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Le blog de Lucien PONS

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VIVE l’EUROPE des LUTTES, A BAS l’UNION EUROPEENNE, construisons l’opposition populaire à l’austérité euro-hollandaise ! Le PRCF commente l'actualité.

17 Novembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

POLE POSITION DU 14 NOVEMBRE 2012 / Le PRCF commente l’actualité et appelle à la mobilisation sur son site internet. Merci à chacun de lire et de diffuser largement autour de lui.

 

 

VIVE l’EUROPE des LUTTES, A BAS l’UNION EUROPEENNE, construisons l’opposition populaire à l’austérité euro-hollandaise !

 

Le PRCF, qui était présent avec un tract dans les cortèges syndicaux français, salue les travailleurs en lutte contre l’euro-austérité.

 

Honneur notamment aux travailleurs espagnols, italiens, grecs et portugais, qui font vivre au présent un mot devenu tabou dans le vocabulaire des Chérèque, Thibault et autre Lepaon : le mot « grève générale » ! Honneur aussi aux véritables communistes de ces différents pays qui sont à la tête de la protestation sociale malgré la répression policière qui se durcit dans ces Etats policiers que deviennent l’un après l’autre les Etats vassalisés de l’Union européenne.

 

De plus en plus, il apparaît que pour gaver le capital financier, pour gonfler les profits et sauver le maudit euro, l’oligarchie européenne est prête à jeter bas TOUS les acquis sociaux et à liquider la souveraineté nationale des Etats européens, tous chapeautés désormais par une dictature continentale pilotée par Washington et Berlin.

 

Plus les plans d’austérité plongeront dans la pauvreté la masse des travailleurs, la Confédération Européenne des Syndicats, plus la Confédération Européenne des Syndicats aura du mal à « vendre » le mensonge de l’Europe sociale. De plus en plus, les militants de la CGT, du PCF, du PG que l’on rencontre dans les manifs disent s’interroger sur l’euro, sur l’UE, et font bon accueil aux explications du PRCF qui explique depuis toujours qu’il est impossible de rompre avec l’austérité et de réindustrialiser le pays sans SORTIR de l’UE et sans nationaliser les secteurs-clés de l’économie.  De plus en plus l’idée « passe » dans les masses populaires qu’il est absurde d’opposer le patriotisme républicain à l’internationalisme prolétarien. Tout au contraire, à notre époque, le combat pour l’indépendance nationale est la voie obligée pour une rupture révolutionnaire avec le capitalisme, quoi qu’en disent hélas les dirigeants « euroconstructifs » du Front de gauche, de LO, du NPA, etc.

 

Alors, face à la méga-austérité décrétée par Hollande, qui rampe de plus en plus devant le MEDEF et Merkel, associons les mots d’ordre clairs :

 

·         Tous ensemble et en même temps contre l’euro-austérité, sans crainte de clamer que le salut de leur maudit euro ne vaut pas la casse de nos acquis sociaux ! Certes la grève générale ne se décrète pas, mais elle se CONSTRUIT et pour cela, il faut la mettre en débat dans les entreprises !

·         Brisons les chaînes de l’Union européenne, la coopération internationale passe par des échanges équilibrés et planifiés entre des Etats souverains pas par la « concurrence libre et non faussée » des traités supranationaux européens !

·         Faire barrage à la droite ultra de l’UM’Pen en gestation passe, non pas par l’accompagnement « critique » des mesures et du budget de Zapat-Ayrault, mais par la lutte de classe résolue contre toutes les politiques antisociales du Parti Maastrichtien Unique, le PMU que composent aujourd’hui le PS et l’UMP.

 

IL N’ Y A PAS D’AUTRE VOIE POSSIBLE QUE L’ACTION DE CLASSE ET DE MASSE, que l’union du drapeau rouge ouvrier et du drapeau tricolore pour un nouveau Front de résistance populaire et patriotique, SI NOUS NE VOULONS PAS QUE NOS ENFANTS SOIENT SUREXPLOITES, PAUPERISES ET PRECARISES.

Serons-nous dignes du grand passé combatif du peuple français ? La réponse appartient à chacun !

 

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Palestine : SOLIDARITE ANTI-IMPERIALISTE

De nouveau, le gouvernement d’extrême droite israélien attaque tous azimuts le peuple palestinien, bombardant les populations civiles de Gaza et assassinant ses responsables politiques. Plus que jamais l’équidistance entre les Palestiniens, incroyablement humiliés et opprimés au quotidien par « Tsahal » et par les colons, et l’Etat de plus en plus prédateur de Tel Aviv, est une ignominie qui renvoie dos à dos le tortionnaire et la victime.

Dans le même temps, les impérialistes occidentaux et leur tête de pont israélienne préparent ardemment (maintenant que les élections américaines sont passées) l’invasion de l’Iran, la déstabilisation finale de la Syrie, la recomposition impérialiste du « Grand Proche-Orient ».

Dans ces conditions, pourquoi les organisations franchement communistes ne mettraient-elles pas en place ensemble une affiche et un tract national, distribué dans les quartiers populaires et les entreprises, pour condamner les guerres impérialistes en cours ou en préparation, pour refuser l’ingérence dans les pays indépendants qui déplaisent au grand capital,  stigmatiser les gouvernements UMP et PS qui n’ont pas un rond pour les salaires et les services publics, mais qui gaspillent des milliards pour agresser des peuples qui ne nous ont rien fait ?

Plus que jamais, en refusant les guerres de nos gouvernements capitalistes, nous défendons AUSSI la souveraineté du peuple français tant il est vrai qu’ « un pays qui en opprime d’autres ne saurait être libre » (Marx).

 

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SOLIDARITE REPUBLICAINE avec les TRAVAILLEURS de CORSE

Pas un mois, et bientôt pas une semaine ne se passent sans que la liste des victimes du terrorisme ne s’allonge en Corse sur fond d’activités mafieuses et de séparatisme réactionnaire.

Le vrai problème de la Corse n’est nullement, comme le prétendent les séparatistes flirtant avec la droite corse, la « domination de Paris ». C’est avec ce type de slogan chauvin qu’on oppose les travailleurs et les Français de diverses origines comme s’il n’y avait pas plus de Corses vivant sur le continent que de « continentaux » vivant en Corse.

En réalité, les séparatistes s’inscrivent dans une stratégie capitaliste du « diviser pour régner » qui vise, dans toute l’Union européenne, à faire éclater les Etats nationaux (Italie, France…) et multinationaux (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Espagne, Belgique,…) existants pour mettre en place l’Empire européen du grand capital dirigé depuis Berlin.

Dans une France euro-balkanisée, les Corses ne gagneraient rien, au contraire, les promoteurs et les maffieux auraient les mains encore plus libres pour saccager l’Ile de beauté.

La vraie solution n’est pas d’aider les capitalistes à faire sauter la République française une et indivisible* mais de la défendre et surtout, de la CHANGER pour en faire, de Dunkerque à Bonifacio, une République souveraine, sociale et fraternelle développant de manière équilibrée et planifiée l’ensemble de ses territoires. Y compris en développant l’emploi industriel et agricole en Corse, en déployant l’enseignement du corse dans le cadre des écoles publiques sans pour autant remettre en cause la langue française** et l’histoire de France à laquelle la Corse, notamment pendant la Résistance, a apporté une contribution éminente.

Le PRCF est plus que jamais solidaire des communistes corses qui continuent, sans crainte du danger, de défendre les valeurs républicaines, patriotiques et internationalistes contre le séparatisme mafieux. Il combat plus que jamais l’ensemble des gouvernements UMPS qui, en démantelant l’Etat nation français au nom de l’Europe fédérale, en cassant les services publics, en laissant le MEDEF désindustrialiser le pays et privilégier l’affairisme et le « tout-tourisme », détruisent les bases mêmes du « vivre ensemble » dans notre pays.

 

*Rappelons que Pascal Paoli fut d’abord un jacobin partisan de la Révolution française ; antérieurement à la Révolution, Paoli s’était d’ailleurs adressé à Rousseau, principal inspirateur de Robespierre, pour lui demander de rédiger la première Constitution républicaine de la Corse.

** A notre époque, la langue française et les langues régionales ne doivent pas s’affronter mais tenir tête ensemble au « Ramina-Globish » du tout-anglais. Sans quoi elles périront ensemble.

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Mélenchon : des nouvelles de Babylone. Repris sur Agora Vox.

13 Novembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Mélenchon : des nouvelles de Babylone

Babylone s’est fait une sale réputation avec cette tour de Babel défiant le bon sens. Elle voulait s’élever jusqu’au ciel. Et cela ne plut pas à Dieu.

Bruxelles, notre nouvelle Babylone, a une autre mégalomanie : elle veut toucher les Enfers. Et ça ne plaît pas aux peuples.

Et tout commence à vaciller.

Jean-Luc Mélenchon, député européen, nous le raconte d’une plume talen-tueuse.

« La session de novembre est annulée. Elle devait avoir lieu à Bruxelles. Malheureusement les piliers qui soutiennent l’hémicycle sont fissurés. Et tout menace de s’écrouler. Cette allégorie de l’Etat de l’Union fait évidemment les gorges chaudes des mauvais plaisants de la maison. Ils sont nombreux. Mais j’ai une bonne nouvelle pour vous. L’armée de robots euro béats qui peuple le Parlement semble hésiter. D’habitude elle débite avec ferveur les mantras du néolibéralisme cuits dans la soupe de droite ou social-démocrate. Cette semaine, il y a un écho du bruit des rats qui quittent le navire pourri de l’Europe austéritaire. »

Ceci pourrait être une bonne nouvelle. Ils se rendent quand même compte que quand on appauvrit les consommateurs, ils ne consomment plus. (Oui, si on met un coussin sur la bouche de quelqu’un, il s’étouffe et on a beau lui dire : « Lève-toi et consomme », si on lui remet le coussin, il ne bouge pas. Curieux.) Ils sont peut-être aussi inquiets, mais là j’ai des doutes, de la tournure que prennent les évènements. Tous ces peuples qui s’agitent…Même si on a des robocops à leur opposer… Mais quand la colère du peuple commence, où s’arrête-t-elle ? 

Le gratin des fous de Bruxelles tremble !

D’où des scènes de comédie, ou plutôt de tragi-comédie, que nous décrit Mélenchon « allegro vivace »

« Il faut agir ! Il faut agir ! » ont-ils pleurniché. « Mais nous agissons ! » ont répliqué Barroso et Van Rompuy. Justement ça ne donne rien et c’est le problème que semblent découvrir toutes sortes de gens. Barroso, l’homme qui parle huit langues pour ne rien dire, a fini par sortir de ses gonds ! Il a aussi tapé le FMI qui s’est risqué lui aussi à crier à la catastrophe si l’Union européenne continue à serrer tous les budgets. Il n’est pas faux de dire que dans le bal des faux culs, le FMI bat des records de double langage. Donc Barroso fait des révélations : «  La proposition de donner un an de plus à l’Espagne et au Portugal, c’est nous qui l’avons faite ! Pas le FMI  », jure-t-il, au bord de l’apoplexie. Mais telle est dorénavant la situation, que Barroso lui-même doit mettre sac à terre et ne pas en faire trop, contre les faits. Aussi le vit-on, beaucoup plus modestement, se réjouir que ce sommet ait été un moment important « en ceci qu’il a confirmé les décisions des précédents  » ! Tu parles d’un exploit ! Avant de conclure dans le style admirable de la novlangue des eurocrâtes : « Le sommet a été un moment charnière pour accepter de discuter des difficultés que nous voulons surmonter  ». Ce qui ne veut rien dire, comme on s’en rend compte si l’on s’y intéresse ; mais cela fait riche. Quand ce fut le tour de Van Rompuy, la malheureuse créature, président de je ne sais plus quoi, paraissait si désemparée qu’on lui aurait volontiers donné immédiatement son quatre heures pour qu’il ne pleure pas. «  Nous avons sous-estimé l’ampleur et la profondeur de la crise dans nos pays  », a-t-il gémi. Mais ce sera le seul aveu de faiblesse. Car, pour la suite, l’arrogance libéralo eurocratique est vite revenue. « L’austérité n’est pas venue d’en haut, de l’Union européenne, mais par les pays eux même, par la mal gouvernance, le mal governo » « Qui pouvait croire qu’avec une aussi mauvaise gestion cela pouvait continuer ? » «  A partir du mal governo, l’austérité est une politique inévitable ». Passons. Il est compréhensible que, pour de tels personnages, le respect dû aux états souverains et à leur parlement ne soit déjà plus rien. Sinon un encombrement permanent. D’ailleurs, ce sera, à la fin du propos, le cœur de ce qu’il a annoncé pour la suite. «  Pour aller plus loin, dorénavant on touche au noyau dur de la souveraineté. On le fera, pas à pas. » «  On va atteindre des tabous ». Au moins vous êtes prévenus.

Certains verrous sautent déjà, tranquillement.

Un petit tour chez nous.

Passons sur le TSCG qui est déjà de l’histoire ancienne.

 Quantité de projets de notre beau pays sont remisés sauf Notre dame des Landes, l’Ayraulport, qui doit absolument se faire et coûtera fort cher au contribuable. Mais on fermera quelques maternités. Le cholestérol grave n’est plus remboursé à 100% mais l’avortement, oui. Diable. Pourquoi ? Et où se feront ces avortements puisque les centres ferment et que les seuls ouverts seront bientôt plus loin que la Suisse ? 

Autre mesure eugéniste : comment tuer lentement mais sûrement : saupoudrons d’OGM la nourriture des foules.

L’enquête du professeur Seralini ne servait pas les intérêts de Monsanto, donc on s’en fiche et on remet une couche de ses fameux OGM qui transforment les souris, mais aussi les gens, on en voit partout, en montgolfières. On croyait que les gros mangeaient trop . Non, ils mangent des OGM.

Dans son blog de deputé européen, Mélenchon dénonce cette folie.

La Commission européenne a autorisé l'importation et la mise sur le marché européen d'un nouveau maïs OGM. Je dénonce cette autorisation d'importation. J'ai interpellé la Commission européenne sur ce sujet par une question écrite. Je dénonce également l'attitude du gouvernement français qui s'est rendu complice de cette décision en s'abstenant lors de la procédure d'autorisation. Il y a urgence à décréter un moratoire sur l'importation et la culture des OGM en Europe. Le gouvernement PS-EELV conduit par Ayrault doit radicalement changer de position. Il doit agir en Europe pour l'interdiction des 41 OGM autorisés à l'importation et des 2 OGM autorisés à la culture. Sans attendre, il doit désobéir à l'autorisation de la Commission européenne et fermer ses frontières aux OGM. C'est une exigence écologique et sanitaire. C'est aussi une condition indispensable à la construction d'une agriculture libérée du productivisme.

La France, on le sait, a voté « oui » à deux OGM sans plus d’état d’âme que Bruxelles. On a eu droit récemment à un grand article d’une presse alignée qui veut nous prouver que « le changement , c’est maintenant ! » : les lobbys sont chassés de l’Assemblée Nationale ! (certains). A mon avis ils doivent recevoir dans l’hôtel en face vu la promptitude avec laquelle ces OGM ont trouvé place dans nos assiettes.

Le problème des OGM est qu’ils ont été inventés pour nourrir « toute la planète » sans les inconvénients des légumes traditionnels, plus fragiles. Les amis des OGM disent que les légumes bio vont bien pour nourrir quelques bobos mais pas tout le monde. Or, la réalité nous est maintenant connue, ces OGM sont une catastrophe sanitaire et environnementale et une agriculture verte, en particulier la permaculture, donne des productions à foison. Et saines ! Mais non ! OGM ! Commerce ! Commerce !

 A cause d’eux, des foules de paysans en Inde se suicident qui ne sont plus maîtres de leurs semences et de leur vie. (Mais nos amis libéraux vont nous dire que l’Inde va être la seconde puissance économique de ce temps et que quelques millions de paysans en moins, ce n’est pas grave.ils sont comme ça les libéraux. Ils ont perdu ce qu’on appelle l’âme. Ils disent « c’est le commerce qui n’a pas d’âme ! » Pas côté en bourse.)

Par-dessus le marché, ces OGM qui sont partout dans nos viandes, dans tous les plats de l’agro-alimentaire, sont à l’origine de cette obésité qui est un refus du corps de traiter des aliments qu’elle ne reconnaît pas.

Mais le combat contre le tout puissant Monsanto, qui est un des généraux de l’armée du 1er reich libéral, lui-même à l’origine de la loi anti-boycott que nous avons à subir car il ne voulait pas que les paysans se dressent devant ses poisons en disant « nous boycottons », est une sale affaire.

 Le 6 novembre, en Californie, un référendum a refusé que les OGM aient à être indiqués sur des produits ! On se dit : « Mais ces amerloques, quelles quiches ! » Plaignons-les plutôt. Embobinés « Si on note la présence d’OGM, le produit sera plus cher ». Et surtout trompés. Monsanto a en effet menti en disant que la « American drug free fondation » était favorable aux OGM !!! Des actions en justice sont en cours. Pot de terre contre pot de fer…

Tel est Monsanto, un des symboles les plus abjects d’une science dévoyée pour qui la formule de Rabelais vaut de l’or : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Et des corps aussi. Et de notre planète .

Dire « oui » aux OGM est un des avatars de la vie de la Babylone bruxelloise.

Mais pas le seul. Un autre décision, grave , vient d’être entérinée. Qui en parle, Qui la connaît ?

Israël vient d’entrer dans le marché Européen. Que ce pays soit en Europe, saute aux yeux et on se demande pourquoi la décision a tant tardé. Il entre dans notre marché pour nous vendre une seule chose : des médicaments génériques parce qu’ils ont de supers usines à medocs chez eux.

Là encore Mélenchon prend position . (Ayrault ? Copé ? Le Pen ? Non. Ah bon…) On peut lire dans son blog :

 Les laboratoires TEVA Pharmaceuticals Industrie Lmt, un des leadeurs mondiaux des médicaments génériques, sont un des fleurons de l’industrie israélienne. Mais dans les informations fournies par TEVA sur ses différents fournisseurs, aucune distinction n’est jamais faite entre Israël et les territoires palestiniens occupés. Pourtant c'est une question clef pour la transparence et la légalité des accords. (Transparence et légalité à Bruxelles ! Hihihihi !!)

Plus grave encore. (Un étage de plus pour la tour de Babel ! On descend encore ! Les lois de Bruxelles c’est comme le corium de Fukushima : c’est la chute jusqu’au « boum » ! )

Du point de vue juridique et démocratique il pose problème. En effet, bien que cet accord porte sur le seul secteur pharmaceutique, son article 7 et son article 13 permettent au Comité de gestion de l'accord ou à la personne juridique que celui-ci désignera d'ouvrir le marché unique à d'autres secteurs israélien, sans nécessité d'obtenir l'approbation Parlement européen !

Certains trouvent que Mélenchon ne prend jamais parti contre Israël. Qu’il appartient au complot sioniste qui se tient dans les grottes de la Franc-maçonnerie. Voici un extrait de son intervention en séance :

 Ce rapport propose de franchir un premier pas vers l'intégration complète d'Israël au marché unique européen. Sous prétexte de libéraliser complètement les échanges pharmaceutiques entre l'UE et Israël, le protocole que ce texte avalise permet en fait d'intégrer sans approbation parlementaire préalable ou postérieure de nouveaux produits et services dans cet accord de libre échange total. Je m'oppose à ce protocole pour le renforcement du libre échange qu'il permet. Mais aussi pour le signal politique qu'il envoie. Alors même que le gouvernement israélien continue sa politique de colonisation agressive et maintien le blocus de Gaza en dépit du droit international, ce protocole renforce ses relations commerciales avec l'UE sans demander aucune garantie sur la provenance des produits échanger. En ratifiant ce protocole l'UE enverrait un message dangereux pour le respect du droit international. Je vote contre ce texte

Comment voulez-vous, après des évènements de ce genre, qu’on fasse taire tous ceux qui dénoncent la main mise d’Israël sur la France et l’Europe ? La preuve est là ! Est-on antisémite de le dire ? Comment voulez-vous qu’on prenne bien d’avoir pour ministre de la police quelqu’un qui dit, après DSK, décidément, ils n’ont pas la religion discrète, qu’ils défendront Israël avant tout ? On comprend dès lors la nouvelle bourde de Hollande qui est un exemple à étudier chez les freudiens en matière de lapsus, puisqu’après le fameux « comploter » pour « compléter », il parle de « stragédie » pour les meurtres de Toulouse, confondant sans doute tragédie de particuliers et stratégie de l’Etat. Il faut lui écrire tous ses textes à lui ! Il est dépassé par les évènements. Il en a trop sur la conscience. Il craque ! Chaque semaine nous avons droit à une révélation : complot et stratégie !

Tout ce que nous venons de voir a été voté. Il y a aussi les recommandations. Et à Bruxelles une recommandation est vite un ordre.

Sur la sécurité sociale pour commencer, qui doit s’ouvrir à la concurrence libre et non faussée. On sait pour qui elle n’est pas faussée.

Sur l’eau, ensuite, l’Europe demandant à ce qu’elle soit entièrement privatisée. Les grandes boîtes savent mieux s’occuper de l’entretien des tuyauteries que les municipalités, surtout avec leurs employés qui viennent du Kamtchaka à1 euro la journée, lesquels sont très motivés. Vive le privé ! Ensuite, avoir la main sur la composition de l’eau que tout le monde boit, c’est quand même excellent pour surveiller que personne ne vienne mettre de vilaines choses dedans…Ah ! Ces terroristes ! Et il n’y a que le privé capable de faire ça !

Mais ce problème de l’eau n’est que pipi de chat face au grand drame qui se profile : le marché transatlantique. 

Voici un extrait du blog Européen de Mélenchon :

Après avoir voté pour le renforcement accéléré et de l'accord de libre échange UE-Israël, le Parlement européen devait se prononcer sur un rapport d'initiative, c'est-à-dire une déclaration sans poids législatif sur un vaste sujet : le Grand Marché Transatlantique.

Le sujet est vaste et peu connu. Les grands médias ne se font en effet jamais l'écho des avancées vers cette "zone de libre échange +" de ce "grand marché intégré" qu'on nous prépare depuis des années dans le plus grand secret et que nous sommes peu nombreux à dénoncer.

Je tiens à vous signaler l'existence d'une plateforme, la "Plateforme contre le transatlantisme" que nous avons lancée il y a 2 ans déjà avec plusieurs personnalités et dont les deux principaux animateurs sont Bruno Poncelet et Ricardo Cherenti, co-auteurs du seul livre jamais produit sur le sujet "Le Grand Marché Transatlantique – L'Europe, une société anonyme transatlantique". Je vous invite à aller jeter un œil de temps à autre sur la page web de notre plateforme : http://www.no-transat.be/  http://www.youtube.com/watch?v=nGK_ztYzYVQ

Notre dénonciation des accords marchands entre les Etats-Unis et l’Europe ne doit surtout pas être confondue avec un anti-américanisme primaire. Elle vise par contre une remise en cause des traités qui, de l’Acte Unique européen (1986) au traité de Lisbonne (2009), façonnent l’Europe des marchés au détriment de l’Europe des peuples. Dans cette logique, le marché transatlantique permettra de passer à la vitesse supérieure. Alors qu’il est urgent de faire marche arrière !

 Quand on voit qui prend la tête des EU, on n’est guère rassuré. On sait que c’est Obama et certains pensent que c’est mieux que Romney. Le portrait que traçait Mélenchon des deux impétrants garde tout son sel ! (Transatlantique !)

La compétition entre un réactionnaire mormon aveuglé de nationalisme le plus obscurantiste et un démocrate à la ramasse qui n’a tenu parole sur presque aucune de ses promesses et rend le monde dans un état pire qu’il l’a trouvé en arrivant. Leur commune intention de maintenir le reste du monde à leur botte, le bilan épouvantable de leurs aventures militaires, l’incroyable dictature de leur monnaie qui déstabilise le monde entier, leurs prisons secrètes, les tortures qu’ils utilisent, l’affreux camp de torture de Guantanamo, leur 19 agences « d’intelligence », leur droit d’entrer dans les comptes en banques de chaque européen, leur droit de contrôle des embarquements à bord des avions qui survolent leur territoires et tous ces indices de la décadence paranoïaque de ce pays, ne seront pas évoqués. Un spectacle beaucoup plus simple a été sélectionné pour nous. Nous ne serons pas désorientés. On nous donnera nos points de repères habituels. Nous disposons donc du frisson convenu, chacun selon son camp. Un Disneyland pur et sans tache. Le grand classique qui nous permet d’être gratifié partout d’un Hollande ou d’un Sarkozy pour tout potage, et pour que rien ne change. Pour nous, à gauche, le « moins pire » est évidemment Obama et l’affreux réac est Mitt Romney. Facile à comprendre. Cinq autres candidats s’agitent en arrière-plan, soigneusement tenu à distance des lumières par la masse de fric qui gorge les deux premiers et la dictature du format médiatique qui ne saurait aller, même dans la « première démocratie du monde » au-delà de deux candidats. Deux candidat c’est le maximum de ce qui peut entrer dans le cerveau de la ménagère de moins de cinquante ans telle que se la figure les marchands de temps de cerveau disponible. Au moins ne font-ils pas semblant comme en France d’avoir des conseils supérieurs machin chose et autre « haute autorité » prétexte à bonne conscience et occasion de belles prébendes. Je crois que je préfère leur grossièreté à la sophistication de l’art de prendre les gens pour des imbéciles qui caractérise notre système.

Et chez nous ? Chez les Gaulois dirigés par des « socialistes » ?

Là encore les ennemis de Mélenchon prétendent qu’il roule pour le PS. Personnellement, je trouve plutôt qu’il leur roule dessus. Voici son résumé de ce fameux « plan Gallois » qui est une reddition sans condition aux vœux du patronat :

 Quand Ayrault annonce que son plan est une « étape majeure et décisive dans la sortie de crise de notre pays et de son économie », il nous (et se) trompe lourdement. Quand il annonce que son plan créera 300 à 400 000 emplois et 0,5% de croissance supplémentaires d'ici à 2017, il ment effrontément. C'est au contraire un tour de vis de plus dans l'austérité. Donc un pas de plus vers la récession. D'autant que les 10 autres milliards d'euros nécessaires pour financer ce plan viendront directement de votre poche sous la forme d’impôts indirects. Le choc contre la dépense publique va se doubler d'un choc négatif sur la consommation populaire. L'effet sur l'économie sera désastreux.

L'essentiel des recettes nouvelles viendront de la TVA. Sur les 10 milliards d'euros de recettes, Ayrault a prévu 3 milliards par la "fiscalité écologique" mais en renvoyant sa mise en place et ses modalités à 2016. L’écologie réduite au rôle de recettes de poche pour le futur, quel grand bond en avant idéologique ! Bien joué les ministres Verts ! Par contre, dès 2014, les 7 autres milliards viendront de la TVA ! Pour de vrai et tout de suite ! C'est l'essentiel. C'est un coup de poignard contre le pouvoir d'achat populaire. Hollande et Ayrault donnent raison à Sarkozy et sa funeste TVA sociale. Comme Sarkozy, ils décident d'augmenter le taux normal de TVA. Jospin l'avait baissé, Hollande, comme Sarkozy, le remonte. C’est tout un symbole lamentable. Avec Ayrault, la TVA passera de 19,6% à 20%. Et c'est pire pour le taux « intermédiaire ». Sarkozy l'avait relevé de 5,5% à 7%. Hollande et Ayrault vont encore plus loin et le relève à 10% ! Cette hausse concernera la vie quotidienne des citoyens. On entend beaucoup parler de la restauration et des travaux dans l'habitat. Mais elle frappera aussi les médicaments, les livres, le bois de chauffage, les abonnements aux transports en commun. Pour l'affichage compassionnel, le gouvernement annonce une baisse du taux réduit sur les produits de première nécessité de 5,5% à 5%. A supposer que vous puissiez le constater, cela devrait coûter moins d'un milliard d'euros. Mais les hausses sur tout le reste, que les mêmes personnes consomment aussi, leur prendront plus de 7 milliards d'euros !

Ces décisions sont écœurantes. En les faisant, Ayrault y a ajouté des provocations cyniques. Il a essayé de faire croire qu'il s'agissait de « mesures ambitieuses, résolument de gauche ». Le mot « gauche » résistera-t-il à ce traitement ? En réalité, il a validé tous les discours libéraux sur le "coût du travail", le "déclin" et le "décrochage" de l'économie française. Et il a choisi d'augmenter l'impôt le plus injuste : la TVA. La TVA frappe tous les ménages quels que soient leurs revenus. Donc il n’y a pas besoin de beaucoup de calculs pour comprendre que les ménages à bas revenus payent une part de leurs revenus plus importante en TVA que les ménages riches.

 

L’actualité de Mélenchon est très dense cette semaine. Le FDG participe en effet à la grande grève Européenne du 14 novembre. Le 16 novembre Mélenchon tient meeting à Paris pour soutenir Pascale le Néouannic qui se présente contre Devedjian, une nouvelle chance, sinon d’être élue sur des terres de droite, du moins de faire entendre la voix de la vraie gauche. Le 17 novembre Mélenchon et Corinne Morel-Darleux viennent apporter leur soutien aux résistants de Notre dame des Landes. http://www.lepartidegauche.fr/actualites/communique/communique-parti-gauche-toutes-tous-notre-dame-des-landes-le-17-novembre-17865

 Ils répondent ainsi à l’appel, de ceux qui demandent que les medias parlent honnêtement du débat au sujet d’un aéroport qui concerne une époque révolue. Là encore la déclaration de Mélenchon est très claire. 

La répression violente qui s'exerce à l'encontre des opposants au projet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est une honte pure et simple : Jean-Marc Ayrault est dans l'abus de pouvoir, ni plus ni moins.

 

J’aimerais terminer sur ce qui est pour moi la stratégie de Mélenchon. Tenaillé par les circonstances.

Il évoque pour moi l’histoire d’Horace confronté aux trois Curiace.

Lors de ce fameux combat trois frères contre trois frères, deux Horace sont morts et soudain le troisième prend la fuite. Sur les remparts d’Albe explosent des cris de joie : c’est la victoire !

On connaît la suite. Les trois Curiace, qui sont inégalement blessés, courent vers lui à des allures différentes ; ce qui lui permettra de les attendre et de les tuer les uns après les autres.

Le premier Curiace qui s’est avancé vers Mélenchon a été Sarkozy. C’est Mélenchon qui l’a vaincu en appelant les siens, lors d’une soirée douloureuse et oh combien commentée, à voter pour Hollande. Si Mélenchon n’avait pas demandé fortement au FDG, avec son aura particulière, de voter ainsi, c’est Sarkozy qui serait aujourd’hui à la tête de la France.

Le second Curiace s’appelle Hollande. Lui, il se poignarde et s’épuise lui-même tous les jours. Il court vers le néant, le déshonneur d’un ancien nom qu’il porte d’une manière abusive. On attend la dernière faute qui l’abattra définitivement.

Le troisième Curiace s’appelle l’extrême-droite. C’est le parti chéri des libéraux qui lui laissent commettre des excès derrière lesquels ils se rangent. Toute la stratégie des US, pour abattre la gauche, les fameux « communistes » et à présent les « islamistes » est basée sur l’aide qu’ils apportent à une extrême-droite qui est leur grande alliée, en Amérique du sud par exemple. En France, par leur presse islamophobe, leurs saloperies de première page genre « Le Point », ils veulent arriver au même résultat. C’est une tristesse de voir que bien des Français ne comprennent pas, obsédés par un racisme provoqué, répétant des mantras de propagande, qu’ils sont les petits soldats d’une manipulation qui méprise les faibles et offre la foule aux forts.

Prochain combat, Henin-Beaumont ?

Car ce n’est jamais la défaite qui est triste. C’est le déshonneur.

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Les "suicidés" de l'Europe : des meurtres politiques .

13 Novembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Mardi 13 novembre 2012 2 13 /11 /Nov /2012 00:36

 

Quand un moine, en Chine, dans la province du Tibet, s'immole par le feu le monde entier, (je veux dire le monde occidental) s'inquiète et s'empare de l'événement... quand en Italie début 2012 quinze personnes meurent par pendaison ou par immolation pour échaper au joug de la dictature tyrannique de l'Europe et de la finance le monde entier (je veux dire les médias occidentaux au service du capital ) s'appitoie sur le  geste désespéré sans vouloir en saisir la portée politique. L'Occident ne sait voir que la paille dans l'oeil du voisin et non la poutre énorme qui lui arrache le cerveau et le mène à sa perte.

 

Je ne suis pas souvent en accord avec Daniel Shiffer (voire jamais), mais l'article ci dessous rend bien compte du mal qui ronge l'Europe ...


La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron *,
Faisait aux (citoyens) la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

d'après J de La Fontaine 

* le fleuve qui mène aux enfers

Maryvonne Leray

 

Dimitris-Christoulas.jpg

 

 

Les nouveaux suicidés de l'Europe 

Par Daniel Salvatore Schiffer

Le Point

 

C'était le 4 avril 2012. Il y a donc, presque jour pour jour, sept mois. Ce matin-là, sur la très centrale place Syntagma d'Athènes, un retraité grec, Dimitris Christoulas,(voir Note) se donnait tragiquement la mort d'une balle dans la tête, pour ne pas crouler davantage encore sous un poids de dettes qu'il ne pouvait plus honorer, à la suite de la très drastique cure d'austérité imposée par l'impitoyable diktat des différentes instances financières de la planète. Une preuve particulièrement flagrante de cet aveuglement - un entêtement confinant à l'incompréhension - caractérisant l'Europe contemporaine, dont la faillite politique mène insensiblement, mais à présent de manière toujours plus visible et concrète, vers la dictature économique.

 

 

Car la Grèce n'est pas le seul pays de l'Union européenne, hélas, à devoir subir la très technique et mécanique loi, au détriment de ses citoyens les plus faibles ou démunis, de la haute finance et autres spéculateurs véreux, au premier rang desquels on placera ces honteux profiteurs de l'inégalité sociale que sont les grands patrons d'industrie lorsqu'ils ne craignent pas de s'auto-délivrer de faramineuses sommes d'argent, en plus de leur salaire déjà mirobolant, en guise de "bonus" et autres "parachutes dorés". Ainsi, à cette époque-là déjà, l'Italie, pour ce seul trimestre (les trois premiers mois de cette année 2012), comptait-elle, parmi sa population la plus fragilisée à cause de ces mêmes coupes budgétaires, quinze suicides, que ce soit par immolation ou par pendaison, dus à la pauvreté galopante.

 


Un nouveau type de citoyens

 

Aujourd'hui, c'est un autre de ces grands pays européens, l'Espagne, elle aussi en grave récession et où le chômage frappe plus d'un actif sur quatre, qui voit un de ses citoyens se donner tout aussi violemment la mort : Amaya Egaña, une Basque âgée de 53 ans, ancienne élue socialiste, vient en effet de s'y suicider à son tour, vendredi 9 novembre 2012, en se défenestrant, désespérée face à son impossibilité de rembourser son crédit au logement, au moment même où les huissiers venaient lui signifier l'expulsion de son appartement. Et ce, comble du cynisme, alors que le gouvernement espagnol continue de renflouer à grand renfort de millions d'euros - à l'instar du gouvernement belge avec Dexia-Belfius - ses principales banques, dont la gigantesque Bankia. Rien d'étonnant, en ces très injustes et même criminelles conditions, si des milliers de protestataires battent aujourd'hui le pavé madrilène aux cris, indignés et révoltés à la fois, de "banquiers assassins" et d'"escroquerie du crédit" !

 

manifestation-espagne.jpg

 

Ainsi notre Europe dite démocratique, celle que l'on croyait animée par les idéaux de progrès et d'humanisme, de liberté et de solidarité, est-elle en train de fabriquer, par les monstrueuses injustices sociales que sa désastreuse et contre-productive politique économique engendre, un nouveau type de citoyens : les suicidés, plus encore que les pauvres ! D'où cette observation qui, pour cruelle qu'elle soit humainement, n'en demeure pas moins réaliste socialement : cette saisissante mais juste formule par laquelle Antonin Artaud qualifia jadis Vincent Van Gogh de "suicidé de la société", en raison de sa douloureuse existence de peintre mal aimé et sans le sou, ne s'applique plus seulement, désormais, aux artistes maudits ; elle s'applique aussi à présent, et peut-être surtout, à cette nouvelle catégorie de pauvres, toutes professions confondues, que génèrent effectivement, sans le moindre état d'âme, les technocrates en col blanc et complet veston de l'Union européenne, à Bruxelles, ou du Fonds monétaire international, à Washington.

 

 

Acte héroïque et révolutionnaire

Attention, cependant. Car, plus profondément encore, ces récents suicides ne s'avèrent pas seulement, à y regarder de plus près, que le geste définitivement tragique de simple désespérés ne sachant plus comment survivre, ou même manger à leur faim. Non : ils sont d'abord, quand l'impuissance sociale confine à la lucidité morale, un immense et héroïque acte de résistance politique ! Preuve en est le très visionnaire billet, écrit de sa propre main, que ce nouveau martyr des temps modernes que fut Dimitris Christoulas, pharmacien de longue date, laissa expressément dans sa poche, tel un véritable manifeste idéologique plus encore qu'un testament spirituel, avant de quitter cette ingrate terre : "Je pense que les jeunes sans avenir, dans ce pays, prendront un jour les armes et pendront les traîtres."

 

 

Certes, nous ne souhaitons pas aux actuels chefs des gouvernements grec et espagnol de finir lynchés par une foule en furie avant que d'être pendus par les pieds en place publique, comme autrefois un tyran nommé Benito Mussolini. Mais il n'empêche : ce que ces actes éminemment révolutionnaires de Dimitris Christoulas ou de Amaya Egaña signifient également, c'est peut-être d'abord, à l'instar du sacrifice de l'étudiant Jan Palach lors du Printemps de Prague en 1968, le début de la fin de cet odieux totalitarisme économique que notre Europe pourtant tant aimée est en train, nantie certes des meilleures intentions sociales mais surtout de ses hypocrites alibis financiers, de nous imposer subrepticement et, pis encore, de nous faire vivre quotidiennement.

 

 

 

Davantage : la portée symbolique, alliée au sens réel, de ces suicides de Dimitris Christoulas comme d'Amaya Egaña, témoins bouleversants de la souffrance de tout un peuple, ressemble étrangement, par-delà l'émotion qu'ils auront légitimement suscitée aux quatre coins du globe, à celle du geste tout aussi emblématiquement fatidique de Mohamed Bouazizi, ce jeune Tunisien qui, le 17 décembre 2010, s'immola par le feu, allumant ainsi l'inextinguible mèche de ce qui allait devenir, quelques mois plus tard, l'historique Printemps arabe. D'où, en toute logique, ce sage conseil, comme pour un certain Ben Ali hier, en forme de cri d'alarme : peut-être faudrait-il que nos divers maîtres en libéralisme sauvage "dégagent" eux aussi, pour reprendre un fameux slogan, avant que ces peuples qu'ils auront ainsi contribué à mettre à bout, jusqu'à les faire ployer sous une indigne misère humaine et parfois même les affamer, ne leur fassent vraiment la peau.

 

 

Car, comme le clament aujourd'hui haut et fort les populations grecque et espagnole, mais bientôt également les populations européennes en leur ensemble, les suicides de ces nouveaux, courageux et émouvants martyrs sont aussi autant de meurtres politiques, fussent-ils perpétrés, ceux-là, à l'insu des responsables de ces mêmes nations. La colère gronde, de plus en plus forte, d'Athènes à Madrid, de Bruxelles à Paris, et de Rome à Lisbonne. Après le Printemps arabe, l'"automne européen" ? À ces nouveaux suicidés de l'Europe contemporaine, je dédie donc, en guise de modeste mais sincère hommage, ces très suggestives strophes extraites de ce magnifique poème intitulé "La mort des pauvres", de Charles Baudelaire, maudit d'entre les maudits, contenu en ses Fleurs du mal :

 

"C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; 

C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir 

Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre, 

Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir (...)."

 

Le Point

 

 

http://www.mleray.info/article-les-suicides-de-l-europe-112386782.html

 

Note

Dimitris Christoulas n’était pas lourdement endetté, pas endetté du tout, d’ailleurs. Comme tous les retraités grecs, il avait subi des baisses successives de sa pension.

 

« Le gouvernement d’occupation à la Tsolakoglou (ndlt : gouvernement de collaboration avec les Allemands, installé pendant la Seconde Guerre Mondiale) a véritablement réduit à néant la possibilité pour moi de survivre grâce à une retraite digne, pour laquelle moi et moi seul ai payé 35 durant (sans soutien de l’Etat).

 

Comme j’ai maintenant un âge qui ne me permet pas une action individuelle dynamique (sans toutefois exclure, si un Grec en venait à se saisir d’une Kalachnikov, que je sois le second), je ne trouve pas d’autre solution qu’une fin digne, avant de me mettre à faire les poubelles pour me nourrir.

 

Je crois que les jeunes sans avenir, un jour, prendront les armes et sur la place Syntagma, ils pendront par les pieds les traîtres à la nation comme les Italiens ont fait à Mussolini, en 1945 (Place Poretto à Milan) »


Tel est le Message que Dimitris Christoulas laissa  dans sa poche juste avant de mourir que la police a refusé de divulgué mais que sa fille a rendu public :

 

« Le contenu de son message est la voix de mon père, le contenu politique de son geste »

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-laure-veilhan/050412/dimitris-christoulas-grec-77-ans

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Hommage au POI. La semaine dernière j'ai entendu parler du décès tragique d'un bébé prématuré, dans la voiture de ses parents en route vers l'hôpital.

4 Novembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Vendredi 2 novembre 2012 5 02 /11 /Nov /2012 23:07

La semaine dernière j'ai entendu parler du décès tragique d'un bébé prématuré, dans la voiture de ses par

ents en route vers l'hôpital. 

J'ai pensé encore un bébé tué par l'Union européenne.

Ca paraît absurde mais rien d'autre que notre appartenance à l'Union européenne n'explique la vague de restrictions budgétaires qui a conduit à fermer la maternité de Figeac, où aurait pu accoucher la jeune femme.

Je m'apprêtais à oublier d'évoquer ce cas dramatique, de crainte de passer pour un forcené.

Et puis, sortant du métro, j'ai attrapé un tract du Parti Ouvrier Indépendant.

J'y lis ceci :

"Un drame, conséquence de la fermeture des maternités. [...] En 1975, en France, il y avait 1400 maternités pour 740 000 accouchements !

Aujourd'hui, il y en a moins de 600 pour plus de 800 000 accouchements par an ! [...] Voilà où conduit la soumission au pacte de stabilité de l'Union européenne. Non à la fermeture des maternités et des services dans les hôpitaux ! Abrogation de la loi Bachelot ! Rupture avec l'Union européenne, son pacte de stabilité et ses traités ! Abrogation du TSCG ! Non à la dictature de la troïka !"

Sur le site du POI, je lis ceci, en fin de l'article consacré à ce drame :

"Une fois les projecteurs des médias éteints, Marisol Touraine, ministre de la Santé, est allée défendre à l’Assemblée nationale son projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui prévoit 657 millions d’euros de restrictions supplémentaires dans les hôpitaux l’an prochain. "

On dira que le POI va bien vite en besogne, comme l'auteur de ce blog, et qu'il conviendrait de prendre en compte les résultats de l'enquête commandée par François Hollande. Mais l'enquête a été commandée à l'agence régionale de santé Midi-Pyrénées, celle-là même qui a demandé la fermeture de la maternité de Figeac en 2009. Sans surprise, l'ARS a conclu qu'il n'y avait rien à reprocher à la nouvelle cartographie médiacle.

Plus au fond, le lecteur voit là toute la différence entre un parti qui voit ce qui se passe, et le Parti de gauche, sur le site duquel le lecteur ne trouvera rien sur l'affaire de la maternité.

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sur le site du POI

Comme si, tout contents de leur vision planétaire, qui leur fait accroire qu'une formule magique permettra de rendre l'euro "de gauche" et l'Union européenne solidaire, les gens du PG ne se souciaient plus du quotidien de la population.

De fait, ils ont bien dû se rendre compte de la légèreté extraordinaire de leur position, puisque je lis chez Fred que Mélenchon, sur son blog, appelle à considérer le POI car "De nombreux camarades ont été impressionnés par la force des cortèges du POI dans la manifestation du 30 septembre."

Il faut dire que le POI n'a pas l'air de vouloir conserver l'euro (même si le site de ce parti n'appelle pas explicitement à en sortir, il m'apparaît bien plus clair dans son rejet des institutions européennes.)

Et Mélenchon donne, dans le même billet, ce que je crois être la clé de sa politique navrante. Sa tâche, selon lui, est de "préparer sérieusement l’alternative gouvernementale que nous voulons incarner". Il table sur une aggravation de la situation qui conduirait Hollande à devoir l'appeler à Matignon. Et il sait fort bien que Hollande ne pourrait pas appeler un parti qui se serait donné comme ligne d'en finir avec l'euro, étape la plus marquante et la plus importante d'une rupture avec l'Union européenne et d'un retour à la démocratie - le nom de la souveraineté quand elle est collectivement exercée (on pourrait d'ailleurs écrire que démocratie est le pluriel de souveraineté).

La stratégie de Mélenchon est donc assez bassement politicienne et découlant d'un raisonnement purement tactique. Une vraie stratégie de gauche exige de prendre en compte un élément de réalité : ce n'est pas à terme humainement prévisible que l'on peut imaginer une politique de gauche dans l'euro et dans l'Union européenne. Le gouvernement Hollande en donne la démonstration quotidienne, et même l'ajout de Mélenchon qui viendrait jouer le Monsieur plus à Matignon ne changerait rien au problème.




La lettre volée. Le blog d'Edgar: http://www.lalettrevolee.net/article-hommage-au-poi-112048353.html
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Un petit tour d’horizon sur l’austérité.

28 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Un petit tour d’horizon sur l’austérité

Les voyages de DSK

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/un-petit-tour-d-horizon-sur-l-93726

Aujourd'hui, les médias parlent de plan d'austérité à tout va, au fur et à mesure, la liste des pays s'agrandit de plus en plus, mais derrière ce mot, qu'est-ce qui se cache de concret pour le citoyen lambda ?

Me posant la question des coupes faites, je me permet de faire une petite compilation, histoire de voir ce qui nous attends, il est difficile de trouver des listes complètes et détaillées et ou d'actualité, du coup je compile les informations à droite et à gauche, ça permet d'avoir un petit aperçu de notre futur. N'hésitez pas à rectifier ou compléter et bon voyage !

 

Grèce

(sources : ici, et )

Recettes

  • TVA : elle passe de 19% à 23%, de 4.5 à 6.5%, de 9% à 13%
  • Augmentation taxes spéciales sur la consommation : augmentation taxe sur l'alcool de 20%, sur le tabac augmentation des taxes de 63%, 
  • Augmentation de 8cts pour le litre d'essence et de 3cts pour le diesel
  • Nouvelles taxes sur les produits de luxe.
  • Nouveau droit d'accise sur l'électricité : 2.5€/MWh pour les entreprises et 5€/MWh pour les particuliers sauf énergies renouvelables.
  • Augmentation impôts héritages et donations.
  • Nouvelle réforme fiscale : nouvelle grille d'imposition des revenus, coefficient de 40% passe pour les revenus supérieurs à 60k€ contre 75k€ auparavant.
  • Création d'un système d'évaluation des richesses pour la lutte contre la fraude, caisses enregistreuses obligatoires pour les marchés, taxis, kiosques..
  • Nouvelles taxes "vertes" sur les jeux d'argent et bénéfices des entreprises.
  • Nouvel impôt sur les constructions illégales
  • Augmentation fiscalité immobilière

Dépenses

  • Réductions salaires et retraites pour les fonctionnaires
  • Secteur public : réductions de 30% du 13ème mois et 60% du 14ème mois (ces 2 mois contiennent les augmentations et les primes départ en vacances etc qui ne sont pas répartit sur l'année pour les Grecs)
  • Fonctionnaires : réduction de 30% des primes de noël, de Pâques et des vacances d'été, réduction complète du 14ème mois, primes plafonnées à 1k€, pour les salaires supérieurs à 3k€ suppression du 13ème et 14ème mois
  • Réduction de 2% en plus des 10% sur les primes appliqué avec un effet rétroactif de 3 mois
  • Réduction de 7% sur les salaires d'entreprises publique et baisse de subventions réduction de 30% des primes de noël, de Pâques et des vacances d'été, traduits en baisses de subventions
  • Réduction de 10% du financement des caisses de retraites pour les entreprises publiques (éléctricité et télécoms)

Divers

  • Retraite nécessite 40 annuités contre 37, âge de retraite minimum 60 ans, âge légal de départ en retraite des femmes allongé de 5 ans donc 65 ans.
  • Nouvelle méthode de calcul des retraites basés sur la moyenne et non le dernier salaire
  • Renforcement flexibilité du travail (licenciements, ouverture à la concurrence d'une série de professions protégées)

 

Portugal

3 plans d'austérité appliqués

(sources : ici, et )

Recettes

  • TVA passe de 20% à 23%
  • Impôt sur le revenu augmenté de 1.5%
  • Liste des produits soumis aux taux réduits de TVA revus
  • Création taxe spéciale pour le secteur bancaire

Dépenses

  • Gel des salaires dans la fonction publique et réduction des dépenses militaires
  • Réduction des remboursements santé et augmentation nombre médicaments non soumis à ordonnance
  • Gel des retraites, des embauches et des avancements
  • Diminution des dépenses liées à l'éducation
  • Baisse graduelle des salaires de fonctionnaire au delà de 1500€ (de 3.5% à 10%)
  • Baisse des dépenses sociales (diminution prestation chômage, baisse 20% du RMI)
  • Baisse des avantages fiscaux des entreprises

Divers

  • D'ici 2013, l'état privatisera 18 entreprises pour 6 milliards (énergie, transports, services)
  • Augmentation du partenariat public-privé

 

Italie

(sources : ici et )

Recettes

  • Lutte contre l'évasion fiscale
  • Augmentation de la fiscalité sur les stocks options
  • Augmentation de la fiscalité sur les bonus des hauts dirigeants d'entreprise privé

Dépenses

  • Gel des salaires et des embauches dans la fonction publique sur 3 ans
  • Subvention des partis politiques divisés par 2
  • Réduction des salaires des ministres
  • Rémunération des hauts fonctionnaires gagnant entre 90k€ et 130k€ par an de 5%, au dessus 10%
  • Diminution des transferts d'argent vers les collectivités locales
  • Réduction de 10% des dépenses des ministères

Divers

  • Reports de certains départs en retraite

 

Grande-Bretagne

(sources : ici et )

Recettes

  • TVA de 17.5% à 20%
  • Taxe de 0.07% sur le chiffre d'affaire des banques (avec un rabais de 0.04% pour 2011)
  • Augmentation de l'impôt sur les plus-values de 18% à 28%

Dépenses

  • Baisse des dépenses des ministères de 25% sur 4 ans (sauf santé et développement)
  • Gel des salaires des fonctionnaires les mieux payés pendant 2 ans (supérieurs à 25k€ annuels)
  • Baisse des allocations familiales
  • Supression des réduction d'impôts en cas de maternité

Divers

  • Durcissement des régimes de retraites pour les fonctionnaires
  • Reforme sur l'impôt sur le revenu pour exempter 900k ménages à faibles revenus

 

Espagne

(sources : ici, ici, et )

Recettes

  • TVA de 16% à 18%

Dépenses

  • Baisse de salaires pour les fonctionnaires d'environ 5% gelés en 2011 (proportinnel aux revenus, les hauts fonctionnaires se veront diminués de 15%)
  • Suppression de l'aide à la naissance de 2500€
  • Diminution des financement régionaux et municipaux à hauteur de 1.2 Milliards d'€
  • Réduciton de 600 millions d'€ de l'aide au développement
  • Diminution de l'investissement public de 6.045 milliards d'euros

Divers

  • Gel des retraites en 2011, sauf les plus basses et pensions contributives
  • Départ à la retraite à 67 ans au lieur de 65 ans
  • Remplacement d'un poste vacant sur 10 pour la fonction publique

 

Irlande

(sources : ici et )

Recettes

  • TVA : de 21% à 23% (augmentation progresssive jusqu'en 2014)
  • Augmentation et remaniement grille des impôts sur le revenu

Dépenses

  • Baisse des allocation familliales de 10%
  • Baisse des dépenses santé, éducation, agriculture à hauteur de 3 milliards d'€
  • Supression de 24 750 emplois publics (hopitaux...)

Divers

  • Abaissement du smic de 8.65€ à 7.65€
  • Départ à la retraite retardé (66 ans en 2014, 67 ans en 2021, 68 ans en 2028)

 

Lettonie

(sources : ici et )

Recettes

  • TVA de 21% à 22% (suite augmentation de 18% à 21% en 2009), taux réduit de 5% à 12% 

Dépenses

  • Baisse de 10% des pensions et retraites
  • Baisse de 20% des salaires de la fonction publique (jusqu'à 80%)
  • Salaires enseignants divisé par 2
  • Baisse des aides sociales

Divers

  • Congé maternité divisé par 2
  • Supression de communes, écoles, hôpitaux (avec supression de postes)

 

Allemagne

(source : ici)

Recettes

  • Taxes sur les centrales nucléaires vétustes
  • Taxes supplémentaires sur tous les vols

Dépenses

  • Allocation parentale (permettant aux parent de rester d'occuper des enfants) réduite pour les fonctionnaires et supprimés pour les RMIstes
  • Suppression de 15000 fonctionnaires
  • Diminution allocation chômages

Divers

  • Projet de 500 million d'€ de rénovation annulé (château Guillaume 2 Berlin)
  • Etude suppression 40000 postes de militaires, étude suppression service militaire

 

FMI, à qui le tour ?

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LE CONTRE EXEMPLE ISLANDAIS ou CE QU’IL FAUT FAIRE IMPÉRATIVEMENT. Par Salim LAMRANI.

28 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

 

 

carte-10LE CONTRE EXEMPLE ISLANDAIS ou CE QU’IL FAUT FAIRE IMPÉRATIVEMENT

L’Islande et le refus de l’austérité

par Salim Lamrani

L’Union européenne fait aujourd’hui le choix de l’austérité face à la crise économique mais se lance en même temps dans le sauvetage — avec des fonds publics — des banques privées qui auraient dû faire faillite à cause de leur mauvaise gestion. Est-ce vraiment la seule solution viable ? Salim Lamrani se penche sur le cas de l’Islande, un exemple que les médias et les apprentis sorciers de la finance européenne préfèrent passer sous silence.

Réseau Voltaire | Paris (France) | 18 octobre 2012

Face à la crise économique, alors que l’Union européenne a choisi la voie de l’austérité et a décidé de sauver les banques, l’Islande a au contraire procédé à la nationalisation des institutions financières et a rejeté les politiques de restrictions budgétaires. Avec un taux de croissance de 2,7% en 2012, même le Fonds monétaire international (FMI) salue le redressement économique du pays.

Lorsqu’en septembre 2008, la crise économique et financière a touché l’Islande, petit archipel du Nord de l’Europe peuplé de 320 000 habitants, l’impact a été désastreux, comme sur le reste du continent. La spéculation financière a conduit les trois principales banques à la faillite, dont les actifs représentaient une somme dix fois supérieure au PIB de la nation, avec une perte nette de 85 milliards de dollars. Le taux de chômage a été multiplié par 9 entre 2008 et 2010, alors que le pays jouissait auparavant du plein emploi. La dette de l’Islande représentait 900% du PIB et la monnaie nationale avait été dévaluée de 80% par rapport à l’euro. Le pays s’est retrouvé plongé dans une profonde récession, avec un recul du PIB de 11% en deux ans [1].

Face à la crise

En 2009, lorsque le gouvernement a voulu appliquer les mesures d’austérité exigées par le FMI, en échange d’une aide financière de 2,1 milliards d’euros, une forte mobilisation populaire l’a contraint à la démission. Lors des élections anticipées, la gauche a remporté la majorité absolue au Parlement [2].

Le nouveau pouvoir a néanmoins fait adopter la loi Icesave – du nom de la banque en ligne privée qui a fait faillite et dont les épargnants étaient en majorité hollandais et britanniques – afin de rembourser les clients étrangers. Cette législation contraignait l’ensemble des Islandais à rembourser une dette de 3,5 milliards d’euros (40% du PIB) – 9000 euros par habitant – sur 15 ans à un taux de 5%. Face aux nouvelles protestations populaires, le Président a refusé de ratifier le texte parlementaire et l’a soumis à référendum. En mars 2010, 93% des Islandais ont rejeté la loi sur le remboursement des pertes causées par Icesave. Soumise une nouvelle fois à référendum en avril 2011, elle a de nouveau été massivement rejetée à 63% [3].

Une nouvelle Constitution, rédigée par une Assemblée constituante de 25 citoyens élus au suffrage universel parmi 522 candidats et composée de 9 chapitres et de 114 articles, a été adoptée en 2011. Celle-ci prévoit un droit à l’information, avec un accès public pour les documents officiels (Article 15), la création d’un Comité de contrôle de la responsabilité du gouvernement (Article 63), un droit à la consultation directe (Article 65) – 10% des électeurs peuvent demander un référendum sur des lois votées par le Parlement –, ainsi que la nomination du Premier Ministre par le Parlement [4].

Ainsi, contrairement aux autres nations de l’Union européenne dans la même situation, qui ont appliqué à la lettre les recommandations du FMI exigeant l’application de mesures d’une austérité sévèr – comme en Grèce, en Irlande, en Italie ou en Espagne –, l’Islande a choisi une voie alternative. Lorsqu’en 2008, les trois principales banques du pays, Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing se sont effondrées, l’Etat islandais a refusé d’y injecter des fonds publics, comme dans le reste de l’Europe. Il a au contraire procédé à leur nationalisation [5].

De la même manière, les banques privées ont été contraintes d’annuler toutes les créances à taux variable dépassant 110% de la valeur des biens immobiliers, évitant ainsi une crise de subprime comme celle des Etats-Unis. Par ailleurs, la Cour Suprême a déclaré illégaux tous les prêts indexés sur des devises étrangères qui ont été octroyés à des particuliers, obligeant ainsi les banques à renoncer à ces créances, au bénéfice de la population [6].


 

Quant aux responsables du désastre – les banquiers spéculateurs qui ont provoqué l’effondrement du système financier islandais –, ils n’ont pas bénéficié de la mansuétude en vogue à leur égard dans le reste de l’Europe où ils ont été systématiquement absous. En Islande, ils ont été poursuivis par la justice et mis en prison, par Olafur Thor Hauksson, Procureur spécial nommé par le Parlement. Même le Premier Ministre Geir Haarde, accusé de négligence dans la gestion de la crise, n’a pu éviter un procès [7].

Une alternative à l’austérité

Les résultats de la politique économique et sociale islandaise ont été spectaculaires. Alors que l’Union européenne se trouve en pleine récession, l’Islande a bénéficié d’un taux de croissance de 2,1% en 2011 et prévoit un taux de 2,7% pour 2012, et un taux de chômage oscillant autour de 6% [8]. Le pays s’est même offert le luxe de procéder au remboursement anticipé de ses dettes auprès du FMI [9].

Le président islandais Olafur Grímsson a expliqué ce miracle économique : «  La différence est qu’en Islande, nous avons laissé les banques faire faillite. C’était des institutions privées. Nous n’y avons pas injecté de l’argent pour les maintenir à flot. L’Etat n’a pas à assumer cette responsabilité  » [10].

Contre toute attente, le FMI a salué la politique du gouvernement islandais – qui a appliqué des mesures aux antipodes de celles qu’il préconise –, une politique qui a permis de préserver « le précieux modèle nordique de protection sociale ». En effet, l’Islande dispose d’un indice de développement humain assez élevé. « Le FMI déclare que le plan de sauvetage à la manière Islandaise fournit des leçons pour les temps de crise ». L’institution ajoute que « le fait que l’Islande soit parvenue à préserver le bien être social des ménages et obtenir une consolidation fiscale de grande ampleur est l’une des plus grandes réussites du programme et du gouvernement islandais ». Le FMI a néanmoins omis de préciser que ces résultats ont été possibles uniquement parce que l’Islande a rejeté sa thérapie de choc néolibérale et a mis en place un plan de relance alternatif et efficace [11].

Le cas de l’Islande démontre qu’il existe une alternative crédible aux politiques d’austérité appliquées à travers l’Europe. Celles-ci, en plus d’être économiquement inefficaces, sont politiquement coûteuses et socialement insoutenables. En choisissant de placer l’intérêt général au-dessus de celui des marchés, l’Islande montre la voie au reste du continent pour sortir de l’impasse.

Salim Lamrani

  Enseignant, chargé de cours aux universités Paris-Descartes et Paris-Est Marne-la-Vallée. Dernier ouvrage publié en français : Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Estrella, 2009).

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Saint-Alban-Leysse (Savoie), des syndicalistes évacués du site "CAMIVA".

26 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Saint-Alban-Leysse (Savoie), des syndicalistes évacués du site "CAMIVA"

Jeudi 25 octobre peu avant 9H, le préfet de la Savoie et les forces de l'ordre sont intervenus pour déloger des syndicalistes de la région, principalement de la CGT, venus soutenir leurs collègues de l'usine "CAMIVA" menacée de fermeture.

  • Par Franck Grassaud
© Joëlle Ceroni - France 3 Alpes
© Joëlle Ceroni - France 3 Alpes

Au petit matin, des cheminots notamment, sont venus prêter main forte aux "CAMIVA" pour empêcher l'entrée des poids lourds à plate-forme sur le site d'assemblage des camions de pompiers. Les salariés de "CAMIVA", sous la menace d'une astreinte de 1.000 euros en cas de blocage, avaient fait appel à tous les syndicalistes de la région pour mener ce piquet devant le site. Eux se tenaient à l'écart. La plupart était à l'intérieur.

Finalement, après l'intervention de CRS, huit camions ont pu entrer. Les salariés ont l'impression qu'on "déménage" leur usine.

Claude Collombet, Secrétaire Général de l'Union Locale CGT de Chambéry, a été interpellé par la police pour une audition au commissariat de Chambéry.

Le préfet en faveur du code de la route

Dans un communiqué la préfecture de la Savoie explique que "l'intervention des services de la police nationale (20 fonctionnaires), s'est effectuée à la demande du préfet et en accord avec le Procureur de la République de Chambéry". Une intervention qui s'inscrivait "dans le cadre de la prévention des entraves à la circulation", selon "l'article L.412-1 du code de la route" (sic).

Le préfet de la Savoie souhaite "que la discussion puisse reprendre entre les salariés de l'entreprise et la direction sur la base du projet d'accord auquel la médiation des services de l'Etat avait permis d'aboutir mi-octobre".

En quelques photos, le film des événements

"On est vraiment peu de choses, ici on n'a même pas de machines puisqu'on ne fait qu'assembler, ils peuvent nous rayer de la carte, comme ça, d'un revers de manche", témoigne ce syndicaliste, "au moins si on n'avait pas été condamnés au tribunal à 1.000 euros d'astreinte en cas de blocage, on pourrait stopper ça".

Les syndicalistes ont donc lancé un appel à leurs collègues d'autres entreprises pour bloquer le site à leur place. Les cheminots ont répondu en nombre.

Toujours ce mercredi, un peu plus tôt, dans une ambiance tendue, le directeur général est venu rappeler aux salariés que les négociations sont toujours au point mort. En cause, le fameux scrutin organisé par les syndicats et au cours duquel les salariés, à une grande majorité, se sont prononcés contre le plan social proposé par la direction.

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Electrolux, Montebourg, et le protectionnisme européen. Sur le blog d'Edgar, "La lettre volée".

24 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Mercredi 24 octobre 2012 

La semaine dernière, Arnaud Montebourg a protesté contre la concurrence sud-coréenne dans le secteur automobile (la Corée du Sud, au passage, encore un pays qui, comme la Suisse, a oublié qu'il était trop petit pour se défendre dans la mondialisation. Heureusement qu'ils n'ont pas à craindre les chinois...)

Il s'est vite fait remettre à sa place par l'un des vrais patrons de l'économie française, le commissaire européen au commerce, Karel de Gucht.

Hier, au chapitre défaite de l'industrie française, on a appris la fermeture d'une usine Electrolux qui employait 420 personnes à Revin.

Electrolux n'est pas en faillite, la production est simplement délocalisée.

Pas en Corée du Sud, en Pologne, à Olawa. Dans l'Union européenne.

Comme le rappelait Karel de Gucht, d'ailleurs, "un grand nombre des voitures Hyundai et Kia vendues en Europe ne proviennent pas de Corée du Sud mais de Tchéquie et Slovaquie, deux pays de l'UE."

Les idées simplistes de protectionnisme européen, défendues par Montebourg et d'autres, ne pourront donc rien, ni pour les salariés de l'automobile française, ni pour les salariés ardennais d'Electrolux.

Ce dont souffre l'industrie française c'est de l'euro, principalement.

S'y ajoute également une concurrence effrénée interne à l'Union européenne, accélérée à dessein.

Par exemple, Electrolux, pour ses usines polonaises, aura pu toucher jusqu'à 50% d'aides publiques (lire "European funds for entrepreneurs - guidebook through operational programmes 2007-2013", sur le site de l'agence d'aide polonaise aux entreprises).

Pour pouvoir livrer en France les machines Electrolux et les voitures construites en Pologne, il faut également des infrastructures (autoroutes etc.)

Ca tombe bien, la Pologne recevra encore 67 milliards d'euros de la part de l'Union européenne sur 2007-2013, pour ce faire (avec une demande de rallonge de la part de l'Union européenne).

En 2007, Electrolux fermait 500 postes en Irlande, encore pour la Pologne. Le mouvement n'est pas anecdotique, c'est une tendance de fond.

On notera au passage que contrairement à ce que l'on raconte sur la nécessaire montée en gamme de l'économie française, ce sont ses productions haut de gamme (AEG) qu'Electrolux envoie en Pologne.


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Inauguration en 2006 de l'une des usines polonaises d'Electrolux, sur un site public polonais

 

On peut estimer qu'il faut se réjouir de voir la Pologne rattraper ainsi son retard, pour le plus grand bénéfice de la cohésion européenne.

La façon dont les choses se passent laisse pourtant penser que ce qui arrive aujourd'hui aux salariés français ou irlandais, lâchés pour d'autres pays de l'Union, arrivera demain aux autres qui seront lâchés pour les nouveaux entrants - Turquie, Ukraine ou autres associés.

Et on lit aussi que les salariés polonais sont traités, là-bas, de façon indigne.

Le Guardian, en juillet, détaillait comment les salariés d'une usine polonaise travaillent pour 350€/mois, sont entassés dans une cité-dortoir à 60 kilomètres de leur lieu de travail d'où ils sont transportés en bus, ont droit à 20 minutes de pause quotidienne et sont tenus à faire des heures supplémentaires.

Il est donc plausible que le programme européen ne soit pas d'élever le niveau de protection sociale des polonais vers celui de la France, mais bien d'amener les salariés français à se résigner aux conditions polonaises.

Les invocations au protectionnisme européen sont donc assez largement, vouées par avance à l'inefficacité. Sortir du système européen, de l'euro et de l'Union, est la seule solution viable pour maintenir un niveau de protection sociale digne.

Et cette sortie ne se fera pas contre les salariés polonais, elle est destinée à affirmer partout que ce système de destruction des liens sociaux doit finir, tout de suite, sans attendre une réorientation sociale qui ne viendra pas plus rapidement que Godot.

Ceux qui prétendent le contraire sont soit illusionnés, soit font partie de la classe qui profite de la surexploitation des salariés et de la concentration accrue des inégalités. On ne s'étonnera pas, par exemple, de lire aujourd'hui qu'Andreas Papandreou gagne 46 000 € mensuels pour donner un séminaire aux étudiants de Harvard.

*

Sur le sujet de la nullité européenne, on peut regretter enfin que, même s'il y consacre un excellent entretien à Médiapart, Frédéric Lordon, contrairement à Todd, ne franchisse pas le pas : il reste critique sur l'UE et l'euro, mais ne propose de sortir ni de l'un ni de l'autre. Au risque d'ouvrir, comme Mélenchon, un espace immense au Front National.

Le bog d'Edgar: http://www.lalettrevolee.net/article-electrolux-montebourg-et-le-protectionnisme-europeen-111607609.html

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Les Etats européens se désintègrent, la France va se disloquer. Article repris sur le blog d'Eva.

24 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Mercredi 24 octobre 2012

 

Les Etats européens se désintègrent

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Pierre
Hillard

 

Docteur en science politique et essayiste.


L’arrivée au pouvoir des partis nationalistes basques (PNV et BH Bildu) aux élections du 21 octobre est révélatrice de la tournure des événements en Europe.


La victoire de la NVA de Bart de Wever en Flandre, le 14 octobre, prônant l’évaporation de la Belgique et fragilisant le gouvernement Di Rupo ; la signature d’un accord, le 15 octobre, entre le Premier ministre anglais David Cameron et le dirigeant écossais du Scottish National Party (SNP et membre du parti les Verts/ALE) Alex Salmond prévoyant un référendum à l’automne 2014 sur l’indépendance de l’Ecosse (avec d’inévitables répercussions sur le Pays de Galles et l’Irlande du Nord) et les préparatifs de la Catalogne aux élections du 25 novembre, où tout annonce une majorité absolue des partis indépendantistes, démontrent l’ampleur du phénomène.


Les États européens se délitent, pris en tenaille entre l’Union européenne à structures fédérales s’arrogeant de plus en plus de pouvoirs régaliens et des régions disposant de pouvoirs multiples (administration, éducation, impôts, justice…).


La crise financière ne fait qu’accélérer le processus en avivant les oppositions entre régions riches et régions pauvres. Cette dislocation en cours n’est que la résultante d’un long travail des instances oligarchiques européennes où les élites germaniques se sont activées pour diffuser dans le corps de l’Union européenne des documents inspirés de la spiritualité politique propre à l’Allemagne, c’est-à-dire l’ethno-régionalisme. Cette politique trouve sa traduction dans les efforts du parti européen mondialiste les Verts/ALE promouvant l’éclatement des États comme le révèle cette carte élaborée par ses dirigeants en 2004.


 

De prime abord utopique à son époque, elle apparaît de plus en plus plausible au vu des événements récents. Au cœur de l’Europe, le poids lourd germanique s’affirme.


L’indépendance tôt ou tard de la Catalogne, de l’Écosse ou de la Flandre ne doit pas nous cacher l’évolution similaire dans cette Europe des régions prônée par l’Assemblée des régions d’Europe (ARE).


 

En fait, on observe le même processus avec des régions dénuées de toutes revendications identitaires comme Rhône-Alpes, les Pays de la Loire ou encore la région Centre. En effet, la gestion des Fonds structurels (et l’argent est toujours le nerf de la guerre), octroyée directement au Conseil régional alsacien depuis 2003 en liaison directe avec Bruxelles, va être étendue progressivement à l’ensemble des régions françaises à partir de 2013, comme l’a annoncé le président Hollande dans son discours du 5 octobre 2012.


Le président a même appelé à un pouvoir d’adaptation locale de la loi.


Dans la pratique, c’est une véritable révolution : jusqu’ici, la loi est la même pour tous les citoyens et sur tout le territoire français à l’exception de quelques dérogations comme la Nouvelle-Calédonie. Nous assistons à la montée en puissance d’une véritable féodalité. Elle touchera les citoyens dans leur vie de tous les jours (salaires, impôts, remboursements de soins médicaux, etc.). Cette situation s’aggravera puisque le programme présidentiel de François Hollande prévoyait la ratification de la Charte des langues régionales ou minoritaires (engagement n°56) qui inclut la reconnaissance et l’utilisation des langues régionales dans tous les domaines (justice, administration, éducation, etc.), sans oublier les inévitables coûts financiers qui accompagneront la ratification de cette charte.


Ajoutons que les populations extra-européennes, au nom de la non-discrimination (article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme), voudront bénéficier de la reconnaissance de leurs langues et de leurs particularismes. Avec de telles mesures, la France est appelée à se disloquer…


Pierre Hillard, le 23 octobre 2012

http://www.bvoltaire.fr/pierrehillard/les-etats-europeens-se-desintegrent,2244
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François Hollande : « Le pire est passé » + Jacques Sapir. Texte repris sur le blog d'Olicvier Berruyer.

23 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

François Hollande a accordé cette interview a plusieurs journaux la semaine passée avant le sommet européen.

J’ai au début voulu réaliser un papier “François Hollande pour les nuls” dans la lignée de celui sur Jean-Marc Ayrault, mais je dois avouer que face à un tel monument de pure bêtise crasse, je me suis découragé en raison du boulot, qui aurait de plus été redondant avec le Premier Ministre.

Fidèle de ce blog, vous devriez trouver assez facilement les âneries proférées… ;)

Je la publie surtout pour “archive”, et la ressortirai dans 6 à 9 mois, ce qui ne manquera alors pas de sel…

Je vous propose à la suite la vision très juste de Jacques Sapir sur ledit Conseil européen, échec lamentable – comme d’habitude…

Olivier Berruyer

A la veille du conseil européen des 18 et 19 octobre à Bruxelles, le président François Hollande a répondu, à l’Elysée, aux questions des six journaux, dont Le Monde.

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[François Hollande à l'Elysée le 15 octobre 2012. | Patrick Zwirc / Modds pour Le Monde] [OB : énorme la photo, il ne manque plus que le "Toutes nos condoléances, M. Hollande"...]

L’Union européenne a été récompensée par le prix Nobel de la paix à la veille d’un nouveau conseil européen, auquel vous participez, destiné une fois de plus à tenter de sauver l’euro. Ce choix vous confère à tous une responsabilité supplémentaire. Comment allez-vous sauver l’Europe ?

L’attribution du prix Nobel à l’Union européenne est à la fois un hommage pour le passé et un appel pour l’avenir. L’hommage, il est adressé aux pères fondateurs de l’Europe, capables d’avoir réussi la paix au lendemain d’un carnage. L’appel, il est lancé aux gouvernants de l’Europe d’aujourd’hui, pour qu’ils soient conscients qu’un sursaut est impérieux.

Sur la sortie de la crise de la zone euro, nous en sommes près, tout près. Parce que nous avons pris les bonnes décisions au sommet des 28 et 29 juin et que nous avons le devoir de les appliquer, rapidement. D’abord, en réglant définitivement la situation de la Grèce, qui a fait tant d’efforts et qui doit être assurée de rester dans la zone euro. Ensuite, en répondant aux demandes des pays qui ont fait les réformes attendues et qui doivent pouvoir se financer à des taux raisonnables. Enfin, en mettant en place l’union bancaire.

Je veux que toutes ces questions soient réglées d’ici la fin de l’année. Nous pourrons alors engager le changement de nos modes de décision, et l’approfondissement de notre union. Ce sera le grand chantier au début de l’année 2013.

Ces pays qui ont fait des efforts, précisément, avec des sacrifices lourds pour la population, ne voient pas d’amélioration. Combien de temps pensez-vous qu’ils pourront tenir sans changement de stratégie pour relancer la croissance ?

J’ai voulu, depuis mon élection, que l’Europe se donne comme priorité la croissance sans remettre en question le sérieux budgétaire, rendu indispensable par la crise des dettes souveraines. Si nous ne donnons pas un nouveau souffle à l’économie européenne, les mesures de discipline ne pourront trouver de traduction effective.

Le retour de la croissance suppose de mobiliser des financements à l’échelle de l’Europe, c’est le pacte que nous avons adopté en juin, mais aussi d’améliorer notre compétitivité, et enfin de coordonner nos politiques économiques. Les pays qui sont en excédent doivent stimuler leur demande intérieure par une augmentation des salaires et une baisse des prélèvements, c’est la meilleure expression de leur solidarité. On ne peut pas infliger une peine à perpétuité à des nations qui ont déjà fait des sacrifices considérables, si les peuples ne constatent pas, à un moment, les résultats de leurs efforts. Aujourd’hui, ce qui nous menace, c’est autant la récession que les déficits !

Comment comptez-vous surmonter le clivage qui subsiste entre les partisans de l’austérité et ceux de la croissance ? [sic.]

Il appartient à la France, parce que c’est un grand pays de l’Union européenne, de porter ce compromis entre le désendettement et la croissance afin de changer la perspective.

Comment ramener la croissance ? [re-sic.]

Il y a deux leviers. Le premier, c’est la confiance. Plus tôt nous sortirons de la crise de la zone euro, c’est-à-dire plus rapidement nous réglerons le cas grec, et plus vite nous parviendrons à financer à des taux raisonnables les dettes des pays bien gérés, plus vite les investisseurs reviendront vers la zone euro. Nous avons tous les moyens pour agir — Mécanisme européen de stabilité (MES), règles d’intervention de la Banque centrale européenne (BCE). Alors, utilisons-les.

Le second levier, c’est de mettre en cohérence la politique économique européenne. Nous avons défini un pacte de croissance. Mettons-le en œuvre. Cent vingt milliards d’euros, certains diront : c’est trop peu. Mais ce qui compte, c’est que ces sommes soient dépensées vite et bien. Le budget européen est aussi un élément de stimulation de l’économie, notamment à travers les fonds structurels. Nous pouvons aller plus loin, en mobilisant des ressources supplémentaires. La taxe sur les transactions financières va faire l’objet d’une coopération renforcée. Onze pays ont donné leur accord. Son produit pourrait être pour une part affecté à des projets d’investissement et pour une autre à un fonds de formation pour les jeunes. C’est le rôle de la France que de dire inlassablement à nos partenaires que l’austérité n’est pas une fatalité.

Pour remotiver les citoyens européens, pour “réenchanter l’Europe”, quelle idée de l’Europe voulez-vous soutenir ? Une Europe fédérale ? Une Europe des nations ?

Le débat ne se pose plus comme au début des années 1960, autour du débat entre l’Europe des patries ou l’Europe fédérale… Il y avait six pays à cette époque, puis huit, puis douze, aujourd’hui nous sommes vingt-sept, bientôt vingt-huit avec la Croatie. En changeant de dimension, l’Europe a changé de modèle.

Ma démarche, c’est une Europe qui avance à plusieurs vitesses, avec des cercles différents. On peut les appeler “avant-garde”, “Etats précurseurs”, “noyau dur”, peu importe les appellations, c’est l’idée qui compte. Nous avons une zone euro, elle a un patrimoine, c’est la monnaie unique. Elle appelle une nouvelle gouvernance. Cette zone euro doit prendre une dimension politique. Je suis favorable à ce que l’Eurogroupe, qui rassemble les ministres des finances, soit renforcé et que le président de l’Eurogroupe ait un mandat clair et suffisamment long.

Je suis également partisan d’une réunion mensuelle des chefs d’Etat et de gouvernement de cette zone. Finissons-en avec ces sommets soi-disant de la dernière chance, ces réunions historiques, ces rendez-vous exceptionnels… et qui n’ont débouché que sur des succès éphémères. Les marchés, c’est tous les jours, les arbitrages des entreprises, c’est dans l’instant ! L’Europe ne peut plus être en retard.

Le Conseil de la zone euro permettra de mieux coordonner la politique économique et de prendre, pays par pays, les décisions appropriées. Il ne s’agit pas d’exclure les autres pays : ceux qui veulent rejoindre la zone euro seront associés à nos débats. Certains pays ne le veulent pas – c’est leur choix. Mais pourquoi faudrait-il qu’ils viennent nous dire comment doit être dirigée la zone euro ? C’est une prétention que j’entends, mais qui ne me paraît pas répondre à l’obligation de cohérence.

Alors, ensuite, il y a cette Europe des Vingt-Sept/Vingt-Huit bientôt et demain davantage. C’est un espace politique de solidarité, un grand marché, une volonté de convergence économique, sociale, culturelle. Je voudrais lui donner une nouvelle dimension pour la jeunesse, l’université, la recherche, l’énergie. Mais cette Union large ne doit pas empêcher des coopérations renforcées, celles que des Etats voudraient engager à quelques-uns et qui dégageraient des moyens au-delà du budget européen. Ce sera le cas avec la taxe sur les transactions financières.

Certains voudraient créer un embryon de Parlement séparé de la zone euro. L’Union européenne ne risque-t-elle pas de se réduire aux pays de la zone euro, une Europe à deux vitesses ?

Que l’Europe ait plusieurs vitesses, c’est déjà le cas. Mais le Parlement européen a vocation à représenter toute l’Europe, et si la zone euro se structure davantage, il est parfaitement capable de définir en son sein des procédures démocratiques dédiées à la zone euro.

Pour une Europe plus intégrée avec l’union politique, ne faut-il pas un nouveau traité constitutionnel, soumis à référendum ?

Je crois me souvenir qu’en 2005 nous avons essayé cette formule et qu’elle n’a pas donné les résultats escomptés ! Parce qu’avant de se lancer dans une mécanique institutionnelle, les Européens doivent savoir ce qu’ils veulent faire ensemble. C’est le contenu qui doit l’emporter sur le cadre. L’enjeu institutionnel est souvent évoqué pour ne pas faire de choix. Les plus empressés à parler de l’union politique sont parfois les plus réticents à prendre les décisions urgentes qui la rendraient pourtant incontournable, ça ne m’a pas échappé….

Les Allemands ?

Non, je ne vise personne en particulier. Plusieurs fois, dans le passé, les Allemands ont fait sincèrement des propositions sur l’union politique. Elles n’ont pas été saisies. Aujourd’hui, nous sommes en phase. La France défend l’”intégration solidaire” : chaque fois que nous franchissons un pas vers la solidarité, l’union, c’est-à-dire le respect des règles communes autour d’une gouvernance, doit progresser.

Ainsi, l’union bancaire qui conduit à une supervision, dont la Banque centrale européenne sera l’organe, et qui permettra une résolution des crises, avec une recapitalisation des banques, c’est une compétence très importante. Cette solidarité ne pourra aller sans contrôle démocratique : l’union bancaire qui vise à maîtriser la finance sera une étape importante de l’intégration européenne.

Quelle est la capacité réelle de la France de convaincre l’Allemagne et les pays réticents d’avancer sur cette voie ?

Nous avons pris des décisions ensemble au conseil européen de juin. Elles ont eu incontestablement des conséquences favorables : le calme est revenu sur les marchés. La BCE y a contribué en clarifiant ses modes d’intervention. Donc, ma position est simple : tout le conseil européen du 28 juin, rien que le Conseil européen du 28 juin, mais appliqué le plus vite possible. L’objectif, c’est de tout régler d’ici à la fin de l’année. Plus personne aujourd’hui ne pense que l’euro va disparaître ou que la zone va éclater. Mais la perspective de son intégrité ne suffit pas. Maintenant, nous devons sortir de la crise économique.

Donc l’union politique, ce n’est pas pour maintenant ?

L’union politique, c’est après, c’est l’étape qui suivra l’union budgétaire, l’union bancaire, l’union sociale. Elle viendra donner un cadre démocratique à ce que nous aurons réussi de l’intégration solidaire.

[OB : Non, là je suis obligé de souligner cette horreur : on veut d'abord essayer de faire une union budgétaire, et puis on verra après pour l'union politique, alors qu'il est évident qu'on n'aura jamais de budget commun, et donc des transferts importants entre pays, sans un énorme accord politique avant... Il ne faudra pas s'étonner de l'écroulement, façon "on va d'abord faire les 5e, 6e, 7e étages, et puis on verra ensuite pour faire les fondations..."]

A quelle échéance la voyez-vous, cette union politique ?

Après les élections européennes de 2014. L’enjeu de cette consultation, ce sera l’avenir de l’Union. C’est la condition pour mobiliser les peuples et augmenter les taux de participation autour d’un vrai débat. J’espère que des partis européens présenteront leurs propositions aussi bien en termes de contenu, de cadre institutionnel que de personnalités, pour les porter notamment à la présidence de la Commission européenne.

Beaucoup de voix s’élèvent contre l’objectif du déficit ramené à 3 % du produit intérieur brut (PIB). Claude Bartolone, président (PS) de l’Assemblée nationale, le qualifie même d’”absurde”. Un accord européen est-il possible pour le repousser d’un an ?

Tous les pays ne sont pas dans la même situation. Et beaucoup dépendra de nos choix en matière de respect des disciplines budgétaires et de croissance. Cette discussion aura lieu en 2013. Mais pour ce qui concerne la France, j’ai fixé l’objectif de réduction de déficit à 3 % pour 2013 et de rétablissement de l’équilibre des comptes publics en 2017. Pour une raison simple et qui ne se résume pas à un engagement européen : de 2007 à 2012, la dette publique est passée en France de 62 % du PIB à 90 %. Prolonger cette tendance ne serait pas soutenable.

L’objectif, il est aussi, à l’échelle de l’Europe, d’harmoniser les taux d’intérêt dans la zone euro. Politique monétaire et politique budgétaire doivent se conjuguer. Et il ne peut être admis, dans un même espace monétaire que des pays se financent à 1 % à dix ans et d’autres à 7 % ! Il faut éviter un effet de rente.

Votre élection a créé des attentes énormes. Que diriez-vous à un Grec au chômage, sans argent pour se soigner ?

Que je ferai tout pour que la Grèce demeure dans la zone euro et dispose des ressources indispensables d’ici à la fin de l’année, sans qu’il soit nécessaire d’infliger de nouvelles conditions autres que celles qui ont été admises par le gouvernement Samaras.

Mais je m’adresse aussi aux Espagnols et aux Portugais qui payent cher les dérèglements commis par d’autres : le temps est venu d’offrir une perspective au-delà de l’austérité. L’Espagne doit pouvoir connaître les conditions précises pour accéder aux financements prévus par le conseil européen du 28 juin. Et il n’y a pas lieu d’alourdir la barque.

La France est le trait d’union entre l’Europe du Nord et celle du Sud. Je refuse la division. Si l’Europe s’est réunifiée, ce n’est pas pour tomber ensuite dans l’égoïsme ou le chacun pour soi. Notre devoir, c’est de poser des règles communes autour des principes de responsabilité et de solidarité. Comme Français, ma responsabilité, c’est de faire en sorte que les Européens soient conscients d’appartenir au même ensemble.

C’est ce que vous dites à la chancelière allemande, Angela Merkel, aussi ?

Oui, mais elle le sait parfaitement. La preuve, c’est qu’elle est allée à Athènes.

Etes-vous inquiet de la résistance croissante, en Allemagne, à la solidarité avec les pays du Sud ?

Mais nous participons tous à la solidarité, pas seulement les Allemands ! Les Français, les Allemands comme tous les Européens dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité [MES].

Cessons de penser qu’il n’y aurait qu’un seul pays qui paierait pour tous les autres. C’est faux ! En revanche, je sais la sensibilité de nos amis allemands au problème de la surveillance. Qui paie doit contrôler, qui paie doit sanctionner. Je suis d’accord. Mais l’union budgétaire doit être parachevée par une mutualisation partielle des dettes : à travers les eurobonds.

Je sais aussi combien pèsent les souvenirs de l’hyperinflation, transmis de génération en génération en Allemagne. Les modalités d’intervention de la BCE évitent tout risque de cette nature, puisque la Banque centrale vient en appui des décisions prises au sein du MES. Or, qu’est-ce que le MES, si ce n’est un ensemble d’Etats ? Donc, la BCE ne créera pas de monnaie lorsqu’elle viendra en soutien des pays débiteurs. Elle rendra plus efficace la politique monétaire.

J’ai également considéré les arguments démocratiques avancés outre-Rhin. J’admets parfaitement que les parlements doivent pouvoir autoriser les engagements demandés aux Etats, aussi bien dans le cadre de l’union budgétaire que de l’union bancaire. Mais il n’y a pas de temps à perdre. La France y est prête.

Dans cette Europe à plusieurs vitesses, quelle place occupera l’axe Paris-Berlin ? Est-ce le premier cercle ?

C’est le couple qui permet l’accélération. Et qui, donc, peut aussi être un frein s’il n’est pas en phase. D’où la nécessité de la cohérence franco-allemande. Nous avons un devoir d’union ; il exige un sens élevé de l’intérêt européen et, donc, du compromis.

Est-ce que ce doit être une relation exclusive ? Non ! L’Europe ne se décide pas à deux. L’amitié franco-allemande doit agréger, associer, assembler. Je prends garde de ne pas opposer grands et petits pays, pays fondateurs et pays nouvellement adhérents. L’Europe a besoin de tous, elle ne se résume pas à de l’intergouvernemental. Les institutions communautaires : Commission et Parlement doivent jouer pleinement leur rôle.

Elle appelle également une ambition. C’est la vision qui est confiée historiquement à la France et à l’Allemagne. Si nous avons été capables de nous unir, nous, c’est que nous pouvons réussir à le faire tous ! C’est ce que nous rappellerons lors des cérémonies pour le 50e anniversaire du traité de l’Elysée.

Dans votre relation personnelle avec Mme Merkel, qu’est-ce-que vous avez appris d’elle ?

Elle est claire, elle dit les choses… Cela fait gagner du temps. Et j’ai la même démarche. Alors, ensuite, de nos points de départ, nous cherchons à trouver le meilleur point d’arrivée. C’est plus facile avec des points de départ explicites qu’avec des points de départ ambigus. Et on ne peut pas reprocher à Angela Merkel d’être ambiguë ! Certes, nous ne sommes pas dans la même échelle de temps : je suis élu depuis cinq mois, et la chancelière a ses élections dans dix mois, mais ça ne nous conduit pas à différer les choix.

Et vous, que lui apportez-vous ?

Posez-lui la question ! Je pense qu’elle est consciente que l’alternance en France a créé une nouvelle donne. Elle est très sensible aux questions de politique intérieure et aux exigences de son Parlement. Je le comprends : nous le sommes tous. Nous avons tous notre opinion publique, nos débats démocratiques. Mais notre responsabilité commune, c’est de faire prévaloir l’intérêt de l’Europe.

On vous présume européen…

Vous faites bien !…

… mais pendant la campagne, vous n’avez parlé que du “rêve français”, jamais du “rêve européen”. Quel est votre attachement personnel à l’Europe ?

L’idéal européen, il est dans le rêve français. Les révolutionnaires de 1789 avaient imaginé une nation ouverte à tous les Européens. Victor Hugo fut le premier à parler des Etats-Unis d’Europe. Après la boucherie de 14-18, Aristide Briand plaidait déjà pour l’Europe au nom de la paix. A la Libération, pour Jean Monnet comme pour Charles de Gaulle, construire l’Europe, c’était reconstruire la France. François Mitterrand a conçu sa présidence au nom de l’Europe.

Je m’inscris dans cette perspective. Ce que je veux pour mon pays, c’est qu’il retrouve la fierté et la force de renouveler la promesse républicaine à la jeunesse. Pourquoi suis-je européen ? Parce que l’Europe nous permet d’y parvenir. Et s’il se produit une fracture entre l’Europe et la patrie, alors le risque est de perdre à la fois la cohésion nationale et l’idéal européen.

C’est ce qui s’est passé en 2005, avec le non au référendum sur le traité constitutionnel ?

C’était un avertissement sérieux. Il n’a pas été entendu. L’enjeu, aujourd’hui, c’est de retrouver la confiance en nous même et en l’Europe. Ce qui nous menace, ce n’est pas la nation, c’est le nationalisme. Ce n’est pas l’Europe, c’est son absence.

Prendriez-vous le risque de voir la Grande-Bretagne quitter l’Europe ? [OB : ce serait la meilleure nouvelle du demi-siècle, pas un "risque"]

Je souhaite un Royaume-Uni pleinement engagé en Europe, mais je ne peux pas décider à la place des Britanniques. J’ai observé que, pour le moment, ils souhaitaient être plutôt en retrait. Les Britanniques sont liés par des accords auxquels ils ont souscrits. Ils ne peuvent s’en détacher. Maintenant, ils ont au moins le mérite de la clarté. La zone euro, l’union budgétaire : ils n’y sont pas. Je n’entends pas les forcer.

Quelle est la plus grande menace qui pèse sur l’Europe ?

C’est de ne plus être aimée. De n’être regardée au mieux que comme un guichet austère, où les uns viendraient chercher des fonds structurels, d’autres une politique agricole, un troisième un chèque, au pire comme une maison de redressement. A elle de donner du sens à son projet, mais aussi de l’efficacité à ses décisions. Et pourtant, l’Europe reste la plus belle aventure pour notre continent. Elle est la première puissance économique du monde, un espace politique de référence, un modèle social et culturel. Elle mérite un sursaut pour renouer avec l’espérance.

Le pire est passé ?

Le pire – c’est-à-dire la crainte d’un éclatement de la zone euro –, oui, il est passé. Mais le meilleur n’est pas encore là. A nous de le construire.

Propos recueillis par Sylvie Kauffmann (Le Monde), Angelique Chrisafis (The Guardian), Berna Gonzalez Harbour (El Pais), Jaroslaw Kurski (Gazeta Wyborcza), Alberto Mattioli (La Stampa) et Stefan Ulrich (Süddeutsche Zeitung)

Source : Le Monde

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In memoriam :

« Les “jeunes pousses” de la reprise sont déjà bien visibles » [Ben Bernanke, 15 mars 2009]

« L’euro est une devise solide, crédible, qui a assuré la stabilité de la zone pendant plus de dix ans. L’euro n’est donc absolument pas en danger. » [Christine Lagarde, Davos, 20 mai 2010]

« L’euro a franchi le cap, et la zone euro a désormais le pire de la crise de la dette derrière elle. » [Christine Lagarde, Davos, 29 janvier 2011]

“Le pire de la crise est derrière nous. Depuis trois mois, nous avons offert des perspectives, il y a une vraie volonté de restaurer la confiance” [François Baroin, 12 mars 2012]


Tout va très bien, madame la marquise… Par Jacques Sapir.

20 octobre 2012

« On ne déplore qu’un tout petit rien… »

Le sommet européen des 18 et 19 octobre a abouti à un échec, que l’on cache plus ou moins sous des communiqués ronflants[1], et des articles où la flagornerie perce sous l’apparente objectivité[2]. À croire que la chanson de feu Misraki, interprétée par Ray Ventura et ses “collégiens”, « Tout va très bien madame la marquise », est devenu le nouvel hymne des dirigeants français sur la question européenne. À ce rythme (entraînant) on aura droit à “ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine” remis au goût du jour sur l’Euro…

Sauf que Ray Ventura faisait rire quand on a plutôt envie de pleurer à lire et entendre ce qui se dit sur l’Union bancaire. Il est pourtant frappant de voir que, même dans la presse européenne et française, les doutes commencent à se faire insistants[3]. Si le principe d’un accord de supervision bancaire a bien été accepté pour l’ensemble des banques de la zone Euro, les conditions de sa mise en œuvre n’ont pas été précisées. Elles font l’objet de discussions importantes, que ce soit par la Grande-Bretagne (qui entend bien garder le contrôle de ses banques) que de l’Allemagne. De fait, des obstacles juridiques importants existent et ils ont été rappelés par la Chancelière allemande elle-même[4]. Celle-ci a même déclaré : « Rien qu’à regarder le processus pratique, il est absolument clair que ceci ne se mettra pas en place en un mois et demi »[5], sonnant par là même le glas des espérances françaises et espagnoles de voir l’Union bancaire aboutir d’ici la fin de l’année.

Ces obstacles devraient retarder l’application de l’accord au 1er janvier 2014 et surtout aboutir à ce qu’ils ne portent que sur les passifs accumulés à partir de cette date[6]. En d’autres termes, le projet d’une Union bancaire comme instrument de résolution de la crise des banques espagnoles, grecques et portugaises a lamentablement échoué, car les mauvaises dettes sont déjà présentes dans les passifs. D’ici à 2014 on estime que seront révélés 270 milliards de pertes pour les seules banques espagnoles[7].

De même, si le communiqué final insiste sur la nécessité de briser le cercle vicieux qui entre les banques et les dettes souveraines des États, l’aide directe du MES, qui était sérieusement envisagée pour l’Espagne, se trouve de fait reportée après la mise en œuvre de l’Union bancaire, soit après le 1er janvier 2014. Il y a donc contradiction entre le discours et les actes, ce qui n’est pas pour étonner les observateurs. Le renvoi de la décision à une réunion de l’Eurogroupe n’a fait qu’acter l’existence du blocage[8].

Sur l’intégration économique et politique, que des hommes politiques français de premier plan avaient annoncée à grand son de trompe, le blocage est encore plus total. En s’en remettant aux autorités nationales pour trouver un accord sue ce que l’on appelle le « six-pack » et le « two-pack », le Conseil a reconnu l’ampleur des divergences. De même, l’idée d’un budget européen renforcé n’a pas été retenue, et Mme Merkel a opposé une fin de non-recevoir à l’émission de « dettes communes » soit à l’émission des Eurobonds. À l’inverse, le projet allemand d’une supervision directe  des budgets nationaux par la Commission n’est même pas cité. C’est donc bien à un constat de blocage complet qu’il faut alors conclure.

Enfin, sur la Grèce, si le Conseil donne acte au Premier ministre Samaras des efforts consentis par le peuple grec, il n’a été nullement question des deux ans supplémentaires réclamés à cors et à cris. Ici encore le Conseil a été incapable d’aboutir à un accord. Si la Grèce recevra très probablement les 31 milliards d’euros dont elle a besoin d’ici décembre sous peine de faire défaut, le problème de son financement se posera à nouveau dès la fin du mois de janvier 2013. Il semble donc bien que le Conseil européen des 18 et 19 octobre dernier n’ait fait que repousser de quelques semaines les échéances.

 

Rien de ceci n’est glorieux, et il n’est aucune raison de pavoiser. La zone Euro s’achemine vers un terrible retour de crise, qui surviendra entre le début de 2013 et le printemps. Il sera alors bien tard pour prendre les mesures qui s’imposeront alors par la force du désastre. L’affirmation du Président François Hollande selon laquelle la fin de la crise de la zone Euro est en vue apparaît ainsi malencontreuse et quelque peu aventurée. Le 16 avril 1940, Paul Reynaud, nouveau Président du Conseil, déclarait devant le sénat que « la route du fer est coupée ». Moins d’un mois plus tard c’était l’offensive allemande sur l’ouest de l’Europe. Des hommes politiques responsables devraient se souvenir que l’avenir se plie fort rarement à leurs rêves.

 


[1] Fredet J-G., « Bruxelles : accord a minima ou compromis en trompe-l’oeil ? », Le Nouvel Observateur, 19 octobre 2012, URL : http://tempsreel.nouvelobs.com/la-crise-de-l-euro/20121019.OBS64…-de-bruxelles-accord-a-minima-ou-compromis-en-trompe-l-oeil.html

[2] Revault D’Allonnes D. et Philippe Ricard, « A Bruxelles, M. Hollande et Mme Merkel s’accordent sur un compromis minimum » Le Monde, 19 octobre 2012, URL :http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/10/19/a-bruxelles-m-hollande-et-mme-merkel-s-accordent-sur-un-compromis-a-minima_1778028_3214.html

[3] « Sommet européen : les avancées… et les blocages », La Tribune, 19 octobre 2012, URL :http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/2012…9trib000725970/sommet-europeen-les-avancees-et-les-blocages.html

[4] RTT News, RTT Staff Writer, « Merkel Casts Doubt On Setting Banking Union By Year-End », 20 octobre 2012, URL http://www.rttnews.com/1987133/merkel-casts-doubt-on-setting-banking-union-by-year-end.aspx?type=eueco

[5] Mrs. Angel Merkel, “Just looking at the practical process, it is absolutely clear that this is not going to take place in a month and a half », cité par Die Welt, « Creation of EU banking union ‘will take years’ » le 19 octobre 2012, édition électronique, URL : http://www.dw.de/creation-of-eu-banking-union-will-take-years/a-16319868

[6] Kanter J., « German Refusal on Bank Aid Mars End of Europe Summit » New York Times, 19 octobre 2012, URL : http://www.nytimes.com/2012/10/20/business/global/germany-spoils-party-with-refusal-on-bank-aid.html?_r=0&pagewanted=print

[7] Penty C., « Spain Banks Faces More Losses as Worst-Case Scenario Turnes Real », Bloomberg, 17 octobre 2012, URL : http://www.bloomberg.com/news/2012-10-17/spain-banks-face-more-losses-as-worst-case-scenario-turns-real.html

[8] « Sommet européen : les avancées… et les blocages », La Tribune, 19 octobre 2012 op.cit..

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Le blog d'Olivier Berruyer http://www.les-crises.fr/hollande-pire/

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