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Le blog de Lucien PONS

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“Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ?” Conférence de Robert Charvin à la Sorbonne.

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La guerre, #Politique étrangère

Source : L’AAFC, Robert Charvin, 01-10-2016

Le 1er octobre 2016, le Professeur Robert Charvin, ancien doyen de la faculté de droit de Nice et par ailleurs vice-président de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu à l’amphithéâtre Lefebvre de la Sorbonne, dans le cadre du séminaire “Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre”, organisé notamment par le Professeur Jean Salem. En traitant le thème “Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ? L’escamotage de la géopolitique” devant un public de 80 personnes, Robert Charvin est revenu sur une question qu’il a abordée dans plusieurs de ses ouvrages, notamment Comment peut-on être Coréen (du Nord) ? et Faut-il détester la Russie ? Nous présentons ci-après le point de vue de Robert Charvin.

L’Occidental n’aime plus personne – ni le Chinois, ni l’Arabe, ni l’Africain. Mais dans la hiérarchie des détestations, les Nord-Coréens et les Russes occupent une place particulière – toute société n’a-t-elle pas besoin de se fabriquer des ennemis ? Dans un contexte de confusion idéologique, le discours sur les droits de l’homme se pare d’une indignation sélective : si le droit d’ingérence est invoqué pour justifier des interventions au nom de la liberté d’expression et de la démocratie, jamais il ne servira à libérer des syndicalistes emprisonnés ou à faire respecter les droits des travailleurs. Les régimes autoritaires alliés des Occidentaux peuvent continuer de bafouer impunément les libertés démocratiques.

La Russie, et depuis bien plus longtemps la Corée du Nord, sont soumises à des embargos occidentaux : ces peuples, assiégés, se sont dès lors constitués en citadelles. Leurs réactions sont logiques au regard des principes universels de la géopolitique, malheureusement oubliés dans les pays occidentaux. Ainsi, la Corée du Nord, pays de 25 millions d’habitants entouré de puissants voisins, marqué par le double drame de la colonisation japonaise et de la guerre de Corée, a développé des capacités d’autodéfense (y compris nucléaires), dans une logique obsidionale qu’on retrouve dans d’autres pays et à d’autres époques – par exemple en France dans les relations avec l’Allemagne entre 1871 et 1914. La géopolitique est ainsi la mise en oeuvre de ce qui est possible et souhaitable dans les relations entre puissances dans l’ordre international : pour garantir la paix, la sécurité internationale et le développement des nations, il est utile que se constituent des pôles de puissance qui garantissent des équilibres. La Russie aspire légitimement à constituer l’un de ces pôles, ce que contredit l’installation de troupes de l’OTAN directement à ses frontières. Moscou et Pyongyang ont ainsi mis l’accent sur la souveraineté des nations, qui n’est en aucun cas un repli sur soi mais l’affirmation par chaque Etat de son droit à maîtriser ses propres décisions de politique étrangère, sans ingérence extérieure. Contrairement aux Américains, les Russes et les Nord-Coréens n’entendent pas, quant à eux, imposer leur système politique à d’autres pays.

La reconstitution d’une puissance militaire russe n’a pas davantage à être condamnée que l’augmentation des budgets militaires américain ou français. Les Russes, contrairement aux Occidentaux, assument pour leur part pleinement leur histoire, qui s’inscrit dans un patriotisme incompris en Occident. Leur culture eurasiatique, spécifique, ne justifie pas qu’ils soient rejetés dans un autre “barbare“, comme le font les prescripteurs d’opinion occidentaux. Manifestement, les Russes ne sont plus bolchéviques mais ont toujours le couteau entre les dents, étant stigmatisés comme “complices de la barbarie”. Quand les victimes civiles des guerres occidentales (forcément des guerres justes et des guerres propres) sont escamotées par les médias, celles des interventions militaires russes sont mises au premier plan.

S’agissant des Nord-Coréens, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils l’assument ou pas, leur culture politique est profondément empreinte de confucianisme – ce qui génère des relations paternelles entre les dirigeants et le peuple. Ils ont choisi de ne compter que sur leurs propres forces et ont érigé ce principe en règle majeure d’un travail idéologique jugé fondamental, refusant déjà, hier, d’être membre du Conseil économique d’assistance mutuelle (CAEM) ou de relier leur réseau d’électricité à celui soviétique, comme le leur proposait Nikita Khrouchtchev. Ils ont payé le prix de cette indépendance lors des difficultés des années 1990, mais ont maintenu leur système politique et social.

La Corée du Nord offre un terrain privilégié pour permettre à des journalistes d’affirmer n’importe quoi, sans risque d’être contredit. Le discours hostile à la République populaire démocratique de Corée a même gagné les rangs des partisans de ceux qui se disent partisans du socialisme, quitte à oublier que, par la propriété collective des moyens de production, la Corée du Nord est bien un Etat socialiste. La détestation de la Corée du Nord a aussi une logique qu’explique la géopolitique : la nécessité pour les Etats-Unis de maintenir des troupes dans des positions avancées en Asie de l’Est, à proximité de la Russie et de la Chine, au prix de compromissions avec les dirigeants sud-coréens en matière de droits de l’homme.

Quand la France se permet de donner des leçons sur le nucléaire nord-coréen, alors qu’elle assume l’héritage gaullien de l’arme nucléaire comme garantie de son indépendance, l’histoire des négociations sur la question nucléaire en Corée montre le besoin de dialogue et de négociations, pour anticiper et prévenir les conflits – selon des principes conformes au droit international – et non l’invocation de pseudo-négociations après des interventions militaires et des ingérences dans les affaires intérieures d’autres pays.

Source : L’AAFC, Robert Charvin, 01-10-2016

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

 

37 réponses à “Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ?” Conférence de Robert Charvin à la Sorbonne

Commentaires recommandés

Kiwixar Le 10 septembre 2017 à 09h41
 
 

Dire qu’il faut un Professeur, doyen d’université, pour expliquer à des adultes que des pays étrangers peuvent avoir un point de vue différent du nôtre. Dans une génération, il faudra un prix Nobel pour expliquer aux Occidentaux qu’il faut arroser les plantes avec de l’eau et non avec du Red Bull.

“Idiocracy” avec beaucoup beaucoup d’avance.

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[Syrie] Carla Del Ponte : « Je suis frustrée, j’abandonne ! » Source : Blick, Cinzia Venafro

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Source : Blick, Cinzia Venafro, 06.08.2017

Carla Del Ponte

En cinq années, elle ne serait arrivée à « absolument rien » et ne veut plus « être une enquêtrice-alibi ». Carla Del Ponte démissionne de son poste d’enquêtrice spéciale de l’ONU en Syrie.

« Nous n’avons pas obtenu le moindre succès. Nous fonçons dans le mur depuis cinq ans », a déclaré Carla Del Ponte (70 ans), la rapporteuse spéciale de l’ONU en Syrie, au quotidien Blick à l’occasion du festival du film de Lugano.

L’ancienne procureure générale du tribunal pénal international de La Haye est frustrée. Elle a dû admettre qu’elle a été nommée « uniquement en temps qu’enquêtrice-alibi sans aucun soutien politique ».

À moins que le Conseil de sécurité de l’ONU ne nomme un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre ayant lieu en Syrie, tous les rapports qu’elle rédigera demeureront complètement inutiles. La Chine et la Russie bloqueraient tout. « J’ai déjà écrit ma lettre de démission et je l’enverrai dans les prochains jours. »

Elle assistera en septembre à la dernière session de la commission d’enquête. « J’abandonne. Les États membres du Conseil de sécurité ne veulent pas que la justice s’applique. Je ne peux plus rester dans cette commission qui ne fait tout simplement rien ! »

La Syrie est un pays sans avenir. « Ils détruisent tout ce qui est, d’une manière ou d’une autre, humain. C’est inconcevable. » Il n’y a plus d’école, plus d’institution. « Et croyez-moi : des crimes aussi terribles que ceux commis en Syrie, je n’en avais vu ni au Rwanda ni en ex-Yougoslavie », affirme Del Ponte.

C’est un scandale pour l’ensemble de la communauté internationale. « Nous pensions que la communauté internationale avait tiré les leçons du Rwanda. Mais non, ils n’ont rien appris ! » dit Del Ponte, manifestement exaspérée.

« Au début, il y avait les bons et les méchants, explique Mme Del Ponte. l’opposition dans le rôle des gentils, le gouvernement dans celui des méchants. » Après six années d’enquête, ils devraient dire : « En Syrie tout le monde est méchant. Le régime d’Assad, qui a perpétré d’horribles crimes contre l’humanité et qui a utilisé des armes chimiques ; et l’opposition, composée uniquement d’extrémistes et de terroristes. »

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Voir aussi : Carla Del Ponte : “Je m’en vais car tous les 6 mois on demande justice pour les victimes en Syrie et rien ne se passe !”

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Démission de Carla Del Ponte : «Les propos du procureur prouvent qu’elle est juge et partie»

Source : Michel Raimbaud, 09-08-2017

Pour l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud, le procureur démissionnaire Carla Del Ponte, incarne les insuffisances, les préjugés, les « vices de construction » de la justice internationale.

Question : « L’opposition syrienne n’est composée que de terroristes », a déclaré la chef de la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie en annonçant son intention de démissionner. Que signifie ce geste de Carla Del Ponte ? Partagez-vous sa vision de l’opposition syrienne ?

Michel Raimbaud (M. R.) : Ex-procureur des tribunaux pénaux internationaux pour le Rwanda et pour l’ex-Yougoslavie, et ayant rejoint en septembre 2012 la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie, Carla Del Ponte occupe une place éminente dans ce qu’il est convenu d’appeler la justice internationale. En raison de son « franc-parler », de ses « convictions » jugées hétérodoxes, et de sa posture contestatrice, elle séduit les médias mainstream occidentaux, pour lesquels elle incarne une justice décomplexée, qui ne s’encombre ni de prudence diplomatique, ni de subtilité politique, ni de discrétion judiciaire.

La magistrate démissionnaire incarne parfaitement, me semble-t-il, les insuffisances, les préjugés, les « vices de construction » de la justice internationale

De là à faire de Mme Del Ponte l’icône d’une justice d’avant-garde, rigoureuse et équitable, indépendante dans ses positions, dans ses travaux, dans ses approches, acceptable pour l’ensemble des nations, il y a une marge.

La magistrate démissionnaire incarne parfaitement, me semble-t-il, les insuffisances, les préjugés, les « vices de construction » de la justice internationale, avant tout conçue pour être l’un des multiples bras séculiers de l’Empire atlantique, qui prétend incarner la « communauté internationale ».

Carla Del Ponte a un style qui plaît, car elle a son franc-parler, mais elle endosse en fait tous les a priori, les fondamentaux, les lieux communs de l’idéologie occidentale dominante. Si elle veut que la Commission obtienne la saisine de la Cour pénale internationale (CPI), ce n’est pas tant pour juger les rebelles et opposants (jadis placés « du côté du Bien », devenus « extrémistes et terroristes »), que pour condamner le Président et les responsables syriens, auxquels elle a attribué dès le début « le rôle du Mal ». Bachar el-Assad aurait, selon elle, « perpétré de terribles crimes contre l’humanité et utilisé des armes chimiques »… C’est une rengaine bien connue.

Si Mme Del Ponte est assez compréhensive avec « l’opposition » syrienne, oubliant que celle-ci avait appelé au meurtre, à la lutte armée et à l’intervention étrangère dès le début de la guerre, elle est loin d’adopter une approche équitable à l’égard de Bachar el-Assad et de son gouvernement, reprenant les poncifs ou mensonges des « révolutionnaires » et de leurs parrains occidentaux ou islamistes. Il est étonnant que cette femme de haut vol soit si obtuse, après six ans et demi d’une tragédie dont la véritable nature, les mobiles et objectifs, sont affichés par les agresseurs de la Syrie avec tant de cynisme.

Les propos de Mme Del Ponte prouvent qu’elle est juge et partie

Je suis frappé de constater que Mme Del Ponte, membre d’une commission onusienne censée être impartiale, partage apparemment sans réserve la position des responsables et intellectuels occidentaux. Elle est venimeuse concernant Bachar el-Assad, chef d’un Etat agressé, qui défend la souveraineté, l’intégrité et l’indépendance de son pays ; elle est aveugle et sourde face aux voix venant de Syrie. En revanche, elle n’évoque aucunement l’urgence de traduire devant les tribunaux tous ceux qui, en Occident ou en Orient, dans les cercles d’influence et les rouages de « l’Etat profond » de leurs pays respectifs, ont conçu, financé, soutenu, armé les opérations de déstabilisation, de destruction et de mise à mort en Syrie comme tant d’autres pays.

Les propos de Mme Del Ponte prouvent qu’elle est juge et partie.

Question : Pensez-vous que sa démission puisse pousser la communauté internationale à changer d’avis sur l’opposition en Syrie ?

M. R. : Non, je ne crois pas, tant que l’on persistera à appeler « communauté internationale » les quelques pays occidentaux qui représentent 10% de la population de la planète, ont fait main basse sur le monde et rêvent de poursuivre leur razzia sur la planète.

Les organes de l’ONU obéissent au doigt et à l’œil à Washington et ses vassaux

Question : Comment voyez-vous le fonctionnement de la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie ? Pensez-vous qu’elle puisse avoir des conclusions impartiales ?

M. R. : La question principale ne concerne pas le fonctionnement, mais la conception même de la justice internationale. Des conclusions impartiales signifieraient que la justice soit respectée et que la Commission puisse conduire ses investigations et déposer ses conclusions en toute indépendance, c’est-à-dire sans pression des « Trois » de la « communauté internationale » (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis). Dans le contexte actuel, c’est inimaginable… A l’exception du Conseil de sécurité, où, depuis quelques années, la Russie renaissante et la Chine qui ne cesse de monter en puissance, opposent leur veto, les organes de l’ONU obéissent au doigt et à l’œil à Washington et ses vassaux…

Si la Commission d’enquête de l’ONU partage tous les préjugés, toutes les approches de madame Del Ponte, elle sera sûrement dans l’incapacité d’arriver à des conclusions impartiales sur le conflit en Syrie

Si, comme on peut le craindre, la Commission d’enquête de l’ONU partage tous les préjugés, toutes les approches de Mme Del Ponte, elle sera sûrement dans l’incapacité d’arriver à des conclusions impartiales sur le conflit en Syrie. Le principe de base restera inchangé : transformé durant la double décennie de la toute-puissance US (la période unipolaire), à partir de 1991, l’appareil de la justice internationale est voué à agir au gré des intérêts et pulsions de l’Empire atlantique.

Le Conseil de sécurité sert à cet empire d’instrument de coercition : la CPI ne peut intervenir contre les Etats qui n’ont pas adhéré au Traité de Rome et ne reconnaissent pas la compétence de la Cour, mais une résolution du Conseil de sécurité peut enjoindre à la CPI de se saisir du dossier.

J’ajouterai que trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ne sont pas ou plus parties au traité de Rome (les Etats-Unis, la Chine et la Russie). En raison d’un probable veto de Moscou et de Pékin (comme en 2014), le Conseil ne votera donc pas la saisine [le 8 août 2017].

Source : Michel Raimbaud, 09-08-2017

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Deir ez-Zor libérée: le dessous des cartes . Vidéo d'Ayssar Midani

9 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Ajoutée le 5 sept. 2017

Trois ans et un mois de siège sont brisés : les forces syriennes et leurs alliés ont réussi il y a à peine une heure de briser le siège du centre-ville.

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Zeus a rendez-vous avec Hermès : Vers une diplomatie de la transformation ? Par Guillaume Berlat

8 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #Politique étrangère

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 04-09-2017

« La vitesse est d’essence divine. Avant le Dieu des chrétiens qui a repris l’éclair et la foudre à Zeus, c’est Hermès qui l’a incarnée. Hermés va à la vitesse du vent » (Bernard Chambaz, À tombeau ouvert, 2016)1. Pour rafraichir la mémoire de tous ceux dont les souvenirs de la mythologie grecque et latine sont un peu flous, rappelons qu’au dieu grec Zeus (roi des dieux, dieu du ciel, du Climat, du Tonnerre et des Éclairs) correspond le dieu latin Jupiter et qu’au dieu grec Hermès (messager des dieux, dieu du Voyage, des Communications, du Commerce, des Voleurs, de la Ruse, de la Langue, de l’Écriture, de la Diplomatie) correspond le dieu latin Mercure.

La traditionnelle semaine des ambassadeurs (28-31 août 2017), première du quinquennat d’Emmanuel Macron, présente, par certains aspects, une dimension mythologique. Celle d’une rencontre improbable, inédite entre deux divinités : Zeus, alias Jupiter avec Hermès, alias Mercure. On ne pouvait trouver meilleure conjonction divine, astrale pour un début de quinquennat et pour une annonce aux excellences françaises. Revenons au XXIe siècle et à l’actualité internationale de cet été 2017. Avant toute chose, il importe de replacer cette semaine des ambassadeurs dans son contexte général afin d’analyser le contenu de l’intervention du président de la République censée fixer le cap de la diplomatie française2 et de nous livrer à quelques réflexions sur la pensée jupitérienne.

LE CONTEXTE GÉNÉRAL DE LA SEMAINE DES AMBASSADEURS : UN MONDE SANS MAÎTRES

Pour mieux appréhender le sens de l’intervention du président de la République, il importe de rappeler la genèse de la semaine des ambassadeurs, sa préparation diplomatique ainsi que la vie du microcosme parisien.

La semaine des ambassadeurs : une tradition ancienne

En quoi consiste la semaine des ambassadeurs qui remplace, sous l’influence de Laurent Fabius, la traditionnelle conférence des ambassadeurs ? Il suffit de se reporter au site du Quai d’Orsay. Lancée en 1993 par le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, la conférence des ambassadeurs réunit chaque année, à la fin du mois d’août, tous nos chefs de mission diplomatique – accrédités auprès d’un État ou d’une organisation internationale – afin qu’ils reçoivent « les orientations » des plus hautes autorités françaises (président de la République, premier ministre, ministre des Affaires étrangères et, le cas échéant, les ministres concernés par l’ordre du jour de la session). Cette rencontre doit contribuer à mettre en cohérence tous les volets de l’action extérieure de la France que les ambassadeurs sont chargés de cordonner et d’animer. Nous ne sommes pas dans la simple tactique diplomatique mais dans la stratégie internationale. Cet exercice est d’autant plus attendu qu’il fournit au président de la République la première occasion du quinquennat de s’adresser à cette noble et docte assemblée et que le thème de réflexion retenu pour cette semaine des excellences est cardinal : « Renouveler notre action dans un monde de ruptures » !3

Outre les grands sujets d’actualité (avenir de l’Europe, multilatéralisme, développement du numérique…) et les questions d’organisation du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la semaine se décline autour de trois grands axes : la journée « je rencontre un entrepreneur » (au titre de la diplomatie économique) avec le désormais traditionnel speed-dating#1Ambassadeur1Entrepreneur (dans le texte) ; la journée « je rencontre un ambassadeur » et un échange sur les réseaux sociaux avec les ambassadeurs et avec les invités du studio. Les ambassadeurs ne sont plus ringards, ils sont dans le vent du numérique et de la transparence. Ils se prêtent de bon gré à cet exercice de fausse transparence4.

La préparation diplomatique : un sans-faute jupitérien… ou presque

À la veille de la semaine des ambassadeurs, le chef de l’État effectue une tournée remarquée en Europe centrale. Va-t-il exposer son projet pour sortir l’Union européenne de l’impasse dans laquelle elle se trouve ? Que nenni ! Il tente de rallier certains de ses homologues à l’idée d’un durcissement de la directive Bolkenstein au même moment où à Paris les négociations avec les partenaires sociaux sur la réforme du droit du travail s’annoncent serrées. En marge d’une réunion à Salzbourg avec les dirigeants autrichien, slovaque et tchèque (23 août 2017) et avant de se rendre en Roumanie (il déclare devant la communauté française que « les Français détestent les réformes ») et en Bulgarie5, Emmanuel Macron se montre particulièrement sévère sur la directive travailleurs détachés et sur la Pologne, dénonce une « trahison de l’esprit européen », arguant que l’Europe n’avait pas pour but de « favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social ». Il obtient des résultats certains6. Plutôt que de pratiquer une diplomatie d’inclusion, il privilégie une diplomatie d’exclusion, ne se rendant pas en Hongrie et en Pologne (il réussit le tour de force de créer une crise diplomatique avec Varsovie !7). Si l’on peut féliciter le président de la République pour ses bons mots (ceux de ses plumes et de ses communicants), on peut aussi regretter l’absence de grande stratégie internationale qui s’attache à sa fonction. Autre excellente nouvelle pour le chef de l’État, l’embellie économique dont profite la France en cette fin d’année 2017… à l’exception notable du chômage8.

Rappelons que Jupiter envoie, le 26 août 2017 à Bagdad, le (la) ministre des Armées et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères pour déguster les succès de la coalition anti-EIIL in situ et « renouer un partenariat historique » avec l’Irak comme à l’époque de Saddam Hussein9. Au passage, la France accorde un prêt (de soutien budgétaire, d’encouragement aux réformes de fond et à l’assainissement financier du pays) d’un montant de 430 millions d’euros à l’Irak remboursable en 17 ans à un taux favorable de 6,75% avec de l’argent que nous empruntons nous-mêmes. Le dimanche 28 août, après une séance de « selfies » au Touquet, Emmanuel Macron s’entretient avec son homologue turc pour exiger la libération de notre compatriote journaliste, Loup Bureau, ignorant que ce genre d’affaires se traite dans la plus grande discrétion pour obtenir la plus grande efficacité10.

Mais, ce n’est pas tout, le lundi 28 août, le président de la République réunit un « séminaire gouvernemental » pour resserrer les rangs (« il ne faut jamais céder aux Cassandre »), leur donner une feuille de route (« volontarisme, ambition et exigence »), substituer le concept de « transformation » à celui plus anxiogène de « réforme ». Il accueille un mini-sommet UE/Afrique sur les migrations en présence des chefs de gouvernement allemand, italien et espagnol, de la transparente Haute représentante de l’union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Europe et de chefs d’État africains (Niger, Tchad, Libye…)11. Il remet sur la table son idée de « hot spots » et de suivi des migrants potentiels en Afrique12. On l’aura compris, Jupiter est sur tous les fronts.

La vie du microcosme : les tonton-flingueurs à la manœuvre

Mais, en ce mois d’août caniculaire, le baromètre politique est à la dépression. La politique intérieure reprend ses droits. En effet, dans le même temps (formule chère à Emmanuel Macron), nous apprenons que François Hollande entend rester dans le jeu politique et qu’il s’exprimera régulièrement « sous des formes diverses » pendant que François Fillon abandonne la politique pour se préparer à sa nouvelle vie de financier. Quant à Nicolas Sarkozy, il s’ennuie de la politique politicienne mais n’est pas mécontent de gagner plus d’argent que lorsqu’il était simple ministre. Pour sa part, l’éphémère garde des sceaux que fut François Bayrou sort de sa cure de silence pour critiquer la méthode de celui qu’il encensait il y a quelques mois encore.

Au-delà d’une critique justifiée par un sentiment d’amertume, deux de ses philippiques méritent d’être méditées : l’absence de cap de la politique actuelle (« L’opinion ne voit pas clairement la direction, le but, que l’on se fixe ») et l’absence d’un « gouvernement de plein exercice » qui dicte sa ligne à Bercy et aux grands corps de l’État (« Les hauts fonctionnaires semblent avoir plus de poids que par le passé »). Au passage, nous apprenons que le chef de l’État a dépensé 26 000 euros en frais de maquillage depuis sa prise de fonctions13. Confronté à cette impopularité croissante, le président de la République annonce qu’il change de stratégie… de communication14.

Quelques instants avant son discours aux excellences, il désigne le journaliste Bruno Roger-Petit, conseiller, porte-parole de la présidence pour relayer la parole de l’Élysée, redonner de la perspective à la parole présidentielle15. Nous sommes donc pleinement rassurés surtout en apprenant que le couple Macron vient d’adopter un chien surnommé « Nemo »16. Au cas où vous ne l’auriez pas compris, le président de la République nous informe : finie la réforme, le maitre-mot de la rentrée est TRANSFORMATION17. À quand l’annonce d’une transfiguration de Jupiter pour cause de dégringolade continue dans les sondages ? Afin de faire le service après-vente de son discours aux ambassadeurs, rien de tel qu’une resucée dans son long entretien au Point du 31 août 201718. Sur le plan de la communication, le moins que l’on puisse dire est que la séquence com’ est parfaite.

Le décor intérieur et extérieur ainsi planté, qu’en est-il de l’intervention du président de la République du 29 août 2017?

LE CONTENU DE L’ANNONCE FAITE AUX AMBASSADEURS

C’est autour d’un triptyque que le président de la République organise sa présentation : sécurité indépendance, influence. Ceci permettra à notre pays d’être plus fort et de lui permettre de tenir son rang grâce à une diplomatie mondiale et globale, toujours en initiative.

La protection de la sécurité de nos concitoyens doit devenir la raison d’être de notre diplomatie

Le fil d’Ariane, la première priorité de la politique étrangère française est désormais la lutte contre le terrorisme islamiste. Elle doit se décliner dans toutes ses dimensions : géographique (se concentrer sur les zones irako-syrienne et sahelo-libyenne) ; sécuritaire (conjuguer sécurité et stabilité) ; financière (assécher les finances du terrorisme) ; diplomatique (refus de prendre parti dans la querelle entre le Qatar et ses voisins, soutenir l’accord sur le nucléaire iranien) ; globale (compléter le militaire par le politique19) ; migratoire (régler le problème en amont) : africaine (arrimer l’Afrique à l’Europe en actionnant trois leviers : défense, développement et diplomatie).

Au titre des annonces faites, nous retiendrons la création d’un conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), la désignation d’un envoyé spécial sur la sécurité et le développement en faveur du Sahel et d’un ambassadeur chargé de coordonner l’ensemble des négociations liées aux migrations ; la réunion le 12 décembre 2012 d’une conférence de suivi financière de la COP2120, la réunion au début de l’année 2018 d’une conférence consacrée à la lutte contre le financement du terrorisme, présentation en 2018 d’un plan pour la promotion de la langue française et du plurilinguisme… Le président s’engage à veiller personnellement à ce que les ambassadeurs de France aient « les moyens de remplir leurs missions ». Ce qui veut tout dire et rien dire à la fois.

L’indépendance de la France suppose mobilité, autonomie et opportunisme

Le concept d’indépendance sans arrogance n’est pas celui des souverainistes mais celui de ceux qui veulent faire valoir les intérêts de la France et de ceux qui veulent ne pas être les obligés des grands. Le chef de l’État se livre à un plaidoyer pour le multilatéralisme, un multilatéralisme ouvert à de nouveaux formats, de nouvelles alliances pour organiser de grands projets qui le structurent. Il y décrit sa vision de l’Europe à laquelle il a donné corps en se rendant à Berlin pour s’accorder sur un « agenda de protection ». Il annonce son intention de la développer après les élections allemandes autour de 10 sujets de travail : protection des travailleurs, Europe de la défense, Union économique et monétaire, numérique, Europe à plusieurs formats, « simplification administrative radicale et plus de subsidiarité »… Son objectif est simple : apporter une réponse concrète aux attentes de nos citoyens. C’est pourquoi, il lancera des conventions démocratiques pour associer les citoyens à la réflexion sur l’Europe.

L’influence de la France articulée autour de nos valeurs et de nos idéaux

Le chef de l’État décline sa pensée – souvent confuse et approximative – autour de quelques idées force censées accroître l’influence de la France dans le monde : climat (réunion d’un sommet à Paris le 12 décembre prochain) ; paix (dialogue avec les grands dont la Russie pour mettre fin au conflit ukrainien, aux conflits gelés) ; justice et libertés (ferment de notre action collective) ; culture (défense des biens culturels) ; attractivité (à travers la diplomatie économique, le tourisme, priorités du réseau, les échanges universitaires, la marque France à l’étranger, la promotion de la langue française qui doit retrouver sa place). La diplomatie économique fait l’objet d’une intervention spécifique de Jean-Yves Le Drian à l’ouverture des rencontres « un ambassadeur, un entrepreneur (28 août 2017)21 complété par un entretien au Parisien22 et d’une longue et ennuyeuse intervention du premier ministre, Édouard Philippe23.

C’est à ce prix, celui de la transformation, que la France pourra reconquérir les « leviers de la puissance », faire entendre son identité, tracer un modèle civilisationnel, faire entendre sa voix originale, celle d’une « puissance grande par ses ambitions, grande par ses idéaux, grande par ses espérances ». Désormais, « la diplomatie française doit être globale, conjuguant économie, défense, éducation, culture, environnement » afin d’assurer son rayonnement. On le constate, le lyrisme est au rendez-vous.

Que penser de cette brillante intervention et de son cadre, la semaine des ambassadeurs ?

DE QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LA PENSÉE JUPITERIENNE

Parvenu à ce stade de l’exégèse du discours jupitérien, deux questions peuvent être posées : que penser de la pertinence de son intervention et de celle de la semaine des ambassadeurs ?

Que penser de la pertinence de ce premier discours jupitérien ? Diplomatie de la transformation ou pétard mouillé ?

C’est avant tout un discours impérial (80 minutes) qui ne manque jamais de charme, le charme discret du personnage, d’une sorte de contentement de soi (le terme « je » revient de manière récurrente dans son discours) qui découvre un désir infini et certain de briller à l’international face aux grands de ce monde. Le ton est diplomatique mais l’intention est ferme : comme tous les autres domaines de l’action publique, la diplomatie doit se plier au nouveau mantra jupiétérien, la « transformation ». Emmanuel Macron, qui s’éloigne souvent de son texte, dispose de réels talents d’orateur hors du commun. Il manie à la perfection l’art des concepts (creux), des bons mots (sans contenu réel), des paraboles (hors de propos), des propositions (souvent floues), des incantations (lyriques). Bien qu’il s’en défende au début de son intervention, le chef de l’État passe en revue toutes les crises du monde sur lesquelles il entend que la France ait son mot à dire. Il semble à la recherche d’un « idéal pragmatique », bannissant le dogmatisme de son prédécesseur.

Mais discours interminable qui manque en somme de plusieurs vertus : concision, clarté, cohérence, anticipation, stratégie, souffle, distance, hauteur, humilité, priorités…. La diplomatie d’Emmanuel Macron – alors que son rôle relève de la détermination de la politique étrangère – s’apparente à une diplomatie du papillonnage, une « diplomatie du coup d’éclat permanent ». Nous n’en saurons pas plus sur sa vision du « nouveau désordre international »24 (qualifié par Emmanuel Macron « d’ordre mondial profondément bousculé ») que sur les remèdes autres que les gadgets qu’il propose : convocation de conférences à intervalles réguliers, création d’un groupe international de contact sur la Syrie, d’un conseil présidentiel pour l’Afrique, nomination d’un envoyé spécial pour le Sahel, d’un ambassadeur thématique chargé des migrations, annonce de la mise en chantier de plusieurs feuilles de route….

Après pareil discours, nous sommes grisés, enivrés mais aussi perdus par une telle avalanche de mots. Nous n’en savons pas plus sur sa politique arabe qui a fait la spécificité de la diplomatie française depuis le général de Gaulle25. Nous n’en savons pas plus sur sa vision de l’Europe (« Europe à plusieurs formats ») : fédérale, confédérale…Que signifie une « souveraineté ouverte sur le monde », objectif qu’il assigne à la France ? Force est de constater que le président de la République est loin d’avoir retrouvé les chemins de la diplomatie perdue26. Le discours relève par plusieurs aspects de l’inventaire à la Prévert, de l’auberge espagnole dans laquelle : « tout a de l’importance et rien n’en a » comme le déclare son épouse au magazine Elle27. Malheureusement, comme le souligne le professeur Bertrand Badie, « sa diplomatie se résume à de la com sans aucune vision globale ». Heureusement, ses plus ardents thuriféraires nous expliquent que le président de la République inaugure une « diplomatie védrino-villepiniste » (réalisme et lyrisme) !

Quelques éléments peuvent être mis en exergue. Ils frisent parfois le comique, le ridicule. Comment peut-on dire sérieusement : « la sécurité des Français est la raison d’être de notre diplomatie » et « la politique étrangère a une seule et véritable priorité : lutter contre le terrorisme islamiste » ? La diplomatie consiste traditionnellement à informer, négocier représenter. La politique étrangère, c’est une stratégie, une tactique, une volonté et des moyens. Comment peut-on dans le même temps appeler les diplomates à se battre pour l’attractivité économique de la France à travers la diplomatie économique et leur demander de défendre avec vigueur certaines valeurs (droits de l’homme, de la femme, de la presse) ? Nous aurions aimé disposer de l’avis d’Emmanuel Macron sur l’Arabie saoudite et l’Égypte, pays à qui nous livrons larga manu des armes sophistiquées. Il nous livre un début de réponse deux jours plus tard dans son entretien accordé au Point : « nous ne pouvons pas avoir une politique commerciale qui ne prenne en compte cette sécurité ». Le marquis de Norpois n’aurait pas dit mieux. Que dire des propos enflammés, lyriques que tient le président de la République sur la défense de la langue française alors qu’il s’exprime en anglais dans des conférences internationales et autres cénacles ?28Comment parvenir à faire entrer toutes les crises de la planète dans trois concepts ? Comment éviter de dire tout et son contraire à quelques minutes d’intervalle ?

Cerise sur le gâteau, qui échappe à nos brillants experts, Emmanuel Macron confond allégrement politique étrangère (cap stratégique sur le long terme) qui relève de sa compétence et diplomatie (mise en œuvre au quotidien des grands principes) qui est du ressort de Jean-Yves Le Drian. Que font les nombreux conseillers de sa cellule diplomatique pour lui expliquer cette différence essentielle si l’on veut que la seconde soit la déclinaison de la première et prévenir la confusion des genres qui constitue la principale marque de fabrique du discours présidentiel ?

Que penser de la pertinence de cette semaine des ambassadeurs ? Diplomatie de l’efficacité ou diplomatie du tout Paris ?

« Qui veut voyager loin, ménage la superstructure » (Vincent Hervouët). A-t-on vu un secrétaire général du MAE démissionner comme vient de le faire le général Pierre de Villiers en raison des baisses de budget constantes ? On se laisse tondre avec le sourire. L’ambassadeur normal ne pratique pas l’impertinence. L’ambassadeur normal n’est pas querelleur. Il chahute dans les bus, s’épanche dans les bureaux, modère sa plume… et lorsqu’il a un solide carnet d’adresses, qu’il s’est constitué dans les cabinets ministériels, il va voir ailleurs (dans le secteur privé de préférence) pour arrondir ses fins de mois.

Que dit-il lorsque les anciens membres des cabinets pensent d’abord à se servir (un bon poste d’ambassadeur, la tête d’une direction, d’une sous-direction) au lieu de servir l’intérêt général et laissent bon nombre de ses collègues, qui n’ont pourtant pas démérité, moisir sur l’étagère ? Rien. C’est le courage fuyons ! Il est vrai que le Quai a été frappé depuis le début de l’année 2017 par une maladie mystérieuse : la macronnite aigüe. C’est pourquoi, il est encore trop tôt pour critiquer Jupiter dans la Maison. La semaine des ambassadeurs tourne à l’événement mondano-médiatique, à l’émission de télé-réalité sans la moindre consistance diplomatique : on distingue les ambassadeurs soucieux de la protection de l’environnement par la délivrance d’un diplôme. Dépourvus de ligne stratégique, les ambassadeurs sont comme des poules sans cou qui courent dans toutes les directions sans savoir où le vent divin les porte. Comme le disait en son temps un ambassadeur de France dignitaire : « les ambassadeurs ne sont pas des animaux de foire que l’on exhibe pour un numéro de cirque ». Le premier ministre réunit les ambassadeurs à la station F, haut lieu des start-up.

Peut-être serait-il grand temps de mettre fin à ce stupide exercice sans le moindre intérêt diplomatique ?29 L’intervention du président de la République, clou du spectacle, pourrait être diffusée sur le fil du Département (appellation interne du ministère des Affaires étrangères) comme elle l’est sur internet. Les ambassadeurs n’ont nul besoin qu’on les présente aux entrepreneurs, les fréquentant régulièrement à Paris et à l’étranger. Ils n’ont nul besoin de s’exposer sur les réseaux sociaux comme de vulgaires cabotins.

Quant aux jeunes étudiants qui caressent le projet d’entrer dans la « Carrière », ils n’ont qu’à s’adresser au bureau des concours du ministère pour en connaître les modalités pratiques (sélectivité des concours en raison du nombre restreint de postes proposés). Que font à l’Élysée, hormis se montrer et se pavaner ostensiblement, le président du Conseil constitutionnel (le ministre des Affaires étrangères émérite, Laurent Fabius auquel un hommage est rendu), le vice-président du Conseil d’État (le fourbe Jean-Marc Sauvé), le président de l’Institut du monde arabe (l’inoxydable Jack Lang) et bien d’autres parasites, fâcheux au lieu de s’occuper de leurs propres affaires ? À une époque où Bercy fait la chasse au moindre euro dépensé, il y aurait matière à économie en supprimant ce coûteux spectacle où la parole libre est proscrite, l’impertinence est bannie, la courtisanerie est reine.

« La valeur n’attend pas le nombre des années ». Emmanuel Macron est jeune et beau parleur30. Son intervention devant les excellences laisse l’observateur sur sa faim. Il est permis d’entrevoir de meilleures cuvées dans les éditions à venir de la semaine des ambassadeurs, si tant est qu’elle ne soit pas supprimée dans le cadre d’une vaste réforme de l’organisation de la diplomatie. Il est vrai que le président de la République n’a pas eu beaucoup de mal à faire un tout petit mieux que son prédécesseur lors de sa dernière intervention devant les ambassadeurs en août 201631. Mais rien ne parait impossible à Jupiter confronté aux dix travaux de réforme32 qui pourraient se transformer en pièges de la rentrée !33 Il est sans complexe. Il martèle que « la France (est), plus grande qu’elle-même ». Souvenons-nous que si la diplomatie est l’art des mots, elle se méfie des mots magiques qui vous reviennent à la figure comme par effet boomerang.

Que signifie au juste cette litanie de propositions, de coups de menton, de cartons rouges aux tyrans de la planète, de descriptions sans fin… ? Rien ou presque rien dans cette interminable intervention (20 pages autant que son entretien au Point) dont les deux destinataires principaux sont, d’abord et avant tout, les citoyens (je vous protège) et les médias (je communique pour vous) et, accessoirement, les ambassadeurs, à la recherche d’un improbable cap (je vous aime). Ne serait-ce pas un vulgaire exercice de salut par la diplomatie ?34

De cap, nos excellences n’en auront pas reçu un seul mais une foultitude, de quoi en perdre leur latin même si abondance ne nuit pas. Charles Trenet nous chantait : « le soleil a rendez-vous avec la lune ». Avec Emmanuel Macron, cette éclipse diplomatique prend la forme d’un rendez-vous entre Zeus et Hermès. Le premier apporte en présent divin au second la diplomatie de la transformation : « vous êtes ainsi appelés à devenir les ambassadeurs de la transformation de la France ».

Guillaume Berlat
4 septembre 2017
 

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 04-09-2017

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Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie, par Joseph Kishore

31 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Ukraine, #La guerre

Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie, par Joseph Kishore
Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie, par Joseph Kishore

Aujourd’hui, la vision des trotskystes américains…

Source : World Socialist Web Site, Joseph Kishore, 27-07-2017

La Chambre des représentants des États-Unis a adopté massivement un projet de loi mardi qui impose de nouvelles sanctions à la Russie, à l’Iran et à la Corée du Nord et limite la capacité de l’Administration Trump de les annuler. Le résultat du vote était de 419 pour et 3 contre. Cette mesure augmenterait considérablement les conflits géopolitiques entre les États-Unis et ses principaux rivaux, non seulement la Russie, mais aussi les puissances impérialistes en Europe.

Le projet de loi va maintenant passer au Sénat, où une version antérieure (sans les sanctions de la Corée du Nord) a été approuvée en juin à une marge similaire : 97 pour et 2 contre. Trump a envoyé des signaux mitigés sur la question de savoir s’il signera le projet de loi, mais les majorités d’une telle ampleur dans les deux chambres du Congrès signifient que, malgré la possibilité théorique d’un veto, il est presque certain d’être promulgué.

Les nouvelles sanctions exposent les principales questions derrière la campagne sur le « piratage électoral » des médias américains et de l’establishment politique, dirigé par les organismes de renseignement qui s’opposent à toute modification de la politique anti-Russie développée sous l’Administration Obama. Le vote presque à l’unanimité dans les deux chambres du Congrès (tous les votes « non » à la Chambre proviennent de républicains) témoigne de la mesure dans laquelle la CIA (l’Agence centrale de renseignement), la NSA (l’Agence nationale de la sécurité) et d’autres agences d’espionnage contrôlent directement les institutions de l’État et le personnel qui les composent.

Les vrais enjeux dans ce conflit âpre au sein de la classe dirigeante ont été énoncés dans un éditorial du Washington Post lundi, « La riposte drastique – mais nécessaire – du Congrès à Trump ». Le Post, qui, avec le New York Times, a été une des voix médiatiques de premier plan dans la campagne anti-Russie, a salué ce projet de loi si nécessaire pour protéger les « intérêts vitaux » des États-Unis.

L’accord sur les sanctions, écrit le Post, a placé : « la politique de Trump envers le régime de Vladimir Poutine sous séquestre, l’empêchant de lever les sanctions sans accord du Congrès ». Trump a montré une « affinité inexplicable » à l’égard de la Russie, a écrit le journal, et a mis en doute la prétendue intervention de la Russie dans la campagne électorale américaine.

« Pour la communauté du renseignement des États-Unis », a déclaré le Post, « il n’y a pas un tel doute […] Le refus de M. Trump d’accepter ces conclusions et la possibilité qu’il puisse arrêter les sanctions imposées à la Russie pour cette ingérence et pour son invasion militaire de l’Ukraine a généré un consensus extraordinaire dans un congrès autrement polarisé ».

Aucune des allégations faites par le Post sur l’implication de la Russie dans les élections ne peut être démontrée et les déclarations de la « communauté du renseignement des États-Unis » ne sont pas plus crédibles que les allégations selon lesquelles le gouvernement de Saddam Hussein possédait des « armes de destruction massive » avant l’invasion de l’Irak en 2003. Même si l’on devait accepter ces conclusions comme vraies, il ne fait aucun doute que Clinton travaillait avec toutes sortes de gouvernements étrangers pour faire progresser sa campagne électorale.

Le véritable problème n’est pas le « piratage » russe, mais les intérêts géostratégiques de l’impérialisme américain. Comme le précise le Post, sa principale préoccupation est que la Russie a entravé les opérations de l’Armée et des agences de renseignement américaines en Ukraine et en Syrie. La référence à « l’invasion militaire de l’Ukraine » fait référence à l’annexion par la Russie de la Crimée et à la guerre civile interne qui a suivi l’opération de changement de régime de 2014 organisée par les États-Unis et menée par des organisations fascistes pour démanteler un gouvernement pro-russe.

L’éditorial se plaint plus tard que les actions de Trump donnent à la Russie « des concessions majeures pour rien », y compris « le retrait du soutien américain aux forces rebelles en Syrie ». Il s’agit de la décision de Trump de mettre fin au soutien de la CIA aux forces d’opposition syrienne, dominées par Al-Qaïda, qui ont mené une guerre civile soutenue par les États-Unis pour renverser le président syrien Bashar al-Assad.

L’éditorial reconnaît que le projet de loi sur les sanctions « pourrait avoir des conséquences involontaires », y compris sur « la coordination entre les États-Unis et l’Europe sur la Russie ». Il est « néanmoins essentiel », car « Trump ne peut pas être digne de confiance pour protéger les intérêts vitaux des États-Unis contre une agression persistante de la Russie ».

Quels sont ces « intérêts essentiels des États-Unis » ? Ils n’impliquent pas l’offensive de l’Administration Trump sur les soins de santé, son assaut brutal contre les travailleurs immigrés ou son programme militariste. Il s’agit plutôt des intérêts de la classe dirigeante dans la domination du Moyen-Orient et de ses vastes ressources énergétiques et de l’expansion du pouvoir américain en Europe de l’Est. Pour les factions de la classe dirigeante pour laquelle le Postparle, en outre, l’agression américaine contre la Russie est considérée comme essentielle pour conserver l’allégeance des puissances européennes et pour s’en prendre à la Chine.

Le nouveau projet de loi sera adopté dans des conditions de tensions géopolitiques explosives qui peuvent rapidement se transformer en un conflit militaire direct impliquant des puissances nucléaires. Au cours des dernières 24 heures, les États-Unis ont procédé à des tirs d’avertissement sur un navire iranien ; l’armée chinoise a intercepté un avion américain ; le Wall Street Journal a rapporté les préparatifs de la Chine en prévision d’une guerre américaine contre la Corée du Nord ; et la Chine a organisé des opérations militaires conjointes avec la Russie en mer Baltique.

Les différents pays touchés par le projet de loi le prendront comme un signe clair que les États-Unis ont l’intention de faire face à leurs affrontements économiques et militaires avec eux. Un mémo de l’Union européenne révélé par la presse a rapporté les déclarations du chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, selon lesquelles l’UE « devrait se préparer à agir en quelques jours » après le passage du projet de loi et que les sanctions « pourraient avoir une incidence sur un nombre potentiellement important de sociétés européennes faisant des affaires légitimes régies par des mesures de l’UE avec des entités russes ».

L’Administration Trump, de plus en plus pressée et isolée, pourrait décider que la meilleure façon de résoudre sa crise interne est de commencer une guerre, peut-être avec l’Iran ou la Corée du Nord. Et si les adversaires de Trump réussissent à forcer un changement dans sa politique ou à le faire tomber, cela impliquera un changement vers une politique encore plus agressive au Moyen-Orient et, surtout, contre la Russie.

Quelles que soient les divisions au sein de l’État, la classe dirigeante américaine est poussée par une logique implacable. La dissolution de l’Union soviétique en 1991 ne lui a pas apporté une « fin de l’histoire », mais un quart de siècle de guerre sans fin et en expansion, dans laquelle la classe dirigeante a cherché à inverser le déclin du capitalisme américain et à maintenir sa position économique mondiale à travers l’utilisation de la force militaire. Cette politique folle et insouciante amène le monde entier au bord de la troisième guerre mondiale.

(Article paru d’abord en anglais le 26 juillet 2017)

Source : World Socialist Web Site, Joseph Kishore, 27-07-2017

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Réponses à "Le Congrès des États-Unis adopte de manière écrasante une loi de sanctions contre la Russie", par Joseph Kishore
  1. Fritz Le 31 juillet 2017

    Rien à ajouter à ce texte. Affilié au Parti socialiste de l’égalité (Socialist Equality Party), le site wsws.org est l’une de mes sources d’information préférées. il avait dénoncé la guerre de Libye dès le premier jour, comme une guerre d’agression impérialiste.

    Des trotskistes comme ça, on en voudrait davantage chez nous. Hélas, nous avons les pitres du NPA, genre Julien Salingue ou Gilbert Achcar. Les gardes rouges de l’impérialisme, les crétins utiles de l’OTAN.

    https://www.les-crises.fr/massacres-a-alep-lettre-a-un-camarade-qui-sobstine-a-justifier-linjustifiable-par-julien-salingue-reponse/
    https://www.les-crises.fr/syrie-empecher-leffondrement-du-regime-assad-entretien-avec-gilbert-achcar/

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«Merci» : l'Armée rend un hommage émouvant à Pierre de Villiers lors de son départ (VIDEOS)

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #L'OTAN., #La République, #La France, #L'armée française

«Merci» : l'Armée rend un hommage émouvant à Pierre de Villiers lors de son départ (VIDEOS)

«Merci» : l'Armée rend un hommage émouvant à Pierre de Villiers lors de son départ (VIDEOS)© JOEL SAGET / AFP Source: AFP
Pierre de Villiers
 

Après avoir remis sa démission le 19 juillet 2017, l'ancien chef d'état-major des armées a quitté le ministère dans la journée même, salué par le personnel et les hauts gradés. La ministre des Armées Florence Parly est restée toutefois silencieuse.

Pour Pierre de Villiers, démissionnaire de son poste de chef d'état-major des Armées, cette longue journée s'est clôturée par plusieurs hommages dont celui de l'état-major interarmées avec un sobre : «merci».

 

A son départ du ministère des Armées en fin d'après-midi, Pierre de Villiers a été accueilli par une haie d'honneur des trois corps d'armées, preuve de sa popularité auprès de ses collaborateurs mais aussi de ses troupes.

ssu d'une famille d'aristocrates vendéens à la culture militaire, frère de l'homme politique Philippe de Villiers, l'ancien chef d'état-major était proche de ses soldats et à maintes reprises à leurs côtés sur le terrain. Plus jeune général cinq étoiles de l'armée française, il a servi, entre autres, en opération au Kosovo en 1999 et en Afghanistan en 2005.

En nommant son successeur le général François Lecointre, Emmanuel Macron pourrait bien s'éloigner de la tradition française. D'une part, le nouveau chef d'état-major n'a pas été choisi dans le vivier habituel des candidats potentiels. D'autre part, le général François Lecointre entre politiquement mieux dans le cadre de la construction d'une Défense européenne, souhaitée par Emmanuel Macron. Le nouveau chef d'état-major a en effet été désigné en janvier 2013 pour devenir le premier commandant de la Mission européenne de conseil et de formation des forces armées maliennes (EUTM).

Interviewé par France 2 à l'arrivée d'une étape du Tour de France Emmanuel Macron s'est expliqué sur les raisons qui l'ont mené à limoger Pierre de Villiers. «Ce n'est pas le rôle du chef d'état-major [de défendre le budget des armées], mais celui de la ministre [des armées, Florence Parly]», a-t-il ainsi expliqué. Quant à elle, la ministre des Armées, n'a fait aucune déclaration, alors qu'un silence radio presque parfait règne dans les rangs de La République en marche (LREM).

Pourtant, dans le reste de la classe politique, le limogeage de Pierre de Villiers a suscité de nombreuses réactions. «C'est une situation sidérante. Le général a participé à une réunion à huis clos et son devoir et son honneur est de répondre franchement, clairement, à toutes les questions qui lui sont posées», a notamment déploré Jean-Luc Mélenchon.

Lire aussi : Démission du chef d'état-major des armées : «Le général Pierre de Villiers n'a fait que son devoir

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Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Ukraine, #Terrorisme, #La guerre, #Le fascisme

Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)

Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)
Emir Kusturica

Evoquant les difficiles relations entre la Russie et l'Occident, le réalisateur serbe Emir Kusturica confie à RT sa vision de Vladimir Poutine, Donald Trump, et de la situation en Ukraine, en laquelle il voit une redite de la guerre de Yougoslavie.

RT : Vous avez un jour dit que la Serbie était respectée dans le monde entier, et ce grâce à Vladimir Poutine. Quelle en est selon vous la raison ?

Emir Kusturica (E. K.) : Vladimir Poutine, à mon avis, a fait quelque chose de très important pour le monde entier. Car, comme l'a dit un écrivain russe fort instruit, c’est la démocratie qui a souffert le plus après la chute de l’URSS.

A l’époque de l’Union soviétique, les démocrates français, italiens, anglais... tâchaient de démontrer à ceux qui étaient de l’autre côté du rideau de fer que régnait une vraie démocratie dans leur pays. Avec la chute de l’URSS, ils n’avaient plus rien à prouver à personne. Il ne fallait que suivre le mouvement du progrès naturel, qui est, en grande partie, alimenté par le côté obscur de la nature humaine.

Aussi, j'approuve les actions de Vladimir Poutine, qui, avec une manière, fine, qui lui est propre, remet la Russie sur pieds après la période Eltsine, afin que le peuple puisse être fier de son histoire et – et c'est le plus important – de sa culture.

Pourquoi l’Occident a-t-il des problèmes avec Vladimir Poutine ? Quels sont les avantages que présente la position du président russe ? Prenons l’exemple de l’Asie. Il s'agit de la région la plus peuplée, dotée de grandes puissances économiques, notamment la Chine. Les meilleurs réalisateurs asiatiques tournent des films dédiés à des questions d’éthique, d'auteurs des XIXe et du XXe siècles et que nous pouvons trouver dans les livres des grands écrivains russes.

C'est l'histoire qui nous montrera qui a raison et qui a tort, et non pas ceux qui essayent de réduire à zéro le rôle de la culture dans l'histoire de l’humanité. A chaque fois que je me rends en Occident, je m'entretiens avec des intellectuels qui en savent très peu sur Vladimir Poutine et la Russie contemporaine. Celui qui a interdit les importations de semences OGM mérite au minimum qu’on le respecte. C’est l’un des pires aspects de notre monde : nous sommes en proie à la production de Monsanto, qui n’a rien de naturelle et qui est quotidiennement à l'origine de cas mortels. Vladimir Poutine a interdit les OGM et revitalisé l’agriculture russe. Les résultats qu’il a obtenu sont splendides. En outre, c’est un homme qui préserve la culture de son pays. Pour cette raison, c'est un héros.

Lire aussi : Pour Emir Kusturica, Vladimir Poutine est «un type bien»

RT : Qu'avez vous pensé de la récente rencontre entre Vladimir Poutine et le président américain Donald Trump ?

E. K. : Je considère que Donald Trump n’a toujours pas dit ce qu’il devait dire. Je parle des promesses faites au cours de sa campagne électorale, promesses qu’il a oubliées. Il y a deux choses à faire remarquer. Premièrement, le fait est que l’Etat profond est derrière toutes les décisions importantes prises aux Etats-Unis. Deuxièmement, le complexe militaro-industriel américain est tellement puissant que le président ne peut pas agir sans le consentement d’autres personnes. Je trouve que la position de Vladimir Poutine est positive et en même temps, supérieure. J’ai également remarqué un peu d'incertitude dans le comportement du président américain. Je dirais même que cette rencontre nous a prouvé que ce n’était pas lui qui prenait les décisions. Et ça, c’est un grand problème pour l’humanité dans son ensemble.

RT : Ici même, à Mecavnik, en Serbie, vous avez récemment tourné votre film On the Milky Road, dans lequel Monica Belucci et vous-même jouez les rôles principaux. Ce film a reçu un grand prix à Sébastopol, en Crimée. Le 23 juillet prochain, vous envisagez de donner un concert à Yalta, autre ville de Crimée. N’avez-vous pas peur des sanctions ?

E. K. : Non. La vie n'a de sens que si tu es libre, si tu fais ce que tu veux. Tout au long de ma vie, je suis resté fidèle à mes décisions, à ma façon de faire. Dans cette situation je préférerais que les sanctions soient imposées à ceux qui donnent des concerts, disons, à New York ou même à Washington, où tant de guerres ont été préparées. Prenons l’exemple de Mouammar Kadhafi, ou le chaos que les Américains sèment dans le monde entier depuis déjà 20 ans. Si on doit imposer des sanctions, ce n'est certainement pas contre des musiciens qui jouent là où ils l'entendent, surtout à Yalta.

RT : Que pensez-vous de la situation en Ukraine ?

E. K. : La situation en Ukraine, telle que je la connais, ressemble à celle qui a eu cours en Yougoslavie. Nous assistons aux pressions de l'Occident. Au cours de l'unification européenne, l’Ouest a divisé la Yougoslavie. Et quoi qu'on dise de l'impossibilité de maintenir son intégrité, la Yougoslavie divisée est devenue un casse-tête pour le monde entier. La destruction n’émane pas de ceux qui veulent sauver leur patrie, mais de ceux qui paient pour la déstabilisation de cette dernière.

Victoria Nuland [diplomate américaine, chargée de l'Europe au département d'Etat de 2013 à 2017] a déclaré publiquement qu’il avait fallu 50 milliards de dollars pour plonger l'Ukraine dans un tel chaos. En outre, comment pouvons-nous soutenir des gens qui ont des conceptions nazies ? Les événements qui ont lieu dans le monde prouvent que les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme.

Lire aussi : Non, ce n’est pas parce qu’il est ami avec Vladimir Poutine qu’Emir Kusturica ne sera pas à Cannes

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A Istres, Emmanuel Macron veut sauver les meubles après la démission du général de Villiers

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #L'armée française

A Istres, Emmanuel Macron veut sauver les meubles après la démission du général de Villiers

- Avec AFP

A Istres, Emmanuel Macron veut sauver les meubles après la démission du général de Villiers © Jean-Paul Pelissier Source: Reuters

Au lendemain de la démission fracassante du chef d'état-major des armées, Emmanuel Macron s'est évertué à reconquérir le cœur et les esprits des militaires, multipliant les hommages et les assurances budgétaires.

Emmanuel Macron est arrivé dans la matinée du 20 juillet à la base aérienne 125 d'Istres (Bouches-du-Rhône), accompagné du nouveau chef d'état-major François Lecointre. Après la démission du chef d'état-major des armées, le 19 juillet, le président a multiplié les hommages aux militaires.  

Je ne laisserai personne dire que des choix budgétaires se font aux dépens de votre sécurité. C'est faux. J'en serai le garant

«Votre engagement, l'engagement de l'armée de l'air comme celui de toutes les armées est nécessaire et je le respecte profondément, [...] je sais ce que la Nation vous doit», a insisté Emmanuel Macron, assurant les militaires de sa «profonde estime» et de sa «confiance».

«Je veux que vous ayez les moyens de vos missions», a déclaré le chef de l’Etat dans son discours. Le président de la République a réaffirmé par ailleurs que le budget de la Défense serait porté à 34,2 milliards d'euros en 2018, précisant qu'aucun budget autre que celui des armées ne serait augmenté cette année-là. Un argument de poids censé rassurer les militaires inquiets de la situation budgétaire de la Défense.

Emmanuel Macron a également réaffirmé sa volonté de porter l'effort de défense à 2% du PIB d'ici à 2025, une de ses promesses phares durant la campagne présidentielle.

«Le ministère des Armées n'est pas un ministère comme les autres parce que des vies sont engagées au quotidien», a-t-il encore observé avant d'ajouter : «Je ne laisserai personne dire que des choix budgétaires se font aux dépens de votre sécurité. C'est faux. J'en serai le garant.»

Lire aussi : Le plan d'économies drastique du gouvernement suscite inquiétude et interrogation dans l'opposition

Le chef de l'Etat a également fait savoir qu'en 2017, le montant de la loi de finances initiale serait respecté. S'il y a une «contribution des armées à la solidarité nationale», [à hauteur de 850 millions d'euros], ces décisions de gestion n'auront, selon le président «aucun impact, ni sur la stratégie, ni sur les capacités, ni sur l'effort de défense».

Emmanuel Macron a récemment annoncé d'importantes coupes budgétaires à hauteur de 850 millions d'euros imposées à la Défense.

En désaccord avec le chef de l’Etat sur ces coupes budgétaires, le général Pierre de Villiers a démissionné le 19 juillet de son poste de chef d'état-major des armées, un geste sans précédent sous la Ve République qui a marqué la première crise ouverte du quinquennat d'Emmanuel Macron.

«Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français», a déclaré le général dans un communiqué. Il s'était auparavant exprimé à huis clos à l'Assemblée nationale, où il avait assuré que la situation n'était «pas tenable».

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Comment la France passa de l’ère allemande à l’ère américaine. Jacques Pauwels

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La République, #De Gaulle

Comment la France passa de l’ère allemande à l’ère américaine

Comment la France passa de l’ère allemande à l’ère américaine. Jacques Pauwels

Dans deux de ses livres, Le choix de la Défaite : les élites françaises dans les années 1930 et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République 1938-1940 (Paris, Armand Colin, 2010 et 2008), Annie Lacroix-Riz, spécialiste d’histoire contemporaine et professeur à l’université Paris 7, a expliqué comment, dans les années trente, l’élite de la société française – politiciens, militaires de haut rang, industriels, banquiers, le haut clergé, etc. – a voulu et planifié l’ « étrange défaite » de 1940. C’est par le biais de cette trahison que l’élite put triompher de l’« ennemi intérieur » gauchiste, empêcher d’autres réformes politiques et surtout sociales comme celles introduites par le Front Populaire, et éliminer le système, trop démocratique à son goût, de la 3e République en faveur du régime autoritaire et collaborateur de Vichy. Ce régime choya tous les éléments de l’élite du pays, mais surtout le patronat, et tandis qu’il fut un paradis pour celui-ci, il fut un enfer pour les salariés, et pour le peuple français en général ; Annie Lacroix-Riz l’a bien démontré dans un autre ouvrage, Industriels et banquiers sous l’Occupation (Armand Colin, Paris, 2013). Or, dans une toute nouvelle étude, Les Élites françaises entre 1940 et 1944 (Armand Colin, Paris, 2016), l’historienne se penche sur un autre aspect de la saga de la couche supérieure de la société française des années trente et quarante : leur passage de la tutelle allemande à la tutelle américaine.

Les défaites subies par la Wehrmacht devant Moscou (fin 1941) et surtout Stalingrad (hiver 1942-1943) ainsi que l’entrée en guerre des États-Unis et le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (novembre 1942) firent comprendre à l’élite française que l’Allemagne perdrait la guerre et que l’inévitable victoire soviétique impliquerait fort probablement pour la France le triomphe de la Résistance, « majoritairement ouvrière et communiste », et par conséquent une épuration des collaborateurs et des changements révolutionnaires. Afin d’éviter un tel scénario, catastrophique pour eux-mêmes et pour leur ordre socio-économique, la majorité des politiciens, militaires, industriels, banquiers, et autres « gens très bien », responsables directement ou indirectement pour la trahison de 1940 et la politique collaboratrice, répressive et même meurtrière de Vichy, commencèrent à se dissocier discrètement de la tutelle allemande et à préparer un « avenir américain ». Ils espéraient que l’occupation allemande de la France serait suivie par une occupation américaine, ce qui éviterait des « désordres », mot de passe pour les changements révolutionnaires associés avec la Résistance; et dans le contexte d’une Pax Americana engendrée par une victoire américaine leurs péchés pro-nazis seraient pardonnés et oubliés, leur permettant de conserver les privilèges traditionnels et nouveaux dont ils avaient joui grâce à Vichy. Sous les auspices du nouveau tuteur américain, la France serait un « Vichy sans Vichy ».

Il était possible de rêver à tout cela parce que les leaders américains détestaient également l’idée que, après le départ des Allemands, les Résistants communistes et autres puissent prendre le pouvoir en France, y provoquer des « mutations [politiques et socio-économiques] profondes » et ouvrir la porte à l’influence soviétique. À Washington on n’avait rien contre le régime de Vichy, avec lequel on maintenait jusqu’en janvier 1943 de bonnes relations diplomatiques ; et les autorités étatsuniennes, Roosevelt en tête, espéraient longtemps que dans l’après-guerre Pétain ou un des autres dirigeants vichyssois pas trop souillés par leur germanophilie – comme Weygand ou Darlan – resterait au pouvoir en France, peut-être après un léger « replâtrage parlementaire » du système vichyssois. « L’avenir américain » fut préparé dans des négociations en Afrique du Nord, où les É.-U. avaient plusieurs consulats, en Espagne et en Suisse, où Berne fut le pied-à-terre de l’agent secret étatsunien Allen Dulles, qui y « veillait à l’avenir de la France » et de l’Europe en général.

Les Allemands étaient à la hauteur mais toléraient ces initiatives parce que l’élite du Reich préparait son propre « avenir américain », ce qui impliquait des industriels et banquiers allemands avec de bons contacts américains – y compris Dulles – et même des chefs de la SS/Gestapo. Afin de permettre à quelques-uns des plus fermes suppôts du nazisme au sein de de l’élite allemande, par exemple le banquier Hjalmar Schacht, de se poser en « résistants » quand le régime nazi s’écroulerait, on les enferma dans des camps de concentration comme Dachau, où ils étaient « entièrement séparés de la masse des détenus du camp proprement dit » et bien traités. De façon similaire, les autorités allemandes en France eurent la gentillesse d’arrêter de nombreux « collaborationnistes de premier plan » et de les « déporter » vers le Reich pour y attendre la fin de la guerre dans un confortable lieu de « détention d’honneur », par exemple des hôtels à Bad Godesberg et au Tyrol. Cette expérience devait servir de « brevet de ‘résistance’ » à ces personnages, leur permettant de poser en héros patriotiques à leur retour en France en 1945.

Tandis qu’à l’occasion du choix du tuteur allemand comme « protecteur des coffre-forts » en 1940, « un chef français compatible avec le guide allemand » se tenait déjà prêt dans les coulisses, à savoir Pétain, la sélection d’un chef français compatible avec le nouveau guide américain était nettement moins facile. Le tandem de l’élite française et les autorités américaines détestaient celui qui apparaît aujourd’hui comme un choix manifeste, à savoir Charles de Gaulle, le chef des « Français libres ». La raison ? Ils le regardaient comme un « fourrier du bolchevisme », « un simple tremplin vers le pouvoir des communistes ». Ce n’est que très tard, à savoir le 23 octobre 1944, donc plusieurs mois après le débarquement en Normandie et le début de la libération du pays, que de Gaulle fut reconnu officiellement par Washington comme chef du Gouvernement provisoire de la République française. La chose devint possible à cause de plusieurs facteurs. Primo, les Américains ont fini par se rendre compte que le peuple français ne tolérerait pas qu’après le départ des Allemands « le tout-Vichy [fût] maintenu en place ». Ils ont compris que, inversement, de Gaulle bénéficiait d’une grande popularité et du soutien d’un grande partie de la Résistance. Par conséquent, ils avaient besoin de lui pour « neutraliser les communistes au lendemain des hostilités ». Secundo, de Gaulle négocia auprès de Roosevelt afin d’adopter une politique « normale », ne menaçant aucunement « le statu-quo socio-économique » ; et il donna des gages en « repêchant » de nombreux collaborateurs vichyssois qui avaient été les favoris des Américains.  Tertio, le chef des « Français libres » avait pris ses distances avec l’Union Soviétique. C’est ainsi que le gaullisme s’est « respectabilisé » et que de Gaulle est devenu « un leader de la droite », acceptable à élite française aussi bien qu’aux Américains, les successeurs des Allemands dans le rôle de « protecteurs » des intérêts de cette élite. Or, du point de vue des nouveaux vrais maîtres de la France – et de la plupart du reste de l’Europe – il fut et resta une sorte de « rebelle » qui continua longtemps à leur causer des ennuis.

Les Élites françaises entre 1940 et 1944 est une étude surprenante, fascinante, rigoureusement et minutieusement documentée, comme les autres livres d’Annie Lacroix-Riz. De ceux-ci, il faut encore mentionner Aux origines du carcan européen (1900-1960) : La France sous influence allemande et américaine (Paris, Éditions Delga, 2014). On peut y apprendre comment, à la suite de la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis ont su consolider leur domination politique et économique de l’Europe occidentale par le biais de la création d’institutions européennes. Et ils l’ont fait en collaboration avec des élites françaises, allemandes et autres – y compris des collaborateurs vichyssois « recyclés » tels que Jean Monnet. Dans ce contexte aussi, leur ancien antagoniste, de Gaulle, leur a causé quelques ennuis.

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“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (2/2). Par Robert Charvin

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #De Gaulle

“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (2/2)

“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (2/2). Par Robert Charvin

…Cette justice, surtout après 1947, avait pour mission de rompre avec le pouvoir résistant, et surtout de dissocier les différentes tendances de la Résistance, tout comme les préfets s’opposaient aux commémorations des associations d’anciens résistants et à l’édification de monuments souvenir (par exemple à Monceau les Mines en 1949). Le caractère des procédures ouvertes contre les anciens résistants apparaissait d’autant plus « décalé » que diverses lois d’amnistie précitées avaient déjà été votées au bénéfice des collaborateurs et que des officiers allemands précédemment condamnés à mort par contumace étaient acquittés.

 

Les résistants poursuivis étaient le plus souvent d’anciens Francs-Tireurs et Partisans, plus ou moins isolés du parti communiste auquel ils avaient appartenu et qui n’étaient donc pas en mesure de bénéficier d’un soutien conséquent. Le PCF avait procédé après la Libération à l’exclusion de certains résistants, au nom de « l’anti-titisme », souvent aussi parce qu’ils étaient simplement des militants « incontrôlables » se refusant à la discipline politique imposée parfois en raison de la contestation de certains dirigeants, comme J. Duclos, dont les positions durant la guerre n’avaient pas été claires.

Lorsque ces ex-résistants étaient suspectés par la justice d’affaires relevant du droit commun (par exemple, d’actes de pillages dans les maquis), le parti préférait prendre ses distances pour échapper au discrédit, dans une période de haute tension politique.

Si les cas sont nombreux, seuls sont encore connus, un demi-siècle plus tard, ceux qui ont fait l’objet d’études universitaires, à partir des archives locales. On peut citer, par exemple, le cas d’Émile Philippot, des FTP de l’Yonne, dont toute la famille est engagée dans la Résistance. Il est chargé des réquisitions pour le ravitaillement des partisans. Il dynamite des trains de marchandises et procède à l’exécution d’une informatrice de la Gestapo.

Arrêté par les Allemands pour « terrorisme », il est condamné par la Cour Spéciale de Dijon à perpétuité puis remis aux Allemands. Rien d’étonnant : « L’État Français » qui collaborait avec le Reich assimilait tous les résistants à des « terroristes », agents de Moscou, « siège d’une politique impérialiste renouvelée de la politique nationaliste des Tsars ».

Cette Résistance n’était qu’un « moyen de préparer une invasion issue des tendances ataviques à la marche vers l’ouest, […] tout en se ménageant des partisans, […] traîtres à leurs pays », […] » et « prêts à se sacrifier au nationalisme russe aux dépens du nationalisme français ». Philippot est libéré en septembre 1944, alors qu’il était incarcéré dans les locaux de la Gestapo, gravement malade. Dès 1945, il est à nouveau incarcéré en tant que « faux » résistant, et condamné pour vols et recels, c’est-à-dire pour les réquisitions qu’il avait pratiquées pour ravitailler son maquis. Un témoin de la défense dénoncera cette accusation mettant sur le même plan « des kilos de lard récupérés et les cadavres des fusillés et déportés » !

Condamné à 5 ans de réclusion en 1948, en pleine crise du blocus de Berlin Ouest, et des grandes grèves en France, il sera gracié par le Chef de l’État en 1949. De nombreuses autres affaires, de même nature, se sont produites, dans un climat d’acharnement judiciaire : certains magistrats, impliqués dans la répression vichystes, prenaient leur revanche.

On peut citer encore le cas de Francis Flamand, responsable d’un groupe de résistants de Bresse du Nord, dont le chef de corps était le capitaine Otcharenko, officier de l’Armée Rouge, prisonnier évadé et rallié au maquis français. Il est accusé de pillage et d’exécution d’agents de la Gestapo, sans aucune considération des conditions de guerre. Toutefois, la procédure fut suspendue définitivement.

Robert Serant, jeune communiste né en 1925, condamné le 18 juillet 1941 pour ses premiers actes de résistance, FTP à 17 ans, arrêté à nouveau, déporté, il s’évade en 1945 et rejoint la Première Armée française. Mais en 1946, il est poursuivi par la Cour de Justice de Dijon pour « dénonciation » par un parquetier, proche de Vichy. Il est condamné à 3 ans de prison. En 1946, il est à nouveau poursuivi devant le tribunal correctionnel de Dijon pour attentats contre des collaborateurs. Il sera libéré en 1948.

L’affaire qui a eu le plus de retentissement est celle de Guingouin, chef FTP, dans le Limousin39, devenu le Maire de Limoges à la Libération. En rupture avec la direction nationale du PCF40, Georges Guingouin, qui pendant 4 ans défia la police de Vichy, la milice et les SS, s’est fait arrêter 9 ans après la Libération, en été 1953, dans le bureau d’un juge (qui poursuivait déjà une instruction contre lui durant la guerre). Pourtant, la loi d’amnistie du 6 août 1953 s’appliquait à tous les crimes commis par des résistants entre 1940 et janvier 1946, en tant qu’actes de guerre. L’affaire Guingouin officiellement relevait du droit commun !

Au plan politique, ce sont les Socialistes de la SFIO qui sont les plus actifs contre les « crimes qui déshonorent la Résistance ». Pour eux, l’objectif est de discréditer les communistes, sans réelle préoccupation de l’image de la Résistance. Guingouin, l’ancien maire de Limoges, condamné à 20 ans de travaux forcés pour « crime de guerre » (il s’agissait de l’exécution par les FTP de personnes suspectées de collaboration avec la police allemande), a purgé 4 ans de prison, malgré une absence presque totale de charge.

Refusant l’amnistie, Guingouin réclame la révision de son procès. Une campagne nationale de solidarité s’est alors développée (avec Claude Bourdet, J. Debu-Bridel, Léo Hamon, Jean Rous, J.M. Domenach, F. Mauriac, etc.). Son avocat est Roland Dumas.

De Gaulle lui-même lui manifeste son soutien : « Je n’ai pas oublié que Guingouin fut un combattant de la liberté et qu’il a maintes fois risqué sa vie pour la France » (message du 14 avril 1955). En 1959, enfin, c’est le Parquet lui-même chargé de l’accusation, qui prononce une véritable plaidoirie en faveur de Guingouin. C’est le non-lieu. La Ligue des droits de l’homme a même demandé l’ouverture d’une information judiciaire contre les responsables des poursuites et contre les personnels de la prison de Brive où Guingouin a failli être assassiné.

Dans les grands journaux français, en particulier Le Figaro (26-27 décembre 1953), on évoquait les « centaines de crimes commis dans les maquis limousins ». Un journal allemand comparait le Limousin à Katyn (Deutsche Soldaten Zeitung). On médiatisait à outrance « la terreur rouge » qui régnait dans le Limousin et « l’imposture » du résistancialisme. Le Président de la République R. Coty, élu, était un ancien parlementaire ayant voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940 : le climat est propice à une campagne nationale de dénigrement de la Résistance. Elle est utile à la politique de soutien au réarmement de l’Allemagne, qui a besoin de l’oubli des crimes du nazisme.

Un procès à Bordeaux de janvier-février 1953 jugeait 21 des SS ayant participé au massacre d’Oradour. Le 20 février 1953, le Parlement réuni en urgence vota par 319 voix contre 211, une loi d’amnistie exceptionnelle entraînant leur libération immédiate. Le Général Lammerding, chef de la division « Das Reich » ne fut pas extradé par les Britanniques qui contrôlaient la région de Düsseldorf. Les « exigences » de la guerre froide se substituent à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

Avec l’affaire Guingouin, il n’y a plus un seul acte de guerre accompli par la Résistance qui ne puisse être remis en question. Il s’agit de juger en temps de paix des actes n’ayant de signification qu’en temps de guerre, mais qualifiés de crimes de droit commun !

 

Extrait du livre “Faut-il détester la Russie ?” (Chapitre : Le Procès de la résistance)

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