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Le blog de Lucien PONS

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Voici l’histoire véritable derrière la crise qui se déroule au Qatar

13 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #La mondialisation

Voici l’histoire véritable derrière la crise qui se déroule au Qatar

http://www.independent.co.uk/voices/qatar-crisis-economy-diplomatic-links-torn-middle-east-russia-hacking-real-story-robert-fisk-a7778616.html

(This Is The Real Story Behind The Crisis Unfolding In Qatar)

Par Robert Fisk

Seules les pièces de Shakespeare peuvent s’approcher de décrire une telle traîtrise – les comédies, bien sûr.

Juin 11, 2017 "Information Clearing House" La crise du Qatar prouve deux choses : l’infantilisation continue des états arabes, et l’effondrement total de l’unité musulmane sunnite soi-disant créée par la présence grotesque de Donald Trump au sommet saoudien, il y a deux semaines.

Après avoir promis de combattre jusqu’à la mort « la terreur » chiite iranienne, l’Arabie saoudite et ses copains les plus proches se sont ligués contre un de leur voisins, le plus riche, le Qatar, pour être une origine de la « terreur .» Seules les pièces de Shakespeare peuvent s’approcher de décrire une telle traîtrise – les comédies, bien sûr.

Parce que, vraiment, il y a quelque chose de grandement fantastique au sujet de cette parodie. Les citoyens du Qatar ont certainement contribué à Isis. Mais il en va de même pour les citoyens d’Arabie saoudite.

Aucun Qatari n’a volé dans les avions du 9/11 à New York et Washington. Tous sauf quatre des 19 tueurs étaient saoudien. Bin Laden n’était pas un Qatari. Il était un Saoudien.

Mais Bin Laden a favorisé la chaîne al-Jazeera du Qatar avec ses émissions personnelles, et c’est al-Jazeera qui a essayé de donner une moralité fallacieuse aux desperados d’al-Qaeda/ Jabhat al-Nusrah de Syrie en offrant à leurs dirigeants des heures de temps d’antenne gratuites pour expliquer quelle sorte de groupe modéré, aimant la paix, ils sont.

L’Arabie saoudite coupe les liens ave le Qatar au sujet de liens avec la terreur.

Premièrement, débarrassons-nous simplement des séquences hystériquement drôles de cette histoire. Je vois que le Yémen brise les liens aériens avec le Qatar. Un grand choc pour le pauvre émir du Qatar, le Cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, alors que le Yémen – sous bombardement constant par ses anciens copains, saoudiens et des Emirats – n’a plus le moindre avion de ligne utilisable pour créer, et encore moins briser un lien aérien.

Les Maldives ont aussi brisé les relations avec le Qatar. Pour sûr, ceci n’a rien à voir avec la promesse récente saoudienne d’une facilité de prêt de $300 millions aux Maldives, la proposition d’une compagnie immobilière d’investir $100 millions dans un hôtel familial aux Maldives et une promesse par des intellectuels islamiques saoudiens de dépenser $100.000 dans 10 mosquées de « classe mondiale » aux Maldives. Et ne mentionnons pas le nombre relativement grand d’adeptes d’Isis et autres Islamistes qui sont arrivés pour combattre pour Isis en Irak et en Syrie venant, eh bien, des Maldives.

Maintenant, l’Emir quatari n’a pas assez de troupes pour défendre son petit pays si les Saoudiens décidaient de requérir qu’il demande que leur armée entre au Qatar pour restaurer la stabilité – comme les Saoudiens avaient persuadé le Roi du Bahreïn de le faire, en 2011. Mais le Cheikh Tamim espère sans aucun doute que la base aérienne militaire massive US au Qatar dissuadera une telle générosité saoudienne.

Quand j’avais demandé à son père, le Cheikh Hamad (plus tard déposé de manière peu charitable par Tamim) pourquoi il ne foutait pas les Américains hors du Qatar, il avait répliqué : « Parce que si je le faisais, mes frères arabes m’envahiraient. »

Tel père, tel fils, je suppose. Dieu bénisse l’Amérique.

Tout ceci a commencé – c’est ce qu’on est supposé croire – avec un soi-disant hacking de l’Agence d’information Qatar, qui avait produit certaines remarques peu flatteuses mais fâcheusement vraies par l’émir du Qatar sur la nécessité de maintenir une relation avec l’Iran. Le Qatar a nié la véracité de l’histoire. Les Saoudiens ont décidé qu’elle était vraie et diffusent le contenu sur leur propre réseau de télévision d’état normalement banal (et immensément ennuyeux). L’émir arriviste, disait le message, était allé trop loin cette fois-ci. Les Saoudiens ont décidé de la politique dans le Golfe, pas le minuscule Qatar. N’est-ce pas ce qu’a prouvé la visite de Donald Trump ?

Mais les Saoudiens avaient d’autres problèmes qui les préoccupent. Le Koweït, loin de couper les relations avec le Qatar, agit maintenant comme un conciliateur entre le Qatar et les Saoudiens et les Emirats. L’émirat de Dubaï est très proche de l’Iran, a des dizaines de milliers d’expatriés iraniens et suit à peine l’exemple de courroux anti-Qatar d’Abu Dhabi.

Oman avait même mis en place des manœuvres navales conjointe avec l’Iran, il y a deux mois. Le Pakistan, il y a longtemps avait décliné d’envoyer une armée pour aider les Saoudiens au Yémen, parce que les Saoudiens demandaient des soldats exclusivement sunnites et pas de soldats chiites ; l’armée pakistanaise était compréhensiblement indignée de réaliser que l’Arabie saoudite essayait de sectariser son personnel militaire. L’ancien commandant de l’armée du Pakistan, le Général Raheel Sharif, est supposé être sur le point de démissionner comme chef de l’Alliance musulmane sponsorisée par les Saoudiens pour combattre « la terreur ».

Cinq choses à savoir au sujet du premier stade de la Coupe du monde en 2022 au Qatar.

Le Président –maréchal al-Sissi d’Egypte a hurlé contre le Qatar pour son soutien aux Frères musulmans égyptiens – et le Qatar soutient effectivement le groupe maintenant interdit que Sissi prétend faussement faire partie d’Isis – mais significativement l’Egypte, bien que bénéficiaire de millions saoudiens, n’a pas non plus l’intention de fournir ses propres troupes pour appuyer les Saoudiens dans leur guerre catastrophique au Yémen. De plus, Sissi a besoins de ses soldats égyptiens à domicile pour résister aux attaques d’Isis et maintenir, avec Israël, le siège de la Bande palestinienne de Gaza.

Mais si on regarde un peu plus loin, il n’est pas difficile de voir ce qui préoccupe vraiment les Saoudiens. Le Qatar maintient aussi des liens tranquilles avec le régime d’Assad. Il a aidé à assurer la libération de nonnes chrétiennes syriennes aux mains de Jabhat al-Nusrah et a aidé à libérer des soldats libanais aux mains d’Isis en Syrie occidentale. Quand les nonnes ont émergé de captivité, elles ont remercié à la fois Bashar al-Assad et le Qatar.

Et il y a des soupçons croissants dans le Golfe que le Qatar a des ambitions beaucoup plus grandes : de financer la reconstruction de la Syrie post-guerre. Même si Assad restait président, la dette de la Syrie au Qatar placerait la nation sous le contrôle économique du Qatar.

Et cela donnerait au minuscule Qatar deux récompenses en or. Cela donnerait au pays un empire pour égaler son empire médiatique al-Jazeera. Et cela étendrait sa largesse aux territoires syriens, que beaucoup de compagnies pétrolières aimeraient utiliser comme une route de pipeline depuis le Golfe vers l’Europe via la Turquie, ou via des pétroliers du port syrien de Lattakia.

Pour les Européens, une telle route réduirait les chances de chantage du pétrole russe, et rendrait les routes par mer du pétrole moins vulnérables si les vaisseaux ne devaient pas passer par le Golfe d’Hormuz.

Des grappillages si riches pour le Qatar - ou pour l’Arabie saoudite, bien sûr, si les suppositions des deux émirs Hamad et Tamim sur le pouvoir US, s’avèrent sans valeur. Une force militaire saoudienne au Qatar permettrait à Riad d’enfourner tout le gaz liquide dans l’émirat.

Mais sûrement, « l’anti-terreur » des Saoudiens aimant la paix - oublions pour un moment le coupage de tête – n’envisagerait jamais un tel destin pour un autre frère arabe.

Alors, espérons que pour le moment, les routes du Qatar Airways soient les seules parties du corps politique qatari à être coupées.

Cet article a d’abord été publié par The Independent

 

D’où les supporters d’ISIS tweetent-ils.

Lieux principaux déclarés par des utilisateurs de Twitter soutenant Isis en 2015

 

 

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Troupes turques Au Qatar.

13 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Les transnationales, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Troupes turques

Par Halil Celik

Mondialisation.ca, 11 juin 2017

 

 

 

 

 

 

http://www.mondialisation.ca/wp-content/uploads/2017/06/Qatar-Turquie-400x320.jpg

Après qu’une coalition des émirats du Golfe persique dirigée par l’Arabie saoudite a présenté un ultimatum au Qatar, lundi, et a bloqué son économie, le parlement turc a approuvé deux accords militaires avec le Qatar, permettant des déploiements de l’armée turque au Qatar. Les forces turques formeront également la gendarmerie qatarienne.

Dans le cadre d’un accord signé entre Ankara et Doha en 2015, Ankara construit déjà une base militaire au Qatar, où 500 à 600 soldats turcs y seront stationnés. L’installation pourrait accueillir jusqu’à 3000 soldats.

Le projet de loi a été porté au parlement par le parti de la justice et du développement (AKP) en Turquie, juste après que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait critiqué les sanctions saoudiennes contre le Qatar. S’exprimant lors d’un dîner du mardi 6 juin, Erdogan a déclaré : « Je veux dire clairement que nous désapprouvons les sanctions contre le Qatar. »

Le projet de loi a été adopté avec 240 voix pour et 98 contre, avec l’appui des députés de l’AKP et du fascisant Nationalist Movement Party (MHP).

Cependant, le parti populaire républicain (CHP) pro-Union européenne (UE) a critiqué le projet de loi pour son « timing ». Le vice-président du groupe parlementaire CHP, Levent Gok, a déclaré que son parti était prêt à soutenir le gouvernement chaque fois que ses politiques profitent aux gens. Il a demandé : « Est-ce que c’était vraiment nécessaire d’élever l’affaire Qatari, du centième au premier rang des priorités ? »

Le gouvernement turc a clairement indiqué qu’il se met du côté du Qatar contre les sanctions diplomatiques et commerciales et la menace d’une intervention militaire de cinq pays arabes : l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Yémen. Ils ont accusé Doha de soutenir le terrorisme et d’avoir une attitude « douce » à l’égard de l’Iran. Les émirats du Golfe avaient déjà rappelé leurs ambassadeurs qui étaient au Qatar en 2014, en raison du soutien de ce pays aux Frères musulmans.

Comme en 2011, quand les forces armées saoudiennes ont envahi le Bahreïn pour intervenir contre des manifestations de masse peu de temps après que les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière en Égypte ont renversé Hosni Moubarak, l’Arabie saoudite pourrait intervenir militairement au Qatar si elle avait un soutien tacite de Washington. La décision turque indique cependant clairement qu’une telle intervention pourrait impliquer l’Arabie saoudite dans une confrontation militaire directe avec la Turquie.

Les relations apparemment bonnes de la Turquie avec l’Arabie saoudite et les autres émirats du Golfe se sont considérablement détériorées depuis que Washington et les puissances européennes ont soutenu un coup militaire en Égypte qui a renversé le président Mohamed Morsi. Morsi est membre des Frères musulmans, soutenue par la Turquie et le Qatar.

Le mouvement saoudien contre le Qatar est une extension de l’agression américaine contre l’Iran, visant à fouetter le petit émirat, qui a des liens économiques avec l’Iran, conformément à la politique de Trump sur le Moyen-Orient. Mardi, Trump a écrit sur Twitter : « C’est tellement bon de voir la visite en Arabie saoudite avec le Roi et 50 pays porter déjà ses fruits. Ils ont dit qu’ils prendraient une ligne dure contre le financement de l’extrémisme, et toutes les références indiquaient le Qatar. Peut-être que ce sera le début de la fin de l’horreur de terrorisme ! »

Au cours de son premier voyage à l’étranger en mai, Trump est allé à Riyad et a donné à l’Arabie saoudite son plein soutien, et a accusé l’Iran de soutenir le terrorisme et ajoutant que les États arabes ne devraient pas laisser les « terroristes trouver un sanctuaire sur leurs sols ».

Suite à l’attaque agressive de l’Arabie saoudite contre le Qatar, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a appelé son homologue qatari Khalid bin Mohammad Al Attiyah. Mattis a réaffirmé qu’il n’y avait pas eu de changement dans la coopération militaire entre les États-Unis et le Qatar, dont la base aérienne d’Al-Udeid abrite le siège central du commandement central des États-Unis et quelque 10 000 soldats américains. Néanmoins, un conflit a clairement éclaté sur la politique du golfe Persique entre la Turquie et le gouvernement Trump.

Le danger d’une guerre régionale majeure au Moyen-Orient croît rapidement, au milieu des tensions profondes entre Washington et les puissances européennes sur les politiques de Trump, y compris en Iran, l’intervention de l’OTAN en Syrie et le conflit saoudo-qatari. En passant au soutien du Qatar pour contrer l’Arabie saoudite, Ankara s’appuie, au mimimum, sur l’assentiment tacite des puissances européennes.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a déjà accusé le président des États-Unis de susciter des conflits au Moyen-Orient et de risquer une « nouvelle spirale de vente d’armes », disant que l’isolement du Qatar « est une politique complètement erronée et certainement pas la politique de l’Allemagne ».

Il semble que la Turquie coordonne sa politique avec le président français nouvellement élu, Emmanuel Macron, qui est un allié proche de Berlin. Macron a appelé le dirigeant du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad al-Thani, le lendemain du jour où l’Arabie Saoudite a émis ses menaces et, selon les informations de la presse, a déclaré que la France avait l’intention de maintenir la stabilité dans le golfe Persique et de parler à toutes les parties impliquées. Macron a également téléphoné à Erdogan le même jour pour discuter de la crise dans le golfe Persique.

Les puissances européennes sont à maintes reprises entrées en conflit avec Washington alors qu’elles cherchent à rétablir les relations commerciales avec l’Iran. La société énergétique française Total veut exploiter l’important champ gazier de South Pars, le plus grand du monde, qui est partagé entre l’Iran et le Qatar.

La Turquie et le Qatar ont également hésité à participer au dernier embargo international imposé par Washington à l’Iran en 2008, que la Turquie a enfreint à plusieurs reprises. Pour le moment au moins, la Turquie et le Qatar s’opposent à des sanctions sévères ou à d’éventuelles mesures militaires contre l’Iran, ce qui aurait au minimum un effet dévastateur sur leurs propres économies.

Mercredi, le même jour que les attaques jumelles ont visé le parlement iranien et le sanctuaire de l’Ayatollah Khomeini à Téhéran, le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a visité Ankara pour échanger ses vues sur les derniers développements dans la région. « Il y a des développements inquiétants dans la région pour nous. Nous devons avoir un échange étroit d’idées avec la Turquie concernant ces incidents », a déclaré Zarif aux journalistes, avant de rencontrer son homologue turc et Erdo&;an.

La garde révolutionnaire iranienne a accusé l’Arabie saoudite et l’administration Trump pour les attentats terroristes, déclarant : « Cette attaque terroriste s’est produite une semaine seulement après la rencontre entre le président américain et les dirigeants arriérés [saoudiens] qui soutiennent les terroristes. Le fait que l’État islamique ait revendiqué sa responsabilité prouve qu’ils ont été impliqués dans cette attaque brutale. »

Le même jour, Reza Nourani, responsable de l’Union nationale des produits agricoles de l’Iran, a déclaré que l’Iran était prêt à fournir au Qatar tous les produits alimentaires dont le pays arabe a besoin. « Compte tenu de l’apparition de tensions dans les relations du Qatar avec les États arabes, il est possible [pour l’Iran] de satisfaire toutes les demandes de produits agricoles du Qatar », a-t-il déclaré.

Selon le journal iranien Tasnim, les négociations entre l’Iran et le Qatar sont en cours et « une décision sur les exportations alimentaires sera finalisée d’ici la semaine prochaine ».

Halil Celik et Alex Lantier

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 9 juin 2017

La source originale de cet article est wsws.org

Copyright © Halil Celik, wsws.org, 2017

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[Vidéo] Ordre mondial, conflits et géopolitique avec Gérard Chaliand

13 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #Le Nouvel Ordre Mondial, #Etat, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La nation ., #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #l'horreur économique

Une passionnante vidéo d’un de nos grands géopolitologues.

N’hésitez pas à mettre en commentaires ses citations que vous jugerez les plus intéressantes…

Source : Youtube, Gérard Chaliand, 25-04-2017

Interview réalisée sur Buenos Aires, Argentine en avril 2017 par François Soulard – Forum Démocratique Mondial.

Source : Youtube, Gérard Chaliand, 25-04-2017

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Syrie : vent de panique dans le camp israélo-américain par PressTV.

13 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La France, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La nation ., #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Syrie : vent de panique
dans le camp israélo-américain
par PressTV.

lundi 12 juin 2017, par Comité Valmy

Voir en ligne : Les forces armées accomplissent la 1ère phase de leurs opérations militaires dans le désert syrien - Agence SANA

Syrie : vent de panique dans le camp israélo-américain

Le fait que les forces syriennes aient fini par atteindre les frontières syro-irakiennes constitue une évolution géopolitique de taille qui va changer très rapidement la donne stratégique dans la région.

 

L’expert iranien en géopolitique, Hadi Mohamadi, revient sur la fulgurante avancée des forces armées syriennes et l’acquis très important qu’elles ont réalisé vendredi dans l’ouest du désert de Syrie à savoir la reprise du contrôle des frontières communes avec l’Irak. Selon l’expert, cette "prise" est importante sur un double plan : d’abord, elle permet l’ouverture d’un corridor terrestre reliant l’Iran au Liban, aux portes d’Israël. Ensuite, le corridor en question permet une présence militaire permanente dans le Levant, région qui inclut la Syrie, le Liban, mais aussi la Palestine et la Jordanie. Cette présence est consolidée dans le contexte où Daech est sur la pente du déclin en Irak et en Syrie et que ses sponsors cherchent par tous les moyens possibles et imaginables à lui trouver un remplaçant.

 

Les soldats syriens et leurs alliés atteignent la localité d’Al-Tanf, le 9 juin 2017. ©Al-Alam

Que deviendra Daech ? C’est la question...La réponse définira l’avenir même du Moyen-Orient. La prise du contrôle des frontières syro-irakiennes est donc un enjeu majeur qui jette réellement de l’ombre sur la victoire en demi-teinte qu’a été pour Daech et ses sponsors, le double attentat terroriste de Téhéran. Les milieux militaires en Israël évoquent depuis quelques jours avec crainte, " des photos du commandant en chef de la force Qods, le général Soleimani" qui sont accrochées dans les localités frontalières syro-irakiennes.

 

La victoire stratégique de vendredi s’est produite alors que les Américains s’étaient emparés de la localité d’Al-Tanf, y installant leurs forces spéciales. Buvant le calice jusqu’à la lie, ils s’étaient mis à larguer des tracts à l’adresse de l’armée syrienne et du Hezbollah, les mettant en garde contre toute "tentative destinée à s’approcher d’un périmètre de sécurité" qu’ils avaient eux-mêmes mis en place et qui incluait effectivement Al-Tanf et son point de passage frontalier avec l’Irak. Indifférents à ces mises en garde qui relèvent ni plus ni moins de la violation de l’intégrité territoriale de la Syrie, l’axe de la Résistance a suivi toutefois ses plans. Et rien n’a pu les faire reculer : ni les trois frappes aériennes US qui ont visé leurs positions depuis le 19 mai, ni les menaces et les pressions politiques et sécuritaires.

 

Jeudi les unités de la DCA de la Résistance ont intercepté un drone de reconnaissance US sans que le pilote s’en aperçoive. Une fois les images publiées, les experts militaires ont réagi : Al-Manar qui a interrogé le général de brigade à la retraite Hicham Jaber, l’a cité en ces termes : « À travers cette interception, l’Iran a indiqué très clairement aux Américains qu’il est là et qu’il surveille attentivement tous les agissements des forces spéciales US à Al-Tanf (point de passage frontalier syro-irakien, NDLR) ainsi que les opérations aériennes américaines dans le Nord syrien. L’Iran veut faire comprendre aux Américains qu’il est en Syrie et qu’il compte agir. Sur cette base, l’équation syrienne comme la concevaient les Américains n’est plus d’actualité. » Les analystes militaires israéliens sont eux aussi allés de leur commentaire : Ehud Yaari, expert des questions militaires de la chaîne 2 de la télévision israélienne, a estimé : « Le message qu’ils (les Iraniens) nous envoient est le suivant : nous sommes capables de viser les Américains dans leur base même à Al-tanf. Nous ne resterons donc pas les bras croisés face aux frappes américaines. » Selon cet expert, Israël a bien compris le sens du message de l’Iran et il en va de même pour Washington. Une confrontation USA-Israël/Iran n’est pas du tout à écarter".

 

Al-Tanf atteint

Ce fut dans ce contexte que les unités de l’armée syrienne et le Hezbollah sont arrivées ce vendredi 9 juin sur les frontières communes de la Syrie avec l’Irak, au nord-est du passage d’Al-Tanf, une région qui fait partie du désert de Palmyre. Brandissant le drapeau national syrien alors qu’ils se tenaient sur la ligne de démarcation des frontières syro-irakienne, les forces de "la Résistance" ont remporté une victoire clé. Dans la foulée, le ministère russe de la Défense a déclaré que les forces alliées à l’armée syrienne ont réussi à libérer 105 km² des régions frontalières avec la Jordanie. Le commandant en chef des forces armées russes en Syrie a aussi annoncé que l’armée syrienne y avait construit 9 points de contrôle.

 

La tuerie du 7 juin de Daech à Téhéran, défendue implicitement par le président américain et certains des membres du Congrès, vient d’être en partie vengée, et beaucoup plus rapidement que prévu ...

 

10 juin 2017

PressTV 

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« L’atlantisme et le sionisme sont les deux mamelles des néocons » par Michel Raimbaud

13 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République

 

« L’atlantisme et le sionisme
sont les deux mamelles des néocons »
par Michel Raimbaud

samedi 10 juin 2017, par Comité Valmy

« L’atlantisme et le sionisme
sont les deux mamelles des néocons »

À l’occasion de la réédition actualisée de « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » (1), nous avons rencontré Michel Raimbaud. L’ancien diplomate, qui écrit avec des convictions en s’appuyant sur des faits bien documentés, insiste sur le façonnement en cours du Moyen-Orient, et plus vastement du monde, entrepris par les néoconservateurs américains, avec la complicité des élites occidentales.

 

Pourquoi crier au « conspirationnisme » lorsque l’on est saisi par la clarté du grand dessein annoncé urbi et orbi par ses propres promoteurs ? Cela fait longtemps que Michel Raimbaud, écrivain habité par la passion de l’État, sincère, engagé et aux accents volontiers gaulliens, ne prête plus d’attention aux chiens de garde de l’establishment qui le snobent. Ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, et bien connu des lecteurs d’Afrique Asie, ce fin connaisseur du monde arabe et de l’Afrique a servi comme diplomate dans de nombreux pays (avec un long passage au Brésil), avant de diriger l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Tout reste d’actualité dans Tempête au Moyen-Orient, ouvrage dans lequel il dénonce les funestes « policides » orchestrés par les néoconservateurs américains et occidentaux ayant débouché sur le démantèlement du Soudan, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et, aujourd’hui, de la Syrie.

Revenons sur l’affaire des « bombardements chimiques » d’Idlib, en Syrie, en avril dernier. Pourquoi ne criez-vous pas avec les loups sur la responsabilité du régime syrien ?

Nous nous trouvons face à une redite de l’affaire Colin Powell de 2003 en Irak et de la séquence de l’été 2013 en Syrie (attaque de la Ghouta). Je n’entrevois que deux explications possibles : ou bien ce sont les rebelles qui ont utilisé les armes chimiques en appliquant la technique familière du false flag (faux pavillon), maquillant par la suite les photos des enfants. Ces enfants n’auraient-ils pas été tués puis « soignés » par ces escrocs de l’humanitaire que l’on nomme les « casques blancs », autrement dit des associés du Front Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaïda ? Sinon, comment expliquer que les injections, à en croire certaines vidéos, semblent factices, le niveau du liquide demeurant inchangé du début à la fin de la piqûre de « réanimation » ? Si ces cadavres d’enfants morts, soigneusement alignés comme à une parade pour les besoins de la propagande, avaient été gazés, il eût été bien imprudent de s’exposer avec eux sans précaution.

Ou bien, s’il s’agit d’un bombardement de l’armée syrienne sur ce dépôt, cela veut dire que le gaz appartenait aux rebelles. Car on sait qu’en Syrie le démantèlement de l’arsenal des armes chimiques et bactériologiques a eu lieu sous contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), après les inspections onusiennes.

Un mensonge de plus donc ?

La ficelle est bien grosse. Les mensonges sont légion dans le cas syrien, tellement nombreux qu’il s’avère difficile de les « traiter » tous. C’est une conséquence typique des théories que j’ai étudiées dans mon livre, à savoir les stratégies mises en œuvre par Washington : le chaos innovateur, la théorie du fou et le false flag, autant d’intox dont les mécanismes ont été démontés, notamment par Michel Collon. En définitive, si « complotisme » il y a, ce sont les comploteurs eux-mêmes qui aiment les complots puisqu’ils en sont les auteurs, et non pas ceux qui les dénoncent, systématiquement qualifiés de « complotistes » afin de les discréditer par avance. Dans un ordre d’idées proche, les régimes takfiristes qui financent les « révolutions » chez leurs voisins espèrent ainsi faire oublier leur nature profondément réactionnaire.

Il y avait déjà un certain cynisme de la part des intellectuels américains au temps où l’on pérorait sur le contenu de la fiole qu’avait brandie Colin Powell au Conseil de sécurité de l’Onu en 2003. Ils disaient : « L’Amérique est le plus grand empire qui ait jamais existé sur Terre, discutez et critiquez telle ou telle de nos actions si vous voulez, nous, pendant ce temps, nous créons des réalités nouvelles et nous faisons l’Histoire ! » Effectivement, pendant que tout le monde disserte : les idiots utiles, les médias, les universitaires et la classe politique rivalisant en bêtise tout en maintenant une omerta faramineuse sur les faits, les neocons façonnent effectivement cette Histoire dont nous sommes les témoins. Cela participe à un enfumage qui ne nous donne pas le loisir d’anticiper les mauvais coups que préparent ces néocons. Que répondez-vous aux accusations de connivence entre Moscou et Washington ?

Il n’y a pas de connivence entre la Russie et les États-Unis. Si les Russes jouent la carte de la diplomatie, c’est pour trouver une solution politique. Je m’étonne également que le communiqué tripartite publié par Damas, Moscou et Téhéran au lendemain de l’attaque américaine du 4 avril sur la base aérienne de Shayrat, en Syrie, n’ait pas été divulgué dans les médias mainstream. Ce communiqué se voulait un cinglant avertissement adressé à l’administration Trump, rappelant les fondamentaux : respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité de la Syrie, et son droit de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire.

Concernant l’hésitation du président Obama en 2013 qui, finalement n’a pas donné l’ordre d’attaquer, je me souviens avoir été parmi les rares personnes à être persuadées qu’il n’y aurait pas de frappes…

Qu’est-ce qui a freiné Obama ?

Obama n’est pas un personnage limpide. C’était sa façon à lui de s’affirmer en ne bombardant pas. Non pas qu’il soit revenu à de meilleurs sentiments, car il était suffisamment bien informé par ses renseignements pour connaître la vérité, mais parce qu’il voulait marquer son pouvoir présidentiel face au think tank collectif qui l’entourait – c’est ce qu’il affirme dans une interview en forme de testament.

J’évoque souvent « l’État profond néoconservateur » pour « expliquer » ce qui, sinon, pourrait paraître inexplicable. À mes yeux, ce concept est d’une importance fondamentale. Devenu populaire, il est une réalité visible, voire très voyante, depuis la fin de la guerre froide. Il se réfère à la doctrine dominante qui crée une symbiose idéologique entre les décideurs, les acteurs, les faiseurs d’opinions dans tous les secteurs de la vie publique et tous les cercles de pouvoir (politiques, diplomates, hiérarchie judiciaire, élites intellectuelles, journalistes, milieux d’affaires, communautés diverses, lobbies, etc.).

Né dans le camp républicain qui est son berceau et ancré sur le double messianisme religieux du judaïsme et des Églises protestantes dites « Églises d’éveil », l’État profond néoconservateur s’est solidement implanté dans les rangs démocrates, avant de trouver des terreaux favorables dans toutes les terres d’Occident et dans les États les plus improbables. La France est loin d’échapper à la règle, tant est grande l’idolâtrie des élites vis-à-vis de tout ce qui vient d’Amérique et le lien de vassalité que celles-ci ont intériorisé durant les décennies passées.

À Paris, les quartiers généraux et/ou les bastions de cet « État profond » sont divers et variés : non seulement au Quai d’Orsay où sévit la « secte » ou la « meute » néocon, mais aussi à Matignon, à l’Élysée et dans les rouages de la société et les arcanes du pouvoir. Les élites parisiennes sont depuis des années cooptées dans le fameux programme des « Young Leaders » de la fondation franco-américaine. On chercherait en vain un clivage entre droite et gauche « de gouvernement ».

Comment avez-vous observé l’évolution de la trajectoire des néoconservateurs français depuis le Quai d’Orsay ? Comment et quand ont-ils essaimé ?

Historiquement, les origines du néoconservatisme remontent à la création des États-Unis, à l’arrivée des « Pilgrim Fathers », ces Pères fondateurs, pour l’essentiel des protestants fuyant l’Europe pour des raisons religieuses et se référant à la Bible plutôt qu’au Nouveau Testament. En vertu du messianisme qui les inspirait, ils pensaient que Dieu les avait guidés vers l’Amérique afin qu’ils deviennent le nouveau peuple élu. Notez le parallèle avec le sionisme… Du reste, les groupes ou lobbies chrétiens sionistes s’inscrivent dans cette tradition. Les premiers migrants en Amérique se référaient à la pensée de Cromwell, imprégnée de mystique sioniste. Mais il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan dans les années 1980 pour que cette mystique trouve sa traduction politique dans le néoconservatisme, une traduction associée à la promotion du néolibéralisme et à la fin de la détente.

C’est sous le mandat de Reagan que l’on assiste au retour de la confrontation contre l’URSS, encouragé par la Britannique Margareth Thatcher et le pape Jean-Paul II. Si l’équilibre de la terreur les empêche alors d’agir en transgressant les règles du jeu, les neocons (on ne les connaît pas encore sous cette appellation) ont les coudées franches à partir des années 1990-1991, après l’implosion de l’URSS et la disparition du « bloc communiste ». À noter que Donald Trump est le produit plus ou moins inavoué de cet establishment (malgré ses affirmations) puisqu’il semble considérer Reagan comme un père spirituel et se réfère volontiers aux Pères fondateurs de l’Amérique.

Trump a pourtant fondé son discours de campagne en s’opposant aux élites de Wall Street afin d’engranger des soutiens dans l’Amérique profonde…

S’il a été élu par le « petit peuple » et par « l’Amérique profonde » contre l’establishment, il ne pourra pas résister longtemps aux pulsions de l’État profond. Très isolé face aux élites, il en a bien eu besoin sitôt élu. Au passage, le fait qu’il bombarde la Syrie dès son début de mandat fait de lui un « président normal », et cela deux jours à peine après avoir fait une proposition de reprise de contact à Bachar al-Assad par l’intermédiaire d’une congressiste américaine (démocrate) chargée par Trump lui-même de transmettre un message en ce sens au président syrien. Voilà la théorie du chaos remise en application : elle correspond à dire tout et son contraire.

Il n’est pas évident pour les Américains de gérer cette théorie du chaos, qui paraît très anglo-saxonne, en ce sens qu’elle permet d’associer toutes les ambiguïtés, selon une méthode que l’on retrouve dans le langage des ONG, dans les discours du FMI, dans le style des politiques et diplomates américains : mélanger le passé et le présent, les affaires importantes et les détails, la réalité et la fiction. Cela ouvre beaucoup de possibilités aux prestidigitateurs du droit, aux manipulateurs de valeurs, aux magiciens maîtres de l’Univers. C’est également une illustration de la « théorie du fou » inventée par Kissinger au temps de Nixon : les États-Unis ont vocation à être les maîtres du monde et entendent le rester ; pour effrayer leurs ennemis, ils doivent projeter l’impression que l’Amérique est, en partie du moins, gouvernée par des dirigeants cinglés ou imprévisibles.

La ligne Trump représente un archétype de la « théorie du chaos innovateur » mise en œuvre selon les normes de la théorie du fou. Le président « flexible » est un pur produit de l’école néoconservatrice, fondée sur le double messianisme protestant et juif, évoqué précédemment. Dans ce contexte, notons que l’alliance avec les islamistes djihadistes n’est pas circonstancielle, mais naturelle, les islamistes radicaux se réclamant également d’une mission divine, afin d’éradiquer tout ce qui s’écarte de leur conception de l’islam et recréer in fine un califat, un État islamique fondé sur la charia (la loi coranique interprétée à leur façon).

Vous ne m’avez toujours pas dit à quand remonte la pénétration du néoconservatisme dans les arcanes du pouvoir français.

La première manifestation de leur apparition en France remonte, me semble-t-il, au lendemain de la chute de l’URSS et à la signature du traité de Maastricht en 1992. François Mitterrand n’était pas néoconservateur, mais son entourage l’était en bonne partie, ou faisait du néoconservatisme sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

La seconde manifestation intervient à mon sens avec la crise affectant les relations franco-africaines en 1994, marquée par la dévaluation inopinée du franc CFA de 50 % sous la pression conjointe de la Banque Mondiale et du FMI. L’héritage gaullien, déjà ébréché, va dès lors être dilapidé de plus en plus ouvertement, la France renonçant de facto – en le niant – aux attributs de sa souveraineté. Dans la foulée du baroud d’honneur du duo Chirac-Villepin en 2003 concernant l’opposition de la France à la guerre en Irak, le président Chirac va s’affoler et multiplier des concessions inutiles, allant au-devant des sollicitations de Washington. Le retour au commandement intégré de l’Otan se fera en douce ; il ne restera plus qu’à l’afficher politiquement, ce qui sera chose faite dès le début du mandat de Sarkozy.

Paris appuiera ainsi les sanctions contre la Syrie promulguées par le Congrès américain par le biais du Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act en décembre 2003. La France sera en quelque sorte chargée de « gérer » pour le compte de Washington le dossier de la détérioration programmée des relations avec Damas. Le levier libanais (à la suite à l’assassinat du premier ministre Rafiq Hariri, ami de Chirac) sera utilisé pour convaincre Paris d’assurer cette mission : jusque-là assez bonnes, les relations franco-syriennes vont dès lors se dégrader brutalement. Elles ne s’en remettront pas, malgré une brève embellie sous l’ère Sarkozy.

La pénétration du courant néocon s’accompagne d’une opération de casse menée contre les diplomates du Quai d’Orsay, tenu pour pro-arabe : le cadre d’Orient, les arabisants et les islamisants en premier lieu sont ciblés. Cette offensive qui ne dit pas son nom emprunte deux biais : on disperse les experts de la région dans des zones géographiques éloignées du monde arabe, et on recrute pour les postes clés des énarques et technocrates formatés. À cela s’ajoute les saignées budgétaires consécutives et incessantes, le recours à des contractuels, l’ubérisation, autant d’éléments qui ont définitivement sapé notre action diplomatique et notre rayonnement à l’international. Au vu de l’ampleur des missions d’un « Département » (comme on l’appelle), régalien par excellence, le budget du ministère des Affaires étrangères a toujours été relativement modeste, ne dépassant pas 1 % du PIB. Depuis un quart de siècle, on ne parle plus que d’austérité !

Qu’est-ce qui motive les diplomates néocons de la « secte » du Quai d’Orsay à poursuivre cette politique, selon vous ?

Le suivisme, l’atlantisme et le sionisme, qui sont pour ainsi dire synonymes.

Dans le cas du dossier nucléaire iranien, l’équipe de Laurent Fabius n’était-elle pas motivée par la défense de l’intérêt national en freinant des quatre fers l’acquisition de la bombe par Téhéran qui affaiblirait les positions de la France dans la région ?

Non. Cela faisait partie des rôles délégués à la France et aux Européens par Washington. Le dossier du nucléaire iranien, dont le programme remonte à l’époque du chah, a été fabriqué par les ancêtres des neocons américains dans le cadre du projet « Atome pour la paix ». Il avait toujours fait l’objet de l’unanimité nationale en Iran ; tout le monde trouve ça très bien et personne en Occident n’y a trouvé à redire jusqu’à la révolution islamique. Le dossier a ressurgi dans la foulée de l’occupation de l’Irak. Après la guerre irano-irakienne (politique du double endiguement), puis la première et la seconde guerre d’Irak qui ont mis ce pays à terre, les États-Unis ont délégué à la France, au Royaume-Uni et à l’Allemagne la gestion du dossier. En cela, il me semble que l’ancien président Khatami s’est engouffré dans un piège, d’où la rupture actée par son successeur Ahmadjinehad.

En 2006, le dossier est transféré de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité des Nations unies, dont les cinq membres permanents sont des « puissances nucléaires légales ». Ce qui va accentuer la pression sur Téhéran et dévoiler les objectifs cachés de la « négociation nucléaire ». La signature de l’accord « historique » en juillet 2014 n’a pas réglé le différend de fond entre l’Iran et ses quatre interlocuteurs occidentaux (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne).

Les néoconservateurs sortent-ils fragilisés par l’élection de Donald Trump ?

Non, au contraire, car il est leur meilleur représentant. Trump s’est fait élire sans le soutien des élites. Mais une fois au pouvoir, il ne peut se contenter de l’appui des cowboys ou des mormons. Or, depuis des lustres, les élites américaines, tous partis confondus, sont néoconservatrices. Trump a dû aller puiser dans le même réservoir où aurait pioché Hillary Clinton (État profond, Goldman Sachs…) si elle avait été élue. Trump n’a pas d’autres choix que d’obtempérer aux desiderata de l’État profond américain. Il suffit de voir ses choix en ce qui concerne ses ministres et collaborateurs (au sein de l’establishment) et ses décisions, notamment en politique étrangère. En Syrie et Russie, par exemple.

En France, l’atlantisme et le sionisme sont désormais les deux mamelles des néocons. Cette adhésion a commencé avec Chirac, puis s’est finalisée avec Sarkozy qui parlait de « retour au bercail » pour justifier la réintégration pleine et entière de nos forces au sein du commandement intégré de l’Otan. Pour ce qui est de Hollande, je ne vous apprends rien en vous disant que les socialistes ont un ADN européiste, sioniste et colonialiste qui remonte au minimum à Guy Mollet (sous la IVe République). Ce n’est nullement une légende. Durant son deuxième mandat, Mitterrand aura cette déclaration de fossoyeur : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. » Petit à petit, cette idée a gagné du terrain au Quai d’Orsay et dans « l’État profond », y compris à l’Université, sensible aux sirènes de l’Amérique, de l’Europe, de l’Otan, de la globalisation et de ses succursales diverses.

On a bien vu dans la campagne présidentielle française que l’Europe était relayée à un rang subalterne. Un grand nombre de candidats ont rivalisé dans leurs discours prosouverainistes. Cet idéal vend-il encore ?

 

L’Europe n’est pas une idée populaire, contrairement à ce qu’affirment les illusionnistes du « rêve européen ». Les candidats ont souvent promis de « renégocier » les traités européens, ce qui est un leurre à usage électoral. À toutes les élections, on nous a fait la même promesse. De mon point de vue, l’Europe est la prison de la France. Ce n’est pas nous qui décidons. Allons même plus loin : nous nous indignons que les décisions nous concernant soient prises à Bruxelles, alors qu’en réalité c’est en Amérique que tout se décide. Nos élites du mainstream se satisfont de ce statut de « territoire » à la Massachusetts, auquel la France a été réduite. Mais alors, à quoi bon payer et entretenir cette administration bruxelloise tentaculaire et si onéreuse qui prend ses ordres à Washington ?

La réédition de votre livre connaît un vif succès. Pourtant, vos détracteurs ne vous épargnent pas dans la véhémence de leurs attaques…

 

Je reprends à mon compte ce proverbe chinois : « Quand le sage montre la Lune, l’imbécile montre le doigt. » J’écris en fonction de mes convictions. La thèse que je développe est bien documentée et rend compte des réalités, de l’enchaînement d’événements qui autrement resteraient incompréhensibles. Elle me semble beaucoup mieux acceptée et comprise en cet an VII de la « tempête sur le Grand Moyen-Orient » qu’il y a deux ans. En effet, rien dans les évolutions constatées n’est venu démentir ce qui était inscrit dans la première édition, au niveau du Moyen-Orient, du Grand Moyen-Orient de George W. Bush, au sein de l’islam et en ce qui concerne l’ordre du monde dont la mutation se dessine sous nos yeux. Autant de sujets qui font l’objet de mon ouvrage.*

 

Michel Raimbaud
9 juin 2017

Propos recueillis par Tigrane Yégavian

(1) Tempête sur le Grand Moyen-Orient, Michel Raimbaud, 2e édition enrichie et remise à jour, Éd. Ellipses, 716 p., 28 euros.

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Normandie Niemen - Les ailes de la fraternité

12 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #La guerre, #La Russie, #L'OTAN., #L'armée française, #AMERIQUE

samedi 9 mai 2015

Normandie Niemen - Les ailes de la fraternité

 

Ce film raconte l'histoire du régiment « Normandie Niemen » , formation aérienne de l'armée de l'air Française ayant combattu l'Allemagne nazie au cours de la seconde guerre mondiale sur le front de l'Est de 1943 à 1945.
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Les Confessions d'un assassin financier - John Perkins

12 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le capitalisme;, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #Les transnationales

Les Confessions d'un assassin financier - John Perkins

Les Confessions d'un assassin financier - Révélations sur la manipulation des économies du monde par les États-Unis est la traduction en français du livre Confessions of an Economic Hit Man écrit par John Perkins et publié en 2004. Perkins y relate sa carrière dans la firme de consultants Chas. T. Main (en) de Boston. Avant d'être engagé par la firme, l'auteur affirme avoir passé une entrevue pour un travail à la National Security Agency (NSA). Perkins affirme que cette entrevue a servi de test pour devenir ce qu'il nomme un « assassin économique » (economic hit man). Selon Perkins, il a commencé à écrire Confessions of an Economic Hit Man dans les années 1980.

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Une vague en trompe l’œil ? par Jacques Sapir

12 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #Terrorisme, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Macron

Analyse à chaud de Jacques Sapir.

Pour ma part je retiens :

1/ évidemment la très forte abstention, surtout des jeunes et des catégories qui souffrent le plus :

2/ la difficulté à analyser finement les résultats des partis. En effet, si les Français ont voté “comme ils le souhaitaient” au 1er tour de la présidentielle, il y a un biais énorme pour les législatives, peu rappelé. Quand vous êtes électeur FN à Paris, vous allez voter au 1er tour de la Présidentielle pour votre candidate – peu importe qu’au final elle ne fasse que 10 % à Paris. Mais pour les législatives, votre vote est inutile, car il n’y a aucune chance qu’un candidat FN l’emporte à Paris : beaucoup d’électeurs FN ne vont donc pas voter, d’où la forte baisse constatée par rapport à la présidentielle. Idem pour les électeurs France Insoumise (pourquoi l’électeur FI a Neuilly va-t-il aller faire la queue ?). Bien sûr, ceci est trop profond pour certains “philosophes”…

3/ l’injustice délirante de notre mode de scrutin qui aboutit à des résultats clairement non-démocratiques à ce stade. Mais nous en reparlerons la semaine prochaine.

4/ pour conclure sur “la vague” macronienne (pas vu dans les médias) :

P.S. N’oubliez pas de venir discuter de tout ceci à notre afterwork de ce vendredi (avec déclinaison en province)

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Une vague en trompe l’œil ?, par Jacques Sapir

Source : Le blog de Jacques Sapir, 11/06/2017

Le premier tour des élections législatives s’est caractérisé par une très faible participation. Le taux d’abstention dépasse les 51%. A titre de comparaison il convient de rappeler que l’abstention avait été de 36% en 2002, de près de 40% en 2007 et de 43% en 2012. Nous sommes devant un (triste) record historique. Ceci indique que les électeurs sont largement insatisfaits par l’offre politique qui leur était présentée. Et peut-être, plus profondément, qu’ils ont voulu protester contre le hold-up auquel s’est livré notre Président, Emmanuel Macron, avec la connivence d’une partie de la presse, au détriment de la démocratie. Dans le même temps, ces élections ont été marquées par ce que les commentateurs qualifient eux-mêmes de « vague » au profit du parti du Président, un parti qui devrait largement remporter la majorité absolue au parlement lors du 2ème tour.

Alors que le taux d’abstention avait été bas pour l’élection présidentielle, plus d’un électeur sur deux se sont mis en position d’objection de conscience, tant par rapport à la force politique dominante, c’est à dire le parti du Président, que par rapport aux institutions. Ce fait décrédibilise un peu plus ces dernières, et fragilise la légitimité du Président et de son gouvernement. Cette « vague » pourrait bien s’avérer être un trompe-l’œil.

Un succès paradoxal ?

Ainsi, ce premier tour semble annoncer une large majorité pour le Président et à son parti La République en Marche. Il faudra néanmoins, attendre le second tour pour mesurer l’ampleur de ce phénomène, mais les projections faites sur la base des résultats du 1ertour annoncent une majorité de 390 à 450 sièges, sur les 577 que compte l’Assemblée. Ainsi, avec 32% des voix, La République en Marche pourrait obtenir entre 70% et 75% des sièges. C’est un succès majeur, mais un succès que vient immédiatement mettre en doute la très faible participation.

Si ce résultat se confirme, Emmanuel Macron pourra donc mettre en œuvre sa politique, et en particulier les réformes sociales qu’il a annoncées. Diverses fuites concernant ces réformes sociales qui pourraient donc être décidées dès cet été commencent à soulever une légitime émotion[1]. Le gouvernement s’en est ému, qui veut attaquer en justice les auteurs de ces « fuites »[2], alors qu’il avait commencé par affirmer que ces documents ne représentaient pas la position du gouvernement. Comprenne donc qui pourra…

Outre la méthode utilisée – les ordonnances – c’est bien le contenu de ces réformes qui pose aujourd’hui problème. Mais, ces réformes en réalité sont cohérentes avec les choix européens, et mêmes européistes, du Président. En fait, elles reprennent nombre des recommandations de l’Union européennes. On voit que ce qu’il y a en surplomb au-dessus de ces réformes, c’est bien la question de l’Union européenne et celle de l’Euro. Les adversaires du président Macron et de son parti seront confrontés rapidement à de réelles questions de cohérence.

Cohérence tactique d’abord : vont-ils considérer que l’adversaire principal est le parti du Président, ou vont-ils persister à penser qu’il y a un réel danger « extrémiste » en France, un danger qui serait représenté tant par la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon que par le Front National de Marine le Pen ? De cela dépendent les consignes de désistement. Mais, ces mêmes adversaires d’Emmanuel Macron seront aussi confrontés à un problème de cohérence politique. Soit ils acceptent les présupposés du Président, et ils seront en difficultés pour contester ces futures réformes, soit ils s’opposeront de manière cohérente et conséquente aux prémices de ces dernières, et ils pourront, alors, articuler une véritable critique du programme social d’Emmanuel Macron.

Le piège des législatives

On voit bien ici le piège qui a été tendu aux partis traditionnels par les responsables de La République en Marche, le parti du Président, un piège qui – pour l’instant – a réussi à camoufler les divers scandales dont des dirigeants de ce parti sont la cause. Ce piège a fonctionné en deux temps.

Tout d’abord, il s’est agi de présenter LREM comme un mouvement (et non un parti) appelé à « renouveler » la classe politique française, et à établir de nouveaux standards d’éthiques. Qu’en réalité ce mouvement soit bien un parti, et un parti rassemblant nombre des recalés de la politique française, qu’il s’agisse du parti de François Bayrou ou qu’il s’agisse des socialistes qui se sont recasés dans LREM avec gourmandise ne semble pas avoir dérangé les communicants embauchés à grand frais par Emmanuel Macron. Que ces vieilles ganaches de la politique française se soient révélées tout aussi coupables des mêmes manquement à l’éthique, ou à la loi, comme le montre les affaires qui se sont succédées, de Bayrou à Richard Ferrand, en passant par Marielle de Sarnez, ne semble pas non plus avoir beaucoup dérangé ces mêmes communicants. Il y a bien eu un mouvement du type « sortez les sortants » qui a massivement bénéficié à LREMmême si, sur ce point, on peut penser que l’importance de l’abstention dans ce premier tour des élections législatives montre que les électeurs n’ont pas été entièrement dupes.

Mais cela n’est qu’un aspect du piège. Un autre réside dans la manière dont les communicants de LREM ont réussi à construire une fiction, celle d’une opposition entre l’extrémisme et les gens « raisonnables », dans le but d’isoler ceux qui représentaient une véritable alternative au hold-up électoral d’Emmanuel Macron. De fait, dans les partis qui se partageaient traditionnellement le pouvoir, on cherche désormais à se présenter comme une opposition « constructive » au nouveau Président. Chez les survivants du parti dit socialiste, on n’hésite pas à s’afficher dans certains cas comme « majorité présidentielle ». Quant aux Républicains, que l’échec de leur candidat naturel, François Fillon a plongé dans un profond désarroi, ils hésitent entre un ralliement ouvert à LREM(ce qui est d’ores et déjà le cas du Premier-ministre, Edouard Philippe, de Bruno Le Maire et Gérald Darmanin) et une forme d’opposition molle que porte l’inexistant François Baroin, promu par défaut chef de ce parti. D’ailleurs, les membres de ce parti partagent nombre des convictions, en particulier dans le domaine économique et social, avec Emmanuel Macron.

Ce double piège va fonctionner de manière redoutable en raison du code électoral français. Lors du second tour, les hésitations des uns et des autres, le refus d’avoir des règles de désistement claires en faveur du candidat d’opposition le mieux placé, vont probablement aboutir à ce qu’un parti qui a obtenu à peine plus de 30% des suffrages pourra disposer de plus de 70% des députés.

Les réformes qui viennent

C’est une situation qui est potentiellement grave en raison de la nature des réformes qu’Emmanuel Macron veut faire rapidement adopter, et de cela il ne s’en est pas caché. Pourtant, l’ampleur de l’abstention, l’une des plus importantes depuis une vingtaine d’année, montre bien qu’il n’y a aucune adhésion de masse à la politique voulue par Emmanuel Macron, et dont il a délégué l’exécution à un transfuge des Républicains choisi comme Premier-ministre.

Ces réformes, quelles sont-elles ? Le gouvernement entretient le flou sur cette question, et dément, en tout ou partie, les révélations qui ont été publiées dans la presse ces derniers jours. Mais, d’un autre côté, ces mêmes révélations sont tout à fait dans la logique de ce qu’avait déclaré Emmanuel Macron avant son élection.

Le point principal est certainement l’abandon des règles nationales, voire des règles de branches dans un certain nombre d’activité, pour donner la priorité aux accords d’entreprises. Ces accords d’entreprises pourraient décider des motifs de licenciements, du niveau des salaires, du temps de travail (et donc des heures supplémentaires) ou encore laisser le choix à l’entreprise d’user des CDD. De fait, cela aboutirait à créer une Code du Travail « à la carte » pour l’employeur. Par ailleurs, les indemnités de licenciements seraient plafonnées. Ces accords pourraient, sans que cela nécessite un accord des syndicats, être soumis directement à l’approbation des salariés de l’entreprise. De même, une grande réforme de l’assurance chômage est prévue conduisant à une couverture dite « universelle ». Mais, c’est une réforme qui, pour l’OFCE, aboutira dans les faits à baisser les indemnités chômage. En effet, les allocations de toutes les personnes ayant des trous dans leur parcours, comme par exemple avec quelques jours de battement entre 2 CDD, seraient ainsi diminuées. Cette diminution pourrait ainsi potentiellement concerner de 20% à 50% des demandeurs d’emplois, son ampleur dépendant alors des paramètres retenus, paramètres qui ne sont pas encore fixés[3]. Enfin, le gouvernement prévoit de supprimer une partie des cotisations sociales (ce qui augmenterait techniquement les salaires) en recourant à une augmentation importante de la CSG, augmentation qui est évaluée aujourd’hui à environ 21 milliards d’Euros, soit 1% du PIB, et qui serait payée par les retraités au-dessus de 1200 euros de pension de retraite.

Si la procédure des ordonnances est bien utilisée, alors ces réformes pourraient être adoptées dès le mois de septembre 2017. Ces réformes, on peut le constater à travers les projets qui ont « fuité » depuis ces derniers jours, aggravent considérablement la déjà très néfaste loi « Travail » dite aussi Loi El-Khomri.

Au-delà du tour de passe-passe sur les cotisations et la CSG, on voit bien que toutes ces mesures tendent d’une part à fragiliser la positions des salariés face aux employeurs, et c’est le produit de la logique de la négociation dans l’entreprise et non de la négociation collective, et d’autre part à faire baisser le niveau des salaires. La fragilisation de la position des salariés provenant de l’émiettement des négociations entreprises par entreprises aura des implications importantes sur les conditions de travail. Or ces dernières se sont déjà dégradées depuis ces dernières années. La possibilité pour les entreprises de déterminer dans les faits la durée légale du travail entrainera une baisse des heures supplémentaires, qui – à son tour – entrainera une perte de salaire pour les employés. La possibilité pour les entreprises de fixer les motifs de licenciements et le plafonnement des indemnités en cas de licenciement abusif vont donner aux entreprises la possibilité d’exercer un chantage et à la baisse des salaires (compte tenu de l’existence d’une important volant de chômeurs) et à la dégradation des conditions de travail.

Les conséquences de l’Union européenne ?

En apparence, ces réformes ont une justification. Les écarts de salaire minimum au sein de l’Union européenne sont énormes [4] : de 9 à 1 entre la France et la Roumanie et la Bulgarie, de 3,5 à 1 entre la France et la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque et la Slovaquie, de 2 à 2,5 pour 1 par rapport à l’Espagne, au Portugal ; Le salaire minimum français est supérieur de 10% au niveau de celui du Royaume-Uni et de l’Allemagne mais de plus ces derniers pays ont des dispositions qui permettent aux entreprises, sous certaines conditions, d’embaucher sous le plafond légal. Et ceci ne concerne que les pays qui ont une loi fixant un salaire minimum, ce qui n’est pas le cas de l’Italie et de la Finlande. Bien entendu, le fait que la productivité du travail soit particulièrement élevée en France compense, en partie, ces écarts. Mais en partie seulement.

Avec le « marché unique », mais aussi la liberté totale des capitaux, les grandes entreprises peuvent développer dans les pays où le coût du travail est très bas des usines dont la productivité se rapproche rapidement de celle des usines en France. Dès lors, une première constatation s’impose : le « marché unique », qui est l’un des piliers de l’Union européenne, produit une logique de course au « moins disant/moins coûtant » qui se propage dans l’ensemble de l’UE. Si les entreprises bénéficient de cette course, les salariés sont bien entendu les premiers perdants.

Cette logique du « marché unique » aurait cependant pu être compensée par des mouvements de taux de change, produisant une réévaluation des pays où les coûts sont bas, et une dépréciation des monnaies des pays où les coûts (corrigés par la productivité) sont hauts. Mais, un tel mécanisme ne peut exister à partir du moment où existe la « monnaie unique », c’est à dire l’Euro. L’Euro interdit toute modification des taux de changes pour compenser les déséquilibres structurels. Par ailleurs, les taux d’inflation sont assez différents entre les pays de la zone Euro (l’Union Economique et Monétaire). De ce fait, on constate que l’Euro à conduit à l’existence d’un écart de 20% à 25% entre l’Allemagne (qui est la grande bénéficiaire de l’Euro) et la France ou l’Italie [5]. Il a d’ailleurs était montré que le niveau de dépréciation qu’impliquerait une sortie de l’Euro entraînerait des effets très positifs sur les économies, avec un surcroît de croissance équivalent à 1% par -10% de dépréciation [6]. Ainsi, et cela sans mobiliser d’autres ressources, la croissance de l’économie française monterait à 4% par an (1,2% + 2,8%).

Le résultat est là : quand on ne peut pas jouer sur le taux de change pour corriger des déséquilibres importants il ne reste plus qu’à faire baisser les salaires. Telle est la logique, à peine cachée, des réformes que nous proposent tant Emmanuel Macron que son Premier-ministre Edouard Philippe. Ces réformes visent à « adapter » la France aux exigences de l’UE. Elles impliquent que le centre de décision n’est plus à Paris mais à Bruxelles, voire à Berlin.

Quelle opposition au Parlement ?

On comprend alors la nécessité d’une forte opposition au Parlement, tout d’abord pour chercher à faire annuler les aspects les plus scandaleux de ces réformes, puis, par la suite, pour pouvoir demander des comptes au gouvernement. N’oublions pas, en effet, que l’un des rôles du Parlement, outre de légiférer, est d’exercer un contrôle à posteriori sur l’action du gouvernement. Cela implique des députés qui soient indépendants de ce même gouvernement.

Car, n’en doutons pas, ces réformes ne changeront rien. Ces mesures seront évidemment profitables pour les entreprises et leurs actionnaires. Mais, elles se traduiront par une compression de la demande solvable en France. Or, la demande solvable est aussi comprimée chez nos voisins, de l’Allemagne à l’Espagne, en passant par l’Italie et le Portugal. Si les profits des entreprises vont profiter de ces réformes, le niveau général d’activité va quant à lui décliner. En effet, le volume de production dépend des anticipations quant à la demande, et de leur mouvement soit à la hausse, soit à la baisse. Si les entreprises anticipent une stagnation, voire une contraction de cette demande, elles utiliseront les moyens crées par ces réformes pour licencier encore un peu plus. Ce que va provoquer cette vague de réformes que le gouvernement et le Président entendent rapidement mettre en œuvre, ce sera donc une hausse des profits, une baisse de la demande entraînant de nouveaux licenciements qui, à leur tour feront baisser la demande, entraînant encore plus de licenciements. Le gouvernement, confronté à cette situation, proposera certainement des nouvelles réformes, aggravant encore plus la situation, au début de 2019…

Rarement un gouvernement ne s’est apprêté à mettre en œuvre une telle politique de classe. Or, cela n’est aujourd’hui dénoncé que par les deux partis que la presse, pour une fois largement rassemblée dans son soutien à Emmanuel Macron, présente comme « extrémiste » : la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, et le Front National. Mais, ces deux partis sont dans une position de faiblesse dans ces élections.

Le Front National paye la détestable image que Marine le Pen a donnée d’elle-même dans la dernière semaine de campagne de l’élection présidentielle. Si elle a reconnue son échec lors du débat face à Emmanuel Macron, rien n’a été dit sur les ambigüités qui ont précédées ce même débat, et qui ont cassé la dynamique qui se faisait jour immédiatement après le 1er tour de l’élection présidentielle. Cela explique le relativement mauvais score, avec seulement 14% des voix, bien loin de celui obtenu au 1er tour de l’élection présidentielle. Quant à la France Insoumise, elle est pilonnée par une large partie de la presse, transformé pour l‘occasion en simple organe de propagande. La haine envers Jean-Luc Mélenchon qui se révèle au travers des articles est un cas d’école de comment on cherche à influencer l’électeur en jouant non pas sur son raisonnement mais sur la carte des peurs les plus primitives. Cela explique certainement que la France Insoumise soit, elle aussi, avec 11% des suffrages, loin de retrouver le score de Jean-Luc Mélenchon au soir du 1er tour de l’élection présidentielle.

Et pourtant, le nombre d’électeurs qui s’étaient portés au 1er tour sur ces deux candidats était de très loin supérieur à celui qu’avait réuni sur son nom Emmanuel Macron. C’est cette réalité qui, en fait, inspire aux soutiens de notre Président cette haine ardente contre ceux qui pourraient s’opposer à lui, mais aussi – et ceci est autrement plus efficace que la haine – cette politique visant à peindre ces oppositions sous les traits de l’extrémisme. Il est aujourd’hui patent que cette politique a relativement fonctionné, car ce qui fait la force d’Emmanuel Macron n’est pas le mouvement qui le porte, mouvement somme toute fort réduit, mais bien la division des forces qui s’opposent à lui et à sa néfaste politique.

La règle du jeu

Le système électoral français a ceci de particulier qu’il pénalise très durement la division, quand celle-ci se présente comme irréconciliable. Les résultats du premier tour des élections législatives ne traduit nulle « vague » en faveur des candidats soutenus, directement ou indirectement, par Emmanuel Macron. Les suffrages qui se sont portés sur les candidats qui s’opposent de la manière la plus cohérent et la plus conséquente à la ligne d’Emmanuel Macron sont du même ordre que ceux qui se sont portés en faveur des candidats soutenant cette ligne. Et pourtant, ces mêmes résultats laissent prévoir un succès historique pour La République en Marche au soir du second tour, le 18 juin. A l’opposé, la France Insoumise n’est créditée que de 8 à 18 députés, soit au plus 3% alors qu’elle a réuni 11% des voix, et le Front National entre 1 et 5 députés, soit moins de 1%, alors qu’il a fait 14% des suffrages. Cette situation porte un grave préjudice aux institutions. Elle accrédite l’idée que le « pays légal », que représentent les députés, n’est pas représentatif du « pays réel ». Mais, cette situation traduit aussi certaines des incohérences des opposants à Emmanuel Macron.

Dans la semaine qui sépare le 1er du 2ème tour les forces d’opposition à Emmanuel Macron auront donc à faire un choix. Considèrent-elles que l’ennemi principal, pour reprendre une formule consacrée, est représenté par les candidats de LREM, et en ce cas sont-elles prêtent à en tirer les conséquences, ou bien considèrent elles que le discours tenu par la presse est bien pertinent, que l’extrémisme est bien une menace en France, et cèderont-elles à la division ? Si tel devait être le cas, la crédibilité et la légitimité de ces forces pour s’opposer aux projets de « réformes » du gouvernement, aux ordonnances qui nous sont promises, serait bien entendu des plus réduites.

[1] http://www.leparisien.fr/politique/exclusif-le-plan-de-macron-pourreformer-le-travail-04-06-2017-7017384.php#xtor=AD-1481423553 et http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/06/07/reforme-du-code-du-travail-pasd-agenda-cache-assure-la-ministre-du-travail_5139834_823448.html

[2] http://www.liberation.fr/france/2017/06/09/le-gouvernement-porte-plainte-apres-les-revelations-de-liberation-sur-le-code-du-travail_1575675

[3] http://www.capital.fr/economie-politique/assurance-chomage-version-macron-un-chambardement-qui-ne-ferait-pas-que-des-heureux-1223893

[4] Je cite ici des chiffres d’Eurostat en salaire brut.

[5] IMF, 2016 EXTERNAL SECTOR REPORT, International Monetary Fund, juillet 2016, Washington DC, téléchargeable à : http://www.imf.org/external/pp/ppindex.aspx

[6] IMF, World Economic Outlook, Octobre 2015, Washington DC, chap. 3. Adresse : http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2015/02/

Source : Le blog de Jacques Sapir, 11/06/2017

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L’histoire de la prise de contrôle par les néocons sur les États-Unis (4/4)

10 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La nation ., #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La République, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Le grand banditisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

L’histoire de la prise de contrôle par les néocons sur les États-Unis (4/4)


Par Paul Fitzgerald et Elizabeth GouldLe 10 mai 2017 – Source The Saker

Page de garde de l’édition de 1550 du Prince de Machiavel et de La Vita di Castruccio Castracani da Luca

Partie 4 – L’étape finale de la prise de contrôle des élites machiavelliennes sur l’Amérique

De Trotsky à Burnham, de Burnham à Machiavel et de Machiavel au néoconservatisme, le cercle de l’impérialisme britannique se referme

L’affirmation récente de la Maison Blanche de Trump, selon laquelle Damas et Moscou diffusaient des « faux récits » pour induire le monde en erreur sur l’attaque au gaz du 4 avril à Khan Chaykhoun est une nouvelle étape dangereuse, dans la guerre de propagande sur les « fausses nouvelles » lancée dans les derniers jours de l’administration Obama. C’est une étape dont les profondes racines, plongeant dans la Quatrième Internationale communiste de Trotsky, doivent être comprises avant de décider si la démocratie américaine peut être restaurée.

Brouillant les pistes des responsabilités d’une façon jamais vue depuis le sénateur McCarthy au sommet de la Peur rouge dans les années 1950, le Countering Disinformation and Propaganda Act [Loi sur la lutte contre la désinformation et la propagande], signé sans fanfare par Obama en décembre 2016, a officiellement autorisé une bureaucratie chargée de la censure, comparable seulement au Ministère de la Vérité décrit par George Orwell dans son roman 1984. Nommé The Global Engagement Center, [Centre d’engagement mondial], le but officiel de cette nouvelle bureaucratie est de « reconnaître, comprendre, mettre en lumière et contrer la propagande étatique et non étatique étrangère et les efforts de désinformation visant à saper les intérêts de sécurité nationale des États-Unis ». Le but réel de ce cauchemar orwellien est de déformer tout ce qui conteste le récit pro-guerre néoconservateur de Washington et d’intimider, harceler et emprisonner quiconque tente de le faire. Comme cela a été montré par le tir de missiles Tomahawk du président Trump sur une base aérienne du gouvernement syrien, c’est une recette pour la guerre mondiale et, qu’on le veuille ou non, cette guerre a déjà commencé.

Cette dernière attaque contre le récit prétendument faux de la Russie nous ramène en 1953 et aux débuts de la guerre culturelle entre l’Est et l’Ouest. Ses racines sont liées au Congrès pour la liberté culturelle, au passage de James Burnham de la Quatrième Internationale de Trotsky au conservatisme et à la montée des machiavelliens néoconservateurs comme force politique. Comme l’ouvrage de James Burnham, The Struggle for the World, le soulignait, la Troisième Guerre mondiale avait déjà commencé avec la révolte des marins grecs dirigée par les communistes de 1944. Dans la pensée manichéenne de Burnham, l’Occident était assiégé. La politique d’endiguement de la Guerre froide, menée par George Kennan, n’était pas différente de la politique d’apaisement de Neville Chamberlain. La détente avec l’Union soviétique revenait à se rendre. La paix n’était qu’un masque de la guerre et cette guerre serait menée par la politique, la subversion, le terrorisme et la guerre psychologique. L’influence soviétique devait être combattue dans la mesure du possible. Cela signifiait subvertir l’Union soviétique et ses intermédiaires et, si nécessaire, saper également les démocraties occidentales.

La véritable ironie des efforts déployés actuellement par Washington pour monopoliser la « vérité » et attaquer les récits alternatifs, ne manifeste pas seulement un mépris flagrant de la vraie liberté de parole. La véritable ironie est que tout le « Manifeste de la liberté » utilisé par les États-Unis et la Grande-Bretagne depuis la Deuxième Guerre mondiale n’a jamais été libre ; c’était un mélange du programme exhaustif de guerre psychologique tirée du Psychological Strategy Board (PSB) de la CIA [Bureau de stratégie psychologique], menée tant contre les amis que les ennemis.

La CIA en viendrait à voir l’ensemble du programme commencer avec la conférence de Berlin de 1950, comme un point de repère dans la Guerre froide, non seulement pour assurer le contrôle de la CIA sur la gauche non communiste et les intellectuels « libres » de l’Occident, mais pour permettre à la CIA de priver secrètement les Européens et les Américains de leur propre culture politique, d’une telle manière qu’ils ne la connaîtraient jamais vraiment.

Comme l’historien Christopher Lasch l’a écrit en 1969, à propos de la cooptation par la CIA de la gauche américaine, « l’État moderne […] est un moteur de propagande, fabriquant des crises tout en affirmant être le seul instrument capable de les traiter efficacement. Cette propagande, pour réussir, exige la coopération d’écrivains, d’enseignants et d’artistes, non pas comme des propagandistes payés ou des opportunistes de la censure d’État, mais comme des intellectuels ‘libres’, capables de contrôler leurs propres instances et d’imposer des normes acceptables de responsabilité au sein des diverses professions intellectuelles ».

La clé pour tourner ces intellectuels « libres » contre leurs propres intérêts était le programme doctrinal de la CIA pour la transformation culturelle occidentale contenue dans le document PSB D-33/2. Le PSB D-33/2 prédit « un mouvement intellectuel à long terme pour briser les schémas doctrinaux mondiaux » en « créant la confusion, le doute et la perte de confiance » afin d’« affaiblir objectivement l’attrait intellectuel de la neutralité et prédisposer ses adhérents à l’esprit occidental » ; « prédisposer les élites locales à la philosophie défendue par les planificateurs », tandis qu’utiliser les élites locales « aiderait à masquer l’origine américaine de l’effort, de manière à ce qu’il apparaisse comme un développement local».

En se déclarant comme un antidote au totalitarisme communiste, un critique interne du programme, l’officier du PSB Charles Burton Marshall a vu le PSB D-33/2 lui-même comme effroyablement totalitaire, interposant « un large système doctrinal » qui « accepte l’uniformité comme substitut à la diversité », embrassant « tous les champs de la pensée humaine – tous les champs des intérêts intellectuels, de l’anthropologie aux créations artistiques, à la sociologie et à la méthodologie scientifique », concluant : « C’est presque aussi totalitaire que l’on puisse être. »

L’élitisme machiavellien de Burnham se cache dans tous les coins d’ombre du document. Comme l’a raconté Frances Stoner Saunder, dans son livre The Cultural Cold War, « Marshall a également exprimé son désaccord par rapport à la dépendance du PSB à l’égard de ‘théories sociales irrationnelles’ qui soulignaient le rôle d’une élite d’une manière ‘qui rappelle Pareto, Sorel, Mussolini, etc.’ Ne sont-ce pas là les modèles utilisés par James Burnham dans son livre The Machiavellians? Peut-être y avait-il une copie à portée de main, lorsque le PSB D-33/2 était en cours de rédaction. Plus vraisemblablement, James Burnham lui-même était utilement à portée de main. »

Burnham était plus que seulement à portée de main, lorsqu’il s’est agi d’implanter secrètement une philosophie fasciste d’élitisme extrême dans l’orthodoxie américaine de la Guerre froide. Avec The Machiavellians, Burnham avait composé le manuel qui a tissé ensemble la vieille gauche trotskyste et une élite anglo-américaine de droite. La descendance politique de cette union volatile serait appelée néoconservatisme, dont la mission secrète serait de renverser partout l’influence russe/soviétique. Sa mission cachée serait de réaffirmer une domination culturelle britannique sur l’Empire anglo-américain et de la maintenir grâce à la propagande.

Le secret Service de recherche sur l’information du ministère des Affaires étrangères britannique et du Commonwealth, connu comme l’IRD, travaillait très assidûment à cette tâche depuis 1946.

Rarement cité dans le contexte des opérations secrètes financées par la CIA, l’IRD a servi d’unité propagandiste anticommuniste secrète de 1946 à 1947. Selon Paul Lashmar et James Oliver, les auteurs de Britain’s Secret Propaganda War [La guerre propagandiste secrète de la Grande-Bretagne], « la vaste entreprise de l’IRD avait un seul objectif : diffuser sans cesse sa propagande (c’est-à-dire un mélange de mensonges intégraux et de faits déformés) parmi les journalistes de premier plan qui travaillaient pour des agences et des magazines importants, y compris Reuters et la BBC, ainsi que toutes les chaînes accessibles. Il a travaillé à l’étranger pour discréditer les partis communistes d’Europe occidentale, qui pourraient accéder à une partie du pouvoir par des moyens totalement démocratiques, et dans le pays pour discréditer la Gauche britannique ».

L’IRD devait devenir une machine de désinformation auto-réalisatrice pour l’extrême-droite de l’élite internationale du renseignement, offrant à la fois des informations fabriquées et distordues aux organes de presse « indépendants », puis en utilisant l’histoire ainsi blanchie comme « preuve » de la validité de la fausse information. Une telle entreprise de premier plan instaurée grâce à l’argent de la CIA a été le Forum World Features, administré à un moment donné par l’acolyte de Burnham, Brian Rossiter Crozier. Décrit par le biographe de Burnham, Daniel Kelly comme un « analyste politique britannique », le légendaire Brian Crozier a fonctionné en réalité pendant plus de cinquante ans comme l’un des principaux propagandistes et agents secrets de Grande-Bretagne.

Si l’on est aujourd’hui choqué par le jugement rapide, biaisé, partial et xénophobe qui accuse la Russie d’avoir influencé l’élection présidentielle de 2016, il n’est pas nécessaire de chercher plus loin que dans le placard des plans de Brian Crozier. Comme un officier de l’armée américaine qui a participé à la première guerre en Afghanistan en 1982 nous l’a dit, les États-Unis n’avaient pas besoin de « preuve que les Soviétiques utilisaient des gaz toxiques » et ils n’ont pas besoin de preuves contre la Russie aujourd’hui. Crozier pourrait être décrit le mieux comme un croyant rêveur, un dangereux impérialiste qui met ses rêves en scène les yeux ouverts. Du début de la Guerre froide à sa mort en 2012, Crozier et son protégé Robert Moss ont fait de la propagande au nom des dictateurs militaires Francisco Franco et Augusto Pinochet, ont mis sur pied des organisations privées de renseignement pour déstabiliser des gouvernements au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et en Afrique, et ont travaillé à délégitimer des politiciens en Europe et en Grande-Bretagne, considérés comme insuffisamment anti-communistes. Le mandat de son Institut pour l’étude du conflit (ISC dans son sigle anglais), instauré en 1970, était de révéler la prétendue campagne de subversion mondiale du KGB et de publier des histoires diffamant quiconque les remettait en question comme un crédule, un traître ou un espion communiste. Crozier considérait The Machiavellians comme ayant eu une influence formatrice essentielle dans son propre développement intellectuel, et il a écrit en 1976 : « En effet, c’est ce livre, par dessus tous les autres, qui m’a enseigné comment [c’est Crozier qui souligne] penser la politique. » La clé de la pensée de Crozier était la distinction opérée par Burnham entre le sens « formel » du discours politique et le sens « réel », un concept qui n’était bien sûr compris que par les élites. Dans un article de 1976, il s’émerveillait de la façon dont la compréhension de la politique par Burnham couvrait 600 ans et comment l’usage du « formel » pour dissimuler le « réel » n’était pas différente de celle utilisée par « l’esprit médiéval probablement éclairé » de Dante Alighieri. « Le fait est aussi valable aujourd’hui qu’il l’était dans les temps anciens et au Moyen Âge à Florence, ou en 1943. Une majorité écrasante d’auteurs et d’orateurs politiques continuent à utiliser la méthode de Dante. Selon le degré d’obscurcissement requis (par les circonstances ou par le caractère d’une personne), le divorce entre le sens formel et le sens réel est plus ou moins absolu. »

Mais Crozier était plus qu’un simple penseur stratégique. Crozier était un agent secret politique de haut niveau, qui a utilisé le talent de Burnham pour obscurcir les choses et son expérience de la Quatrième Internationale pour saper la détente et mettre en scène le recul de l’Union soviétique.

Lors d’une réunion secrète dans une banque de la City de Londres en février 1977, il a même breveté une organisation de renseignement opérationnel privée connue comme la 6e Internationale (6I), pour reprendre là où Burnham avait abandonné ; politiser et bien sûr privatiser bon nombre de sales coups que la CIA et d’autres services de renseignement ne pouvaient plus se permettre d’être pris en train de faire. Comme il l’explique dans son livre de mémoires Free Agent, le nom 6I avait été choisi « parce que la Quatrième Internationale s’était divisée. La Quatrième Internationale était celle des trotskystes, et lorsqu’elle s’est divisée, cela a signifié que sur le papier il y avait cinq Internationales. Dans le jeu des nombres, nous constituerions la Sixième Internationale, ou la ‘6I’ ».

La collaboration de Crozier avec de nombreux « employés du Congrès compétents et diligents » ainsi qu’avec « le remarquable général Vernon (‘Dick’) Walters, récemment retraité de son poste de directeur adjoint du Renseignement central […] » a cimenté la montée des néoconservateurs. Lorsque Carter a cédé au Groupe B et au complot du néoconservateur Zbigniew Brzezinski, son conseiller à la Sécurité nationale, pour tromper les Soviétiques et les attirer dans leur Vietnam en Afghanistan, cela a accompli la mission de Burnham et livré le monde aux machiavelliens, sans que personne n’en soit plus sage. Lorsque George Orwell écrivait, dans son livre Second Thoughts on James Burnham « Ce que Burnham se souciait principalement de montrer [dans The Machiavellians] est qu’une société démocratique n’a jamais existé et, pour autant qu’on puisse le voir, n’existera jamais. La société est par nature oligarchique, et le pouvoir de l’oligarchie repose toujours sur la force et la fraude… Le pouvoir peut parfois être gagné et conservé sans violence, mais jamais sans fraude. »

Aujourd’hui, le traité politique de Dante, De Monarchia, utilisé par Burnham pour expliquer sa compréhension médiévale de la politique, pourrait être heureusement remplacé par la Divine comédie du même Dante, une comédie paranoïaque pleines d’erreurs, dans laquelle la porte de l’enfer s’ouvre devant chacun et devant tous, y compris les élites, peu importe leur statut. Ou, comme ils disent en Enfer, Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate. Vous qui entrez ici, laissez toute espérance.

Paul Fitzgerald and Elizabeth Gould sont les auteurs de Invisible History: Afghanistan’s Untold Story, Crossing Zero The AfPak War at the Turning Point of American Empire et The Voice. Leurs sites : invisiblehistory et grailwerk

Sources :

Part 1: American Imperialism Leads the World Into Dante’s Vision of Hell
Part 2: How Neocons Push for War by Cooking the Books
Part 3: How the CIA Created a Fake Western Reality for ‘Unconventional Warfare’
Part 4: The Final Stage of the Machiavellian Elites’ Takeover of America

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

 

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L’histoire de la prise de contrôle par les néocons sur les États-Unis (3/4)

10 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La Russie, #Terrorisme, #La guerre, #Le grand banditisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Les transnationales

L’histoire de la prise de contrôle par les néocons sur les États-Unis (3/4)


Par Paul Fitzgerald et Elizabeth GouldLe 10 mai 2017 – Source The Saker

« Les effets maléfiques de la presse quotidienne moderne » – Puck, magazine américain 1888

 

Partie 3 – Comment la CIA a créé une fausse réalité occidentale pour la « guerre non conventionnelle »

L’idéologie étrange, psychologiquement conflictuelle et politiquement créatrice de division, communément appelée néoconservatisme, peut revendiquer de nombreux parrains. Irving Kristol, le père de William Kristol, Albert Wohlstetter, Daniel Bell, Norman Podhoretz viennent immédiatement à l’esprit et il y en a beaucoup d’autres. Mais à la fois dans sa théorie et dans sa pratique, le titre de père fondateur du programme néoconservateur d’une guerre sans fin qui domine la pensée de la Défense et la politique étrangère américaines pourrait être attribué surtout à James Burnham.

Ses écrits des années 1930 ont fourni un vernis intellectuel oxfordien raffiné au Parti socialiste des travailleurs et, en tant que conseiller proche du communiste révolutionnaire Léon Trotsky et de sa Quatrième Internationale, il a appris les tactiques et les stratégies d’infiltration et de subversion politique de première main. Burnham s’est révélé dans son rôle d’« intellectuel trotskyste » jouant de sales tours à ses ennemis politiques, en concurrençant les mouvements marxistes, en détournant leur loyauté et en pillant leurs meilleurs talents.

Burnham a renoncé à son allégeance à Trotsky et au marxisme sous toutes ses formes en 1940, mais il emporterait avec lui leurs tactiques et leurs stratégies d’infiltration et de subversion et transformerait leur méthode du matérialisme dialectique pour l’utiliser contre eux. Son ouvrage de 1941, The Managerial Revolution, lui apportera célébrité et fortune, et l’établira comme un prophète politique astucieux, sinon tout à fait précis, relatant l’émergence d’une nouvelle classe de l’élite technocratique. Son ouvrage suivant, The Machiavellians, marque son éloignement de l’idéalisme marxiste au profit d’un réalisme très cynique et souvent cruel, dans sa croyance en l’inévitable échec de la démocratie et la montée de l’oligarchie. En 1943, il mettra tout cela dans une note pour le Bureau américain des services stratégiques, l’OSS, dans lequel son anti-stalinisme trotskyste trouvera sa voie dans la doctrine de l’agence. Et dans son livre de 1947, The Struggle for the World, Burnham développera sa dialectique de confrontation/d’antagonisme contre l’Union soviétique en une politique permanente, apocalyptique de guerre sans fin. En 1947, la transformation de James Burnham, passé d’un communisme radical à un conservatisme partisan du Nouvel Ordre mondial américain, était complète. Son Struggle for the World avait effectué un tournant français sur la révolution communiste permanente de Trotsky et l’avait transformée en un plan de bataille permanent, en faveur d’un empire américain mondial. Tout ce qu’il fallait pour compléter la dialectique de Burnham était un ennemi permanent, et cela exigera une campagne psychologique sophistiquée pour maintenir la haine de la Russie en vie pendant des générations.

L’ascension des Machiavelliens

En 1939, Sidney Hook, collègue de Burnham à l’Université de New York et son camarade philosophe marxiste, avait contribué à fonder un Comité anti-stalinien pour la liberté culturelle comme élément d’une campagne contre Moscou. Pendant la guerre, Hook avait aussi abandonné le marxisme et, comme Burnham, il s’est retrouvé en quelque sorte dans l’étreinte chaleureuse de la communauté américaine du renseignement de droite, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. Hook était considéré par le Parti communiste comme un traître et une « vipère contre-révolutionnaire » pour ses activités et, en 1942, il transmettait des informations sur ses camarades au FBI.

La vente des vertus de la culture américaine aux élites européennes appauvries et dépossédées était fondamentale pour construire l’empire américain après la guerre et les écrits précoces de Burnham ont été la source d’inspiration à partir desquelles serait construite une nouvelle contre-culture de la « Liberté ». En tant que vétérans de la guerre trotskyste interne, Burnham and Hook étaient experts dans l’art de l’infiltration et de la subversion, et avec The Machiavellians : Defenders of Freedom de Burnham comme modèle, ils ont entrepris de peindre en couleurs sombres tout ce que faisaient ou disaient les Soviétiques.

Comme Burnham l’exprimait clairement dans ses Machiavellians, sa conception de la Liberté signifiait autre chose que la liberté intellectuelle ou les libertés définies par la Constitution américaine. Ce qu’elle signifiait vraiment était la conformité et la soumission. La Liberté de Burnham ne s’appliquait qu’aux intellectuels (les machiavelliens) désireux de dire au peuple la dure vérité sur les réalités politiques impopulaires auxquelles il faisait face. C’étaient les réalités qui inaugureraient le meilleur des mondes de la classe des entrepreneurs s’engageant à refuser aux Américains la démocratie même dont ils pensaient jouir déjà. Comme Orwell l’observait en 1946 dans ses Second Thoughts, à propos des croyances machiavelliennes de Burnham : « Le pouvoir peut parfois être gagné ou maintenu sans violence, mais jamais sans fraude, parce qu’elle est nécessaire pour utiliser les masses… »

En 1949, la CIA s’occupait activement à tromper les masses en soutenant secrètement la gauche soi-disant non communiste et se comportait comme si elle n’était que l’émanation spontanée d’une société libre. En mettant la gauche au service de son empire en expansion, la CIA exécutait un tournant français en son sein, en y choisissant les meilleurs et les plus brillants, ce qu’a institutionnalisé la création de l’État de sécurité nationale. Assisté par le Département britannique de recherche et d’information, l’IRD, la CIA a recruté d’anciens agents de désinformation soviétiques formés avant la guerre, qui avaient organisé des groupes activistes non communistes à Moscou, et les a mis au travail. Comme Frances Stoner Saunders l’écrit dans son livre, The Cultural Cold War [La Guerre froide culturelle], « ces anciens propagandistes en faveur des Soviétiques ont été recyclés, blanchis de toute tache de communisme, accueillis par les stratèges gouvernementaux qui voyaient dans leur conversion une occasion à ne pas manquer de saboter la machine de propagande soviétique dont ils avaient autrefois huilé les rouages ».

De son propre aveu, la stratégie de la CIA de promotion de la gauche non communiste deviendrait le fondement théorique des opérations politiques anti-communistes de l’Agence pendant les deux décennies suivantes. Mais la guerre culturelle, où tous les coups étaient permis contre le communisme soviétique, a sérieusement commencé en mars 1949, lorsqu’un groupe d’éminentes personnalités de la littérature et des arts se sont rassemblées à l’hôtel Waldorf Astoria à New York, pour une une conférence « culturelle et scientifique » de soutien à la paix parrainée par les Soviétiques. Sydney Hook et James Burnham étaient déjà activement impliqués dans le recrutement d’adhérents pour contrer les efforts du Bureau d’information communiste de Moscou (Cominform) visant à influencer l’opinion occidentale. La conférence du Waldorf leur a donné l’occasion de se livrer à des coups tordus dont ils auraient seulement pu rêver.

Des manifestants organisés par une coalition droitière de groupes catholiques et par la légion américaine ont chahuté les hôtes à leur arrivée. Des nonnes catholiques ont prié à genoux pour les âmes des athées présents. Rassemblés dans une suite du dixième étage, une bande d’anciens trotskystes et communistes conduits par Hook ont intercepté le courrier de la conférence, falsifié les communiqués de presse officiels et publié des tracts exigeant des orateurs qu’ils avouent leur passé communiste.

Finalement, la conférence est devenue un théâtre de l’absurde que Hook et Burnham utiliseraient pour vendre Frank Wisner au Bureau de la coordination politique de la CIA et pour démarrer la campagne de propagande.

Le Congrès pour la liberté culturelle : coûte que coûte 1

S’appuyant sur le pouvoir inexploité de la Quatrième Internationale, la campagne a débuté le 26 juin 1950, au Titania Palace dans Berlin occupé. Nommé d’après l’idée de Hook de 1939 d’une commission culturelle, le « Manifeste de la liberté » en quatorze points du Congress for Cultural Freedom (Congrès pour la liberté culturelle) visait à identifier l’Occident avec la liberté. Et puisque tout ce qui concerne l’Occident était dit libre, libre, libre, il allait sans dire que tout ce qui venait de l’Union soviétique ne l’était pas.

Organisée par Burnham et Hook, la délégation américaine représentait un who’s who des intellectuels américains de l’après-guerre. Les billets pour Berlin étaient payés par le Bureau de la coordination politique de Wisner, au travers d’organisations de premier plan ainsi que par le Département d’État, qui aidaient à organiser le voyage, les dépenses et la publicité. Selon l’historien de la CIA Michael Warner, le financeur de la conférence considérait que l’argent était bien dépensé avec un représentant du ministère de la Défense la qualifiant de « guerre non conventionnelle optimale ».

Burnham constituait la liaison essentielle entre le bureau de Wisner et une intelligentsia passant avec aisance de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. Burnham trouvait que le Congrès était un endroit où fulminer, non seulement contre le communisme, mais aussi contre la gauche non communiste et en a laissé beaucoup se demander si ses positions n’étaient pas aussi dangereuses pour la démocratie libérale que le communisme. Selon Frances Stoner Saunders, des membres de la délégation britannique trouvaient que la rhétorique sortant du Congrès était un signe profondément troublant des choses à venir. « Hugh Trevor-Roper était horrifié par le ton provocateur… ‘Il y a eu un discours très violent et en effet presque hystérique de Franz Borkenau. Il a parlé en allemand et je regrette de dire que pendant que je l’écoutais, que j’entendais les approbations bruyantes de l’immense auditoire, j’ai pensé, eh bien, que c’étaient les mêmes personnes qui, il y a sept ans, approuvaient probablement de la même manière les mêmes dénonciations allemandes du communisme lancées par le Dr. Goebbels au Palais des sports. Et j’ai pensé, eh bien, à quel genre de gens nous identifions-nous ? Cela a été le plus grand choc pour moi. Il y a eu un moment pendant le Congrès où j’ai compris que nous avions été invités à convier Belzébuth pour vaincre Staline’. »

Le Congrès pour la liberté culturelle n’avait pas besoin de Belzébuth, il l’avait déjà sous la forme de Burnham, Hook et Wisner et, en 1952, ce n’était que le début. Burnham a travaillé sans relâche pour que Wisner légitime le Congrès comme une plateforme pour les machiavelliens aux côtés d’anciens communistes et même de nazis, y compris le général SS Reinhard Gehlen et son unité de renseignement de l’armée allemande qui avait été introduite dans la CIA après la guerre, intacte. E. Howard Hunt, « plombier » du Watergate, célèbre pour ses coups tordus à la CIA, a évoqué Burnham dans ses mémoires : « Burnham était consultant de l’OPC sur presque tous les sujets intéressant notre organisation […] Il avait de très nombreux contacts en Europe et, en raison de son passé trotskyste, il faisait autorité sur les partis communistes locaux et étrangers et les organisations importantes. »

En 1953, Burnham est de nouveau appelé par Wisner à dépasser le communisme pour aider à renverser le Premier ministre démocratiquement élu, Mohammed Mossadegh, à Téhéran, apparemment parce que Wisner pensait que le plan nécessitait « une touche de machiavélisme ». Mais la plus grande contribution de Burnham en tant que Machiavel devait encore venir. Son livre, The Machiavellians: Defenders of Freedom deviendrait le manuel de la CIA pour remplacer la culture occidentale par une doctrine alternative de conflit sans fin dans un monde d’oligarques et finalement ouvrir les portes d’un Enfer duquel il serait impossible de revenir.

Paul Fitzgerald et Elizabeth Gould

L’article original est paru sur Truthdig

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

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  1. Jeu de mots intraduisible, jouant sur le nom de Hook et l’expression « by hook or by crook », coûte que coûte ou par n’importe quel moyen. ↩
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