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Le blog de Lucien PONS

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Erdogan s'excuse auprès de Moscou pour l'avion russe abattu par les Turcs

29 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La Turquie, #La Russie, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Erdogan s'excuse auprès de Moscou pour l'avion russe abattu par les Turcs

International

Un bombardier russe Sukhoi Su-24, à Latakia en Syrie, identique à celui abattu par l'armée turque - ALEXANDER KOTS - KOMSOMOLSKAYA PRAVDA/AFP/Archives
Un bombardier russe Sukhoi Su-24, à Latakia en Syrie, identique à celui abattu par l'armée turque

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est excusé pour l'avion militaire russe abattu par la Turquie en 2015, un incident qui a provoqué une crise majeure entre les deux pays, et appelé à restaurer les relations bilatérales, a annoncé le Kremlin lundi.

"Le dirigeant turc a exprimé sa sympathie et ses sincères condoléances à la famille du pilote russe tué et il s'est excusé", a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, ajoutant qu'Erdogan a dit vouloir "faire tout son possible pour restaurer les relations traditionnellement amicales entre la Turquie et la Russie".

 
Dans un communiqué, le Kremlin a ensuite précisé avoir reçu un message de Recep Tayyip Erdogan dans lequel le président turc assure qu'Ankara "n'a jamais souhaité ou eu l'intention d'abattre un avion militaire russe". Ces excuses viennent confirmer la volonté d'apaisement de la part d'Ankara à l'égard de Moscou, alors que les relations entre les deux pays étaient pratiquement rompues. Mi-juin, une première lettre de M. Erdogan à Vladimir Poutine avait constitué le premier contact connu entre les deux hommes depuis l'incident. La nouvelle lettre envoyée lundi par Recep Tayyip Erdogan précise que "la Russie est, pour la Turquie, un ami et un partenaire stratégique", explique le Kremlin dans son communiqué. "Je veux une fois encore exprimer ma sympathie et mes condoléances à la famille du pilote russe, et je dis +excusez-nous+", poursuit M. Erdogan, cité dans le communiqué du Kremlin. Un communiqué du porte-parole du président turc, Ibrahim Kali, cité par l'agence officielle Anadolu, a cité M. Erdogan dans les mêmes termes et ajouté que "la Turquie et la Russie sont d'accord pour prendre les mesures nécessaires afin d'améliorer au plus vite les relations bilatérales". Le 24 novembre 2015, un bombardier russe Su-24 avait été abattu par l'aviation turque près de la frontière syrienne, provoquant la mort du pilote, tué alors qu'il retombait en parachute après s'être éjecté. Son navigateur avait lui été secouru à l'issue d'une opération des forces spéciales après une première tentative avortée qui avait coûté la vie à un soldat d'infanterie de marine russe. La Turquie affirme que l'avion était entré dans son espace aérien et avait été averti "dix fois en cinq minutes", tandis que Moscou assure que le Su-24 survolait le territoire syrien et n'avait pas été mis en garde avant d'être touché.

Cet incident, qualifié de "coup de poignard dans le dos" par le président Poutine, a provoqué une crise aiguë dans les relations entre les deux pays.

Moscou a adopté une série de mesures de rétorsion -- allant de l'abrogation des facilités de visa à un embargo alimentaire -- à l'encontre de ce pays jusqu'alors considéré comme un partenaire privilégié, la Turquie accusant en échange Moscou de se comporter "comme une organisation terroriste" en Syrie, où les deux pays défendent des intérêts opposés.

Moscou soutient le président syrien Bachar al-Assad dont Ankara encourage activement la chute en soutenant des groupes rebelles.

Selon le communiqué publié par le Kremlin, M. Erdogan a ajouté que le "citoyen turc dont le nom est associé à la mort du pilote russe est visé par une enquête judiciaire". Le quotidien turc Hurriyet assure toutefois qu'Alparslan Celik, accusé d'avoir mitraillé le pilote russe et placé en détention préventive début avril, a été libéré lundi de prison.

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La pétition truquée pour un nouveau referendum en Grande Bretagne. Par Karine Bechet Golovko.

28 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La finance dérégulée, #Comité pour une Nouvelle résistance

mardi 28 juin 2016

La pétition truquée pour un nouveau referendum en Grande Bretagne

 
 Дэвид Кэмерон — Премьер-министр Великобритании
 
Le Brexit fait peur, très peur. Et plus encore à l'extérieur qu'à l'intérieur de la Grande Bretagne, car comme l'écrit le Guardian, la pétition pour un second referendum concernant la sortie du pays de l'UE est ... truquée. N'importe qui peut la signer. Le Parlement a immédiatement déjà pu annuler des dizaines de milliers de signatures. Avis aux tenants de la manipulation démocratique bon ton.   La Grande Bretagne sortira de l'UE, car cela est nécessaire. Pour qui et pour quoi, autres questions.
 

 
Le Brexit continue a faire parler de lui, car il semblerait qu'une grande partie des acteurs internationaux ne l'aient pas sérieusement envisagé et se sentent pris au piège. Ou trompés. La réaction est alors assez simple: il faut le refaire. Et pour cela les outils de la pseudo-démocratie post-moderne, à savoir ces fameuses pétitions pour tout et pour rien sans aucun contrôle, ni aucune logique sont un instrument idéal.
 
Pour la signer, il suffit d'entrer sur le site, d'y inscrire un nom, dire que l'on a la nationalité britannique et c'est parti. Donc n'importe qui peut le faire, comme l'a fait Marion Maréchal-Le Pen, et il est possible de voter plusieurs fois.
 
Seulement, lorsque'il s'agit d'une personne du FN, la presse française s'empresse de minimiser l'impact. Or, le très british Guardian, lui-même lance la bombe: la pétition est manipulée. Du coup, la presse évite la question, ou bien, comme dans Les Echos, insiste sur les trois millions et fait semblant de ne pas comprendre:
Une pétition en ligne adressée au Parlement britannique réclame ainsi l'organisation d'un deuxième référendum dans la foulée du vote qui a sorti la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Dimanche 26 juin au matin, elle atteint plus de trois millions de signataires . (...) Le Parlement britannique a affirmé qu'il menait des investigations pour repérer toute fraude à la signature dans cette pétition, rapporte la BBC.
 
En effet, quelques fraudes ... Et ainsi, comme l'écrit le Guardian, le Parlement a immédiatement annulé 77 000 signatures. Oui, quelques fraudes ... L'enquête continue.
 
Voici ce qu'écrit le Guardian: 
Normalement, seule la signature des personnes ayant la nationalité britannique ne devrait être décomptée. Or, c'est impossible. On voit des signatures de partout à travers le monde, d'Islande, des Iles Caïmans, de Tunisie ... Et dans certains cas, les signatures venant de ces pays dépassent même le nombre d'habitants officiellent vivant dans le pays. 
 
A moins que les anglais n'aient clandestinement envahis ces pays ...
 
Par exemple, l'Etat du Vatican fut très actif. Plus de 39 000 soi-disant résidents de cette Cité-Etat ont signé la pétition, quand la population totale des résidents est d'environ 800  personnes ...
 
Twitter a explosé de messages de personnes n'ayant pas la citoyenneté britannique qui ont signé cette pétition. Par exemple:
 
I just signed 2nd EU Referendum Petition   from Australia (I'm not a UK citizen), anyone in the world can do it it seems!?
 
Bref, vive la démocratie mondialisée en action. Cela montre que ces mécanismes post-modernes n'ont strictement aucune valeur, il ne s'agit que de mécanismes de manipulation de l'opinion publique et de pression sur les Etats, bien loin des logiques démocratiques. Vous voulez votez? Pour cela vous avez des referendums, des élections. Mais c'est vrai, il faut sortir de son canapé et laisser son ordi, sa tablette ou son téléphone et se déplacer physiquement. Beaucoup moins glamour, mais réel.
 
Devant le Parlement britannique, D. Cameron a formellement exclu la possibilité d'un second referendum, ce que publie The Independant. Il faut maintenant réaliser la volonté populaire, même si des risques existent pour la Grande Bretagne. Ce qui ne veut pas dire non plus tourner le dos à l'Europe et au reste du monde.
 
De ce côté, la question est réglée. La Grande Bretagne va sortir de l'UE, même si beaucoup ont du mal à le concevoir. Car il existe manifestement des forces intérieures (et peut être extérieures) qui estiment nécessaire, cette fois, de soutenir - ou d'utiliser -  la volonté populaire. Je ne pense pas que la Grande Bretagne tout d'un coup devienne le héraut de la défense des intérêts nationaux ou de la souveraineté, elle n'a jamais tenu ce rôle et n'a aucune raison pour le faire à l'avenir, mais elle sait très bien défendre son intérêt propre.
 
Finalement, comme le disait disait la propagande Vichyiste à l'époque, Vive L'Europe. Espèrons que l'histoire ne se répètera pas totalement.
 
 
 
 
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Suicide en direct. Blog "La chronique du grand jeu".

28 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #La Turquie, #Europe supranationale, #AMERIQUE

Suicide en direct

28 Juin 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

Suicide en direct

L'info a été soigneusement cachée par les médias grand public, et pour cause : il est difficile de dire s'il faut en rire ou en pleurer...

A peine les Britanniques font-ils leurs valises que les lumineux eurocrates reprennent les négociations sur l'adhésion... de la Turquie ! Sont-ils donc complètement bourrés, masochistes ? Ne comprennent-ils vraiment rien à rien ? Rarement dans l'histoire et dans le monde aura-t-on vu des dirigeants aussi - désolé, il n'y a pas d'autre mot - nullissimes.

Il est vrai que l'Union Ectoplasmique se retrouve prisonnière du piège dans lequel elle s'est elle-même enfermée :

  • que Bruxelles continue de préparer l'adhésion de la Turquie et c'est la révolte généralisée contre l'UE. La cote de popularité de la Turquie dans la population européenne est encore plus basse que celle de Hollande en France, c'est dire. Si Bruxelles passe outre, il n'est pas difficile de prévoir des mouvements de masse, peut-être violents, tandis que le soutien à l'UE s'effondrera.
  • que Bruxelles renonce et Erdogan aura la possibilité de lâcher des centaines de milliers de réfugiés sur le Vieux continent, dont les terroristes daéchiques qu'il contrôle et avec lesquels il fait chanter les europloucs. Et le sultan ne s'en privera sans doute pas, qui a un mépris incommensurable pour l'Europe - voir la une du journal pro-gouvernemental Akit au lendemain du Brexit : "L'union des croisés s'écroule". Là aussi, c'est à terme la disparition de l'UE.

Le choix pour les dirigeants européens se résume à : comment voulez-vous mourir ?

Mais tiendront-ils jusque là ? Selon un sondage continental, huit pays veulent maintenant leur propre référendum (ce qui ne veut toutefois pas forcément dire que les huit souhaitent en sortir) :

Suicide en direct

Même Soros, sans doute dépité d'avoir perdu des milliards, s'y met et prédit la mort dans l'âme la fin de l'Union Européenne. Ses paroles valent de l'or : "Le scénario catastrophe [Brexit, ndlr] s'est matérialisé, rendant la désintégration de l'EU pratiquement irréversible. Elle se dirige vers une désintégration désordonnée qui laissera l'Europe dans un état pire que si l'UE n'avait jamais existé".

Pour la seule fois de ma vie, je suis d'accord avec Soros (ça se fête !) : le réel rattrape cette construction artificielle et passéiste. Le compte à rebours est commencé. Il peut durer longtemps encore, le système peut s'arc-bouter, mais la fin semble inéluctable, Turquie ou pas.

En parlant du sultan, il n'aura échappé à personne qu'il a enfin ravalé sa fierté et présenté, la queue entre les jambes, ses excuses à la Russie pour l'incident du 24 novembre. On pressentait déjà un petit quelque chose hier lorsqu'on a appris que la justice turque rouvrait le dossier d'inculpation d'Alpharslan Celik, accusé d'avoir tué le pilote russe.

Il est vrai que l'aventurisme d'Erdogan a placé son pays dans une situation assez lamentable : isolé d'à peu près tout le monde, en quasi guerre civile, économiquement en chute libre. Désespéré, le sultan veut maintenant réparer les pots cassés, même si c'est sans espoir de retour à la case départ : ce qui est perdu est perdu et Moscou ne renoncera pas à soutenir les Kurdes syriens ni à ses S400 en Syrie.

Les médias russes ont beau jeu de moquer la reddition en rase campagne d'un Erdogan soudain mielleux à souhait après des mois de coups de menton. Ce qui nous intéresse ici, c'est évidemment la réaction du Kremlin. Poutine et son entourage doivent en ce moment peser le pour et le contre.

On se rappelle que les Russes avaient exigé des excuses publiques ET des compensations. Les Turcs ont-ils accédé à certaines demandes secrètes, comme par exemple l'arrêt partiel du soutien aux djihadistes d'Alep ? Rien n'est sûr dans ce théâtre d'ombres, mais cela pourrait peut-être expliquer pourquoi l'actuelle offensive syro-russe sur Alep se fait curieusement dans le silence généralisé alors que la précédente opération soulevait l'indignation des médias officiels turcs (et occidentaux).

Erdogan n'est plus vraiment en état d'exiger quoi que ce soit. Il tombe de Charybde en Scylla depuis quatre ans et tente de se raccrocher à n'importe quelle branche. Son seul atout reste son levier de pression sur l'UE. Ce que nous annoncions il y a six mois se vérifie pleinement. Le sultan est le dindon de la farce syrienne ; les Européens sont les dindons du dindon.

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Provence Alpes Côte d’Azur veut favoriser le bilinguisme

28 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Devoir de mémoire, #La défense de la langue française., #Comité pour une Nouvelle résistance

Provence Alpes Côte d’Azur veut favoriser le bilinguisme

 

La délibération adoptée vendredi par les Conseillers Régionaux est une profession de foi. Elle incite les acteurs culturels à jouer la concertation. Ils seront mieux fixés lors de la Conférence Permanente des Arts et de la Culture, ce jeudi à Marseille.

 

 
Selon la délibération adoptée le 24 juin par les conseillers régionaux provençaux, le bilinguisme français-langues régionales serait un avantage économique aussi (photo MN)
Selon la délibération adoptée le 24 juin par les conseillers régionaux provençaux, le bilinguisme français-langues régionales serait un avantage économique aussi (photo MN)
La Région Provence Alpes Côte d’Azur aura-t-elle plus que des velléités en matière de valorisation et transmission de sa langue régionale ?
 
Vendredi 24 juin en tout cas, en bonne place dans l’ordre du jour de la séance plénière de l’assemblée régionale, les conseillers étaient conviés à adopter une délibération qui pose que la Région « a la volonté de reconnaître et soutenir la diversité des langues pratiquées sur son territoire et des cultures originales qui leur sont liées ».
 
Non seulement le rapporteur a parlé « d’opportunité pour le développement personnel de tous (les) habitants » à propos du bilinguisme français/langues régionales, mais encore le texte parle-t-il de ce bilinguisme là comme « élément du développement économique, donc de l’emploi ».
 
Enfin, la délibération évoque la mise en œuvre « d’un programme d’actions concrètes fondé sur les axes suivants : faciliter l’accès à l’enseignement pour tous les jeunes qui souhaitent pratiquer une langue régionale et connaître la culture qui l’inspire et renforcer le soutien aux initiatives artistiques et culturelles dont la vocation est d’étudier notre patrimoine immatériel » etc. 
 
 

En coopération avec les autres collectivités

Pouvoir apprendre la langue régionale ? Au moins en droit, pour tous (photo MN)
Pouvoir apprendre la langue régionale ? Au moins en droit, pour tous (photo MN)
Sur cette profession de foi, la Région en appelle à la coopération avec les autres collectivités, y compris l’Etat.
 
Elle affirme aussi que « l’ensemble des acteurs oeuvrant dans le domaine des langues et cultures régionales sera associé à l’orientation et à la réalisation de ce programme ». Mais, conseillons le tout de suite, les responsables associatifs devraient se libérer pour assister à la mise en place de la « Conférence permanente des arts et de la culture » que Provence Alpes Côte d’Azur crée ce jeudi même à Marseille.
 
En effet, compte tenu des liens apparemment  étroits que l’équipe de M Estrosi a établi avec un des acteurs associatifs, porteur d’un projet d’Observatoire de la Langue Provençale très bien aidé financièrement, et organisateur d’une manifestation arlésienne très courue par les candidats aux Régionales de la fin 2015, il sera utile de vérifier que tous les acteurs associatifs auront le même poids dans cette balance-là. 
 
 

Quels associatifs seront sollicités par le Conseil Régional ?

Si « pour mettre en œuvre ce programme…concertation et recherche de partenariats sur l’ensemble du territoire régional » seront la règle, l’exposé des motifs de la délibération pose que « des représentants du monde associatif seront sollicités - « au sein de la Conférence Permanente des Arts et de la Culture » - afin d’initier un dialogue qui devra enrichir les axes de travail proposés par la Région ». Mais qui sera sollicité ? Voilà bien une question centrale pour la suite des évènements.
 
Il sera intéressant à cet égard de voir comment seront traités les principaux mainteneurs, : Le Félibrige et l’Institut d’Estudis Occitans, rassemblés au sein du Forum d’Oc.
 
La rédaction de la délibération n° 12 du 24/06/2016 est un modèle d’équilibre sur ce plan. L’exposé des motifs parle de plusieurs langues – provençal, gavot, nissard – mais pose aussi que cette particularité linguistique « est la spécificité de notre région dans l’espace de la langue d’oc ». Un singulier auquel sont allergiques une partie des « interlocuteurs » sans doute sollicités à partir de jeudi par la Région.

Alors ? Qui participera verra…Et, probablement, qui regardera ailleurs se trouvera dépassé.
 

 
Au fait, qui sera sollicité par la Région pour concerter la politique régionale en faveur de la ...des langues...de la Région ? (photo MN)
Au fait, qui sera sollicité par la Région pour concerter la politique régionale en faveur de la ...des langues...de la Région ? (photo MN)
 
 
Conférence Permanente des Arts et de la Culture - jeudi 30 juin à partir d'11h30 Friche de la Belle de Mai, 41 rue Jobin, 13003 Marseille. par prudence aviser de sa présence le protocole de la Région    .
 

 

Lundi 27 Juin 2016
Michel Neumuller
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Brexit : pourquoi les Français auraient voté comme les Anglais.

28 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #l'horreur économique, #Les transnationales, #Le grand banditisme

Brexit : pourquoi les Français auraient voté comme les Anglais

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Crédits photo : BEN STANSALL/AFP

FIGAROVOX/ANALYSE - Maxime Tandonnet rappelle qu'un récent sondage montrait que 61% des Français étaient eux aussi réservés envers l'Europe. Il voit dans le Brexit le désaveu d'une Europe technocratique et un plébiscite pour la démocratie.


Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l'exercice de l'État pour FigaroVox. Il est ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République , Perrin, 2013. Son dernier livre, Au coeur du Volcan, carnet de l'Élysée, est paru en 2014 chez Flammarion. Découvrez également ses chroniques sur son blog.


Tout le monde le sait mais personne ne le dit: un référendum en France donnerait lui aussi des résultats largement favorables à la sortie de l'Union européenne. Un sondage récent montrait les Français encore plus réservés envers l'Union européenne que les Britanniques: 61% des Français, contre 48 % au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne (Pew research center juin 2005). Il faut y voir le désaveu d'une vision de l'Europe bulldozer qui avance à coups de directives, de règlements et de jurisprudences dans l'indifférence envers les sentiments populaires. La crise grecque, les coups de force de Mme Merkel et de M. Juncker sur les migrants puis sur la Turquie, jouant l'avenir du continent dans le plus absolu désintérêt envers les attentes et inquiétudes des peuples n'ont fait qu'aggraver la méfiance envers Bruxelles.

» À lire aussi: Brexit: toutes les dernières infos en direct

La victoire du Brexit est une réponse à l'aveuglement des élites politiques dans leur quasi-totalité, économiques, médiatiques européennes qui depuis le début des années 1990 et l'adoption du traité de Maastricht, tiennent toujours le même discours face aux réticences des citoyens: plus d'Europe, c'est-à-dire plus de fédéralisme, plus de bureaucratie bruxelloise, plus de majorité qualifiée, plus de directives et de règlements, plus de sanctions de la cour de justice. Il faut comprendre ce vote comme un acte de refus d'un diktat et de condamnation du mépris permanent affiché par les cercles d'influence sur la population exaspérée. Les menaces de séisme économique et d'isolement, proférées par les plus hauts dirigeants de la planète, de l'Europe, voire de ministres français n'ont pas eu raison d'un peuple britannique qui en a vu bien d'autres…

Les Français ne sont pas si différents des Britanniques. Il s sont les premiers à avoir voté «non» au centralisme européen et à la négation des démocraties nationales en 2005 à 54%, lors du référendum sur la Constitution européenne. La seule différence aujourd'hui, c'est que les dirigeants du Royaume-Uni, qui croient en la démocratie, ont pris le risque de poser la question au peuple. Au fond les Britanniques se sont exprimés au nom de l'ensemble des peuples européens. On imagine d'ores et déjà les commentaires et les réactions de la classe dirigeante et des médias français. On va tenter d'assimiler le vote britannique au «populisme» et à «l'extrême droite». Dans la ligne habituelle de la fuite en avant et du réflexe de Pavlov, on va promettre, en réaction, plus «d'Europe» et plus «d'intégration». Les mêmes classes dominantes vont dès aujourd'hui marteler l'idée que la sortie du Royaume-Uni est «une chance pour l'Europe fédérale». Bref, le discours officiel sera une fois de plus au rebours du sentiment populaire. Mais jusqu'où ce grand écart entre les cercles dirigeants et la volonté populaire peut-il se poursuivre?

Le message profond du vote britannique, qui aurait tout aussi bien pu être un vote français, sera en effet probablement occulté. Le Royaume-Uni a vu naître la démocratie parlementaire, le pouvoir d'un Parlement souverain. En votant pour le Brexit, il a voulu empêcher l'étouffement de cette démocratie par l'impérialisme de la bureaucratie bruxelloise. Sans doute ne faut-il pas se méprendre sur le sens de l'exaspération des peuples européens, qui vient de s'exprimer dans le vote britannique. En aucun cas il ne faut y voir un retour au nationalisme agressif de jadis, même si les caricatures ne vont pas manquer et si la récupération par les partis qui se revendiquent du nationalisme agressif et de l'isolationnisme, dans toute l'Europe, est vraisemblable. Les Britanniques, comme les Français et les autres peuples européens sont parfaitement conscients de la solidarité de fait qui unit les peuples européens, leur histoire et leur culture commune, leur intérêt à s'unir dans un monde en pleine tourmente. Ce qu'ils rejettent n'est pas l'Europe, c'est-à-dire l'existence d'une unité intrinsèque et fondamentale des Européens, mais le sentiment croissant d'un diktat venu de l'extérieur, qui leur impose ses règles, ses normes, ses décisions fondamentales, en particulier sur les frontières et l'immigration, sans tenir le moindre compte de leur opinion et de leur avis. Le vote britannique doit être compris comme un plébiscite en faveur de la démocratie. Les événements en cours sont une fois de plus un immense hommage aux vues prophétiques de Philippe Séguin, lors de son célèbre discours sur le traité de Maastricht en 1992: «Il n'y a aucune place pour des nations vraiment libres dans un Etat fédéral». Le malheur de l'Europe aujourd'hui est la conséquence du mépris affiché à cette époque par la classe politique envers son message visionnaire.

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POURQUOI LA FRANCE DOIT SORTIR DE L’OTAN ! Message du RPS FIERS.

27 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La guerre, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch

 POURQUOI LA FRANCE DOIT SORTIR DE L’OTAN ! Message du RPS FIERS.

POURQUOI LA FRANCE DOIT SORTIR DE L’OTAN !

Bonjour.

Les bruits de bottes sont de jour en jour plus forts ! L’OTAN cherche à imposer le Nouvel Ordre Mondial au profit des 1% les plus riches qui pillent le monde sans entrave ou presque.

Le sommet de l’OTAN des 8 et 9 juillet 2016 à Varsovie est le sommet de tous les dangers.

Pour contrer cette politique impériale, nous devons nous appuyer sur le droit international mis en place à la fin de la seconde guerre mondiale par tous les pays du monde

afin d’éviter les conflits entre les nations. Nous devons défendre le « Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Il fut une époque où la France défendait ces principes élémentaires garantissant la paix. Mais en ces temps-là gaullistes et communistes refusaient le carcan de l’OTAN imposé par les Etats-Unis.

Fleurissait alors en France le slogan « US GO HOME » que nous aimerions voir à nouveau refleurir sur nos murs. Autres temps autres mœurs, nous avons depuis réintégré

le commandement intégré de l’alliance atlantique.

L’intégration européenne à marche forcée vise à effacer définitivement notre état-nation. La défense européenne est assurée par l’OTAN sous commandement américain.

Notre stratégie de défense nationale devient obsolète.

Nos dirigeants ont démantelé l’armée française en fermant de plus en plus de casernes et de régiments. Ils ont démantelé nos industries nationales stratégiques,

Alstom par exemple, qui permettaient l’indépendance de la France.

Pour toutes ces raisons nous devons nous informer et nous mobiliser afin d’éviter les catastrophes programmées. Les textes en Pièces jointes apportent des précisions très importantes.

RPS FIERS

 POURQUOI LA FRANCE DOIT SORTIR DE L’OTAN ! Message du RPS FIERS.
 POURQUOI LA FRANCE DOIT SORTIR DE L’OTAN ! Message du RPS FIERS.
 POURQUOI LA FRANCE DOIT SORTIR DE L’OTAN ! Message du RPS FIERS.
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Interview de Romaric Godin sur la situation politique et économique en Espagne

27 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La finance dérégulée, #L'Espagne., #l'horreur économique

L’entrée principale du palais de La Moncloa, siège de la présidence du gouvernement espagnol (photographie : El Confidencial)

L’entrée principale du palais de La Moncloa, siège de la présidence du gouvernement espagnol (photographie : El Confidencial)

  • Avant tout, merci d’avoir accepté le principe de cette interview pour notre blog. Rentrons immédiatement dans le vif du sujet : qu’est-ce qui vous a amené, dans le cadre de votre profession et de votre poste au sein du journal La Tribune, à vous intéresser à l’Espagne, entre autres sujets ? Diriez-vous que c’est un pays qui vous attirait a priori ?

Pas spécialement a priori. Mes intérêts allaient plutôt au départ vers l’Allemagne, où j’ai vécu six ans, ou vers l’Italie. Mais mes travaux sur la crise européenne et ses conséquences m’ont amené à m’intéresser à ce pays qui est plus méconnu qu’on le croit souvent en France. J’ai découvert un pays complexe, avec une histoire riche, une diversité remarquable et une pensée politique originale. De quoi essayer d’aller plus avant encore dans l’étude de l’Espagne pour tenter de comprendre et de faire comprendre sa réalité aux lecteurs français et francophones.

  • Pensez-vous que les élections générales du 26 juin vont aboutir à un nouveau blocage institutionnel en Espagne ? Si non, dans quelle mesure permettront-elles, selon vous, de parvenir à la formation d’un gouvernement ? Ce dernier pourra-t-il être stable et durable ?

La question est difficile. La réponse dépend de plusieurs facteurs qui ne seront connus qu’après le 26 juin : le poids respectifs des partis, celui de la « gauche » et de la « droite », la nature des négociations sur la question catalane, les développements internes au PP et au PSOE, etc. Ce qui est certain, c’est que le jeu politique espagnol a changé durablement l’an dernier en passant de la bipolarité à un jeu à quatre. Dans ce cadre, avec des acteurs nouveaux, Citoyens et Podemos, qui se définissent en rupture et des acteurs anciens, PP et PSOE, qui semblent difficilement conciliables, la formation d’un gouvernement relève de la gageure. Toute tentative sera naturellement instable et le système politique espagnol devra s’adapter à cette nouvelle donne en faisant des tentatives et des essais sans doute multiples. Il en résultera nécessairement une clarification, mais elle prendra du temps. Pour moi, l’Espagne est entrée dans un nouveau régime, celui issu de la transition de 1975-1978 est clos. Le processus est nécessairement long et douloureux.

  • Le Parti socialiste ouvrier espagnol a beaucoup à perdre ce dimanche, puisqu’il pourrait être dépassé dans les urnes par la coalition Unidos Podemos. A-t-il un moyen de sortir la tête de l’eau ? Pensez-vous qu’il va accepter le principe d’une coalition avec Unidos Podemos dans le seul but de barrer la route de La Moncloa au Parti populaire ?

Le PSOE est face à son histoire. Il subit une dégradation qui n’est pas propre à l’Espagne. La social-démocratie « centriste » traverse une crise dans toute l’Europe et, de ce point de vue, le PSOE résiste même mieux que ses « frères » néerlandais, irlandais ou grec grâce à son implantation locale, notamment en Andalousie. La participation du PSOE aux mesures d’austérité et sa déconnexion des attentes d’une partie de l’électorat expliquent cette décadence. La mécompréhension de la situation en Catalogne, une de ses places fortes dans les années 2000, a encore aggravé le mouvement.

Le PSOE n’a pas trouvé le moyen de freiner cette dégradation de son audience. En fait, il ne le peut pas en raison de l’influence de ses barons qui le poussent à un conservatisme qui le rend politiquement de moins en moins « utile ». Du coup, il est pris en tenaille entre les deux forces montantes, Citoyens et Podemos. Le premier joue sur le renouvellement et une certaine innovation en termes de mesures économiques pour attirer les électeurs centristes du PSOE, le second joue sur sa volonté d’incarner la gauche et de faire davantage participer les gens aux décisions. Quoi que fasse le PSOE, il risque de perdre désormais des voix à gauche ou au centre. Il est piégé.

Dans ce contexte, que fera-t-il après l’élection ? Je ne pense pas que l’alliance avec Unidos Podemos soit acquise compte tenu du poids du « social-libéralisme » au sein du PSOE et du rejet de la plurinationalité de l’Espagne. Il y aura une lutte serrée au sein du parti pour déterminer la ligne à suivre, mais mon avis est qu’une abstention permettant à une alliance PP-Citoyens sans Mariano Rajoy de gouverner est plus probable qu’une union avec Unidos Podemos.

Dans tous les cas, ces discussions affaibliront encore le PSOE. En cas d’alliance à gauche, il risque de devenir ce que le PCF a été pour le PS après 1980 en  France, de façon inversée : un parti de plus en plus inutile qui laisse la place à la force montante, et laisse dominer Podemos au centre-gauche.S’il permet au PP de rester au pouvoir, le PSOE va encore perdre de sa signification. À mon sens, il est voué à jouer un rôle secondaire à l’avenir.  C’est ici, peut-être, un des éléments clés de la résolution de la crise politique actuelle en Espagne.

  • Bien entendu, l’arithmétique fait partie de la démocratie. Mais croyez-vous qu’une coalition organisée autour d’Unidos Podemos, qui pourrait obtenir 80 à 83 sièges selon les derniers sondages, soit réellement viable et représentative ? Le PSOE devait organiser, suite aux élections générales de 2015, un gouvernement autour de 90 députés, ce qui était déjà très juste…

En régime parlementaire, la coalition est normale et c’est l’addition des forces qui compte. La SPD allemande a longtemps gouverné dans les années 1970 après des défaites électorales face à la CDU/CSU grâce aux Libéraux qui décidaient alors de la politique de la RFA avec 5 % à 8 % des voix…

Ce qui compte, c’est la cohérence politique des coalitions. Si la coalition dispose de buts clairs et d’ambitions affichées acceptées par les partis qui la composent, elle est aussi solide et légitime que les autres partis. Ce sera tout l’enjeu des négociations entre le PSOE et Unidos Podemos. Le risque, en effet, c’est une coalition A MINIMA pour s’emparer du pouvoir. Dans ce cas, un problème de légitimité peut en effet apparaître et nuira au parti qui a fait le plus de concessions.

  • Pedro Sánchez n’a-t-il pas toutes les chances de perdre la direction du PSOE dans les semaines à venir étant donné le désastre annoncé pour ce dimanche ? Qui pourrait le remplacer au poste de premier secrétaire de la formation ? Susana Díaz ? Quelqu’un d’autre ? Cela aura-t-il une influence sur la politique parlementaire du parti ?

Pour moi, Pedro Sánchez n’a aucune chance de rester à la tête du PSOE en cas de SORPASSO du parti par Unidos Podemos dimanche. Il est détesté par les barons et il ne pourra plus prétendre à la présidence du gouvernement. Il aura du mal à mener des négociations avec Unidos Podemos compte tenu de cette situation de faiblesse. Plus globalement, le PSOE va devoir choisir entre le PP ou Podemos et la lutte pour la direction du parti se jouera autour de ce choix. Susana Díaz est une candidate sérieuse, mais c’est la candidate d’une opposition laissant la place au PP, puisqu’elle rejette Podemos en raison de son refus de la politique territoriale de ce dernier. Elle va devoir imposer ce choix. Pour cela, elle devra aussi ne pas subir de défaite trop lourde en Andalousie dimanche. Sinon, il est difficile de déterminer qui pourra sortir gagnant d’une lutte interne au PSOE, c’est d’ailleurs un des problèmes du parti aujourd’hui : il n’a pas de vraie et crédible relève.

  • Mariano Rajoy devrait-il passer la main afin de permettre au parti Citoyens de soutenir le PP et peut-être même au PSOE de s’abstenir lors d’une investiture ?

Mariano Rajoy a joué le pourrissement de la situation pour s’imposer comme le seul capable de sortir le pays du blocage. Mais il est très affaibli par sa politique d’austérité et les scandales à répétition au sein du PP. Le dernier, sur les scandales « truqués » en Catalogne, risquent d’achever sa vie politique. Il semble difficile pour Citoyens comme pour le PSOE de le laisser désormais à La Moncloa. Si le PP veut continuer à gouverner, il devra lui demander de partir. Et ce ne sera pas facile. Or, tant que Mariano Rajoy sera là, le blocage politique perdurera. Sa stratégie pourrait se retourner contre lui : il deviendra alors le responsable du blocage et non sa solution.

  • Unidos Podemos n’a pas l’intention de sortir de la zone euro et de l’Union européenne. Il n’en a d’ailleurs jamais réellement eu l’intention. Croyez-vous que son programme social, déjà modéré par rapport aux revendications de 2014, soit viable dans ce cadre ? François Hollande avait promis une renégociation des traités et du pacte de stabilité, avec le succès que l’on connaît. Pablo Iglesias aura-t-il plus de chance que le président français ?

Bruxelles a accordé un délai à l’Espagne et au Portugal pour revenir dans les clous budgétaires. Mais derrière cette annonce, il existe des nuances : la Commission a imposé des concessions importantes au gouvernement portugais et Mariano Rajoy s’est apparemment engagé à réduire les dépenses après les élections. Il est donc peu probable que Bruxelles accepte de valider un programme comme celui d’Unidos Podemos. C’est du reste un des arguments du PSOE pour refuser l’alliance avec ce parti.

S’il parvient au pouvoir, Pablo Iglesias devra donc faire des concessions. Il sera, en théorie, en position plus forte que la gauche portugaise qui se contente de soutenir le gouvernement PS sans y participer. Il sera naturellement pris dans une contradiction entre la volonté de prouver sa capacité de changer la politique et les concessions à Bruxelles et au PSOE. Il n’est pas sûr que Bruxelles lui offre une chance : la Commission a été très critiquée au Nord de l’Europe pour son « laxisme » et l’affaire grecque a montré que l’arrivée au pouvoir de la gauche à un poste de gouvernement (ce qui n’est pas le cas au Portugal) provoquait une certaine panique au sein des dirigeants européens. Il y a fort à parier que beaucoup à Bruxelles, La Haye ou Berlin voudront « casser » une expérience de gauche en Espagne, alors même que le SPD allemand réfléchit à une alliance sur sa gauche en 2017. La marge de manœuvre de Podemos sera donc réduite.

  • Officiellement, Pablo Iglesias et les siens sont favorables à un référendum d’autodétermination en Catalogne tout en défendant l’idée d’une permanence de la région au sein de la nation espagnole. C’est ce qui amène certains analystes à affirmer que Podemos propose une troisième voie entre l’indépendantisme catalan et l’unionisme incarné par la droite. Mais peut-on réellement le penser lorsque l’on constate que Podemos, ses alliés ou ses filiales agissent régulièrement, pour ne pas dire systématiquement, contre l’unité nationale et contre tout ce qui rappelle l’Espagne, au moins d’un point de vue symbolique ?

La vision de Podemos est celle d’une Espagne « plurinationale ». C’est une position qui est fortement rejetée dans beaucoup de milieux en Espagne parce qu’elle mettrait en danger l’unité de la nation espagnole. Mais les indépendantistes catalans, par exemple, y voient une façon de « sauver » l’Espagne. Tout dépend du point de vue.

Pour ma part, mais je conçois que c’est une position contestable, il me semble que l’Espagne ne peut refuser de prendre en compte sa diversité et de réfléchir à la façon dont on peut être à la fois Espagnol et Catalan ou Espagnol et Basque. Tout rejet de la reconnaissance du fait national en Catalogne, par exemple, conduit à renforcer l’idée d’une incompatibilité entre ces deux identités et donc à la volonté d’une rupture. La position de Podemos est une position assez pragmatique qui vise à éteindre l’indépendantisme par deux éléments : un référendum qui serait perdu par les indépendantistes et mettrait fin à leur ascension politique (sur le modèle québécois, par exemple) et une fédéralisation reconnaissant la diversité nationale pour « désarmer » les sécessionnistes. C’est une politique qui semble plus porteuse, à mon sens, que celle du PP qui a alimenté l’indépendantisme par sa rigueur.

Il est vrai, cependant, qu’en Catalogne, l’alliance de Podemos est constituée en partie d’indépendantistes et que cela nuit à la cohérence de cette politique. Mais la question se pose moins pour Podemos que pour l’Espagne : comment traiter la montée de l’indépendantisme catalan ? Comment accepter la persistance au sein du pays d’autres nationalités ? Doit-on limiter la nation espagnole à ses seules formes castillane ou andalouse ?

  • Entre les dissensions qui secouent la coalition gouvernementale, la baisse de régime du processus séparatiste et les graves problèmes socioéconomiques régionaux, peut-on dire que l’indépendantisme catalan est mal parti ? Croyez-vous que Carles Puigdemont puisse le mener à bien ?

L’indépendantisme catalan traverse une crise mais reste la première force politique régionale. La crise entre Junts pel Sí et la CUP relève d’une différence de conception fondamentale, mais elle pose surtout une question existentielle pour la CUP. Place-t-elle la lutte contre l’austérité et contre le capitalisme avant l’indépendance ou n’envisage-t-elle pas l’une sans l’autre ?C’est le débat qui déchire le parti aujourd’hui et qui risque de lui coûter cher. Carles Puigdemont a décidé de clarifier la situation par sa question de confiance : cette dernière va forcer la CUP à choisir. C’est une stratégie assez fine pour en finir avec l’ambiguïté de la CUP. En cas de nouveau scrutin, la majorité parlementaire indépendantiste sera menacée, mais le problème est qu’il n’existe pas en Catalogne d’alternatives majoritaires à l’indépendantisme. À moins d’une alliance peu probable allant de Podemos au PP, mais sur quel programme ?

Junts pel Sí n’est donc pas sûr de pouvoir mener à bien sa feuille de route dans les temps, mais la pression indépendantiste va se maintenir. Pour gouverner la Catalogne, il faudra trouver d’abord, principalement avec Podemos et EUiA, une entente sur une solution démocratique à la question de l’indépendance. Ce pourrait être presque plus commode qu’avec la CUP…

Mariano Rajoy et le président régional catalan, Carles Puigdemont (photographie : EFE et La Vanguardia)

Mariano Rajoy et le président régional catalan, Carles Puigdemont (photographie : EFE et La Vanguardia)

  • À terme, une indépendance de la Catalogne est-elle envisageable ? Et est-elle souhaitable ?

Compte tenu du fossé politique existant entre la Catalogne et l’Espagne, l’indépendance me semble possible, même si elle n’est pas certaine. De plus en plus de Catalans n’envisagent plus d’évoluer dans le cadre espagnol et la réponse espagnole brise de plus en plus de ponts. Si l’Espagne ne propose pas de modèle alternatif convaincant et si les indépendantistes s’unissent à nouveau, l’indépendance sera une option crédible. Sa condition sera cependant qu’elle soit majoritaire et dépasse le cadre linguistique pour s’ancrer dans les populations originaires d’autres régions. Ce n’est pas une option impossible, à mon sens.

Quant à savoir si elle est souhaitable, je ne me prononcerai pas. Tout changement comporte des risques et des avantages. L’Espagne serait bien sûr affaiblie et un processus de séparation est toujours complexe. Mais si le peuple catalan le décide démocratiquement, il sera difficile d’ignorer son choix. L’indépendance de la Catalogne ne signifiera pas cependant la fin de la coopération, y compris financière et humaine avec l’Espagne. Et pour cela, il est essentiel de maintenir un dialogue entre les deux entités dès à présent.

  • Croyez-vous que des solutions comme le fédéralisme du PSOE ou la reconnaissance d’une « spécificité catalane » avec de nouvelles compétences (c’est la proposition d’Unidos Podemos) soient applicables et constituent des réponses durables aux problèmes territoriaux espagnols ?

Ces options sont intéressantes, mais dans le contexte politique actuelle, elles semblent insuffisantes. Il s’agit dans le cas du PSOE de revenir avec des garanties constitutionnelles au statut de 2006, censuré en partie par la Cour constitutionnelle en 2010 et qui est la source du mécontentement catalan. Unidos Podemos va plus loin avec la reconnaissance des « nations ». Mais, aujourd’hui, ces propositions posent deux problèmes. Le premier, c’est le refus de tout compromis de ceux qui ont une vision unifiée de la nation espagnole et le second est le refus des indépendantistes qui veulent rompre avec l’État espagnol. Ces propositions n’ont donc pas une base populaire et parlementaire suffisante pour s’imposer. C’est pourquoi un référendum peut être une sortie de crise en cas de « non » à l’indépendance : devant leur défaite, beaucoup d’indépendantistes devront trouver une autre solution que la rupture et le fédéralisme peut en être une. La discussion sur la réorganisation pourra alors s’engager. Évidemment, ceci suppose de prendre le risque de la rupture. Mais le risque inverse existe : en niant la montée de l’indépendantisme, on peut l’attiser, y compris dans d’autres régions espagnoles comme le Pays basque, où le référendum devient aussi populaire.

  • Le PSOE prône un fédéralisme aux contours flous, Unidos Podemos est favorable à des référendums d’autodétermination, le Parti des Socialistes catalans n’est pas au clair avec la question séparatiste, des pans entiers de la gauche espagnole ont purement et simplement cessé de défendre l’unité du pays, le PP est englué dans ses problèmes et dans son attentisme, etc. Y a-t-il encore quelqu’un pour défendre l’intégrité de l’Espagne ? Le pays n’est-il pas condamné, à terme, à se fragmenter au-delà même du problème catalan ?

Le parti Citoyens se présente comme le défenseur de l’unité espagnole et d’une vision nationale unifiée. Il peut incarner cette défense de l’intégrité de l’Espagne. Mon point de vue est que le problème catalan peut être une chance pour l’Espagne d’engager la discussion, que j’ai évoquée, sur ce que signifie être espagnol et sur la gestion de la diversité nationale du pays. L’histoire espagnole n’a pas permis, comme en France, de faire reculer suffisamment les identités régionales. Aujourd’hui, il faut réfléchir à un moyen de les prendre en compte au-delà du compromis de 1978 qui semble caduc sur le plan national comme il l’est devenu sur le plan politique. La phase de transition est donc délicate et turbulente, là aussi. Et il existe un vrai risque de voir l’Espagne se fragmenter. Nier ce risque en voulant « pénaliser » l’indépendantisme est à mon sens la plus sûre façon d’y parvenir. Mais il faut des politiques capables de construire des compromis sur ce terrain. Or, la situation politique quadripartite pose une forte concurrence au niveau national et n’incite guère à ce type de concessions, car chacun est en risque de sortir du « club des quatre ». Là aussi, il y a un blocage que seul un choix démocratique clair par un référendum pourrait débloquer.

  • Comment voyez-vous les perspectives économiques espagnoles à court et moyen terme ? Les récentes baisses du chômage, couplées à une croissance qui redémarre et à des exportations au beau fixe, sont-elles trompeuses ou traduisent-elles une véritable reprise sur le long terme ?

La reprise espagnole est réelle et vigoureuse. Elle est portée par trois phénomènes principaux. D’abord, une forte dévaluation interne par la baisse des salaires et la hausse de la productivité, source de chômage de masse. Ensuite, la fin des politiques d’austérité qui ont redonné de la confiance aux acteurs économiques. Il y a donc un phénomène de rattrapage des investissements et des dépenses reportés durant la crise. Enfin, par des éléments externes : la politique monétaire de la BCE et la baisse du prix du pétrole et de l’énergie.

Cette croissance va néanmoins ralentir dans les prochains mois et elle reste très coûteuse sur le plan social. L’Espagne est un des pays de la zone euro, avec la Grèce, le plus fragilisé socialement par les politiques menées depuis 2010. Le risque de pauvreté y est très fort, le chômage encore très élevé et les revenus sans dynamique. La croissance acquise par la baisse des coûts a un revers social très lourd qui, in fine, va peser sur la dynamique de la croissance. Le problème du modèle économique espagnol reste entier : l’Espagne est-elle un pays de production bon marché, ce qui exclut tout amélioration de la situation sociale, ou peut-elle monter en gamme, alors que l’industrie espagnole vient juste de rattraper son retard en termes d’automatisation ?

Le pays a clairement besoin d’une politique d’éducation et de formation, mais aussi d’une vraie politique industrielle. Elle aurait un sens au niveau européen dans le cadre d’un vrai projet industriel continental, mais l’UE n’agit pas dans ce domaine. En attendant, le pays est condamné à vivre durablement avec un chômage fort et une pauvreté élevée. Dans ces conditions, le mécontentement politique persistera, ce qui est un problème économique également. Il est d’ailleurs frappant de voir que les quatre partis n’ont guère de projets économiques convaincants.

Le plus grand risque serait que l’Espagne ne tombe à nouveau dans une bulle immobilière qui fera baisser fortement le chômage, mais affaiblira encore le pays. Car cette crise existentielle de l’économie espagnole est encore le fruit de la bulle précédente qui était une façon commode de régler tous les problèmes.

  • Diriez-vous, pour avoir analysé l’Espagne et avoir tenté d’en comprendre les ressorts, qu’il s’agit d’un pays particulièrement complexe, où « tout ce qui est simple devient compliqué », comme le disait José Saramago ?

Un pays aussi ancien et avec une histoire aussi riche et diverse que l’Espagne ne peut être simple. Il est nécessairement compliqué, comme le sont tous les grands pays européens parce que le poids du passé se mêle toujours aux enjeux du présent. L’Espagne est un pays très complexe, très divers et c’est pourquoi il mérite mieux que le regard souvent lointain et caricatural que les Français portent sur lui.

  • Un mot pour conclure ?

L’Espagne est, à mon avis, à la pointe de la rénovation politique au sein de l’Union européenne, comme l’est d’une autre façon l’Italie. La réflexion sur une alliance à gauche, l’agonie du PSOE, l’impasse du PP, l’émergence de Citoyens et la montée des indépendantistes trouvent leur écho, avec des particularités, en France, en Allemagne ou au Royaume-Uni. L’Espagne est un laboratoire de la transition politique en Europe. Là encore, c’est assez piquant, quand on songe que les analystes politiques français rêvent d’un « modèle allemand » et de sa « grande coalition », alors même qu’une alliance Podemos-PSOE, si elle voit le jour, serait le prélude à un rapprochement SPD-Die Linke en Allemagne.

Sur le plan économique, le constat est inversé. L’Espagne apparaît comme un modèle de redressement, alors qu’elle affiche une croissance déséquilibrée, pas assez riche en emplois et donc intenable sur le plan social. Le modèle actuel de l’Espagne ne peut être que provisoire. Il doit se réinventer pour effacer les effets des « réformes », alors qu’on en fait souvent l’objectif des « réformes » en France.

Source : actualité espagnole, Romaric Godin, 23-06-2016

 

 

Espagne : Podemos recherche activement une coalition avec le PSOE

Source : La Tribune, Romaric Godin, 21-06-2016

L'Espagne aura-t-elle après le 26 juin un gouvernement de gauche avec Sanchez (PSOE) et Iglesias (Podemos) ? (Crédits : Reuters)

L’Espagne aura-t-elle après le 26 juin un gouvernement de gauche avec Sanchez (PSOE) et Iglesias (Podemos) ? (Crédits : Reuters)

Les Espagnols ne voteront que le 26 juin, mais déjà, les grandes manœuvres en vue de la formation d’une coalition gouvernementale ont commencé à gauche. Podemos propose des compromis aux Socialistes sur la question catalane. Mais elles demeurent insuffisantes pour un PSOE sans vrai projet.

Les nouvelles élections générales espagnoles, rendues nécessaires par l’incapacité de former un gouvernement avec le Congrès des députés élu le 20 décembre, aura lieu dimanche 26 juin. Mais, déjà, les grandes manœuvres pour former un gouvernement ont commencé. L’alliance Unidos Podemos qui regroupe le parti issu du mouvement des indignés, les Communistes et les Ecologistes, ainsi que plusieurs mouvements autonomistes régionaux, cherche désormais clairement à former un gouvernement de gauche avec les Socialistes du PSOE.

Nouvelle donne

Cette option était pratiquement impossible après le 20 décembre dans la mesure où l’addition des deux principaux partis de gauche comptait moins de députés que les deux partis de droite, Ciudadanos et le Parti populaire du président du gouvernement sortant Mariano Rajoy (159 contre 163). Le secrétaire général du PSOE, Pedro Sánchez, avait alors tenté de réaliser une alliance contre le PP en signant un pacte avec Ciudadanos et en cherchant l’appui de Podemos. Cette manœuvre avait échoué. Mais en élargissant sa base par le regroupement avec la Gauche Unie, Pablo Iglesias, le leader de Podemos, est désormais en mesure – mathématiquement du moins – de proposer un gouvernement de gauche, ce qu’il appelle une « coalition à la valencienne », s’inspirant de la majorité régionale construite à Valence entre le PSOE, Podemos et les régionalistes de Compromís.

Selon les sondages, Unidos Podemos devrait réussir le sorpasso, le dépassement du PSOE pour la première fois depuis 1933, en sièges comme en voix. Il serait donc en position de force pour négocier. Mais surtout, la loi électorale espagnole donnant une prime de fait aux grands partis, Unidos Podemos devrait compter entre 80 et 90 sièges, contre 69 le 20 décembre. Une poussée qui pourrait assurer, malgré l’effritement du PSOE, une majorité relative à la gauche face à la droite, sinon même une majorité absolue comme l’affirmait quelques enquêtes d’opinion. La constitution d’un gouvernement d’alternance dirigé par Podemos serait donc à portée de main. Et c’est bien pourquoi Pablo Iglesias commence à préparer le terrain.

Le dilemme de Podemos

L’écueil principal de cette alliance « à la valencienne » demeure un point essentiel : le référendum d’autodétermination en Catalogne. Podemos et ses alliés catalans en défendent l’idée non pour assurer l’indépendance catalane, mais pour clore les espoirs des indépendantistes et bâtir une autonomie renforcée de la Catalogne. Électoralement, c’est un élément essentiel qui permet à la liste catalane de Unidos Podemos, En Comú Podem, de capter une partie du vote indépendantiste aux élections générales pour permettre l’organisation du référendum. Le 20 décembre 2015, cette liste avait ainsi obtenu 24,7 % des voix en Catalogne contre 8,94 % lors des élections catalanes du 27 septembre précédent. Un bond de plus de 550.000 voix qui s’explique par cette stratégie.

Podemos doit donc continuer à défendre l’idée du référendum. Le problème, c’est que le PSOE refuse absolument un vote qui pourrait mettre en péril l’unité de l’Espagne. Pedro Sánchez ne peut d’autant pas accepter ce référendum qu’il doit compter avec son opposition interne dirigée par la présidente andalouse, Susana Díaz, qui tient une ligne dure contre l’indépendantisme catalan. Les Andalous sont en effet inquiets du risque de sécession catalan et d’appauvrissement du reste de l’Espagne qui suivrait. Or, Susana Díaz a l’appui des caciques du PSOE, les « barons » qui détestent Pedro Sánchez.

L’équation est donc délicate pour Pablo Iglesias : ou il abandonne le référendum catalan et il s’expose à perdre des voix en Catalogne et à voir ses alliés régionalistes le lâcher, ou il le maintient et son rêve d’une alliance « à la valencienne » avec le PSOE s’évapore. Sur la corde raide, il tente donc une manœuvre pour contenter tout le monde. Lundi 13 juin, lors du débat à quatre à la télévision, il a expliqué que « dans les négociations gouvernementales, il n’y a pas de lignes rouges », laissant entendre que le référendum catalan était susceptible de passer par pertes et profits afin de bâtir un compromis avec le PSOE. Ses propos ont déclenché une panique en Catalogne où Xavier Domènech, le dirigeant d’En Comú Podem, a dû assurer que l’objectif du référendum n’était pas abandonné.

La proposition d’une réforme de l’Etat

Pablo Iglesias a alors tenté de clarifier la situation avec une proposition de programme gouvernemental dévoilé le 20 juin. Dans ce texte de 92 pages, Unidos Podemos propose une évolution constitutionnelle vers la reconnaissance d’un Etat « plurinational ». Il s’agit d’abord de renforcer et clarifier les compétences des communautés autonomes (régions), de réformer le Sénat pour en faire une chambre représentative de ces communautés, un peu sur le modèle du Bundesrat allemand, et de renforcer la voix des régions sur les questions européennes. Le projet considère ensuite qu’il conviendra de faire le distinguo entre « nations » et « communautés » au sein de l’Etat espagnol. Les « nations », qui pourraient être basque, catalane et galicienne, pourrait alors passer des accords, notamment fiscaux, avec l’Etat.

Ce projet est cependant progressif. Comme souvent dans la pensée de Podemos, l’idée est d’imposer les faits progressivement, par la préparation de l’opinion. Xavier Domènech, qui a présenté le texte à Barcelone, a indiqué que l’on avancerait « pas à pas ». La première étape sera la « reconnaissance des nations » et la création d’un « ministère de la plurinationalité » chargé de mener le processus. Et le référendum catalan ? Il est jugé « indispensable », mais il pourrait n’intervenir qu’à l’issue de l’évolution de la structure de l’État et des négociations avec le nouveau ministère.

La stratégie de Podemos

Ce projet a plusieurs fonctions : maintenir l’exigence du référendum, tout en mettant en place une nouvelle structure d’Etat destinée à convaincre les Catalans de demeurer en Espagne. La « fédéralisation asymétrique » que propose Unidos Podemos n’est finalement pas si éloigné de la proposition que faisait fin mai Pedro Sánchez d’un nouveau statut catalan reconnaissant l’existence d’une « singularité catalane ». Il permettrait donc de conserver la confiance des défenseurs catalans du « droit à décider », tout en s’alignant en partie sur les projets socialistes. Le tout avec un atout : celui du temps, au cours duquel beaucoup de choses peuvent changer. Les divisions au sein du camp indépendantiste catalan peuvent amener de nouvelles élections. Après le rejet de son budget, le président de la Generalitat, le gouvernement catalan, Carles Puigdemont, posera en septembre une question de confiance au parlement. Si elle est rejetée, de nouvelles élections seront inévitables et une défaite des indépendantistes sera possible. L’urgence d’un référendum pourrait être alors moins vive pour le nouveau gouvernement espagnol.

Fin de non-recevoir

Mais le PSOE acceptera-t-il un tel compromis ? Rien n’est moins sûr. La reconnaissance de « nations » suppose la reconnaissance de leur droit à l’autodétermination. Le référendum catalan sera donc une conséquence logique et les Basques eux-mêmes pourraient être tentés. Le PSOE, marqué par la lutte contre l’indépendantisme basque, ne veut pas en entendre parler. En réalité, l’attachement à l’unité espagnole des Socialistes rend impossible l’acceptation du projet « dynamique » de Podemos. C’est pourquoi le projet de fin mai évitait le terme de « nation » et proposait un accord proche du statut de 2006 avec des garanties. Pedro Sánchez l’a donc réaffirmé lundi 20 juin : « Pablo Iglesias ne sera pas président du gouvernement car il ne remplit pas les conditions pour l’être »Pour deux raisons : sa politique sociale trop généreuse et son engagement en faveur d’un référendum catalan.

Retour à la case départ

On est donc revenu à la case départ. Certes, Pedro Sánchez refuse de considérer le sorpasso comme acquis et entend se battre pour maintenir l’avance du PSOE, au moins en sièges. Il ne peut donc publiquement accepter les conditions de Podemos. Mais le problème est plus profond. Le PSOE rechigne essentiellement à une alliance des gauches. Après sa défaite annoncée le 26 juin, il va cependant devoir faire un choix. La situation risque d’être inversée par rapport au printemps dernier. Alors, Pedro Sánchez pouvait accuser Podemos de préférer maintenir Mariano Rajoy au pouvoir plutôt que de le soutenir. Désormais, le PSOE devra choisir entre un soutien (actif ou passif) au PP ou un gouvernement sur sa gauche. Dans les deux cas, il sera menacé de marginalisation et de réduction à ses bastions du sud du pays, en Estrémadure et en Andalousie.

Le 26 juin sera sans doute suivi d’une lutte interne intense au sein du PSOE. Susana Díaz l’a déjà entamé. Menacée de voir le PSOE andalou dépassé par le PP local, elle a lancé une campagne fortement anti-catalane qui gêne même les Socialistes catalans. Elle a notamment refusé que les « votes des Andalous servent à payer les privilèges d’Ada Colau », la maire de Barcelone qui soutient En Comú Podem. C’est donc un refus absolu de toute alliance avec Podemos. Susana Díaz sait que si elle parvient à limiter la casse en Andalousie, elle pourrait détrôner, avec l’appui des « barons », un Pedro Sánchez qui aura bien du mal à conserver la direction du parti après le 26 juin.

Sombre avenir pour le PSOE

Dans ce cas, le scénario « à la valencienne » deviendrait improbable. Du reste, on voit mal, compte tenu de l’importance des troupes « sudistes » au sein du PSOE, comment une alliance avec Podemos pourrait être acceptée par la base. Car tout projet d’alliance sera sans doute soumis aux militants et tout nouveau secrétaire général devra s’appuyer sur cette base. Certes, Pablo Iglesias, qui a fait récemment un éloge appuyé de José Luís Zapatero, le dernier président du gouvernement socialiste, tente de flatter les militants du PSOE. Mais il n’est pas certain que ce soit suffisant. Le problème, c’est que l’avenir du PSOE hors d’une alliance avec Podemos s’annonce très sombre. Réduit à un positionnement nécessairement centriste, il risque de se trouver à l’étroit entre Ciudadanos et Podemos et d’être réduit à la fonction de force de soutien du PP. Le dilemme des Socialistes après le 26 juin s’annonce donc insolvable.

Source : La Tribune, Romaric Godin, 21-06-2016

 

12 réponses à Interview de Romaric Godin sur la situation politique et économique en Espagne

Commentaires recommandés

Henri Tanson Le 27 juin 2016 à 08h01
 
 

Excellente analyse de Romaric Godin sur la situation politique en Espagne.

Dommage que, pour moi, il soit totalement à côté de la plaque !

L’Espagne fait partie de l’UE ? Oui.
Elle applique donc la politique de l’UE.
Donc, ses dirigeants ne dirigent rien, et ne servent à rien, et le pays s’en rend compte…
Il est très facile, quand on n’est pas aux commandes, de critiquer le gouvernement en place et de proposer une bonne politique pour son pays mais, une fois élu (cf. Hollande) on est obligé d’appliquer la politique définie par Bruxelles.
Podemos se régale, en ce moment, lui qui n’a pas le pouvoir….
Aussitôt élu, il mènera la politique imposée et agira comme Tsipras en Grèce…
Il facilitera la désintégration de son pays en acceptant la séparation de la Catalogne, pour commencer, comme le souhaite Bruxelles. Et vive l’Europe des régions, indépendantes de leurs États d’origine, mais totalement asservies au diktat néolibéralisme européen.
Iglesias de Podemos, est choisi et proposé par un système en place qui dirige l’Europe pour ses intérêts personnels. C’est un leurre…. Un candidat, future-marionnette !
Si on n’a pas compris cela, on n’a rien compris à l’UE et ainsi, on n’a pas compris pas grand chose…
Pas plus.
Évidemment, ce n’est que mon

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Le Brexit, un calcul stratégique et voulu !

27 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #l'Allemagne, #Europe supranationale, #La finance dérégulée, #l'horreur économique, #Devoir de mémoire

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Le 27 juin 2016

Les média nous poussent à penser que le référendum sur le Brexit a été le seul choix du peuple britannique et que ce Brexit menace nos vies et nos économies en nous jetant dans l’inconnu. Les média manipulent et ne donnent pas d’autres informations importantes qui permettent de comprendre le choix du Brexit. Des transferts d’argent ont été observés depuis plusieurs mois sur la zone allemande en direction d’un marché stable et riche. La bourse de Francfort négocie depuis plusieurs années sa fusion avec la City, un plan secret était élaboré par Berlin pour mettre en route la feuille stratégique et pour privilégier des accords avec le Royaume-Uni. Avant le vote du référendum les média nous ont fait croire que le non remporterait. Cela était pour faire de l’argent pour les spéculateurs et faire croire que ce vote ne pouvait être qu’un effet de surprise et que la démocratie existe surtout en Angleterre. En fait, tout est sous contrôle depuis des mois. Et c’est encore Berlin qui gagne tout avec Londres grâce à nos élites françaises qui rampent devant « Die Mutter », Merkel.

Les média ne parlent pas de la fusion des bourses, ni d’un plan secret allemand. Dans un article financier du 24 juin 2016 le conseil d’administration de la bourse allemande dit vouloir obtenir le siège principal même après la fusion de la City et de la bourse de Francfort. Le but est d’avoir un champion économique en Europe. Le 4 juillet les actionnaires du LSE, London Stock Exchange, doivent donner leur aval. Les actionnaires de la bourse allemande ont jusqu’au 12 juillet pour accepter l’offre. Voilà ce qu’un article du WirtschaftsWoche titrant, « Betriebsrat will Frankfurt als Hauptsitz auch nach LSE-Fusion », révèle. En fait, tout est sous contrôle des puissants et organisé. Le ministre ministre fédéral des Finances de Berlin applique un plan secret, comme le dit le Handelsblatt. Un institut libéral et nationaliste allemand basé à Munich a clairement écrit avant le référendum que rien de particulier n’aura lieu avec le Brexit car tout est sous contrôle.

Le Brexit, un calcul stratégique et voulu !

Fuites des capitaux en direction de l’Allemagne. Tableau publié en mars 2016

Le même institut allemand montre des courbes publiées en mars 2016 qui montrent les mouvements de masses monétaires que sur la seule zone allemande en Union européenne ! Un hasard ? Pas du tout ! L’Allemagne a, elle, lancé l’idée de l’euro, une devis politique comme l’explique Thorsten Polleit président du Mises von Ludwig Institut et chef chez Degussa, pour financer sa première phase de réunification. Maintenant, l’Allemagne passe à une autre étape. Merkel doit dégager en 2017 et l’AfD a été fondé en 2013 (date du lancement de l’idée du Brexit…) pour prendre le pouvoir en Allemagne pour mener une politique nationaliste de manière ouverte. Avec le Brexit l’Allemagne devient le seul chef en Europe et se partage avec les Britanniques le pouvoir commercial et politique en Europe. La France grâce à ses pantins est devenu un pays du tiers monde qui va devoir accueillir les populations migrantes rejetées par Berlin et Londres qui font le tri sur les migrants. Le monde anglo-saxon a gagné sur tous les points. Ce n’est pas un hasard si Hollande et Ayrault vont à Berlin tenir le crachoir de Merkel et de Steinmeier car toutes les décisions prises pour l’après Brexit ont lieu à Berlin. Les Allemands font croire que leur volonté est de sauver la France. Ayrault, le professeur d’allemand, est ravi de parler en allemand à côté de Steinmeier. Le F.A.Z exprime bien la volonté de Berlin : renfermer ce qui reste de la zone euro en la consolidant sous la puissance de Berlin. Ayrault, qui ne semble pas piger le jeu de Berlin, soutient la politique de Berlin. De grosses surprises sont à attendre en 2017 quand le nouveau chancelier allemand sera élu (ou la nouvelle chancelière…). L’idée de lancer un référendum Brexit date de 2013 tout comme le lancement du parti patriote AfD, le parti qui n’arrête pas de monter dans les sondages !

Olivier Renault

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La poussée méridionale de l'OTAN

27 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Yougoslavie, #La France, #La finance dérégulée, #L'OTAN., #Europe supranationale, #l'Allemagne, #La guerre, #La Russie

jeudi 23 juin 2016

La poussée méridionale de l'OTAN

 
Guerres hybrides (10)

Source, le lien ici : Le Saker francophone
 
 
Par Andrew Korybko (USA) – Le 27 mai 2016 – Source Oriental Review
 
 
La chapitre précédent avait longuement détaillé les trois facteurs régionaux les plus explosifs qui menacent actuellement les Balkans. Ce chapitre se penchera sur trois autres facteurs moins imminents, mais non moins importants, qui pourraient également mettre la stabilité de la région en péril.
 
 
La course aux missiles serbo-croate
 
 
Fondements historiques
 
La rivalité entre la Croatie et la Serbie est séculaire, elle remonte à avant même qu’aucune d’elles ne devienne un État-nation moderne, à l’époque où elles étaient encore sous l’occupation de l’Autriche-Hongrie et de l’Empire ottoman, respectivement. Il a été soutenu que les deux peuples sont de la même origine ethnique avec, comme seules différences substantielles, leur dialecte et l’adhésion à une secte chrétienne particulière (le catholicisme pour les Croates, l’orthodoxie pour les Serbes). Une recherche approfondie a déjà été publiée sur les similitudes fraternelles entre ces deux peuples et les raisons de leur perception contemporaine d’une séparation d’avec l’autre. La présente étude ne répétera donc pas ce qui a déjà été établi bien avant et ne commencera à analyser leur histoire qu’avec la période plus pertinente de la Seconde Guerre mondiale.
 
Avant les hostilités inter-communautaires qui ont officiellement éclaté après l’invasion nazie (bien que des incidents violents se soient déjà déroulés peu avant cette époque), les Croates se sont mobilisés pour un sous-État ethnocentré autonome au sein du Royaume de Yougoslavie. Ils ont finalement vu leur souhait se réaliser en août 1939, avec l’Accord Cvetkovic-Macek qui a établi la Banovine croate. Les oustachis, une organisation croate hyper-fasciste dirigé par Ante Pavelic, avaient fait pression pour cela depuis un certain temps, et voyaient cet accord comme un tremplin vers l’indépendance pure et simple et la réalisation de leurs ambitions nationalistes pour forger la Grande Croatie. Vu de l’étranger, les fascistes croates semblaient évidemment des partenaires idéaux et naturels pour les nazis, afin de coopérer avant et après la prochaine invasion de la Yougoslavie. Il n’est pas surprenant si Hitler travaillera plus tard main dans la main avec Pavelic pour exterminer les Serbes. Leur collaboration d’avant-guerre était si profonde que l’«État indépendant de Croatie», le projet de marionnettes contrôlées par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale (la manifestation la plus radicale de la Grande Croatie), a été déclaré immédiatement après l’invasion d’Hitler et plus d’une semaine avant la capitulation officielle du gouvernement yougoslave. Ce qui suggère que ses partisans attendaient avec impatience l’offensive et avaient compris que seul le soutien nazi pourrait faire de leur cauchemar nationaliste une réalité.
 
 
La pertinence avec l’époque actuelle est que le projet Hitler-Pavelic pour la Grande Croatie a incorporé l’ensemble de la Bosnie et a créé un précédent (bref, mais éthiquement inquiétant) de leadership dans les Balkans occidentaux, qui a imprimé une forme très spécifique de géo-nationalisme dans la mémoire historique de la plupart des Croates. Bien qu’heureusement jamais plus réalisée sous la forme extrême de ses prédécesseurs fascistes, cette marque du nationalisme croate radical est revenue comme un facteur déterminant, lors de la dissolution destructrice de la Yougoslavie. L’armée croate ne voulait pas seulement purger les Serbes de la République serbe de Krajina établie à part dans le cadre de l’ex-République socialiste de Croatie (elle-même la formalisation d’après-guerre issue de la Banovine croate), elle a voulu aller encore plus loin et aussi nettoyer leur rival démographique en Bosnie (bien que ce dernier objectif, heureusement, ait échoué). Il est significatif de voir combien l’identité nationale croate moderne est intimement liée au génocide contre les Serbes. Ainsi, le 5 août, date à laquelle la République serbe de Krajina a été détruite, est célébrée chaque année comme la Journée de la Victoire et de Thanksgiving et le jour des défenseurs croates.
 
On peut voir à la volée, à partir de cette vue d’ensemble, que l’establishment politico-militaire croate est violemment anti-serbe et que la mémoire historique géo-nationaliste issue de la Seconde Guerre mondiale persiste encore et peut être facilement manipulée pour amener la population à soutenir une autre croisade. Le point focal de tout conflit à venir pour refaire une Grande Croatie (que ce soit sur le fond ou sur la forme) est sans aucun doute la Bosnie, et les provocations que Sarajevo a récemment lancées contre la Republika Srpska augurent très négativement de la stabilité future de l’entité. Plus que probablement, l’État profond croate (l’armée, la diplomatie et l’appareil de renseignement) est intéressé par un déséquilibre de la Bosnie, afin de créer la possibilité d’effacer la Republika Srpska de la carte, pour transformer l’ensemble du pays en un protectorat américano-croate ou, en d’autres termes, une manifestation post-moderne du projet Hitler-Pavelic pour la Grande Croatie.
 
 
Missile contre missile
 
Cela nous amène à discuter de la course aux missiles qui a commencé entre la Croatie et la Serbie. Il a été signalé à la mi-octobre 2015, que la Croatie envisageait d’acheter 16 systèmes de fusées à lancements multiples (MLRS) aux États-Unis. Bien qu’aucune déclaration officielle n’ait encore été émise à ce sujet, il est prévu que la Croatie prétende que les MLRS ne sont là qu’à des fins défensives et ne devraient susciter l’inquiétude de personne. Mais le fait qu’elles donnent au pays la capacité de frapper la Serbie est une cause de grave préoccupation. Il est troublant d’essayer de donner un sens à ce qui est prétendu être les justifications défensives de la Croatie pour l’achat d’armes, étant donné que ce système ne sert qu’à des buts offensifs. Ce n’est donc pas pour rien que le Premier ministre serbe Vucic a parlé de son intérêt pour l’achat de systèmes anti-missiles russes et d’autres équipements, au cours de sa visite à la fin octobre à Moscou, puisque la Serbie doit maintenant trouver un moyen d’annuler cette menace militaire émergente.
 
 
Bien sûr, si la Serbie, pour une raison quelconque, se désiste de son engagement verbal pour acheter les armes russes, elle se placerait automatiquement dans une position de chantage militaire vis-à-vis de la Croatie (agissant en tant que proxy caché au nom des États-Unis ) et serait impuissante à corriger le déséquilibre militaire. À condition que les deux transferts se fassent, il est inévitable que les États-Unis poussent leur proxy croate à acheter différents ensembles d’armes, afin de bouleverser l’équilibre stratégique que les systèmes anti-missiles de fabrication russe de la Serbie apporteraient à la région. Cela engendrerait une réponse symétrique de la Serbie, plongeant ainsi les deux voisins dans une course aux armements d’initiative américaine, que leurs deux économies fragiles ne seraient pas capables de soutenir.
 
En ce sens, la Croatie aurait un avantage institutionnel sur la Serbie avec son adhésion à l’OTAN, qui pourrait lui donner le droit d’acheter un armement à prix réduit, ce qui pourrait se révéler efficace pour modifier l’équilibre militaire, tandis que la Serbie n’a pas un tel accord avec la Russie. Néanmoins, dans un tel cas, la Russie pourrait probablement proposer un plan de paiement avantageux et différé pour permettre à la Serbie de recevoir les armements défensifs nécessaires au maintien de sa sécurité. Cycliquement, une vente conduit à une autre, et avant que quelqu’un ne réalise ce qui est arrivé (sauf bien sûr les États-Unis, qui ont conçu tout ce scénario), les armées les plus fortes de l’ouest et du centre des Balkans seraient engagées dans une course aux armements en spirale à travers tous le spectre militaire, attirant leur alliés américains et russes plus étroitement vers une confrontation par proxy interposés, dans le cadre de la nouvelle guerre froide.
 
 
Le champ de bataille de la Bosnie
 
Pour en revenir à la conclusion après l’aperçu historique au début du présent paragraphe, la Croatie et ses bailleurs de fonds occidentaux collaborent étroitement avec Sarajevo dans l’ingénierie de prétextes (juridique, militaire, ou socialement entraîné par une révolution de couleur) pour abolir la Republika Srpska. Une telle lutte ne sera pas facile, cependant, car les Serbes sont sûrs de se battre symétriquement dos au mur, contre toute atteinte agressive à leur souveraineté, qu’elle soit légale et / ou militaire. Tout ce qui se passe en ce moment par rapport à l’accumulation militaire croate, repose sur la préparation de Zagreb pour prendre la tête dans toute opération prospective anti-serbe, que ce soit par le biais d’un rôle direct ou indirect. Les forces armées bosniaques ne sont pas capables de leur propre chef de mener à bien la tâche, considérant également que les membres serbes se mutineraient immédiatement et se battraient pour leur république constitutive, par opposition à la fédération générale (qui est détournée par l’entité croato-musulmane). Par conséquent, du point de vue de la grande stratégie américaine, en menant la prochaine bataille dans la guerre contre la Serbie et pour enfermer Belgrade dans un piège inverse Brzezinski, il est impératif pour elle d’utiliser la Croatie comme proxy d’avant-garde dans la réalisation de cet objectif géo-critique.
 
À ce stade, l’accumulation de missiles de la Croatie prend tout son sens, car il donne à Zagreb la capacité de projeter sa force en Serbie pour contrer tout soutien que Belgrade accorderait à Banja Luka [la capitale de la Republika Srpska, NdT]. Il n’est pas certain que la Croatie pourrait jamais attaquer directement la Serbie elle-même (bien qu’elle puisse se sentir obligée de le faire s’il y avait des pressions des États-Unis dans ce sens). Cependant, le simple fait que les missiles américains pourraient une fois de plus pleuvoir sur les villes serbes, aurait certainement une incidence sur les calculs stratégiques de la Serbie dans ce scénario. Si le pays ne disposait pas des défenses adéquates pour briser cette menace, la Croatie serait en mesure de faire chanter la Serbie et de l’empêcher d’intervenir directement ou indirectement pour soutenir la Republika Srpska. Toutefois, si les défenses de la Serbie recevaient l’aide de la dernière technologie russe anti-missile, le chantage à la menace de la Croatie disparaîtrait instantanément et Belgrade aurait une plus grande liberté d’action pour aider la Republika Srpska selon les besoins.
 
 
La Croatie aurait alors seulement le choix d’attaquer la Serbie directement dans une agression en face-à-face, soit en plein milieu de la Bosnie, soit directement sur son propre sol, avec le risque d’une escalade de la guerre à des hauteurs imprévues. Selon les conditions de la nouvelle guerre froide mondiale de notre époque, les États-Unis et l’OTAN pourraient ne pas être si désireux d’aider directement à l’offensive de la Croatie, la laissant ainsi se débrouiller seule dans la lutte contre la Serbie. Ce n’est pas un risque que les décideurs de la Croatie voudraient prendre à la légère. Cela signifie par conséquent, que si leur chantage au missile surface-surface est dissuadé par les systèmes de défense anti-missiles russes fournis à la Serbie, il devient nettement moins probable qu’ils attaquent directement le sol serbe et cela limiterait probablement leur agression à la Bosnie. À son tour, cela augmente les chances que la Republka Srpska puisse résister à quelque offensive conjointe croato-musulmane prévue contre elle, sachant qu’elle peut compter sur l’assistance serbe en cas de besoin, sans avoir à craindre que leur allié soit sous le chantage de missiles balistiques et forcé de rester à l’écart. Du point de vue plus large, pour conclure, la coopération militaire russo-serbe dans l’équilibre contre l’accumulation croato-américaine pourrait même retarder indéfiniment une offensive unipolaire sur la Republika Srpska et donner au monde multipolaire le temps dont il a besoin pour trouver une solution à cette dangereuse situation.
 
 
Drang nach Süden de l’OTAN
 
 
Expansionnisme vers le Sud
 
Au cours des dernières années de la Guerre froide, l’Union soviétique et les États-Unis sont parvenus à un accord verbal, par lequel Moscou permettrait la réunification de l’Allemagne, en échange de la promesse des Américains de ne jamais élargir l’OTAN plus à l’Est. Comme l’atteste l’histoire, les États-Unis sont revenus sans vergogne sur leur garantie au moment où l’Union soviétique s’est effondrée et s’est trouvée impuissante à arrêter efficacement l’engloutissement de la quasi-totalité de l’Europe de l’Est (sauf pour la Biélorussie, la Moldavie et l’Ukraine) et des États baltes en 2004. Ce qui est moins étudié par des observateurs, c’est le Drang nach Süden de l’OTAN (la poussée vers le Sud), qui représente l’un des derniers fronts de l’expansionnisme continental de l’OTAN, en chantier depuis la fin de la Guerre froide.
 
Théoriquement parlant, ce coin de l’Europe n’était pas dans l’esprit des Soviétiques quand ils ont conclu leur entente verbale avec les États-Unis. Moscou n’avait pas de forces stationnées en Yougoslavie ou en Albanie, qui auraient pu être amovibles, rendant ainsi une éventuelle adhésion de ces pays à l’OTAN un point discutable pour Moscou. En effet, à ce moment de l’histoire, Moscou n’avait plus le pouvoir ou l’influence pour en décider. Face à ses propres problèmes internes et son retrait à venir du théâtre des opérations de l’Europe centrale et orientale, il est probable que l’Union soviétique n’ait même pas envisagé le scénario, alors impensable, qu’une série de guerres proto-hybrides fabriquées par les Américains, conduirait bientôt à la dissolution de la Yougoslavie le long des lignes fédératives, et voir un jour deux de ses membres anciennement unifiés, plus l’Albanie, sous le parapluie nucléaire de l’OTAN.
 
Hélas, c’est exactement ce qui est arrivé. On peut soupçonner que l’une des motivations partielles des États-Unis pour démembrer la Yougoslavie, était de créer une chaîne d’États-nations affaiblis, qui seraient beaucoup plus faciles à absorber dans le bloc que l’ex-entité fédérale forte et unifiée. Il a été précédemment discuté, au début de la recherche sur les Balkans, que la Slovénie était l’État pro-occidental le plus enthousiaste de toute l’ex-Yougoslavie, et a été le premier à rejoindre l’UE et l’OTAN. Pour rappeler au lecteur ce qui a été écrit un peu plus haut, la Slovénie a été en grande partie préservée du chaos des guerres yougoslaves, en raison de sa géographie avantageuse, et sa petite population a été bien dotée de manière disproportionnée par l’investissement yougoslave, qui lui a permis d’atteindre rapidement le PIB le plus élevé par habitant de tous les anciens pays communistes d’Europe.
 
Par conséquent, elle a rejoint l’OTAN et l’Union européenne en 2004, ce qui en fait le premier État des Balkans à adhérer aux deux organisations. Cela a été conçu pour servir de précédent, un exemple à suivre pour les élites régionales similaires pro-occidentales qui voulaient imiter la success story slovène, les amenant à croire que c’était le désir passionné de Ljubljana [la capitale slovène, NdT] de rejoindre les institutions occidentales qui explique son succès et non ses facteurs géographiques, historiques et économiques inimitables. Quoi qu’il en soit, le stratagème trompeur a suffi à convaincre l’élite croate de ses propres illusions et par conséquent à poursuivre la voie d’une information trompeuse à destination du reste de la population, en soutenant sa décision prédéterminée de joindre les deux blocs. Zagreb est entré plus tard dans l’OTAN, en 2009, et a rejoint l’UE en 2013, suivant ainsi le scénario slovène et l’oubli de l’objectif stratégique de ce petit pays des Balkans (d’où la négligence institutionnelle qu’il a reçue de ces deux organisations depuis lors).
 
Les militaires slovènes servent les intérêts américains dans la province de Gerat, Afghanistan 2010
La situation était un peu différente avec l’Albanie, car elle n’a pas du tout été influencée par l’exemple de la Slovénie. Elle a rejoint l’OTAN la même année que la Croatie, pour les raisons complémentaires de soutien caché à la grande stratégie des États-Unis dans les Balkans occidentaux et en se plaçant elle-même dans une position régionale plus intimidante pour la promotion de la Grande Albanie à venir (le plus probablement contre la Macédoine). En outre, on ne peut écarter que les élites de Tirana ont été pour une large part motivées par leur conception du triomphalisme, en s’alliant formellement avec le bloc qui a bombardé la Serbie et a conduit à la rupture temporaire de sa province du Kosovo. Tenant compte de la compréhension albanaise de la fierté et de comment la culture de l’époque ottomane consistant à manquer complètement de respect à son ennemi sont toujours des facteurs influents dotés d’un fort impact sur la psyché albanaise, il est très probable que l’un des intérêts qui a conduit ce pays à adhérer à l’OTAN était simplement de contrarier la Serbie.
 
 
En attente en coulisses ?
 
En regardant le reste des Balkans, on observe que chaque pays a une forme ou une autre de relations institutionnelles avec l’OTAN.
 
 
SERBIE
 
Pour commencer, la Serbie a accepté un plan d’action individuel pour un partenariat en janvier 2015, un événement qui n’a bizarrement reçu aucune publicité dans les médias du pays. On aurait pu croire que des relations plus étroites de la Serbie avec le même bloc militaire qui l’a bombardée pour obtenir sa soumission il y a 16 ans, provoquerait un tollé intense de la part des leaders d’opinion et des institutions du pays. Le fait est que les Serbes n’ont pas parlé haut et fort de ce fort enchâssement de personnages pro-occidentaux influents à l’intérieur de l’establishment du pays.
 
Il faut noter que cette décision a été prise dans le cadre du gouvernement de Vucic, qui a fait de grands efforts pour plaire à l’Occident. C’est en contraste frappant avec la présidence Nikolic actuelle, qui a travaillé dur pour faire des progrès pragmatiques dans les relations de la Serbie avec la Russie. L’écart flagrant entre les priorités de la politique étrangère du Premier ministre et du président ne semble pas être un équilibre rusé élaboré entre l’Occident et la Russie, mais plutôt une lutte maladroite et incohérente, faite de compromis bancals entre les élites serbes respectives représentées par chaque figure de proue.
 
Marche anti-OTAN à Belgrade, février 2016
Cette situation politique est intrinsèquement intenable et ne peut pas progresser beaucoup plus longtemps, sans que le pays ne subisse de déstabilisation intérieure. Les approches pragmatiques dans des directions géopolitiques multiples sont les bienvenues pour tous les pays, mais quand des mesures radicales telles que l’approfondissement des relations avec l’OTAN sont prises, cela indique un jeu de puissance décisif pour le compte des forces pro-occidentales. Couplé avec l’annonce, début 2015, qu’à la fin de l’année, en décembre, Belgrade sera officiellement en pourparlers d’adhésion avec Bruxelles, et que 2015 devient l’Année de l’Occident pour la Serbie. Cela ne peut que se traduire par l’opposition des voix pragmatiques représentées par Nikolic (qui est le reflet de la majorité de la société), qui doivent sentir leur influence décliner face aux progrès des pro-occidentaux de Vucic.
 
La division gouvernementale en cours, générée par la tendance institutionnelle pro-occidentale indéfectible de Vucic (qui continue malgré sa visite à Moscou et l’attrait pour les armes russes), se traduira inévitablement par une intensification de la lutte pour le pouvoir entre les deux factions de l’élite serbe, les pro-occidentaux et les pragmatiques. À moins que Vucic ne tempère son approche. Ne pas le faire forcera le pays dans le même choix de civilisation manipulé, que l’Occident a imposé à l’Ukraine en novembre 2013, ce qui en fin de compte travaille à renforcer l’avantage stratégique des États-Unis au détriment de tous les Serbes. En parlant de façon provocante, cela pourrait suivre le scénario ukrainien si étroitement qu’une révolution de couleur éclaterait à Belgrade, mais avec des conséquences géopolitiques pro-occidentales diamétralement différentes de celles qui ont réussi à Kiev.
 
 
BOSNIE
 
En se déplaçant un peu, la Bosnie et les deux autres pays des Balkans restants, dont on parlera, ont convenu de plans d’action pour adhérer à l’OTAN. Cela signifie qu’ils ont officiellement engagé leurs gouvernements sur un chemin qui est censé se terminer par leur adhésion à l’OTAN à un moment ou à un autre. Il est pratiquement impossible que ce scénario réussisse en Bosnie sans un renouveau de la guerre civile entre la Republika Srpska et l’entité croato-musulmane, et il est plus que probable que c’est l’idée de Sarajevo de poursuivre un tel plan à long terme. Les Serbes n’accepteront jamais d’adhérer à l’OTAN, car cela conduirait à l’extinction de leur république autonome. Mais, à l’inverse, si l’autonomie de la Republika Srpska pouvait être révoquée (des scénarios que Sarajevo et ses patrons occidentaux explorent subtilement), alors adhérer à l’OTAN serait institutionnellement incontesté et incapable d’être arrêté. Comme cela a été déjà longuement débattu, la Bosnie est une bombe à retardement géopolitique géante qui attend d’être déclenchée par l’Occident, et le mouvement déterminé et chronométré de Sarajevo vers l’OTAN pourrait être l’étincelle qui fait sauter le prochain fusible des Balkans.
 
 
MACÉDOINE
 
La conviction qui émerge parmi d’autres est que Skopje a elle-même engagé une trajectoire pro-occidentale irréversible, quel que soit le leadership. À en juger d’après les déclarations officielles sur la question, il semble en effet que ce soit le cas. Si on creuse plus profondément, cependant, et que l’on démêle les contextes nationaux et internationaux changeants entourant la Macédoine, on peut se convaincre qu’il y a plus à comprendre que ce qui se voit à l’œil nu, quand on analyse les associations institutionnelles pro-occidentales de Skopje. En décembre 2014, les deux méga-projets associant la Russie ont changé pour toujours les calculs de la direction macédonienne, avec les annonces de la Chine concernant le Balkan Stream et la Route de la soie des Balkans, qui sont tous deux considérés comme cruciaux pour le statut de pays de transit de la Macédoine.
 
Bien entendu, aucune grande puissance n’aurait conçu ces plans ambitieux sans avoir d’abord consulté le gouvernement macédonien, et Skopje était plus que disposée à se mettre d’accord en voyant le bilan de l’énorme manne économique qu’elle recevrait en cas de réussite de ces deux projets. En outre, ni Moscou ni Pékin n’ont probablement posé d’ultimatum à Skopje pour sa coopération (disant que la Macédoine ne doit pas adhérer à l’OTAN et / ou à l’UE), mais ils ont probablement fortement laissé entendre que l’avancement sensible vers l’un de ces objectifs institutionnels pourrait mettre en danger les projets, et donc, les avantages géostratégiques économiquement rentables que la Macédoine pourrait en retirer.
 
Après l’approbation préalable discrète de la Macédoine pour leurs initiatives, la Russie et la Chine les ont rendues publiques, avec leurs visions régionales. C’est ce qui a déclenché la réaction des États-Unis pour lancer ses plans de secours de changement de régime pour le pays, afin de le maintenir fermement dans son orbite et faire pression pour annuler les méga-projets multipolaires. Les États-Unis ont probablement été avertis des plans bien avancés de leurs rivaux géopolitiques et ils ont commencé à bricoler un scénario de déstabilisation de la Macédoine il y a longtemps, pour l’utiliser avec leurs alliés grâce aux écoutes électroniques discrètes du gouvernement et des citoyens par des agences d’espionnage, afin de les utiliser dans une campagne de chantage politique à venir. Dans les mois précédant ces annonces multipolaires monumentales relatives à la Macédoine, les États-Unis ont commandé au chef de l’opposition, Zoran Zaev, de libérer sélectivement des extraits évocateurs d’enregistrements trafiqués par les services secrets occidentaux, afin de tester les eaux et juger de la réaction du public.
 
Manifestation pro-gouvernementale de Skopje, mai 2015
Après avoir acté que le scénario d’écoute électronique avait le potentiel de remuer une masse critique d’agitation publique manipulée (avec le soutien la main dans la main des organisations Soros affiliées et des médias), les États-Unis savaient qu’ils disposaient d’un outil puissant avec lequel faire pression sur le gouvernement. Le Premier ministre Gruevski ne s’est pas plié à un changement de régime implicite exigé par Washington, cependant, et il a fièrement relevé le défi face à la tentative de coup d’État imposée de l’extérieur contre lui. A cette époque, au début de 2015, il a probablement commencé à avoir des doutes quant aux arrière-pensées de ses partenaires occidentaux (s’il ne les avait pas déjà eus avant) et a remis en question la vision stratégique à poursuivre cette trajectoire pro-occidentale de son pays.
 
Dans le même temps, comme leader d’un pays super-stratégique mais relativement faible, Gruevski a rapidement compris les limites de son action. Il est arrivé à la conclusion que le rejet total de l’Occident serait contraire à sa sécurité physique et à celle de son pays. Ceci explique pourquoi ses déclarations officielles semblent appuyer l’UE et l’OTAN unipolaires, tandis que ses actions multipolaires, en coopérant avec les méga-projets du Balkan Stream et de la Route de la soie des Balkans, parlent plus sincèrement de l’orientation stratégique qu’il envisage vraiment de faire prendre à son pays. La prudence de Gruevski, en adoptant cette approche, a été justifiée après que les États-Unis ont tenté sans succès une poussée de guerre hybride contre lui en mai 2015 (Zaev a échoué à lancer une Révolution de couleur avec des complots terroristes albanais à Kumanovo), montrant les méthodes désespérées qu’ils étaient prêts à utiliser pour lui faire arrêter ces méga-projets multipolaires.
 
En dépit de l’évidence de cette tentative de changement de régime et ensuite des méthodes plus subtiles employées pour essayer de le renverser (les médiations des négociations avec l’UE avec l’opposition et les prochaines élections anticipées), Gruevski reste conscient que s’il succombe à la tentation émotionnelle de désavouer publiquement l’UE et l’OTAN alors, en réponse, il pourrait être victime d’une tentative d’assassinat (c’est pour cela que l’alerte autour de son avion au-dessus de la Suisse à la fin mai 2015 a été conçue). Pour ces raisons, le Premier ministre macédonien doit continuer son jeu intelligent pour dire à l’Occident ce qu’il veut entendre, tout en faisant le contraire en pratique, même si on ne sait pas s’il pourra continuer à le faire indéfiniment sans être forcé par les États-Unis à faire un choix résolu, d’une façon ou d’une autre.
 
Pour le moment, cependant, bien que la Macédoine poursuive formellement son intégration dans les institutions occidentales, ses politiques, dans la pratique, sont délibérément ambiguës. À la lumière des circonstances nationales et internationales modifiées que je viens d’expliquer, on devrait se retenir de juger les déclarations officielles de Gruevski, jusqu’à ce qu’il ait gagné plus de marge de manœuvre politique, après les élections anticipées d’avril [juin ?, NdT].
 
 
La riposte
 
Le dernier pays des Balkans dont on doit encore discuter, c’est le Monténégro, qui vient de recevoir son invitation officielle à rejoindre l’OTAN, début décembre, lors d’une réunion générale à Bruxelles. Même avant que l’annonce ne soit faite formellement, le Premier ministre Djukanovic (le dirigeant du pays sous une forme ou sous une autre depuis presque trente ans) a déclaré que son pays accepte sans réserve l’adhésion à l’OTAN, ce qui a incité à des troubles sans précédent de l’ordre public. La majorité des 600 000 citoyens monténégrins sont contre l’idée que leur pays rejoigne le même bloc militaire qui les a bombardés il y a 16 ans, quand il faisait encore partie de la Yougoslavie tronquée, et l’opposition politique a appelé à trancher la question par un référendum. Le gouvernement a refusé d’accéder à cette suggestion et, à la place, a répondu avec une violence disproportionnée qui a supprimé les manifestations et a produit en réaction un sentiment anti-OTAN encore plus fort.
 
Le résultat a été que la violente répression a intimidé de façon prévisible une partie de la population et a conduit à une baisse sensible de l’activité de protestation à l’extérieur. Le gouvernement a interprété cela selon ses attentes et a supposé que cela signifiait que le mouvement anti-OTAN était terminé. Ce n’est pas le cas, cependant, puisque la forme de résistance s’est simplement adaptée aux conditions de répression dans le pays et a renoncé aux grandes manifestations dans la capitale, en faveur de petits rassemblements dans les villes et villages. D’une part, ce fut une nécessité tactique afin de préserver la sécurité des manifestants, mais de l’autre, cela a créé l’illusion trompeuse que la population avait été forcée à la complaisance. Cela peut avoir involontairement contribué à laisser l’OTAN mettre en avant une offre d’adhésion, au lieu de se retenir par crainte que cette invitation pousse le pays au bord de la révolte et entraîne le renversement de leur proxy longuement câliné.
 
Les partis d’opposition exigent un référendum national sur la question de l’adhésion du Monténégro à l’OTAN, décembre 2015
À l’heure actuelle, un à deux ans sont prévus pour que le Monténégro achève le processus d’adhésion à l’OTAN, ce qui signifie qu’il y a une fenêtre d’opportunité cruciale de dernière minute pour les manifestants de faire l’histoire et d’être le premier pays à sortir de cette organisation après avoir accepté de s’y joindre. Théoriquement parlant, il est tout à fait possible que le Monténégro établisse un précédent à cet égard, mais il est clair que la seule façon de le faire est de renverser le gouvernement ou de faire pression sur lui pour qu’il accepte un référendum. Certes, même un vote de la population pourrait ne pas être suffisant pour arrêter la machine de l’OTAN, car on ignore en ce moment si cette décision ne serait pas aussi détournée comme les scrutins précédents, en vertu des règles de Djukanovic. Plus que probablement, compte tenu de l’obstination têtue dont font preuve Djukanovic et sa clique de mafiosi, ainsi que leur propension à recourir à la violence extrême pour faire pression, il est probable que la seule façon de renverser la décision de l’OTAN est de remplacer Djukanovic par une figure sincère de l’opposition, qui sortirait sortir le Monténégro du processus entamé avant qu’il ne soit complètement achevé.
 
L’importance stratégique du Monténégro à l’OTAN est disproportionnée par rapport à sa taille minuscule, et son intégration dans le bloc est une étape importante pour amener la Serbie à un contrôle atlantiste plus ferme. En supposant le scénario le plus négatif, où les Monténégrins seraient incapables de sauver leur pays de l’occupation, avec l’OTAN qui aurait réussi à resserrer son étau autour de la Serbie, il se sentirait alors plus confiant pour faire des avancées plus audacieuses contre elle et la Republika Srpska à l’avenir. Gardez à l’esprit que les Monténégrins sont étroitement liés aux Serbes et que de nombreux Serbes vivent encore dans le pays. Officiellement, le gouvernement les compte comme représentant 28% de la population, mais étant donnée l’histoire de Djukanovic et des manipulations statistiques (lors du référendum sur l’indépendance de 2006 ou de chaque élection dans laquelle il s’est aligné), le pourcentage réel est probablement plus élevé. Tout cela est très important pour l’OTAN, car elle sait qu’elle peut ainsi exploiter le Monténégro comme un laboratoire social pour perfectionner les stratégies autour de l’information et autres, utilisant les données démographiques contre les Serbes bien plus nombreux de la Republika Srpska et de la Serbie, donnant ainsi à sa campagne dans ce petit pays de l’Adriatique une importance stratégique accrue, que la plupart des observateurs perdent habituellement de vue.
 
Cela dit, les mouvements de résistance anti-gouvernementaux et anti-OTAN au Monténégro (qui forment une force unifiée pour le moment) ont une importante essentielle pour repousser le Drang nach Süden de l’OTAN. Leur succès fournirait aux Balkans centraux un espace de respiration stratégique et, étonnamment, mettrait un coup d’arrêt au plan stratégique que les États-Unis avaient pris pour acquis jusqu’à maintenant. Considéré du point de vue opposé, l’OTAN voit l’intégration du Monténégro comme l’une des dernières pièces pour compléter l’encerclement géo-militaire de la Serbie. Elle attend également de recevoir des commentaires sociaux précieux de cette expérience, pour pouvoir militariser la Republika Srpska et la Serbie. L’élan essentiel que créerait l’adhésion du Monténégro pourrait se transformer en un bélier psychologique pour diminuer la résistance de la population dans ces deux États et la République de Macédoine. En raison de l’importance des enjeux pour tous les côtés, il est douteux que Djukanovic et ses alliés restent en paix s’ils étaient confrontés à un mouvement d’opposition renouvelé contre eux, soulevant ainsi le spectre inquiétant que le pays pourrait sombrer dans la guerre civile, si les gens essayaient de se libérer eux-mêmes de l’imminence de la domination de l’OTAN.
 
 
Orban, le Renard
 
Victor Orban pourrait ne pas être un loup déguisé en brebis, mais il est certainement un sacré renard. Il se présente sournoisement comme une voix populiste qui représente franchement des normes sociales émergentes, le plaçant à l’avant-garde d’une Europe en mutation et avec le soutien de millions d’adeptes très démonstratifs. Il y a incontestablement un fort degré de résistance institutionnelle aux puissances européennes établies dans sa forte popularité et son statut d’icône. En gros, cette résistance vieille garde aux idéaux qu’incarne Orban fait monter son pic de popularité encore plus haut et il est rapidement devenu une figure culte emblématique dans toute l’Europe centrale et orientale, y compris dans les Balkans.
 
Le renard est connu pour sa ruse et ce trait, plus que tout autre, décrit bien le Premier ministre hongrois. Pour beaucoup, Orban définit une nouvelle génération de dirigeants européens anti-système, qui ont courageusement défié les diktats unipolaires des États-Unis et de l’UE. Un examen plus approfondi, cependant, montre que ce n’est que l’imposture soigneusement élaborée (mais avec des convictions sincères de la part d’Orban) de laisser le renard libre dans le poulailler et de saper les mouvements sociaux multipolaires, avant même qu’ils ne puissent faire adopter un changement tangible en Europe.
 
 
Le Zeitgeist de la transformation de l’UE
 
Il est important pour le lecteur de comprendre convenablement l’humeur sociale itinérante qui a cours en Europe depuis au moins ces deux dernières années. Calomniée par les médias grand public comme euro-sceptique, elle pourrait être plus précisément qualifiée d’euro-méfiante, beaucoup de gens sur tout le continent devenant progressivement déçus par les diktats anti-démocratiques imposés à leur pays par Bruxelles et manifestant plus de réticence à suivre ses commandements. Que ce soient les plans de sauvetage grecs ou la crise actuelle des réfugiés – pour ne citer que deux des exemples les plus frappants–, les actions de l’UE ont touché un nerf profond chez une masse critique de personnes qui ne soutiennent plus l’organisation dans sa forme actuelle. L’idéologie radicale libérale progressiste et la puissance fanatique mise en mouvement cette dernière décennie, ont finalement rattrapé l’élite technocratique, et elle va devoir lutter de manière improvisée (pour ses membres, au moins) avec la hausse de la résistance conservatrice pro-souveraineté. La menace réside dans le fait que ce mouvement social pan-continental biologique pourrait devenir incontrôlable et conduire à la dissolution de l’Union européenne (en totalité ou en partie) ou  paralyser indéfiniment son efficacité, si un chef de file national euro-méfiant décidait de rendre les choses difficile et d’entraver le fonctionnement de l’organisation (la mise en garde étant que ledit individu ne soit pas coopté par les États-Unis et agissant sous leur orientation stratégique, volontairement ou involontairement).
 
 
La fraude aux deux visages
 
Viktor Orban, cependant, a pris des mesures euro-méfiantes pour paralyser l’UE, lorsqu’il a bâti une barrière à la frontière hongroise avec la Serbie et provoqué une réaction en chaîne de zones tampons aux frontières, pour lutter contre un phénomène qui a déstabilisé la région des Balkans. Les répliques les plus éminentes de cette politique ont indirectement entraîné l’Allemagne, leader de l’UE, a ré-imposer des restrictions temporaires aux frontières avec l’Autriche et violer de facto les principes mêmes qu’elle avait pourtant promis de protéger à tout prix. En partie pour cette raison et pour d’autres actions, Orban est devenu le leader du mouvement anti-réfugié en Europe, en prenant la position la plus forte et la plus voyante de tout les membre de l’UE, en questionnant les intentions de ces personnes, en contestant légalement les quota de réinstallation du régime de Bruxelles et en dénonçant la religion libérale progressiste du multiculturalisme et du zéro-frontière. Dans un sens, il a posé la Hongrie comme l’opprimé déjouant la vision d’une Europe libérale-progressiste dirigée par l’Allemagne d’Angela Merkel, proposant une approche conservatrice plus centrée sur les souveraineté des affaires intra-UE et devenant son fer de lance par son exemple. En général, l’approche d’Orban a bénéficié du soutien total de ses concitoyens, ainsi que de beaucoup d’autres personnes euro-méfiantes en difficulté dans toute l’Europe centrale et orientale, le transformant en leader normatif du nouveau Zeitgeist centré sur la notion de nation dans toute l’UE.
 
Le Premier ministre hongrois Victor Orban
Enchantés par les réprimandes intrépides de Bruxelles et la force de la personnalité dont il fait preuve dans l’exercice de ses décisions populistes, les partisans internationaux d’Orban ont tendance à négliger son rôle, moins perçu, de vendeur de l’expansionnisme de l’OTAN. Il a été rapporté début octobre, que la Hongrie accueillera l’un des centres de commandement du bloc, bien qu’elle ne partage aucune frontière avec la Russie, invalidant ainsi le raisonnement déclaré de l’organisation pour une telle installation. Si on considère cette décision dans une perspective régionale, la Roumanie et la Bulgarie font la même chose. Le point commun partagé par tous est que ces pays bordent la Serbie, l’un des seuls pays européens qui ne fait pas partie du bloc OTAN et qui est un État de transit essentiel pour le Balkan Stream et la Route de la soie des Balkans. Gardez à l’esprit que la Hongrie est censée être le point terminal pour les deux projets. Hélas, cela ne signifie pas qu’Orban soit à l’abri de la tentation de projeter son influence vers un pays qui va devenir un jour stratégique, si l’un ou l’autre des projets devait finalement être achevé.
 
À la fin novembre, Orban a annoncé qu’il soutiendrait l’adhésion à l’OTAN de la Macédoine, justifiant sa position en disant que la Hongrie veut «une zone économique et de sécurité unifiée, alors qu’aujourd’hui, il y a un vide entre la Hongrie et la Grèce», ce qui implique que ce vide doit être rempli non seulement par la Macédoine, mais aussi par la Serbie. Certes, la Hongrie est dans une bien meilleure position pour influencer cette dernière qu’elle ne l’est pour la première, et elle pourrait potentiellement exercer une pression sur la Serbie en incitant à des troubles ethniques dans la province autonome de Voïvodine, démographiquement hétérogène. La motivation personnelle de M. Orban ne serait pas de perturber les méga-projets multipolaires qui devraient faire de son pays la plaque tournante du commerce et de l’énergie de l’Europe centrale, mais d’utiliser cette position toute nouvelle pour étendre l’influence de la Hongrie sur ses voisins et, de facto, ressusciter une nouvelle forme de l’Empire hongrois (L’espace Saint-Steven, comme cela été mentionné plus haut). Bien sûr, cette vision néo-impériale peut facilement être utilisée par les États-Unis comme une carotte, en aiguillonnant Orban pour la réalisation de son fantasme majestueux de gloire nationale, afin de faciliter l’obstruction involontaire des deux projets, avec un leader hongrois trop aveuglé par ce nouveau nationalisme qui s’est emparé de sa pensée (et celle de l’Europe en général) pour se rendre compte qu’il a été dupé.
 
En même temps qu’il essayait d’impressionner le Premier ministre macédonien Gruevski avec son attitude fervente pro-OTAN, M. Orban a également rencontré le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et a reçu une tape de félicitations dans le dos pour tout ce qu’il a fait pour le renforcement de l’engagement de la Hongrie dans la sécurité collective. Ce qui était spécifiquement pointé, était de savoir qu’Orban avait augmenté le budget de la défense du pays (avec l’espoir que certains des nouveaux fonds seront détournés vers l’OTAN) et a ordonné à son pays de participer à la mission de police aérienne anti-russe de la Baltique. Le chef de l’OTAN a également remercié Orban pour avoir continué à fournir des troupes hongroises pour les missions du bloc en cours, en Afghanistan et dans la province serbe du Kosovo. Toujours au sujet de l’OTAN, le ministre des Affaires étrangères d’Orban a participé au sommet début décembre à Bruxelles et a aidé à lancer des idées sur la façon dont l’alliance militaire menée par les USA pourrait être plus fortement impliquée au Moyen-Orient contre État islamique. D’un point de vue totalement neutre, sans être influencé par la personnalité politique magnétique d’Orban et le plaidoyer attrayant du conservatisme social, il est objectivement exact de dire qu’il est l’un des dirigeants les plus pro-OTAN de toute l’UE, et, pire encore, il est aussi le seul qui ait gagné assez de confiance sociale du peuple des Balkans centraux, pour potentiellement induire en erreur certains d’entre eux sur le chemin de l’occupation américaine formelle.
 
 
Les pressions nationalistes
 
Il a été précédemment déclaré qu’Orban, guidé par ses propres désirs, ne fera pas tout, intentionnellement, pour rendre non viables les projets du Balkan Stream et de la Route de la soie des Balkans, estimant que la Hongrie a trop à perdre stratégiquement à jouer bêtement avec le feu sans aucune raison concrète. Le problème se pose quand on prend conscience de la puissance de l’influence que la pensée nationaliste exerce sur Orban et le reste de la population à l’heure actuelle, et ici, il est nécessaire d’établir une différence définitive avec le patriotisme. Le nationalisme et le patriotisme sont souvent (mais mal) utilisés de façon interchangeable par beaucoup de gens, qui ignorent que même s’ils peuvent parfois se manifester de manière similaire, ce sont des aspects conceptuellement distincts de la pensée. Les nationalistes ont tendance à être plus influencés par des intérêts raciaux que basés sur l’État, qu’ils soient conscients de cette réalité ou non, et dans la plupart des cas où les gens ne voient pas clairement la distinction entre le patriotisme et le nationalisme (comme en Hongrie), le pays en question a un fort degré d’homogénéité ethnique. Le patriotisme diffère du nationalisme, en mettant davantage l’accent sur les intérêts du pays tout entier, et pas seulement sur ceux de la majorité en titre, même s’ils divergent des intérêts raciaux ardemment soutenus par leurs homologues nationalistes.
 
Un bon exemple est visible avec les patriotes russes qui soutiennent les autorités dans la République autonome tchétchène musulmane, bien que la majorité de la Fédération de Russie soit composée de Russes ethniques pratiquant l’orthodoxie. Un nationaliste russe est absolument opposé à toute forme d’interaction positive avec des membres non-russes, non-orthodoxes de la société du pays, estimant que les personnes qui ne partagent pas ces deux traits démographiques ne sont pas dignes de faire partie de la Russie. Par cet exemple, les nationalistes russes sont ainsi prédisposés aux slogans racistes du proxy américain Alexei Navalny pour «cesser de nourrir le Caucase», concluant que la Russie devrait les lâcher et les laisser devenir des pays indépendants. Cela conduirait au détricotage volontaire du style Brzezinski de l’État russe diversifié et réaliserait l’objectif géopolitique principal des États-Unis pour une fraction de son coût. Comparativement, un patriote russe a un intérêt direct dans la préservation de la richesse historique, culturelle, ethnique et religieuse de la Russie et non dans le découpage du pays sur la base des lignes identitaires, car il voit la diversité de sa patrie comme une source de sa force civilisationnelle.
 
Si on revient à la Hongrie, après avoir clarifié cette différence importante entre les concepts, il est difficile à l’heure actuelle de dire si Orban est un nationaliste ou un patriote. En effet, comme on l’a dit, son pays est d’un type difficile à discerner, où la grande majorité de la population est ethniquement homogène. Le facteur déterminant pour évaluer à laquelle des deux idéologies Orban adhère réellement, est de considérer les politiques de son gouvernement envers la minorité hongroise en Voïvodine, qui constitue environ 13% de la population, fortement concentrée près de la frontière. Jusqu’à maintenant, Orban n’a pris aucune mesure concrète pour soutenir la séparation de cette communauté de l’État serbe, mais le véritable test viendra si le Parti Jobbik nationaliste parvient à y susciter un mécontentement ethnique et souffle sur les braises de provocations auxquelles il serait obligé de répondre.
 
Si cela se produit, le Premier ministre hongrois se trouverait pris dans un piège politique de sa propre fabrication. Il a déjà beaucoup fait pour promouvoir le nationalisme / patriotisme (il n’est pas encore clair de quoi l’on parle en raison du flou entre eux et de la situation démographique de la Hongrie), au point que certains citoyens seraient sûrement vexés contre lui, peu importe ce qu’il fait, parce qu’eux aussi ont confondu l’étiquetage de l’idéologie colportée par Orban. Les nationalistes seraient désemparés au point d’être susceptibles de protester contre lui s’il ne prenait pas des mesures anti-serbes fortes et énergiques en réponse à une provocation de Jobbik en Voïvodine. À leur tour, les patriotes seraient tout aussi bouleversés contre lui s’il le faisait, réalisant que ce mouvement mettrait en danger le Balkan Stream et la Route de la soie des Balkans. Le Zeitgeist qu’Orban pensait avoir sous son contrôle pourrait involontairement le conduire à sa perte, si l’opposition nationaliste choisissait de le mettre sous les projecteurs et lui forcer la main d’une façon ou d’une autre. Dans le même ordre d’idées, les États-Unis pourraient influencer indirectement Jobbik dans ce sens, sachant que leur idéologie nationaliste le rend assez crédule pour le conduire dans une telle voie.
 
Les manifestations anti-gouvernementales qui pourraient éclater dans ce scénario seraient beaucoup plus intenses que celles qui les ont précédées en octobre 2014. A cette époque, les ONG ont rassemblé des milliers de personnes pour marcher contre lui, après que le gouvernement eut imposé une taxe controversée sur Internet, et que John McCain les eut même rejointes dans la mêlée en calomniant Orban, le traitant de dictateur néo-fasciste. Alors que la ferveur s’est rapidement calmée après la marche arrière de Budapest sur la taxe, le message que les protestations ont envoyé était clair : les États-Unis sont plus que capables d’attiser des troubles de type révolution de couleur en Hongrie, si Orban ne se met pas en conformité avec leurs politiques préférées. Alors qu’il se comporte bien pour le moment, s’il décidait de sortir des clous d’une manière assez significative, les États-Unis pourraient relancer la menace d’une révolution de couleur contre lui, mais en remplaçant les manifestants anti-impôt par des nationalistes beaucoup plus agressifs et violents. À condition bien sûr qu’Orban tombe plus profondément dans le piège, en refusant d’alimenter le scénario de la provocation anti-serbe préparé pour lui. On pouvait s’y attendre, et il va probablement acquiescer à tout ce qui lui est demandé de faire, car la peur de la révolution de couleur d’octobre 2014 semble l’avoir assez impressionné pour qu’il fasse maintenant la promotion de l’OTAN avec zèle.
 
 
Le verdict
 
Orban prétend être contre le système, mais l’actualité montre qu’il soutient les desseins unipolaires des États-Unis de manière rusée et inattendue. Sa popularité continentale vient surtout de ce qu’elle est à l’avant-garde du paradigme de l’évolution stratégique pour le contrôle de l’Europe post-réfugiés, où le nationalisme / patriotisme (encore une fois, la différence dépend des contextes nationaux et de la pratique de chaque leader) est de plus en plus à l’ordre du jour. Les États-Unis renoncent à utiliser les libéraux progressistes comme agents de choix, pour passer à des nationalistes et à des faux patriotes – cette dernière étiquette visant les personnes qui épousent verbalement le patriotisme, mais pratiquent en réalité le nationalisme. Orban tombe dans cette catégorie, car il a trompeusement gagné la confiance de l’Europe centrale et orientale grâce à son discours conservateur et à ses actions nationalistes au sujet de la crise des réfugiés. Mais c’est un cheval de Troie dans la propagation d’un soutien normatif à l’OTAN.
 
Il est trop tôt pour dire s’il va volontairement pratiquer sa politique nationaliste-OTAN envers la Serbie ou s’il sera obligé de le faire, pressé par les États-Unis et / ou Jobbik. Il existe toutefois une possibilité très réelle que la Hongrie active un jour sa carte ethnique en Voïvodine pour quelques fins politiques qu’il a à l’esprit (que ce soit pour obtenir un avantage de la Serbie en amont ou pour détruire brutalement les projets multilatéraux de Balkan Stream et de Route de la soie des Balkans). Pour ces raisons, alors qu’Orban pourrait apparaître comme un partenaire multipolaire volontiers enthousiaste à certains égards (et il pourrait très bien être sérieux dans son intention de coopération en raison des avantages stratégiques-économiques que la Hongrie pourrait en tirer à priori), il est peut-être aussi un larbin unipolaire facilement manipulable, sinon un agent pur et simple des États-Unis.
 
Andrew Korybko
 
 
Andrew Korybko est un commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides: l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride.
 
Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici
 
 
 
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Mai 2016, LA NOUVELLE TRAHISON SPECTACULAIRE DE LA « GAUCHE RADICALE » GRECQUE ET D'ALEXIS TSIPRAS.

26 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #Grèce, #Les transnationales, #Le grand banditisme, #l'horreur économique

Mai 2016, LA NOUVELLE TRAHISON SPECTACULAIRE DE LA « GAUCHE RADICALE » GRECQUE ET D'ALEXIS TSIPRAS.

LA NOUVELLE TRAHISON SPECTACULAIRE
DE LA « GAUCHE RADICALE » GRECQUE ET D'ALEXIS TSIPRAS.
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Le gouvernement d'Alexis Tsipras - Premier ministre grec de « gauche radicale » - a fait adopter par le Parlement hier, dimanche 22 mai 2016, un nouveau train de mesures d'austérité spectaculaires.
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Ces mesures, qui vont une nouvelle fois frapper les plus pauvres au bénéfice des plus riches, ont été réclamées par les créanciers internationaux de la Grèce pour débloquer une nouvelle tranche d’aide financière et entamer les négociations sur l’allégement de la dette.

Ces mesures comprennent :

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a)- 1,8 milliard € de nouvelles hausses d'impôts sur les plus pauvres.
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Cet alourdissement concerne notamment le taux de TVA, qui va être porté à 24 %, d'une série de biens alimentaires de large consommation comme les pâtes, le riz, le café, les boissons non alcoolisées ou le chocolat.

Ce sont donc bien les pauvres qui vont payer.

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b)- la création d’une « taxe de résidence » à l’hôtellerie, pouvant atteindre 4 € par personne et par jour pour les hôtels cinq étoiles.
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Ce nouvel impôt va donc renchérir de 56 € le séjour d’une semaine en chambre double. C'est loin d’être négligeable pour les voyages à forfait en Grèce, destination touristique qui doit faire face à la concurrence de l’hôtellerie en Tunisie, au Maroc, à Chypre, en Turquie, en Égypte, en Croatie, etc.

C'est pourquoi cette taxe sur l’hôtellerie a suscité une vive opposition de la Chambre de commerce de l'hôtellerie qui prédit déjà de nombreuses fermetures d'hôtels et des destructions massives d'emplois dans un secteur clef de l'économie du pays.

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c)- la création d’un nouveau fonds de privatisation pour accélérer les cessions d’actifs publics.
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Ce fonds, qui répond à une exigence de l’Allemagne, va acquérir la pleine propriété juridique des actifs publics qui devront être vendus.

De la sorte, ses actifs pourront être utilisés en garantie des prêts consentis à la Grèce par ses créanciers institutionnels.

Parmi les quelque 71.500 propriétés publiques regroupées dans ce fonds, on trouve en particulier des grandes installations touristiques et héritées des Jeux Olympiques.

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d)- la création d’un « mécanisme de correction » budgétaire automatique.
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Ce « mécanisme de correction » réduira automatiquement les dépenses de l’Etat si la Grèce dévie de la trajectoire budgétaire choisie par ses créditeurs.

Cela revient, par la même occasion, à réduire à néant le principe même du vote du budget de l’État par les députés grecs, ce qui est pourtant à la base même de ce qu’est une démocratie.

Ce dispositif dictatorial a été surnommé « Koftis », la « pince coupante » en grec. Il s’agit très exactement d’une institutionnalisation - sur la durée - de la mise de la Grèce sous tutelle étrangère.

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e)- la « libéralisation » de la vente de prêts bancaires.
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C'est un « zakouski » qui fera très plaisir aux banques opérant en Grèce…

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f)- la création d’une « Autorité indépendante des revenus publics », pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscales.
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Le plus invraisemblable, peut-être, de toutes ces mesures, c'est qu’elles ont été prises par le gouvernement grec alors que les créanciers ont refusé de prendre le moindre engagement ferme sur un allègement de la dette grecque en contrepartie.

[ Sources :
http://www.lemonde.fr/crise-de-l-euro/article/2016/05/22/la-grece-adopte-de-nouvelles-mesures-de-rigueur-pour-assurer-la-suite-de-son-aide-financiere_4924243_1656955.html

et

http://www.lesechos.fr/monde/europe/021955070593-grece-le-parlement-approuve-des-nouvelles-mesures-dausterite-2000265.php ]

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CONCLUSION : Tsipras-Mélenchon même combat !
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La preuve est ainsi tristement apportée de la traîtrise absolue de la « gauche radicale » Syriza vis-à-vis du peuple grec. Car le parti d’Alexis Tsipras s’était fait élire sur un discours exactement identique à celui de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche en France.

Comme Mélenchon, Tsipras critiquait de la façon la plus virulente qui soit la politique d’austérité du gouvernement précédent (cf. la photo présentée ici où on le voit manifester côte à côte avec Mélenchon et Pierre Laurent du PCF pour « envoyer Valls-er l’austérité »)

Comme Mélenchon, Tsipras refusait mordicus d’expliquer aux Grecs les tenants et aboutissants de la prétendue « construction européenne », le rôle décisif joué par les États-Unis, et l’impossibilité de se mettre d’accord à 28.

Comme Mélenchon, Tsipras claironnait son refus de sortir de l’UE et de l’euro et promettait l’avènement d’une « autre Europe ».

Bref, avec Tsipras et Syriza, comme avec Mélenchon et le Front de Gauche, on allait voir ce qu’on allait voir.

Eh bien, on voit !

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Si les électeurs français de Mélenchon ne veulent pas se faire trahir dans les mêmes proportions sidérantes que les électeurs grecs de Tsipras, ils feraient bien de se rappeler :

a) que Mélenchon a appelé à voter Hollande sans aucune condition dès le soir du 1er tour de l'élection présidentielle de 2012.

b) que Mélenchon a toujours affirmé sa volonté de "construire l'Europe" et son refus d'en sortir.

c) que, agissant en miroir du FN à l'extrême droite, Mélenchon joue toujours à fond sur le clivage droite-gauche. Ce qui lui assure de ne pas pouvoir rassembler une majorité de Français pour sortir la France de l'impasse euro-atlantiste dans laquelle elle est plongée.

Tout comme les électeurs de Mme Le Pen de l'autre côté de l'échiquier (laquelle avait au passage qualifié Alexis Tsipras "d'homme d’État" lors de son accession au pouvoir), les électeurs de Mélenchon devraient méditer tout cela et en tirer les conséquences qui conviennent pour 2017.

François ASSELINEAU
23 mai 2016

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