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Le blog de Lucien PONS

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La tentation turque d’un piège à ours en Syrie

12 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #Politique étrangère, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL

La tentation turque d’un piège à ours en Syrie

M.K. Bhadrakumar

Par M.K. Bhadrakumar – Le 6 octobre 2015 – Source mkbhadrakumar

Les deux incidents, deux jours de suite le week-end dernier, impliquant les aviations militaires turque et russe opérant dans le nord de la Syrie ont mis en avant la seule forme fatidique que pourrait prendre le conflit syrien dans les prochains mois. La Turquie y apparaît comme la seule puissance régionale pouvant vraiment transformer la Syrie en un bourbier pour la Russie, comme celui que le Pakistan a créé contre les Soviets en Afghanistan dans les années 1980.

 

Comme pour le Pakistan (qui avait déjà commencé à entretenir des groupes islamistes afghans depuis les années 1970, bien avant le début de l’intervention soviétique), la Turquie aussi a trois ou quatre ans d’avance dans ses relations avec les groupes extrémistes en Syrie (dont État islamique). Ces groupes islamistes ont aussi le potentiel d’être regroupés comme les fameux Sept de Peshawar du djihad afghan des années 1980. A condition, bien sûr, que le président turc Recep Erdogan choisisse de suivre le chemin abrupt tracé par le dictateur pakistanais de l’époque, le général Zi ul-Haq.

Le fera-t-il ou pas ? Tel est la question à laquelle Moscou va tenter de trouver une réponse dans les semaines et mois qui suivent. Considérons donc ce qui suit.

Un official turc anonyme a prétendu vendredi que le système radar du pays avait allumé un avion russe survolant le nord de la Syrie. Si tel est le cas, cela représente sans aucun doute, une provocation inutile et inamicale de la part de la Turquie. Et puis, le jour suivant, un SU-30 russe a violé l’espace aérien turc, forçant Ankara à envoyer ses chasseurs. Évidemment la Turquie a été furieuse face à cet affront (des élections parlementaires ont lieu le 1er novembre) et a protesté auprès des Russes qui, bien sûr, ont rapidement clarifié la situation en disant qu’il y avait eu une erreur de navigation.

Puis encore, le jour suivant, ce fut au tour d’un MIG-29 non identifié d’être allumé pendant plus de 5 minutes quand deux F- 16 turcs étaient en train de patrouiller la frontière avec la Syrie. Cela ressemble beaucoup à une tentative de la part des deux bords de tester les nouvelle règles du jeu imposées par l’intervention russe qui vient de totalement changer les rapports de force en Syrie.

La Russie vient de montrer doucement, fermement, mais clairement que ses avions allaient survoler tout l’espace aérien syrien même celui proche de la frontière turque. La Russie vient de remettre frontalement en question la règle mise en place de façon unilatérale par la Turquie consistant à menacer de descendre tout avion militaire syrien survolant l’espace aérien proche de la frontière turque.

Cette règle turque avait permis, jusqu’à maintenant, aux rebelles syriens d’agir en toute impunité dans une large portion de territoire du nord de la Syrie, sans craindre d’attaque aérienne de la part de Damas. La Russie a sommairement mis fin à ce privilège profitant à Ankara. La Russie est, simultanément, en train de renforcer le système de défense aérien syrien pour empêcher l’aviation militaire turque de survoler son espace aérien. En bref, les incidents du week-end ont contraint Ankara à accepter cette nouvelle réalité, elle ne pourra plus violer l’espace aérien syrien sans en payer le prix.

D’ailleurs, Israël est dans la même galère que la Turquie, aidant clandestinement al-Qaida à agir en Turquie, lançant des attaques aériennes injustifiées sur des cibles situées au milieu de la Syrie, violant systématiquement la souveraineté de l’état syrien. Israël aussi est blême face aux lignes rouges tracées par la Russie en Syrie dans le but de faire cesser les interférences israéliennes dans les affaires syriennes. Israël est furieux envers Moscou, comme la Turquie, mais n’a pas d’autres choix que de respecter les règles du jeu russe.

Erdogan est en visite à Bruxelles (où est situé le quartier général de l’Otan) et à Paris, dans ce qui ressemble à une tentative de reconstruire les liens endommagés avec l’Europe et de sonder la France pour créer une opinion favorable à la mis en place d’une zone de sécurité et un espace aérien fermé en Syrie. La Turquie ne se confrontera pas à la Russie toute seule et toute tentative turque de s’opposer aux initiatives russes en Syrie ne se feront que dans le cadre d’une action stratégique occidentale pour contrer l’influence grandissante de Moscou au Moyen Orient.

Dans ce cas, tout dépend de l’attitude américaine. À partir de ce que l’on peut voir actuellement, le président Obama concentre plutôt les ressources américaines sur les problèmes majeurs du Moyen Orient élargi, la lutte contre État islamique et le problème afghan. L’Europe aussi ne peut se permettre de plonger dans un grand jeu pour la Syrie alors que les réfugiés s’accumulent à ses frontières, annonçant déjà ce qui se passerait si le conflit syrien empirait. Il est évident que l’Europe a finalement une convergence d’intérêts en matière de sécurité avec la Russie dans sa campagne pour détruire État islamique et les autres groupes extrémistes sévissant en Syrie.

En conclusion, il est peu probable que la Syrie devienne un bourbier de type afghan pour les Russes. Pendant la guerre froide, les USA ont brillamment réussi à soulever les islamistes radicaux contre le communisme. Mais, de nos jours, la Russie a su tisser différents liens avec les musulmans du Moyen-Orient. La diplomatie russe a été particulièrement active en Arabie saoudite, dans les Émirats arabes unis, ainsi qu’au Caire et à Amman. L’Égypte et la Jordanie se sont visiblement rapprochées de la Russie en ce qui concerne la question syrienne.

Et surtout, les liens étroits de Moscou avec les dirigeants kurdes syriens (qui aident le mouvement séparatiste PKK en Turquie) peuvent servir de garantie aux Russes au cas où Ankara voudrait poser un piège à ours en Syrie. Car alimenter la rébellion devient ainsi une stratégie pouvant être utilisée autant par la Russie que par la Turquie. (Voir a ce sujet l’interview par un vieil ami, Amberin Zaman, du dirigeant kurde syrien Salih Muslim qui nous fait bien comprendre le problème kurde auquel est confronté la Turquie.)

En résumé, si un Kurdistan se formait en Syrie (au coté de celui existant déjà dans le nord de l’Irak) l’inviolabilité actuelle des frontières turques sur sa face sud, kurde, n’existera plus et cet espace ressemblera à la ligne de Durand séparant le Pakistan de l’Afghanistan, une zone de non-droit qui sera comme un poignard planté en permanence dans le cœur turc.

La priorité de Erdogan sera donc de s’assurer une bonne place à la table des négociations de paix en Syrie. Il fera de son mieux pour éviter l’émergence d’une nouvelle entité kurde dans son voisinage, ce qui est déjà le scénario en train de se dérouler. Le principal défi de Erdogan est de convaincre la Russie et les USA de canaliser l’aspiration des Kurdes syriens à la création d’une région autonome kurde dans le nord de la Syrie, en échange de sa participation active comme fantassin de Washington et Moscou dans leur lutte contre État Islamique.

Il faudra donc bien que, finalement, Erdogan commence à dialoguer avec le Kremlin. En fait, ce dialogue n’a pas vraiment pris fin. Sa relation personnelle avec le dirigeant russe est toujours vivante. Poutine aussi a fait de grands efforts pour encourager Erdogan à regarder vers l’est. A la différence des puissances occidentales, la Russie ne s’est jamais mêlée des affaires intérieures turques. Si Erdogan réussi à remporter les élections de novembre et parvient à transformer le système politique turc en un système présidentiel, Poutine ne fera que l’en féliciter et trouvera même quelques satisfactions d’avoir un ami à Ankara, risquant d’être président à vie, et avec lequel il pourra faire de bonnes affaires pour le bénéfice de chacun.

M.K. Bhadrakumar

Notes du Saker Francophone

Effectivement la bonne humeur dans les relations russo-turques est vite revenue puisque le 9 octobre le vice-premier ministre turc, Numan Kurtulmus, vient de déclarer : «La Turquie et la Russie sont liées par d’étroites relations politiques et économiques. Depuis de longues années, nous vivons en paix et en bons voisinage. Ces relations ne doivent pas être sacrifiées à des intérêts politiques en Syrie

Cet analyse de Bhadrakumar et sa validation par le vice premier ministre turc démontrent, une fois de plus, que les analyses de nos experts de la presse de référence, qui prétendent à longueur d’articles que la Turquie, membre de l’Otan, va se fâcher toute rouge contre la Russie, ne voient toujours pas plus loin que le bout de leurs fantasmes.

Traduit par Wayan, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

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Coalition vs Russie en Syrie : le jeu des cinq erreurs

12 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La France, #Politique étrangère, #Daesch, #ISIL, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE

Coalition vs Russie en Syrie : le jeu des cinq erreurs


Par Oleg Denejka – Le 6 octobre 2015 – Source Fort Russ

La première semaine de l’engagement des forces aériennes russes contre État islamique en Syrie est déjà derrière nous. Et la première chose qui saute aux yeux est l’efficacité dont l’aviation russe a fait preuve au combat. On pourrait dire que la Russie a commencé à se battre sans préparation ou, comme l’on dit dans la Navy, au pied levé. Mais même les premières sorties des avions russes sur les positions de État islamique ont montré qu’ils n’y allaient pas sur une décision soudaine du Kremlin, prise sous la pression des événements. L’intervention russe en Syrie a été mise au point depuis un moment, au plus tard au début de l’été, et de nombreux indices nous le prouvent. Tout d’abord, l’impact des frappes russes.

Tirer en plein dans la cible

Dès le premier jour – comptons du 30 septembre, 15:00 au 1er octobre, 15:00 – 28 sorties ont été menées, dont 8 sorties nocturnes. Résultat : au moins 12 des cibles visées ont été totalement détruites. Compte tenu que plusieurs de ces sorties étaient des reconnaissances et du soutien, visant à couvrir les groupes d’assaut, nous constatons une efficacité rare dans l’aviation moderne. Et ce qui est remarquable, c’est que les Russes n’ont eu aucune perte. Pas même une rayure sur la peinture de leurs avions.

Ces derniers jours, les frappes ont continué à être aussi efficaces, et les Russes n’ont toujours pas enregistré la moindre perte. Or les unités de État islamique, qui aujourd’hui sont devenues une véritable armée grâce à l’aide et au soutien américain, ont des équipements sol-air plutôt efficaces, pris sur l’armée irakienne.

Tirer, mais surtout ne pas faire de mal

Comme l’on dit : tout est relatif. La Russie n’a pas commencé la guerre en Syrie, d’autres s’en sont bien chargés, ceux-là même qui ont lancé des opérations aériennes contre État islamique (mis hors-la-loi en Russie sur décision de la Cour suprême). Et quel a été le résultat ?

La coalition anti-terroriste menée par les États-Unis, qui comprenait également Bahreïn, la Jordanie, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite [en tout 62 pays !, NdT], a attaqué les positions d’État islamique durant toute une année. Coïncidence à noter, la coalition a lancé sa première frappe aérienne fin septembre… 2014.

Pendant tout ce temps, selon un rapport du Pentagone, la coalition a réalisé plus de 2 000 sorties, surtout en Irak. Au prix d’énormes efforts, la coalition a réussi à chasser les militants d’État islamique hors de Bagdad, militants qui étaient séparés de leurs avant-gardes de 300 kilomètres environ, et a récupéré à peu près le tiers du territoire irakien capturé par les terroristes.

Pendant cette période, les pertes d’État islamique sont estimées au mieux à 20 000 personnes et une centaine de chars, de canons auto-portés et de véhicules blindés divers. En gros, pas plus de 2 soldats tués et 0,05 véhicules de combat détruits par sortie. Et chaque sortie ne coûte pas moins de 50 000 dollars. Aucun objectif significatif pour les terroristes n’a été détruit, et pas un de leurs chefs n’a été touché.

Un monde de contrastes : les cinq différences

Alors, où est la différence ? Pourquoi les actions de la coalition, menées par la première armée du monde, dont la force la plus importante est justement l’aviation, ont-elle été si peu efficaces ?

1. – Les États-Unis ont négocié la mise sur pied de cette coalition anti-terroriste depuis longtemps avec leurs futurs alliés.

Il y a eu beaucoup de rhétorique, une propagande massive, et l’encre des documents officiels était à peine sèche que les actions commençaient. Dès les premières heures, il était devenu clair que les forces coalisées n’avaient aucun plan détaillé d’opérations, étaient très mal coordonnées, et plus important encore, n’avaient qu’une vague idée de ce qu’elles affrontaient.

Ce pari a été tenu plus pour des raisons psychologiques, l’idée étant de démoraliser les combattants d’État islamique, mais pas de leur causer des pertes importantes. Résultat d’un renseignement insuffisant, l’essentiel des frappes coalisées a eu lieu sur de petites cibles, insignifiantes, qui ont même été manquées dans certains cas. Ce sont les civils qui ont trinqué.

Et la propagande habituelle des États-Unis et de leurs alliés continue. Un exemple : le 3 octobre, une frappe chirurgicale [sur un hôpital, humour noir ?, NdT] de l’Otan en Afghanistan a détruit l’hôpital de Médecins Sans Frontières, près de Kunduz.

La destruction, par un drone américain, de deux bulldozers appartenant de toute évidence aux troupes d’État islamique est considérée comme un succès. L’armée russe a longuement et soigneusement préparé son intervention, se concentrant avant tout sur le côté militaire plutôt que sur la politique et la propagande.

Cela concerne d’abord les activités de renseignement. La Russie a élargi ses contacts militaires avec ses alliés, a créé un vaste réseau de renseignement, comme on a pu le comprendre d’après la précision et l’efficacité de ses frappes. Bien avant le début de leur intervention, les forces russes et leurs alliés ont établi une liste de cibles, classées par ordre d’importance, de priorités et d’effets négatifs possibles sur les militants d’État islamique. Avec, comme but, leur éradication.

2. – Si vous examinez la tactique de l’armée américaine depuis l’opération Tempête du Désert, vous ne verrez pas beaucoup de changements. Les Américains continuent à tout miser sur des frappes aériennes massives, lancées à distance de sécurité, souvent sans même entrer dans la zone couverte par les défenses anti-aériennes de l’ennemi, grâce à l’emploi de coûteuses munitions de précision. Récemment, on a beaucoup parlé de la guerre des drones. Les deux n’ont qu’une faible efficacité et entraînent de fréquentes erreurs dans l’identification des cibles.

Mêmes remarques, pour les nouveaux équipements et les nouvelles armes. Le choix d’envoyer des armes magiques – le F-22 Raptor et le F-35 Lightning II – n’est pas justifié. D’un coût extrêmement élevé en développement et en opérations, ces avions sont nus et incomplets. De plus, ils sont prévus pour affronter une armée ennemie équivalente, et non des groupes de terroristes. Pour ces systèmes d’armes, il n’y a tout simplement pas de cibles en opérations anti-terroristes.

Plus précisément, si, il y a une cible, mais il faut la chercher, cette cible n’est pas sur le champ de bataille. Nous y reviendrons. En fait la coalition combat avec les armes et la technologie des années 1970. Les Américains et leurs alliés ont échoué à s’adapter aux tactiques des terroristes, et ils espèrent bien confier la guerre à d’autres.

En entrant pour la seconde fois en Irak, avec une continuité maniaque, les Américains ont refait les mêmes erreurs que la première fois, erreurs qu’ils répètent aussi en Afghanistan. Et toujours, ils nous resservent les mêmes tactiques en Irak, en Libye et en Syrie, ils ratissent. L’armée russe, elle, a montré combien elle pouvait apprendre vite des campagnes du passé, et qu’elle pouvait en tirer les conclusions qui s’imposent.

Rappelons-nous seulement la guerre d’août 2008 en Ossétie du Sud. Les Russes avaient perdu six avions : trois Su-25, deux Su-24 et un Tu-22M3. Si le Su-25 est un avion d’attaque au sol, qui vole au-dessous de Mach-1 et opère à des altitudes basses, ce qui le rend très vulnérable, le Su-24 et le Tu-22 sont des bombardiers supersoniques, avec tout ce qu’il faut pour venir à bout des défenses sol-air de l’ennemi. Pour seulement cinq jours de combats, de telles pertes sont tout simplement un désastre.

Désormais, les forces aériennes russes, et notamment les forces aérospatiales, ont abordé la question beaucoup plus sérieusement et ont réfléchi, non seulement à leurs erreurs, mais aussi aux erreurs des partenaires occidentaux. Elles ont de nouveaux avions, comme le bombardier d’appui aérien rapproché Su-34, le Su-35 et le Su-25, qui ont été considérablement modifiés. Concernant les toutes dernières munitions développées pour ces avions, l’accent n’est pas mis sur la quantité de technologies coûteuses et dernier cri, mais sur l’efficacité optimale, à un coût raisonnable et pour une adaptation aux guerres modernes de basse intensité.

Ce sont ces armes qui sont aujourd’hui au Moyen-Orient. De plus, l’armée russe a accordé une attention particulière aux moyens de communication pour la guerre électronique et le renseignement. Il y avait dans ce domaine des faiblesses qui ont été relevées durant le conflit sud-ossète en 2008, quand les postes de commandement communiquaient souvent entre eux par téléphone portable. Maintenant, la possibilité qu’État islamique intercepte les communications radio a été prise en compte dès la planification des sorties.

3. – La coalition occidentale n’est pas très sensible au choix des objectifs, et se préoccupe rarement de la question. Finalement, les pilotes tirent sur tout ce qui bouge, essaient de se débarrasser rapidement de leurs munitions et de ressortir au plus vite de la zone des combats sans faire de bavures. Les pilotes n’aiment pas le risque, les analyses et le renseignement pour faire des rapports de pertes. Et le Pentagone préfère suivre la ligne de moindre résistance : pour écrire un rapport bien noté, il faut trouver une foule, si possible en turbans, et mieux encore, hurlant «Allahou akbar», et frapper.

Les terroristes, eux, sont totalement insensibles à de telles tactiques, et de telles pertes d’une manière générale, et cela ne donne donc pas de résultats tangibles. C’est ce que nous voyons, en pratique. Les Russes estiment avec raison que poursuivre de simples soldats armés de fusils, comme le fait l’aviation de la coalition, est stupide et vain. Ils ont choisi une autre tactique – trouver les points faibles de l’armée d’État islamique. Comme dans toute armée qui a les caractéristiques d’une force militaire organisée, c’est l’infrastructure qui joue le rôle principal, dont dépendent la logistique, le renseignement, les communications et la chaîne de commandement (ils sont, soit dit en passant, de très haut niveau dans l’armée d’État islamique).

C’est pourquoi les premières frappes ont été ciblées sur les bunkers de commandement, les dépôts d’armes, les points de contact. En particulier, la fabrique d’explosifs au nord de Homs a été un des premiers objectifs à être détruit, puis un nœud de communications et un poste de commandement dans la même province, ainsi qu’un parking où étaient regroupés des T-55 camouflés. Cela a provoqué la panique et beaucoup plus de désertions dans les rangs des terroristes.

Et maintenant l’armée gouvernementale syrienne s’apprête à s’emparer de Palmyre, toujours tenue par État islamique. Avant cela, les positions d’État islamique ont été bombardées sans résultats par l’aviation coalisée pendant presque un mois.

4. – Chaque action de politique étrangère des États-Unis et de leurs alliés est précédée de gesticulations spectaculaires à but publicitaire. Du coup, lorsque les États-Unis se décident à y aller, même les Zoulous du KwaZoulou-Natal connaissent leurs intentions.

C’est un fait. La Russie n’a pas fait tout un spectacle de ses opérations militaires et celles-ci n’ont pas été accompagnées de discours-fleuves au sujet de la menace terroriste globale. C’est pourquoi la décision russe de lancer des frappes aériennes sur les positions d’État islamique en Syrie a fait l’effet d’une bombe.

Et ce, au sens propre et au sens figuré. Le matin du 1er octobre, moins d’un jour après le début de l’opération, les médias internationaux occidentaux ont éructé un torrent d’indignations – l’exigence que la Russie arrête tout et ne cible pas les malheureux terroristes modérés.

5. – Et maintenant, le plus important pour la fin. Les forces de la coalition ne veulent tout simplement pas mener une quelconque action décisive contre État islamique, qu’elles ont suscité, ni contre les autres terroristes. La crise au Moyen-Orient profite à la Russie. Notamment, parce qu’il est très important pour elle de revenir dans la région en tant qu’acteur de premier plan. Le moment et le lieu ont été choisis avec beaucoup de succès.

Oleg Denejka

Article original en russe publié dans Warfiles.ru et

Traduit du russe par Soviet Bear

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«Vladimir Poutine a une stratégie claire» par le général Jean-Claude Allard.

12 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL

«Vladimir Poutine a une stratégie claire»

International - Général Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l'IRI-S (Institut de Relations Internationales et Stratégiques)

«Vladimir Poutine a une stratégie claire»
«Vladimir Poutine a une stratégie claire»

L'OTAN dénonce une escalade de la Russie et l'accuse de ne pas bombarder des positions de Daech mais de l'armée syrienne libre. Peut-on mesurer l'implication réelle de la Russie ?

Il faudrait revenir en amont. Le président Obama avait dit en janvier «je n'ai pas de stratégie». Il n'en a pas parce qu'il n'arrive pas, et les Occidentaux avec lui, à éclaircir la situation et à poser les bonnes questions. En stratégie, on se pose une question : de quoi s'agit-il ? Et Poutine a répondu clairement : il s'agit de combattre l'islamisme parce qu'il se répand au Moyen-Orient via l'État islamique et d'autres groupes ; au Maghreb et en Afrique ; en Asie centrale et dans les franges sud de la Russie voire en Chine. Donc Poutine a répondu à cette question à laquelle l'Occident à des difficultés à répondre car tout s'imbrique. On sait très bien dès le départ que des groupes islamistes sont soutenus par des alliés de l'Occident comme la Turquie ou les pays du Golfe, ce qui pose un problème.

La 2e question qu'on se pose en stratégie : qu'est ce qui unit ou peut diviser mon ennemi ? En apparence, certains disent que les islamistes sont déjà divisés : Al Nostra, Daech, etc. Ce qu'il faut se poser comme question c'est aussi qu'est-ce qui les unit ? Et c'est l'idéologie islamiste qui est la plus forte et qui a été valorisée par l'État islamique.

Si l'on se rappelle, Al Qaïda c'était «je suis contre l'Occident à coup d'attentats». L'État islamique c'est «je construis une entité islamique dans laquelle je vais appeler ensuite tous les musulmans.»

La stratégie d'Abou Bakr al-Baghdadi, le calife, est simple. Il l'a énoncée à Mossoul dans la grande mosquée en 2014 : unifier le monde islamique dans un califat ; et conquérir Rome c'est-à-dire le monde occidental. Il veut restaurer le califat dans le territoire mythique d'el-Cham qui correspond à l'Irak et à la Syrie – ce qu'il a fait en partie – avec deux capitales alternatives Bagdad et Damas…

Il faut avoir tout cela à l'esprit pour déterminer le centre de gravité de l'État islamique qui est Damas. Si les islamistes conquièrent Damas, il y aura une onde de choc mondiale. Damas serait, militairement parlant, impossible à reprendre car il faudrait y aller par des combats terrestres. Or il y a 4 millions d'habitants au sein desquels se fondraient des islamistes…

Quels objectifs pour Poutine ?

Je pense que Poutine veut certes protéger Assad, les mers chaudes et son influence au Moyen-Orient, mais il veut surtout donner un coup d'arrêt à l'islamisme qui mite le sud de la Russie, avant que la chute de Damas ne renforce le calife al-Baghdadi et permette à tous les groupes islamistes de rejoindre l'État islamique.

Face à la stratégie claire de Poutine, quelle peut être la position de l'Occident, de l'OTAN et de la France en particulier ?

On a du mal à voir parce que tous ces pays n'arrivent pas à se poser les bonnes questions et ne répondent toujours pas à la fameuse question de Foch de quoi s'agit-il ? En 2013, on se demandait s'il fallait punir Bachar pour l'utilisation d'armes chimiques, mais ce n'est pas une vision politique. Les avions russes ont fait récemment une brève incursion dans l'espace aérien turc et l'OTAN fait une réunion pour discuter de ça… De mon point de vue, ce n'est pas sérieux.

Poutine a réussi à mettre en place un système de coordination entre les gouvernements irakien, iranien et syrien. Il a mis en place une tactique qui coordonne une attaque au sol de l'armée syrienne et des frappes aériennes, chose que n'a jamais pu faire l'OTAN. D'une part parce que les Kurdes ne veulent pas sortir de leurs frontières naturelles et d'autre part parce que l'armée irakienne sunnite défaite à Mossoul est incapable d'agir. Aujourd'hui, les Kurdes se demandent si finalement il ne vaudrait pas mieux travailler avec la Russie, car c'est le seul pays qui a une vision claire.

C'est la première fois que des troupes russes et américaines sont sur le même théâtre d'opération. Est-ce un risque ? Certains évoquent une 3e guerre mondiale.

Quand on évoque la 3e guerre mondiale on imagine que les États-Unis vont se battre contre la Russie et vice-versa. C'est de la folie. Il faut que l'OTAN et les États-Unis conservent leurs nerfs. Je crois que derrière tout cela, il y a quand même des discussions. Les États-Unis ont envie de discuter avec la Russie qui finalement fait le job qu'on leur demandait de faire depuis longtemps…

Il faut que tout le monde garde son calme. Si l'objectif est de vaincre l'islamisme, il faut utiliser les moyens et les alliés ad hoc.

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Syrie : un rapport du MIT devrait conduire Laurent Fabius devant la CPI à La Haye et devant la Haute Cour en France.

11 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Daesch, #ISIL, #L'OTAN.

11 octobre 2015

Syrie : un rapport du MIT devrait conduire Laurent Fabius devant la CPI à La Haye et devant la Haute Cour en France.

Une étude du MIT, le prestigieux Massachussets Institute of Technology, publiée le 14 janvier dernier, affirme que le massacre chimique du 21 août 2013 sur la Goutha orientale syrienne, a été perpétré depuis une zone rebelle. Rédigé par Richard Lloyd, ancien inspecteur de l’ONU et spécialiste des missiles, et Theodore Postol, professeur au MIT, le document de 23 pages prouve que les attaques chimiques ont tout simplement été lancées depuis une zone tenue par les rebelles syriens. Pour étayer leurs propos, les deux experts américains ont étudié des « centaines » de photos et de vidéos d’ogive, de restes de roquettes, d’impacts sur le sol, et de barils contenant le gaz sarin, publiées sur Internet. Cela leur a permis d’établir le volume de gaz sarin utilisé, la portée des missiles, leur direction ainsi que l’endroit d’où ils ont été tirés.
Et c’est notamment la question de la portée des missiles qui apparaît primordiale. Les missiles utilisés semblent être des Grad, une arme bas de gamme, possédant une portée de 2 à 5 kilomètres avec des armes conventionnelles, et dont l’imprécision est assez importante. Cette analyse est partagée par Ake Sellström, l’inspecteur en chef de l’ONU en Syrie.

Ce chiffre de 2 à 5 km remet totalement en cause le rapport américain, dont John Kerry, le secrétaire d’état américain, a fait la pierre angulaire de la politique américaine. C’est la nouvelle fiole de Colin Pauwels brandit à la veille de l’attaque sur l’Irak. Ce rapport met en effet, l’origine de l’attaque au cœur de la zone encore contrôlée par le régime légal de Syrie, à plus de… dix kilomètres. C’est donc techniquement impossible.
Le rapport des services secrets français était encore plus grossier et plus ignoble, car il publiait des photos montrant des cadavres d’enfants. Enfants qui se sont révélés être ceux de fidèles alaouites du régime de Bachar-Al Assad, enlevés à Lattaquié et assassinés par les amis de Laurent Fabius. Sans le coup de maître de la diplomatie russe, et l’intelligence du pouvoir syrien qui accepta immédiatement de confier ses armes chimiques à l’ONU, la Hollandie menait l’Europe dans une nouvelle guerre, illégale au regard du Droit International, et rasait son ancien protectorat sous les bombes. Les avions de l’armée de l’air avaient déjà décollé, quand les USA ont sifflé a fin de la partie…

Dans un état de droit, l’enquête du M.I.T aurait dû faire la une de toute la presse hexagonale. Quand la diplomatie d’un pays est prise en flagrant délit de manipulation et de mensonge à ce point, nous sommes dans une affaire d’état. Ce n’est pas une démission de Laurent Fabius qui serait en jeu, mais bel et bien un procès pour haute-trahison et complicité de meurtres. Il est certain que les services français savaient que les auteurs des attaques à l’arme chimique étaient du côté rebelle.
La Turquie avait arrêté sur son sol des cellules terroristes avec des futs de gaz sarin. Un journaliste enlevé par les Djihadistes, Pierre Piccinin, avait averti, dès sa libération en septembre 2013, que ses geôliers revendiquaient la responsabilité du massacre. L’armée syrienne a maintes fois rendu public les témoignages de rebelles arrêtés, avouant avoir transporté des cargaisons suspectes. Mais rien, rien n’a filtré dans la presse française. Aujourd’hui encore, il n’y a que le Point qui publie le rapport du MIT. Pour autant, le seul a osé le remettre en cause n’est autre que… Laurent Fabius. C’est celui qui a le plus à perdre. La Cour Pénale Internationale a autorité pour juger de sa culpabilité. Avec les princes saoudiens et qataris, il est comptable de chaque mort causée par les rebelles islamistes en Syrie, par l’appui financier, technique et politique qu’il a apporté à la pseudo-rébellion syrienne. Une enquête internationale devrait faire toute la lumière sur les raisons qui ont motivé ce soutien inconditionnel à des assassins de masse clairement identifiés. Et si l’une de ses raisons est une action sur ordre d’un pays tiers ou par proximité intellectuelle avec lui, alors la France devra elle-même le juger pour haute trahison. Il serait en effet temps que la France juge ces hommes politiques qui ont d’autres allégeances que les seuls intérêts du peuple français. Elle retrouverait ainsi sa place, au premier rang du concert des Nations.

Prorussia, 24/02/2014

http://www.prorussia.tv/Syrie-un-rapp

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Le désordre mondial Par Ghassan Kadi

10 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #AMERIQUE, #La France, #Europe supranationale, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #L'OTAN.

Le désordre mondial

Par Ghassan Kadi – Le 3 octobre 2015 – Source thesaker.is

Le récent discours du président Poutine à l’Assemblée générale des Nations unies a révélé au reste du monde l’ampleur des mensonges et de l’inefficacité de l’Occident. De plus, l’initiative militaire russe en Syrie qui a suivi presque immédiatement ce discours a laissé tous les ennemis de la Syrie dans une impasse, confus et pantois.

Simultanément, le secrétaire d’État Kerry dit qu’il veut coopérer avec la Russie tandis que les autres responsables états-uniens se disent préoccupés par le rôle de cette dernière et demandent l’arrêt de son intervention militaire. Israël est très préoccupé par le couvre-feu imposé par les Russes à son aviation dans le ciel syrien. Pour ajouter aux malheurs d’Israël, quelques fuites indiquent que le Hezbollah a reçu de l’Iran des missiles anti-aériens sol-air SA-22 de dernière génération. La Turquie est furieuse parce que la Russie aurait attaqué l’Armée syrienne libre (FSA dans son sigle anglais). Les Saoudiens demandent que la Russie cesse son assaut, et tous les soi-disant islamistes protégés souhaitent que les Russes soient ramenés en Russie dans des linceuls pour rejouer ce qui s’est passé en Afghanistan.

La Russie démontre clairement qu’il n’y a aucune différence entre l’une ou l’autre des forces armées illégitimes qui opèrent en Syrie et qu’elle est là pour soutenir l’armée syrienne et le gouvernement élu, indépendamment de ce que l’Occident et ses partisans disent, veulent ou pensent.

Lavrov ne pouvait pas l’exprimer plus crûment lorsqu’il a dit que «s’il ressemble à un terroriste, s’il marche comme un terroriste, s’il combat comme un terroriste, c’est un terroriste, non ?»

En fait, on peut être presque certain que les premières attaques russes ont délibérément frappé autant de groupes différents que possible dans le but, pour la Russie, d’envoyer le message clair qu’elle ne fait aucune distinction entre les divers groupes terroristes et qu’elle a l’intention de tous les détruire.

Le président Poutine a fait une remarque très subtile lorsqu’il a dit que les combattants étrangers en Syrie ne devraient pas être autorisés à rentrer chez eux. Logiquement, cela implique qu’il pensait qu’ils seraient tous tués ou capturés.

L’intervention militaire russe est indéniablement un acte sans précédent, qui marque le véritable début d’une nouvelle ère géopolitique. C’est un pas beaucoup plus important que les diverses étapes qui ont précédemment signalé la fin de l’ère du Nouvel ordre mondial. [US NWO, NdT]

La fin de l’hégémonie du Nouvel ordre mondial était déjà apparue clairement en Ukraine, puis en septembre 2013, en Méditerranée occidentale [pour empêcher le bombardement de la Syrie, NdT], indiquant que l’Amérique n’est plus le leader mondial incontesté.

L’ancienne nation syrienne était destinée à être le lieu où cette nouvelle phase historique de la géopolitique a émergé et où un changement fondamental a été imposé.

Lorsque nous utilisons le terme imposé, nous devons définir la nature de cette imposition, parce que les présidents Poutine et Assad imposent le droit international et les accords bilatéraux ; contrairement à la multitude de coalitions menées par les États-Unis, qui ont envahi des pays pour renverser leurs gouvernements légitimes, piller leurs ressources et leurs infrastructures et détruire leurs économies.

Donc les États-Unis sont maintenant pris entre le marteau et l’enclume. Pour la première fois depuis très longtemps, ils sont contraints d’admettre qu’ils ne sont plus l’unique superpuissance mondiale. En outre, ils se retrouvent à devoir accepter qu’un développement international majeur s’est produit en Syrie contre leur volonté et qu’ils sont incapables de l’arrêter.

Mais l’acceptation par l’Amérique du nouveau statu quo et l’abolition du Nouvel ordre mondial post-URSS n’est pas le principal dilemme auquel elle doit faire face. Aux yeux des politiciens américains bellicistes, la question principale est d’affronter les conséquences. Si l’Amérique devait rester assise et regarder la Russie mettre en œuvre ses propres résolutions en Syrie, alors cette position reviendrait à accepter la défaite.

Accepter sa défaite est quelque chose d’énorme que l’Amérique n’a pas l’habitude de faire. Pour elle, accepter la défaite est une affaire sérieuse qui pourrait amener des politiciens bellicistes à se lancer dans de gros paris et de dangereuses manœuvres .

Il n’y a pas très longtemps, je me suis demandé ce que pourrait faire une Amérique désespérée, et j’ai écrit un article intitulé How Far Will A Desperate America Go ? [Jusqu’où ira une Amérique désespérée ?]. J’y examinais hypothétiquement quelques scénarios potentiels et j’y envisageais quelques réactions, mais l’initiative russe en Syrie a redistribué toutes les cartes, plongeant l’Amérique dans une situation où elle pourrait devoir lutter non seulement pour sa survie, non seulement pour sa taille, mais aussi pour son impunité et sa capacité à prendre des décisions indépendantes.

En effet, de nombreux observateurs considèrent que les actions de l’Amérique en Ukraine visaient à punir la Russie pour le rôle qu’elle a joué en Syrie jusqu’en 2013. Nous devons garder à l’esprit que si c’est vrai, ç’aurait été en représailles des deux missiles américains visant la Syrie et abattus par les Russes au-dessus de la Méditerranée orientale. Comparé à ce que fait la Russie aujourd’hui, la destruction de deux missiles est une peccadille, dérisoire et insignifiante.

Là est la question : l’Amérique a-t-elle déclenché le chaos ukrainien dans le but de punir la Russie simplement pour avoir abattu deux missiles américains destinés à frapper la Syrie ? Alors, jusqu’où est-elle prête à aller pour punir la Russie parce que celle-ci bombarde les cellules terroristes en Syrie, révélant ainsi l’impuissance de l’Amérique ?

Un tel scénario est effrayant, c’est peu de le dire, et c’est peut-être le seul souci relatif à la manière dont l’intervention russe en Syrie peut devenir scabreuse.

Hormis une confrontation ouverte avec la Russie en Syrie, l’Amérique ne peut pas, de façon réaliste, faire grand chose pour entraver la Russie. Les acolytes régionaux de l’Amérique au Moyen-Orient, y compris Israël, ne sont pas en position de se dresser contre la Russie. Ergodan a été rendu totalement impuissant et les Saoudiens sont profondément empêtrés. De plus, même avant le début de l’assaut russe, le cocktail anti-syrien avait déjà volé en éclats et chacun de ses fragments a continué en solo à récupérer des morceaux dans la poursuite de ses propres intérêts et de sa survie.

Washington doit être en effervescence, dans l’agitation et la confusion. Les décideurs et les conseillers politiques, les stratèges et les experts recherchent sans doute toutes les solutions alternatives, mais ils doivent trouver tous les choix très difficiles, parce qu’ils n’ont pas trop d’options. Si l’Amérique opte pour laisser la Russie faire sa part en Syrie, elle pourrait laisser faire avec l’idée qu’elle peut facilement allumer un autre foyer ailleurs et/ou raviver l’incendie en Ukraine et causer ainsi des problèmes à la Russie. Mais cela ne règle que la moitié de la question parce que, à moins que l’Amérique ne réussisse à stopper l’initiative russe en Syrie, elle sera considérée comme ayant accepté sa défaite.

La Russie tente de restaurer un ordre mondial universellement accepté basé sur l’ONU, mais l’Amérique a encore le pouvoir de créer un nouveau désordre mondial. Le fait que les auteurs de la politique américaine soient assez fous pour aller dans cette direction sera déterminé par de nombreux facteurs, y compris savoir qui tiendra la barre après Obama. Nous pouvons bien critiquer Obama, nous le faisons et le devons, mais il est très possible que le nouveau président américain fasse ressembler George W. Bush à Mère Teresa. C’est peut-être une bonne raison pour que la Russie agisse rapidement en Syrie avant que quelque fou furieux conservateur ne remporte la prochaine élection présidentielle aux États-Unis.

Maintenant, la Russie dirige la manœuvre. La conspiration menée par les États-Unis en Ukraine s’est déjà retournée contre elle en Crimée, augmentant le butin des russes.

Le président Poutine comprend bien la mentalité américaine. Il sait que les Américains sont des fiers-à-bras et il sait comment s’y prendre avec eux.

Les fiers-à-bras n’acceptent pas qu’on les voie vaincus. Par conséquent, les Américains doivent pouvoir accepter de voir leur fierté rabaissée, avec un minimum de dommages, si la diplomatie russe parvient à leur trouver une porte de sortie qui leur permette de sauver la face.

Après tout, la reddition des armes chimiques en 2013 était un édulcorant négocié par les Russes que l’Amérique a avalé sans hésitation. La différence entre les événements de 2013 et ceux d’aujourd’hui est que l’événement des deux missiles américains abattus par la Russie en 2013 était resté en coulisse et n’était connu que de quelques-uns. L’Amérique n’était pas partie la queue entre les jambes parce que l’événement est resté ignoré aux yeux du monde. Mais actuellement on voit tout et quelle que soit l’ordonnance prescrivant la potion magique qui sauvera la face des États-Unis, elle sera clairement écrite en cyrillique pour le reste du monde.

Ghassan Kadi

Traduit par Diane, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

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La Russie part en campagne pour écraser les Forces d’Al-Qaïda de la CIA

6 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #Le fascisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La France, #Daesch, #ISIL, #Israël - palestine - Moyen-Orient

La Russie part en campagne pour écraser les Forces d’Al-Qaïda de la CIA

Arabie saoudite Crises/guerres Droit international Etats-Unis Irak Iran Qatar Russie Syrie Turquie
 
 

russie - sukoi

 

Avec quelques 125 frappes en trois jours, la campagne de bombardements russe poursuit sa progression. Les médias américains sont maintenant obsédés par l’idée que la Russie utilise peut-être des bombes « muettes » au lieu des « bombes barils » syriennes. C’est leur nouveau thème de propagande. Mais les vidéos de la base aérienne russe montrent qu’au moins une partie des avions sont armés de bombes KAB-500S-E guidées par satellite (GLONAST) qui sont des bombes «intelligentes» très précises. (D’autres photos et vidéos de la base aérienne russe montrent que la base est très confortable avec ses quartiers climatisées, sa tente mess, ses Gulaschkanonen (cuisines roulantes, ndt), sa boulangerie, sa blanchisserie etc. Cette base n’est pas une installation temporaire improvisée.)

De plus, en quoi est-il plus humain de tuer les gens avec une bombe précise qu’avec une «bombe stupide» ou une «bombe baril » ? Gaza a été bombardée par les Israéliens avec des bombes intelligentes (made in USA). Cela n’a pas conduit à moins de destructions ou de tueries. La bombe saoudienne (made in USA) qui vient d’être larguée sur un mariage au Yémen en assassinant 130 personnes, était aussi une bombe «intelligente» et elle est tombée exactement là où on voulait qu’elle tombe.

La plupart du temps, les Russes ont bombardé, comme je l’ai décrit plus tôt, le couloir qui mène à la frontière turque et qui est aux mains d’al-Qaïda, d’Ahrar Al Shams et des mercenaires de la CIA. Ils ont également bombardé Raqqa, la capitale syrienne de l’État islamique, et tué une douzaine de combattants. En réponse, l’État islamique a annulé la prière du vendredi à Raqqa, craignant apparemment que toute l’assemblée des combattants ne soit bombardée.

Amusant. Les États-Unis ont affirmé pendant toute l’année dernière qu’ils bombardaient sérieusement l’État islamique. Mais les prières du vendredi n’avaient jamais été annulées auparavant. Peut-on en conclure que l’État islamique ne croyait pas ce que disaient les États-Unis, mais craint maintenant que les Russes ne fassent réellement ce qu’ils disent ?

L’armée de l’air syrienne s’était abstenue de larguer des bombes près de la frontière turque, craignant, à juste titre, que la Turquie n’abatte un avion syrien. Mais la Russie peut maintenant le faire. Le bombardement au sol est maintenant réalisé par des avions d’attaque au sol construits pour ça, les Su-24, Su-25 et Su-34 et qui sont couverts par des avions de chasse Su-30M armés de missiles R-27 air-air de moyenne à longue portée, extrêmement véloces qui volent au-dessus d’eux. Ils abattraient tout avion turc qui tenterait d’attaquer les bombardiers russes. C’est juste pour être sûr qu’il ne vienne pas une idée idiote à  M. Erdogan.

La campagne aérienne est également bien coordonnée avec les forces gouvernementales syriennes sur le terrain. Voilà un extrait d’un article payant du Wall Street Journal :

[D]es milliers de rebelles se sont regroupés dans plusieurs enclaves au nord de Homs, dans des villes comme al-Rastan et Talbiseh. Des avions de guerre russes ont frappé des cibles civiles et militaires dans ces deux villes et dans cinq villages environnants, a déclaré Rashid al-Hourani, un officier de l’armée syrienne de la région qui a fait défection aux rebelles en 2012.

Il a déclaré que les frappes aériennes avaient été suivies d’un barrage de tirs d’artillerie à partir de plusieurs positions proches où des milices chiites et alaouites pro-régime ainsi qu’un groupe soutenu par l’Iran connu sous le nom de Brigade Ridha, s’étaient massées au cours des derniers jours.

L’armée syrienne va bientôt attaquer en coordination avec l’armée de l’air russe et va essayer de reprendre le nord du territoire, le long de l’autoroute M4 et M5. Cela permettrait de lancer une attaque plus large jusqu’à la frontière turque. Des renforts de troupes au sol en provenance d’Iran, d’Irak et du Hezbollah sont en chemin ou déjà arrivés. Nous assistons à la préparation d’une bataille plus importante.

Le Guardian lance la rumeur que les Etats du Golfe vont contrecarrer le mouvement russe en fournissant davantage d’armes:

Le mouvement de la Russie risque clairement d’être contrecarré par les pays qui soutiennent les rebelles. Selon un analyste indépendant, cette tentative aurait peut-être déjà commencé, avec les Qataris qui envoient — avec l’accord de l’Arabie saoudite — des avions remplis d’armes à des bases aériennes turques. « Je m’attends à un énorme afflux d’armes dans le nord pour tenter d’enrayer toute attaque terrestre du régime », a déclaré l’analyste.

« Les enjeux sont très élevés. »

Et les avions russes volent très haut. La plupart volent habituellement au-dessus de 5000 mètres et aucun missile de défense aérienne portatif (MANPAD) ne peut les atteindre. Les gens qui sont bombardés ne voient, ni n’entendent même pas les avions qui arrivent. Cela va changer avec les attaques de l’armée syrienne, et un soutien au sol plus direct sera nécessaire, mais les avions qui seront alors utilisés sont des Su-25 et Su-34 construits à cet effet et qui ont des cockpits blindés.

La base aérienne russe est protégée par une défense aérienne moderne installée au sol et sur les navires russes qui se trouvent dans la mer toute proche. Elle est protégée sur le terrain par environ 1250 marines russes. Elle contiendrait des munitions et autres fournitures pour au moins trois mois. Personne ne risque de prendre cette base et la campagne de la Russie à la légère. Pour s’y attaquer, il faudrait des forces très importantes et cela entraînerait presque inévitablement une guerre plus large avec la Russie qui est une superpuissance nucléaire. La Syrie est la sœur de la Russie (vidéo) et elle sera défendue.

L’administration Obama a donc décidé qu’elle n’interférerait pas avec les attaques russes contre les mercenaires de la CIA et leurs frères d’armes d’al-Qaïda. On trouve bien quelques déclarations inquiètes et provocatrices mais c’est juste des rodomontades.

Mais les candidates pour les prochaines élections présidentielles ne sont pas aussi avisées. Toutes les deux, Hillary Clinton et Carly Fiorina, ont appelé à la création pas les Etats-Unis d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie du Nord ce qui engendrerait évidemment une guerre avec la Russie et de ses alliés. Ces deux femmes veulent attaquer les forces russes pour défendre Al-Qaïda !

Note: Le pays qui doit décider qui vole ou non sur la Syrie est la Russie. Chers électeurs américains, s’il vous plaît ne laissez plus jamais ces maniaques s’approcher du pouvoir.

Les mercenaires de la CIA en Syrie – 10 000 hommes entraînés, armés et payés grâce à un  programme secret – coopèrent directement avec al-Qaïda et les terroristes du genre d’Ahrar Al Shams. Le NYT le reconnaît enfin dans ces deux articles aujourd’hui. Le premier dit:

Les combattants avançant sur ce front [nord] ne venaient pas de l’Etat islamique, mais de l’armée de conquête, un groupe qui comprend une filiale d’Al-Qaïda connue sous le nom de Front Nusra et d’autres groupes islamistes, ainsi que plusieurs groupes plus laïques qui ont été secrètement armés et entraînés par les États-Unis.

Le second article est consacré à l’armée de conquête:

L’alliance se compose d’un certain nombre de factions souvent islamistes, dont le Front Nusra, la filiale syrienne d’Al-Qaïda; Ahrar al-Sham, un autre grand groupe; et les factions rebelles plus modérées qui ont reçu en secret des armes des services de renseignement des États-Unis et de leurs alliés. 

Les groupes qui se battent ensemble dans l’armée de conquête partagent évidemment leurs armes, leurs munitions et d’autres fournitures. Ils ont aussi très probablement des idéologies similaires. La CIA, sous Obama, le général Petraeus et Brennan,  arment sciemment Al-Qaïda en Syrie et depuis un bon moment. Le NYT avait souligné, l’année dernière, que les mercenaires de la CIA travaillaient avec les islamistes, mais cet article était lénifiant et présentait cette collaboration comme quelque chose de peu d’importance. Il est également tout à fait étonnant que, dans entre l’article de 2014 et le deux article d’aujourd’hui, aucun article du NYT sur la Syrie n’ait mentionné cette collaboration. Le NYT s’est au contraire concentré sur la clownerie du Pentagone des « cinq rebelles modérés » qui était une simple diversion.

Le Pentagone fait semblant de ne rien savoir des personnes touchées par les bombardements russes sur les positions d’Al-Qaïda:

Q: McCain dit qu’ils ont frappé les rebelles soutenus par la CIA. Vous, les gars, vous avez sans doute les mêmes infos. Savez-vous si c’est vrai ou pas ? Où tout cela en est-il? 

COL. WARREN: Eh bien – encore une fois, Tom, je dirais que nous ne pensons pas qu’ils appartenaient à ISIL. Vous savez, qui soutient qui, vous savez, c’est… — Je ne vais pas entrer là-dedans. Non, je ne vais pas parler de ça, surtout qu’il s’agit de… — vous savez, ce n’est même pas d’une agence du Département de la Défense dont il s’agit là..

Je prends cela comme une confirmation.

Les Israéliens reconnaissent maintenant aussi qu’ils travaillent avec al-Qaïda:

Nusra et quelques milices locales sont en charge de la plus grande partie de la frontière de 100 km avec Israël du côté syrien du plateau du Golan. Au cours des dernières années, Nusra a légèrement édulcoré son idéologie militante sous l’influence du Qatar et de l’Arabie saoudite qui lui apportent un appui financier.

Nusra est en contrôle de la plus grande partie de la frontière, mais a respecté jusqu’à présent l’accord tacite de ne pas retourner ses armes contre l’Etat juif.

Nusra contrôle la frontière parce qu’Israël l’a aidé en tirant sur l’armée syrienne chaque fois que Nusra en avait besoin. L’article du Jerusalem Post, que je viens de citer, est également intéressant par rapport au fameux plan d’Odet Yinon car il confirme que le renseignement militaire israélien préside à la fragmentation des nations du Moyen-Orient en petites entités dirigées par des seigneurs de guerre :

Il y a quelques années, la communauté du renseignement a commencé à réévaluer la réalité chaotique qui émergeait au Moyen-Orient. Sur des plans élaborés par le Département de la recherche du MI, on peut voir que les états sont remplacés par des organisations… 

C’est aussi ce qui est prévu pour la Syrie. Mais avec la coalition qui se forme maintenant pour reprendre les territoires syriens, ce plan pourrait bien échouer.

Moon of Alabama

Article original : http://www.moonofalabama.org/2015/10/russias-campaign-to-snuff-off-cias-al-qaeda-forces.html

Traduction : Dominique Muselet

Source: http://arretsurinfo.ch/la-russie-part-en-campagne-pour-ecraser-les-forces-dal-qaida-de-la-cia/

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La blague du jour : Hollande donne ses instructions à Poutine

5 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #Terrorisme, #L'OTAN.

La blague du jour : Hollande donne ses instructions à Poutine

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© Inconnu
Poignée de mains entre Vladimir Poutine et François Hollande le 2 octobre 2015 à l’Élysée
« Ce que j'ai rappelé au président Poutine, c'est que les frappes doivent concerner Daesh et uniquement Daesh. » (François Hollande, 2 octobre 2015).

On s'amusera de l'effet qu'a très certainement produit cette injonction péremptoire faite par le président français à son homologue russe à l'issue de leur tête-à-tête du vendredi 2 octobre à l'Élysée. Passé l'éclat de rire, on s'étonnera de ce curieux distinguo qui exclut de fait toute une partie de la mouvance islamique extrême gangrenant la Syrie. Que l'on sache, le Front al-Nosra, branche syrienne d'Al-Quaïda sévissant au nord-ouest du pays, ne se différencie guère, en matière d'horreurs, de son frère ennemi Daesh.
 

Commentaire : Ah ben zut alors, on pensait le contraire quand le possible parkinsonien Fabius nous serinait qu'« ils font du bon boulot ».
 

Une armée rebelle fantôme

Dans la guerre de communication qui bat naturellement son plein en cette période de conflit pour la prééminence géopolitique au Moyen-Orient, l'élément de langage déployé par la coalition sous égide américaine est que l'armée russe a bombardé des positions tenues par des forces amies, formées et équipées par le Pentagone.

Les "rebelles amis" du Pentagone, parlons-en : le plan initial de Washington prévoyait de former et d'équiper un effectif d'environ 5.000 rebelles par an pendant trois ans. À l'heure qu'il est, le Pentagone recense en tout et pour tout deux groupes de respectivement 54 et 70 combattants, et n'est assuré que de la présence réelle d'une dizaine d'entre eux sur le terrain des opérations.

Mieux, toujours selon le Pentagone (relayé par l'AFP ), ceux-là viennent d'avouer avoir refourgué au Front al-Nosra 25 % du matériel militaire que leur avait obligeamment fourni l'Oncle Sam, cela comme droit de passage dans le secteur. Sûr que le régime de Bachar el-Assad doit trembler devant une telle armée de bras cassés. Sûr qu'ils constituaient à eux dix la cible la plus urgente à éliminer pour Poutine et ses avions Sukhoi SU-30 SM.

Comme le souligne Robert Fisk , correspondant sur place de The Independent, les rebelles "modérés" ne sont guère qu'un miroir aux alouettes servi aux citoyens-lambda par une propagande occidentale complètement déjantée :
« Les rebelles modérés soutenus par l'Occident ne jouent qu'un rôle marginal parmi les combattants de l'opposition syrienne. Robert Ford, l'ancien ambassadeur américain en Syrie, longtemps partisan de ceux-là, a reconnu cette année qu'en réalité "les gens que nous avons soutenus se sont pas en mesure de tenir le terrain face au Front al-Nosra". Pourtant, la politique occidentale continue de prétendre qu'il y a encore une alternative "modérée" à Assad, dont les forces n'en finiraient pas de décliner. »
Incohérence contre stratégie

Si les citoyens-lambda peuvent ignorer les tenants et les aboutissants d'une situation scabreuse de conflit, il en va tout autrement d'un président en exercice, fût-ce François Hollande. C'est à coup sûr en pleine connaissance de cause que celui-ci s'est une nouvelle fois livré à une de ses ineffables tartarinades. Dès lors, la bouffonnerie devient vite malodorante. En couvrant ouvertement tout un pan de la mouvance islamiste (le Front al-Nosra), François Hollande montre qu'il sacrifie à la politique de la terre brûlée pratiquée par le maître américain.
 

Commentaire : N'oublions pas qu'Hollande voulait, récemment, limiter le recours au droit de veto au Conseil de sécurité : c'est vrai ça, si on peut plus massacrer en toute impunité, où va la France ?
 

Pulsion suicidaire, aveu d'impuissance, illustration d'une incommensurable bêtise ? Ce qui ressort de cette lamentable histoire, c'est que la Russie, comme elle l'avait déjà fait en 2013 en dissuadant les forces de l'Otan de bombarder le régime syrien, est bel et bien en train de marquer des points décisifs dans la maîtrise du Moyen-Orient, en faisant montre, comme le note Philippe Grasset sur son blog Dedefensa , d'une volonté "gaullienne" qui fait tant défaut au président français :
- Vladimir Poutine obéit à une stratégie là où ses adversaires agissent de façons erratiques et incohérentes (ces bombardements aveugles qui depuis un an n'ont jamais empêché l'État islamique de progresser) et sous des prétextes exclusivement narratifs ("guerre préventive", "légitime défense"...) ;

- le maître du Kremlin veille à rester dans une stricte légalité : il répond à une demande d'aide officielle du seul gouvernement légitime actuel de la Syrie (quoi qu'on pense du "dictateur" en place) et consulte son Parlement avant d'agir ;

- il réaffirme la claire supériorité de son pays, tant dans le domaine politique que militaire, assuré qu'il est du soutien de ses alliés chinois et iranien.
Avec les Russes, écrit Philippe Grasset, « la guerre, c'est vraiment la guerre », pas un spectacle médiatique façon Grand-Guignol, ni une rhétorique fumeuse colportée par un valet de comédie.

Commentaire : Pour le plaisir, proposons la photo de l'évènement et observons la tête de Poutine en train de regarder Hollande :
 
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© Kremlin/AFP

 
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Les forces aériennes russes ont frappé 10 cibles de Daesh en Syrie au cours des dernières 24 heures

4 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #La Russie, #AMERIQUE, #La France, #Terrorisme, #Europe supranationale, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

Les forces aériennes russes ont frappé 10 cibles de Daesh en Syrie au cours des dernières 24 heures

© Maxim Blinov Source: RIA NOVOSTI
 

Le ministère russe de la Défense a déclaré avoir attaqué 10 sites terroristes en Syrie et détruit des dépôts d’armes, des centres d’entrainements et leur infrastructure lors des 20 sorties aériennes qui ont eu lieu au cours des dernières 24 heures.

Selon les informations fournies par le ministère de la Défense russe, des avions de combat Sukhoï SU-34, SU-24M et SU-25 ont réussi à détruire des camps terroristes dans la province syrienne d’Idleb.

«Au cours des dernières 24 heures, des avions SU-34, SU-24M et SU-25 ont effectué 20 sorties. Dix sites d'infrastructures des terroristes de l'EI ont été frappés», a fait savoir le ministère qui a également publié des vidéos montrant les forces aériennes russes en train de bombarder leurs objectifs.

Frappe aérienne sur un camp djihadistes dans la province d’Idleb

Frappe chirurgicale sur un dépôt d’armes près de Jisr al-Choghour

Frappe aérienne sur des positions terroristes et un dépôt d’armes

Frappe aérienne contre un centre de commandement de l’EI

ENG العربية ESP РУС DE RT francais 22:05 à Paris, 4 octobre 2015 Actualité France International Economie Opinions Vidéos Photos Les forces aériennes russes ont frappé 10 cibles de Daesh en Syrie au cours des dernières 24 heures 4 oct. 2015, 12:25 © Maxim Blinov Source: RIA NOVOSTI Le ministère russe de la Défense a déclaré avoir attaqué 10 sites terroristes en Syrie et détruit des dépôts d’armes, des centres d’entrainements et leur infrastructure lors des 20 sorties aériennes qui ont eu lieu au cours des dernières 24 heures. Selon les informations fournies par le ministère de la Défense russe, des avions de combat Sukhoï SU-34, SU-24M et SU-25 ont réussi à détruire des camps terroristes dans la province syrienne d’Idleb. «Au cours des dernières 24 heures, des avions SU-34, SU-24M et SU-25 ont effectué 20 sorties. Dix sites d'infrastructures des terroristes de l'EI ont été frappés», a fait savoir le ministère qui a également publié des vidéos montrant les forces aériennes russes en train de bombarder leurs objectifs. Frappe aérienne sur un camp djihadistes dans la province d’Idleb Frappe chirurgicale sur un dépôt d’armes près de Jisr al-Choghour Frappe aérienne sur des positions terroristes et un dépôt d’armes Frappe aérienne contre un centre de commandement de l’EI Une bombe de precision détruit quatre postes de commandement de Daesh à Jisr al-Choghour

ENG العربية ESP РУС DE RT francais 22:05 à Paris, 4 octobre 2015 Actualité France International Economie Opinions Vidéos Photos Les forces aériennes russes ont frappé 10 cibles de Daesh en Syrie au cours des dernières 24 heures 4 oct. 2015, 12:25 © Maxim Blinov Source: RIA NOVOSTI Le ministère russe de la Défense a déclaré avoir attaqué 10 sites terroristes en Syrie et détruit des dépôts d’armes, des centres d’entrainements et leur infrastructure lors des 20 sorties aériennes qui ont eu lieu au cours des dernières 24 heures. Selon les informations fournies par le ministère de la Défense russe, des avions de combat Sukhoï SU-34, SU-24M et SU-25 ont réussi à détruire des camps terroristes dans la province syrienne d’Idleb. «Au cours des dernières 24 heures, des avions SU-34, SU-24M et SU-25 ont effectué 20 sorties. Dix sites d'infrastructures des terroristes de l'EI ont été frappés», a fait savoir le ministère qui a également publié des vidéos montrant les forces aériennes russes en train de bombarder leurs objectifs. Frappe aérienne sur un camp djihadistes dans la province d’Idleb Frappe chirurgicale sur un dépôt d’armes près de Jisr al-Choghour Frappe aérienne sur des positions terroristes et un dépôt d’armes Frappe aérienne contre un centre de commandement de l’EI Une bombe de precision détruit quatre postes de commandement de Daesh à Jisr al-Choghour Des avions de combats procèdent à trois frappes aériennes contre un poste de commandement et un dépôt d’armes près de la ville de Ma’arrat al-Numan

Le 2 octobre, des avions de combat russes Su-34 stationnés en Syrie avaient déjà attaqué 12 cibles de Daesh à Raqqa.

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En Syrie, Chinois et Tchétchènes attendent leur tour.

4 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #Terrorisme, #le nazisme, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient

En Syrie, Chinois et Tchétchènes attendent leur tour

3 Octobre 2015 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Chine, #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis

En Syrie, Chinois et Tchétchènes attendent leur tour

La bataille qui se préparait suspendait non seulement Démétrius et Ptolémée, mais aussi tous les autres princes, dans l'attente des événements qui devaient en être la suite et qui étaient fort incertains. Toutefois, chacun pensait que le succès ne se bornerait pas à rendre le vainqueur maître de la Syrie, mais qu'il en ferait le plus puissant des rois.

Ces paroles de Plutarque, narrant une bataille d'il y a 23 siècles, pourraient être écrites aujourd'hui tant l'humanité, les pays et les peuples reproduisent à l'infini les mêmes schémas. Si les généraux d'Alexandre ont laissé la place à Poutine, Obama, Xi, Erdogan ou Rouhani, la Syrie demeure la pierre angulaire. L'histoire à la remorque de la géographie et de la stratégie en quelque sorte...

Et il s'en passe des choses passionnantes sur cette pierre angulaire ! La grande, l'étonnante nouvelle du jour est la probable participation chinoise aux frappes russes. D'après Debka, site israélien proche du Mossad et généralement très bien informé, Pékin a fait savoir à Moscou que ses chasseurs-bombardiers J15, à bord du porte-avion Liaoning actuellement au large des côtes syriennes, se joindraient bientôt aux Sukhois. Internationalisation de la coalition russe, donc sa légitimation (beaucoup plus difficile pour les officines occidentales de faire du Xi-bashing que du Poutine-bashing). Voilà qui va donner des sueurs glacées aux Euro-atlantiques...

Comme si ça ne suffisait pas, Bagdad aurait formellement proposé aux Russes d'utiliser la base d'Habbaniyah pour leur campagne aérienne contre l'EI et autres djihadistes. Là où cela devient franchement pittoresque, c'est que les Russes partageraient cette base avec... les Américains ! Le lieu est en effet également utilisé par les forces états-uniennes pour leurs opérations. Je ne sais pas si le facétieux premier ministre irakien mesure l'ironie de la chose mais cela risque de faire grincer quelques dents parmi les pilotes de l'US Air Force. Moscou n'a pas encore donné sa réponse et doit actuellement peser le pour et le contre.

- Avantage : une enclave militaire en Irak, au coeur du Moyen-Orient, après celles de Tartous et Lattaquié en Syrie ; aucun dirigeant russe n'aurait pu rêver pareille occasion. En passant, une nouvelle gifle aux Américains, la signification étant à peu près celle-ci : vous avez été incapables d'assurer la défense de l'Irak, faites-nous place maintenant. Le message risque de se répercuter longtemps dans les chancelleries moyen-orientales...

- Inconvénient : l'intervention russe prendrait une tout autre ampleur et coûterait beaucoup plus cher. Vladimirovitch a déjà un peu de mal à convaincre l'opinion publique russe, majoritairement hostile, de la nécessité d'intervenir en Syrie, alors l'Irak...

On attend la réponse du Kremlin avec impatience, mais une chose est sûre : c'est un possible game changer supplémentaire au Moyen-Orient, qui en compte déjà beaucoup ces derniers jours.

Est-ce donc un hasard si le bourrage de crâne reprend de plus belle dans la presse aux ordres (chut, ne tirons pas sur une ambulance) occidentale ? Les propagandistes ne sont certes pas à une contradiction près. Les journaux nous expliquaient la semaine dernière que les Etats-Unis n'avaient réussi à former que quelques rebelles syriens modérés et arrêtaient par conséquent leur programme qui tournait au fiasco. Et là, soudain, les mêmes journaux nous affirment sans rire que les Russes ont retrouvé en 24 h, pour les bombarder, ces fameux groupes de "rebelles modérés" que tout le monde cherchait depuis des années... Pitoyable de bêtise.

Dans le flot de désinformation, quelques lumières tout de même, par exemple dans la presse espagnole ou israélienne. Ces analyses des différents groupes syriens montrent bien que les "rebelles modérés" sont à peu près inexistants. Désormais, la Syrie est grosso modo divisée en quatre, le reste n'étant que quantité négligeable :

  • le régime Assad
  • les Kurdes au nord
  • l'Etat Islamique
  • Al Nosra seule ou Al Nosra + autres mouvances djihadistes au sein de l'Armée de la conquête (rappelons qu'Al Nosra est tout simplement Al Qaeda en Syrie, organisation sur laquelle pleurent à chaude larme les Occidentaux en ce moment)

L'article du Jérusalem Post est également intéressant à un autre titre, car il confirme ce que plusieurs observateurs (dont votre serviteur) avançaient, à savoir la collusion entre Israël et Al Qaeda sur les hauteurs du Golan.

Les Russes, eux, n'ont cure de cette guéguerre de l'information ; ils laissent aux Américains les gesticulations médiatiques pour se concentrer sur le réel. Leurs bombardements sur l'Etat Islamique sont suffisamment sérieux pour que le calife autoproclamé, Al Bagdadi, annule la prière du vendredi dans sa capitale Raqqa, ce qui n'était curieusement jamais arrivé en un an de frappinettes de la coalition occidentale.

Les avions russes ont également multiplié les frappes sur Al Qaeda, notamment près de la frontière turque. C'est intéressant car, après avoir vu plusieurs de ses avions être abattus par la DCA turque, la chasse syrienne n'osait plus s'aventurer aussi haut, laissant les djihadistes faire à peu près ce qu'ils voulaient dans la province d'Idlib. Les bombardiers russes sont escortés par des S-30 pour bien s'assurer qu'aucune tentation stupide ne passe par la tête d'Erdogan qui semble avoir reçu le message 5/5.

Apparemment, les premiers effets des bombardements se font déjà sentir si l'on en croit le commandement militaire russe, pourtant peu habitué au lyrisme triomphaliste : "Des militants quittent les zones sous leur contrôle. Selon nos renseignements, il y a une certaine panique et des désertions dans leurs rangs".

Tout semble donc se passer comme sur des roulettes et, si tant est qu'il le décide, Poutine a peut-être déjà la solution pour l'éventuelle intervention terrestre qui fait si peur à son opinion publique. Le leader de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov a demandé à Vladimirovitch de lui permettre d'aller avec ses forces spéciales combattre l'Etat Islamique sur son terrain. Ce ne sont pas des paroles en l'air ; cela fait des années que Kadyrov veut en découdre avec les wahhabites et autres djihadistes, responsables de la mort de son père. L'on se souvient de son discours assez hallucinant fin décembre 2014 devant 10 000 rudes guerriers tchétchènes :

Nous allons prouver au monde que nous, Tchétchènes, sommes l'infanterie de Vladimir Poutine. Nous sommes prêts à défendre la Russie et accomplir n'importe quelle mission de combat. L'ennemi de la Russie, nous le confronterons où qu'il soit, y compris dans la propre tanière. Vive notre grande patrie la Russie ! Vive notre leader national, Vladimir Poutine ! Allah Akbar !

Une intervention tchétchène au sol contre l'EI serait assez populaire en Tchétchénie même et passerait sans doute mieux dans le reste de l'opinion russe. Toutefois, il serait intéressant de voir comment s'entendront Iraniens, Tchétchènes et Hezbollah... Nous n'en sommes pas encore là : place pour l'instant aux avions chinois.

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De l’Arabie Saoudite, la Russie, l’Iran, la Syrie, Cuba et de l’orwellisation du monde

3 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La France, #Europe supranationale, #Terrorisme, #le nazisme, #Daesch

Publié par Jean Lévy

 

De l’Arabie Saoudite, la Russie, l’Iran, la Syrie, Cuba et de l’orwellisation du monde

« Ce fut plutôt un choc pour Winston de découvrir, à propos d’une remarque faite par hasard, qu’elle ne se souvenait pas que l’Océania, il y avait quatre ans, était en guerre contre l’Estasia et en paix avec l’Eurasia. Il est vrai qu’elle considérait toute la guerre comme une comédie. Mais elle n’avait apparemment même pas remarqué que le nom de l’ennemi avait changé »,

1984, Georges Orwell (merci au blog d’Olivier Berruyer pour la retranscription)

 
 
 
1984 est sans doute le premier livre de politique que j’ai lu. Dans ce roman, le pouvoir réécrit constamment l’histoire et change d’ennemi, l’Océania affrontant tour à tour l’Estasia puis l’Eurasia, en effaçant toute trace du précédent conflit. Un parallèle troublant avec l’actualité internationale récente.
 
Des méchants et des gentils
 
Les dernières années ont de quoi donner le tournis. Il y a deux ans, il était entendu que la Russie, l’Iran et Bachar el-Assad étaient sans doute les pires méchants de la planète. Vladimir Poutine était coupable d’avoir envahi l’Ukraine, l’Iran, de préparer une bombe atomique et le régime Syrien, de massacrer son peuple. Et Cuba était toujours dans les limbes du blocus imposé par les Etats-Unis.
 
Mais en quelques mois, la situation a complètement changé. Cuba a été reconnu par les Etats-Unis. Un accord a été trouvé avec l’Iran, offrant de juteuses perspectives d’affaires. Et le développement de Daech, qui contrôle une large partie de l’Irak et de la Syrie semble devoir imposer aux dirigeants de la planète de se rabibocher avec la Russie, et même en partie avec Bachar el-Assad pour faire barrage aux islamistes.
 
Ce jeune saoudien sera-t-il cruxifié par nos amis de Riyad ?
 
Ces 180° diplomatiques sont quelques peu perturbants. Même si le pragmatisme peut être une vertu dans les relations internationales (après tout, la Russie communiste a joué un rôle majeur pour battre les nazis), les récentes fluctuations amènent tout de même à se poser des questions sur les choix de nos dirigeants. On pourrait aussi questionner notre rapport à certaines monarchies pétrolières, au premier rang desquelles l’Arabie Saoudite.
N’est-il pas inconfortable, a minima, pour ne pas dire très choquant moralement, de voir que tant de dirigeants des grandes démocraties de la planète sont allés à l’enterrement de l’ancien roi d’un pays dont les règles permettent de décapiter, puis crucifier pour un simple délit d’opinion. Ne franchissons-nous pas la compromission avec des valeurs fondamentales ?
 
La guerre, enjeu de communication
 
 

En outre, ce qui est extrêmement troublant avec ce ballet des méchants et des gentils planétaires  c’est que la guerre est largement devenue un enjeu de communication. On peut se souvenir de l’instrumentalisation des frappes aériennes dans l’Irak de Saddam Hussein par les Etats-Unis de Bill Clinton, un moyen de faire oublier les affaires personnelles qu’affrontait le président. Puis, frappée le 21 septembre 2001, Washington était intervenue bien rapidement, et sans véritable justification en Afghanistan et en Irak, au prix de centaines de milliers de mort pour des raisons qui avaient plus à voir avec de la communication qu’avec une véritable raison diplomatique.

Avec l’Irak et l’Iran qui oscillent entre méchant et gentil depuis quatre décennies, il est difficile de ne pas voir un effarant parallèle avec le roman d’Orwell.

 
Cela ne veut pas dire qu’il y a un grand complot, que les Etats-Unis par exemple, manipuleraient la planète avec leur trop souvent sinistre balet géopolitique. Marc Rameaux, dans plusieurs papiers très intéressants, a très bien expliqué les dynamiques qui peuvent aboutir à croire à des complots quand il n’y a pourtant que des jeux de circonstances.
Des sociétés aussi complexes que les nôtres produisent aussi une histoire de notre vie commune, des courants de fond d’opinion qui peuvent pousser nos dirigeants à prendre de telles décisions, sans qu’un grand dessein d’ensemble les ait motivées a priori. Mais cela amène à se demander jusqu’où nos sociétés pourraient prendre la direction du roman de Georges Orwell, aussi lentement soit-il. Certaines lois liberticides n’en deviennent que plus inquiétantes.
 

En réalité, j’ai surtout l’impression que nos dirigeants, à force de vouloir réagir, sans prendre le temps de réfléchir et d’agir, finissent par être balottés par les évènements, sans prendre la moindre perspective. D’où sans doute les revirements effarants de nos diplomaties depuis deux ans…

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