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Le blog de Lucien PONS

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L’imperium normatif et juridique américain et le système de financement du Department of Justice, par Hervé Juvin.

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La République

L’imperium normatif et juridique américain et le système de financement du Department of Justice

Fondation Res Publica I Vendredi 11 Mars 2016

Accueil de Hervé Juvin, président de l’Observatoire Eurogroup Consulting, auteur de‎ « Le Mur de l'Ouest n'est pas tombé : Les idées qui ont pris le pouvoir et comment le reprendre » (Pierre-Guillaume de Roux : 2015), au colloque "L’extraterritorialité du droit américain" du 1er février 2016.

Merci, Monsieur le ministre,
Bonsoir à toutes et à tous.

Je commencerai par une précision importante : Eurogroup Consulting est une entreprise d’origine française, européenne, entièrement propriété d’associés – de partners – européens. Aucun investisseur extérieur au continent européen n’est présent dans cette entreprise.

Il est difficile de compléter ce qu’a dit Jean-Michel Quatrepoint. C’est pourquoi j’essaierai de regarder les choses d’un peu loin.

Ce qui est en train de se passer est une conversion du modèle de puissance, du modèle stratégique américain.
Dans les années 90, on évoquait la révolution dans les affaires militaires.

Plus récemment, on a beaucoup parlé du « leading from behind » que le Président Obama a théorisé à partir d’un célèbre discours à West Point, repris en plusieurs occasions. Le « leading from behind » s’illustre dans l’affaire libyenne : Quelques excités avaient convaincu le Président français d’intervenir à Benghazi. Les Américains auraient pu le faire et sans doute en d’autres temps auraient-ils agi. En l’occurrence ils ont mis à disposition une infrastructure mais, pour le grand bonheur du peuple libyen, prêt à la démocratie, ils ont laissé les Français et les Britanniques y aller d’abord. On peut s’inquiéter, voyant la fièvre qui monte au Proche et au Moyen-Orient, d’une application du « leading from behind » qui pourrait entraîner la France dans d’autres aventures.

Nous sommes face désormais à une stratégie beaucoup plus ample. Au-delà de ses aspects militaire et industriel, la puissance politique réside aujourd’hui dans la capacité à dire le droit et à faire appliquer ce droit, la capacité à tenir les circuits financiers du monde entier et la capacité à maîtriser l’ensemble des circuits d’information et de représentation (ceux qui ont vu les foules chinoises se précipiter pour voir la nouvelle version de « Star Wars » comprennent ce que je veux dire). Là est l’équation de la nouvelle puissance mondiale dont nos amis américains tirent un modèle stratégique. Nous Français, un peu timides dans l’analyse, tardons peut-être à la prise en compte nécessaire pour nous en prémunir.


Ce modèle stratégique repose sur trois éléments :

1. D’abord l’enrôlement ou la soumission des alliés. Aujourd’hui, la conscience stratégique américaine a renoncé à faire régner la démocratie partout dans le monde et, probablement, à se soumettre ou à dominer ces pays décidément biza rres qui n’entendent pas que devenir un Américain comme les autres soit le rêve de tous. C’est le cas de ces drôles d’Indiens qui ont élu Narendra Modi ; c’est le cas de ces drôles de Chinois qui prétendent faire une synthèse inédite entre le maoïsme et le capitalisme à certains égards le plus débridé ; c’est le cas de ces Russes qui prétendent eux aussi faire une synthèse entre nationalisme, orthodoxie et un « esprit russe » destiné à survivre à l’individualisme américain. Tout ceci a une conséquence que vous évoquiez dans votre introduction, c’est que les choses se durcissent, moins à l’extérieur qu’à l’intérieur. Les alliés doivent se soumettre et s’enrôler dans les batailles stratégiques américaines. La France et l’Europe en font les frais. Toute manifestation d’indépendance, toute tentative d’armer une Europe politique serait immédiatement très sévèrement et très durement sanctionnée par nos amis américains. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les grandes entreprises américaines financent si généreusement la campagne britannique pour le « Oui » au « Brexit ».

2. Le deuxième élément de cette nouvelle puissance impériale consiste à faire acquitter des péages.
Les États-Unis ont très largement renoncé aux sources de richesse du passé. Ils restent une puissance agricole très largement autocentrée et s’ils ont envie de reconquérir un certain nombre de positions industrielles, c’est souvent dans une posture de protection ou d’indépendance.

Les États-Unis développent une stratégie de contrainte globale qui consiste à faire payer partout dans le monde ce qui circule, ce qui vaut et ce qui bouge.

C’est extrêmement clair dans le domaine des échanges financiers. Depuis cinquante ans, les pays ou les dirigeants qui ont essayé de s’émanciper de la tutelle du dollar ont très mal fini (le dernier était Saddam Hussein). Ceux qui, dans l’histoire, ont essayé de maintenir le secret bancaire ou qui ont essayé de faire vivre des circuits bancaires ou financiers hors de la tutelle américaine, ont eu à en pâtir (je pense notamment à nos amis suisses). Dorénavant, les capitaux en recherche d’anonymat vont se réfugier… aux États-Unis ! Et voilà comment, au nom de grands principes, se font les bonnes affaires !

Je crois pouvoir annoncer sans beaucoup me tromper que les brevets sur le vivant, cette capacité inouïe qu’a ouverte le droit américain de déposer, d’acquérir la propriété d’éléments de la nature, doit permettre de faire payer des péages partout dans le monde à la vie. Par exemple, dans aucune ville américaine on n’achète un animal domestique en situation de se reproduire car cela ferait perdre des revenus aux éleveurs de chiens, de chats etc. La propriété des droits sur le vivant, sur l’eau, sur la reproduction des plantes, des arbres ou de tout ce qui sert à se nourrir, va permettre de toucher des royalties partout dans le monde.

Il se trouve que je connais bien la Zambie et le Malawi. Une pression extrêmement forte s’exerce sur ces deux pays d’Afrique australe qui, sous l’influence notamment d’experts français, refusent d’accepter la culture d’OGM, pression tellement forte que ces pays se sont vus menacer de se voir suspendre les aides pharmaceutiques, les aides au développement et les aides alimentaires, y compris pour les enfants du Malawi, s’ils n’acceptaient pas sans limites les produits OGM des multinationales américaines, notamment de Monsanto. Le rôle de la Fondation Bill & Melinda Gates dans ce domaine est tout à fait remarquable : ils éduquent les enfants à accepter les OGM et à convaincre leurs parents que la meilleure solution au problème de sècheresse et de famine est le développement des OGM. Or les OGM sont une colonisation du sol puisque nul n’est plus propriétaire de ses plantes et de la germination de ses plantes et il faut payer à chaque nouvelle récolte.

Le second thème stratégique majeur est donc de faire payer des péages partout dans le monde. Jean-Michel Quatrepoint en a donné d’excellents exemples. Partout dans le monde, toute transaction en dollar tombe sous le coup de la loi américaine. De la même manière, si pour une raison ou une autre on entre dans le champ de l’administration fiscale américaine, elle peut réclamer le manque à gagner par rapport à ce qu’elle aurait dû toucher si on était résident américain et si on avait déclaré ses revenus et ses capitaux aux États-Unis.

Faire payer des péages partout dans le monde est l’une des sources majeures de la puissance américaine pour la décennie à venir.

3. C’est par l’arme du droit que les États-Unis obtiennent le paiement de ces péages et la connaissance de tout ce qui se passe, de tout ce qui bouge et de tout ce qui vaut.

Les États-Unis sont très en avance dans leur stratégie à l’égard de la nationalisation du droit mondial, qu’il faut distinguer de l’internationalisation. Une entreprise présente sur la scène internationale, une entreprise multinationale qui opère sur différents continents, doit nécessairement entrer dans le champ du droit national américain, doit se plier au droit national américain qui, en l’occurrence, puisqu’il s’agit de droit pénal, est l’intervenant majeur et direct de l’intérêt national américain. On vient de le voir à propos des négociations qui reprennent sur le Safe Harbor [1]. Le transfert des données des entreprises fait qu’il y a une base unique et que l’essentiel des données des entreprises européennes et la data concernant leurs clients sont indéfiniment transférées aux systèmes, aux opérateurs et aux prestataires américains. Un sénateur américain vient de déclarer : « Je ne suis pas là pour me soucier des intérêts des Européens mais pour me soucier de l’intérêt des Américains ». J’aimerais qu’un certain nombre d’élus européens ou français disent la même chose et manifestent un peu plus de préférence pour l’Europe et pour la France.

Ce troisième élément, essentiel, est bien une nationalisation du droit américain appliquée à toute entreprise multinationale ou internationale. Cette nationalisation du droit a de multiples intérêts. D’abord il y a un avantage considérable à opérer dans son territoire juridique et à savoir à quelles lois on s’expose. Il y a un changement de logiciel à opérer pour nombre de dirigeants européens ou français pour qu’ils comprennent ce que sont les procédures américaines et pour qu’ils modifient un « logiciel » adapté au droit continental et, par exemple, pour qu’ils comprennent le mécanisme du plaider coupable, celui de la e-discovery , etc. Enfin, et surtout, quand la puissance fait la loi et dit le droit, il est difficile, et risqué, d’aller contre. En ce sens, la destruction du droit international, reposant sur la souveraineté des États et la territorialité des lois, est une opération stratégique maquillée sous de beaux principes, comme « l’exportation de la démocratie » ou « le devoir d’ingérence », qui sert une seule chose : l’intérêt national américain.


Ce bref survol de la nouvelle stratégie de la contrainte globale américaine, de la stratégie de nationalisation de la sphère supranationale me paraît conduire à un examen en termes de moyens.

Jean-Michel Quatrepoint a rappelé les amendes, certaines colossales, infligées à des entreprises européennes et a décrit un certain nombre de mécanismes à l’œuvre. Je voudrais poursuivre de manière un peu plus précise sur les enjeux pour les entreprises.

Le premier enjeu est la mise en place d’un « moniteur » : une personne ou une équipe qui vient à demeure au siège d’une entreprise française, allemande ou autre, missionnée par le Department of Justice (DOJ) américain, avec la capacité de se faire communiquer à tout moment n’importe quelle pièce utile à sa mission, laquelle consiste à vérifier que l’entreprise française ou européenne opère en tous cas en conformité avec le droit américain et avec l’intérêt national américain. Il y a aujourd’hui des « moniteurs » dans quatre grandes entreprises françaises. Au siège de la BNP une monitrice américaine a récemment publié une annonce pour recruter six collaborateurs que la BNP doit payer et qui a capacité à se faire communiquer toutes les pièces intéressant sa mission, y compris les délibérations du comité de direction du comité des risques etc. Chez Total, c’est un moniteur français qui opère. On peut espérer que celui-ci est un peu soucieux de l’intérêt national. Mais il faut bien le dire ; un moniteur est un espion américain, chargé de piller les secrets techniques, commerciaux, managériaux, français.

Je me suis fait expliquer les choses de manière très précise par un intervenant discret, membre dirigeant d’une grande entreprise allemande soumise à une amende récente de beaucoup de centaines de millions de dollars. Tous les journaux, m’a-t-il dit, ont parlé de l’amende, mais nous avons dépensé au moins trois fois le montant de l’amende pour répondre aux exigences américaines en termes de conformité : le coût des cabinets d’avocats qui nous ont été imposés par la justice américaine sur une liste fermée et le coût des cabinets de consultants nécessaires pour revoir toutes nos procédures internes. L’amende est un peu inférieure à un milliard, ils estiment que le coût total a été de l’ordre de 3 milliards d’euros payés à des prestataires chargés de vérifier dans chaque entité de l’entreprise et dans chacune de ses filiales à l’international la conformité aux règles américaines. Ces prestataires sont tous choisis sur des listes fermées fournies par le DOJ américain. On a là un mécanisme d’espionnage économique extrêmement puissant qui fait d’ailleurs que certains de ces cabinets américains ont ouvert dans le pays des filiales dédiées au contrôle de cette entreprise. Cela fonctionne remarquablement bien : on capte de l’argent et des ressources, on s’ouvre des implantations et on acquiert de la connaissance et de l’intelligence stratégique !

Le troisième effet très concret des procédures du DOJ est la décapitation de certains réseaux commerciaux. J’ai rencontré les dirigeants de deux ou trois entreprises, certaines liées aux industries de défense. Selon eux l’amende infligée à la BNP a tétanisé tout le monde. Depuis cette amende, m’ont-ils dit, nous n’opérons plus avec nos réseaux traditionnels car ceux-ci fonctionnaient selon les modèles anciens de commissions, de rétro-commissions, de sous-commissions, le siège de l’entreprise, simplement soucieux que les affaires se fassent, ignorant à qui vont ces commissions. Depuis un an, nous avons mis totalement en sommeil notre réseau au Proche et au Moyen-Orient, notre réseau africain, une partie même de notre réseau chinois, ce qui aboutit à une paralysie des affaires car avant de remonter un réseau équivalent, avec le conseil d’avocats américains, avec le conseil de parties prenantes qui nous veulent du bien mais qui sont évidemment d’origine anglo-saxonne, il va falloir des années…

Ceci s’accompagne d’un quatrième phénomène, le blocage des financements. On a vu Total et des banques françaises faire intervenir le gouvernement de la République pour être certains que financer les opérations en Russie dans l’opération Yamal ne leur vaudra pas des mesures de rétorsion ou accusation auprès de la justice américaine. Nous en sommes au point que des PME agro-alimentaires bretonnes ne peuvent pas trouver un euro de crédit pour des opérations en Russie parfaitement légales, y compris au vu de la politique de sanctions, tout simplement parce que les banques françaises, échaudées par ce qui leur est arrivé, considèrent trop dangereux d’accorder cent mille euros ou un million d’euros de crédit à une entreprise bretonne qui a des marchés en Russie, qui est prête à s’y implanter. Le risque est considéré trop important par des financeurs français pour qu’ils y aillent. On sait que des listes rouges, des indicateurs circulent et que toute entreprise qui actuellement signe des contrats avec l’Iran, avec la Russie, avec quelque autre pays non conforme à l’intérêt national américain, peut être visée par des mesures de rétorsion. Je me trouvais aux États-Unis en août dernier quand un sénateur américain a dit très clairement : « Si Total, entreprise française présente sur le territoire américain, prétend devancer les entreprises pétrolières américaines avec l’Iran, il faudra qu’elle paye très cher, il faudra lui fermer l’accès au marché américain ».

Sous les dehors du droit, de la morale et de la justice, nous sommes très clairement dans une démarche d’intimidation, qui peut parfois devenir un « soft terrorism ». Nos amis américains sont en train de développer un terrorisme du droit, qui aboutit par exemple à ce que nombre de comités de direction aujourd’hui en France ou en Europe ne sont plus très à l’aise quand ils prennent l’avion parce qu’ils ont peur d’être pris au jeu qui a touché en son temps le groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute), mêlé à des opérations compliquées avec les opérations sortie du CDR (Consortium de Réalisation, structure de défaisance du Crédit lyonnais). Quelques dirigeants bancaires, notamment suisses, et nombre de dirigeants de fédérations sportives, s’interrogent à chaque fois qu’ils quittent l’espace européen, se demandant s’ils ne vont pas être arrêtés à l’aéroport, déférés à la justice américaine et oubliés au fond d’un quartier de sécurité comme ce fut le cas pour un des vice-présidents d’Alstom qu’on a quand même oublié pendant un an et demi dans un quartier de haute sécurité d’une prison américaine, non qu’il fût lui-même coupable de quoi que ce soit, mais parce que cela a suffisamment tétanisé les membres du comité de direction d’Alstom pour qu’on leur fasse signer à peu près n’importe quoi.

Voilà les moyens et voilà comment les choses se passent.


Face à cela, comment agir ?

Cela commence par un sujet que Me Iweins développera beaucoup plus savamment que moi. Nous avons été formidablement aveugles et complaisants par rapport aux faits de corruption. Le pas vu pas pris a régné en maître : Ce qui se passe au sud ne concerne personne ici, la chasse est libre et vous pouvez faire ce que vous voulez ! Il faut considérer que cette page est tournée, d’autant que, contrairement à ce qui est asséné régulièrement, le droit français, le droit européen, permettent parfaitement de poursuivre les faits de corruption ; l’abus de bien social, notamment, permet de poursuivre toute remise d’enveloppe, toute commission qui n’a pas un but explicitement déclaré dans l’intérêt de l’entreprise. Nous ne manquons donc pas d’outils juridiques pour poursuivre les faits de corruption. Il faut probablement agir plus efficacement dans ce domaine, notamment parce que si des amendes, des réparations doivent être payées je préfèrerais, en tant que contribuable, qu’elles aillent au Trésor français plutôt qu’à l’extérieur. L’affaire BNP représente probablement un manque à gagner pour le Trésor français de 3 milliards d’euros. On rappelle peu que les amendes payées au DOJ et au Trésor américain le sont au détriment du Trésor français puisqu’elles viennent en déduction du chiffre d’affaires et des impôts à payer. Une politique plus résolue en matière de corruption est donc nécessaire.

Il faudrait aussi réexaminer tous les liens, de nature juridique ou autre, qui nous exposent et nous rendent particulièrement sensibles à la soumission au droit américain, voire à la « colonisation » américaine. Le premier sujet concerne la naïveté des entreprises qui ont recours à certains cabinets américains. Leurs dirigeants sont-ils conscients que le juge américain peut demander communication de toute pièce, de toute information sur toute opération contraire à l’intérêt américain ? Savent-ils qu’en vertu du e-discovery, une entreprise doit tout garder (mails internes, décisions internes et leurs motifs) pendant des années pour pouvoir tout remettre intégralement à la justice américaine ? On sait qu’un certain nombre de dénonciations à la justice américaine ont été le fait de prestataires d’entreprises. C’est une des raisons pour lesquelles nos amis chinois sont en train d’expulser tous les cabinets d’audit susceptibles de rapporter aux autorités américaines les faits éventuellement délictueux, en tout cas contraires à l’intérêt national américain qu’ils auraient pu observer en exerçant leur mission au sein d’une entreprise. C’est en effet une obligation aux États-Unis et un Américain qui y manquerait s’exposerait à des sanctions pénales.

Le traité de libre-échange transatlantique, avec l’abandon des appellations d’origine protégée (AOP), le retour en arrière sur maintes exigences sanitaires, sociales et environnementales, etc., pose d’immenses problèmes de droit, le plus grave étant probablement la pertinence et la compétence de tribunaux arbitraux pour gérer tout conflit d’investissement par rapport à l’Europe. Ceci laisse augurer de dizaines d’affaires comme celle qui vient d’opposer Philip Morris à l’État australien. Le cigarettier demandait à être indemnisé à hauteur de centaines de millions de dollars pour le manque à gagner du fait que l’État australien impose des paquets neutres pour les cigarettes. Le tribunal australien a rendu une décision de justice extrêmement insatisfaisante puisqu’elle renvoie sur la forme sans décider sur le fond. Les producteurs d’OGM ou de produits pharmaceutiques pour l’alimentation du bétail, les cigarettiers américains… pourraient ainsi attaquer tout pays européen limitant la pénétration de leurs produits, au motif que cela entrave la rentabilité du capital et nuit à leurs actionnaires. C’est très exactement ce à quoi nous expose le traité transatlantique qui soumet tout conflit entre une entreprise et la législation d’un État à la compétence d’un tribunal arbitral international. Très clairement le traité de libre-échange transatlantique pose un sujet majeur à l’égard des compétences de droit.

Le Président Obama est conscient que des systèmes qui ne laissent aucune prise au législateur américain sont en train de s’élaborer. Tels les principes concernant l’économie d’Internet adoptés en Chine et en Russie : La Russie fait obligation à tout service Internet d’avoir ses outils matériels localisés en Russie et interdit, sous peine de sanctions pénales, de traiter hors de Russie les données personnelles des citoyens russes. Cela établit un pare-feu extrêmement sérieux, en termes de propriété des informations, entre le citoyen russe et l’utilisation qui pourrait être faite de ses données personnelles par des prestataires américains. Les pare-feu chinois sont aussi très élaborés. Les Chinois sont en train de mettre en place des chambres de compensation, ils créent des marchés de matières premières qui n’ont aucun lien avec le dollar, aucun lien avec les chambres de compensation américaines et échappent totalement à la législation américaine.

Je suis pour ma part à peu près certain que, dans les dix-huit mois ou deux ans à venir, une grande banque ou un grand acteur financier européen va choisir de travailler sur ces systèmes et rompre tout lien avec les systèmes de paiement et les systèmes de compensation américains. C’est possible, il suffit de sauter le pas. Et si l’un le fait, beaucoup vont suivre.

Le dernier élément porte sur un sujet qui m’est cher. Vous avez bien voulu citer « Le Mur de l'Ouest n'est pas tombé » qui essaye de traiter de la colonisation intellectuelle et morale américaine et de la soumission – pour ne pas dire de la collaboration – des élites européennes. Mais un autre thème, celui de la diversité, fait le fond de mon travail depuis de nombreuses années. Je crois que la diversité des cultures, des civilisations, des mœurs et des systèmes juridiques est un gage de survie de notre humanité. Un modèle unique étendu à toute la terre est une condamnation étendue à l’humanité tout entière, surtout si c’est le modèle de la consommation, de la croissance et de l’économisation sans limite du monde. C’est à cet égard que la menace du droit américain me paraît la plus dangereuse. Elle consiste à subordonner le droit à l’intérêt économique, à subordonner le politique à la croissance économique et à dire que tout est bon au regard du vrai, du juste et du bien qui contribue à produire des dollars.

Je vous invite à relire la Déclaration de Cocoyoc du 23 octobre 1974. Dans une petite ville du Mexique, 40 pays non alignés s’étaient réunis et avaient demandé à ce que soit ajouté au préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations Unies un droit des sociétés humaines à la sécurité environnementale, à la sécurité culturelle et à la sécurité juridique. En d’autres termes, il faut compléter les droits de l’individu homo œconomicus par des droits des sociétés humaines à vivre en confiance, en sûreté et à ne pas se voir dépouillées de leurs principes de vie et de la maîtrise de leur destin par l’importation de systèmes de l’extérieur. Quand nous traitons de la colonisation par le droit américain, nous traitons d’une des attaques les plus dangereuses contre la diversité humaine parce que l’uniformisation du droit est l’uniformisation des consciences, des modes d’être, des modes de dire le juste, le vrai et le bien et c’est la fin de la diversité humaine. Contre cette attaque sans précédent conduite avec une âpreté et une dureté également sans précédent, je vous invite à découvrir la déclaration de Cocoyoc.

Je crois pour ma part que la diplomatie française ferait œuvre salutaire en s’engageant à compléter les droits de l’homme et du citoyen par une déclaration des droits environnementaux, juridiques et culturels des sociétés humaines à leur sécurité collective, et que cette déclaration des droits collectifs viendrait enrichir et équilibrer la déclaration des droits de l’individu.

Merci.

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[1] Par décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 06 Octobre 2015 (affaire C-362/14), le mécanisme d’adéquation Safe Habor permettant le transfert de données vers les entreprises adhérentes aux États-Unis a été invalidé. En conséquence, il n’est désormais plus possible de réaliser un tel transfert sur la base du Safe Harbor.


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Le cahier imprimé du colloque "L’extraterritorialité du droit américain" est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.

Fondation Res Publica I Vendredi 11 Mars 2016

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“Le pire ministre des Affaires étrangères a déguerpi” : hommage de l’Ambassadeur Michel Raimbaud à Laurent Fabius

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

« Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices », écrit cet éminent diplomate élevé dans la haute tradition gaulliste. Bien avant le départ de Fabius, Michel Raimbaud disait tout haut ce que les anciens du Quai d’Orsay pensaient tout bas. Sa remarquable rétrospective démontre comment, dans l’affaire syrienne, la diplomatie et la presse françaises ont été au service de la propagande anglo-américaine et comment le gouvernement français s’est mis du mauvais côté de l’Histoire. Michel Raimbaud est l’auteur de “Tempête sur le Grand Moyen-Orient”, publié aux éditions Ellipses en 2015.

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre “Tempête sur le Grad Moyen-Orient”, édition Ellipses, 2015.

Le pire ministre des Affaires étrangères jamais offert à la France [Laurent Fabius] a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.

Si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins

Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.

Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des États membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’Otan sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?

Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’État profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment, vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.

En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « À quoi servent les sanctions contre la Syrie ?» Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al-Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.
Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.

Traitement de choc infligé à la Syrie

Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :

1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».

Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.

2/ Le 10 août 2011, le gouvernement US prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens états-uniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie.

Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole. La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.

3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les États-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs États de l’Union européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’Unesco et qu’il ne peut la contraindre au départ.

4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…

Les parrains des terroristes

Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’État syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains États traînent les pieds au sein de l’Union européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.

Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur État, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.

Des sanctions pour mater un peuple résistant

Le terrible bilan enregistré en Iraq —un million et demi de morts, dont 500 000 enfants— est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter… Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix… Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.

Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?

Maintenant, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates

La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.

Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.

Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

Michel Raimbaud, article initialement publié sous le titre de « Le mensonge, la nausée et les sanctions ». M.Raimbaud est l’ancien Ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe. Ancien directeur de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS).

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

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Le 14 février le journal allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung » titrait : « Poutine utilise les réfugiés comme arme ».

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #l'immigration, #Terrorisme

utilise les réfugiés comme arme pour diviser l’Europe ?

Le 9 mars 2016 Réseau International

Le 14 février le journal allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung » titrait : « Poutine utilise les réfugiés comme arme ».

Le « FAZ » cite ici ce que le sénateur américain John McCain avait dit la semaine précédente lors de la « conférence de Munich sur la sécurité ». Le « FAZ » écrit : « Pour le partisan de la ligne dure qu’est John McCain, Poutine n’a qu’un seul but : diviser l’Occident. » Il est révélateur que le multimilliardaire américain George Soros a utilisé presque les mêmes mots que McCain sur son site internet « project-syndicate.org » le 10 février, donc deux jours avant le début de la conférence de Munich sur la sécurité.

Ouverture dans

écrit ce qui suit : « Le but actuel de Poutine, c’est d’accélérer la dissolution de l’UE, et le meilleur moyen pour y parvenir, c’est de l’inonder avec des réfugiés. ». Selon Soros, c’est la Russie qui provoque les énormes flux de réfugiés, parce qu’elle effectue sans cesse selon lui des attaques aériennes contre la population civile en Syrie. Evaluons maintenant les accusations de McCain et Soros contre Poutine.

Le 14 février le journal allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung » titrait : « Poutine utilise les réfugiés comme arme ».
Le 14 février le journal allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung » titrait : « Poutine utilise les réfugiés comme arme ».

Le 14 février le journal allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung » titrait : « Poutine utilise les réfugiés comme arme ».

Le « FAZ » cite ici ce que le sénateur américain John McCain avait dit la semaine précédente lors de la « conférence de Munich sur la sécurité ». Le « FAZ » écrit : « Pour le partisan de la ligne dure qu’est John McCain, Poutine n’a qu’un seul but : diviser l’Occident. » Il est révélateur que le multimilliardaire américain George Soros a utilisé presque les mêmes mots que McCain sur son site internet « project-syndicate.org » le 10 février, donc deux jours avant le début de la conférence de Munich sur la sécurité.

Ouverture dans

Soros écrit ce qui suit : « Le but actuel de Poutine, c’est d’accélérer la dissolution de l’UE, et le meilleur moyen pour y parvenir, c’est de l’inonder avec des réfugiés. ». Selon Soros, c’est la Russie qui provoque les énormes flux de réfugiés, parce qu’elle effectue sans cesse selon lui des attaques aériennes contre la population civile en Syrie. Evaluons maintenant les accusations de McCain et Soros contre Poutine.

Premièrement. Les flux massifs de réfugiés ont déjà commencé en 2014, donc bien avant que la Russie n’intervienne dans le conflit syrien avec des bombardements. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés indique fin 2014 un nombre de 3,88 millions de Syriens en fuite.

Deuxièmement. L’escalade militaire au Proche-Orient, qui s’intensifie continuellement, peut être en grande partie attribuée aux activités du gouvernement des Etats-Unis et de ses instigateurs. La mise en place, l’entraînement et le financement du groupe terroriste islamique « EI » par les services secrets américains (la CIA) fait partie de cette escalade. Le gouvernement américain a lui-même avoué que la cible véritable de la « coalition anti-EI » n’est pas le groupe terroriste « EI », mais la Syrie elle-même. Le gouvernement des Etats-Unis a donc plus nui à la Syrie avec ses bombardements pendant des années, qu’elle n’a efficacement combattu le groupe terroriste EI. C’est exactement cela qui a principalement provoqué les vagues de réfugiés syriens.

Troisièmement. Il est avéré que le spéculateur financier américain George Soros soutient les flux de réfugiés vers l’Europe depuis 2005 déjà. Il met cela en œuvre au travers de son réseau qui englobe ses médias et douze fondations extrêmement riches appelées « fondations pour la démocratisation ». Soros a posé l’exigence que dans un futur proche l’UE accepte un million de demandeurs d’asile par an. « Pro Asyl » est vu comme « la branche allemande des fondations Open Society », à travers lesquelles Soros soutient la migration vers l’Allemagne.

Quatrièmement. Au reproche du premier ministre hongrois Viktor Orban contre Soros, « d’attiser le feu et de vouloir affaiblir l’Europe à travers la vague de réfugiés », Soros a répondu de la manière suivante : « Le plan d’Orban considère que la protection des frontières des pays est le but et les réfugiés sont les obstacles. Notre plan en revanche considère que la protection des réfugiés est le but et les frontières des pays sont l’obstacle. »

Selon le docteur Michael Vogt, journaliste et professeur à l’Université de Leipzig, Soros a pour la première fois « vendu la mèche » avec cette déclaration. De plus, le professeur Vogt a dit dans un exposé : « Pour la première fois il est dit clairement qu’il s’agit de nier, de détruire et de ruiner les frontières des pays (c’est-à-dire les identités nationales), et que cela est le but déclaré d’un plan en six étapes. »

En résumé nous pouvons dire qu’aussi bien le sénateur américain McCain en tant que représentant du gouvernement américain, que le globaliste Soros veulent faire porter le chapeau au président russe pour ce qu’ils ont précisément eux-mêmes planifié de manière ciblée et mis en pratique sans aucun scrupule, à savoir la dissolution des identités nationales et des frontières ainsi que l’affaiblissement et la déstabilisation totale de l’Europe au moyen des immenses flux de réfugiés. L’Europe aussi doit sombrer dans la destruction et le chaos et appeler au secours un nouvel ordre mondial, comme cela est déjà arrivé au Proche-Orient et au Moyen-Orient, ainsi qu’en Afrique du Nord. Mais ce nouvel ordre mondial va conduire les peuples dans la dépendance totale, la misère et l’esclavage.

kn

Sources / Liens : http://www.faz.net/aktuell/politik/sicherheitskonferenz/senator-mccain-putin-nutzt-die-fluechtlinge-als-waffe-14069548.html.
http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/geostrategie/peter-orzechowski/der-heimliche-drahtzieher.html;jsessionid=267D8CA60BD909D4CB02AB668DE40ED6
http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/deutschland/friederike-beck/betreutes-fliehen-george-soros-und-das-netzwerk-um-pro-asyl.html;jsessionid=A2E7437F82F67144879428800702B82E
https://www.project-syndicate.org/commentary/putin-no-ally-against-isis-by-george-soros-2016-02/german
http://www.info-direkt.eu/duell-viktor-orban-george-soros/
http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-10-30/orban-accuses-soros-of-stoking-refugee-wave-to-weaken-europe
http://www.breitbart.com/london/2015/11/02/soros-admits-involvement-in-migrant-crisis-national-borders-are-the-obstacle

source: http://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

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Les fondations Soros sont indésirables en Russie. Pour arrêter d'être pillés et trahis la France doit faire la même chose.

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #Le grand banditisme

Les fondations Soros sont indésirables en Russie

11 mars 2016, Réseau International

Les fondations Soros sont indésirables en Russie. Pour arrêter d'être pillés et trahis la France doit faire la même chose.

 

L’été dernier, la justice russe avait déclaré « indésirables » deux organisations non gouvernementales du milliardaire américain George Soros. Marina Gridneva du parquet général de Moscou a justifié ce jugement comme suit : L’O.S.I. Assistance Foundation et l’Open Society Foundation mettent en danger l’ordre constitutionnel de la Russie et la sécurité de l’Etat. Dans beaucoup de médias occidentaux, l’expulsion hors de Russie des deux fondations du milliardaire américain Soros a été considérée comme une attaque anti-démocratique contre la société civile. Cette critique est-elle justifiée ?

Ouverture dans

Pour clarifier cette question, il convient d’éclairer rétrospectivement les trois aspects suivants:

Premièrement : La mise en danger de la sécurité.

Le milliardaire américain George Soros est intervenu de façon répétée directement dans des procès politiques, prétendument pour faire progresser la « liberté » et la « démocratie ». Pendant la guerre froide Soros avait déjà soutenu des mouvements d’opposition et des organisations non-gouvernementales, mais aussi des services sociaux en Europe de l’Est par son puissant réseau de fondations. Il s’est fabriqué, notamment par le biais de son propre cartel médiatique, une image de philanthrope et de sponsor des développements démocratiques. D’un autre côté il a aussi été démasqué comme initiateur de déstabilisations et de bouleversements semblables à des guerres civiles. C’est ainsi qu’il a été un instigateur prépondérant des « révolutions de couleurs », du « printemps arabe » et du coup d’état sanglant sur le Maïdan de Kiev.

Dans une interview sur CNN en mai 2014 Soros a dit lui-même qu’il a établi une fondation Soros en Ukraine. Celle-ci aurait « eu pour résultat au final la chute du chef d’Etat élu et l’installation d’une junte minutieusement choisie par le ministère des affaires étrangères. » Des manifestants du Maïdan et d’ailleurs appartenaient au réseau de Soros et étaient formés et financés de manière ciblée par l’International Renaissance Foundation (IRF) et l’Open Society Foundation. Il n’est donc pas étonnant que la Russie fasse tout pour que cette histoire dramatique ne se répète dans le pays.

Deuxièmement : Des raisons économiques.

Pour la Russie Soros n’est justement pas un inconnu. A ce point le journaliste germano-américain William Engdahl explique ce qui suit dans son article intitulé « Une petite histoire de la corruption – Quand des milliardaires font de la politique » :

« Celui qui est rompu à l’histoire de l’Open Society Foundation en Europe de l’Ouest et à l’échelle du monde depuis la fin des années 80, sait que les projets prétendus philanthropiques « favorables à la démocratie » des années 90 en Pologne, en Russie ou en Ukraine ont permis à l’homme d’affaire Soros de littéralement piller les pays autrefois communistes. A ses côtés se trouvait à l’époque le professeur de Harvard […] Jeffrey Sachs, qui persuadait les gouvernements post-soviétiques de procéder à des privatisations et à l’ouverture immédiate au « marché libre » au lieu d’avancer par étapes. »

Troisièmement : Soros est un délinquant condamné et un spéculateur qui n’a d’égards pour personne.

En 2006 Soros a été condamné pour délit d’initié à la suite de spéculations avec des actions de la grande banque française la Société Générale. En 2011 Le jugement a été entériné en dernière instance par la Cour de Justice Européenne pour les droits de l’homme. Mais il y a pire. Les activités de Soros à titre de manager de placements d’argent ont plusieurs fois porté sur les devises de pays d’Europe et d’Asie, pays qui ont été économiquement affaiblis en conséquence de cela. Dans une interview du journal ZEIT où on lui demandait si, en tant que spéculateur, il s’inquiétait des conséquences politiques et sociales de ses activités, il a répondu ce qui suit :

« A titre d’investisseur qui respecte la loi et qui en outre suit les règles du marché, je ne peux pas m’occuper des conséquences sociales de mes activités. »

Un autre exemple de l’absence de scrupules de Soros, c’est son engagement pour la légalisation des drogues. Sous prétexte d’une « société libre », il accepte que la société soit affaiblie par la dépendance de la drogue, pour que lui-même ait en retour un avantage financier. A ce sujet regardez aussi l’émission « Légalisation du cannabis – Un moyen pour établir le nouvel ordre mondial ? » En 2010 Soros a investi des millions pour la légalisation de la marijuana. A titre d’actionnaire de Monsanto, une multinationale de biotechnologie qui depuis des années travaille à faire breveter la marijuana transgénique, il pourrait actuellement profiter massivement d’une vague de légalisation.

En résumé cela veut dire la chose suivante : En expulsant les fondations de Soros de Russie, non seulement la Russie a pris une option dans le sens de son autoprotection, mais ceci a aussi valeur d’exemple pour que le reste de l’Europe fasse de même pour sa propre protection. Car il est bien évident que pour Soros il ne s’agit pas de démocratie, de liberté des personnes et de subventions culturelles, mais d’ouvrir sournoisement une porte pour que des sociétés stables soient accaparées sans scrupule par des intérêts capitalistes étrangers. S’il vous plaît, à ce sujet voyez aussi notre émission (en allemand) « George Soros – défenseur d’une dictature mondiale » du 29 octobre 2015.

Frank H. Stephan Tabea S.

Liens

(0)www.n-tv.de/politik/Moskau-verbietet-NGOs-von-Soros-article16468376.html
(1)www.nzz.ch/international/europa/russland-knebelt-buergergesellschaft-weiter-1.18577087
(2)(1)www.zeit.de/1993/49/die-welt-ist-mir-nicht-egal/seite-4
(3)http://deutsche-wirtschafts-nachrichten.de/2014/05/13/monsanto-will-von-marihuana-freigabe-profitieren/
(4)www.youtube.com/watch?v=h-kv7yEUOtQ
und-https://www.youtube.com/watch?v=SWn24ZD2c-Q
und:http://www.epochtimes.de/politik/welt/migranten-handbuch-auf-insel-lesbos-verteilt-fluechtlingsstroeme-als-migrationswaffe-zur-destabilisierung-a1270534.html
und:http://www.info-direkt.eu/fluchthelfer-in-made-by-us-think-tank/
http://www.thetruthseeker.co.uk/?p=123804
www.youtube.com/watch?v=bd_7hXuv9aQ
http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/geostrategie/friederike-beck/wie-das-big-money-die-migrationskorridore-nach-europa-steuert-teil-i-die-international-migration.html
(5):http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/europa/f-william-engdahl/eine-kurze-geschichte-der-korruption-wenn-milliardaere-politik-machen.html
(6) Matthias Rude: Die gekaufte Revolution, in: Ronald Thoden, Sabine Schiffer: Ukraine im Visier. Russlands Nachbar als Zielscheibe geostrategischer Interessen. Frankfurt 2014, S. 108-120, S. 118ff (7) www.youtube.com/watch?v=9f1natbeMFI
(8)www.youtube.com/watch?v=eRw6llr7FIo
www.spiegel.de/politik/ausland/russland-erklaert-us-organisationen-fuer-unerwuenscht-a-1065291.html
(https://de-de.facebook.com/Infoseite.zu.Christoph.Hoerstel)

https://deutsch.rt.com/international/35837-russland-raumt-auf-nach-scientology/
http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/europa/andreas-von-r-tyi/soros-rauswurf-us-aussenministerium-kritisiert-russland.html
http://de.sputniknews.com/politik/20151130/306035551/soros-russland.html

 

source: http://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

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L'Union Européenne permet au nazisme de renaître! Des députés lettons participeront à une manifestation de vétérans SS à Riga

11 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #le nazisme, #La France

L'Union Européenne permet au nazisme de renaître! Des députés lettons participeront à une manifestation de vétérans SS à Riga

Des députés lettons participeront à une manifestation de vétérans SS à Riga

Source: Sputnik

Alors que les autorités de Riga ont approuvé une manifestation profasciste le 16 mars, l’ancien chasseur de Nazis Efraim Zuroff prévient que la Lettonie essaie de réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de l'Holocauste.

La manifestation est prévue pour le 16 mars, à l’occasion de la Journée de la Légion lettone, organisée pour commémorer ceux ayant combattu dans les rangs de l’armée fasciste.

Selon le journal The Jerusalem Post, les organisateurs de l’événement prévoient environ une centaine de manifestants, y compris des anciens combattants de la Waffen SS, ainsi que des sympathisants du parti d’extrême droite Tout pour Lettonie et quelques membres du Parlement.

Pour Efraim Zuroff, le directeur du Centre Simon Wiesenthal à Jérusalem et chasseur de nazis, cette manifestation est «un autre exemple des efforts systématiques déployés par les anciens pays du bloc communiste d'Europe de l'Est pour réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de l'Holocauste».

«C’est incompréhensible de constater comment des gens ayant lutté pour la victoire de l’Allemagne nazie, le régime le plus génocidaire dans l’histoire de l’humanité, peuvent être honorés dans un pays étant membre de plein droit de l’Union européenne ainsi que de l’OTAN», a-t-il ajouté.

L’ancien chasseur de nazis a également expliqué que les membres de la soi-disant Légion lettone ont joué un « rôle actif» dans le génocide de Juifs, en rappelant que 67 000 des 70 000 des Juifs lettons sont morts durant l’Holocauste.

L'année dernière, le défilé annuel des anciens combattants et partisans de la légion lettonne Waffen SS, a rassemblé environ une centaine de manifestants. Alors que les représentants russes ont fermement critiqué cette manifestatio, la communauté européenne a choisi de ne pas la commenter.

Le légion lettonne des Waffen SS a été créée en 1943 et faisait partie des forces nazies. La date du 16 mars a été choisie en commémoration des premiers combats des forces lettonnes SS contre l’armée soviétique en 1944.

Les Lettons combattant pour l'Allemagne nazie étaient alors regroupés dans la 15ème division SS de grenadiers «Lettland». Pendant quelques années après le démantèlement de l’URSS et la proclamation de l’indépendance de la Lettonie, c’était un jour férié officiel dans le pays; des réactions négatives de la Russie et des Occidentaux ont ensuite poussé à son abrogation. Le défilé des anciens légionnaires SS se tient néanmoins chaque année à Riga.

Lire aussi : «Nous sommes à vos trousses» : marche aux flambeaux d’ultranationalistes ukrainiens

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« SCANDALE : Intermarché veut soutenir les agriculteurs, l’Europe refuse », par Charles Sannat

11 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #Agriculture, #AMERIQUE, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #Le grand banditisme, #La mondialisation

Source : Insolentiae, Charles Sannat, 29/02/2016

UERSS

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Intermarché veut soutenir les agriculteurs mais l’Europe refuse alors que le gouvernement est confronté à une colère noire de nos amis agriculteurs sur fond d’effondrement des cours, dont il faut tout de même rappeler un peu l’origine.

L’un des plus gros clients de la filière porcine française était… la Russie. En décrétant un embargo pour des raisons politiques plus ou moins avouables à l’égard des Russes, nous avons tiré une balle dans le pied d’un certain nombre de pans de notre économie. Parce qu’il est toujours important de dire la vérité et de rappeler l’enchaînement funeste de mauvaises décisions, nos dirigeants ont aggravé la situation en prenant des sanctions au niveau européen à l’encontre de la Russie.

Ces sanctions ont conduit à l’état catastrophique actuel de notre filière porcine qui connaît un effondrement sans précédent de ses cours, ce qui précipite des milliers d’exploitations, d’agriculteurs et leurs familles dans des difficultés financières insoutenables très longtemps.

C’est dans ce contexte qu’il convient d’apprécier la crise agricole qui secoue notre pays et le chahutage de nos mamamouchis en goguette au Salon de l’agriculture.

Pour soutenir son écosystème, Intermarché s’était engagé à acheter le porc à 1,40 euro le kilo minimum

Si mon objectif n’est pas d’encenser la grande distribution qui a des habitudes absolument détestables autour de ses fournisseurs, des prix et de la qualité des produits vendus, il n’en demeure pas moins que notre objectivité doit nous faire noter que les grandes enseignes essaient de soutenir les éleveurs.

Rassurez-vous, il ne sont pas devenus gentils et altruistes en une journée. Leur soutien est très intéressé mais nous ne nous en plaindrons pas ! Pourquoi ? Tout simplement parce que les grands distributeurs évoluent dans un écosystème avec de très nombreux producteurs et fournisseurs. Si les fournisseurs meurent, alors les distributeurs n’ont plus grand-chose à vendre : c’est donc un équilibre subtil qu’il faut maintenir.

L’Europe, qui crée la crise, refuse le soutien d’Intermarché et ouvre une enquête ! Et Valls a un petit zizi…

Cette Europe d’europathes complètement malade de l’idéologie dégoulinante de la libre concurrence – ce qui est un terme pudique pour parler du totalitarisme marchand qu’elle nous impose – ne pouvait donc pas laisser passer une telle entorse aux sacro-saintes règles du libéralisme mondialiste sans réagir. Même si nous devons tous mourir, nous mourrons sans entraves au libre-échange !

“La Commission européenne a ouvert une enquête sur Intermarché, car elle estime que le choix de l’enseigne d’acheter la viande plus cher aux éleveurs français est une entrave à la concurrence étrangère.

Le groupement de distributeurs indépendants Intermarché (Les Mousquetaires) est sous le coup d’une enquête de la Commission européenne, après s’être accordé l’an dernier avec son concurrent Leclerc pour acheter du porc à un prix plancher, a affirmé vendredi son président Thierry Cotillard.”

C’est dans ce contexte que le Premier ministre Valls, en visite au Salon de l’agriculture, a reçu quelques noms d’oiseaux dont la palme revient à cet agriculteur qui a dit, comme le raconte cet article de L’Express : “Va te cacher. T’as rien compris petit zizi, tu vas pas changer l’Europe…”

Hormis le langage fleuri de cet impertinent des campagnes, son constat est d’une cruelle vérité. Valls, malgré toute sa bonne volonté, ne changera pas l’Europe parce que pour changer l’Europe, il faut la quitter !

Quel est le pouvoir que nos dirigeants qui, toutes couleurs confondues, ont abdiqué la France contre cette Europe ?

Quel est le courage qu’ils savent manifester ?

Quelle est l’indépendance qu’ils veulent nous montrer ?

Quelle est la force qu’ils peuvent utiliser contre des institutions européennes qui, aujourd’hui, martyrisent les peuples d’Europe ?

Il n’y a rien à attendre car nos mamamouchis n’ont qu’un mot à la bouche : l’Europe. Une trahison, l’Europe, une compromission, l’Europe, une soumission, l’Europe. Aucun d’eux n’aura le courage de dire non à cette Europe et de la mettre au pied du mur. Nous sommes la France, et l’Europe sans la France c’est la fin de cette Europe. Ils n’ont qu’un mot à dire : non.

Ils ne le disent pas, mais le destin s’en chargera et le vent de l’histoire les balaiera.

En attendant mes chers amis, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT

Source : Insolentiae, Charles Sannat, 29/02/2016

 

Intermarché visé par une enquête de Bruxelles pour son soutien aux éleveurs

Source : Le Figaro, AFP, 28/02/2016

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L’enseigne avait convenu avec Leclerc d’acheter le kilo de porc à un prix plancher. «L’Europe considère que cet accord était discriminant vis-à-vis des pays tiers», a déclaré Thierry Cotillard, président du groupe.

Le groupement de distributeurs indépendants Intermarché (Les Mousquetaires) est sous le coup d’une enquête de la Commission européenne, après s’être accordé l’an dernier avec son concurrent Leclerc pour acheter du porc à un prix plancher, a affirmé vendredi son président Thierry Cotillard.

«Sur le porc, l’été passé, Intermarché s’était accordé avec Leclerc pour acheter le kilo (de porc) 1,40 euro (…). Mais ça n’a pas tenu. Maintenant, Bruxelles nous tombe dessus et enquête», a déclaré le patron d’Intermarché, dans un entretien au quotidien Libération mis en ligne vendredi soir. «L’Europe considère que cet accord était discriminant vis-à-vis des pays tiers. Donc maintenant, nous sommes très prudents pour trouver des solutions», poursuit le dirigeant, précisant que son groupe risque une amende potentielle «à hauteur de 5% de notre chiffre d’affaires».

Lutter contre la volatilité des prix

L’an dernier, alors que les cours du porc s’étaient effondrés en dessous du prix de revient des agriculteurs, le gouvernement avait fixé un objectif d’achat de 1,40 euro le kilo lors de négociations avec la filière, et des enseignes comme Leclerc et Intermarché s’étaient engagées à procéder à des achats de cochons à ce niveau.

Le 25 février dernier, l’enseigne avait réaffirmé son engagement et sa volonté de soutenir les éleveurs. Le groupe avait annoncé la mise en place d’une contractualisation avec les producteurs partenaires, garantissant un prix plancher de 1,28 euros le kilo de porc, et pouvant atteindre les 1,50 euros. «A terme, l’ambition est que la moitié de nos volumes de production soit contractualisée, ce qui représente au moins 1,2 million de têtes», avait déclaré le président du groupe. Les contrats ne porteront au plus que sur 50% de la production des éleveurs, pour leur laisser de la flexibilité, avait ajouté Thierry Cotillard.

Ce mécanisme de contractualisation n’est pas nouveau. Déjà présent dans la filière laitière, il est envisagé par le gouvernement pour lutter contre la volatilité des prix de la filière porcine française. Le géant des produits laitiers Danone a annoncé le 24 février dernier avoir passé un accord avec 2.000 des 2.600 éleveurs qui approvisionnent ses cinq usines françaises. Le groupe s’est engagé «à définir une nouvelle formule de prix intégrant les coûts de production, en concertation avec chacune des parties pour être au plus près des spécificités locales».

Source : Le Figaro, AFP, 28/02/2016

 

«Intermarché va rogner les marges de l’abattoir et du distributeur, on a les deux !»

Source : Libération, Philippe Brochen, 26/02/2016

Pour Thierry Cotillard, patron des enseignes des Mousquetaires, on ne sortira de cette crise que si on n’est pas dans une course effrénée à la compé­titivité.

Fils d’aviculteurs de Saint-Carreuc (Côtes-d’Armor), Thierry Cotillard, 41 ans, est président du groupement Intermarché qui compte 1 850 enseignes des Mousquetaires en France et 300 magasins Netto. Cet ingénieur en agroalimentaire diplômé de HEC, qui possède deux supermarchés à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), livre son regard sur la crise et avance des propositions.

Les distributeurs, dont vous faites partie, sont accusés par les producteurs de pratiquer des marges trop importantes. Que leur répondez-vous ?

Cette crise est complexe, car elle n’est pas que conjoncturelle, mais structurelle. Il faut d’abord gérer l’urgence, comme dans le lait, afin de créer une charte entre les trois acteurs de la filière. Sur le porc, l’été passé, Intermarché s’était accordé avec Leclerc pour acheter le kilo 1,40 euro, car nous sommes les deux seules enseignes à posséder des abattoirs. Mais ça n’a pas tenu. Maintenant, Bruxelles nous tombe dessus et enquête. Nous risquons une amende à hauteur de 5 % de notre chiffre d’affaires.

Pourquoi ?

Parce que l’Europe considère que cet accord était discriminant vis-à-vis des pays tiers. Donc maintenant, nous sommes très prudents pour trouver des solutions. Intermarché compte 62 usines et sites de production, 7 abattoirs, une laiterie, des usines de charcuterie…

Avec Leclerc, vous êtes la seule enseigne à ne pas être seulement distributeur mais aussi transformateur. Quel est votre intérêt ?

Ces choix ont été faits il y a quarante ans. Nous couvrons à peu près tous les secteurs d’activité avec nos usines. Avec 4 milliards d’euros annuels de chiffre d’affaires réalisé en France, nous sommes le quatrième ou cinquième industriel alimentaire hexagonal, derrière Nestlé mais devant Coca-Cola. Ce n’est pas opportuniste de notre part de dire qu’il faut des circuits courts, des contrats avec des producteurs. Quand il y a eu la crise du porc il y a trente ans, la première enseigne qui a assuré le kilo à 7 francs était Intermarché. Depuis, le coût de la vie a augmenté, et on est quasiment au même niveau de rémunération pour les éleveurs. C’est incroyable, non ?

Quelles sont les solutions ?

On ne sortira de cette crise que si on n’est pas dans une course effrénée à la compétitivité, parce que 1 000 vaches sur du béton alimentées par un technicien dans un cockpit, ce n’est pas le modèle français. Il faut aller vers quelque chose de plus vertueux, avec un cahier des charges, une qualité, et l’assumer à terme avec la pédagogie auprès du consommateur pour dire qu’il y a un juste prix. On peut faire le choix d’acheter le porc à 1 euro le kilo demain, mais alors on choisit de ne plus avoir d’agriculture en France.

Que proposez-vous ?

Depuis un an, face à la volatilité des cours des produits agricoles, Intermarché travaille à assurer un prix minimum sur le porc. La formule est trouvée à 1,5 euro le kilo. Mais attention : un cahier des charges a été défini sur le plan qualitatif, par rapport aux taux de graisse, etc. Les premiers contrats qui garantiront ce prix équitable de 1,5 euro sur cinq ans aux éleveurs seront signés la semaine prochaine avec une vingtaine de producteurs partenaires dans notre abattoir de Josselin (Morbihan). Et on n’a pas mis de prix plafond. C’est-à-dire que si ça monte à 1,80 euro, on paiera 1,80 euro. Très rapidement, d’autres éleveurs s’engageront dans cette contractualisation.

C’est un engagement fort…

Un gros pari, oui. Nous misons sur le long terme. Et on a la conviction que le consommateur ne fera pas le choix d’une enseigne que sur le prix, mais aussi sur les engagements sociaux et sociétaux. Nous, on affiche le logo «viande de France» sur tous nos emballages.

Y compris sur les produits avec de la viande transformée ?

Oui. Nous estimons que la traçabilité est essentielle. Chez Intermarché, parmi les plats cuisinés, 84 % sont made in France, quand la plupart de nos concurrents sont à 20 %, 30 %, 40 %, et le meilleur à 50 %. On a fait aussi le travail sur la viande fraîche et la charcuterie avec notre marque Monique Ranou, qui produit 100 % français. Aujourd’hui, on en assume le coût, car on ne peut pas le répercuter sur le prix de vente au consommateur. Du moins à court terme, car j’espère qu’à moyen terme les choses bougeront.

Vous faites le choix du marketing éthique…

Les gens disent qu’ils veulent acheter français. Mais quand il y a un écart de prix significatif, ils achètent le moins cher. A court terme, vu le prix auquel on va acheter la viande aux producteurs, on ne répercutera pas la hausse sur le prix de vente au client, sinon on va être pénalisés. Donc on va rogner la marge de l’abattoir et la marge du distributeur, puisqu’on a les deux !

Comment parvenir à concilier des prix bas en rayons et des rémunérations décentes pour les producteurs ? C’est une sorte de quadrature du cercle, non ?

Je ne suis pas certain qu’on ait des gens assez responsables pour pouvoir fonctionner sans une modification de la loi avec un cadre plus répressif.

Car il y a des transformateurs qui ne jouent pas le jeu ?

Oui, je n’ai aucun problème à le dire. Et les agriculteurs commencent à comprendre que tout le monde a sa part de responsabilité, et qu’il y a des coopératives ou des gros transformateurs qui ne rémunèrent pas comme ils le devraient. Il n’y a qu’à voir leurs résultats.

Où est l’argent qui ne va pas dans les poches des producteurs ?

Il y a très clairement une guerre tarifaire entre distributeurs qui a provoqué des baisses de prix, a détruit de la valeur et qui n’est pas responsable. L’an passé, il y a eu 1,7 milliard de baisse de prix sur les 2 000 produits qui se vendent le plus en France. Pour le consommateur, cela représente 36 euros par ménage et par an. Si, pour 3 euros par mois d’économie par famille, on casse l’agriculture, ce n’est très clairement pas acceptable.

Et quid de la part de responsabilité du transformateur ?

Il y a effectivement des sociétés qui vivent bien. Danone a annoncé 1,2 milliard de bénéfices en 2015 au niveau européen. Ces bénéfices ont été engendrés grâce à la baisse à l’achat du prix du lait. Là, c’est clairement la marge des producteurs qui a été rognée. Les géants de la transformation laitière cotés en Bourse affichent 10 % de résultat net par rapport à leur chiffre d’affaires. Sur la viande de bœuf, les gros acteurs français sont à 7 % ou 8 %. Intermarché, c’est entre 2 % et 2,5 %.

Source : Libération, Philippe Brochen, 26/02/2016

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Le plan germano-turc provoque de vives tensions dans l’UE

10 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #l'Allemagne, #La Turquie, #l'immigration, #Terrorisme, #L'Italie., #Daesch

Ruptures

Le plan germano-turc provoque de vives tensions dans l’UE

Le Conseil européen qui se tiendra les 17 et 18 mars sera crucial.

Si les Vingt-huit ne parviennent pas à adopter le plan proposé le 7 mars par la Turquie en matière de migrants et de réfugiés, d’aucuns commencent déjà à pronostiquer la plus grave crise de l’Union européenne depuis sa fondation. Si en revanche Angela Merkel – qui est la véritable initiatrice du projet – réussit à s’imposer face à presque tous ses partenaires, ce sera une indication majeure quant au poids et au rapport de force dont Berlin bénéficie au sein des Vingt-huit.

Car la plupart des capitales sont soit perplexes, soit même vent debout contre l’étrange troc négocié discrètement entre la chancelière allemande et le Premier ministre turc. Circonstance aggravante : les dirigeants européens, François Hollande en tête, n’en ont pris connaissance qu’au dernier moment. Cette absence de préparation collective n’a guère été appréciée par de nombreux pays. Le président en titre du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, semble aussi avoir été pris de court, alors même qu’il avait multiplié les déplacements dans les diverses capitales lors des jours précédant la réunion.

Lundi 7, la Turquie s’est donc proclamée volontaire non seulement pour reprendre les migrants économiques qui ont transité par chez elle (puis à les renvoyer vers leur pays d’origine), mais également pour ré-accueillir les réfugiés syriens qui ont fui la guerre via son territoire et ont réussi à atteindre l’Europe.

Mais cette générosité a un prix pour le moins inattendu : pour chaque Syrien entré illégalement dans l’espace Schengen et réembarqué vers la Turquie, l’UE s’engagerait à accueillir un autre réfugié syrien croupissant dans ce pays et ayant présenté une demande d’asile en bonne et due forme vers un pays de l’UE. Le but affiché est de dissuader les demandeurs d’asile de traverser la mer Egée et d’échouer en Grèce, pour finalement y rester bloqué puisque la route des Balkans est désormais fermée.

En outre, le Premier ministre turc, se sachant en position de force, a poussé ses pions. Ahmet Davutoglu réclame des Vingt-huit 3 milliards d’euros en plus des 3 milliards déjà promis en novembre dernier ; exige que la suppression des visas pour les ressortissants turcs voyageant vers l’UE ait lieu dès juin (l’échéance d’octobre avait été promise précédemment) ; et demande que les négociations d’adhésion de son pays soient concrètement accélérées.

Il a en outre déjà obtenu que les dirigeants européens ne fassent nulle mention de leurs états d’âme après que son gouvernement, deux jours seulement avant la rencontre, eut repris en main manu militari un grand quotidien d’opposition, tandis qu’un nombre record de journalistes croupissent toujours en prison.

Angela Merkel n’a apparemment rien à refuser à la Turquie, pour peu que cette dernière accepte de sous-traiter l’énorme problème que la chancelière a contribué à créer en septembre 2015 lorsqu’elle annonça l’ouverture de son pays aux millions de réfugiés en puissance (suivant en cela les désidératas du patronat allemand, avide de main d’œuvre à bas prix).

A l’issue du sommet, les Vingt-huit ont donc convenu de « finaliser » les termes de l’accord lors du Conseil européen prévu les 17 et 18 mars prochain.

Or c’est peu dire que le mécanisme proposé soulève plus de questions et de problèmes qu’il n’en résout. Passons sur la dimension morale, même si l’UE est souvent prompte à vouloir s’ériger en modèle à cet égard : comment qualifier ce jeu de ping-pong traitant les réfugiés en quantités à transférer, réinstaller, importer et exporter ? Sur le plan du simple bon sens, ce chassé croisé « un Syrien contre un Syrien » ne semble pas non plus particulièrement convaincant.

Surtout, de nombreux experts ont été prompts à pointer les obstacles juridiques : le droit international impose en principe d’examiner le cas des demandeurs d’asile individuellement, et interdit de les transférer collectivement. Le haut-commissaire aux réfugiés de l’ONU, Filippo Grandi, s’est d’ailleurs dit « profondément préoccupé ». Quant à la qualification de « pays sûr » (du point de vue des libertés publiques) attribuée à la Turquie pour autoriser les relocalisations, elle laisse rêveur.

Enfin, les obstacles et dissensions politiques au sein de l’UE ne sont pas anodins. Le Premier ministre hongrois n’a pas tardé à déclarer qu’il opposerait son veto à un tel plan, qui impliquerait de remettre sur le tapis la répartition des réfugiés entre Etats membres. Le président chypriote a exclu toute perspective qui rapprocherait la Turquie d’une adhésion à l’UE. Le chef du gouvernement italien a exigé que la liberté de la presse en Turquie soit mentionnée dans l’accord… Encore ne s’agit-il là que des premières réactions.

D’autres menues questions devraient bientôt émerger. Par exemple : qui va payer les trois milliards supplémentaires, sachant que la collecte de la somme initiale avait déjà soulevé de fortes tensions ? Et comment justifier le maintien de l’état d’urgence « anti-terroriste » – en France par exemple – si on supprime les visas pour les ressortissants turcs, alors même que l’EI dispose de puissants relais dans ce pays ?

Enfin, on pourra noter le paradoxe de la nouvelle configuration politique en Europe. Au sein de l’UE, Berlin et Athènes, hier violemment en conflit sur l’austérité imposée à la Grèce (et qui se poursuit plus que jamais) se retrouvent ensemble, et quasiment isolés, sur la scène européenne. Le tout pour faire cause commune avec la Turquie. Or l’Allemagne était naguère encore le plus farouche adversaire de l’adhésion de celle-ci à l’UE ; en outre, Ankara et Athènes sont loin d’avoir soldé leurs antagonismes hérités de l’histoire…

Tout cela pour un plan d’action dont l’efficacité reste pour le moins aléatoire, quand bien même il serait adopté par les Vingt-huit. Car il convient de ne pas perdre de vue la véritable cause de la crise : la guerre imposée à la Syrie depuis cinq ans.

Lors de sa toute récente campagne électorale, le Premier ministre slovaque, pour justifier son opposition à l’accueil des réfugiés, répétait en substance : « on ne nous a pas demandé notre avis quand les dirigeants occidentaux ont décidé de déstabiliser Damas ».

Le sommet des 17 et 18 mars pourrait donc être « chaud ». Et la suite, plus encore.

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Point d’étape sur la présidentielle de 2017 : Jean-Luc Mélenchon entre en lice!

9 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #Europe supranationale, #La gauche, #Le socialisme, #Le syndicalisme, #La lutte des classes

Point d’étape sur la présidentielle de 2017 : Jean-Luc Mélenchon entre en lice

Publié par Évariste

Le 10 février dernier, Jean-Luc Mélenchon propose sa candidature. Depuis, le débat fait rage autour de cette proposition. Nous proposons aujourd’hui, d’abord d’analyser le réel, puis de mieux comprendre les analyses des protagonistes de ce débat, et enfin, à partir des conditions du soutien populaire, de situer la place de la présidentielle dans le combat général pour l’émancipation.

Quel est le réel populaire aujourd’hui ?

60 % des ouvriers et des employés s’abstiennent, ce qui empêche tout rassemblement populaire propulsif. Dans la minorité qui vote, le FN est largement en tête. La gauche de la gauche est bonne dernière. Normal, elle est en en voie de décomposition avancée après avoir perdu en quelques années, une bonne partie des voix qui se sont portées sur le candidat Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2012. Depuis, le fossé s’est creusé entre cette gauche de la gauche et le peuple. D’abord, parce que les discours, les pratiques et la stratégie de la gauche de la gauche sont plus en phase avec les demandes des couches moyennes radicalisées qu’avec celles des intérêts des ouvriers et des employés. Dommage, les ouvriers et les employés représentent objectivement 53 % de la population et les couches moyennes salariés seulement 39 % (24 % pour les couches intermédiaires et 15 % pour les couches moyennes supérieures).

Par ailleurs, la gauche de la gauche s’est largement vautrée dans le sillage d’une politique visant tout au plus à un gauchissement du communautarisme anglo-saxon contre le principe d’organisation sociale de la République sociale qu’est la laïcité.

Dommage, sans ce principe, dans un pays développé, pas d’unité du prolétariat et du peuple tout entier, comme Jean Jaurès l’avait longuement expliqué. Au lieu d’un anti-racisme radical doublé de la promotion d’un principe d’organisation sociale (la laïcité est surtout cela), la multiplication des pratiques suivistes par rapport aux forces communautaristes et intégristes (y compris des proches de la Confrérie des frères musulmans) a élargi le fossé avec le peuple et ses couches populaires. Pour nous, en France, la constitution d’un peuple mobilisé ne s’est historiquement faite qu’autour d’un projet commun avalisé par le peuple avec des constantes de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de démocratie, de solidarité, de souveraineté populaire, d’universalité, de sûreté (avec aujourd’hui l’ajout du développement écologique et social). Force est de constater que parmi ces principes, nombreux sont ceux qui ont été écartés par la gauche de la gauche. Au moment où, depuis 1983, chaque gouvernement a fait pire que le précédent notamment en ce qui concerne les politiques économiques et sociales, où ce gouvernement s’apprête à proposer la pire régression en matière du droit du travail (lire dans ce numéro l’article de Z. Ramdane) et à intensifier la politique d’austérité visant à baisser la masse relative des salaires, la gauche de la gauche n’est pas à la hauteur des enjeux.

Pire, comme les mêmes causes produiront les mêmes effets, la reconstitution d’une nouvelle bulle financière progresse vers son éclatement, ce qui va accroître les difficultés sociales et économiques, et pousser l’oligarchie financière à accroître de nouveau sa politique d’austérité tout simplement parce que le capitalisme n’a plus de marges de manœuvre pour relancer son taux de profit dans l’économie réelle. Pas d’innovation technologique capable de faire monter la taux de profit de l’ensemble de l’économie, l’intensification du travail en est déjà à un niveau jamais atteint (suicides, nouvelles maladies, etc.), le niveau des armements empêche une destruction massive de capital par une guerre dans les pays développés, etc.

De plus en plus, le débat se pose ainsi: « ne faut-il pas changer de système économique et politique pour vivre mieux ? ». Donc exit les « rustines » et les simplifications surplombantes abusives.

En dernier lieu, les tergiversations de la direction du Parti communiste quant à sa stratégie désarçonnent les travailleurs. Non contente d’avoir plombé la gauche de la gauche avec des alliances ici et là avec le parti néolibéral solférinien au premier tour des élections, la voici qui tente de légitimer la primaire voulue par les néolibéraux.

Les protagonistes du débat sur la présidentielle de 2017

Le FN, dont pour l’instant tous les sondages disent qu’il sera au deuxième tour de la présidentielle, est en train de se recentrer pour montrer au Medef sa capacité à élargir sa base électorale, conformément au rôle classique des extrêmes droites dans les crises profondes. Toutes choses étant inégales par ailleurs, intéressons-nous aux années 30 par exemple.

La droite néolibérale, pour être présente au deuxième tour de la présidentielle, joue actuellement l’alliance LR-UDI et Modem de façon à fermer le champ possible de la gauche néolibérale solférinienne.

Le parti solférinien néolibéral a tenté de jouer l’unité nationale pour apparaître comme le meilleur candidat pour être au deuxième tour de la présidentielle. Ce pari semble perdu, sauf si une nouvelle crise paroxystique économique ou politique rebat de nouveau les cartes.

Les responsables des frondeurs, du PC et des petites formations du cartel du Front de gauche n’ont pas trouvé mieux que de proposer de discuter sans but (on croit revenir aux comités anti-libéraux de triste mémoire) et de ressortir l’idée d’une primaire large à gauche avec l’idée que tous les participants devront soutenir celui qui arrivera en tête ! Et ils appellent tout le monde à venir dans ce « travail collectif ». On fait croire qu’il y a quelque chose de commun entre la politique du gouvernement néolibéral solférinien et une future gauche de gauche qui veut renverser la table ? On ne dit pas quel sera le socle commun à tous les participants ? Et bien sûr pas un mot sur la stratégie alors que l’on a vu, dans toutes les élections municipale et régionale, les stratégies contradictoires de certains protagonistes. Par exemple, certains communistes s’allier dès le premier tour avec les néolibéraux solfériniens alors que d’autres communistes faisaient des listes Front de gauche. On peut tromper son monde une fois, deux fois, trois fois mais pas tout le temps, voilà ce que dit l’adage populaire.

Ne nous contentons pas d’une campagne électorale traditionnelle

Pour engager la bataille de l’émancipation, comptons d’abord sur la résistance du mouvement syndical revendicatif, sans quoi rien n’est possible, tout simplement parce que ce syndicalisme est le seul à pouvoir effectuer la double besogne : mener la lutte revendicative et tracer le chemin de l’émancipation.

Peut-être le seul choix, se disent déjà certains de nous, sera-t-il l’an prochain entre la candidature de Jean-Luc Mélenchon et l’abstention. Or nous avons vu au fil des derniers scrutins que si l’abstention a bien une signification politique, elle n’entraîne aucune sortie de la crise économique et politique.

D’autres sont enclins à attendre des mois que le cartel de la primaire discute dans son entre soi du sexe de ladite primaire.

Pour nous, il n’y a pas à attendre et il n’y a pas à s’abstenir de la préparation de cette présidentielle ; nous ne devons pas laisser notre appréciation de la personne de Mélenchon ou de tel ou tel élément supposé de programme nous conduire sur l’Aventin du scepticisme et de l’inaction.

Sans présence politique à l’élection, aucune bataille pour le pouvoir n’est possible. Nous avons besoin d’une présence politique avec une stratégie ouvertement autonome du pouvoir solférinien et nous avons besoin d’une séquence longue pour la mener en profondeur.

Si ReSPUBLICA a salué la création du Parti de Gauche et globalement soutenu le Front de Gauche, en leur temps, mais sans se priver de contredire certaines de leurs analyses, le journal se doit de maintenir cette option de soutien critique en l’adaptant à la situation du moment, en totale indépendance et en liaison avec l’éducation populaire.

Car la bataille pour l’émancipation et l’hégémonie culturelle exige aujourd’hui de multiplier les initiatives d’éducation populaire en même temps ou à côté de la campagne électorale ou des luttes syndicales. L’éducation populaire, ce sont des pratiques et des discours à appliquer dans le peuple, avec le peuple et pour le peuple et les partis politiques l’ont négligée dans la période récente. C’est très différent d’une campagne électorale traditionnelle avec uniquement des grands meetings.

Voilà pourquoi nous lançons un appel à multiplier les initiatives d’éducation populaire et pas seulement à faire une campagne électorale traditionnelle. Parce que ses responsables sont eux-mêmes présents en tant qu’acteurs de l’éducation populaire en association avec le REP ou parce qu’ils élaborent des positions théoriques utiles à ces mêmes acteurs, ReSPUBLICA souhaite travailler avec les comités locaux de soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon comme avec les acteurs du mouvement syndical revendicatif.

Nous pourrons alors critiquer les diplomaties française et étasunienne qui semblent s’allier en Syrie avec le Front Al-nosra qui, affilié à Al Qaïda, dirige la rébellion contre Assad, alors que nous développons l’idée qu’il faut combattre en même temps Daesh et Al Qaïda avec les forces kurdes qui sont les seules aujourd’hui à être à fond dans ce combat. Nous pourrons alors dire que les attentats ne sont pas la réponse au fait que nous bombardons les positions des djihadistes, mais bien que les djihadistes et leurs alliés islamistes développent un projet contradictoire à notre objectif d’émancipation, dans le monde entier y compris dans le nôtre. D’autant qu’une partie des alliés des forces néolibérales (la Turquie qui bombarde les kurdes, le Qatar et l’Arabie saoudite avec leurs financements, le soutien à la rébellion syrienne qui est malheureusement dirigé par Al Qaïda) joue double jeu.

Nous pourrons critiquer le gouvernement solférinien néolibéral (soutenu par la droite néolibérale sans laquelle il ne pourra bientôt plus passer une seule loi contre les conquêtes sociales des travailleurs) avec la vigueur nécessaire et sans le ménager en vue d’un accord électoral futur : critiquer le durcissement des politiques d’austérité, la tentative de criminalisation de l’action syndicale (nous n’oublierons pas que le procureur d’Amiens a suivi le ministère de la Justice, et donc le gouvernement, en portant la seule plainte existante à ce jour contre les Goodyear, qui a entraîné une condamnation à 9 mois de prison en première instance).

Nous pourrons alors développer l’idée d’une nécessaire rupture sur les plans démocratique (y compris dans l’entreprise), laïque, social, féministe et écologique… Développer l’idée de rupture avec la formation sociale capitaliste et donc avec l’UE, les traités, l’euro, mais dans le cadre du processus que nous appelons de nos vœux : la République sociale.

Hasta la victoria siempre !

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Loi « Travail »: désastre et mascarade, par Jacques Sapir ·

9 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La mondialisation, #La lutte des classes, #Le syndicalisme, #Le socialisme, #Syndicat

Loi « Travail »: désastre et mascarade

par Jacques Sapir · 8 mars 2016

Les manifestations du mardi 9 mars seront un moment dans une mobilisation qui s’annonce de longue durée. Cette mobilisation est appelée à changer la donne politique. Le gouvernement, qu’il s’agisse de Manuel Valls, de François Hollande ou de la Ministre du Travail, Myriam El Khomri, s’est mis de lui-même dans une situation sans issue. Qu’il persiste, et le mouvement prendra de l’ampleur. Nul ne peut savoir s’il atteindra les sommets de mobilisation du mouvement contre le CPE (Contrat Premier Embauche), mais cette mobilisation sonnera le glas de toute candidature issue du parti « socialiste » à l’élection présidentielle de 2017. Qu’il cède, et retire son projet, et nos gouvernants se verront discrédités dans les yeux de ce centre-droit auquel ils ne cessent de faire des avances, de lancer des oeillades. Ici encore, ils pourront tirer un trait définitif sur toute candidature issue de la matrice du P « S ». Politiquement, ceci est un véritable désastre.

Un désastre volontaire ou le paradoxe de l’Euro

Pourquoi donc le gouvernement, et le Président, se sont-ils donc mis dans une telle situation désastreuse à plus d’un titre ? La réponse tient en quelques mots : leur attachement fanatique en l’Euro et, au-delà, en une Union européenne dont il est aujourd’hui évident qu’elle est à bout de souffle et qu’elle a épuisé tout son potentiel, si tant est qu’elle en ait jamais eu. Le rôle de l’Euro dans cette mascarade que l’on appelle la « loi Travail » est évident. Tous les manuels de macroéconomie disent que quand on ne peut plus user de la flexibilité du taux de change, ce sont les salaires qui doivent devenir flexibles, autrement dit c’est sur les salaires que portera l’essentiel de l’ajustement. Et c’est très précisément ce qu’organise cette loi. On voit bien qu’en fragilisant toujours plus la situation des salariés dans l’entreprise, elle aboutira à faire baisser les salaires des plus fragiles, c’est à dire des plus démunis. La destruction du Droit du Travail est un préalable à cela, et une fois ce Droit démantelé rien ne s’opposera plus à la baisse des salaires, et par conséquence à l’augmentation des « travailleurs pauvres » comme en Allemagne aujourd’hui.

Dire que tout ceci est fait pour permettre un meilleur accès à l’emploi est un énorme mensonge et, si nos gouvernants étaient similaires à Pinocchio leurs nez traverseraient les murs des palais de la République. Un chef d’entreprise n’embauche que s’il a des possibilités d’accroître son volume de production, et s’il pense que cet accroissement sera (relativement) durable. C’est par la demande et non par l’offre que l’on s’attaque à la question du chômage en période de déflation.

L’Euro et les logiques de déflation des années 1930

Le rôle néfaste de l’Euro est ici évident. En empêchant un ajustement par le taux de change, il met l’économie française dans la même situation qu’en 1935 avec la « déflation Laval », dans le cadre de la parité-or. Pierre Laval, de sinistre mémoire mais qui était loin d’être un imbécile, avait conclu que si la France voulait à tout prix conserver la parité-or de cette époque, elle n’avait pas d’autre solution que de faire baisser les salaires. Mais, une baisse des salaires est TOUJOURS plus douloureuse qu’une dépréciation de la monnaie car les loyers et les frais bancaires eux restent fixes. Par ailleurs, les prix des produits s’ajustent avec un retard évident sur les mouvements des salaires quand ces derniers baissent. Le résultat est une baisse à prix constants de la consommation, qui aggrave encore plus la situation de la demande et provoque un chômage supplémentaire. C’est ce que l’on a constaté en Allemagne de 1930 à 1932 avec la politique du chancelier Brünning, soutenu à l’époque par les sociaux-démocrates du SPD…On sait ce qu’il en advint. L’incapacité de nos gouvernants à ouvrir les yeux sur ce point est une preuve de plus qu’ils sont comme possédés par ce fanatisme de l’Euro qui les entraîne au désastre, désastre qu’ils accueillent le sourire aux lèvres.

Le fruit amer du TSCG

La loi Travail, dite encore loi El Khomri du non de la Ministre qui la porte sans l’avoir engendrée, était inscrite dans le traité dit TSCG, traité qui fut négocié par Nicolas Sarkozy mais que François Hollande fit voter, quasiment inchangée, dès le mois d’octobre 2012. Il faut le rappeler, mais avec quelques amis, dont Emmanuel Todd et le regretté Philippe Cohen, nous avions publiquement mis la question de ce traité en tête de nos préoccupations, et nous avions appelé à ne pas voter pour François Hollande si ce dernier persistait à ne pas vouloir soumettre le dit traité à référendum. Car, nous étions pleinement conscient des conséquences de ce traité et de la perte de souveraineté qu’il entraînerait. Il est du domaine de l’Histoire que François Hollande se garda bien de soumettre à référendum le dit traité, et c’est pourquoi – à la différence d’autres qui aujourd’hui se réveillent – nous n’avons pas appelé à voter Hollande au second tour de l’élection.

Aujourd’hui Costas Lapavitsas appelle à « exiger la souveraineté »[1]. Il dit des choses qui sont fort justes sur ce point, et en particulier que « La souveraineté nationale et populaire est l’élément indispensable pour battre en brèche la souveraineté du grand capital et des grandes banques en Europe ». Ceci est pleinement justifié. On mesure à quel point la perte de souveraineté a des conséquences néfastes sur la condition des salariés et sur les acquis sociaux.

La mascarade dans la mascarade

Il est enfin une autre mascarade, celle qui consiste à se dire opposé à la loi El Khomri, comme le font des membres du Parti « socialiste », de Gérard Filoche à certain « frondeurs », en passant par la direction du PCF, et de jeter toute l’opprobre sur François Hollande, Manuel Valls et Myriam El Khomri. Bien sur, en bons exécutants des consignes de l’Eurogroupe et de l’Union européenne, ils portent une part de responsabilité dans la situation actuelle et dans l’économie de la loi. Ceci est irréfutable. Mais, il est tout aussi irréfutable que c’est la logique de l’Euro, et aussi en partie celle d’une Union européenne qui permet tous les dumpings sociaux et fiscaux, qui ne laisse que cette solution. De ce point de vue, on peut considérer que nos dirigeants ne sont plus que des automates exécutant des politiques qu’ils n’ont plus décidées. Le pouvoir de décision, c’est à dire la souveraineté, est à Berlin et à Bruxelles, mais plus à Paris.

De ce point de vue, la cohérence veut que l’on ne se mobilise pas contre cette loi sans s’attaquer, aussi, à ses causes. La mobilisation contre la loi El Khomri qui est en train de monter sera, de fait, une mobilisation contre l’Euro et tout discours prétendant le contraire ne sera, lui aussi, qu’une mascarade, du même type que celle que nous propose ce gouvernement.

[1] Voir : http://unitepopulaire-fr.org/2016/03/05/exigeons-la-souverainete-lapavitsas/

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SYRIE – La chute d’Alep par Pierre Piccinin

9 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #La France, #Europe supranationale, #La Russie, #AMERIQUE, #Daesch, #Terrorisme

SYRIE – La chute d’Alep par Pierre Piccinin

SYRIE – La chute d’Alep

Alep va-t-elle tomber aux mains du régime de Bashar al-Assad dans les prochains mois, voire les prochaines semaines ?

Tous les observateurs qui, à l’été 2011, avaient annoncé dans l’euphorie la fin imminente du régime baathiste en Syrie titrent à présent sur la probabilité d’une écrasante victoire de l’armée régulière syrienne dans le gouvernorat d’Alep et la chute de la ville, qui n’est plus défendue que par quelques poignées de rebelles déjà coupés de leur soutien turc et bientôt de leur base arrière en Syrie même, si la seule route qui les y relie devait tomber sous les coups des troupes loyalistes.

C’est la situation, soudaine et dramatique, que connaît Alep, dernier bastion de l’Armée syrienne libre (ASL), au terme de l’offensive du régime, appuyée par les frappes aériennes russes.

Le régime de Damas a repris vigueur depuis que Moscou s’est engagé en Syrie, officiellement pour combattre la progression de l’État islamique, mais, dans les faits, pour soutenir également son allié, le président al-Assad, l’aviation russe accompagnant la campagne de reconquête terrestre lancée par les forces syriennes. De sorte que le régime contrôle aujourd’hui les régions les plus peuplée de Syrie, soit plus de 60% de la population syrienne encore établie dans le pays (rappelons que, sur une population de 22.500.000 habitants, près de 4.500.000 personnes ont quitté la Syrie et s’entassent dans des camps de réfugiés en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Irak et en Égypte ; 95% des réfugiés demeurent dans ces camps, contre 5%, accueillis en Europe).

Parmi les enjeux majeurs de cette reconquête qui, désormais, va de succès en succès, Alep demeure le plus important : après ses victoires dans le gouvernorat de Latakieh, puis celui d’Idlib (cela dit encore en grande partie contrôlé par les factions islamistes) et, au sud, dans la région de Deraa (contre le Front du Sud, qui regroupe des brigades dissidentes de l’ASL et plusieurs factions islamistes), l’armée régulière, à partir du 6 octobre 2015, a lancé une puissante offensive en direction du nord-ouest du pays et, après avoir resserré son emprise sur la ville d’Alep, s’apprête à donner l’assaut final.

L’armée syrienne a repris les villages chiites de Zahraa et Nubul et a ainsi coupé la route qui reliait les quartiers rebelles d’Alep à la Turquie, vers le nord, le 3 février 2016, isolant par le fait les bases de l’ASL soutenue par Ankara. Ceux-ci ne sont plus approvisionnés que par un seul canal, qui les relie à leurs bases situées dans le gouvernorat voisin d’Idlib, dont l’ASL est pratiquement absente. La ville dépend donc désormais, principalement, des factions islamistes, et plus précisément de l’alliance qui unit Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda dont certaines brigades ont rallié l’EI tandis que d’autres le combattent) et les radicaux d’Ahrar as-Sham.

Alep, en effet, n’est pas seulement la deuxième ville de Syrie, le « poumon économique » du pays (bien que, aujourd’hui, la plupart des infrastructures soient en ruines), alors que Damas en est le centre politique ; c’est aussi l’extrémité nord de la « Syrie utile », la Syrie habitée, et le régime doit d’abord en finir avec la rébellion dans les zones les plus peuplées, pour restabiliser sa propre assiette (si Alep est reconquise, le gouvernorat d’Idlib achèvera de céder à l’offensive des loyalistes) et commencer à relever son économie, avant de partir à la reconquête du centre désertique du pays (Palmyre, Deir ez-Zor et la capitale de l’EI, ar-Raqqa), une fois les grandes villes de l’ouest sécurisées.

Toutefois, l’Armée syrienne libre a rassemblé ses forces dans le nord du gouvernorat en espérant résister, voire regagner du terrain sur les forces gouvernementales syriennes, et préserver sa liaison avec les quartiers rebelles de la ville assiégée.

Mais ce dernier sursaut, ultime effort d’une Armée syrienne libre aux abois, épuisée, plus mal équipée que jamais tout au long de ces cinq années de guerre et en manque cruel d’effectifs suffira-t-il à lui rendre une place dans le jeu ?

Car les dernières brigades de l’ASL ne font pas seulement face aux forces du régime. Elles sont aussi confrontées aux djihadistes de Jabhet al-Nosra, très présents dans le nord de la Syrie, et à ceux de l’État islamique, qu’elles combattent dans la région depuis juin 2013, et, depuis octobre 2015, aux Forces démocratiques syriennes, résultat d’une alliance de circonstances, pour l’essentiel, entre les brigades kurdes du YPG, quelques milices arabes, des contingents turkmènes très proches d’Ankara et les milices chrétiennes, principalement issues du Syriac Military Council actif dans le nord-est de la Syrie (et quelques groupuscules rebelles en provenance de l’ASL) ; les Forces démocratiques syriennes qui ont passé un accord de coopération avec l’état major russe, qui appuie par des bombardements leurs assauts tant contre l’EI que contre l’ASL.

En effet, les brigades du YPG (les Unités de protection « du peuple » ; originellement dénommées YPK), intrinsèquement liées au PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdistan) et très majoritairement composées de combattants kurdes, se sont constituées à la faveur de la révolution, dans les trois cantons du Rojava, les zones de peuplement kurde de Syrie (la Jazeera, dans le nord-est, à la frontière irakienne ; la région de Kobané ; et le canton d’Afreen, au nord d’Alep) situées tout le long de la frontière turque. Leur objectif de plus en plus manifeste est de s’emparer d’un territoire le plus large possible, notamment pour relier les trois cantons (chose faite, déjà, entre la Jazeera et Kobané), avec la finalité d’imposer une autonomie régionale au moins, à l’intérieur d’une Syrie fédéralisée. Ce pourquoi le YPG s’attaque non seulement aux positions de l’EI et des djihadistes de Jabhet al-Nosra, mais aussi à celles de l’ASL.

L’avancée progressive des forces kurdes, qui s’est accélérée depuis la victoire kurde de Kobané sur l’EI en janvier 2015, inquiète bien évidemment la Turquie, qui redoute la création d’un Kurdistan syrien indépendant à sa frontière, contrôlé par des milices largement soumises à l’état major du PKK, avec lequel les hostilités ont repris sur le territoire turc même. D’où le soutien clandestin mais notoire d’Ankara aux rebelles de l’ASL et aux djihadistes de Jabhet al-Nosra comme à ceux de l’EI qui, bien qu’antagonistes, se battent cependant tous contre le YPG et tentent de stopper l’expansion des Kurdes qui contrôlent désormais près de 10% du territoire syrien et presque la totalité de la frontière turque ; au point que l’artillerie turque, depuis plusieurs semaines, bombarde les positions du YPG par-dessus sa frontière, en appui aux djihadistes.

Une terrible pression qui s’exerce sur les quelques milliers de combattants restés fidèles à l’ASL, dont les rangs s’éclaircissent chaque jour au fur et à mesure que le désespoir s’empare des hommes, beaucoup tentant de trouver refuge en Turquie…

En revanche, cette « salade syrienne » fait sans aucun doute le jeu de l’armée du régime et de ses alliés iraniens, russes et libanais (le Hezbollah).

Certes, depuis le 27 février, un cessez-le-feu négocié par Moscou et Washington et accepté par Damas est entré en vigueur entre les forces armées syriennes et les rebelles qualifiés de « modérés » ; et à l’exclusion, donc, des factions islamistes radicales (dont les puissantes Ahrar as-Sham, très présente à Alep, et Jeich al-Islam, surtout implantée dans le gouvernorat de Damas), de Jabhet al-Nosra et de l’État islamique. Toutefois, la complexité du terrain et l’enchevêtrement des factions combattantes ont déjà « justifié » plusieurs violations de cette trêve bien précaire, que, de part et d’autre, on ne respecte guère que lorsque les impératifs stratégiques le permettent. Au mieux (ou au pire, c’est selon), le cessez-le-feu permettra-t-il aux forces du régime de concentrer un temps leurs efforts en direction des positions de l’État islamique, qui a mené récemment plusieurs attaques contre les loyalistes, notamment sur la seule route qui relie les quartiers d’Alep tenus par l’armée syrienne au territoire contrôlé par le gouvernement, l’axe routier de Khanasser, dont les djihadistes se sont emparé quelques heures durant, avant d’être repoussés ; l’opportunité pour l’armée syrienne de consolider ses défenses sur le front avec l’EI, avant de se retourner vers Alep et de lancer l’assaut sur la ville.

Le risque, néanmoins, pour le régime, serait de devoir faire face à une résistance forcenée, à une guérilla urbaine que des groupes rebelles n’ayant plus rien à perdre lui feraient sans merci. C’est ce que semblent avoir résolu près d’une vingtaine de katiba (brigades) indépendantes présentes dans la ville et désormais unies sous la bannière de Jeich Halab (l’Armée d’Alep), fédérées par un commandant d’Ahrar as-Sham.

Dans cette perspective, les rebelles tentent depuis un mois de stocker dans la ville toutes les munitions, tout le carburant et autant de matériel médical et de vivres qu’ils peuvent se procurer, farine, huile, conserves, sucre, et y acheminer par la route d’al-Castillo, la seule route dont ils disposent encore, bien que le passage soit devenu très périlleux, sans cesse bombardé par l’aviation russe et l’artillerie de l’armée régulière syrienne, mais aussi attaqué par les Forces démocratiques syriennes, dont l’objectif, à cet égard, n’est pas clair –sinon de précipiter la défaite des rebelles islamistes (et accessoirement de l’ASL), apportant en cela leur concours à la reconquête de la ville par le régime.

Mais le moral ne suit pas : beaucoup de combattants ont déserté et la plupart des médecins qui avaient jusqu’à présent assisté la rébellion se sont enfuis eux aussi. C’est que l’entrée en lice de l’aviation russe a changé la donne, pour la bataille d’Alep comme pour l’ensemble de la guerre en Syrie… Les Alépins n’ignorent pas comment Grozny, en Tchétchénie, avait été entièrement rasée par les bombes.

Il y a aussi le fait que les vivres ne sont pas destinées aux habitants, mais aux miliciens de la rébellion et, au mieux, à leur famille également. Aussi, pour beaucoup, la situation commence à devenir difficile ; intenable, pour certains qui, depuis que l’offensive a commencé, ont épuisé leurs réserves. C’est le cas des familles économiquement les plus fragiles, confrontées à l’envol des prix : la valeur du kilo de riz a sextuplé en moins d’un mois, depuis que la route de la Turquie a été coupée ; et la disette fait déjà son apparition, alors que le siège n’a pas encore réellement commencé.

Partout dans Alep, néanmoins, les miliciens qui ont choisi de rester s’enterrent, creusent des galeries pour relier les sous-sols des immeubles, ménagent des caches d’armes, prêts à se défendre rue par rue, maison par maison… appartement par appartement.

Cela étant, l’état major syrien apparaît confiant : l’exemple de Homs, tombée après un siège total, en mai 2014, et la capitulation des forces rebelles ont démontré la capacité du régime à maîtriser la guerre urbaine.

Par ailleurs, Moscou n’a pas seulement engagé son aviation dans cette bataille. Discrètement mais sûrement, la Russie a rééquipé l’armée syrienne en matériel moderne technologiquement très supérieur à ce dont disposait jusqu’ici les troupes de Bashar al-Assad et, de fait, à ce dont disposent les rebelles, qui se sont procuré l’essentiel de leur armement dans les arsenaux enlevés au régime. L’armée syrienne, éprouvée par cinq années de guerre, a reçu de quoi se requinquer, via les ports militaires russes de Tartous et de Latakieh, où ont transité des tonnes de matériel débarquées par la marine russe. Ce n’est pas le cas côté rebelles… L’état major russe a en outre déclaré avoir déployé au sol des instructeurs chargés d’encadrer les forces pro-régimes et n’a pas démenti l’implication de ses propres commandos ; un investissement d’envergure et sans équivoque, qui trahit l’importance de l’opération en cours.

Enfin, selon plusieurs sources au sein du commandement des milices chiites irakiennes, il est prévu que l’armée syrienne, déjà épaulée par des unités du Hezbollah, reçoive très prochainement l’appui de six à huit mille de leurs miliciens, renforcés en outre par des contingents de pasdarans iraniens. Une information qui, si elle était confirmée, achèverait de lever le moindre doute sur les intentions du gouvernement de Damas.

On l’aura compris, les négociations en cours à Genève ne sont guère la priorité du moment ; et les émissaires syriens de tous les camps doivent se sentir bien penauds, lorsqu’ils croisent dans les couloirs de la représentation onusienne leurs homologues yéménites, tout aussi dépités par l’absurdité des démarches qu’on leur a là fait entreprendre…

Dans ce cas, ce seraient les civils qui paieraient fort cher le prix de cette nouvelle grande bataille. Déjà, 20.000 réfugiés s’agglutinent à la frontière de la Turquie, qui leur ferme ses portes ; et les observateurs de l’ONU estiment à 70.000 le nombre de personnes qui, évacuant Alep, sont en ce moment même encore sur les routes, en chemin pour la frontière turque également. Mais 250.000 à 300.000 civils, qui n’ont pas déserté les quartiers rebelles d’Alep, risquent à présent de se retrouver pris au piège du siège ; surtout une population pauvre, trop démunie pour pouvoir s’en aller, mais aussi les familles des combattants, qui n’ont d’espoir de survie que dans le succès de leur « révolution ».

Demain, si Alep tombait, ce serait ensuite tout le gouvernorat qui repasserait sous le joug du régime syrien, après quatre années de combats acharnés. La terreur s’abattrait alors sur tous ceux qui n’avaient pas choisi le bon camp, celui du vainqueur…

Mais, si Alep tombait, ce serait aussi, tout simplement, la fin de la révolution syrienne. Un basculement qui serait très lourd de conséquences sur le plan de l’engagement international dans le conflit syrien, dont la réalité achèverait de changer du tout au tout.

L’ASL anéantie, en effet, le conflit se résumerait alors en une guerre qui, quoi qu’en dise (encore) le président Hollande (qui sera probablement battu aux prochaines présidentielles), re-légitimerait le gouvernement de Bashar al-Assad (et pour longtemps), presque déjà devenu le principal fer de lance de la lutte armée contre al-Qaeda et l’État islamique.

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