création de l’euro pousserait tous les acteurs à un comportement économique rationnel s’est révélé vain ». Et Oskar Lafontaine ajoute même « le système a déjanté  ».

Soutenant les analyses d’un économiste réputé Outre-Rhin, le fondateur de Die Linke (mouvement politique que l’on peut classer, paradoxalement, dans le parti pro-euro) estime que des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne, devraient dévaluer leur monnaie de 20% à 30% pour redevenir compétitifs pour leurs exportations et réduire leurs importations. De son côté, l’Allemagne devrait réévaluer de 20% pour cesser d’étrangler les autres pays. Faisant preuve d’un réalisme politique dont pourrait s’inspirer nombre de dirigeants politiques français, Oskar Lafontaine juge « qu’une telle politique n’a aucune chance d’être mise en œuvre ». En effet, le consensus du parti pro-euro en Allemagne (il rassemble la droite, les verts, les socio-démocrates, Die Like) ne permettra pas ces évolutions.

 III.- Oskar Lafontaine préconise la mise en place d’un nouveau Système monétaire européen qui remplacerait la monnaie unique

Ce nouveau Système monétaire européen aurait l’objectif central de permettre les dévaluations et réévaluations. Le système des changes serait géré au niveau européen. Pour parvenir à cet objectif, trois catégories de mesures seraient prises :

  • « un strict contrôle de la circulation des capitaux serait l’inévitable première étape » ;
  • durant la période de transition, il faudra « aider les pays qui devraient inévitablement déprécier leur monnaie », et accepter « une intervention de la BCE » ;
  • le secteur financier devrait être placé sous « stricte régulation », selon un modèle proche de celui des « caisses d’épargne publiques ». Oskar Lafontaine ajoute qu’il faut « fermer le casino ».

 IV.- Rappel sur le Serpent monétaire européen et le Système monétaire européen

Le Serpent monétaire européen est né de l’accord de Bâle du 10 avril 1972. Il est remplacé par le Système monétaire européen le 13 mars 1979. L’échec de ces dispositifs est lié au refus des oligarques européens de mettre en place un strict contrôle des changes et des mouvements de capitaux.

 A.- Le Serpent monétaire européen

Le terme « serpent » vient du fait que les devises ondulaient à l’intérieur de marges fixes, donnant l’image d’un serpent.

Les accords de Bretton Woods, en 1944, décident que seul le dollar serait convertible en or, à un prix fixé à 35 dollars l’once. Le système monétaire international repose donc sur des parités de change fixes entre les pays. Les dévaluations et réévaluations restent possibles, mais elles sont négociées au sein du Fonds monétaire international. Le système est relativement stable, les crises financières n’existent pas. Cependant, les échanges commerciaux internationaux sont libellés en dollar. Les États-Unis disposent ainsi d’une situation extraordinairement favorable puisqu’ils sont le seul pays au monde à pouvoir payer leurs importations avec leur monnaie nationale. Tous les autres pays, inversement, doivent récupérer suffisamment de devises pour payer leurs importations. Seule solution pour y parvenir : augmenter les exportations.

Les États-Unis vont donc pouvoir augmenter leurs importations sans limite en les payant en dollars. Par ailleurs, le financement de la guerre froide par l’entretien de bases militaires partout dans le monde et la guerre du Vietnam vont provoquer une importante création monétaire, dépassant largement la contrepartie en or qui permettait de maintenir l’once du métal jeune à 35 dollars.

Devenu de plus en plus fragile, le système explose en 1971 lorsque le président américain Nixon décide unilatéralement de mettre un terme aux accords de Bretton Woods en renonçant à la seule convertibilité du dollar en or. Le système monétaire international change alors du tout au tout en passant à un régime de parités flottantes, le dollar fluctuant librement par rapport aux autres devises.

Du coup les détenteurs de dollars les vendent contre de l’or et des devises, en faisant monter leurs prix et baisser celui du dollar. La monnaie des pays exportateurs (essentiellement Allemagne et Japon) est la plus recherchée. Mais la hausse de la valeur de ces monnaies risque de les pénaliser à l’exportation en renchérissant le prix de leurs biens exportés. D’où le développement de stratégies de montée de gamme (produits de plus haute qualité qui permettent un profit plus élevé), de développement de la productivité, de pression sur les salaires (déjà !). La situation est devenue difficile pour le Japon et l’Allemagne, les monnaies de ces pays devenant trop surévaluées par rapport au dollar.

Un dispositif a donc été conçu au sein de ce qui s’appelait alors la Communauté économique européenne (CEE), visant à limiter les fluctuations de change entre les pays membres. Un cour pivot a été défini pour chaque monnaie, autour duquel des fluctuations de 2,25% à la hausse ou à la baisse étaient autorisées.

Ce système va se fragiliser progressivement avec la baisse continue du dollar entre 1972 et 1978. Plusieurs pays membres du Serpent ne vont plus pouvoir rester dans le cadre des marges de fluctuation (+ ou – 2,5%) et devront dévaluer. C’est le cas, d’abord, de la livre sterling en juin 1972 (dévaluation de 30%), puis de la lire italienne en janvier 1973, du franc français en 1974 et en mars 1976.

En un an, de mars 1977 à mars 1978, le dollar s’effondre, par exemple de 12,3% par rapport au mark, le gouvernement américain laissant sa monnaie baisser. Les échanges communautaires sont menacés, les monnaies européennes quittent le serpent les unes après les autres.

C’est le 27 octobre 1977 que le président de la Commission européenne, le britannique Roy Jenkins, à Florence, propose de créer une monnaie unique pour les neuf pays membres de la CEE avec un budget communautaire de 10% du PIB de chaque pays (cette proposition n’aura aucune suite). Le Système monétaire européen naîtra de cette orientation.

 B.- Le Système monétaire européen

Deux changements principaux distinguent le Système monétaire européen (SME) du Serpent monétaire européen.

Un « panier » de monnaies est créé, l’ECU (European Currency Unit), qui n’est pas une monnaie commune, fondé sur le poids économique des pays membres, servant à établir la parité des devises européennes.

Les fluctuations des devises européennes se font à partir du panier de monnaies, + ou – 1,125%.

Le Système monétaire européen succède donc au Serpent monétaire européen le 13 mars 1979. Ce système va fonctionner correctement les deux premières années de son existence, en 1979 et 1980, permettant de stabiliser le cours des monnaies européennes. Mais très vite des limites vont apparaître.

Le franc français sera dévalué en octobre 1981, en juin 1982 et en mars 1983. Le franc belge sera dévalué en février 1982. Le système tiendra convenablement jusqu’en 1992. En septembre de cette année, des spéculations sont lancées à la suite du rejet du traité de Maastricht par les Danois. La lire italienne et la peseta espagnole sont dévaluées, puis la livre sterling. À l’été 1993 la Banque de France a épuisé ses réserves de devises en trois semaines pour soutenir le franc (achat de francs sur les marchés avec des devises pour faire remonter les cours). Les marges de fluctuations ne peuvent plus être respectées, elles sont élargies à + ou – 15%. Le SME, de facto, prend fin à l’été 1993.

La leçon à retenir est que l’absence de contrôle des changes et des mouvements de capitaux a permis l’explosion du SME.

 V.- Les limites des propositions d’Oskar Lafontaine

Les propositions d’Oskar Lafontaine constitueraient un progrès indéniable vers un double système de souveraineté monétaire nationale et de coopération européenne. À ce titre elles doivent être soutenues.

Mais ces propositions nécessitent un accord des Vingt-Sept. Il n’est pas impossible de penser qu’un tel accord pourrait être trouvé si la crise prend des proportions encore plus aigües qu’aujourd’hui. Confrontés au risque de départ de certains pays de la zone euro, l’Allemagne surtout et la France peuvent être amenées à se rallier à la proposition Lafontaine.

Toutefois, ces propositions laissent sans réponse la gestion de la crise à court et moyen terme. Que faire en attendant qu’un hypothétique accord intervienne entre les Vingt-Sept ? Pour être parfaitement cohérent, Oskar Lafontaine aurait dû ajouter qu’en attendant de trouver un accord de ce type, la sortie de l’euro unilatérale par un certain nombre de pays était nécessaire.

 VI.- Les remous provoqués au sein de Die Linke

Le parti politique allemand Die Linke, dont Oskar Lafontaine est un des fondateurs, a très mal pris la déclaration du 30 avril de son ancien leader. Au moins les lignes vont bouger car un débat enflammé se développe dans le parti.

L’une des deux co-présidente, Katja Kipping, ancienne dirigeante du PDS (ex-communiste) de l’ex-RDA, a répondu par un article dans la presse du parti, Neues Deutschland, avec un titre que ne renieraient ni l’UMP ni le PS : « Nous disons Oui à l’Euro ! ». Son principal argument est la collusion avec le nouveau parti anti-euro allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le deuxième co-président, Bernd Riexinger, représentant les ex-sociaux-démocrates de RFA, a répondu : « Certains disent non à l’Euro et oui à l’Austérité (l’AfD), nous, nous disons non à l’austérité et oui à l’Euro. Ils sont de droite, nous sommes de gauche ! ».

Les déclarations de soutien à la monnaie unique se multiplient dans la presse du parti contrôlée par les dirigeants qui organisent un véritable tir de barrage. Le député européen Jurgen Klute, par exemple, a ainsi rédigé un vibrant article contre le retour du nationalisme, en appelant à la « réussite du projet européen ». A la gauche de Die Linke, la responsable de la « plate-forme communiste », Sarah Wagenknecht, a fait des déclarations confuses : elle dénonce le programme de l’AfD, et refuse de prendre position pour ou contre Lafontaine.

Pour préparer la réunion de Dresde prévue en juin, visant à adopter le programme du parti pour les élections de septembre, le groupe dirigeant de Die Linke a déjà son idée : « même si l’Union monétaire européenne a été très mal construite, Die Linke ne veut pas la fin de l’Euro. Au contraire, l’Union monétaire doit être totalement réorganisée, afin que l’on défende la coopération pacifique en Europe plutôt que d’exacerber les divisions ».

Il est vrai que la position d’Oskar Lafontaine diffère radicalement de celle promue par le Parti de la Gauche européenne (PGE - dont sont membres Die Linke, le PCF, le PG…) et de ses dirigeants les plus connus comme Alexis Tsipras ou Jean-Luc Mélenchon.

Le Journal L’Humanité a mis vingt jour pour relayer l’information, et ce n’est que le 22 mai qu’un petit article était rédigé indiquant que « la solution proposée d’un retour à la case SME illustre toutefois les limites d’une analyse strictement keynésienne de la crise alors que les défis de l’emploi, de l’environnement, de l’extension inédite des protections sociales et des services publics qui frappent partout à la porte appellent comme jamais un renforcement des coopérations intereuropéennes. Les deux coprésidents de Die Linke ont tenu à marquer leur distance avec la contribution d’Oskar Lafontaine en invoquant, eux, leur attachement à la poursuite d’un euro transformé ».

Rarement langue de bois n’aura été autant utilisée. Cet article n’a aucune signification : il n’y a strictement aucun rapport entre l’analyse keynésienne et la position d’Oskar Lafontaine ; on ne voit pas en quoi la défense de l’euro peut avoir le moindre effet sur la liste de sujets évoqués comme l’emploi ou les services publics ; l’euro interdit les « coopérations intereuropéennes » puisque la BCE est indépendante et que cette situation n’est pas prêt de changer.

Die Linke avait servi de modèle à Jean-Luc Mélenchon dans sa conception du Front de gauche. Or Die Linke est en plein déclin et apparaît aujourd’hui comme un anti-modèle du fait de ses positions pro-européennes.

De 2005 à 2009 il dispose de 161 députés des parlements régionaux, 179 maires, environ 5 500 élus municipaux, 8 députés européens obtenus en 2009.

Aux élections régionales de janvier 2008, Die Linke obtient 7,1% en Basse-Saxe, 5,1% en Hesse, puis 6,5% dans le Land de Hambourg et entre dans ces trois parlements régionaux.

Aux élections fédérales de septembre 2009 Die Linke fait une percée et porte sa représentation au Bundestag à 76 députés sur 614, contre 53 précédemment. Avec 11,9 %des suffrages exprimés et un million d’électeurs supplémentaires, le parti devient la quatrième force politique nationale, distançant nettement les Verts. Durant la campagne électorale, les sondages lui donneront jusqu’à environ 14% d’intentions de vote.

Aux élections régionales d’août 2009, Die Linke réalise une percée dans le Land de la Sarre où Oskar Lafontaine dirige la liste. Il obtient 21,3% des suffrages exprimés, soit 19 points de plus que la liste PDS en 2004. En Saxe le parti obtient 20,6% (-3%) et 27,4% en Thuringe (+1,3%). Die Linke fait son entrée dans le Landtag du Schleswig-Holstein avec 6 % des voix (+5,2%) et maintient sa position de seconde force politique dans celui du Brandebourg avec 27,2% (-0,8%).

Lors des élections régionales partielles de mars 2011 Die Linke va connaître une sévère défaite. En Rhénanie-Palatinat il passe de 9,4% en 2009 à 3,1%. En Bade-Wurtemberg, il passe de 7,2% en 2009 à 2,8%. À Berlin, où il cogère la ville-région avec le SPD, il passe de 11,7% à 4,6%.

Les élections régionales partielles de mai 2012 en Rhénanie du Nord – Westphalie (Land le plus peuplé d’Allemagne avec environ 18 millions d’habitants) vont confirmer le net recul de Die Linke qui passe de 5,6% à 2,5%.

 Il faut restaurer le Système monétaire européen

Par Oskar Lafontaine*

Le 30 avril 2013.

La politique européenne de la chancelière Angela Merkel est sous pression croissante. Sa politique d’austérité qui a dominé l’Europe et l’amène au désastre a été critiquée par le président de la Commission européenne Manuel Baroso ainsi que par Enrico Letta, récemment désigné comme Premier ministre en Italie par le president Giorgio Napolitano. Cela fait longtemps que les leaders européens sont perdus. La situation économique se dégrade de mois en mois et le chômage atteint des niveaux dangereux pour la démocratie.

Les Allemands n’ont pas encore réalisé que, poussés par la crise économique, les Européens du sud - y compris la France - risquent tôt ou tard d’être forcés de se révolter contre l’hégémonie allemande. C’est en particulier la politique de dumping des salaires, pourtant une violation des traités depuis l’origine de la politique d’union monétaire qui les met sous pression. Quand les pays qui sont victimes de cette politique se rassembleront pour forcer à un changement de politique anti-crise aux dépens de l’Allemagne, Angela Merkel se réveillera de son immobilisme auto-satisfait.

Une monnaie unique aurait été viable si les participants s’étaient mis d’accord sur les conditions d’une politique salariale coordonnée en faveur d’une augmentation de la productivité. Dès lors que je considérais qu’une telle politique salariale était possible, j’ai donné mon accord à la création de l’euro dans les années 90. Mais les institutions mises en place pour cette coordination, et en particulier le dialogue macro-économique, ont été contournées par les gouvernements. L’espoir selon lequel la création de l’euro pousserait tous les acteurs à un comportement économique rationnel s’est révélé vain. Aujourd’hui, le système a déjanté.

Ainsi que HWS l’a récemment écrit dans le Handelsblatt, des pays tels que la Grèce le Portugal ou l’Espagne devraient devenir environ 20 à 30% moins chers que la moyenne européenne pour rétablir leur compétitivité et l’Allemagne devrait devenir 20% plus chère. [Hans-Werner Sinn est professeur d’économie à l’Université de Munich, president de l’Institut IFO qui est un groupe de recherche économique très réputé en Europe, et membre du groupe des conseillers économiques ministériel. Il est l’auteur de Can Germany be Saved ?

Cependant, l’expérience des dernières années a clairement démontré qu’une telle politique n’a aucune chance d’être mise en œuvre. Une réappréciation via une hausse des salaires qui serait nécessaire en Allemagne y est impossible du fait de la convergence entre le patronat allemand et le bloc des partis néo-libéraux rassemblant la CDU CSU, le SPD, le FPD et les Verts qui leur obéissent. Une vraie dévaluation via la baisse des salaires qui générerait les nécessaires 20 à 30% de pertes de revenus en Europe centrale – France incluse - conduirait au désastre dont on peut déjà voir les prémices en Espagne, Grèce et Portugal.

Si ces dévaluations et réappréciations ne peuvent pas être faites ainsi, il va falloir abandonner la monnaie unique et revenir à un système qui permette ces dépréciations / appréciations, ainsi que c’était le cas dans la période précédant la monnaie unique, celle du Système monétaire européen. En substance, il s’agit de rendre de nouveau possibles des dévaluations et réévaluations via un système des changes géré au niveau européen. Dans cet objectif, un strict contrôle de la circulation des capitaux serait l’inévitable première étape. Après tout, l’Europe a déjà pris une telle mesure avec Chypre.

Durant la période de transition, il faudrait aider les pays qui devraient inévitablement déprécier leur monnaie, afin de les renforcer, y compris via une intervention de la BCE, et d’éviter un effondrement. Un prérequis du bon fonctionnement du Système monétaire européen serait une réforme du secteur financier sous stricte régulation, selon une organisation du type de celles des caisses d’épargne publiques. Il faut fermer le casino.

La transition vers un système permettant dévaluations et réévaluations devrait se faire graduellement, en commençant par la Grèce et Chypre et en prenant en compte l’expérience du Serpent monétaire européen ainsi que celle du SME.

Traduit de l’anglais par Jacques Nikonoff

* Oskar Lafontaine a été l’un des fondateurs du parti de gauche allemand Die Linke dont il fut le président jusqu’en 2009. Il a été président du Parti social-démocrate allemand (SPD) de 1995 à 1999, ministre des Finances de 1998 à 1999 avant de démissionner en raison de divergences politiques avec le Chancelier (SPD) Schröder.


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L’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande. Allemagne-Grèce : deux poids, deux mesures - Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande.

30 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

"Allemagne-Grèce : deux poids, deux mesures - Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande :

L’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande

L’allègement radical de la dette de la République fédérale d’Allemagne (RFA) et sa reconstruction rapide après la seconde guerre mondiale ont été rendus possibles grâce à la volonté politique de ses créanciers, c’est-à-dire les États-Unis et leurs principaux alliés occidentaux (Grande-Bretagne, France). En octobre 1950, ces trois alliés formulent un projet dans lequel le gouvernement fédéral allemand reconnaît l’existence des dettes des périodes précédant et suivant la guerre. Les alliés y joignent une déclaration signifiant que « les trois pays sont d’accord que le plan prévoit un règlement adéquat des exigences avec l’Allemagne dont l’effet final ne doit pas déséquilibrer la situation financière de l’économie allemande via des répercussions indésirables ni affecter excessivement les réserves potentielles de devises. Les trois pays sont convaincus que le gouvernement fédéral allemand partage leur position et que la restauration de la solvabilité allemande est assortie d’un règlement adéquat de la dette allemande qui assure à tous les participants une négociation juste en prenant en compte les problèmes économiques de l’Allemagne » |1|.

La dette réclamée à l’Allemagne concernant l’avant-guerre s’élève à 22,6 milliards de marks si on comptabilise les intérêts. La dette de l’après-guerre est estimée à 16,2 milliards. Lors d’un accord conclu à Londres le 27 février 1953 |2|, ces montants sont ramenés à 7,5 milliards de marks pour la première et à 7 milliards de marks pour la seconde |3|. En pourcentage, cela représente une réduction de 62,6%.

De surcroît, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources |4|.

Pour s’assurer que l’économie de l’Allemagne occidentale est réellement relancée et qu’elle constitue un élément stable et central dans le bloc atlantique face au bloc de l’Est, les Alliés créanciers font des concessions très importantes aux autorités et aux entreprises allemandes endettées qui vont bien au-delà d’une réduction de dette. On part du principe que l’Allemagne doit être en condition de rembourser tout en maintenant un niveau de croissance élevé et une amélioration des conditions de vie de la population. Rembourser sans s’appauvrir. Pour cela, les créanciers acceptent primo que l’Allemagne rembourse dans sa monnaie nationale, le deutsche mark, l’essentiel de la dette qui lui est réclamée. A la marge, elle rembourse en devises fortes (dollars, francs suisses, livres sterling…). Secundo, alors qu’au début des années 1950, le pays a encore une balance commerciale négative (la valeur des importations dépassant celle des exportations), les puissances créancières acceptent que l’Allemagne réduise ses importations, elle peut produire elle-même des biens qu’elle faisait auparavant venir de l’étranger. En permettant à l’Allemagne de substituer à ses importations des biens de sa propre production, les créanciers acceptent donc de réduire leurs exportations vers ce pays. Or, 41% des importations allemandes venaient de Grande-Bretagne, de France et des États-Unis pour la période 1950-51. Si on ajoute à ce chiffre la part des importations en provenance des autres pays créanciers participant à la conférence (Belgique, Hollande, Suède et Suisse), le chiffre total s’élève même à 66%.
Tertio, les créanciers autorisent l’Allemagne à vendre ses produits à l’étranger, ils stimulent même ses exportations afin de dégager une balance commerciale positive. Ces différents éléments sont consignés dans la déclaration mentionnée plus haut : « La capacité de paiement de l’Allemagne, de ses débiteurs privés et publics, ne signifie pas uniquement la capacité de réaliser régulièrement les paiements en marks allemands sans conséquences inflationnistes, mais aussi que l’économie du pays puisse couvrir ses dettes en tenant compte de son actuelle balance des paiements. L’établissement de la capacité de paiement de l’Allemagne demande de faire face à certains problèmes qui sont : 1. la future capacité productive de l’Allemagne avec une considération particulière pour la capacité productive de biens exportables et la capacité de substitution d’importations ; 2. la possibilité de la vente des marchandises allemandes à l’étranger ; 3. les conditions de commerce futures probables ; 4. les mesures fiscales et économiques internes qui seraient nécessaires pour assurer un superavit pour les exportations. » |5|

En outre, en cas de litige avec les créanciers, en général, les tribunaux allemands sont compétents. Il est dit explicitement que, dans certains cas, « les tribunaux allemands pourront refuser d’exécuter […] la décision d’un tribunal étranger ou d’une instance arbitrale. » C’est le cas, lorsque « l’exécution de la décision serait contraire à l’ordre public » (p. 12 de l’Accord de Londres).

Autre élément très important, le service de la dette est fixé en fonction de la capacité de paiement de l’économie allemande, en tenant compte de l’avancée de la reconstruction du pays et des revenus d’exportation. Ainsi, la relation entre service de la dette et revenus d’exportations ne doit pas dépasser 5%. Cela veut dire que l’Allemagne occidentale ne doit pas consacrer plus d’un vingtième de ses revenus d’exportation au paiement de sa dette. Dans la pratique, l’Allemagne ne consacrera jamais plus de 4,2% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette (ce montant est atteint en 1959). De toute façon, dans la mesure où une grande partie des dettes allemandes était remboursée en deutsche marks, la banque centrale allemande pouvait émettre de la monnaie, en d’autres mots monétiser la dette.

Une mesure exceptionnelle est également décidée : on applique une réduction drastique des taux d’intérêts qui oscillent entre 0 et 5%.

Une faveur d’une valeur économique énorme est offerte par les puissances occidentales à l’Allemagne de l’Ouest : l’article 5 de l’accord conclu à Londres renvoie à plus tard le règlement des réparations et des dettes de guerre (tant celles de la première que de la deuxième guerre mondiale) que pourraient réclamer à la RFA les pays occupés, annexés ou agressés (ainsi qu’à leurs ressortissants).

Enfin, il faut prendre en compte les dons en dollars des États-Unis à l’Allemagne occidentale : 1,17 milliard de dollars dans le cadre du Plan Marshall entre le 3 avril 1948 au 30 juin 1952 (soit environ 10 milliards de dollars aujourd’hui) auxquels s’ajoutent au moins 200 millions de dollars (environ de 2 milliards de dollars d’aujourd’hui) entre 1954 et 1961 principalement via l’agence internationale de développement des États-Unis (USAID).

Grâce à ces conditions exceptionnelles, l’Allemagne occidentale se redresse économiquement très rapidement et finit par absorber l’Allemagne de l’Est au début des années 1990. Elle est aujourd’hui de loin l’économie la plus forte d’Europe.

Allemagne 1953 / Grèce 2010-2012..."

Suite : http://cadtm.org/Allemagne-Grece-deux-poids-deux

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