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Le blog de Lucien PONS

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Lettre ouverte aux élus de la République par le RPS FIERS

14 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La mondialisation

Lettre ouverte aux élus de la République par le RPS FIERS

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Les fondements historiques de la diplomatie russe, par Serguei Lavrov.

14 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #Politique étrangère, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #L'OTAN., #l'ONU

Les fondements historiques de la diplomatie russe, par Serguei Lavrov [2/2]


Par Serguei Lavrov – Le 3 mars 2016 – Source : Saker US

La première partie de ce texte se trouve ici.

Serguei Lavrov
Serguei Lavrov

Il faut aussi rappeler que, à cette époque [la guerre de Crimée 1853-56], la diplomatie russe a défendu des idées qui étaient en avance sur leur temps. Les conférences de paix de La Hague, en 1899 et 1907, convoquées à l’initiative du Tsar Nicolas II, furent les premières tentatives d’accords pour freiner la course aux armements et arrêter les préparatifs d’une guerre dévastatrice. Peu de gens le savent.

 

La Première Guerre mondiale fut une boucherie, provoqua les souffrances de millions et de millions de gens, et amena l’effondrement de quatre empires. A ce sujet, il faut se rappeler un autre anniversaire, celui qui marquera, l’année prochaine, le centenaire de la Révolution Russe. Aujourd’hui, nous devons étudier ces événements objectivement et équitablement, surtout dans une situation où, particulièrement à l’Ouest, beaucoup voudront utiliser cette date pour salir la Russie, et pour décrire la révolution de 1917 comme un coup d’État barbare qui a fait sombrer toute l’Histoire européenne. Pire encore, ils vont comparer le régime soviétique à celui des nazis, et vont rejeter sur lui, en partie, la responsabilité d’avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale.

Sans aucun doute, la Révolution de 1917 et la guerre civile qui s’en est suivie furent une tragédie épouvantable pour la Russie. Bien sûr, toutes les autres révolutions ont été tragiques. Cela n’empêche pas nos homologues français de vanter les bouleversements de leur révolution, qui, en plus du slogan Liberté, Egalité, Fraternité, a aussi apporté la guillotine et des flots de sang.

Ce qui est incontestable, c’est que la Révolution russe a été un événement majeur qui a influencé l’Histoire du monde de nombreuses façons sujettes à controverse. On l’a regardée comme une sorte d’expérimentation pour la mise en place des idées socialistes, qui étaient alors largement répandues en Europe. Le peuple les soutenait, parce que des masses importantes se tournaient vers une organisation sociale reposant sur des principes collectifs et communautaires.

Des historiens sérieux ont clairement vu l’impact des réformes en Union soviétique sur la formation de l’État providence en Europe de l’Ouest après la Seconde Guerre mondiale. Les gouvernements européens décidèrent alors d’introduire des mesures sans précédent pour la protection sociale, sous l’influence de l’exemple soviétique, dans l’idée de couper l’herbe sous le pied des forces politiques de gauche.

On peut dire que les 40 ans qui suivirent la Seconde Guerre mondiale furent une époque étonnamment heureuse pour l’Europe de l’Ouest, qui n’avait plus à prendre ses propres décisions, vivant sous le parapluie de la confrontation entre les États-Unis et l’Union soviétique, et qui profita d’occasions exceptionnelles pour un développement soutenu.

C’est dans ce contexte que les pays de l’Europe de l’Ouest ont mis en place de nombreuses idées concernant le rapprochement entre les modèles capitaliste et socialiste, qui, considéré comme la meilleure formule pour le développement socio-économique, a été promu par Pitirim Sorokine et d’autres penseurs éminents du XXe siècle. Durant les vingt dernières années, nous avons assisté au processus inverse en Europe et aux États-Unis : la diminution de la classe moyenne, la montée des inégalités sociales et le démantèlement des garde-fous encadrant l’activité des multinationales et des grands groupes.

On ne peut pas ignorer le rôle que l’Union soviétique a joué dans la décolonisation, et pour la promotion des principes des relations internationales, comme le développement indépendant des nations et leur droit à l’auto-détermination.

Je ne m’attarderai pas sur la façon dont l’Europe a sombré dans la Seconde Guerre mondiale. Il est évident que les tendances anti-russes des élites européennes et leur souhait de lancer la machine de guerre de Hitler contre l’Union soviétique ont joué un rôle fatal. Reconstruire, après ce désastre épouvantable, nécessitait la participation de notre pays comme partenaire-clé pour régler les paramètres de l’ordre européen et mondial.

Dans ce contexte, la notion de l’affrontement entre les deux totalitarismes [nazisme et communisme], qui est aujourd’hui activement inculquée aux esprits européens, et notamment dans les programmes scolaires, est sans fondement et immorale. L’Union soviétique, malgré tous ses démons, n’a jamais cherché à détruire des peuples entiers. Winston Churchill, qui toute sa vie a été un fervent opposant à l’Union soviétique et a joué un rôle majeur dans le passage de l’alliance conclue lors de la Seconde Guerre Mondiale à une nouvelle confrontation avec l’Union soviétique, a dit que la bienveillance – vivre en accord avec sa conscience – est la façon russe de faire les choses.

Si vous considérez de manière objective les petits pays européens, ceux qui ont fait partie du Pacte de Varsovie et qui aujourd’hui sont membres de l’OTAN ou de l’Union européenne, il est clair que leur situation n’est pas passée de la subordination à la liberté, comme aiment le dire les dirigeants occidentaux, mais plutôt d’un maître à un autre. Le Président russe Vladimir Poutine a évoqué le sujet il n’y a pas longtemps. Les représentants de ces pays reconnaissent, hors micros, qu’ils ne peuvent prendre de décisions importantes sans le feu vert de Washington ou de Bruxelles.

Il semble que dans le contexte du centenaire de la Révolution russe, il est important pour nous de comprendre la continuité de l’Histoire russe, qui devrait inclure toutes les périodes sans exception, et l’importance de la synthèse de toutes les traditions positives et de l’expérience historique, pour en faire le socle d’une progression dynamique et pour défendre le rôle légitime de notre pays comme centre de pouvoir dans le monde moderne, et comme inspirateur d’idées pour un développement solide, la sécurité et la stabilité.

L’ordre mondial d’après-guerre reposait sur la confrontation entre deux systèmes mondiaux et fut loin d’être parfait, mais il a permis de préserver la paix internationale et d’éviter la plus terrible des tentations – utiliser les armes de destruction massive, et surtout les armes nucléaires. Il est absurde de dire, comme on le pense souvent, que la dissolution de l’Union soviétique a marqué la victoire de l’Ouest dans la Guerre froide. Cette dissolution a résulté de la volonté du peuple, qui voulait le changement, ainsi que d’un malheureux enchaînement d’événements.

Ces développements ont provoqué une véritable fracture tectonique dans le paysage international. En fait, ils ont changé la politique mondiale, puisque la fin de la Guerre froide et de la confrontation des idéologies qui y était associée a rendu possible, enfin, de changer l’architecture européenne, selon les principes d’une sécurité égale et non négociable, et d’une coopération générale sans lignes de partage.

Nous avons eu la possibilité concrète d’effacer le fossé qui séparait l’Europe en deux et de mettre en œuvre le rêve d’une maison commune européenne, que bien des penseurs et des hommes politiques européens, notamment le Président français Charles de Gaulle, ont embrassé de tout cœur. La Russie adhérait totalement à cette idée et a fait de nombreuses propositions et initiatives dans ce but.

Logiquement, nous aurions dû créer de nouvelles fondations pour la sécurité européenne, en renforçant les composantes militaires et politiques de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Vladimir Poutine a dit dans une récente interview au magazine allemand Bild que Egon Bahr [un ancien proche collaborateur de Willy Brandt, NdT] avait proposé des approches similaires.

Malheureusement, nos partenaires occidentaux ont fait des choix différents. Ils ont choisi d’étendre l’OTAN vers l’Est et de pousser l’espace géopolitique qu’ils contrôlaient toujours plus près de la frontière russe. C’est la source de tous les problèmes systémiques qui ont surgi dans les relations que la Russie entretient avec les États-Unis et l’Union européenne. Rappelons-nous que George Kennan, qui a conçu la politique américaine de containment – l’encerclement – de l’Union soviétique, a dit à la fin de sa vie que la ratification de l’expansion de l’OTAN était «une erreur tragique».

Le problème sous-jacent de cette politique occidentale est qu’elle ne tient pas compte du contexte mondial. Le monde globalisé d’aujourd’hui est fondé sur une interconnexion sans précédent entre les pays, et il est donc impossible de développer les relations entre la Russie et l’Union européenne comme si celles-ci étaient toujours au centre de la politique mondiale, comme du temps de la Guerre froide. Nous devons comprendre que de puissants processus sont en cours en Asie-Pacifique, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine.

Ces changements rapides dans tous les domaines de la vie internationale sont le signe principal de l’étape actuelle. Et, attention, ils prennent souvent un tour imprévu. Le concept de fin de l’Histoire, développé par l’éminent sociologue et politologue américain, Francis Fukuyama, concept très populaire dans les années 1990, est devenu clairement sans fondement aujourd’hui. Selon cette idée, la mondialisation rapide annonce la victoire ultime du modèle capitaliste libéral, tandis que les autres modèles doivent s’y adapter, sous la direction des sages professeurs occidentaux.

En réalité, la seconde vague de la mondialisation (la première ayant eu lieu avant la première Guerre mondiale) a conduit à la dispersion de la puissance économique mondiale, et donc de l’influence politique, et à l’émergence de nouveaux et de larges centres de pouvoir, d’abord dans la région Asie-Pacifique. La montée rapide de la Chine en est le meilleur exemple. Profitant de taux de croissance sans précédent, celle-ci est devenue en à peine trois décennies la seconde économie et, si on calcule en termes de pouvoir d’achat, la première économie mondiale. Cet exemple illustre un fait axiomatique – l’existence de nombreux modèles de développement – qui exclut la monotonie de l’existence sous le cadre, occidental et uniforme, de référence.

Par conséquent, ce que l’on appelle l’Occident historique a subi une perte relative de son influence, cette influence qui lui permettait de se voir lui-même en maître de l’évolution humaine depuis cinq décennies. La transition de la Guerre froide à un nouveau système international s’est révélée plus longue et plus douloureuse qu’il semblait il y a 20 ou 25 ans.

Contre cet échec, l’une des réponses classiques dans les relations internationales est cette forme obtenue généralement par la compétition naturelle entre les grandes puissances mondiales. Nous voyons comment les États-Unis et l’alliance des pays occidentaux qu’ils dirigent tentent de conserver leurs positions dominantes sans aucun scrupule, ou, pour utiliser une expression très américaine, d’assurer leur dominance globale. Ils exercent toutes sortes de moyens de pression, des sanctions économiques et même des interventions directes armées. Ils mènent des guerres de l’information à grande échelle. Ils testent et ils utilisent une technique de renversement de gouvernement anticonstitutionnelle, en lançant des révolutions de couleur. Il faut le dire, les révolutions démocratiques apparaissent comme destructrices pour les nations ciblées par de telles actions. Notre pays, qui a traversé une période historique de transformations artificiellement encouragées par l’étranger, a choisi fermement de procéder à des changements évolutifs qui peuvent être menés selon la forme et la vitesse qui correspondent aux traditions de la société et à son niveau de développement.

La propagande occidentale a pris l’habitude d’accuser la Russie de révisionnisme, et de souhaiter détruire le système international en place, comme si c’était nous qui avions bombardé la Yougoslavie en 1999, en violation de la Charte des Nations-Unies et de l’Acte final d’Helsinki, comme si c’était la Russie qui avait ignoré la loi internationale en envahissant l’Irak en 2003 et qui avait contourné et subverti les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU en renversant par la force le régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Et il y a de nombreux autres exemples.

Ce discours sur le révisionnisme ne tient pas. Il est fondé sur la logique simple, et même primitive, que seul Washington peut décider des affaires du monde. Dans la suite de cette logique, le principe que George Orwell avait formulé une fois, et qui s’applique aujourd’hui au niveau international, peut se lire ainsi : tous les États sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. Or, les relations internationales aujourd’hui sont un mécanisme trop sophistiqué pour être dirigé à partir d’un seul centre. Et c’est évident quand on voit les résultats des interventions des États-Unis : il n’y a plus réellement d’État en Libye, l’Irak est au bord de la désintégration, etc, etc.

Une solution fiable aux problèmes du monde moderne ne peut être développée qu’à travers une coopération sérieuse et honnête entre les États les plus puissants et les alliances et associations qu’ils conduisent, pour relever les défis communs. De telles interactions devraient accepter toutes les couleurs du monde moderne, et être fondées sur la diversité culturelle et civilisationnelle, et refléter ainsi les intérêts des éléments-clés de la communauté internationale.

Nous savons par expérience que quand ces principes sont mis en pratique, il est possible d’obtenir des résultats précis et tangibles, comme l’accord sur le programme nucléaire iranien, l’élimination des armes chimiques syriennes, l’accord sur la cessation des hostilités en Syrie, et le développement des paramètres basiques de l’accord sur le climat mondial. Cela montre la nécessité de restaurer la culture du compromis, la confiance dans le travail des diplomates, qui peut être difficile, et même épuisant, mais qui reste, dans son principe, la seule façon de trouver une solution mutuellement acceptable aux problèmes internationaux par des moyens pacifiques.

Nos approches sont partagées par la plupart des pays dans le monde, et notamment par nos partenaires chinois, les autres BRICS et les pays de l’Organisation de coopération de Shanghai, ainsi que par nos amis de l’Union économique eurasiatique, de l’Organisation du traité de sécurité collective et de la Communauté des États indépendants. En d’autres termes, nous pouvons dire que la Russie ne se bat contre personne, mais pour la résolution de tous les dossiers sur la base de l’égalité et du respect mutuel, qui seuls peuvent servir à créer des fondations solides pour une amélioration à long terme des relations internationales.

Notre travail le plus important est d’allier nos efforts contre des défis farfelus, mais bien réels, parmi lesquels le terrorisme est le plus urgent à résoudre. Les extrémistes d’État islamique, de Jabhat al-Nosra et leurs homologues ont réussi pour la première fois à asseoir leur contrôle sur de larges territoires en Syrie et en Irak. Ils essaient d’étendre leur influence sur d’autres régions et d’autres pays, et commettent des actes de terrorisme partout dans le monde. Sous-estimer le risque qu’ils représentent n’est rien d’autre qu’une forme de myopie criminelle.

Le Président russe a appelé à former une alliance très large pour battre militairement ces terroristes. Les forces aérospatiales russes ont fourni une contribution considérable à cet effort. En même temps, nous travaillons dur à mettre au point des actions collectives pour régler politiquement les conflits dans cette région secouée par les crises.

Rappelons ce point important : le succès à long terme ne peut être atteint que sur la base d’une évolution vers un partenariat des civilisations fondé sur une interaction respectueuse des diverses cultures et religions. Nous croyons que la solidarité humaine doit avoir un fondement moral, conféré par les valeurs traditionnelles qui sont largement partagées par les principales religions du monde. A ce sujet, je voudrais attirer votre attention sur la déclaration commune du Patriarche Kirill et du Pape François, dans laquelle, entre autres sujets, ils ont exprimé leur soutien à la famille comme centre naturel de la vie des individus et de la société.

Je le répète, nous ne cherchons pas la confrontation avec les États-Unis, l’Union européenne ou l’OTAN. Au contraire, la Russie est ouverte à la plus large coopération possible avec ses partenaires occidentaux. Nous continuons à croire que le meilleur moyen de servir les intérêts des peuples européens est de créer un espace économique et humanitaire commun, de l’Atlantique au Pacifique, pour que l’Union économique eurasiatique puisse devenir un lien d’intégration entre l’Europe et l’Asie-Pacifique. Nous nous efforçons de faire de notre mieux pour dépasser les obstacles sur cette route, notamment le règlement de la crise ukrainienne provoquée par un coup d’état à Kiev en février 2014, sur la base des Accords de Minsk.

Je voudrais citer Henry Kissinger, un homme sage et expérimenté, qui, s’exprimant lors d’une visite récente à Moscou, a dit que «la Russie devrait être vue comme un acteur essentiel de n’importe quel équilibre mondial, et non d’emblée comme une menace contre les États-Unis…  Je suis ici pour me faire l’avocat d’un dialogue qui cherche à développer nos futurs, plutôt que de créer nos conflits. Cela demande, des deux côtés, le respect des valeurs et des intérêts vitaux de chacun». Nous partageons cette attitude. Et nous continuerons à défendre les principes de la loi et de la justice dans les affaires internationales.

Parlant du rôle de la Russie dans le monde en tant que grande puissance, le philosophe russe Ivan Ilyine disait que la grandeur d’un pays ne se mesure pas à la taille de son territoire, ni au nombre de sa population, mais à la capacité de son peuple et de son gouvernement à prendre le fardeau des grands problèmes du monde et de traiter ces problèmes d’une manière créative. Une grande puissance est un pays qui, en défendant son existence et ses intérêts… introduit une idée légale, innovante et significative au sein de l’assemblée des nations, le concert des peuples et des États. Qui peut être contre ces mots ?

Serguei Lavrov

Article original paru en anglais sur le site du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie

Traduit par Ludovic, vérifié par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Le petit monde des banquiers, avocats et auditeurs qui profitent des privatisations en Europe

13 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le grand banditisme, #La finance dérégulée, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Europe supranationale

Le petit monde des banquiers, avocats et auditeurs qui profitent des privatisations en Europe

 

Par Olivier Petitjean

Mondialisation.ca 13 mars 2016.

Multinationales.org 11 mars 2016

 

 

Le petit monde des banquiers, avocats et auditeurs qui profitent des privatisations en Europe

À la faveur de la crise de la dette et des politiques d’austérité, l’Europe est en train de connaître une nouvelle vague de privatisations. De la Grèce au Royaume-Uni, des entreprises et des services publics sont cédés au secteur privé, en dépit de l’opposition des citoyens et de bénéfices douteux pour les finances publiques. Un nouveau rapport du Transnational Institute jette la lumière sur le petit monde des banquiers, auditeurs et avocats qui profitent de ces politiques privatisatrices et les encouragent activement, à Bruxelles et partout sur le continent. Un monde où les conflits d’intérêts sont la norme.

La crise des finances publiques aura été le point de départ d’une nouvelle vague de privatisations en Europe. Le cas le plus connu est celui de la Grèce, qui s’est vue imposer par la Troïka un programme massif et sans précédent de privatisations, touchant aussi bien des entreprises que des propriétés foncières (lire notre enquête ici, ainsi qu’ici et sur le cas particulier des projets de privatisation de l’eau). Mais d’autres pays européens se sont trouvés soumis à une pression similaire : le Portugal, Chypre, l’Irlande, certes, mais aussi l’Espagne et l’Italie (qui s’apprête à privatiser partiellement sa poste et ses chemins de fer), ou encore le Royaume-Uni, qui a privatisé en octobre 2013 sa poste, le Royal Mail.

Ainsi, bien sûr, que la France, bien que la privatisation y progresse plutôt actuellement de manière insidieuse, à travers la cession progressive des participations de l’État dans les entreprises publiques, ou des opérations ponctuelles comme la privatisation de l’aéroport de Toulouse et, bientôt, de ceux de Nice et Lyon.

Pourtant, après des décennies d’expérience de la privatisation et de ses effets réels, on devrait savoir que celle-ci délivre rarement les bienfaits annoncés pour les États ou pour les usagers (voir notre dossier). Ni bien sûr pour les travailleurs des entreprises concernées, dont les « acquis sociaux » sont souvent les cibles implicites des programmes de privatisation. En fait, c’est la justification même de la privatisation dans un contexte d’austérité budgétaire qui apparaît intrinsèquement viciée : la privatisation ne contribue pas à renflouer les finances publiques, puisque ce sont généralement les entreprises les plus profitables, sources de revenus, qui sont cédées aux investisseurs, et souvent à un prix en deçà de leur valeur réelle.

On l’a à nouveau vérifié avec les récentes privatisations européennes. En Grèce, par exemple, seuls les quatorze aéroports régionaux les plus rentables (ceux des îles touristiques) ont été « empaquetés » et cédés à un consortium allemand, tandis que les autres restaient à la charge de l’État. Systématiquement, la valeur boursière des entreprises mises en vente a explosé dans les heures qui ont suivi leur introduction en bourse : celle d’AENA, l’entreprise aéroportuaire ibérique, a augmenté de 20% le premier jour de sa cotation, soit un milliard d’euros de manque-à-gagner pour l’État espagnol. Les actions de la loterie nationale grecque ont été vendues 30% moins cher que leur valeur boursière. Celles de Royal Mail ont augmenté de 50% en quelques jours après son introduction à la Bourse de Londres…

« Une petite coterie de firmes juridiques et financières »

L’acharnement de la Commission européenne et du Fonds monétaire international à promouvoir la privatisation, malgré le peu de preuves de ses bienfaits, s’explique sans doute en grande partie par l’aveuglement idéologique. Alors que les traités européens prévoient une neutralité de principe entre gestion publique et gestion privée, la Commission continue à défendre sans état d’âme les politiques privatisatrices partout sur le continent. Sans hésiter à passer outre la volonté des citoyens exprimée démocratiquement, comme on l’a vu en Grèce où le gouvernement Syriza avait été élu sur un programme explicite d’opposition aux privatisations, mais a été forcé par la Commission et les grands pays européens à revenir sur ses engagements (lire notre article).

Mais cet acharnement s’explique probablement aussi par l’influence du petit milieu de banques d’affaires, de conseillers financiers et juridiques et de cabinets d’audits qui joue un rôle central, quoique mal connu du public, dans les processus de privatisation. Et qui en profite immensément. Un nouveau rapport du Transnational Institute, intitulé The Privatisating Industry in Europe (« L’industrie de la privatisation en Europe »), lève le voile sur cette « petite coterie de firmes juridiques et financières [qui] tire des profits considérables de la nouvelle vague de privatisations induite par la crise », et dont une proportion substantielle est basée au Royaume-Uni. En plus de la rémunération directe de leurs services de conseil ou d’audit, ces firmes profitent souvent de leur position privilégiée pour générer des profits supplémentaires. Pas étonnant dans ces conditions que ces firmes soient aussi des promotrices infatigables de la privatisation auprès des gouvernements et autres institutions publiques.

La Deutsche Bank, par exemple, est « un acteur important des privatisations européennes et intervient comme conseiller financier ou ‘bookrunner’ [teneur de livre] de nombreuses introductions en bourse d’entreprises publiques » ; elle publie parallèlement « un rapport annuel intitulé Privatisation in the Euro Area (‘La privatisation dans la zone euro’), dans lequel elle promeut activement la privatisation ». Idem pour les « Big Four », les quatre géants de la comptabilité et de l’audit Deloitte, PriceWaterhouseCoopers, KPMG et Ernst & Young (lire notre enquête), rémunérés pour auditer les entreprises avant leur mise en vente. Côté juridique, les principaux acteurs de la privatisation sont les grands cabinets d’avocats mondiaux, pour la plupart britanniques, comme Freshfields Bruckhaus Deringer, Clifford Chance, Allen & Overy et quelques autres [1].

Conflits d’intérêts systématiques

Mais les deux acteurs majeurs de l’industrie de la privatisation en Europe sont deux banques d’affaires, Rothschild et Lazard. Cette dernière, en particulier, s’est fait une spécialité du conseil aux États en difficulté financière, confrontés à un niveau d’endettement insoutenable. Un domaine d’activité qu’un ancien banquier de Lazard a décrit ainsi : « C’est un marché qui offre des taux de profit très importants… Toutes les dépenses sont payées, et il n’y a pas de capital propre en jeu. On ne peut pas faire plus avantageux. » D’autant que la banque d’affaires peut jouer sur deux tableaux : d’un côté, sa branche de conseil financier se fait rémunérer pour le suivi des processus de privatisation (moyennant une rémunération, par exemple, de 1,5 million de livres sterling dans le cas de Royal Mail) ; de l’autre, sa branche de gestion d’actifs se retrouve souvent en position privilégiée lors des introductions en bourse. Lors de la mise en vente de Royal Mail, elle figurait parmi 16 investisseurs institutionnels prioritaires, sélectionnés afin d’assurer une base d’actionnariat de long terme à l’entreprise. Ce qui ne l’a pas empêché de revendre une bonne partie de ses actions dans Royal Mail une semaine plus tard, en empochant au passage un profit de 8 millions de livres… Dans ce cas comme dans celui d’AENA en Espagne, Lazard a même été accusée d’avoir délibérément fait sous-évaluer la valeur des entreprises mises en vente pour mieux en profiter de l’autre côté – ce que la banque, bien entendu, nie, en assurant maintenir une barrière étanche entre ses deux branches.

Au-delà du cas Lazard, cette industrie de la privatisation paraît entachée de tellement de cas de conflits d’intérêts, voire de corruption, que l’on peut considérer ces abus comme systémiques. En Grèce, le soir même du jour où la loterie nationale a été mise en vente à un prix largement inférieur à sa valeur boursière, le patron de l’agence grecque en charge des privatisations, la TAIPED, montait dans le jet privé de l’un des hommes d’affaires acquéreurs de l’entreprise, pour des vacances dans l’île de Céphalonie. Il a dû démissionner, comme nombre de ses successeurs suite à des faits similaires. Lufthansa, l’entreprise aérienne allemande, a conseillé les autorités grecques sur la privatisation des aéroports régionaux via sa filiale de consulting, tout en étant par ailleurs actionnaire de Fraport, l’heureux bénéficiaire de cette privatisation (tout comme le gouvernement allemand). Au Portugal, la banque Banco Espirito Santo de Investimento a conseillé le gouvernement sur la privatisation de ses entreprises publiques, puis les firmes chinoises qui ont fini par racheter ces entreprises (elle-même a depuis été absorbée par une banque d’investissement chinoise). Et les privatisations qui se profilent en Italie ne semblent pas mieux parties : le président de Poste Italiane est membre du conseil d’administration de Rothschild, tandis que l’un des membres du conseil de Ferrovie dello Stato est un dirigeant d’Ernst & Young.

Ces entreprises d’État qui profitent des privatisations européennes

L’un des paradoxes de la vague récente de privatisations en Europe est qu’elle aura principalement profité… à des entreprises publiques ou quasi publiques. « Malgré la rhétorique favorable à la gestion privée, nombre de ceux qui ont obtenu des concessions ou acquis des actifs suite à leur privatisation sont des entreprises d’État », souligne le rapport du Transnational Institute. C’est ainsi que Gazprom ou l’entreprise gazière azéri Socar ont racheté ou voulu racheter des firmes grecques. Fraport, le consortium qui a acquis les aéroports régionaux grecs, est en grande partie la propriété de l’État et des Länder allemands. Mais ce sont surtout les firmes chinoises qui se sont illustrées par leurs acquisitions un peu partout sur le continent.

Les entreprises publiques françaises, elles aussi, se sont mises sur les rangs, comme EDF pour racheter son homologue grec, la SNCF dans le secteur du transport ferroviaire ou encore La Poste (lire notre article). Mais on peut craindre que certaines d’entre elles, comme EDF avec la crise financière que traverse actuellement tout le secteur nucléaire français, pourraient se transformer bientôt de prédateur en proie.

Olivier Petitjean


Photo : Bloco CC

[1] Ces cabinets juridiques sont d’ailleurs les mêmes qui d’un côté défendent des firmes dans le cadre de procédures d’arbitrage commercial État-investisseur (dites ISDS) et de l’autre promeuvent activement ces mécanismes ISDS et leur inclusion dans le projet de traité de libre-échange transatlantique TAFTA.

La source originale de cet article est multinationales.org

Copyright © Olivier Petitjean, multinationales.org, 2016

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Les héros anonymes du Donbass, par Laurent Brayard.

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Ukraine, #La Russie, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #le nazisme, #Terrorisme, #le Nouvel Ordre Mondial

Les héros anonymes du Donbass

Ils sont quatre devant moi, nous sommes dans les environs de la petite ville minière et industrielle de Kirovskoe, une localité nichée dans le Donbass libre qui fut l’objet des attaques de l’Armée ukrainienne dans l’été 2014. Natacha, Iaroslav, Sacha et Evguéni. Nous nous sommes installés dans le petit parc central de la ville, le soleil brille car le printemps s’installe vite dans le Donbass, voilà déjà longtemps que les dernières traces de neige ont disparues. Ils étaient de simples habitants et travailleurs lorsque l’Armée ukrainienne a agressé le Donbass lors d’un autre printemps, il y a déjà deux ans. Ils étaient parmi les premiers dans la rue pour les manifestations contre le Maïdan, ils avaient compris le danger de la situation et que rien de bon ne sortirait de cette Révolution colorée que les Etats-Unis eux-mêmes ne se cachent pas d’avoir financé par les déclarations de Victoria Nuland ou de John McCain, les fameux cinq milliards de dollars investis pour répandre le désordre dans l’Ukraine désormais utilisée comme une arme braquée contre la Russie.

 

« Au début nous n’étions pas nombreux dans la rue, quelques dizaines à peine et nous étions serrés de près par la police locale, nous avons bien failli être arrêtés à plusieurs reprises. Ce qui est triste c’est que ces policiers sont d’ici pour la plupart, de Kirovskoe et beaucoup sont encore ici alors qu’ils ont obéis aux ordres de Kiev qui étaient à l’époque évidemment contraire à la raison et au principe de liberté d’expression. J’ai servi comme coordinatrice dans les milices au début de l’invasion. Je servais dans un Etat-major improvisé, avec nos téléphones nous recevions des appels des habitants des alentours pour nous indiquer les positions et les actions des troupes de représailles de l’Ukraine. Nous rassemblions les informations que nous traitions ensuite par priorité pour les communiquer de la même manière aux unités insurgées qui s’étaient levées spontanément. Je n’avais aucune expérience politique avant la guerre, ni même militaire, je suis une simple habitante de Kirovskoe, j’ai passé ma vie ici, tranquillement avec mes enfants, mon fils est un cadet de la nouvelle armée de République populaire de Donetsk, regardez ses photos ! ». Natacha me montre en effet avec fierté les photos de son garçon en uniforme blanc posant fièrement pour la postérité.

 

« Lorsque les soldats de l’Ukraine se sont approchés de la ville après la chute de Slaviansk, nous avons réagi et formé des unités de volontaires. Nous n’avions rien, que des bâtons, des armes de fortunes, des fusils de chasse, c’était dérisoire. Nous avons construit des bunkers de fortune, des blocs-posts sur les points de passage et en avant de la ville pour surveiller et défendre les abords et les entrées. Les avions de chasse ukrainiens survolaient la zone, ils volaient si bas que nous avions parfois l’impression que nous allions les prendre en pleine face. Et puis les obus ont commencé à tomber sur la ville, au départ sporadiquement, puis méthodiquement. Lorsque nous avons formé nos unités de volontaires, nous n’étions pas cinquante, et beaucoup sont morts par la suite. Nous avons combattu pour notre terre, pour notre pays jusqu’à Minsk 2 en février 2015 et puis nous avons été démobilisés, ce n’était plus le temps de l’insurrection mais de la création d’une armée. Nous avons quand même l’impression d’avoir été oubliés, mais nous avons fait notre devoir, quelques récompenses honorifiques seraient les bienvenues » poursuit ensuite Sacha qui peut avoir environ 40 ans.

 

« Lorsque nous avons organisé les premiers meetings contre le Maïdan beaucoup de gens du lieu ne comprenaient pas l’utilité et l’importance de ces actions. Certains disaient que cela finirait mal, d’autres préféraient ne pas voir et de toute façon la plupart d’entre nous avions un travail, nous nous occupions d’organiser les manifestations dans notre temps libre, les jours de repos ou le soir. C’était un temps très particulier, il y avait un air de liberté et à la fois nous retrouvions aussi notre fierté et nous avons gagné des convictions, c’était un beau moment. Pour le fameux référendum pour la fédéralisation et finalement vers le chemin de l’indépendance que nous n’avions pas encore entrevu, c’était extraordinaire, les gens sont venus par centaines, je n’ai jamais vu autant de monde venir aux urnes, c’était dans une ambiance de fête et bon enfant. Ils en venaient de partout, certains étaient déçus de n’être arrivés qu’après la fermeture des bureaux de vote, ils criaient, ils voulaient aussi voter, nous avons dû beaucoup argumenter pour expliquer que la loi était la loi, que nous ne pouvions rouvrir les bureaux, qu’il fallait faire le référendum dans les normes pour qu’il soit incontestable pour tous. Pour tous, mais pas pour Kiev hélas, nous n’avons pas été entendu et ensuite nous avons dû défendre notre ville, nos familles et nos vies » continue Iaroslav qui aujourd’hui milite toujours dans le sein d’un syndicat où il travaille à l’organisation d’actions patriotiques et pour les familles des plus démunis et des volontaires au front, blessés ou tués.

 

« La guerre a commencé alors que nous avions compris qu’elle serait terrible, les hélicoptères de l’Armée mitraillaient les voitures civiles sur les routes, Sacha et Natacha ont raconté comment les avions survolaient la ville en rase motte. Nous n’avions presque pas d’armes pour nous défendre, nos amis nous disaient : « mais vous êtes fous, vous n’avez pas la moindre arme pour les arrêter, ils ont des armes automatiques, des canons et des chars ! ». « Et alors ? » je répondais, et j’expliquais que nous allions prendre les armes dont nous avions besoin dans leurs mains. En effet les premiers soldats que nous avons rencontré c’était l’Armée ukrainienne. Beaucoup des officiers étaient totalement affolés, ils étaient venus pour tuer des terroristes, c’est ce qu’on leur avait dit et ils trouvaient en face d’eux des civils, des grands-mères, des femmes. Les soldats étaient des appelés, ils avaient 18 ou 20 ans, alors nous en avons désarmé des dizaines, ils se laissaient faire parce que sinon ils auraient dû tuer de simples gens qui ressemblaient étonnamment à leurs parents, à leurs frères et sœurs, à leurs familles. Nous nous sommes même emparés de véhicules blindés de cette façon, parfois ils passaient aussi de notre côté. Cela n’a pas été la même chose par la suite, l’artillerie a commencé à bombarder et les bataillons de nazis sont arrivés, la mort, le pillage, le viol dans leur sillage et nous nous sommes défendus » complète Evguéni qui lui aussi travaille maintenant pour un syndicat de défense des soldats et des familles de soldats.

 

Tous les quatre sont nés dans le Donbass, ils ont la trentaine ou la quarantaine, ils ont vu le jour durant la période de l’Union soviétique. Evguéni est fier de me montrer le béret de marin de son grand-père, un héros de l’autre guerre, cette Grande Guerre patriotique comme l’appellent les Russes et ceux des pays qui ont participé à ce conflit titanesque contre l’envahisseur nazi. D’un envahisseur nazi à un autre, ceux-là n’auront pas oublié que s’ils n’étaient pas devenus des esclaves du Reich allemand, ils ne le seraient pas plus de l’Union européenne. La simple évocation de leur futur et également de l’Union européenne déclenche les rires et les plaisanteries. « Si vraiment ceux de l’Ouest de l’Ukraine veulent vivre dans le sein de l’Europe et selon les règles et les lois qui la régissent, bien leur en fasse, ils le peuvent, mais nous ici nous n’avons rien à faire avec ces gens, nous sommes Russes, nous sommes du Donbass, ce que sera le futur je n’en sais rien, quelque part nous ne sommes pas d’accord sur notre futur, il y en a qui pensent que l’Ukraine c’est la Russie jusqu’aux Carpates, d’autres jusqu’au Dniepr, d’autres que nous pourrons reconstruire l’Ukraine en chassant ces nazis et les créatures de l’Occident, d’autres encore que le Donbass sera dans la Fédération de Russie, une chose est sûre, nous n’avons ni besoin de l’UE, ni besoin des Américains, ni de Porochenko et toute sa clique, les oligarques c’est fini ! »

 

Evguéni regrette toutefois que les entreprises de Rinat Akhmetov, le célèbre milliardaire de Donetsk qui a fui en Ukraine mais qui par le fonds qui porte son nom envoie de l’aide humanitaire dans le Donbass, paye toujours ses impôts à Kiev. « Vous comprenez beaucoup des plus grandes entreprises qui restent sont les siennes, pensez-vous qu’il paye ses impôts à la RPD ? Non ! Cet homme nous a trahi comme d’autres avant lui, l’aide qu’il envoie sert juste à le garder populaire dans les couches les plus pauvres et les plus nombreuses du Donbass. Les Ukrainiens n’ont pas bombardé ses entreprises ou ses usines, ni même le stade de son club de foot à Donetsk, étrange non quand ils bombardaient tout autour ? Nous nous sommes battus pour notre pays et nous ne le regrettons pas, mais j’espère que nous arriverons à les pousser dehors jusqu’au dernier, les patriotes se sont ceux qui sont restés pour défendre le Donbass, les autres je vous laisse conclure ! »

 

Laurent Brayard pour DONi.Press

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La psychopathie ukrainienne / 3 Quand la russophobie devient hystérique

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #Ukraine, #le nazisme

La psychopathie ukrainienne / 3

Quand la russophobie devient hystérique

QUAND L’HYSTÉRIE DEVIENT COLLECTIVE...
Continuant mon inventaire de la psychopathie de l'Ukraine brune, j'ai décidé de m'intéresser cette fois au cas Sevchenko, ce lieutenant du bataillon spécial Aïdar qui a dirigé le 17 jui 2014 des tirs meurtriers contre 2 journalistes russes.
Mais ce qui est le plus intéressant (et le plus triste aussi) dans le dossier juridique mais surtout politico-médiatique qui entoure son procès, c'est la manipulation fanatique de l'événement par une propagande de guerre occidentale prête à faire l'apologie d'une criminelle de guerre pour attiser une russophobie à court d'argument.
A croire que la psychopathie est contagieuse ...
Erwan Castel, volontaire en Novorossiya.

 

 
Nadejda Savchenko, impliquée dans l'assassinat de 2 journalistes russes est en attente de son jugement.
Depuis plusieurs semaines les chancelleries et la presse des pays occidentaux sont pris d'un accès de fièvre russophobe, au sujet de Nadejda Savchenko, cette criminelle de guerre reconnue mais qui est présentée par la propagande de guerre atlantiste comme la victime d'une nouvelle barbarie sanguinaire incarnée par Vladimir Poutine...
 
Quoi de plus attractif en effet, au grand bal des hypocrites, que de jouer le mélodrame du martyr pour faire danser une opinion conditionnée par 2000 ans d'idéologie victimaire, dans une marche contre Poutine, et qui plus est quand c'est pour une femme !
 
Car, ce qui est devenu l'affaire Savchenko est révélateur d'une l'hystérie occidentale en manque de légitimité et qui cherche par n'importe quel moyen, quitte à défendre l'indéfendable et honorer l'abjection, à semer dans l'opinion les graines d'une haine russophobe afin de la préparer à une confrontation totale avec la Russie.
 
 
Rappel des faits 
 
- Le 17 juin 2014, à proximité du village Mettalist, dans la région de Lugansk, un tir d'artillerie ukrainien s'est abattu sur un poste de la ligne de front, visant délibérément des militaires mais aussi des civils dont deux journalistes russes en mission, Igor Korneliouk et Anton Volochine qui ont été tués. 
 
L'enquête déterminera plus tard que le réglage et les corrections de ces tirs de mortiers meurtriers ont été réalisés par Nadejda Savchenko, alors officier du bataillon spécial Aïdar.
 
17 juin 2014, le bombardement des journalistes russes
A cette époque, les combats font rage autour de Lugansk et lorsque le bataillon Aïdar est défait par les milices populaires, le lieutenant Savchenko est faite prisonnière tandis que l'enquête concernant l'assassinat de Igor Korneliouk et Anton Volochine révèle son implication. Elle est donc remise aux autorités russes et incarcérée dans la ville de Donetsk (homonyme russe du Donetsk dans le Donbass), en attente de son procès. 
 
Le Président Porochenko, qui l'a distingué "héroïne de l'Ukraine", demande la libération de Savchenko, et Ioulia Timochenko, l'égérie de la révolution orange, l’a même fait élire députée de son parti " Batkivchtchyna" (patrie) et nommée au conseil de l'Europe, lui cherchant par là une certaine immunité. Des pétitions de soutien apparaissent ici et là mais sans grand succès (à peine 10 000 signatures en 1 an) Seuls le pouvoir politico-médiatique et les groupuscules extrémistes soutenant le régime ukrainien en profitent de l'affaire pour déclencher un nouveau procès médiatique contre le pouvoir russe.
 
L'accusée, recherchant une posture victimaire a réalisé une "grève de la faim" pendant plusieurs semaines jusqu'à la veille de son procès qui s'est déroulé le 9 mars 2016 au cours duquel, conformément à la loi, une peine de 23 ans d'emprisonnement pour meurtre a été réclamée par le procureur. Le verdict sera rendu le 23 mars.
 
Le représentant de la diplomatie étasunienne, John Kerry, à l'unisson avec Federica Mogherini, son homolqgue de l'Union Européenne sont intervenus pour casser le procès et réclamer "pour des raisons humanitaires" la libération de l'accusée décrite comme agonisante.
 
Or, au cours de son procès, Savchenko ne montre aucune faiblesse, au contraire car, au moment d'annoncer qu'elle ne fera pas appel au jugement, c'est plutôt une femme vive et hargneuse qui profère comme à son habitude des bordées d'injures en direction des juges. 
Quant à son avocat, qui revenait juste d'une visite au Département américain à Washington, plutôt que de chercher à défendre sa cliente devant un prétoire au premier rang duquel on pouvait observer des diplomates danois, anglais et étasuniens, il a préféré fustiger Moscou et faire appel à l'aide internationale pour mélo-dramatiser ce simple procès d'une affaire de meurtre...
 
Il faut ici relever le cynisme et l'hypocrisie d'une ploutocratie occidentale qui s’immisce et tente de faire pression dans le déroulement d'un procès en Russie quand par ailleurs elle ne cesse de critiquer une prétendue ingérence politique dans la Justice russe ! "Faites ce que je dis mais ne dites pas ce que je fais' !
 
La haine pathologique d'une meurtrière psychotique... 

Le symbole du bataillon Aïdar 
 
Dans cette affaire, les occidentaux ont certainement encore perdu une belle occasion de se taire car leur soutien hystérique au lieutenant Savchenko révèle autant la mauvaise foi d'une propagande belliciste que la stupidité d'une ambition mondialiste soutenant une criminelle de guerre reconnue. 
 
Car Nadejda Savchenko est loin d'être l'héroïne immaculée décrite par les supportes nationalistes ukrainiens et les médias occidentaux loin s'en faut. En effet,  au moment du déclenchement de l'opération spéciale, cette femme pilote, vétéran de la guerre en Irak rejoint les rangs du bataillon Aïdar, l'une des unités politiques les plus extrémistes et violentes issues de la mouvance néo-nazie "Prayvi Sector". 
Cette unité qui effraie la population civile du Donbass défraie rapidement la chronique jusqu'à être pointée du doigt par l'ONG Amnesty International. 
 
 
"Aïdar" est composée principalement d'extrémistes néo-nazis et de condamnés libérés sous condition d'engagement militaire. Et ce bataillon spécial  s'est en effet plus souvent distinguée sur le front par ses crimes de guerre que ses hauts faits militaires comme beaucoup d'autres ("Tornado" sera même dissout pour cela). Les traces que laisse "Aîdar" sont  vols, enlèvements, tortures, viols, exécutions sommaires, bombardements de quartiers résidentiels etc... et ses combattants renouent ainsi avec la symbolique mais aussi les méthodes déjà employées il y a 70 ans par les Einsatzgruppen du IIIème Reich.
 
Combattants du bataillon Aïdar sur le front du Donabss en 2014
Des jeunes femmes se sont également engagées dans les rangs de cette unité tristement célèbre, et souvent ces jeunes néo-nazies en sont devenues les symboles comme Nadejda Savchenko, Youlia Tolopa ou cette Vita Zaveroukha à qui j'avais consacré un long article suite au l'article apologétique que le magazine "Elle" lui avait consacré (voir le lien ici : "Quand l'ange devient succube")
 
Une filiation idéologique bien réelle
Alors qu'il menait une "opération punitive" contre des villages, "Aïdar" a été étrillé au Nord de Lugansk le 5 septembre 2014 par les miliciens républicains. De nombreux combattants de ce bataillon spécial ont été tués, blessés, et faits prisonniers.
 
Au cours de ses auditions et son procès, Sevchenko n'a d'ailleurs jamais nié sa participation aux combats et aux événements qui lui sont reprochés et elle reconnaît même "avoir tué des gens qui voulaient la tuer" (avec des caméras ?). 
Même s'il s'agit de crimes graves le procès Sevchenko est somme toute une "affaire" de justice assez simple et dont l'intéressée en tout cas ne mérite certainement pas l'attention internationale qui est déclenchée aujourd'hui et dont on peut se demander à juste titre si elle en est vraiment l'objet ou juste un prétexte. 

 
Un mélodrame pitoyable 
 
Car si ce procès est fortement politisé et médiatisé par le pouvoir de Kiev mais aussi les représentants des Etats Unis et de l'Union Européenne c'est moins pour défendre la liberté d'une jeune femme que de se servir de l'événement pour alimenter une propagande de guerre russophobe.
 
Car la défense panégyrique de cette vulgaire criminelle de guerre élevée au rang "d'héroïne nationale" est tellement caricaturale qu'elle en devient ridicule... "une icône au regard bleu déterminé, son visage impassible derrière les barreaux d’un tribunal de Moscou..." "une soldate courageuse" qui entame un grève de la fin "jusqu'au bord du gouffre" mais qui l'interrompt pour "continuer le combat" avec une "détermination héroïque" qui lui permet pendant son procès de faire seule "un baroud d'honneur" (en gesticulant et hurlant des grossièretés) devant ses juges, elle qui 2 jours auparavant "était tellement affaiblie par sa grève de la faim qu'elle ne pouvait même plus avaler d'eau" et "présente des dégâts de santé irréversibles" (au niveau mental je veux bien le croire et depuis sa naissance certainement)
Allez encore un petit effort et nous allons bientôt voir "les prostitués de l'information" comme l'avouait Swinton l'ancien Directeur du New York Times, comparer Nadejda Savchenko à Jeanne d'Arc (elle en a déjà la coupe de cheveux) et Vladimir Poutine à l’évêque Cauchon. !
 
Trêve de plaisanterie car il n'y a de fait rien de drôle dans cette hystérie politico-médiatique occidentale, car elle relève aussi d'une certaine psychopathie des agences de presse occidentales et qui n'a rien a envier à celles des nazillons se défoulant dans les rangs des bataillons spéciaux ukrainiens. 
 
Mais surtout, dans ce mélodrame pitoyable orchestré par les USA et leurs valets, il ressort que ce sont encore et toujours des intérêts géopolitiques cupides qui se cachent derrière des gesticulations droitdel'hommistes hypocrites et que l'être humain, même celui que l'on prétend défendre, y est en réalité négligé et méprisé, réduit à une simple valeur marchande ou médiatique.
 
Voilà pourquoi je terminerai cet article par rappeler la mémoire des 2 hommes qui brillent par leur absence dans cette "affaire Sevchenko", ces soldats de la Vérité dont le sacrifice ce nous rappelle à chaque instant les valeurs humaines pour lesquelles nous nous battons.
 
Erwan Castel, volontaire en Novorossiya
 
Ils s'appelaient Igor Korneliouk et Anton Volochine,
 victimes de la haine le 17 juillet 2014 dans le Donbass.
 
Qu'ils reposent en paix !
Sources de l'article (quelques exemples) : 
 
- Sur le procés Savchenko, les liens  ICI et ICI
- Le site TASS, le lien : ICI
- Le site France 24, le lien : ICI
- Le soutien des occidentaux, le lien : ICI
 
- Sur le bataillon Aïdar, le rapport d'Amnesty International, les liens : ICIICI et ICI 
- Sur le bataillon Aidar, différents articles, le lien : ICI 
 
 
 
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Finlande : Une pétition impose un débat sur la sortie de l'Euro

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #la Finlande, #La France, #Europe supranationale, #Economie, #l'Euro, #la dictature, #AMERIQUE

Finlande : Une pétition impose un débat sur la sortie de l'Euro

Finlande : Une pétition impose un débat sur la sortie de l'Euro

 

C'est le site Euractiv qui nous apprend le 11 mars 2016 :

 


Une pétition signée en Finlande par plus de 50 000 citoyens, et déposée jeudi devant le parlement, va forcer les députés à débattre de l’éventualité d’un référendum pour que le pays abandonne l’euro.

 


L'article révèle que cette initiative provient d'un député européen,  Paavo Väyrynen, qui a été huit fois ministre.

A noté : La rédaction a été prise de son propre chef sans soutien d'aucun parti politique.

L'éventualité d'une sortie de l'euro séduit de plus en plus de finlandais qui voient leurs voisins suédois et norvégiens, qui n'ont pas la monnaie unique (pour la Suède) ou ne sont pas dans l'UE (pour la Norvège), avoir des économies qui connaissent une croissance supérieure à celle de la Finlande et ce depuis plusieurs années.


En témoigne ce graphique de l'OCDE :

 

La question apparaît donc légitime aux yeux de nombreux Finlandais (31% selon un récent sondage cité dans l'article d'Euractiv). Ils n'étaient que 19% en 2011.


En 2015, la Finlande subissait de plein fouet la dévaluation salariale pratiquée depuis plusieurs années par les autres pays européens. Son système social protecteur privilégiait une hausse des rémunération des salariés afin de stimuler la demande intérieure en lieu et place de la dépense publique. Le problème étant que face à un marché européen totalement ouvert à la concurrence interne et sans possibilités aux états de l'empêcher : les industriels ont délocalisé.

 

En juillet (2015), la production industrielle a reculé de 1,3 % sur un mois et de 3 % sur un an. C’est la 31ème baisse consécutive en rythme annuelle ! Logiquement, le chômage progresse. En taux harmonisé européen, il représente 9,7 % de la population active. Sur un an, la hausse est d’un point.
 


Autre problème, les sanctions vis à vis de la Russie, son deuxième client juste après la Suède.

Enfin, la Finlande est l'un des pays les moins endettés de la zone euro (63% du PIB quand la moyenne est à 80%), mais dogmatisme européen oblige, la commission européenne exige que le pays respecte les objectifs de déficits annuels fixés par les traités. Ainsi un pays aussi peu endetté que la Finlande est soumis aux mêmes difficultés de bouclages budgétaires que des pays comme la Grèce (dette : 175% du PIB) ou la France (dette : 94% du PIB).


Les recommandations de la commission en mai 2015 expliquaient la nécéssité que la Finlande s'attache :
 

-A veiller à ce que le déficit excessif soit ramené en temps utile et durablement sous la barre des 3% du PIB [conformément aux obligation qui lui incombe en vertu de l'article 126 du TFUE.
-A adopter la réforme convenues des retraites et à éliminer progressivement les possibilités de sorties précoces du marché du travail.
-A poursuivre les efforts visant à améliorer la capacité d'insertion professionnelles des jeunes, des travailleurs âgés et des chômeurs de longue durée [..]i,
-A veiller, en concertation avec les partenaires sociaux [...] à ce que l'évolution des salaires reflète celle de la productivité.

Nda : Pour la dernière phrase il faut savoir que la productivité recule en Finlande la traduction est donc : il faut baisser les salaires.



Ces "recommandations" sont contraignantes depuis la signature du fameux TSCG, les états qui ne les respectent pas risquent une amende pouvant atteindre 4% du PIB.

La Finlande en bon élève européen à mis en place une politique d'austérité, qui selon "le Monde" était, par peur du syndrôme grec, soutenue par la population.

Pourtant quelques années plus tard et en l'absence de résultats, le pays peu habitué au fait, a connu sa plus grande manifestation depuis 25 ans, c'était en septembre dernier.




 


Ainsi on comprend que les travailleurs finlandais abordent la question d'une sortie de la zone euro, loin de tout populisme ou de xénophobie mais simplement afin de sauver ce qu'il reste d'industrie et de protection sociale au sein du pays.

On ne s'étonnera pas malheureusement qu'en Finlande comme dans beaucoup d'autres pays de l'union européenne le monopole de ce débat, réclamé par de plus en plus de citoyens, soit laissé à l'extrême droite et donc boycotté par les autres partis.

A ce titre je voudrais rappeler ici une citation de Benoît Frachon, alors secrétaire général de la CGT France qui en 1957 prophétisait :

 

Le Marché commun constitue en fait un grave danger pour l’économie nationale des pays les plus faibles et une menace non moins grave pour les travailleurs de l’ensemble de ces pays (…) il ne peut aboutir qu’à l’hégémonie des capitalistes et des monopoles les plus puissants, en l’occurrence les monopoles allemands étroitement associés aux monopoles américains.

 

 

Pour aller plus loin sur le sujet, voici deux ouvrages dont nous vous recommandons la lecture :

 



                                 

 

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Open Russia, Vilnius: quand l'opposition russe fuit devant les journalistes, par Karine Bechet Golovko

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les média, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La France

vendredi 11 mars 2016

Open Russia, Vilnius: quand l'opposition russe fuit devant les journalistes

 
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L'opposition russe radicale, dont la plupart des membres ne vivent pas en Russie, mais soit dans l'UE soit aux Etats Unis, s'est réunie sous la bannière de Khodorkovsky et de son organisation Open Russia à Vilius. Etrangement, la discussion sur l'avenir politique de la Russie devait se dérouler à couvert, sans la participation de la presse russe. Voyons cette conception très particulière de la démocratie dans les faits.
 

 
Pour pouvoir participer à cet évènement hautement démocratique, il fallait montrer patte blanche, deux fois. Concrètement, les organisateurs exigeaient un parrainage de deux personnes, je cite , "partageant les valeurs des participants à l'évènement". Ces "valeurs", évidemment, ne sont pas précisées.
 
Ce Forum fut organisé pour discuter des questions électorales russes, de la politique d'immigration, du soutien à la presse en Russie, etc. Parmi d'autres, y ont pris part les grandes figures occidentales de l'opposition russe, que l'UE et les Etats Unis fantasment de voir faire peur au pouvoir. A savoir G. Kasparov, L. Ponomarev (le député russe vivant aux Etats Unis), Z. Svetova, B. Rinskaya (bloggeuse), M. Alekhina (Pussy Riot), etc. Bref, des cerveaux qui tous réunis doivent pouvoir atteindre 2% d'intentions de vote.
 
Toute cette belle brochette certifiée démocratique d'origine contrôlée ne fut pourtant pas très heureuse lorsque la presse russe arriva. Et ils employèrent la force pour leur faire quitter les lieux du Forum. Voir la vidéo:
 
Kasparov court vite loin des journalistes russes, imaginez qu'il soit obligé de répondre à une question et Bajena hystérique insulte et demande que l'on appelle la police. Entre temps, ils veulent arracher les micro et casser les téléphones portables.
 
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Ici Kasparov veut frapper le journaliste russe.
 
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Ici Bajena agresse physiquement le journaliste avant de fuir vers la réception de l'hotel.
 
Et la police arrive, et les services de sécurités lituaniens interviennent: il semble que la presse russe soit dangereuse. Extrèmement dangereuse même. A tel point que cette équipe doive être déportée pour atteinte à la sécurité nationale. Et voici:
 

En un mot comme en cent, chers amis, la démocratie est une affaire beaucoup trop sérieuse pour la laisser entre les mains de journalistes, surtout de ceux qui riqueraient de faire leur travail. Non, une chose beaucoup trop sérieuse. Heureusement, les autorités de Lituanie sont promptement intervenues, les valeurs de l'UE, à défaut des valeurs européennes, sont bien défendues. Dormez tranquilles.

Publié par Karine Bechet-Golovko

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L’imperium normatif et juridique américain et le système de financement du Department of Justice, par Hervé Juvin.

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La République

L’imperium normatif et juridique américain et le système de financement du Department of Justice

Fondation Res Publica I Vendredi 11 Mars 2016

Accueil de Hervé Juvin, président de l’Observatoire Eurogroup Consulting, auteur de‎ « Le Mur de l'Ouest n'est pas tombé : Les idées qui ont pris le pouvoir et comment le reprendre » (Pierre-Guillaume de Roux : 2015), au colloque "L’extraterritorialité du droit américain" du 1er février 2016.

Merci, Monsieur le ministre,
Bonsoir à toutes et à tous.

Je commencerai par une précision importante : Eurogroup Consulting est une entreprise d’origine française, européenne, entièrement propriété d’associés – de partners – européens. Aucun investisseur extérieur au continent européen n’est présent dans cette entreprise.

Il est difficile de compléter ce qu’a dit Jean-Michel Quatrepoint. C’est pourquoi j’essaierai de regarder les choses d’un peu loin.

Ce qui est en train de se passer est une conversion du modèle de puissance, du modèle stratégique américain.
Dans les années 90, on évoquait la révolution dans les affaires militaires.

Plus récemment, on a beaucoup parlé du « leading from behind » que le Président Obama a théorisé à partir d’un célèbre discours à West Point, repris en plusieurs occasions. Le « leading from behind » s’illustre dans l’affaire libyenne : Quelques excités avaient convaincu le Président français d’intervenir à Benghazi. Les Américains auraient pu le faire et sans doute en d’autres temps auraient-ils agi. En l’occurrence ils ont mis à disposition une infrastructure mais, pour le grand bonheur du peuple libyen, prêt à la démocratie, ils ont laissé les Français et les Britanniques y aller d’abord. On peut s’inquiéter, voyant la fièvre qui monte au Proche et au Moyen-Orient, d’une application du « leading from behind » qui pourrait entraîner la France dans d’autres aventures.

Nous sommes face désormais à une stratégie beaucoup plus ample. Au-delà de ses aspects militaire et industriel, la puissance politique réside aujourd’hui dans la capacité à dire le droit et à faire appliquer ce droit, la capacité à tenir les circuits financiers du monde entier et la capacité à maîtriser l’ensemble des circuits d’information et de représentation (ceux qui ont vu les foules chinoises se précipiter pour voir la nouvelle version de « Star Wars » comprennent ce que je veux dire). Là est l’équation de la nouvelle puissance mondiale dont nos amis américains tirent un modèle stratégique. Nous Français, un peu timides dans l’analyse, tardons peut-être à la prise en compte nécessaire pour nous en prémunir.


Ce modèle stratégique repose sur trois éléments :

1. D’abord l’enrôlement ou la soumission des alliés. Aujourd’hui, la conscience stratégique américaine a renoncé à faire régner la démocratie partout dans le monde et, probablement, à se soumettre ou à dominer ces pays décidément biza rres qui n’entendent pas que devenir un Américain comme les autres soit le rêve de tous. C’est le cas de ces drôles d’Indiens qui ont élu Narendra Modi ; c’est le cas de ces drôles de Chinois qui prétendent faire une synthèse inédite entre le maoïsme et le capitalisme à certains égards le plus débridé ; c’est le cas de ces Russes qui prétendent eux aussi faire une synthèse entre nationalisme, orthodoxie et un « esprit russe » destiné à survivre à l’individualisme américain. Tout ceci a une conséquence que vous évoquiez dans votre introduction, c’est que les choses se durcissent, moins à l’extérieur qu’à l’intérieur. Les alliés doivent se soumettre et s’enrôler dans les batailles stratégiques américaines. La France et l’Europe en font les frais. Toute manifestation d’indépendance, toute tentative d’armer une Europe politique serait immédiatement très sévèrement et très durement sanctionnée par nos amis américains. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les grandes entreprises américaines financent si généreusement la campagne britannique pour le « Oui » au « Brexit ».

2. Le deuxième élément de cette nouvelle puissance impériale consiste à faire acquitter des péages.
Les États-Unis ont très largement renoncé aux sources de richesse du passé. Ils restent une puissance agricole très largement autocentrée et s’ils ont envie de reconquérir un certain nombre de positions industrielles, c’est souvent dans une posture de protection ou d’indépendance.

Les États-Unis développent une stratégie de contrainte globale qui consiste à faire payer partout dans le monde ce qui circule, ce qui vaut et ce qui bouge.

C’est extrêmement clair dans le domaine des échanges financiers. Depuis cinquante ans, les pays ou les dirigeants qui ont essayé de s’émanciper de la tutelle du dollar ont très mal fini (le dernier était Saddam Hussein). Ceux qui, dans l’histoire, ont essayé de maintenir le secret bancaire ou qui ont essayé de faire vivre des circuits bancaires ou financiers hors de la tutelle américaine, ont eu à en pâtir (je pense notamment à nos amis suisses). Dorénavant, les capitaux en recherche d’anonymat vont se réfugier… aux États-Unis ! Et voilà comment, au nom de grands principes, se font les bonnes affaires !

Je crois pouvoir annoncer sans beaucoup me tromper que les brevets sur le vivant, cette capacité inouïe qu’a ouverte le droit américain de déposer, d’acquérir la propriété d’éléments de la nature, doit permettre de faire payer des péages partout dans le monde à la vie. Par exemple, dans aucune ville américaine on n’achète un animal domestique en situation de se reproduire car cela ferait perdre des revenus aux éleveurs de chiens, de chats etc. La propriété des droits sur le vivant, sur l’eau, sur la reproduction des plantes, des arbres ou de tout ce qui sert à se nourrir, va permettre de toucher des royalties partout dans le monde.

Il se trouve que je connais bien la Zambie et le Malawi. Une pression extrêmement forte s’exerce sur ces deux pays d’Afrique australe qui, sous l’influence notamment d’experts français, refusent d’accepter la culture d’OGM, pression tellement forte que ces pays se sont vus menacer de se voir suspendre les aides pharmaceutiques, les aides au développement et les aides alimentaires, y compris pour les enfants du Malawi, s’ils n’acceptaient pas sans limites les produits OGM des multinationales américaines, notamment de Monsanto. Le rôle de la Fondation Bill & Melinda Gates dans ce domaine est tout à fait remarquable : ils éduquent les enfants à accepter les OGM et à convaincre leurs parents que la meilleure solution au problème de sècheresse et de famine est le développement des OGM. Or les OGM sont une colonisation du sol puisque nul n’est plus propriétaire de ses plantes et de la germination de ses plantes et il faut payer à chaque nouvelle récolte.

Le second thème stratégique majeur est donc de faire payer des péages partout dans le monde. Jean-Michel Quatrepoint en a donné d’excellents exemples. Partout dans le monde, toute transaction en dollar tombe sous le coup de la loi américaine. De la même manière, si pour une raison ou une autre on entre dans le champ de l’administration fiscale américaine, elle peut réclamer le manque à gagner par rapport à ce qu’elle aurait dû toucher si on était résident américain et si on avait déclaré ses revenus et ses capitaux aux États-Unis.

Faire payer des péages partout dans le monde est l’une des sources majeures de la puissance américaine pour la décennie à venir.

3. C’est par l’arme du droit que les États-Unis obtiennent le paiement de ces péages et la connaissance de tout ce qui se passe, de tout ce qui bouge et de tout ce qui vaut.

Les États-Unis sont très en avance dans leur stratégie à l’égard de la nationalisation du droit mondial, qu’il faut distinguer de l’internationalisation. Une entreprise présente sur la scène internationale, une entreprise multinationale qui opère sur différents continents, doit nécessairement entrer dans le champ du droit national américain, doit se plier au droit national américain qui, en l’occurrence, puisqu’il s’agit de droit pénal, est l’intervenant majeur et direct de l’intérêt national américain. On vient de le voir à propos des négociations qui reprennent sur le Safe Harbor [1]. Le transfert des données des entreprises fait qu’il y a une base unique et que l’essentiel des données des entreprises européennes et la data concernant leurs clients sont indéfiniment transférées aux systèmes, aux opérateurs et aux prestataires américains. Un sénateur américain vient de déclarer : « Je ne suis pas là pour me soucier des intérêts des Européens mais pour me soucier de l’intérêt des Américains ». J’aimerais qu’un certain nombre d’élus européens ou français disent la même chose et manifestent un peu plus de préférence pour l’Europe et pour la France.

Ce troisième élément, essentiel, est bien une nationalisation du droit américain appliquée à toute entreprise multinationale ou internationale. Cette nationalisation du droit a de multiples intérêts. D’abord il y a un avantage considérable à opérer dans son territoire juridique et à savoir à quelles lois on s’expose. Il y a un changement de logiciel à opérer pour nombre de dirigeants européens ou français pour qu’ils comprennent ce que sont les procédures américaines et pour qu’ils modifient un « logiciel » adapté au droit continental et, par exemple, pour qu’ils comprennent le mécanisme du plaider coupable, celui de la e-discovery , etc. Enfin, et surtout, quand la puissance fait la loi et dit le droit, il est difficile, et risqué, d’aller contre. En ce sens, la destruction du droit international, reposant sur la souveraineté des États et la territorialité des lois, est une opération stratégique maquillée sous de beaux principes, comme « l’exportation de la démocratie » ou « le devoir d’ingérence », qui sert une seule chose : l’intérêt national américain.


Ce bref survol de la nouvelle stratégie de la contrainte globale américaine, de la stratégie de nationalisation de la sphère supranationale me paraît conduire à un examen en termes de moyens.

Jean-Michel Quatrepoint a rappelé les amendes, certaines colossales, infligées à des entreprises européennes et a décrit un certain nombre de mécanismes à l’œuvre. Je voudrais poursuivre de manière un peu plus précise sur les enjeux pour les entreprises.

Le premier enjeu est la mise en place d’un « moniteur » : une personne ou une équipe qui vient à demeure au siège d’une entreprise française, allemande ou autre, missionnée par le Department of Justice (DOJ) américain, avec la capacité de se faire communiquer à tout moment n’importe quelle pièce utile à sa mission, laquelle consiste à vérifier que l’entreprise française ou européenne opère en tous cas en conformité avec le droit américain et avec l’intérêt national américain. Il y a aujourd’hui des « moniteurs » dans quatre grandes entreprises françaises. Au siège de la BNP une monitrice américaine a récemment publié une annonce pour recruter six collaborateurs que la BNP doit payer et qui a capacité à se faire communiquer toutes les pièces intéressant sa mission, y compris les délibérations du comité de direction du comité des risques etc. Chez Total, c’est un moniteur français qui opère. On peut espérer que celui-ci est un peu soucieux de l’intérêt national. Mais il faut bien le dire ; un moniteur est un espion américain, chargé de piller les secrets techniques, commerciaux, managériaux, français.

Je me suis fait expliquer les choses de manière très précise par un intervenant discret, membre dirigeant d’une grande entreprise allemande soumise à une amende récente de beaucoup de centaines de millions de dollars. Tous les journaux, m’a-t-il dit, ont parlé de l’amende, mais nous avons dépensé au moins trois fois le montant de l’amende pour répondre aux exigences américaines en termes de conformité : le coût des cabinets d’avocats qui nous ont été imposés par la justice américaine sur une liste fermée et le coût des cabinets de consultants nécessaires pour revoir toutes nos procédures internes. L’amende est un peu inférieure à un milliard, ils estiment que le coût total a été de l’ordre de 3 milliards d’euros payés à des prestataires chargés de vérifier dans chaque entité de l’entreprise et dans chacune de ses filiales à l’international la conformité aux règles américaines. Ces prestataires sont tous choisis sur des listes fermées fournies par le DOJ américain. On a là un mécanisme d’espionnage économique extrêmement puissant qui fait d’ailleurs que certains de ces cabinets américains ont ouvert dans le pays des filiales dédiées au contrôle de cette entreprise. Cela fonctionne remarquablement bien : on capte de l’argent et des ressources, on s’ouvre des implantations et on acquiert de la connaissance et de l’intelligence stratégique !

Le troisième effet très concret des procédures du DOJ est la décapitation de certains réseaux commerciaux. J’ai rencontré les dirigeants de deux ou trois entreprises, certaines liées aux industries de défense. Selon eux l’amende infligée à la BNP a tétanisé tout le monde. Depuis cette amende, m’ont-ils dit, nous n’opérons plus avec nos réseaux traditionnels car ceux-ci fonctionnaient selon les modèles anciens de commissions, de rétro-commissions, de sous-commissions, le siège de l’entreprise, simplement soucieux que les affaires se fassent, ignorant à qui vont ces commissions. Depuis un an, nous avons mis totalement en sommeil notre réseau au Proche et au Moyen-Orient, notre réseau africain, une partie même de notre réseau chinois, ce qui aboutit à une paralysie des affaires car avant de remonter un réseau équivalent, avec le conseil d’avocats américains, avec le conseil de parties prenantes qui nous veulent du bien mais qui sont évidemment d’origine anglo-saxonne, il va falloir des années…

Ceci s’accompagne d’un quatrième phénomène, le blocage des financements. On a vu Total et des banques françaises faire intervenir le gouvernement de la République pour être certains que financer les opérations en Russie dans l’opération Yamal ne leur vaudra pas des mesures de rétorsion ou accusation auprès de la justice américaine. Nous en sommes au point que des PME agro-alimentaires bretonnes ne peuvent pas trouver un euro de crédit pour des opérations en Russie parfaitement légales, y compris au vu de la politique de sanctions, tout simplement parce que les banques françaises, échaudées par ce qui leur est arrivé, considèrent trop dangereux d’accorder cent mille euros ou un million d’euros de crédit à une entreprise bretonne qui a des marchés en Russie, qui est prête à s’y implanter. Le risque est considéré trop important par des financeurs français pour qu’ils y aillent. On sait que des listes rouges, des indicateurs circulent et que toute entreprise qui actuellement signe des contrats avec l’Iran, avec la Russie, avec quelque autre pays non conforme à l’intérêt national américain, peut être visée par des mesures de rétorsion. Je me trouvais aux États-Unis en août dernier quand un sénateur américain a dit très clairement : « Si Total, entreprise française présente sur le territoire américain, prétend devancer les entreprises pétrolières américaines avec l’Iran, il faudra qu’elle paye très cher, il faudra lui fermer l’accès au marché américain ».

Sous les dehors du droit, de la morale et de la justice, nous sommes très clairement dans une démarche d’intimidation, qui peut parfois devenir un « soft terrorism ». Nos amis américains sont en train de développer un terrorisme du droit, qui aboutit par exemple à ce que nombre de comités de direction aujourd’hui en France ou en Europe ne sont plus très à l’aise quand ils prennent l’avion parce qu’ils ont peur d’être pris au jeu qui a touché en son temps le groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute), mêlé à des opérations compliquées avec les opérations sortie du CDR (Consortium de Réalisation, structure de défaisance du Crédit lyonnais). Quelques dirigeants bancaires, notamment suisses, et nombre de dirigeants de fédérations sportives, s’interrogent à chaque fois qu’ils quittent l’espace européen, se demandant s’ils ne vont pas être arrêtés à l’aéroport, déférés à la justice américaine et oubliés au fond d’un quartier de sécurité comme ce fut le cas pour un des vice-présidents d’Alstom qu’on a quand même oublié pendant un an et demi dans un quartier de haute sécurité d’une prison américaine, non qu’il fût lui-même coupable de quoi que ce soit, mais parce que cela a suffisamment tétanisé les membres du comité de direction d’Alstom pour qu’on leur fasse signer à peu près n’importe quoi.

Voilà les moyens et voilà comment les choses se passent.


Face à cela, comment agir ?

Cela commence par un sujet que Me Iweins développera beaucoup plus savamment que moi. Nous avons été formidablement aveugles et complaisants par rapport aux faits de corruption. Le pas vu pas pris a régné en maître : Ce qui se passe au sud ne concerne personne ici, la chasse est libre et vous pouvez faire ce que vous voulez ! Il faut considérer que cette page est tournée, d’autant que, contrairement à ce qui est asséné régulièrement, le droit français, le droit européen, permettent parfaitement de poursuivre les faits de corruption ; l’abus de bien social, notamment, permet de poursuivre toute remise d’enveloppe, toute commission qui n’a pas un but explicitement déclaré dans l’intérêt de l’entreprise. Nous ne manquons donc pas d’outils juridiques pour poursuivre les faits de corruption. Il faut probablement agir plus efficacement dans ce domaine, notamment parce que si des amendes, des réparations doivent être payées je préfèrerais, en tant que contribuable, qu’elles aillent au Trésor français plutôt qu’à l’extérieur. L’affaire BNP représente probablement un manque à gagner pour le Trésor français de 3 milliards d’euros. On rappelle peu que les amendes payées au DOJ et au Trésor américain le sont au détriment du Trésor français puisqu’elles viennent en déduction du chiffre d’affaires et des impôts à payer. Une politique plus résolue en matière de corruption est donc nécessaire.

Il faudrait aussi réexaminer tous les liens, de nature juridique ou autre, qui nous exposent et nous rendent particulièrement sensibles à la soumission au droit américain, voire à la « colonisation » américaine. Le premier sujet concerne la naïveté des entreprises qui ont recours à certains cabinets américains. Leurs dirigeants sont-ils conscients que le juge américain peut demander communication de toute pièce, de toute information sur toute opération contraire à l’intérêt américain ? Savent-ils qu’en vertu du e-discovery, une entreprise doit tout garder (mails internes, décisions internes et leurs motifs) pendant des années pour pouvoir tout remettre intégralement à la justice américaine ? On sait qu’un certain nombre de dénonciations à la justice américaine ont été le fait de prestataires d’entreprises. C’est une des raisons pour lesquelles nos amis chinois sont en train d’expulser tous les cabinets d’audit susceptibles de rapporter aux autorités américaines les faits éventuellement délictueux, en tout cas contraires à l’intérêt national américain qu’ils auraient pu observer en exerçant leur mission au sein d’une entreprise. C’est en effet une obligation aux États-Unis et un Américain qui y manquerait s’exposerait à des sanctions pénales.

Le traité de libre-échange transatlantique, avec l’abandon des appellations d’origine protégée (AOP), le retour en arrière sur maintes exigences sanitaires, sociales et environnementales, etc., pose d’immenses problèmes de droit, le plus grave étant probablement la pertinence et la compétence de tribunaux arbitraux pour gérer tout conflit d’investissement par rapport à l’Europe. Ceci laisse augurer de dizaines d’affaires comme celle qui vient d’opposer Philip Morris à l’État australien. Le cigarettier demandait à être indemnisé à hauteur de centaines de millions de dollars pour le manque à gagner du fait que l’État australien impose des paquets neutres pour les cigarettes. Le tribunal australien a rendu une décision de justice extrêmement insatisfaisante puisqu’elle renvoie sur la forme sans décider sur le fond. Les producteurs d’OGM ou de produits pharmaceutiques pour l’alimentation du bétail, les cigarettiers américains… pourraient ainsi attaquer tout pays européen limitant la pénétration de leurs produits, au motif que cela entrave la rentabilité du capital et nuit à leurs actionnaires. C’est très exactement ce à quoi nous expose le traité transatlantique qui soumet tout conflit entre une entreprise et la législation d’un État à la compétence d’un tribunal arbitral international. Très clairement le traité de libre-échange transatlantique pose un sujet majeur à l’égard des compétences de droit.

Le Président Obama est conscient que des systèmes qui ne laissent aucune prise au législateur américain sont en train de s’élaborer. Tels les principes concernant l’économie d’Internet adoptés en Chine et en Russie : La Russie fait obligation à tout service Internet d’avoir ses outils matériels localisés en Russie et interdit, sous peine de sanctions pénales, de traiter hors de Russie les données personnelles des citoyens russes. Cela établit un pare-feu extrêmement sérieux, en termes de propriété des informations, entre le citoyen russe et l’utilisation qui pourrait être faite de ses données personnelles par des prestataires américains. Les pare-feu chinois sont aussi très élaborés. Les Chinois sont en train de mettre en place des chambres de compensation, ils créent des marchés de matières premières qui n’ont aucun lien avec le dollar, aucun lien avec les chambres de compensation américaines et échappent totalement à la législation américaine.

Je suis pour ma part à peu près certain que, dans les dix-huit mois ou deux ans à venir, une grande banque ou un grand acteur financier européen va choisir de travailler sur ces systèmes et rompre tout lien avec les systèmes de paiement et les systèmes de compensation américains. C’est possible, il suffit de sauter le pas. Et si l’un le fait, beaucoup vont suivre.

Le dernier élément porte sur un sujet qui m’est cher. Vous avez bien voulu citer « Le Mur de l'Ouest n'est pas tombé » qui essaye de traiter de la colonisation intellectuelle et morale américaine et de la soumission – pour ne pas dire de la collaboration – des élites européennes. Mais un autre thème, celui de la diversité, fait le fond de mon travail depuis de nombreuses années. Je crois que la diversité des cultures, des civilisations, des mœurs et des systèmes juridiques est un gage de survie de notre humanité. Un modèle unique étendu à toute la terre est une condamnation étendue à l’humanité tout entière, surtout si c’est le modèle de la consommation, de la croissance et de l’économisation sans limite du monde. C’est à cet égard que la menace du droit américain me paraît la plus dangereuse. Elle consiste à subordonner le droit à l’intérêt économique, à subordonner le politique à la croissance économique et à dire que tout est bon au regard du vrai, du juste et du bien qui contribue à produire des dollars.

Je vous invite à relire la Déclaration de Cocoyoc du 23 octobre 1974. Dans une petite ville du Mexique, 40 pays non alignés s’étaient réunis et avaient demandé à ce que soit ajouté au préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations Unies un droit des sociétés humaines à la sécurité environnementale, à la sécurité culturelle et à la sécurité juridique. En d’autres termes, il faut compléter les droits de l’individu homo œconomicus par des droits des sociétés humaines à vivre en confiance, en sûreté et à ne pas se voir dépouillées de leurs principes de vie et de la maîtrise de leur destin par l’importation de systèmes de l’extérieur. Quand nous traitons de la colonisation par le droit américain, nous traitons d’une des attaques les plus dangereuses contre la diversité humaine parce que l’uniformisation du droit est l’uniformisation des consciences, des modes d’être, des modes de dire le juste, le vrai et le bien et c’est la fin de la diversité humaine. Contre cette attaque sans précédent conduite avec une âpreté et une dureté également sans précédent, je vous invite à découvrir la déclaration de Cocoyoc.

Je crois pour ma part que la diplomatie française ferait œuvre salutaire en s’engageant à compléter les droits de l’homme et du citoyen par une déclaration des droits environnementaux, juridiques et culturels des sociétés humaines à leur sécurité collective, et que cette déclaration des droits collectifs viendrait enrichir et équilibrer la déclaration des droits de l’individu.

Merci.

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[1] Par décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 06 Octobre 2015 (affaire C-362/14), le mécanisme d’adéquation Safe Habor permettant le transfert de données vers les entreprises adhérentes aux États-Unis a été invalidé. En conséquence, il n’est désormais plus possible de réaliser un tel transfert sur la base du Safe Harbor.


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Le cahier imprimé du colloque "L’extraterritorialité du droit américain" est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.

Fondation Res Publica I Vendredi 11 Mars 2016

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“Le pire ministre des Affaires étrangères a déguerpi” : hommage de l’Ambassadeur Michel Raimbaud à Laurent Fabius

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

« Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices », écrit cet éminent diplomate élevé dans la haute tradition gaulliste. Bien avant le départ de Fabius, Michel Raimbaud disait tout haut ce que les anciens du Quai d’Orsay pensaient tout bas. Sa remarquable rétrospective démontre comment, dans l’affaire syrienne, la diplomatie et la presse françaises ont été au service de la propagande anglo-américaine et comment le gouvernement français s’est mis du mauvais côté de l’Histoire. Michel Raimbaud est l’auteur de “Tempête sur le Grand Moyen-Orient”, publié aux éditions Ellipses en 2015.

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre “Tempête sur le Grad Moyen-Orient”, édition Ellipses, 2015.

Le pire ministre des Affaires étrangères jamais offert à la France [Laurent Fabius] a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.

Si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins

Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.

Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des États membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’Otan sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?

Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’État profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment, vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.

En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « À quoi servent les sanctions contre la Syrie ?» Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al-Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.
Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.

Traitement de choc infligé à la Syrie

Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :

1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».

Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.

2/ Le 10 août 2011, le gouvernement US prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens états-uniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie.

Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole. La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.

3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les États-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs États de l’Union européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’Unesco et qu’il ne peut la contraindre au départ.

4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…

Les parrains des terroristes

Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’État syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains États traînent les pieds au sein de l’Union européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.

Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur État, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.

Des sanctions pour mater un peuple résistant

Le terrible bilan enregistré en Iraq —un million et demi de morts, dont 500 000 enfants— est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter… Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix… Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.

Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?

Maintenant, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates

La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.

Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.

Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

Michel Raimbaud, article initialement publié sous le titre de « Le mensonge, la nausée et les sanctions ». M.Raimbaud est l’ancien Ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe. Ancien directeur de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS).

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

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