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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #israel - palestine - moyen-orient tag

Les US et la malédiction de l’ONU – Ban Ki-moon condamne la position américaine sur la Syrie et approuve Poutine.

11 Novembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La France, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL

Publié par Jean Lévy

 

 

Réseau International

 

Arrivant en fin de mandat, et jusqu'alors bridé et tributaire des États-Unis aussi bien par sa dernière et finale réélection comme SG, mais aussi pour l'appui politique et financier de cette puissance mondiale, Ban Ki-moon se lâche sur la Syrie et sur le rôle "trouble" des USA.
Parallèlement, dans son rapport au Conseil de Sécurité de l'ONU, le Dr. al-Jafaari, Représentant des Nations Unies en Syrie, donne une version très différente de celle habituellement livrée par les autorités nationales et les médias supplétifs bien-pensants.
 
Il sera intéressant de voir comment et si nos dirigeants politiques va-en-guerre (contre Assad) vont traduire ces observations du terrain par un organisme international neutre et apolitique ...

_____________________________________________

Monsieur le Président,

 

« La folie c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », disait Einstein. Mais, soixante ans après son décès, certains gouvernements ne semblent pas avoir intégré cette vérité et persistent à commettre les mêmes fautes sur la base des mêmes calculs erronés s’attendant, à chaque fois, à des résultats différents.

Il est prouvé que l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures des États ne mène qu’à leur destruction, engendrant opportunément les crises humanitaires et le chaos, les transformant en usines de fabrication d’extrémistes et de terroristes.

C’est exactement ce qui s’est passé quand ils ont détruit l’Irak, la Libye et d’autres pays. C’est exactement ce qui se passe depuis qu’ils nous ont expédié Daech, Jabhat al-Nosra, Khorassan et d’autres encore ; le terrorisme possédant désormais un État ou un Khalifat, comme certains se plaisent à le qualifier.

Malgré cela, les mêmes gouvernements ayant enfreint la logique qui veut que les mêmes causes produisent les mêmes effets, insistent à appliquer la même recette empoisonnée en Syrie et à user des mêmes slogans mensongers, en dépit des dévastations consécutives à leur ingérence, dont l’ampleur est reconnue par tous, y compris les planificateurs. Témoin en est la dernière sortie de l’ex-premier ministre de Grande Bretagne, Tony Blair, nous avouant vingt-deux ans après l’invasion de l’Irak par les États-Unis qu’elle s’était fondée sur des « informations fausses » [2] et mensongères.

Et nous voici, quatorze années après l’attaque terroriste sur le World Trade Center à New York, bien obligés de constater que les stratégies appliquées dans le cadre de la « Guerre contre le terrorisme » ont créé cent Ben Laden au lieu d’un, et des dizaines d’organisations ayant adopté l’idéologie d’Al-Qaïda dans plusieurs pays au lieu d’une seule en Afghanistan, le terrorisme s’étant propagé jusqu’aux pays de ses créateurs et promoteurs.

Monsieur le Président,

La situation humanitaire en Syrie revient à ce même constat, étant donné que certains gouvernements prétendent vouloir y remédier en continuant de refuser la priorité à la lutte contre le terrorisme, en poursuivant leurs mesures économiques coercitives et unilatérales contre le peuple syrien, en dénigrant le rôle du gouvernement syrien jusqu’à décliner toutes ses offres de coordination aussi bien dans le domaine de l’assistance humanitaire que dans le domaine de sa guerre contre le terrorisme. Tant et si bien qu’au bout de bientôt cinq années, il est clair pour tout le monde que la situation et les souffrances du peuple syrien ont empiré au point qu’une partie de ce peuple a été obligée de se déplacer, voire à émigrer.

Par conséquent, si nous voulons vraiment obtenir des résultats positifs et permanents en matière de situation humanitaire en Syrie, il faudrait faire quelques pas dans ce sens.

  • Le premier pas consisterait à nous concentrer sur la raison principale ayant engendré cette situation, c’est-à-dire sur l’émergence et la propagation du phénomène terroriste, toujours soutenu de l’étranger, en appliquant les résolutions contraignantes du Conseil de sécurité 2170, 2178 et 2199, relatives à ce sujet, en coordination et avec la pleine coopération du gouvernement syrien.

L’obstination de ceux dont le seul souci est de diffamer le gouvernement syrien, le président syrien et l’armée syrienne, préférant la coopération avec le démon terroriste à la collaboration avec l’État syrien pour le combattre, est absurde et sans aucun rapport avec les règles de la pensée et du comportement, ou avec les principes des sciences politiques et stratégiques.

Une absurdité qui s’est soldée par l’expédition de dizaines de milliers de mercenaires terroristes étrangers en Syrie et en Irak, à partir de plus d’une centaine de pays ; ceci, selon neuf rapports issus de ce respecté Conseil et des Comités de lutte contre le terrorisme qui lui sont rattachés [3].

En effet, Daech, Jabhat al-Nosra et leurs sœurs, ne sont pas venues du vide, mais de ceux qui les ont adoptées, financées, entraînées, facilitant leur transport dans les aéroports et aux frontières, leur offrant tous les visas nécessaires, les aidant à écouler le pétrole et les antiquités volés par l’intermédiaire de médiateurs turcs. Ceux-là ne peuvent être qualifiés d’« opposition syrienne armée non étatique ». Ceux-là relèvent du « terrorisme international » !

Par conséquent, il faut mettre fin à ce type d’expressions inexactes, tout autant qu’aux pratiques de certains gouvernements qui continuent à financer, armer et entraîner ces terroristes.

On ne peut parler de mettre fin aux souffrances des Syriens, et donc à la crise humanitaire en Syrie, en gardant le silence sur les agissements de la Turquie et de la Jordanie qui continuent à faire de leurs territoires des lieux de résidence et de passage pour mercenaires terroristes étrangers.

On ne peut parler de mettre fin aux souffrances des Syriens en affichant sa préférence pour des régimes tels ceux de l’Arabie Saoudite, du Qatar et d’autres, qui soutiennent ouvertement et très généreusement ces mêmes terroristes, au lieu de renforcer les fonds du « Plan de réponse humanitaire ». Un plan qui n’a été financé qu’à hauteur de 35 % en dépit de tous les congrès spectaculaires tenus ici ou là dans ce but, tandis que les États-Unis déclarent avoir dépensé un demi-milliard de dollars sur le « Programme d’entrainement de l’opposition syrienne modérée », dont seuls cinq éléments seraient restés à leur disposition, les autres étant passés dans le camp des terroristes d’Al-Nosra, qui a confisqué les armes et équipements qu’ils leur avaient gracieusement fournis. Un demi-milliard de dollars qui aurait suffi à combler une large part du déficit de financement de l’assistance humanitaire prévue.

  • Le deuxième pas consisterait à soutenir la guerre contre le terrorisme qui aidera à résoudre la crise humanitaire en Syrie tout en contribuant à accélérer la solution politique, laquelle devra reposer sur le dialogue entre Syriens et sous direction syrienne, sans aucune ingérence étrangère de telle sorte que soient garanties la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie ; ceci, selon le contenu de la déclaration de Genève, de toutes les résolutions du Conseil de sécurité relatives à la Syrie, et avant tout selon les dispositions de la Charte des Nations Unies et des principes du droit international.

Monsieur le Président,

À ce sujet, j’aimerais rappeler que le gouvernement syrien a annoncé, par la voix de son ministre des Affaires étrangères au sein même de l’Assemblée générale des Nations Unies, son consentement à participer aux « Groupes de travail » proposés par l’émissaire de l’ONU en Syrie, M. Staffan de Mistura, et ceci parce que nous croyons en la nécessité d’une solution politique.

Le problème réside dans l’acharnement de certaines parties à faire échouer le processus politique et à parier sur l’étranger, exactement comme ce fut le cas avec l’initiative de M. de Mistura consistant à « geler » les zones de combats à Alep, et avant cela lors des pourparlers de la Conférence de Genève 2, et encore avant avec le plan de Kofi Annan. Ce qui ne les empêche pas de prétendre injustement que le gouvernement syrien rejette la solution politique, alors que vous devez vous rappeler qu’ils ont refusé ces initiatives.

Et voilà que le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies, lequel est le vingtième de la série rendant compte tous les trente jours de l’application des résolutions 2139 / 2165 / 2191 par toutes les parties du conflit en Syrie, est une fois de plus partial et politisé avec nombre de lacunes et d’inexactitudes.

En réponse, nous avons adressé hier une lettre à la Présidence du Conseil de sécurité et aussi au Secrétaire général, mais je me contenterai de souligner ici que ce rapport a omis de rendre compte des bombardements aériens par ladite « Coalition » [Coalition internationale d’une soixantaine de pays menée par les USA pour combattre l’EI ou Daech ; NdT] de civils innocents et de diverses infrastructures en Syrie : routes, ponts, raffineries de pétrole, écoles, hôpitaux…

Ces attaques n’ont même pas épargné l’unique centrale électrique qui nourrit la ville d’Alep, ni un centre pour enfants nécessitant des soins spéciaux dans la ville de Raqqa, centre détruit et des dizaines de ses enfants pensionnaires tués ! Tout ceci, sous le prétexte de s’attaquer à Daech, alors qu’après plus d’une année de leur guerre contre cette organisation, nous n’avons assisté qu’à l’augmentation du nombre de ces terroristes expédiés de l’étranger et à l’expansion de leurs zones d’occupation.

Devant un tel rapport du Secrétaire général, la question qui s’impose est pourquoi le Secrétaire général a-t-il eu recours à des sources anonymes qui ne cherchent manifestement qu’à pêcher en eaux troubles et à perturber l’effort conjoint de la Russie et de la Syrie qui se battent contre le terrorisme de Daech, Jabhat al-Nosra et d’autres organisations terroristes ; la Russie étant intervenue à la demande du gouvernement syrien et en conformité avec les dispositions de la Charte des Nations Unies et du droit international, ce qui a mené au recul des groupes terroristes de plus d’une région qu’ils contrôlaient jusqu’ici ?

Monsieur le Président,

Pour conclure, je rappellerai que l’expression « Groupes armés non étatiques » pour désigner des terroristes est, à elle seule, un scandale, car la carte du terrorisme en Syrie la contredit tout autant que les rapports de vos sous-comités de lutte contre le terrorisme.

Je ne donnerai que quelques exemples :

  • À Alep, ceux qui sont décrits comme « Groupes d’opposition armés non étatiques » correspondent en réalité au groupe Jaïch al-Fateh [Armée de la Conquête], créé par les Services secrets turcs, et qui comprend des factions de Jabhat al-Nosra et de Ahrar al-Cham, depuis que ces derniers ont déclaré leur allégeance aux premiers. En d’autres termes et puisque 1+1=2, Jaïch al-Fateh n’est autre que Jabhat al-Nosra, laquelle figure sur la « Liste des organisations terroristes des Nations Unies ».
  • Dans le Rif-Damas, c’est surtout Jaïch al-Islam [Armée de l’Islam] qui sévit. Il est financé par les Services secrets saoudiens et comprend des Tchétchènes et d’autres mercenaires étrangers originaires du Caucase ou d’autres pays. Il a déclaré son allégeance à Daech. Par conséquent, nous avons affaire, ici aussi, à une entité terroriste.
  • Sur le front sud, Liwaa al-Yarmouk [Brigade d’al-Yarmouk] est dirigée par la cellule d’opération MOK située à Amman en Jordanie. Elle compte 8000 salafistes jordaniens dans ses rangs et des milliers d’autres terroristes [4][5]. Ceci sans oublier les terroristes de Jabhat al-Nosra occupant une bonne partie de la ligne de démarcation côté syrien du Golan occupé, dont les blessés sont ouvertement remis sur pieds dans les hôpitaux israéliens bien qu’il soit notoirement connu que ce sont eux qui ont attaqué les Forces de l’UNFOD et enlevé tout un groupe de ses soldats philippins et fidjiens.

Tous ceux-là seraient donc résumés par l’expression sans cesse répétée « Groupes armés non étatiques » tout au long du rapport du Secrétaire général des Nations Unis ? Tous ceux-là n’auraient donc rien à voir avec des mercenaires terroristes étrangers ?

Merci, Monsieur le Président

Dr Bachar al-Jaafari

Représentant permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

Source : Vidéo Al-Ikhbariya [Syrie]

https://www.youtube.com/watch?v=H75gQQqUt6w

 Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Rapport du Secrétaire général sur l’application des résolutions 2139 (2014), 2165 (2014) et 2191 (2014) du Conseil de sécurité

http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=S/2015/813

[2] Tony Blair : En Irak, les renseignements étaient faux

https://www.youtube.com/watch?v=7nsuwLTPTs0

[3] Action de l’ONU contre le terrorisme

http://www.un.org/fr/terrorism/securitycouncil.shtml

[4] La très pro-israélienne Brigade des martyrs de Yarmouk fait allégeance à l’Etat Islamique et endoctrine les enfants

http://www.medias-presse.info/la-tres-pro-israelienne-brigade-des-martyrs-de-yarmouk-fait-allegeance-a-letat-islamique-et-endoctrine-les-enfants/36027

[5]Talking to the Yarmouk Martyrs Brigade

http://www.syriadeeply.org/articles/2015/10/8476/talking-yarmouk-martyrs-brigade/

 

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Troisième semaine de l’intervention russe en Syrie : le retour de la diplomatie

29 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'ONU, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #ISIL, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Terrorisme

Troisième semaine de l’intervention russe en Syrie : le retour de la diplomatie

Troisième semaine de l’intervention russe en Syrie : le retour de la diplomatie

La fin du droit international et de la diplomatie

La fin de la Guerre froide avait été accueillie comme une nouvelle ère de paix et de sécurité, dans laquelle les épées seraient transformées en charrues, les anciens ennemis en amis, et où le monde assisterait à une nouvelle aurore d’amour universel, de paix et de bonheur. Bien sûr, rien de tout cela n’est arrivé. Ce qui est arrivé est que l’Empire anglosioniste s’est convaincu lui-même qu’il avait gagné la Guerre froide et que dorénavant, il devait gérer le monde. Sur la planète toute entière, pas moins. Et pourquoi pas ? Il avait construit partout entre 700 et 1 000 bases militaires (cela dépend de votre définition de la base) dans le monde entier et avait divisé l’ensemble du globe en différentes zones sous sa responsabilité exclusive appelées centres de commandement. La dernière fois qu’un pouvoir avait poussé la mégalomanie assez loin pour distribuer diverses parties de la planète à différents commandements, il s’agissait de la Papauté en 1494, avec son fameux – et infâme – Traité de Tordesillas.

Pour rendre ce point totalement clair, l’Empire a décidé de faire un exemple et a déchaîné sa puissance contre la minuscule Yougoslavie. La Yougoslavie, membre fondateur du Mouvement des non-alignés, a été vicieusement attaquée et disloquée, provoquant une immense vague de réfugiés, des Serbes pour la plupart, que le monde démocratique et civilisé a choisi d’ignorer. En outre, l’Empire a déclenché encore une autre guerre, cette fois en Russie, que le régime Eltsine semi-comateux a menée contre ce qui deviendrait plus tard un élément essentiel d’al-Qaïda, ISIS et Daesh : les wahhabites en Tchétchénie. De nouveau, plusieurs centaines de milliers de réfugiés invisibles ont résulté de cette guerre, mais ils ont aussi été largement ignorés par le monde démocratique et civilisé, en particulier les Russes ethniques. Il a fallu une décennie à la Russie pour écraser enfin cette insurrection wahhabite-takfirie, mais finalement, la Russie l’a emporté. A ce moment, les Anglo-sionistes tournaient leur attention ailleurs : les États profonds des États-Unis et d’Israël ont projeté et exécuté conjointement l’opération sous fausse bannière du 11/9, qui leur a donné l’excuse parfaite pour déclarer une guerre mondiale contre le terrorisme, et a fondamentalement donné aux Anglo-sionistes un permis de tuer mondial à la James Bond 007, sauf que dans ce cas, la cible n’était pas une personne, mais des pays entiers.

Nous savons tous ce qui a suivi : l’Irak, l’Afghanistan, les Philippines, la Somalie, l’Éthiopie, le Soudan, le Yémen, le Mali, le Pakistan, la Syrie, la Libye, l’Ukraine – les États-Unis étaient en guerre partout, officiellement ou secrètement. Le spectre allait de la (tentative) d’invasion totale d’un pays (l’Afghanistan) au soutien à divers groupes terroristes (l’Iran, la Syrie) et au financement intégral et à l’organisation d’un régime nazi (l’Ukraine). Les États-Unis ont aussi donné leur plein appui aux wahhabites dans leur longue croisade contre les chiites (Royaume d’Arabie Saoudite, Bahreïn, Yémen, Syrie, Iran). Ce que toutes ces guerres avaient en commun est qu’elles étaient complètement illégales – les États-Unis et n’importe quelle coalition des volontés ad hoc devenant un substitut acceptable pour remplacer le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Ici encore, il est important de rappeler à tout le monde – et notamment à ces musulmans qui se réjouissaient du bombardement des Serbes – que tout cela a commencé avec la destruction totalement illégale de la Yougoslavie, suivie par un bombardement encore plus illégal de la Serbie.

Bien sûr, l’Empire a aussi souffert quelques défaites humiliantes : en 2006, le Hezbollah a infligé à Israël ce qui pourrait bien être l’une des défaites militaires les plus humiliantes dans l’Histoire moderne, tandis qu’en 2008, une toute petite armée d’héroïques combattants ossètes, soutenue par un contingent militaire russe relativement modeste (seule une toute petite partie de l’armée russe était impliquée), n’a fait qu’une bouchée de l’armée géorgienne entraînée et financée par les États-Unis : la guerre était finie en quatre jours. Pourtant, dans l’ensemble, la première décennie du XXIe siècle a vu le triomphe de la loi de la jungle sur le droit international et une justification totale du vieux principe selon lequel force fait loi.

En toute logique, c’étaient aussi les années où la diplomatie états-unienne a fondamentalement cessé d’exister. La seule fonction restante des diplomates états-uniens était de poser des ultimatums, «Conformez-vous, sinon…» et l’Empire cessait simplement de négocier à propos de quoi que ce soit. Des diplomates chevronnés et sophistiqués comme James Baker étaient remplacés soit par des psychopathes comme Madelaine Albright, Hillary Clinton et Samantha Power, soit par des médiocres sans personnalité comme John Kerry et Susan Rice. Après tout, quel degré de sophistication doit avoir quelqu’un pour menacer, intimider ou imposer des ultimatums ? Les choses allaient si mal que les Russes se sont plaints du manque de professionnalisme de leurs partenaires diplomatiques états-uniens.

Quant aux pauvres Russes, avec leur insistance pathétique pour que les règles du droit international soient respectées, ils semblaient incurablement ringards. Je ne parlerai même pas des politiciens européens ici. Ils ont été caractérisés à merveille par le maire de Londres, Boris Johnson, qui les a surnommés «une indolente couche de gelée d’invertébrés protoplasmique».

Mais ensuite, quelque chose a changé. Radicalement.

L’échec de la force

Subitement, tout est allé de mal en pis. Chaque victoire des États-Unis se transformait en quelque sorte en défaite : de l’Afghanistan à la Libye, chaque succès des Etats-Unis se métamorphosait d’une manière ou d’une autre en une situation où la meilleure option, sinon la seule, était de proclamer la victoire et partir. Ce qui soulève la question évidente : que s’est-il passé?

La première conclusion qui s’impose est que les forces états-uniennes et leurs soi-disant alliés ont très peu d’endurance. Alors qu’elles sont raisonnablement compétentes pour envahir un pays [sans véritable résistance, NdT], elles perdent ensuite rapidement le contrôle sur la plus grande partie de celui-ci. C’est une chose d’envahir un pays, mais c’en une tout autre de l’administrer, sans même parler de le reconstruire. Il s’avère que les coalitions des volontés dirigées par les États-Unis ont été incapables de faire quoi que ce soit.

Deuxièmement, il est devenu évident que l’ennemi qui était prétendument vaincu n’avait fait qu’entrer dans la clandestinité et attendait des temps meilleurs pour revenir se venger. L’Irak en est le parfait exemple : loin d’être vraiment vaincue, l’Armée irakienne a (judicieusement) choisi de se dissoudre et de revenir sous la forme d’une énorme insurrection sunnite qui s’est elle-même progressivement transformée en État islamique. Mais l’Irak n’était pas un cas isolé. La même chose s’est produite à peu près partout.

Certains objecteront que les États-Unis ne se soucient pas de contrôler un pays ou de le détruire tant que les autres en face n’arrivent pas à gagner. Je ne suis pas d’accord. Oui, les États-Unis préféreront toujours la destruction d’un pays à une victoire pure et simple de l’autre camp, mais cela ne signifie pas que les États-Unis ne préfèrent pas contrôler un pays, si c’est possible. Autrement dit, lorsqu’un pays sombre dans le chaos et la violence, ce n’est pas une victoire des États-Unis, mais plus certainement une perte pour eux.

Ce que les Etats-Unis n’ont pas compris, c’est que la diplomatie rend l’usage de la force plus efficace. Premièrement, une diplomatie prudente permet de construire une large coalition de pays désireux de soutenir une action collective. Ensuite, la diplomatie rend aussi possible de réduire le nombre de pays qui s’opposent ouvertement à l’action collective. Quelqu’un se rappelle-t-il que la Syrie a effectivement envoyé des soldats pour soutenir les troupes états-uniennes contre Saddam Hussein dans l’opération Tempête du désert ? C’est sûr, ils n’ont pas fait une grande différence, mais leur présence donnait aux États-Unis la tranquillité d’esprit nécessaire sur le fait que la Syrie ne s’opposerait pas, du moins ouvertement, à leur politique. En obtenant des Syriens qu’ils soutiennent Tempête du désert, James Backer a rendu très difficile aux Irakiens de prétendre que c’était une coalition anti-arabe, anti-musulmane ou même anti-baathiste et il a fait apparaître Saddam Hussein comme totalement isolé (même lorsque les Irakiens ont commencé à tirer des missiles sur Israël). Deuxièmement, la diplomatie rend possible de réduire la masse globale de soldats utilisés parce que la surenchère immédiate n’est pas nécessaire pour montrer à l’ennemi que vous êtes sérieux. Troisièmement, la diplomatie est l’instrument nécessaire pour gagner la légitimité et la légitimité est essentielle lors qu’on est engagé dans un conflit prolongé. Enfin, le consensus qui émerge d’un effort diplomatique couronné de succès empêche l’érosion rapide du soutien de l’opinion publique à un engagement militaire. Mais tous ces facteurs ont été ignorés par les USA dans la GMCT (Guerre mondiale contre le terrorisme) et les révolutions du Printemps arabe qui ont maintenant tourné court.

Un triomphe diplomatique pour la Russie

Cette semaine a vu un véritable triomphe diplomatique pour la Russie, culminant dans les négociations multilatérales de vendredi à Vienne, qui réunissaient les ministres des Affaires étrangères de Russie, des États-Unis, de la Turquie et de l’Arabie Saoudite. Le fait que cette rencontre se soit déroulée après la visite de Assad à Moscou indique clairement que les mécènes de Daesh et al-Qaïda sont maintenant contraints de négocier selon les termes de Moscou. Comment est-ce arrivé?

Ainsi que je l’ai répété comme un mantra depuis le commencement de l’opération russe en Syrie, les forces militaires russes effectivement envoyées en Syrie sont très modestes. Oui, elles sont très efficaces, mais elle restent très petites. En fait, les membres de la Douma russe ont annoncé que les coûts de toute l’opération entreront probablement dans le budget normal de la Défense qui a des fonds destinés à la formation. Toutefois, ce que les Russes ont réalisé avec cette petite intervention est plutôt surprenant, non seulement en termes militaires, mais surtout en termes politiques.

Non seulement l’Empire a dû accepter (très à contrecœur) que Assad reste au pouvoir dans un avenir prévisible, mais la Russie construit graduellement mais inexorablement une véritable coalition régionale qui est prête à combattre Daesh du même côté que les forces du gouvernement syrien. Même avant que ne débute l’opération de la Russie, celle-ci avait le soutien de la Syrie, de l’Iran, de l’Irak et du Hezbollah. Il y a aussi des signes évidents que les Kurdes sont fondamentalement d’accord pour travailler avec la Russie et Assad. Vendredi, il a été annoncé que la Jordanie coordonnerait aussi certaines actions militaires pas encore spécifiées avec la Russie et qu’un centre de coordination spécial serait établi à Amman. Il y a aussi des rumeurs très insistantes selon lesquelles l’Égypte rejoindra également la coalition dirigée par la Russie. Il y a aussi des signes que la Russie et Israël, s’ils ne travaillent pas ensemble, du moins ne travaillent pas l’un contre l’autre : les Russes et les Israéliens ont installé une ligne spéciale pour se parler directement au niveau militaire. Le résultat est celui-ci : indépendamment de la sincérité des différentes parties, chacun dans la région ressent maintenant une forte pression pour au moins ne pas paraître opposé à l’effort russe. Cela, en soi, est un immense triomphe pour la diplomatie russe.

L’arme secrète de Poutine : la vérité

La situation actuelle est bien sûr totalement inacceptable pour la puissance hégémonique mondiale : non seulement la coalition de 62 pays dirigée par les Etats-Unis a réussi à lancer 22 000 frappes (si ma mémoire est bonne) sans aucune preuve à montrer, mais la coalition russe, comparativement plus petite, est parvenue à faire dérailler complètement l’Empire et à réduire tous ses plans à néant. Et l’arme la plus extraordinaire de Poutine dans sa guerre par procuration avec les États-Unis n’était même pas militaire, mais consistait simplement à dire la vérité.

A la fois dans son discours aux Nations Unies et, cette semaine, son intervention à la Conférence du club Valdaï, Poutine a fait ce qu’aucun autre dirigeant mondial n’avait jamais osé faire auparavant : il a ouvertement traité le régime états-unien d’incompétent, d’irresponsable, de menteur, d’hypocrite et d’une arrogance sans borne. Cette sorte d’irrespect sacrilège public a eu un impact énorme dans le monde entier, parce qu’au moment où Poutine prononçait ces mots, tout le monde ou presque savait que c’était parfaitement vrai.

Les États-Unis traitent tous leurs alliés comme des vassaux (voir le discours de Valdaï) et ils sont le principal coupable de toutes les terribles crises auxquelles le monde doit faire face (voir le discours des Nations Unies). Ce que Poutine a fait est de dire, au fond, l’Empereur est nu. En comparaison, le discours boiteux d’Obama était comiquement pathétique. Ce dont nous sommes témoins aujourd’hui est un retournement spectaculaire. Après des décennies passées sous le principe voulant que force fait loi prôné par les États-Unis, nous nous retrouvons subitement dans une situation où aucune action militaire n’est d’aucune utilité pour un président Obama assiégé : à quoi peuvent servir 12 porte-avions lorsque vous ressemblez personnellement à un clown ?

Après 1991, il semblait que l’unique superpuissance était si puissante et impossible à arrêter qu’elle n’avait pas besoin de s’embêter avec des choses aussi dérisoires que la diplomatie ou le respect du droit international. Oncle Sam se sentait comme s’il était le dirigeant unique, la puissance hégémonique planétaire. La Chine n’était qu’un grand Wal-Mart, la Russie une station-service et l’Europe un caniche obéissant (cette dernière appréciation est hélas tout à fait vraie). Le mythe de l’invincibilité des États-Unis n’était précisément que cela, un mythe : depuis la Seconde Guerre Mondiale, les USA n’ont pas remporté une seule vraie guerre (Grenade et Panama ne comptent pas). En fait, l’armée américaine a fait encore pire en Afghanistan que la 40e Armée soviétique, sous-entraînée, sous-équipée, sous-alimentée et sous-financée qui, au moins, a maintenu toutes les grandes villes et les routes principales sous contrôle soviétique et qui a réalisé quelques développements significatifs dans l’infrastructure civile du pays (que les États-Unis utilisent encore en 2015). Le mythe de l’invincibilité des États-Unis ne s’est toutefois écrasé réellement que lorsque la Russie y a mis un terme en 2013 en empêchant un assaut états-unien sur la Syrie par une combinaison de moyens diplomatiques et militaires. Oncle Sam était livide, mais ne pouvait rien faire hormis fomenter un coup d’État à Kiev et lancer une guerre économique contre la Russie, dont aucun des deux n’a réussi à atteindre son but.

Quant à Poutine, au lieu d’être découragé par tous les efforts américains, il a invité Assad à Moscou.

La visite de Assad à Moscou, un nouveau signe de l’impuissance des États-Unis

La visite de Assad, cette semaine, est tout à fait extraordinaire. Non seulement les Russes ont réussi à faire sortir Assad de Syrie pour se rendre à Moscou et retour sans que la communauté pléthorique des services de renseignement américains ne remarque rien, mais contrairement à la plupart des chefs d’État, Assad a parlé en face à face à certains des hommes les plus puissants de Russie.

Tout d’abord, Assad a rencontré Poutine, Lavrov et Shoigu. Ils ont parlé en tout trois heures (ce qui, en soi, est tout à fait remarquable). Ils ont été ensuite rejoints par Medvedev pour un dîner privé. Devinez qui les a rejoints ? Mikhail Fradkov, le chef du Service de renseignement extérieur russe, et Nikolai Patrouchev, le président du Conseil de sécurité russe.

Normalement, les chefs d’État ne rencontrent pas personnellement des hommes comme Fradkov ou Patrouchev et envoient à la place leurs propres experts. Dans ce cas, cependant, le sujet débattu était suffisamment important pour 1) faire venir Assad personnellement au Kremlin et 2) rassembler tous les meilleurs joueurs du Kremlin autour de la même table pour une discussion personnelle avec Assad.

A l’évidence, aucun mot n’est sorti de cette rencontre, mais deux théories principales circulent à propos de ce qui a été discuté.

La première soutient qu’on a dit à Assad en termes non équivoques que ses jours étaient comptés et qu’il devrait partir.

La seconde dit l’exact contraire : qu’on a fait venir Assad pour lui signaler, ainsi qu’aux États-Unis, qu’il avait le plein soutien de la Russie.

Je ne crois pas que ni l’une ni l’autre soit correcte, mais la seconde théorie est à mon avis probablement plus près de la vérité. Après tout, si le but était de dire à Assad qu’il doit partir, un simple coup de téléphone aurait suffi, vraiment. Peut-être une visite de Lavrov. Quant à soutenir Assad, cela entrerait directement en contradiction avec ce que les Russes ont toujours dit : ils ne soutiennent pas Assad en tant que personne, bien qu’ils le reconnaissent comme le seul président légitime de la Syrie, mais ils soutiennent le droit du peuple syrien d’être le seul à décider qui doit être au pouvoir en Syrie. Et cela, d’ailleurs, est quelque chose que Assad lui-même a aussi accepté (selon Poutine). De même, Assad a également accepté de travailler avec des forces d’opposition, qui ne sont pas Daesh, désireuses de combattre contre l’État islamique aux côtés de l’armée syrienne (là encore selon Poutine).

Non, tandis que je crois que la rencontre entre Assad et Poutine était, au moins en partie, un message aux États-Unis et aux autres soi-disant amis de la Syrie leur indiquant que leur plan Assad doit partir avait échoué, je crois aussi que le but principal de la réunion derrière des portes closes avec tous les dirigeants importants de Russie était quelque chose d’autre : je fais le pari que ce qui a été discuté était une alliance importante et à long terme entre la Russie et la Syrie qui ferait formellement revivre le type d’alliance que la Syrie avait avec l’Union Soviétique par le passé. Alors que je ne peux que spéculer sur les termes exacts d’une telle alliance, je parie que ce plan, probablement coordonné avec l’Iran, a deux aspects principaux :

  1. une composante militaire : Daesh/État islamique doit être écrasé,
  2. une composante politique : la Syrie ne sera pas autorisée à tomber sous le contrôle américain.

Considérant que l’opération militaire russe est supposée par la plupart des experts russes être achevée en trois mois environ, nous avons affaire à un plan distinct, à moyen et long terme, qui exigera que l’armée syrienne soit reconstruite tandis que la Russie, l’Iran et l’Irak coordonnent en commun la lutte contre Daesh. Et, en effet, il a été annoncé vendredi que l’Irak avait autorisé l’armée russe à frapper Daesh sur le territoire irakien. Il semble évident que l’opération russe a agi comme un catalyseur pour une région paralysée par l’hypocrisie et l’incompétence des États-Unis et que les jours de Daesh sont comptés.

Trop tôt pour se réjouir, mais quand même un moment décisif

Pourtant, il est beaucoup trop tôt pour se réjouir. Les Russes ne peuvent pas tout faire eux-mêmes, et il incombera aux Syriens et à leurs alliés de combattre Daesh, dans chaque petite ville l’une après l’autre. Seules des bottes sur le terrain libéreront vraiment la Syrie de Daesh et seul le vrai islam sera en mesure de vaincre l’idéologie takfiri. Cela prendra du temps.

En outre, il serait irresponsable de sous-estimer la détermination et la capacité de l’Empire à empêcher la Russie de paraître le vainqueur – c’est quelque chose que l’ego impérial états-unien, cultivé pendant des siècles d’hubris et d’ignorance impériale, ne sera jamais capable de tolérer. Après tout, comment la nation indispensable peut-elle accepter que le monde n’ait absolument pas besoin d’elle et que d’autres puissent même s’opposer ouvertement à elle et l’emporter ? Nous pouvons nous attendre à ce que les États-Unis fassent tout ce qui est en leur pouvoir (encore immense) pour tenter de contrecarrer et de saboter toute initiative russe ou syrienne.

Pourtant, les récents événements sont le signe que l’ère de la force fait loi a pris fin et que la notion voulant que les États-Unis soient une nation indispensable ou la puissance hégémonique mondiale a perdu toute crédibilité. Après des décennies dans l’obscurité, la diplomatie internationale et le droit international redeviennent enfin pertinents. J’ai l’espoir que ce soit le début d’un processus qui verra les États-Unis suivre la même évolution que tant d’autres pays (y compris la Russie) ont subie dans le passé : après avoir été un empire, redevenir un pays normal. Hélas, quand je regarde la course à la présidence 2016, j’ai le sentiment que ce sera encore un très long processus.

The Saker

Article original publié par The Unz Review:

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francopohone

Photo: Assad, Patrouchev, Fradkov, Lavrov, Medvedev, Poutine, Shoigu

source: http://lesakerfrancophone.net/troisieme-semaine-de-lintervention-russe-en-syrie-le-retour-de-la-diplomatie/

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Mais à quoi jouent les États-Unis ?

19 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Russie, #L'OTAN., #Politique étrangère, #Daesch, #Terrorisme

Mais à quoi jouent les États-Unis ?
Mais à quoi jouent les États-Unis ?
 
Elle est belle, cette Amérique et ses vassaux français et britanniques qui veulent répéter leurs dramatiques erreurs d’Afghanistan, d'Irak et de Libye. Nous aurions préféré garder en mémoire l'Amérique du D-Day…

On vient d’apprendre que les fameux pick-up japonais équipés de canons et utilisés par l’État islamique comme leur principale force de frappe avaient été achetés par les États-Unis pour être livrés à l’opposition syrienne, laquelle s’est empressée d’en faire bénéficier Daech. Selon les médias turcs, 5.000 voitures neuves seraient arrivées dans le califat via la Turquie, et je ne mentionne même pas les 2.300 véhicules blindés Humvee que les barbares ont saisi chez l’armée irakienne lors de la prise de Mossoul.

Mais ce n’est pas tout ! Plus récemment encore, Mgr Hindo, archevêque syro-catholique de Hassaké-Nisibi, une ville au nord-est de la Syrie, a affirmé que les Américains concentraient leur action non pas sur Daech mais bien sur l’armée syrienne régulière

 (agence de presse américaine CNS, citée par Valeurs actuelles et La Croix). Cet archevêque a, par contre, témoigné de l’efficacité des frappes russes qui, dans son secteur, « ont fait fuir les terroristes dans l’empressement, avec 20 véhicules, en abandonnant 20 autres ». Il a souligné que la stratégie américaine était « inefficace et ambiguë », ajoutant « qu’elle [était] faite pour la galerie ». 

Mgr Hindo accuse aussi l’aviation américaine d’avoir permis l’enlèvement de centaines de chrétiens dans la nuit du 23 au 24 février dans la vallée du Khabour. « Les avions ont survolé la zone pendant longtemps sans intervenir, laissant le champ libre aux militants. » Cette vallée, forte de 35 villages chrétiens construits par la France en 1920, comptait 35.000 habitants. Ils ne sont plus que 3.000 !

Et de déplorer que les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ne parlent que d’attaquer Daech, sans vraiment le faire, mais pas le Front Al-Nosra et les autres milices liées à Al-Qaïda, à qui ils continuent de livrer des armes.

Le Front Al-Nosra qui vient d’offrir 3 millions d’euros à celui qui leur apportera la tête ensanglantée de Bachar el-Assad, que « la coalition des pervers » veut à tout prix tuer ou exiler pour le remplacer par un homme qui leur ouvrira les champs de pétrole et de gaz, et permettra à l’Arabie saoudite d’exporter son or noir via les pipelines aujourd’hui fermés. Le sort des chrétiens, des chiites et, en général, de ce peuple qui n’en peut plus de mourir sur un territoire dévasté n’est pas leur première préoccupation, n’est-ce pa, Laurent Fabius ?

Elle est belle, cette Amérique et ses vassaux français et britanniques qui veulent répéter leurs dramatiques erreurs d’Afghanistan, d’Irak et de Libye. Nous aurions préféré garder en mémoire l’Amérique du D-Day…

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Du Qatar en France aux Kurdes bombardés : non, l’hypocrisie ne paie pas ! Par Françoise Compoint.

19 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #L'OTAN., #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #AMERIQUE, #La Russie, #Europe supranationale

Du Qatar en France aux Kurdes bombardés : non, l’hypocrisie ne paie pas ! Par Françoise Compoint.

Du Qatar en France aux Kurdes bombardés : non, l’hypocrisie ne paie pas !

Le 18 octobre 2015.

Depuis l’introduction de la loi constitutionnelle numéro 2007-238 du 23 février 2007, la notion de haute trahison n’existe plus. C’est ainsi que l’on est arrivé à rayer d’un trait de plume un des piliers juridiques et éthiques de la Constitution de 1958 qui est ni plus ni moins que le texte fondateur de la Vème République. Tout en continuant à vivre au rythme de cette République gaulliste, la France n’adhère plus aux normes éthiques qui la caractérisaient et qui permettaient, jusqu’à nouvel « ordre », de juger un Président dont les actes relèveraient de la trahison. Pour autant, est-ce qu’un chef d’Etat ne peut plus être démis aujourd’hui de ses fonctions ? Non, il le pourrait éventuellement, mais en cas d’incompétence manifeste. Allez savoir comment et par qui est-ce que ce degré de manifestation est défini. Ce qui est patent, c’est que le peuple ne participe pas à cette définition. Si demain François Hollande passe au-dessous de la barre des 5% d’opinion favorable, l’Elysée n’en changerait pas pour autant de maître.

Quand la presse alternative française, nationale ou nationiste, condamne la politique UMP-iste puis PS-iste du « Tout-Qatar », on l’accuse de conspirationnisme aggravé car islamophobe. Comme si le Qatar, cette immense base militaire américaine à l’idéologie a priori mouvante mais au fond wahhabite, était représentatif du monde musulman dans son ensemble. Le Qatar veut projeter une image détournée de sa véritable nature en proposant un trompe-l’oeil associé à ce que certains hauts dignitaires occidentaux qualifient d’islam des Lumières alors donc que lesdites Lumières sont le fait des modèles baasistes que la Syrie, malencontrueusement contrariée par la Russie dans son processus de démocratisation genre pax americana, incarne par excellence. Un poète qatari critique de l’Emir est condamné à perpétuité : qu’importe, c’est l’affaire du Qatar … enfin, tant qu’il n’est pas décapité puis crucifié comme risquerait de l’être le pauvre opposant saoudien Ali al-Nimr ! Assad se fait réélire ? Le projet du gazoduc qatari passant par Homs et Lattaquié ne le rend pas enthousiaste ? Assad est à virer, idéal démocratique oblige !

Le problème, c’est que l’hypocrisie des alliés conjoncturels de la France est celui de ses dirigeants. On comprend mieux pourquoi al-Nosra, créature qatarie avérée, faisait du bon boulot selon M. Fabius. Qui ne connaît pas les liens intimes de Doha avec les socialistes? Le ministre des Affaires étrangères français y a bien entendu sa place d’honneur. On comprend mieux le sens profond de cette pièce cornélienne jouée par la Coalition anti-EI sachant, de un, qu’al-Nosra, selon le juste terme de M. de Villiers, est le cousin germain de l’EI, de deux, que la majeure partie des 22 de cette preuse Coalition est partagée entre l’envie d’en finir avec un Etat embryonnaire dont la volonté de puissance menace la sécurité de l’Europe et l’envie de continuer à l’utiliser contre Assad.

La position du Qatar semble floue. Difficile à cerner surtout par rapport à la Syrie baasiste que Doha soutenait jusqu’à la fin des années 2000 contre le tandem Egypte/Arabie Saoudite avant de se ranger sous la bannière anti-chiite de Riyad. En fait, le point fort du Qatar, c’est de savoir « se placer du bon côté de l’Histoire » comme le constate Nabil Ennasri, auteur de l’« Enigme du Qatar ». Si opportuniste soit-il, le Qatar a une idéologie que la France, à l’image de l’UE, n’a pas. Il n’est pas choquant qu’une monarchie wahhabite crée et finance des chaînes comme Al-Jazeera. Il semble autrement plus étrange que la France ait envisagé le lancement de cette chaîne à la renommée sulfureuse sur son territoire avec des prédicateurs salafistes comme Cheikh Youssouf al Qardawi dont la haine des régimes arabo-musulmans laïcs n’a d’égal que sa haine du Juif. Hollande avait lancé l’opération Serval au Mali. Or, il est bien connu que les djihadistes d’Ansar Dine sont entraînés aux frais de Doha. On pourrait étaler le même type de paradoxes sur plusieurs pages mais je pense que c’est inutile l’essentiel ayant été établi. On se demande maintenant, ces faits à l’appui, comment est-ce que les élites politiques françaises, cela depuis 2005, s’évertuent à vendre la France à une monarchie wahhabite ? Car le terme « vendre » est bien approprié. De PSG livré à un prix dérisoire et des injections considérables dans la Bourse de Paris aux tentatives de s’investir dans le capital d’Aeronautic Defence and Space company ou, pis encore, dans celui du géant nucléaire Areva, le Qatar s’invite non seulement dans le sport ou l’immobilier mais aussi, ces derniers temps, dans des secteurs hautement stratégiques dont dépend directement la sécurité et de la France, et de l’Europe dans son ensemble. Qu’en serait-il si le Qatar mettait la main sur l’immense potentiel nucléaire français ? Rien qu’a y songer, on en ferait des cauchemars.

Au stade où nous en sommes, mâcher ses mots est un crime. Une lâcheté. Stratégiquement parlant, la politique du « Tout-Qatar » porte atteinte à la sécurité de la France que ses élites politiques vendent à une monarchie soutenant Al-Nosra, les Frères musulmans et Ansar Dine (la liste n’est pas exhaustive). En cas de conflit entre l’univers salafiste qui tend à s’élargir et l’UE aux portes grandes ouvertes, qui est-ce que le Qatar va soutenir ? Lorsque Philippe Cohen et Marc Endeweld de Marianne décrivent la manière dont s’exerce le « soft power » qatari en France, on ne puit que leur donner raison ! Investir, acheter, racheter – autant de moyens pour mieux s’infiltrer à un niveau idéologique. Cela, Doha excelle à le faire. C’est bien Al-Jazeera qui avait galvanisé des foules encore crédules à l’époque en faisant miroiter les bienfaits des fameux printemps arabes. La Tunisie avait alors appris à quel point est-ce que le jasmin pouvait être nauséabond. En investissant dans les banlieues françaises, chaudes non point parce que musulmanes mais parce qu’en bien des points salafo-communautaristes, le Qatar s’immisce astucieusement dans les zones grises délictieuses du paysage français. Pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, Mezri Haddad, philosophe et ancien ambassadeur tunisien, se tue à le répéter. Il sait de quoi il parle lui et sans doute bien mieux que nous autres Européens avec nos repères d’Européens.

Il faut donc voir bien au-delà des investissements qataris dans Vinci, Bouygues, Suez et Casino et affronter la réalité. Le Qatar est bien gentil d’aider l’UMP-PS à gérer ses banlieues mais il serait bien plus naturel qu’il aide l’UE à gérer la crise migratoire qui l’inonde en recevant les musulmans persécutés du Moyen-Orient.

Non seulement le Qatar est fort d’une idéologie bien définie mais en plus il sert ses intérêts nationaux qui n’ont pas de frontières l’islamisme étant expansionniste par définition. Au passage, il parvient à combler ses intérêts économiques. Qu’en est-il de la France ? Du réalisme de ses dirigeants ? Leur politique n’est qu’un mélange d’hypocrisie et de surréalisme desservant les intérêts nationaux qu’ils prétendent défendre. La politique islamiste qatarie est quant à elle réaliste et opportunément hypocrite. Je vous laisse apprécier la différence. Lorsque l’OTAN a bombardé, dimanche 11 octobre, les positions kurdes dans la province d’Alep, c’est une mine à retardement qu’il a posé … en Europe. Oui, bien dans les frontières de l’UE les Américains n’ayant pas grand-chose à perdre du fait de leur position géographique, du fait qu’ils se soient remis à jouer la carte kurde à la fois contre Ankara et Assad – c’est à se demander quels pays de l’OTAN ont bombardé les Kurdes d’Alep – et du fait que leur véritable relation à l’EI apparaît de plus en plus trouble. Comme preuve a contrario, on pourrait mentionner le refus de Washington de soutenir la création d’un comité de sauvetage des pilotes abattus par l’EI. Serait-ce parce que le projet appartient au Kremlin ou parce que le Pentagone a la certitude que le sort horrible du pilote jordanien capturé fin décembre 14 ne sera jamais celui d’un pilote US ? Je me garde bien de dire « de tout pilote de la Coalition » puisque le pilote en question qui a été brûlé vif devant les caméras de Daesh faisait partie de la Coalition.

S’il est vrai que les USA mènent une politique étrangère totalement criminelle et parfois idiote, le suivisme de l’UE est quant à lui totalement dénué de logique et suicidaire. Faisant le lit du salafisme tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, elle est vouée à tomber dans un double piège qui annonce l’ « affrontement eschatologique » évoqué par l’écrivain Guillaume de Thieulloy mais avec ce seul et crucial rectificatif qu’il ne s’agirait alors pas d’un affrontement contre l’islam mais contre sa déviation parachevée d’un « isme ». L’hypocrisie ne paie pas et il faudra bien, volens nolens, s’en rendre compte un jour. Peut-être que ce jour-là ou le jour qui suivra une expiation collective dont personne ne voudrait, le crime de haute trahison sera enfin rétabli.

Françoise Compoint

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A quoi jouent les Américains ?

17 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La France, #La Turquie, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

A quoi jouent les Américains ?

A quoi jouent les Américains ?

Washington joue un jeu bien dangereux, soufflant le chaud et le froid. On pensait que les Etats-Unis avaient mangé leur chapeau et cherchaient la sortie depuis l’intervention russe. En quelques jours, Obama avait mis fin au grotesque programme d’entraînement de rebelles modérés visant à combattre l’EI (disaient-ils) après que le Pentagone eut avoué qu’il avait formé… attention… roulements de tambour… 5 combattants (qui ont d’ailleurs immédiatement été attrapés par Al Nosra). La maison Blanche avait également promis de ne pas mener une guerre par proxy interposé contre la Russie en Syrie. Bref, on pensait que les Américains, lassés du fiasco de leur politique syrienne, étaient revenus de leurs vieilles lunes. Apparemment pas…

Un inquiétant article du New York Times nous apprend que les missiles anti-char de fabrication américaine TOW affluent en Syrie, fournis par les Saoudiens avec le consentement US, à destination des terroristes modérés si chers à l’Occident. L’article cite des commandants rebelles : « Nous recevons ce que nous demandons en un laps de temps très court. Nous pouvons en avoir autant que nous voulons ». Un officiel fondamentaliste saoudien l’avait annoncé la semaine dernière et, pour une fois, les amis du gouvernement français ont tenu parole. Notons d’ailleurs la parfaite mauvaise foi du wahhabite : « Les bénéficiaires seront l’Armée de la conquête, l’Armée syrienne libre et le Front Sud, mais pas Al Nosra (= Al Qaeda) ni l’Etat Islamique ». Etant donné que le principal groupe de l’Armée de la conquête est Al Nosra, nous sommes en plein foutage de g….., mais les Saoudiens ont l’habitude.

Cette évolution de l’armement des terroristes modérés explique peut-être que, malgré les intenses bombardements russes, parfois au prix d’acrobaties assez invraisemblables, la grande offensive de l’armée syro-hezbollo-iranienne patine un peu. Certes, des progrès ont été réalisés, du terrain reconquis, mais aucune victoire stratégique n’a encore eu lieu. Ne restent plus aux Russes qu’à intensifier encore leurs bombardements, ce qu’ils ne vont pas se priver de faire étant donné que ça leur permet également d’éliminer des djihadistes tchétchènes qui ne rentreront donc pas au bercail [le chef d’Ahrar al Sham, groupe syrien modéré d’entre tous, était donc un Tchétchène, ce qu’ont l’air de trouver tout à fait normal les chancelleries occidentales…]

Les Américano-saoudiens semblent avoir choisi le chemin de l’escalade du conflit, ce qui est encore confirmé par les propos très agressifs de Carter, le chef du Pentagone, ou le refus de Washington de rencontrer une délégation russe menée par le premier ministre Medvedev afin de coordonner les stratégies des deux Grands en Syrie. Tant que vous bombardez nos petits amis d’Al Qaeda et affidés, on vous cause pas.

Quelle mouche pique donc les Américains ? Quelles que soient les raisons de cette névrose, elle ne manque pas d’inquiéter. D’ailleurs, l’article du New York Times, étonnant d’honnêteté pour cette publication néo-conservatrice, se fait l’écho de ce malaise. Il y est écrit noir sur blanc ce que tout le monde sait – les « rebelles modérés » ne sont pas nombreux et alliés à des groupes djihadistes au premier rang desquels on retrouve Al Qaeda – et, à lire entre les lignes, on y découvre une incompréhension de la voie suivie par l’administration américaine. Un éditorial du même journal va même encore plus loin et propose de s’allier à Moscou pour se partager le travail : les Russes tapent sur Al Qaeda (nouvel aveu que les rebelles modérés n’existent pas) et les Etats-Unis sur l’EI. Décidément, il se passe quelque chose de pas net dans les sphères du pouvoir US si même un journal aussi russophobe que le New York Times en vient à faire ce genre de proposition. La lecture des centaines de commentaires est également intéressante : c’est un déluge de critiques envers la folle politique américaine de soutien aux djihadistes en Syrie, ce qui n’est pas sans rappeler la fronde d’une partie de l’armée US en 2013 quand il était question de bombarder Assad (la fameuse campagne « I will not fight for Al Qaeda in Syria » sur les réseaux sociaux). Question subsidiaire : la mafia médiatique européenne, qui doit tomber des nues et suer à grosses gouttes après avoir lu les aveux du temple du néo-conservatisme US, va-t-elle suivre le mouvement et enfin présenter honnêtement la situation en Syrie ?

Reste à savoir ce que va faire la Russie, et dans une moindre mesure l’Iran, si Ankara, Riyad et Washington persistent à chercher la confrontation en armant les terroristes modérés. Une conflagration mondiale entre Russes et Américains est bien sûr exclue, mais Poutine a plusieurs cartes en main pour refroidir Turcs et Saoudiens.

A Ankara, le sultan craint plus que tout un soutien russe aux Kurdes. Voilà qui est justement susceptible d’amener Erdogan à la raison : si tu continues à fournir Al Qaeda et consorts, je ferai de même avec tes meilleurs ennemis du PKK et des YPG. Avec le doublement du Nord Stream, Moscou n’a presque plus besoin du Turk Stream (c’est même peut-être en prévision de l’intervention en Syrie que Poutine a changé son fusil d’épaule et privilégié la route nord).

Quant aux Saoudiens, il existe une possibilité formidable à tous les sens du terme, bien que très hypothétique pour l’instant. C’est une idée qui avait traversé l’esprit de votre serviteur il y a quelques semaines mais qu’il avait chassée tellement elle lui paraissait énorme… jusqu’à ce qu’elle réapparaisse dans la conclusion d’un article passionnant du site spécialisé Oil Price. L’article lui-même s’attache aux causes énergétiques du conflit syrien, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises ici. Les pays du Golfe (dont le Qatar et son projet de méga-gazoduc) voulaient faire transiter leurs fabuleuses ressources en hydrocarbures vers l’Europe, le tout sous contrôle américain, ce qui aurait eu pour effet de marginaliser considérablement la Russie. Passer par l’Irak saddamique puis chiite étant impossible, la seule voie pour les pipelines du Golfe était la Syrie, pays à majorité sunnite qui ne ferait aucune difficulté une fois Bachar renversé.

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Assad ne l’entendait pas de cette oreille, qui mettait une contre-proposition sur la table : un tube « chiite » Iran-Iraq-Syrie. De quoi donner une crise d’urticaire aux cheikhs du Golfe et à leur allié américain. Quatre ans après, Riyad, Doha et Washington n’ont pas abandonné l’idée bien que le projet paraisse maintenant bien compromis (même si Assad perdait finalement, l’EI est devenu totalement incontrôlable).

Mais revenons à notre idée, géniale, diabolique, colossale en réalité. Nous avons vu il y a quelques jours comment la coalition irano-irako-syro-russe pourrait, avec l’aide des Kurdes au nord, mettre fin à l’EI. Notons d’ailleurs au passage qu’à l’est, les Irakiens commencent à avancer et ont quasiment réussi à tuer le calife grâce au centre de renseignement commun mis sur pied avec Téhéran, Moscou et Damas (ce n’est certes pas sur les Américains que Bagdad pouvait compter pour trouver les cibles de l’EI…)

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Cher lecteur, que voyez-vous sur cette carte ? Entre la poussée Syrie-Iran-Hezbollah à l’ouest, kurde au nord et Irak-Iran à l’est, le tout soutenu par l’aviation russe, l’Etat Islamique serait cerné et n’aurait plus qu’une échappatoire : vers le sud, vers… l’Arabie Saoudite !

Ô divin retour à l’envoyeur, renvoi du monstre à son créateur… Riyad prend les choses suffisamment au sérieux pour ériger une frontière électronique. Mais si cet amusant gadget peut stopper quelques djihadistes égarés dans le désert, que fera-t-il face à des (dizaines de) milliers de fanatiques surarmés et désespérés ? Gageons que les bombes US retrouveront soudain toute leur efficacité mais sera-ce suffisant ?

Si l’EI entre en Arabie Saoudite, c’est tout le fragile édifice de la monarchie moyenâgeuse wahhabite qui explose. Et avec elle les prix du pétrole. Pour Poutine, ce serait un incroyable triple coup : s’allier aux Kurdes et ravaler la Turquie au rang de faire-valoir, détruire la maison des Seoud et faire enfin grimper les prix du pétrole à des niveaux jamais atteints. Nous n’en sommes pas (encore ?) là…

http://chroniquesdugrandjeu.over-blog.com/2015/10/a-quoi-jouent-les-americains.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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Que se passe-t-il en Syrie? : Le prélude à une troisième guerre mondiale? Par Chems Eddine Chitour

17 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La France, #Europe supranationale, #La Russie, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL

Que se passe-t-il en Syrie? : Le prélude à une troisième guerre mondiale? Par Chems Eddine Chitour

Que se passe-t-il en Syrie? : Le prélude à une troisième guerre mondiale?

L’intervention extérieure agressive a entraîné, au lieu de réformes, la destruction pure et simple des institutions étatiques et du mode de vie lui-même. En lieu et place du triomphe de la démocratie et du progrès règnent la violence, la misère et les catastrophes sociales, tandis que les droits de l’homme, y compris le droit à la vie, ne sont appliqués nulle part(…)»

Vladimir Poutine à la tribune des Nations unies 28.09.2015

Les évènements se précipitent au Moyen-Orient et beaucoup de Cassandre annoncent une possible troisième guerre mondiale. On sait que l’unique objectif de Washington et de ses vassaux en Syrie est de destituer Bachar Al-Assad et de le remplacer par une marionnette américaine capable de mettre en oeuvre le plan de Qatar Petroleum (soutenu par l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats-Unis), pour remplacer le russe Gazprom sur le marché européen du gaz naturel et du pétrole brut. C’est l’opposition de Bachar Al-Assad à ce plan qui a déclenché l’utilisation de forces extérieures et la guerre civile de la Syrie. Tout ne marcha pas comme prévu et la Syrie n’est pas la Libye.

La stratégie de Poutine

On dit que Poutine est un joueur d’échecs qui a une revanche à prendre sur ceux aux Etats-Unis et en Europe vassale qui le prenaient pour quantité négligeable au point de faire des rodomontades et de sanctionner la Russie pour avoir refusé d’avoir une Otan à ses portes – en Ukraine ou en Ossétie. Par trois fois Poutine joue et met en échec l’Occident qui l’a exclu du G7. Souvenons-nous de l’Ossétie et de l’amateurisme du Géorgien Sakashvili! Souvenons-nous de la façon élégante avec laquelle il a fait que la Crimée rejoigne le bercail russe!

Souvenons-nous enfin, de la façon avec laquelle il a pu imposer une zone tampon avec l’Ukraine! Le dernier coup d’échecs est la stratégie-éclair avec laquelle il a retapé les bases de Lattaquié et de Tartous et y a amené rapidement une flotte impressionnante et opérationnelle.

Le commentaire suivant est édifiant: «Dix-huit mois après la prise de contrôle de la Crimée, au terme d’une opération militaire éclair, le Kremlin a réussi un nouveau coup de maître: prendre de court toutes les puissances impliquées en déclenchant une intervention militaire dont il s’avère qu’elle a été préparée de longue date. Gravité et confusion: les deux mots peuvent aussi résumer la réunion de l’Otan qui s’est tenue jeudi 8 octobre à Bruxelles. «Nous assistons à une escalade inquiétante», a estimé le secrétaire général de l’Alliance atlantique. Vladimir Poutine s’est réinstallé au centre d’un grand jeu diplomatique. L’intervention militaire de Moscou marque un basculement, (…) Pour la première fois depuis les guerres d’Indochine ou d’Afghanistan, deux coalitions militaires internationales se défient sur le territoire d’un même pays. D’un côté, celle menée par les États-Unis et qui revendique le soutien d’une soixantaine de pays, même si dans les faits, une demi-douzaine d’États participent aux opérations. De l’autre, cette nouvelle coalition annoncée par Vladimir Poutine à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU il y a trois semaines.» (1)

«Tous les éléments sont ainsi en place pour une escalade militaire incontrôlée, qui pourrait conduire à une déflagration dans tout le Moyen-Orient. Appuyé par une diplomatie russe qui connaît parfaitement cette région et a su démontrer son efficacité, Vladimir Poutine a fait le choix d’accélérer en toute connaissance de cause, convaincu que le moment était venu d’enfermer dans un piège la coalition américaine pour imposer une solution politique intégrant ses conditions. Mais il ne s’agit là que d’une des nombreuses raisons de cette intervention militaire inédite. Une démonstration militaire au nez et à la barbe de l’Otan et des Etats-Unis.
La puissance militaire russe est de retour. Moscou fait la démonstration qu’il est capable de projeter une force d’intervention importante à des milliers de kilomètres de son territoire. A en croire Moscou, mais aussi Damas, tout serait différent cette fois, l’aviation russe intervenant de manière coordonnée avec les forces au sol de l’armée syrienne et lui apportant ainsi une puissance décisive. Porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova ne disait pas autre chose le 6 octobre: «Ce qui est très important, c’est que nous coordonnons notre action avec l’armée syrienne. C’est un point fondamental. Vous ne pouvez pas combattre l’État islamique sans coordonner vos efforts avec ceux qui le combattent au sol. Et en Syrie, c’est l’armée syrienne qui le combat. C’est pour avoir refusé cette coordination que l’intervention de la coalition [américaine] est inefficace.» (1)

«Les frappes russes s’étant concentrées ces premiers jours dans le nord-ouest de la Syrie, entre Alep et Homs, là où l’armée de Bachar al-Assad est la plus menacée, elles permettent au régime syrien de retrouver des marges de manoeuvre et d’éviter de nouvelles défaites et pertes de territoire. Moscou prend ainsi sa revanche contre l’hyperpuissance militaire américaine et met l’Otan face à ses contradictions et à son impuissance. Impuissance vérifiée, puisque l’Otan n’a su ni prévenir ni sanctionner l’incursion d’avions de chasse russes dans l’espace aérien turc en milieu de semaine, pas plus qu’elle ne sait comment répondre à l’intervention en Syrie. (…) Ce retour militaire de la Russie s’accompagne d’un projet politique plus vaste. Vladimir Poutine l’a exposé devant l’Assemblée générale des Nations unies le 28 septembre, dans un discours s’en prenant frontalement aux États-Unis mais aussi à ces Européens ayant déclenché, entre autres, la guerre en Libye et le renversement de Kadhafi, après le désastre afghan et irakien.» (1)

« Répétant son soutien au régime syrien, «seul légitime», et à Bachar al-Assad, accusant l’«opposition dite modérée» syrienne de n’être qu’un faux nez de l’État islamique et des groupes terroristes, le président russe met depuis en scène une coalition alternative.
Trosième raison: le soutien à Assad mais, au-delà, le renforcement des intérêts russes dans la région avec, au passage, une alliance renouvelée avec l’Iran. «Il y a ce qu’on appelle la légitimité des autorités étatiques. Nous ne pouvons pas jouer sur les mots à des fins de manipulation. Nous sommes tous différents et nous devons le respecter.» C’est l’argumentaire résumé par Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères: «Nous avons vu ce qui s’est passé en Libye. Nous avons vu le colonel Kadhafi d’abord démonisé puis éliminé, et nous avons vu le résultat. Si je vous propose les deux scénarios suivants, lequel choisissez-vous? Renverser un dirigeant qui n’était certainement pas un ange ou préserver un pays et un peuple, empêcher un État de devenir un trou noir du terrorisme? Je suis sûre que vous choisirez la deuxième option.» (1)

Riyadh prêt à coopérer avec Moscou pour sauvegarder l’unité de la Syrie

Renversement d’alliance: le pire ennemi d’Al Assad veut le sauver. L’Arabie Saoudite et la Russie ont confirmé qu’elles poursuivaient les mêmes buts en Syrie, a annoncé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. «Nous travaillons avec l’Arabie Saoudite sur la question syrienne depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le président a confirmé que les buts que l’Arabie Saoudite et la Russie poursuivent en Syrie coïncident», a déclaré le chef de la diplomatie russe après une rencontre avec le ministre de la Défense de l’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane Al Saoud.

Curieusement, on apprend que les Américains veulent abattre les avions russes, ils s’appuient sur les Saoudiens. Valentin Valescu écrit à ce sujet : «Contre les avions russes Su-25 qui volent souvent sous l’altitude de 5000 mètres pour les missions d’appui rapproché, les missiles portatifs américains FIM-92 Stinger, produits sous licence par Roketsan (Turquie), sont très efficaces. Les officiels saoudiens ont déjà répondu à la demande américaine, affirmant avoir livré cette semaine aux rebelles islamistes, encore un lot de systèmes de missiles antichars américains BGM-71 TOW, pour stopper l’offensive de l’armée nationale syrienne.

En fait ce n’est pas pour sauver l’unité de la Syrie que la monarchie saoudienne est prête à coopérer avec la Russie, mais pour sauver le trône menacé de l’intérieur (contestation des chiites du Sud pétrolier – région de Qatif) et de l’extérieur (résistance patriotique des Houtis yéménites contre l’invasion des Saoud).

Un nouvel acteur pour le Moyen-Orient

Il semble que l’influence américaine soit sur le déclin. La Russie s’implique au Moyen-Orient. Grâce à l’opération en Syrie, l’influence russe dans le Proche-Orient est sans précédent. «L’influence américaine et son implication dans les affaires de la région traversent une période de déclin sans précédent depuis la Seconde Guerre Mondiale», estime l’ancien ambassadeur américain en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Liban, au Koweït et au Pakistan Ryan Crocker. Les alliés des Etats-Unis dans le Proche-Orient sont inquiets et optent souvent pour un compromis avec la Russie, souligne le Wall Street Journal (WSJ). C’est notamment le cas d’Israël, qui a refusé de soutenir la résolution proposée par les Etats-Unis à l’Assemblée générale de l’ONU, concernant la Crimée, et qui ne critique pas actuellement les frappes russes en Syrie. Bien que la Maison-Blanche essaye de contester le déclin de ses forces, les événements de ces dernières semaines, notamment le «gambit syrien» russe, font que la Russie est actuellement encore plus puissante dans le Proche-Orient que dans les années 1970-1980. «M. Poutine aspire à une sorte de dominance conjointe avec les Etats-Unis dans le Proche-Orient et il a presque réussi», estime Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris. Plusieurs forces dans la région, surtout l’Irak et les Kurdes, sont désenchantées par l’incapacité des Etats-Unis de contrer le groupe terroriste Etat islamique et saluent donc l’opération russe en Syrie.»(2)

Le basculement vers un nouveau statut quo : Un reshaping du Moyen Orient

«Pour Paul Craig Roberts: «Le monde commence à se rendre compte qu’un bouleversement dans les affaires du monde était en train de se passer le 28 septembre, lorsque le président Poutine de la Russie a déclaré dans son discours à l’ONU que la Russie ne peut plus tolérer la politique vicieuse, stupide et vouée à l’échec de Washington qui a déclenché le chaos qui s’est déversé sur le Moyen- Orient et maintenant l’Europe. Deux jours plus tard, la Russie a pris la situation militaire en main en Syrie et a commencé la destruction des forces de l’Etat islamique. (…) L’afflux de populations indésirables est en train de sensibiliser les Européens sur le coût élevé de la mise en oeuvre de la politique étrangère des États-Unis. Les conseillers ont dit à Obama que l’idiotie de la politique des néoconservateurs menace l’Empire de Washington en Europe. En effet, les Russes ont déjà établi de facto une zone d’exclusion aérienne. Poutine, sans aucune menace verbale, ni aucune insulte, a résolument changé l’équilibre des puissances, et le monde le sait. Si Obama avait un peu de bon sens, il écarterait de son gouvernement les abrutis néoconservateurs qui ont dilapidé la puissance de Washington, et il se concentrerait plutôt à conserver l’Europe en travaillant avec la Russie pour détruire, au lieu de le parrainer, le terrorisme au Moyen-Orient qui envoie des vagues de réfugiés en Europe.» (3)

Justement on apprend que comme conséquence de cette nouvelle donne, l’Alliance occidentale s’effrite: l’Union Européenne abandonne les Etats-Unis dans leur tentative de renversement d’Assad. Nous lisons dans la contribution suivante : l’Europe est envahie de réfugiés provenant des campagnes de bombardement en Libye et en Syrie, qui ont créé un état fantoche en Libye, et qui menacent de provoquer la même chose en Syrie. La pression exercée sur le régime syrien qui combat l’Etat islamique doit être éliminée. Le public européen est opposé aux frappes américaines, qui ont provoqué l’exode de réfugiés vers l’Europe. Les dirigeants européens commencent à se désolidariser de leur alliance avec les Etats-Unis.»(4)

Le spectaculaire jeu d’échecs syrien

Tout s’est joué en été , on sait qu’il y avait deux camps qui à des degrés divers voulaient faire partir Al Assad, même jusqu’à aller insinuer comme l’a fait Fabius qu’Al Assad ne méritait pas de vivre. Nous étions alors, tout près d’un scénario à la Kadhafi aux mains du tandem BHL-Sarkozy, de Cameron et de l’Otan. Il a fallu qu’ Obama annonce qu’il n’est pas prêt à risquer la vie des Gis voire même à s’embourber en Syrie pour que le chevalier sans peu et sans reproche avale son chapeau et éteigne les moteurs de ses mirages prêts à aller en découdre en Syrie. En face, la force tranquille de la Chine et surtout de la Russie, bloquent au Conseil de Sécurité toute velléité de voter une zone d’exclusion aérienne comme ce fut le cas pour la Libye où les Occidentaux ne respectèrent par les termes de la résolution. Il faut y ajouter la détermination de l’Iran à aider le pouvoir syrien.

Nous lisons la contribution suivante qui explique cette gigantesque partie d’échecs. : « Jusqu’à l’intervention de Poutine à l’ONU le 28 septembre et l’intervention russe en Syrie, deux équipes de jeu se faisaient face: d’un côté, Assad et la faction chiite comprenant l’Iran et le Hezbollah, de l’autre, la coalition internationale qui, côté syrien, se contentait de donner quelques claques aux islamistes du fait qu’elle est essentiellement concentrée sur Daesh.
La stratégie US en Syrie était d’armer les «terroristes modérés» qui se battent à la fois contre Daesh et contre Assad sans succès, Dans le même temps, l’Iran a poussé ses pions dans le petit jeu d’échecs personnel (…) l’Iran profite de la faiblesse de Assad pour s’introduire profondément dans les couloirs du pouvoir syrien. (…) Poutine est assis à sa propre table de jeu, face à l’Otan qui veut l’obliger à rejoindre la coalition anti-Daesh en Irak et à laisser tomber la Syrie (…) Pour Poutine comme pour Assad, si une intervention militaire russe en Syrie doit avoir lieu, c’est maintenant ou jamais. Dont acte. (…) Selon Justin Bronk, analyste de recherche au Royal United Services Institute: «Les forces russes maintenant en place rendent parfaitement évident que tout type de zone d’exclusion aérienne sur le modèle libyen imposé par les États-Unis et leurs alliés est désormais impossible, à moins que la coalition ne soit en fait prête à abattre des avions russes.» (5)

L’énigme Erdogan

La Turquie semble être sans boussole, elle combat les Kurdes, la Syrie mais soutient Daesh qui la ravitaille en pétrole. Elle se plaint de la Russie et attend l’aide de l’Otan en vain. La réunion de l’Otan a réaffirmé la solidarité inter pays de l’Otan mais sans plus.

«Erdogan n’a toujours pas compris, lit-on sur le site Réseau Voltaire, que l’Otan n’a jamais été au service de ses membres. L’Organisation a une raison d’être, c’est l’hégémonie anglo-saxonne dirigée militairement par les Etats-Unis. Si la cause turque peut servir l’impérialisme atlantique, il les verra débarquer sans qu’il ait à les solliciter, sinon il n’aura que de belles paroles et des sourires avenants. Dès le premier jour de bombardement, l’aviation russe a tué des officiers turcs illégalement déployés sur le sol syrien. En réalité, la Russie mène la guerre contre l’armée turque qui continue à encadrer des groupes terroristes sur le sol syrien et fournit un refuge et une assistance aux jihadistes qui fuient les bombardements russes.» (6)

Y aura t-il une troisième guerre mondiale ?

Il semble heureusement, qu’aucun des camps ne veut l’escalade pour le moment. Le Pentagone a annoncé que la Russie et les Etats-Unis étaient prêts à reprendre des discussions sur la sûreté de l’espace aérien en Syrie, où les deux pays sont engagés dans des opérations militaires distinctes. Au lendemain des premières frappes russes, de hauts responsables civils et militaires américains s’étaient déjà entretenus par vidéoconférence avec leurs homologues russes sur les moyens d’éviter des incidents entre les aviations des deux pays.

Peut-être qu’après tout il n’y aura pas de troisième guerre. Ce qui est sûr c’est que la solution aux problèmes du Moyen-Orient passe par le Kremlin et Téhéran. Les rodomontades des valets européens seront des scories de l’histoire.

1. Site Médiapart, http://forumdesdemocrates.over-blog.com/2015/10/moyen-orient-analyse-syrie-les-quatre-raisons-de-l-escalade-russe-09-octobre-2015-par-francois-bonnet-dix-huit-mois-apres-la-crimee

2. http://fr.sputniknews.com/international/20151010/1018748586/proche-orient-influence-dominance-usa-russie-frappes.html#ixzz3oLemE9F7

3. http://reseauinternational.net/nous-sommes-a-un-tournant-decisif-dans-lequilibre-des-puissances/

4.http://reseauinternational.net/lalliance-occidentale-seffrite-lunion-europeenne-abandonne-les-etats-unis-dans-leur-tentative-de-renversement-dassad/

5. http://reseauinternational.net/le-spectaculaire-jeu-dechecs-syrien/

6. http://www.voltairenet.org/article188985.html

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/227456-le-prelude-a-une-troisieme-guerre-mondiale.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

http://chemseddine.over-blog.com/2015/10/que-se-passe-t-il-en-syrie-le-prelude-a-une-troisieme-guerre-mondiale.html

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Syrie. La bataille d’Idlib a commencé

17 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #La France, #Politique étrangère, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL

Syrie. La bataille d’Idlib a commencé.

Le 17 octobre 2015 par Valentin Vasilescu

Syrie. La bataille d’Idlib a commencé

De l’Ouest du gouvernorat d’Alep jusqu’au Nord du gouvernorat de Hama s’étend un dispositif compact de plusieurs groupes de rebelles islamiques : ASL, Jaish al-Fatah, al-Nusra Front (branche syrienne d’Al-Qaïda), DAECH, etc… L’Armée syrienne a décidé tout d’abord d’isoler la ville d’Alep et de commencer le nettoyage de la zone Hama-Idlib des rebelles pour prévenir toute attaque contre la province de Lattaquié à l’Ouest, où se trouve la base aérienne de la Russie. Par conséquent, la zone située entre Hama et Idlib, mais plus particulièrement la ville d’Idlib et ses environs, sera le lieu où très probablement se déroulera la bataille la plus acharnée du théâtre des opérations militaires en Syrie.terrorist-islamic-map

Il est à noter qu’au début de 2014, l’armée syrienne avait presque réussi à prendre le contrôle de la route de Damas-Alep. L’apparition de l’Etat Islamique et l’offensive de ce groupe dans l’est et le nord de la Syrie avaient alors obligé l’armée syrienne à transférer des forces importantes dans le centre du pays pour stopper l’avancée du groupe terroriste. S’étant heurté à la résistance de l’armée syrienne, l’EI, qui disposait de milliers de Pick-up Toyota armés de mitrailleuses, s’étaient réorienté vers l’Ouest et le nord de l’Irak.

Le mystère des milliers de camionnettes Toyota de l’EI

Le Front al-Nusra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, a déployé des forces supplémentaires pour renforcer sa ligne défensive au nord du gouvernorat de Hama. Après la visite du chef de la CIA, John Brennan, en Arabie Saoudite la semaine dernière, les Saoudiens ont livré au moins 500 missiles américains antichars BGM-71 TOW et des munitions en Syrie. Dans le Nord du gouvernorat de Hama, les groupes rebelles ont créé des dizaines de points de résistance sur un front de 30 km sur l’axe Nord-Sud. Ces points de résistance sont placés dans des bâtiments ou sur des hauteurs dominantes et sont équipés de pièces d’artillerie et de missiles antichars BGM-71 TOW. Dans ces circonstances, deux bataillons de la 85ème Brigade mécanisée syrienne, équipés de systèmes russes Shtora-1 (qui brouillent le faisceau laser ou infrarouge du système de guidage des missiles antichars), ont commencé à encercler Rastan, au sud de la ville de Hama.

La Russie teste d’autres nouvelles armes en Syrie

D’autres sous-unités de la 10ème Division blindée de l’armée syrienne ont pris le contrôle des hauteurs au nord de Hama, récupérant trois localités (Ahaya, Al-Mughayr et Markabat).hama-idlib-map

Des avions Su-25 SM et des hélicoptères Mi-24 russes ont lancé, durant quelques jours d’affilée, des attaques sur les points de résistance de rebelles islamistes, situés à quelques kilomètres à l’ouest de Khan Sheikhoun. À l’heure actuelle, la 76ème Brigade syrienne de chars concentre ses forces au nord du gouvernorat de Hama pour la conquête de la ville de Khan Sheikhoun, du côté des collines de Sukayk.

 

La ville de Khan Sheikhoun, située dans le sud du gouvernorat d’Idlib, est un point stratégique sur la route de Damas-Alep (M-5). L’armée syrienne, qui s’en était retirée au printemps 2014, s’efforce maintenant de la reconquérir. L’Armée syrienne a massivement utilisé des lance-roquettes et dit avoir détruit des véhicules blindés et des camionnettes armées de mitrailleuses chez les rebelles.

C’est seulement maintenant que l’armée syrienne engage ses forces dans le combat, n’ayant été, jusqu’ici, qu’au stade de la mise en place et de test des rebelles islamistes. L’objectif étant d’engager un combat de courte durée, il fallait découvrir les points faibles des rebelles et préparer la création d’une profonde brèche dans leur dispositif. Pendant ce temps, l’armée syrienne pouvait attendre que les bombardements de l’aviation russe sur les points de résistance des rebelles islamistes fassent leur effet.

Valentin Vasilescu

Traduction Avic – Réseau International

http://www.ziaruldegarda.ro/in-siria-batalia-pentru-idleb-a-inceput/

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La “stratégie” US en Syrie se désagrège. Article repris sur Dedefensa

17 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Ukraine, #Europe supranationale, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Daesch

La “stratégie” US en Syrie se désagrège

On tiendra pour singulièrement important, par sa vigueur, sa précision, sa décision, la clarté de son propos en même temps que l’excellence de ses arguments techniques et stratégiques, l’article de Robbin Laird et de Ed Timberlake, dans Breaking Defense le 16 octobre 2015. Le titre (Obama Must Act On Syria Or Putin Runs The Show) pourrait se dire comme ceci : Obama doit vite, très vite aller à Canossa, s’il veut encore figurer dans les évènements qui s’annoncent, en Syrie et dans la région et sauver ce qui peut encore l’être de la position stratégique des USA. Il doit accepter la stratégie russe et accepter la proposition russe d’une vaste coalition anti-Daesh, agissant dans un cadre légal qui ne peut être que celui de la coopération avec Assad puisqu’il s’agit du gouvernement légal de la Syrie. Les raisons avancées pour recommander un tel virage stratégique se résument clairement à un point : la perte du leadership politique stratégique et même moral des USA dans cette région et, d’une façon plus vaste, au niveau international en général ; c’est-à-dire, pour les USA, le drame consommé de l’effondrement de ce qu’ils prétendent encore être leur hégémonie stratégique et leur exceptionnalisme “moral”, – l’un n’allant pas sans l’autre selon leurs propres conceptions.

Laird-Timberlake se montrent très laudatifs pour les conceptions et les capacités du président russe Poutine. Dans une de leurs remarques, ils n’hésitent pas à ridiculiser une des fameuse affirmations du secrétaire d’Etat Kerry, infatigable porteur d’eau de la narrative jusque-là en vogue à Washington : “Pour le secrétaire d’État John Kerry observant l’action de la Russie durant la crise ukrainienne, Poutine devait être apprécié comme un dirigeant du XIXe siècle. En réalité, Poutine utilise la puissance militaire conformément aux normes du XXIe siècle, – comme complément et outil d’une stratégie d’influence et d’une stratégie de positionnement politique” (« For Secretary of State John Kerry when looking at Russia’s actions in the Ukraine, Putin was declared to be so 19th century. In reality, Putin is using military power in a 21st century way – to support a strategy of influence and strategic positioning. »)

Comme on le voit, Laird et Timberlake, qui sont de formation deux analystes venus du monde universitaire militaire (US Naval Academy), ne parlent pas que de quincaillerie. Leur argument militaire et stratégique s’appuie donc sur une base très solide, impliquant la “moralité internationale” (très prisé dans la narrative BAO elle-même) et le droit international, plaçant l’argumentation générale directement dans le domaine de la communication, c’est-à-dire la sortant du cadre spécialisé qui est celui des deux auteurs au départ. Deux points sont ainsi mis en évidence, dont le premier vient de s’imposer.

• L’énorme masse de documents que The Intercept vient de publier sur la “stratégie des drone”, ou “stratégie de l’assassinat”, fait entrer l’acte de l’administration Obama dans ce domaine dans la catégorie des “crimes contre l’humanité”. Cela place la Russie et Poutine dans une position dominante dévastatrice dans la “guerre de la communication” et affaiblit dramatiquement l’administration Obama. En quelque sorte, s’il n’y a pas rapidement entente, la Russie se trouverait dans une position où elle aura le “droit moral“ sinon le “devoir moral” de détruire les drones US opérant en Syrie, ce qui représenterait une terrible défaite stratégique et de communication à la fois pour les USA.

«There is a clear and present danger of miscalculation, which needs to guide US and our allies to work directly with the Russians in the deconfliction of air space. We need as well to come to terms with the end of the latest age of unmanned aerial vehicles. Not only are the Russians putting our UAVs in risk, but the information war is being lost to Russia as new documents have been leaked which put the United States into a moral abyss. With the publication of what The Intercept has called the Drone Wars, “US drone operations in Somalia, Yemen, and Afghanistan, including the mechanism of targeting suspects slated for assassination” have been highlighted as virtual crimes against humanity, which provides the Russian leader with more than enough apparent justification to operate in the Syrian airspace to deal with US drones operating in Syrian airspace. »

• Laird et Timberlake ajoutent alors l’argument du droit qui prend toute sa force à la lumière des révélations sur la “stratégie de l’assassinat” qui affaiblit dramatiquement Obama/le bloc BAO. L’“incohérence stratégique” consistant à dénier toute légitimité à Assad, et même à chercher à le liquider, se révèle dans toute sa catastrophique vérité-de-situation depuis que les Russes interviennent en Syrie. Les Russes peuvent tout faire, sans la moindre entrave, et ils ne s’en privent pas, avec une efficacité redoutable, parce qu’ils en ont légalement le droit, ayant été appelés à le faire par le gouvernement légal de la Syrie. Dans les conditions nouvelles que nous connaissons, ce qui paraissait négligeable à nos stratéges-BAO, de Fabius à Cameron, devient essentiel : Poutine expose par contraste avec son activité leur totale illégitimité et leur totale illégalité dans le chef de leur mépris pour l’argument de la légalité du gouvernement Assad, qui s’aoutent à leur complète inefficacité et leur incohérence stratégique. “C’est du lourd”, c’est-à-dire que l’argument pèse désormais d’un poids écrasant, et le fait même que Laird-Timberlake l’avancent comme ils le font en est la preuve... A côté de cela, les jérémiades et les anathèmes furieux des avocats de l’affectivisme, neocons et R2P, se désagrègent à vue d’œil.

« Putin is backing a sitting government, that of Assad. One should remember that the bias in the UN Charter is to support sitting governments and that Russian claims that Western strikes in Syria are illegal under the UN charter is not just hyperbole. Russian actions in support of Assad also expose the incoherence of the “other side” supporting the mishmash of opponents of Assad, ranging from ISIL, to the legitimate opponents of Assad. With a well-defined military force on the ground, namely those of Assad, and in support of the legitimate government of Syria, Russian airpower can rely on those Syrian forces to help find and mark targets, and can prosecute Assad’s enemies as well as ISIL. With no lawyers in their OODA (Observe, Orient, Decide, Act) loop, Russian pilots are not constrained by the OOLDA (Observe, Orient, Legally Review, Decide, and Act) loop which limits the effectiveness of Western airpower. »

Cet article est important parce qu’il vient de deux spécialistes de formation militaire, au crédit impeccable, – notamment Robbin Laird. La publication qui le met en ligne, dans le conseil d’administration de laquelle Laird est présent, fait partie d’une nouvelle génération de publications spécialisées dans la stratégie et le domaine militaire et de l’armement, qui s’est installée sur l’internet. Ces sites (Breaking Defense mais aussi DefenseOne) sont très puissants, avec une audience et une influence importantes, et considérés comme des voix de grande influence dans la communauté de sécurité nationale des USA. Ils sont beaucoup moins “idéologisés” que les stratèges en chambre type-neocons, de Kagan à Krauthammer, qui règnent dans les pages-commentaires de la presse-Système générale, qui appuient leurs exigences impératives et hystériques sans cesse répétées sur une extraordinaire série d’erreurs catastrophiques qu’ils ont soutenues sinon provoquées depuis le 11 septembre 2001, comme si l’incompétence absolue était devenue la recommandation suprême pour se faire entendre. Il ne fait guère de doute que Laird-Timberlake parlent au nom d’une partie importante de cette communauté de sécurité nationale, du côté de la communauté du renseignement et du côté du Pentagone et des militaires (au-dessus de la tête du stupidissime Ashton Carter, jusqu’à ce jour l’un des plus médiocres, sinon le plus médiocre secrétaire à la défense qu’aient eu les USA).

L’article Laird-Timberlake n’apparaît pas comme un éclair dans un ciel bleu (ou plutôt comme un rayon de soleil dans un ciel encombré de nuages extrêmement bas). Depuis quelques jours, les articles US, surtout de spécialistes reconnus, reconnaissent que la campagne russe en Syrie est impressionnante d’efficacité et de brio (voir Dave Majimdar, dans The National Interest), et par conséquent idem pour la stratégie russe (voir Dov S. Zakheim). Il est à noter de ce point de vue que, dans un passage rapide de leur article, Laird-Timberlake reprennent l’argument de Zakheim selon lequel les relations dans la circonstance entre la Russie et Israël, malgré l’intervention russe ou justement à cause de l’intervention russe, sont nombreuses et constantes au contraire des relations des USA avec Israël ; cela renforce l’idée qu’effectivement Israël est en train de se poser des questions fondamentales sur sa stratégie générale, notamment pour ce qui concerne l’identité de son principal “allié extérieur”.

D’une façon générale, l’article montre une exaspération profonde, qui est train de gagner beaucoup de terrain et très vite à Washington, à propos de l’“incohérence stratégique” qui sert aujourd’hui de “stratégie” aux USA. De ce point de vue, c’est directement Obama qui est en cause, avec son indécision tactique et chronique, son habileté de communication qui ne produit qu’impuissance et paralysie, son incapacité d’assumer toute l’autorité dont il dispose et la perte accélérée de légitimité qui en résulte. Lorsque Laird-Timberlake écrivent “le président George W. Bush avait affirmé en 2001 qu’il avait regardé Poutine au fond des yeux et qu’il “avait pu ainsi ressentir ce qu’était son âme”. Il est clair que Poutine a fait la même chose avec Obama...”, – on peut penser qu’ils se référeraient à ce que vient de dire Poutine. Alors que la remarque de Bush était très laudative pour Poutine, celle de Poutine serait bien méprisante pour Obama, – ou plutôt, marquant l’extrême déception du président russe qui a beaucoup essayé avec Obama, – si l’on considère effectivement que cette remarque de Poutine, notée dans le Journal dde.crisis de PhG comme si peu ordinaire par rapport au langage diplomatique réduit à la narrative en vogue, concerne effectivement Obama : «...un Poutine dit qu’il semble que “certains de nos partenaires” ont “de la bouillie [de maïs ?] en guise de cerveau” ou quelque chose d’approchant (“‘It seems to me that some of our partners have mush for brains,’ commented Putin”), tout cela sur un ton amical et un peu ironique... »

Voici donc le texte de Laird-Timberlake, que nous nous permettons de reproduire parce qu’il est marqué par une exceptionnelle clarté de langage, une force de conviction clairement argumenté, tout cela qui tranche si radicalement avec les textes type “bouillie de maïs” encombré de lieux communs et de phrases toutes-faites qu’on trouve sous les plumes épuisées par tant de vilenies mensongères des avocats de la guerre et du “il faut liquider Assad”. La sottise de l’argument finit par épuiser la psychologie, même des plus endurants et des plus hystériques parmi ces “avocats de la guerre”, ou warmongers, si bien qu’on peut parler à leur propos de “fatigue psychologique” autant qu’on peut parler de “fatigue stratégique” pour la politique des USA, épuisée par tant de catastrophes. Laird-Timberlake sont présentés de dette façon : « Robbin Laird, a defense consultant, is a member of the Breaking Defense Board of Contributors and owner of the Second Line of Defense website. Ed Timberlake, a graduate of the US Naval Academy and former Marine squadron commander, works with Laird. »

Obama Must Act On Syria Or Putin Runs The Show

The U.S. and its allies must immediately engage at the strategic, diplomatic and tactical military levels in Syria and Iraq. The focus for that action should be uncomplicated; defeat ISIL while supporting the Kurds in reshaping our position in Iraq; put the Iran nuclear agreement in the rear view mirror.

There is a clear and present danger of miscalculation, which needs to guide US and our allies to work directly with the Russians in the deconfliction of air space. We need as well to come to terms with the end of the latest age of unmanned aerial vehicles. Not only are the Russians putting our UAVs in risk, but the information war is being lost to Russia as new documents have been leaked which put the United States into a moral abyss. With the publication of what The Intercept has called the Drone Wars, “US drone operations in Somalia, Yemen, and Afghanistan, including the mechanism of targeting suspects slated for assassination” have been highlighted as virtual crimes against humanity, which provides the Russian leader with more than enough apparent justification to operate in the Syrian airspace to deal with US drones operating in Syrian airspace.

Russia has had a significant stake in Syria for a long time, and Syria is part of Putin’s Mediterranean resurgence. For Secretary of State John Kerry when looking at Russia’s actions in the Ukraine, Putin was declared to be so 19th century. In reality, Putin is using military power in a 21st century way – to support a strategy of influence and strategic positioning.

In the face of Russian strategy in Syria, the lack of clarity in U.S. strategy and the use of the U.S. military to support strategic incoherence is leaving it exposed. Disregarding the warnings of recently retired head of Air Combat Command, Gen. Mike Hostage, that the US should not fly UAVs in contested airspace, these vulnerable assets now face Russian aviation in a potential face off. Either these assets have to be removed for their own protection, or pilots must fly to protect them and engage the Russians in a World War I-style of warfare equivalent to shooting down observation balloons. There are clear limits to relying on UAV technologies except in unique circumstances, namely air dominance and clear strategic purpose.

President George W. Bush claimed he had looked into Putin’s eyes in 2001 and “was able to get a sense of his soul.” Clearly, Putin has done this with Obama, and his Syrian actions are playing off of what Putin sees as the Obama strategy which includes a pro-Iranian stance, an alienation of Israel, a pro-Baghdad Iraq policy, and a very weak “air campaign” burdened with more lawyers than airstrikes.

Putin is backing a sitting government, that of Assad. One should remember that the bias in the UN Charter is to support sitting governments and that Russian claims that Western strikes in Syria are illegal under the UN charter is not just hyperbole. Russian actions in support of Assad also expose the incoherence of the “other side” supporting the mishmash of opponents of Assad, ranging from ISIL, to the legitimate opponents of Assad. With a well-defined military force on the ground, namely those of Assad, and in support of the legitimate government of Syria, Russian airpower can rely on those Syrian forces to help find and mark targets, and can prosecute Assad’s enemies as well as ISIL. With no lawyers in their OODA (Observe, Orient, Decide, Act) loop, Russian pilots are not constrained by the OOLDA (Observe, Orient, Legally Review, Decide, and Act) loop which limits the effectiveness of Western airpower.

To be clear, this is not about “ground forces” versus “airpower” since all operations are now air-enabled. This is about crafting a clear strategy within which military assets can be used. Putin is clearing the decks to expand his influence in the region in the face of Western strategic incoherence and their lack of strategic operational clarity.

Putin went to Paris recently and cut a deal with Ukraine to take Ukraine off the table for the moment. Putin is trying to put the lid on Syria, which would be supported by many Europeans since this could provide relief from Europe’s refugee crisis. Putin has met with the Israel leader and the Israeli military as well and they have discussed the way ahead in the region. While President Obama is giving the cold shoulder to Netanyahu, Putin welcomed the Israeli leader to discuss the region and the way ahead on security arrangements.

The Russians have deployed missile defense systems around their main operating base, deterring Western air forces. To be clear, there is little doubt that these defenses could be destroyed if needed, but what is the point? The Iranians are getting the point, that strategy-led military operations in support of a legitimate government in Syria – however brutal – makes the Russians a key player that must be dealt with, especially one which can deal with Europe and Israel at the same time.

Putin has put in play calibrated military force supporting a strategy since the Crimean takeover. In contrast, the Obama Administration has put in play an incoherent military operation against ISIL without clear allies on the ground. Putin’s clearly defined actions only enhances the opportunities for the Russians to influence events and shape outcomes. Simply opposing Putin will get the U.S. nowhere. The Obama administration must recognize how the game has already changed and the approach to counter-insurgency which the U.S. has followed for a decade, along with attachment to UAV-enabled ground operations, has been overtaken by events.

There is a clear need to get on with the strategic task of deconflicting the Western and Russian air forces operating in the murky border regions of Iraq and Syria, notably with the ISIL operating with fluidity within the “borderless” region from their point of view. It should not be forgotten that European air forces have been engaged in vigorous operations as the Russians test them over the Baltic and North Sea regions. They already have some sense of what the current Russian air operations are all about. Air forces such as the RAF have already made it clear that they will not tolerate any direct threat to their forces as well in Iraq.

Putin has clearly put his marker down to be a player and kingmaker in the region. For Putin, Russian airpower is a key instrument in his strategy, one not constrained by the OOLDA loop.

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La tentation turque d’un piège à ours en Syrie

12 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #Politique étrangère, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL

La tentation turque d’un piège à ours en Syrie

M.K. Bhadrakumar

Par M.K. Bhadrakumar – Le 6 octobre 2015 – Source mkbhadrakumar

Les deux incidents, deux jours de suite le week-end dernier, impliquant les aviations militaires turque et russe opérant dans le nord de la Syrie ont mis en avant la seule forme fatidique que pourrait prendre le conflit syrien dans les prochains mois. La Turquie y apparaît comme la seule puissance régionale pouvant vraiment transformer la Syrie en un bourbier pour la Russie, comme celui que le Pakistan a créé contre les Soviets en Afghanistan dans les années 1980.

 

Comme pour le Pakistan (qui avait déjà commencé à entretenir des groupes islamistes afghans depuis les années 1970, bien avant le début de l’intervention soviétique), la Turquie aussi a trois ou quatre ans d’avance dans ses relations avec les groupes extrémistes en Syrie (dont État islamique). Ces groupes islamistes ont aussi le potentiel d’être regroupés comme les fameux Sept de Peshawar du djihad afghan des années 1980. A condition, bien sûr, que le président turc Recep Erdogan choisisse de suivre le chemin abrupt tracé par le dictateur pakistanais de l’époque, le général Zi ul-Haq.

Le fera-t-il ou pas ? Tel est la question à laquelle Moscou va tenter de trouver une réponse dans les semaines et mois qui suivent. Considérons donc ce qui suit.

Un official turc anonyme a prétendu vendredi que le système radar du pays avait allumé un avion russe survolant le nord de la Syrie. Si tel est le cas, cela représente sans aucun doute, une provocation inutile et inamicale de la part de la Turquie. Et puis, le jour suivant, un SU-30 russe a violé l’espace aérien turc, forçant Ankara à envoyer ses chasseurs. Évidemment la Turquie a été furieuse face à cet affront (des élections parlementaires ont lieu le 1er novembre) et a protesté auprès des Russes qui, bien sûr, ont rapidement clarifié la situation en disant qu’il y avait eu une erreur de navigation.

Puis encore, le jour suivant, ce fut au tour d’un MIG-29 non identifié d’être allumé pendant plus de 5 minutes quand deux F- 16 turcs étaient en train de patrouiller la frontière avec la Syrie. Cela ressemble beaucoup à une tentative de la part des deux bords de tester les nouvelle règles du jeu imposées par l’intervention russe qui vient de totalement changer les rapports de force en Syrie.

La Russie vient de montrer doucement, fermement, mais clairement que ses avions allaient survoler tout l’espace aérien syrien même celui proche de la frontière turque. La Russie vient de remettre frontalement en question la règle mise en place de façon unilatérale par la Turquie consistant à menacer de descendre tout avion militaire syrien survolant l’espace aérien proche de la frontière turque.

Cette règle turque avait permis, jusqu’à maintenant, aux rebelles syriens d’agir en toute impunité dans une large portion de territoire du nord de la Syrie, sans craindre d’attaque aérienne de la part de Damas. La Russie a sommairement mis fin à ce privilège profitant à Ankara. La Russie est, simultanément, en train de renforcer le système de défense aérien syrien pour empêcher l’aviation militaire turque de survoler son espace aérien. En bref, les incidents du week-end ont contraint Ankara à accepter cette nouvelle réalité, elle ne pourra plus violer l’espace aérien syrien sans en payer le prix.

D’ailleurs, Israël est dans la même galère que la Turquie, aidant clandestinement al-Qaida à agir en Turquie, lançant des attaques aériennes injustifiées sur des cibles situées au milieu de la Syrie, violant systématiquement la souveraineté de l’état syrien. Israël aussi est blême face aux lignes rouges tracées par la Russie en Syrie dans le but de faire cesser les interférences israéliennes dans les affaires syriennes. Israël est furieux envers Moscou, comme la Turquie, mais n’a pas d’autres choix que de respecter les règles du jeu russe.

Erdogan est en visite à Bruxelles (où est situé le quartier général de l’Otan) et à Paris, dans ce qui ressemble à une tentative de reconstruire les liens endommagés avec l’Europe et de sonder la France pour créer une opinion favorable à la mis en place d’une zone de sécurité et un espace aérien fermé en Syrie. La Turquie ne se confrontera pas à la Russie toute seule et toute tentative turque de s’opposer aux initiatives russes en Syrie ne se feront que dans le cadre d’une action stratégique occidentale pour contrer l’influence grandissante de Moscou au Moyen Orient.

Dans ce cas, tout dépend de l’attitude américaine. À partir de ce que l’on peut voir actuellement, le président Obama concentre plutôt les ressources américaines sur les problèmes majeurs du Moyen Orient élargi, la lutte contre État islamique et le problème afghan. L’Europe aussi ne peut se permettre de plonger dans un grand jeu pour la Syrie alors que les réfugiés s’accumulent à ses frontières, annonçant déjà ce qui se passerait si le conflit syrien empirait. Il est évident que l’Europe a finalement une convergence d’intérêts en matière de sécurité avec la Russie dans sa campagne pour détruire État islamique et les autres groupes extrémistes sévissant en Syrie.

En conclusion, il est peu probable que la Syrie devienne un bourbier de type afghan pour les Russes. Pendant la guerre froide, les USA ont brillamment réussi à soulever les islamistes radicaux contre le communisme. Mais, de nos jours, la Russie a su tisser différents liens avec les musulmans du Moyen-Orient. La diplomatie russe a été particulièrement active en Arabie saoudite, dans les Émirats arabes unis, ainsi qu’au Caire et à Amman. L’Égypte et la Jordanie se sont visiblement rapprochées de la Russie en ce qui concerne la question syrienne.

Et surtout, les liens étroits de Moscou avec les dirigeants kurdes syriens (qui aident le mouvement séparatiste PKK en Turquie) peuvent servir de garantie aux Russes au cas où Ankara voudrait poser un piège à ours en Syrie. Car alimenter la rébellion devient ainsi une stratégie pouvant être utilisée autant par la Russie que par la Turquie. (Voir a ce sujet l’interview par un vieil ami, Amberin Zaman, du dirigeant kurde syrien Salih Muslim qui nous fait bien comprendre le problème kurde auquel est confronté la Turquie.)

En résumé, si un Kurdistan se formait en Syrie (au coté de celui existant déjà dans le nord de l’Irak) l’inviolabilité actuelle des frontières turques sur sa face sud, kurde, n’existera plus et cet espace ressemblera à la ligne de Durand séparant le Pakistan de l’Afghanistan, une zone de non-droit qui sera comme un poignard planté en permanence dans le cœur turc.

La priorité de Erdogan sera donc de s’assurer une bonne place à la table des négociations de paix en Syrie. Il fera de son mieux pour éviter l’émergence d’une nouvelle entité kurde dans son voisinage, ce qui est déjà le scénario en train de se dérouler. Le principal défi de Erdogan est de convaincre la Russie et les USA de canaliser l’aspiration des Kurdes syriens à la création d’une région autonome kurde dans le nord de la Syrie, en échange de sa participation active comme fantassin de Washington et Moscou dans leur lutte contre État Islamique.

Il faudra donc bien que, finalement, Erdogan commence à dialoguer avec le Kremlin. En fait, ce dialogue n’a pas vraiment pris fin. Sa relation personnelle avec le dirigeant russe est toujours vivante. Poutine aussi a fait de grands efforts pour encourager Erdogan à regarder vers l’est. A la différence des puissances occidentales, la Russie ne s’est jamais mêlée des affaires intérieures turques. Si Erdogan réussi à remporter les élections de novembre et parvient à transformer le système politique turc en un système présidentiel, Poutine ne fera que l’en féliciter et trouvera même quelques satisfactions d’avoir un ami à Ankara, risquant d’être président à vie, et avec lequel il pourra faire de bonnes affaires pour le bénéfice de chacun.

M.K. Bhadrakumar

Notes du Saker Francophone

Effectivement la bonne humeur dans les relations russo-turques est vite revenue puisque le 9 octobre le vice-premier ministre turc, Numan Kurtulmus, vient de déclarer : «La Turquie et la Russie sont liées par d’étroites relations politiques et économiques. Depuis de longues années, nous vivons en paix et en bons voisinage. Ces relations ne doivent pas être sacrifiées à des intérêts politiques en Syrie

Cet analyse de Bhadrakumar et sa validation par le vice premier ministre turc démontrent, une fois de plus, que les analyses de nos experts de la presse de référence, qui prétendent à longueur d’articles que la Turquie, membre de l’Otan, va se fâcher toute rouge contre la Russie, ne voient toujours pas plus loin que le bout de leurs fantasmes.

Traduit par Wayan, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

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Coalition vs Russie en Syrie : le jeu des cinq erreurs

12 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La France, #Politique étrangère, #Daesch, #ISIL, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE

Coalition vs Russie en Syrie : le jeu des cinq erreurs


Par Oleg Denejka – Le 6 octobre 2015 – Source Fort Russ

La première semaine de l’engagement des forces aériennes russes contre État islamique en Syrie est déjà derrière nous. Et la première chose qui saute aux yeux est l’efficacité dont l’aviation russe a fait preuve au combat. On pourrait dire que la Russie a commencé à se battre sans préparation ou, comme l’on dit dans la Navy, au pied levé. Mais même les premières sorties des avions russes sur les positions de État islamique ont montré qu’ils n’y allaient pas sur une décision soudaine du Kremlin, prise sous la pression des événements. L’intervention russe en Syrie a été mise au point depuis un moment, au plus tard au début de l’été, et de nombreux indices nous le prouvent. Tout d’abord, l’impact des frappes russes.

Tirer en plein dans la cible

Dès le premier jour – comptons du 30 septembre, 15:00 au 1er octobre, 15:00 – 28 sorties ont été menées, dont 8 sorties nocturnes. Résultat : au moins 12 des cibles visées ont été totalement détruites. Compte tenu que plusieurs de ces sorties étaient des reconnaissances et du soutien, visant à couvrir les groupes d’assaut, nous constatons une efficacité rare dans l’aviation moderne. Et ce qui est remarquable, c’est que les Russes n’ont eu aucune perte. Pas même une rayure sur la peinture de leurs avions.

Ces derniers jours, les frappes ont continué à être aussi efficaces, et les Russes n’ont toujours pas enregistré la moindre perte. Or les unités de État islamique, qui aujourd’hui sont devenues une véritable armée grâce à l’aide et au soutien américain, ont des équipements sol-air plutôt efficaces, pris sur l’armée irakienne.

Tirer, mais surtout ne pas faire de mal

Comme l’on dit : tout est relatif. La Russie n’a pas commencé la guerre en Syrie, d’autres s’en sont bien chargés, ceux-là même qui ont lancé des opérations aériennes contre État islamique (mis hors-la-loi en Russie sur décision de la Cour suprême). Et quel a été le résultat ?

La coalition anti-terroriste menée par les États-Unis, qui comprenait également Bahreïn, la Jordanie, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite [en tout 62 pays !, NdT], a attaqué les positions d’État islamique durant toute une année. Coïncidence à noter, la coalition a lancé sa première frappe aérienne fin septembre… 2014.

Pendant tout ce temps, selon un rapport du Pentagone, la coalition a réalisé plus de 2 000 sorties, surtout en Irak. Au prix d’énormes efforts, la coalition a réussi à chasser les militants d’État islamique hors de Bagdad, militants qui étaient séparés de leurs avant-gardes de 300 kilomètres environ, et a récupéré à peu près le tiers du territoire irakien capturé par les terroristes.

Pendant cette période, les pertes d’État islamique sont estimées au mieux à 20 000 personnes et une centaine de chars, de canons auto-portés et de véhicules blindés divers. En gros, pas plus de 2 soldats tués et 0,05 véhicules de combat détruits par sortie. Et chaque sortie ne coûte pas moins de 50 000 dollars. Aucun objectif significatif pour les terroristes n’a été détruit, et pas un de leurs chefs n’a été touché.

Un monde de contrastes : les cinq différences

Alors, où est la différence ? Pourquoi les actions de la coalition, menées par la première armée du monde, dont la force la plus importante est justement l’aviation, ont-elle été si peu efficaces ?

1. – Les États-Unis ont négocié la mise sur pied de cette coalition anti-terroriste depuis longtemps avec leurs futurs alliés.

Il y a eu beaucoup de rhétorique, une propagande massive, et l’encre des documents officiels était à peine sèche que les actions commençaient. Dès les premières heures, il était devenu clair que les forces coalisées n’avaient aucun plan détaillé d’opérations, étaient très mal coordonnées, et plus important encore, n’avaient qu’une vague idée de ce qu’elles affrontaient.

Ce pari a été tenu plus pour des raisons psychologiques, l’idée étant de démoraliser les combattants d’État islamique, mais pas de leur causer des pertes importantes. Résultat d’un renseignement insuffisant, l’essentiel des frappes coalisées a eu lieu sur de petites cibles, insignifiantes, qui ont même été manquées dans certains cas. Ce sont les civils qui ont trinqué.

Et la propagande habituelle des États-Unis et de leurs alliés continue. Un exemple : le 3 octobre, une frappe chirurgicale [sur un hôpital, humour noir ?, NdT] de l’Otan en Afghanistan a détruit l’hôpital de Médecins Sans Frontières, près de Kunduz.

La destruction, par un drone américain, de deux bulldozers appartenant de toute évidence aux troupes d’État islamique est considérée comme un succès. L’armée russe a longuement et soigneusement préparé son intervention, se concentrant avant tout sur le côté militaire plutôt que sur la politique et la propagande.

Cela concerne d’abord les activités de renseignement. La Russie a élargi ses contacts militaires avec ses alliés, a créé un vaste réseau de renseignement, comme on a pu le comprendre d’après la précision et l’efficacité de ses frappes. Bien avant le début de leur intervention, les forces russes et leurs alliés ont établi une liste de cibles, classées par ordre d’importance, de priorités et d’effets négatifs possibles sur les militants d’État islamique. Avec, comme but, leur éradication.

2. – Si vous examinez la tactique de l’armée américaine depuis l’opération Tempête du Désert, vous ne verrez pas beaucoup de changements. Les Américains continuent à tout miser sur des frappes aériennes massives, lancées à distance de sécurité, souvent sans même entrer dans la zone couverte par les défenses anti-aériennes de l’ennemi, grâce à l’emploi de coûteuses munitions de précision. Récemment, on a beaucoup parlé de la guerre des drones. Les deux n’ont qu’une faible efficacité et entraînent de fréquentes erreurs dans l’identification des cibles.

Mêmes remarques, pour les nouveaux équipements et les nouvelles armes. Le choix d’envoyer des armes magiques – le F-22 Raptor et le F-35 Lightning II – n’est pas justifié. D’un coût extrêmement élevé en développement et en opérations, ces avions sont nus et incomplets. De plus, ils sont prévus pour affronter une armée ennemie équivalente, et non des groupes de terroristes. Pour ces systèmes d’armes, il n’y a tout simplement pas de cibles en opérations anti-terroristes.

Plus précisément, si, il y a une cible, mais il faut la chercher, cette cible n’est pas sur le champ de bataille. Nous y reviendrons. En fait la coalition combat avec les armes et la technologie des années 1970. Les Américains et leurs alliés ont échoué à s’adapter aux tactiques des terroristes, et ils espèrent bien confier la guerre à d’autres.

En entrant pour la seconde fois en Irak, avec une continuité maniaque, les Américains ont refait les mêmes erreurs que la première fois, erreurs qu’ils répètent aussi en Afghanistan. Et toujours, ils nous resservent les mêmes tactiques en Irak, en Libye et en Syrie, ils ratissent. L’armée russe, elle, a montré combien elle pouvait apprendre vite des campagnes du passé, et qu’elle pouvait en tirer les conclusions qui s’imposent.

Rappelons-nous seulement la guerre d’août 2008 en Ossétie du Sud. Les Russes avaient perdu six avions : trois Su-25, deux Su-24 et un Tu-22M3. Si le Su-25 est un avion d’attaque au sol, qui vole au-dessous de Mach-1 et opère à des altitudes basses, ce qui le rend très vulnérable, le Su-24 et le Tu-22 sont des bombardiers supersoniques, avec tout ce qu’il faut pour venir à bout des défenses sol-air de l’ennemi. Pour seulement cinq jours de combats, de telles pertes sont tout simplement un désastre.

Désormais, les forces aériennes russes, et notamment les forces aérospatiales, ont abordé la question beaucoup plus sérieusement et ont réfléchi, non seulement à leurs erreurs, mais aussi aux erreurs des partenaires occidentaux. Elles ont de nouveaux avions, comme le bombardier d’appui aérien rapproché Su-34, le Su-35 et le Su-25, qui ont été considérablement modifiés. Concernant les toutes dernières munitions développées pour ces avions, l’accent n’est pas mis sur la quantité de technologies coûteuses et dernier cri, mais sur l’efficacité optimale, à un coût raisonnable et pour une adaptation aux guerres modernes de basse intensité.

Ce sont ces armes qui sont aujourd’hui au Moyen-Orient. De plus, l’armée russe a accordé une attention particulière aux moyens de communication pour la guerre électronique et le renseignement. Il y avait dans ce domaine des faiblesses qui ont été relevées durant le conflit sud-ossète en 2008, quand les postes de commandement communiquaient souvent entre eux par téléphone portable. Maintenant, la possibilité qu’État islamique intercepte les communications radio a été prise en compte dès la planification des sorties.

3. – La coalition occidentale n’est pas très sensible au choix des objectifs, et se préoccupe rarement de la question. Finalement, les pilotes tirent sur tout ce qui bouge, essaient de se débarrasser rapidement de leurs munitions et de ressortir au plus vite de la zone des combats sans faire de bavures. Les pilotes n’aiment pas le risque, les analyses et le renseignement pour faire des rapports de pertes. Et le Pentagone préfère suivre la ligne de moindre résistance : pour écrire un rapport bien noté, il faut trouver une foule, si possible en turbans, et mieux encore, hurlant «Allahou akbar», et frapper.

Les terroristes, eux, sont totalement insensibles à de telles tactiques, et de telles pertes d’une manière générale, et cela ne donne donc pas de résultats tangibles. C’est ce que nous voyons, en pratique. Les Russes estiment avec raison que poursuivre de simples soldats armés de fusils, comme le fait l’aviation de la coalition, est stupide et vain. Ils ont choisi une autre tactique – trouver les points faibles de l’armée d’État islamique. Comme dans toute armée qui a les caractéristiques d’une force militaire organisée, c’est l’infrastructure qui joue le rôle principal, dont dépendent la logistique, le renseignement, les communications et la chaîne de commandement (ils sont, soit dit en passant, de très haut niveau dans l’armée d’État islamique).

C’est pourquoi les premières frappes ont été ciblées sur les bunkers de commandement, les dépôts d’armes, les points de contact. En particulier, la fabrique d’explosifs au nord de Homs a été un des premiers objectifs à être détruit, puis un nœud de communications et un poste de commandement dans la même province, ainsi qu’un parking où étaient regroupés des T-55 camouflés. Cela a provoqué la panique et beaucoup plus de désertions dans les rangs des terroristes.

Et maintenant l’armée gouvernementale syrienne s’apprête à s’emparer de Palmyre, toujours tenue par État islamique. Avant cela, les positions d’État islamique ont été bombardées sans résultats par l’aviation coalisée pendant presque un mois.

4. – Chaque action de politique étrangère des États-Unis et de leurs alliés est précédée de gesticulations spectaculaires à but publicitaire. Du coup, lorsque les États-Unis se décident à y aller, même les Zoulous du KwaZoulou-Natal connaissent leurs intentions.

C’est un fait. La Russie n’a pas fait tout un spectacle de ses opérations militaires et celles-ci n’ont pas été accompagnées de discours-fleuves au sujet de la menace terroriste globale. C’est pourquoi la décision russe de lancer des frappes aériennes sur les positions d’État islamique en Syrie a fait l’effet d’une bombe.

Et ce, au sens propre et au sens figuré. Le matin du 1er octobre, moins d’un jour après le début de l’opération, les médias internationaux occidentaux ont éructé un torrent d’indignations – l’exigence que la Russie arrête tout et ne cible pas les malheureux terroristes modérés.

5. – Et maintenant, le plus important pour la fin. Les forces de la coalition ne veulent tout simplement pas mener une quelconque action décisive contre État islamique, qu’elles ont suscité, ni contre les autres terroristes. La crise au Moyen-Orient profite à la Russie. Notamment, parce qu’il est très important pour elle de revenir dans la région en tant qu’acteur de premier plan. Le moment et le lieu ont été choisis avec beaucoup de succès.

Oleg Denejka

Article original en russe publié dans Warfiles.ru et

Traduit du russe par Soviet Bear

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