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Le blog de Lucien PONS

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Syriza, le pillage et l’effondrement: Quand la « gauche dure » épouse les politiques de la droite dure.

21 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #Europe supranationale, #Economie, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Le fascisme, #Le grand banditisme

Syriza, le pillage et l’effondrement: Quand la « gauche dure » épouse les politiques de la droite dure

Par Prof. James Petras

Mondialisation.ca, 24 juin 2015

Syriza, le pillage et l’effondrement: Quand la « gauche dure » épouse les politiques de la droite dure.

La Grèce a fait les manchettes de la presse financière internationale durant les cinq derniers mois, alors qu’un parti de gauche nouvellement élu, « Syriza », s’oppose ostensiblement aux soi-disant « mesures d’austérité » en confrontant la troïka (le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne).

Dès le début, les dirigeants de Syriza, mené par Alexis Tsipras, ont adopté plusieurs positions stratégiques aux conséquences fatales relativement à la mise en œuvre de leurs promesses électorales d’élever le niveau de vie, de mettre fin à la vassalité envers la « troïka » et de se doter d’une politique étrangère indépendante.

Nous allons procéder en décrivant les échecs systémiques initiaux de Syriza et les concessions ultérieures érodant davantage le niveau de vie grec, tout en accentuant le rôle de la Grèce comme collaborateur actif de l’impérialisme étasunien et israélien.

Gagner les élections et céder le pouvoir

La gauche européenne et nord-américaine a célébré la victoire électorale de Syriza comme une rupture avec les programmes d’austérité néolibérale et le lancement d’une alternative radicale, laquelle mettrait en place des initiatives populaires en faveur de changements sociaux fondamentaux. Ces initiatives comprendraient des mesures pour créer des emplois, restaurer les pensions, annuler les privatisations et réorganiser les priorités du gouvernement en favorisant le paiement des salariés avant le remboursement des banques étrangères. La « preuve » de l’existence du programme de réforme radicale se trouvait dans le « Manifeste de Thessalonique », lequel, promettait Syriza, serait le programme guidant ses nouveaux élus.

Toutefois, avant d’avoir été élu et immédiatement après, les dirigeants de Syriza ont pris trois décisions fondamentales empêchant toute modification profonde. En effet, ces décisions ont établi un parcours réactionnaire.

En premier lieu, Syriza a accepté la dette extérieure de plus de 350 milliards de dollars comme légitime, bien qu’elle ait été approuvée par les kleptocrates du gouvernement précédent, des banques corrompues et des intérêts commerciaux, immobiliers et financiers. Pratiquement aucune partie de cette dette n’a été utilisée pour financer des activités productives ou des services cruciaux qui renforceraient l’économie et la future capacité de la Grèce à rembourser les prêts.

Des centaines de milliards d’euros ont été planqués dans des comptes bancaires et des biens immobiliers à l’étranger ou investis dans des actions et des obligations à l’étranger. Après avoir d’abord affirmé la « légitimité » de la dette illicite, Syriza a ensuite déclaré sa « volonté » de payer cette dette. La « troïka » a immédiatement compris que le nouveau gouvernement Syriza serait un otage volontaire se soumettant à plus de coercition, de chantage et de paiements de la dette.

Deuxièmement, en lien avec ce qui précède, Syriza a déclaré sa détermination à demeurer au sein de l’Union européenne et de la zone euro, renonçant ainsi à sa souveraineté et à sa capacité d’élaborer une politique indépendante. Le parti a exprimé sa volonté de se soumettre aux exigences de la troïka. Une fois sous l’emprise de celle-ci, la seule politique de Syriza consisterait à « négocier », « renégocier » et faire de nouvelles concessions aux banques étrangères de l’UE dans un processus totalement unilatéral. La soumission rapide de Syriza à la troïka était la deuxième trahison stratégique de son programme électoral, mais pas la dernière.

Une fois que Syriza eut démontré à la troïka sa volonté de trahir son programme populaire, cette dernière s’est montrée plus exigeante et plus intransigeante. Bruxelles a considéré la rhétorique gauchiste de Syriza et ses gestes théâtraux radicaux comme de la poudre aux yeux de l’électorat grec. Les banquiers européens savaient que lorsqu’il serait temps de négocier de nouveaux accords de prêt, les dirigeants de Syriza capituleraient. Pendant ce temps, la gauche euro-étasunienne a complètement avalé la rhétorique radicale de Syriza sans regarder ses pratiques.

Troisièmement, dès son entrée en fonction, Syriza a négocié une coalition avec les Grecs indépendants, un parti d’extrême-droite, pro-OTAN, xénophobe et anti-immigration, garantissant que la Grèce continuerait à soutenir les politiques militaires de l’OTAN au Moyen-Orient, la campagne brutale de l’Ukraine et Israël contre la Palestine.

Quatrièmement, la majeure partie du Cabinet nommée par le premier ministre Tsipras n’avait aucune expérience dans la lutte des classes. Pire encore, la plupart étaient des universitaires et d’anciens conseillers du PASOK, sans aucune capacité ou volonté de rompre avec les diktats de la troïka. Leur « pratique » académique était constituée en grande partie de « combats » théoriques mal adaptés à de réelles confrontations avec des puissances impériales agressives.

De l’égratignure à la gangrène

En capitulant devant l’UE dès le début, en acceptant, entre autres, de payer la dette illégitime, en s’alliant à l’extrême droite et en se soumettant aux diktats de la troïka, la table était mise pour que SYRIZA trahisse toutes ses promesses et alourdisse le fardeau économique de ses partisans. Les pires trahisons comprennent : (1) ne pas avoir rétabli le paiement des pensions (2) ne pas avoir réinstauré le salaire minimum; (3) ne pas avoir annulé les privatisations; (4) ne pas avoir mis fin aux programmes d’austérité; et (5) ne pas avoir augmenté les fonds pour l’éducation, la santé, le logement et le développement local.

La troïka et ses publicistes de la presse financière exigent que Syriza fasse davantage de compression dans le régime de retraite grec, appauvrissant ainsi plus de 1,5 million de travailleurs retraités. Contrairement aux « exemples » bidons des médias sur les pensions généreuses dont jouissent moins de 5 % des retraités, les Grecs ont subi les plus importantes réductions de fonds de retraite en Europe au cours du dernier siècle. La troïka a réduit les pensions grecques huit fois au cours des quatre dernières années seulement. La grande majorité des pensions ont été réduites de près de 50 % depuis 2010. La pension moyenne est de 700 euros par mois, mais 45% des retraités grecs reçoivent moins de 665 euros par mois, un revenu se situant sous le seuil de pauvreté. Toutefois, la troïka exige des réductions encore plus importantes.

Celles-ci comprennent la fin des subventions budgétaires pour les retraités vivant dans l’extrême pauvreté, une augmentation de l’âge de la retraite à 67 ans, l’abolition des dispositions des plans de retraite liées aux travaux dangereux et favorisant les mères au travail. Les mesures régressives antérieures, imposées par la Troïka et mises en œuvre par le régime de coalition d’extrême droite précédent, ont sérieusement épuisé la caisse de retraite grecque. En 2012, le programme de « restructuration de la dette » de la troïka a mené à la perte de 25 milliards d’euros en réserves détenues par le gouvernement grec dans des obligations gouvernementales.

Les politiques d’austérité de la troïka ont veillé à ce que les réserves de la caisse de retraite ne soient pas renouvelées. Les contributions ont chuté lorsque le chômage a grimpé à près de 30 % (Financial Times, 05-06-15, p4). Malgré l’assaut frontal de la troïka sur le régime de retraite grec, l’« équipe économique » de Syriza a exprimé sa volonté d’augmenter l’âge de la retraite, de réduire les pensions de 5 % et de négocier pour trahir à nouveau les retraités qui font face à la misère. Syriza a non seulement manqué à sa promesse de campagne consistant à annuler les politiques régressives précédentes, mais s’est aussi engagé dans ses propres traîtrises « pragmatiques » avec la troïka.

Pire encore, Syriza a intensifié les politiques de ses prédécesseurs réactionnaires. Syriza (1) a promis de geler les privatisations, mais le parti s’engage maintenant à les accroître de 3,2 milliards d’euros et de privatiser d’autres secteurs publics; (2) a accepté de transférer des ressources publiques limitées à l’armée, dont un investissement de 500 millions d’euros pour mettre à jour l’Armée de l’Air grecque; (3) a pillé la caisse nationale de retraite et les trésoreries municipales pour plus d’un milliard d’euros afin de payer la dette à la troïka; (4) a réduit les investissements publics pour la création d’emplois dans des projets d’infrastructure afin de respecter les délais de la troïka; (5) a accepté un excédent budgétaire de 0,6 % au moment où la Grèce a un déficit de 0,7 % cette année, ce qui signifie davantage de réductions plus tard cette année; (6) a promis de réduire la TVA sur les éléments essentiels comme la nourriture, mais accepte aujourd’hui un taux de taxation de 23 %.

La politique étrangère de Syriza imite celle de ses prédécesseurs. Le ministre de la Défense de Syriza, Panos Kammenos, issu de l’extrême droite, était un fervent partisan des sanctions étasuniennes et européennes contre la Russie. Malgré la vague habituelle de fausse « dissidence » face aux politiques de l’OTAN, Syriza a totalement capitulé par la suite, afin de maintenir une bonne réputation au sein de l’OTAN. Le régime de Syriza a permis à tous les kleptocrates et fraudeurs fiscaux bien connus de conserver leur richesse illicite et d’augmenter leurs avoirs à l’étranger grâce au transfert massif de leurs «économies » à l’extérieur du pays. À la fin mai 2015, le Premier ministre et le ministre des Finances, Tsipras Varofakis, ont vidé le trésor public pour effectuer des paiements sur la dette, augmentant ainsi les perspectives que les retraités et les travailleurs du secteur public ne reçoivent pas leurs prestations. Après avoir vidé le Trésor grec, Syriza va maintenant imposer la « solution de la troïka » à la masse grecque appauvrie : ou vous acceptez un nouveau plan d’« austérité », réduisant les pensions, augmentant l’âge de la retraite, éliminant les lois du travail protégeant la sécurité d’emploi et les droits de négociation des travailleurs ou les caisses de l’État seront vides, vous n’aurez pas de pensions, le chômage augmentera et la crise économique s’aggravera. Syriza a délibérément vidé le trésor public, pillé les fonds de pension et les fonds municipaux pour faire du chantage à la population et la pousser à accepter comme un « fait accompli » les politiques régressives de banquiers intransigeants de l’UE, les soi-disant « programmes d’austérité ».

Dès le tout début, Syriza s’est plié aux diktats de la troïka, même lorsqu’il simulait leur « résistance de principe ». Ils ont d’abord menti à l’opinion publique grecque, qualifiant la troïka de « partenaires internationaux ». Ensuite, ils ont menti à nouveau en qualifiant le mémorandum de la troïka pour une plus grande austérité de « document de négociation ». Les tromperies de Syriza étaient destinées à dissimuler le fait qu’il maintenait le « cadre » très impopulaire imposé par le précédent régime discrédité de la droite dure.

Alors qu’il pillait les ressources du pays pour payer les banquiers, Syriza s’est davantage soumis aux puissances étrangères. Son ministre de la Défense a offert de nouvelles bases militaires pour l’OTAN, dont une base aérienne-maritime sur l’île grecque de Karpathos. Le parti a accru l’appui politique et militaire de la Grèce à l’intervention militaire des États-Unis et de l’UE au Moyen-Orient, ainsi que son soutien aux « terroriste modérés », invoquant le prétexte ridicule de « protéger les chrétiens ». Syriza, s’attirant les bonne grâces des sionistes européens et étasuniens, a renforcé ses liens avec Israël, évoquant une « alliance stratégique » avec l’État terroriste pratiquant l’apartheid. Dès les premiers jours de son mandat, Kammenos, le ministre de la Défense de la droite dure, a proposé la création d’un « espace de défense commun » incluant Chypre et Israël, appuyant ainsi le blocus aérien et maritime de Gaza par l’État hébreu.

Conclusion

La décision politique de Syriza d’« intégrer » à tout prix l’UE et la zone euro, signale que la Grèce continuera d’être un État vassal, trahissant son programme et adoptant des politiques profondément réactionnaires, tout en claironnant sa fausse rhétorique gauchiste et en feignant de « résister » à la troïka. Bien que Syriza ait pillé la caisse de retraite nationale et les trésoreries locales, de nombreux gauchistes égarés en Europe et aux États-Unis continuent d’accepter et de rationaliser les décisions du parti qu’ils choisissent de qualifier de « compromis réalistes et pragmatiques ».

Syriza aurait pu confisquer et utiliser 32 milliards de dollars d’actifs immobiliers détenus par les Forces armées grecques afin de mettre en œuvre un plan d’investissement et de développement différent, soit louer ces propriétés à des ports maritimes commerciaux, des aéroports et des installations touristiques.

Syriza a enfoncé la Grèce encore plus profondément dans la hiérarchie dominée par la finance allemande en abandonnant son pouvoir souverain d’imposer un moratoire sur la dette, de quitter la zone euro, gérer les ressources financières, rétablir une monnaie nationale, d’imposer des contrôles de capitaux, de confisquer des milliards d’euros dans les comptes illicites à l’étranger, mobiliser des fonds locaux pour financer la reprise économique et réactiver le secteur public et privé. À plusieurs reprises, le faux « secteur gauche » au sein de Syriza a formulé d’impuissantes « objections », pendant que la mascarade Tsipras -Varofakis procédait à la capitulation ultime.

En fin de compte, Syriza a aggravé la pauvreté et le chômage, augmenté le contrôle étranger sur l’économie, érodé davantage le secteur public, facilité le licenciement des travailleurs et réduit les indemnités de départ, tout en augmentant le rôle de l’armée grecque en resserrant ses liens avec l’OTAN et Israël.

Autre fait tout aussi important, Syriza a totalement vidé la phraséologie gauchiste de toute signification cognitive : pour ses membres, la souveraineté nationale se traduit par la vassalité aux puissances étrangères, et l’anti-austérité consiste à capituler de façon pragmatique devant une nouvelle forme d’austérité. Lorsque l’accord Tsipras-troïka sera finalement signé et que l’opinion publique grecque prendra conscience des ravages que fera l’austérité dans les prochaines décennies, nous espérons que les trahisons susciteront une répulsion massive. Peut-être qu Syriza se divisera et que la « gauche » abandonnera enfin ses postes ministériels tranquilles pour aller rejoindre les millions de mécontents afin de former un autre parti.

James Petras

Article original en anglais: Syriza: Plunder, Pillage and Prostration: How the ‘Hard Left’ Embraces the Policies of the Hard Right, publié le 15 juin 2015.

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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Les manœuvres OTAN impliquant 2 000 militaires de 18 pays démarrent à l’ouest de l’Ukraine

20 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #Ukraine, #Le fascisme

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La perle de François Hollande

20 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #L'OTAN., #Israël - palestine - Moyen-Orient, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La guerre, #L'armée française, #Terrorisme, #Le fascisme

La perle de François Hollande

On attendait François Hollande sur la Grèce, mais c’est à propos de l’accord sur le nucléaire iranien que le Président a eu la sortie la plus inattendue, dans ce très insipide entretien du 14-Juillet conduit par Claire Chazal et David Pujadas. Une vraie perle en réalité. Voulant justifier l’interdiction faite à l’Iran de posséder la bombe, il a mis en garde contre les risques de « prolifération ». « Si l’Iran a la bombe, a-t-il dit, l’Arabie saoudite et Israël voudront la bombe… » Feignant d’ignorer qu’Israël possède déjà plusieurs centaines de têtes nucléaires.

Comme on pouvait le prévoir, François Hollande ne s’est pas privé de faire valoir son bilan dans le dossier grec. « Je ne dis pas que c’est la France qui a gagné », a-t-il dit. Mais, visiblement, il le pense très fort… Sur le fond, il s’en est tenu à une langue de bois impeccable. Non, la Grèce n’a pas été humiliée, « l’humiliation aurait été que la Grèce soit licenciée » de la zone euro. Et non, le couple franco-allemand n’a pas été « affaibli ». On aura tout de même compris sur qui la France a fait pression à Bruxelles. « J’ai dit à Alexis Tsipras : "Aide-moi à t’aider." » Mais rien sur le contenu d’un « accord » qui dépouille pourtant la Grèce économiquement et politiquement.

Pour le reste, rien de neuf. Il sera candidat en 2017 s’il inverse la courbe du chômage. Sans que l’on sache très bien s’il s’agit de la baisse réelle du chômage ou du « ralentissement de la hausse »… Finalement, les mauvaises langues diront que l’information la plus importante est venue tout près de la conclusion de cet entretien plus rituel que jamais lorsqu’en réponse à une question, il a affirmé : « Je suis un homme de gauche »

Nota Bene :

Photo : ALAIN JOCARD / AFP

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La Grèce a capitulé : mais devant qui exactement ? (Counterpunch). Par Diana Johnstone.

19 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #L'OTAN., #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée, #Les transnationales, #Le grand banditisme, #Terrorisme

 

La Grèce a capitulé : mais devant qui exactement ? (Counterpunch)

Le 12 Juillet, la capitulation de la Grèce fut abjecte et totale. Le Premier ministre Alexis Tsipras, qui avait promis de lutter contre les mesures d’austérité qui entraînent le peuple grec vers la ruine, la pauvreté et le suicide, qui a trahi toutes ses promesses, nié la volonté du peuple exprimée lors du référendum du 5 Juillet, et conduit le parlement grec à accepter un accord avec les créanciers de la nation, encore pire que tous ceux qui avaient déjà provoqué la récession économique et fait disparaître les dernières traces de souveraineté nationale.

Oui, la Grèce a capitulé sans condition, comme cela a été soigneusement et éloquemment exprimée ici sur Counterpunch et ailleurs. Mais une question cruciale reste en suspens. Devant qui, exactement, la Grèce a-t-elle capitulé ?

Une réponse courante à cette question est : l’Allemagne. Les pauvres Grecs ont capitulé devant les Allemands arrogants. Ce thème a servi à raviver des sentiments anti-allemands laissés par la Seconde Guerre mondiale. Frau Merkel est dépeinte comme la méchante sans cœur. Une chose est sûre : l’animosité entre la Grèce et l’Allemagne suscitée par cette catastrophe de la dette est la preuve que le « rêve européen » de transformer les nations historiques de l’Europe occidentale en une seule fédération fraternelle, sur le modèle des États-Unis d’Amérique, est un échec total. Le sentiment d’appartenance à une seule nation, avec tous pour un et un pour tous, est tout simplement inexistant entre les peuples dont les langues, les traditions et les coutumes sont aussi diverses que celles entre les Finlandais et les Grecs. L’adoption d’une monnaie commune, loin de les réunir, les a éloignés.

Mais cette catastrophe a-t-elle été réellement dictée par les méchants Allemands ?

En réalité, de très nombreux Allemands, du ministre des Finances de droite extrème, Wolfgang Schäuble, jusqu’à à l’ancien chef du parti de gauche "Die Linke" Oskar Lafontaine, auraient préféré une toute autre solution : la sortie de la Grèce de la zone euro. Schaüble pensait aux finances allemandes, tandis que Lafontaine pensait à ce qui serait le mieux pour le peuple grec - et de l’Europe dans son ensemble.

Entre ces deux extrêmes, un compromis allemand aurait pu éviter la capitulation abjecte du 12 Juillet, en organisant le retour de la Grèce à sa monnaie nationale, la drachme.

En effet, au moment du référendum grec, une majorité de gouvernements créanciers de l’Union européenne aurait préféré voir la Grèce quitter la zone euro.

Le seul gouvernement qui chanta victoire sur la reddition grecque était le gouvernement français de François Hollande. Dans les négociations de dernière minute, la France a pris la position que la Grèce devait absolument être maintenue dans la zone euro, afin de "sauver l’Europe". Les commentateurs français se réjouissent que Hollande "a tenu tête à Merkel" et sauvé à la fois le sacro-saint « couple franco-allemand » et l’Union européenne elle-même en insistant pour que la Grèce garde la monnaie forte qui est en train de la tuer.

Pouvons-nous donc conclure que la Grèce a capitulé devant la France ?

Ne soyons pas ridicule. La dette française est comparable à celle de la Grèce, à la différence, bien sûr, que la France a une véritable économie. Après l’Allemagne, c’est la France qui détient la plus grande part de la dette grecque. Néanmoins, la France est menacée aussi par les règles de la zone euro qui imposent des servitudes de la dette aux Etats membres d’Europe du Sud. La France n’est pas en mesure de dicter la politique économique de l’Allemagne.

Et cette observation nous amène à un facteur qui a été négligé dans l’affaire grecque : le rapport des forces au sein de la « communauté transatlantique » et sa branche militaire, l’OTAN.

Les Etats-Unis ont été relativement discrets au cours de cette crise, mais la volonté de Washington est connue. La Grèce doit être étroitement maintenue au sein de l’Union européenne, pour des raisons géopolitiques. Il suffit de regarder où est située la Grèce et ce qu’elle est : un pays chrétien orthodoxe qui entretient de bonnes relations traditionnelles avec la Russie, située sur la Méditerranée non loin de « La Russie de Poutine ». La Grèce ne doit pas être autorisée à s’éloigner. Point.

Une autre question qui a été totalement négligée : est-il possible pour un pays membre de l’OTAN d’adopter une politique contraire aux intérêts des Etats-Unis ? Est-il libre d’opter pour des relations vraiment amicales avec la Russie ? La Grèce a connue un putsch militaire dans un passé pas si lointain. Le commandement et le contrôle des pays membres de l’OTAN est étroitement surveillé par l’armée des États-Unis.

Depuis que l’ancien président Nicolas Sarkozy a inversé le mouvement stratégique du général de Gaulle pour assurer l’indépendance nationale et fait rentrer la France au sein du commandement de l’OTAN, la France s’est alignée sur Washington à un niveau sans précédent. Avec sa brève show de « tenir tête à Mme Merkel », François Hollande a en fait mis en oeuvre la politique de Victoria Nuland.

L’Union européenne (y compris l’Allemagne) continuera à se débattre avec son « problème grec », tandis que la Grèce continuera à être étranglée par l’Union européenne.

La capitulation européenne devant les États-Unis a eu lieu il y a environ soixante-dix ans. Elle fut accueillie comme une libération, bien sûr, mais s’est transformée en une domination durable. Elle a été tout simplement reconfirmée par la capitulation grecque du 12 Juillet 2015. Et cette capitulation fut imposée par une idéologie hégémonique de plus en plus anti-nationaliste, particulièrement forte à gauche, qui considère le « nationalisme » comme la source de tout mal, et l’Union européenne la source de tout bien, puisqu’elle détruit la souveraineté des nations. Cette idéologie est tellement dominante à gauche que très peu osent la contester - et Syriza était de gauche exactement de cette façon, croyant à la vertu de « l’appartenance à l’Union européenne », quelle que soit la douleur et la souffrance que cela implique. Ainsi Syriza n’a même pas préparé la sortie de la zone euro, et encore moins la sortie de l’Union européenne.

En conséquence, seuls les partis « d’extrême droite » osent défendre la souveraineté nationale. Ou plutôt, toute personne qui défend la souveraineté nationale sera étiquetée « extrême droite ». Il est trop facile d’oublier que sans la souveraineté nationale, il ne peut y avoir de démocratie, pas de volonté du peuple. Alors que la catastrophe grecque oblige de plus en plus d’Européens à avoir de sérieux doutes sur la politique de l’UE, le désir croissant de réaffirmer la souveraineté nationale se heurte à l’obstacle des stéréotypes gauche-droite. Une grande partie de la gauche européenne se retrouve de plus en plus prise dans la contradiction entre son "rêve européen" anti-nationaliste et la destruction de la démocratie par la bureaucratie financière de l’UE. Le drame grec est le premier acte d’un conflit européen long et confus.

Diana Johnstone

Traduction "plus forte sera la chute" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» http://www.counterpunch.org/2015/07/17/greece-surrendered-but-to-whom-exactly/
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A l’heure grecque : pourquoi ne pas supprimer le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ? Robert Charvin.

11 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #Europe supranationale, #Economie, #La France, #La finance dérégulée, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Terrorisme, #Le fascisme

L'indépendance des peuples, leur droit à disposer d'eux-mêmes, l'égale souveraineté des États font l'objet d'une contestation de fait de plus en plus vive de la part des puissances occidentales.

 



On a en mémoire les prétentions du « national-socialisme » et son « Ost-politique » visant à transformer les peuples européens écrasés militairement en colonies pour que l’Allemagne ait une main d’œuvre, des terres et des ressources minières à bas prix, au nom de la supériorité de la race aryenne et de « l’espace vital » allemand : la souveraineté des États était purement et simplement niée.

On se souvient de l’hostilité au temps de la « décolonisation » au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est-à-dire lorsque les mouvements de libération nationale voulaient en finir avec une domination directe exercée par quelques États européens, au nom d’une « missions civilisatrice » qui n’en finissait pas et qui générait un racisme institutionnalisé.

Jusqu’à la veille des indépendances, la pensée dominante, en France par exemple, considérait que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe fondamental de la Charte des Nations Unies, n’était qu’une disposition « politique » sans valeur juridique positive ni force contraignante.

Les États colonisateurs, la France en particulier, invoquaient leur souveraineté dans les affaires coloniales et l’exception de compétence réservée contre toute intervention de l’ONU. Ils allaient jusqu’à refuser de communiquer les renseignements sur l’évolution des « territoires non autonomes » en violation de l’article 73 de la Charte[1] .

En tout état de cause, lorsque le principe de souveraineté protégeait les colonisateurs contre les indépendances, il était « sacralisé » ! Il servait à neutraliser le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui n’était, selon les puissances européennes, qu’une condamnation à posteriori de la volonté de conquête de l’Allemagne nazie contre les autres pays européens.

1. Aujourd’hui on constate que les grands États occidentaux, avec plus ou moins de retenue, refusent toute souveraineté aux peuples et aux États qui manifestent leur insoumission à une dominance qui est celle, avant tout, de pouvoirs privés (banques, firmes transnationales) qui n’ont pourtant aucune légitimité et aucun titre à exercer leur hégémonie.

Ces pouvoirs publics et privés occidentaux ne supportent aucun contre-pouvoir : ils applaudissent à l’exercice démocratique des élections et même aux « révolutions » seulement lorsqu’ils s’inscrivent dans la mouvance du système néolibéral.

Tous les « drapeaux » politiques sont tolérés pourvu qu’ils confortent l’espace financier et économique ouvert aux intérêts privés dominants : il peut s’agir du Qatar, de l’Arabie Saoudite, quasi-féodaux et plus ou moins salafistes, de la Colombie des trafiquants de stupéfiants, de la Lettonie ou de la Hongrie qui malmènent les droits des minorités. Cette « diversité » n’a aucune importance : les responsables de ces pays savent parfaitement signer des contrats « rentables » pour eux-mêmes et pour l’oligarchie planétaire. Cette capacité basique est jugée suffisante !

Par contre, tous les moyens sont utilisés pour détruire les forces qui ne jouent pas suffisamment le jeu du néolibéralisme. Soit pour les empêcher d’accéder au pouvoir politique de leur pays, soit pour les liquider (et avec eux, s’il le faut, l’État) s’ils y sont. C’est ainsi que la Grèce de Syrisa est menacée.

Leur conception de la démocratie est très restrictive : elle ne concerne pas les droits économiques et sociaux ; elle est favorable au principe du pluralisme tout en marginalisant, par tous les moyens, ceux qu’elle considère comme « extrémistes », variables selon les circonstances ; elle se fait la championne de la liberté d’expression dont elle fixe cependant des limites (en France, par exemple, on applaudit vivement à « Charlie » mais on assassine certaines émissions dérangeantes de radio ou de télévision et le droit à l’information est sous le contrôle strict de quelques oligarques). La démocratie à l’occidental est en réalité surtout celle du bavardage : l’impact recherché est une canalisation « soft » vers une pensée unique !

A défaut, on multiplie des « coups procéduraux », les blocages financiers, les sanctions de toutes natures. Ce que subit la Grèce de Syrisa en est une illustration : celle des Colonels et de la droite associée au Parti socialiste bénéficiait au contraire de toutes les indulgences, comme aujourd’hui la Hongrie de Orban ou la Lettonie, spécialiste en maltraitance des minorités, malgré les obligations de principe des membres de l’Union Européenne.

Enfin, on répugne de moins en moins à utiliser la violence et la force armée pour réaliser des coups d’état sous couverture « populaire ».

Le pouvoir néolibéral, à tous les niveaux, n’accepte pas son éventuelle remise en cause : les enjeux sont en effet devenus gigantesques.

Il n’entend pas dissoudre l’État : celui-ci joue un rôle d’auxiliaire des pouvoirs privés très utile. Sauf bien sur, si l’État les perturbe ; dans ce cas, ils n’hésitent pas à le casser, lui préférant le chaos dont ils pourront, au moins partiellement, tirer profit. C’est le cas en Irak, en Libye, en Syrie, au Yémen.

Il sait aussi le faire imploser en créant des micro États peu viables, comme ce fut le cas pour la Yougoslavie. A l’époque de l’abaissement des frontières, de l’intensification des relations transnationales, ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir augmenter le nombre d’États, souvent artificiels, comme le Kosovo, par exemple !

Ce pouvoir néolibéral global dont le cœur est étasunien a les moyens financiers d’organiser la subversion à l’intérieur des États et de transformer les inévitables conflits internes en guerre civile rapidement internationalisée, comme en Ukraine.

Il apparaît très ambigu dans la guerre contre Daech et son Califat, médiatiquement mis au premier plan, mais qu’il semble vouloir instrumentaliser (par exemple, contre Damas) tout en le combattant... avec modération : les Islamistes ont le mérite de participer à la destruction des États et de leurs frontières[2] !

Les institutions régionales participent aussi de ce bouleversement de l’ordre international. Les États-Unis ont ainsi réussi à subordonner le Canada et à exploiter le Mexique dans une structure commune ; l’Union Européenne a permis de ligoter ses États membres, imposant, quelles que soient les réactions politiques (en France en 2005, par exemple), une logique néolibérale à tous. La souveraineté de la Grèce, par exemple, n’est qu’une formule creuse, même si le Président Hollande prend la précaution hypocrite de rappeler qu’il « respecte » la démocratie grecque, sans pour autant en tirer la moindre conséquence politique !

2. Malgré cette pratique sans retenue, la pensée néolibérale reste honteuse

Dans les années 1930-1940, les courants autoritaires qui s’exprimaient dans toute l’Europe, et pas seulement en Allemagne, s’opposaient frontalement aux courants progressistes.

L’Espagne républicaine a été agressée par les armées allemandes et italiennes en soutien aux rebelles franquistes au mépris le plus absolu de la souveraineté de l’État espagnol.

Une fois vaincues, les forces progressistes étaient éliminées au nom de principes marqués de radicalité totalitaire.

Aujourd’hui,les dominants néolibéraux sont handicapés par leur faux démocratisme et leur pseudo « droitdel’hommisme ». Ils s’efforcent donc de conjuguer la poursuite de leurs intérêts par tous les moyens en les enveloppant de doctrines et de discours « humanistes », qui ont aussi l’avantage de contribuer à « tuer le politique » dans l’opinion[3] ! Ils avancent masqués.

Toutes les violations de la souveraineté, par des résolutions du Conseil de Sécurité, comme par les grandes puissances occidentales intervenant unilatéralement, s’appuient formellement et sans complexe sur un rappel approximatif du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’égale souveraineté des États consacrés par la Charte des Nations Unies.

Un certain droit humanitaire annihile le droit international général dont la Charte est le noyau dur et unifie les règles applicables aussi bien aux conflits internes qu’aux affrontements internationaux.

Les juristes de Cour, proches des ministères et de l’OTAN, inventent successivement, selon l’air du temps, ce qu’ils voudraient être de nouvelles normes, parfaitement adaptées aux intérêts d’une « globale gouvernance » de type occidentalo-libéral.

Le professeur Mario Bettati, par exemple, qui a été conseiller du Ministre des Affaires Étrangères, B. Kouchner, n’a cessé de militer, dans tous les cénacles de juristes « officiels » en faveur du « droit d’ingérence », première mouture de l’interventionnisme occidental anti-souveraineté, puis de la « responsabilité de protéger », seconde mouture « rafraîchissant » un droit d’ingérence largement discrédité, notamment dans les pays du Sud. Et de dénoncer la Russie (pour le Tchétchénie), la Chine (pour le Tibet) ou la Birmanie (ce qui ne coûte rien à personne), dans le droit fil de la stratégie de l’OTAN.

Pour M. Bettati et consorts (notamment l’Organisation internationale de la Francophonie qui a oublié sa raison d’être originaire), la légitimité des « guerres justes » (concept archaïque et nocif) ne peut être limitée par une légalité « dépassée » : on feint, dans la doctrine occidentale dominante (dont les acteurs sont médiatiquement et professionnellement privilégiés), de croire à une philanthropie internationale incarnée par le seul Occident. Il s’agirait « d’épargner la douleur de l’injustice, le scandale de l’impunité, la révolte de la dignité bafouée » (sic)[4] .

Cependant, cette « responsabilité de protéger » implique qu’une puissance tierce (ou une alliance politico-militaire comme l’OTAN) soit mieux à même d’assurer la protection des populations civiles que l’État directement responsable de ses citoyens.

Pourtant, de nombreuses questions sans réponse se posent :

• Seuls les États puissants sont en mesure d’user de cette pseudo nouvelle norme.

• La logique universaliste qui soutend le droit international et le principe établi de l’égale souveraineté des États est balayée au profit de certains « super » États s’autoproclamant champions de l’humanitaire.

• Il y a déformalisation (d’origine étasunienne) du droit en raison de la confusion avec une morale internationale, proche de celle du XIX° siècle.

• Il y a impossibilité de déterminer un seuil de déclenchement de la responsabilité de protéger : de vagues rapports de l’ONU financés par des Fondations occidentales seront-ils décisifs et garants de « l’objectivité » de leur appel à intervention (comme par exemple les Comités Tchétchénie, Human Rights Watch, ou l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme basé à Londres) ? La pratique des « deux poids, deux mesures » a toujours été flagrante en la matière.

Si toutes ces objections sont récusées, la logique occidentale voudrait que le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et celui de la souveraineté soit purement et simplement abrogé à la suite d’une révision explicite de la Charte des Nations Unies. Mais, le monde occidental ne peut se permettre de proposer des mesures aussi transparentes. Toute sa stratégie est basée sur l’occultation du réel et la manipulation des opinions. L’hégémonie de ses élites et l’absence de tout contrôle effectif sur elles doivent être dissimulées grâce à l’usage de procédures sophistiquées et de fictions juridiques.

La Nation souveraine et l’État indépendant, qui n’ont pas encore épuisés leur rôle historique, doivent néanmoins ne pas constituer un handicap pour le processus de mondialisation : les mondialisés, qu’ils soient grecs ou autres, doivent se soumettre de fait aux mondialisateurs étasuniens ou européens.

Ces mondialisateurs politico-affairistes sont dans l’obligation de tricher avec les citoyens de leurs pays, avec l’opinion dans les relations internationales, tout en séduisant par divers moyens une intelligentsia aux ordres pour renouveler les doctrines légitimatrices[5] .

Ces tricheurs poursuivent donc leur travail de destruction de facto (et non de jure) de la souveraineté nationale, comme le démontre l’exemple grec, après tant d’autres événements de même nature, tout en lui rendant hommage... pour la forme.

Robert CHARVIN Professeur Emérite à l’Université de Nice - Sophia-Antipolis



Notes :

[1] Voir F. Luchaire. Droit d’Outre Mer. PUF. 1959, p. 53. Et avant l’indépendance des colonies, l’argument du gouvernement français et de certains juristes était que l’indépendance juridique ne pouvait régler le problème du sous-développement, « au contraire, elle en complique les solutions » ! (p. 52), écrit François Luchaire.

[2] Il convient de rappeler concernant le Moyen Orient que les frontières étatiques en cours de bouleversement ont été édifiées au début du XX° siècle par les États européens, utilisant le nationalisme arabe contre l’Islamisme de l’Empire Ottoman ! Il y a par ailleurs longtemps que les États-Unis pactisent avec les Frères Musulmans, puis avec les Talibans.

[3] Tous les problèmes sont prétendument évalués par les gouvernements occidentaux et leurs médias à l’aune des droits de l’homme, ce qui fausse profondément la réalité politique : c’est ainsi, par exemple, que la question israélo-palestinienne, de type colonial, est pervertie en un problème essentiellement humanitaire !

[4] Cf. Allocution de M. Bettati à l’ouverture du Colloque se la Société Française « pour » le droit international. La responsabilité de protéger. Pédone. 2008, p. 14. La préface de J.P. Cot, éphémère Ministre de la Coopération de P. Mauroy, est plus réservée, ce qui n’est guère surprenant.

[5] Cette intelligentsia qui délibérément se refuse à savoir, largement médiatisée, constate cependant que le monde change ce qui dispenserait de vouloir le changer, mais oblige à changer les idées et les concepts que l’on porte sur lui. Ces intellectuels assurent un service volontaire (gratifiant) en tant qu’auxiliaires des classes dirigeantes : ils en perdent la capacité à comprendre le monde qu’ils sont censés déchiffrer. Fonctionnant en vase clos, ils font la navette entre les petits mondes interconnectés de la politique, des médias et des idées, en ignorant leur ignorance. Comprendre le monde pour le transformer n’est pas leur préoccupation : ce n’est plus un produit-mode. Quoiqu’il se passe, y compris si l’on étouffe le peuple grec, après bien d’autres, ces intellectuels éminents ne « s’occupent que de la météo du jour et bloque l’aiguille au beau fixe ». Voir J.P. Garnier et L. Janover. La pensée aveugle. Éditions Spendler. 1993.

Source :Investig’Action

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L’Europe se déchire à propos du cas grec – et personne ne semble en mesure de l’en empêcher, par Ambrose Evans-Pritchard.

11 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Europe supranationale, #Economie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La France, #La finance dérégulée

Le premier ministre Alexis Tsipras ne s’attendait pas à remporter le référendum de dimanche dernier. Il est maintenant pris au piège et précipité vers le “Grexit”.

5 juillet – Des manifestants célèbrent la victoire du non | Photo: IBL / Rex Shutterstock

Par Ambrose Evans-Pritchard, Athènes 20:35 BST 07 juillet 2015

Comme une tragédie d’Euripide, le long conflit entre la Grèce et les puissances européennes qui détiennent sa dette s’achemine vers une fin catastrophique que personne n’avait vue venir, à laquelle nul ne semble pouvoir échapper, et qui menace de détruire au passage l’ordre européen dans son ensemble.

Le premier ministre Grec Alexis Tsipras ne s’attendait absolument pas à remporter le référendum de dimanche sur les conditions de sauvetage de l’UME, et encore moins à se retrouver à la tête d’une révolte nationale contre le contrôle exercé par les pays étrangers.

Il a organisé ce scrutin inattendu dans l’intention – et le souhait – de le perdre. Son but était d’en sortir la tête haute, en se résignant à une défaite honorable, et de rendre les clefs de la villa Maximos en laissant à d’autres le soin d’appliquer l’ultimatum du 25 juin, et d’en supporter l’opprobre.

Cet ultimatum fut un choc pour le gouvernement grec. Ils pensaient être sur le point de trouver un accord, aussi mauvais fût-il. Tsipras avait déjà décidé de céder au plan d’austérité, Syriza ayant échoué à créer une union des états débiteurs du sud de l’UME et ayant mal apprécié la tendance politique générale au sein de l’Euro-zone.

En lieu et place, ils se sont retrouvés confrontés à des créanciers qui ont levé la barre plus haut, exigeant que la TVA sur l’hôtellerie de tourisme passe de 7 à 23%.

Les créanciers ont réclamé une nouvelle baisse des retraites équivalant à 1% du PIB pour l’année suivante, ainsi qu’une sortie progressive de l’Allocation de Sécurité Sociale (EKAS) pour les retraités les plus pauvres, alors même que les montants des retraites avaient déjà été réduits de 44%.

Ils ont aussi réclamé une augmentation de la pression fiscale de 2% du PIB, alors que l’économie subit toujours les effets de six années de crise et d’hystérèse dévastatrice [NdT : hystéresis/hystérèse : « Retard de l'effet sur la cause dans le comportement des corps soumis à une action physique. Persistance d'un phénomène quand cesse la cause qui l'a produit. »]. Ils n’ont pas proposé de restructuration de la dette. Les Européens sont intervenus en coulisse pour supprimer un rapport du FMI qui validait la position grecque selon laquelle la dette était “insoutenable”. Le FMI a conclu que non seulement le pays avait besoin d’un abattement de 30 % du montant de la dette pour préserver la viabilité de ses créances, mais également d’un nouveau prêt de 52 milliards d’euros pour surmonter la crise.

Ils ont rejeté le plan grec de coopération avec l’OCDE pour réformer le marché, et avec l’Organisation Internationale du Travail sur les lois régissant les conventions collectives. Ils ont joué leur partition sans souplesse aucune, refusant d’admettre que leurs exigences dignes d’un roman de Dickens avaient été dénoncées par des économistes partout sur la planète.

“Ils ne voulaient tout simplement pas que nous signions. Ils avaient déjà décidé de nous mettre à la porte”, a dit le ministre des finances démissionnaire Yanis Varoufakis.

Syriza a donc opté pour le référendum. Mais, à leur grand désarroi, ils l’ont remporté, provoquant ainsi la grande révolte grecque de 2015, ce moment où le peuple a finalement poussé son cri primitif, s’est couvert de peintures de guerre et a formé la phalange des hoplites.

M. Tsipras est désormais pris au piège de son propre succès. “Le référendum a sa dynamique propre. Les gens se révolteront s’il revient de Bruxelles avec un compromis bâclé”, a déclaré Costas Lapavitsas, un des députés de Syriza.

“Tsipras ne veut pas du Grexit, mais je pense qu’il se rend compte que c’est la voie qui maintenant s’ouvre devant lui”, a-t-il ajouté.

Alexis Tsipras arrive à Bruxelles pour un sommet d’urgence après son référendum.Ce qui aurait dû être une fête joyeuse dimanche soir s’est transformé en veillée funèbre. Alexis Tsipras, déprimé, a analysé toutes les erreurs faites par Syriza depuis son arrivée au pouvoir en janvier, discutant ainsi jusqu’au petit matin.Le premier ministre aurait alors été mis face au choix suivant : ou bien s’emparer de l’opportunité politique d’un vote remporté triomphalement avec 61% des scrutins pour s’attaquer directement à l’Euro-groupe, ou bien céder aux exigences des créanciers – en abandonnant l’imprévisible M. Varoufakis au passage, comme gage de bonne volonté.

 

Tout le monde savait ce qu’une confrontation signifierait. Le cabinet du ministre en avait examiné les conséquences en détails une semaine auparavant lors d’une rencontre tendue à la suite du refus de la BCE d’augmenter les liquidités (ELA) du système bancaire grec, forçant ainsi Syriza à imposer un contrôle des capitaux.

C’était un plan en trois phases. Ils “réquisitionneraient” la Banque de Grèce tout en licenciant son gouverneur selon des lois d’urgence nationale. Les réserves estimées à 17 milliards d’euros cachées dans différentes succursales de la banque centrale seraient saisies.

Ils émettraient en parallèle de la liquidité et des titres de dette (“IOU”) de type californien libellées en euros pour garder un système bancaire fonctionnel, soutenus par un appel à la Cour Européenne de Justice afin de déséquilibrer leurs adversaires, tout en faisant respecter les droits de la Grèce en tant que membre de la zone Euro. Si les créditeurs les forçaient à un Grexit, ce seraient ceux-ci – et pas la Grèce – qui agiraient de manière illégale avec toutes les implications du droit des contrats à Londres, New York et même Francfort.

Ils imposeraient un abattement de 27 milliards d’euros sur les obligations grecques détenues par la BCE, que certains qualifient “d’odieuses” puisque leur achat initial visait à sauver les banques françaises et allemandes, empêchant ainsi une restructuration de la dette qui sinon aurait eu lieu.

“Ils essayaient de nous étrangler jusqu’à ce que l’on se soumette, et voici comment nous aurions répondu”, a dit un ministre du cabinet. M. Tsipras a rejeté le plan. Il était trop dangereux. Mais une semaine plus tard, c’est peut-être précisément ce qu’il devra faire, à moins qu’il n’accepte un retour forcé à la drachme.

Syriza est en proie à un profond désarroi depuis 36 heures. Mardi, la délégation grecque est arrivée à un sommet de la dernière chance à Bruxelles sans le moindre plan de négociation, alors même que l’Allemagne et ses alliés l’avaient averti dès le début qu’il s’agissait de son ultime chance d’éviter d’être bouté hors de la zone Euro.

Le nouveau ministre des finances, Euclide Tsakalotos, a vaguement proposé de fournir d’ici mercredi un projet, qui sera sans doute une version bricolée des projets déjà refusés par les créanciers.

Les événements se précipitent désormais et échappent à tout contrôle. Les banques restent fermées. La BCE a maintenu sa politique de gel des liquidités et, par son inaction, est en train d’asphyxier le système bancaire.

Des usines ferment partout dans le pays alors que les stocks de matières premières s’épuisent et que les conteneurs pleins de biens de première nécessité s’accumulent dans les ports grecs. Les sociétés ne sont plus en mesure de payer leurs fournisseurs, puisque les transferts extérieurs sont bloqués. Des titres provisoires privés commencent à apparaître tandis que les entreprises en sont réduites à une espèce de troc, hors du circuit bancaire.

Pourtant, si la Grèce est en pleine tourmente, l’Europe n’est pas en reste. La direction de la zone euro au grand complet a averti avant même le référendum que le “non” conduirait à l’expulsion de l’euro, sans cependant imaginer que ce scénario se produirait vraiment.

Jean-Claude Juncker, qui est à la tête de la Commission Européenne, a su plaisanter de sa volte-face. Il a déclaré : “Nous devons mettre nos petits égos, dans mon cas un très gros égo, de côté, et gérer la situation à laquelle nous sommes confrontés.”

Le premier ministre français, Manuel Valls, a déclaré qu’empêcher le Grexit et l’explosion de l’union monétaire était un impératif stratégique absolu. “Nous ne pouvons pas laisser la Grèce quitter la zone euro. Personne ne peut dire aujourd’hui quelles en seraient les conséquences politiques, comment réagirait le peuple grec”, a-t-il dit.

Les dirigeants français travaillent de concert avec la Maison-Blanche. Washington fait jouer son immense pouvoir diplomatique et demande ouvertement à l’UE de “mettre la Grèce sur le chemin de la soutenabilité de sa dette” et de résoudre ce problème récurrent une fois pour toutes.

La pression franco-américaine est renforcée par l’italien Matteo Renzi, pour qui l’Euro-zone doit remettre l’ouvrage sur le métier, et repenser toute sa doctrine d’austérité après la révolte démocratique en Grèce. Lui aussi soutient maintenant qu’une réduction de la dette est nécessaire.

Le premier ministre grec Alexis Tsipras et l’Italien Matteo Renzi prennent part à une rencontre d’urgence de chefs européens de la zone euro.Toutefois, 15 des 18 gouvernements appelés à juger le cas de la Grèce soit soutiennent la position inébranlable de l’Allemagne, soit penchent vers un Grexit sous une forme ou une autre. Les Allemands sont déjà en train de penser à l’après-Grexit et discutent de projets d’aide humanitaire et de la manière de soutenir la balance des paiements de la drachme.Mark Rutte, le premier ministre hollandais, s’est fait l’interprète de nombreux pays en insistant sur le fait que la zone euro devait faire respecter la discipline, quelles qu’en soient les conséquences financières. “Je suis à la table des négociations aujourd’hui afin de veiller à ce que l’intégrité, la cohésion et les principes sous-jacents de la monnaie unique soient protégés. Il appartient au gouvernement grec d’apporter des propositions de grande portée. S’ils n’en font rien, dit-il, je pense que ça sera rapidement terminé.”

 

Les deux parties sont enfermées dans un dialogue de sourds, s’attachant à leur version de l’histoire, et aucune ne veut se remettre en cause. Le résultat pourrait coûter cher. RBS estime les pertes financières directes d’un défaut de paiement de la Grèce pour la zone euro à 227 milliards d’euros, à comparer aux 140 milliards d’euros s’ils avalaient la couleuvre d’une restructuration de la dette style FMI.

En images : le coût humain de la crise de la dette grecque.

 
Mais cela n’est qu’un détail en comparaison des dégâts pour le projet politique européen et pour l’OTAN si, malgré les objections vigoureuses de la France, de l’Italie et des États-Unis, la Grèce était jetée aux loups.

Il est difficile d’imaginer ce qui resterait de la direction commune franco-allemande. De dégoût, Washington pourrait alors tourner le dos à l’OTAN, laissant l’Allemagne et les pays Baltes monter leur propre défense contre Vladimir Poutine.

M. Lapavitsas disait que l’enjeu réel est la survie même de l’Europe en tant que force civilisatrice dans le monde. “L’Europe n’a pas montré beaucoup de sagesse durant le siècle passé. Elle a commencé deux guerres mondiales et a dû être sauvée par les Américains”, disait-il.

“Maintenant, avec la création de l’union monétaire, elle a agi avec tant de stupidité et créé un tel désastre qu’elle met l’union même en doute, et cette fois-ci, il n’y aura pas de sauveur. C’est le dernier coup de dés pour l’Europe”, disait-il.

Source : The Telegraph, le 07/07/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

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Référendum: Grèce, l’ombre de « Prométhée » de l’Otan

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La dette, #La Russie, #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #Le fascisme

Référendum: Grèce, l’ombre de « Prométhée » de l’Otan

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 07 juillet 2015

ilmanifesto.info

Référendum: Grèce, l’ombre de « Prométhée » de l’Otan

Le « tête à tête » dans le référendum grec, dont les grands médias ont fait la propagande, s’est révélé un sonore coup de tête dans le mur pour les fauteurs internes et internationaux du « Oui ». Le peuple grec a dit « Non » pas seulement aux mesures d’ « austérité » imposées par Ue, Bce et Fmi, mais, de fait, à un système -celui du capitalisme- qui étouffe la réelle démocratie.

Les implications du référendum vont au-delà de la sphère économique, en entraînant les intérêts politiques et stratégiques non seulement de Bruxelles, mais (chose dont on ne parle pas) ceux de Washington. Le président Obama a déclaré être « profondément impliqué » dans la crise grecque, que « nous prenons en sérieuse considération », en travaillant avec les partenaires européens afin d’ « être prêts à toute éventualité ».

Pourquoi tant d’attention sur la Grèce ? Parce qu’elle est membre non seulement de l’Ue mais de l’Otan. Un « solide allié », comme la définit le secrétaire général Stoltenberg, qui joue un rôle important dans les corps de déploiement rapide et donne le bon exemple dans la dépense militaire, à laquelle il consacre plus de 2% du pib, objectif atteint en Europe seulement par la Grande-Bretagne et l’Estonie. Bien que Stoltenberg assure « l’engagement continu du gouvernement grec dans l’Alliance », à Washington on craint que, en se rapprochant de la Russie et de fait de la Chine, la Grèce de Tsipras ne compromette son appartenance à l’Otan. Le premier ministre Tsipras a déclaré que « nous ne sommes pas d’accord avec les sanctions contre la Russie » et, au sommet Ue, a soutenu que « la nouvelle architecture de la sécurité européenne doit inclure la Russie ».

Dans la rencontre Tsipras-Poutine, en avril à Moscou, on a parlé de la possibilité que la Grèce devienne le hub européen du nouveau gazoduc, remplaçant le South Stream bloqué par la Bulgarie sous la pression des USA ; nouveau gazoduc qui à travers la Turquie apportera le gaz russe au seuil de l’Ue.

Il y a en outre la possibilité que la Grèce reçoive des financements de la Banque pour le développement créée par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et de la Banque d’investissements pour les infrastructures asiatiques créée par la Chine, qui veut faire du Pirée un important hub de son réseau commercial.

« Une Grèce amie de Moscou pourrait paralyser la capacité de l’Otan à réagir à l’agression russe », a prévenu Zbigniew Brzezinski (ancien conseiller stratégique de la Maison Blanche), exprimant la position des conservateurs. Celle des progressistes s’exprime par la voix de James Galbraith, enseignant en Relations de gouvernement et business à l’Université du Texas, qui a travaillé pendant quelques années avec Yanis Varoufakis, devenu ministre des finances grec (aujourd’hui démissionnaire), auquel il a fourni une « assistance informelle » ces derniers jours.

Galbraith soutient que, malgré le rôle joué par la CIA dans le putsch de 1967, qui porta au pouvoir en Grèce les colonels avec le plan « Prométhée » de l’Otan, « la gauche grecque a changé et ce gouvernement est pro-américain et fermement membre de l’Otan ». Il propose donc : « Si l’Europe échoue, les Etats-Unis peuvent agir pour aider la Grèce, laquelle, étant un petit pays, peut être sauvée avec des mesures mineures, parmi lesquelles une garantie sur les prêts » (« US must rally to Greece », The Boston Globe, 19-2-15).

Les deux positions sont dangereuses pour la Grèce. Si à Washington prévaut celle des conservateurs, se dessine un nouveau plan « Prométhée » de l’Otan, une « Place Syntagma » sur le modèle de « Place Maïdan » en Ukraine. Si c’est celle des progressistes qui prévaut, c’est une opération d’empreinte néo-coloniale qui ferait tomber la Grèce de Charybde en Scylla.

L’unique voie reste celle d’une dure lutte populaire pour la défense de la souveraineté nationale et de la démocratie.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 7 juillet 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/grecia-lombra-di-prometeo/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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Israël, principal fournisseur d’armes pour les groupes armés rebelles en Syrie

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La France, #Daesch, #Terrorisme, #ISIL, #le nazisme

 

Israël, principal fournisseur d’armes pour les groupes armés rebelles en Syrie

 colonisabilité ...

Pour savoir comment l’entité sioniste œuvre en Syrie, et à quel point elle agit dans ce pays ravagé par la guerre depuis 4 années, ile ne faut surtout pas écouter les propos des officiels ou des medias israéliens qui nous rabattent les oreilles avec leurs allégations d’aide humanitaire pour les blessés dans le sud de la Syrie.

Le rôle d’Israël est beaucoup plus important : en tête, celui de fournir des armes à toutes les milices qui combattent en Syrie, toutes tendances confondues, par le biais d’un  personnage clé: Mendi al-Safadi.

L’ampleur de ce rôle a été révélé grâce à la mine d’informations obtenue par un haker professionnel qui est parvenu à pirater l’ordinateur personnel de Safadi, et diffusées par le journal libanais al-Akbar.


Recruter des agents femmes


Auparavant, ce haker avait réussi à implanter « un espion électronique » de type trojan dans l’ordinateur personnel de l’un des dirigeants de la milice wahhabite takfiriste Daesh (état islamique) en Irak. Il s’est avéré qu’il entretenait des liens avec Safadi, en lui décrivant les détails de la vie en Syrie.

Le nom de Safadi se trouvait aussi dans d’autres données piratées de l’ordinateur d’un autre dirigeant de Daesh le chef religieux pour la wilayat de Raqqa, cheikh Omar al-Hajji (connu sous le pseudonyme Omar Ghouraba). Celui-ci avait dans ses archives une lettre de la part d’un certain cheikh Ahmad qui relayait les renseignements qui lui sont parvenues d’un certain Abdel Ghafour al-Hadiri de la ville d’Alep, sur l’existence d’un réseau de renseignements en Turquie, dirigé par un officier israélien, Moti Cohen. « Le druze israélien Moudi Safadi, est son délégué sécuritaire », selon la lettre.

Ce réseau avait pour mission de recruter des agents, majoritairement des femmes, et de participer à des rencontres secrètes en Turquie et en Jordanie avec la participation d’officiers américains et israéliens.    

 

Espionnage et trafic d'armes 

Pour ceux qui ne connaissent pas Moudi Safadi, il est bon de rappeler qu’il est druze syrien, originaire de la ville Majdal Chams dans le Golan syrien occupé.

Israélien de nationalité  (parfaitement consentant à tel point qu’il a changé son prénom arabe Mouzer), il est le directeur du bureau du Premier ministre israélien, travaille dans le département de la Technologie des informations et des services ainsi que dans la Knesset.

Il a été chargé officiellement par le gouvernement de Netanyahou du dossier des relations avec les groupuscules armés œuvrant en Syrie..

Mis à part son activisme politique et d’intelligence, il travaille dans le commerce des armes et possède de nombreuses sociétés commerciales dans plusieurs pays du monde.

Il préside l’association « des Druzes pour Israël » et fait partie des amis très proches de l’extrémiste fanatique israélien Baruch Marzel qui commémore chaque année le massacre perpétré dans la mosquée d’Ibrahim à al-Khalil Hébron contre 29 fidèles palestiniens en 1994.


Ses archives piratées qui comptent des documents, et des messageries reflètent l’effort immense qu’il déploie dans le dossier syrien, à plusieurs niveaux, sécuritaires, politiques, médiatiques…


Daesh, Nosra, Syriens, Libanais, saoudiens, turcs...

Il entretient de bonnes relations avec de nombreuses personnalités syriennes, civiles ou militaires qui vivent en Syrie, au Liban ou ailleurs ainsi qu’avec des hommes politiques libanais et des Libanais vivant à l’étranger. Il s’entretient souvent avec eux via skype ou viber.

Il connait même des dirigeants de la branche d’Al-Qaïda en Syrie, le front al-Nosra et de la milice wahhabite takfiriste Daesh (Etat islamique).

Mais une activité principale ressort de ses archives : celle de fournir des armes à toutes les milices qui œuvrent sur le sol syrien toutes tendances confondues, et d’être liées d’une façon ou d’une autre  à toutes les autres transactions d’armements qui sont conclues.

L’un de ses documents est une transaction d’armements qu’Israël a tenté de conclure dans la capitale tchèque pour le compte des milices Front islamique (la coalition qui comptait comme colonne vertébrale la milice pro saoudienne Jaïch al-Islam dirigée par Zahrane Allouche) , Ajnad al-Cham (proche d’Al-Qaïda) et le front al-Nosra. Il est mentionné dans ce document que ce dernier a refusé de conclure cette transaction en dehors du sol syrien, et insisté pour qu’elle se passe via les conseils militaires pour mieux contrôler le prix.

Une messagerie révèle un accord entre une partie israélienne et une autre syrienne pour la conclure via la frontière syro-jordanienne. Alors que Safadi insiste pour que les négociations sur les détails aient lieu à Prague où se trouve le siège de l’une de ses sociétés.

Les dossiers de Safadi montrent que le financement des groupuscules syriens armés provient du Qatar et des donateurs saoudiens. Quant à la liaison entre le Nosra et le Qatar, elle se fait via un certain Mohammad al-Khatib, connu sous le pseudonyme Clinton, et avec lequel il entretient des liens très étroits.

Dans les données enregistrées sur le Viber de Safadi, figure un autre syrien, Oussama al-Hurr (le libre) lequel négocie aussi avec les Israéliens des transactions d’armes, au nord de la Syrie. Il est également question d’une dame, Oum Abad qui est particulièrement active dans ces affaires.

D’après ces informations, il existe aussi des commerçants gouvernementaux qui fournissent, en plus des armes acheminées des camps de formation (non identifiés),  des passeports européens pour faciliter les déplacements et le transport des armes.

Dans ses documents, on constate qu’il parfaitement au courant des pourparlers entre des parties jordaniennes et d’autres saoudiennes pour conclure des transactions d’armes pour la Syrie.

L’un des documents rend compte d’une transaction d’armements américains pour le compte d’un groupuscule armé, comprenant entre autre des commandes de missiles TOW, d’anti aériens et d’anti char de type stinger , des jumelles de nuit thermiques, et que Safadi a promis de procurer d’Israël.

Dans un entretien via Skype avec un agent au sobriquet Joundallah, une allusion est faite à un certain Yasin Sanverdi, chargé de transactions d’armements entre Israël et des groupuscules armés syriens.

Dans un autre entretien avec un certain Ahmad Ferzat , celui-ci lui assure avoir des armements de qualité made in USA . Et lorsque Safadi lui demande s’il est possible d’en fournir à Daesh, il lui répond que « Daesh est prêt pour en acheter».

Directement après, Safadi contacte un certain Yushi Copervacer pour lui dire qu’il avait fixé un rendez-vous avec le syrien Adnan Sello.

 

Intervention directe

On constate d’après les données fournies par l’ordinateur de Safadi que certaines de ses activités relèvent de l'intervention israélienne directe dans les évènements syriens.

Ses documents comptent un brouillon sur « la création d’une armée pour renverser le régime syrien ». 

De plus, il s’intéresse particulièrement à l’une des milices de l’Armé syrienne libre (ASL),  Brigade al-Fourqane. Celle-ci «  contrôle des passages clandestins à proximité de la citadelle Jandal sur le versant de la montage al-Seikh (Mont Haramon) , pour le compte d’Israël », selon les écrits de Safadi.

Dans l’une de ses messageries, il met au courant l’un de ses agents dans un groupuscule armé que les forces de la coalition ont bombardé un siège de la milice « al-Mouetazz bi-llah », et dont la localisation s’est faite grâce à l’implantation d’une puce électronique dans des marchandises qui lui ont été envoyées à travers un commerçant.

On découvre aussi que des délégués israéliens se trouvent dans la ville de Deraa au sud de la Syrie ainsi que sur le sol jordanien.

 

Liaison amoureuse  


Et pour clore le tout, la cerise sur le gateau: les dossiers de Safadi dévoilent sa relation amoureuse avec une opposante syrienne, qui avait été candidate à la présidence de la Coalition de l’opposition syrienne.

Mis à part les propos amoureux qu'ils s'échangeaint, elle lui faisait part entre autre des conflits qui éclataient entre les membres de l’opposition, et les duperies  qu’ils se dressaient les uns contre les autres.        

 

LEMONDE.FR | 25.04.06 

Jacques Henno, journaliste nouvelles technologies, auteur de "Tous fichés" , mercredi 03 mai 2006

 

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Daech implanté en Ukraine? Nationalistes ukrainiens et islamistes : l’union sacrée contre Moscou.

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #le nazisme, #Daesch

Daech implanté en Ukraine?

Nationalistes ukrainiens et islamistes : l’union sacrée contre Moscou

Publié le 09 juillet 2015

 

 

 

ukraine daech russie secteur droit

Au printemps 2014, quatorze miliciens tchétchènes pro-russes dépêchés par le président Kadyrov avaient été démasqués par Dimitri Iaroch, chef de Secteur Droit, une milice d’extrême droite qui se bat au côté de l’armée ukrainienne contre les séparatistes pro-russes. Cette information avait fait les gorges chaudes de la presse française, trop heureuse de révéler l’envoi de renforts russes aux séparatistes du Donbass. Depuis, Dimitri Iaroch, ancien mercenaire de la guerre en Tchétchénie contre l’armée russe, a vu sa tête mise à prix par le tyran de Grozny.

La rivalité est ancienne. Dans les années 90, des volontaires ukrainiens s’étaient joints aux combattants tchétchènes pour combattre la Russie. Ce groupe d’environ deux cents ukrainiens, appelé Viking, s’était battu sous les ordres de l’émir tchétchène Chamil Bassaïev.

L’année dernière, le magazine Newsweek s’était d’ailleurs étonné des similitudes entre la barbarie de Daech et les exactions des milices ukrainiennes. Aujourd’hui, c’est au tour du International New York Times de révéler que les séparatistes islamistes renforcent, en retour, Secteur droit sur le front de Marioupol. Quasi méconnaissable dans leurs uniformes, Kiev confirme discrètement que le bataillon cheikh Mansour, le nom d’une figure de la résistance tchétchène du XVIIIème siècle, ne combat pas au sein de l’armée ukrainienne car il est directement subordonné aux miliciens de Secteur Droit. Cette précision est importante car l’opinion américaine pourrait ne pas comprendre que le Pentagone forme des miliciens dont certains ont aussi combattu en Syrie face aux kurdes syriens, eux-mêmes appuyés par… le Pentagone.

Les islamistes tchétchènes ne sont pas les seuls à se battre contre les milices pro-russe du Donbass. Le bataillon Djokhar Doudaïev, qui porte le nom de l’ancien “président” séparatiste de Tchétchénie, est renforcé par des volontaires ouzbeks et balkares. La troisième unité, le bataillon Crimée regroupe des miliciens tatars. Fortement aguerris, ces unités sont placées aux avant-postes, où leurs assauts au cri de “Allahou akbar” sèmeraient la panique dans les rangs pro-russes. Le journal américain révèle également que la France détiendrait deux militants tchétchènes qui se prétendent du bataillon Mansour, soupçonnés de vouloir en réalité se battre au profit du groupe Etat islamique. Les échanges entre les mouvances syrienne et tchétchène se seraient faits par l’intermédiaire d’un certain Isa Musaïev, un séparatiste tchéchène, réfugié politique au Danemark, mort sur le front ukrainien en février dernier.

Ces éléments confirmeraient les menaces des responsables de l’Etat islamique envers la Russie. La haine anti-russe des islamistes tchétchènes est un bon moyen pour Daech de faire payer à Moscou son soutien au régime syrien et de le prendre à revers sur son flanc sud-ouest. Alors que les tensions au Donbass se réveillent ces derniers jours, et que l’armement lourd proscrit par le cessez-le-feu de Minsk II est de retour, le soutien occidental à la résistance ukrainienne mériterait sans doute un inventaire. Tout comme l’aide de l’Occident aux rebelles syriens.

*Photo : Mstyslav Chernov/AP/SIPA. AP21710818_000005.

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Les Etats-Unis s’apprêtent à envahir la Syrie

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La France, #Europe supranationale, #La Russie, #Daesch, #AMERIQUE, #ISIL, #Terrorisme

 

Les Etats-Unis s’apprêtent à envahir la Syrie

 

Par Tony Cartalucci (revue de presse : Mondialisation.ca – 2/7/15)*

À l’insu du grand public, ce ne sont pas les politiciens élus qui sont à l’origine des politiques qui lient leur destinée à celui de la nation ou à la sphère géopolitique. Ce sont plutôt les groupes de réflexion financés par la grande entreprise et les grands financiers – des équipes de décideurs non élus qui transcendent les élections et qui produisent des documents servant ensuite de fondement aux dispositions législatives qui reçoivent l’aval des « législateurs » et qui sont aussi repris et répétés ad nauseam par les grands médias.

Un document de politique de ce genre a été récemment produit par le tristement célèbre groupe de réflexion US Brookings Institution, document intitulé Deconstructing Syria: Towards a regionalized strategy for a confederal country [Déconstruction de la Syrie : vers une stratégie régionale pour la création d’un pays confédéré]. Cette conspiration à découvert, signée et datée, visant à diviser, à détruire, puis à occuper progressivement une nation souveraine située à des milliers de kilomètres des rives de l’Amérique illustre de manière peu rassurante à quel point l’impérialisme moderne demeure dangereux et tenace, même en ce 21e siècle.

 

Le groupe armé État islamique (EI) comme prétexte : les USA ont versé des milliards de dollars à des « modérés » qui n’existent pas

Les auteurs de ce document admettent ouvertement que les USA ont fourni des milliards de dollars pour armer et entraîner des militants qui ont servi à alimenter un conflit dévastateur aux proportions de plus en plus régionales. Ils admettent que les USA maintiennent des opérations en Jordanie et en Turquie, membre de l’OTAN, afin d’injecter encore plus d’armes, d’argent liquide et de combattants dans ce conflit déjà catastrophique, et qu’ils devraient même élargir leurs opérations.

Ils relatent ensuite l’ascension du prétendu « État islamique » (EI), sans toutefois expliquer la provenance de son financement et de ses armes. Le lecteur comprendra sans peine que si les États‑Unis ont engagé des milliards de dollars en argent comptant, en armement et en entraînement pour soutenir sur de multiples fronts de prétendus « modérés » qui, en somme, n’existent pas sur le champ de bataille, un soutien étatique plus grand encore serait requis pour la création et le maintien d’e l’EI et du Front al‑Nosra d’al‑Qaida qui, de l’aveu même de la Brookings Institution, dominent sans conteste l’« opposition ».

En réalité, les lignes d’approvisionnement d’e l’EI conduisent tout droit aux zones opérationnelles US en Turquie et en Jordanie, car c’est bien l’Ei et al‑Qaida que l’Occident prévoyait utiliser avant même que le conflit n’éclate en 2011, et sur lesquels il a depuis fondé sa stratégie – y compris la plus récente étape de la campagne.

L’invasion US de la Syrie

Après avoir armé et financé une armée de terroristes d’al‑Qaida occupant littéralement la superficie d’une région entière, les États‑Unis prévoient maintenant profiter du chaos qui en résulte pour justifier ce qu’ils recherchent depuis le début du conflit, alors qu’il était devenu évident que le gouvernement syrien n’allait ni capituler ni s’effondrer – soit l’établissement de zones tampons aujourd’hui qualifiées par la Brookings Institution de « zones sécuritaires».

Une fois créées, ces zones accueilleront des forces armées US, qui occuperont littéralement des territoires syriens saisis, nettoyés par des alliés interposés, dont des groupes kurdes et des bandes de combattants d’al‑Qaida dans le Nord, et des milices terroristes étrangères opérant le long de la frontière jordano‑syrienne dans le Sud. La Brookings Institution va même jusqu’à admettre que plusieurs de ces zones seraient créées par des extrémistes, mais que les critères de « pureté idéologique » seraient en quelque sorte « abaissés ».

Les États‑Unis supposent que lorsqu’ils se seront approprié ce territoire et que des troupes US y seront stationnées, l’Armée arabe syrienne n’osera pas attaquer de crainte de provoquer une réaction militaire US directe contre Damas. Dans son document, la Brookings Institution affirme ce qui suit (c’est nous qui soulignons) :

L’idée serait d’aider les éléments modérés à établir des zones sécuritaires fiables à l’intérieur de la Syrie lorsqu’ils seraient en mesure de le faire. Les forces étasuniennes, de même que les forces saoudiennes, turques, britanniques, jordaniennes et autres forces arabes, agiraient comme soutiens, non seulement à partir des airs, mais par la suite au sol, et ce, par l’intermédiaire des forces spéciales. La stratégie mettrait à profit le terrain désertique ouvert de la Syrie, qui permettrait la création de zones tampons où serait surveillé tout signe d’attaque ennemie au moyen d’outils technologiques, de patrouilles et autres méthodes pour la mise en place desquelles les forces spéciales externes pourraient venir en aide aux combattants syriens locaux.

Si Assad était assez bête pour menacer ces zones, et même s’il parvenait en quelque sorte à forcer le retrait des forces spéciales externes, il perdrait sans doute sa puissance aérienne au cours des frappes de représailles qui s’ensuivraient, menées par ces mêmes forces, ce qui priverait ses militaires de l’un des seuls avantages dont ils bénéficient par rapport à l’EI. Il serait donc peu probable qu’il le fasse.

En un seul énoncé, la Brookings Institution admet que le gouvernement syrien n’est pas engagé dans une guerre contre son peuple, mais contre l’« Etat islamique » (EI). Il est évident que la Brookings Institution, les politiciens et autres stratèges partout en Occident se servent de la menace que représente l’EI combinée à celle d’une intervention militaire directe comme levier devant finalement leur permettre d’envahir le territoire syrien pour se l’approprier entièrement.

L’invasion pourrait réussir, mais pas au profit des alliés interposés des USA

Le plan tout entier suppose de la part des États‑Unis d’abord la capacité de s’approprier ces « zones » et de s’y maintenir et, ensuite, celle de les articuler en régions autonomes fonctionnelles. Des tentatives similaires de « construction de nations » par les USA sont aujourd’hui visibles en Afrique du Nord dans l’État en déroute qu’est devenue la Libye, voisine sud‑est de la Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Somalie… la liste est longue.

La folie de ce plan, tant par les tentatives de recourir pour le mettre en œuvre à une crédibilité non existante et à la force militaire, que du fait de ceux qui sont suffisamment bêtes pour faire confiance à un pays qui a laissé dans son sillage à l’échelle de la planète une bande de destruction et d’États en déroute allant du Vietnam du Sud à la Libye, aller-retour, ne peut être qualifiée que de monumentale.

Il est presque certain que cette stratégie peut servir à achever la destruction de la Syrie. Elle ne peut toutefois pas servir à réaliser l’une ou l’autre des promesses que feront les États‑Unis, quelles qu’elles soient, pour obtenir la coopération des divers acteurs nécessaires à sa réussite.

Il existe assurément des mesures que la Syrie, ses alliés l’Iran et le Hezbollah, de même que la Russie, la Chine et d’autres nations qui subissent les menaces hégémoniques occidentales peuvent prendre pour empêcher les forces US de s’approprier et de conserver des parties du territoire syrien et de réaliser ce qui constitue essentiellement une lente invasion. Déjà, les USA ont utilisé comme prétexte la présence de leurs propres hordes d’ISIS pour se livrer à des opérations militaires sur le territoire syrien, ce qui, comme prévu, a conduit à l’étape suivante d’invasion progressive.

Une augmentation des forces de maintien de la paix non otanaises en Syrie pourrait en définitive faire échec aux plans de l’Occident. La présence d’Iraniens, de Libanais, de Yéménites, d’Afghans ou d’autres forces partout en Syrie, particulièrement en bordure de la « zone » que les USA s’efforcent de créer, pourrait placer ces derniers devant l’éventualité d’une confrontation multinationale pour laquelle ils n’ont ni la volonté politique ni les ressources nécessaires.

En dernière analyse, la capacité de la Syrie et de ses alliés à opposer une force de dissuasion suffisante à l’agression US en Syrie, et ce, tout en coupant les lignes logistiques utilisées par les USA pour approvisionner ISIS et d’autres groupes terroristes actifs en Syrie et en Irak, sera déterminante pour la survie de la Syrie.

 

Tony Cartalucci est rédacteur et analyste en géopolitique basé à Bangkok. Il écrit surtout pour le magazine Web New Eastern Outlook.

 

*Titre original : Les USA sur le point d’entreprendre l’invasion de la Syrie. Les décideurs de Washington appellent à la division, à la destruction et à l’occupation militaire de la Syrie

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