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Le blog de Lucien PONS

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« La bienvenue de l’Europe à Macron : la France dépense trop. Ambiance !! » L’édito de Charles SANNAT . Le 10 mai 2017

10 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France, #AMERIQUE, #La République, #La nation ., #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #l'horreur économique, #Le fascisme, #Terrorisme

« La bienvenue de l’Europe à Macron : la France dépense trop. Ambiance !! » L’édito de Charles SANNAT . Le 10 mai 2017

« La bienvenue de l’Europe à Macron : la France dépense trop. Ambiance !! » L’édito de Charles SANNAT

 

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Je crains fort que ce nouveau quinquennat nous semble long, très long. Alors que j’entends souvent l’expression « après Hollande ça va être dur de faire pire », mon petit doigt me dit que rien n’est moins sûr !

Si certains disent que l’on a touché le fond, il ne faut pas oublier qu’une fois au fond on peut effectivement remonter mais aussi se mettre à creuser, et notre pays semble avoir une furieuse envie de creuser…

Noooon… Je ne fais pas d’anti-macronisme primaire ! Je n’allais même pas accuser ce pauvre bougre qui n’a même pas encore pris officiellement ses fonctions !

Je voulais m’en prendre plutôt à la Commission européenne dont le président Juncker – ce gentil garçon luxembourgeois qui a su assurer la prospérité de son État lilliputien en permettant aux entreprises de tous ses voisins de ne pas payer d’impôts, bref, ce parangon de la vertu budgétaire (surtout avec le pognon des autres et le vôtre en particulier) – vient donc de féliciter le petit père du peuple Macron (béni-soit-son-nom maintenant qu’il est président), et tout aussi sec… hop ! de le mettre en garde !

Manu, t’as plus de sous !

Selon cet article du Figaro, « le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a averti le nouveau chef de l’État des risques auxquels s’exposaient la France si elle ne parvenait pas à maîtriser durablement sa dépense et à réduire son déficit. Le commissaire européen Moscovici a également réagi.

À Bruxelles, l’optimisme aura été de courte durée. À peine Emmanuel Macron élu, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a tenu à l’avertir des risques encourus par la France si le nouveau gouvernement ne parvenait pas à endiguer durablement la croissance de ses dépenses. «Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier, les Français dépensent trop d’argent et ils dépensent au mauvais endroit», a déclaré Jean-Claude Juncker. «Les Français consacrent entre 53 % et 57 % de leur Produit intérieur brut à leurs budgets publics, compte tenu du niveau relativement élevé de la dette cela ne peut pas fonctionner dans la durée», a ajouté le président de la Commission européenne. Jean-Claude Juncker a estimé que le nouveau chef de l’État français ne pourrait pas compter à sens unique sur la tolérance et la solidarité de ses partenaires européens sur ces questions. «Il appartient aussi aux Français de faire un geste en direction des autres» en faisant les réformes nécessaires a-t-il ainsi déclaré. Le commissaire européen en charge des Affaires économique et financières, Pierre Moscovici, a estimé de son côté que «Macron doit sortir la France de la procédure de déficit excessif». »

Alors… Maintenant que vous avez voté à 65 % officiellement, et 45 % du corps électoral seulement, pour sa sainteté Macronléon 1er bientôt couronné à Reims, vous allez la sentir passer la réforme ! Pensez donc, avec une telle popularité, le jeune prince qu’on sort (c’est un jeu de mot hein), et que nous a sorti le système européiste, va se charger de ramener le déficit de la France sous des niveaux plus acceptables.

50 milliards d’euros d’économie ! Et c’est où qu’on coupe ? Et c’est quels « zimpôts » qu’on augmente ?

Bon, de vous à moi, il n’y a pas de secret : il va évidemment falloir dépenser moins si on veut rester dans l’Europe (d’où justement l’idée d’en sortir) car contrairement à ce que l’on veut faire croire aux gens, s’il y a un coût évident à une sortie de l’euro, il y en a un tout aussi important à un maintien !

Alors nous allons expérimenter la grècification, comme prévu, et pour cela le plan est implacable. Il va falloir choisir quels impôts seront montés car ils seront montés, et quelles dépenses il faudra couper et elles seront coupées !!

Ce qui nous amène au plan machiavélique pour ce faire !

Le gouvernement d’union nationale pour réformer la France à grands coups de trique !

Si Macron veut supprimer la taxe d’habitation pour 80 % des ménages, il ne faut pas se leurrer : il faudra des sous, si Macron veut embaucher des profs pour que les gamins soient 12 par classe, il faudra payer, de même que pour l’impôt sur les sociétés que Macron veut baisser !

Moi ça m’arrange toutes ces baisses, et je suis pour un prof particulier par gamin. Le problème c’est que parfois, on a plus besoin de vigiles que de profs, sans oublier que cela a un coût. Qui paye ? Où trouve-t-on l’argent ?

Le budget de Macron n’est pour le moment pas équilibré, et personne n’y croit un instant, d’ailleurs l’alpha et l’oméga c’est encore la suppression de postes de fonctionnaires.

Pourquoi pas…

Mais si Macron doit ramener le déficit à moins de 3 %, croyez-moi, cela va commencer à couiner fortement dans les chaumières, d’ailleurs tout le monde couine déjà et Macron, le plus jeune président, mal élu malgré son score de dictateur africain, est déjà en proie au scepticisme syndical, populaire, mais aussi politique.

Les législatives risquent d’accoucher d’une assemblée difficilement gouvernable. Enfin, pour pouvoir diriger par ordonnances, Macron devra tout de même se faire voter les pouvoirs de le faire par une majorité de députés. Est-ce que la majorité socialiste actuelle les lui votera avant de partir ? Macron pourra-t-il diriger ? Rien n’est certain, et le troisième tour social, lui, semble se profiler à grands pas. Pourtant, la grande idée, le grand plan, c’est de réussir à unir la classe politique en dynamitant et sabordant l’ensemble des grands partis afin de mettre en avant une « union sacrée » des démocrates, un gouvernement « d’union nationale » des gentils pro-européens qui nous défendront contre les hordes fascistes qui veulent déferler sur l’Europe.

Face à ce programme, il y a effectivement peu de chance que Manu-le-beau-gosse connaisse un état de grâce quelconque…

Ça promet un quinquennat comme ça !

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

 « Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
Pour m’écrire charles@insolentiae.com
Pour écrire à ma femme helene@insolentiae.com

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 « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Source Le Figaro ici

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WHIRPOOL Amiens délocalisée en Pologne : « Touche ta prime et tais-toi ! » - la concurrence « libre et non faussée », dogme de l’U.E. continue de faire des ravages.

9 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #l'horreur économique, #Le grand banditisme

Publié par El Diablo

capture d'écran France 2

capture d'écran France 2

Whirlpool : un accord pour les salariés

Après deux semaines de grève, les salariés de l'usine Whirlpool d'Amiens ont voté vendredi la reprise du travail. Un accord sur le plan social a été trouvé entre syndicat et direction.

C'est la fin de longues journées de blocage. Vendredi 5 mai, les syndicats de Whirlpool ont signé un accord avec la direction. En trois jours de négociations, ils ont réussi à faire grimper les indemnités de licenciement. Une petite victoire sans réconfort, l'usine fermera quand même en 2018. Les syndicats se sont mis d'accord sur la durée du congé de reclassement et sur des indemnités supplémentaires qui permettront aux plus anciens salariés de toucher jusqu'à 80 000 euros.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Un communiqué de la CGT MÉTALLURGIE :

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De qui Macron est-il le nom? Par Julia Cerisi

6 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La nation ., #Le fascisme, #l'horreur économique

De qui Macron est-il le nom? Par Julia Cerisi

Ahahah ! Les medias jubilent : de bout en bout ils ont pianoté sur l'électorat , montant un curseur ici, descendant une voix par là, pilotant avec dextérité l'opinion publique,qui, on le sait, depuis l'étude d'Etienne Chouard sur l'élection de 2012 ,est corrélée à 98% aux temps de passage télé. Donc, sur les plateaux ,un candidat est bien reçu ou adulé quand on veut faire monter le curseur, mais sitôt le score maximum autorisé , on déclenche l'orage et la foudre s'abat sur le candidat; on l'a vu avec Jean-Luc Melenchon, après une période de paix angélique et attentive, le voilà tout soudain accusé d'être Chavez/ Poutine / Castro et autres diableries . Mais nous sommes au deuxième tour, et il est nécessaire de faire gagner Macron, candidat adoubé des multinationales, des banques, de Jean-Claude Juncker et de Tata Merkel , et même, suprême transcendance , voix divine descendue du ciel , de Barack Obama : votez Macronne ,

et vive la France !
Sur cet artistique equalizeur médiatique, il faut également baisser le curseur de la blonde, et sur elle déclencher l'orage, la dépeindre en noire Madone diabolique, car 20% d'écart ne suffit pas, il faut qu'en grande pompe "Macronne" soit sacré ROI ! Et tout le bon peuple de voter la bouche en coeur pour la Sainte blancheur de l'Ange, en réalité pourfendeur du contrat de travail, chantre de la précarité et futur sabreur des retraites - bien sûr, ça fait plaisir à la Commission, le grand Mammamouchi Juncker sera content, et la GOPE satisfaite.
L'oligarchie et ses fortunes ont un bel avenir, et vous petits Français la bouche en coeur ,vous aurez été pilotés d'un bout à l'autre par le dosage savant des curseurs médiatiques. Ainsi va la saga de l'élection.
 
Amen.
Julia, 06.05.2017
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La Commission européenne engage une procédure d’infraction contre l’Autriche pour des mesures anti-dumping social. Par Laurent Dauré dans le journal "RUPTURES".

6 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La nation ., #La finance dérégulée, #l'horreur économique

La Commission européenne engage une procédure d’infraction contre l’Autriche pour des mesures anti-dumping social. Par Laurent Dauré dans le journal "RUPTURES".

RUPTURES N°65 N° du 26 avril 2017 S'ABONNER
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Dans un communiqué de presse daté du 27 avril, la Commission européenne a annoncé qu’elle engageait le même jour « une procédure d’infraction contre l’Autriche concernant l’application de la loi autrichienne visant à lutter contre le dumping social et salarial dans le secteur du transport routier ».

Vous avez bien lu, Vienne est poursuivi pour avoir mis en place des mesures protectrices, la Commission estimant que « cette pratique limite le marché intérieur de l’UE de manière disproportionnée ».

Voici comment l’institution suprême de l’UE justifie la procédure d’infraction : « Tout en soutenant pleinement le principe du salaire minimum national, la Commission estime que l’application de la législation autrichienne à toutes les opérations de transport international comportant un chargement et/ou déchargement effectué sur le territoire autrichien constitue une restriction disproportionnée à la libre prestation de services ainsi qu’à la libre circulation des marchandises. »

Le 31 janvier dernier, les ministres des Transports de neuf pays de l’UE (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, France, Italie, Luxembourg, Norvège et Suède) avaient signé une « alliance du routier » pour tenter de lutter contre la concurrence déloyale dans le secteur. Dans le viseur, des États comme la Pologne, la Bulgarie ou la Lituanie, dont les normes sociales et salariales basses font pression sur la rémunération et les conditions de travail des conducteurs de l’Ouest (notamment en ce qui concerne les temps de conduite et de repos). Varsovie, soutenu par dix autres pays, avait protesté contre les « règles disproportionnées » imposées par la France et l’Allemagne en matière de salaire minimum. La Commission leur avait donné raison.

Alain Vidalies, le secrétaire d’État aux Transports, avait motivé ainsi l’initiative commune anti-dumping : « Si nous ne faisons rien, les réactions seront nationales et nous n’en voulons pas. L’Europe ne se construit pas sur la loi de la jungle et le dumping social. Cela nourrit le populisme. » Toujours l’argument de la montée du « populisme » et des risques que celle-ci fait peser sur la précieuse construction européenne…

En juin 2016, la Commission avait ouvert une procédure d’infraction contre la France, comme elle l’avait fait contre l’Allemagne en 2015. Les procédures sont toujours en cours. Les professions de foi européenne ne paient décidément pas. Le ministre allemand des Transports, Alexander Dobrindt, avait plaidé : « On nous a reproché le protectionnisme. Ce n’est pas fondé. » C’est aujourd’hui au tour de l’Autriche de goûter au bâton bruxellois.

Comment les réformateurs – plus ou moins sincères – de l’UE espèrent-ils contraindre onze pays membres de l’UE, soutenus par la Commission, à renoncer aux avantages que leur procure la dérégulation dans le secteur du transport routier ?

La Commission, comme les traités le lui permettent, s’ingère donc dans les affaires intérieures d’un État, exigeant un changement de législation. Vienne, qui essaie simplement de protéger les chauffeurs routiers (autrichiens mais pas seulement) contre la pression salariale et sociale à la baisse qu’impose la libre circulation des services et des marchandises, se voit sèchement rappeler à l’ordre par Bruxelles.

Le maître remet les subordonnés à leur place, violence symbolique que le langage bureaucratique a tendance à euphémiser : « après un échange d’informations avec les autorités autrichiennes et une analyse juridique approfondie des mesures prises par l’Autriche, la Commission a décidé aujourd’hui d’adresser à cette dernière une lettre de mise en demeure. Cette lettre constitue la première étape de la procédure d’infraction. Les autorités autrichiennes ont maintenant deux mois pour répondre aux arguments présentés par la Commission dans sa lettre de mise en demeure. »

Le communiqué de presse a le mérite d’exposer la réalité crue du fonctionnement de l’UE : « en tant que gardienne des traités, [la Commission] doit […] veiller à ce que l’application des mesures nationales soit parfaitement compatible avec le droit de l’UE, et tout particulièrement la directive sur le détachement des travailleurs (directive 96/71/CE), l’acquis en matière de transports, les libertés garanties par les traités et notamment le principe de libre circulation des services et des marchandises, ainsi que le principe de proportionnalité. »

Les quatre piliers de la libre circulation (capitaux, marchandises, services et main-d’œuvre) sont non négociables quand on appartient à l’Union européenne. En fait, ils sont l’Union européenne. Ils font partie de ce qu’on appelle « l’acquis communautaire », l’effet cliquet auquel recourt la construction européenne depuis ses débuts garantit qu’aucune entorse majeure au dogme néolibéral ne soit possible. Accepter de rester dans le cadre de l’UE, c’est nécessairement accepter la quadruple libre circulation et ses conséquences sociales.

Une modification significative des traités européens réclamant l’unanimité des États membres (cf. l’article 48 du TUE), on en conclut aisément que tous les projets d’ « autre Europe » sont condamnés à l’échec. En effet, comment les réformateurs – plus ou moins sincères – espèrent-ils, dans le cas présent, contraindre onze pays membres de l’UE, soutenus par la Commission, à renoncer aux avantages que leur procure la dérégulation dans le secteur du transport routier ?

Laurent Dauré

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"il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens" Junker

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L’horreur Macron. Par Jacques Sapir

6 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique

L’horreur Macron. Par Jacques Sapir

Sécessions

Cette campagne électorale se termine. Elle fut révélatrice, dans le comportement d’une certaine presse, de ce que la société française a de plus hideux. Le résultat de l’élection présidentielle ne fait désormais guère de doutes. M. Emmanuel Macron sera, selon toutes probabilités, élu le 7 mai au soir. Mais, cette campagne va laisser des traces profondes. Le pays est profondément divisé et n’arrivera pas à s’unir sous ce nouveau Président. Des pans entiers de la population sont entrés, ou sont sur le point d’entrer, en sécession. Christophe Guilluy a d’ailleurs bien analysé le désastre de cette bien-pensance soi-disant antifasciste qui ne sert que de couverture aux intérêts des puissants[1].

 

L’horreur Macron

Les deux candidats portent une responsabilité évidente dans cet état de fait. M. Emmanuel Macron, tout d’abord, qui par son arrogance combinée à son insignifiance, s’avère être un produit de ce que l’on appelle le « système », vendu aux électeurs comme l’on vend un paquet de lessive (selon Michel Onfray) ou une pâtisserie trop grasse et trop sucrée, aux consommateurs dans un supermarché. Il a porté très haut la barre de l’indécence en matière de récupération mémorielle, et durablement endommagé la mémoire historique qu’il convient de préserver. Son erreur sur le chômage de masse lors du débat du 3 mai à la télévision est en réalité exemplaire. En prétendant que la France est la seule touchée par le « chômage de masse », en oubliant la situation de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal, il dévoile en réalité sa pensée. Ces pays ne sont plus considérés comme frappés par le chômage, parce qu’ils ont mis en place, que ce soit volontairement ou contraints et forcés, des politiques de « réforme du marché du travail ». Que ces politiques aggravent en réalité la situation à laquelle elles étaient censées remédier constitue l’erreur de fond que recouvre cette erreur de forme.

Sur le fond donc, tout a été dit de ce que représente le projet d’Emmanuel Macron, sa soumission profonde au néo-libéralisme et au culte de l’Union européenne, ses aspects rétrogrades sous des masques faussement modernes. Cet homme est bien le produit, comme l’a rappelé Aude Lancelin, d’un putsch silencieux du CAC-40, même si Aude Lancelin ne décrit que très imparfaitement les mécanismes et les ressorts de ce putsch[2]. Autour de lui se rassemblent tous les politiciens qui ont échoué depuis ces vingt ou ces trente dernières années. Il a été incapable d’entendre ce que lui disaient les français qu’il a rencontrés. Muré dans ses certitudes, droit dans ses bottes comme le veut l’expression, ce Président par défaut qui s’annonce sera un profond facteur de division et une cause de sécessions parmi les français. Comme le dit et l’écrit François Ruffin il sera haï à peine que d’être élu et ne bénéficiera d’aucun état de grâce[3].

 

L(’ir)responsabilité de Marine le Penn

Mais, Mme Marine le Pen porte aussi une grande part de responsabilité dans cette situation. Elle s’est révélée incapable de porter son programme, et ce quelles que soient les critiques que l’on pouvait y faire par ailleurs. Ce programme avait une cohérence et, par ses revirements de dernière minute, elle a contribué à la brouiller. Elle dit avoir écouté les économistes sur de nombreuses questions, de l’Euro à la mondialisation, mais à l’évidence elle ne les a pas entendus ni compris. Ses différents changements de pieds en fin de campagne, de l’Euro justement à l’âge de la retraite ont été désastreux. Cela montre, au mieux, un très grand amateurisme dans le traitement de ces sujets qui sont pourtant des questions essentielles pour la France et les français. Au pire, cela révèle une attitude instrumentaliste quant ces sujets et, plus globalement, quant à la question économique et sociale. Son style pugnace s’est transformé en une agressivité sans borne. Tout cela ne fait pas d’elle, contrairement à ce que prétend une bien-pensance imbécile, une « fasciste », et ne justifie nullement l’appel à faire « barrage » contre elle. J’ai dit, dans une précédente note[4], ce qu’il fallait penser de tout cela. Néanmoins, elle s’est avérée être le meilleur ennemi des idées qu’elle prétendait porter. Si elle ne réfléchit pas à cela, et si elle n’en tire pas les leçons, elle est perdue. Or, la désespérance que cela peut induire est susceptible de faire le jeu de politiques qui elles seront ouvertement condamnables et autrement plus radicales et dangereuses.

 

Sécessions politiques

Tout cela met en place une segmentation politique et culturelle profonde des français. On voit bien que les partisans d’Emmanuel Macron et ceux de Marine le Pen n’habitent plus le même pays. Ils habitent des pays différents géographiquement tout d’abord, avec la distinction entre France « périphérique » et France de la métropolisation. Mais ils habitent aussi des pays différents en matière de références culturelles et sociales. Cette sécession est d’une extraordinaire gravité. Quant on n’a plus de mots en commun, la porte est ouverte à la guerre civile.

Cette sécession n’est pas la seule. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, du moins une large fraction d’entre eux qui se prononce contre le vote Macron, s’orientent vers une autre forme de sécession. La manière dont cet électorat a été méprisé, diffamé, menacé pour qu’il rejoigne la coalition macroniste restera l’un des grands scandales et l’une des grandes hontes de cette élection. Surtout, cette campagne hystérique et haineuse, cette campagne que j’avais dénoncée sur ce même carnet[5], va pousser ceux qui se définissent eux mêmes comme des « Insoumis » vers la sécession vis-à-vis du système politique. Ce ne sont pas les risibles manœuvres de la 11ème heure d’un PCF agonisant, manœuvres dénoncées par Mélenchon lui même, qui pourront l’empêcher[6]. Il est probable que ces manœuvres, et d’autres, vont se multiplier durant la campagne pour les élections législatives de juin. On en comprend l’objectif : priver les « Insoumis » du nombre de députés auquel leur nombre numérique leur donnerait droit. Si ce scénario se mettait en place, alors la sécession des « Insoumis » deviendrait une réalité avec ce qu’un tel processus, venant s’ajouter aux sécessions précédentes, porterait en lui comme menaces de montée de la violence, mais aussi dans la violence. Les phrases finales de François Ruffin dans sa tribune pour le journal Le Monde sont très claires sur ce point.

Le désespoir de s’être vu « voler » l’élection par le système qui impose dans les faits un président dont beaucoup ne veulent pas est gros de ruptures futures. L’arrogance très probable à laquelle on doit s’attendre si Emmanuel Macron est élu va démultiplier ce désespoir. Il est toujours dangereux d’acculer deux fractions des français au désespoir, chose qu’ignorent superbement Emmanuel Macron et ses soutiens, dont le calamiteux François Hollande. Ces gens portent potentiellement la responsabilité d’ouvrir les portes à la guerre civile.

 

La sécession silencieuse

Mais, il y a une quatrième sécession, elle silencieuse, qui se produit dans le même temps. De plus en plus de jeunes français issus de l’immigration et de confession musulmane rejettent les principes d’égalité qui fondent la République. Nous sommes ici aussi en face d’un processus de sécession, d’autant plus grave qu’il est toléré, par clientélisme électoral ou par volonté de faire régner le calme, par des politiques de tous bords[7]. Cette sécession se manifeste dans l’exclusion de plus en plus grande des femmes de la sphère publique, dans la déscolarisation des enfants et la constitution de réseaux alternatifs et non contrôlés d’enseignement.

Or, ceci est d’une gravité extrême, qui dépasse le danger direct du terrorisme et du salafisme. Le lent et silencieux grignotage de la laïcité par les organisations « faux nez » ou proches des Frères Musulmans pose un problème redoutable pour la sphère politique française. On a publié il y a quelques semaines le texte de Jérôme Maucourant à ce sujet[8]. Le problème est d’une autre gravité que l’hystérie dite « anti-fasciste » qui s’est emparée d’une partie des esprits et de la quasi-totalité de la presse, à l’occasion de cette élection présidentielle. Nous voici confrontés donc à une autre forme de sécession, et celle-ci, il est à craindre, encore plus irréconciliable que les trois autres.

Si l’on veut parler de peuple, et sans le peuple il ne peut y avoir de souveraineté, alors s’impose l’importante distinction que l’on doit faire entre le peuple « ethnique » et le peuple « politique ». J’y ai consacré des pages entières dans le livre que j’ai publié en 2016, Souveraineté, Démocratie, Laïcité[9], un livre dont l’actualité se charge, hélas, de nous rappeler l’importance du propos. On ne peut penser la Démocratie sans penser en même temps la Souveraineté, et que cette dernière implique et impose la Laïcité. Nous ne disons pas autre chose avec Bernard Bourdin dans le récent livre que nous venons de publier[10]. Il ne peut y avoir d’individus libres que dans une société libre. La souveraineté définit aussi cette liberté de décider qui caractérise les communautés politiques que sont les peuples à travers le cadre de la Nation et de l’Etat. Encore faut-il savoir ce qui fait société. Encore faut-il comprendre ce qui constitue un « peuple », et faut-il comprendre que quand nous parlons d’un « peuple » nous ne parlons pas d’une communauté, qu’elle soit ethnique ou religieuse, mais de cette communauté politique d’individus rassemblés qui prend son avenir en mains. Tel est le peuple auquel parle les politiques qui font réellement leur travail, et non ceux qui, comme Emmanuel Macron, sont promus comme un paquet de lessive.

 

 

Cette élection semble jouée. Cette élection a surtout été volée aux électeurs, par la combinaison de la volonté consciente et organisée des uns, par l’irresponsabilité des autres. Mais, elle ne réglera rien, ne tranchera rien. Au contraire, son résultat probable, précipitant des fractures antérieures, risque – et l’on espère ici de tout cœur se tromper – de faire basculer la France dans un avenir fort sombre.

 

Notes

[1] Guilluy C., « La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social » http://www.atlantico.fr/decryptage/christophe-guilluy-posture-anti-fasciste-superiorite-morale-france-en-haut-permet-en-realite-disqualifier-tout-diagnostic-social-3031677.html#CiyKyhEAzGD6UQfU.99

[2] De Castelnau R., http://www.vududroit.com/2017/05/presidentielle-sortir-machoires-piege/

[3] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/05/04/francois-ruffin-lettre-ouverte-a-un-futur-president-deja-hai_5122151_3232.html

[4] Voir « Mélenchon, la meute et la dignité », note publiée le 28 avril, https://russeurope.hypotheses.org/5948

[5] Idem.

[6] http://www.lefigaro.fr/politique/2017/05/04/01002-20170504ARTFIG00231-legislatives-la-france-insoumise-va-poursuivre-les-communistes-qui-se-reclament-de-melenchon.php

[7] Voir Pina C., Silence Coupable, Paris, Kéro, 2016. Voir aussi la recension de cet ouvrage sur ce carnet : Les salafistes et la République (recension de « Silence Coupable »), http://russeurope.hypotheses.org/4909

[8] https://russeurope.hypotheses.org/5892

[9] Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Editions Michalon, 2016.

[10] Bourdin B. et Sapir J., Souveraineté, Nation, Religion, Paris, Editions du Cerf, 2017.

russeurope.hypotheses.org/author/russeurope

 
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Emmanuel MACRON : cet homme est dangereux [par Anicet Le Pors). Publié par El Diablo.

6 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La nation ., #Les transnationales, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique, #Le traité Transatlantique.

5 Mai 2017

Publié par El Diablo

Emmanuel MACRON : cet homme est dangereux [par Anicet Le Pors)

photo d'illustration : Anicet Le Pors (à
                    gauche) en compagnie de Georges Marchais en 1982

photo d'illustration : Anicet Le Pors (à gauche) en compagnie de Georges Marchais en 1982

Emmanuel Macron sera élu le 7 mai 2017 Président de la République. C’est le produit politique fabriqué par les efforts combinés de l’oligarchie financière, du MEDEF, des gouvernements Hollande, de la technostructure administrative, des opportunistes de tous bords, des stars de l’intelligentsia toujours avides de notoriété, de la totalité des médias ; bref, de tous ceux ayant joué un rôle dans la situation désastreuse actuelle et favorisé ou instrumentalisé la montée du Front national. Et cela dans le contexte d’une décomposition sociale profonde, d’une communauté des citoyennes et des citoyens désorientés, en perte de repères.

Son émergence est récente et il n’a cessé de cultiver l’ambiguïté pour se positionner électoralement au centre. Toutefois, on peut déceler à partir de plusieurs déclarations disparates une certaine cohérence idéologique, assez différente de celle qu’il veut accréditer ou qu’on lui prête. Cinq lignes de force peuvent être dégagées.

1 Un fervent de l’élitisme, hostile au monde du travail

Les analyses sociodémographiques publiées à l’issue du premier tour ont montré que Emmanuel Macron a été essentiellement soutenu par les personnes qui s’en sortent le mieux dans la cris, les plus riches, les plus diplômés, les partisans le l’Union européenne, laissant de côté la France qui souffre, accentuant ainsi les inégalités. Dans le même temps, il ne dissimule pas sa volonté de réduire le partenariat au sein de l’UNEDIC, plus généralement de préférer le soi-disant dialogue social à la concertation contradictoire. Il est un farouche partisan de la flexi-sécurité, cause de précarité et de pauvreté de masse. Il opérera une reprise en main étatique des crédits de la formation professionnelle. Il conteste la vocation des syndicats à s’exprimer au niveau national pour les cantonner autant que possible au niveau de l’entreprise dans l’esprit de la loi El Khomri qu’il veut prolonger par une réforme du code de travail adopté par ordonnances, c’est-à-dire sans l’aval du Parlement. L’avantage que l’on peut reconnaître à ce candidat c’est qu’il éclaire les contradictions de classe qui sont à l’œuvre.

2 La mise au pas des collectivités territoriales

Après Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron cherche le moyen de contourner le principe de libre administration des collectivités territoriales posé par l’article 72 de la constitution. Un système de conventions avec les régions pourrait y pourvoir qui conditionnerait le montant des dotations de l’État à la docilité des collectivités. L’Etat serait également appelé à compenser la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages ce qui rendrait ce financement discrétionnaire. Le processus de métropolisation serait poursuivi et développé aboutissant à la suppression d’un quart des départements. Les collectivités territoriales seraient ainsi mises sous pression avec la diminution de 2 milliards d’euros par an des dépenses de fonctionnement, la réduction de 75 000 emplois de fonctionnaires territoriaux, un retour strict imposé aux 35 heures hebdomadaires. La maîtrise de cette nouvelle politique coercitive serait assurée par une conférence annuelle des territoires. La remise en cause statutaire de la fonction publique territoriale reste la cible privilégiée.

3 L’abaissement du Parlement

Il s’agit d’abord d’une réduction drastique des effectifs sensée dégager une économie annuelle de 130 millions, de l’ordre d’un tiers pour aboutir à 385 députés et 282 sénateurs. Le Parlement réduirait considérablement son activité législative qui, hors période budgétaire, serait limitée à trois mois. IL y aurait donc moins de lois nouvelles, ce qui laisserait davantage de champ à la réglementation par décrets. L’activité du Parlement serait aussi réorientée vers des missions de contrôle et d’évaluation. La haute administration aurait de ce fait une compétence d’expertise plus étendue et un pouvoir hiérarchique renforcé sous l’autorité de l’exécutif. Emmanuel Macron a prévu de légiférer rapidement par voie d’ordonnances dès le début de son quinquennat et il conservera le mécanisme de l’article 49-3. Il est clair que la démarche tourne le dos au régime parlementaire.

4 Un gouvernement aux ordres

Le Gouvernement serait lui aussi resserré à 15 ministres, et fortement instrumentalisé par le Président de la République qui continuerait à présider les réunions du Conseil des ministres. Celles-ci seraient plus fréquentes pour assurer une discipline sans faille des ministres. Contrairement aux dispositions actuelles de la constitution, ce n’est toujours pas le Gouvernement qui définirait et conduirait la politique de la nation mais le chef de l’État. Les ministres seraient évalués chaque année. Pour autant, leurs pouvoirs et surtout leurs cabinets exerceraient une autorité renforcée sur les administrations placées sous leur tutelle. Le candidat Macron jugeant le statut général des fonctionnaires « inapproprié », outre une réduction des effectifs prévue de 120 000 emplois, accentuera la dénaturation du statut par une extension du spoil syste , le recrutement accru de contractuels de droit privé sur la base de contrats négociés de gré à gré. Il s’agirait donc d’une mise en cause des principes d’égalité, d’indépendance et de responsabilité et d’une réaffirmation sévère du pouvoir hiérarchique, de l’obligation de réserve, du devoir d’obéissance.

5 Un exécutif opaque et autoritaire

Emmanuel Macron ne remet pas en cause les institutions de la V° République, notamment l’élection du Président de la République au suffrage universel, ni l’usage plébiscitaire du référendum, ni de façon significative le mode de scrutin. Les conditions d’une VI° République ne sont pas réunies : pas de large consensus de récusation des institutions actuelles, pas de consensus sur les caractéristiques d’une nouvelle constitution, pas d’évènement fondateur comparable à ceux qui ont présidé à l’avènement des Républiques antérieures et de l’actuelle. Si l’ambiguïté sur ce que pourrait être la fonction présidentielle du nouveau président demeure grande, on peut déduire de ses quelques déclarations sur le sujet et de ses postures que son exercice de la fonction présidentielle, qui a pu être qualifiée de « jupitérienne », serait à la fois opaque et autoritaire, autocratique. La « dérive bonapartiste » qui a caractérisé le quinquennat de Nicolas Sarkozy risque d’être ici renforcée avec plus de méthode et, sans doute une traduction institutionnelle qui se durcira face aux conflits sociaux que la politique présidentielle ne manquera pas de provoquer. Jusqu’à quelles limites et à quelle échéance ? C’est la principale incertitude sur le danger encouru.

S’il est clair qu’on ne saurait voter pour la politique de filiation autoritaire, xénophobe et nationaliste de Marine Le Pen, le danger de la politique portée par Emmanuel Macron constitue une autre redoutable menace pour le progrès social et la démocratie.

Dimanche 7 mai 2017 je voterai Blanc.

Anicet Le Pors

Ancien ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives (1981-1984)

 

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Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

4 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France, #AMERIQUE, #La République, #La nation ., #l'horreur économique

France. Deux Candidats et la Recomposition Politique.

 
Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

On vit dans un monde de plus en plus fictif, où l’imaginaire collectif est soigneusement guidé vers le rappel constant des « heures les plus sombres de notre histoire ». On exhorte les électeurs à voter pour « faire barrage » à un fantasme du passé en s’imaginant être des « résistants ». En réalité, en « résistant » aux menaces du passé on se livre allègrement aux pires dangers du présent.

Entre les cris d’orfraie et les larmes hypocrites, un peu d’analyse serait rafraichissant. Examinons à tête froide les différences entre les deux candidats en lice.

Les Programmes et l’Economie

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Le programme de Macron n’est mystérieux que dans la présentation tordue qu’il en donne.   Pourtant, et c’est vite oublié, il avait donné un avant-goût du mélange de désindustrialisation, de précarisation du travail et du mépris pour l’environnement en tant qu’économiste chéri du Président Hollande. Deux mesures phares donnent la mesure : une grande, la vente d’Alstom au géant américain General Electric, et une petite, la libéralisation du transport par bus. La grande annonce la fin de la France comme puissance industrielle. La deuxième illustre la préférence pour la route contre le rail, pour la pollution contre la sécurité, et surtout pour le profit privé contre les services publics (en l’occurrence la SNCF) – toujours sous prétexte de « faire bénéficier le consommateur » quand, en réalité, la spirale du moindre prix est le partenaire de la spirale du moindre salaire.

Contrairement à sa coquetterie dans la matière, Macron a un programme, écrit en grand comité par Jacques Attali, la Commission de Bruxelles, et toutes les sommités de la finance internationale qui ont fait la carrière du jeune prodige. C’est le programme de la mondialisation tous azimuts.

Les effets sur la France sont clairs. L’accélération du processus en cours. Plus de grande industrie, qui ira là où les prix du travail sont bas. Désespoir pour les paysans, les ouvriers peu qualifiés, les « périphériques » comme on dit. Mais les professions d’endoctrinement idéologique pourront poursuivre leur tâche de confondre le présent avec les années trente, de combattre « le fascisme » imaginaire. Pour ses jeunes admirateurs plus ou moins diplômés, Macron offre un rêve. Les start-ups ! Chacun qui a appris un peu d’informatique peut rêver de faire fortune en inventant quelque service superflu.   Pendant que la base productive de la société s’évanouit, des milliers de jeunes louveteaux peuvent s’imaginer être des Bill Gates français de l’avenir. Pour eux, Macron s’exclame : « La France a besoin de jeunes qui veulent devenir milliardaires ! » Tout un programme : c’est le rêve américain. Et quand on échoue, on se blâme – j’ai gâché ma chance. C’est ça, le rêve américain, suivi d’un réveil pénible dans 99.99 % des cas.

La France macronisée n’existera plus qu’en terme géographique pour l’industrie du tourisme.

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Le programme de Marine Le Pen est très différent. C’est un programme qui vise à aider les petits revenus, les retraités, les handicappés, à préserver les paysans, l’industrie, les services publics. La grande différence est que le programme de Macron, soutenu par l’Union européenne et applaudi par ses gouvernements, bénéficiant de l’enthousiasme médiatique, a des chances de se réaliser. Tandis que le programme de Marine Le Pen, plutôt « social », sera bloqué par les directives et les régulations de l’Union européenne et le carcan de l’euro.

Elle semble le savoir. C’est pour ça qu’au début, elle promettait même, après négociations, d’aller jusqu’à sortir de l’euro par referendum. Semblable à Jean-Luc Mélenchon. Tous les deux semblent avoir compris que la préservation de l’industrie, du travail, des services publics et même de la culture françaises exige de sortir de l’euro – et même de l’Union. Mais ils ont compris en cour de route que le peuple français de le comprenait pas, et que brandir la sortie de l’euro faisait peur. Avec Nicolas Dupont-Aignan, la sortie de l’euro n’est plus d’actualité. Mais le problème reste.

Ainsi on a le choix entre un gouvernement qui aura du mal à accomplir son programme plutôt positif, et un gouvernement qui aura tous les avantages pour accomplir son programme de destruction de l’économie et de la culture française.

La Guerre et l’Immigration

Les deux sont liés. Mais curieusement, tandis que la question de l’immigration passionne les foules, que ce soit pour ou contre, la question de la guerre ne semble intéresser personne. Et pourtant le danger est grandissant.

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Avec Sarkozy/BHL en Libye, puis avec Hollande/Fabius en Syrie, la France a joué le rôle du petit chien qui, en promenade, court devant son maître en aboyant joyeusement. Emmanuel Macron se montre prêt à endosser ce même rôle. Pour ça il faut se montrer résolument contre « les dictateurs » ciblés par Washington. Macron se montre encore plus russophobe que Hollande, c’est beaucoup dire, et prêt à se joindre à « la coalition » (entreprise criminelle armée) en privant la Syrie de gouvernement au profit du chaos et d’islamistes fanatiques.

Ce sont les guerres qui font grossir les flots de réfugiés vers l’Europe. Sur ce point Macron est conséquent : il accepte et les guerres et l’immigration de masse.

Marine le Pen c’est le contraire. Elle ne veut pas d’immigrés – ou si peu – mais elle ne veut pas les guerres génératrices d’immigrés non plus.

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Dans le monde de mensonges où nous vivons, le plus dangereux est celui importé des Etats-Unis, inventé par la campagne de Hillary Clinton pour excuser son échec : c’est la faute aux Russes. C’est l’ingérence de Poutine dans nos élections démocratiques. C’est un mensonge qui fait monter les tensions, exploité par le parti de la guerre, puissant à Washington. Ainsi on a créé une extraordinaire hystérie anti-Poutine à un moment où on est à deux pas d’un conflit armé entre Etats-Unis et Russie en Syrie. Les voix du maître transatlantique font tout pour répandre la même hystérie en France.

Sans doute un certain nombre des hommes et des femmes politiques et médiatiques français soigneusement sélectionnés par Washington pendant des décennies, grâce aux « programmes des Young Leaders » et autres réseaux d’influence, ajouteront leur voix aux cris de scandale contre l’ingérence russe. C’est encore un aspect du monde fictif où on veut nous tenir enfermés.

Toute cette hostilité verbale semble n’avoir d’autre objectif que de préparer les populations pour l’hostilité armée. Les néoconservateurs, toujours au pouvoir à Washington malgré la défaite de leur candidate Hillary Clinton, souhaiteraient entraîner l’Otan, et la France avec, dans leur conflit contre la Russie, que ce soit en Syrie ou en Ukraine.

Marine Le Pen est consciente du danger. Une guerre avec la Russie n’est pas dans les intérêts de la France. C’est une évidence. Trois des quatre candidats en tête du premier tour étaient conscients du danger et voulaient l’éloigner (Fillon, Mélenchon, et Le Pen). Sauf un : Macron. Le choix des grands médias et de l’oligarchie atlantiste.

Le meilleur argument en faveur de Marine est sa politique étrangère, qu’elle n’évoque presque pas. Car malheureusement, tragiquement, la paix n’est pas un argument qui porte.

Etrange époque où la gauche considère la libre circulation des immigrés plus importante que l’opposition à la guerre mondiale. Mais les deux questions sont liées. La guerre étant la cause principale des réfugiés, une politique de paix est le meilleur moyen de permettre aux gens de rester chez eux.

Cela montre que le marxisme est mort dans la gauche française. Toute trace de l’esprit du « socialisme scientifique » a disparu, toute analyse est remplacée par le sentiment.  Pour presque toute la gauche, la preuve (la seule en fait) du « fascisme » de MLP est son opposition à l’immigration.  Du point de vue de la classe ouvrière, l’immigration en temps de chômage a toujours été néfaste, un moyen de faire baisser encore les salaires et de priver les ouvriers de tout moyen de combat.  Mais cette constatation vient d’une analyse de la situation et des rapports de force.  C’est « marxiste ». Tandis que donner priorité à l’accueil des immigrants est une réaction sentimentale, un vestige du christianisme de gauche.

Et ce sentimentalisme, qui ignore causes et effets sociaux, qui ignore les rapports de force, ne fait qu’intégrer la France psychologiquement dans un monde de guerres et de misères sans fin, où la seule réaction est de sympathiser avec les victimes.  Mais jamais d’agir pour combattre les causes profondes.

Oui, il faut traiter les gens correctement, qu’on les accueille ou non, et le meilleur moyen serait d’authentiques efforts d’améliorer les perspectives des pays du Sud dans tous les domaines. De tels efforts sont exclus par une politique dictée par les plus grands profits pour le capital international.

Les Candidats

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Lui : un arriviste de la pire espèce, qui exprime une colère d’autant plus dangereuse qu’elle paraît vide de vraie motivation, qui cherche son objet.  C’est un bonimenteur accompli, qui prétend être pour « le peuple » qu’il méprise visiblement, étant le protégé des mégalomanes comme Jacques Attali à l’ambition illimitée. Macron n’a pas honte d’utiliser la Shoah comme argument électoral, de visiter Oradour pour se donner une dimension pathétique. Le faux et l’usage de faux. L’aspect connu du personnage est un avertissement. L’aspect inconnu est encore plus inquiétant.

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Elle : la fille très douée en train de « tuer le père » (en jargon psy), c’est à dire de suivre son propre chemin.  Déjà son père n’était pas « fasciste » mais un tribun des petits commerçants qui, dépité par la perte de l’Algérie française, avait utilisé son bagout pour fédéraliser un ramassis de perdants de l’histoire sans autre ambition que de râler. Les Mitterrandiens ont trouvé utile de gonfler ce club de vieux réacs en menace pour la République, pour mieux cacher leur abandon des politiques socialisantes.

L’héritière a d’autres idées.

Il est très vraisemblable que pour Marine, la dédiabolisation n’est pas un moyen mais le but. Elle a souffert, jeune, d’être « la fille de » et depuis qu’elle prend en main le parti de papa elle se libère de lui comme elle se libérera du parti si jamais elle est élue.  Avec Philippot et d’autres de sa génération on verra sans doute naître le « Parti des Patriotes »…

Sa plus grande faute est son islamophobie exagérée, qui n’a même pas réussi à plaire au CRIF, mais qui l’amène à prendre des positions ridicules et impossibles à implémenter, telle l’interdiction du voile musulman dans la rue, qui montre qu’elle n’a pas complété sa mue.

 La Recomposition Politique

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan est d’abord une caution personnelle, pour signaler qu’elle est fréquentable. Si jamais elle gagne, d’autres ralliements ne tarderont pas de marginaliser ce qui reste du vieux parti paternel.

L’ironie veut que Dupont-Aignan, qui vient la « dédiaboliser », est plus à droite qu’elle sur certains sujets.  N’empêche : sa démarche vise à une recomposition du paysage politique qui permettrait de développer plus de clarté dans les débats.  Le grand avantage d’une Présidence Marine Le Pen pourrait être de mettre fin à la peur de revenants et d’être plongé dans les querelles et les problèmes du présent. Le fait que le tandem Marine-Nicolas ne sera pas « fasciste » pourra crever l’abcès et obliger la gauche de se renouveler sur les bases plus réalistes.

Le « danger fasciste » est imaginaire.  Un autre danger existe : l’incapacité de gouverner causée par l’opposition atlantiste/européenne d’en haut et les troubles causés par les protestations « anti-fascistes » d’en bas. Le Pen risque de ne pas pouvoir prouver qu’elle n’est pas « fasciste » parce que les désordres de rue appelleront une répression qui sera vue comme la confirmation de l’accusation. Un cercle vicieux est à craindre.

La montée du vrai fascisme fut accompagné de violence, de bagarres de rue, où des bandes fascistes intimidaient leur adversaires, les privaient de parole, les attaquaient physiquement. Et qu’est-ce qu’on voit aujourd’hui ? Les bandes d’autoproclamés « antifa » qui se comportent exactement de cette façon, perturbant les réunions et s’attaquant aux individus qu’ils accusent de « fascisme » pour leur esprit critique. Ils sont en effet les milices du système, les chiens de garde de la confusion politique. Aujourd’hui par leur comportement, les « anti-fascistes » sont les seuls authentiques fascistes en vue.

Pour être vraie, une gauche renouvelée devra renoncer à sa fictive « lutte contre le fascisme » pour lutter contre le vrai ennemi : l’impérialisme en forme de « globalisation », les guerres pour détruire le Moyen Orient, la dictature de la finance et une politique « identitaire » qui divise les peuples. Dans cette élection, la gauche a perdu. Elle a une dernière chance de choisir son adversaire politique de demain. Ou c’est la politique du pire, avec Macron. Ou c’est le choix d’un adversaire vraiment politique, avec lequel on peut trouver les désaccords et même des accords, mais basés dans la réalité du présent.

Et la classe ouvrière dans tout cela ? Actuellement, beaucoup d’ouvriers votent pour Marine Le Pen. Lorsque le Président Macron se hâtera de poursuivre le démantèlement de l’état social qu’il avait déjà entamé dans le gouvernement Hollande, je me demande avec quel enthousiasme les ouvriers qui ont voté Marine Le Pen iront rejoindre les partis « de gauche » qui auraient contribué à élire Macron en « barrant la route au fascisme ».  Quelle sera la gratitude de la classe ouvrière pour cette héroïque protection ?

Si jamais Le Pen était élue, la gauche de Mélenchon deviendrait l’opposition principale, avec toutes ses chances.

Dimanche 7 mai 2017 en France. Deux Candidats et la Recomposition Politique. Par Diana Johnstone

Macron élu, adulé par les médias, deviendra « la gauche » renouvelée, style Clinton et Blair. Mélenchon sera « l’extrême gauche » marginalisée encore. La dernière illusion d’une gauche aux abois est d’imaginer que son intérêt serait d’élire Macron « pour le combattre ». En toute probabilité, l’opposition principale à cette fausse gauche sera… la droite.

Diana Johnstone

 

Diana Johnstone s’oppose activement aux guerres impérialistes américaines depuis 50 ans. Elle est auteur de plusieurs livres. Elle écrit l’introduction et la conclusion du livre des mémoires de son père, Paul H. Johnstone, From MAD to Madness : Inside Pentagon Nuclear War Planning, Clarity Press, Atlanta, 2017.

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MACRON veut "défendre l'Europe"...Face aux Français ? Le journal "Ruptures".

4 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La nation ., #l'horreur économique, #Le grand banditisme

Macron veut «défendre l'Europe»... face aux Français ?
Découvrez Ruptures : https://ruptures-presse.fr/

Cette vidéo étant postée pendant l'entre-deux-tours, nous préférons le préciser : Ruptures n'a pas l'ambition de faire campagne pour quelque candidat que ce soit. Il se trouve qu'Emmanuel Macron se définit lui-même comme un candidat «pro-UE» et que Ruptures se positionne comme «radicalement euro-critique».

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