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Le blog de Lucien PONS

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“Ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu, la vie continue…”, par Thomas Sankara

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Terrorisme

Billet pour l’anniversaire de son assassinat…

Thomas Sankara

Dans notre grande série “Pas vu à la télé”, connaissez-vous Thomas Sankara ?

Thomas Sankara est un homme politique anti-impérialiste, panafricaniste et tiers-mondiste burkinabé. Il est né le 21 décembre 1949 à Yako en Haute-Volta.

Militaire, il a créé le parti Révolution burkinabé, et est devenu premier ministre de son pays en janvier 1983, mais fut limogé et mis aux arrêts le 17 mai, après une visite de Guy Penne, conseiller de François Mitterrand. Le lien entre la visite de Guy Penne et l’arrestation de Sankara reste sujet à controverse, même si les soupçons d’une intervention française restent forts.

Un nouveau coup d’État, le 4 août 1983, place Thomas Sankara à la présidence du Conseil national révolutionnaire. Il définit son programme comme anti-impérialiste, en particulier dans son « Discours d’orientation politique », écrit par Valère Somé.

Thomas Sankara était en premier lieu un des chefs du Mouvement des non-alignés, les pays qui durant la Guerre froide ont refusé de prendre parti pour l’un ou l’autre des deux blocs. Dans ses discours, il dénonce le colonialisme et le néo-colonialisme, notamment de la France, en Afrique. Devant l’ONU, il défend le droit des peuples à pouvoir manger à leur faim, boire à leur soif, être éduqués. Il rebaptise le pays : la Haute-Volta devient Burkina Faso (« Pays des hommes intègres »). Les résultats de cette politique sont sans appel : réduction de la malnutrition, de la soif (construction massive par les CDR de puits et retenues d’eau), des maladies (grâce aux politiques de « vaccinations commandos », notamment des enfants, burkinabés ou non) et de l’analphabétisme. Sankara est aussi connu pour avoir rompu avec la société traditionnelle inégalitaire burkinabé, par l’affaiblissement brutal du pouvoir des chefs de tribus, et par la réintégration des femmes dans la société à l’égal des hommes (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation à la vie politique, une journée hebdomadaire lors de laquelle les hommes devaient aller au marché à la place des femmes a été instaurée). Il a aussi institué la coutume de planter un arbre à chaque grande occasion pour lutter contre la désertification. Il est le seul président d’Afrique (et sans doute du monde) à avoir vendu les luxueuses voitures de fonctions de l’État pour les remplacer par de basiques Renault 5. Il faisait tous ses voyages en classe touriste et ses collaborateurs étaient tenus de faire de même – quand il ne se déplaçait pas en “avion-stop”… Il est célèbre aussi pour son habitude de toujours visiter Harlem (et d’y faire un discours) avant d’arriver à l’ONU. Il est considéré par certains comme le Che Guevara africain. (Source : Wikipedia).

Je vous parle de lui en raison du “Discours sur la dette des pays africains” qu’il a tenu à l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) à Addis Abeba (Ethiopie) le 29 juillet 1987. Il permet de réfléchir d’une part au rôle que nous avons joué en tant que créancier, et d’autre part à l’ironie de se retrouver aujourd’hui gravement débiteur. Écoutons-le.


Discours de THOMAS SANKARA a ADDIS ADEBA

 

Vous pouvez le télécharger ici en pdf.

Ou le lire ici 🙂 :


Discours prononcé par Thomas Sankara sur la dette

« Un front uni contre la dette »

Prononcé à la 25e conférence des pays membres de l’OUA à Addis-Abéba le 29 juillet 1987

Au sujet du fonctionnement de l’OUA

Monsieur le président ; Messieurs les chefs des délégations : Je voudrais qu’à cet instant nous puissions parler de cette autre question qui nous tiraille : la question de la dette, la question de la situation économique de l’Afrique. Autant que la paix, elle est une condition importante de notre survie. Et c’est pourquoi j’ai cru devoir vous imposer quelques minutes supplémentaires pour que nous en parlions. Le Burkina-Faso voudrait dire tout d’abord sa crainte. La crainte que nous avons c’est que les réunions de l’OUA se succèdent, se ressemblent mais qu’il y ait de moins en moins d’intéressement à ce que nous faisons.

Monsieur le président : Combien sont-ils les chefs d’Etat qui sont ici présents alors qu’ils ont dument appelés à venir parler de l’Afrique en Afrique ? Monsieur le président : Combien de chefs d’Etats sont prêt à bondir à Paris, à Londres, à Washington lorsque là-bas on les appelle en réunion mais ne peuvent pas venir en réunion ici à Addis-Abeba en Afrique ? Ceci est très important. [Applaudissements] Je sais que certains ont des raisons valables de ne pas venir.

C’est pourquoi je voudrais proposer, Monsieur le président, que nous établissions un barème de sanctions pour les chefs d’Etats qui ne répondent pas présents à l’appel. Faisons en sorte que par un ensemble de points de bonne conduite, ceux qui viennent régulièrement, comme nous par exemple, [Rires] puissent être soutenus dans certains de leurs efforts. Exemple : les projets que nous soumettons à la Banque africaine de développement (BAD) doivent être affectés d’un coefficient d’africanité. [Applaudissements] Les moins africains seront pénalisés. Comme cela tout le monde viendra aux réunions.

Au sujet de la dette des pays africains

Je voudrais vous dire, Monsieur le président, que la question de la dette est en question que nous ne saurions occulter. Vous-même vous en savez quelque chose dans votre pays où vous avez du prendre des décisions courageuses, téméraires même. Des décisions qui ne semblent pas du tout être en rapport avec votre âge et vos cheveux blancs. [Rires] Son Excellence le président Habib Bourguiba qui n’a pas pu venir mais qui nous a fait délivrer un important message donné cet autre exemple à l’Afrique, lorsque en Tunisie, pour des raisons économiques, sociales et politiques, il a du lui aussi prendre des décisions courageuses. Mais, Monsieur le président, allons-nous continuer à laisser les chefs d’Etats chercher individuellement des solutions au problème de la dette avec le risque de créer chez eux des conflits sociaux qui pourraient mettre en péril leurs stabilités et même la construction de l’unité africaine ? Ces exemples que j’ai cités, il y en a bien d’autres, méritent que les sommets de l’OUA apportent une réponse sécurisante à chacun de nous quant à la question de la dette.

Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par son origine. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui se sont transformés en ” assistants techniques “. En fait, nous devrions dire en assassins technique. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des ” bailleurs de fonds “. Un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le “bâillement” suffirait à créer le développement chez d’autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés. On nous a présenté des dossiers et des montages financiers alléchants. Nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous à amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus.

La dette sous sa forme actuelle, est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. On nous dit de rembourser la dette. Ce n’est pas une question morale. Ce n’est point une question de ce prétendu honneur que de rembourser ou de ne pas rembourser.

Monsieur le président : Nous avons écouté et applaudi le premier ministre de Norvège lorsqu’elle est intervenue ici même. Elle a dit, elle qui est européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée. Je voudrais simplement la compléter et dire que la dette ne peut pas être remboursée. La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en surs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en surs également. Ceux qui nous ont conduits à l’endettement ont joué comme au casino. Tant qu’ils gagnaient, il n’y avait point de débat. Maintenant qu’ils perdent au jeu, ils nous exigent le remboursement. Et on parle de crise. Non, Monsieur le président, ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu. Et la vie continue. [Applaudissements]

Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé.

On parle du Plan Marshall qui a refait l’Europe économique. Mais l’on ne parle pas du Plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leurs économies étaient menacés, leurs stabilités étaient menacées. Qui a sauvé l’Europe ? C’est l’Afrique. On en parle très peu. On parle si peu que nous ne pouvons, nous, être complices de ce silence ingrat. Si les autres ne peuvent pas chanter nos louanges, nous en avons au moins le devoir de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l’Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du nazisme.

Au sujet du pouvoir financier

La dette, c’est aussi la conséquence des affrontements. Lorsqu’on nous parle de crise économique, on oublie de nous dire que la crise n’est pas venue de façon subite. La crise existe de tout temps et elle ira en s’aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leurs droits face aux exploiteurs. Il y a crise aujourd’hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus. Il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l’étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l’Afrique. Il y a crise parce que face à ces richesses individuelles que l’on peut nommer, les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos et les bas-quartiers. Il y a crise parce que les peuples partout refusent d’être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte et l’exacerbation de cette lutte amène les tenants du pouvoir financier à s’inquiéter.

On nous demande aujourd’hui d’être complices de la recherche d’un équilibre. Equilibre en faveur des tenants du pouvoir financier. Equilibre au détriment de nos masses populaires. Non ! Nous ne pouvons pas être complices. Non ; nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples. Nous ne pouvons pas les accompagner dans leurs démarches assassines.

Monsieur le président : Nous entendons parler de clubs, club de Rome, club de Paris, club de Partout. Nous entendons parler du groupe des cinq, des sept, du groupe des dix, peut-être du groupe des cent, que sais-je encore ? Il est normal que nous créions notre club et notre groupe. Faisons en sorte que dès aujourd’hui Addis-Abeba devienne également le siège, le centre d’ou partira le souffle nouveau : Le Club d’Addis-Abeba.

Au sujet de la morale

Nous avons le devoir aujourd’hui de créer le front uni du Club d’Addis-Abeba contre la dette. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons dire aux autres, qu’en refusant de payer, nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse mais au contraire dans une démarche fraternelle pour dire ce qui est. Du reste les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique. Mais Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes que ceux qui exploitent l’Europe. Nous avons un ennemi commun. Donc notre club parti d’Addis-Abeba devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saura être payée. Quand nous disons que la dette ne saurait être payée ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas la même morale.

La Bible, le Coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité. Il faudra qu’il y ait deux éditions de la Bible et deux éditions du Coran. [Applaudissements] Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de dignité. Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle du mérite de ceux qui paient et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne paieraient pas. Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui. Nous devons au contraire reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre quand il vole ne commet qu’un larcin, une peccadille tout juste pour survivre et par nécessité. Les riches, ce sont eux qui volent le fisc, les douanes et qui exploitent les peuples.

Monsieur le président, ma proposition ne vise pas tout simplement à provoquer ou à faire du spectacle. Je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée ? Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer. Nous tous le souhaitons. [rires et applaudissements]

Ma proposition n’est pas non plus… Je ne voudrais pas qu’on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de jeunes sans maturité, sans expérience. Je ne voudrais pas non plus qu’on pense qu’il n’y a que des révolutionnaires à parler de cette façon. Je voudrais qu’on admette simplement que c’est l’objectivité et l’obligation. Et je peux citer, dans les exemples de ceux qui ont dit de ne pas payer la dette, des révolutionnaires, comme des non révolutionnaires, des jeunes comme des vieux. Je citerai par exemple, Fidel Castro a déjà dit de ne pas payer, il n’a pas mon âge, même s’il est révolutionnaire. Mais je pourrais citer également François Mitterrand qui a dit que les pays africains ne pouvaient pas payer, les pays pauvres ne peuvent pas payer. Je pourrais citer madame le premier ministre…je ne connais pas son âge et je m’en voudrais de le lui demander. Mais… [rires] c’est un exemple. Je voudrais citer également Félix Houphouët-Boigny, il n’a pas mon âge. Cependant il a déclaré officiellement et publiquement, du moins pour ce qui concerne son pays, la Côte d’Ivoire ne peut pas payer. Or, la Côte d’ivoire est classée parmi les pays les plus aisés d’Afrique, au moins d’Afrique francophone. C’est pourquoi il est normal qu’elle paye plus, en contribution, ici [éclats de rires].

Mais, Monsieur le président, ce n’est donc pas de la provocation. Je voudrais que très sagement vous nous offriez des solutions. Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette. Non pas dans un esprit belliqueux, belliciste. Ceci, pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ! Par contre, avec le soutien de tous, donc j’ai grand besoin, [Applaudissements] avec le soutien de tous, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer nous pourrons consacrer nos maigres ressources à notre développement.

Au sujet des armes

Et je voudrais terminer en disant que nous pouvons rassurer les pays auxquels nous disons que nous n’allons pas payer la dette, que ce qui sera économisé n’ira pas dans les dépenses de prestige. Nous n’en voulons plus. Ce qui sera économisé ira dans le développement. En particulier nous éviterons d’aller nous endetter pour nous armer. Car chaque fois qu’un pays africain achète une arme, c’est contre un Africain. Ce n’est pas contre un Européen, ce n’est pas contre un Asiatique, c’est contre un Africain. Par conséquent nous devons également dans la lancée de la résolution de la question de la dette trouver une solution au problème de l’armement. Je suis militaire et je porte une arme. Mais Monsieur le président, je voudrais que nous nous désarmions. Parce que moi je porte l’unique arme que je possède. D’autres ont camouflé les armes qu’ils ont. [Rires et applaudissement]

Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ses immenses potentialités pour développer l’Afrique parce que notre sol et notre sous-sol sont riches. Nous avons suffisamment de quoi faire et nous avons un marché immense, très vaste du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Nous avons suffisamment de capacité intellectuelle pour créer ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pouvons les trouver.

Au sujet de la préférence africaine

Monsieur le président : Faisons en sorte que nous mettions au point ce Front uni d’Addis-Abeba contre la dette. Faisons en sorte que ce soit à partir d’Addis-Abeba que nous décidions de limiter la course aux armements entre pays faibles et pauvres. Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles. Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains. Produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique.

Produisons ce dont nous avons besoin et consommons ce que nous produisons au lieu de l’importer. Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade, produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabé. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne d’Europe ou d’Amérique.[Applaudissements] Je ne fais pas un défilé de mode mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C’est la seule façon de vivre libre et de vivre digne. Je vous remercie, Monsieur le président.

La patrie ou la mort, nous vaincrons ! [longs applaudissements]

Thomas Sankara

Thomas Sankara


Épilogue

Thomas Sankara« Ceci, pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ! […]La patrie ou la mort ! »

En effet, Thomas Sankara a été assassiné 75 jours plus tard, le 15 octobre 1987, à 37 ans, durant le coup d’État de son “ami” Blaise Campaoré, appuyé, semble-t-il, par le Libéria, la Lybie, la France et la CIA.

En avril 2006, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a condamné le Burkina Faso pour refus d’enquêter sur les circonstances de la mort de Thomas Sankara (et d’en poursuivre les responsables).

Blaise Campaoré est resté président du Burkina Faso jusqu’en 204, où il a été chassé du pouvoir par un soulèvement populaire.

Il a toujours été régulièrement reçu à Paris…

Sarkozy Compaoré

Oser lutter, oser inventer l’avenir.” [Thomas Sankara]

 

Réponses à [15/10] “Ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu, la vie continue…”, par Thomas Sankara

Commentaires recommandés

 
 
 

Vous savez ce que Sankara a fait quand il a pris le pouvoir ? Il a vendu les grosses Mercedes du gouvernement pour les remplacer par de modestes Renault 5… je me suis toujours étonné que cet homme soit resté en vie 4 ans.

@raph: “Si un état s’endette c’est parce qu’il dépense trop”… Non. Ca c’est du répétage de bourrage de crâne télévisuel. Déjà, les dettes modernes ne sont pas faites pour être remboursées. Au contraire : c’est l’intérêt sur ces dettes qui fait tourner la machine (100% de nos impôts sur le revenus vont servir à payer UNIQUEMENT les intérêts… oubliez les bobards au sujet des hôpitaux, des routes, etc…).

En ce qui concerne les pays africains et l’Amérique latine, la dette a été un moyen de les dominer et de les asservir. Voir la témoignage de John Perkins : “confessions d’un assassin financier”:
http://www.dailymotion.com/video/xa636d_john-perkins-confessions-d-un-corru_news

Savez-vous que Sadam Hussein avait décidé de ne plus vendre son pétrole en dollars peu de temps avant que les US se lancent en croisade contre lui ? Savez-vous que Kadhafi était en train de motiver des états africains à sortir de nos monnaies papier en créant un dinar indexé sur l’or ? Que l’Iran depuis 2008 fait tout pour ne plus se faire payer son pétrole en dollars ? Tout cela ne donne-t-il pas un éclairage différents et intéressant au sujet des tensions / guerres avec ces pays ?

Le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC, l’OTAN, etc… sont les agents de cette domination Nord/Sud. La nouveauté, c’est que maintenant c’est au tour des pays Européens de se faire dépecer sans vergogne. Retenez bien la propagande “les Grecs sont des tricheurs, ils ont tous acheté des 4×4 de luxe, etc…”, car c’est ce qu’on dira de la France l’année prochaine pour justifier votre étranglement financier. Alors seulement, peut-être, vous commencerez à comprendre l’étendue de cette ignoble système, de l’enfumage dont vous êtes victime, et à vous auto-guérir de votre syndrome de Stockholm! Mais pour vos économies, il sera trop tard…

T. Sankara était un très grand homme très en avance sur son temps, pas un petit excité de passage. Ils savait de quoi il parlait.

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Les documents de l’administration Reagan mettent en lumière l’ingérence des États-Unis, par Robert Parry

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #Daesch, #Politique étrangère, #Grèce

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Des documents « secrets » de l’administration Reagan montrent comment les États-Unis ont intégré « l’action politique », c’est-à-dire, la manipulation des gouvernements étrangers, dans les organisations ostensiblement bien intentionnées, rapporte Robert Parry.

Les documents « secrets », récemment déclassifiés par la bibliothèque présidentielle Reagan, révèlent que des hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche réengagent une ancien « propriétaire » de la CIA, « La Fondation Asiatique », dans « l’action politique », un terme utilisé par les services secrets pour influencer les actions des gouvernements étrangers.

Partiellement occulté par le président Reagan, Walter Raymond Jr. était le spécialiste de la propagande et de la désinformation de la CIA qui a supervisé des projets « d’action politique » et « d’opérations psychologiques » au Conseil de sécurité nationale dans les années 1980. Raymond est assis à côté du conseiller à la sécurité nationale John Poindexter. (Crédit photo : Bibliothèque présidentielle Reagan)

Les documents de 1982 sont arrivés à un moment charnière où l’administration Reagan réorganisait la façon dont le gouvernement américain s’efforçait de manipuler les affaires internes des gouvernements du monde entier à la suite des scandales des années 1960 et 1970 impliquant les opérations secrètes mondiales de la CIA

Au lieu de continuer à dépendre fortement de la CIA, le président Reagan et son équipe de sécurité nationale ont commencé à transférer bon nombre de ces responsabilités « d’action politique » vers des « organisations non gouvernementales » (ONG) qui opéraient ouvertement et recevaient des fonds d’autres organismes gouvernementaux américains.

Mais le secret était encore nécessaire pour que ces ONG soient impliquées dans les stratégies du gouvernement américain pour infléchir la volonté politique des pays ciblés. Si « l’action politique » de ces ONG était connue, de nombreux pays s’opposeraient à leur présence; par exemple, la classification « secrète » des mémos de la Maison-Blanche de 1982 que j’ai récemment obtenus par le biais d’une « revue de déclassification obligatoire » des archivistes de la bibliothèque présidentielle Reagan à Simi Valley, en Californie.

Dans les milieux du renseignement, « l’action politique » désigne un large éventail d’activités visant à influencer les politiques et les comportements des pays étrangers, allant de la couverture médiatique oblique à l’organisation et à la formation des militants de l’opposition, en passant par la mise en place des conditions d’un « changement de régime ».

Les notes nouvellement déclassifiées de la seconde moitié de 1982 marquaient une période de transition ad hoc entre les scandales de la CIA, qui ont culminé dans les années 1970, et la création d’institutions plus permanentes pour remplir ces fonctions semi-secrètes, en particulier le National Endowment for Democracy (NED), créé en 1983.

Une grande partie de cet effort a été supervisée par un haut fonctionnaire de la CIA, Walter Raymond Jr., qui a été muté au personnel du Conseil national de sécurité de Reagan, où il a dirigé un certain nombre de groupes de travail inter-institutions axés sur la « diplomatie publique », les « opérations psychologiques » et « l’action politique ».

Raymond, qui avait occupé des postes de haut niveau dans l’atelier d’opérations secrètes de la CIA, spécialisé dans la propagande et la désinformation, travaillait également dans l’ombre à la Maison-Blanche de Reagan. Raymond a rarement été photographié, bien que son portefeuille de responsabilités ait été très étendu. Il a apporté dans son orbite des « étoiles » émergentes, dont le lieutenant-colonel Oliver North (une figure centrale dans le scandale Iran-Contra), le propagandiste du département d’État (et maintenant un néo-conférencier de premier plan) Robert Kagan, et le président du NED Carl Gershman (qui dirige toujours le NED avec son budget de 100 millions de dollars).

Bien qu’ayant systématiquement tenté d’éviter les caméras, Raymond semble avoir compris leur importance. Dans ses dossiers du CSN, j’ai trouvé le gribouillis d’un organigramme dans lequel Raymond était au sommet de ce qui ressemblait aux poignées croisées utilisées par les marionnettistes pour contrôler les marionnettes au-dessous d’eux. Ce dessin correspondait à la réalité de Raymond, en tant qu’agent caché derrière les volets qui contrôlait diverses équipes inter-services de première importance.

Des documents déclassifiés précédemment ont révélé que Raymond était aussi le canal entre le directeur de la CIA William J. Casey et ces programmes dits « pro-démocratie » qui utilisaient des stratégies de propagande sophistiquées pour influencer non seulement la pensée des populations étrangères, mais aussi celle du peuple américain.

Cette histoire est à nouveau d’actualité dans le contexte d’ hystérie suscitée par la prétendue « ingérence » russe dans les élections présidentielles américaines de l’an dernier. Si ces allégations sont vraies – et le gouvernement américain n’a toujours pas présenté de preuves réelles -, le mobile russe aurait été, en partie, la revanche concernant la longue tradition de Washington de manipuler la politique intérieure de la Russie et celle d’autres pays partout dans le monde.

Un combat pour l’argent

Les notes de service récemment publiées décrivent les discussions bureaucratiques sur les niveaux de financement de The Asia Fundation (TAF), le seul sujet sensible, pour justifier le timbre « secret », étant la référence à l’intention du gouvernement américain d’exploiter les programmes de TAF pour des opérations « d’action politique » dans les pays asiatiques.

Le vice-président à l’époque George H. W. Bush avec le directeur de la CIA William Casey à la Maison-Blanche le 11 février 1981. (Crédit photo : Bibliothèque Reagan)

En fait, la possibilité d’une « action politique » sous la couverture de la TAF semblait être la raison pour laquelle les contrôleurs budgétaires de Reagan ont cédé et accepté de rétablir le financement de la fondation.

William Schneider Jr. du Bureau de la gestion et du budget a écrit dans une note de service du 2 septembre 1982 que la Commission d’examen du budget (BRB) avait annulé le financement de The Asia Fundation (TAF) plus tôt dans l’année.

« Lorsque le BRB a examiné cette question pour la dernière fois le 29 mars 1982, il a décidé de ne pas inclure dans le budget une subvention du gouvernement américain à la TAF. La décision du Conseil d’administration était fondée sur la conclusion que, compte tenu des ressources limitées disponibles pour les programmes d’affaires internationales, le financement de la Fondation ne pouvait être justifié. Lors de cette réunion du 29 mars, le département d’État a eu la possibilité de financer la TAF dans le cadre de son budget existant, mais n’ a pas accepté de le faire. »

Toutefois, comme l’ a noté Schneider dans la note de service adressée au conseiller adjoint à la sécurité nationale Robert McFarlane, « je comprends maintenant qu’une proposition visant à poursuivre le financement américain de la Fondation Asie est incluse dans les initiatives “d’ action politique “en cours d’élaboration par le département d’État et plusieurs autres organismes.

« Nous travaillerons bien entendu avec vous pour reconsidérer la priorité relative du soutien à la Fondation dans le cadre de ces initiatives en gardant à l’esprit, toutefois, la nécessité de déterminer les compensations budgétaires. »

L’un des acteurs principaux de de changement stratégique semblait être Walter Raymond, qui connaissait certainement le statut antérieur en tant que « propriété de la CIA ». En 1966, le magazine Ramparts a dévoilé cette relation et qui a amené l’administration Johnson à mettre fin au financement de la CIA.

Selon une note de service du 12 avril 1967 provenant des archives historiques du département d’État, le directeur de la CIA, Richard Helms, en réponse à une recommandation de la Maison-Blanche, « ordonnait que le financement secret de la Fondation Asiatique (TAF) soit résilié à la prochaine occurrence réalisable. »

En coordination avec la « dissociation » de la CIA, le conseil d’administration de TAF a publié ce que la note de service décrit comme « une déclaration soigneusement délimitée de l’admission du soutien passé de la CIA ». Ce faisant, les administrateurs ont cherché à délimiter les effets d’une exposition anticipée du soutien de l’Agence par la presse américaine et, si leur déclaration ou une exposition future ne compromettait pas sérieusement l’acceptabilité de la TAF en Asie, à poursuivre leurs activités en Asie avec un soutien public et privé manifeste.

La note de service de la CIA envisageait un financement futur à partir de « subventions publiques américaines officielles » et demandait des conseils au groupe de surveillance des actions secrètes de la Maison-Blanche, le 303 Committee, pour désigner quelqu’un « auprès de qui la direction de la TAF devrait chercher des orientations et une orientation futures en ce qui concerne les intérêts du gouvernement des États-Unis ».

En 1982, alors que le financement de la TAF était à nouveau menacé, Walter Raymond de la CIA s’est rallié à sa défense depuis son poste au CSN. Dans une note de service non datée adressée à McFarlane, Raymond a rappelé que « le département d’État a souligné que les TAF avaient apporté une contribution importante à la politique étrangère des États-Unis en favorisant les institutions démocratiques et, en tant qu’organisation privée, avaient accompli des choses qu’une organisation gouvernementale ne pouvait pas faire ».

L’intervention bureaucratique de Raymond a fonctionné. Vers la fin de 1982, l’administration Reagan avait pris des dispositions pour que le financement de l’exercice 1984 du TAF passe par le budget de l’Agence d’information des États-Unis (USIA), qui était utilisé pour financer une série « d’initiatives démocratiques » du président Reagan. Raymond a expliqué les dispositions dans une note de service du 15 décembre 1982 adressée au conseiller à la sécurité nationale William Clark.

« La question a été quelque peu obscurcie aux niveaux de travail de l’État depuis que nous avons choisi de financer toutes les initiatives démocratiques de l’exercice fiscal 1984 par le biais de la présentation budgétaire de l’USIA », a écrit Raymond. « En même temps, il est essentiel que l’État maintienne son rôle opérationnel et de gestion avec la TAF. »

Au cours des trois décennies et demie qui ont suivi, les TAF ont continué d’être subventionnés par les gouvernements américains et alliés. Selon son rapport annuel pour l’exercice se terminant le 30 septembre 2016, la TAF a déclaré qu’elle « est financée par un crédit annuel du Congrès américain, par les appels d’offres lancés par les agences gouvernementales et multilatérales de développement, y compris l’Agence des États-Unis pour le développement international, le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, le ministère du Développement international du Royaume-Uni et par des fondations et des sociétés privées », pour un montant total de 94,5 millions de dollars.

Le bureau de presse de la TAF, qui opère dans 18 pays d’Asie, décrit son objectif comme « l’amélioration des conditions de vie dans une Asie dynamique et en développement ».

Loin d’être seule

Mais la TAF n’était pas la seule organisation privée qui fonctionnait avec l’argent du gouvernement américain et collaborait avec les responsables américains pour atteindre les objectifs de la politique étrangère de Washington.

Carl Gershman, président de la Fondation nationale pour la démocratie (NED)

Par exemple, d’autres documents de la bibliothèque Reagan ont révélé que Freedom House, une organisation importante de défense des droits de l’homme, a demandé conseil et des directives à Casey et Raymond tout en faisant la publicité du besoin d’aide financière du groupe.

Dans une lettre du 9 août 1982 adressée à Raymond, Leonard R. Sussman, directeur exécutif de Freedom House, a écrit que « Leo Cherne [un autre haut fonctionnaire de Freedom House] m’a demandé d’envoyer ces copies des appels de Freedom Appeals. Il vous a probablement dit que nous avions dû réduire ce projet pour répondre aux réalités financières. Nous voudrions, bien sûr, développer le projet une fois encore quand les fonds seront disponibles. »

Selon les documents, Freedom House est demeuré la priorité de la réflexion de Casey et Raymond lorsqu’il s’est agi de trouver les moyens les plus efficaces pour transmettre au peuple américain et à la communauté internationale le message de politique étrangère des faucons de la CIA.

Le 4 novembre 1982, Raymond a écrit au conseiller Clark du CSN au sujet des « initiatives et programmes d’information sur la démocratie », déclarant que « Bill Casey m’ a demandé de transmettre l’opinion suivante au sujet de votre rencontre avec Dick Scaife, [milliardaire de droite], Dave Abshire [alors membre du Comité consultatif du renseignement étranger du président], et Co.

« Casey a déjeuné avec eux aujourd’hui et a discuté de la nécessité d’agir en général pour soutenir nos amis du monde entier. Par cette définition, il inclut à la fois “construire la démocratie” et aider à dynamiser les programmes médiatiques internationaux. L’ICD[casey] se préoccupe également du renforcement des organismes d’information publique aux États-Unis, comme Freedom House.

« Un élément crucial du puzzle est un effort sérieux pour mobiliser des fonds privés afin de créer un élan. D’après les entretiens de Casey avec Scaife and Co., ils seraient très disposés à coopérer. Suggérez que vous notiez l’intérêt de la Maison-Blanche pour le soutien privé à l’initiative Démocratie. »

Dans une note de service du 25 janvier 1983, Raymond a écrit: « Nous allons immédiatement aller de l’avant dans notre effort parallèle pour générer un soutien privé » pour les opérations de « diplomatie publique ». Puis, le 20 mai 1983, Raymond a raconté dans une autre note de service que 400 000 $ avaient été recueillis auprès de donateurs privés amenés à la Maison-Blanche par le directeur de l’USIA, Charles Wick. Selon cette note de service, l’argent a été réparti entre plusieurs organisations, dont Freedom House et Accuracy in Media, un groupe de médias agressif de droite.

Dans une note de service du 9 août 1983, Raymond décrit les plans visant à obtenir l’appui du secteur privé pour cet effort. Il a déclaré que le directeur de l’USIA, M. Wick, « par l’intermédiaire du magnat australien de l’édition Rupert Murdock [sic], pourrait être en mesure de retirer des fonds supplémentaires » pour appuyer les initiatives pro-Reagan. Raymond a recommandé « un financement via Freedom House ou une autre structure crédible dans l’establishment politique. »

[Pour en savoir plus sur la connexion Murdoch, voir « Rupert Murdoch : Propaganda Recruit. » de Consortiumnews.com]

Questions de légalité

Raymond est resté officier de la CIA jusqu’en avril 1983, date à laquelle il a démissionné, si bien qu’il a déclaré: « Il n’y a donc aucun doute quant à la contamination de cette » opération de propagande pour convaincre le peuple américain d’appuyer les politiques de Reagan.

Le sceau de la CIA dans le hall du siège de l’agence d’espionnage. (photo du gouvernement américain)

Raymond s’inquiétait également de la légalité du rôle de Casey dans l’effort d’influencer l’opinion publique américaine en raison de l’interdiction légale faite à la CIA d’influencer les politiciens et la politique américaines. Raymond a confié dans une note de service qu’il était important « de sortir [Casey] de la boucle », mais Casey n’ a jamais reculé et Raymond a continué à envoyer des rapports d’avancement à son ancien patron bien tout au long de l’année 1986.

C’était « le genre de chose qui [casey] avait un grand intérêt éclectique pour [l’Iran] », a dit Raymond lors de sa déposition Iran-Contra en 1987. Il a ensuite donné l’excuse que Casey avait entrepris cette ingérence apparemment illégale dans les affaires intérieures « pas tant sous sa couverture de la CIA, mais en tant que conseiller du président ».

En 1983, Casey et Raymond se sont concentrés sur la création d’un mécanisme de financement permanent pour appuyer les organisations privées qui s’engageraient dans la propagande et l’action politique, historiquement organisées et payées secrètement par la CIA L’idée est née d’une entité financée par le Congrès qui servirait de canal pour cet argent.

Mais Casey a reconnu le besoin de cacher les ficelles de la CIA. Dans une lettre non datée adressée à Edwin Meese III, conseiller de la Maison Blanche, Casey a exhorté à la création d’une « Fondation nationale », mais a ajouté : « Évidemment, nous [à la CIA] ne devrions pas nous exposer frontalement dans le développement d’une telle organisation, ni sembler être un commanditaire ou un défenseur. »

Un document dans les dossiers de Raymond donnait des exemples de ce qui serait financé, y compris « Grenade – 50 K – À la seule opposition organisée au gouvernement marxiste de Maurice Bishop (The Seaman and Waterfront Workers Union). 50 000 dollars supplémentaires pour soutenir des activités de télévision gratuites à l’extérieur de Grenade » et « au Nicaragua – 750 000 dollars pour soutenir un éventail d’activités syndicales indépendantes, et des coopératives agricoles ».

La Fondation nationale pour la démocratie a pris forme à la fin de 1983, lorsque le Congrès a décidé de mettre de l’argent de côté – au sein de la NED – pour les partis républicains et démocrates et pour le travail organisé, créant ainsi suffisamment de largesses bipartites pour que son vote soit assuré.

Mais certains membres du Congrès ont pensé qu’il était important de dissocier le NED de tout lien avec la CIA, si bien qu’une disposition a été incluse pour interdire la participation de tout fonctionnaire actuel ou ancien de la CIA, selon un adjoint du Congrès qui a contribué à la rédaction de la législation.

Cet assistant m’ a dit qu’un soir de la fin de la session de 1983, alors que le projet de loi était sur le point d’être présenté à la Chambre, l’agent de liaison parlementaire de la CIA est venu frapper à la porte du bureau du Représentant Dante Fascell, un haut fonctionnaire démocrate du Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants et un principal parrain du projet de loi.

Le fonctionnaire frénétique de la CIA a transmis un seul message du directeur de la CIA Casey: le libellé interdisant la participation du personnel de la CIA doit être rayé du projet de loi, a rappelé l’adjoint, notant que Fascell a consenti à la demande, ne comprenant pas pleinement sa signification.

L’assistant a déclaré que Fascell a également consenti au choix du gouvernement Reagan de Carl Gershman à la tête du National Endowment for Democracy, n’e comprenant toujours pas comment cette décision affecterait l’avenir de la nouvelle entité et la politique étrangère américaine.

Gershman, qui avait suivi le chemin néoconservateur classique du socialisme juvénile au communisme féroce, devint le premier (et jusqu’ à ce jour le seul) président de NED. Bien que le NED soit techniquement indépendant de la politique étrangère américaine, Gershman a coordonné les premières années avec Raymond les décisions relatives aux subventions au CSN.

Par exemple, le 2 janvier 1985, Raymond a écrit à deux experts asiatiques du CSN que « Carl Gershman a appelé au sujet d’une éventuelle subvention à l’Alliance chinoise pour la démocratie (CAD). Je suis préoccupé par la dimension politique de cette demande. Nous ne devrions pas nous trouver dans une position où nous devons répondre à la pression, mais cette demande pose un réel problème à Carl. »

En plus de lever les obstacles politiques pour Gershman, Raymond a également exhorté le NED à donner de l’argent à Freedom House dans une lettre du 21 juin 1985 obtenue par le professeur John Nichols de la Pennsylvania State University.

Ce que les documents de la bibliothèque Reagan indiquent clairement, c’est que Raymond et Casey ont continué de façonner activement les décisions du nouveau mécanisme de financement pendant ses premières années d’existence. (Casey est décédé en 1987 ; Raymond est décédé en 2003.)

Beaucoup d’argent

Depuis sa fondation, NED a versé des centaines de millions de dollars à des ONG du monde entier, en se concentrant sur la formation d’activistes, la création de médias et le soutien aux organisations civiques. Dans certains points névralgiques de la géopolitique, le NED pourrait avoir plusieurs dizaines de projets en cours d’exécution, comme en Ukraine avant le coup d’État de 2014 qui a renversé le président élu Viktor Ianoukovitch et a déclenché la nouvelle guerre froide avec la Russie. Grâce à de telles méthodes, le NED a contribué à la réalisation de « l’action politique » envisagée par Casey et Raymond.

Le président russe Vladimir Poutine, suite à son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 28 septembre 2015. (UN Photo)

Dès le début, NED est également devenu un important bienfaiteur de Freedom House, avec une subvention de 200 000 $ en 1984 pour construire un « réseau de faiseurs d’opinion démocratique » et, au cours des quatre premières années, de 1984 à 1988, elle a investi 2,6 millions de dollars dans Freedom House, ce qui représente plus d’un tiers de ses revenus totaux, selon une étude du Conseil libéral des affaires hémisphériques intitulée « Freedom House : Portrait d’un passe-partout ».

Au cours des décennies qui ont suivi, Freedom House est devenue presque une filiale du NED, se joignant souvent à lui, pour organiser des conférences politiques et publier des prises de position, les deux organisations promouvant principalement un programme néoconservateur, mettant au défi des pays jugés insuffisamment « libres », incluant la Syrie, l’Ukraine (avant le coup d’État de 2014) et la Russie.

Le NED et Freedom House travaillent souvent comme une sorte d’équipe d’identification avec les ONG de financement du NED à l’intérieur des pays ciblés et Freedom House, réprimandant ces gouvernements s’ils tentaient de réprimer les ONG financées par les États-Unis.

Par exemple, le 16 novembre 2012, NED et Freedom House se sont unis pour dénoncer une loi votée par le parlement russe exigeant que les bénéficiaires russes de l’argent politique étranger s’enregistrent auprès du gouvernement. Ou, comme le NED et Freedom House l’ont expliqué : la Douma russe a cherché à « restreindre les droits de l’homme et les activités des organisations de la société civile et leur capacité à recevoir un soutien de l’étranger ». Les changements apportés à la législation russe sur les ONG obligeront bientôt les organisations de la société civile recevant des fonds étrangers à choisir entre s’enregistrer en tant ’’qu’agents étrangers’’ ou faire face à des sanctions financières importantes et des accusations criminelles potentielles. »

Bien sûr, les États-Unis ont une loi sur l’enregistrement des agents étrangers presque identique qui exige également que les entités qui reçoivent des fonds étrangers et cherchent à influencer la politique du gouvernement américain à s’enregistrer auprès du ministère de la Justice ou à faire face à des amendes ou des peines d’emprisonnement.

Mais la loi russe entraverait les efforts du NED pour déstabiliser le gouvernement russe en finançant des activistes politiques, des journalistes et des organisations civiques.

Les préoccupations du gouvernement russe n’étaient pas entièrement paranoïaques. Le 26 septembre 2013, Gershman, en effet, a planifié le cours de la crise en Ukraine et de l’objectif néoclassique pour un changement de régime en Russie. Dans une tribune d’opinion du Washington Post, Gershman a qualifié l’Ukraine de « plus grand prix » et a expliqué comment le fait de l’avoir tirée dans le camp occidental pourrait contribuer à la défaite finale du président russe Vladimir Poutine.

« Le choix de l’Ukraine de rejoindre l’Europe accélérera la chute de l’idéologie impérialiste russe que représente Poutine », a écrit Gershman. « Les Russes aussi ont le choix, et Poutine risque de se retrouver du côté perdant, non seulement à l’étranger, mais aussi en Russie. »

La longue histoire de l’ingérence secrète ou semi-couverte du gouvernement américain dans la politique des pays du monde entier est la toile de fond ironique de la frénésie actuelle à l’égard de la Russie et de la diffusion présumée, par la Russie, de courriels qui ont sapé la campagne du candidat démocrate Hillary Clinton.

Les allégations sont démenties par le rédacteur en chef de Poutine et celui de WikiLeaks, Julian Assange, qui a publié les courriels démocrates – et le gouvernement américain n’ a présenté aucune preuve solide à l’appui des accusations « d’ingérence russe » – mais si les accusations sont vraies, elles pourraient être considérées comme un cas de retournement de situation comme du fair-play.

Sauf que dans ce cas, les responsables américains, qui se sont ingérés continuellement par leurs opérations « d’action politique » dans des pays du monde entier, n’aiment même pas la chance de pouvoir goûter à leur propre potion.

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Censure de Jacques Sapir message n°8: Courrier de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" à Marin Dacos

15 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La France, #Jacques Sapir

Censure de Jacques Sapir message n°8: Courrier de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR" à Marin Dacos

Courrier à  Marin Dacos et Alain Beretz.

par 

"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR "

 

 

Je suis le président de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR ». Celle-ci a pour objet de faire connaître l’histoire du CNR et de la France Libre. Notre modèle social mis en place à la Libération grâce au Conseil National de la Résistance, crée le 27 mai 1943 à Paris par Jean Moulin*, est un marqueur fort de notre société.

L’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » apporte un soutien total à Jacques Sapir après son éviction scandaleuse de la plateforme "Hypothèses.org" - qui hébergeait son blog "Russeurope" jusqu'au 28 septembre 2017 - prononcée par Marin Dacos directeur de « Open Edition ».

Monsieur Dacos pense-t-il défendre la liberté d'expression et la liberté de recherche en supprimant le site « Russeurope » de monsieur Jacques Sapir? La plate-forme Open Edition est-elle si ouverte que cela? On peut en douter.

De nombreuses réactions de soutien témoignent du caractère essentiel des recherches de Jacques Sapir sur des thèmes qui touchent notre quotidien. Ces dernières faisant partie de ses travaux universitaires, constituent aussi un ancrage politique essentiel dans le grand débat sur la souveraineté des peuples. 

La censure politique inacceptable qui n'ose même pas dire son nom doit être dénoncée avec la plus grande fermeté, il en va de notre liberté, de notre démocratie, de notre République. Marin Dacos, directeur d’Open Edition, obéit vraisemblablement à des ordres venus d’ailleurs. Il justifie son infamie en prétextant une prétendue propagande partisane dans les textes de Jacques Sapir. L'argument est faux et en plus il relève de la plus banale des manipulations - comme le disais Joseph Goebbels "plus le mensonge est gros plus il passe!".  Michel Audiard, dans un style bien particulier, parlait aussi de cette catégorie de personnes qui osent tout, c'était une réplique célèbre du film "les tontons flingueurs". Se réfugier derrière le paravent de la publication universitaire pour cacher une censure bien réelle, il fallait oser. Comme l'explique Jacques Sapir dans ses écrits sur ce "fait du prince", cette forfaiture est en passe de discréditer la recherche française à l'international.

La DDHC « Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen » de 1789, reprise dans le préambule de la constitution de 1946 et de 1958, précise que la liberté d'expression a une valeur fondamentale et doit être garantie par les pouvoirs publics. Que dire d'un régime qui bafoue allègrement ce principe fondateur de notre République en acceptant qu'un directeur d'une plate-forme de publication de recherche, remplissant un rôle de Délégation de Service Public pratique la censure politique ! Pour finir, cette décision inique est en contradiction avec l’article 10 de la charte  « d’Open Edition ».

En tant que président de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR », je demande à monsieur Marin Dacos, directeur d’Open Edition, de revoir sa décision afin que la loi de notre République soit respectée dans son essence. La réintégration du blog Russeurope de Jacques Sapir sur cette plate-forme doit être réalisée rapidement.

Je demande aussi à monsieur Alain Beretz, supérieur hiérarchique de monsieur Dacos, de prendre les dispositions nécessaire afin que les principes qui fondent notre état de droit soient de nouveau appliqués.

 

Lucien Pons Président de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR ».

 

*Le Conseil National de la Résistance fut créé le 27 mai 1943 à Paris par Jean Moulin. Il réunissait les partis politiques qui ne s’étaient pas déshonoré dans la collaboration avec les nazis, les organisations syndicales et tous les mouvements de Résistance. Cela permit la signature du programme du Conseil National de la Résistance – appelé « Les Jours Heureux » - signé à Paris le 15 mars 1944.

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LE DÉCLIN DE L'OCCIDENT par Manuel De Diéguez

13 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La mondialisation

12/10/2017

LE DÉCLIN DE L'OCCIDENT

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Le Déclin de l’Occident

13 octobre   2017

 

1 - L'Occident éjecté de l'Histoire
2 - Qu'est-ce qu'une langue ?
3 - La postérité d'Oswald Spengler

 

1 - L'Occident éjecté de l'Histoire

Que signifie le verbe exister appliqué à la géopolitique? Une Europe politique peut-elle exister?

Pour tenter de comprendre la question, remontons au latin, notre langue-mère, dans laquelle le verbe exister renvoie à ex-sistere, sortir de l'immobilité debout, assise ou couchée et se mettre en mouvement dans une direction déterminée.

En ce sens, l'humanité, à l'instar des gastéropodes, se trouve pourvue d'une sorte de coquille existentielle chargée de protéger une espèce en déplacement. En 1818, Louis XVIII revenu au pouvoir en 1814, avait fait bénéficier le peuple français d'une Charte qui lui garantissait les apanages et les privilèges que la nation en mouvement avait déjà conquis à l'écoute de sa propre volonté en 1789. Tout le XIXe siècle a été scandé par le combat du peuple français pour la reconquête et la défense des droits d'une espèce auto-propulsive à laquelle son statut interdisait de jamais s'arrêter et de tomber dans la stagnation des troupeaux que leur position "courbée vers la terre", dit Salluste, condamne à "obéir à leur ventre".

Cette disposition universelle de notre espèce, Bergson l'a exprimée par les concepts de société ouverte et de société fermée, Sartre par la distinction entre l'en soi et le pour soi, le christianisme par la distinction entre le sacré et le profane, Pascal, par la distinction entre les "grandeurs d'établissement" et les "grandeurs spirituelles", les religions dans leur ensemble par la ligne de démarcation qu'elles tracent entre la matière et l'esprit. Il en résulte, en bonne et saine logique anthropologique, qu'une nation sort de l'arène de l'histoire quand elle cesse d'avancer - donc d'exister - conformément à sa nature.

Dans ce contexte, l'Espagne sortirait de l'histoire si elle perdait la Catalogne. Or la péninsule ibérique est composée de deux espèces de conquistadors, les Ibères proprement dits et les Portugais. Les premiers ont conquis l'Amérique, les seconds ont longé pendant des années, avec une patience tenace, tout le continent africain jusqu'au jour où, à force d'avoir le vent en poupe, ils ont dépassé la pointe sud de l'Afrique et ont réussi à garder le cap de leur bonne espérance. Or, la Catalogne s'est révélée la gigantesque plateforme de l'immobilité d'une civilisation ibérique en mouvement, mais qui avait besoin d'un magasinier. Depuis lors, comme disait Valéry, "le temps du monde fini a commencé".

Comment demeurer en chemin, comment persévérer à se rendre quelque part, comment seulement tracer une route dans une immensité connue s'il n'y a plus d'étendue à conquérir, à moins de se chercher une voie hors du système solaire?

 

2 - Qu'est-ce qu'une langue ?

Observons les rapports que les langues entretiennent avec la vocation auto-propulsive de l'espèce.

Il existe un dictionnaire du français classique. Mais le français du XVIIe siècle ne se réduit pas à un lexique cadenassé par un dictionnaire, lequel ferait d'un catalogue une forteresse. Il implique une pré-sélection des mots et des tournures chargés de donner leur élan, leur tonalité et leur âme une civilisation. Les mots ne sont pas inertes: quand le Général de Gaulle impose sa cadence et son pas à la politique de la France, il s'exprime dans une langue énergique et fermement rythmée, dont le flux naturel ne saurait se trouver entrecoupé des ânonnements et des bégaiements du français des dirigeants d'aujourd'hui. Leur langage traduit une infirmité de la volonté et une instabilité intellectuelle propres à toutes les décadences. A ce titre, François Hollande s'est révélé le premier Président de la Vè République que Régis Debray a pu qualifier d'illettré.

Cependant, méfions-nous également des pièges que nous tend le terme de décadence, lequel nous renvoie à cadere ou decadere, tomber. L'immaturité politique de la Catalogne, par exemple, est si grande qu'elle refuse la protection indispensable de Madrid pour se ruer les yeux fermés sous la tutelle rapace de Washington. Comment se fait-il qu'il aura suffi à la Tunisie visionnaire d'Habib Bourguiba de deux générations pour se rendre à nouveau massivement à la Mecque et pour y lapider un Lucifer censé s'y trouver en chair et en os? Comment se fait-il que la riche Algérie en soit venue, en un demi-siècle seulement, à acheter son pain à Paris? C'est que, sitôt ces nations devenues indépendantes, la sottise et l'ignorance scellent à nouveau le pacte avec un mécanisme bien connu, celui de la corruption avec l'incompétence. La presse algérienne d'aujourd'hui retentit de lamentations de ce que M. Bouteflika n'ait pas su diversifier l'industrie et le commerce algériens.

Considérons maintenant les apories qui étranglent l'Europe politique. Comment une bigarrure européenne de vingt-huit nations privées d'un passé commun, donc sans racines, et une polychromie désordonnée de vingt et une langues et de plusieurs religions radicalement incompatibles les unes avec les autres, changeraient-elles de rythme et de cadence et avanceraient-elles d'un seul et même pas? Ce peloton de pseudo nations n'a ni centre, ni frontières. Il ne peut que tomber dans le néant dont il est habité, puisqu'il n'a jamais réellement existé.

Une civilisation militairement occupée par cinq cents forteresses étrangères et qui n'a donc pas d'armée, n'a pas de souveraineté. Or, depuis soixante ans aucun journaliste n'a publié le plus innocent reportage sur la vie au jour le jour des troupes américaines incrustées sur le sol du Vieux Monde. Dans son interminable discours à la Sorbonne du 26 septembre 2017, parmi les réalisations urgentes auxquelles l'actuelle Union européenne doit se livrer afin de conquérir une "souveraineté active", la seule condition que le Président Macron a sciemment omise - et avec le plus grand soin - d'évoquer, est celle de l'expulsion des troupes d'occupation de l'empire américain camouflées sous l'habillage de l'OTAN.

Il existe une fable de l'antiquité grecque, inspirée d'Hérodote et racontée par Platon au début du deuxième livre de La République - celle de l'Anneau de Gygès. Le mythe décrit l'histoire d'un personnage de ce nom qui avait trouvé par hasard, lors d'un violent orage, une bague qui lui permettait de se rendre invisible. Gygès avait découvert qu'en tournant vers l'intérieur de sa paume le chaton de cette bague, il disparaissait aux regards, ce qui lui avait permis de séduire la reine de l'endroit, puis d'assassiner impunément le roi.

Aujourd'hui, le territoire de l'Europe est occupé par des régiments sur lesquels, non seulement personne n'ouvre les yeux, mais qui exigent maintenant que l'espace Schengen se change en champ de manœuvre de leur stratégie. Le continent est quadrillé du nord au sud et de l'est à l'ouest par cinq cents bases de l'étranger, mais M. Emmanuel Macron n'a pas cité leur démantèlement comme condition évidemment première d'un recouvrement par l'Europe de sa souveraineté. Puisque ni lui, ni aucun autre dirigeant européen ne voient ces troupes venues d'ailleurs, nous devons en conclure que les soldats de l'OTAN portent tous au doigt la fameuse bague qui les rend invisibles.

Un territoire occupé se situe en deça de toute possibilité de seulement évoquer sa souveraineté. Même la Suisse n'est souveraine que parce qu'elle s'est armée jusqu'aux dents en temps de paix. Or, privée de souveraineté, l'Europe occupée se trouve privée de toute existence politique, donc de destin. En vérité, le nouvel horizon qui servira de finalité à une espèce en mouvement ne pourra être autre qu'une plongée dans l'infini d'une vraie connaissance de soi. Seul ce désert nouveau ouvert au mouvement intérieur, que Socrate a placé sous nos pas il y a deux millénaires et demi, nourrira une résurrection

 

3 -La postérité d'Oswald Spengler

Nous approchons du centième anniversaire de la parution en 1918 à Vienne et en 1922 à Munich de l'ouvrage d'Oswald Spengler portant le titre prémonitoire Le Déclin de l'Occident et qui n'a été traduit en français que trente ans plus tard, chez Gallimard, en 1948. Cet ouvrage a marqué de son empreinte les Arnold Toynbee et même les Raymond Aron.

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C'est pourquoi une grande nation ne saurait se donner deux grammaires et deux syntaxes pour langues officielles et qui exprimeraient son identité à parts égales. Car les langues génératrices d'une haute culture philosophique, littéraire et scientifique servent de pilotes cérébraux aux empires. Leur logique interne et leur message jouent le rôle d'ordinateurs et de têtes chercheuses de l'humanité. On ne raisonne pas en allemand comme en français, en anglais comme en espagnol, en russe comme en chinois ou en portugais.

Certes, dit Descartes, j'existe puisque je pense. Mais puisque penser, c'est avancer, je ne sais qui je suis si j'ignore les signifiants qui font de moi un itinérant. Comment saurions-nous que nous marchons si nous ne savons pas comment notre langue nous fait progresser. Pour cela, il faudrait que nos universités se rendent capables de décoder la progression de la rédaction des vingt-neuf étapes de la Jeune Parque de Valéry. On a vu récemment un candidat au prix Goncourt présenter un roman mécaniquement fabriqué sur une imitation automatique du style de Céline. Mais quand Balzac écrit à Mme Hanska qu'il a réécrit treize fois César Birotteau, marchand parfumeur "les pieds dans la moutarde", c'est une bien mystérieuse moutarde que celle dont la vocation obéit au commandement intérieur qui fait dire à Balzac: "J'ai arraché des mots à la nuit et des idées au silence".

Notre enseignement universitaire ignore tout des secrets de la création littéraire. Quant aux célèbres universités américaines, dont la réputation est si surfaite en Europe, elles sont encore plus loin que les nôtres de savoir le premier mot du génie littéraire. Elles ont bien tenté d'enseigner l'art d'écrire. Mais sitôt qu'elles ont voulu préciser le rôle de l'individu unique dans une création unique, elles sont demeurées muettes.

Quant à nos élites politiques et à notre intelligentsia, elles n'ont les yeux fixés que sur des emplois à sauver, alors que seul le sauvetage des fleurons de notre industrie aurait permis de sauver d'un même mouvement le prestige de la nation et les emplois. Pour la première fois, M. Montebourg évoque la comparution future à la barre d'un tribunal approprié de l'ancien et de l'actuel Président de la République pour haute trahison, en raison des conditions suspectes de la vente des turbines à gaz d'Alstom à l'Amérique, puis du TGV à l'Allemagne.

Malheureusement, le patriotisme du peuple français n'est pas près de se réveiller sur un échiquier moteur, celui des industries de l'avenir. Une classe dirigeante bégayante et balbutiante témoigne à chaque instant que les langues vivantes sont le propulseur de l'histoire du monde et qu'un groupe de nations scindées entre une foultitude de syntaxes et de grammaires ne dispose pas et ne disposera jamais de la cohérence cérébrale qui seule peut assurer une cohésion politique.

Aujourd'hui, l'implosion d'une civilisation se révèle parallèle à la dispersion et à la dissolution de son langage, à la disparition de son souffle critique, à la mort de sa lucidité et à la complaisance à son auto-domestication.

Le 13 octobre 2017

Source : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024...

 

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Censure de Jacques Sapir, message n°7: le chercheur pointe la responsabilité d'un conseiller ministériel

12 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

 

Blog de Jacques Sapir fermé : le chercheur pointe la responsabilité d'un conseiller ministériel

Censure de Jacques Sapir, message n°7: le chercheur pointe la responsabilité d'un conseiller ministériel

Face à la fermeture de son blog Russeurope hébergé sur le portail universitaire OpenEdition, Jacques Sapir dénonce une décision basée, selon lui, sur des motifs fallacieux. Plusieurs membres des milieux universitaires lui ont apporté leur soutien.

Accusé d'avoir utilisé son blog comme «tribune politique partisane» et de publier des textes «déconnectés du contexte académique et scientifique» par Marin Dacos, chercheur au CNRS et fondateur d'OpenEdition, Jacques Sapir a dénoncé auprès de RT France «une accusation parfaitement gratuite, et fausse».

«Tous mes textes sont en relation, directe ou indirecte, avec mes recherches. Quand OpenEdition et Hypotheses.org m’ont signifié qu’il y avait un problème, les quatre notes qu’ils ont cités étaient des copies d’articles, ou des références à mon travail», nous a-t-il confié le 27 septembre.

L'économie peut être elle traitée sans parler de politique ? «C’est strictement impossible», répond le chercheur à l'EHESS, avant de préciser que toutes ses notes «politiques» sont en références à ses recherches, à ses livres et à ses articles. «Je ne me suis jamais prononcé hors de ce cadre», a-t-il assuré.

Constatant que d'autres blogs, tels que celui de son ami sociologue Michel Wieviorka, contenant des articles publiés dans des journaux, Jacques Sapir s'interroge sur la différence de traitement dont il fait l'objet. 

«Je m’interroge aussi sur les fonctions aujourd’hui occupées par le responsable, Marin Dacos, et je me demande s’il n’y a pas, pour le moins, conflit d’intérêts», a-t-il lâché, faisant référence à la fonction de conseiller scientifique pour la science ouverte au Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation du responsable d'OpenEdition. 

Contacté par RT France, Marin Dacos n'a pas encore donné suite à notre sollicitation. 

«Même académique, la pensée unique doit d'abord rester... unique !»

Jacques Sapir a reçu le soutien de nombreux internautes et d'universitaires, mais aussi de personnalités telles que Philippe Béchade, économiste membre des Econoclastes, pour qui le chercheur paye avant tout ses prises de positions opposées à la politique d'Emmanuel Macron

«La censure de Jacques Sapir par son hébergeur Hypothèses démontre que même académique, la pensée unique doit d'abord rester... unique !», a-t-il affirmé dans un deuxième tweet. 


«La dictature en marche ! Toute ma solidarité à Jacques Sapir», a tweeté Paolo Becchi, professeur de philosophie à l'université de Gênes. 

Hélène Clément-Pitiot, économiste à l'EHESS, a elle aussi apporté son soutien au chercheur. «Censure à outrance ! La dictature en marche passe à la vitesse supérieure», a-t-elle déclaré sur le réseau social Twitter. «Briser les formes institutionnelles de ce dialogue est un affront», a-t-elle ajouté dans un second message.

«C'est très exactement le problème. Et c'est pourquoi il faut faire pression sur Hypothèses», a commenté Jacques Sapir sur le réseau social, répondant à sa collègue économiste. 


lire aussi : Jacques Sapir : «Le souverainisme est en train de gagner la bataille culturelle»

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Censure de Jacques Sapir, message n°6: Jugé trop «partisan», le blog de Jacques Sapir bloqué sur le portail universitaire OpenEdition

12 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Jugé trop «partisan», le blog de Jacques Sapir bloqué sur le portail universitaire OpenEdition

Censure de Jacques Sapir, message n°6: Jugé trop «partisan», le blog de Jacques Sapir bloqué sur le portail universitaire OpenEdition

Dans son court texte, le fondateur du portail qui héberge les publications de nombreux chercheurs, universitaires et scientifiques, justifie cette exclusion en reprochant à Jacques Sapir des textes «s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique».

L'économiste se voit donc banni d'un blog qu'il anime de façon régulière et constante depuis 2011 et dans lequel il commente l'actualité économique et politique, souvent dans ses secteurs de prédilection comme l'économie, l'analyse des crises au sein de la zone euro ou la Russie.

Sans avancer aucune hypothèse d'ordre idéologique sur la raison de cette ostracisation par la communauté scientifique, l'auteur s'est contenté de comparer le caractère soi-disant «partisan» de ses analyses avec celles d'un économiste lui aussi présent sur la plateforme et aux vues opposées aux siennes.

Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jacques Sapir est connu médiatiquement pour ses analyses économiques, souvent critiques envers les politiques économiques menées au sein de l'Union européenne et envers l'euro, de même que pour sa ligne géopolitique favorable à un rapprochement avec la Russie. Des prises de position qui lui ont valu de nombreuses critiques de la part de la presse comme de la communauté universitaire et scientifique française. 

 

 

https://francais.rt.com/france/43831-juge-partisan-economiste-jacques-sapir-portail-universitaire-openedition-archiv%C3%A9

 

Dans son court texte, le fondateur du portail qui héberge les publications de nombreux chercheurs, universitaires et scientifiques, justifie cette exclusion en reprochant à Jacques Sapir des textes «s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique».

L'économiste se voit donc banni d'un blog qu'il anime de façon régulière et constante depuis 2011 et dans lequel il commente l'actualité économique et politique, souvent dans ses secteurs de prédilection comme l'économie, l'analyse des crises au sein de la zone euro ou la Russie.

Sans avancer aucune hypothèse d'ordre idéologique sur la raison de cette ostracisation par la communauté scientifique, l'auteur s'est contenté de comparer le caractère soi-disant «partisan» de ses analyses avec celles d'un économiste lui aussi présent sur la plateforme et aux vues opposées aux siennes.

Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jacques Sapir est connu médiatiquement pour ses analyses économiques, souvent critiques envers les politiques économiques menées au sein de l'Union européenne et envers l'euro, de même que pour sa ligne géopolitique favorable à un rapprochement avec la Russie. Des prises de position qui lui ont valu de nombreuses critiques de la part de la presse comme de la communauté universitaire et scientifique française. 

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Censure de Jacques Sapir, message n°5: La pétition

12 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Censure de Jacques Sapir, message n°5: La pétition

La suspension de mon carnet Russeurope par Hypotheses.org a légitimement choqué. J’en veux pour preuve le succès de la pétition à laquelle se sont associés des universitaires reconnus. Mais, cette suspension suscite aussi de légitimes questions auxquelles il me faut répondre.

Pourquoi se battre pour le réouverture de Russeurope ?

Russeurope fut ouvert sur le portail Hypotheses.org en septembre 2012, après que j’ai été démarché par des personnes travaillant pour ce portail. Il était d’une grande facilité d’utilisation, et en un sens lié, même si très indirectement et symboliquement, à l’EHESS (mon institution) et à la FMSH. J’ai signalé dès l’ouverture que, outre des articles théoriques, des billets servant à tester des hypothèses de travail, je comptais publier aussi des textes plus politiques et polémiques. Ce fut accepté, mais hélas sans trace écrite. Je pensais avoir affaire à des personnes « décentes » au sens ou Orwell parle de « common decency ». J’avoue que j’ai probablement eu tort, du moins pour certaines.

Les responsables m’ont fait connaître, de diverses manières, la satisfaction qu’ils avaient à voir le nombre de connexion sur mon carnet progresser rapidement, de mois en mois.

Alors, oui, je considère Hypotheses.org comme un bon outil, une remarquable plate-forme. Je pensais pouvoir bénéficier de l’équivalent de ce que l’on appelle les « franchises universitaires » sur ce carnet. Il semble que je me sois, là aussi, trompé. Mais, l’iniquité de la mesure qui me frappe est une raison supplémentaire pour vouloir justement voir mon carnet ré-ouvert. De plus, je suis fondé à penser qu’Hypotheses.org constitue une délégation de service public. Dès lors, mon éviction prend un sens symbolique très fort, pour l’ensemble des chercheurs, qu’ils partagent ou non mes idées et mes positions.

La science et la politique

On le sait, le grief principal qui m’est fait est d’avoir publié des textes qui seraient purement politiques sans aucun aspect de recherche. D’une part, cela part de l’hypothèse, difficile à soutenir, que textes scientifiques et textes politiques pourraient être clairement séparés. En réalité, c’est une impossibilité dans les sciences sociales. Ensuite, je peux montrer que TOUS mes textes que l’on veut faire passer pour des tribunes partisanes sont tous complètement insérés dans mes travaux de recherche. Enfin, prétendre qu’il y aurait eu un « changement de ligne » est un mensonge complet.

Dès septembre 2012, j’ai publié des textes que l’on rangerait aujourd’hui dans la catégorie de polémiques, même si pour moi ce sont de simples textes politiques. Ainsi, sur les 14 notes publiées en septembre 2012, pas moins de 4 entraient dans cette catégorie. En octobre 2012, mois dans lequel j’ai publié 13 notes, ce sont cette fois 6 notes que l’on peut considérer comme « politiques ». On voit que les responsables d’Open Edition et d’Hypotheses.org ne peuvent nullement plaider un « changement de ligne » survenu depuis ces derniers mois dans le carnet. S’ils étaient gênés, ils auraient dû protester dès novembre 2012. Par ailleurs rien que cette expression est déjà étrange. Car, cette expression s’applique à un parti, ou au moins à une organisation, qui est susceptible de « changer de ligne ». Serais-je donc devenu un parti politique à moi tout seul ?

On voit où l’argument se ridiculise lui-même, comme un grand, et sans qu’il soit besoin d’y revenir.

Qu’en est-il de la liberté des universitaires ?

Le portail Hypotheses.org a été développé par le Centre pour une édition électronique ouverte (Cléo), un centre qui est lui-même placé sous la quadruple tutelle du CNRS, de l’Université d’Aix Marseille, de l’Université d’Avignon et de l’EHESS. Nous sommes donc bien au cœur de l’Université.

Or, il faut savoir que les libertés des universitaires ont été bien précisées par différentes lois. On peut ainsi citer l‘article L 952-2 du code de l’éducation, issu lui-même de l’article 57 de la loi Savary du 26 janvier 1984, et qui dit très précisément : “les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité[1]. Les chercheurs sont ainsi traités de la même manière que les enseignants chercheurs, professeurs et maîtres de conférence. Un Directeur d’études à l’EHESS est, de plus, assimilé à un professeur des universités. Leur liberté est donc entière, dans le respect de la loi qui réprime la diffamation, dans l’enseignement, dans l’activité de recherche et dans les médias qui permettent de la faire connaître. Ces principes ont été rappelés par diverses juridictions, allant de la Cour Européenne des Droit de l’Homme (CEDH) au Conseil Constitutionnel. On peut ainsi citer l’arrêt du CEDH du 27 mai 2014 n°346/04 et 39779/04) mais la jurisprudence du Conseil Constitutionnel français (CC n° 83-165 DC du 20 janvier 1984 et n° 94-355 du 10 janvier1995) ou encore l’article L.111-1/al. 4 du Code de la propriété intellectuelle qui fait dérogation, pour les universitaires, au statut général de la fonction publique. Par ailleurs, on peut encore citer l’article L.411-3 du code de la recherche qui protège l’autonomie de la démarche scientifique ainsi que les articles L.123-9, L.141-6, L.952-2 du code de l’éducation qui rappellent une norme d’indépendance et de liberté d’expression des enseignants, chercheurs et enseignants-chercheurs[2].

Il est aujourd’hui clair que ces principes n’ont pas été respectés par Hypotheses.org et par OpenEdition

Une plateforme indépendante est-elle liée par les règles de l’Etat ?

Il semble que les responsables d’Hypotheses.org et d’OpenEdition ont tellement conscience d’avoir ici franchi une ligne rouge qu’ils argumentent aujourd’hui, sur divers blogs, de la manière suivante : Hypothèses.org n’est pas une instance universitaire, mais une institution originale, indépendante, de droit privé. Elle peut parfaitement se doter d’un règlement intérieur particulier et si l’un de ses membres y contrevient prendre des mesures contre lui. Notons ici que j’étais loin d’être le seul à publier des article dits « politiques » sur Hypotheses.org. On trouvera ici une liste non exhaustive[3]. Dès lors se pose une autre question, celle de l’inégalité de traitement. Or, cette question relève, elle, du droit commun et non de la sphère du droit public. Rien que pour cela, les responsables d’Hypotheses.org et d’OpenEdition ont commis une faute grave.

Mais, revenons à l’argument qui prétend qu’Hypothèses est une plate-forme privée, donc qu’elle ne serait pas concernée par le droit de l’administration et de l’éducation nationale.

Fort bien ; mais, ce qu’oublient ces responsables, c’est qu’Hypotheses.org fonctionne en réalité dans un régime que l’on peut assimiler à celui d’une délégation de service public[4]. Car, nul ne contestera que le travail fait par ce portail correspond bien à un service public. Dès lors, il apparaît pour le moins étrange que cette plate-forme ne se sente pas concernée par les règles et la jurisprudence du service public. Il n’en aurait pas été de même si Hypothèses.org avait été un service payant. Mais, la gratuité du service offert, son lien avec des centres de recherches et le financement public d’Hypotheses.org, renforce la parenté avec la délégation de service public. On peut ici remarquer au parallèle avec certaines associations sportives qui reçoivent, conformément à l’article L.131-14 du code du sport, une délégation de mission de service public.

Par ailleurs, des principes généraux, comme ceux énoncés dans les arrêts du Conseil Constitutionnel et de la CEDH s’appliquent normalement à TOUT acteur de droit français. Ils s’appliquent alors évidemment à Hypotheses.org, et ils semblent bien qu’ils aient été violés dans mon cas.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que j’appelle à signer et à faire signer la pétition qui circule actuellement ici

Notes

[1] Je remercie Roseline Letteron pour cette citation. Voir : http://libertescheries.blogspot.fr/2017/09/menace-sur-la-pensee-libre-le-blog-de.html

[2] Pour plus de précision on se reportera au blog de Jérôme Valluy « Bâillonner les universitaires », publié le 8 octobre 2017, https://blogs.mediapart.fr/jerome-valluy/blog/081017/baillonner-les-universitaires

[3] Par exemple :

https://brexit.hypotheses.org/804

« Victor Orban a ainsi émis de fortes réserves sur les qualités du chef de l’État français. Ce dernier ne doit, toutefois, pas trop s’inquiéter d’une telle appréciation étant donné la qualité de la personne qui l’a formulée… »

https://brexit.hypotheses.org/760

(à propos des élections parlementaires de 2017 au RU)

« Les discussions sur le Brexit en seront retardées d’autant. Finalement, il aurait fallu que ces élections interviennent bien plus tôt, immédiatement après le référendum de juin 2016 ainsi que nous le soutenions dans d’autres publications. Trop heureuse d’accéder à son graal politique, Mme May avait rapidement écarté cette option. Décidément, she’s not the right person at the right moment.” »

https://brexit.hypotheses.org/632

« La présence de M. Macron au second tour de l’élection présidentielle française face à Mme Le Pen est une bonne nouvelle pour le débat politique, car il contribue à replacer en son cœur la question de l’avenir de l’Union européenne »

“Il est vrai qu’une victoire d’un candidat dont l’avenir politique de l’Europe corrélée à la relance indispensable du couple franco-allemand est une ligne de force du programme, serait un événement majeur – et dès lors que les promesses électorales se traduiront en actions concrètes. Il sera aussi indispensable que le mouvement En Marche ! bénéficie d’une majorité ou d’un soutien parlementaire pour défendre efficacement son projet européen. »

https://politbistro.hypotheses.org/3663

(suite à l’élection de Trump)

« Plus de commentaires sur l’élection elle-même dans quelques jours, une fois que j’aurai complètement absorbé l’idée que cette voix insupportable qui sort de mes enceintes pour appeler à la déportation en masse de populations civiles et à la prolifération d’armements atomiques est celle du commandant en chef de la plus importante force armée mondiale. […]Le personnage est affligeant, l’événement est traumatique, le processus est spectaculaire, et les causes sont inquiétantes. »

http://wieviorka.hypotheses.org/803

« Les Français sont pessimistes, ce souffle d’air frais consécutif à l’élection d’Emmanuel Macron peut avoir un impact sur le moral de la collectivité, nous redonner de la fierté. »

« Quand on écoute les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, on sent de la rage, de la colère, de la frustration, qui celle là n’est pas relative ! S’il n’y pas de réponse à toutes ces attentes, pas de traitement politique, la violence en est l’horizon. »

[4] Lombard M.et G. Dumont, Droit administratif, Dalloz, 8e édition,

 

 réponses à [Russeurope en Exil] Les questions et la pétition, par Jacques Sapir

Commentaire recommandé

basile Le 11 octobre 2017 
 
 

Je comprends pourquoi ces auteurs, Aurélien Antoine et Michel Wieviorka, sont choyés, et que Sacques Sapir perturbe la machine. Ils sont en plein dans la ligne des média grand public.

Dans leur ton, leurs mots, leur humanisme doucereux non violent de bons pères de famille qui « savent », ils sont du même tonneau que tous ces spécialistes des plateaux télés qui diffusent la bonne parole. Que dis-je, la messe.

Un blog qui s’appelle Russ…., c’est déjà suspect. Il suffit de constater comme même chez nos proches amis, même dans notre famille, la propagande anti russe a fait son oeuvre. « Il faut une armée européenne pour contenir la Russie, blablabla »

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[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir. Message n°4

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir. Message n°4
8 Oct. 2017

[Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir

Le carnet de recherches Russeurope a été suspendu depuis plus de 10 jours. La mobilisation pour demander sa réouverture ne cesse depuis de s’amplifier. Un premier bilan de cette mobilisation s’impose. Au-delà, il faut considérer les conséquences de cette suspension, et elles pourraient être très déplaisantes pour la recherche française.

Une impressionnante mobilisation

Cette mobilisation a été très large, et elle a touchée des universitaires comme des simples particuliers, ce que M. Emmanuel Macron, dans son inimitable langage, appellerait « des gens qui ne sont rien », et qui sont, pour moi, le sel de la terre.

De très nombreux sites ou blog (plus de 30 en France, et plus de 20 à l’étranger tel que j’ai pu les comptabiliser) ont repris les annonces que j’avais faites, ou ont publié leur propres textes de soutien. Je les en remercie vivement. J’ai reçu le soutien de plusieurs institutions universitaires et en particulier l’Institut de Prévision de l’Economie (Moscou).

De très nombreux courriers (plus de 600 en 3 jours) ont été envoyés à M. Dacos et M. Beretz, au point que le premier s’en est plaint publiquement sur Twitter et a visiblement, à plusieurs reprises, fermé momentanément sa messagerie.

Ceci est la preuve d’une mobilisation qui a porté des coups non négligeables contre les forces de la censure. Mais, pour l’instant, cela n’a pas suffi. Il faut donc redoubler d’efforts, continuer d’écrire sans relâche à MM. Dacos et Beretz, tout en gardant dans ces écrits la correction et le respect qu’il convient d’avoir dans un monde civilisé. Ce n’est pas parce que j’ai été la victime de comportements que l’on a bien du mal à qualifier de civilisé qu’il faut abandonner les pratiques de décence et de correction. Il faut donc continuer à écrire à M. Dacos (marin.dacos@openedition.fr), pour demander que l’usage du carnet Russeurope me soit rétabli, et à faire remonter vos commentaires à M. Alain Beretz (alain.beretz@recherche.gouv.fr),

Ce que nous dit le droit (et les juristes)

Si M. Dacos se mure dans le silence, estimant avoir tout dit, certains de ses amis n’hésitent pas à faire courir sur mon compte des bruits déplaisants et calomniateurs. Ainsi, M. Sylvain Piron affirme, sans la moindre preuve, que mon carnet contiendrait des « appels aux meurtres ». Si cela était vrai, cela constituerait un délit. On peut s’étonner, alors, que nulle plainte n’ait été déposée contre moi. En vérité, cela fait ressortir encore plus la faiblesse de l’argumentaire qui m’est opposé.

De nombreux juristes se sont exprimés sur ce sujet. M. Stéphane Rials (professeur de relations internationales et de philosophie politique à Panthéon-Assas) a ainsi écrit que « la légalité d’une mesure aussi générale, assez mal motivée semble-t-il, manquant du moins de base légale, pourrait être contestée »[1].

Mme Letteron (Professeur des Universités, professeur de Droit à Paris-Sorbonne et qui tient le blog Liberté, Libertés Publiques[2]), de son côté, écrit : « Aux termes de l’article L 952-2 du code de l’éducation, issu de l’article 57 de la loi Savary du 26 janvier 1984,les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité“. (…) La liberté est donc entière, non seulement dans l’enseignement mais aussi dans l’activité de recherche et dans les médias qui permettent de la faire connaître. (…) Un service chargé de gérer une plateforme de blogs, au nom des Universités membres, a le même devoir. »

La question de la liberté d’expression

Ces deux citations, extraites entre bien d’autres, indiquent bien de quoi il est question. Derrière l’argutie d’une séparation entre textes « académiques » et textes « politiques », c’est bien de la liberté d’expression de tous dont cette triste affaire est l’enjeu.

Il me faut, ici, citer à nouveau Roseline Letteron : « (…) la liberté d’expression, et pas seulement celle des universitaires et chercheurs, s’analyse comme un régime répressif. Autrement dit, chacun peut s’exprimer librement, sauf à rendre compte d’éventuelles infractions devant le juge pénal, a posteriori. C’est exactement la formule employée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui énonce que “la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi”. Tout citoyen, sauf Jacques Sapir. On ne lui reproche en effet aucune infraction. On lui interdit simplement de publier par une mesure a priori. Au régime répressif se substitue celui de la censure »[3]. J’ajoute ici que de nombreux autres carnets de Hypotheses.org publient des textes de même nature à ceux que je publiais sur Russeurope. Je ne demande nullement leur suspension. Je demande que ce qui vaut pour Pierre valle également pour Paul, ou pour Jacques…

Par ailleurs, l’idée que l’on puisse établir une séparation claire entre écrits de nature académique et écrits de nature politique est pour le moins douteuse en Sciences Humaines et Sociales. C’est ce que remarquait un auteur d’un carnet de recherches sur Hypotheses.org, qui écrivait à propos de la suspension de mon propre carnet : « il est vraiment difficile de tracer une limite nette entre la recherche en SHS, l’expertise sur le monde social et l’engagement personnel (cf. tweet de Dominique Lecourt). Chaque chercheur a son style, sa posture, qui peuvent varier dans le temps. En fait on pourrait même arguer que si l’un des intérêts du carnet de recherche consiste précisément à donner à voir l’effort de formalisation scientifique en train de se faire, cela implique justement que certains des affects et des engagements, qui animent l’effort de recherche, y soient visibles… »[4].

Le risque de discrédit qui pèse sur les institutions de la recherche française

On peut alors constater que M. Dacos, qui a pourtant été nommé Conseiller scientifique pour la science ouverte auprès du Directeur général de la recherche et de l’innovation au ministère de l’enseignement supérieur, a bien une conception très fermée de la science et de l’expression des scientifiques.

Les collègues de l’Institut de Prévision Economique écrivent ainsi : « Nous, chercheurs russes étions dans l’illusion que la liberté des discussions scientifiques était en France strictement inviolable. Il se fait que c’était une erreur. Il y a des gens en France qui considèrent une forme douce de censure dans les discussions scientifique comme acceptable ».

We, Russian researchers were under the illusion that freedom of academic discussions in France is strictly inviolable. But it turned out that it was a mistake. There are people in France that consider soft censorship in academic discussions to be acceptable[5].

Des termes peu différents peuvent être trouvés sur le blog Goofynomics, qui – il faut le rappeler – est le blog aujourd’hui le plus influent en économie en Italie[6].

On imagine alors l’effet désastreux que la suspension de mon carnet de recherches peut avoir sur la réputation des institutions de recherche françaises à l’étranger. Cette mesure de suspension a suscité légitimement, que ce soit dans le milieux académique ou non-académique, que ce soit en France ou à l’étranger, une profonde émotion. Cette émotion est de nature à porter préjudice à hypotheses.org, ce qu’il convient de constater, de déplorer (car ce portail fait œuvre utile), mais aussi de considérer comme inévitable si cette mesure n’était point rapportée.

Il faut avoir conscience du discrédit que la prolongation d’une telle mesure pourrait faire porter sur les institutions de la recherche française à l’étranger. C’est aussi pourquoi, au-delà de l’injustice et du préjudice que je subis, qu’il faut demander aux organes dirigeants d’hypotheses.org et d’Open Edition de rapporter cette mesure de suspension et de ré-ouvrir dans les plus brefs délais le carnet Russeurope.

Jacques Sapir

[1] https://assasri.wordpress.com/2017/09/29/resistance-soutien-total-a-m-jacques-sapir-directeur-detudes-a-lecole-des-hautes-etudes-en-sciences-sociales-victime-dune-atteinte-insupportable-a-la-liberte-de-lesprit-a-la-libre-recher/

[2] http://libertescheries.blogspot.fr

[3] http://libertescheries.blogspot.fr

[4] http://rumor.hypotheses.org/4121

[5] https://ecfor.ru/en/jacques-sapir-s-blog-is-blocked/

[6] http://goofynomics.blogspot.fr/2017/09/solidarieta-jacques-sapir.html

 

Réponses à [Russeurope en exil] Mobilisation contre la suspension de Russeurope et le risque de discrédit international qui pèse sur les institutions de recherche françaises, par Jacques Sapir

Commentaire recommandé

Stella2b Le 08 octobre 2017 
 
 

La fermeture de l’espace d’expression de M. Sapir est une porte ouverte sur la confiscation de toutes les idées qui sortent de la pensée unique dédiée au libéralisme.
D’autant moins que cet éminent économiste est certainement bien moins dangereux que tous ces amuseurs publics, se prenant pour des journalistes, qui polluent la réflexion des téléphages en répétant, tels des magnétophones, la petite musique ” il n’y a pas d’autre alternative ” …
Cette forme d’autodafé est hautement symbolique et éminemment dangereuse pour la liberté d’expression.
Nous ne devons pas laisser ce mouvement liberticide se poursuivre et montrer immédiatement et sans faille que nous tenons résolument à cette liberté fondamentale qui a toujours enrichi le débat citoyen et permis l’avancée des idées.
Nous sommes devant une régression majeure et historique qui sert les intérêts d’une caste arrogante et destructrice.

Lire la suite

Censure de Jacques Sapir. Message n°2. Deuxième partie

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

Censure de Jacques Sapir. Message n°2. Deuxième partie

2° partie

 

Tableau 1

Chiffres de fréquentation de Russeurope pour les 4 premiers et les 4 derniers mois

Mois

Visiteurs différents dans le mois

Nombre de connexions dans le mois

Nombre de notes dans le mois

Nombre de connexions/notes

octobre-2012

10 856

26 111

13

2009

novembre-2012

14 770

36 802

12

3067

décembre-2012

13 456

36 225

10

3623

janvier-2013

14 019

38 771

13

2982

mai-2017

134 198

315 938

33

9574

juin-2017

97 286

234 556

18

13031

juillet-2017

102 137

231 402

18

12856

août-2017

94 822

213 146

17

12538

Alors, on peut penser que ce qui aurait été toléré pour un carnet connaissant mois de 40 000 connexions par mois était devenu insupportable pour un carnet connaissant plus de 200 000 connexions mensuelles. Ne soyons pas naïf ; la jalousie, sous ses formes les plus mesquines, existe aussi dans le monde universitaire. Et ce d’autant plus qu’il était de nature publique que les articles et notes de Russeurope étaient repris sur d’autres blogs, que ce soit en France, en Belgique, en Italie. Il est, bien entendu, impossible de tenir une comptabilité précise, mais je pense que le nombre réel des lecteurs dépassait de 50% à 100% suivant les occasions les lecteurs enregistrés par Hypothèses.org. Oui, cela était de nature à fâcher les fâcheux…D’autant plus que Russeurope représentait entre 10% et 15% du flux total de la plateforme.

 

Il y a un autre point dérangeant dans la démarche d’Open Edition. Tous les articles cités datent de 2017, et de la période dite de « campagne présidentielle », alors que j’ai publié des prises de position dès l’ouverture du carnet. Or, je constate qu’en 2017 M. Marin Dacos est devenu « Conseiller scientifique pour la science ouverte auprès d’Alain Beretz, Directeur général de la recherche et de l’innovation au Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ». Ceci correspond à une position officielle. Elle est de nature à induire un conflit d’intérêts avec sa position de directeur d’Open Edition qui, par nature, est une plate-forme ouverte à toutes les opinions.

Surtout, elle pourrait me fonder à penser qu’il y a là la source de la mesure qui me frappe. Ce n’est point tant le fait de publier des textes politiques, ou s’inscrivant dans une lecture du politique découlant de recherches scientifiques que l’on me reproche, mais bien les opinions de ces textes. Ce serait donc un procès d’opinion, chose que l’on croyait bannie dans un pays se disant démocratique, procès sans doute mélangé des effluves de la jalousie.

 

Devant cet état des faits, et devant les multiples soutiens que j’ai reçus, que ce soit en France ou en Italie, je demande donc solennellement à Open Edition d’annuler sa mesure arbitraire à mon encontre.

Si, vous aussi, êtes choqués par ce comportement de M. Dacos et d’Open Edition, je vous invite à le faire savoir à M. Dacos (marin.dacos@openedition.fr) ou sur son compte twitter (@marindacos), à demander que l’usage du carnet Russeurope me soit rétabli, et à faire remonter vos commentaires à M. Alain Beretz (compte twitter @alain_beretz), le supérieur hiérarchique de M. Dacos.

 

Par Jacques Sapir le 28 septembre 2017

 

Annexe

Extraits de la charte d’OpenEdition

 

Article 10. Contenu

En adhérant à la plateforme électronique du portail OpenEdition du Cléo, l’Éditeur s’engage à ne pas mettre en ligne un contenu comprenant :

— un message et/ou images faisant l’apologie d’idéologies fascistes, xénophobes, racistes ou sectaires ;

— des propos diffamatoires et/ou injurieux ;

— des propos et/ou images à caractère insultant, humiliant ou portant atteinte à la vie privée d’une personne ;

— des propos et/ou images à caractère pédophile ;

— des propos et/ou images et/ou vidéos à caractère pornographique ;

— des propos et/ou images susceptibles de porter atteinte à l’ordre public, au respect de la personne humaine ou de sa dignité, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la protection des mineurs ;

— des propos et/ou des images encourageant, contenant ou provoquant à la discrimination, l’injure, la haine ou la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, notamment en raison de leur origine, ou de leur appartenance ou non à une ethnie, une nation, une race ou une religion, de leur handicap, de leurs préférences sexuelles ou de toute autre différence ;

— des propos et/ou des images faisant l’apologie ou la négation ou la remise en question des crimes de guerre et/ou contre l’humanité (négationnisme) ;

— des propos et/ou images encourageant la commission de crimes et délits ou le commerce et la consommation de substances illicites, la prostitution, le terrorisme, les agressions sexuelles, le vol, le suicide, la violence, les dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, les atteints à l’autorité de la Justice ;

— des éléments portant atteinte à des droits de propriété intellectuelle (marque, droit d’auteur, dessins et modèles, brevets) ;

— des propos et/ou images portant au droit de la personnalité (atteinte à la vie privée, divulgation d’une image sans l’autorisation de la personne, divulgation de données privées et/ou personnelles…).

 

 

 

 


 

 

Jacques SAPIR

 

[1][1] Par exemple :

http://russeurope.hypotheses.org/763 Comment sommes-nous dépossédés de la Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/765 Légalité, Légitimité et les apories de Karl Schmitt

http://russeurope.hypotheses.org/2300 Souveraineté et Ordre Démocratique 1

http://russeurope.hypotheses.org/2333 Souveraineté et Ordre Démocratique 2

http://russeurope.hypotheses.org/2393 Etat Social et Démocratie

http://russeurope.hypotheses.org/4263 La Société au risque de la Souveraineté

http://russeurope.hypotheses.org/4330 Tyrannies et Dictature

https://russeurope.hypotheses.org/5319 , Etat de Droit et Politique

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Censure de Jacques Sapir. Message 2 (1° partie).

11 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #Jacques Sapir

BONJOUR

Je lance une série de publication sur la censure qui s'est abattue sur Jacques Sapir. 

Voici le deuxième billet, il concerne le message initial de Jacques Sapir.

Cordialement

Lucien Pons

Censure de Jacques Sapir. Message 2 (1° partie).

 

1°partie.

 

Chers amis,

Chers collègues

 

Mon carnet scientifique, ouvert en septembre 2012 sur Hypotheses.org vient d’être suspendu. Je ne puis plus installer de notes ni faire des modifications sur les textes publiés. Le communiqué, signé par Marin Dacos, directeur d’Open Edition dit : « Le carnet que vous consultez est désormais une archive et ne sera plus alimenté. Les droits d’accès en écriture ont été retirés à son auteur par l’équipe d’OpenEdition.

À de nombreuses reprises, l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses et constituant une condition indispensable pour publier sur la plateforme. » Je conteste formellement cette affirmation et cette procédure, dont on peut s’étonner qu’elle survienne maintenant alors que je publie tout type de textes depuis l’ouverture du carnet, fin septembre 2012. Mais, tous les textes publiés sont en relation avec mes recherches, qu’il s’agisse d’articles scientifiques, de notes de travail, ou d’articles de réaction à l’actualité. Tous ces textes s’inscrivent dans le contexte de mes recherches. De plus, et il faut l’ajouter, de nombreux carnets réagissent eux-aussi à l’actualité.

Parme les textes qui me sont reprochés il y a les textes suivants qui servent de prétextes à ce blocage sont les suivants :

 

Candidats du passé, candidats du futur (8 avril 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/5888

Ce texte est la version française de l’interview que j’avais donnée à Russia Today (RT). Je souhaitais mettre cette contribution à la disposition de mes lecteurs francophones sous une forme écrite..

Times of change for French politics (24 avril 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/5929

Ce texte correspond à la version anglaise d’un article publié dans la revue russe Ekspert. Cette pratique de republier un texte paru dans un journal est fréquente sur Hypothèses.org . Par exemple, sur le carnet de Michel Wieviorka on trouve la version française de l’intéressant article qu’il a publié dans le quotidien espagnol La Vanguardia (L’autonomie du politique / https://wieviorka.hypotheses.org/818 ), ou encore un article publié dans le New-York Times (https://wieviorka.hypotheses.org/826 ) ou enfin dans Libération (https://wieviorka.hypotheses.org/831 ). Que Michel Wieviorka puisse publier des articles, parus dans la presse, est une fort bonne chose et, quand on ne peut pas suivre les journaux, on est fort heureux de pouvoir retrouver ces textes. Mais pourrait-on m’expliquer ce qui justifie la différence de traitement avec moi ? Est-ce la revue russe, pourtant considérée dans son domaine comme une revue de référence ? Ou alors, faut-il croire que ce sont les opinions ?

Macron, Ferrand et la « propagande » (30 mai 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/6052

Ce texte correspond à un point d’application de mes travaux dus la légitimité et la légalité. J’ai d’ailleurs publiés de nombreuses notes sur cette question[1][1].

Le président Potemkine? (2 juin 2017)

https://russeurope.hypotheses.org/6067

Ce texte dresse un parallèle entre la situation actuelle et l’histoire de la Russie sur la question de la communication et des représentations, et s’inscrit à la confluence de mes travaux, tant sur la Russie que sur le couple légalité/légitimité.

 

La phrase du communiqué « l’auteur du carnet y a publié des textes s’inscrivant dans une démarche de tribune politique partisane, déconnectés du contexte académique et scientifique propre à Hypothèses » apparaît, alors, comme un pur prétexte. On se souvient du vieil adage « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». On comprend immédiatement que pour tout auteur, et c’est mon cas, qui estime que la recherche ne se fait pas dans les limbes, les travaux scientifiques me conduisent à prendre parti dans l’agora électronique. Par ailleurs, rien dans la charte des contenus sur Open Edition ne mentionne l’interdiction d’une démarche « de tribune politique partisane ». On consultera, en annexe l’article 10 de cette dite charte.

 

Alors, peut-être est-ce tout simplement le succès du carnet Russeurope qui m’attire les foudres de Marin Dacos et d’Open Edition. Et il est vrai que Russeurope a connu un développement auquel je ne m’attendais pas quand je l’ai créé. Le nombre de connexions mensuelles, tout comme le nombre de visiteurs, a atteint des chiffres étonnants.

 

A suivre

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