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Le blog de Lucien PONS

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Vrai ou faux? Salim Lamrani décortique les mensonges sur Fidel Castro ! Le site du PRCF.

8 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Terrorisme, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée

Vrai ou faux? Salim Lamrani décortique les mensonges sur Fidel Castro !

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De nombreuses personnes à travers le monde, à commencer par des millions de Cubains, ont salué la mémoire de . Mais le décès du révolutionnaire a aussi été l’occasion de ressortir quelques poncifs de la propagande anticastriste que l’on pensait ensevelis avec la guerre froide. Les voilà qu’ils remontaient à la surface médiatique: Castro a condamné les Cubains à la misère alors qu’il avait des millions de dollars planqués sur un compte secret; Castro a fait de Cuba une prison à ciel ouvert; Castro était homophobe… Et bien évidemment, l’incontournable « C’était un dictateur ». Nous avons soumis ces crachats funéraires à l’un des meilleurs spécialistes de Cuba, , pour un petit questionnaire vrai ou faux.


Fidel Castro a condamné les Cubains à la misère

Salim Lamrani : Les indicateurs fournis par les institutions onusiennes sur Cuba apportent un démenti à cette affirmation. L’une des grandes réussites de Fidel Castro et de la Révolution est d’avoir créé un système de protection sociale qui est unanimement considéré comme étant l’exemple à suivre pour les nations du Tiers-monde, en universalisant l’accès à la santé, à l’éducation, à la culture, au logement, à la sécurité, au sport et aux loisirs.

Quelques chiffrent permettent d’illustrer ce propos. Le taux d’alphabétisation est de plus de 99% et l’UNESCO souligne que les élèves cubains disposent des meilleurs résultats scolaires de toute l’Amérique latine dans toutes les matières. Cuba alloue près de 14% de son budget à ce secteur. Aucun pays au monde ne fait mieux. En guise de comparaison, la France alloue environ 7% de son budget à l’éducation. Bien entendu, tous les cursus sont universels et gratuits pour tous les Cubains.

Pour ce qui est de la santé, l’espérance de vie est de 80 ans et le taux de mortalité infantile est de 4,6 pour mille. Aucun pays du continent d’Amérique, y compris le Canada et les Etats-Unis, ne dispose d’un taux de mortalité infantile aussi bas. Selon l’UNICEF, Cuba est le seul pays d’Amérique latine et du Tiers-monde à avoir éliminé la malnutrition infantile. Cuba est le premier pays au monde à avoir éliminé la transmission mère/enfant du virus du sida. Il est bien entendu impossible d’atteindre de tels indicateurs sans accès à une bonne alimentation, des conditions de vie décentes, un système d’éducation performant, et des soins de première qualité.

On pourrait également disserter sur l’importante de la culture à Cuba qui est illustrée par les nombreuses manifestations organisées chaque année. On pourrait aussi évoquer la place centrale qu’occupe le sport qui contribue au bien-être physique et moral des citoyens et qui leur inculque des valeurs de partage, de générosité, d’altruisme et de solidarité fondamentales pour l’équilibre de la société.

Il convient de rappeler que ces réussites extraordinaires, uniques pour un pays du Tiers-monde aux ressources limitées, ont été obtenues dans un contexte d’hostilité extrême. Cuba souffre de sanctions économiques extrêmement sévères qui affectent toutes les catégories de la société et tous les secteurs de l’économie. Elles ont coûté plus de 120 milliards de dollars à l’île depuis plus d’un demi-siècle.

 

Fidel Castro avait une fortune personnelle estimée à 900 millions de dollars.

SL: L’estimation a été donnée par le magazine Forbes qui a avoué avoir arbitrairement décidé d’accorder une partie du PIB cubain à Fidel Castro. Le chiffre n’est donc pas crédible. D’ailleurs, tous les observateurs et toutes les personnalités étrangères qui ont eu le privilège de rencontrer Fidel Castro ont tous été frappés par les conditions de vie austères que s’imposait le leader de la Révolution cubaine. Il en est de même pour tous les cadres ayant un poste à responsabilité.

 

Fidel Castro a fait de Cuba une prison à ciel ouvert, n’hésitant pas à faire massacrer ceux qui tentaient de s’enfuir.

SL: Aucune organisation internationale n’a jamais rapporté le moindre cas d’assassinat politique, d’exécution extrajudiciaire, de disparition ou de torture à Cuba depuis 1959. Aucun journaliste n’a été assassiné à Cuba depuis le triomphe de la Révolution. Peu de pays au monde y compris les plus développés peuvent présenter un tel bilan sur les soixante dernières années.

Il y a 4 millions de touristes qui se rendent dans l’île chaque année. Si Cuba était une prison à ciel ouvert, où la population était réprimée, ils s’empresseraient de raconter cette supposée réalité à leur retour de l’île et choisiraient à l’évidence une autre destination pour leurs prochaines vacances. Or, l’immense majorité des touristes reviennent ravis de leur séjour à Cuba dont ils apprécient l’hospitalité, la chaleur humaine, la fraternité, l’histoire, la culture, la sécurité, l’absence de misère (même s’il y a de la pauvreté) et ont hâte d’y retourner.

Si Cuba était une prison à ciel ouvert, il n’y aurait pas 500 000 Cubano-Américains en visite dans l’île chaque année. Il faut savoir que chaque année, plus de mille Cubains qui ont émigré à l’étranger choisissent de rentrer définitivement dans leur pays d’origine. Ces faits parlent d’eux-mêmes.

 

Fidel Castro était homophobe.

SL : Cette question a souvent été instrumentalisée pour des raisons politiques. Dans les années soixante, les préjugés et les discriminations à l’égard des homosexuels étaient légion à travers le monde. Aucun pays n’en a réchappé, y compris les démocraties occidentales.

Au triomphe de la Révolution cubaine, en 1959, la société cubaine était de tradition catholique et patriarcale et il y avait, comme dans toutes les nations réunissant ces caractéristiques, des préjugés à l’égard de certaines catégories de la population.

La grande critique émise à l’encontre de Cuba concerne les Unités militaires d’aide à la production (UMAP) qui ont fonctionné environ deux ans dans les années 1960. Il est important de revenir aux faits. A Cuba, le service militaire est obligatoire. Dans les années soixante, les personnes qui ne souhaitaient pas effectuer leur service pour des raisons éthiques, philosophiques, religieuses ou personnelles devaient effectuer un service civique en réalisant des travaux agricoles dans des unités à la campagne. Au sein de ces UMAP, les homosexuels ont été victimes de discriminations, de vexations, de brimades et de moqueries et ont été logés dans des baraquements séparés.

Ces violations des droits humains sont parvenues aux oreilles de Vilma Espín, épouse de Raúl Castro, et surtout Présidente fondatrice de la puissante Fédération des femmes cubaines. Elle en a donc informé Fidel Castro. Ce dernier, qui s’est toujours appuyé sur la jeunesse et les étudiants, a décidé d’envoyer clandestinement un groupe de militants de l’Union des jeunesses communistes au sein des UMAP pour vérifier les faits. Après plusieurs semaines d’observation, ils ont rendu un rapport accablant confirmant les atteintes aux droits de ces personnes et les UMAP ont été fermées en 1968, un peu moins de deux ans après leur création. Il faut rappeler que le seul rôle de Fidel Castro dans les UMAP a été de procéder à leur fermeture définitive.

Il convient également de dire que des intellectuels tels que Virgilio Piñera et Lezama Lima ont été marginalisés et ostracisés. Dès lors que l’on donne un certain pouvoir à des bureaucrates marqués par l’ignorance et les préjugés, ce type d’abus est malheureusement inévitable. L’homosexualité a été reconnue comme un délit pénal jusqu’en 1979 à Cuba.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les autorités ont pris plusieurs mesures pour lutter contre les préjugés. Ainsi, en 1993, l’Etat cubain a financé le film Fresa et chocolate qui dénonce les discriminations et les préjugés à l’encontre des homosexuels. Depuis 1995, les homosexuels participent en tant que groupe au défilé du 1er mai.  Le Centre national d’éducation sexuelle, dirigée par Mariel Castro, réalise un travail pédagogique et culturel remarquable avec le soutien de l’Etat cubain pour lutter contre les préjugés et discriminations à l’encontre des homosexuels. L’Etat cubain finance intégralement les opérations de changement de sexe. Depuis 2007, le Ministère cubain de la Santé finance même un festival de cinéma Gay chaque année. Adela Hernández, une personne transgenre née sous le nom de José Agustín Hernández, a même été élue à l’Assemblée municipale de la ville de Caibarién en 2012, ce qui montre l’évolution des mentalités à Cuba. A ma connaissance, il n’y a pas de cas similaire en France ou aux Etats-Unis. Ces faits démontrent que la situation des personnes à l’orientation sexuelle différente à Cuba ne correspond pas à l’image médiatique véhiculée dans les nations occidentales.

Cela dit, il est indispensable désormais de rappeler quelle était la situation des homosexuels à travers le monde, y compris dans les grandes démocraties occidentales. En un mot, elle était semblable à celle Cuba à la même époque. Les préjugés étaient largement répandus. En France, en 1960, le gouvernement du Président De Gaulle a classé l’homosexualité comme un « fléau social » et le parlement français a donné au pouvoir le droit de légiférer par décret pour combattre ce « fléau » (loi n° 60-773 du 30 juillet 1960). Il convient de rappeler également qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les déportés homosexuels ne pouvaient prétendre à aucune reconnaissance de leur statut de victime de guerre ni à aucune indemnisation. En 1968, la France a adopté le point de vue de l’Organisation mondiale de la santé et a classé l’homosexualité comme une maladie mentale. L’OMS n’abrogera cette classification qu’en 1991. La France a considéré l’homosexualité comme un délit pénal jusqu’en 1981. Aujourd’hui, en France, les populations homosexuelles sont toujours victimes de certaines discriminations. Par exemple, elles ne peuvent pas faire un don du sang dans les mêmes conditions que les catégories hétérosexuelles.

Aux Etats-Unis, l’homosexualité était considérée comme un trouble psychiatrique et était même « traitée » par la lobotomie jusqu’en 1951. Sous le maccarthysme, les homosexuels étaient chassés de leur emploi et parfois même jetés en prison. Dans les années 1970, la police effectuait régulièrement des descentes dans les bars homosexuels. En mars 1970, 167 personnes ont été arrêtées dans un bar de Greenwich Village à New York. Jusqu’en 1990, les services d’immigration pouvaient refuser l’entrée aux Etats-Unis pour les étrangers homosexuels. Dans les années 1980, l’homosexualité constitue un délit pénal dans la moitié des 50 Etats des Etats-Unis. Aujourd’hui encore, au XXIe siècle aux Etats-Unis, l’homosexualité reste un délit pénal dans 13 Etats sur 50.

 

Fidel Castro était un dictateur.

SL : Aucun dirigeant au monde ne peut rester 30 ans à la tête d’un pays – car il convient de rappeler que Fidel Castro a été Président de la République de 1976 à 2006 – dans un contexte de guerre larvée avec les Etats-Unis sans un soutien majoritaire du peuple.

Les diplomates étasuniens en poste à Cuba sont d’ailleurs très lucides à ce sujet. Dans un mémorandum datant de 2009, Jonathan Farrar, alors chef de la section des intérêts étasuniens à La Havane – il n’y avait pas encore d’ambassade à l’époque – soulignait que « ce serait une erreur de sous-estimer le soutien dont dispose le gouvernement particulièrement auprès des communautés populaires et des étudiants ».

Tous les observateurs sérieux sont unanimes pour reconnaître que Fidel Castro était aimé des Cubains, même si, comme dans toute société, il y a toujours eu des secteurs insatisfaits.

Par ailleurs, il faut rappeler que Fidel Castro a été élu tous les cinq ans depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 1976. Auparavant, sous la Cuba révolutionnaire, il y a eu deux autres présidents : Manuel Urrutia de janvier à juillet 1959 et Osvaldo Dorticós de juillet 1959 à décembre 1976.

Il faut savoir que des élections directes ont lieu à Cuba au niveau municipal, provincial et pour les législatives. Elles ont toutes lieu au scrutin universel et secret tous les deux ans et demi pour les élections municipales et tous les cinq ans pour les provinciales et les législatives. Le Parti communiste cubain, qui est le seul parti existant dans l’île, ne joue absolument aucun rôle électoral. La législation cubaine interdit au PCC de désigner les candidats. Ce sont les électeurs, au sein de leur circonscription, qui désignent les candidats. Pour chaque élection, il en faut au moins deux et au maximum huit. Une fois les candidats désignés, leur CV est affiché sur la place publique. Les campagnes électorales sont interdites. Il faut également savoir qu’à Cuba les élus peuvent être révoqués durant leur mandat si les électeurs en décident ainsi. Par exemple, un député élu à 57% des voix pourra être révoqué par ses électeurs si 57% +1 en expriment la volonté.

Pour les élections présidentielles, il s’agit d’un processus indirect. C’est le Parlement cubain qui élit parmi ses députés les membres du Conseil d’Etat et du Conseil des Ministres ainsi que leur Président. Ainsi, pour arriver à la Présidence de Cuba, Fidel Castro a d’abord dû être désigné candidat au Parlement, élu comme député au suffrage universel et secret, et ensuite élu par le Parlement comme Président du Conseil d’Etat et du Conseil des Ministres. A Cuba, le Président est à la fois le chef d’Etat et le chef du gouvernement.

Source: Investig’Action

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet.

– See more at: http://www.investigaction.net/vrai-ou-faux-salim-lamrani-decortique-les-cliches-sur-castro/#sthash.HW2l8VaE.dpuf

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Discours de réception de M. Andreï Makine à l'Académie Française

4 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #La France, #L'OTAN., #La République, #La culture

Discours de réception de M. Andreï Makine

Le 15 décembre 2016

Andreï MAKINE

DISCOURS

DE

M. Andreï MAKINE

———

 

M. Andreï Makine, ayant été élu à l’Académie française à la place laissée vacante par la mort de Mme Assia Djebar, y est venu prendre séance le jeudi 15 décembre 2016, et a prononcé le discours suivant :

Discours de réception de M. Andreï Makine à l'Académie Française

Mesdames et Messieurs de l’Académie,

 

Il y a trois cents ans, oui, trois siècles à quelques mois près, au printemps de 1717, un autre Russe se rendit à l’Académie, une institution encore toute jeune, quatre-vingts ans à peine, et qui siégeait, à l’époque, au Louvre. La visite de ce voyageur russe, bien que parfaitement improvisée, était infiniment plus éclatante que mon humble présence parmi vous. Il s’agissait de Pierre le Grand ! Le tsar rencontra les membres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, s’attarda – le temps de deux longues séances – à l’Académie royale des sciences, observa plusieurs nouveautés techniques et réussit même à aider les géographes français à corriger les cartes de la Russie. Il alla aussi à l’Académie française et là il ne trouva présents que deux académiciens. Non que les membres de votre illustre Compagnie fussent particulièrement dissipés mais le tsar, nous l’avons vu, improvisait ses visites sans s’enquérir des règlements ni de l’heure des séances. Néanmoins, les deux académiciens eurent l’élégance d’initier Pierre aux secrets de leurs multiples activités. L’un d’eux cita, bien à propos, Cicéron, son dialogue De finibus bonorum et malorum. Les langues anciennes n’étaient pas encore considérées en France comme un archaïsme élitiste et la citation latine sur les fins des biens et des maux, traduite en russe par un interprète, enchanta le tsar : « Un jour, Brutus, où j’avais écouté Antiochus comme j’en avais l’habitude avec Marcus Pison dans le gymnase dit de Ptolémée [...], nous décidâmes de nous promener l’après-midi à l’Académie, surtout parce que l’endroit est alors déserté par la foule. Est-ce la nature, dit Pison, ou une sorte d’illusion, [...] mais quand nous voyons des lieux où nous savons [...] que demeurèrent des hommes glorieux, nous sommes plus émus qu’en entendant le récit de leurs actions ou en lisant leurs ouvrages... »

 L’enthousiasme de Pierre le Grand fut si ardent que, visitant la Sorbonne, il s’inclina devant la statue de Richelieu, l’embrassa et prononça ces paroles mémorables que certains esprits sceptiques prétendent apocryphes : « Grand homme, je te donnerais la moitié de mon empire pour apprendre de toi à gouverner l’autre. »

Le tsar embrassa aussi le petit Louis XV, âgé de sept ans. Le géant russe tomba amoureux de l’enfant-roi, sans doute percevant en ce garçonnet un contraste douloureux avec son propre fils, Alekseï, indigne des espoirs paternels. Mais peut-être fut-il touché, comme nous le sommes tous, quand nous entendons un tout jeune enfant parler librement une langue, pour nous étrangère, et dont nous commençons à aimer les vocables. Oui, cette langue française qui allait devenir, bientôt, pour les Russes, la seconde langue nationale.

Non, ce n’est pas cette passion linguistique qui traça l’itinéraire du tsar. Son programme, si je puis dire, était bien plus pratique : la manufacture des Gobelins qui allait inspirer la fabrication des tissus en Russie, la Manufacture royale des glaces qui, malgré l’opposition de l’Église orthodoxe, allait faire briller mille miroirs de Saint-Pétersbourg à Moscou et, enfin, Versailles et le défi que le tsar allait lancer en faisant bâtir son Versailles à lui, son Peterhof et ses fabuleuses fontaines...

Cependant, la discussion avec les deux académiciens ne fut pas vaine. Pour la première fois de sa vie, Pierre découvrait un pays qui avait dédié à sa langue une savante Académie, appelée à défendre l’idiome national. Dès le retour du tsar à Saint-Pétersbourg, l’idée de l’Académie russe prend forme et se réalise peu de temps après sa mort.

 

Mes paroles s’éloignent, pourrait-on penser, du but de ce discours qui doit rendre hommage à cet écrivain remarquable que reste pour nous Assia Djebar. En effet, quel lien pourrait unir le souverain d’une lointaine Moscovie, une romancière algérienne et votre serviteur que vous avez jugé digne de siéger à vos côtés ? Ce lien est pourtant manifeste car il exprime la raison d’être même de l’Académie : assurer à la langue et à la culture françaises le rayonnement le plus large possible et offrir à cette tâche le concours des intelligences œuvrant dans les domaines les plus variés.

Assia Djebar avait, en ce sens, un immense avantage sur un Russe, qu’il fût un monarque ou un jeune citoyen de l’Union soviétique. Elle n’avait pas eu à subir le refus de Louis XIV qui, en 1698, pour ne pas froisser son allié, le sultan de la Sublime Porte, évita de recevoir le tsar. Ce refus, nous confie Saint-Simon, « mortifia » le jeune monarque russe. Aucun Rideau de fer n’empêcha la brillante élève algérienne de traverser la Méditerranée, de venir étudier à Paris, au lycée Fénelon d’abord et, ensuite, à l’École normale supérieure. Aucune pression idéologique ne commanda, en France, les choix qu’elle devait faire pour persévérer dans ses études. Aucune censure ne lui opposa un quelconque index librorum prohibitorum. Et même quand la grande Histoire – la guerre d’Algérie – fit entendre son tragique fracas, Assia Djebar parvint à résister à la cruauté des événements avec toute la vigueur de son intelligence. Romancière à l’imaginaire fécond, cinéaste subtile, professeur reconnu sur les deux rives de l’Atlantique – la carrière de la future académicienne est une illustration vivante de ce que la sacro-sainte école de la République avait de plus généreux.

Un destin aussi exemplaire fait presque figure de conte de fées ou, plutôt d’une apothéose où le général de Gaulle apparaît, un jour, en deus ex machina, pour aider l’universitaire et la militante pro-F.L.N. Assia Djebar à réintégrer ses fonctions.

Cette vie, d’une richesse rare, est trop bien connue pour qu’on soit obligé de rappeler, en détail, ses étapes. Maintes thèses universitaires abordent l’œuvre d’Assia Djebar. Ses étudiants, en Algérie, en France, aux États-Unis, perpétuent sa mémoire. Des prix littéraires, très nombreux, ont consacré ses textes – depuis Les Enfants du Nouveau Monde jusqu’à La Femme sans sépulture – traduits en plusieurs langues.

Et pourtant, dans cette vie et cette œuvre subsiste une zone mystérieuse qui exerce un attrait puissant sur les étrangers francophones. Cette langue française, apprise, maniée avec une adresse indéniable, étudiée dans ses moindres finesses stylistiques, cette langue donc, que représente-t-elle pour ceux qui ne l’ont pas entendue dans leur berceau ? Une appropriation conquérante ? Une vertigineuse ouverture intellectuelle ? Un formidable outil d’écriture ? Ou bien, au contraire, une durable malédiction qui relègue notre langue d’origine au rang d’un patois familial, d’un sabir enfantin, d’une langue fantôme qui ne pourra plus que végéter au milieu des vestiges de nos jeunes années ? Apprendre cette langue étrangère, se fondre en elle, se donner à elle dans une fusion quasi amoureuse, concevoir grâce à elle des œuvres qui prétendent ne pas lui être infidèles et même, suprême audace, pouvoir l’enrichir, oui, ce choix d’une nouvelle identité linguistique serait-il une bénédiction, une nouvelle naissance ou bien un arrachement à la terre des ancêtres, la trahison de nos origines, la fuite d’un fils prodigue ?

Cette formulation qui peut vous paraître trop radicale reflète à peine la radicalité avec laquelle la question est soulevée dans les livres d’Assia Djebar. « Le français m’est une langue marâtre », disait-elle dans son roman L’Amour, la fantasia. Une langue marâtre ! Donc nous avions raison : adopter une langue étrangère, la pratiquer en écriture peut être vécu comme une rupture de pacte, la perte d’une mère, oui, la disparition de cette « langue mère idéalisée » dont parle la romancière.

« Sous le poids des tabous que je porte en moi comme héritage, disait-elle, je me retrouve désertée des chants de l’amour arabe. Est-ce d’avoir été expulsée de ce discours amoureux qui me fait trouver aride le français que j’emploie ? »

Le français, une langue marâtre, incapable d’exprimer la beauté des chants de l’amour arabe, une langue aride... Et, en même temps, une langue qui peut servir d’armure à la jeune Algérienne et qui libère son corps : « Mon corps s’est trouvé en mouvement dès la pratique de l’écriture étrangère. » Une langue d’émancipation donc, un parler libérateur ? Certes, mais le sentiment de privation, de déchéance même n’est jamais loin : 

« Le poète arabe, nous expliquait Assia Djebar, décrit le corps de son aimée ; le raffiné andalou multiplie traités et manuels pour détailler tant et tant de postures érotiques ; le mystique musulman [...] s’engorge d’épithètes somptueuses pour exprimer sa faim de Dieu et son attente de l’au-delà... La luxuriance de cette langue me paraît un foisonnement presque suspect... Richesse perdue au bord d’une récente déliquescence ! »

Tel est le dilemme qui se dresse devant la romancière algérienne comme devant tant d’autres écrivains francophones appartenant aux anciennes colonies françaises : une langue maternelle idéalisée, parée de tous les atours de finesse et de magnificence et la langue étrangère, le français, dont l’utilité d’armure intellectuelle et la force émancipatrice ne pourront jamais remplacer le paradis perdu où résonnaient les mélodies du verbe ancestral. Serait-ce un enfermement insoluble ?

 

La Grande Catherine de Russie sembla avoir bien tranché ce nœud gordien. « Voltaire m’a mise au monde », disait-elle, et cette affirmation ne concernait pas l’usage du français qu’elle pratiquait couramment grâce à mademoiselle Cardel et que toute l’Europe éclairée parlait à l’époque. Non, il s’agissait avant tout de l’ouverture au monde intellectuel de la France, à ses joutes philosophiques, à la diversité et à la richesse de ses belles-lettres. Le cas de la grande tsarine apparaît encore plus complexe que la situation d’une jeune Algérienne qui se culpabilisait de son geste de transfuge linguistique. Car Catherine, de langue maternelle allemande, et parfaitement francophone, a toujours été animée d’un désir impérieux de russité. Elle voulait comprendre le peuple de l’immense empire qu’elle eut à diriger toute jeune. Le russe, indispensable outil de gouvernance, est devenu pour Catherine une langue d’intimité, de communion avec l’insondable âme russe, avec la musique de ses paysages, de ses saisons, de ses légendes. Nature passionnée, Catherine se mit à étudier le russe en linguiste amateur, démontrant la témérité de son sens de l’étymologie. « Le Périgord, disait-elle, mais c’est un nom purement russe ! “ Peré ” signifie au-delà. Et “ gory ” – montagnes. Le Périgord c’est un pays au-delà des montagnes, donc ce sont les Russes qui avaient découvert cette région ! » Son entourage à la cour de Saint-Pétersbourg avait le tact de ne pas démentir ces fulgurances lexicologiques, préférant rire sous cape en disant que l’Impératrice réussissait à commettre, en russe, quatre fautes d’orthographe dans un mot de trois lettres. Et c’était, hélas, vrai !

Jusqu’à sa mort, Catherine garderait un accent. Allemand ? Français ? Allez savoir. Et ses fautes d’orthographe seraient corrigées par le seul homme qui aimait véritablement cette femme, le jeune prince Alexandre Lanskoï.

 Malgré toutes ses lacunes idiomatiques, la tsarine a laissé aux Russes un trésor inestimable : le privilège de parler français sans se sentir traître à la Patrie et la possibilité de communiquer en russe sans passer pour un patoisant borné, un inculte, un plouc. Bien sûr le dilemme que nous avons vu surgir si puissamment dans l’œuvre d’Assia Djebar – une langue d’origine, perdue, une langue étrangère, conquise – tourmentait aussi ces francophones russes qui, victimes d’une mauvaise conscience linguistique, se mettaient parfois à dénoncer les méfaits de la gallomanie et l’emprise du cogito français sur l’intellection russe. Le dramaturge Fonvizine consacra une comédie à cette influence française corruptrice des âmes candides. Son héros, un peu simplet, clame sans cesse : « Mon corps est né en Russie mais mon âme appartient à Paris ! » Fonvizine compléta cette satire en écrivant ses fameuses Lettres de France où, au lieu de moquer les Russes, lui qui a rencontré Voltaire trois fois, il s’en prend à certaines incohérences de la pensée française : « Que de fois, écrit-il, discutant avec des gens tout à fait remarquables, par exemple, de la liberté, je disais qu’à mon avis, ce droit fondamental de l’homme était en France un droit sacré. Ils me répondaient avec enthousiasme que “le Français est né libre”, que le respect de ce droit fait tout leur bonheur, qu’ils mourraient plutôt que d’en supporter la moindre atteinte. Je les écoutais, puis orientais la discussion sur toutes les entorses que j’avais constatées dans ce domaine et, peu à peu, je leur découvrais le fond de ma pensée – à savoir qu’il serait souhaitable que cette liberté ne fût pas chez eux un vain mot. Croyez-le ou non, mais les mêmes personnes qui s’étaient flattées d’être libres me répondaient aussitôt : “Oh, Monsieur, mais vous avez raison, le Français est écrasé, le Français est esclave !” Ils s’étouffaient d’indignation, et pour peu que l’on ne se tût pas, ils auraient continué des jours entiers à vitupérer le pouvoir et à dire pis que pendre de leur état. » Involontairement, peut-être, Fonvizine nous laisse deviner que tout en critiquant les cercles éclairés de Paris, il est devenu lui-même très français dans sa manière de mener subtilement une controverse intellectuelle.

Et c’est dans cet apprentissage de la francité que nous découvrons le secret de la solidité des liens entre nos deux civilisations. Non, les Russes n’ont jamais été aveugles : Fonvizine, Pouchkine, Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov ont tous exprimé, à un moment de leur vie, le rejet de ce qui pouvait se faire en France ou de ce qui pouvait s’écrire en France. Mais jamais ces grands écrivains n’ont eu l’idée de chercher la cause de ces fâcheuses réalités dans la francité même – et la faiblesse des ouvrages publiés à Paris, dans je ne sais quelle tare congénitale de la langue française. Fonvizine le formulait sur le ton d’un amant trahi : « Il faut rendre justice à ce pays : il est passé maître dans l’art du beau discours. Ici, on réfléchit peu, d’ailleurs on n’en a pas le temps, parce qu’on parle beaucoup et trop vite. Et comme ouvrir la bouche sans rien dire serait ridicule, les Français disent machinalement des mots, se souciant peu de savoir s’ils veulent dire quelque chose. De plus, chacun tient en réserve toute une série de phrases apprises par cœur – à vrai dire très générales et très creuses – et qui lui permettent de faire bonne figure en toute circonstance. » Reconnaissons-le, ce jugement reste actuel si l’on pense au langage politique et médiatique d’aujourd’hui.

Et pourtant le dramaturge russe ne parle que de la manière – abusive, redondante, hypocrite – d’user d’une langue, mais il n’attribue nullement ces défauts-là à la langue française même. Et Dostoïevski, ce grand pourfendeur de l’esprit bourgeois dans la France contemporaine, il salue le génie de Balzac, son art de peindre ces mêmes bourgeois dans La Comédie humaine. « Bonheur, extase ! J’ai traduit Eugénie Grandet ! » : on oublie souvent que la carrière du jeune romancier russe a débuté par ce cri de joie. Et Tolstoï qui n’hésitait pas à éreinter la production romanesque française, lui, il donnait au jeune Gorki ce conseil de vieux sage : « Lisez les Français ! »

Ces écrivains russes n’avaient jamais étudié Ferdinand de Saussure ni, encore moins, Roman Jakobson. Mais ils devinaient, d’instinct, ce distinguo linguistique désormais trivial : la langue et la parole, le dictionnaire et notre façon d’en faire notre usage personnel dans l’infini de ses possibilités. Oui, un dictionnaire, des règles, un corpus fermé, codifié, normatif et la fantaisie de chacun de nous, simples locuteurs ou bien écrivains.

 Alors, y aurait-il un sens à blâmer une langue étrangère dans laquelle on écrit, à mettre en doute sa richesse, sa grammaire, à se plaindre de son aridité, lui reprochant de ne pas répondre à toutes les circonvolutions de notre imaginaire d’origine ? Non, bien sûr que non. La langue parfaite n’existe pas. Seule la parole du poète atteint parfois les sommets de la compréhension visionnaire où les mots mêmes paraissent de trop. La parole du poète, dans toutes les langues, à toutes les époques. Mais très, très, très rarement.

Notre jeune romancière algérienne était-elle consciente de cette fondamentale neutralité des langues ? Sans aucun doute. Sinon, Assia Djebar n’aurait jamais évoqué, à propos du français, cette part d’ombre que l’histoire des hommes dépose au milieu des mots d’un dictionnaire : « Chaque langue, je le sais, entasse dans le noir ses cimetières, ses poubelles, ses caniveaux ; or devant celle de l’ancien conquérant, me voici à éclairer ses chrysanthèmes ! »

Encore une définition lourde à porter : « la langue de l’ancien conquérant ». 1830, la conquête de l’Algérie et la langue française qui serait donc à jamais associée à la violence, la domination, la colonisation.

Comme le ciel de l’entente franco-russe semblerait léger à côté de ces lourds nuages ! Serait-ce la raison pour laquelle le français, en Russie, n’a jamais été entaché par le sang de l’histoire ? Pourtant, le sang, hélas, a coulé entre nos deux pays et bien plus abondamment que dans les sables et les montagnes de l’Algérie. Soixante-quinze mille morts en une seule journée dans la bataille de la Moskova, en 1812, un carnage pas si éloigné, dans le temps, de la conquête algérienne. Oui, quarante-cinq mille morts russes, trente mille morts du côté français. Mais aussi la guerre de Crimée, dévastatrice et promotrice de nouvelles armes, et jadis comme naguère, l’Europe prête à s’allier avec un sultan ou – c’est un secret de Polichinelle – à armer un khalifat, au lieu de s’entendre avec la Russie. Et le débarquement d’un corps expéditionnaire français en 1918 au pire moment du désastre révolutionnaire russe. Et la Guerre froide où nos arsenaux nucléaires respectifs visaient Paris et Moscou. Et l’horrible tragédie ukrainienne aujourd’hui. Combien de cimetières, pour reprendre l’expression d’Assia Djebar, les Russes auraient pu associer à la langue française ! Or, il n’en est rien ! En parlant cette langue nous pensons à l’amitié de Flaubert et de Tourgueniev et non pas à Malakoff et Alma, à la visite de Balzac à Kiev et non pas à la guerre fratricide orchestrée, dans cette ville, par les stratèges criminels de l’OTAN et leurs inconscients supplétifs européens. Les quelques rares Russes présents à la réception de Marc Lambron lui ont été infiniment reconnaissants d’avoir évoqué un fait d’armes de plus ou plus ignoré dans cette nouvelle Europe amnésique. Marc Lambron a parlé de l’escadrille Normandie-Niémen, de ses magnifiques héros français tombés sous le ciel russe en se battant contre les nazis. Oui, ce sont ces cimetières-là, cette terre où dorment les pilotes légendaires, oui, cette mémoire-là que les Russes préfèrent associer à la francité.

 

Comme tous les livres engagés, les romans d’Assia Djebar éveillent une large gamme d’échos dans notre époque. Ces livres parlent des massacres des années cinquante et soixante, mais le lecteur ne peut s’empêcher de penser au drame qui s’est joué en Algérie, tout au long des années quatre-vingt-dix. Nous partageons la peine des Algériens d’il y a soixante ans mais notre mémoire refuse d’ignorer le destin cruel des harkis et le bannissement des pieds-noirs. Et même les mots les plus courants de la langue arabe, les mots innocents (le dictionnaire n’est jamais coupable, seul l’usage peut le devenir), oui, l’exclamation qu’on entend dans la bouche des personnages romanesques d’Assia Djebar, ce presque machinal Allahou akbar, prononcé par les fidèles avec espoir et ferveur, se trouve détourné, à présent, par une minorité agressive – j’insiste, une minorité ! – et sonne à nos oreilles avec un retentissement désormais profondément douloureux, évoquant des villes frappées par la terreur qui n’a épargné ni les petits écoliers toulousains ni le vieux prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Il serait injuste de priver du droit de réponse celle qui ne peut plus nous rejoindre et nous parler. À la longue liste des villes et des victimes, la romancière algérienne aurait sans doute eu le courage d’opposer sa liste à elle en évoquant le demi-million d’enfants irakiens massacrés, la monstrueuse destruction de la Libye, la catastrophe syrienne, le pilonnage barbare du Yémen. Qui aurait, aujourd’hui, l’impudence de contester le martyre de tant de peuples, musulmans ou non, sacrifiés sur l’autel du nouvel ordre mondial globalitaire ?

Assia Djebar ne pouvait ne pas noter cette résonance soudaine que suscitaient ses œuvres. Ainsi, dans son discours de réception à l’Académie, se référait-elle à... Tertullien qui, d’après elle, n’avait rien à envier, en matière de misogynie, aux fanatiques d’aujourd’hui. Que peut-on répondre à cet argument ? Juste rappeler peut-être que nous vivons au vingt et unième siècle, dans un pays laïc, et que presque deux millénaires nous séparent de Tertullien et de sa bigote misogynie. Est-ce suffisant pour que certains pays réexaminent la place de la femme dans la cité et dans nos cités ? Et que les grandes puissances cessent de jouer avec le feu, en livrant des armes aux intégristes, en les poussant dans la stratégie du chaos, au Moyen-Orient ?

Je ne crois pas que la romancière algérienne ait pu être heureuse de cet imprévisible revif d’intérêt pour des polémiques que, bien sincèrement, elle devait croire dépassées. On la sentait habitée par un désir d’apaisement, de retour vers cette langue rêvée, une langue poétique, dont elle a toujours recherché la musicalité. Et c’est par antiphrase que l’un de ses derniers livres l’exprimait dans son titre : La Disparition de la langue française. Une langue apprise, passionnément explorée, comparée jalousement au palimpseste de sa langue maternelle, une langue que, dans une introspection très lyrique, elle essaye de définir : « Ma langue d’écriture s’ouvre au différent, s’allège des interdits paroxystiques, s’étire pour ne paraître qu’une simple natte au-dehors, parfilée de silence et de plénitude. » Ou encore : « Mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles. » « Mon écriture en français est ensemencée par les sons et les rythmes de l’origine. » « Mon Français devient l’énergie qui me reste pour boire l’espace bleu-gris, tout le ciel. »

Une telle auto-analyse, une longue mélopée mystique dont la compréhension finit par nous échapper comme dans un poème qui viserait un hermétisme mallarméen, cette métalangue pour définir sa propre langue d’écriture, a ses limites, Assia Djebar en était certainement consciente. Elle qui a bien lu Saussure, Jakobson, Barthes et Chomsky, elle savait que dans le travail d’un écrivain toutes ces belles et rotondes épithètes, toutes ces arabesques métaphoriques comptent peu. Et que se demander indéfiniment comment s’entrelacent les prétendus métissages linguistiques, velours, épines et autres nattes parfilées, est un exercice distrayant sans plus. Et que la vocation d’un artiste, quels que soient sa langue ou son mode d’expression, sera toujours cette tâche humble et surhumaine si bien définie par les scholastiques : « Adequatio mentis et rei ». Oui, par l’effort de tout son être, faire coïncider sa pensée avec les choses de ce monde. Dans le but prométhéen de dépasser ce monde visible, rempli de haine, de mensonges, de stupides polémiques, de risibles rivalités, de finitudes qui nous rendent petits, agressifs et peureux.  

 

Si l’on me demandait maintenant de définir la vision que les Russes ont de la francité et de la langue française, je ne pourrais que répéter cela : dans la littérature de ce pays, ils ont toujours admiré la fidélité des meilleurs écrivains français à ce but prométhéen. Ils vénéraient ces écrivains et ces penseurs qui, pour défendre leur vérité, affrontaient l’exil, le tribunal, l’ostracisme exercé par les bien-pensants, la censure officielle ou celle, plus sournoise, qui ne dit pas son nom et qui étouffe votre voix en silence.

Cette haute conception de la parole littéraire est toujours vivante sur la terre de France. Malgré l’abrutissement programmé des populations, malgré la pléthore des divertissements virtuels, malgré l’arrivée des gouvernants qui revendiquent, avec une arrogance éhontée, leur inculture. « Je ne lis pas de romans », se félicitait l’un d’eux, en oubliant que le bibliothécaire de Napoléon déposait chaque jour sur le bureau de l’Empereur une demi-douzaine de nouveautés littéraires que celui-ci trouvait le loisir de parcourir. Entre Trafalgar et Austerlitz, pour ainsi dire. Ces arrogants incultes oublient la force de la plume du général de Gaulle, son art qui aurait mérité un Nobel de littérature à la suite de Winston Churchill. Ils oublient, ces ignorants au pouvoir, qu’autrefois les présidents français non seulement lisaient les romans mais savaient en écrire. Ils oublient que l’un de ces présidents fut l’auteur d’une excellente Anthologie de la poésie française. Ils ne savent pas, car Edmonde Charles-Roux n’a pas eu l’occasion de leur raconter l’épisode, qu’en novembre 1995 le président François Mitterrand appelait la présidente du jury Goncourt et d’une voix affaiblie par la maladie lui confiait : « Edmonde, cette année, vous avez fait un très bon choix... » Par le pur hasard de publication, cette année-là le Goncourt couronnait un écrivain d’origine russe, mais ça aurait pu être un autre jeune romancier que le Président aurait lu et commenté en parlant avec son amie et la grande femme de lettres qu’était Edmonde Charles-Roux. Ceux qui aujourd’hui, au sommet, exaltent le dédain envers la littérature ne mesurent pas le courage qu’il faut avoir pour lancer un auteur inconnu, le défendre et ne pas même pouvoir vivre la joie de la victoire remportée – tel était le merveilleux dévouement de Simone Gallimard qui, quelques semaines avant sa disparition, avait publié Le Testament français au Mercure de France. Ces non-lecteurs ne comprendront jamais ce que cela signifie, pour un éditeur, de monter à bord d’une maison d’édition dans la tempête, de ressaisir la barre, de consolider la voilure, de galvaniser l’équipage et de sauver ce bon vieux navire comme l’a fait, du haut de sa passerelle, le capitaine du Seuil. Non, ceux qui ne lisent pas ne pourront jamais deviner à quoi s’expose, financièrement et médiatiquement, un éditeur en publiant un livre consacré à un soldat oublié, à un obscur lieutenant Schreiber, des souvenirs qu’il faudra imposer au milieu du déferlement des best-sellers anglo-saxons et de l’autofiction névrotique parisienne. L’homme qui a eu le panache d’accepter ce risque, chez Grasset, a balayé mes doutes avec le brio d’un Cyrano de Bergerac : « Avec ce texte, Monsieur, je ne suis pas dans la logique comptable ! » Oui, du pur Cyrano. Quelle folie mais quel geste ! Et quel dommage que les usages du discours académique m’interdisent, paraît-il, de divulguer le nom de ces deux hommes, de ces deux grands hommes !

La nouvelle caste d’ignorants ne pourra jamais concevoir ce qu’un livre français, oui, un petit livre de poche tout fatigué, pouvait représenter pour les Russes francophones qui vivaient derrière le Rideau de fer. Je me souviens qu’un jour à Moscou, dans les années soixante-dix, j’ai été intrigué par le roman d’un jeune écrivain français, par l’originalité de son titre : Les Enfants de Gogol. Les catalogues de la Bibliothèque des langues étrangères reléguaient cet auteur dans ce qu’on appelait le fonds spécial. Il fallait obtenir une autorisation assortie de trois tampons et consulter ce livre sous l’œil vigilant de la préposée. Les Enfants de Gogol, écrit par Dominique Fernandez. Un auteur donc à la réputation suffisamment sulfureuse pour effaroucher les pudibonds idéologues du régime.

On pouvait aussi tenter sa chance sur le marché noir et acquérir ce livre-là ou un autre au prix moyen de cinq à dix roubles, deux journées de travail pour un Russe ordinaire, l’équivalent d’une centaine d’euros. Mais voyez-vous, Mesdames et Messieurs, personne à cette époque ne parlait du prix excessif des livres. Un Moscovite aurait gagné la réputation du dernier des goujats s’il s’était plaint d’avoir trop dépensé pour un livre de poche français qui avait bravé le Rideau de fer.

On me fera observer que cette haute exigence littéraire n’est plus tenable dans notre bas monde contemporain où tout a un prix mais rien n’a plus de valeur. Parler de la mission prométhéenne de l’écrivain, de l’idéal du verbe poétique, des ultimes combats pour l’esprit sur un donjon assiégé par l’inculture, les diktats idéologiques, les médiocrités divertissantes, n’est-ce pas un acte devenu suicidaire ?

Eh bien, quittons cet Olympe de poètes et descendons sur terre, retrouvons-nous dans cette France d’antan, qui n’avait rien d’idyllique, en 1940, par exemple. Au milieu des combats, des blessés, des morts, dans le feu d’une atroce défaite, aux côtés des soldats qui se battent pour l’honneur de leur vieille patrie. Ce ne sont pas des intellectuels ni des poètes, et pourtant l’un d’eux, un presque anonyme lieutenant Ville décide de tracer quelques strophes sur la page de garde dans le Journal des marches du 4e régiment de cuirassiers. Il le fait pour son tout jeune frère d’armes, l’aspirant Schreiber, sachant que la mort peut les séparer d’une minute à l’autre. Un bref poème sans prétention, à la versification impromptue, le seul poème sans doute que le lieutenant ait rédigé durant sa vie :

Écrire une pensée à ce gosse-là, quoi dire ?

Sinon qu’un soir, il arrivait au cantonnement

En rigolant comme un enfant !

Un matin de printemps, il pleut du fer mais

Il rigole bien comme un gamin !

Un jour, la frontière de France s’allume,

Il faut être partout où ça brûle et cogner, cogner,

En hurlant aux vieux guerriers : « Souriez, souriez ! »

Un crépuscule sombre et rouge. Derrière nous, la mer,

Sur nos têtes, devant nous, l’enfer.

Lui s’en amuse, sort des plaisanteries, comme un titi !

Revenus sur la belle terre de France, hélas, tout est perdu.

On baroude encore pour l’honneur.

Le gosse est toujours là, souriant et sans peur...

 

Non, le lieutenant Ville n’avait pas l’intention de rivaliser avec Victor Hugo. Ces strophes notées entre deux bombardements témoignaient d’une époque où les enfants apprenaient encore par cœur Corneille et Racine, Musset et Rostand. Cette musique intérieure créait dans leur âme ce qu’on pourrait appeler une « sensibilité littéraire », oui, la compréhension que, même dans les heures où l’homme est réduit à la simple chair à canons, la vie pouvait être rythmée autrement que par la haine sauvage et la peur bestiale des mortels.

Une sensibilité littéraire. Serait-elle la véritable clef qui permet de deviner le secret de la francité ?

J’ai cherché à l’exprimer en parlant, dans un livre, du lieutenant Schreiber et de ses frères d’armes. Ce jeune lieutenant français, âgé de quatre-vingt-dix-huit ans, est aujourd’hui parmi nous. Tout au long de nos conversations, son seul désir était de rendre un peu plus pérenne la mémoire de ses camarades morts pour la France. Surtout le souvenir de Francis Gilot, un jeune tankiste de dix-huit ans – dix-huit ans ! – tué en août 44, dans la bataille de Toulon.

Le général de Gaulle en parlant de ces combattants oubliés disait avec tout son talent d’écrivain, avec toute sa sensibilité littéraire : « Maintenant que la bassesse déferle, ces soldats regardent la terre sans rougir et le ciel sans blêmir ! »

Merci.

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“Little Hiroshima”, par Hernando Calvo Ospina

4 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Amerique latine

Pour ne pas oublier la terrible invasion de Panama en 1989…

Source : Hernando Calvo Ospina, 22-12-2016

Hernando CALVO OSPINA

C’était le 19 décembre 1989. Après le dîner, le couple s’était consacré à l’installation de la crèche de Noël. Ils avaient pratiquement tout mis en place : la Vierge Marie, Saint Joseph, les bergers, le bœuf, l’âne et un grand nombre de figurines. Elle avait dû expliquer vingt fois à Jorge, le plus jeune, qui avait quatre ans, pourquoi il devait attendre le 25 décembre pour placer l’enfant Jésus : c’est ce jour-là qu’il était né.

Au moment d’aller se coucher, les enfants refusèrent de dormir dans leurs lits. Ils voulaient rester près de la crèche. Ana, la mère, accepta à la condition qu’ils dorment de l’autre côté, près de la fenêtre. Les parents y disposèrent un matelas.

Il y avait de la musique dans le voisinage. L’ambiance festive allait crescendo, car ça sentait déjà Noël, particulièrement dans ce quartier panaméen du Chorrillo. Son mari alla se coucher. Elle se sentait étrange. Elle était fatiguée, mais elle préféra s’asseoir par terre et lire un livre. Par moments, elle observait avec tendresse ses deux petits garçons. Le temps passa.

Elle regarda le vieux réveil posé sur la télévision et se rendit compte qu’il manquait peu de temps pour qu’une aiguille recouvre l’autre : il était presque minuit. C’est alors que l’appareil commença à vibrer. Elle regarda les murs, le plafond et posa les yeux sur les figurines qui changeaient de place. Tout tremblait ! Elle entendit un terrible fracas, ensuite un autre, puis d’autres. Pendant quelques secondes, elle crut que c’était une autre manœuvre de l’Armée étasunienne cantonnée aux alentours du Canal.

Elle se leva comme un ressort et fonça vers la chambre où son mari était déjà debout, en slip. Ensemble, ils s’approchèrent de la fenêtre et se penchèrent terrifiés. Ils vivaient au quatrième étage. Partout des éclats de lumière et des explosions : « L’invasion, l’invasion ! » furent les cris angoissés qu’ils entendirent comme un chœur. Les hélicoptères lançaient des fusées contre la Caserne de l’Etat Major des Forces de Défense Panaméenne, située non loin de là.

Ils coururent au salon. Elle ouvrit la porte, sortant sur le balcon pour être témoin du début de l’apocalypse. Les cris de terreur s’amplifiaient de tous côtés, aussi bien que les explosions et les rafales de tirs. Elle entra et se jeta sur les enfants qui étaient déjà assis en pleurs, effrayés. Elle les embrassa. Elle leva les yeux et vit son mari planté là au milieu de la pièce et ne sachant que faire. « Apporte un matelas ! Apporte un matelas ! », lui cria-t-elle. L’homme réagit enfin en s’exclamant qu’il fallait mettre les enfants près de la crèche pour que la Vierge Marie les protège.

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« Apporte un matelas, je t’en prie, apporte-le ! », lui cria-t-elle, désespérée « La vierge ne peut rien pour nous en ce moment ! », précisa-t-elle. Voyant les éclats lumineux qui entraient par la fenêtre et le tremblement de terre à ses pieds, elle courut jusqu’à la chambre des garçons, saisit le matelas qui restait et le souleva, comme s’il s’agissait d’une plume et le plaça sur les petits qui ne cessaient de pleurer, paniqués.

Les avions supersoniques sillonnaient le ciel, suivis d’un bruit qui faisait éclater les tympans et les vitres. Le ciel devenait rougeâtre à cause du reflet des explosions et des incendies. Le bruit des rotors des hélicoptères résonnait partout. Les fusées aussi partaient de la baie très proche : les navires de guerre bombardaient également.

Soudain, par la porte entra une sorte de rayon aveuglant. Quand elle rouvrit les yeux, tout était encore illuminé et tremblant, mais il y avait une sorte de fumée dont on ne pouvait définir l’odeur. A la place de la crèche et de la télévision, il ne restait plus qu’une tache d’huile noire et des cendres. Même la Vierge n’avait pas été épargnée.

Son mari, atterré et muet, regardait « ça’ » puis regardait où se trouvaient les petits. Si sa femme n’avait pas été là…

Ana se rappela qu’elle était élue de la commune, et que pour cette raison elle devait se calmer et essayer d’aider. Elle ouvrit la porte de l’appartement et trouva tous les voisins déboussolés, en plein chaos.

Elle dit à son époux qu’il fallait partir avec les enfants, car une bombe pouvait détruire le bâtiment de sept étages. Il fallait chercher un refuge. Il sortit avec les enfants dans les bras, tandis qu’elle montait les étages pour exiger que tout le monde évacue les lieux. Au dernier étage, elle découvrit deux petits vieux qui pleuraient et criaient, tout en demandant à leur petit-fils de quitter le balcon d’en face. Le jeune menaçait un hélicoptère avec un revolver qui n’avait plus de balle. +Ana lui cria que par sa faute, ils allaient bombarder l’immeuble. Il semblait devenu fou et s’exclamait à pleins poumons « Yankees assassins ! Yankees fils de putes ! ». Les trois virent une sorte de rayon laser couper le jeune en deux, au niveau de la ceinture. Même une scie électrique ne l’aurait pas fait avec autant de facilité. Des cris et encore des cris de panique, et l’impuissance devant tant d’horreur. Ana poussa les vieux, les obligeant à descendre, même s’ils n’avaient plus envie de vivre.

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En bas, elle rencontra son mari. Tous les enfants qu’il y avait là étaient dans une panique totale. Elle, avec précaution, ouvrit le portail et sortit. Lui n’osa pas la retenir. Elle était comme ça. Dans la diagonale, plusieurs bâtiments brûlaient. A chaque explosion de bombes, les gens hurlaient, car ils croyaient qu’elles leur tombaient dessus.

Les hommes et les femmes couraient dans tous les sens, portant jusqu’à trois enfants dans les bras. Des enfants portaient des enfants. Des vieillards priaient, à genoux dans l’embrasure des portes.

Au coin de la rue, à quelque cent mètres, elle vit trois hommes en civil tirer sur les hélicoptères. Elle courut jusqu’à eux et demanda une arme. Il n’y en avait pas.

Elle revint sur ses pas, déçue. Elle proposa de rester là parce qu’il n’y avait nulle part où aller. Ils se blottirent à l’intérieur de l’immeuble. Certains s’étreignaient. Tout en pleurant, les hommes et les femmes se mirent à attendre que la lumière du jour se lève, car peut-être que cet horrible cauchemar serait moins épouvantable.

A 6h15, les explosions continuaient. Ana ouvrit lentement le portail, avança la tête et découvrit plusieurs hommes aux visages peints. Elle pensa qu’elle était morte quand ils la visèrent de leurs armes immenses. Ils commencèrent à lui crier plusieurs choses dont les seules qu’elle put comprendre furent « go, go, go », dehors, dehors, dehors. Ils leur firent signe de sortir les mains en l’air. Les envahisseurs avaient pris possession de presque toutes les maisons et les immeubles. L’un d’eux, qui avait une tête de latino, leur dit en espagnol qu’ils devaient aller jusqu’à Balboa, un port situé à l’embouchure du canal de Panama, au bord de l’Océan Pacifique. A peu près à cinq kilomètres de là.

Les tanks entraient massivement dans Chorrillo. Les envahisseurs sortirent des véhicules, criant en anglais de quitter les lieux. Ils commencèrent ensuite à lancer à l’intérieur des maisons un petit dispositif qui prenait feu comme par magie. A San Miguelito, un autre quartier peuplé de gens modestes, c’était le même scénario.

Ana voulut aider une femme blessée qui pouvait à peine marcher et qui portait son petit garçon dans les bras. Les soldats les visaient, menaçants. Une autre femme vint l’aider, sachant qu’elles pouvaient être assassinées si elles n’avaient pas les mains en l’air.

Il y avait beaucoup de morts dans les rues, tous des civils. Un garçon de dix ans montra horrifié les corps de deux petites camarades d’école gisant dans une grande flaque de sang. Ana sentit son âme se déchirer quand elle reconnut sa voisine, ses deux enfants dans les bras, tous trois quasiment calcinés.

Tout le groupe et ceux qui assistèrent à la scène lancèrent les cris les plus déchirants de leur vie en voyant un tank passer sur les corps de deux hommes, alors que l’un deux, blessé, était assis dans la rue. Les chenilles du tank les réduisirent en bouillie. Les cerveaux volèrent à plusieurs mètres. Parmi les témoins, certains se mirent à vomir ou tombèrent à genoux. Et ceci se reproduisit plusieurs fois pendant le trajet.

On marchait au milieu les cadavres. Les envahisseurs étaient libres d’assassiner comme bon leur semblait. Ils exécutaient des civils en pleine rue pour le seul motif qu’ils leur avaient crié « yankee go home », yanqui, dehors !

Il n’était pas permis de porter secours aux blessés, ni que les membres d’une même famille touchent à leurs morts. Les camions des envahisseurs venaient les chercher et les emportaient. De nombreux habitants de la capitale virent quand ils incinéraient les corps avec des lance-flammes sur les plages. Tandis que d’autres centaines de corps furent jetés dans des fosses communes.

Au même moment, dans les quartiers riches, des gens sortaient se prendre en photo avec les envahisseurs, en arborant le drapeau des Etats-Unis. Des femmes voulaient même les embrasser. Dans certains endroits de la campagne, on leur offrait aussi du Coca-Cola et des cigarettes.

Cette invasion étasunienne fut appelée « Juste Cause » : ce fut le plus grand débarquement aérien depuis la Seconde Guerre Mondiale. Sur ce petit pays de trois millions d’habitants, s’abattit tout le pouvoir militaire de la première puissance mondiale : 26 000 soldats qui semblaient assoiffés de sang. Tandis que l’ONU condamnait l’invasion barbare, le président français, François Mitterrand, fut le seul à la soutenir ouvertement.

Le Panama se transforma en un champ d’expérimentation de la technologie de guerre la plus avancée, celle qui fut ensuite utilisée en Irak, en 1991. Par exemple, le rayon qui détruisit la crèche et la télévision d’Ana, et qui coupa le petit-fils en deux : c’était aussi le baptême de l’avion bombardier invisible « Stealth ».

Les Forces de Défense de Panama comptaient à peine 3 000 combattants. La défense aérienne était inexistante. Civils et militaires donnèrent leur vie non pas pour le général Antonio Noriega, mais pour la souveraineté et pour la patrie.

Car s’il y eut plus de 4 000 personnes assassinées, c’était sous prétexte de capturer le dictateur Noriega recherché pour narcotrafic. Un militaire qui, peu de mois auparavant, était encore l’un des favoris des Etats-Unis en Amérique Latine. Salarié de la CIA, et grand ami de George Bush père, il servit de pont entre la mafia colombienne et la CIA pour le trafic de cocaïne qui finança la guerre contre-insurrectionnelle en Amérique centrale, dans les années quatre-vingt. Mais dans un sursaut de souveraineté, il refusa que les Etats-Unis aient le moindre contrôle sur Panama, à commencer par le Canal. Alors ses péchés, qui n’avaient jamais été considérés comme tels, firent tout à coup la une des journaux.

Lors de l’invasion, ils ne purent lui mettre la main dessus. La CIA fut ridiculisée. Ils durent promettre de l’argent pour le capturer. Noriega se rendit le 3 janvier 1990.

Les envahisseurs s’acharnèrent sur Chorrillo et San Miguelito parce qu’ils savaient que dans ces quartiers ils n’étaient pas les bienvenus. Ils n’y laissèrent que quelques rares colonnes de béton armé. Les soldats étasuniens eux-mêmes se mirent à nommer Chorrillo leur « Petit Hiroshima », en souvenir des ruines, de la mort et de la désolation auxquelles fut réduite la ville japonaise après la bombe atomique lancée par les Etats-Unis le 6 août 1945. La grande majorité des Panaméens le considèrent comme le « Quartier Martyr ».

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Héroïne et martyre, Ana le fut. Elle laissa son mari avec les enfants et s’évada du camp de concentration où on les avait parqués à Balboa. Elle se joignit à ceux qui combattaient les troupes d’envahisseurs. Elle leur infligea plusieurs pertes et endommagea un hélicoptère. La femme qui tirait à ses côtés vit la balle qui transperça la poitrine d’Ana. Agonisante, elle murmura : « Parle de moi à mes enfants ». Sa main serrait si fort le fusil qu’on faillit ne pas le récupérer.

Hernando Calvo Ospina

Journaliste, écrivain et réalisateur colombien résident en France.
Texte extrait du livre Latines, belles et rebelles, Le Temps des cerises éditeurs, Paris 2015

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Bonjour. John Berger, ce grand écrivain qui n'avait "rien contre la lutte armée", est mort

4 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #La France, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La République

Bonjour. John Berger, ce grand écrivain qui n'avait "rien contre la lutte armée", est mort

Bonjour.
John Berger, ce grand écrivain qui n'avait "rien contre la lutte armée", est mort
 

John Berger est mort le 2 janvier 2017 à Paris.

Il vivait en Haute-Savoie et c’était un ami de Walter Bassam. 

Nous avons eu l’occasion de le croiser et de l’entendre dans nos déplacements au plateau des Glières.

Nous pouvons également retrouver ses paroles de Résistant dans le film de Gilles Perret « Walter retour en Résistance ».

C’est la force de l’engagement de ces personnes hors du commun qui nous a incité à créer l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR ». Nous avons eu la chance de connaître et de côtoyer de nombreux Résistants d’hier et d’aujourd’hui, ils nous ont permis de relever la tête. Ils nous ont autorisés à reprendre leurs idéaux et leurs combats. Ils nous ont soutenus pour entrer dans cette Nouvelle Résistance. Merci pour cet adoubement, merci de nous avoir accompagnés dans nos premiers pas.

C’est au nom des membres fondateurs, au nom des membres actifs, au nom des adhérents, au nom de tous les sympathisants de notre association que je présente mes condoléances à ses proches et à ses nombreux amis. 

C’est aussi l’occasion de rendre hommage encore une fois à un Résistant niçois – Louis Fiori s’est éteint le 22 décembre 2016 – qui nous a accompagné dans nos actions. Il était le parrain de l’association.

Bien cordialement

Lucien Pons Président de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR »


NOTA : Vous trouverez ci-après le communiqué de notre association en hommage à Louis Fiori

 

Hommage à Louis Fiori.

 

Nous sommes nombreux à porter le deuil de cet homme d’exception qui s’est éteint dans la nuit du 22 au 23 décembre 2016. Sa joie de vivre, sa disponibilité, son engagement total pour apporter le progrès social, ses combats politiques en faveur des causes humanistes, sa lutte permanente pour la paix et pour la bonne entente entre les peuples, …, vont manquer terriblement à tous.

L’association « Comité pour une Nouvelle Résistance – CNR » perd un des membres fondateurs et perd un parrain prestigieux. Les deux parrains de l’association, Annie Lacroix-Riz et Louis Fiori, le 20 octobre 2010, sur la scène du cinéma « La Strada » à Mouans-Sartoux, lors d’une conférence spécialement prévue pour cet évènement, ont lancé notre association.

En mai 2011, Louis Fiori effectuait le long déplacement en car au plateau des Glières afin de porter haut les valeurs de la Résistance d’hier et d’aujourd’hui. De son propre aveu, il avait retrouvé un peu de sa jeunesse en retrouvant d’autres Résistants : Léon Landini, Stéphane Hessel, Pierre Pranchère, Walter Bassan, et bien d’autres encore.

Cette action substantielle à notre encontre lors de la création de l’association, était tout à fait naturelle pour lui. Elle s’inscrivait dans la longue liste des actions que Louis a mené en faveur de la Résistance, que ce soit pour garder intacte la mémoire ou pour faire vivre les acquis et les idéaux du Conseil National de la Résistance.

Il faut savoir que de nombreux élèves du département gardent en souvenir ses talents de conteurs, lorsque, à l’occasion de la quinzaine de la Résistance - co-organisée par le musée de la Résistance et le Rectorat de l’académie de Nice - il allait dans les lycées et collèges du département faire vivre la mémoire de cette époque trouble où des hommes se sont levés pour combattre la barbarie nazie. Louis était de ces hommes qui ont fait l’histoire et il en parlait très bien et très simplement aux jeunes générations.

Nous, membres actifs, adhérents ou sympathisants de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR », sommes très heureux et très honorés d’avoir eu parmi nous cet homme de cœur. Nous présentons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches.

 

Pour l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR »,

Le président, Lucien PONS.

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La journaliste Aude Lancelin, virée de « L’OBS » à la demande de François Hollande

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Les média, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La nation ., #La finance dérégulée, #Histoire

La journaliste Aude Lancelin, virée de « L’OBS » à la demande de François Hollande


 
La journaliste Aude Lancelin, virée de « L’OBS » à la demande de François Hollande

LA JOURNALISTE AUDE LANCELIN, VIRÉE DE « L’OBS » À LA DEMANDE DE FRANÇOIS HOLLANDE, SORT UN LIVRE DANS LEQUEL ELLE DÉNONCE LE VERROUILLAGE COMPLET DES GRANDS MÉDIAS FRANÇAIS PAR LES PUISSANCES D’ARGENT, ET APPELLE À UN NOUVEAU CNR.

Invitée ce 10 octobre 2016 à s’exprimer sur RMC par Jean-Jacques Bourdin à l’occasion de la sortie de son livre, Aude Lancelin dénonce publiquement les liens entre les grands médias et les entreprises du CAC40.


 
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les vœux de Slobodan Despot pour 2017: "Sortir de la glaciation".

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine

les vœux de Slobodan Despot pour 2017: "Sortir de la glaciation".

 


2+0+1+7 = 10; 1+0 = 1.

Par Slobodan Despot | N° 57 | 1.1.2017 | Antipresse

Selon les numérologues, 2017 est une année qui vaut «1». Elle est l’opposé de l’an 2016 qui, lui, valait 9. 2016 était la fin d’un cycle, 2017 le début d’un autre.

C’est peut-être pour cela que — même quand on ne croit pas au langage des chiffres — personne n’aura l’idée de vous souhaiter, cette année, que les choses continuent «comme avant». La continuité est barrée de notre vocabulaire et de nos esprits. Elle est impensable, tant sur le plan des faits extérieurs que de la vie intérieure.

Sortie de glaciation

2016 fut, sous bien des aspects, une année prodigieuse et prophétique — toujours du point de vue des faits extérieurs. Elle a vu les Britanniques voter leur départ de l’UE, les Italiens renvoyer dans les filets un Premier ministre parachuté par la suprasociété et, surtout, les Américains voter pour un desperado jaune feu, le magnat des casinos Donald Trump.

Les deux derniers mois auront été particulièrement rocambolesques. Entre le coup de théâtre de l’élection U. S. et l’effondrement subséquent de l’illusion médiatique, l’expulsion des islamistes d’Alep et la signature d’un accord de cessez-le-feu en Syrie sans les USA, ce sont des pans essentiels de la carte géopolitique qui basculent de manière rapide et spectaculaire.

Après une période glaciaire d’un quart de siècle marquée par un seul avenir et une seule culture possibles pour la planète Terre, le monde est littéralement en train de reprendre des couleurs! Dans l’UE comme aux Etats-Unis ou en Suisse, au sein des organisations internationales, dans les groupes médiatiques et les facultés, des milliers de globocrates, de laborantins du nivellement mondial, ont, eux, viré au vert pâle. Ils sont les seuls à exiger du «comme avant». Toujours plus de «comme avant»! L’Europe de Bruxelles est en panne? C’est qu’il nous faut davantage de Bruxelles! La criminalité se répand dans des zones sans frontières en même temps que l’espionnage de la population s’aggrave? C’est qu’il y a encore trop de frontières, trop de barrières, trop de cloisons. Abaissez tout! Remplacez, dès que possible, les murs de vos demeures par des parois de verre, comme dans Zamiatine. Supprimez le cash et payez votre café avec une carte à puce traçable. Ainsi nous pourrons enfin tout voir et tout contrôler. En quoi cela vous dérange-t-il si vous n’avez rien à vous reprocher?

On éprouve une satisfaction profonde à voir ces apparatchiks, qui se sont toujours vus comme les locomotives du «progrès», les défricheurs de demain, vaticiner sur un quai désert sans remarquer que le train du XXIe siècle est parti sans eux. Eux qui pourfendaient sans relâche le «conservatisme» et la «réaction», les voici qui ne savent plus rien faire d’autre que nier la réalité présente et vouloir réappliquer de force des schémas de lecture erronés et des solutions révolues.

La révélation syrienne

La Syrie a focalisé toute l’attention du monde et demeurera un symbole, mais pas pour les raisons espérées par nos élites. Elle marque le premier échec d’une conspiration historique d’une ampleur rarement vue : celle liant l’empire atlantique à la barbarie islamiste diffusée par la maison Saoud (elle-même client et satrape américain). Cette conspiration, nous avons pu en apercevoir des bribes et fragments sur divers théâtres de conflits dans le monde depuis une trentaine d’années. Mais la libération d’Alep-Est a soudain révélé au grand jour le tableau d’ensemble, avec ses barbouzes de la CIA-MI6, ses «instructeurs» de l’OTAN, ses réserves d’armes de pointe fabriquées et livrées par des puissances occidentales et surtout l’épaisseur du système de propagande médiatique agencé pour couvrir toute l’opération.

(A propos: ces fameux «Casques blancs» d’Alep, où sont-ils passés? En a-t-on retrouvé un seul après la débandade des djihadistes?)

Cette stratégie de la régression islamique fut originellement mise en place pour vaincre l’URSS en Afghanistan. Saisissante justice de l’histoire: c’est la Russie, débarrassée de l’URSS, qui met en déroute cette même stratégie trente-cinq ans plus tard. Entretemps, elle aura contribué à détruire la Yougoslavie, l’Irak, l’Afghanistan une deuxième fois, la Libye, la Syrie, la Tunisie… Mais aussi à transformer en moins d’une génération une zone de paix et de bonhomie — l’espace européen — en territoire de la peur et du flicage généralisé.

Il y a encore une amère ironie à constater que les pays qui se sont faits les complices par poltronnerie de ce jeu sont aussi ceux qui en endossent la conséquence la plus durable. Le flot migratoire que les Européens vont récupérer jusque dans les eaux libyennes a brouillé l’Europe avec les notions de «paix», de «stabilité» et de «prospérité» sans doute pour des générations. Sans parler du reste… Les migrants sont devenus le problème majeur d’une Europe-satellite qui était déjà en crise. Ils ne sont pas un problème du tout pour les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite ou la Russie.

Itinéraire personnel

Les éditions Xenia, dont je suis le cofondateur avec Me Claude Laporte, ont été créées entre autres à cause de l’aveuglement massif à l’égard de la stratégie islamiste et de ses sponsors. Le premier titre que nous avons publié en 2006, de Jürgen Elsässer, s’intitulait Comment le Djihad est arrivé en Europe. Il était minutieusement documenté, froid comme un procès-verbal et ne disait pas un mot de l’islam en soi. Malgré cela, aucun éditeur francophone n’avait osé le traduire. Lorsque nous l’avons fait, avec une pénétrante préface de Jean-Pierre Chevènement, nombre de libraires ont refusé de vendre l’ouvrage et j’ai été traité de conspirationniste.

La thèse fondamentale d’Elsässer était simple: Il n’y aurait pas de djihadisme en Europe sans le laissez-faire et parfois la complicité de «nos» services secrets. Expliquer pourquoi n’était pas le propos de l’auteur. Son propos était d’établir le fait, et il le faisait à l’allemande, de manière méthodique et solide. Est-ce un hasard si ce livre prophétique, devenu aujourd’hui une référence, a été massivement boudé par les médias de grand chemin et diffusé, presque sous le manteau, par l’information «alternative»?

Dix ans et cent trente titres plus tard, on peut voir la cohérence d’ensemble d’un travail qui a pu paraître erratique. Nous avons publié la somme théorique d’un écolo-terroriste (Theodore Kaczynski, dit Unabomber), divers ouvrages sur les abus et la commercialisation de la médecine, de la littérature insoumise, quelques pamphlets politiques, des essais sur la destruction des libertés et la manipulation des masses. Fil rouge de tout ceci: la lutte contre le mensonge institutionnel et la lâcheté collective. Nombre de nos thèses «téméraires» sont entrées depuis dans la conscience commune.

Arrivé à la fin de 2016, j’ai éprouvé le besoin de faire un bilan. J’ai la conviction qu’en 2017, nous devrons répondre à d’autres questions. A la question «Qu’est-ce qui se passe réellement?», nombre de canaux s’efforcent de donner des réponses, plus ou moins crédibles, plus ou moins justifiée. Il importe de faire le tri, mais les informations existent. L’inconnue qui émerge désormais est d’une autre nature: «Que faire?»

Et maintenant, quoi?

Nous sommes sortis de l’innocence. Nous avons compris que le chemin de l’enfer était pavé d’illusions humanitaires. Et quoi? Qu’allons-nous faire de ce désabusement?

Nous vivons dans une société chloroformée où l’entrée dans une carrière politique, médiatique ou universitaire équivaut à l’adoption d’un strict devoir de réserve vis-à-vis de la réalité immédiate et au renoncement de l’exercice de ses facultés intellectuelles et morales dans les situations critiques, qui sont les seules qui comptent!

Qu’allons-nous faire avec de telles élites? A quoi nous servent les chaires, les chercheurs et les «observatoires» qui nous alertent sur tout, sauf sur ce qui nous concerne vraiment? A quoi nous servent des journalistes qui nous jugent plutôt que de nous instruire? A quoi nous servent des écoles où on enseigne l’ignorance? Pourquoi élire des députés s’ils doivent aussitôt devenir sourds-muets et voter comme un seul homme des lois et décrets qu’on a fabriqués pour eux?

Comment allons-nous survivre dans un monde où les outils ont déjà pris la place de leurs concepteurs? Car si le cheminement politique vers une société planétaire transparente est momentanément enrayé, son pendant scientifique, lui, suit son cours. N’impliquant ni volonté explicite, ni rhétorique, ni coercition, il passe inaperçu. Il épouse l’évolution même de la technologie, en particulier depuis la naissance de l’internet. L’outil premier de la lutte contre la normalisation idéologique du monde est aussi l’outil premier de sa normalisation culturelle et comportementale!

La conscience est tellement plus compliquée à endosser que l’innocence! Or nous entrons avec 2017 dans un cycle de la conscience. Le nouveau cycle qui s’ouvre devant nous est infiniment dangereux et infiniment passionnant. Nous vivions barricadés derrière des idées fausses, mais ces idées fausses sont tombées: nous voici désormais mis à nu, ouverts à tous les vents du chaos. Reconstruire des murailles avec le contraire de ces idées serait le réflexe politique naturel, or la politique, j’en suis convaincu, ne résoudra plus rien. Du moins dans sa configuration actuelle.

L’effondrement des illusions anciennes ne nous met pas en demeure d’en fabriquer de nouvelles. Ce séisme-ci est beaucoup trop profond. Si profond qu’il en est providentiel. Il nous permet d’aborder la réalité sans idées préconçues, sans convictions justement, à partir de notre seule incontestable présence au monde. Si nous voulons reconstruire le monde, nous devons d’abord nous reconstruire nous-mêmes, nous réaffirmer en tant qu’individus conscients et présents à leur propre destin.

L’Europe moderne a réalisé pleinement la sinistre prophétie de C. S. Lewis: le règne des hommes sans cœur, d’une humanité mue essentiellement par la peur et le calcul sous l’alibi de la rationalité. Les épreuves qui nous attendent dès 2017 seront un véritable bain de jouvence. Les hommes sans cœur s’effondreront, même s’ils tiennent encore tout aujourd’hui. Nous avons suffisamment de savoir et suffisamment de pouvoir. Ne nous manque plus, pour reprendre nos vies en main, que de retrouver le courage d’être ce que nous sommes.

C’est tout ce que je vous souhaite pour l’an qui vient!

Slobodan Despot | N° 57 | 1.1.2017 | Antipresse

Source: http://www.antipresse.net/

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Laurent MAUDUIT, co-fondateur de Mediapart, explique comment les milliardaires se sont appropriés l'information (Vidéo).

2 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Les média

Laurent MAUDUIT, co-fondateur de Mediapart, explique comment les milliardaires se sont appropriés l'information. Aux lecteurs de devenir plus sceptiques et de comprendre les motivations de celui qui les informent.

La pire erreur serait toutefois de se jeter dans les bras d'autres sources d'informations, qui dénoncent les médias traditionnelles, mais qui servent des intérêts encore plus malveillants. Nous devons aujourd'hui nous informer de manière responsable et exiger une information responsable.

 
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Décès de Jean-Christophe Victor, “voyageur infatigable”, par Cécile Mazin -

31 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #ACTUALITE, #La France, #Services publics

Décès de Jean-Christophe Victor, “voyageur infatigable”

Cécile Mazin - 29.12.2016

 

Animateur du magazine Le Dessous des cartes, Jean-Christophe Victor est décédé. Auteur et préfacier de plusieurs ouvrages dédiés à la géographie, mais également à la géopolitique, il a officié sur Arte durant 26 années. « Intellectuel brillant, et surtout humaniste convaincu et engagé dans la transmission de son savoir », souligne la chaîne.

 

 

 

Créée en 1990, Le Dessous des cartes, devenue une référence, utilise des cartes de géographie pour décrypter les relations internationales et les enjeux de notre temps. Soucieux de ne pas se limiter à une analyse immédiate et théorique du monde, Jean-Christophe Victor n’a cessé de le parcourir, pour le raconter dans sa complexité au plus grand nombre et notamment aux jeunes générations.

 

Il venait d’ailleurs de faire paraître Le Dessous des cartes Asie, chez Tallandier/Arte. « Toutes les observations montrent que depuis vingt ans, le centre du monde s’est progressivement déplacé dans la région — même si on ne peut pas parler de “continent” au sens géographique, pas plus que de continent européen, qui n’est qu’une péninsule dans l’ouest de l’Eurasie », expliquait-il à Libération.

 

Au-delà de son grand professionnalisme, les équipes d’ARTE soulignent sa fidélité, sa rigueur, mais aussi sa foi en l’avenir et son optimisme chevillé au corps. Homme engagé au service de causes humanistes et environnementales, Jean-Christophe Victor a partagé le quotidien de la chaîne depuis sa création et a contribué étroitement à en façonner l’image. Il en était devenu un emblème.

 

Saluant « son intégrité, sa passion pour transmettre et faire comprendre simplement les sujets les plus complexes », Véronique Cayla, Présidente d’ARTE France, rappelle ses qualités intellectuelles et humaines hors normes, qui se traduisaient dans ses recherches, ses conférences et ses ouvrages.

 

 

 

Le décès de l’animateur est survenu ce 28 décembre. 

 

Véronique Cayla, Peter Boudgoust, Anne Durupty, Alain Le Diberder, Bruno Patino et l’ensemble de l’unité Société et Culture, Marie-Laure Lesage et les équipes d’ARTE France développement, Claire Aubret et toute l’équipe de réalisation du Dessous des Cartes ainsi que l’ensemble du personnel de la chaîne adressent leurs plus sincères condoléances à sa famille et plus particulièrement à son épouse et à ses enfants.

 

La ministre de la Culture Audrey Azoulay a rendu un hommage appuyé au géographe :

 

Créateur de l'émission culte Le Dessous des cartes, Jean-Christophe Victor décryptait inlassablement sur Arte depuis 26 ans les grands enjeux géopolitiques du monde. Fils de l'explorateur polaire Paul-Emile Victor et de la journaliste Eliane Victor, il était ethnologue et géographe passionné de l'Asie, conférencier et enseignant, mais surtout un voyageur infatigable, éternel passionné des hommes et de leurs sociétés.

 

Jean-Christophe Victor aura contribué à façonner une certaine idée du service public, tout entier tourné vers la transmission de la complexité du monde au plus grand nombre. Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, adresse ses condoléances à sa famille et à ses proches.

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La Syrie, Astana et le basculement du monde par Bruno Guigue

31 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #ISIL, #Daesch

La Syrie, Astana et le basculement du monde
par Bruno Guigue

vendredi 30 décembre 2016, par Comité Valmy

La Syrie, Astana et le basculement du monde

Depuis la libération d’Alep, les événements se précipitent. Des négociations inter-syriennes ont été menées sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. Elles ont abouti le 29 décembre à un triple accord entre le gouvernement syrien et sept groupes de l’opposition armée. « Trois documents ont été signés », a déclaré le président russe. Le premier instaure « un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien ». Le deuxième définit « les mesures visant à contrôler le respect de la trêve ». Le troisième est une « déclaration sur la volonté des parties en conflit de lancer des négociations de paix ».

 

Certes, on objectera à juste titre que cet accord n’instaure dans l’immédiat qu’un fragile cessez-le-feu. Il peut être remis en cause à tout moment, les terroristes d’Al-Qaida et de Daech en sont exclus, et il ne règle pas, au fond, la crise syrienne ouverte au printemps 2011. Il n’empêche que cette signature, fruit de tractations entre des parties qui ne se parlaient plus, marque une nouvelle avancée en vue d’un règlement politique du conflit, une semaine à peine après la victoire de l’armée arabe syrienne dans la deuxième ville du pays.

 

L’avenir dira si cette étape était décisive, mais on peut déjà en tirer trois enseignements.

Le premier, c’est que rien ne vaut une victoire militaire pour remettre les pendules à l’heure. La débandade des « rebelles » d’Alep-Est après un mois de combats valide la stratégie syrienne de reconquête territoriale. Les cinq premières villes du pays sont désormais sous le contrôle du gouvernement : Damas, Alep, Homs, Lattaquié et Hama. Toutes les combinaisons échafaudées en Occident et dans les pays du Golfe pour imposer le départ de Bachar Al-Assad, que ce soit comme « préalable » ou comme « résultat » d’une transition politique, se brisent sur cette réalité comme une coque vermoulue sur des récifs côtiers.

 

La victoire militaire de l’armée syrienne et de ses alliés, en réalité, conforte l’initiative russe en faveur d’une solution politique. En position de faiblesse, les groupes armés non affiliés à Daech ou Al-Qaida vont devoir choisir entre une fuite en avant qui liera leur sort à ces jusqu’au-boutistes ou une négociation avec un Etat syrien qui les chasse, peu à peu, des principales agglomérations du pays. L’attitude de ces groupes est l’une des inconnues qui pèseront sur la suite des événements, mais il est significatif qu’ils aient choisi, sans doute à contre-cœur, la solution négociée.

 

Le deuxième enseignement, c’est l’éviction spectaculaire des Etats-Unis, éjectés comme des malpropres d’une scène syrienne où ils ont additionné les mensonges, les coups bas et les échecs à répétition. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine, la négociation sur un conflit majeur est engagée sans Washington, qui doit se résoudre à faire tapisserie pendant que Moscou mène la danse. Discrédités par une politique erratique, les USA sont condamnés à approuver un processus qu’ils n’ont jamais cherché à promouvoir tout en prétendant le contraire. En attendant, ils se voient contraints de mettre une sourdine à leurs jérémiades sur les « crimes de guerre » et la « barbarie russe ».

 

Cette mise en orbite de la Maison-Blanche est d’autant plus cruelle que son principal allié dans la région, la Turquie, y a participé activement. Pour Ankara, mieux vaut un adversaire avec qui on peut négocier (Moscou) qu’un allié félon qui vous fait des enfants dans le dos (Washington). Les USA paient leur ambiguïté lors de la tentative de coup d’Etat en Turquie, mais aussi le soutien opportuniste accordé aux Kurdes de Syrie. M. Poutine, dont la retenue lors de l’affaire du Soukhoï abattu a porté ses fruits, n’eut qu’à tendre la main à son homologue turc pour que la géographie et l’économie, facteurs objectifs de convergence turco-russe, prennent le dessus.

 

L’admission de la Turquie dans le club des parrains de la paix en Syrie est un coup de maître. Mais Moscou a aussi contracté une police d’assurance du côté de Doha. En lui concédant une participation au capital de la compagnie pétrolière nationale Rosneft, Moscou achète la neutralité du Qatar. Ce pacte de circonstance devrait contribuer à la tiédeur de l’Arabie saoudite, à son tour, pour une rébellion en déroute. Revirement turc, défection qatarie, isolement saoudien, le dispositif clintonien du « regime change » en Syrie s’effondre comme un château de cartes. Donald Trump a proclamé son intention d’en finir avec ces lubies néo-conservatrices. A croire qu’il avait anticipé la suite des événements !

 

Le dernier enseignement, enfin, est lié au lieu même des futures négociations de paix. Capitale futuriste du Kazakhstan construite en 1997, Astana est au cœur de cet arc de puissance géopolitique dont Moscou est l’artisan inlassable face aux prétentions occidentales à régenter la planète. C’est à travers le territoire kazakh que passent les oléoducs qui acheminent, vers la Chine, le gaz en provenance des gisements de la Caspienne. Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan est un allié stratégique de la Russie et son partenaire essentiel dans les domaines-clé de la modernité économique (nucléaire, spatial, hydrocarbures).

 

Ce pays asiatique majoritairement musulman est membre de l’Union eurasienne et de l’Organisation de coopération de Shanghaï. En plein développement, proche de la Russie, il est le symbole des nouveaux équilibres du monde. C’est à Astana que les négociations de paix commenceront en janvier, précédant celles de Genève en février. Les deux processus ne sont pas contradictoires, affirme la diplomatie russe. Staffan de Mistura, délégué spécial de l’ONU pour la Syrie, sourit pour la forme. Mais quel symbole ! Détrônée par la capitale kazakhe, la cité helvétique n’est plus le centre de l’activité diplomatique. Les Russes l’ont déplacé à l’Est, au cœur d’une Eurasie qui est le siège des puissances de demain.

 

Bruno Guigue
30 décembre 5016

Bruno Guigue, ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA, Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire, chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

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