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Le blog de Lucien PONS

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« Loi travail » : violente charge policière à Rennes le 2 juin 2016.

3 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La mondialisation, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le grand banditisme, #Les transnationales

« Loi travail » : violente charge policière à Rennes

Le Monde

Le Monde

Il y a 2 heures

 

Une charge policière, menée à l’aide notamment de véhicules de police, de lacrymogènes, puis de coups de matraque pour empêcher des manifestants contre le projet de loi travail d’accéder à la rocade de Rennes, a fait, jeudi 2juin, plusieurs blessés qui ont dû être pris en charge par les pompiers.

Peu avant 15heures, quatre à cinq véhicules de police ont roulé sans s’arrêter en direction de quelque 300 manifestants pour les disperser. Les policiers ont ouvert les vitres des véhicules pour vaporiser au passage de grandes quantités de gaz lacrymogène sur les manifestants. Les véhicules ne se sont arrêtés qu’après avoir traversé la foule.

Plusieurs dizaines de membres des forces de l’ordre ont ensuite poursuivi les manifestants pour achever la dispersion, à coups de matraque.

Les pompiers appelés sur place ont pris en charge deux blessés. Un troisième a été emmené directement par les manifestants aux urgences, selon un représentant du syndicat SUD. Plusieurs journalistes ont aussi reçu des coups de matraque.

 

 

© DAMIEN MEYER / AFP Un pompier auprès d’une femme blessée lors de la charge, le 2 juin à Rennes.

© DAMIEN MEYER / AFP Un pompier auprès d’une femme blessée lors de la charge, le 2 juin à Rennes.

A la mi-journée, près d’un millier de manifestants, selon le syndicat SUD, étaient partis du centre de Rennes vers la préfecture Beauregard, à l’est de la ville. Ils devaient rejoindre un autre cortège composé des autres syndicats opposés à la «loi travail» qui tenaient un barrage filtrant en périphérie de Rennes.

Les deux cortèges, totalisant près de 1200 manifestants selon la préfecture, se sont rejoints vers 13heures à la hauteur de la préfecture, tirant des pétards, des fumigènes et faisant résonner des sirènes devant un cordon de gendarmes.

C’est après cette réunion des deux cortèges que plusieurs centaines de personnes de cette manifestation ont pris la direction de la rocade en vue de la bloquer.

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De Gaulle, la France et l’Amérique. Non à l’OTAN

3 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La guerre

De Gaulle, la France et l’Amérique. Non à l’OTAN

Par Philippe Conrad le 30 mai 2016

Il est urgent de se mobiliser contre la machine de guerre de l’OTAN.

Sous l’impulsion des Etats-Unis, l’assemblée parlementaire de l’OTAN, le 30 mai à l’issue d’une session à Tirana, a appelé les alliés à se tenir prêts à répondre à «la menace potentielle» de la Russie.

Cet appel est une nouvelle imposture contre laquelle il faut se lever, réagir. Ce sont les Etats-Unis et les pays de l’OTAN qui menacent la Russie .

Il n’y a pas de menace potentielle de la Russie. Et pourtant 250 parlementaires des 28 pays membres de l’alliance ont adopté à l’unanimité la déclaration déplorant «l’usage de la force par la Russie contre ses voisins et les tentatives d’intimidation des alliés» de l’OTAN.

L’OTAN fait usage de la force partout. Pour rappel. Ce n’est pas la Russie qui a démembré la Yougoslavie, l’Irak, la Libye et maintenant la Syrie.

Il est urgent de se mobiliser contre la machine de guerre de l’OTAN. Il est urgent de se rappeler ce que disait le général De Gaulle, de sa méfiance à l’égard des Etat-Unis. Silvia Cattori

De Gaulle, la France et l’Amérique. Non à l’OTAN

Après 1958, le fondateur de la Ve République entend réaffirmer l’indépendance du pays et défier la puissance dominante. S’il soutient d’emblée Kennedy en octobre 1962 lors de la crise de Cuba, il poursuit ses efforts en matière d’armement atomique et s’oppose à la politique américaine au Vietnam.

De Gaulle, la France et l’Amérique

On imagine qu’en mars prochain [article rédigé en janvier, ndlr] le cinquantième anniversaire de la sortie de l’OTAN décidée en 1966 par le général De Gaulle ne retiendra guère l’attention. L’événement était pourtant de taille, dix-sept ans après la formation de l’Alliance atlantique. On se souvient des véhémentes critiques formulées par les atlantistes de tous bords et de la publicité donnée à l’évacuation des bases américaines installées dans l’Hexagone. Dotée depuis peu d’une force nucléaire autonome, la France ne pouvait logiquement demeurer dans une organisation militaire intégrée au sein de laquelle sa liberté de décision se serait trouvée mise en cause.

Rapidement conclus, les accords Ailleret-Lemnitzer allaient en revanche prévoir, en cas de conflit, les modalités d’engagement des forces françaises aux côtés des alliés. Le choix de l’indépendance effectué par De Gaulle ne signifiait donc pas une rupture avec la grande puissance alliée. Il s’inscrivait pourtant dans une politique étrangère perçue comme celle d’un adversaire de Washington et certains interprétèrent cet antagonisme comme l’écho des relations difficiles qu’avait entretenues le général avec les Américains durant la Deuxième Guerre mondiale.

« Un Français fanatique à l’esprit étroit, dévoré d’ambition et ayant de la démocratie une conception plutôt suspecte », c’est en effet en ces termes que Franklin Delano Roosevelt juge le chef du mouvement des Français libres qui, avec l’appui de Churchill, a décidé dès l’été 1940 de refuser la défaite.

Celui qui entend incarner, avec bien peu de moyens pour le faire, le relèvement de la France supporte mal le maintien des relations entre Washington et Vichy, ou la faveur plus grande dont bénéficie le général Giraud auprès des Américains, pour ne rien dire de la volonté de ceux-ci d’imposer à la France, à travers l’AMGOT, le statut d’un territoire occupé par les Alliés. Selon le ministre britannique Oliver Lyttelton :

« De Gaulle n’a jamais rien laissé passer, c’est ainsi et non par la souplesse et l’urbanité qu’il s’est fait respecter. »

Le retour dans la guerre des forces françaises et la part qu’elles prennent à la victoire ne sont pas plus importants pour De Gaulle que sa volonté d’affirmer la souveraineté et la « grandeur » de la France vis-à-vis des Alliés qui, après le désastre de 1940, ne voyaient plus en elle qu’un acteur mineur du monde à venir.

Après 1958, le fondateur de la Ve République entend réaffirmer l’indépendance du pays et défier la puissance dominante. S’il soutient d’emblée Kennedy en octobre 1962 lors de la crise de Cuba, il poursuit ses efforts en matière d’armement atomique et s’oppose à la politique américaine au Vietnam.

Huit ans avant les États-Unis, le général reconnaît dès 1964 la Chine populaire et tente l’année suivante, avec son voyage en URSS et au nom d’une « Europe de l’Atlantique à l’Oural », d’engager une « détente » avec le bloc de l’Est. Les voyages effectués en Amérique du Sud, le discours de Phnom Penh ou celui du « Québec libre » viennent confirmer, tout comme le projet d’un retour à l’étalon-or, la prise de distance avec Washington.

Les choses changent toutefois quand Richard Nixon succède à Lyndon Johnson – avec qui De Gaulle ne s’est jamais entretenu en tête à tête – car le nouveau président américain est un admirateur du général et, en 1969, à la veille du départ de De Gaulle, un net réchauffement des relations s’opère, à un moment où l’intervention soviétique à Prague a sérieusement refroidi les espoirs d’un rapprochement avec l’Est.

Septuagénaire issu de la vieille Europe, formé dans le contexte des drames de la première moitié du siècle, le général De Gaulle – qui surestimait sans doute les possibilités de la France et sa capacité à assumer sa « grandeur » passée, dans un monde où il n’avait pas évalué l’ampleur de la révolution culturelle porteuse des événements de 1968 – avait en revanche parfaitement compris la nécessité de l’indépendance et de la puissance et savait que celle-ci ne valait qu’au service d’une volonté.

Philippe Conrad | NRH n°82 (janvier-février 2016)

Source: la-nrh.fr/2016/01/

Les opinions et assertions exprimées sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputées à Arrêt sur Info.

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Michel Onfray : «Nous sommes déjà en guerre civile»

3 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #l'horreur économique, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La guerre, #Terrorisme, #Le fascisme, #l'immigration, #L'OTAN.

Michel Onfray : «Nous sommes déjà en guerre civile»

2 juin 2016,

Michel Onfray a reçu RT France dans son domicile de Caen, sa ville de toujours.

Michel Onfray a reçu RT France dans son domicile de Caen, sa ville de toujours.

Le philosophe a reçu RT France pour un entretien : contestation sociale en France, Etat islamique, politique intérieure et extérieure de l’Hexagone... Michel Onfray nous livre une analyse de l'actualité sombre, mais qu’il veut réaliste.

Il a mis fin à sa période de retraite médiatique. Attaqué de toutes parts pour ses prises de positions iconoclastes, Michel Onfray exècre toujours autant le politiquement correct. Cela tombe bien, il nous a ouvert ses portes pour un entretien détonnant. Une France au bord du chaos, un président qui ne pense qu’à se faire réélire, des politiques sans vision, l’avenir dépeint par le philosophe est peu enthousiasmant.

Durant cet entretien, il a longuement été question de l’islam, dont Michel Onfray a traité dans son dernier ouvrage, Penser l’islam. Une occasion d’aborder les positions explosives de celui qui pense qu’il faut «négocier avec Daesh».

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«Géographie» du Pentagone et mondialisation du putsch: Stratégie du “golpe global”

3 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Russie, #La guerre, #Le fascisme, #Terrorisme

«Géographie» du Pentagone et mondialisation du putsch: Stratégie du “golpe global”

L’art de la guerre

 
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Quelle liaison y a-t-il entre des sociétés géographiquement, historiquement et culturellement éloignées, du Kosovo à la Libye et à la Syrie, de l’Irak à l’Afghanistan, de l’Ukraine au Brésil et au Venezuela ? Celle d’être emportées dans la stratégie globale des Etats-Unis, exemplifiée par la «géographie» du Pentagone. Le monde entier s’y trouve divisé en «aires de responsabilité», chacune confiée à un des six «commandements combattants unifiés» des Etats-Unis : le Commandement Nord couvre l’Amérique du Nord, le Commandement Sud l’Amérique du Sud, le Commandement Européen la région comprenant Europe et Russie, le Commandement Afrique le continent africain, le Commandement Central Moyen-orient et Asie, le Commandement Pacifique la région Asie/Pacifique. Aux six commandements géographiques s’en ajoutent 3 opérant à l’échelle mondiale : le Commandement stratégique (responsable des forces nucléaires), le Commandement pour les opérations spéciales, le Commandement pour le transport.

«Géographie» du Pentagone et mondialisation du putsch: Stratégie du “golpe global”

A la tête du Commandement Européen se trouve un général ou un amiral nommé par le président des Etats-Unis, qui assume automatiquement la charge de Commandant suprême allié en Europe. L’Otan est ainsi insérée dans la chaîne de commandement du Pentagone, c’est-à-dire opère fondamentalement en fonction de la stratégie étasunienne. Celle-ci consiste en l’élimination de tout Etat ou mouvement politico/social qui menace les intérêts politiques, économiques et militaires des Etats-Unis qui, bien qu’étant encore la plus grande puissance mondiale, sont en train de perdre du terrain face à l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux.

Les instruments de cette stratégie sont multiples : de la guerre ouverte -voir les attaques aéronavales et terrestres en Yougoslavie, Afghanistan, Irak et Libye- aux opérations secrètes conduites dans ces pays comme dans d’autres, dernièrement en Syrie et Ukraine.

Pour ces opérations le Pentagone dispose des forces spéciales, environ 70 000 spécialistes qui « chaque jour opèrent dans plus de 80 pays à l’échelle mondiale ». Il dispose en outre d’une armée ombre de contractors (mercenaires) : en   Afghanistan, documente Foreign Policy, les mercenaires du Pentagone sont environ 29 000, c’est-à-dire trois pour chaque soldat étasunien ; en Irak environ 8 000, deux pour chaque soldat étasunien.

Aux mercenaires du Pentagone s’ajoutent ceux de la tentaculaire Communauté d’intelligence (renseignement) comprenant, en plus de la CIA, 15 autres agences fédérales. Les mercenaires sont doublement utiles : ils peuvent assassiner et torturer, sans que cela soit attribué aux USA, et quand ils sont tués leurs noms n’apparaissent pas dans la liste des morts. En outre le Pentagone et les services secrets disposent des groupes qu’ils arment et entraînent, comme les groupes islamistes utilisés pour attaquer de l’intérieur la Libye et la Syrie, et ceux néo-nazis utilisés pour le coup d’Etat en Ukraine.

Autre instrument de la même stratégie, ces « organisations non-gouvernementales » qui, dotées de moyens énormes, sont utilisées par la CIA et par le Département d’Etat pour des actions de déstabilisation interne au nom de la « défense des droits des citoyens ».

Dans le même cadre entre l’action du groupe Bilderberg -que le magistrat Ferdinando Imposimato dénonce comme «un des responsables de la stratégie de la tension et des massacres» en Italie, et celle de l’Open Society de l’ «investisseur et philanthrope George Soros», artisan des «révolutions colorées».

Dans le viseur de la stratégie golpiste de Washington il y a aujourd’hui le Brésil, pour miner de l’intérieur les BRICS, et le Venezuela pour miner l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (Alba). Pour déstabiliser le Venezuela -indique le Commandement Sud dans un document découvert récemment- il faut provoquer «un scénario de tension qui permette de combiner des actions de rue avec l’emploi dosé de la violence armée ».

Manlio Dinucci

Edition de mardi 24 mai 2016 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/strategia-del-golpe-globale/

Pour voir la vidéo en italien qui correspond au texte en français, cliquez ici.

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres:  Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

 


 Apostille de la traductrice pour la version française

(avec l’accord de l’auteur)

On trouvera quelques illustrations des deux derniers instruments décrits par cette rubrique, dans, par exemple, les investigations suivantes :

1) Dans l’article, Alep: Bombardements dhôpitaux et propagande de guerre (http://arretsurinfo.ch/alep-bombardements-dhopitaux-et-propagande-de-guerre/ ) le journaliste étasunien Brandon Turbeville indique quelques pistes permettant de cerner des critères de l’ « indépendance, neutralité et impartialité » de certaines ONG. Ici, Médecins Sans Frontières. Extrait :

« Alors que MSF est souvent décrit par les médias occidentaux comme indépendant, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. En 2013 Tony Cartalucci écrivait [http://landdestroyer.blogspot.fr/2013/08/doctors-behind-syrian-chemical-weapons.html] : «Pour commencer, Médecins sans frontières est entièrement financé par exactement les mêmes institutions financières qui sont derrière Wall Street et la politique étrangère commune de Londres [et autres puissances occidentales, m-a p], y compris le changement de régime en Syrie et dans lIran voisin. Le propre rapport annuel de Médecins sans frontières (le rapport de 2010 est accessible ici), mentionne comme donateurs Goldman Sachs, Wells Fargo, Citigroup, Google, Microsoft, Bloomberg, Bain Capital, la société de Mitt Romney, et une myriade dautres sociétés financières). Médecins sans frontières présente aussi des banquiers dans son Comité de parrainage, dont Elizabeth Beshel Robinson de Goldman Sachs ». Pour avoir une idée de l’indépendance des sociétés et banques en question cf. tout l’ouvrage Le groupe Bilderberg, l’ « élite » du pouvoir mondial, de Domenico Moro (Editions Delga, 2014).

A (partir de) la page 36 du rapport financier 2010 (à défaut de trouver les suivants sur le site MSF), on verra sur la longue liste des donateurs quelques autres contributeurs tels que, pour ne citer que des très connus, la Fondation William Clinton et Richard Rockefeller, aussi généreux (tranche $100,000 – $499,999) qu’indépendants politiquement.

2) Le livre de la journaliste et essayiste étasunienne Diana Johnstone : « Hillary Clinton, la reine du chaos » (Editions Delga, 2015). Le chapitre « La mégère apprivoisante »   donne un aperçu du travail « humanitaire » -entre deux charges au Secrétariat d’Etat- de très proches collaboratrices de Hillary, comme : Samantha Power (p. 97 et suivantes) au Kosovo et au Cambodge, pour l’Open Society Institute de George Soros (par ailleurs donateur à MSF) ; ou Suzanne Nossel (p. 101 et suivantes) passant de Human Rights Watch au Secrétariat d’Etat de H. Clinton (2009), puis à la direction de la branche étasunienne de Amnesty International, en janvier 2012 «pour rendre un autre service au “smart power” comme directeur exécutif d’Amnesty International pour une année marquée par une importante campagne de soutien aux Pussy Riot ». La somme d’informations et l’analyse de cette campagne produites par l’auteur -de façon proprement hilarante dans ce passage mais tout le livre, beaucoup moins drôle, est passionnant- donnent un exemple significatif des «actions de déstabilisation interne au nom de la “défense des droits des citoyens” » par le Département d’Etat et Agences étasuniens, via des grosses ONG.

Dans ces deux investigations, on voit aussi comment certains acteurs de ces déstabilisations font partie simultanément des deux derniers instruments stratégiques décrits par Manlio Dinucci : à la fois comme (gros) contributeurs financiers d’ONG, et comme membres (y compris fondateurs ou dirigeants) de groupes ou institutions « indépendants » tels que Bilderberg et l’Open Society. Quant à la démocrate aspirante à la présidence des USA, elle émarge dans toutes les catégories de cette stratégie « sans frontières ».

 

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L’Europe façon Wall Sreet exige la "Loi Travail" : corrosif rappel d’une historienne.

2 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #l'horreur économique, #Le grand banditisme, #Le fascisme, #Les transnationales

 

L’Europe façon Wall Sreet exige la "Loi Travail" : corrosif rappel d’une historienne.

L'historienne Annie Lacroix-Riz consacre toute sa carrière à mettre au jour les actions de ce que l'on n'appelle plus "le grand capital"... Dommage car il demeure tout puissant. Voulue telle qu'elle est aujourd'hui par les Etats-Unis ( un marché qui obéit et une puissance supplétive au plan militaire), l'Europe, dopée par Washington à partir de 1945, vit maintenant son apothéose ultra libérale. Son dernier avatar : écrire puis imposer la "Loi Travail".

C’est sûrement faire injure au lecteur que d’étaler sous ses yeux une vérité trop première. Si le terrible virus social qu’est la « Loi Travail » nous tombe dessus, ce n’est pas pour, comme le bégaie Valls, « réformer la France en la modernisant ». Bien sûr que non. Ou alors expliquez-nous par quel miracle un gouvernement de droite en Belgique et un supposé de gauche en France, promulguent en même temps des règles identiques qui étranglent au mieux les travailleurs ? C’est tout simple, la consigne unique et mortifère vient de la Commission européenne, un machin livré à tous les lobbies. A Bruxelles, 40 000 personnes sont employées par ces officines « d’influence » qui soumettent au Parlement européen la version des lois qui convient le mieux à Wall Sreet. Ainsi soulagés d’une assommante besogne, avant de foncer à la buvette, les députés européens n’ont plus qu’à dire oui à ces lobbies qui s’activent à notre bonheur. Pendant ce temps, alors qu’ils devraient faire du tapage, peu de ceux dont le métier est de penser et de dire viennent nous mettre sous le nez l’extrait de naissance d’une Europe naguère fécondée par les Etats-Unis.

Pourtant, alors que les bataillons intellectuels sont aux arrêts de rigueur, Annie Lacroix-Riz, inoxydable sentinelle du temps, s’en vient par un livre, Les élites françaises entre 1940 et 1944, jeter boules puantes et verre pilé dans le lit de l’Europe. Cette chercheuse pour laquelle les archives ne sont pas des continents oubliés, nous rappelle, en plein blocages et fumées de lacrymos, l’origine de notre mal, pourquoi nous toussons. Ce catarrhe vient de ce que les « élites » du capitalisme français (banquiers ou élus) et nombre de leurs compères d’états voisins, ont la nécessité d’appuyer leur politique sur un pays qui joue pour eux le rôle de modèle. A partir de 1934 ce fut l’Allemagne nazie, projection d’un mode d’exploitation idéal. Plus tard, Hitler ayant hélas échoué dans la construction de sa nouvelle Europe, les trusts et les banques ont tourné leur veste pour courir au plus vite derrière le nouvel ami étasunien. Ouf. Depuis, le fleuve continue de couler tranquille, Juncker et autres perroquets de Goldman Sachs peuvent lancer leur fatwa de l’ultra libéralisme sur les travailleurs : « il n’y a pas d’alternative ». Voilà pourquoi une Loi Travail nous est tombée dessus, réclamée par ces fonds de pension étatsuniens qui sont à la justice sociale ce que Dracula est à la transfusion sanguine.

Lacroix-Riz, qui laboure le champ de ses connaissances avec une totale obstination, nous a déjà régalés d’un petit livre, Aux origines du carcan européen chez Delga. Belle Europe que cette construction confiée à deux « pères », Robert Schuman (ministre de Pétain) et Jean Monnet (agent de Washington). Cette fois l’historienne nous décrit les douloureux balancements, pour les maîtres de l’économie, entre le prodigieux Adolf Hitler et les plis de la bannière étoilée à mesure que, Staline broyant SS et Wehrmacht dans l’hiver soviétique, les « boys » pouvaient avancer vers La Manche. On plaint presque ces pauvres industriels et banquiers et leurs poulains politique d’avoir à affronter tant d’incertitude, faisant pivoter, comme les spectateurs du tennis, leurs têtes entre Washington et Berlin.

Dans L’Etrange défaite Marc Bloch qui analyse à chaud la déroute française de 40, classe les responsables de cette tragédie en cinq catégories : armée, politiques, presse, affaires et hommes de main. Annie Lacroix-Riz, spécialiste de la Cagoule, ne revient pas sur ces « hommes de main » qu’elle connait trop et qui ne sont que des exécutants (c’est le cas de le dire). Mais elle ajoute le clergé catholique accusé d’avoir été un truchement, un liant entre Vichy ou l’occupant et de trop nombreux français. D’emblée elle piétine le postulat de ces historiens bien-pensants qui écrivent que la collaboration a été essentiellement une affaire de petites gens dévoyés. Pas du tout, au-dessus de la pyramide brune, Lacroix-Riz distingue sans contestation les « élites » et autres puissants, les donneurs d’ordres.

Egale à elle-même, à ce qu’est son livre « culte » Le Choix de la défaite, la chercheuse avec son nouvel ouvrage en béton, nous démontre que plus qu’une affaire de miliciens en manteaux de cuir ou de diatribes de journalistes crapules, la collaboration fut massivement le choix des industriels et banquiers qui préféraient Hitler au Front populaire. Le verdict de l’historienne est tranchant : toute collaboration est létale, ce qui emporte le mythe des « résistants » de Vichy dont Mitterrand est la tête de gondole. Collaborer, même de façon « éloignée », c’est plonger les mains dans le sang nous montre Lacroix-Riz.

« Les élites françaises de 1940 à 1944 » porte un sous-titre qui dit tout « De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine » et, dans cette mutation qui porte d’un amour l’autre, certaines « élites » seront plus perspicaces que d’autres. Ce n’est pas par haine du nazisme ou par désespoir de vivre dans un pays occupé que certains dirigeants ont très vite pris le parti des Etats-Unis. Ni patriotes ni démocrates, ces pragmatiques se sont appuyés sur le rapport du général Doyen en date du 16 juillet 1941, un officier qui a participé à la Commission d’armistice, ou sur de semblables analyses. Pour Doyen, étant donné son degré de culture, sa puissance économique, sa population importante, son obligation de défendre la Grande Bretagne, les Etats-Unis étaient à long terme certains de gagner la guerre. Jouant cette carte, ces « élites » qui collaboraient avec l’Allemagne depuis le Plan Dawes en 1924, et encore mieux à partir de 1933, ont donc sauvé leur réputation à défaut de leur honneur. Et les américains peu regardants n’ont pas hésité à discuter et échanger avec Vichy : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier et garder une matraque fasciste capable, le moment venu, de lutter contre le communisme. D’autres « élites » moins avisées, ont poursuivi un peu plus leur chemin commun avec les nazis. Pas très grave puisqu’après 1944 les tribunaux d’épuration ont eu pour mot d’ordre de ne pas casser l’outil industriel restant debout, ni le reste d’une économie asthénique. Quelques malchanceux, comme Renault qui ne l’avait pas volé, ont payé pour le compte de tous, histoire de faire symbole.

Il est passionnant de suivre, au travers de ses envoyés spéciaux, de ses « pions », l’action des amis de l’Amérique choisis par Washington dans l’entourage de Pétain. Alger va devenir un roman de Le Carré où les intrigues pour imposer les hommes de demain sont parfois mortelles.

Au-dessus de tout cela il y a un homme détesté des yankees et peu aimé par Churchill, il s’appelle De Gaulle. Il va surfer, jouer sa carte avec pugnacité et l’aide de quelques héros.

En fin de compte Wall Sreet et nos « élites » ne pouvant se mettre en travers, vont laisser le grand général gouverner la France. Mais l’idée de construire cette Europe américaine, un marché aux ordres, demeure. Petit à petit, lui-même entouré de quelques « Atlantistes », De Gaulle va lâcher sa position de « non aligné ». Il ne reste plus qu’à être patient, Bruxelles va être le relais qui commande aux anciennes nations. Par exemple de promulguer des lois « modernes » comme cette monstruosité française sur le droit du travail.

Jacques-Marie BOURGET

PS. Sur Internet un entretien donné par Annie Lacroix-Riz est un élément très convainquant, il permet de saisir parfaitement les recherches de l’historienne.

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TTIP : Bruxelles veut mettre les Etats européens face à leurs responsabilités

1 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Le traité Transatlantique., #La mondialisation, #l'horreur économique, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #Le capitalisme;

TTIP : Bruxelles veut mettre les Etats européens face à leurs responsabilités

Le 31 MAI 2016

LE MONDE | 31.05.2016 Par Cécile Ducourtieux(Bruxelles, bureau européen) et Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant)


Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, lors d’un débat sur l’avenir de l’Europe à Berlin, en mai. MARKUS SCHREIBER / AP

La Commission européenne veut mettre les 28 gouvernements des pays membres de l’Union devant leurs responsabilités. Souhaitent-ils poursuivre les négociations du fameux TTIP (Transatlantic Trade and Investment Part­nership), le traité de libre-échange avec les Etats-Unis, ou pas ? Et si oui, sont-ils prêts à conforter le mandat de négociation qu’ils lui ont confié au printemps 2013 ?

L’éclairage : Où en est le projet de libre-échange transatlantique ?

Mardi 31 mai, Daniel Rosario, un porte-parole de la Commission, a précisé qu’« au sommet européen de juin [prévu les 28 et 29 juin, à Bruxelles] le président, Jean-Claude Juncker, va demander aux dirigeants de l’UE de reconfirmer le mandat de la Commission pour conduire ces négociations ». Et d’ajouter : « Nous devons nous assurer que nous allons tous dans la même direction. »

L’objectif de cette « question de confiance » est d’en finir avec les voix discordantes qui sapent la crédibilité de l’institution, et partant la position de négociation de l’Union face à une administration américaine peu encline à faire des concessions aux Européens, qui espèrent un accès facilité aux marchés publics américains et une meilleure reconnaissance des appellations d’origine protégées.

Quatorzième round prévu en juillet

Certes, à Bruxelles, plus grand monde ne croit à la possibilité d’un accord définitif avec l’administration Obama avant les élections américaines. Mais parvenir, un jour, à un accord de libre-échange inédit par son ampleur avec le premier partenaire commercial de l’Union reste une priorité pour la Commission Juncker et pour la chancelière allemande Merkel. Idem pour les pays traditionnellement libre-échangistes : les Pays-Bas, les pays du nord de l’Europe et le Royaume-Uni.

Un quatorzième round de négociation est déjà prévu en juillet, et l’Europe doit arriver unie à la table des négociations pour espérer obtenir des Américains des concessions. Et, pourquoi pas, parvenir à un accord politique, dans les grandes lignes, avant la fin 2016. Cecilia Malmström, la commissaire au commerce, devait rencontrer Michael Froman, le négociateur en chef américain, en Suède lundi soir, pour la cinquième ou sixième fois depuis le début de l’année, une preuve de plus de la motivation européenne d’aboutir.

Début mai, à la suite de la fuite de documents de négociations divulgués par l’ONG Greenpeace,François Hollande a dit « non, à ce stade », au Tafta (l’acronyme du TTIP en français). Mi-avril, il avait déjà abordé ce sujet sur lequel, ces dernières années, il était resté très discret. Mais jamais encore le président français n’avait été aussi clair. Le 27 mai, le chef de l’Etat a de nouveau souligné que Washington devait « aller beaucoup plus loin » pour que le traité puisse être conclu.

Lire aussi : La France promeut l’arbitrage privé du Tafta au sein même de l’Europe

Vif débat en Allemagne

Le 28 mai, c’est Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate allemand (SPD), et partenaire de coalition d’Angela Merkel comme ministre de l’économie, qui a donné aussi de la voix. Au lendemain du G7 au Japon, au cours duquel la chancelière a de nouveau défendu la conclusion rapide d’un accord, il a jugé qu’elle « a eu tort de dire, dans l’euphorie de la visite d’Obama en Allemagne, que nous pourrions dans tous les cas clore les négociations cette année, et de le répéter maintenant ». Il a estimé que cela risquait d’aboutir à un mauvais accord et précisé que « le SPD ne veut pas participer à un mauvais accord ». Il s’en est notamment pris aux tribunaux d’arbitrage « non transparents » vers lesquels pourraient se tourner les entreprises pour trancher un litige contre un Etat.

C’est en Allemagne que le débat est le plus vif. Dans ce pays qui ne sait que faire de ses excédents commerciaux record, le libre-échange a longtemps été perçu comme le meilleur moyen d’assurer le succès du « made in Germany ». Pourtant, à la surprise générale, les Allemands figurent parmi les Européens les plus réservés face au TTIP. Pourquoi faire de nouvelles concessions aux Américains qui pourraient nuireà la santé des Allemands – contraints demain d’importer par exemple du poulet au chlore –, alors que les entreprises allemandes se satisfont très bien de la situation existante ? Le débat enflamme l’opinion et moins de 20 % des Allemands sont favorables au projet de TTIP.

Lire aussi : L’émoi allemand après les révélations sur le TTIP

Cela fait plusieurs mois qu’à Bruxelles des sources européennes déplorent en off l’ambiguïté, ou à tout le moins le manque de soutien politique de certains gouvernements de l’UE. Qui rechignent à trop s’engager en faveur d’un accord dénoncé avec virulence par nombre d’ONG et de partis de gauche (mais aussi par des partis populistes de droite, dont le Front national en France). Les anti-Tafta alertent sur les risques que l’accord ferait courir sur les services publics européens ou la protection des consommateurs.

Toute la politique de libre-échange de l’Union en danger

La mise au point du président Juncker, lundi, intervient à un moment où c’est non seulement le Tafta, mais aussi toute la politique de libre-échange de l’Union qui se trouvent en danger, une part de plus en plus importante d’Européens désavouant ce qu’ils considèrent comme le comble de la mondialisation du libéralisme. Parmi les accords en danger, le CETA, signé entre les 28 Etats membres et le Canadaen 2014.

La Commission doit prendre une décision d’ici à début juillet de proposer (ou non) la ratification du CETA aux Parlements des 28 Etats membres. En interne, les fonctionnaires sont très inquiets sur les chances de cet accord d’obtenir l’unanimité nécessaire. Depuis quelques mois, il est attaqué avec virulence par les anti-Tafta, qui ont compris qu’en le torpillant ils coulaient toutes les autres négociations… « Si le CETA tombe, on ne pourra plus engager aucune discussion, plus personne ne prendra l’UE au sérieux », confie une source diplomatique.

TTIP : Bruxelles veut mettre les Etats européens face à leurs responsabilités

Le 31 MAI 2016

LE MONDE | 31.05.2016  Par Cécile Ducourtieux(Bruxelles, bureau européen) et Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant)

 

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, lors d’un débat sur l’avenir de l’Europe à Berlin, en mai.
Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, lors d’un débat sur l’avenir de l’Europe à Berlin, en mai. MARKUS SCHREIBER / AP

La Commission européenne veut mettre les 28 gouvernements des pays membres de l’Union devant leurs responsabilités. Souhaitent-ils poursuivre les négociations du fameux TTIP (Transatlantic Trade and Investment Part­nership), le traité de libre-échange avec les Etats-Unis, ou pas ? Et si oui, sont-ils prêts à conforter le mandat de négociation qu’ils lui ont confié au printemps 2013 ?

L’éclairage :   Où en est le projet de libre-échange transatlantique?

Mardi 31 mai, Daniel Rosario, un porte-parole de la Commission, a précisé qu’« au sommet européen de juin [prévu les 28 et 29 juin, à Bruxelles] le président, Jean-Claude Juncker, va demander aux dirigeants de l’UE de reconfirmer le mandat de la Commission pour conduire ces négociations ». Et d’ajouter : « Nous devons nous assurer que nous allons tous dans la même direction. »

L’objectif de cette « question de confiance » est d’en finir avec les voix discordantes qui sapent la crédibilité de l’institution, et partant la position de négociation de l’Union face à une administration américaine peu encline à faire des concessions aux Européens, qui espèrent un accès facilité aux marchés publics américains et une meilleure reconnaissance des appellations d’origine protégées.

Quatorzième round prévu en juillet

Certes, à Bruxelles, plus grand monde ne croit à la possibilité d’un accord définitif avec l’administration Obama avant les élections américaines. Mais parvenir, un jour, à un accord de libre-échange inédit par son ampleur avec le premier partenaire commercial de l’Union reste une priorité pour la Commission Juncker et pour la chancelière allemande Merkel. Idem pour les pays traditionnellement libre-échangistes : les Pays-Bas, les pays du nord de l’Europe et le Royaume-Uni.

Un quatorzième round de négociation est déjà prévu en juillet, et l’Europe doit arriver unie à la table des négociations pour espérer obtenir des Américains des concessions. Et, pourquoi pas, parvenir à un accord politique, dans les grandes lignes, avant la fin 2016. Cecilia Malmström, la commissaire au commerce, devait rencontrer Michael Froman, le négociateur en chef américain, en Suède lundi soir, pour la cinquième ou sixième fois depuis le début de l’année, une preuve de plus de la motivation européenne d’aboutir.

Début mai, à la suite de la fuite de documents de négociations divulgués par l’ONG Greenpeace,François Hollande a dit « non, à ce stade », au Tafta (l’acronyme du TTIP en français). Mi-avril, il avait déjà abordé ce sujet sur lequel, ces dernières années, il était resté très discret. Mais jamais encore le président français n’avait été aussi clair. Le 27 mai, le chef de l’Etat a de nouveau souligné que Washington devait « aller beaucoup plus loin » pour que le traité puisse être conclu.

Lire aussi :   La France promeut l’arbitrage privé du Tafta au sein même de l’Europe

Vif débat en Allemagne

Le 28 mai, c’est Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate allemand (SPD), et partenaire de coalition d’Angela Merkel comme ministre de l’économie, qui a donné aussi de la voix. Au lendemain du G7 au Japon, au cours duquel la chancelière a de nouveau défendu la conclusion rapide d’un accord, il a jugé qu’elle « a eu tort de dire, dans l’euphorie de la visite d’Obama en Allemagne, que nous pourrions dans tous les cas clore les négociations cette année, et de le répéter maintenant ». Il a estimé que cela risquait d’aboutir à un mauvais accord et précisé que « le SPD ne veut pas participer à un mauvais accord ». Il s’en est notamment pris aux tribunaux d’arbitrage « non transparents » vers lesquels pourraient se tourner les entreprises pour trancher un litige contre un Etat.

C’est en Allemagne que le débat est le plus vif. Dans ce pays qui ne sait que faire de ses excédents commerciaux record, le libre-échange a longtemps été perçu comme le meilleur moyen d’assurer le succès du « made in Germany ». Pourtant, à la surprise générale, les Allemands figurent parmi les Européens les plus réservés face au TTIP. Pourquoi faire de nouvelles concessions aux Américains qui pourraient nuireà la santé des Allemands – contraints demain d’importer par exemple du poulet au chlore –, alors que les entreprises allemandes se satisfont très bien de la situation existante ? Le débat enflamme l’opinion et moins de 20 % des Allemands sont favorables au projet de TTIP.

Lire aussi :   L’émoi allemand après les révélations sur le TTIP

Cela fait plusieurs mois qu’à Bruxelles des sources européennes déplorent en off l’ambiguïté, ou à tout le moins le manque de soutien politique de certains gouvernements de l’UE. Qui rechignent à trop s’engager en faveur d’un accord dénoncé avec virulence par nombre d’ONG et de partis de gauche (mais aussi par des partis populistes de droite, dont le Front national en France). Les anti-Tafta alertent sur les risques que l’accord ferait courir sur les services publics européens ou la protection des consommateurs.

Toute la politique de libre-échange de l’Union en danger

La mise au point du président Juncker, lundi, intervient à un moment où c’est non seulement le Tafta, mais aussi toute la politique de libre-échange de l’Union qui se trouvent en danger, une part de plus en plus importante d’Européens désavouant ce qu’ils considèrent comme le comble de la mondialisation du libéralisme. Parmi les accords en danger, le CETA, signé entre les 28 Etats membres et le Canadaen 2014.

La Commission doit prendre une décision d’ici à début juillet de proposer (ou non) la ratification du CETA aux Parlements des 28 Etats membres. En interne, les fonctionnaires sont très inquiets sur les chances de cet accord d’obtenir l’unanimité nécessaire. Depuis quelques mois, il est attaqué avec virulence par les anti-Tafta, qui ont compris qu’en le torpillant ils coulaient toutes les autres négociations… « Si le CETA tombe, on ne pourra plus engager aucune discussion, plus personne ne prendra l’UE au sérieux », confie une source diplomatique.

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L’Union européenne assume : la loi El Khomri, c’est elle, par Coralie Delaume

1 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #Les transnationales, #Le grand banditisme, #l'horreur économique, #Le fascisme, #Le syndicalisme, #Le socialisme, #La lutte des classes

Source : Le Figaro, Coralie Delaume, 25-05-2016

Jean-Claude Juncker, Président luxembourgeois de la Comission Européenne

Jean-Claude Juncker, Président luxembourgeois de la Comission Européenne

FIGAROVOX/DECRYPTAGE – Jean-Claude Juncker a déclaré que «la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu’il faut faire».Pour Coralie Delaume, l’économie de notre pays est depuis longtemps l’application des orientations de l’Union européenne.


Coralie Delaume est journaliste. Elle a notamment publié Europe. Les Etats désunis (Michalon, 2014). Découvrez ses chroniques sur son blog


La loi El Khomri est un produit d’importation made in Union européenne (voir explications détaillées ici). Les «Grandes orientations de politique économique» (GOPÉ), dont l’existence est posée par les traités, et le «Programme national de réformes» (PNR), qui s’inscrit lui-même dans le cadre de la stratégie Europe 2020 «pour une croissance économique intelligente, durable et inclusive» (tsoin-tsoin), prescrivent à de nombreux pays et depuis longtemps le malthusianisme budgétaire et la modération salariale.

[Article à lire sur Le Figaro. Je ne mets que la fin]

 

Or pour Jean-Claude Juncker, il se trouve que «la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu’il faut faire». Le minimum seulement. Et, avec un peu de chance, de constance et d’audace, une simple étape vers ce rêve éveillé que constitue l’idéal grec!

Autre grand bavard: Pierre Moscovici. Lui assume mieux encore que Juncker, et ses insinuations n’en sont plus. Ce sont même des aveux : oui, l’Union européenne veut la loi El Khomri. Dans un entretien publié ici le 18 mai soit, précisément, le jour de la parution des recommandations adressées par la Commission à la France dans le cadre du «semestre européen», le commissaire aux Affaires économiques faisait connaître sa volonté. S’il minaudait tout d’abord en prétendant qu’il ne lui appartenait pas de «juger» la Loi travail, il rappelait toutefois qu’il lui appartenait bien de l’exiger: « Tout ce que je peux dire, c’est que la réforme est indispensable et qu’y renoncer serait une erreur lourde (…) les Français ont souvent le même réflexe quand une réforme se présente: celui de s’y opposer. Cela ne signifie pas que la réforme n’est pas nécessaire et qu’elle ne doit pas être menée (…) En outre, je pense que la volonté du peuple doit s’exprimer dans les élections, pas dans les sondages ».

C’est vrai. En principe, sauf à vivre dans le chaos de la démocratie d’opinion, les scrutins font foi bien plus que les sondages. Mais en principe aussi, le pouvoir exécutif français se situe à l’Élysée et à Matignon (Paris, France), et non dans le bâtiment du Berlaymont (Bruxelles, Belgique). Sauf à vivre dans le chaos de la démocratie congédiée.

Évidemment, si les choses en sont là, et Moscovici le dit fort bien, c’est en raison «des traités que les gouvernements et les Parlements de l’Union européenne, à commencer par celui de la France, ont signés». C’est là l’argument dont les européistes se prévalent sans cesse, car il n’y a plus que ça en magasin. Au passage, ils se hâtent d’oublier que le dernier des traités, celui de Lisbonne, a tout de même nécessité pour être signé que l’on s’assoie en 2005 sur les résultats de deux référendums, le néerlandais et le français. Tout comme on s’est assis sur le résultat de la consultation grecque de juillet 2015. Autrement, c’était début du détricotage de la zone euro.

Au sujet du mouvement social actuellement en cours, Myriam El Khomri a eu ces mots très contestés: «il n’est pas question que l’économie de notre pays soit prise en otage». Ils sont pourtant incontestables: l’économie de notre pays est, depuis longtemps, en situation de captivité. Simplement, les rançonneurs ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Source : Le Figaro, Coralie Delaume, 25-05-2016

ue-loi

 

4 réponses à L’Union européenne assume : la loi El Khomri, c’est elle, par Coralie Delaume

  1. natoistan Le 01 juin 2016 
     

    Update sur la guerre qu’ils veulent tant.Des soldats Français(150) et pire encore un bataillon mené par l’Allemagne(tout un symbole)…aux portes de la Russie.
    Ces gens sont devenus fous.

    France is likely to contribute only about 150 soldiers to the new deployments, NATO officials say, after finally agreeing to the idea of forward deployments in Poland after initial opposition. Germany, which six months ago opposed these deployments, agreed in return for efforts at renewed dialogue with Russia. It also agreed to lead one battalion.

    link to nytimes.com

    Le européistes auront l’air malin avec leurs loi travail,ils ne trouvent rien de mieux que d’aller menacer la Russie.

  2. jp Le 01 juin 2016 
     

    6 fois le mot “réforme” dans ce texte. “Réformer” est devenu un leitmotiv depuis au moins 40 ans d’après ma mémoire qui remonte à Raymond Barre (à qui je dois ma 1ère inhalation de gaz lacryo).

    video instructive et amusante “Langues de bois – Les réformes nécessaires” sur link to youtube.com

  3. Fabrice Le 01 juin 2016 
     

    Je dois avouer que venant d’un organe de fonctionnaires, sujets à l’immunité et à l’emploi garanti c’est assez ubuesque qu’ils soient en mesure d’imposer des mesures sur l’emploi des salariés, iront-ils jusqu’au bout de la logique de s’imposer leurs propres solutions “si bonnes pour le bien de tous ?”.

  4. Homère d'Allore 
     

    Et les conflits d”intérêts sont légion lorsque ces fonctionnaires quittent leur poste pour passer dans le privé.

    link to latribune.fr

    link to europe1.fr

 

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La CGT n’exige plus le retrait de la loi travail En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021980273104-philippe-martinez-nexige-plus-le-retrait-de-la-loi-travail-2002415.php?yARtgfGX2LgmT7Xw.99#Xtor=AD-6000

1 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La mondialisation, #Les transnationales, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #l'horreur économique, #Le grand banditisme, #Le syndicalisme, #Le socialisme

Le secrétaire général de la CGT a franchi un nouveau pas, en affirmant être prêt à « rediscuter » avec le gouvernement, et ce « sans préalable », du projet de loi travail. - Fred Bukajlo/Sipa press pour RTL

Le secrétaire général de la CGT a franchi un nouveau pas, en affirmant être prêt à « rediscuter » avec le gouvernement, et ce « sans préalable », du projet de loi travail. - Fred Bukajlo/Sipa press pour RTL

Les leaders CGT et CFDT ont ­débattu lundi soir sur RTL. Philippe Martinez se dit prêt « à discuter » avec le gouvernement.

Philippe Martinez avait commencé à changer de ton ce dimanche, se félicitant que le Premier ministre lui ait téléphoné la veille. Lundi, le secrétaire général de la CGT a franchi un nouveau pas, en affirmant être prêt à « rediscuter » avec le gouvernement, et ce « sans préalable », du projet de loi travail.

Il n'a plus comme il y a quelques jours encore exigé le « retrait » du texte, mais s'est dit ouvert à la discussion, énumérant néanmoins « quatre points » majeurs de désaccord : l'inversion de la hiérarchie des normes avec la prééminence des accords d'entreprise sur l'organisation du travail dans l'article 2 du projet de loi ; le périmètre des licenciements économiques ; l'instauration d'un référendum en cas d'accord minoritaire ; et la réforme de la médecine du travail.

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Et si la CGT servait Manuel Valls ?

Le match Laurent Berger-Philippe Martinez

Le syndicaliste a fait ces déclarations lors d'un débat inédit : sur RTL, il était invité avec son homologue de la CFDT à débattre sur le projet de loi travail. On aurait pu s'attendre à ce que les deux syndicalistes s'affrontent violemment. Lors de son congrès mi-avril , le cégétiste avait ostensiblement tourné le dos à la CFDT : au premier jour du ­congrès de sa centrale, mi-avril, il avait évoqué « l'erreur que [la CGT a] faite ces dernières années en favorisant peut-être [ses] relations avec la CFDT ».

Une erreur « que nous avons corrigée dans le conflit [actuel] », avait-il ajouté, devant ses prédécesseurs, Louis Viannet et Bernard Thibault , à l'origine de la stratégie du « syndicalisme rassemblé ».Quant à Laurent Berger, il avait dimanche fustigé « un jusqu'au-boutisme mortifère » à propos du conflit sur la loi travail.

Questions de fond

Mais l'un comme l'autre sont restés lundi soir sur RTL sur les questions de fond. Cela a donné l'occasion au leader de la CGT de revisiter sa lecture du projet de loi travail. « Est-ce qu'il faut le retrait de la loi travail qui comporte un certain nombre d'avancées ? » lui a demandé Laurent Berger, évoquant le compte personnel d'activité, qui va intégrer notamment le compte pénibilité. « On est d'accord là-dessus », même si les droits créés sont « embryonnaires », lui a répondu Philippe Martinez, rappelant la revendication de la CGT d'une « sécurité sociale professionnelle ».

On aurait pu s'attendre, en outre, à ce que les deux syndicalistes actent leur divergence sur le mode d'action syndical à privilégier, la « négociation » pour la CFDT et la « lutte » pour la CGT, qui en a fait un des axes forts de son congrès. Mais Philippe Martinez a insisté sur la participation de son organisation aux négociations, rappelant qu'elle signait 85 % des accords dans les entreprises.

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On aurait pu s'attendre enfin à ce que le débat de lundi se transforme en un face-à-face violent entre les deux premiers syndicats français. En quelque sorte le décalque sur le terrain syndical de ces fameuses deux « gauches irréconciliables » évoquées par Manuel Valls, D'ailleurs, le Premier ministre ne manque pas une occasion de les opposer, portant aux nues la CFDT et incendiant la CGT. Mais cela n'a pas été le cas. Du reste, au vu des programmes que présentent les divers candidats à la primaire à droite , l'unité pourrait rapidement redevenir d'actualité en cas d'alternance.

L. de C.

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La Prophétie : "casser le CDI" . Le blog noir de Brocéliande

31 Mai 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #l'horreur économique, #Le grand banditisme, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Les transnationales

mardi 31 mai 2016

La Prophétie : "casser le CDI"


Retour sur l’entretien avec Nicolas Doisy dans lequel le Chief economist de Cheuvreux avait « prophétisé » en mars 2012, avant l’élection de Hollande, la flexibilisation du marché du travail.

La vidéo de mars 2012 :

Publié par Bertrand Riviere

Pendant que les fonds publics s'écoulent en fêtes de fraternité, il sonne une cloche de feu rose dans les nuages.

Arthur Rimbaud

http://gaideclin.blogspot.fr/2016/05/la-prophetie-casser-le-cdi.html

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Diana Johnstone: “Clinton est vraiment dangereuse”

30 Mai 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La France, #La finance dérégulée, #La Russie, #La guerre, #L'OTAN.

Diana Johnstone: “Clinton est vraiment dangereuse”

Superbe analyse de la journaliste US Diana Johnstone. Je retiens la phrase suivante sur Donald Trump qui est un exemple de la vision sans œillères et pleine de finesse de cette brillante journaliste :

« Comment construire dès lors une alternative à ce Parti de la Guerre ?
C’est la grande question à laquelle je ne saurais répondre. Par ailleurs, il n’existe pas de formule pour de tels bouleversements, qui dépendent d’une diversité de facteurs, souvent imprévisibles. La candidature tellement décriée de Trump pourrait en être un, car le vieil isolationnisme de droite est certainement un des éléments qui pourrait contribuer à détourner Washington de son cours vers le désastre. Qu’on le veuille ou non, il faut reconnaître que « la gauche » est trop impliquée dans la farce des « guerres humanitaires » pour être la source du revirement. Il faut une prise de conscience qui dépasse les divisions de classes et d’étiquettes politiques. La situation est grave, et tout le monde est concerné ».

Noter également le passage -trop bref à mon goût- concernant le détournement des luttes vers les droits des minorités (femmes, homosexuels, etc.) pour mieux enterrer le véritable enjeu qu’est la lutte des classes. Aujourd’hui, ce n’est plus la lutte de la classe ouvrière et des bourgeois capitalistes, mais celle du monde ordinaire (y compris les patrons de PME et de PMI) contre le grand capital financier mondialisé ainsi que ses serviteurs immédiats (grands cadres financiers, grands cadres industriels et commerciaux, patrons de presse, grands partis politiques traditionnels et leurs professionnels dirigeants, etc.). Byblos

***

Jusqu’où ira Hillary Clinton pour accéder à la Maison-Blanche et que pourrait-on attendre de son éventuelle présidence? Nous avons posé la question à Diana Johnstone. Dans son récent ouvrage Hillary Clinton, la reine du chaos, elle analyse le lien entre les ambitions de la candidate sans scrupule et la machine qui sous-tend l’empire américain. Du coup d’Etat au Honduras à la guerre en Libye en passant par l’instrumentalisation de la cause féministe, Diana Johnstone nous dévoile la face cachée de la candidate démocrate et nous met en garde sur le “Smart Power” cher à Clinton. Enfin, elle analyse pour nous le succès de Donald Trump et ce que son alternative représente vraiment.

La course à la Maison-Blanche se fait au coude-à-coude. Hillary Clinton a-t-elle une chance de l’emporter ? Comment analysez-vous sa campagne jusqu’ici ?

Elle a commencé sa campagne en grande favorite, mais ne cesse de baisser dans les sondages. Avec toute la machine du Parti démocrate à son service, un énorme trésor de guerre, et la certitude de gagner les premières primaires dans les Etats du Sud, Hillary Clinton avait une longueur d’avance qui rendait le rattrapage de son challenger imprévu Bernie Sanders quasi impossible. Pourtant, ce vieux sénateur peu connu, se qualifiant de « socialiste démocratique » dans un pays où le socialisme est largement considéré comme l’œuvre du diable, a suscité un enthousiasme extraordinaire, notamment parmi les jeunes. Quoi qu’il arrive, la campagne inattendue de Bernie a réussi à attirer l’attention sur les liens quasi organiques entre les Clinton et Wall Street, liens occultés par les grands médias. Pour la première fois, ceux-ci ont été efficacement contrecarrés par Internet qui fourmille de vidéos dénonçant la cupidité, les mensonges, la bellicosité de Mme Clinton.

Par ailleurs, Hillary Clinton court le risque d’ennuis graves à cause de son utilisation illicite de son propre serveur email en tant que secrétaire d’Etat.

Au cours des primaires, sa popularité a baissé tellement que le Parti démocrate doit commencer à être effrayé de nommer une candidate trainant tant de casseroles. Les derniers sondages montrent que l’impopularité de Hillary Clinton commence à dépasser l’impopularité de Trump. Pour beaucoup d’électeurs, il sera difficile de choisir « le moindre mal ».

La campagne de Hillary Clinton aurait déjà coûté 89,6 millions de dollars. De quels personnages influents a-t-elle le soutien ? Peut-on deviner, à partir de là, quels intérêts Clinton pourrait défendre si elle devient présidente ?

Celui qui se met le plus en avant est un milliardaire israélo-américain, Haim Saban, qui s’est vanté de donner « autant d’argent qu’il faut » pour assurer l’élection de Hillary. En retour, elle promet de renforcer le soutien à Israël dans tous les domaines, de combattre le mouvement BDS et de poursuivre une politique vigoureuse contre les ennemis d’Israël au Moyen-Orient, notamment le régime d’Assad et l’Iran. Le soutien financier considérable qu’elle reçoit de l’Arabie Saoudite va dans le même sens. D’autre part, les honoraires faramineux reçus de la part de Goldman Sachs et d’autres géants de la finance laissent peu de doute sur l’orientation de sa politique intérieure.

En devenant la première femme présidente des Etats-Unis, pensez-vous que Hillary Clinton ferait avancer la cause féministe ?

Le fait d’être femme est le seul élément concret qui permet à Hillary de prétendre que sa candidature soit progressiste. L’idée est que si elle « brise le plafond de verre » en accédant à ce poste suprême, son exemple aidera d’autres femmes dans leur ambition d’avancer dans leurs carrières. Mais pour la masse des femmes qui travaillent pour de bas salaires, cela ne promet rien.

Il faut placer cette prétention dans le contexte de la tactique de la gauche néolibéralisée de faire oublier son abandon des travailleurs, c’est-à-dire de la majorité, en faveur de l’avancement personnel des membres des minorités ou des femmes. Il s’agit de la « politique identitaire » qui fait oublier la lutte des classes en se focalisant sur d’autres divisions sociétales. En d’autres termes, la politique identitaire signifie le déplacement du concept de l’égalité du domaine économique à celui de la subjectivité et des attitudes psychologiques.

Dans votre livre, Hillary Clinton, la reine du Chaos, vous revenez sur la guerre du Kosovo. Hillary Clinton était la première Dame des Etats-Unis à l’époque. En quoi le bombardement de la Yougoslavie en 1999 a-t-il été un épisode marquant de son parcours politique ?

Avec son amie Madeleine Albright, l’agressive ministre des Affaires étrangères de l’époque, Hillary poussait son mari Bill Clinton à bombarder la Yougoslavie en 1999. Cette guerre pour arracher le Kosovo à la Serbie fut le début des guerres supposées « humanitaires » visant à changer des régimes qui ne plaisent pas à Washington. Depuis, Hillary s’est fait la championne des « changements de régime », notamment en Libye et en Syrie.

Dans mon livre, La Reine du Chaos, je souligne l’alliance perverse entre le complexe militaro-industriel américain et certaines femmes ambitieuses qui veulent montrer qu’elles peuvent faire tout ce que font les hommes, notamment la guerre. Un intérêt mutuel a réuni les militaristes qui veulent la guerre et des femmes qui veulent briser les plafonds de verre. Si les militaristes ont besoin de femmes pour rendre la guerre attrayante, certaines femmes très ambitieuses ont besoin de la guerre pour faire avancer leur carrière. Les personnalités les plus visiblement agressives et va-t’en guerre de l’administration Obama sont d’ailleurs des femmes: Hillary, Susan Rice, Samantha Power, Victoria Nuland… C’est un signal au monde: pas de tendresse de ce côté-ci !

On peut ajouter le Honduras au tableau de chasse de Hillary Clinton. Elle était fraîchement élue secrétaire d’Etat lorsqu’en 2009, l’armée a renversé le président Manuel Zelaya. Un avant-goût de la méthode Clinton ?

Son rôle en facilitant le renversement par des militaires d’un président démocratiquement élu illustre à la fois ses méthodes et ses convictions. Ses méthodes sont hypocrites et rusées: elle feint une désapprobation du procédé tout en trouvant les moyens de l’imposer, contre l’ensemble de l’opinion internationale. Ses convictions, c’est clair, l’amènent à soutenir les éléments les plus réactionnaires dans un pays qui est le prototype de la république bananière: c’est le pays le plus dominé par le capital et par la présence militaire des Etats-Unis de toute l’Amérique latine, le plus pauvre après Haïti. Zelaya aspirait à améliorer le sort des pauvres et des indigènes. Il osait même proposer de convertir une base militaire américaine en aéroport civil. A la trappe ! Et depuis, les opposants – par exemple la courageuse Bertha Caceres – sont régulièrement assassinés.

Cette méthode porte un nom, le Smart Power. Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est ?

Dans le discours washingtonien, on distingue depuis longtemps le « hard power » (militaire) du « soft power » (économique, politique, idéologique, etc.). Hillary Clinton, qui se vante d’être très intelligente, a pris comme slogan le « Smart Power », le pouvoir malin, habile, qui ne signifie qu’une combinaison des deux. Bref, elle compte utiliser tous les moyens pour préserver et avancer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis.

Si le Smart Power aspire à combiner la méthode douce et la manière forte, cette dernière semble avoir la préférence de Clinton malgré tout !

Oui, en tant que chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton a souvent montré une préférence pour la force contre l’utilisation de la diplomatie. On voit les mêmes tendances chez ses consœurs Madeleine Albright, Susan Rice ou Samantha Power. Surtout dans le cas de la Libye, Clinton a saboté les efforts de médiation des pays africains et même d’officiers supérieurs américains et du membre du Congrès Kucinich qui avaient pris contact avec les représentants de Gaddafi en quête d’un compromis pacifique. Elle s’opposait aussi aux négociations avec l’Iran. Et elle est prête à risquer la guerre avec la Russie pour chasser Assad, ce qui s’accorde avec son hostilité affichée envers Poutine.

Les années Bush et la brutalité des néoconservateurs ont frappé les esprits, mais le Smart Power de Clinton semble tout aussi dangereux, non ?

Tout à fait, cette femme est très dangereuse. Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à renouveler leur arsenal nucléaire, alors qu’ils mènent une campagne de propagande haineuse antirusse qui dépasse celle de la guerre froide, alors qu’ils obligent leurs alliés européens à acheter une quantité énorme d’avions de guerre made in USA tout en poussant l’Otan à concentrer les forces militaires le long des frontières russes, la présidence de Mme Hillary Clinton représenterait un péril sans précédent pour le monde entier.

Vous pointez dans votre ouvrage tout le poids du complexe militaro-industriel dans la politique étrangère des Etats-Unis. Finalement, la personne qui occupe le bureau ovale a-t-elle une marge de manœuvre ?

La base matérielle de la politique guerrière des Etats-Unis, c’est ce complexe militaro-industriel (MIC), né au début de la guerre froide, contre la dangerosité duquel le président Eisenhower lui-même a averti le public en 1961. Il a fini par dominer la vie économique et politique du pays. Les intellectuels organiques de ce complexe, logés dans les think tanks et les rédactions des grands journaux, ne cessent de découvrir, ou plutôt d’inventer, les « menaces » et les « missions humanitaires » pour justifier l’existence de ce monstre qui consomme les richesses du pays et menace le monde entier. Les présidents passent, le MIC reste. Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, le « Parti de la Guerre » se sent tout-puissant et devient plus agressif que jamais. Hillary Clinton a tout fait pour devenir leur candidate préférée.

Comment construire dès lors une alternative à ce Parti de la Guerre ?

C’est la grande question à laquelle je ne saurais répondre. Par ailleurs, il n’existe pas de formule pour de tels bouleversements, qui dépendent d’une diversité de facteurs, souvent imprévisibles. La candidature tellement décriée de Trump pourrait en être un, car le vieil isolationnisme de droite est certainement un des éléments qui pourrait contribuer à détourner Washington de son cours vers le désastre. Qu’on le veuille ou non, il faut reconnaître que « la gauche » est trop impliquée dans la farce des « guerres humanitaires » pour être la source du revirement. Il faut une prise de conscience qui dépasse les divisions de classes et d’étiquettes politiques. La situation est grave, et tout le monde est concerné.

Trump se demande en effet pourquoi les Etats-Unis devraient jouer au gendarme dans le monde entier, plaide pour des relations plus constructives avec la Russie et interroge l’utilité de l’Otan. Il est même opposé au TTIP ! Mais son protectionnisme conservateur ne pourrait-il pas conduire à d’autres guerres de grande ampleur ? N’y a-t-il pas d’autre espoir ?

Il est difficile de qualifier un personnage tel que Trump comme « espoir », mais il faut le situer dans le contexte politique américain. En Europe, et notamment en France, on persiste à prendre le spectacle des élections présidentielles américaines comme une évidence de la nature « démocratique » du pays. Mais tous ces spectacles, avec leurs conflits et leurs drames, tendent à obscurcir le fait central: la dictature de deux partis, tous les deux dominés par le complexe militaro-industriel et son idéologie d’hégémonie mondiale. Ces deux partis sont protégés de concurrence sérieuse par les règles particulières à chacun des cinquante Etats qui rendent quasiment impossible la présence d’un candidat tiers. L’exploit de Trump est d’avoir réussi à envahir et d’accaparer l’un de ces deux partis, le Parti républicain, qui se trouvait dans un état de dégradation intellectuelle, politique et morale extrême. Il l’a accompli par une sorte de démagogie très américaine, perfectionnée pendant sa prestation en tant que vedette d’un programme de « télé-réalité ». C’est une démagogie empruntée au show-business plutôt qu’au fascisme. On ravit l’auditoire en étant choquant.

L’invasion du jeu électoral par cet amuseur de foules est très significative de la dépolitisation du pays – tout comme la réussite plus modeste de Bernie Sanders montre le désir d’une minorité éclairée progressiste de réintroduire le politique dans le spectacle.

Le Parti démocrate, tout corrompu qu’il soit, garde vraisemblablement assez de vigueur pour marginaliser l’intrus. Il a une ligne politique claire, représentée par Hillary Clinton: néolibéralisme et hégémonie mondiale sous couvert des droits de l’homme. Il fera tout pour bloquer Sanders. Mais on peut toujours espérer que le mouvement inspiré par sa candidature contribuera à un renouveau durable de la gauche.

A court terme, il reste Trump, ancien démocrate plus ou moins, malhonnête comme l’est forcément un homme d’affaires qui a réussi dans l’industrie de la construction, égoïste, comédien, dont on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Seulement, il peut difficilement être pire que Hillary, ne serait-ce que parce qu’il casse le jeu actuel qui mène directement à la confrontation avec la Russie. En tant que présidente, Hillary se trouverait bien chez elle à Washington entourée de néocons et d’interventionnistes de tout poil prêts à s’embarquer ensemble dans des guerres sans fin. Lui par contre se trouverait dans un Washington hostile et consterné. Ce serait une version originale du « chaos créateur » cher aux interventionnistes.

L’idée que « le protectionnisme mène à la guerre » fait partie de la doctrine du libéralisme. En réalité, nous sommes déjà en pleine guerre, et un peu de retrait chez soi de la part des Américains pourrait calmer les choses. Que ce soit Trump ou Sanders, un certain « protectionnisme » à l’égard des produits chinois serait nécessaire pour faire redémarrer l’industrie américaine et créer des postes de travail. Mais il est impossible aujourd’hui de pratiquer le « protectionnisme » des années 1930. La peur du « protectionnisme » mène à la politique néolibérale actuelle de l’Union Européenne qui détruit toutes les protections des travailleurs.

Au lieu de craindre Trump, l’Europe ferait mieux de le regarder comme un révélateur. Face à cette Amérique, les Européens doivent retrouver la vieille habitude de formuler leurs propres objectifs, au lieu de suivre aveuglément une direction politique américaine profondément hypocrite, belliqueuse et en pleine confusion. Le bon protectionnisme serait que les Européens apprennent à se protéger de leur grand frère transatlantique.

Grégoire Lalieu

source:http://www.investigaction.net/diana-johnstone-clinton-est-vraiment-dangereuse/#sthash.kI7PB4AM.dpuf

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