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Le blog de Lucien PONS

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Les Nazis avaient planifié un 4ème Reich: L’Union Européenne.

20 Octobre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le capitalisme;, #Europe supranationale, #La nation ., #La mondialisation, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire

Les Nazis avaient planifié un 4ème Reich: L’Union Européenne
U.E. totalitaire planifiée par les Nazis,c'est le 4e Reich
Les Nazis avaient planifié un 4ème Reich: L’Union Européenne
Les industriels et économistes les plus influents avaient donné l’ordre de préserver le régime Nazi, en créant un marché commun européen.
Les chefs Nazis cherchaient à préserver leur puissance à la fin de la seconde guerre mondiale. Ils ont conspiré à la création d’un 4ème Reich sous les auspices de l’Union Européenne. Les documents découverts récemment indiquent que ce complot était réel !

Dans un article du journal britannique Daily Mail, Adam Lebor révèle comment il a découvert un rapport des services de renseignements américains (EW-Pa 128) connu sous le nom de Red House Report, lequel détaille comment les hauts chefs Nazis se sont rencontrés secrètement le 10 aout 1944, à Strasbourg dans L’Hotel Maison Rouge, (tout en sachant que l’Allemagne était au bord d’une défaite militaire) dans le but de créer un 4ème Reich, un empire économique pan-européen, fondé sur un marché commun européen.
Les industriels Nazis, ont donné l’ordre au Dr Scheid(SS Obergruppenfuhrer) de créer des sociétés écrans à l’étranger et de se faire passer pour des démocrates dans le but de pénétrer les économies étrangères et de jeter les fondements pour la re-emergence du parti nazi.
Adam Lebord indique que « que le Troisième Reich était vaincu militairement, mais les banquiers, industriels et les fonctionnaires nazis sont devenus des démocrates aussi tôt que l’économie de l’Allemagne de l’Ouest s’est mise à prosperer. Là, ils se sont mis à travailler pour une nouvelle cause : l’intégration politique et économique européenne.
De riches industriels tels qu’Alfried Krupp(Krupp Industries) et Friedrich Flick, ainsi que des sociétés comme BMW, Siemens et Volkswagen se sont mis à la tache pour créer un nouvel empire économique pan-européen. Selon, l’Historien Dr Michael Pinto-Duschinsky, un conseiller de l’ancien parti ouvrier juif « Pour de nombreuses personnalités du monde industriel proche du régime Nazi, l’Europe est devenue une sorte de couverture pour la poursuite des intérêts nationaux allemands après la défaite d’Hitler …. La continuité de l’économie de l’Allemagne et les économies Européennes d’après-guerre est frappante. Certaines des grandes figures de l’économie nazie sont devenues les principaux batisseurs de l’Union européenne. “
Hermann Abs, titan financier, qui s’est joint au conseil d’administration de la Deutsche Bank lors de la montée des nazis, a également siégé au conseil de surveillance de la IG Farben, l’entreprise qui a fabriqué le gaz Zyklon B utilisé pour tuer les victimes des camps de concentration.
Adam Lebor indique qu’en 1948 Hermann Abs était en charge des fonds de reconstruction de l’industrie allemande, et il était en charge du redressement économique de l’Allemagne.
« Abs était aussi un membre de la Ligue européenne pour la coopération économique, regroupant l’élite intellectuelle disposant de moyens de pression. Ce groupe a été mis en place 1946. La ligue dédiait ses activités à la mise en place d’un marché commun, précurseur de l’Union Européenne.
La Ligue européenne pour la coopération économique avait développé des mesures pour l’intégration européenne qui n’étaient autre que ceux proposés par les Nazis, quelques années auparavant.
Un comparatif des mesures développés par la Ligue européenne pour la coopération économique et par les Nazis figure dans le livre de Rodney Atkinson « Europe’s Full Circle »
Europaische Wirtshaftsgemeinschaft = Communauté Européenne Economique
Système monétaire européen = Mécanisme de change européen
Europabank (Berlin) = Banque Centrale Européenne à Francfort.
Principe d’une Europe Régionale = Le Comité des Régions.
Politique commune du travail = Chapitre Social
Accords économiques et commerciaux = Marché Unique
« Est-il possible que le quatrième Reich que ces industriels nazis avaient prévu, soit dans une certaine partie devenue une réalité ? » s’interroge Adam Lebor
« Ces trois pages tapées à la machine rappelent que l’orientation actuelle vers un État fédéral européen est inexorablement entaché par les plans des SS et des industriels allemands pour le quatrième Reich - un ordre économique plutôt que militaire. »
Il existe de très nombreuses et étonnantes similitudes entre les Nazis et l’Union Européenne . Les deux sont intrinsèquement liés et les origines de l’Union Européenne peuvent être attribués aux Nazis.
La fondation de l’Union Européenne et à terme la mise en place de l’Euro faisaient déjà l’objet de débats dans le Groupe Bilderberg dans les années 50. Des documents prouvent que le plan visant créer un marché commun européen et une monnaie unique était formulé par legroupe Bilderberg en 1955. L’un des fondateurs du groupe Bilderberg, Le Prince Bernhard des Pays Bas était lui-même un ancien officier Nazi, appartenant aux corps des SS.
Mais le cadre idéologique de l’Union européenne remonte encore plus loin, au début des années 1940 lorsque les économistes et les universitaires nazis décrivent un plan pour une seule communauté économique européenne, un programme qui a été dûment suivie après la fin de la seconde guerre mondiale.
Dans le livre La Communauté Européenne, écrit par Walther Funk en 1940, (ancien ministre de l’économie Nazi et criminel de guerre.), il déclare la necessité de créer une « Union de l’Europe Centrale », et un « Espace Economique Européen. » afin d’assurer un taux de change fixe. L’auteur du livre déclare aussi « qu’aucune nation ne peut parvenir seule au plus haut niveau de liberté économique qui nécéssite des exigences sociales. La formation d’un grand espace économique suit la loi naturelle du developpement, les accords entre états européens régiront les forces économiques… Il doit y avoir une volonté de subordonner ses propres intérêts, à celles de la Communauté Européenne.
Le coauteur de Walther Funk, L’académicien Nazi Heinrich Hunke, avait écrit « Les économies nationales traditionnelles sont mortes…le destin de ces économies sera l’économie Européenne. Le destin et l’extension de la coopération Européenne, dépend d’une nouveau plan pour l’unité économique »
Le Nazi Gustav Koenig déclarait : « nous avons une réelle tache: l’émergence d’une communauté européenne…et je suis convaincu que cet effort perdurera même après la fin de la guerre »
En 1940, Joeseph Goebbels, ministre de la propagande, avait ordonné la création d’une « grande unification économique européenne » estimant que « dans cinquante ans, les gens ne penseront plus en terme de pays ou de nations » 53 ans plus tard, l’union européenne est établie.
Les autres Nazis (Ribbentrop, Quisling and Seyss-Inquart )qui avaient appelé à la création d’un super état fédéral européen, évoquaient déjà en leur temps « la nouvelle europe des solidarités et de la coopération entre tous ses habitants connaitra rapidement la prospérité économique dès que les frontières économiques nationales seront supprimées. »
La plupart des personnes qui détiennent les rênes du pouvoir dans l’Union européenne ne sont pas des nazis, en effet, ils ne sont certainement que de simples libéraux qui travaillent pour le «plus grand bien ». Cependant, l’Union européenne de par sa nature même est totalitaire, car elle vise à supprimer le pouvoir des gouvernements nationaux au profit d’entités supra-nationales qui ne rendent compte à personne. Elle vise également à supprimer le droit à la liberté d’expression à toute personne en mesure d’exercer une influence et qui critique l’Union Européenne.

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Reprenons langue(s) ! Par Georges Gastaud et Matthieu Varnier.

5 Septembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La défense de la langue française., #La nation ., #Histoire

Reprenons langue(s) ! Par Georges Gastaud et Matthieu Varnier

Georges Gastaud : Philosophe, président de l’association CO.U.R.R.I.E.L. pour la résistance au tout-anglais impérial. Auteur notamment de Patriotisme et internationalisme (2011) et de la Lettre ouverte aux ‘bons’ Français qui assassinent la France (2005).

Matthieu Varnier : Ingénieur, secrétaire général du CO.U.R.R.I.E.L. (www.courriel-languefrancaise.org et www.defenselanguefrancaise.org)

A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre les groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ». Antonio Gramsci

Reprenons langue(s) ! Par Georges Gastaud et Matthieu Varnier

Reprenons langue(s) ! Par Georges Gastaud et Matthieu Varnier.

Avec toute la perversité idéologique qui les caractérise, le capitalisme euro-mondialisé et ses collaborateurs hexagonaux présentent le basculement de la France au tout-globish et la relégation largement engagée du français, comme une « ouverture » sur la modernité et sur la pluralité des cultures. C’est également au nom de la diversité culturelle que les régionalismes les plus régressifs tentent d’imposer, Charte européenne des langues régionales et minoritaires à l’appui, la « co-officialité » du français – « langue de la République » au titre de la Constitution – et des langues de territoire au risque clairement assumé, voire revendiqué, d’ethniciser la citoyenneté française et de couvrir d’un voile « culturel » le repartage en cours de la France et son redécoupage en euro-Länder taillés sur mesure pour la « concurrence libre et non faussée » entre les « territoires ».

Comment alors réagir à cette sournoise agression linguistique qui vise à la fois la langue de Molière, la République une et indivisible issue de la Révolution française et – nous l’allons montrer tout à l’heure – toutes les conquêtes du monde du travail ? Car lorsque le français aura été réduit, en France même, au rôle subalterne de « langue domestique »[1], il sera encore plus aisé aux chasseurs de profits du M.E.D.E.F. et du grand capital mondialisé de diviser notre peuple, de dynamiter les avancées sociales et démocratiques de 1905, du Front populaire et du C.N.R., de briser l’aspiration au « tous ensemble » combatif des salariés, de casser les conventions collectives de branche, les statuts nationaux, les services publics et la fonction publique territoriale ou d’État, voire la Sécurité sociale et les retraites par répartition qui forment, aujourd’hui encore, le socle matériel de l’unité nationale-étatique de notre pays.

Pourtant, les résistances linguistiques sont encore faibles, éparses, voire inexistantes dans le mouvement ouvrier et populaire : contrairement à ce qui se passait encore lorsque le P.C.F. de Maurice Thorez et de Jacques Duclos, voire de Georges Marchais, prenait fièrement en charge l’indépendance nationale et la défense de la langue d’Aragon, la résistance à l’invasion du tout-anglais, ou plutôt du tout-américain, dans l’Hexagone, la défense de ce premier service public de France qu’est le français, reste sporadique si l’on excepte les efforts méritoires des associations de défense de la langue française ou ceux de certains syndicats ; on pense à certains dirigeants de la C.F.T.C., à la C.F.E.-C.G.C., ou à l’engagement permanent de la C.G.T.-Carrefour et de ses militants nîmois. Déjà nombre de grandes entreprises travaillent – illégalement ! – en anglais sur le sol même de l’Hexagone, notamment en région francilienne, ce qui occasionne discriminations et souffrance au travail de maints salariés, y compris parmi les cadres. Déjà, les grandes entreprises recrutent honteusement des cadres supérieurs English Mother Tongue[2], ce qui revient à instituer une préférence nationale inversée et à pratiquer une discrimination illégale à l’encontre des salariés dont la langue maternelle est le français ou une langue autre que l’anglais et le français. Comment prendre enfin conscience que, sans notre belle langue française illustrée par l’Édit de Nantes, par le Discours de la méthode, par L’Encyclopédie, par la Déclaration de 1789 et par celle de 1793, la loi laïque de 1905, par Les Jours heureux annoncés par le C.N.R. et par mille autres références lumineuses, la France globishisée ressemblerait bientôt à ce « couteau sans lame dont on a jeté le manche » qu’évoquait jadis Lichtenberg ?

I – Intégrer la dimension linguistique à nos résistances sociales et civiques !

Il faut d’abord prendre la mesure de l’arrachage linguistique en cours : ils arrachent notre langue comme ils virent nos usines, ferment nos hôpitaux, arrachent nos vignes ou éliminent nos exploitations agricoles quand Bruxelles et le M.E.D.E.F. jugent que c’est indispensable à la « profitabilité » du « site France ». Nous n’en sommes plus désormais au franglais, raillé naguère par Etiemble[3], ni à la multiplication des « emprunts » lexicaux à l’anglais. Quand toute la recherche – y compris peu à peu la recherche en sciences humaines, voire en littérature française – bascule à l’anglais, quand de plus en plus de Grandes Écoles et de cycles universitaires se livrent sans vergogne à la langue – non pas de Shakespeare, mais des « traders » et de la City – quand tant de jeunes chanteurs « français » chantent en mauvais anglais, quand tant de films « français », subventionnés par l’argent public, affichent des titres anglais, quand des enseignes « tricolores » comme Carrefour se rebaptisent « Carrefour-Market » ou « Carrefour-City », quand la Société « nationale » des Chemins de fer nomme ses « produits » T.G.V.-Night ou T.G.V.-Family, quand le président de cette société se glorifie d’offrir des cours d’anglais dans ses rames de T.G.V., mais que l’idée ne lui vient même pas d’offrir des cours de français aux étrangers circulant dans ses trains, on n’en est plus à « emprunter » à l’anglais des vocables qui manqueraient provisoirement au français (car des mots français existent depuis toujours, convenons-en, pour dire night, card, map, market ou access – comme on dit chez Total – ou everyone ajustable, comme le proclamait horriblement une pub d’Orange, anciennement « France »-Télécom !) ! En l’occurrence, il s’agit clairement de détruire notre langue nationale, de la polluer au maximum en la saturant et en l’enlaidissant d’anglicismes bas de gamme, de ridiculiser notre pays aux yeux des vrais anglophones, en un mot d’esquinter « ludiquement » notre langue nationale, qui est aussi celle de la Francophonie mondiale, avec des objectifs de classe politiques, économiques, culturels très précis : ringardiser la nation républicaine, éradiquer la fameuse « exception française » issue du Front populaire et de la Résistance antifasciste, insinuer à tout instant le contre-modèle anglo-saxon et néolibéral dans nos cerveaux, distinguer les travailleurs en catégories sociolinguistiques discriminantes[4], faire accroire au bon peuple qu’en un mot, il n’y a pas d’autre alternative que l’Empire euro-atlantique promis par les maîtres de l’U.E., de l’euro, de l’O.T.A.N. et du « Grand Marché Transatlantique » en construction…

Ce ne sont pas là des fantasmes, hélas : déjà en 2006 l’Union des industries de la Communauté européenne (UNICE), ancien nom de l’actuel syndicat patronal européen Businesseurope, promouvait à son de trompes cette politique de substitution et d’exterminisme linguistiques en déclarant, par la bouche de son tout nouveau président d’alors – le triomphant Baron Seillière, qui venait d’imposer en France une grave contre-réforme sur les retraites – que l’anglais serait désormais « la langue des affaires et de l’entreprise » dans toute l’U.E.[5]. Sciemment opérée par un grand patron français devant le Conseil des chefs d’État européens, cette déclaration déshonorante avait d’ailleurs provoqué la sortie immédiate de Jacques Chirac, un acte de dignité nationale qu’il serait naïf d’attendre des présidents de droite et de « gauche » qui lui ont succédé… Notons du reste que le nouveau nom du syndicat patronal, beaucoup moins francophone, est dû au même Ernest-Antoine Seillière…

Comment dans ces conditions ne pas fustiger la honteuse apathie des états-majors syndicaux qui laissent sereinement assassiner la langue de la République et de la Francophonie internationale pour ne pas compromettre leur insertion dans le « syndicalisme » jaune européen (C.E.S.) ou transatlantique (Confédération Internationale des Syndicats) ? Comment ne pas appeler les travailleurs en lutte pour l’emploi industriel en France, pour la défense des acquis de 1945-47, pour les services publics, l’école laïque et la Sécurité sociale, à se saisir enfin, en vrais partisans de la République sociale, souveraine et fraternelle, de ce combat linguistique proprement vital pour l’avenir de notre pays ? Un combat qui fait aujourd’hui cruellement défaut à la plupart des cahiers de revendications des agents des services publics, des travailleurs industriels, des défenseurs de l’Université au moment où les dirigeants de Renault, de Peugeot, de Citroën, d’Auchan, d’Air-France (devenu « Airfrance »[6]), d’EDF, voire de l’Éducation nationale (si friande de Learning Centers, entre autres…), massacrent notre langue en affichant ainsi leur mépris pour leurs salariés, leurs clients ou leurs usagers restés stupidement francophones ?

Au demeurant, la résistance ne saurait être purement collective. Chacun peut commencer par réagir individuellement en suscitant, par son attitude linguistiquement rebelle, la résistance collective à venir. Dire haut et fort « courriel » au lieu d’ « imeïlle » (ce qui écorche, non seulement le lexique français, mais les structures phonétiques de notre langue qui ne connaît pas le son « eïl’ »), cesser de dire à tout propos « OK » (voire, ridiculement, « OK d’accord ! »[7]), refuser de s’exclamer « yèèèèèèsss ! » à toute occasion, souhaiter « bon anniversaire » en chanson et non « happy birthday to you ! », c’est OSER, si peu que ce soit, marcher et parler à contre-courant, c’est offrir à l’auditeur – une fois la surprise passée et le débat civique et linguistique éventuellement lancé – un point de repère et de résistance structurant, c’est susciter la discussion contradictoire, ce havre de l’esprit républicain, en brisant le consensus linguistique (mais aussi culturel et idéologique) mortifère qui infiltre aujourd’hui nos cerveaux, nos cœurs et… nos cordes vocales ! Revivons l’échéance plutôt que la deadline, assumons d’être ou d’avoir un entraîneur plutôt qu’un coach, d’aimer le rétro plus que le vintage, de s’amuser franchement et sans « fun », d’assister à un tournée en direct, de trouver des coins sympa pour la course plutôt que des spot de running… Prenons un plaisir sobre à dominer nos mots, à maîtriser notre communication –à ne rien céder, ni à la mode, ni au conformisme, ni à la paresse. A utiliser ces mots droits et nets, précis et bien connus, qui savent ce qu’ils disent et osent être crûment eux-mêmes, sans se farder d’un latinisme marchand ou se gonfler avec fatuité des reflux de l’air du temps.

II – Vivent les langues régionales !

Entre la récente Loi Fioraso, qui a institué l’anglais comme langue universitaire en ridiculisant l’article II de la Constitution et la Loi Toubon de 1994, et la Charte européenne des langues régionales, qui tend à faire du français un idiome parmi d’autres sur l’ex-territoire national en voie d’euro-fédéralisation, notre langue nationale est délibérément prise en tenaille avec la complicité de François Hollande, en cela aussi digne continuateur de Sarkozy. Par tous les moyens le Parti Maastrichtien Unique a entrepris de banaliser et de désétablir le français, et cela au moment même où les négociations sur le Marché transatlantique menacent de mort l’ « exception culturelle » à l’échelle mondiale, européenne et française, face à la domination globalitaire de l’Oncle Sam. Le projet linguistique de « Charte » des langues minoritaires – dont les origines politico-idéologiques remontent à la pire période de l’histoire allemande[8] – répond clairement au projet politico-territorial porté par le M.E.D.E.F. dans son manifeste Besoin d’aire publié en décembre 2011 à l’initiative de Mme Parisot. Le haut patronat veut ouvertement en finir avec la République française souveraine (notamment avec son cadre territorial « jacobin » issu de la Révolution : communes, départements, État-Nation, tout cela s’insérant dans une Charte de l’O.N.U. proscrivant – au moins en principe – le prétendu « droit d’ingérence » des forts sur les faibles et proclamant au contraire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes). Et pour cela, il faut dissoudre la République une, laïque, sociale, démocratique et indivisible que proclame – en théorie, nous sommes bien d’accord, mais la théorie n’est pas rien ! – la Constitution actuelle, dans l’U.E. des métropoles et des euro-régions, de préférence transfrontalières. Celles-ci seront centrées en apparence sur les langues régionales (breton, basque, etc.), et dans les faits, sur l’anglo-américain[9], soit –plus marginalement – en allemand[10].

Face à cette grossière subversion de l’unité territoriale nationale qui revient à donner le pouvoir local à des groupes minoritaires d’euro-sécessionnistes, pour la plupart très réactionnaires (cf les Bonnets « rouges » bretons !), il serait à la fois injuste et maladroit de réagir par une crispation à l’encontre des langues régionales et des citoyens qui leur sont très légitimement et très honorablement attachés. Toutes, elles font partie de notre patrimoine national commun, comme l’atteste entre autres le rôle civilisateur éminent des troubadours médiévaux. Tout en promouvant partout le français comme langue commune de la République sociale, une France dirigée par le mouvement ouvrier révolutionnaire n’eût sans doute pas cherché à marginaliser les langues régionales comme l’ont fait la bourgeoisie bonapartiste, puis les notables radicaux de la Troisième République. Il n’est que de voir comment a procédé la jeune Union des républiques soviétiques sur le terrain linguistique : Lénine voyait certes dans le russe la langue incontournable des échanges entre les Républiques fédérées, mais il a rompu avec la russification imposée par les tsars et a fait donner aux langues des « allogènes » (langues du Caucase, de Sibérie, d’Asie centrale…) de larges moyens de se développer. Les Soviets ont même été jusqu’à créer des écritures, des grammaires et des dictionnaires là où ces langues n’avaient qu’une existence orale avant 1917 ; ils ont également suscité une puissante littérature nationale en langue maternelle pour permettre à chacun de ces peuples fédérés d’aller vers le socialisme universel en partant de ses traditions propres et en les revisitant, voire en les dépassant par leurs propres moyens et selon leur rythme propre. Comment ne pas penser ici aux admirables romans kirghizes de l’écrivain soviétique Tchinguiz Aïtmatov (Le premier Maître, Djamila…) ?

Il serait de plus très impolitique pour les défenseurs du français de prendre de front à la fois les tenants impérialistes du tout-anglais et les partisans républicains des langues régionales… tout au moins, ceux qui ne détestent pas « le » français parce qu’ils font la différence entre la langue de Victor Hugo et l’usage oppressif (pas seulement[11]…) qu’en a parfois fait la Troisième République. Rejeter les langues régionales serait d’abord faux dans le principe : de vrais internationalistes défendent tout naturellement le français contre le TOUT-anglais, mais ils ne seraient pas moins tenus de combattre le TOUT-français tel que le colonialisme a tenté de l’imposer en Afrique « au temps béni des colonies » (sic). Notons d’ailleurs que les peuples de l’ex-Empire colonial français ont intelligemment riposté au colonisateur en faisant du français – de LEUR français ! – une « prise de guerre », selon l’excellente expression de Kateb Yacine : loin de s’enfermer dans le « petit nègre » humiliant que leur enseignait le colonisateur, les ex-colonisés ont souvent mis un point d’honneur à cultiver un haut niveau de langue française dans leurs universités, notre enseignement actuel du français, ravagé par quarante ans de contre-réformes néolibérales faisant parfois pâle figure quand on se risque à la comparaison.

En outre, ce rejet prétendument républicain des langues régionales serait suicidaire politiquement pour la défense du français. Le fin marxiste que fut longtemps Mao nous a suffisamment appris, notamment dans son étude dialectique sur la contradiction, qu’il convient dans chaque lutte de distinguer l’ennemi principal de l’adversaire secondaire en réservant au premier l’essentiel de nos coups ; d’autant que souvent, tout ou parti de l’adversaire secondaire peut devenir un allié si l’on sait le dissocier de l’ennemi principal qui le manipule et ne cherche qu’à le poignarder dans le dos le moment venu. Enfin et surtout, il faut faire entendre aux tenants abusés des langues régionales que l’oppression linguistique et scolaire que ces langues ont subie hier (non par la faute de « la langue française », mais par celle de la bourgeoisie autoritaire), ne saurait justifier que leurs partisans actuels aident aujourd’hui à assassiner le français et la Francophonie internationale – ce ferment de résistance mondiale à l’américanisation générale – au profit d’un maître combien plus écrasant : le tout-anglais de l’Empire transatlantique et transpacifique en gestation[12], ce monstrueux totalitarisme planétaire que construisent l’Empire américain et l’Europe allemande en pleine expansion vers l’Est (cf l’actuelle extension de l’O.T.A.N. à l’Ukraine, en attendant qu’arrive le tour de la Biélorussie) : car la légitime dénonciation des crimes passés ne saurait légitimer la collaboration enthousiastes aux crimes présents et à venir !

Surtout, les défenseurs du français et les amis des langues régionales doivent se souvenir les uns et les autres d’une fable très « politique » de Jean de La Fontaine : se disputant un terrier, la belette et le petit lapin portent leur différend devant le Chat Raminagrobis. Feignant d’être sourd, le vieux matou leur demande de s’approcher et, quand ils sont à portée de ses griffes, il les happe et les dévore l’un après l’autre. Aujourd’hui, c’est le Raminaglobish transatlantique qui joue à opposer le français aux langues régionales ; mais une fois qu’il aura désétabli la « belette » francophone en se servant des petits lapins régionaux, qui peut croire qu’il laissera la moindre chance aux langues de territoire ? Si ce rempart mondial au tout-anglais qu’est (encore) la Francophonie internationale venait à sauter, il n’est pas difficile de comprendre que les langues régionales de France seraient encore plus vite englouties que ne l’ont été le gallois ou l’écossais celtique en Grande-Bretagne, ou les langues amérindiennes liquidées ou folklorisées par l’Empire yankee. Quand ce dernier aura fini d’utiliser les euro-sécessionnistes et les langues régionales pour dépecer les États italien, français, espagnol, voire britannique (mais pas la R.F.A., qui s’est « réunifiée » en phagocytant la R.D.A. et en divisant-satellisant les pays voisins, ex-Tchécoslovaquie, ex-Yougoslavie, États baltes, et demain sans doute la Belgique brisée par le « nationalisme » réactionnaire flamand), il aura tôt fait de régler leur compte à l’euzkara, au catalan, à l’alsacien, au corse, comme il l’a si efficacement fait avec le français de Louisiane et comme il s’emploie à le faire aujourd’hui, avec la complicité de Montréal et des gouvernants libéraux du Québec, par l’anglicisation galopante de Montréal[13].

C’est pourquoi tout vrai républicain devrait, au nom de la diversité indispensable à la culture mondiale, défendre TOUTES les langues de France et du monde contre la (non-) langue unique en marche, sans chercher cependant à briser le primat officiel de la langue nationale unifiée là où il en existe une[14]. Car à l’heure actuelle, les nations constituées (ou les États multinationaux hérités de l’histoire et brisés par l’Empire, comme la République socialiste fédérale de Yougoslavie) constituent des remparts pour la défense du droit des peuples à s’autodéterminer et à construire à égalité l’indispensable coopération mondiale entre les peuples.

Il est d’ailleurs surprenant que les organisations écologistes qui, à raison, défendent la biodiversité du vivant contre le rouleau compresseur du consumérisme capitaliste, restent de marbre quand disparaissent jusqu’à huit langues PAR AN et quand de grandes langues nationales et internationales porteuses d’une part majeure des Lumières mondiales, l’italien, l’allemand, le français, le polonais, le russe, sont rapidement boutées hors des secteurs décisifs de la communication mondiale : sciences, technologies, commerce, enseignes, cinéma, chanson, etc. Pourtant, quand une langue s’atrophie en perdant plusieurs fonctionnalités majeures, c’est une manière de vivre et de penser, c’est un regard et une sensibilité différents sur la vie qui plongent dans l’oubli, c’est un « esprit » qui meurt, ce sont des millions d’hommes qui sont subitement niés jusque dans leur histoire et dans leur identité la plus profonde, y compris celle de leur inconscient (que serait une psychanalyse en globish mondialisé ?) : en quoi serait-ce moins grave que de voir s’éteindre une sous-espèce de limaçons en Basse-Silésie ou un sous-groupe de poisson des abysses dans la fosse des Mariannes ?

Il faut donc à la fois défendre les langues régionales, qui devraient trouver place dans l’Éducation nationale partout où existerait une demande significative, et le primat de l’enseignement du français dont l’enseignement – rabougri et désossé par les contre-réformes libérales successives – doit être fortement revalorisé, étendu et requalifié de la maternelle à l’Université comme voie d’accès principale de tous les futurs citoyens-travailleurs aux « lumières communes » dont notre pays fut historiquement le pionnier de Descartes au plan Langevin-Wallon en passant par l’Encyclopédie de Diderot-D’Alembert.

III – Vive l’enseignement des langues de l’immigration de travail !

Curieusement, les mêmes qui s’enthousiasment pour la Charte européenne des langues au nom de la diversité et de l’égalité entre les parlers, ne trouvent rien à dire au fait que les langues de l’immigration de travail ne sont quasiment pas enseignées par l’école publique. C’est ainsi que pas un lycée de l’ex-bassin minier du Nord-Pas-de-Calais n’enseigne l’arabe comme LV 1 ou LV 2, alors que cette langue est parlée par nombre d’anciens mineurs marocains et leurs ayants-droit. Une étrange lacune qui semble ne choquer personne et qui ouvre un espace considérable aux intégristes pour accaparer l’enseignement de cette langue internationale sur des bases lourdement cléricales…

Si l’on voulait réellement accueillir et intégrer ces populations ouvrières, y compris en leur faisant aimer le français et la République, il conviendrait d’en finir avec cette exclusion linguistique par omission. Il faudrait pour cela affronter la députée Marion Maréchal-Le Pen et son prétendu front « national » : cette demoiselle n’a-t-elle pas exigé en 2012 à la tribune du Parlement que les rarissimes cours dispensés en arabe par l’école publique à des enfants d’immigrés primo-arrivants soient supprimés… et que les (très maigres) crédits qui sont alloués à ces cours de mise à niveau soient désormais affectés … au français[15] ? Nullement : à l’enseignement de l’anglais dès l’école primaire ! Bref, le FN n’est pas opposé à toute espèce de langue d’immigration et les mêmes xénophobes qui stigmatisent les populations prolétariennes issues de l’espace africain francophone, n’ont rien à redire contre la colonisation linguistique de l’Hexagone que pratique toute une partie de l’élite friquée venue de l’Europe du nord pour s’approprier des cantons entiers : comme si c’étaient les travailleurs étrangers qui délocalisaient nos usines à l’étranger, et non les P.D.G. « français » du C.A.C.-40, dont Le Monde nous apprend qu’une majorité réside désormais à New-York, et dont certains imposent le « travailler-en-anglais » dans nombre de sociétés franciliennes ! Pour mesurer l’aliénation nationale et l’humiliation linguistique que nous tolérons – et parallèlement l’ampleur du racisme pas seulement linguistique qui hante les meilleurs esprits en France – il suffit de s’imaginer comment réagirait la population française, intellectuels et « bobos » compris, si d’un seul coup toutes les enseignes et pubs en anglais qui nous assaillent étaient subitement écrites ou prononcées en arabe, en wolof ou en berbère ! Et pour mesurer à la fois l’islamophobie d’État et l’autophobie nationale dont font preuve certains dirigeants de la droite, il suffit de considérer la proposition délirante formulée par Jean-François Copé[16] : entre deux pains au chocolat, ce triste sire ne proposait-il pas récemment d’imposer le tout-français dans les mosquées de France, d’y proscrire l’arabe… et de passer désormais les films américains en V.O. de manière à imprégner d’anglais les enfants dès le biberon (plus facile que de créer des postes de français, d’anglais, d’allemand, d’espagnol, de russe, d’italien, etc. dans nos lycées !). Énorme veulerie et terrifiante vulgarité d’esprit qui conduit à vilipender les plus faibles et les plus en dangers – les ouvriers issus de l’immigration – et à ramper voluptueusement devant les plus forts, Européens du nord friqués refusant d’apprendre notre langue, investisseurs à milliards débarqués de Dallas ou du Qatar, U.E. imposant déjà de fait l’anglais comme sa langue officieuse unique en violation des traités européens qui font obligation à la commission européenne de respecter l’identité culturelle des États-membres.

IV – Vive(nt) le(s) français[17] !

Cette résistance linguistique tous azimuts n’implique aucun « purisme ». Comme toute langue vivante, le français comporte plusieurs niveaux d’usage et chacun d’eux est légitime et efficace pour la destination communicationnelle, poétique, professionnelle, nationale, qui est la sienne. Rappelons d’ailleurs que même Malherbe, le poète qui « épura » notre langue et notre littérature au Grand Siècle, se référait aux « crocheteurs des Halles » pour fixer le vocabulaire. La première des choses à faire pour encourager les travailleurs et d’abord, les militants politiques et syndicaux du mouvement ouvrier, à défendre leur langue, est de les convaincre qu’ils sont compétents en matière de « bon français » puisqu’ils se font clairement entendre de leurs pairs. Au demeurant, qui pourrait parler plus mal le français que les moulins à paroles des « merdias » capitalistes qui ne savent plus faire une liaison évidente, inverser le verbe et le sujet dans une interrogation directe, utiliser la double négation, qui abusent de la novlangue politicienne à la mode et qui – surtout à Paris intra muros – multiplient les anglicismes branchés sans le moindre souci du droit des auditeurs à comprendre ce que disent les chaînes qu’ils financent par leurs impôts ou par l’entremise des pubs (en réalité payées par les consommateurs) qui subventionnent les médias privés. Des études montrent d’ailleurs paradoxalement que les ados qui manient le langage SMS de la manière la plus drôle et la plus inventive sont souvent les plus performants dans l’usage du français « scolaire ». Fi donc des nouveaux puristes qui condamnent le langage des jeunes pour mieux cautionner l’invasion de l’anglo-américain : comme si les multinationales qui imposent d’en haut leur sabir avaient la même légitimité politique à changer la langue que le peuple, le monde du travail et la jeunesse qui, de Tunis au Caire crient en français « dégage ! » à Benali ou à Moubarak, que les syndicalistes de lutte qui se déclarent désobéisseurs et que tous ceux qui ont l’audace d’inventer les néologismes dont ils ont besoin pour dire présenter aux autres leur activité sociale innovante !

Il est également nécessaire de faire de la Francophonie internationale non plus seulement cet espace guindé piloté par les gouvernements (hyper-angliciseurs pour beaucoup d’entre eux, à commencer par ceux de la France, de la Belgique et du Canada…), qui prend prétexte d’une langue commune, qu’ils ne servent guère, pour pontifier sur les problèmes mondiaux, mais un lieu vivant de résistance sociale, d’échange international, d’impulsion culturelle, d’émancipation nationale et de mise en commun linguistique permettant d’affronter à armes égales le rouleau compresseur des oligarchies américanolâtres arc-boutées sur l’exportation de leur langue, réduite au rôle d’une arme de « soft power » (car contrairement à nos gouvernants, qui considèrent comme un boulet une langue parlée sur les cinq continents, les élites anglo-américaines savent que la pénétration mondiale du globish constitue à long terme une arme économique et commerciale plus efficace que plusieurs alliances militaires ![18]). Face à un tel monstre nourri à la fois par Wall Street, par le Pentagone et par la City, il est vital pour le français d’échanger et de collectiviser la créativité africaine, l’esprit de résistance québécois, la force poétique haïtienne, etc.

Dans le même esprit le français moderne doit dialoguer avec et s’enrichir d’échanges, voire d’emprunts, aux autres langues de France, aux langues de l’immigration ainsi qu’aux autres langues romanes, espagnol, italien, portugais, roumain, qui sont confrontées aux mêmes problèmes d’arrachage linguistique (du moins en Europe) que notre pays, sans négliger bien entendu l’apport de l’espéranto. En un mot, internationalisons les résistances linguistiques et refusons que le tout-anglais règne dans le mouvement syndical international, dans les « alter-summits » (sic) ou dans certaines émissions de prétendue « Underground Democracy » qui, jusque dans leur dénomination, clament le caractère petit-bourgeois, ostentatoire et inoffensif de leur semi-révolte. Entendons enfin le conseil de Montaigne, auteur des Essais et maire de Bordeaux, qui déclarait déjà au 16ème siècle : « que le gascon y aille si le français n’y peut aller ! »…

Cette prise en compte de la diversité linguistique du ou des français n’interdit nullement de se réapproprier le français commun, y compris le vocabulaire et la grammaire – si évolutifs soient-ils – car ceux qui prétendent que tout cela n’est que vieillerie dépassée, qu’il n’y a pas de différence entre l’oral et l’écrit, qu’on peut parler n’importe comment en n’importe quel lieu, font en réalité tout le nécessaire pour se réserver l’écrit et le « bel usage », fût-il mâtiné d’expressions familières employées pour « faire peuple ». Quant à ceux qui défendent l’idée reçue qu’il n’y a pas de normes linguistiques et qu’il suffirait au linguiste de décrire l’état des lieux de la langue sans s’inquiéter de savoir si elle vit ou si elle dépérit, ils méconnaissent ce fait patent que la production de normes linguistiques est un fait langagier constant : celui qui maîtrise bien sa langue, dans quelque domaine que ce soit, et qui peut de ce fait s’en faire le poète, le virtuose et le transformateur actif, travaille et retravaille sans cesse la norme existante. Pour cette raison même, il lui faut bien connaître et manier sa langue, comme l’artisan connaît et manie parfaitement ses outils et sa matière première.

Conclusion – Les « élites » françaises – en réalité l’oligarchie transatlantique et ses collabos de la haute bourgeoisie « française » sacrifient cyniquement une langue dont ils ont profondément honte car elle porte l’inexpiable héritage d’une histoire populaire qu’ils abhorrent : l’héritage de Marat et de Toussaint Louverture, des Communards et du Front populaire, voire de l’Internationale communiste (dont le français était la langue de congrès) et des luttes de libération nationale d’Afrique. Marginaliser cette langue maudite est un enjeu central pour ceux qui veulent, comme le M.E.D.E.F., « reconfigurer les territoires », construire « l’Union transatlantique » et mettre en place « les États-Unis d’Europe, notre nouvelle patrie » – comme si l’on pouvait à son gré changer de patrie, c’est-à-dire de parents et d’histoire. Face à ce énorme parri- et matri-cide de classe et de caste, il revient d’abord aux progressistes d’imposer le débat politico-linguistique : car la substitution linguistique qui vise à exproprier le peuple de ses mots ne pourra l’emporter que si la classe travailleuse se laisse priver de débat sur sa langue. C’est pour la priver de parole à jamais, pour faire d’elle une classe mutique après avoir fait d’elle une masse précarisée et largement chômeuse, que le Parti Maastrichtien Unique, toutes tendances confondues, veut (se) défaire (de) la langue frondeuse de Villon, de Rabelais, de Voltaire, d’Eugène Pottier et autre Jean-Baptiste Clément, sans parler de Félix Leclerc, de Jacques Brel ou des incandescents Fanon et Aimé Césaire.

Première cible de l’exterminisme linguistique de l’oligarchie, la classe laborieuse. Ses organisations syndicales et politiques – et tout d’abord les militants qui ont pris conscience de la nécessité de marier l’émancipation sociale à l’affranchissement national et à la coopération internationale – ont un intérêt vital à engager la résistance linguistique en l’associant aux combats en cours pour le produire en France, les services publics, la protection sociale, la souveraineté nationale, la défense de la paix contre les aventures bellicistes dans lesquelles le Parti atlantique compromet régulièrement notre peuple. Chacun peut sans attendre engager cette résistance aux niveaux individuel, associatif, syndical, politique. Il s’agit moins d’ailleurs de « défendre la langue française » que de SE défendre AVEC la langue française ; c’est pourquoi ce combat a beaucoup à voir avec celui par lequel les résistants sociaux affrontent la novlangue néolibérale (celle qui, par ex. nomme « modernisation » les régressions sociales et « archaïsmes » les acquis sociaux) pour reconquérir un vocabulaire de classe permettant de nommer un chat un chat et M. Manuel Valls un laquais du capital. Il s’agit là d’un combat central et non d’un « à-côté » mineur du combat social : car lorsque les tenants de l’Empire euro-atlantique et de Businesseurope auront détruit nos langues, et avec elles, toute la mémoire consciente et inconsciente du mouvement ouvrier et jusqu’à l’A.D.N. républicain de la Nation, la « France des travailleurs » chantée par Jean Ferrat et l’idéal de République sociale dont notre pays est l’initiateur historique, auront définitivement sombré dans ce que Marx appelait naguère « les eaux glacées du calcul égoïste ». Est-ce vraiment cela que nous voulons pour nos enfants ?

[1] Et dans un second temps – ce serait sa seconde mort, ignominieuse ! – à l’état de parler aristocratique mondial des « élites mondialisées », dont la soif de distinction pourrait ne pas se satisfaire très longtemps du « globish » imposé partout ?

[2] « Anglais langue maternelle ».

[3] René Etiemble (1909-2002), écrivain et linguiste éminent, auteur notamment de Parlez-vous franglais ? (Gallimard, 1964).

[4] Au sommet, les English Mother Tongue venus d’ailleurs ou provenant des enfants de l’oligarchie « française » élevés directement en anglais, comme les collabos gaulois de César reniaient le celtique en élevant leurs enfants en latin. Au milieu, les « globishisants », parlant plus ou moins bien un anglais d’aéroport et destinés aux fonctions de cadres moyens. En bas, les francophones demeurés (c’est à dire ceux demeurés francophones…), cantonnés dans les tâches d’exécution et parlant un français appauvri et truffé d’anglicisme. Et dans les soutes, les travailleurs immigrés venus de l’espace francophone africain et subissant la double peine linguistique puisque parlant le français avec un accent (comme s’il existait un français sans accent…) et ne sachant pas encore la vraie langue du French Euroland en cours de recyclage linguistique total. Le schéma étant compliqué, notamment pour les travailleurs des services publics d’État, ou pour les enseignants, par la nécessité de parler le français, l’anglais et, si possible, plusieurs langues régionales s’ils veulent par ex. être mutés de la Bretagne à la Corse ou à Perpignan, lorsque le breton, le corse ou le catalan auront obtenu la co-officialité dans les actes publics… Vive la « modernité » ! Et tout cela, bien entendu, sans un euro supplémentaire sur la fiche de paie…

[5] http://www.lefigaro.fr/international/2006/03/23/01003-20060323ARTWWW90425-seilliere_parle_anglais_chirac_part_fache.php ethttp://www.observatoireplurilinguisme.eu/index.php?option=com_content&view=article&id=17%3Aseillire-aptre-de-la-langue-unique-en-conseil-europen&catid=88888904&Itemid=88888980&lang=en-US

[6] « France is in the air » remplaçant dans la foulée le célèbre slogan « Faire du ciel le plus bel endroit de la terre »…

[7] Et si « oui », « d’accord », « ça marche ! », « ça roule ! », « ça baigne ! », vous paraissent trop fades, pourquoi ne pas OSER « Oc » en occitan, « si como no ? », en castillan, etc. ? S’il faut emprunter, il est prudent de ne pas emprunter toujours à la World Company

[8] Lire notamment : http://www.m-pep.org/spip.php?article3517. La Charte a été rédigée par la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen), groupe de pression directement héritier du pangermanisme allemand et d’une conception ethnique des populations ayant valu la reconnaissance du caractère nazi de certaines de ses formes antérieures.

[9] Déjà, en Catalogne ibérique, des Banques s’affichent uniquement en catalan et en anglais en proscrivant l’espagnol, seconde langue la plus parlée au monde, et le français, parlé de l’autre côté de la frontière !

[10] Arguant de la prochaine adoption de la Charte européenne par le Parlement français, le conseil municipal de Saverne a cru pouvoir annoncer que les séances du conseil municipal se tiendraient désormais en alsacien, avec des traducteurs français pour les non-locuteurs du dialecte, et que les comptes-rendus se feraient « en allemand, forme écrite de l’alsacien ». Fermez le ban ! Le patronat alsacien qui inspirait largement le projet (rejeté par l’électorat républicain alsacien) de fusion des deux départements et de la région Alsace, ne cachait pas que son but réel était de se fondre dans une grande euro-région transfrontalière avec le Bade-Würtemberg allemand. Des projets analogues sont couvés par les hiérarques féodal-« socialistes » du Languedoc-Roussillon, qui lorgnent sur la riche Barcelone, ou par Martin Malvy (Midi-Pyrénées) et Martine Aubry (la vraie patronne du Nord-Pas-de-Calais), qui veulent chacun leur région « transfrontalière ». C’est évidemment l’anglais, et non les langues régionales – purs prétexte d’un instant pour déconstruire mille ans de construction nationale française – qui fédérera ces regroupement clairement antinationaux dans lesquels le Code du travail, les statuts, le SMIG et les conventions collectives ne feront pas long feu.

[11] Poussée par le socialisme ouvrier naissant et encore portée par l’élan de la Révolution jacobine, cette bourgeoisie a AUSSI institué l’école laïque, gratuite et obligatoire, mis en place la loi de séparation de l’Église et de l’État, institué la loi passablement démocratique de 1901 sur les associations, interdit le travail du dimanche… Quelle différence avec l’oligarchie capitaliste actuelle et avec ses reptiliens serviteurs « socialistes » du type de Manuel Valls !

[12] Pressé d’équilibrer les BRIC, qui parlent portugais (Brésil), russe, mandarin ou hindi, l’Oncle Sam mène de front en ce moment deux négociations secrètes ; l’une avec les Européens (Union transatlantique) et l’autre avec les Japonais, les Coréens du Sud, etc. (Union transpacifique). Et quelle sera la langue officielle de l’Union transatlantico-pacifique quand ces négociations seront venues à leur terme et que Wall Street sommera la Maison Blanche d’unifier les deux Unions ? Alors que le système capitaliste fait fonds depuis cinquante ans sur une propagande « antitotalitaire » frelatée, il porte en ses flancs une pensée unique, une langue unique, une économie et une culture uniques qui battent d’avance tous les records de totalitarisme – si l’on tient à utiliser cette notion passablement floue – puisqu’elles s’étendront aux moindres recoins de la planète : plus la moindre île déserte, plus le moindre îlot d’Utopie où fuir ce « devenir-monstre » (dixit André Tosel) de la mondialisation capitaliste. Radicalisée, un tel système unique – heureusement traversé par bien des contradictions – signifierait la mort de l’humanité en tant qu’humaine : car UNE pensée, UNE culture, UNE langue, égalent nécessairement ZERO pensée, ZERO langue, ZERO culture pour peu que l’on ait compris que la pensée a besoin de diversité et de contradictions pour exister. Nous avons défendu par ailleurs la thèse selon laquelle « l’exterminisme est le stade suprême de l’impérialisme ». Mais il y a bien des moyens d’exterminer l’humanité en lui laissant l’illusion provisoire d’exister…

[13] Il faudrait aussi évoquer le sort des francophones belges. Violant les prétendues règles démocratiques de l’U.E., la droite dure flamande persécute les francophones qui résident au nord du pays, abandonne la Wallonie en crise à son sort et resserre son étreinte menaçante sur Bruxelles ; or, la seule réponse du chef de file socialiste des francophones, M. Elio Di Rupo, le premier ministre fédéral belge, est de s’adresser à l’ensemble de ses compatriotes en anglais !

[14] Y compris sans doute de l’anglais britannique, en passe d’être avalé par le globish et par l’américain, et dont il serait sans doute stupide de priver les Écossais et les Gallois, sans parler des Irlandais, pourvu qu’ils disposent tous des moyens de recouvrer leur langue historique.

[15] http://www.debunkersdehoax.org/depenses-ahurissantes-pour-les-cours-darabe-a-lecole-intox-de-marion-le-pen

[16] http://www.slate.fr/story/33579/francais-anglais-langues-etrangeres-ecole

[17] Rappel orthographique : le substantif « le(s) français » en minuscules désigne la langue française et, au pluriel, ses divers usages, hexagonal, québécois, romand, wallon, etc. ; le substantif le(s) Français, avec la majuscule, désigne le ou les citoyens de nationalité française, donc des personnes.

[18] Honte à ceux des officiers français qui acceptent sereinement, pour poursuivre leur brillante carrière au sein de l’O.T.A.N., que l’anglais devienne la « langue de travail » de l’armée « française ».

http://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/reprenons-langues-georges-gastaud-matthieu-varnier/

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Lettre d’Armand Conan au Président de la République: "Faire vivre les espérances de la Résistance, tel est notre mot d’ordre!" .

21 Août 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Histoire

Lettre d’Armand Conan  au Président de la République: "Faire vivre les espérances de la Résistance, tel est notre mot d’ordre!" .

"Faire vivre les espérances de la Résistance,

tel est notre mot d’ordre"

Lettre d’Armand Conan

au Président de la République

dimanche 17 août 2014, par Comité Valmy

Il y a 70 ans, à partir du 15 août 1944, les troupes alliées débarquaient en Provence. A l’occasion des cérémonies commémorant cet événement, ce 15 août, Armand Conan, 94 ans, résistant, président de l’Association Nationale des Anciens Combattants et ami(e)s de la Résistance (ANACR) du Var a remis, en son nom, une lettre en mains propres à François Hollande, Président de la République française lors de la cérémonie du Mont-Faron, à Toulon.

Lettre d’Armand Conan  au Président de la République: "Faire vivre les espérances de la Résistance, tel est notre mot d’ordre!" .

Armand Conan

à Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président de la République,

J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint le document édité par notre association en mars 2014 relatif à la constitution du Conseil National de la Résistance le 23 mai 1943, et à l’adoption de son programme économique et social le 15 mars 1944.

Le programme du C.N.R. énumérait les mesures à prendre à la Libération pour une France démocratique et socialement plus équitable que celle de 1939.

« La lecture de ce programme permet de comprendre que la masse des résistants et du peuple condamnait les féodalités de l’argent comme responsables des malheurs de notre pays » (Pierre Villon, membre du C.N.R.).

Certes, aujourd’hui on ne peut pas rechercher dans le programme du C.N.R. des réponses toutes faites aux problèmes du présent, mais ce programme a été inspiré par des valeurs qui sont pérennes : l’humanisme, l’antiracisme, l’esprit démocratique, l’intérêt général prenant le pas sur l’intérêt particulier, la notion de solidarité, l’aspiration à la Paix, la condamnation du nationalisme xénophobe.

Soixante dix ans après la Libération, notre rôle d’anciens Résistants est de passer aux générations contemporaines et à nos législateurs (de l’élu communal à Monsieur le Président de la République) les valeurs qui ont inspiré le programme du C.N.R. intitulé « les jours heureux », valeurs qui, il faut bien l’avouer sont actuellement remises en cause dans les faits.

« La remise en cause de ce que l’on appelle aujourd’hui les acquis sociaux de la Résistance ne peut qu’être perçue comme un recul historique qui ôterait tout son sens au combat du peuple français pour se débarrasser du régime rétrograde et antidémocratique de Vichy… »
« Le danger le plus pernicieux qui nous menace, c’est l’oubli… »
…nous n’évoquons pas le passé par nostalgie, mais pour y puiser des motifs pour lutter afin d’entretenir et d’enrichir la mémoire sans laquelle un peuple n’a pas d’aveni
r. »

Robert Chambeiron,
lors de la célébration du cinquantenaire
de la création du C.N.R. (le jeudi 27 mai 1993)

Aujourd’hui, ces acquis économiques et sociaux de la Résistance sont remis en cause, et beaucoup de ceux qui disent se souvenir et estiment de bon ton de verser, parfois, une larme sur les luttes passées, restent muets. On dirait que – pour reprendre la formule choc de Lucie Aubrac – ils ont oublié que le verbe résister se conjugue aussi au présent. Et quand des milliers de femmes et d’hommes sont dans la rue pour défendre les acquis sociaux du CNR, ceux-là ne voient rien, n’entendent rien et proclament haut et fort : « les choses ont changé » ou : « pas de politique » ou : « on n’y peut rien ».

Ma lettre doit donc, hélas, être un cri de colère semblable à celui de « François la Colère » pendant la Résistance.

Parce que sans l’ombre d’une hésitation, du plus profond de moi-même, je crois que nous devrions être au premier rang pour continuer la lutte « des mêmes contre les mêmes ». Et ce cri de colère, j’en suis persuadé, n’est pas seulement le mien, mais il serait aussi celui de milliers et de milliers de Résistants qui se sont sacrifiés pour que nous puissions connaître un monde meilleur.

Aujourd’hui, dire « non » au démantèlement des acquis sociaux du C.N.R., et s’opposer à telle ou telle solution qui nous semble contraire à l’épanouissement de l’être humain, c’est évidemment faire de la politique (avec un grand P.), ce n’est pas vouloir imposer l’adhésion à tel ou tel Parti ; c’est, finalement, tout en gardant notre identité, nos valeurs, continuer le combat de nos aînés.

Notre pays, aujourd’hui, est-il encore libre ? Lorsque ce sont des dirigeants non-élus de l’Europe qui décident à la place de la nation et du peuple que nous avons défendus, pour lesquels beaucoup sont morts, ce sont nos cœurs de résistants que l’on déchire. Lorsque notre chère patrie ne décide plus, ou si peu, lorsque notre chère liberté n’est plus, c’est le sens même de la lutte de la Résistance française qui est nié, c’est le souvenir des camarades tombés qui est bafoué, et celui de tous ceux qui sont partis.

Lorsque les décisions imposées ne sont plus prises en faveur de tous, mais au profit de quelques uns, c’est la fraternité que nous avions tant voulue qui disparaît. Lorsque l’on casse et défait tout ce qui avait été bâti, patiemment, à un tel prix, ce n’est pas seulement l’indépendance de notre patrie qui se meurt, mais c’est aussi sa dignité. Pour les intérêts d’un petit nombre, c’est-à-dire le contraire de ce pour quoi ont lutté les camarades.

Et lorsque des fascismes et un néonazisme qui ne se cachent même pas s’étendent sur notre continent, ouvertement, comme en Grèce, en Lettonie ou en Ukraine, et depuis plusieurs années, sans que ceux qui sont aujourd’hui au bénéfice des luttes et des souffrances passées ne se lèvent pour protester, sans que leurs dirigeants ne disent leur refus et ne le traduisent dans les actes, c’est la France qui se couche, c’est la France qui est avilie. C’est la France qui oublie son histoire et qui perd sa voix, et par là, qui a perdu son identité. La France trahie par ceux qui oublient son passé et les leçons de l’histoire, qui servent des intérêts particuliers, qui ont laissé se perdre l’idéal et les valeurs qui animaient les Résistantes françaises et les Résistants français.

Lors d’une conversation, il y a quelques années, Raymond Aubrac m’a dit : « Nous n’avons plus de politique étrangère. La France n’a plus de politique étrangère. Autrefois nous avions une politique étrangère, la voix de la France était sa voix à elle. C’est terminé. C’est comme si nous nous étions battus… ». Il n’avait pas terminé sa phrase.

Faire vivre les espérances de la Résistance, tel est notre mot d’ordre.
Même dans les larmes pour ce qu’est devenu notre pays, pour ce qu’on a fait de notre idéal, pour ce qu’il advient de nos compatriotes, pour nous, Résistants, la « lutte des mêmes contre les mêmes continue ».

Je vous prie d’agréer, Monsieur le président de la République, l’hommage de mes sentiments les plus respectueux.

Armand Conan
Membre du Comité Départemental de la Libération du Morbihan
Croix du Combattant Volontaire de la Résistance
Officier dans l’ordre des Palmes Académiques
Maire de Carqueiranne (1971 – 1983)

Ce texte reçu de notre amie Claude Roddier a également été publié par la version française du Saker

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-faire-vivre-les-esperances-de-la-resistance-tel-est-notre-mot-d-ordre-lettre-d-armand-conan-124388576.html

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Pour COMPRENDRE les origines de la Première GUERRE MONDIALE – Lire « 1914 » de Luciano Canfora.

14 Août 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire

   Compte-rendu AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Compte-rendu AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le petit livre de l'historien, spécialiste de l'Antiquité, Luciano Canfora, est sans doute le premier ouvrage à lire en ce centenaire du début de la Grande guerre. L'un des rares, si ce n'est le seul, qui éclaire la question des origines, des causes, des responsabilités du conflit.

Jamais autant de livres n'ont été publiés sur la guerre de 1914-1918, emplissant les étals avec des réflexions sur l' « expérience de guerre », la « vie dans les tranchées », le rapport à la mort, au corps, à la violence.

Une conception anthropologiquede la guerre, quasi éternelle, rapportant à l' « humain » générique, détachée de toute historicisationdu conflit : d'où vient-il ? quelles furent ses conséquences ? Au-delà des expériences uniformes, quelle dimension de classe de la guerre ?

C'est le mérite du livre de Luciano Canfora – dont on sait la capacité à détruire certains mythes persistants, notamment sur la démocratie (voir son magistral « La démocratie, histoire d'une idéologie » –, celui de combattre certaines idées reçues, incontestées par la littérature récente, d'historiciser de nouveau le conflit.

Dans ces notes issues d'une vingtaine de conférences prononcées sur la RAI, la radio italienne, Canfora nous invite à repenser le conflit sous un autre angle que celui de l'idéologie dominante.

La guerre était-elle inévitable ? (1) Rivalités entre impérialismes, tensions et contradictions irréconciliables

La première idée reçue démontée par Luciano Canfora est celle qui réduit la Grande guerre à l'horizon 1914-1918 – c'est le cas de la plupart des livres « commémoratifs » sortis en 2014.

D'une part, il questionne, adopte tout en la critiquant l'approche d'Ernst Nolte, cet historien allemand controversé qui considère la Première et la Seconde guerre mondiale dans un même continuum de 1917 à 1945, faisant de la révolution russe née du premier conflit mondial le déclencheur d'une réaction fasciste puis nazie, qui plongera l'Europe dans un second conflit.

Canfora rappelle que Thucydide refusait de considérer la guerre du Péloponnèse comme deux conflits séparés mais les englobait dans une même guerre entre 431 et 404, considérant les moments de paix comme de simples trêves entre bélligérants.

Canfora épouse cette thèse mais pour lui, Nolte oublie que le point de départ n'est pas 1917 mais 1914 avec la rupture de l'équilibre européen, la brutalisation des sociétés, la guerre totale auxquelles la révolution russe fut une réaction, de la part de la seule force politique qui s'est opposée au conflit.

D'autre part, Canfora rappelle les origines lointaines du conflit de 1914. Adoptant l'approche léniniste de la lutte entre impérialismes, il rappelle la lutte entre ces impérialismes pour le partage du monde, afin de conquérir marchés, sources de matières premières, main d’œuvre peu onéreuse.

Sur la question de la responsabilité allemande, le traitement de Canfora est circonspect. Il balaye d'abord l'alibi commode de la seule culpabilité allemande soulignant combien la poursuite d'une politique impériale, d'intérêts égoïstes est le propre de toutes les puissances.

C'est pour ensuite – rejoignant les thèses exposées il y a un demi-siècle par l'historien allemand Franz Fischer – aussi réfuter la défense de l'establishment allemand après la guerre :

celle d'une absence de responsabilité allemande, d'une ligne « modérée » (celle de Bethamnn-Hollweg, chancelier en 1914) battue par une ligne « belliciste » devenue dominante par faute de la politique suivie par les autres puissances européennes.

Or, Canfora comme Fischer s'accordent pour remarquer que les buts de guerre (Kriegsiele) de la classe dirigeante était convergents, « modérés » comme « bellicistes » : s'emparer des districts miniers de Belgique et de Pologne, s'étendre vers l'Est jusqu'aux marges de la Russie.

Adjointe à cette ligne européenne visant à assurer les matières premières pour l'industrie allemande, une politique mondiale (Weltpolitik) lorgnant vers l'Afrique équatoriale et le Moyen-orient, dont la construction de la ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad est l'illustration la plus nette, rentrant en conflit avec les intérêts britanniques en Perse.

Ces objectifs rentraient naturellement en contradiction avec ceux de la France. Un conflit évidemment alimenté par l'esprit de revanche, né de la perte de l'Alsace-Lorraine en 1870, ancré dans les guerres franco-allemandes depuis l'invasion napoléonienne.

Mais aussi un conflit de plus en plus vif autour des empires coloniaux naissants en Afrique. Les conquêtes allemandes en Afrique équatoriale et occidentale menacent les possessions belges, françaises et anglaises. Les conflits entre trusts allemands et français au Maroc déchirent le pays.

Les crises marocaines de 1905 puis 1911 plongent l'Europe au bord du précipice. Finalement, l'Allemagne cède sur l'influence française au Maroc en échange de la garantie de ses possessions en Afrique équatoriale.

Toutefois, l'antagonisme franco-allemand est désormais structuré de façon définitive. Le premier enjeu pour la France est bien la préservation et l'extension de son empire colonial.

La Grande-Bretagne, elle aussi, voit sa rivalité durable avec la France se transformer en peur de l'expansion allemande.

A la prédilection pour la neutralité dans les conflits européens, la Grande-Bretagne change de position pour trois raisons : les craintes de toute hégémonie en Europe, celle d'une puissance rivale économiquement, enfin de l'affirmation d'une puissance coloniale mondiale.

Ces trois facteurs – longtemps associés à la France révolutionnaire/napoléonienne – sont désormais rapprochés de l'Allemagne wilhelmienne qui vient contester l'hégémonie mondiale de l'Empire britannique.

Ces éléments encouragent la classe dirigeante britannique à cette « Entente cordiale » étonnante pour les observateurs de l'époque avec la France en 1904, entre deux puissances au bord de la guerre au Soudan et en Birmanie, quelques années plus tôt.

Enfin la Russie, elle aussi menacée par le Drang nach osten (la marche vers l'est) de l'Allemagne mais surtout soucieuse de se tailler sa propre zone d'influence en Europe du sud-est, dans les Balkans en usant du pan-slavisme, près de la Turquie pour le contrôle des détroits et des mers chaudes.

De ce fait, elle entre en conflit avec deux colosses fatigués : l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman.

Voilà ce qui explique les guerres balkaniques de 1912-1913, répétition générale de la Première guerre mondiale. Prétextant du pan-slavisme, la Russie soutient Serbie, Bulgarie, Monténégro et Grèce dans la Ligue balkanique contre l'Empire ottoman, chassant les Turcs hors d'Europe.

Mais les rivalités entre puissances slaves vont conduire à une nouvelle guerre entre Serbes (coalisés avec les autres pays de la Ligue) et Bulgares, conduisant à la victoire des premiers. L'issue de ces conflits meurtriers : c'est le renforcement de l'influence russe dans les Balkans, la menace qu'elle fait peser sur l'Autriche-Hongrie qui contrôle la Bosnie, l'humiliation turque et bulgare.

Si l'Allemagne de Bismarck cherchait une « Sainte alliance » prusso-austrio-russe, il ne subsiste en 1914 qu'un bloc central austrio-prussien, bénéficiant des sympathies ottomanes et bulgares – par la suite des guerres balkaniques –, avec une hostilité violente entre Serbie et Autriche.

De ce système d'alliances déjà structuré, de ces tensions exacerbées en Europe et ailleurs, à ce choc des impérialismes, il ne manque qu'un détonateur.

Une chose est sûre, si l'expansionnisme allemand semble être à l'origine des tensions au début du XX ème siècle … c'est aussi parce que l'impérialisme pan-germanique est le dernier servi, il veut sa « place au soleil » face aux empires français, britannique et russe déjà constitués.

La guerre était-elle inévitable ? (2) Réaction en chaîne du système d'alliances et contingences historiques

En 1914, deux blocs d'alliances se font donc face : la Triple-Alliance entre Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie face à la Triple-Entente, Russie, Grande-Bretagne et France. Deux alliances aux mécanismes de solidarité complexes en cas de guerre défensive, mais contraignants.

Canfora tente d'éviter toute conception fataliste de l'histoire, faisant référence tantôt à la nouvelle des « Jardins des sentiers qui bifurquent » de Jorge Luis Borges, ou à l'Hercule de l'Apologue de Xénophon : chaque moment historique recèle une multitude de chemins, de possibilités.

Certes, la nature contraignante du système d'alliances ainsi que les tensions inter-impérialistes accumulées, donnent à l'enchaînement qui mène à la guerre une dimension inéluctable :

l'assassinat du prince héritier autrichien à Sarajevo, l'ultimatum puis la déclaration de guerre autrichienne à la Serbie, la mobilisation générale russe, la déclaration de guerre allemande à la Russie puis à la France, l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne après l'invasion de la Belgique : tout semble écrit, inéluctable.

Or, Luciano Canfora montre bien que derrière cette apparente logique implacable, il y a des contradictions internes, des décalages dans les consciences des acteurs, souvent bien différentes des idées reçues.

En effet, dans le camp austro-hongrois, perçu comme globalement pousse-à-la-guerre derrière le Ministre des Affaires étrangères, le comte Berchtold, d'autres voix comme le vénérable comte Tisza tentent de modérer l'Empereur, soulignant l'injustice d'une invasion de la Serbie sur un prétexte douteux, le danger pour l'Autriche d'une guerre dans une situation défavorable.

Dans le camp allemand, Canfora dénonce bien la vacuité des thèses sur les deux fractions dans la classe dirigeante allemande, révélant que la « colombe » Bethmann-Hollweg a conçu l'invasion de la Belgique, la blitzkrieg contre la France pour ensuite s'attaquer à la Russie.

Mais c'est aussi pour révéler combien les documents d'archive soulignent la conviction du Kaiser Guillaume II – décrié dans l'historiographique comme moitié dément, aventureux – que la guerre pouvait être évitée par un traitement négocié entre l'Autriche et la Serbie.

Ces oscillations, hésitations, déchirements semblent indiquer des contradictions internes au bloc central, ainsi que des responsabilités plus partagées que ce qu'on l'admet communément. Des atermoiements bouleversés par le flot des événements, préparés sur le long-terme.

La guerre était-elle inévitable ? (3) La faillite du mouvement socialiste européen

Selon l'auteur, le dernier rempart face au « massacre inutile » de 1914-1918 (pour reprendre les termes du pape Benoît XV) était non pas la conscience ou la prudence des dirigeants européens liés aux Anciens régimes du XIX ème siècle, mais l'engagement des classes ouvrières européennes.

Une classe ouvrière représentée par les partis socialistes qui s'étaient promis, en cas de conflit, de croiser les bras, de déclencher la grève générale pour empêcher une guerre fratricide, de privilégier la solidarité de classe internationale à la collaboration inter-classiste nationaliste.

Citant Fernand Braudel, Canfora rappelle que la vision que nous avions en 1914 était celle d'un continent moins « au bord de la guerre, qu'au bord du socialisme ». Et ce fut justement la guerre qui empêcha une transformation profonde, socialiste des sociétés européennes.

Une analyse peut-être un peu optimiste mais 1914 était bien l'heure de vérité, de ces moments où les partis ont à faire des choix décisifs. Les socialistes ont fait le mauvais choix, celui de l' « Union sacrée », du carnage massif au profit de quelques possédants.

Le 4 août 1914 marque la trahison de la social-démocratie allemande – modèle pour tout le socialisme européen, en réalité déjà intégrée au système politique bourgeois national – qui vote les crédits de guerre, bientôt suivie par les socialistes français.

Dans cette tempête qui ébranlera les convictions des pacifistes idéalistes comme Jaurès assassiné le 31 juillet 1914, conduira au ralliement guerrier la majorité des socialistes européens, les exceptions se font rares.

Quelques personnalités comme Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg en Allemagne, le courant bolchevique en bloc en Russie mené par Lénine bien sûr. Canfora y rajoute le mouvement socialiste italien en 1914, dont la position est facilitée par la neutralité italienne jusqu'en 1915.

Le revirement d'un Mussolini, farouche pacifiste en 1914 puis violent interventionniste en 1915 – acheté peut-être par les services secrets français ou britanniques, assurément par les cercles militaires et économiques – est un cas extrême de l'opportunisme des cadres socialistes italiens.

Déjouer la propagande de guerre (1) Sarajevo : un prétexte pour la guerre

Dans des analyses toujours actuelles, Canfora s'attacher à démonter les principes de la propagande de guerre.

Le premier est celui du prétexte pour l'entrée en guerre. Nul ne prétend que l'assassinat de Sarajevo est la cause de la Première guerre mondiale, au mieux un déclencheur, en réalitéun prétexte pour un conflit voulu et attendu dans les sphères dirigeantes allemandes ou autrichiennes.

Canfora reconstitue avec précision les faits du 28 juin 1914, il souligne les négligences coupables tant de la part du gouverneur que du chef de la sécurité

Le prince héritier, victime d'une première tentative d'attentat dans la journée, réclame une déviation de son parcours initial, le cortège suit une voie alternative avant de replonger dans une avenue François-Joseph centrale sans protection. En pleine manœuvre pour faire demi-tour, le prince est touché mortellement par un nationaliste serbe, Gabriel (« celui qui annonce »!) Prinzip.

Le casus belli idéal contre la Serbie est tout trouvé. Une commission d'enquête (cela nous rappelle des faits plus récents …) est lancée, bâclée, bidonnée, cherchant à forcer la culpabilité du gouvernement serbe dans l'armement et l'aide au « terroriste » Prinzip.

Les preuves sont tout sauf évidentes, elles sont suffisantes pour l'envoi d'un ultimatum au gouvernement serbe en 9 points violant ouvertement la souveraineté serbe :

pourtant 8 des 9 points (sauf la participation de l'Autriche à une enquête en Serbie, prévoyant la poursuite et l'arrestation de dignitaires serbes!) sont acceptés, une « capitulation » qui ne suffit pas à l'Autriche qui entre en guerre le 28 juillet, un mois après l'attentat.

L'enlèvement d'Hélène, la protection des Gaulois contre les Helvètes, la défenestration de Prague, l'attaque contre le Lusitania, Pearl Harbour, l'attaque contre le navire du Golfe du Tonkin, l'invasion du Koweit : les prétextes des conflits cachent derrière de nobles principes, l'argument d'une guerre défensive, des intérêts égoistes, des desseins impériaux, la guerre de 1914 n'y échappe pas.

Déjouer la propagande de guerre (2) Démocratie contre autoritarismes : qui sont vraiment les peuples civilisés ?

Au cœur de l'argumentaire de toutes les puissances en conflit en 1914, deux idées : (1) celle d'une guerre défensive contre des puissances agressives ; (2) celle d'une guerre de la « civilisation », de la « liberté », de la « démocratie » contre des « dictatures », des peuples « barbares ».

Sur l'idée de guerre défensive ou de frappe préventive (encore des termes à résonance actuelle), chaque camp construit sa légitimation : l'Autriche répond à l'attentat serbe, la Russie défend le peuple serbe agressé, l'Allemagne se défend de la menace russe, la Grande-Bretagne protège la Belgique neutre, la France riposte à la guerre lancée par l'Allemagne.

Sur l'idée d'un conflit de civilisation, là encore l'argumentaire suit une propagande rodée.

Côté allemand, on se présente comme le sommet de la culture humaniste et scientifique (Kultur) opposée à la culture mercantile, décadente anglo-française (Zivilisation), ainsi qu'à ce pays de « moujiks », de barbares qu'est la Russie.

Ce dernier argument sera le mot de d'ordre de ralliement des socialistes allemands, prêts à rejouer la partie « des sans-culottes français en 1793 » pour reprendre les termes d'Engels à la fin du XIX ème siècle, révélant le niveau de russophobie dominant dans la culture progressiste allemande.

Un Engels qui a nourri bien des illusions également sur la possibilité d'arriver au socialisme par la voie électorale ou celle de conquérir l'armée par la présence croissante d'électeurs socialistes. Karl Liebknecht a bien montré comment l'armée allemande, au contraire, construisait des sujets obéissants au Reich, conformistes, prêts à se fondre dans le moule militariste et nationalistes.

Citant Tacite, Canfora rappelle que la seule frontière séparant historiquement Germains et Sarmates était le « mutus metus », la peur réciproque.

Côté français mais aussi anglais et italien, on connaît mieux l'idée d'une lutte entre « démocraties » occidentales et « autoritarismes » centraux.

Or, l'argument ne résiste pas, pour plusieurs raisons. D'abord, parce que le pilier de la Triple-Entente reste la Russie, phare de la réaction obscurantiste européenne, qui avait réprimé dans le sang la révolution de 1905. Tout sauf une démocratie en 1914.

Ensuite, parce que l'Allemagne wilhelmienne est un régime complexe. Un des premiers pays à avoir instauré le suffrage universel, accueillant le mouvement ouvrier le plus puissant d'Europe, hôte d'une culture littéraire, philosophique, scientifique sans égal en Europe.

Face à elle, l'Italie et la Grande-Bretagne n'ont pas encore levé tous les freins au suffrage universel, peinant à dépasser l'obstacle du vote censitaire, gangrenés par diverses formes de clientélisme, de corruptions, des « rotten bouroughs » anglais au système semi-mafieux du Sud italien.

Par ailleurs, comme le rappelle L.Canfora, tous les régimes ont vu pendant la guerre une inflexion vers des formes autoritaires de gouvernement : censure, abolition de facto du parlement, absence d'élections, répression brutale, allant jusqu'à la dictature militaire en Allemagne.

Déjouer la propagande de guerre (3) 1914 et le bourrage de crâne, la construction de la haine de l'ennemi

Enfin, une fois le conflit déclenché, il s'agissait pour les classes dirigeantes européennes de fabriquer le consentement à la guerre, avant tout donc de forger une image diabolisée de l'ennemi, de légitimer une guerre injuste de rapine comme étant une guerre juste de salut public.

Les vieilles oppositions, les antiques préjugés sont remobilisés : celle des Latins contre les Germains pour les Italiens, des Germains contre les Huns côté allemand … les exemples se déclinent selon les puissances en question.

La campagne de Belgique, à l'automne 1914, devient enjeu d'une intense guerre de désinformation, visant à accuser l'ennemi d'actes barbares, donnant un prétexte à l'intervention.

L'Allemagne se voit en effet opposé une résistance opiniâtre du peuple belge, inattendue, et qui durera près de trois mois. Face à cette guérilla, l'Allemagne ne lésine pas sur les moyens : bombardements, déportation de civils, villages brûlés.

La presse française et britannique multiplie les compte-rendus sur le peuple belge « martyr », sur la violation inacceptable de la neutralité belge, l'incendie de sommets de la civilisation comme la Bibliothèque de Louvain.

Aucun procédé n'est exclu dans cette guerre de propagande : l'impression de journaux de complaisance (comme la « Gazette des Ardennes » financée par l'Allemagne, « Die feldpost » par la France), la diffusion de faux comme ceux de Hansi payé par la France et qui dénonce l'impérialisme allemand en divulgant des documents secrets allemands falsifiés.

L'Allemagne va répondre par célèbre Appel au monde civilisé (Aufruf an die Kulturwelt) d'octobre 1914, 93 des plus grands intellectuels allemands (dont un certain nombre de Nobel) répondent aux accusations lancées contre l'Allemagne sur le ton : « Ceci n'est pas vrai ».

Les intellectuels allemands dénoncent l'hypocrisie des puissances occidentales, fustigeant l'impérialisme allemand tout en pratiquant une politique expansionniste, usant de la neutralité de la Belgique comme d'un cache-sexe pour leurs objectifs militaristes.

Un texte emprunt toutefois d'un nationalisme violemment belliciste, unanimiste et raciste quand il dénonce les « Mongols et aux Nègres lâchés par les soi-disant puissances civilisées contre le peuple allemand ».

Conclusion

Canfora ouvre sur la période suivante, rappelant le parcours des « dictateurs militaires » Ludendorff et Hindenbourg, le premier appuyant le putsch militaire d'Hitler en 1923, le second livrant le poste de chancelier au même Hitler en 1933. De quoi tisser des liens de plus en plus occultés – jusque dans les manuels scolaires – entre 1914 et 1939.

On peut reprocher à Canfora de ne pas approfondir jusqu'au bout certaines explications, certains raisonnements, de nous laisser sur notre faim. Toutefois, le rappel de ces faits, de leur enchaînement, couplé à une érudition et une clarté sans failles sont salutaires à l'heure actuelle.

Ce compte-rendu parcellaire ne peut qu'encourager tous ceux désireux d'en apprendre plus, au-delà du discours officiel, sur le conflit de 1914 à lire cet ouvrage de Luciano Canfora.

http://www.communcommune.com/article-pour-comprendre-les-origines-de-la-premiere-guerre-mondiale-lire-1914-de-luciano-canfora-124358678.html

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Qui a peur de BOUVINES ? Les officiels ont négligé une date-clé de notre roman national.

13 Août 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #Histoire

Qui a peur de BOUVINES ? Les officiels ont négligé une date-clé de notre roman national.

Le dimanche 27 juillet 1214, se déroula la bataille de Bouvines qui vit la victoire de Philippe Auguste sur une coalition constituée de princes et seigneurs français, menée par Jean sans Terre, duc d’Aquitaine, de Normandie et roi d’Angleterre, et soutenue par l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Otton IV. Cet événement est considéré par tous les historiens comme tout à fait essentiel dans l’histoire de notre pays. Les conditions dans lesquelles il se déroula, les forces qui y étaient impliquées, les conséquences qu’il eut, tout cela lui a forgé une place importante dans notre roman national. Ignorant la « trêve de Dieu » et l’interdiction médiévale du combat le jour du Seigneur, celui-ci se déroula un dimanche. Pour la première fois y participèrent, au-delà des chevaliers et des troupes soldées, des « milices communales » envoyées par les communes de l’État capétien qui avaient répondu à l’appel de Philippe Auguste.

Ses conséquences furent très importantes, puisque l’Empereur Otton en perdit son trône, et que Jean sans Terre, déconsidéré, fut contraint d’accorder à ses barons « La Grande Charte ». Alors qu’au contraire, Philippe Auguste dominait désormais incontestablement ses barons. À partir de là, la longue construction des deux États prendra des routes différentes. Nous avons encore aujourd’hui le résultat sous les yeux. L’Histoire est ainsi faite d’un temps long dans lequel s’inscrivent les événements aléatoires, mais essentiels. Bouvines est l’un d’eux. La IIIe République avait prévu d’en commémorer solennellement le 700e anniversaire. La survenance de la Première guerre mondiale rendit cette commémoration impossible et la stèle édifiée pour l’occasion fut transformée en monument aux morts sur lequel figurait la phrase de Paul Bourget : «« La bataille de la Marne c’est Bouvines renouvelé à sept cent ans de distance. » Georges Duby, un de nos grands médiévistes, écrivit sur cette journée un livre inoubliable, qui fut un très grand succès, il y a quarante ans [1. Le dimanche de Bouvines, Gallimard, 1974.].

Cette année, pour le 800ème anniversaire, tout le monde s’y est mis. Des centaines de bénévoles, les collectivités locales, des artistes ont pris en charge une commémoration impressionnante. Spectacles, cérémonies, expositions se sont multipliées. Je recommande en particulier la reconstitution du champ de bataille en Playmobils (!), un bonheur. Jusqu’aux organisateurs du Tour de France qui ne s’y sont pas trompés. Toujours handicapés par la disqualification de la dimension sportive de leur épreuve, ils veillent à son caractère touristique et historique. Pas fous, le Tour est évidemment passé à Bouvines… En plus, cette année le 27 juillet tombait aussi un dimanche. Tout était donc réuni pour cette fête commémorative dans cette année qui en sera riche. Les habitants du Nord s’en faisaient une joie. Et l’État dans tout cela ? On espérait la présence du Président de la République, son prédécesseur également prénommé François s’était bien déplacé, aux côtés du Comte de Paris pour le millénaire de l’élection d’Hugues Capet. Ce serait non pour cause de déplacement à l’Ile de la Réunion, il devait être remplacé par le Premier Ministre.

Eh bien, finalement, il n’y a eu personne. Trois jours avant, Manuel Valls s’est aperçu que la dernière étape du Tour de France partait d’Évry, la ville où il fut parachuté il y a quelques années, il ne pouvait pas rater ça. Les participants aux cérémonies de Bouvines n’ont même pas pu se contenter du préfet. La presse régionale a adoré. Pourquoi revenir un peu en détail sur cette muflerie désinvolte ? Parce qu’elle en dit long, très long sur le niveau de ceux qui gouvernent aujourd’hui. Cela me rappelle la cour des Invalides, vide de tout représentant du gouvernement pour les obsèques de Roland de la Poype, ancien de Normandie Niemen et Compagnon de la Libération. Poutine, n’avait pas oublié lui, de s’y faire représenter.

Le rapport à notre pays est marqué par une déculturation assez stupéfiante. Qui fait préférer à un Premier ministre une dérisoire exhibition devant les caméras du Tour de France plutôt que de remplir un engagement à grande portée symbolique lié à sa fonction. En revanche, il est sûr que nous le verrons, comme l’année dernière dans les gazettes , parader en chemise blanche dépoitraillée, uniforme de rigueur, aux côtés de BHL à Saint-Paul de Vence. Ou ailleurs en compagnie de saltimbanques germanopratins du même acabit. Le niveau politique, ensuite. On pouvait être tranquille, le FN, lui n’a pas raté l’occasion. Sur Bouvines, il en a fait des tonnes. On lui a déjà laissé le social, la nation, la laïcité, maintenant on va lui abandonner l’Histoire de France. Et pendant ce temps, la séquence catastrophe aérienne, épisode que l’on peut qualifier de ridicule. L’entier gouvernement inutilement mobilisé sous l’œil des caméras, les déclarations solennelles du Président en personne toutes les demi-heures, les drapeaux en berne et trois jours de deuil national ! Où s’arrêtera cette surenchère compassionnelle ? Je ne sais plus qui a dit que François Hollande cédait à la dictature de l’émotion. Mais c’est lui qui l’organise ! Cette catastrophe est tragique mais ne justifie en aucun cas cette mise en scène. Il y a eu 54 Français tués dans cet accident. C’est l’équivalent de quatre jours d’accidents de voiture. Je me souviens d’un drame de la route qui avait fait 53 morts dont 44 enfants, celui de Beaune en 1982. De l’attitude parfaite d’humanité et de dignité du Président de la République de l’époque et de son ministre des Transports. Et pendant ce temps, le Moyen-Orient est en feu, la Libye s’effondre, l’Irak est en partie sous la coupe des fous de Dieu, la guerre civile en Ukraine s’étend.

En ces temps de commémoration du déclenchement de la Première guerre mondiale, peut-être faudrait-il commencer à sérieusement s’en préoccuper. La France, qui a des responsabilités historiques et diplomatiques, n’en assume actuellement aucune. Il y a un petit jeu auquel s’était livré Jean-Pierre Chevènement au moment de l’invasion de l’Irak en 2003. On se rappelle l’opposition de Jacques Chirac. Chevènement posait malicieusement la question de savoir quelle aurait été la position de la France si Lionel Jospin avait été élu l’année précédente. Il répondait, qu’à l’instar de Tony Blair, Jospin aurait soutenu l’invasion américaine. Je n’en sais rien, mais reconnaissons que ce n’est pas très bon signe que beaucoup commencent à se poser le même genre de question à propos de Nicolas Sarkozy. Le 27 juillet, c’était Bouvines. Le 28, l’anniversaire du 9 Thermidor. Aucune commémoration officielle bien sûr, mais dans les journaux, sur les réseaux, les robespierristes relèvent la tête, parfois vigoureusement. Tu vas voir que le Front national va le récupérer aussi celui-là.


Régis de Castelnau

Avocat


source: causeur

http://www.communcommune.com/article-qui-a-peur-de-bouvines-les-officiels-ont-neglige-une-date-cle-de-notre-roman-national-124354031.html

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La Marseillaise - Roberto Alagna. Par Comité Valmy.

26 Juillet 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #Histoire, #Europe supranationale, #La mondialisation, #Comité pour une Nouvelle résistance

La Marseillaise - Roberto Alagna. Par Comité Valmy.

14 juillet - Résistance

La Marseillaise - Roberto Alagna

Nation - République sociale - Union du peuple de France

samedi 12 juillet 2014, par Comité Valmy

La Marseillaise - Roberto Alagna. Par Comité Valmy.

Roberto Alagna - La Marseillaise

La Marseillaise - Roberto Alagna. Par Comité Valmy.
La Marseillaise - Roberto Alagna. Par Comité Valmy.

Le chant des Partisans - interprété pars Anna Marly

Léo Ferré - L'affiche rouge - L'armée du crime

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3694

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800e anniversaire de Bouvine : Actualité d’un évènement fondateur de la France qu’il ne faut abandonner ni aux fascistes, ni aux euro-atlantistes ! Par Georges Gastaud.

26 Juillet 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #Europe supranationale, #Histoire

800e anniversaire de Bouvine : Actualité d’un évènement fondateur de la France qu’il ne faut abandonner ni aux fascistes, ni aux euro-atlantistes !

27 juillet 2014 – 800ème anniversaire du Dimanche de Bouvines (victoire de l’armée de Philippe-Auguste, le roi de France allié aux milices communales, sur la coalition de l’Empereur germanique, du roi d’Angleterre, du Comte de Flandres et de plusieurs féodaux « français »). Ou :

Actualité d’un évènement fondateur de la France qu’il ne faut abandonner ni aux fascistes, ni aux euro-atlantistes !

800e anniversaire de Bouvine : Actualité d’un évènement fondateur de la France qu’il ne faut abandonner ni aux fascistes, ni aux euro-atlantistes ! Par Georges Gastaud.

Prévenons d’abord les ricanements stupides des pseudo-marxistes et des faux hommes de gauche qui contesteraient l’intérêt pour des militants franchement communistes et pour de vrais républicains de s’occuper d’une bataille du 13ème siècle qui semble n’intéresser a priori que des membres de l’aristocratie. Et pour cela, rappelons le propos stratégique d’un antifasciste qui surclasse tous les nihilistes nationaux travestis en « antifascistes » d’apparat. Voici en effet ce que Georges Dimitrov, le secrétaire général du Komintern qui venait tout juste d’humilier Göring au procès dit des « incendiaires du Reichstag », déclarait en 1937 à la tribune du 7ème congrès du Komintern :

« Les fascistes fouillent dans toute l’histoire de chaque peuple pour se présenter comme les héritiers et les continuateurs de tout ce qu’il y a eu de sublime et d’héroïque dans son passé (…) ; Mussolini s’applique de toutes ses forces à se constituer un capital politique avec la figure héroïque de Garibaldi. Les fascistes français mettent en avant Jeanne d’Arc comme leur héroïne. Les fascistes américains en appellent aux traditions des guerres américaines de l’indépendance, aux traditions de Washington, de Lincoln (…). Les communistes qui estiment que tout cela n’intéresse pas la cause de la classe ouvrière, qui ne font rien pour éclairer de façon juste, au point de vue historique, dans le véritable sens marxiste, léniniste-marxiste, léniniste-staliniste, les masses travailleuses sur le passé de leur propre peuple, pour rattacher sa lutte actuelle à ses traditions et à son passé révolutionnaire, ces communistes abandonnent volontairement aux falsificateurs fascistes tout ce qu’il y a de précieux dans le passé historique de la nation, pour berner les masses populaires ».

800e anniversaire de Bouvine : Actualité d’un évènement fondateur de la France qu’il ne faut abandonner ni aux fascistes, ni aux euro-atlantistes ! Par Georges Gastaud.

Or la victoire française de Bouvines va être célébrée de façon fort suspecte par les ténors de la tenaille politique qui broie notre pays. Côté FN, on a entendu Marine Le Pen s’adresser à ses troupes devant la statue de Jeanne d’Arc le 1er mai 2013 ; histoire de chasser sur les terres mémoriales désertées par la gauche[1], la présidente du FN a rappelé qu’à Bouvines, le cri de guerre de l’infanterie communale qui gagna la bataille en enfonçant l’armée germano-flamande, était « Commune, Commune ! ». Du côté du Parti Maastrichtien Unique (PS, UMP, UDI, Europe-Ecologie…) ce n’est pas mieux. L’actuel président de Lille-Métropole, qui fédère dans le Nord tous ceux qui veulent liquider les communes et les départements français au profit des euro-régions et des euro-métropoles, déclare en effet que les fêtes du 800ème anniversaire du Dimanche de Bouvines seront dédiées à « la jeunesse d’une Europe occidentale en paix » (déclaration à l’AFP). Dans la bouche de ce notable, le 27 juillet 1214, qui vit le Royaume capétien en construction, précurseur de la Nation, se consolider décisivement en écartant les prétentions germaniques, flamandes et anglaises sur notre sol, devient une grande date de l’ « amitié européenne » telle que la voient les classes dominantes de l’UE… De même, le 3 août 1914 devient-il, toute vérité historique foulée aux pieds, un moment choisi de la réconciliation des impérialismes français et allemands (champagne pour Hollande et pour A. Merkel, les Poilus et leurs homologues allemands que les bourgeoisies impérialistes envoyèrent s’entr’égorger ne sont plus là pour rectifier). Même inversion des significations historiques pour le 9 mai 2015 ; les dirigeants de l’UE atlantique qui, actuellement, arment les nazis ukrainiens pour abattre la République populaire du Donbass, traquer les communistes, discriminer les russophones et encercler la Russie, s’apprêtent à commémorer la « fête de l’Europe » en ignorant superbement que le 9 mai 1945 marque la vraie fin de la Seconde Guerre mondiale par la reddition totale de la Wehrmacht à l’Armée rouge (dont il faut rappeler qu’elle prit seule Berlin et que c’est pour lui échapper que Hitler s’est suicidé dans son bunker).

C’est pourquoi nous renouons ici, avec les modestes moyens qui sont ceux du PRCF, avec la grande tradition historique du PCF des Duclos, Vaillant-Couturier, Cachin, Pierre Sémard et autre Thorez. Elle n’est pas si éloignée en effet la période où G. Marchais pouvait s’exclamer, en arrachant son masque patriotique au fascisant Charles Maurras, « tout ce qui est national est nôtre ! ». Au-delà de la lutte contre le négationnisme historique actuel, qui banalise le Troisième Reich tout en criminalisant l’U.R.S.S., qui pleurniche sur Marie-Antoinette en diabolisant Robespierre et qui enseigne aux bambins que la « construction européenne » et le triomphe « libérateur » de l’Empire anglo-saxon sont le fil bleu de toute l’histoire occidentale, il y va du sens même de notre combat. Alors que l’oligarchie maastrichtienne veut mettre un point final à l’histoire de la nation en liquidant « l’histoire de France », en détruisant le produire en France, les services publics, la souveraineté du peuple, la structure républicaine du pays et jusqu’à la langue française sacrifiée au tout-anglais, allons-nous nous laisser enfermer dans l’alternative historique mortelle qui nous est imposée par le « P.M.U. » et par l’U.M.’ Pen : soit oublier la France, céder à l’auto-phobie nationale pratiquée par les élites atlantiques, ignorer que la connaissance de l’histoire multiséculaire de notre pays peut devenir ou redevenir un point d’appui pour nos résistances présentes et nos luttes d’avenir, ou bien allons-nous céder à la version xénophobe et néocoloniale de l’histoire de France que voudraient symétriquement nous imposer la « droite dure » et le Front « national », dont un des chefs de file vient encore récemment de comparer les criminels de l’O.A.S. aux résistants antifascistes ? La résistance idéologique et culturelle ne se divise pas. On ne peut pas défendre l’avenir et le présent de notre pays en méconnaissant son passé et en ignorant, en diabolisant ou en idéalisant les évènements majeurs de notre histoire. Saisir le sens progressif, dégager le fil d’abord « blanc » (construction d’un Etat national dans une Europe caractérisée par la domination des grandes familles féodales, la stratégie des Capétiens consistant à s’allier avec la bourgeoisie contre les féodaux pour réaliser cette unification nationale), puis « bleu » (régimes bourgeois issus de 89) et, espérons-le, rouge (c’est en France, avec Babeuf, puis avec les batailles ouvrières-républicaines de 1848, puis avec la Commune, le premier Parti socialiste, la C.G.T., le PCF, qu’a pris naissance le mouvement ouvrier et communiste international moderne[2]), de son devenir impose de comprendre comment s’est construite la nation dans un processus multiséculaire où les classes dominées ont surgi plus souvent qu’on ne croit sur la grande scène de l’histoire. C’est pourquoi, entre autres tâches historiques, nous invitons ceux qui en sont professionnellement capables à produire une véritable étude marxiste de la bataille de Bouvines, des forces de classes qui s’y manifestèrent et du sens à la fois féodale et pré-bourgeoise de son issue. Pour notre part, ce n’est pas en historiens mais en militants politiques assumés, soucieux des batailles idéologiques en cours sur la « mémoire nationale », que nous esquissons ici quelques pistes de réflexion.

I – De la configuration des forces à l’époque de la bataille de Bouvines.

Ce serait idéaliser la réalité historique que de ne pas saisir qu’à l’époque de Bouvines (1214), les conflits nationaux naissants étaient masqués et surdéterminés par les querelles féodales, religieuses et dynastiques : ce sera d’ailleurs le cas pour une part jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Pour autant, l’enjeu de Bouvines était bel et bien une question qui redevient centrale à l’heure de la « métropolisation » et de la « länderisation » de notre pays, aujourd’hui menacé d’évaporation nationale par la contre-réforme territoriale exigée par le MEDEF et mise en musique par F. Hollande : ce qui, en gros, s’est joué à Bouvines, c’est la question suivante : l’existence et l’unité de la France féodale allaient-elles faire un bond qualitatif ou au contraire, la défaite du roi capétien allait-elle aboutir au partage de la France. Dans la pratique, cette question tranchée par Bouvines coïncidait objectivement avec la consolidation ou avec l’éviction de la monarchie capétienne, centrée sur Paris, parlant le francien[3] et forgée initialement dans la lutte d’Hugues le Grand contre l’envahisseur viking. Face à la monarchie anglaise, qui tenait toute une partie du Royaume par l’entremise des fiefs normands, aquitains et angevins de la Couronne anglaise, face à l’Empereur germanique désireux de rétablir la puissance romano-impériale de Karl der Grosse (alias Charlemagne), Philippe-Auguste[4] sentit que son trône, sa dynastie, l’unité et l’avenir même du Royaume de France étaient mortellement menacés par la coalition guerrière formée par l’Anglais Jean Sans Terre, par le Germain Othon IV, par le Comte des Flandres et par plusieurs féodaux français qui voulaient devenir pleinement maîtres en leurs fiefs respectifs en se dégageant de la suzeraineté capétienne. Philippe IV eut alors l’intelligence de laisser tomber la Croisade, dans laquelle il s’était engagée de mauvais gré, et de s’occuper de son pays au lieu de guerroyer en « Terre Sainte » : il y abandonna son « allié », l’Anglo-Normand Richard Cœur de Lion ; pour compenser son infériorité militaire et numérique notoire, Philippe eut la grande intelligence politico-stratégique[5] de s’allier aux Communes ; de Paris à la Picardie, ce vaste mouvement populaire, dirigé par la bourgeoisie industrieuse, artisanale et commerçante des villes, refusait la tutelle prédatrice des seigneurs féodaux ; elle s’alliait quelquefois aux paysans des entours et se tournait tactiquement vers le roi de France pour tenir tête aux empiètements seigneuriaux et ecclésiastiques. C’est l’époque où les beffrois laïques défiaient les édifices religieux par leur hauteur, où les « bourgeois » de Laon, de St-Quentin, de Cambrai… (bourgeois = habitants du bourg, par opposition aux nobles et aux « vilains ») se « juraient commune », c’est-à-dire engageaient leur parole pour la mutuelle défense de leurs biens et de leur personne, accueillant toute personne venant se réfugier sous les remparts pour peu qu’elle « jure commune » elle aussi et qu’elle serve dans la milice communale qui protégeait la ville et le bourg contre les chevauchées seigneuriales. Bref, tombe d’elle-même l’objection de certains « marxistes » qui déclareraient que, la nation étant un phénomène bourgeois, donc récent, elle ne peut qu’avoir été consécutive aux révolutions bourgeoises… du 18ème siècle. Comme si le mouvement révolutionnaire et populaire bourgeois (la bourgeoisie d’alors n’avait rien de commun avec les PDG milliardaires du CAC-40, la plupart de ses membres, issus de basse roture, travaillaient de leurs mains…) n’avait pas commencé dès le Moyen Âge. Mais combien de jeunes Français, y compris de bacheliers émérites, savent-ils seulement que la première Révolution franco-parisienne, celle de 1358, que dirigea le fougueux « prévôt des marchands » Etienne Marcel, s’allia – non sans réticences – à la Grande Jacquerie des paysans du Nord conduits par Guillaume Carle. Etienne Marcel, qui voulait que la commune parisienne contrôlât le budget royal, tint quelque temps militairement Paris et le signe de ralliement des insurgés parisien était alors un bonnet bleu et rouge, ancêtre du bonnet phrygien, que les Parisiens arboraient au combat en criant « le prévôt le veut ! » ? Quant à la grande richesse des Flandres et des Pays-Bas, ces premières places fortes du pouvoir républicain-bourgeois au sein de l’Europe monarchique, elles précédèrent de loin les révolutions anglaise, américaine et française du 17ème et du 18ème siècle : leur origine politique est évidemment à chercher dans les révolutions communales, bourgeoises et populaires, notamment celles du « triangle » flamand Gand-Anvers-Bruges…

Bref, pour rompre l’étau militaire que représentait la double invasion menaçante de l’Anglais Jean Sans Terre allié à certains féodaux comme Renaud de Dammartin, et des Germano-Flamands d’Othon IV, le grand Capétien procéda bon gré mal gré (car on peut deviner que reconnaître des « manants » comme une force politique autonome devait fort lui coûter[6]) à ce que les marxistes appellent d’ordinaire un compromis historique. Alors que l’avantage était pris, dans la bataille de Bouvines, par les armées anglo-germaniques des seigneurs, la tentative de ces dernières d’attaquer de front le roi de France et de le tuer aux cris de « mort aux Français ! » échoua grâce à l’infanterie communale, qui gardait le roi ; les roturiers français brisèrent l’assaut ennemi et contre-attaquèrent aux cris (quelle tristesse que la Le Pen soit aujourd’hui la seule à le rappeler !) – non pas de « Montjoie-St-Denis ! » qui était le cri de guerre traditionnel des rois de France – mais de « Commune ! Commune ! » : un mot subversif qui courra désormais, ouvertement ou clandestinement, dans toute l’histoire progressiste de notre pays. Et dans leur contre-attaque furieuse, les manants armés d’arcs et de piques brisèrent le front ennemi et contraignirent Othon IV et ses aigles impériales, poursuivis par la cavalerie noble (et non noble) française, à la fuite et à la débandade[7]. Précédé par la victoire remportée le 2 juillet précédent par un fils de Philippe sur Jean Sans Terre à la Roche-aux-Moines, le succès politico-militaire de Bouvines consolida la monarchie française : pour la première fois, un Capétien put se dispenser de faire préventivement sacrer son fils aîné du vivant de son père (les successions étaient jusqu’alors à haut risque dans le Royaume des Francs). Célébrée dans la liesse par le peuple parisien, la victoire permit d’engager le lent processus de centralisation autour de Paris (la centralisation n’est pas « une invention jacobine »). Ce processus ne trouva son achèvement – non sans nouvelles contradictions – qu’avec la République « une, laïque et indivisible » issue de 1793 ; il renforça l’attractivité du français en Europe et permit à Paris – une ville chère à Philippe (qui la dota de remparts et fit paver ses rues) – de devenir une vraie capitale politique, universitaire (la Sorbonne) et culturelle. Bien entendu, le « patriotisme » de cette époque, qui se confond avec l’allégeance féodale à la personne du roi, sacré à Reims[8], est très différent du patriotisme moderne, si patriotisme il y a. Mais en vertu de quel pédantisme faudrait-il s’interdire de parler d’un patriotisme gaulois, sous Dumnorix et Vercingétorix, d’un patriotisme royaliste sous Philippe-Auguste, d’un patriotisme bourgeois-républicain et républicain-paysan à l’époque de Valmy ou de Fleurus, ou d’un patriotisme prolétarien à l’époque de la Commune, du Front populaire et des FT.P.F.?

Bien entendu, seule la Révolution jacobine-bourgeoise de 1789-94, vite suivie de sa caricature militaro-bureaucratique par le Premier Empire, permettra à cette patrie encore brumeuse de devenir une « nation » de plein droit en cessant d’être ce que l’Abbé Grégoire appelait un « agrégat de peuples inconstitués ». Engels a remarqué que c’est seulement la Révolution française qui, en abolissant les droits seigneuriaux sur le sol, a réellement unifié ce pays encore fort disparate (langages, coutumes, droit) qu’était la France d’Ancien Régime. En particulier, c’est la Révolution, la levée en masse des soldats-citoyens, la geste sans égal des Soldats de l’An II qui, aux accents du Ca ira ! et de la Marseillaise, créée à Strasbourg pour l’Armée du Rhin, reprise par les Volontaires marseillais montant sur Paris, puis reprise en cœur par les fédérés marseillais et les Sans Culotte parisiens lors de la Prise des Tuileries le 10 août 1792 (revoir le magnifique film de Jean Renoir La Marseillaise), approfondira l’unité de la Nation en donnant aux paysans parcellaires enfin débarrassés de la sujétion féodale la propriété pleine et entière sur leur terre. Sans cela, comment ces hommes auraient-ils accepté de mourir ou de vaincre aux cris de « vive la Nation ! » et de « liberté, égalité, fraternité ou la mort » ? Engels fera ainsi observer que seule la Révolution a réellement intégré ce qu’il appelle, un peu schématiquement, les « Allemands d’Alsace », les « Italiens de Corse » et surtout, la « France du Sud » (dixit Engels) cette Occitanie que les barons français du temps de Philippe-Auguste avaient rabattue dans le giron catholique à la suite de la barbare Croisade des Albigeois : le plus haut exemple de cette intégration républicaine de l’Occitanie étant l’Albigeois Jaurès, fils de paysan, occitan de langue maternelle, porte-voix des mineurs de Carmaux et sans doute le plus grand orateur francophone qui ait jamais tenu tribune. Jaurès fusionna brièvement les traditions « bleues » et « rouges » du patriotisme républicain français avant de tomber sous les balles de Raoul Villain et de ses sinistres inspirateurs impérialistes.

II – De Bouvines à la défaisance de la France : de la trahison nationale de la classe bourgeoise.

Mais aujourd’hui, la bourgeoisie qui a en grande partie « fait » la nation, d’abord en s’associant épisodiquement aux rois capétiens puis en s’opposant aux Bourbons, défait la nation. Devenue réactionnaire, totalement acquise aux « Etats-Unis d’Europe », à l’ « Union transatlantique », à l’ « Europe des régions », l’oligarchie largement transnationale qui domine les sommets du MEDEF et du CAC-40 privilégie le tout-anglais impérial, accepte la tutelle humiliante de l’Axe Berlin-Washington, détruit le produire en France, la Sécu et les services publics nationaux, détricote les lois laïques et l’Education nationale, vomit l’ « exception française » (c’est-à-dire l’héritage progressiste, quoique contradictoire, des Lumières, de 1789, de 1905, de 36, de 45 et de 68) au profit d’une marchandisation universelle de l’existence humaine qui trouve sa justification, tantôt dans le « modèle allemand », tantôt dans le « modèle » anglo-saxon d’inspiration thatchérienne. Non seulement l’oligarchie bourgeoise, devenue de moins en moins productive et de plus en plus « compradore », détruit l’œuvre du Front populaire, du C.N.R. et des ministres communistes de 45 (statuts publics, conventions collectives, Sécurité sociale, principe des retraites par répartition, nationalisations industrielles, Code du travail, Recherche publique…), non seulement elle détricote les lois plus ou moins progressistes de la Troisième République (en particulier la loi de 1905 séparant l’Eglise de l’Etat, les lois de 1901 sur le droit associatif, l’interdiction du travail dominical, etc.), non seulement elle érode les avancées démocratiques-républicaines de la Révolution française (principe de la souveraineté nationale et populaire, République une et indivisible, structuration du territoire national selon le maillage « Communes, départements, Etat Nation »), mais à certains égards, elle revient sur des avancées de civilisation qui datent de l’Ancien Régime. Alors que le roi François 1er avait érigé le français en langue officielle du Royaume pour commencer d’unifier le droit et pour faciliter sa compréhension plus large (auparavant les actes étaient en latin) et que la constitution actuelle stipule encore que la langue de la République est le français, les « féodalités financières » (comme disait Waldeck Rochet), aiguillonnées par l’UE atlantique en marche vers le « Grand Marché Transatlantique », sacrifient la langue nationale au tout-anglais et ouvrent la voie, par la Charte européenne des langues minoritaires et régionales, à la « co-officialité » du français et des langues de territoire (et demain, très certainement de l’anglais, qui est déjà « langue minoritaire de France »). Plus gravement encore, cette Charte institue l’idée de minorités ethniques se distinguant par leur langue et s’attribuant des territoires particuliers. La Loi de décentralisation prônée par François Hollande et réclamée par le MEDEF (qui, dans son Manifeste de 2011 Besoin d’aire, exiger la « reconfiguration des territoires » et la suppression des communes) mettra rapidement fin à l’existence d’une loi unique sur tout le territoire, c’est-à-dire à l’égalité formelle des citoyens devant le droit ; en effet les nouveaux Länder (« grandes régions ») mis en place par Hollande auront le droit de moduler la loi nationale, et très vite sans doute, ils obtiendront aussi celui de moduler les conventions collectives, les statuts nationaux, le SMIG national, les diplômes et les qualifications nationales (suppression du bac national au profit du contrôle continu local) tout en pratiquant le moins-disant social et le mieux-disant patronal pour faciliter la guerre économique entre « territoires » ; pendant ce temps, aux marches du ci-devant Comté de Nice, de la Savoie, de l’Alsace, du Nord, de la Bretagne des « Bonnets rouges » lorgnant vers l’Outre-Manche « celtique », du Pays basque et de la Catalogne lorgnant sur Bilbao ou sur Barcelone, émergeront des « régions transfrontalières » marginalisant le français au profit des langues régionales et surtout, de l’anglais, et réduisant à néant l’idée même de territoire national.

C’est là une problématique de destruction de la France dont les élites oligarchiques ne font même plus mystère : de l’eurocrate allemand Von Thadden déclarant que « pour faire l’Europe, il faut défaire un peu la France » à D.S.K. ou à Hermann Van Rompuy célébrant l’« Empire européen », on a affaire à un projet qui, l’« intégration européenne » vise clairement à désintégrer notre pays et plusieurs de ses voisins au profit du règne dictatorial et supranational de la Troïka. Quand on sait par ailleurs que les lointains ancêtres de nos services publics – actuellement asphyxiés, démantelés, privatisés au nom du « sauvetage de l’euro » – ne s’appellent pas Marcel Paul, Ferry ou Monge, mais Sully ou Colbert[9], on voit combien la réaction capitaliste actuelle pénètre loin dans le tissu historique – que dis-je : dans l’A.D.N. – de la nation française. A l’échelle mondiale, ces gens qui ont déjà détruit la Révolution d’Octobre 17 et qui criminalisent le pays de Stalingrad sont en passe de démonter les acquis consécutifs à la Révolution française, et le premier d’entre eux, qui est le droit universel des peuples à disposer d’eux-mêmes (sacrifié au droit d’ingérence): mais en France même, ce n’est plus seulement à la République une, souveraine, laïque et indivisible qu’ils s’en prennent, c’est à la l’existence même du lien national, laquelle ne date évidemment pas du 14 juillet 1789 ! Et pour en revenir à Bouvines, où le pouvoir national-royal s’allia avec les Communes bourgeoises-populaires, c’est aux communes françaises actuelles que le Parti Maastrichtien Unique (composé du PS, de l’UMP, de l’UDI et d’E.E.-L.V.) s’attaque désormais frontalement en transférant leurs compétences aux « communautés d’agglo » et aux métropoles, comme il s’attaque à l’Etat-nation pour lui substituer un Empire des régions directement branché sur Bruxelles et Berlin. Bref, le 800ème anniversaire officiel du 27 juillet 1214 fait figure de revanche sur Bouvines : revanche des nouveaux féodaux, des nouveaux Impériaux, voire de l’Empire anglo-saxon transmanche et transatlantique, dont la langue et la culture hollywoodienne s’imposent désormais partout au pays de Jeanne Darc !

Il n’est pas jusqu’à la renaissance actuelle de l’esprit colonial des Croisades qui ne vienne grossièrement contredire l’esprit de Bouvines. On a rappelé plus haut comment Philippe-Auguste avait planté là les Croisés, et tout d’abord son « cher allié » anglais, pour s’occuper de son Royaume de France en appliquant l’honnête précepte selon lequel mieux vaut éteindre le feu chez soi que l’allumer chez autrui. Mais aujourd’hui, les nouveaux Croisés pyromanes qui plongent la France et la vieille Europe dans la crise, l’austérité et le chômage de masse, attisent l’ingérence occidentale permanente des Etats de proie impérialistes de la Libye à la Syrie, de l’Irak à l’Afghanistan, du Mali au Soudan ; désormais, ils s’attaquent même à l’Ukraine (demain, n’en doutons pas, à la Biélorussie, au Caucase, etc.) dans le but d’encercler la Russie, d’empêcher la réunion des ex-Républiques soviétiques et d’étendre vers l’Est leur Empire plus en plus atlantique et de moins en moins « pacifique »… Tantôt en alliance avec leurs frères ennemis djihadistes (qu’ils ont ouvertement appuyés en Afghanistan contre les communistes afghans et contre l’Armée rouge), tantôt en rivalité avec eux, poussant en avant ce pseudopode de l’Occident en Palestine qu’est le gouvernement d’extrême droite israélien, les nouveaux Croisés brandissent les « droits de l’homme » pour multiplier les pratiques génocidaires : saigné à blanc par dix ans de guerre, de blocus alimentaire, d’embargo médical et de terrorismes « communautaires » sous influence, l’Irak, où est née l’écriture, se meurt. Et l’impérialisme français, qui a démantelé ses régiments de la frontière Nord-Est, est présent sur vingt théâtres militaires étrangers pour imposer la loi des transnationales du pétrole et de la banque ! Après avoir longtemps pris appui sur le sentiment national pour exploiter le monde (notamment en 14-1918 ou pendant les guerres coloniales), l’impérialisme français déclinant mais d’autant plus agressif fait le « choix de la défaite » de la France dans l’espoir fallacieux d’obtenir des maîtres du monde une place de choix, un lot de consolation en position subordonnée ; qu’importe la nation pourvu que les richards qui ont expatrié 40 fois le « trou de la sécu » dans les paradis fiscaux européens puissent continuer de s’empiffrer à la grande bouffe de la mondialisation capitaliste et de l’Union transatlantique organisée par Washington, Berlin et Tokyo…

Dans ces conditions, la France ne survivra pas comme Etat nation si elle demeure sous la coupe de la bourgeoisie ; seule la classe travailleuse peut encore, en prenant le pouvoir politique et en construisant le socialisme, sauver et « parachever » la construction nationale. Car seule la classe ouvrière peut « continuer la France » (l’expression est de Vaillant-Couturier) pour venir à bout, par la révolution sociale et par la construction d’un nouveau mode de production, de ce qui, depuis toujours, sape l’unité de la nation et la rend largement fragile et illusoire : sa division en classes antagoniques, la domination sur le pays d’une minorité égoïste qui, plus que jamais, préfère ses privilèges à l’intérêt national, lequel coïncide de plus en plus avec l’intérêt de classe réellement universel, lui, du monde du travail. C’est ce que Georges Politzer résumait admirablement quand, en 1939, il énonçait l’idée que « la nation, c’est le peuple » ! Bref, la grande bourgeoisie a longtemps exploité le patriotisme pour imposer ses desseins prédateurs, pour refréner le combat de classe ouvrier et pour prôner l’illusoire « union sacrée » des prolétaires et des capitalistes. Aujourd’hui, sa tactique est différente : elle promeut du même geste la xénophobie d’Etat de l’U.M.’ Pen, pour opposer les travailleurs français aux ouvriers issus de l’immigration (récente, car qui n’a pas d’ancêtres immigrés en France ?), et l’auto-phobie nationale de l’U.M.PS. Pour cela, ses médias célèbrent en permanence le « modèle allemand » tout en dénigrant la « France moisie », la « France rance », le peuple français « hexagonal », « franchouillard », « ringard », « frileux », « gréviculteur », « franco-français », etc. Si bien qu’à notre époque, le patriotisme républicain bien compris devient une arme puissante aux mains des classes populaires pour dénoncer l’oligarchie xénophobe ET auto-phobe, pour appeler notre pays à sortir de l’euro, de l’UE, de l’O.T.A.N. et in fine et si notre peuple en décide ainsi, du capitalisme lui-même par la mise en place d’un nouveau mode de production socialiste-communiste.

Bref, si notre époque est bien celle de larges alliances populaires autour du prolétariat moderne, elle n’est plus celle des compromis historiques plus ou moins dominés par la classe dominante, qu’elle soit monarcho-féodale, comme à Bouvines ou qu’elle soit bourgeoise-jacobine, comme sous la Révolution. Défendre aujourd’hui le C.N.R., se réclamer de Robespierre et de la Révolution jacobine, refuser d’abandonner l’Edit de Nantes, la geste johannique ou la victoire de Bouvines à l’adversaire de classe, en un mot s’affirmer la continuatrice critique de la Nation, ce n’est plus pour la classe ouvrière passer un compromis – positif certes, mais la laissant au second plan –, c’est au contraire combattre pour le rôle dirigeant des travailleurs dans un nouveau Front antifasciste, patriotique et populaire dont le terme n’est pas une république bourgeoise « sociale », mais une République socialiste de plein exercice. Dans une telle perspective, les nécessaires alliances entre classes populaires et couches moyennes imposeront longtemps des traits spécifiques, comme il en va de toute construction socialiste authentique pour autant que le pouvoir politique et les grands moyens de production sont aux mains du peuple travailleur : car si le socialisme n’est rien sans la socialisation des grands moyens de production et le pouvoir des travailleurs, sa nature de classe profonde n’en exige pas moins que ses constructeurs gardent à l’esprit la profonde conclusion du dernier écrit laissé par Lénine : le socialisme est « l’œuvre vivante des masses ».

III – Notre attitude face à l’histoire de France.

Comme on le sait, le mot histoire comporte deux sens complémentaires en français. Il y a l’histoire que l’on écrit et celle qui se fait au jour le jour et dont nous sommes tous acteurs, ne serait-ce que par notre passivité et notre laisser-faire. Concernant l’histoire qui se fait, la position de tout militant communiste et de tout vrai républicain ne peut être qu’univoque : si critique que nous soyons à propos de ce que fut et de ce qu’est notre pays, nous aimons son peuple et sa classe ouvrière, nous acceptons son héritage sous réserve de le critiquer et de le retravailler à partir de nos besoins actuels[10]; et surtout, nous servons sa classe laborieuse dans toute sa diversité, et nous continuons la France en réclamant, pour les travailleurs, ce que Benoît Frachon appelait « la succession » des classes dominantes en faillite. Mais il s’agit plus particulièrement ici de l’histoire qui s’écrit, de la connaissance historique. Comme nous le signalions dans notre introduction, les classes dominantes et leurs historiens officiels voudraient nous forcer à choisir entre deux attitudes non moins catastrophiques, tant sur le plan scientifique que sur le plan civique. La première serait celle de la nostalgie, du « temps béni des colonies », de « nos ancêtres les Gaulois » (voir à ce sujet l’hilarante chanson de Boris Vian chantée par Henri Salvador), de l’ « apport positif de la colonisation » (sic), bref de l’idéalisation puérile du passé, de l’élimination de ses contradictions de classes, de son racisme latent ou affiché, de sa lecture néo-cléricale des choses (les « voix » de Jeanne prises au premier degré, la France née dans un bénitier lors du Baptême de Clovis, etc.) quitte à dissimuler aux écoliers les contradictions ethniques immenses (Gaulois, Gaule latine, Grecs et Ligures du littoral méditerranéen, Francs, Wisigoths et Burgondes germaniques, Celtes chassés de Grande Bretagne par les Anglo-Saxons et réfugiés en Armorique, etc.) qui firent de notre territoire national actuel un maëlstrom des cultures entre la défaite d’Alésia et la mort de Charlemagne ; et surtout les incessantes révoltes des classes dominées (jacqueries médiévales, révoltes des paysans protestants « camisards », bonnets rouges breton, Jacquou le Croquant, Canuts, luttes ouvrières modernes…) qui tout à la fois, interdisent d’idéaliser la construction nationale et sans lesquelles la naissance de la nation perd tout sens et toute vitalité. En face de ces représentations et les dominant largement dans les manuels scolaires actuels, s’impose la « vision » des élites maastrichtiennes telle qu’elle est notamment exposée dans ce traité d’histoire officielle qu’est le Manuel d’histoire franco-allemande naguère commandité par Chirac et par le chancelier Schröder (!). Là aussi sur fond d’anticommunisme et d’antisoviétisme, l’histoire de France qui s’estompe et disparaît. La France ? Quelle France ? Ici c’est l’idée même d’une chronologie permettant aux lycéens de se repérer dans l’histoire de leur pays qui est évacuée. Mêmes impasses (ou sous-estimation) sur la Commune, sur le rôle éminent du PCF dans la Résistance, sur l’œuvre des ministres communistes de la Libération, même criminalisation de l’U.R.S.S., même regard suspicieux sur la Révolution française et spécialement, sur sa grandiose étape jacobine, avec en sus, un redimensionnement européiste et/ou régionaliste selon les cas qui empêche les jeunes d’hériter consciemment du passé, bon ou mauvais, de leur pays de naissance ou d’adoption en leur livrant sans fard « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité », comme il se doit.

Face à cette construction idéologique bifrons qui est aussi une déconstruction du patriotisme français et de la conscience de classe prolétarienne, quelle forme de résistance pour tous ceux qui, comme nous, veulent mettre en pratique la devise de Politzer « l’esprit critique, l’indépendance intellectuelle ne consistent pas à céder à la réaction mais à ne pas lui céder » ?

  • Méthodologiquement, il s’agit de réintroduire en histoire le matérialisme historique qui met en avant le mouvement des forces productives, les rapports de classe et de production, l’interférence des structures économiques et des hégémonies culturelles, le rôle des classes sociales ; il s’agit aussi de pratiquer la dialectique : assez de ces affrontements stériles où les uns voient dans l’histoire nationale une suite d’images d’Epinal, du bon Saint-Louis rendant la justice sous son chêne à Louis XVI réparant des serrures, et où les autres réduisent l’histoire au mythique « roman national » quand ils ne noircissent pas à plaisir la philosophie des lumières (« mère des totalitarismes », sic), la Révolution française ou, plus que tout, le PCF de Thorez-Duclos-Frachon qui a toujours eu tort et qui a même eu tort d’avoir parfois raison… « la contradiction est la source de toute vie et de tout mouvement », cette observation de Hegel doit nous éclairer dans la lecture non manichéenne de notre histoire, étant entendu que, selon la manière dont on les traite, les contradictions peuvent être motrices ou dévastatrices…
  • Sur le plan historiographique, il s’agit de mettre en lumière, sans l’idéaliser, c’est-à-dire sans masquer les ruptures, les régressions, les nodosités et les rugosités d’une construction nationale multiséculaire pour que les jeunes, y compris ceux qui viennent d’un ailleurs lointain, comprennent – contre le zapping idéologique, le « no future ! » et le « no past ! » imposés (en anglais comme il se doit, hélas) par la classe dominante – combien est lente, précieuse, fragile, réversible en un mot, la construction vacillante d’une identité nationale, d’une identité de classe, combien l’héritage du passé – qu’il faut toujours à la fois s’approprier avec bienveillance (c’est si aventureux et risqué de faire œuvre humaine !) et critiquer sur des bases progressistes en ayant toujours en vue les intérêts universels et d’avenir de la classe sociale et de l’humanité ;
  • Sur le plan des contenus, il faut mettre en lumière un fait central de l’histoire nationale. Ce fait concerne sans doute d’autres peuples, car il relève en un sens d’une loi universelle de la lutte des classes. Mais dans notre pays, dont Marx disait qu’il est celui des « luttes de classes poussées jusqu’au bout » (dans un sens ou dans l’autre !), il prend un relief particulier. Il s’agit du fait patent que généralement, les classes dominées ont défendu – et pour cause ! – l’indépendance et l’unité du pays, tandis que le plus souvent, les classes dominantes ou tout au moins, une partie significative des « élites », ont pactisé avec les envahisseurs étrangers pour obtenir d’eux des privilèges, la défense de leurs profits ou, plus généralement, une protection contre le peuple français jugé « frondeur » et « dangereux ». Dans son beau livre Vercingétorix, Camille Julian montre ainsi que les classes dominantes gauloises ont largement collaboré avec l’occupant romain et qu’elles se sont jetées sur les postes sénatoriaux après la défaite d’Alésia. Au contraire,

« … le fils de Celtill (= Vercingétorix) n’eut point de peine à grossir sa troupe de nombreux partisans. La plèbe rurale, les chemineaux de l’hiver, les misérables fugitifs que des années de lutte politique avaient éloignés des villes, toutes ces ruines humaines de la misère et de la discorde, se réunirent à Vercingétorix. Au nom de la liberté de la Gaule, beaucoup de ces prolétaires s’insurgeaient sans doute par haine de l’aristocratie dominante qui les exploitait dans les chantiers et sur les terres ».

On sait que Jeanne d’Arc dut bousculer l’aristocratie française dont une partie avait rallié Bedford et dont l’autre se satisfaisait de la retraite dorée du « dauphin », le futur Charles le Victorieux, que Jeanne fit sacrer à Reims à l’issue d’une expédition militaire risquée. Ce qu’une fois faite prisonnière et livrée aux Anglais par le « Bourguignon » Jean de Luxembourg, la Pucelle paya de sa vie à l’issue d’un verdict que le duc de Bedford eut l’habileté de faire prononcer par un haut membre de l’Eglise française, le bien-nommé Evêque Cauchon, évêque de Beauvais. Pour nous en tenir à des faits plus récents et mieux connus de tous, on peut aussi parler de l’attitude très différenciée des classes sociales durant les guerres de la Révolution française : les aristocrates émigrés combattirent la France révolutionnaire dans les armées de la Coalition européenne anglo-austro-prussienne, pendant que « l’armée des savetiers et des avocats » (comme disait avec mépris le Duc de Brunswick en parlant des Français en Révolution) stoppait l’invasion à Valmy. Pensons aussi à la Commune de Paris : éminemment internationaliste, ralliée par les étrangers Dombrowski (Pologne), Léo Frankel (Hongrie), Elisabeth Dimitrieva (Bulgarie), Giuseppe Garibaldi (Italie), qui étaient aussi des amoureux de la France révolutionnaire, la Commune fut aussi une insurrection patriotique qui défendit Paris avec acharnement contre l’envahisseur prussien, qui refusa de rendre à Thiers les canons de la Garde nationale parisienne, et qui dut combattre pour finir les soldats français libérés par Bismarck que Thiers s’était engagé, par lettre au chancelier impérial allemand, à « n’utiliser que contre Paris ». Qui n’a en tête par ailleurs la glauque période de Vichy, où, de l’aveu de l’écrivain gaulliste François Mauriac « seule la classe ouvrière est restée fidèle, dans sa masse, à la France profanée » (grève patriotique de 100 000 mineurs du Nord en mai-juin 1940, Bataille du rail, sabotages chez Renault, maquis F.T.P. ouvriers et paysans, guérilla des F.T.P.-M.O.I.…) ; à l’inverse, l’état-major fascisant de l’Armée française et l’essentiel des banquiers et des industriels « français », Louis Renault et Comité des Forges en tête, faisaient alors ouvertement le Choix de la défaite (cf le livre d’A. Lacroix-Riz), et menaient d’excellentes affaires sous l’Occupation en attendant de relancer, après-guerre, la « construction européenne » sous pilotage américano-allemand…

La suite, chacun la connaît : la haute bourgeoisie française rêve de mettre le point final à l’histoire commencée à Bouvines en enterrant la Nation, tandis qu’objectivement, la classe laborieuse défend – pour se défendre elle-même– le produire en France, les services publics, la Sécu, bref ce qui fait que nous continuons – de plus en plus malaisément – à « faire nation » ensemble en attendant de pouvoir refaire « commune » jusqu’au bout en virant l’exploitation capitaliste. Et s’il y avait encore aujourd’hui un PCF d’avant-garde unissant comme Thorez et Duclos le faisaient hier, le patriotisme républicain à l’internationalisme prolétarien, cette défense de la nation par la classe ouvrière et de la classe ouvrière par l’ensemble des couches potentiellement anti-oligarchiques, serait bien plus efficace : en s’opposant à l’euro et à l’UE atlantique, la classe laborieuse reprendrait place au cœur de la Nation ; elle redeviendrait alors la force dirigeante menant notre peuple à l’assaut du capitalisme dont le maintien est de plus en plus incompatible avec la survie de la nation comme telle…

Conclusion

Les falsificateurs, qui confondent mémoire et grands spectacles touristiques, s’apprêtent à présenter Bouvines comme un grand moment de la construction européenne capitaliste. Les mêmes ont scandaleusement ignoré le 70ème anniversaire de la victoire de Stalingrad en présentant l’anniversaire du Débarquement en Normandie comme le tournant de la guerre (alors que De Gaulle reconnaissait en 1966 que l’U.R.S.S. a « joué le rôle principal dans notre libération » et qu’aux alentours du 6 juin, le chef de la France libre ne décolérait pas contre Churchill et Roosevelt, qui voulait remplacer l’occupation allemande par l’Administration militaire américaine des Territoires occupés – A.M.G.O.T.). Les mêmes font ou feront défiler l’armée allemande sur les Champs Elysées – pas celle de la R.D.A. antifasciste, dont les cadres ont été persécutés, voire emprisonnés sous Helmut Kohl, mais l’armée de la R.F.A. néo-impériale de Mme Merkel –le 14 juillet 2014, le 11 novembre 2014 et le 8 mai 2015. A nous, militants franchement communistes et citoyens vraiment républicains d’assumer notre histoire[11], avec sa part d’ombre mais aussi avec ses grandes lumières. Alors, recueillons précieusement la braise de cette histoire que d’aucuns veulent éteindre ou falsifier : il y va du sens présent de nos luttes et de la continuité de notre combat antifasciste, patriotique et populaire.

Georges Gastaud

[1]Avant la guerre de 1914, c’est le Parti socialiste, Jaurès en tête, qui célébrait Jeanne d’Arc par de grandes manifestations. Insulté pour cette raison par le nationaliste préfasciste Déroulède, Jaurès se battit même en duel avec ce triste personnage. Après 1920, le Parti Communiste S.F.I.C. rendait annuellement hommage à la grande héroïne populaire, morte brûlée vive à 19 ans pour n’avoir pas abjuré sa foi patriotique. Ce sont les grands écrivains communistes allemands, Bertolt Brecht et Anna Seghers, qui ont co-signé une magnifique Pièce de théâtre intitulée Le procès de Jeanne d’Arc, que tout marxiste doit lire ou relire pour comprendre ce que signifie traiter de la question nationale en termes de classe. Comment s’étonner qu’aujourd’hui, la « gauche », le gauchisme bobo et le PCF-PGE ayant renoncé à défendre l’indépendance et l’histoire nationales, les maîtres usurpateurs du « Front national » (dont ils ont volé l’appellation au front d’organisations de résistance mis en place par le PCF clandestin) puissent si facilement se présenter comme les « héritiers et continuateurs » de la nation française, voire de ces très anciennes manifestations d’indépendance populaire que furent les « communes », un mot dont est sorti, via la Commune insurrectionnelle de 1793 et la Commune de Paris de 1871, le mot même de « communisme » ?

[2] Lors de la création de l’Internationale communiste, Lénine – qui voulait répudier l’épithète discréditée de « social-démocrate » – a choisi la dénomination de communiste, formée sur les mots français « commun, commune », non seulement en référence à l’objectif final du communisme, mais en hommage à la Commune de Paris et à l’ « Etat-commune », distinct de toute démocratie bourgeoise, que les Communeux français (« communard » était originellement péjoratif) avaient instauré la première.

[3] Les dynasties précédentes, mérovingienne puis carolingienne, parlaient un dialecte germanique. Hugues le Grand, qui défendit Paris contre les Vikings, puis Hugues Capet, le refondateur du Royaume (et non plus de l’Empire) franc, parlaient francien – le dialecte francilien de langue d’Oïl qui deviendra le français « national ». Pour la première fois depuis Vercingétorix, qui parlait un dialecte celtique et dont la défaite amena l’extinction du gaulois et le triomphe du latin dont sortirent les langues d’Oïl et d’Oc, les figures de proue de la Gaule franque parlaient le dialecte de la population locale, ou du moins de la capitale de leur royaume. La victoire du Capétien favorisa grandement l’usage lettré du français en France et en Europe ; elle permit aussi l’éclosion du grand art « français », rebaptisé par la suite « gothique », par volonté de dénigrement : celui des cathédrales.

[4] Qu’il ne s’agit pas d’idéaliser, ni de regarder de haut. Le roi de France n’était évidemment pas un révolutionnaire. C’était le premier des féodaux. Mais sa position même l’obligeait, par intérêt dynastique bien compris, à porter le futur « intérêt national ». Dans la droite ligne de Hegel, le marxisme nous a enseigné depuis longtemps à ne pas opposer le particulier à l’universel. Dans des conditions concrètement déterminées, il peut parfaitement se faire qu’une classe sociale, qu’une nation, voire qu’une fraction de classe donnée, porte objectivement l’universel. Le fait que très souvent, des intérêts grossièrement particuliers se dissimulent derrière le masque usurpé de l’universel ne doivent pas occulter qu’il n’en est pas toujours ainsi dans l’histoire…

[5] « nationale-populaire » eût peut-être dit Antonio Gramsci. Mais nous n’avançons ce mot qu’avec beaucoup de circonspection.

[6] Pas plus qu’à De Gaulle quand il s’allia tactiquement aux communistes pour « faire le poids » face à Vichy et aux Anglo-Saxons, pas moins qu’aux dirigeants du PCF quand ils informèrent De Gaulle de leur soutien face au général Giraud, l’homme de Vichy ET des Anglo-Américains, etc. Comme le dit sans cesse Lénine aux gauchistes de son époque : « qui craint le loup n’aille pas en forêt »…

[7] Notons pour l’anecdote, et en direction de ceux qui se croient révolutionnaires parce qu’ils conspurent le drapeau tricolore et qu’ils n’honorent que le drapeau rouge, que les oriflammes du roi de France furent longtemps l’étendard fleurdelisé et l’oriflamme rouge de St-Denis (censé être teint par le sang du martyr dont le nom est fièrement porté par la grande ville du 93 !)… Heureusement que les ouvriers parisiens qui, en 1792, s’emparèrent du drapeau rouge de la loi martiale brandi contre eux par La Fayette (et qui inscrivirent sur ce drapeau, désormais frère du tricolore, la devise « loi martiale du peuple souverain »)- ne se sont pas dit de manière pédante que le drapeau rouge était un drapeau crypto-royaliste ! LES SYMBOLES NATIONAUX, CA SE DISPUTE ! Au besoin, on va les arracher des mains de la classe dominante !

[8] Le principal exploit politique de Jeanne d’Arc, la fille très croyante d’un laboureur lorrain, aura été de faire sacrer à Reims celui qu’elle appelait le « dauphin de France » et qui était alors relégué à Bourges, dans une prison dorée, par l’occupant anglais : vox Dei, vox populi, la voix de Dieu, c’est la voix du peuple, comme le montrera Brecht qui comprenait parfaitement, en vrai matérialiste, qu’en ces temps très catholiques, l’intervention en politique – surtout pour les jeunes filles d’origine roturière – passait obligatoirement par le canal religieux et, s’agissant de Jeanne, par ce que sa grande spécialiste contemporaine, l’historienne Colette Beaune, appelle le prophétisme féminin. Rappelons que les « voix » de Jeanne d’Arc (une roturière : d’Arc, ou plutôt « DARC », veut dire « Dupont » en dialecte lorrain d’Oïl) peuvent s’expliquer sans nul recours au merveilleux chrétien : enfant, Jeanne a pu assister de loin à l’incendie et au massacre par les Anglais du village de Domrémy. On peut imaginer facilement ce qu’elle entendit, comme les survivants d’Oradour ou ceux de Gaza aujourd’hui…

[9] Pas question d’idéaliser le brutal Maximilien de Béthune, dit Sully, ni Colbert, qui contresigna le terrible Code noir. Cependant le Grand Voyer de France qu’était Sully, fit beaucoup, sous l’impulsion d’Henri IV, pour reconstruire la France ravagée par les Guerres de religion ; il planifia la mise en place d’un réseau de routes et de canaux qui sont les ancêtres de notre ministère de l’Equipement. Or aujourd’hui, la France maastrichtienne ne remplace plus 6 postes sur 7 de fonctionnaires de l’Equipement partant à la retraite. Quant à Colbert, non seulement il donna une impulsion d’Etat à la construction d’une industrie nationale, mais il s’attaqua au principe délétère de la vente des offices et il est l’ancêtre d’une forme de statut de la fonction publique.

[10] C’est ce que Lénine appelait l’assimilation critique de l’héritage et qu’il opposait à la fois au traditionalisme et au nihilisme culturel des gauchistes qui prennent malencontreusement au pied de la lettre la phrase de l’Internationale « Du passé faisons table rase ».

[11] Encore une fois, assumer l’héritage ne veut pas dire tout en approuver. Quand vous assumez l’héritage de vos parents, vous assumez l’actif et le passif. Mais si vous faites correctement votre deuil, le passif ne cesse pas d’être passif, l’actif d’être actif. Simplement vous dites haut et clair devant vos compratriotes : j’assume cet héritage, je continue cette œuvre et donc, je la transformerai pour mieux en respecter le sens global, que je juge positif. J’ai écrit une brochure il y a quelques années sur cette question : « qu’est-ce qu’hériter en communistes de l’héritage communiste »…

http://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/800e-anniversaire-bouvine-actualite-dun-evenement-fondateur-france-quil-faut-abandonner-aux-fascistes-aux-euro-atlantistes/

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OUI ! LES MOTS « JUIF » ou « ARYEN » ONT LEUR IMPORTANCE Par Jean LEVY.

21 Juillet 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine, #Histoire

Lundi 21 juillet 2014

OUI ! LES MOTS « JUIF » ou « ARYEN » ONT LEUR IMPORTANCE par Jean LEVY

Dans les années 30, puis pendant l’Occupation, l’ennemi nazi, français ou allemand, employait toujours le terme « juif », voulant ainsi stigmatiser en la globalisant, toute population d’origine juive, qu’elle professe ou non la religion.

OUI ! LES MOTS « JUIF » ou « ARYEN »  ONT LEUR IMPORTANCE  Par Jean LEVY.
OUI ! LES MOTS « JUIF » ou « ARYEN »  ONT LEUR IMPORTANCE  Par Jean LEVY.

Vichy n’était pas en reste :

OUI ! LES MOTS « JUIF » ou « ARYEN »  ONT LEUR IMPORTANCE  Par Jean LEVY.

Il s’agissait là d’un racisme revendiqué.

L’opinion progressiste, elle, utilisait avant-guerre le mot « israélite » pour caractériser les personnes de confession juive, et n’apportait aucune mention d’origine à tout Français, qui revendiquait simplement une ascendance juive.

De nos jours, et depuis quelques décennies, la coutume a bien changé.

Le qualifiant JUIF est attribué d’emblée à toute personne dont le nom relève simplement d’une ancienne identité juive, sans question de confession, comme s’il s’agissait d’une communauté à part, d’un peuple différent, d’étrangers, en quelque sorte.

L’habitude est si bien prise qu’une victime des listes de déportés établis par Papon, comporte, si l’on en croit les médias, tant de Français, tant de juifs…Telle personnalité française est qualifiée de « juive » simplement sur son nom.…Ajoute-t-on le terme « hongrois » à Nicolas Sarkozy, « espagnol » à Manuel Valls, « polonais » à Poniatowski, du fait de l’ascendance étrangère de ces personnalités ?

Alors pourquoi ajouter « juif » au nom de celles qui peuvent avoir des arrières grands-parents qui pratiquaient peut-être la religion juive, alors qu’elles sont athées depuis des générations ?

Ne serait-ce pas assimiler une religion d’origine à un peuple, voire à une race ?

Aurions-nous été contaminés par la propagande nazie ?

Ou simplement, par la propagande sioniste ?

Car en Israël, les autorités considèrent que les « Juifs » constituent un peuple universel, une race en soi, recouvrant de la même identité un ashkénaze originaire de l’Europe orientale, celle d’un séfarade d’ascendance marocaine, ou celle d’u Français.

Il s’agit là d’un racisme ordinaire conforme aux théories sionistes, inventées sur le tard, à la fin du XIXème siècle. C’est à l’appui de cette thèse que l’Etat d’Israël se définit comme un Etat JUIF, dont seuls ceux qui sont considérés comme tels, peuvent être citoyens à part entière.

Ce qui exclut naturellement la population arabe.

Ce qui ressemble fortement à l’idéologie raciste des nazis, visant à rassembler sur le territoire allemand uniquement le seul peuple d’ascendance germanique.

Certes, l’Etat hébreu n’a pas recours aux solutions finales. Il s’est contenté, sur une terre qui ne lui appartenait pas, de chasser, y compris par le massacre, la population arabe, d’en parquer une partie dans une hermétique prison, nommée Gaza, et de lui faire la guerre de temps en temps, en exterminant civils, femmes et enfants.

Au nom de la race élue, 5 mille ans avant notre ère …

Comme quoi les mots - JUIF ou ARYEN - ont leur importance

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-oui-les-mots-juif-ou-aryen-ont-leur-importance-par-jean-levy-124194385.html

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De 1940 à 1943, les Einsatzgruppen allemands assassinèrent plus d’un million de personnes, essentiellement des Juifs et, à partir du 22 juin 1941, des prisonniers de guerre soviétiques (vidéos)

19 Juillet 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #Histoire, #La nation .

De 1940 à 1943, les Einsatzgruppen allemands assassinèrent plus d’un million de personnes, essentiellement des Juifs et, à partir du 22 juin 1941, des prisonniers de guerre soviétiques (vidéos)

Blog d'Olivier Berruyer

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Juil

2014

Einsatzgruppen,

les commandos de la mort

De 1940 à 1943, les Einsatzgruppen assassinèrent plus d’un million de

personnes, essentiellement des Juifs et, à partir du 22 juin 1941, des

prisonniers de guerre soviétiques

Les Einsatzgruppen (mot qui signifie « groupes d’intervention ») fait l’objet de ce documentaire exceptionnel en deux volets de 90 minutes.

Ces unités de police politique militarisées du IIIe Reich ont été chargées, à partir de l’invasion de la Pologne, de l’assassinat systématique des opposants réels ou imaginaires au régime nazi et en particulier des Juifs. Ces groupes sous l’autorité administrative de l’armée étaient principalement composés par des membres de la SS.

De 1940 à 1943, les Einsatzgruppen assassinèrent plus d’un million de personnes, essentiellement des Juifs et, à partir du 22 juin 1941, des prisonniers de guerre soviétiques. Leur action fut la première phase de la Shoah, au moyen, dans un premier temps, de fusillades massives (appelées “Shoah par balles”), et dans un deuxième temps (au vu des dégâts psychologiqes), de camions à gaz itinérants.

“Les Fosses” relate l’amateurisme sanglant de la solution finale mise en oeuvre de juin à décembre 1941 dans le sillage de l’opération Barberousse, tandis que “Les Bûchers” (1942-1945) décrit l’implacable machine à tuer perfectionnée par Himmler à l’Est et dans les pays Baltes. Les images d’archives inédites, les photos, les témoignages de survivants, les analyses des meilleurs historiens composent un document implacable – et parfois insoutenable – sur la déshumanisation à l’oeuvre, la banalisation de l’horreur absolue au fil des progrès techniques. Le réalisateur, Michaël Prazan, a dû affronter ces anciens bourreaux ordinaires pour recueillir les témoignages tranquilles de ces serviteurs zélés de la barbarie

Ce billet complète les billets précédents sur la bien triste histoire de la seconde guerre mondiale en Ukraine. Comme ils ont suscité de nombreux commentaires, je précise qu’ils visaient à bien connaître ce qui s’était passé il y a 70 ans dans ces terres gorgées de sang, afin de comprendre la puissance de certaines images et évocations – comme ré-inhumer des Waffen SS avec les honneurs -, en Ukraine comme en Russie.

Les fosses :

Les bûchers :

De 1940 à 1943, les Einsatzgruppen allemands assassinèrent plus d’un million de personnes, essentiellement des Juifs et, à partir du 22 juin 1941, des prisonniers de guerre soviétiques (vidéos)

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-de-1940-a-1943-les-einsatzgruppen-allemands-assassinerent-plus-d-un-million-de-personnes-essentie-124154418.html

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Régis Debray : «Le religieux est l’ultime recours quand la politique échoue»

19 Juillet 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine, #Histoire

Régis Debray : «Le religieux est l’ultime recours quand la politique échoue»

Régis Debray en juin 2014 © Jérôme Bonnet pour PM

Régis Debray en juin 2014 © Jérôme Bonnet pour PM

[À RELIRE] Le philosophe Régis Debray s’est rendu au Proche-Orient. Il déplore la disparition du spirituel au profit du religieux en Terre sainte. Cette évolution est symptomatique de la radicalisation d’un conflit, qui opposait à l’origine des laïcs et se transforme en guerre de religion.

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Régis Debray

Agrégé de philosophie, il côtoie les aventures révolutionnaires de la guerre froide et s’y réchauffe un moment : il adhère au parti communiste, suit Che Guevara en Bolivie, y est incarcéré, puis rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda au Chili – où il réside en 1971-1972. Rentré en France, il se fait historien des idéologies et fonde, en 1996, les Cahiers de médiologie, puis la revue Médium en 2005. Il concentre ses recherches sur la fonction du religieux dans la constitution des communautés politiques, avec Critique de la raison politique ou l’inconscient religieux (Gallimard, 1981) et Le Feu sacré : fonction du religieux (Fayard, 2003). Il montre qu’il n’y a pas de groupe social sans une transcendance et une croyance. D’après les principes de la médiologie, le support de transmission des messages (le codex biblique, l’imprimerie, Internet) permet d’étudier comment une idée abstraite (religieuse, artistique, politique) devient une force matérielle, ayant un impact social.

La Terre sainte

Le rapport à la Terre sainte me paraît différent pour les juifs et les chrétiens. Dans le judaïsme, la terre donnée aux patriarches est une terre à travailler ; il faut qu’un peuple en vive, qu’il y croisse et s’y multiplie. Elle est une médiation active, alors qu’elle est contemplative chez le chrétien. Le judaïsme accroche à son histoire sainte une géographie sacrée, tracée par Dieu. Le christianisme est une religion universelle, qui n’est pas faite pour l’enracinement ; il est une protestation contre le lieu, auquel il oppose le souffle de l’Esprit. Le lieu n’est qu’un support de mémoire, un tremplin spirituel. D’ailleurs, l’expression « Terre sainte » n’existe pas dans les Évangiles. Elle naît au IVe siècle, lorsque commencent sanctuaires et pèlerinages. C’est alors l’invention de la Terre sainte – notion élastique, puisque certains lieux saints bougent au gré des pèlerinages ; c’est le pèlerin qui fait le lieu. En fait, les chrétiens se sont eux aussi heurtés aux nécessités sacrales, qui obligent à avoir un invariant géographique, un point fixe avec une enceinte autour.

Une guerre de religion ?

Le religieux n’est pas à la racine du conflit israélo-palestinien, puisqu’il n’existait pas avant 1967 et la conquête de Jérusalem. Au départ, le sionisme était une révolte contre Dieu et contre les rabbins, un mouvement volontariste et socialiste. La plupart des religieux juifs orthodoxes étaient contre la création de l’État, puisque cela revenait à supplanter la volonté de Dieu. Au temps de Ben Gourion, à la fin des années 1940, il s’agissait d’un conflit entre un État et un mouvement national en formation. Mais, à partir du moment où un problème politique ne peut être résolu politiquement, il revêt un habit religieux. Le religieux est une compensation, l’ultime recours quand la rationalité politique, le calcul des intérêts patine ou échoue.

Cet habit religieux n’est pas de l’ordre du déguisement, il refait le monde politique à sa façon : en radicalisant le conflit, en rendant impossible la négociation. Car le sacré ne se partage pas, il ne peut être l’objet d’aucune transaction. En se légitimant par le biais d’une religion, cette guerre fait plus que produire un alibi : elle bascule dans un autre monde. D’autant que la religion est un phénomène transnational. Depuis une dizaine d’années, une guerre de libération nationale est en train d’être remplacée par une guerre de religion. La première Intifada est laïque et politique ; la deuxième s’appelle Intifada d’Al-Aqsa ; elle naît sur le mont du Temple 1. Du même coup, les méthodes de lutte changent : d’un côté, vous avez des enfants qui lancent des pierres, on tire sur des occupants, des soldats ; de l’autre, vous avez des human bombs.

Le retour du religieux

Le retour du religieux, pour autant que je puisse en juger, s’est opéré différemment de part et d’autre. Du côté d’Israël, même s’il y a des juifs agnostiques, le marqueur identitaire fondamental est l’histoire religieuse : cette unicité de Dieu qui fait qu’il y a un peuple juif, avec l’idée de l’élection et de la terre donnée. La découverte de Jérusalem en 1967 et la nécessité d’unifier le melting-pot israélien ont provoqué la lente remontée d’un inconscient collectif. Peu à peu, Israël en tant qu’État a cédé la place à Israël en tant que terre. Dès lors, ceux qui veulent reconquérir la terre, les colons, deviennent le fer de lance de l’affirmation identitaire. Même si c’est une minorité, c’est une minorité de blocage, parce qu’elle a rapport avec le cœur de l’identité collective. C’est un chantage à l’origine auquel un juif laïc a du mal à répondre. Parce qu’on lui demande aussitôt : « Qu’est-ce qui fait que tu es juif ? Tu es progressiste, tu es agnostique, mais pourquoi es-tu venu ici, sinon parce qu’il y a un texte, une sacralité ? » Le peuple juif n’a pas construit son État en Ouganda ou au Canada, mais en Israël ; les rabbins sont des fonctionnaires et les parachutistes israéliens ont la Bible dans leur sac. On ne peut pas dire pour autant qu’Israël est une théocratie, ce n’est pas la halakha 2 qui gouverne, mais c’est un État religieux malgré lui. De l’autre côté, vous aviez un mouvement national qui était également laïc : l’OLP. Mais dès lors que l’État palestinien ne réussit pas à se former, vous avez un retour à ce qu’il y a de plus résistant : ce noyau identitaire islamique, qui devient d’autant plus fort que l’OLP a choisi de « collaborer » avec l’occupant. Le Hamas naît du constat d’un échec : la défaite de la carte séculière, politique, jouée par le Fatah. Des deux côtés, la cause nationale est donc passée du côté des religieux.

Les Arabes chrétiens

La tragédie de l’Arabe chrétien, c’est qu’il n’y a pas plus arabe qu’un chrétien au regard de l’histoire. Or, aujourd’hui, il ne semble pas y avoir moins arabe que lui. Les Arabes chrétiens étaient là avant l’arrivée de l’islam. Ce sont les vrais autochtones. Ils ont vu venir les musulmans comme une sorte d’hérésie chrétienne bizarre, au VIIe siècle ; et maintenant, ils sont pris pour des étrangers. Ils se retrouvent dans une situation de porte-à-faux tragique, considérés comme des représentants de l’Occident, alors que c’est l’Occident chrétien qui dérive de ce qu’ils ont été aux premiers siècles. Nous sommes leurs descendants. Pris entre le sionisme et l’islamisme, les Arabes chrétiens gardent une mémoire que plus personne ne revendique : ce temps où Jérusalem était -jordanien, puis ottoman. Ils sont un témoin de l’histoire, comme on met un témoin dans un mur pour voir si une faille s’élargit. Aujourd’hui, ils sont en train d’être éjectés. Alors qu’ils sont les plus diplômés, les chrétiens palestiniens partent, car ils ne -trouvent pas de travail et sont mal vus de tous.

Le sacre des murs

Je suis revenu de mon voyage en Terre sainte avec le sentiment que le fossé entre le religieux et le spirituel était beaucoup plus grand que je ne pensais. Le spirituel, c’est un phénomène individuel d’intériorité. Le religieux, c’est le groupe, l’organisation d’un espace et d’une temporalité ; et il n’y a rien de plus dans le religieux que dans la structuration du politique. La religion est affaire d’organisation, de territoires, de gestes, de hiérarchies. Or je suis frappé de voir à quel point l’organisation d’une identité collective l’emporte sur la recherche théologique et la méditation. On s’imagine l’Orient comme un berceau de spiritualités effervescentes, c’est plutôt une juxtaposition de citadelles. Cela me conforte dans l’idée que le sacré, c’est ce qui ferme et non pas ce qui ouvre. Un ensemble ne peut se clore à partir de ses seuls éléments, il lui faut pour cela un point de transcendance – sans donner à ce mot un sens mystique. Donc, là où il y a du sacré, il y a de la frontière, et là où il y a de la frontière, il y a du sacré. Plus sainte sera une terre, plus elle sera barricadée. Contrairement à tout ce qui a été dit dans l’orthodoxie libérale ou marxiste du XXe siècle, le mur appelle la brèche, et la brèche appelle le mur. Même si on fait tout pour ne pas le voir, la Terre sainte nous y oblige ; vous y arrivez avec un principe de plaisir, qui est celui d’une échappée vers un au-delà, et vous découvrez le principe de réalité du religieux, qui stipule une clôture. Comme nous vivons en Occident dans l’idéal du « sans-frontières », nous sommes déroutés par cela. Penser la frontière est aujourd’hui la tâche philosophique numéro un.

Un miroir de l’humanité

Avant-poste de l’Occident en Orient et coin d’Orient enfoncé dans la chair de l’Occident, cette terre est le miroir de l’humanité. Mais il y a un hiatus entre l’exiguïté du miroir et l’arc immense de ses reflets dans le monde. La Terre sainte nous embête, parce que ce sont nos origines qui nous sautent à la figure. Dans ce conflit, vous êtes mis face aux conditions élémentaires, sauvages, de l’existence collective. Il y a de l’identité, il y a de la frontière, il y a du transcendant, il y a de la peur. À partir du XVIIIe siècle, on a pensé que le religieux n’était pas l’expression de la structuration de tout groupe humain, mais qu’il se passait simplement dans la tête des hommes – c’est l’idéologie chez Marx. Aujourd’hui, on découvre que le religieux n’est pas de l’ordre de la superstructure mais de l’infrastructure ; surtout dans cette région du Proche-Orient où l’économique ne détermine pas.

À mon sens, le rêve sioniste s’est avéré une utopie, car il a voulu échapper à la réalité du religieux. Cette dénégation du religieux a été extraordinaire aux XIXe et XXe siècles ; mais quand vous êtes confrontés à ce qui fait votre être, quand vous êtes au contact de cette terre, que vous lisez la Bible, le messianisme vous reprend de l’intérieur. Vous ne pouvez plus traiter le religieux comme un folklore extérieur, correspondant à l’enfance de l’humanité. Ça ne marche pas. Les racines sont en train de remonter. C’est pourquoi la Terre sainte est embarrassante pour le progressiste bon teint. Voir le Hamas se saisir du drapeau national, ce n’était pas prévu ; voir les orthodoxes juifs manifester devant la Knesset et intimider les laïcs, ce n’était pas non plus prévu. Ce qui était supposé être du passé, on le retrouve devant. La Terre sainte, c’est la terre humaine tout court, mise à nu. Ne pas se réjouir, ne pas pleurer : regarder en face et tenter de comprendre.

Retour aux sources

À l’origine du livre, Un candide en Terre sainte (Gallimard, 2008), un rapport et une mission commandée par le président Jacques Chirac sur les « coexistences ethno-religieuses au Proche-Orient ». Interrompu par la fin du mandat présidentiel, le projet laissait derrière lui suffisamment d’impressions et de réflexions pour nourrir un livre à la forme plus libre, délesté de la prudence sévère des rapports officiels. Carnet d’un voyage qui mit ses pas dans ceux supposés de Jésus, l’ouvrage visite les « bas-côtés des Hauts Lieux », cherchant à comprendre ce que croient et vivent chrétiens, juifs et musulmans au cœur du cauchemar politico-religieux du Proche-Orient. Israël, Palestine, Syrie et surtout Jérusalem : chaque lieu est l’occasion de méditer sur le devenir politique et géographique du monothéisme à l’endroit où il est né ; sans se départir de la position du « candide », ne lisant ni l’hébreu ni l’arabe, mais se réclamant d’une discipline nomade : la médiologie.

Propos recueillis par Philippe Chevallier

Docteur en philosophie de l’université Paris-Est, diplômé en théologie, il travaille à la Bibliothèque nationale de France. Il a publié sa thèse, Michel Foucault et le christianisme (ENS Éditions, 2011), et codirigé le Dictionnaire de la pensée du cinéma (PUF, 2012). On lui doit aussi un bel essai sur Kierkegaard, Être soi (François Bourin Éditeur, 2011).

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Régis Debray : «Le religieux est l’ultime recours quand la politique échoue»
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