Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #israel - palestine - moyen-orient tag

Le secret le plus mal gardé de la guerre syrienne qui pourrait devenir le cauchemar d’Israël

4 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Une intéressante analyse à prendre, comme toujours, avec esprit critique et recul.

Source : Middle East Eye, Richard Silverstein, 30-06-2017

Photo : des soldats israéliens participent à un entraînement militaire sur le plateau du Golan occupé par Israël, près de la frontière israélo-syrienne, le 22 mars 2017 (AFP)

Oui, Israël soutient les rebelles syriens, mais pas seulement sur les plans financier et humanitaire : Israël espère que les rebelles serviront de tampon contre l’EI ou le Hezbollah, une stratégie qui pourrait facilement se retourner contre lui

Plus tôt ce mois-ci, le Wall Street Journal a publié l’interview d’un commandant rebelle syrien et d’une demi-douzaine de combattants, qui ont confirmé le secret le plus mal gardé du conflit syrien : Israël soutient directement les factions rebelles syriennes au moyen d’une aide humanitaire et financière.

L’implication d’Israël « est bien plus profonde et plus coordonnée qu’on le pensait et inclut le financement direct des combattants de l’opposition près de sa frontière depuis des années », indiquait l’article.

« Israël s’est tenu à nos côtés de manière héroïque », a déclaré Moatasem al-Golani, porte-parole du groupe rebelle Fursan al-Joulan, au Wall Street Journal

« Israël s’est tenu à nos côtés de manière héroïque », a déclaré Moatasem al-Golani, porte-parole du groupe rebelle Fursan al-Joulan, au Wall Street Journal. « Nous n’aurions pas survécu sans l’aide d’Israël. »

Selon le rapport, Israël donne 5 000 dollars chaque mois à Fursan al-Joulan – ou Chevaliers du Golan –, que le groupe utilise pour payer les salaires des combattants et acheter des armes et des munitions pour ses campagnes contre le gouvernement d’Assad dans le Golan syrien.

Je n’avais jamais entendu parler de Fursan al-Joulan auparavant. Un site en ligne consacré à la documentation du conflit syrien décrit un certain « Fouj al-Joulan » comme une milice du Golan alliée au régime d’Assad qui se consacre à la protection des villages druzes dans la région. Bien que les noms se ressemblent, il est peu probable qu’il s’agisse du même groupe, surtout que le commandant de Fouj al-Joulan, Majid Himoud, est un ennemi implacable d’Israël, que les Israéliens ont essayé d’assassiner par deux fois.

Comptant environ 400 combattants, Fursan al-Joulan semble être une milice locale. Celle-ci est sans doute affiliée à un groupe islamiste plus vaste comme al-Nosra ou al-Qaïda, mais je n’ai pas été en mesure de le déterminer. Le Wall Street Journal indique clairement qu’il n’est pas affilié à l’Armée syrienne libre, ce qui augmente la probabilité que Fursan al-Joulan soit un groupe islamiste. Il est également tout à fait possible qu’il y ait d’autres groupes, peut-être nombreux, qu’Israël aide pareillement.

Dans une vidéo de septembre 2014 publiée par Ahrar al-Sham, des combattants de l’opposition syrienne capturent une position du gouvernement syrien à Khan Arnabeh, près de la frontière est de Quneitra avec Israël sur le plateau du Golan (AFP/YouTube)

Le 22 juin, le correspondant principal en matière de sécurité militaire de Yediot Achronot, Alex Fishman, a confirmé le rapport du journal et en a exploré la motivation :

« Une partie non négligeable des rebelles syriens dans le Golan ont adopté l’idéologie salafiste extrême de Jabhat al-Nosra, une ramification d’al-Qaïda […] Le point de vue israélien est que les opinions extrémistes religieuses des rebelles syriens sont moins pertinentes [que leurs capacités à combattre les ennemis des Israéliens – l’Iran et le Hezbollah]. Israël est persuadé que ce qui les [les rebelles] intéresse avant tout est la survie ; et qu’il est possible d’acheter leur loyauté grâce à une aide matérielle qui contribue à garantir leur propre sécurité. »

« L’article du Wall Street Journal donne l’impression qu’Israël n’examine pas toujours les idées de ses alliés tant qu’il obtient une profitable sécurité réciproque. Selon le point de vue d’Israël, l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Et si Jabhat al-Nosra se bat contre l’EI dans le sud du Golan, et chacun d’eux se bat à son tour contre le Hezbollah et l’armée syrienne dans la région de Deraa, tant mieux. »

Ce mode d’interaction basé sur la réciprocité peut fonctionner pour Israël à court terme, mais l’histoire de la région regorge de semblables alliances temporaires qui se sont rapidement transformées en hostilité pure et simple lorsque les circonstances ont changé. Un ancien allié peut facilement et rapidement devenir le pire des ennemis.

Et en fait, les biens, l’expérience et les compétences transmises pendant l’alliance permettent à l’ancien allié de devenir un ennemi encore plus redoutable (pensez simplement aux Moudjahidines-Talibans en Afghanistan). Un certain nombre d’acteurs en Syrie, de l’EI à al-Nosra, pourraient, à un moment futur, décider qu’Israël est une cible plus facile que leurs anciens ennemis. Cette alliance de commodité à court terme pourrait facilement devenir un golem cauchemardesque qu’Israël aura lui-même créé.

Ce que veut Israël

Ces nouveaux rapports confirment plusieurs années de mes propres rapports qui documentaient une vaste intervention israélienne dans le conflit syrien, y compris de nombreuses attaques aériennes contre le Hezbollah et les convois d’armes iraniens, le bombardement d’un avion syrien qui s’était aventuré de quelques mètres dans le Golan occupé par Israël, les assassinats de commandants du Hezbollah et iraniens, les largages d’équipement aux unités d’al-Nosra alliées à al-Qaïda et les briefings directs entre les officiers de l’armée israélienne et les commandants rebelles.

Israël veut une Syrie divisée. Il veut un pays divisé par des conflits ethniques et religieux afin de pouvoir dominer le Golan et protéger sa frontière nord

Tout cela a démenti les fausses affirmations répétées dans les médias (y compris dans cet article de WSJ) selon lesquelles Israël est un parti neutre dans le conflit – ce dont Israël voudrait persuader le monde. Au contraire, il y est profondément impliqué et cherche à affaiblir ou à renverser Bachar al-Assad car les ennemis d’Israël, le Hezbollah et l’Iran, sont les principaux alliés du président syrien.

Je m’attends à ce que l’escalade israélienne se poursuive étant donné qu’Assad et ses alliés sont en train de prendre le dessus. Ils repoussent l’EI dans l’est de la Syrie et, une fois que ce sera fait, il est très possible qu’Assad puisse porter son attention vers l’ouest, notamment le Golan, pour consolider ses acquis territoriaux. Le véritable test interviendra à ce moment-là.

Israël veut une Syrie divisée. Il veut un pays divisé par des conflits ethniques et religieux afin de pouvoir dominer le Golan et protéger sa frontière nord. Jusqu’où est-il disposé à aller pour empêcher Assad d’y réaffirmer son contrôle total ?

Le président Bachar al-Assad salue le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif à Damas en janvier 2014 (AFP/SANA)

Israël a eu de nombreuses occasions de négocier un accord de paix avec Bachar al-Assad et, plus tôt encore, avec son père. Il a tourné le dos à chacun de ces efforts. Il ne veut pas d’un accord avec Assad.

Pour éviter une confrontation politique interne avec les forces nationalistes concernant la restitution du Golan, le gouvernement de droite d’Israël préfère conserver sa conquête illégale du Golan et le statu quo. Pour ce faire, il faut continuer à semer la discorde et les équipées militaires dans le Golan.

Coup de semonce

De nombreuses escalades de mauvais augure dans le conflit syrien se sont produites ces derniers jours. L’Iran a annoncé avoir tiré des missiles depuis son territoire avec pour objectif des positions de l’EI dans l’est de la Syrie. Cela signifierait que le progrès technique des forces iraniennes est tel qu’elles sont désormais capables d’atteindre des cibles à des centaines de kilomètres de là. La dernière fois qu’elles ont attaqué un ennemi au-delà des frontières de cette manière était pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980.

L’attaque au missile de l’Iran est un avertissement à peine voilé adressé aux Saoudiens : tout comme nous pouvons atteindre l’EI en Syrie, nous pouvons vous atteindre à Riyad

Des sources militaires anonymes israéliennes ont affirmé que chacun des sept missiles qui avaient été tirés ont manqué leur cible, plusieurs n’ayant même pas atterri en Syrie. Cependant, en dehors de sources anonymes, les Israéliens n’ont rien fourni pour étayer leurs allégations. Il serait dans l’intérêt d’Israël de répandre des affirmations fallacieuses discréditant la prouesse militaire de son principal rival régional.

L’Iran a expliqué que l’attaque antimissile était une vengeance par rapport à une attaque terroriste récente perpétrée par des Kurdes iraniens à Téhéran et que l’EI a revendiquée. Puisque l’Iran a également accusé l’Arabie saoudite de l’attentat, qui a tué dix-sept personnes, en majorité des civils, l’attaque aux missiles est un avertissement à peine voilé adressé aux Saoudiens : « tout comme nous pouvons atteindre l’EI en Syrie, nous pouvons vous atteindre à Riyad ».

Ou comme le correspondant d’Al Jazeera l’a déclaré : « Et, bien sûr, nous devons considérer cela dans un contexte géopolitique plus large : il sera très intéressant d’observer la réaction de pays comme l’Arabie saoudite, les États-Unis et Israël parce que l’Iran montre qu’il peut riposter et le fera. »

Photo prise par le Corps des Gardiens de la révolution islamique iranienne montrant un missile balistique lancé lors d’un test dans un lieu tenu secret (AFP)

Le 18 juin, un avion de combat américain a abattu dans la campagne de Raqqa un avion de guerre syrien qui avait bombardé un objectif proche des forces rebelles syriennes soutenues par les États-Unis. L’armée américaine affirme que la cible était les Forces démocratiques syriennes (que les troupes du régime syrien avaient chassées de la ville), tandis que le régime prétend qu’il s’agissait de l’EI. L’aviation américaine a également abattu au moins deux drones pro-régime syrien.

Peur de la victoire d’Assad

Tout cela s’inscrit dans le cadre du succès croissant d’Assad qui reprend le territoire qui était autrefois contrôlé par l’EI. Les États-Unis, en attaquant les avions de guerre syriens, tentent d’entraver les efforts d’Assad. Dans les faits, cela signifie que la politique américaine reflète largement celle d’Israël. L’administration Trump semble elle aussi ne pas vouloir d’une Syrie unie, et préférer une Syrie divisée en cantons ethniques.

L’ultimatum lancé au Qatar afin qu’il mette fin à ses relations avec l’Iran et le Hezbollah est un exemple de la manière dont les répercussions de ce qui se passe en Syrie pourraient créer un tsunami dans tout le Moyen-Orient

L’allié russe d’Assad a réagi avec colère à l’attaque des États-Unis et a annulé les efforts critiques de désescalade visant à empêcher les différentes forces qui se battent en Syrie de s’attaquer accidentellement (les agents américains ont depuis indiqué qu’une ligne de désescalade est toujours en opération). En outre, la Russie a annoncé que toute autre attaque américaine contre l’aviation syrienne pourrait entraîner un conflit direct avec la Russie.

Tout cela fait partie d’une escalade américaine de sa propre implication qui a consisté à bombarder un convoi militaire du gouvernement syrien, une mosquée, et maintenant cela. De toute évidence, l’administration Trump dirige l’armée vers une démonstration de force dans cette arène.

Le problème est qu’il s’agit d’un champ de bataille très fréquenté et que de nombreuses parties sont impliquées, notamment la Russie. L’avion que l’armée américaine a abattu était un bombardier Sukhoï russe, par exemple. Il suffira d’une erreur commise en une fraction de seconde pour que cela se transforme en un bain de sang majeur qui pourrait entraîner les principales parties au conflit bien plus loin qu’elles le voudraient.

La nouvelle alliance

La Syrie n’est qu’une fraction d’un terrain de jeu plus large dans la région où les forces sunnites, financées par l’Arabie saoudite et les États du Golfe, sont confrontées au pouvoir chiite sous l’égide de l’Iran et du Hezbollah.

Au fur et à mesure que la coalition sunnite perd de son influence en Syrie, cette rivalité s’est déplacée vers des endroits nouveaux et même plus dangereux. L’ultimatum lancé au Qatar afin qu’il mette fin à ses relations avec l’Iran et le Hezbollah est un exemple de la manière dont les répercussions de ce qui se passe en Syrie pourraient créer un tsunami dans tout le Moyen-Orient.

Une alliance croissante entre l’Arabie saoudite et Israël ajoute encore un autre élément combustible au mélange. Les deux semblent avoir envie de se mesurer à l’Iran. Quand ils étaient des acteurs séparés, le danger d’un tel conflit était plus faible.

Alors que ces deux pays s’unissent contre un ennemi commun, les entraves sont considérablement réduites, sans oublier que l’ascension d’un jeune prince saoudien impétueux et ambitieux qui s’est montré bien trop empressé à embourber son royaume dans des interventions étrangères accroît encore plus le danger d’un tel scénario.

– Richard Silverstein est l’auteur du blog « Tikum Olam » qui révèle les excès de la politique de sécurité nationale israélienne. Son travail a été publié dans Haaretz, le Forward, le Seattle Times et le Los Angeles Times. Il a contribué au recueil d’essais dédié à la guerre du Liban de 2006, A Time to speak out (Verso) et est l’auteur d’un autre essai dans une collection à venir, Israel and Palestine: Alternate Perspectives on Statehood (Rowman & Littlefield).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation

Source : Middle East Eye, Richard Silverstein, 30-06-2017

Lire la suite

Cela fait trois ans qu’Israël soutient ses mercenaires d’al-Qaeda . Par Moon of Alabama — 25 juin 2017

1 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Daesch, #Les transnationales, #le nazisme, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Les média

 Cela fait trois ans qu’Israël soutient ses mercenaires d’al-Qaeda .  Par Moon of Alabama — 25 juin 2017

Le tir de mortier était, comme d’habitude, un appel d’al-Qaeda pour qu’Israël leur apporte un soutien militaire.

En réaction, Israël va frapper les positions de l’armée syrienne en 3,2,1…

 

 Cela fait trois ans qu’Israël soutient ses mercenaires d’al-Qaeda .  Par Moon of Alabama — 25 juin 2017
 Cela fait trois ans qu’Israël soutient ses mercenaires d’al-Qaeda .  Par Moon of Alabama — 25 juin 2017

 

Les forces aériennes israéliennes attaquent l’armée syrienne après que des projectiles sont tombés sur le plateau du Golan


Al-Qaïda a attaqué un poste de l’armée arabe syrienne (AAS) à Madinat al-Baath (carte) près du plateau du Golan occupé par Israël. Al-Qaïda a demandé un soutien militaire israélien en lançant des mortiers vers des espaces vides du territoire occupé par Israël. La Force de défense israélienne a répondu à leur demande en détruisant deux tanks de l’armée arabe syrienne. Deux soldats syriens ont été tués. L’armée syrienne a résisté et l’attaque d’Al-Qaeda sur sa position a échoué.

C’était très facile à prévoir. Israël soutient Al-Qaïda dans la région depuis au moins 2014. La combine de demande de soutien militaire par mortier d’al-Qaïda interposé est en place depuis au moins trois ans. En octobre 2014, la Force des Nations Unies pour l’observation du dégagement (FNUOD), qui couvrait encore la zone, a écrit ceci au Conseil de sécurité de l’ONU:

Le 23 juin [2014], Israël a ciblé neuf postes de l’armée syrienne avec des tanks et des avions après qu’un tir de mortier provenant du côté syrien a tué un civil israélien, la veille. Selon Israël, la plupart de ces incidents sont dus à des tirs égarés résultant des combats en Syrie. Israël a déclaré que les groupes d’opposition armés en étaient probablement les auteurs, mais que ses forces avaient tiré sur les positions militaires syriennes pour souligner que la Syrie était responsable de la sécurité de son côté de la ligne de cessez-le-feu.

Les observateurs de l’ONU ont mentionné les « drapeaux noirs » que les « rebelles » utilisaient. Les « rebelles » dans cette région sont les forces d’al-Qaïda. Ce stratagème de « demande de soutien militaire par mortier interposé » s’est répété encore et encore. L’argument israélien est une insulte à la logique: « Il revient à l’armée syrienne de maintenir al-Qaïda hors de la région par conséquent nous répondons aux tirs « égarés » d’al-Qaeda en détruisant l’armée syrienne ».

Mais les médias « occidentaux » et israéliens n’ont jamais mentionné ni analysé ce schéma pourtant évident.  Et cela, alors même que cette performance théâtrale se répète encore et encore. Ils mentent et se contentent de colporter l’histoire fallacieuse du « tir égaré » alors même qu’il est clair qu’il s’agit d’un soutien militaire coordonné avec et pour Al-Qaïda. Depuis des années, ils cachent au public le soutien israélien à Al-Qaïda et sa participation active à la guerre syrienne. La preuve, Haaretz pour la première fois aujourd’hui (!) titre : Analyse – La lente et sinueuse ingérence d’Israël dans la guerre civile en Syrie. Cette « lente ingérence », que Haaretz décrit et analyse comme un phénomène nouveau, a commencé il y a au moins trois ans et elle a été tout sauf lente et sinueuse. Il s’agit d’un soutien total des terroristes et cela depuis le début.

Le Wall Street Journal, avec lui aussi trois ans de retard, a rapporté la semaine dernière qu’Israël avait mis en place une unité spéciale de l’armée pour conseiller, former, soutenir et contrôler Al-Qaïda dans la région du Golan: Israël apporte une aide secrète aux rebelles syriens

Israël paie même les salaires d’al-Qaïda:

La personne qui est au courant de l’aide d’Israël a confirmé que de l’argent passait à travers la frontière, mais elle a dit qu’il était versé dans un but humanitaire. Cependant, les rebelles interrogés ont déclaré qu’ils utilisaient l’argent pour payer les salaires des combattants et pour acheter des armes et des munitions – l’armée israélienne a refusé de commenter leurs assertions.

Israël veut s’accaparer et occuper de grands pans de territoires syriens et agrandir ainsi la partie du plateau du Golan qu’il s’est déjà annexée illégalement. C’est pourquoi il finance Al-Qaeda et le soutient militairement. Les articles des médias dominants sur le sujet ont au moins trois ans de retard. Pourquoi commencent-t-il à en parler maintenant? Haaretz et le WSJ ont-ils eu la permission ou reçu la consigne de le faire ? Et dans quel but?en plus de la partie du plateau du Golan qu’il occupe illégalement. C’est pourquoi il finance Al-Qaeda et le soutient militairement. Les articles des médias dominants sur le sujet ont au moins trois ans de retard. Pourquoi commencent-t-il à en parler maintenant? Haaretz et le WSJ ont-ils eu la permission ou reçu la consigne de le faire ? Et dans quel but?

Par Moon of Alabama |  24 juin 2017

Article original: http://www.moonofalabama.org/2017/06/israeli-fire-support-for-its-al-qaeda-mercenaries-started-three-years-ago.html#more

Source: http://arretsurinfo.ch/cela-fait-trois-ans-quisrael-soutient-ses-mercenaires-dal-qaeda/

Lire la suite

Crève, souffre, sale pute ! Par Gideon Levy

1 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Les média, #Israël et la Palestine

Crève, souffre, sale pute !

 

Les soldats de Tsahal ont retenu la leçon du procès Azaria [1] : au lieu d’achever un « terroriste » il faut le laisser se vider de son sang tout en lui vomissant des insultes.

Il s’est encore passé quelque chose d’horrible dans les Territoires occupés mardi dernier.

Quelque chose d’encore plus révoltant que de tirer sur un terroriste blessé et à terre comme l’a fait Elor Azaria. La vidéo qui a été prise à cette occasion vous retourne le cœur…

 

 

C’est révoltant et désespérant mais aucun média en Israël n’y a prêté attention ce qui reflète bien la profondeur de l’apathie dans laquelle nous avons sombré.

Ce jour-là, un groupe de militaires se tenait autour d’une jeune Palestinienne qui se tordait de douleur sur la route en perdant son sang alors que ceux-ci faisaient une sorte de concours d’insultes les plus obscènes. Ce sont tes soldats, Israël ! Ce sont leur langage, leurs valeurs et leurs références. Aucun d’entre eux n’a offert à cette jeune fille aucune aide médicale, personne n’a pensé à faire cesser ce flot d’obscénités détestables qui volait autour d’une écolière agonisante. C’était le cadeau qu’il fallait pour compléter les célébrations du jubilé [2] – du défilé des superbes et admirables paras au Mur des lamentations jusqu’à la bestialité de cet acte au checkpoint de Mevo Dotan. Voici où nous ont conduits cinquante années d’occupation.

 

 

La vidéo nous montre une jeune Palestinienne qui avance lentement vers le checkpoint. Peut-être quelqu’un l’appelle-t-il pour lui demander de s’arrêter mais on ne peut l’entendre sur l’enregistrement. On ne voit pas ni lame ni coup de couteau non plus. Puis on voit la jeune fille s’enfuir, deux Israéliens, apparemment des soldats, la poursuivant à toute vitesse. Ce n’est que le préambule.

« Neutraliser » (c’est-à-dire tuer en hébreu) des jeunes, garçons ou filles, qui cherchent à blesser des soldats – qui savent que le plus souvent c’est au prix de leur propre vie – est devenu une sorte de routine. Dans la plupart des cas c’est ni plus ni moins qu’une exécution alors qu’il est le plus souvent possible d’arrêter les assaillants sans les tuer. Mais l’armée est héroïque quand elle est face à des jeunes filles et ses soldats savent tuer. Les militaires tirent alors pour abattre l’écolière, ce qui était attendu de leur part.

Et maintenant : la jeune fille est étendue sur la route ; les hommes armés l’entourent comme dans un rite païen, lui aboyant un flot d’injures. La vidéo ne montre que leurs corps, pas leurs visages. Parmi eux, il y a au moins un homme armé en short, portant des sandales, probablement un colon. La fille pousse des plaintes, se retourne, se tord, gémit pendant que les soldats disent : « J’espère que tu meurs, fille de pute », « Fuck you », « Crève, souffre, toi kahba (putain en arabe) ». Ils ne se comporteraient même pas comme ça devant un chien mourant. Au milieu de cette folie on peut entendre quelqu’un demander « Où est le couteau ? », « Ne la touchez pas », « Vous êtes génial » et, d’un téléphone, « Où êtes-vous ? à la maison ? ».

Elle est morte quelques heures plus tard. Elle s’appelait Nouf Iqab Enfeat, elle avait 16 ans et venait du village de Yabad, près de Jénine, en Cisjordanie. Un soldat a été légèrement blessé. Seuls des lâches peuvent tuer une écolière d’une telle façon.

Toutefois dans ce cas, l’exécution de routine a été accompagnée d’une « cérémonie de requiem ». Il faut l’avoir vu pour le croire. Pas un seul soldat avec le moindre brin de compassion ou d’humanité. On a du mal à imaginer l’ampleur de la haine des soldats de l’armée d’occupation envers la nation qu’ils dominent. Il faut voir à quel point ils ont perdu leur humanité. Comment quelqu’un peut-il être joyeux en voyant une écolière qui se meurt ? Maltraiter de cette façon quelqu’un qui souffre n’est pas moins pernicieux, maléfique que de l‘abattre.

C’est la leçon qu’on tirée les soldats de Tsahal du procès d’Elor Azaria : au lieu d’achever le « terroriste », laissez-le perdre son sang jusqu’à ce qu’il meure tout en le couvrant d’injures. Et ils l’ont fait, non par vengeance pour sa tentative de poignarder un soldat mais parce qu’avant tout c’était une Palestinienne. De toutes évidences, ils ne se seraient jamais comportés ainsi si c’était une fille de colon qui avait essayé de les attaquer.

Ce n’était pas l’attitude d’un individu isolé ; ils sont nombreux dans ce cas. Ce n’était même pas un événement extraordinaire. Ce sont vos soldats, peuple d’Israël ! Quelqu’un devrait le rappeler au chef d’état-major Gadi Eizenkot qui, pour différentes raisons est perçu comme quelqu’un qui se préoccupe de l’image de « Tsahal-armée la plus morale du monde ».

Vous avez cinq enfants, Eizenkot, que penseriez-vous de quelqu’un qui se serait comporté ainsi avec l’un des vôtres ? Qu’est-ce que n’importe quel père ou mère en Israël aurait pensé ? Est-ce que de voir un couteau dans la main d’une écolière désespérée justifie n’importe quelle sorte de comportement ? Et n’apparait-il pas clairement que c’est le fait d’envoyer nos enfants servir dans les Territoires occupés qui les transforme ainsi ?

Si les soldats de ce checkpoint ne sont pas poursuivis et punis, une chose sera alors claire : la barbarie est le vrai code moral qui a cours chez Tsahal.

Gidéon Levy | 04/06/2017

Ntd

[1] Elor Azaria a achevé d’une balle dans la tête Abdel Fattah al-Sharif, un Palestinien qui gisait sur le sol, blessé au cours de son attaque d’un soldat israélien le 24 mars 2016 près de Hébron. Arrêté par la police militaire pour meurtre, Tsahal voulait un procès exemplaire pour redorer son image après la diffusion de la vidéo de l’assassinat, largement relayée sur Internet. Face à une opinion publique israélienne considérant Azaria comme un héros, la justice ne l’a finalement condamné qu’à une peine de 18 mois de prison pour homicide involontaire…

[2] Les 50 ans de la « Guerre des 6 jours » et du début de l’occupation de la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est et les Hauteurs du Golan syrien.

Article original: http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.793429

Source:.UJFP

Lire la suite

Le gazoduc israélo-européen à venir est un désastre. Par Gilad Atzmon

1 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine, #La Turquie, #Grèce

Le gazoduc israélo-européen à venir est un désastre

Le gazoduc israélo-européen à venir est un désastre.  Par Gilad Atzmon

Le 7 juin la presse Cypriote a rapporté qu’un grand nombre de forces spéciales israéliennes ont pris part à un exercice militaire conjoint avec les forces chypriotes

La vidéo israélienne suivante montre une brigade de commando israélienne d’élite engagée dans des routines militaires agressives autour de la chaîne de montagnes Troodos de Chypre.

 

 

Comment cela a t’il pu se produire ? Comment est-ce que les Chypriotes, connus pour leur soutien à la cause palestinienne, sont devenus des membres d’une province israélienne ?La réponse: un gazoduc Israël-Europe

Début avril, on a appris la proposition d’un gazoduc sous-marin de 2000 km connectant les champs gaziers de Gaza et de Chypre avec la Grèce et possiblement l’Italie.

L’accord de gazoduc entre Israël, l’Italie, Chypre et la Grèce laisse hors du coup les Turcs et les Palestiniens. Tandis que Gaza doit faire face à une crise énergétique avec son électricité réduite à moins de trois heures par jour ; Israël vise à engranger des milliards de dollars d’une source assez importante de gaz naturel sise sur la côte de Gaza et bel et bien en territoire palestinien, dans les eaux territoriales palestiniennes (en assumant que cela existe…)

Yuval Steinitz, le ministre de l’énergie d’Israël, s’est félicité de ce projet de gazoduc s’attendant à ce qu’il soit opérationnel en 2025 et le qualifiant de “commencement d’une très belle amitié entre nos quatre pays méditerranéens”. Bien entendu, il manque des nations dans cet accord et il est facile de s’apercevoir que tout cela représente une recette pour un désastre: le gazoduc et les installation gazières sont des cibles aisées. La région est une poudrière. Chypre est en train de mettre en péril sa souveraineté. L’île pourrait bien devenir sous peu, le champ de bataille pour quelques entités globalistes sans foi ni loi et sans pitié.

Les dirigeants de Chypre sont en train de comprendre qu’ils sont devenus une province d’Israël s’ils veulent d’un gazoduc qui distribue le gaz naturel volé aux Palestiniens. Et comme révélé dans la vidéo, Chypre est maintenant protégée par son “grand-frère” israélien. Les manœuvres conjointes israélo-chypriotes se sont tenues pour envoyer un message aux Turcs et à qui de droit dans la région quant aux conséquences militaires brutales auxquelles ils devront faire face pour toute intervention dans leur projet de vol de gaz.

Gilad Atzmon | Juin 19, 2017  

Article original:  http://www.gilad.co.uk/writings/2017/6/19/jerusalem-nicosia-and-ww3

Traduit de l’anglais par Résistance

Lire la suite

Selon un rapport des Nations unies, Israël soutient les groupes jihadistes en Syrie. Par Stefano Mauro.

23 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Daesch, #Terrorisme

Selon un rapport des Nations unies, Israël soutient les groupes jihadistes en Syrie

  •  
  •  
  •  
 

Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a récemment exprimé ses préoccupations au sujet des contacts entre les soldats de l’armée israélienne et les combattants de différents groupes djihadistes dans le sud de la Syrie (province de Deraa) et dans les hauteurs du Golan.

Dans rapport produit par l’ONU le 8 juin, Antonio Guterres a mis l’accent sur la montée progressive des contacts entre les deux parties, contacts vérifiés par les observateurs de l’ONU situés dans le Golan.

Les observateurs ont documenté au moins 16 rendez-vous entre les forces israéliennes et les milices « rebelles » dans les zones frontalières qui incluent « le mont Hermon, la zone de Quneitra et les hauteurs du Golan » dans la période qui va de mars 2017 jusqu’au mois dernier. Le rapport poursuit en disant que « pour la période entre mars et mai, il y a eu de nombreuses rencontres entre l’armée israélienne et les militants djihadistes, le long de la frontière avec des échanges d’armes, de médicaments et de matériel militaire ».

Ces derniers jours, même le journal Wall Street Journal a rapporté qu’« Israël continue à fournir et à soutenir  différents groupes rebelles engagés dans la lutte contre Assad et ses alliés russes, iraniens et libanais » afin de maintenir une zone tampon près de ses frontières.

Selon le journal étasunien, en 2016, Israël a créé une unité spéciale qui a eu pour mission de distribuer l’aide israélienne aux différents groupes. L’aide consistait en « armes, munitions et salaires à donner aux djihadistes ».

Interviewé par le WSJ, le porte-parole du groupe rebelle Fursan al-Joulan, ou Chevaliers du Golan, (groupe lié à Al-Qaida), Motassam al Golani, a remercié Tel-Aviv pour avoir combattu à leurs côtés : indirectement, en fournissant armes et, directement, avec l’aviation et le soutien de l’artillerie. Le même Al Golani est venu déclarer que « s’il n’y avait pas Israël, on ne pourrait jamais tenir tête à l’armée syrienne de Bashar Al Assad ».

La chaîne Russia Today (RT) a repris la nouvelle et a interviewé d’autres militants. Le chef d’un autre groupe djihadiste dans le Golan, Abou Sahib, a déclaré : « à titre de commandant, je perçois un salaire annuel de 5 000 dollars versé par Israël ». Au cours de l’entretien, le chef du groupe a indiqué que la collaboration avec Tel-Aviv continue depuis 2013 et a joué un rôle crucial pour continuer à s’opposer à l’armée loyaliste d’Assad dans toute la région, vu qu’« Israël continue d’envoyer des armes et de l’argent pas seulement à notre groupe, mais à tous les groupes rebelles dans le Golan ».

Selon les autorités de Damas, le rapport de l’ONU « confirme ce que nos agences de presse ont longtemps soutenu ». À plusieurs reprises, en effet, les troupes loyalistes avaient confisqué des armes aux rebelles en provenance d’Israël ou avaient documenté le transport des djihadistes blessés dans les hôpitaux israéliens. Damas, dans un communiqué officiel, a ajouté que « les réseaux djihadistes qu’Israël maintient en Syrie, en fournissant des armes, sont les mêmes terroristes qui commettent des attentats en Europe ».

Officiellement, le gouvernement Netanyahou a démenti les accusations sur le financement des groupes takfiristes, les qualifiant comme « fausses ». Il semblerait, cependant, que l’ancien ministre israélien des Affaires militaires, Moshe Yaalon, soit plus crédible. Il y a quelques mois, le ministre avait déclaré que Daesh « avait présenté ses excuses pour avoir attaqué par erreur Israël pour la première fois », en admettant tacitement l’alliance avec des groupes liés à la galaxie salafiste.

 

Source originale: Nenanews

Traduit de l’italien par Stefano Mauro pour Investig’Action

Source: Investig’Action

Lire la suite

Syrie. Fini de jouer ! Rédigé par Observatus geopoliticus 

20 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Terrorisme, #Daesch

Fini de jouer

19 Juin 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

Pour la deuxième fois, et sans doute la dernière, la Russie a annulé son accord avec les Etats-Unis sur la prévention d'incidents aériens dans le ciel syrien. On se rappelle qu'une rupture avait déjà eu lieu en avril après la vrai-fausse attaque de tomahawks sur la base de Chayrate, ce qui avait fort troublé le Pentagone à l'époque.

Moscou remet ça et il y a des chances pour que ça dure plus longtemps cette fois. Concrètement, les communications sont coupées avec le Centcom et tout avion US à l'ouest de l'Euphrate sera suivi et considéré comme une cible potentielle. Cela ne signifie pas qu'il sera automatiquement descendu mais les Américains y réfléchiront désormais à deux fois avant de jouer les cowboys du désert. Ils auront les S400 rivés sur eux...

Car, après les trois bombardements de cohortes loyalistes dans le sud de mai-juin autour d'Al Tanaf, c'est une nouvelle provocation états-unienne qui est à l'origine de la crise. Hier, un F18 de l'USS George HW Bush, sis en Méditerranée, a survolé le territoire syrien avec la bénédiction russe (on imagine que le prétexte était le bombardement de positions de l'EI) pour finalement abattre un sukhoi 22 syrien au sud de Tabqa. Ce n'est pas la première fois que l'aigle roule l'ours, c'est peut-être la dernière. Moscou a immédiatement qualifié l'événement d'acte d'agression et logiquement suspendu l'accord.

Pour être tout à fait honnête, le jet en question n'avait peut-être pas décollé pour pulvériser du Daech mais bombardait des positions kurdes, même si les rapports sont contradictoires. Car devant l'inexorable avancée de l'armée syrienne et des milices pro-gouvernementales vers l'est, le système impérial est entré en mode panique et a lancé les Kurdes, désormais à peu près vendus aux intérêts américains et saoudiens (voir le Rojava proto-marxiste faire des ronds de jambe au régime wahhabite fondamentaliste des Seoud n'est pas la moindre des ironies de cette guerre...) Objectif : tenter de bloquer la progression loyaliste qui contourne Tabqa par le sud et ouvre la porte du grand est. De sérieux échanges de tir ont eu lieu.

Peine perdue. Les Tiger forces ne se sont pas arrêtées en si bon chemin et ont enlevé sans coup férir le carrefour stratégique de Resafa, tout près du lieu du crash du jet. Désormais, toutes les routes ou presque mènent à Deir ez Zoor... Avant cela, le saillant daéchique sera scellé puisque des troupes avancent également à partir d'Ithriya pour faire la jonction.

En filigrane : l'arc chiite, évidemment. Cette problématique était l'une des causes majeures de la guerre syrienne et sera à sa conclusion (la question des pipelines pétromonarchiques, elle, a été évacuée). Désormais, la MSN impériale s'en émeut ouvertement.

Et pour bien montrer qu'il est partie prenante de toute cette affaire, l'Iran a déversé à partir de son territoire une volée de missiles à moyenne portée Zolfaqar sur l'EI à Deir ez-Zoor. L'attaque ayant suivi de peu l'incident du sukhoi, il n'aura échappé à personne que le message subliminal s'adressait aux Américains et à leurs supplétifs kurdes et "modérés".

Trois grands fronts loyalistes se mettent en place dans la marche vers la frontière : nord - centre - sud.

Au nord, on l'a vu, l'armée avance rapidement. Plutôt que de se mêler de la bataille de Raqqa, elle serait bien avisée de continuer droit sur Deir ez-Zoor, empêchant par-là même toute retraite aux petits hommes en noir.

Au centre, à partir de Palmyre, la marche est plus lente quoique réelle. La résilience de Daech y est plus forte qu'ailleurs et se concentre désormais devant Soukhna, dernier grand verrou avant Deir ez-Zoor.

Au sud, le magistral blitz a, nous l'avons montré plusieurs fois, coupé l'herbe sous le pied de Washington dont les proxies sont maintenant bloqués dans le désert. L'envoi de batteries de missiles à Al Tanaf peut aussi bien être une opération de com' visant à sauver la face que les prémices d'une dangereuse et absurde escalade voulue par certains Follamour. A voir...

Mattis, le bulldog à cernes du Pentagone, a fait quelques confidences il y a une semaine sur l'offensive éclair Damas-Moscou vers la frontière. Des soldats russes étaient bien présents et les généraux américains ne s'attendaient pas à cela. Dans ce même article du toujours excellent Moon of Alabama, on peut lire que la Russie fait actuellement débarquer en Syrie des équipements de pontage en vue de traverser l'Euphrate.

De fait, des infos non encore confirmées font état d'une progression le long de la frontière syro-irakienne. De l'autre côté, les Unités de Mobilisation Populaire chiites suivent le mouvement (flèches roses) tandis que leurs consoeurs du nord descendent vers le sud. La grande jonction devrait se faire à Al Qaïm, sur l'Euphrate. Jour de deuil à Riyad et à Tel Aviv...

Fait intéressant, l'EI a lancé une attaque surprise contre les kurdes dans le nord-est (rectangle noir). Or, depuis que les "modérés" d'Al Tanaf sont coincés, c'est le seul point sur lequel l'empire pouvait encore appuyer pour tenter d'amincir au maximum le corridor chiite est-ouest. Si l'offensive daéchique prend de l'ampleur, on pourrait assister à un reflux des hommes de paille US vers le nord pendant que les UMP irakiennes et les loyalistes syriens continueraient au contraire leur marche et consolideraient leur prise en main de la frontière.

Lire la suite

Troupes turques Au Qatar.

13 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Les transnationales, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Troupes turques

Par Halil Celik

Mondialisation.ca, 11 juin 2017

 

 

 

 

 

 

http://www.mondialisation.ca/wp-content/uploads/2017/06/Qatar-Turquie-400x320.jpg

Après qu’une coalition des émirats du Golfe persique dirigée par l’Arabie saoudite a présenté un ultimatum au Qatar, lundi, et a bloqué son économie, le parlement turc a approuvé deux accords militaires avec le Qatar, permettant des déploiements de l’armée turque au Qatar. Les forces turques formeront également la gendarmerie qatarienne.

Dans le cadre d’un accord signé entre Ankara et Doha en 2015, Ankara construit déjà une base militaire au Qatar, où 500 à 600 soldats turcs y seront stationnés. L’installation pourrait accueillir jusqu’à 3000 soldats.

Le projet de loi a été porté au parlement par le parti de la justice et du développement (AKP) en Turquie, juste après que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait critiqué les sanctions saoudiennes contre le Qatar. S’exprimant lors d’un dîner du mardi 6 juin, Erdogan a déclaré : « Je veux dire clairement que nous désapprouvons les sanctions contre le Qatar. »

Le projet de loi a été adopté avec 240 voix pour et 98 contre, avec l’appui des députés de l’AKP et du fascisant Nationalist Movement Party (MHP).

Cependant, le parti populaire républicain (CHP) pro-Union européenne (UE) a critiqué le projet de loi pour son « timing ». Le vice-président du groupe parlementaire CHP, Levent Gok, a déclaré que son parti était prêt à soutenir le gouvernement chaque fois que ses politiques profitent aux gens. Il a demandé : « Est-ce que c’était vraiment nécessaire d’élever l’affaire Qatari, du centième au premier rang des priorités ? »

Le gouvernement turc a clairement indiqué qu’il se met du côté du Qatar contre les sanctions diplomatiques et commerciales et la menace d’une intervention militaire de cinq pays arabes : l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Yémen. Ils ont accusé Doha de soutenir le terrorisme et d’avoir une attitude « douce » à l’égard de l’Iran. Les émirats du Golfe avaient déjà rappelé leurs ambassadeurs qui étaient au Qatar en 2014, en raison du soutien de ce pays aux Frères musulmans.

Comme en 2011, quand les forces armées saoudiennes ont envahi le Bahreïn pour intervenir contre des manifestations de masse peu de temps après que les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière en Égypte ont renversé Hosni Moubarak, l’Arabie saoudite pourrait intervenir militairement au Qatar si elle avait un soutien tacite de Washington. La décision turque indique cependant clairement qu’une telle intervention pourrait impliquer l’Arabie saoudite dans une confrontation militaire directe avec la Turquie.

Les relations apparemment bonnes de la Turquie avec l’Arabie saoudite et les autres émirats du Golfe se sont considérablement détériorées depuis que Washington et les puissances européennes ont soutenu un coup militaire en Égypte qui a renversé le président Mohamed Morsi. Morsi est membre des Frères musulmans, soutenue par la Turquie et le Qatar.

Le mouvement saoudien contre le Qatar est une extension de l’agression américaine contre l’Iran, visant à fouetter le petit émirat, qui a des liens économiques avec l’Iran, conformément à la politique de Trump sur le Moyen-Orient. Mardi, Trump a écrit sur Twitter : « C’est tellement bon de voir la visite en Arabie saoudite avec le Roi et 50 pays porter déjà ses fruits. Ils ont dit qu’ils prendraient une ligne dure contre le financement de l’extrémisme, et toutes les références indiquaient le Qatar. Peut-être que ce sera le début de la fin de l’horreur de terrorisme ! »

Au cours de son premier voyage à l’étranger en mai, Trump est allé à Riyad et a donné à l’Arabie saoudite son plein soutien, et a accusé l’Iran de soutenir le terrorisme et ajoutant que les États arabes ne devraient pas laisser les « terroristes trouver un sanctuaire sur leurs sols ».

Suite à l’attaque agressive de l’Arabie saoudite contre le Qatar, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a appelé son homologue qatari Khalid bin Mohammad Al Attiyah. Mattis a réaffirmé qu’il n’y avait pas eu de changement dans la coopération militaire entre les États-Unis et le Qatar, dont la base aérienne d’Al-Udeid abrite le siège central du commandement central des États-Unis et quelque 10 000 soldats américains. Néanmoins, un conflit a clairement éclaté sur la politique du golfe Persique entre la Turquie et le gouvernement Trump.

Le danger d’une guerre régionale majeure au Moyen-Orient croît rapidement, au milieu des tensions profondes entre Washington et les puissances européennes sur les politiques de Trump, y compris en Iran, l’intervention de l’OTAN en Syrie et le conflit saoudo-qatari. En passant au soutien du Qatar pour contrer l’Arabie saoudite, Ankara s’appuie, au mimimum, sur l’assentiment tacite des puissances européennes.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a déjà accusé le président des États-Unis de susciter des conflits au Moyen-Orient et de risquer une « nouvelle spirale de vente d’armes », disant que l’isolement du Qatar « est une politique complètement erronée et certainement pas la politique de l’Allemagne ».

Il semble que la Turquie coordonne sa politique avec le président français nouvellement élu, Emmanuel Macron, qui est un allié proche de Berlin. Macron a appelé le dirigeant du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad al-Thani, le lendemain du jour où l’Arabie Saoudite a émis ses menaces et, selon les informations de la presse, a déclaré que la France avait l’intention de maintenir la stabilité dans le golfe Persique et de parler à toutes les parties impliquées. Macron a également téléphoné à Erdogan le même jour pour discuter de la crise dans le golfe Persique.

Les puissances européennes sont à maintes reprises entrées en conflit avec Washington alors qu’elles cherchent à rétablir les relations commerciales avec l’Iran. La société énergétique française Total veut exploiter l’important champ gazier de South Pars, le plus grand du monde, qui est partagé entre l’Iran et le Qatar.

La Turquie et le Qatar ont également hésité à participer au dernier embargo international imposé par Washington à l’Iran en 2008, que la Turquie a enfreint à plusieurs reprises. Pour le moment au moins, la Turquie et le Qatar s’opposent à des sanctions sévères ou à d’éventuelles mesures militaires contre l’Iran, ce qui aurait au minimum un effet dévastateur sur leurs propres économies.

Mercredi, le même jour que les attaques jumelles ont visé le parlement iranien et le sanctuaire de l’Ayatollah Khomeini à Téhéran, le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a visité Ankara pour échanger ses vues sur les derniers développements dans la région. « Il y a des développements inquiétants dans la région pour nous. Nous devons avoir un échange étroit d’idées avec la Turquie concernant ces incidents », a déclaré Zarif aux journalistes, avant de rencontrer son homologue turc et Erdo&;an.

La garde révolutionnaire iranienne a accusé l’Arabie saoudite et l’administration Trump pour les attentats terroristes, déclarant : « Cette attaque terroriste s’est produite une semaine seulement après la rencontre entre le président américain et les dirigeants arriérés [saoudiens] qui soutiennent les terroristes. Le fait que l’État islamique ait revendiqué sa responsabilité prouve qu’ils ont été impliqués dans cette attaque brutale. »

Le même jour, Reza Nourani, responsable de l’Union nationale des produits agricoles de l’Iran, a déclaré que l’Iran était prêt à fournir au Qatar tous les produits alimentaires dont le pays arabe a besoin. « Compte tenu de l’apparition de tensions dans les relations du Qatar avec les États arabes, il est possible [pour l’Iran] de satisfaire toutes les demandes de produits agricoles du Qatar », a-t-il déclaré.

Selon le journal iranien Tasnim, les négociations entre l’Iran et le Qatar sont en cours et « une décision sur les exportations alimentaires sera finalisée d’ici la semaine prochaine ».

Halil Celik et Alex Lantier

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 9 juin 2017

La source originale de cet article est wsws.org

Copyright © Halil Celik, wsws.org, 2017

Lire la suite

France-Monde arabe : 1967-2017 Un demi siècle d’infléchissements successifs, par René Naba

6 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La nation ., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La Turquie, #Politique étrangère

Source : Madaniya, René Naba, 01-06-2017

De la politique arabe à la politique sunnite à la politique wahhabite.

«La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose et d’attendre des résultats différents ». Albert Einstein

«L’occupation ne peut aller sans oppression, répression, expulsions et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme.» Conférence de presse du Général De Gaulle Paris 27 Novembre 1967.

En un demi siècle (1967-2017), la diplomatie française en direction de la rive méridionale de la Méditerranée a subi des infléchissements successifs pour déboucher sur une alliance contre nature avec le pays le plus antinomique de son héritage politique, passant ainsi par dégradés successifs de la politique arabe, à la politique sunnite à la politique wahhabite.

PROLOGUE

Sans remonter aux Croisades, il est généralement admis que la politique française à l’égard du monde arabo-musulman s’est articulée autour de trois grandes dates fondatrices :

  • 1536 : Le traité des Capitulations entre François 1 er et Soliman Le Magnifique.
  • 1798-1801- Le recentrage Bonaparte par déplacement du curseur de la sublime porte vers l’axe Le Caire La Mecque, autrement dit le monde arabe, le noyau central et historique de l’Islam.
  • 1967- La «Grande politique arabe de la France» du Général Charles de Gaulle, soit en quatre siècles trois infléchissements majeurs avec un bilan mitigé.

LE TRAITÉ DES CAPITULATIONS ENTRE FRANÇOIS 1ER ET SOLIMAN LE MAGNIFIQUE

François Ier (1494-1574) et Soliman Le Magnifique, surmonteront leurs récriminations réciproques sur le contentieux des Croisades, particulièrement la Bataille de Poitiers (732), le sac de Jérusalem (1099) et de Constantinople (1204), -«les pages honteuses de l’Occident chrétien», selon l’expression de l’historien Jacques Le Goff-, pour sceller une audacieuse alliance.
Pris en tenaille entre l’Allemagne et l’Espagne, tous deux sous la couronne de Charles Quint (1550-1558), François Ier pactisera avec le chef de l’Empire ottoman, un infidèle, au grand scandale de la chrétienté d’alors, en vue de contrebalancer la puissance du saint Empire.

Dans la même veine de son inspiration, il créera le «Collège des lecteurs royaux», précurseur du Collège de France et imposera l’enseignement de l’arabe, en 1537, qui connaîtra sa consécration cinquante ans plus tard par la création de la chaire d’arabe. Louis XIV parachèvera son œuvre sur le plan culturel. Sous l’impulsion de Colbert désireux de mettre à la disposition des négociants français des interlocuteurs appropriés en Orient, le Roi Soleil fonde la section des langues orientales au Collège Louis le Grand.

Colbert, l’auteur du si horrible «Code Noir de l’esclavage» qui sera publié après sa mort sous l’Édit de Mars 1695, décrétera «le privilège de la terre de France» et son pouvoir libératoire ; une clause de sauvegarde qui permettait de satisfaire un triple objectif : l’affranchissement automatique des esclaves du seul fait de fouler le sol français, la consécration a priori de l’esclavage ans les possessions d’outre-mer et la préservation des intérêts fondamentaux de la France par la mise en valeur de sa tradition d’hospitalité et de son bon renom dans le monde.

Sous la Révolution, la section des langues orientales du collège Louis le grand deviendra une institution autonome «l’École des langues orientales». L’arabe, le turc et le persan y seront les premières langues enseignées. Le général Bonaparte en Égypte décrétera la politique des égards… à l’égard des indigènes. Non pas par tropisme arabo musulman, mais pour l’évidente raison que le respect d’autrui constitue la première forme de respect de soi. En un mot par un réalisme enrobé d’idéalisme qu’il considérera comme le meilleur gage de la pérennisation de son action.

1798- 1801 : LE CURSEUR RECTIFICATIF DE BONAPARTE : LA «POLITIQUE DES ÉGARDS»

Pour rappel : L’expédition d’Égypte de Bonaparte était autant une expédition militaire que scientifique. Une différence de taille avec l’aventurisme français des siècles suivants l’expédition «punitive» de Suez (1956), la guerre de prédation économique de Libye (2011) et de Syrie (2012).

François Ier le précurseur, Bonaparte, le successeur, percevront les dividendes de cette politique d’ouverture vers l’outre-mer, deux siècles plus tard avec Jean François Champollion, l’un des plus illustres élève des «Langues O», déchiffreur des hiéroglyphes égyptiennes, une découverte qui fera de l’Égypte, l’un des centres du rayonnement culturel français en Orient, un exemple de rentabilité opérationnelle, le fameux «retour sur investissement» du jargon moderne.

En stratège, le général corse, sans doute plus averti des subtilités géostratégiques de la Méditerranée, s’est borné à recentrer la politique de son royal prédécesseur considérant que La Mecque et non Constantinople constituait le centre d’impulsion de la politique française de la zone.

Se gardant de tout messianisme, il revendiquera pour la France la charge du domaine régalien, laissant aux autochtones la gestion de leurs propres affaires locales, en application de «la politique des égards», première expression politique de l’autogestion des territoires conquis.

Son neveu, Napoléon III, caressera même le projet de fonder un «Grand Royaume Arabe» en Algérie. Cette évidence mettra deux siècles à s’imposer. Mais, entre-temps, que d’humiliations, que de gâchis. Pour avoir méconnu ce principe, pour avoir renié ces propres principes, la France en paiera le prix.

ENTRE TEMPS, AU XIXE SIÈCLE

Le Monde arabe servira de cible compensatoire aux désastres militaires français successifs sur le théâtre européen, tout au long du siècle depuis Waterloo, fait unique dans les annales militaires internationales.
Waterloo (1815), Mexique (1862), Sedan (1870) Fachoda (1898),
avec leur projection belligène sur le théâtre arabe :

  • Conquête de l’Algérie, en 1830, quinze ans après le désastre de Waterloo 1815)
  • Conquête de la Tunisie, en 1881, dix ans après la défaite de Sedan, en superposition aux avatars de l’expédition du Mexique (1862-1867).
  • Enfin Fachoda (1898), qui débouchera sur la conquête du Mali (Gouraud-Al Many Touré) et le Maroc en 1912.

La crise de Fachoda (en anglaisthe Fashoda incident) est un incident diplomatique sérieux qui opposa la France au Royaume Uni en 1898 dans le poste militaire avancé de Fachoda au Soudan (aujourd’hui, Sud Soudan). Son retentissement a été d’autant plus important que ces pays étaient alors agités par de forts courants nationalistes. Dans l’imaginaire collectif français, la crise de Fachoda reste comme une profonde humiliation infligée par un Royaume-Uni triomphant, hautain et forcément de mauvaise foi. En somme, l’image même de la «perfide Albion» abondamment reprise par la presse et les caricaturistes de l’époque. Cet épisode reste comme l’un des événements fondateurs mais surtout représentatif de la Troisième République encore jeune et fragile, au même titre d’ailleurs que les scandales politiques et financiers ui ont émaillé le dernier quart du xixe siècle en France.

Au XXe siècle, la politique arabe de la France

Dans la première partie du XXe siècle, la politique arabe de la France que Nicolas Sarkozy, pourtant issu de la famille gaulliste, a cherché à déconstruire avec le soutien actif des transfuges atlantistes philo sionistes, notamment Dominique Strauss Khan et Bernard Kouchner, a surtout consisté pour les pays arabes à voler au secours de la France, à deux reprises, au cours du XXe siècle, pour l’aider à vaincre ses ennemis, notamment en 1939-1945, en l’aidant à se débarrasser du joug nazi dont une fraction importante de la communauté nationale de confession juive en avait lourdement pâti.

Avec en contrepoint et pour prix de la contribution arabe à la libération de l’Alsace-Lorraine, l’amputation de la Syrie du district d’Alexandrette et sa cession à la Turquie, l’ennemi de la France lors de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), et la carbonisation au napalm des habitants de Sétif, en Algérie, (1945), le jour même de la victoire alliée dans la deuxième Guerre Mondiale (1939-1945), ainsi que la fourniture dans la foulée à Israël de la technologie nucléaire au centre de Dimona (Néguev).

1967-2017 LA GRANDE POLITIQUE ARABE DU GÉNÉRAL DE GAULLE

Le tournant de la «Grande politique arabe» du Général de Gaulle est intervenu, en 1966, dans la foulée de l’indépendance de l’Algérie, clôturant une rupture quasi générale de la France avec le Monde arabe de dix ans, consécutive à l’expédition de Suez (1956), une agression tripartite des deux anciennes puissances coloniales de la zone (France-Grande Bretagne) de concert avec leur créature Israël.

Elle impliquait une politique d’ouverture sur l’ensemble de la rive sud de la Méditerranée, le Monde arabe, indépendamment de leurs systèmes politique -monarchiques ou républicains, progressistes ou conservateurs, aussi bien le Maroc que l’Algérie, la Libye que l’Arabie saoudite-, mais aussi les autres puissances régionales musulmanes du Moyen Orient : la Turquie (sunnite et laïc) et l’Iran (chiite).

Signe de la bonne entente Paris-Téhéran, le premier ministre de l’époque Georges Pompidou représentait la France aux festivités de Persépolis célébrant les fastes de l’Empire Pahlévi. La France, l’un des plus importants pollueurs nucléaires de la planète, équipementier d’Israël (Dimona) et de l’Apartheid d’Afrique du sud, nouait, parallèlement, une coopération nucléaire avec l’Iran impériale via le consortium EURODIF, avant que les hiérarques français -Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner et Laurent Fabius- ne se drapent dans la dignité d’une dinde effarouchée dans la perspective d’un Iran nucléarisé.

A – L’Irak (1968) et la Libye (1969), deux percées majeures de la diplomatie gaulliste dans d’anciennes chassées gardées anglo saxonnes

En treize ans (1966-1979), la diplomatie gaulliste a permis deux percées majeures de la France dans d’anciennes chasses gardées anglo saxonnes :

En Libye (1969) avec le «contrat du siècle» de 105 Mirage conclu par le gouvernement de Jacques Chaban Delmas avec le colonel Kadhafi. Et la préservation de la quote-part de Total lors de la nationalisation de l’IPC (Iraq Petroleum Company), en Irak, par Saddam Hussein.

L’illustration la plus significative de la solidarité franco-arabe s’est manifestée lors de la guerre d’octobre 1973 avec la phrase de Michel Jobert, à l’époque ministre des Affaires étrangères : «Est ce que tenter de rentrer chez soi constitue forcément une agression ?», pour justifier le franchissement du Canal de Suez et la destruction de la Ligne Bar Lev par l’armée égyptienne. Avec en retour, le traitement de faveur réservé à la France lors du boycott pétrolier des pays amis d’Israël.

B – Le choc pétrolier de 1973 : «Des idées mais pas du pétrole»

En 1973, La France est officiellement le partenaire privilégié du Monde arabe, officiellement épargnée par le boycottage pétrolier anti-occidental, le principal bénéficiaire du boom pétrolier, le principal bénéficiaire des contrats pétro monarchiques, mais les Français se cramponnent à une xénophobie lancinante, crispés sur un comportement guidé par une psychorigidité nourrie d’une nostalgie de grandeur.

Tout le monde garde présent à l’esprit les traits d’humour d’une époque où les Français exultaient de compenser leur absence de ressources naturelles par une prétendue supériorité intellectuelle, affichant leur fierté de ne «pas avoir de pétrole mais des idées», formule qui peut se décrypter de la façon suivante : «pas d’essence, mais la quintessence de l’esprit», humour qui sous-tendait une arabophobie ambiante dans une période où les arabo-musulmans étaient cloués au pilori pour avoir osé frigorifier les Français avec leur crise de l’énergie.

Le renchérissement du coût du pétrole était vécu comme un crime de lèse-majesté, alors qu’il s’agissait d’un problème de rajustement des prix du brut, longtemps outrageusement favorables aux économies occidentales.

La contradiction entre l’ouverture pan-arabe de la diplomatie française et la crispation identitaire de l’opinion française posait déjà à l’époque le problème de la mise en cohérence de la politique française à l’égard du fait arabo-musulman.

1979 : VALÉRY GISCARD D’ESTAING, LES PRÉMISSES D’UNE POLITIQUE SUNNITE EN SUBSTITUTION À LA POLITIQUE ARABE

Le premier infléchissement à la politique gaullienne a été, naturellement, le fait de Valéry Giscard d’Estaing, un «gaulliste sous toute réserve («Oui Mais»), en 1979, sous l’influence du complexe militaro industriel français qui conduira la France à perdre délibérément le bénéfice de l’hospitalité qu’elle avait accordée à l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny (Neauphle-le-château).

Initiée par le néo gaulliste Jacques Chirac (1974), le partenariat stratégique avec l’Irak fera de la France un «cobelligérant de l’Irak» dans sa guerre contre l’Iran Khomeiniste chiite (1979-1989), par ricochet l’alliée du bloc des pays sunnites arabes qu’ils soient Républicains (Irak, Égypte) ou monarchistes (les pétromonarchies du Golfe).

Curieux retournement que celui de la France et de l’Irak, les deux pays qui avaient accordé l’asile politique à l’Imam Khomeiny du temps de son exil, dont 14 ans à Najaf (sud de l’Irak), qui se retournent contre lui à son arrivée au pouvoir pour lui mener une guerre de près de dix ans… dont les rebondissements ultimes déboucheront sur la fin de Saddam Hussein, la perte de l’Irak par la France et son passage sous influence iranienne.
Drôle de résultat pour un pays qui se targue de la rationalité cartésienne.

LA FRANCE, FER DE LANCE DU COMBAT CONTRE LE MONDE CHIITE

Sous le tandem Chirac-Giscard et son prolongement socialiste animé par François Mitterrand (1979-1995), la France se positionnera en fer de lance du combat contre le Monde chiite. D’abord en tant que cobelligérant de l’Irak contre l’Iran (1979-1989), deux décennies plus tard, dans la guerre contre la Syrie (2011-2016), le maillon intermédiaire de «l’Axe de la Résistance» à l’hégémonie israélo-occidentale ; puis dans son rôle dans la mise sur pied d’un Tribunal Spécial International sur le Liban, chargé de juger les assassins de Rafic Hariri, un crime interne instrumentaliser pour criminaliser tant la Syrie que le Hezbollah libanais, enfin dans son rôle d’obstruction dans les négociations internationales sur le nucléaire iranien.
Par ricochet, la France, pendant une décennie (1980-1990), se trouvera en butte avec le «noyau dur du Monde arabo-musulman», au Tchad face à la Libye, au Liban face à la Syrie, avec les attentats du Drakkar, l’assassinat de l’ambassadeur de France Louis Delamarre, la spirale des otages, dont le plus illustre dommage collatéral sera le chercheur Michel Seurat.
Face à l’Iran, enfin, en France même, où les attentats de Paris (1986-1987), salueront le retour au pouvoir de Jacques Chirac à la faveur de la 1 ère cohabitation socialo-gaulliste.

LE «PRINTEMPS ARABE» (2011-2016), LE SACCAGE DES ATLANTISTES PHILO SIONISTES, NICOLAS SARKOZY ET FRANÇOIS HOLLANDE

A- La Libye, le deuxième infléchissement de la politique arabe du Général de Gaulle

Percée de la diplomatie gaulliste dans la décennie 1070, la Libye sera détruite et le pré carré français en Afrique durablement déstabilisé, 40 ans plus tard, par Nicolas Sarkozy un post gaulliste, « le premier président de sang mêlé » de France, tel qu’il s’est défini avec ce terme de grande ambiguïté, sans préciser la nature de ce métissage : Franco hongrois ? Ou Judeo chrétien ?
Menée contre un pays sunnite à structure républicaine en coalition avec les pétro-monarchies wahhabites, la guerre contre la Libye a marqué un nouvel infléchissement de la « politique arabe du Général de Gaulle », réduite désormais à une solidarité avec les pays musulmans sunnites d’obédience exclusivement wahhabite, à structure monarchique.

LA DIPLOMATIE FRANÇAISE AU XXIE SIÈCLE : UNE DIPLOMATIE ATLANTISTE PAR UN COUPLAGE DU WAHHABISME AVEC LA DROITE ISRAÉLIENNE

De solidarité avec les pays sunnites (Guerre contre de l’Iran 1979-1989), la diplomatie française en direction du Moyen orient s’est ainsi réduite à une solidarité avec les pétromonarchies et les pays se réclamant du néo-islamisme (Turquie).

La Libye a en effet scellé la nouvelle politique arabe du pouvoir français dans ses deux versions -post gaulliste et socialo-motoriste. Une politique de substitution.

Une politique d’alliance avec le wahhabisme (Arabie saoudite, Qatar et le néo islamiste Erdogan) en substitution à la politique sunnite, prolongée par une solidarité avec la droite israélienne.
François Hollande a même été jusqu’à assurer Benyamin Nethanyahu dans sa cuisine qu’il dénichera toujours une chanson d’amour pour Israël».

La guerre de Syrie accentuera cette tendance, particulièrement amplifiée avec l’entrée en scène de Laurent Fabius, le petit télégraphiste des Israéliens dans les négociations internationales sur l’accord sur le nucléaire iranien.

61 ans après l’agression tripartite (anglo-franco-israélienne) de Suez (1956), les socialistes s’inspirant de leur modèle Guy Mollet, laisseront libre cours à leur prurit belligène à l’égard des Arabes. Au nom du combat contre la démocratie.

Nasser en son temps avait été qualifié de Bickbachi et comparé à Hitler, le clan Assad de dictature sanguinaire, dans une alliance contre-nature avec les gérontocrates édentés, lubriques et libidineux du Golfe.

Que l’on ne s’y méprenne pas : L’alliance franco turque du XXIe siècle ne constitue en aucun cas une réédition du traité des Capitulations, mais une alliance, là aussi, contre nature entre la France et un pays présidé par un néo islamiste, Reccep Tayyib Erdogan, qui fait office de plaque tournante du djihadisme planétaire, le gestionnaire du flux migratoire des sinistrés de la politique occidentale vers l’hémisphère sud à destination d’une Europe en crise systémique.

BILAN

1er postulat : Le privilège de la terre de France a volé en éclat, dommage collatéral de la cécité politique des gouvernants. Il n’est pas indifférent de noter à ce propos que les plus célèbres réfugiés politiques du Moyen Orient en France de l’époque contemporaine, l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, guide de la révolution islamique iranienne, et l’ancien chef du gouvernement intérimaire libanais, le général Michel Aoun, chef du Courant Patriotique Libanais (CPL), se soient retournés contre leur pays hôte à leur retour au pays natal. Du fait de la France.

En application du primat sunnite, tendance wahhabite, Jacques Chirac, -incarnation non du gaullisme mais du gaullisme d’entreprise-, privilégiera, au Liban, l’alliance avec le milliardaire libano-saoudien Rafic Hariri.

Il mettra à l’index des forces représentatives libanaises, tel le Général Michel Aoun, chef du plus important parti politique chrétien, de même que le Hezbollah, dont le président français souhaitait qu’il soit passible de «mesures coercitives» alors que la formation paramilitaire chiite faisait face à une guerre de destruction du Liban de la part d’Israël, en juillet 2006.

Dans ce contexte, la «déconcertante alliance» du Hezbollah et du général Michel Aoun, pour reprendre l’expression des analystes occidentaux, apparaît comme la résultante et la réplique de la «déconcertante attitude» des Occidentaux à l’égard des aspirations du monde arabe, particulièrement en ce qui concerne la Palestine et les Chrétiens d’orient.

Une alliance d’autant plus impérieuse pour «préserver le caractère arabe» qu’elle a brisée stratégiquement le clivage confessionnel islamo chrétien de l’équation libanaise. L’adhésion à cette alliance du parti Tachnag, le plus important parti arménien de la diaspora, rejoint ces préoccupations, de même que les réticences du nouveau patriarche maronite à opter pour un alignement inconditionnel à la stratégie occidentale en terre arabe.

2e postulat : la France protectrice des Chrétiens d’orient. Voyons voir.
Terre d’asile, La France, fille aînée de l’église, accueillera les Arméniens rescapés du génocide turc, en 1915, mais, paradoxalement, gratifiera de son forfait la Turquie, leur éradicateur et ennemi de la France lors de la première guerre mondiale, en lui offrant sur un plateau, Hatay, par amputation du District d’Alexandrette de la Syrie.

Une opération qui s’est révélée être une aberration de l’esprit vraisemblablement unique dans l’histoire du monde, pathétique illustration d’une confusion mentale au nom de la préservation de prétendus intérêts supérieurs de la nation au détriment de la victime.

Protectrice des chrétiens d’Orient, elle a facilité l’accès de son territoire aux Libanais fuyant les ravages de la guerre civile (1975-1990), mais elle a, dans le temps institutionnalisé et instrumentalisé le confessionnalisme politique, au mépris du principe de la laïcité et de la séparation de l’église et de l’état, un des principes fondateurs de la République française.

EN GUISE DE CONCLUSION

Comment expliquer l’alliance de la France avec les forces les plus rétrogrades et les plus répressives du Monde arabe, sous couvert de combat pour la démocratie, son prédécesseur gaulliste avec le Qatar, le parrain des destructeurs des sites islamiques de Tombouctou, et le successeur socialiste, avec le Royaume wahhabite.

L’empressement à faire intervenir le GIGN lors de la prise de la Mecque, en novembre 1979, et la passivité face au saccage des stèles de Tombouctou par les Wahhabites d’Ansar Eddine ?

Comment expliquer une alliance avec le parrain des preneurs d’otages des prélats de Syrie, de quatre journalistes français, des destructeurs des sites religieux, notamment de Maaloula, dans la banlieue de Damas, l’un des plus anciens sites antiques de l’humanité, dont les habitants parlent l’araméen, la langue du Christ, dont les religieuses ont fait office de bouclier humain.

Une alliance avec le maître de l’intolérance et de la xénophobie, celui dont l’un des dignitaires religieux a décrété la destruction des églises de la péninsule arabique, prioritairement aux nombreuses bases militaires occidentales qui paralysent la souveraineté de ces émirats mirages, ne se doutant nullement des inconséquences de ses propos qui pourraient entraîner, en représailles, une réplique de la xénophobie européenne sur les quatre mille mosquées qu’abrite la rive nord de la Méditerranée.

Comment expliquer enfin la nouvelle alliance avec la Turquie contre la Syrie, qui abrite le mémorial du génocide arménien à Deir Ez-Zor. Contre la Syrie, le siège des patriarcats d’orient depuis la chute de Constantinople. Contre la Syrie, que la France a amputé du district d’Alexandrette, cédée à la Turquie en guise de bonus à son génocide.
Chrétiens de Syrie et d’ailleurs doivent se pénétrer d’une réalité première à savoir que l’Occident, particulièrement la France, protectrice des chrétiens d’Orient, a été leur fossoyeur.

La création d’Israël a entraîné l’exode des chrétiens palestiniens, l’agression anti nasserienne de Suez, en 1956, l’exode des chrétiens d’Égypte, l’invasion américaine de l’Irak, l’exode des chrétiens d’Irak; et la bataille de Syrie, l’exode des chrétiens de Syrie, alors que la guerre civile libanaise a provoqué un exode massif des chrétiens libanais, dans une tentative occidentale de fixer sur place les Palestiniens et de faire du Liban leur patrie de rechange.

Que reste-t-il de la politique d’amitié affairiste du tandem Chirac-Hariri à l’origine de la mise à l’index du Général Aoun ?
L’ancien premier ministre Rafic Hariri a été pulvérisé par un attentat, en 2005, de même que le responsable de son service de sécurité, Wissam Hassan, la dague sécuritaire du clan saoudo-américain au Liban, ainsi que les vecteurs médiatiques de la diplomatie atlantiste, Gébrane Tuéni et Samir Kassir (Groupe An Nahar).

Son fils et successeur Saad a été caramélisé, dix ans plus tard, par sa déconfiture financière et sa faillite politique, au terme d’un long exil en Arabie saoudite, en plein «printemps arabe», qui lui a valu le sobriquet infamant de «planqué de Beyrouth».

Du côté français, Jacques Chirac, pensionnaire posthume de son ami libanais Rafic Hariri assassiné du fait du retournement de la politique française au Liban, sera, lui, le premier président français depuis Pétain à faire l’objet d’une condamnation de Justice et son successeur, Nicolas Sarkozy, qui voulait confiner l’Iran et sanctuariser Israël avec son projet d’ «Union Pour la Méditerranée», est en maille avec la justice pour des affaires en rapport avec l’argent illicite… de Bygmalion au financement libyen de sa campagne présidentielle.

Le retour sur investissement de la politique arabe de Bonaparte a eu pour nom Lesseps, Canal de Suez, Champollion, hiéroglyphe… un rayonnement qui perdure encore de nos jours.

Le retour sur investissement de la politique arabe du tandem philo sioniste atlantiste Sarkozy-Hollande a eu pour nom Mohammed Merah, les Frères Kouachi, Hédi Nemmouche, Si Ahmed Glam, Salah Abdel Salam, Charlie Hebdo, Paris Bataclan, Nice etc.. Un bain de sang qui déshonore les stratèges en chambre du nouveau cours de la diplomatie française.

Si la France se range de nos jours dans le camp de la démocratie, elle le doit certes aux « Croix Blanches » des cimetières américains de Normandie, mais aussi au sacrifice des quelques cinq cent mille combattants du Monde arabe et africain qui ont aidé la France à se libérer du joug nazi, alors qu’une large fraction de la population française pratiquait la collaboration avec l’ennemi. Cinq cent mille combattants pour la Première Guerre mondiale (1914-1918), autant sinon plus pour la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945).

Au terme d’un centenaire calamiteux généré par une gestion aberrante des accords Sykes-Picot, la politique française en direction du Monde arabe porte la marque de stigmates de sa diplomatie erratique dont la scarification morale aura été, symboliquement, la Légion d’Honneur épinglée sur la poitrine du prince héritier d’un Royaume détenteur du record mondial des décapitations, la marque de fabrique de son pupille Daech, la terreur de la France et du Monde occidental.

Pays européen disposant de la plus importante façade maritime face la rive musulmane de la Méditerranée, abritant de surcroît la plus importante communauté arabo musulmane de l’Union Européenne, ces deux paramètres commandent à la France de définir une stratégie à long terme en direction de son environnement méditerranéen et non de réduire sa «politique arabe» à une variable d’ajustement conjoncturel de la compétitivité de son complexe militaro-industriel et du train de vie des dirigeants français, particulièrement des béquilles financières dont ils escomptent se doter du fait de leur mansuétude à l’égard de leurs mécènes : Valéry Giscard D’Estaing du diamantaire Bokassa, Jacques Chirac de son hébergeur posthume Rafic Hariri, le sang mêlé Nicolas Sarkozy du crésus du Qatar et le socialo motoriste François Hollande de la dynastie wahhabite dont il décernera la Légion d’Honneur à son prince héritier.

L’honneur de la France lui commande de rompre avec la politique de la punition et de l’humiliation, si préjudiciable à son renom.

  • De favoriser, non la balkanisation du Monde arabe, mais son unité afin de doter cet ensemble d’un seuil critique à l’effet de fonder un véritable partenariat avec l’ensemble européen, sur un pied d’égalité.
  • De contribuer à la renaissance non du chauvinisme bureaucratique, mais une forme rénovée du nationalisme arabe sur de bases démocratiques, meilleur garde fou à l’expansionnisme néo-islamiste confrérique de sensibilité wahabbiste, si destructeur de civilisations, si destructeur de nos valeurs communes.
  • Dernier, mais non le moindre, Restaurer le peuple palestinien, victime par excellence des turpitudes occidentales, dans ses droits nationaux légitimes, tant il est vrai qu’il ne saurait y avoir de sérénité trans-méditerranéenne sans le recouvrement du peuple palestinien de sa dignité.

Source : Madaniya, René Naba, 01-06-2017

 

Lire la suite

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie III. (Fin)

13 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Terrorisme

La révolution syrienne qui n’existait pas

 

 

 

Par Stephen Gowans, le 22 octobre 2016

Source : What’s Left

Traduction : Le Saker Francophone

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie III. (Fin)

Notes

  1. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, 4 février, 2011
  2. Rania Abouzeid, The Syrian style of repression : Thugs and lectures, Time, 27 février 2011
  3. Rania Abouzeid, Sitting pretty in Syria : Why few go backing Bashar, Time, 6 mars 2011
  4. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, March 6, 2011
  5. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, 6 mars 2011
  6. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  7. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ?, Time, 9 avril 2011
  8. Robert Fisk, Welcome to Dera’a, Syria’s graveyard of terrorists, The Independent, 6 juillet 2016
  9. Le président Assad à la chaîne de télévision ARD : « Les terroristes ont rompu l’accord de cessation des hostilités dès la toute première heure, l’Armée syrienne s’est abstenue de prendre des mesures de représailles », SANA, 1er mars 2016
  10. Ibid.
  11. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  12. Rania Abouzeid, Arab Spring : Is a revolution starting up in Syria ?, Time, 20 mars 2011 ; Rania Abouzeid, Syria’s revolt : How graffiti stirred an uprising, Time, 22 mars 2011
  13. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  14. Rania Abouzeid, Arab Spring : Is a revolution starting up in Syria ?, Time, 20 mars 2011
  15. Thousands march to protest Syria killings, The New York Times, 24 mars 2011
  16. Rania Abouzeid, Assad and reform : Damned if he does, doomed if he doesn’t, Time, 22 avril 2011
  17. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  18. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, 4 février 2011
  19. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  20. Alfred B. Prados and Jeremy M. Sharp, Syria : Political Conditions and Relations with the United States After the Iraq War, Congressional Research Service, February 28, 2005
  21. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  22. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  23. Syrie : un autre éclairage du conflit qui dure depuis 5 ans, BeCuriousTV, May 23, 2016, http://www.globalresearch.ca/syria-aleppo-doctor-demolishes-imperialist-propaganda-and-media-warmongering/5531157
  24. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  25. Jay Solomon, To check Syria, U.S. explores bond with Muslim Brothers, The Wall Street Journal,July 25, 2007
  26. Ibid.
  27. Liad Porat, The Syrian Muslim Brotherhood and the Asad Regime, Crown Center for Middle East Studies, Brandeis University, December 2010, No. 47
  28. Ibid.
  29. http://www.judicialwatch.org/wp-content/uploads/2015/05/Pg.-291-Pgs.-287-293-JW-v-DOD-and-State-14-812-DOD-Release-2015-04-10-final-version11.pdf
  30. Alfred B. Prados and Jeremy M. Sharp, Syria : Political Conditions and Relations with the United States After the Iraq War, Congressional Research Service, February 28, 2005.
  31. Anthony Shadid, Security forces kill dozens in uprisings around Syria, The New York Times, April 22, 2011
  32. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  33. Fabrice Balanche, The Alawi Community and the Syria Crisis, Middle East Institute, May 14, 2015
  34. Anthony Shadid, Syria broadens deadly crackdown on protesters, The New York Times, May 8, 2011
  35. Rania Abouzeid, Meet the Islamist militants fighting alongside Syria’s rebels, Time, July 26, 2012
  36. Rania Abouzeid, Interview with official of Jabhat al-Nusra, Syria’s Islamist militia group, Time,Dec 25, 2015
  37. Robert Fisk, Syrian civil war : West failed to factor in Bashar al-Assad’s Iranian backers as the conflict developed, The Independent, March 13, 2016
  38. Anthony Shadid, Syria broadens deadly crackdown on protesters, The New York Times, May 8, 2011
  39. Nada Bakri, Syria allows Red Cross officials to visit prison, The New York Times, September 5, 2011
  40. Nada Bakri, Syrian opposition calls for protection from crackdown, The New York Times, October 25, 2011
  41. President al-Assad to Portuguese State TV : International system failed to accomplish its duty… Western officials have no desire to combat terrorism, SANA, March 5, 2015
  42. Patrick Seale, Syria’s long war, Middle East Online, September 26, 2012
  43. Ibid.
  44. Rania Abouzeid, Sitting pretty in Syria : Why few go backing Bashar, Time, March 6, 2011
  45. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, March 6, 2011
  46. Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  47. Anthony Shadid, Security forces kill dozens in uprisings around Syria, The New York Times, April 22, 2011
  48. Ben Fenton, Macmillan backed Syria assassination plot, The Guardian, September 27, 2003
  49. Robert Fisk, Conspiracy of silence in the Arab world, The Independent, February 9, 2007
  50. Robert Dreyfus, Devil’s Game : How the United States Helped Fundamentalist Islam, Holt, 2005, p. 205
  51. William R. Polk, Understanding Syria : From pre-civil war to post-Assad, The Atlantic, December 10, 2013
  52. Dreyfus
  53. Dreyfus
  54. William R. Polk, Understanding Syria : From pre-civil war to post-Assad, The Atlantic, December 10, 2013
  55. Quoted in Nikolas Van Dam, The Struggle for Power in Syria : Politics and Society under Asad and the Ba’ath Party, I.B. Taurus, 2011
  56. Patrick Cockburn, Confused about the US response to Isis in Syria ? Look to the CIA’s relationship with Saudi Arabia, The Independent, June 17, 2016
  57. National Security Strategy, February 2015
  58. Robert Baer, Sleeping with the Devil : How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude, Three Rivers Press, 2003, p. 123
  59. US State Department website. http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/3580.htm#econ. Accessed February 8, 2012
  60. The National Security Strategy of the United States of America, September 2002
  61. National Security Strategy, February 2015
  62. The National Security Strategy of the United States of America, March 2006
  63. Henry Fountain, Researchers link Syrian conflict to drought made worse by climate change, The New York Times, March 2, 2015
  64. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, February 4, 2011
  65. Jonathan Steele, Most Syrians back President Assad, but you’d never know from western media, The Guardian, January 17, 2012
  66. Full transcript : Classic video interview with Comrade Ghassan Kanafani re-surfaces, PFLP, October 17, 2016, http://pflp.ps/english/2016/10/17/full-transcript-classic-video-interview-with-comrade-ghassan-kanafani-re-surfaces/

 

Lire la suite

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie II. (A suivre)

13 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient

La révolution syrienne qui n’existait pas

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie II. (A suivre)

La partie II

(La suite)

La brutalité comme déclencheur ?

 

Est-il raisonnable de penser que l’usage de la force par l’État syrien a déclenché la guerre de guérilla qui a éclaté peu après ?

Cela incite à croire qu’une sur-réaction des forces de sécurité à une contestation de l’autorité du gouvernement dans la ville syrienne de Daraa (s’il y a eu en effet une sur-réaction) pourrait déclencher une guerre majeure impliquant de nombreux autres États, et mobilisant des djihadistes de nombreux pays. Il faudrait ignorer une foule de faits discordants pour commencer à donner même un soupçon de crédibilité à cette théorie.

Premièrement, nous devrions ignorer la réalité que le gouvernement d’Assad était populaire et considéré comme légitime. On pourrait soutenir qu’une réponse autoritaire par un gouvernement hautement impopulaire à une contestation banale à son autorité aurait pu fournir l’étincelle nécessaire au déclenchement d’une insurrection populaire, mais nonobstant l’insistance du président américain Barack Obama sur le manque de légitimité d’Assad, il n’y a aucune preuve que la Syrie, en mars 2011, était une poudrière de ressentiment populaire contre le gouvernement, prête à exploser. Comme Rania Abouzeid du Time l’a rapporté à la veille des émeutes de Daraa, « même les critiques concèdent qu’Assad est populaire » 44 et que « personne ne s’attend à des soulèvements de masse en Syrie, et en dépit d’une manifestation de dissidence de temps en temps, très peu veulent y participer » 45.

Deuxièmement, nous devrions écarter le fait que les émeutes de Daraa n’impliquaient que quelques centaines de participants, à peine un soulèvement de masse, et que les manifestations suivantes ont également échoué à rassembler une masse critique, comme l’a rapporté Nicholas Blanford du Time46. De même, Anthony Shadid du New York Times n’a pas trouvé de preuve qu’il y avait de l’agitation populaire en Syrie, même plus d’un mois après les émeutes de Daraa 47. Ce qui s’est passé, contrairement à la rhétorique propagée par Washington sur le Printemps arabe éclatant en Syrie, était que des djihadistes étaient engagée dans une guerre de guérilla contre les forces de sécurité syriennes et qu’ils avaient, en octobre, ôté la vie à plus de mille policiers et soldats.

Troisièmement, nous devrions fermer les yeux sur le fait que le gouvernement des États-Unis, avec son allié britannique, avait conçu des plans en 1956 pour provoquer une guerre en Syrie en recrutant les Frères musulmans pour fomenter des soulèvements internes 48. Les émeutes de Daraa et les affrontements armés avec la police et les soldats qui ont suivi ressemblaient au plan que le spécialiste des changements de régime Kermit Roosevelt avait préparé. Cela ne veut pas dire que la CIA a dépoussiéré la proposition de Roosevelt et l’a recyclée pour l’utiliser en 2011 ; seulement que le complot a montré que Washington et Londres étaient capables de planifier une opération de déstabilisation impliquant une insurrection dirigée par les Frères musulmans, pour provoquer un changement de régime en Syrie.

Nous devrions aussi ignorer les événements de février 1982, lorsque les Frères musulmans ont pris le contrôle de Hama, la quatrième plus grande ville de Syrie. Hama était l’épicentre du fondamentalisme sunnite en Syrie et une importante base d’opération pour les combattants djihadistes. Galvanisés par la fausse nouvelle qu’Assad avait été renversé, les Frères musulmans se sont livrés à un carnage jubilatoire et sanguinaire dans la ville, attaquant les postes de police et assassinant les dirigeants du Parti Baas et leurs familles, ainsi que des responsables gouvernementaux et des soldats. Dans certains cas, les victimes ont été décapitées49, une pratique qui serait ressuscitée des décennies plus tard par les combattants d’État islamique. Tous les responsables du Baas de Hama ont été assassinés50.

Les événements de Hama en 1982 sont généralement rappelés en Occident (s’ils le sont), non pas pour les atrocités perpétrées par les islamistes, mais pour la réponse de l’armée syrienne, une réponse comme on l’attendrait de n’importe quelle armée recourant à l’usage de la force pour restaurer un contrôle souverain sur le territoire saisi par les insurgés. Des milliers de soldats ont été déployés pour reprendre Hama aux Frères musulmans. L’ancien fonctionnaire du Département d’État américain William R. Polk a décrit les conséquences de l’assaut de l’armée syrienne sur Hama comme semblable à l’assaut des Américains sur la ville irakienne de Falloudjah en 200451, (la différence étant, bien sûr, que l’armée syrienne intervenait en toute légitimité sur son propre territoire tandis que l’armée étasunienne agissait de manière illégitime comme force d’occupation pour réduire la résistance à celle-ci). Le nombre de morts dans l’assaut de Hama reste cependant un sujet de discussion. Les chiffres varient. « Un article précoce dans le Time a dit qu’il y avait eu 1 000 tués. La plupart des observateurs estiment que 5000 personnes sont mortes. Des sources israéliennes et les Frères musulmans » – ennemis jurés des nationalistes arabes laïcs qui avaient donc intérêt à exagérer le nombre des victimes – « ont prétendu que le nombre de morts dépassait les 20 00052. » Robert Dreyfus, qui a écrit sur la collaboration de l’Occident avec l’islam politique, soutient que les sources occidentales ont délibérément exagéré le nombre de morts, dans le but de diaboliser les baasistes comme des tueurs sans pitié et que les baasistes ont accepté le mensonge pour intimider les Frères musulmans53.

Lorsque l’armée syrienne a trié les décombres de Hama au lendemain de l’assaut, elle a trouvé la preuve que des gouvernements étrangers avaient fourni aux insurgés de l’argent, des armes et du matériel de communication. Polk écrit :

« Assad a vu des fauteurs de troubles étrangers travailler au sein de sa population. Cela, après tout, était l’héritage émotionnel et politique de la domination coloniale – un héritage douloureusement évident dans la plus grande partie du monde post-colonial, mais qui passe presque inaperçu dans le monde occidental. Et cet héritage n’est pas un mythe. C’est une réalité que nous pouvons souvent vérifier sur des documents officiels, des années après les événements. Hafez al-Assad n’a pas eu besoin d’attendre que ces documents fuitent : ses services de renseignement et des journalistes internationaux ont révélé des douzaines de tentatives des riches pays pétroliers conservateurs arabes, des États-Unis et d’Israël de subvertir son gouvernement. La plupart ont utilisé les« mauvais coups », la propagande ou des injections de fonds, mais il est intéressant de noter que lors du soulèvement de Hama en 1982, plus de 15 000 mitrailleuses fournies par l’étranger ont été saisies, ainsi que des prisonniers incluant des forces paramilitaires formées par les forces jordaniennes et la CIA (tout comme les djihadistes qui apparaissent tellement dans les récits des médias de 2013 sur la Syrie). Et ce que nous avons vu en Syrie a été confirmé par ce que nous avons appris des changements de régime par les Occidentaux ailleurs. Il connaissait certainement la tentative de la CIA d’assassiner le président égyptien Nasser et le renversement du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh par les Anglais et les Américains. »54

Dans son livre From Beirut to Jerusalem, le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman écrit que « le massacre de Hama peut être compris comme ‘la réaction naturelle d’un politicien moderniste dans un État-nation relativement nouveau, tentant d’éviter les éléments rétrogrades – dans ce cas, les fondamentalistes islamistes – visant à saper tout ce qu’il a réalisé pour faire de la Syrie une république laïque du XXe siècle’. » C’est aussi pourquoi, poursuit Friedman, « si quelqu’un avait été en mesure de réaliser un sondage d’opinion objectif en Syrie après le massacre, le traitement par Assad de la rébellion aurait aurait été largement approuvé, même parmi les musulmans sunnites. »55

Le déclenchement d’un djihad islamiste sunnite contre le gouvernement syrien dans les années 1980 remet en question la vision que l’islam sunnite militant au Levant est un résultat de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et des polices sectaires pro-chiites des autorités d’occupation étasuniennes. Cette vision est myope historiquement, aveugle à l’existence depuis des décennies de l’islam politique sunnite comme force importante dans la politique levantine. Depuis le moment où la Syrie a été formellement indépendante de la France après la Seconde Guerre mondiale, pendant les décennies suivantes au XXe siècle et jusqu’au siècle suivant, les forces principales en présence en Syrie étaient le nationalisme arabe laïc et l’islam politique. Comme le journaliste Patrick Cockburn l’a écrit en 2016, « l’opposition armée syrienne est dominée par ISIS, al-Nusra et Ahrar al-Sham. » La « seule alternative au gouvernement (nationaliste arabe laïc), ce sont les islamistes »56. Et c’est le cas depuis longtemps.

Enfin, nous devrions aussi ignorer le fait que les stratèges étasuniens avaient planifié depuis 2003, et peut-être déjà en 2001, d’écarter Assad et son idéologie nationaliste arabe laïque du pouvoir, finançant l’opposition syrienne, y compris les groupes liés aux Frères musulmans, depuis 2005. En conséquence, Washington s’est dirigé vers le renversement d’Assad avec le but de dé-baasifier la Syrie. Une guérilla islamiste contre les nationalistes arabes laïcs aurait eu lieu, indépendamment du caractère excessif ou non de la réponse du gouvernement syrien à Daraa. Le jeu était déjà en cours, et on cherchait un prétexte. Daraa l’a fourni. Donc l’idée que l’arrestation de deux garçons à Daraa pour avoir peint des graffitis anti-gouvernement sur un mur puisse provoquer un conflit majeur est aussi crédible que celle de la Première Guerre mondiale causée uniquement par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand.

Syrie socialiste

Le socialisme peut être défini de plusieurs manières, mais s’il l’est comme la propriété publique des secteurs clé de l’économie jointe à une planification économique, alors la Syrie, en vertu de ses Constitutions de 1973 et de 2012, correspond clairement à la définition du socialisme. Cependant, la République arabe syrienne n’a jamais été un État socialiste ouvrier du genre de celle que les marxistes reconnaissent. Il a été, plutôt, un pays arabe socialiste animé par le but de parvenir à l’indépendance politique arabe et de surmonter l’héritage du sous-développement de la nation arabe. Les rédacteurs de la Constitution voyaient le socialisme comme un moyen de parvenir à la libération nationale et au développement économique. « La marche vers l’établissement d’un ordre socialiste », écrivaient les rédacteurs de la Constitution de 1973, est une « nécessité fondamentale pour mobiliser les potentialités des masses arabes dans leur lutte contre le sionisme et l’impérialisme ». Le socialisme marxiste se préoccupait de la lutte entre une classe exploitante de possédants et la classe ouvrière et les pays exploités, alors que le socialisme arabe menait la lutte entre pays exploiteurs et pays exploités. Alors que ces deux socialismes différents agissent à des niveaux d’exploitation différents, ces distinctions n’avaient aucun intérêt pour les banques, les entreprises ou les grands investisseurs occidentaux qui portent leurs regard sur l’ensemble du globe, à la poursuite du profit. Le socialisme s’oppose aux intérêts lucratifs du capitalisme industriel et financier américain, qu’il s’agisse de mettre fin à l’exploitation de la classe ouvrière ou de surmonter l’oppression impérialiste sur des groupes nationaux.

Le socialisme du Baas a longtemps irrité Washington. L’État baasiste avait exercé une influence considérable sur l’économie syrienne, à travers la propriété d’entreprises, des subventions à des sociétés nationales privées, des limites à l’investissement étranger et des restrictions sur les importations. Les baasistes considéraient ces mesures comme des outils nécessaires pour un État post-colonial tentant d’arracher sa vie économique des griffes des anciennes puissances coloniales et de tracer une voie de développement libre de la domination d’intérêts étrangers.

Les buts de Washington, cependant, étaient évidemment antagoniques. Ils ne voulaient pas que la Syrie alimente son industrie et garde jalousement son indépendance, mais serve les intérêts des banquiers et des grands investisseurs qui comptaient vraiment pour les État-Unis en ouvrant son marché du travail à l’exploitation ainsi que sa terre et ses ressources naturelles à la propriété étrangère. Notre programme, a déclaré l’administration Obama en 2015, « vise la baisse des tarifs sur les produits américains, la suppression des barrières à nos biens et services et la détermination de normes plus strictes pour parvenir à une concurrence équitable pour […] les entreprises américaines. »57 Ce n’était pas vraiment un nouvel agenda, c’était celui de la politique étrangère des États-Unis depuis des décennies. Mais Damas ne s’alignait pas derrière un Washington qui insistait sur le fait qu’il pouvait « diriger l’économie mondiale » et le ferait [58 Ibid.].

Les partisans de la ligne dure à Washington avaient considéré Hafez al-Assad comme un communiste arabe58 et les responsables américains considéraient son fils, Bachar, comme un idéologue qui ne pouvait se résoudre à abandonner le troisième pilier du programme du Parti socialiste arabe Baas : le socialisme. Le Département d’État américain s’est aussi plaint de ce que la Syrie « avait échoué à se rallier à une économie de plus en plus intégrée à l’échelle mondiale », autrement dit qu’elle avait échoué à vendre ses entreprises publiques aux investisseurs privés, parmi lesquels les intérêts de Wall Street. Le Département d’État américain a aussi exprimé son mécontentement sur le fait que des « raisons idéologiques » ont empêché Assad de libéraliser l’économie de la Syrie, que « la privatisation des entreprises gouvernementales ne soit pas encore répandue » et que l’économie « reste strictement contrôlée par le gouvernement » 59. À l’évidence, Assad n’avait pas appris ce que Washington appelait les « leçons de l’Histoire », notamment que « les économies de marché, et non les économies planifiées placées sous la poigne du gouvernement, sont les meilleures »60. En rédigeant une Constitution donnant mandat au gouvernement de maintenir son rôle de guide de l’économie au nom des intérêts syriens, et de ne pas faire travailler les Syriens pour les intérêts des banques, des entreprises et des investisseurs occidentaux, Assad affirmait l’indépendance de la Syrie contre le programme de Washington visant à « ouvrir les marchés et à aplanir le terrain pour les entreprises américaines à l’étranger61 ».

En plus, Assad a souligné son attachement aux valeurs socialistes contre ce que Washington avait appelé un jour les « impératifs moraux » de la « liberté économique62 ». en inscrivant les droits sociaux dans la Constitution : la sécurité contre la maladie, le handicap et la vieillesse ; l’accès aux soins de santé ; et l’instruction gratuite à tous les niveaux. Ces droits continueraient à être placés hors d’atteinte des législateurs et des politiciens qui pourraient les sacrifier sur l’autel de la création d’un climat d’affaires favorable à une fiscalité basse et aux investissements étrangers. Affront supplémentaire à l’orthodoxie pro-business de Washington, la Constitution engageait l’État à instaurer des impôts progressifs.

Enfin, le dirigeant baasiste a inclus une disposition dans la Constitution révisée introduite par son père en 1973, un pas de plus en direction d’une démocratie véritable, authentique – une disposition que les décideurs à Washington, avec leurs innombrables liens avec le monde des banques et des entreprises, pouvaient difficilement tolérer. La Constitution exigeait qu’au moins la moitié des membres de l’Assemblée du peuple soit issue des rangs des paysans et des ouvriers.

Si Assad était un néolibéral, il était certainement l’un des plus étranges dévots de cette idéologie.

Sécheresse ?

Un dernier point sur les origines du soulèvement violent de 2011 : certains spécialistes en sciences sociales et des analystes se sont appuyés sur une étude publiée dans la revue Proceedings de l’Académie nationale des sciences pour suggérer que « la sécheresse a joué un rôle dans les troubles syriens ». Selon ce point de vue, la sécheresse « a provoqué de mauvaises récoltes qui ont entraîné la migration de plus de 1.5 million de personnes des zones rurales aux zones urbaines ». Cela, combiné à un afflux de réfugiés venant d’Irak, a fait de la Syrie un chaudron de tension économique et sociale prêt à déborder63. L’argument paraît sensé, et même « scientifique », mais le phénomène qu’il cherche à expliquer – un soulèvement de masse en Syrie – n’a jamais eu lieu. Comme nous l’avons vu, une revue de la couverture médiatique occidentale n’a trouvé aucune référence à un soulèvement de masse. Au contraire, les journalistes qui espéraient le trouver ont été surpris de ne pas en découvrir. Ils ont trouvé que la Syrie était étonnamment calme. Les manifestations appelées par les organisateurs de la page Facebook Révolution syrienne 2011 ont avorté. Des gens critiques ont admis qu’Assad était populaire. Les journalistes n’en ont pas trouvé un seul qui pensait qu’une révolte était imminente. Même un mois après l’incident de Daraa – qui n’a impliqué que quelques centaines de manifestants, éclipsés par les dizaines de milliers de Syriens qui manifestaient à Damas pour soutenir le gouvernement –, le journalistes du New York Times sur place, Anthony Shadid, n’a pu trouver aucun signe en Syrie des soulèvements massifs de la Tunisie et de l’Égypte. Au début février 2011, « Omar Nashabe, observateur de longue date de la Syrie et correspondant pour le quotidien arabe basé à Beyrouth, Al-Ahkbar », a dit au Timeque « les Syriens peuvent être affligés par la pauvreté qui touche 14% de sa population, jointe à un taux de chômage estimé à 20%, mais Assad jouit toujours de sa crédibilité64 ».

On a dit que le gouvernement avait commandé le soutien populaire lorsque la société d’enquête britannique YouGov a publié un sondage montrant que 55 % des Syriens voulaient qu’Assad reste. Le sondage n’a presque pas été mentionné dans les médias occidentaux, ce qui a incité le journaliste britannique Jonathan Steele à poser la question : « Supposons qu’un sondage d’opinion respectable ait révélé que la plupart des Syriens soient favorables au maintien de Bachar al-Assad à la présidence, ne serait-ce pas une nouvelle importante ? ». Steele a décrit les résultats du sondage comme des « des faits dérangeants » qui ont été « omis » parce que la couverture des événements en Syrie par les médias occidentaux avait cessé d’« être honnête » et s’était transformée en « arme de propagande65 » .

Des slogans au lieu de la politique et de l’analyse

On peut reprocher à Draitser non seulement d’avoir propagé un argument fondé sur des affirmations et non sur des preuves, mais aussi d’avoir remplacé la politique et l’analyse par des slogans. Dans son article pour CounterPunch du 20 octobre, Syria and the Left : Time to Break the Silence [La Syrie et la Gauche : il est temps de briser le silence],il soutient que les objectifs de la Gauche devraient être la poursuite de la paix et de la justice, comme si celles-ci était deux qualités inséparables, qui ne sont jamais en opposition. Que la paix et la justice puissent, parfois, être antagoniques, est illustré par la conversation suivante entre le journaliste australien Richard Carleton et Ghassan Kanafani, un écrivain palestinien, romancier et révolutionnaire66.

Carleton : – Pourquoi votre organisation n’entreprend-elle pas des pourparlers de paix avec les Israéliens ?

Kanafani : – Vous ne pouvez pas vraiment dire « pourparlers de paix ». Vous voulez dire capitulation. Reddition.

C : – Pourquoi ne pas parler ?

K : – Parler à qui ?

C : – Parler aux dirigeants israéliens ?

K : – Un genre de conversation entre l’épée et le cou, vous voulez dire ?

C : – Bon, s’il n’y a ni épées ni fusils dans la chambre, vous pourriez quand même parler.

K : – Non. Je n’ai jamais vu une conversation entre un colonialiste et un mouvement de libération nationale.

C : – Mais malgré tout, pourquoi ne pas parler ?

K : – Parler de quoi ?

C : – Parler de la possibilité de ne pas se battre.

K : – Ne pas se battre pour quoi ?

C : – Ne pas se battre du tout. Peu importe pour quoi.

K : – D’habitude, les gens se battent pour quelque chose. Et ils arrêtent de se battre pour quelque chose. Donc vous ne pouvez même pas me dire pourquoi nous devrions parler et de quoi. Pourquoi devrions-nous parler de cesser de nous battre ?

C : – Parler de cesser de combattre pour arrêter la mort et la misère, la destruction et la souffrance.

K : – La misère et la destruction, la douleur et la mort de qui ?

C : – Des Palestiniens. Des Israéliens. Des Arabes.

K : – Des Palestiniens déracinés, jetés dans des camps, souffrant de famine, tués depuis vingt ans et interdits d’utiliser même le nom de « Palestiniens » ?

C : – Ils sont mieux comme ça que morts, pourtant.

K : – Peut-être pour vous, Mais pour nous, non. Pour nous, libérer notre pays, avoir la dignité, le respect, nos droits de l’homme est aussi essentiel que la vie même.

Quelles valeurs la Gauche américaine devrait-elle promouvoir lorsque la paix et la justice sont en conflit ? Draitser ne le dit pas. Son invocation du slogan « paix et justice » en tant que mission de la Gauche américaine semble n’être rien de plus qu’une invitation aux gens de gauche d’abandonner la politique pour se consacrer à la mission de devenir de belles âmes, au-dessus des conflits sordides qui tourmentent l’humanité – ne jamais prendre parti, excepté celui des anges. Son affirmation qu’« aucun État ou groupe n’a les meilleurs intérêts des Syriens à cœur » est presque trop stupide pour justifier un commentaire. Comment le sait-il ? On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression qu’il croit que lui, et la Gauche américaine, parmi les groupes et les États dans le monde, sont les seuls à savoir ce qui est le mieux pour le « peuple syrien ». C’est peut-être pourquoi il estime que la responsabilité de cette Gauche américaine « est envers le peuple de Syrie », comme si le peuple de Syrie était une masse indifférenciée avec des intérêts et des programmes uniformes. Les Syriens en masse [en français dans le texte, NdT] comprennent des laïcs et des islamistes politiques qui ont des points de vue irréconciliables sur la manière dont l’État devrait être organisé, qui ont été pris dans une lutte à mort depuis plus d’un demi-siècle – l’un favorisé par son propre gouvernement. Les Syriens en masse comprennent ceux qui favorisent l’intégration à l’Empire US, et ceux qui y sont opposés ; ceux qui collaborent avec les impérialistes américains et ceux qui s’y refusent. Dans cette perspective, qu’est-ce que cela signifie de dire que la Gauche américaine a une responsabilité envers le peuple de Syrie ? Quel peuple de Syrie ?

J’aurais pensé que la responsabilité de la Gauche américaine allait aux travailleurs des États-Unis, non au peuple de Syrie. Et j’aurais imaginé, également, que la Gauche américaine considérerait comme de sa responsabilité d’inclure la propagation d’une analyse politique fondée sur des preuves de la façon dont l’élite économique étasunienne utilise l’appareil d’État pour faire avancer ses intérêts aux dépens des populations tant nationales qu’étrangères. Comment la longue guerre de Washington à la Syrie affecte-t-elle la classe ouvrière d’Amérique ? C’est ce dont Draitser devrait parler.

Mon livre, Washington’s Long War on Syria, paraîtra en avril 2017.

 

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Nadine pour le Saker francophone.

 

Fin de la partie II

A suivre 

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>