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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la france tag

Des manifestations anti-Maïdan à la guerre du Donbass - Parcours d'un mannequin devenue journaliste de guerre, et futur de sa patrie. Par Sébastien Hairon.

7 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Terrorisme, #Ukraine, #le nazisme

Des manifestations anti-Maïdan à la guerre du Donbass - Parcours d'un mannequin devenue journaliste de guerre, et futur de sa patrie

Plusieurs personnes m'ont demandé qui est Katya, car je travaille souvent avec elle, et la mentionne fréquemment, lors de mes reportages et dans mes articles. J'ai donc décidé il y a deux mois de faire son interview, que je publie aujourd'hui. Je vous laisse découvrir son histoire, comment sa vie personnelle a été chamboulée par les événements du Maïdan, et comment elle voit le futur de sa patrie.

Bonjour Katya, peux-tu te présenter ?
Bonjour, je m'appelle Katya Katina, je suis une citoyenne de la RPD (République Populaire de Donetsk), et je travaille désormais comme reporter, comme journaliste, pour News Front. C'est une agence d'information russe, et je travaille pour eux depuis plus de deux ans, depuis le tout début des actions militaires ici dans le Donbass.

Quel était ton travail avant la guerre ?
Eh bien, avant la guerre j'avais une profession très pacifique et créative. Je travaillais comme mannequin. J'ai joué dans de petites vidéos musicales et même des films, mais rien en lien avec la guerre ou des actions militaires, rien du tout.

Comment peut-on passer de mannequin à journaliste de guerre ? C'est un sacré changement de carrière professionnelle. Qu'est-ce qui t'a motivée à faire un tel changement ?
Je considère que je n'avais pas d'autre choix, car la guerre, ce conflit militaire, est arrivé dans ma patrie, et bien sûr je ne pouvais pas rester en arrière et me cacher. Parce que c'est ma patrie, c'est ma ville natale. Je l'aime beaucoup et lorsque j'ai vu ces événements qui ont débuté sur le Maïdan, c'était en novembre 2013, je me souviens que j'ai eu le sentiment que ce désastre - je pensais que c'était un désastre - allait d'une façon ou d'une autre influencer ma vie. Et lorsque toutes ces actions ont commencé, ces manifestations contre les nazis, contre Bandera et tout çà, bien sûr j'y ai participé, à toutes ces actions, tous ces événements. Donc j'ai d'abord été une activiste, sur les barricades, dans toutes les réunions, je participais à tout. Et lorsque les bombardements ont commencé, j'ai décidé de changer de métier et de devenir journaliste. Et ça s'est fait accidentellement en fait. J'ai croisé un ami près de ce bâtiment administratif et il m'a demandé « Kate, peut-être que ça serait intéressant pour toi de devenir journaliste, parce qu'il nous en faut un ». J'ai pensé « D'accord, peut-être, pourquoi pas », et en fait à partir du 1er juin 2014 je suis devenue journaliste. D'abord j'ai été pigiste, puis une correspondante et journaliste normale, et maintenant je suis aussi la directrice du bureau de News Front ici en RPD.

Tu as déclaré que tu avais participé aux manifestations qui ont eu lieu ici en 2014. Tu étais donc une activiste. Pourquoi as-tu participé à ces manifestations, aux barricades, et à l'occupation de ce bâtiment administratif, qui a été pris début avril 2014 ? Est-ce que tu étais une sorte d'agent du Kremlin payé par Poutine ?
[Rire de Katya] Et bien, malheureusement non. Je ne suis pas un agent du Kremlin. Peut-être que certains pensent cela mais non. C'est juste que depuis mon enfance je n'étais pas indifférente. J'ai été élevée avec les idéaux de la Grande Guerre Patriotique. Mes deux grand-pères ont participé à cette guerre, ils étaient des héros, ils ont été décorés. Et j'ai été élevée dans cet amour de la patrie, ce sentiment patriotique. Et lorsque nous avons vu cette folie du Maïdan, tous ces bâtards masqués qui disaient que les Russes devaient être tués, que nous ne pouvions pas parler russe, et que nous devrions embrasser le cul de Bandera, etc, je me suis rebellée et j'ai pensé « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? ». Pourquoi est-ce que nous, les Russes qui vivent ici, parce que la partie Est de l'Ukraine a toujours été russe tu sais, ça faisait partie de l'empire russe avant la Révolution… Et j'ai considéré que c'était impossible pour nous, et des millions de personnes pensaient de la même manière. Tu sais il y a eu des manifestation à Kharkov, à Odessa, dans tous les coins de la Nouvelle Russie historique. Mais ici, dans le Donbass, à Donetsk et Lougansk, ces manifestations étaient vraiment énormes. Tout le monde manifestait, et nous avons décidé de commencer à nous battre pour nos droits. Tu sais ce que nous voulions au départ ? Nous voulions la fédéralisation du pays. Que chaque région ait son propre chef, son propre, budget, pour que ce soit équitable. Parce que ça a toujours été comme çà : le Donbass nourrissait presque toute l'Ukraine. Parce que c'est une région industrielle, il y a des usines, et des fabriques. Et je pense que 80 % du budget ukrainien était fourni par le Donbass.

Donc c'est le contraire de ce que la propagande ukrainienne raconte en disant que les gens du Donbass sont juste des fainéants, qu'ils coûtent de l'argent etc
Comment pourrions-nous être des fainéants ? De nouveau, si nous prenons ce Maïdan, ils sautaient sur la place du Maïdan, à ne rien faire, pendant que nos mineurs travaillaient, que nos usines tournaient, tout le monde travaillait. Parce que les gens de chez nous n'ont pas participé au Maïdan et tout çà. On travaillait c'est tout. Mais quand nous avons vu cette alerte, que Secteur Droit, qui venait juste d'apparaître, pouvait venir ici et imposer ses règles, bien sûr nous ne pouvions pas nous cacher, nous ne pouvions rester indifférents. Nous devions nous battre pour nos droits, pour notre liberté. C'est pour cela que je suis devenue une activiste et plus tard une journaliste.

Combien de personnes ces manifestations rassemblaient-elles ici à Donetsk en mars et début avril, avant l'occupation de ces bâtiments administratifs ?
Eh bien, des milliers de personnes. Je me souviens au tout début de ce mouvement de manifestations, lorsqu'il y avait juste quelques dizaines de personnes, peut-être une centaine, puis des milliers. Et peut-être nos lecteurs, notre public, a vu ces vidéos sur internet, où nous marchions avec des drapeaux, lors de manifestations pacifiques, et il y avait des milliers de personnes. Je ne sais pas combien, mais je pense que toute l'avenue centrale était pleine de monde [note : lorsque cette avenue est remplie cela veut dire habituellement au moins 30 000 à 50 000 personnes].

Quand la guerre est-elle arrivée ici à Donetsk en 2014 ?
C'est arrivé plus tard à Donetsk. En avril, les premières actions militaires ont débuté à Slaviansk, et je pense que c'était à la fin du mois de mai que les premières attaques d'avions ukrainiens, les premiers combats à l'aéroport ont eu lieu. Donc le 20 mai 2014. Puis il y a eu de nouveau quelques bombardements sur la périphérie, de nouveau l'aéroport était le point le plus chaud à ce moment là, et à partir de juillet c'est devenu plus sérieux, en juillet l'armée ukrainienne a commencé à bombarder la ville même. Le district de Kievskyi, de Kouibyshevsky, de Troudovskyi, Petrovka, tous ces endroits ont été bombardés. Donc la guerre est arrivée à Donetsk en juillet 2014.

Donc quand tu as commencé comme journaliste, c'était vraiment des hostilités de grande envergure. Est-ce que tu allais sur le front à cette époque ou est-ce que tu travaillais plus en arrière ?
Je me souviens que nous étions très près de l'aéroport en juillet 2014. C'était comme un point chaud mais pas trop chaud. Et bien sûr au tout départ nous n'avions pas de casques, ni de gilets [pare balles], rien du tout. On était juste là comme des touristes marchant avec des caméras. Sans aucun équipement de sécurité, sans rien. Puis, je me souviens, j'ai travaillé sur des zones bombardées et parfois nous venions sur place et les bombardements continuaient. Donc des moments assez dangereux. Et puis, je pense à partir de l'automne 2014, j'ai commencé à aller sur la ligne de front, lorsqu'une stratégie de coopération, de bonne coopération entre les combattants, les journalistes et le ministère de la Défense de la RPD a été mise en place et fonctionnait bien. Alors j'ai commencé à y aller. Parce qu'au tout départ, en juillet, plusieurs journalistes sont morts à cause de ce manque de coordination. Ils allaient quelque part, sans savoir exactement où ils allaient. Et plusieurs d'entre eux ont été capturés par les Ukrainiens [comme Graham Philipps], et plusieurs ont été tués, comme Sténine. Parce qu'ils allaient n'importe où sans savoir exactement où. Je me souviens de cette époque et c'était vraiment dur. Pas d'équipement de sécurité, pas de voiture, tu pouvais te rendre sur place en bus... En fait c'était quelque chose d'assez intéressant. Tu pouvais aller en bus sur la zone qui avait été bombardée. Donc, malgré les bombardements, les transports publics fonctionnaient. Tu pouvais facilement prendre un bus et aller à Troudovskyi. Maryinka est tout près, tu pouvais marcher jusque là-bas. Je me souviens de ces moments.

Et tu n'avais pas trop peur de travailler dans de telles conditions ?
Pour moi c'était comme une sorte d'aventure au tout départ. Peut-être que je n'arrivais pas à croire que c'était réel. Personne ne peut croire que la guerre peut venir ici, dans un pays pacifique. Rien. Pas de menaces. Pas d'alertes avant. Et pour moi j'avais un tel pic d'adrénaline que peut-être je n'ai pas correctement évalué le danger à ce moment là. Et j'ai travaillé sur ce courage et cette adrénaline. Et ensuite, quelque jours, parfois quelques semaines après, je réalisais « J'aurai pu facilement mourir lors de ce bombardement ». Mais c'était après. Sur le moment tu n'y penses pas. Tu es juste là et tu te dis « Je crois en mon ange gardien, qui me protège, et tout ira bien. Je dois travailler, je dois partager cette information, partager la vérité avec les gens ».

Donc, lorsque tu faisais partie de ces manifestants, de ces activistes qui ont pris les bâtiments administratifs, tu ne pensais pas que Kiev attaquerait militairement la ville ?
Je ne pouvais pas l'imaginer. Nous pensions qu'il y aurait une sorte de processus de négociation. Pour donner plus de liberté aux régions, pour faire un référendum, pour fédéraliser le pays. Mais ces assassins, je ne peux pas les appeler autrement, ce sont des assassins, des meurtriers, et ces personnes, ce gouvernement de Kiev, ce « président » de Kiev, etc, ils ont juste décidé de tuer les gens qui ne partageaient pas la même opinion qu'eux. C'était leur raison, leur motivation. Bien sûr pour nous c'était quelque chose d'incroyable. Quelque chose d'impossible. Comment est-il possible de ne pas écouter l'opinion d'une personne et juste d'essayer de la tuer ? Comment est-ce possible ? De tuer son propre peuple.

Maintenant, en tant que citoyenne de la RPD, et en tant que journaliste, tu as des contacts avec beaucoup de gens, combien de pourcents penses-tu souhaiteraient revenir en Ukraine ?
Revenir en Ukraine ? Je pense que très peu de personnes peuvent vouloir cela. Et ces personnes n'étaient pas là pendant ces actions militaire. Ils étaient quelque part en Ukraine, pour mettre leurs fesses à l'abri, ou peut-être en Russie. Et maintenant ils reviennent, disent que tout est de la merde, que tout va mal, et qu'ils veulent revenir en Ukraine. Mais de telles personnes sont ultra minoritaires je pense. Je pense qu'ils sont moins d'un pourcent. Parce que tous ceux qui ont été là lors de ces actions militaires de 2014, 2015, bien sûr qu'ils ne peuvent pas revenir en Ukraine. C'est impossible de revenir vers un peuple qui tue ta famille, détruit ta maison, gâche ta carrière, ta vie, tout. C'est impossible. Parce qu'aujourd'hui l'Ukraine est cinglée. C'est un état terroriste, qui tue le peuple. Comment pourrions-nous vivre… Si on compare ça à une famille, comment peux-tu vivre comme une famille avec un tel cinglé ? Parce que le cinglé, même s'il te sourit par devant, te plantera un couteau dans le dos un jour.

Parce qu'une partie de la propagande occidentale dit que les gens ici sont retenus en otages par les gouvernement terroristes de la RPD et de la RPL. Cela montre que c'est juste n'importe quoi.
Je pense que c'est une catastrophe de penser çà. Comment peut-on appeler les gens ici des terroristes ? Nous ne commettons aucun acte terroriste. Rien de tel. Pas d'enlèvement, de bombes, rien. Comment peut-on nous appeler des terroristes ? Vraiment, je ne comprend pas.

Pour le moment, les accords de Minsk sont plus ou moins « en vigueur » mais nous avons assisté récemment à une escalade de la situation, avec une augmentation des bombardements, des victimes, l'assassinat du commandant Motorola. Comment penses-tu que la situation va évoluer dans les prochaines semaines ou mois ?
Et bien, je pense qu'il y aura une escalade. Parce que tous les signes sont là. Les bombardements même le matin, tôt le soir, et nous pouvons entendre l'utilisation de très gros calibres par la partie ukrainienne.

Même hier soir, (29 octobre) ils n'ont pas attendu la nuit tombée
Ma maison tremblait. Et je vois bien que l'armée ukrainienne et tous ces mercenaires deviennent de plus en plus impudents. Ils agissent comme tel : « on peut faire tout ce qu'on veut, et vous suivrez vos accords de Minsk et vous ne répondrez pas ». Et à cause de cela, ils deviennent de plus en plus agressifs. Et bien sûr il faut prendre en compte les élections américaines aussi. Et je pense que cela peut influencer d'une certaine manière l'escalade potentielle. De nouveau, ce régime de cessez-le-feu ne peut pas durer éternellement. Parce que ce n'est pas la paix, ce n'est pas la guerre, c'est quelque chose entre les deux. Et cette « paix » fragile, ce cessez-le-feu, peut tomber d'une minute à l'autre. Ça ne peut pas durer éternellement. Je pense que nous devons toujours être prêts pour la guerre. Comme disaient les Latins « Si vis pacem para bellum » [Si tu veux la paix, prépare la guerre], donc nous devons être prêts pour la guerre. Et je pense que c'est seulement par la guerre que nous pouvons libérer le reste du Donbass.

Ce qui est vraiment dommage car les accords de Minsk proposaient une solution politique
Mais tu sais, Porochenko, son entourage, ils ne mettront jamais en œuvre ces accords. Comment pourraient-ils donner sa liberté au Donbass ? Comment pourraient-ils accorder l’amnistie ? Mais de nouveau, l'amnistie... Pourquoi devraient-ils nous accorder l'amnistie ? Ce sont EUX les criminels. EUX qui tuent le peuple. Des milliers de personnes sont mortes à cause d'eux. Pour moi c'est vraiment une situation surréaliste.

Certaines personnes dans les pays occidentaux disent que les personnes qui sont mortes, y compris celles qui sont mortes jeudi soir à Makeyevka, ont été tuées par l'armée russe. Est-ce que l'armée russe est ici ?
Tu sais, je vis ici depuis très longtemps et je n'ai jamais vu l'armée russe. Peut-être qu'ils sont transparents, je ne sais pas. Ils sont invisibles.

Comment penses-tu que cela se terminera sur le long terme ? Penses-tu qu'un état de Nouvelle Russie verra le jour ? Ou est-ce que la RPD et la RPL intégreront la fédération de Russie ?
Je pense qu'il y a différentes possibilités. Bien sûr ce conflit va durer pendant longtemps. Ce n'est pas un conflit d'un, deux ou trois ans. Cela va durer longtemps. Parce qu'il faut du temps, bien sûr, c'est clair. Et je pense que ça sera la Nouvelle Russie, un jour ça sera la Nouvelle Russie. Peut-être comme la Tchétchénie, comme faisant partie de la fédération de Russie. Mais bien sûr ce ne sera plus l'Ukraine. Et pour parler franchement, je pense que comme dans l'hymne ukrainien, l'Ukraine mourra bientôt. Peux-tu imaginer un pays dont l'hymne commence par « L'Ukraine n'est pas encore morte » ? Donc je suis sûre que cela aura lieu. Ça aura lieu car tous ces processus sont déjà en cours. C'était corrompu de l'intérieur d'une certaine façon.

Le problème de l'Ukraine, c'est qu'il s'agit d'un état artificiel, créé par l'URSS, et s'ils veulent pousser la décommunisation jusqu'au bout, ils devraient dissoudre le pays. Car le pays a été créé de toutes pièces par l'URSS, par les communistes. Donc c'est une création artificielle, qui finira comme toute les créations artificielles : elle disparaîtra.
C'est une nation totalement artificielle, avec une histoire fictive etc. On a lavé le cerveau du peuple russe et maintenant ils sautent sur la place Maïdan. Je n'ai pas de mots…

Qu'est-ce que tu voudrais dire à nos lecteurs occidentaux ? Aux personnes d'Europe, de Grande-Bretagne, d'Amérique, qui vont voir cette interview ? Qu'est-ce que tu voudrais leur dire à propos de la situation ici, et quelle recommandation tu voudrais leur donner ?
Tout d'abord je voudrais dire ceci : S'il-vous-plaît, utilisez votre propre cerveau. Ne croyez pas ce que la télévision et les médias de masse essayent de vous raconter. Ne les croyez pas. Essayez d'utiliser votre propre logique. Essayez de penser par vous-même. Parce que lorsque vous pensez, vous pouvez comprendre un tas de choses. Juste, n'avalez pas cette merde que les médias de masse essayent de vous faire avaler. Je pense que c'est le message principal. Et une autre chose que j'aimerais souligner c'est que le gouvernement et le peuple sont deux choses différentes. Et je sais qu'il y a beaucoup de gens très bien en Amérique, dans les pays européens, et nous ne pouvons pas dire que nous devrions détruire l'Amérique ou quelque chose du genre… Non. Ce n'est pas bien du tout, parce que le gouvernement n'est pas le peuple. Les peuples ce sont des gens, et nous devrions tous être amis. Il devrait y avoir une grande amitié entre les nations et les peuples. Et seuls les gouvernements essayent de provoquer ces guerres et ces conflits dans leur propre intérêt. Pour l'argent, le pouvoir, etc.

Un discours plein de sagesse. Merci Katya.

Voir la vidéo complète de l'interview (en anglais) :

 

Interview faite par Christelle Néant

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Les Républicains font pression sur Guaino en gelant son investiture aux législatives Par Tristan Quinault Maupoil.

6 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La République, #La nation .

Les Républicains font pression sur Guaino en gelant son investiture aux législatives

 

Le président de la Commission nationale d'investiture des Républicains met en garde le député des Yvelines, qui souhaite être candidat contre François Fillon. «C'est minable», répond l'intéressé qui compte se maintenir.

Henri Guaino sera-t-il investi par les Républicains pour les prochaines élections législatives? Le député des Yvelines est également candidat à l'élection présidentielle, ce qui ne plaît pas à la rue de Vaugirard. Et pour cause, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy ne se prive pas de dire tout le mal qu'il pense du projet de François Fillon. «Je ne soutiendrai jamais un programme que je trouve profondément injuste», avait-il prévenu en décembre dernier.

Des déclarations qui bloquent son investiture pour les élections législatives de juin prochain. «Un parti politique n'est pas un self dans lequel on peut avoir accès sans contrepartie au beurre, à l'argent du beurre et à la crémière», prévient Jean-François Lamour, le nouveau président de la Commission nationale des investitures (CNI) des Républicains, cité dans Valeurs Actuelles. «Il sera difficile de valider son investiture lors de la convention de la CNI le 14 janvier prochain. Nous allons très certainement mettre en attente sa circonscription au-delà de cette date butoir. Notre décision finale interviendra lorsqu'il aura exprimé son souhait de rompre définitivement avec sa famille politique ou de rentrer dans le rang», indique ce proche de François Fillon.

Une mise en garde qui irrite l'intéressé. «Il n'y a rien de plus minable que la politique de l'intimidation», lance Henri Guaino au Figaro. «Un parti n'est peut être pas un self mais ça ne doit pas non plus être une caserne», dit-il. Avant d'ironiser: «Les dirigeants passent, la famille politique reste».

L'ancien conseiller à l'Elysée assure n'avoir eu aucun contact avec Jean-François Lamour ou d'autres responsables des Républicains pour aborder la question de son investiture. «Ils sont lâches. Qu'ils fassent ce qu'ils veulent. Je serai quand même candidat. Comme disait Chirac, “ça m'en fait bouger une...”».

La circonscription d'Henri Guaino, la 3e des Yvelines, est considérée comme imperdable pour la droite. Lui-même y avait été élu avec 61,85% des voix en 2012. «Il y a des gens qui rôdent, elle attire les convoitises», observe-t-il. Ce qui fait dire à l'élu que «les politiciens sont de retour dans leur pire forme».

«Raisonnablement confiant» sur sa capacité à rassembler les 500 signatures d'élus nécessaires pour valider sa candidature à l'élection présidentielle auprès du Conseil constitutionnel, le candidat assure qu'il va continuer à rencontrer des maires pour parvenir à son objectif, malgré les menaces de son parti.

 
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"Les Casques blancs" financés par GB/USA participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens par Moon of Alabama

6 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #La Turquie, #ISIL

"Les Casques blancs" financés par GB/USA participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens
par Moon of Alabama

mercredi 4 janvier 2017, par Comité Valmy

"Les Casques blancs" financés par GB/USA participent
au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens

Le blocus de l’eau de Wadi Barada qui assoiffe 5 millions de personnes à Damas prend une tournure intéressante. L’organisation des Casques blancs financée par les États-Unis et le Royaume-Uni semble y être directement impliquée. Cela augmente le soupçon que le blocage illégal de l’eau que subissent les civils de Damas fait partie d’une campagne organisée par les États-Unis. La campagne a pour but de saboter le fonctionnement des services publics dans les zones tenues par le gouvernement en représailles pour la libération de d’Alep-Est.

 

Comme nous l’avons écrit hier :

 

Après la libération de la partie orientale de la ville d’Alep par les forces gouvernementales syriennes, les rebelles locaux et les habitants de la vallée de la rivière Barada étaient prêts à se réconcilier avec le gouvernement syrien. Mais les Takfiris d’al-Qaida ne le voulaient pas et ils ont pris la relève. Depuis, la zone est sous le contrôle total d’Al-Qaïda et donc en dehors du récent accord de cessez-le-feu.

 

Le 22 décembre, l’approvisionnement en eau de Damas a été soudainement contaminé par du diesel et n’est plus consommable. Le lendemain, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une opération pour reprendre la zone et reconstituer les réserves d’eau.

 

Des photos et une vidéo diffusées sur les médias sociaux (qui ont depuis été enlevées mais que j’ai vues quand elles ont été postées) montrait l’installation de traitement de l’eau truffée d’explosifs. Le 27 décembre, l’installation a explosé et a été en partie détruite.

 

Le gouvernement syrien est prêt à envoyer des équipes pour réparer les installations pour que les millions de civils de Damas puissent avoir de l’eau. Mais l’accès au site leur est refusé et l’armée syrienne tente maintenant de chasser Al-Qaïda et ses alliés de la zone.

 

Curieusement, certains groupes « civils » ont offert au gouvernement syrien de le laisser accéder au site aujourd’hui à plusieurs conditions (pas agréables) :

 

Hassan Ridha @sayed_ridha - 2:10 AM - 3 jan 2017

Déclaration de Wadi Barada : nous laisserons des équipes réparer la source d’eau si l’Armée arabe syrienne et le Hezbollah cessent d’attaquer, si le siège est levé et si le cessez-le-feu est surveillé par des observateurs internationaux
[pièce jointe]

 

EHSANI2 @ EHSANI22 - 6:43 AM - 3 jan 2017

L’opposition offre de marchander l’accès à la source d’eau pour #Damas contre l’arrêt des opérations militaires de l’armée [pièce jointe]

 

Voici la pièce jointe aux deux tweets. Notez qui l’a signée :

Regardez les logos des organismes qui ont signé. Vous reconnaîtrez probablement celui qui est au milieu de la deuxième rangée. Le voici agrandi :

 

Et voici l’original de ce logo copié directement sur le site Web de l’organisation de défense civile syrienne alias les Casques blancs :

 

Les organisations qui offrent de lever le blocus de l’eau de Damas pensent évidemment qu’elles ont le pouvoir de le faire. On peut donc penser qu’elles sont aussi responsables du maintien du blocus. Elles doivent également avoir des relations intimes avec les combattants d’al-Qaïda qui occupent actuellement les installations d’eau endommagées.

 

Les Casques blancs créés et payés par les gouvernements américain et britannique sont en train de bloquer de manière « neutre, impartiale et égale pour tous les Syriens » l’approvisionnement en eau de 5 millions de Syriens à Damas. Des militaires américains et des officiers de la CIA dirigent les « QG d’opérations » en Jordanie et en Turquie qui mènent l’insurrection.

 

Cela augmente le soupçon que le blocus fait partie d’une réponse organisée par les ennemis de la Syrie à la récente libération d’Alep-Est. Comme je l’ai dit hier :

 

Cette coupure d’eau fait partie d’une stratégie plus large, apparemment coordonnée, visant à priver toutes les zones tenues par le gouvernement de services publics. Il y a deux jours, l’Etat islamique a fermé un important accès à l’eau d’Alep sur l’Euphrate. Les poteaux électriques à haute tension des lignes qui alimentent Damas ont été détruits et l’accès en a été refusé aux équipes de réparation, contrairement à ce qui se passait auparavant. L’approvisionnement en gaz de certaines parties de Damas est également coupé.

 

Même après 14 jours de crise de l’eau à Damas, aucun média « occidental » ne souffle mot du blocus imposé par al-Qaïda à 5 millions de Syriens. Nous pouvons être sûrs qu’ils n’écriront pas un mot sur les millions de civils à Damas pris illégalement en otages par leur organisation de propagande préférée, les Casques blancs.

 

Moon of Alabama
3 janvier 2017

Traduction : Dominique Muselet

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Documents secrets du FMI sur la Grèce (CADTM) 5 janvier par Eric Toussaint. Partie II

6 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Economie, #Les transnationales, #Grèce, #La dette

Documents secrets 

Partie II

4. Restructuration de la dette.

Plusieurs directeurs exécutifs (Argentine, Brésil, Inde, Russie et Suisse) ont regretté l’absence d’un volet dans le programme : celui-ci devrait avoir inclus la restructuration de la dette et la « participation du secteur privé » (Private Sector Involvement, PSI), afin d’éviter, selon le directeur brésilien, « un bail-out des détenteurs privés de la dette grecque, principalement des institutions financières européennes ». Le directeur argentin a largement critiqué le programme en ce que celui-ci semble répéter les erreurs (c’est-à-dire un resserrement budgétaire insoutenable) qui ont préparé la crise argentine de 2001. À la surprise des autres directeurs exécutifs européens, le directeur suisse a répété énergiquement les inquiétudes mentionnées ci-dessus en ce qui concerne l’absence d’une mesure de restructuration de la dette dans le programme, et a pointé du doigt la nécessité de reprendre les discussions concernant un mécanisme de restructuration des dettes souveraines.

Le staff du FMI a fait remarquer que la restructuration de la dette avait été écartée par les autorités grecques elles-mêmes. Bien qu’il y ait eu des discussions sur le PSI, il était impossible de reproduire l’expérience de la Bank Coordination (« Vienna ») Initiative, en raison de la dispersion des titres publics grecs entre un nombre indéfini de porteurs. En outre, M. Lipsky a souligné le fait que 90% de ces titres ne comportent pas de clause d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
collective, ce qui rendrait une restructuration encore plus difficile.

Les directeurs exécutifs néerlandais, français et allemand ont fait part au conseil d’administration des engagements de leurs banques commerciales Banques commerciales
Banque commerciale
Banque commerciale ou banque de dépôt : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.
destinés à soutenir la Grèce et plus largement à maintenir leur exposition.

2e Encadré réalisé par le CADTM et inséré dans le texte du FMI afin de le rendre plus compréhensible :

Une socialisation des pertes des banques privées et une thérapie de choc qui rappelle ce qui s’est passé en Amérique latine et en Asie

Voici un extrait de la déclaration du directeur exécutif brésilien concernant l’absence de processus de restructuration dans le programme :
« En l’état, le programme risque de remplacer un financement privé par un financement public. Pour le dire en des mots plus forts, il pourrait être vu non pas comme un plan de sauvetage de la Grèce, qui aurait à subir un violent ajustement, mais comme un bail-out des détenteurs privés de la dette grecque, principalement des institutions financières européennes. »

Le directeur exécutif argentin a quant à lui déclaré :
« Dans la mesure où nous traversons encore une crise systémique mondiale, la stratégie de resserrement budgétaire et d’isolation du pays en le blâmant pour son indiscipline budgétaire passée ou son manque de compétitivité, sera très probablement un échec. […]
Un partage intelligent et équitable du fardeau que représentent les coûts de la crise aurait été souhaitable pour la réputation du Fonds (en l’état, il risque d’être accusé de simplement faire gagner du temps, ou de garantir aux banques qu’elles seront entièrement remboursées dans l’année qui arrive, avant que l’inévitable se produise), et cela aurait été encore plus souhaitable pour la population grecque et pour les prévisions de croissance du pays.
 »

Le directeur allemand a ensuite répondu la chose suivante :
« Je peux informer les directeurs exécutifs que les banques allemandes envisagent de soutenir la Grèce, mais je dois également souligner que cela se fera notamment, ou uniquement, sur une base volontaire. Il ne s’agit pas d’une restructuration de dette, il s’agit d’actions volontaires. Je n’ai pas d’information définitive pour le moment, mais je sais que ces banques veulent maintenir une certaine exposition aux banques grecques, ce qui signifie qu’elles ne vendront pas de titres grecs et qu’elles maintiendront leurs lignes de crédit à la Grèce. »

Le directeur français a fait une déclaration dans le même sens :
« Plus tôt cette semaine, une réunion s’est tenue entre nos principales banques et ma ministre, Mme Lagarde |3|. J’aimerais souligner ce qui a été publié à l’issue de cette réunion, à savoir un communiqué dans lequel ces banques françaises s’engagent à maintenir leur exposition en Grèce pendant toute la durée du programme […]. Il est donc clair que les banques françaises, qui figurent parmi les banques les plus exposées en Grèce, vont faire leur travail. »

Enfin, le directeur néerlandais a déclaré :
« Les banques néerlandaises, après avoir consulté notre ministre des Finances, ont annoncé publiquement qu’elles joueraient leur rôle et soutiendraient le gouvernement grec et les banques grecques.  »

En réalité, comme le suspectaient plusieurs directeurs exécutifs du FMI, et comme l’a montré le rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque, la finalité réelle de l’accord était de donner le temps aux banques des pays les plus forts de la zone euro de se débarrasser des titres grecs.

Le graphique ci-dessous montre très bien que les banques françaises, allemandes, hollandaises, belges, autrichiennes, italiennes, … se sont délestées des titres grecs au cours des années 2010 et 2011.

Exposition des banques étrangères en Grèce (en Mds d’euros)

Source : BRI, Consolidated Ultimate Risk Basis.

Nous montrerons dans un autre article que c’est la BCE qui les a aidées directement à se débarrasser des titres grecs en les protégeant contre les pertes qu’elles auraient dû affronter.

Le refus des créanciers d’accepter une décote sur leurs titres grecs eut pour conséquence un accroissement de la dette souveraine grecque qui passa de 299 à 355 Mds d’euros entre la fin de l’année 2009 et la fin de l’année 2011, ce qui représente une augmentation de 18,78 %. Au cours des années 2010-2013, une récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. sans précédent fut provoquée par les politiques dictées par le Fmi et le reste de la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. . Aucun des pronostics du FMI concernant l’amélioration des finances de la Grèce ne s’est concrétisé. Les résultats du mémorandum de 2010 constituent un démenti complet aux prévisions optimistes du FMI.

5. Modalités des évaluations communes FMI/CE/BCE du programme.

Certains directeurs exécutifs (Chine, Égypte et Suisse) ont souligné le risque que des évaluations communes révèlent des différences de jugement entre les trois institutions impliquées (FMI/CE/BCE). Le staff du FMI a spécifié que des représentants de ces trois institutions seraient « assis à la même table au même moment ». Le Fonds est une institution indépendante et mènera les évaluations en conséquence. En principe, si la CE n’acceptait pas de verser sa part de financement en raison de conditionnalités non respectées par les autorités grecques, le Fonds pourrait bloquer sa part de financement en raison d’un manque d’assurances financières. Mais cela ne semble être qu’une possibilité théorique. En réalité, le chef de mission en Grèce (M. Thomsen) a insisté sur le fait que « la coopération a bien débuté », puisque lors des discussions à Athènes, la BCE a entrepris de s’occuper des problèmes du secteur financier, la Commission européenne des problèmes structurels, et le Fonds des problèmes budgétaires. La coopération est une force du programme, et s’exerce dans un système d’équilibre des pouvoirs.


6. Le statut de « créancier privilégié » du FMI.

Le directeur exécutif étatsunien (soutenu par le Brésil et la Suisse) a souligné qu’en raison du statut de créancier privilégié du FMI, le prêt de ce dernier serait considéré supérieur aux prêts bilatéraux de pays membres de l’UE sous supervision de la Commission européenne. Le staff du FMI a confirmé cette supériorité en raison de la nature de bien public que revêt le financement du Fonds, supériorité qui ne va pas à l’encontre des règles du Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’Etats créanciers (20) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2016, c’est le directeur du Trésor français, Bruno BEZARD, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 80 pays en développement. Les membres du Club de Paris détiennent près de 30% du stock de la dette du Tiers Monde.
Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité. Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.
Site web : http://www.clubdeparis.org
.


7. Critère n°2 pour un accès exceptionnel aux ressources du Fonds.

Le directeur exécutif suisse (soutenu par l’Australie, le Brésil, l’Iran) a fait remarquer que le staff du FMI avait « silencieusement » modifié les documents officiels (c’est-à-dire sans autorisation préalable du conseil d’administration) afin d’en changer le critère n°2 pour l’accès exceptionnel aux ressources du Fonds, en étendant cet accès aux cas dans lesquels il existe un risque élevé de déstabilisation financière systémique internationale (« a high risk of international systemic spillover effects »). Le directeur du département juridique (The General Counsel) a clarifié le fait que cette décision était justifiée par la nécessité d’agir de manière expéditive, en se basant sur l’hypothèse que le conseil d’administration donnerait son approbation lors du compte-rendu suivant. Ce changement dans la politique d’accès aux ressources était nécessaire car la Grèce ne pouvait pas représenter une exception, en raison du fait que les politiques du Fonds doivent être applicables uniformément à tous les Etats membres.

Contributeur : F. Spadafora

Fin du compte-rendu officiel réalisé par le FMI.


Extrait du document - version annotée

Deuxième document du FMI, il date du 25 mars 2010
Fonds Monétaire International (FMI)

SECRET

Grèce – Questions clés
[25 mars 2010]

La Grèce a besoin d’un programme d’ajustement sur plusieurs années incluant un large filet de sécurité financier. Elle a besoin de plus de temps que ce qui lui est actuellement imparti en vertu du pacte de stabilité et de croissance (PSC) afin d’ajuster son équilibre budgétaire, de contrôler sa dette et de mettre en œuvre les réformes structurelles permettant de restaurer sa compétitivité. Durant cette période de transition, les besoins de financement seront importants, l’économie sera très sensible aux chocs négatifs, et la tension sera élevée pour l’ensemble de la société également. Les marchés des capitaux ont besoin de signaux d’assurance forts pour permettre à ces efforts de s’inscrire dans la durée, ou bien les taux d’intérêt des titres grecs ne redescendront pas et rendront insoutenables les dynamiques d’endettement. Le défi va bien au-delà de la résolution des problèmes à court terme qui résulteront des quelques paiements d’amortissement des mois d’avril et de mai de cette année.

L’économie n’est pas compétitive. Peu de réformes ont été mises en œuvre, l’économie reste relativement fermée, et la compétitivité a chuté d’environ 25% depuis l’adoption de l’euro, tandis que les prix domestiques ont toujours dépassé la moyenne des pays de la zone euro. Le solde des comptes actuel, même en période de récession, reste à un niveau de 11% du PIB.

La politique budgétaire a été peu ambitieuse. Tandis que les dépenses en salaires et en allocations, comme les réductions d’impôts, ont été importantes, les dépenses hors paiement des intérêts de la dette ont bondi à hauteur de 8% du PIB entre 2000 et 2009, et les recettes ont diminué de 3%, fragilisant l’équilibre budgétaire de 11% du PIB depuis 2000. La dette publique a augmenté pour atteindre 115% du PIB.

La déflation et la croissance faible rendront ce fardeau d’endettement plus difficile à gérer. Sans recours à des modifications du taux de change, la Grèce doit faire face au double défi de restaurer sa compétitivité à travers la dévaluation interne – ce qui est toujours long et laborieux – tout en mettant en œuvre un ajustement budgétaire ambitieux. Cela forcera la Grèce à entreprendre des coupes dans les salaires nominaux et dans les allocations sociales – un scénario de désinflation selon lequel le PIB nominal diminuera certainement durant plusieurs années. Les dépenses domestiques, qui sont à la base des rentrées fiscales, seront forcément faibles. Ainsi, par rapport au PIB, le déficit budgétaire et la dette resteront sous une pression à la hausse, même si un ajustement budgétaire significatif était mis en œuvre : malgré des mesures ambitieuses à hauteur de 4% du PIB cette année, il est attendu que le déficit atteigne 11,5% du PIB l’année prochaine. Un ajustement budgétaire fort et prolongé est nécessaire afin de renverser la tendance à la hausse du ratio d’endettement à laquelle la Grèce est confrontée dans les conditions actuelles.

Mais l’ajustement budgétaire doit aussi être réaliste. Même avec des mesures budgétaires additionnelles s’élevant à 2-2,25% du PIB chaque année durant les cinq prochaines années, le ratio de la dette par rapport au PIB s’élèverait à environ 150% du PIB d’ici à 2013, avant de se stabiliser puis de diminuer lentement. Un ajustement plus rapide – tel qu’impliqué par l’objectif d’un déficit de 3% du PIB d’ici à 2012 fixé par le PSC – sera très risqué : la Grèce est une économie relativement fermée, et la contraction budgétaire qu’impliquerait cet ajustement provoquerait une contraction brutale de la demande domestique et une profonde récession qui lui serait liée, détruisant sévèrement le tissu social. De plus, cela semble difficilement faisable puisque des coupes durables dans les dépenses nécessitent des réformes et des changements dans les programmes de prestations sociales qui demanderont du temps afin de les mettre en œuvre et d’en tirer des résultats.

Le système bancaire pose un autre risque important. Avec la dégradation de la situation économique de l’État, les banques ont été mises sous pression pour trouver des financements, mises à l’écart des lignes de crédit interbancaires comme du financement en gros, et, récemment, ont perdu des dépôts. Les banques ont recours à la BCE pour rester à flot, mais ceci n’est pas une solution durable. De plus, le lent déclin économique qui nous attend va faire augmenter le nombre de crédits non recouvrables de manière significative, et il est possible, et même probable, que le gouvernement devra injecter du capital afin de stabiliser le système bancaire et de sauvegarder les dépôts. Ces sommes s’ajouteraient aux besoins de financement du gouvernement, qui sont déjà importants.

Le financement doit rester important. En raison du fait que la réduction du déficit prend du temps tandis qu’il faut rembourser et refinancer le capital emprunté, les besoins d’emprunts du secteur public atteindront en moyenne autour de 50 milliards d’euros en 2010-2012, même avec des mesures budgétaires à hauteur de 2 à 2,5% du PIB chaque année, telles que cela a été présenté plus haut. Et cela ne tient pas compte du besoin potentiel d’un sauvetage public du système bancaire.

C’est pourquoi les marchés de capitaux sont inquiets. Les marchés financiers anticipent et perçoivent que la période qui s’ouvre va être difficile. L’augmentation continue du ratio de la dette menace la notation de l’État et accroît les rendements exigés par les acheteurs de titres grecs. Les marchés ont besoin d’être assurés qu’un défaut de paiement n’est pas à l’ordre du jour avant d’engager plus de fonds.


Traduction de l’anglais vers le français par Nathan Legrand
en collaboration avec Éric Toussaint.


 

Notes

|1| Michel Husson, Grèce : les « erreurs » du FMI, 2 septembre 2016

|2| Note du CADTM : il s’agit du Fonds hellénique de stabilité financière créé en juillet 2010. Voir le site officiel

|3| Christine Lagarde était, à l’époque, ministre dans le gouvernement du président N. Sarkozy. En 2011, elle est devenue directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

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Documents secrets du FMI sur la Grèce (CADTM) 5 janvier par Eric Toussaint. Partie I

6 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Economie, #Les transnationales, #Grèce, #La dette

Documents secrets 

Partie I

 

Documents secrets du FMI sur la Grèce avec commentaires d’Eric Toussaint (CADTM)

5 janvier par Eric Toussaint

 

Afin de convaincre le FMI, les dirigeants français, allemand et hollandais ont menti Le compte-rendu officiel de la réunion du 9 mai 2010 au cours de laquelle la direction du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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approuvé un crédit de 30 milliards € à la Grèce montre très clairement qu’un nombre élevé de membres de la direction ont exprimé de très fortes critiques à l’égard du programme que l’institution s’apprêtait à mettre en œuvre. Certains d’entre eux ont dénoncé le fait que le programme visait à sauver les banques privées européennes qui étaient créancières de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique et privée grecque, principalement quelques grandes banques françaises et allemandes. Plusieurs d’entre eux ont dénoncé une politique qui reproduisait ce qui avait conduit à la crise argentine de 2001 et à la crise asiatique de 1996-1997 (voir encadré avec la citation du directeur exécutif argentin). Plusieurs dirigeants ont dénoncé le fait que le noyau dirigeant du FMI avait modifié à l’insu des autres membres du conseil d’administration une des règles fondamentales qui conditionnent les crédits alloués par le FMI à ses membres. En effet, pour qu’un crédit puisse être octroyé par le FMI, il faut démontrer que ce crédit et le programme qui l’accompagne rendront soutenable le remboursement de la dette. Vu que cette condition ne pouvait pas être satisfaite dans le cas de la Grèce étant donné que la direction du FMI et les autorités européennes refusaient de réduire la dette grecque et d’y faire participer les banques privées, la condition mentionnée plus haut a été supprimée en catimini. Elle a été remplacée par un nouveau critère : la nécessité d’éviter un risque élevé de déstabilisation financière systémique internationale. La direction du FMI a justifié par l’urgence ce changement de critère non respectueux des règles de fonctionnement. Afin de convaincre ceux des dirigeants du FMI qui émettaient de très fortes réserves, les dirigeants français, allemand et hollandais ont menti en assurant que les banques de leur pays ne se débarrasseraient pas des titres grecs. Selon eux, les banques françaises, allemandes et hollandaises allaient conserver les titres grecs en leur possession afin de permettre la réussite du programme qui allait commencer. Or il est prouvé que les banques françaises, allemandes et hollandaises ont vendu massivement les titres qu’elles détenaient sur le marché secondaire en provoquant une aggravation de la crise grecque et en reportant sur le dos des contribuables européens, et en premier lieu sur le peuple de la Grèce, les risques qu’elles avaient pris et la crise qu’elles avaient très largement contribué à provoquer. Toujours pour lever les réticences de certains membres de la direction du FMI, les responsables du FMI en charge des relations avec la Grèce ont affirmé que des mesures sociales seraient prises pour éviter que les bas salaires et les petits retraités soient touchés par les mesures d’austérité. Ils ont menti. Pour emporter également l’accord des membres de la direction du FMI, ils ont affirmé que les banques grecques étaient saines et que leurs problèmes provenaient uniquement des risques que faisaient porter sur elles le poids d’une dette publique trop importante et d’un déficit public abyssal. C’était faux : les banques grecques se trouvaient dans un état désastreux. Toujours pour convaincre ceux des dirigeants qui doutaient, on leur a déclaré que le plan serait soumis pour approbation au Parlement grec. Or, en réalité, le programme a été imposé à la hussarde au parlement, sans possibilité d’amendement et en bafouant la constitution grecque, comme l’ont dénoncé à l’époque de nombreux juristes.

Le président de la BCE a menacé la Grèce de couper l’accès des banques aux liquidités de la BCE Pour convaincre les membres de la direction du FMI qui souhaitaient qu’on demande aux banques de participer « collectivement » à l’effort en acceptant une réduction de leurs créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). , les responsables du dossier grec ont affirmé que les autorités grecques ne voulaient pas d’une réduction de la dette publique. Et le représentant grec, Panagiotis Rouméliotis, a confirmé cette version des faits. Plus tard, ce même représentant a affirmé que c’est sous la pression du président de la Banque centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
(BCE) que la Grèce a déclaré qu’elle ne souhaitait pas une réduction de sa dette. Selon le représentant de la Grèce au FMI, Jean-Claude Trichet aurait menacé la Grèce de couper l’accès des banques grecques aux liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
de la BCE. Il est certain que Jean-Claude Trichet a utilisé cette menace dans les mois au cours desquels le mémorandum a été négocié. Il est également avéré qu’il a utilisé la même menace à l’égard de l’Irlande quelques mois plus tard lors de la mise au point du mémorandum concernant ce pays. Il est également certain que les banquiers grecs, tout comme les banquiers français, allemands ou hollandais ne voulaient pas entendre parler d’une réduction de la dette grecque car ils n’acceptaient pas d’être mis à contribution pour assurer leur propre sauvetage. Les banquiers ont obtenu deux ans de répit afin de pouvoir se dégager et obtenir des compensations importantes.

Le FMI affirme très clairement que, vu l’appartenance de la Grèce à la zone euro, il lui est impossible de retrouver de la compétitivité en dévaluant sa monnaie. Du coup, le FMI considère qu’il faut dévaluer les salaires et les allocations sociales : c’est ce qu’on appelle la dévaluation Dévaluation Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. interne. Elle fait des ravages en Grèce et dans d’autres pays périphériques au sein de la zone euro. Le contenu de ces documents secrets conforte le jugement porté par la Commission pour la vérité sur la dette : les dettes réclamées par le FMI à la Grèce sont illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables (voir le chapitre 8 du rapport de la commission)

Comment fonctionne le FMI ?

À l’aide de l’organigramme simplifié du FMI ci-dessous, Michel Husson précise le fonctionnement du FMI.


Source : FMI, Comment les décisions sont prises au FMI, Avril 2016

« Une décision comme le plan d’aide à la Grèce est prise par le Conseil d’administration, sur la base d’études préparatoires commandées par la direction générale aux services compétents. Le staff emploie 2400 personnes, dont la moitié d’économistes.
Entre les économistes du staff et la direction générale, il existe des interactions variables ou plutôt des liens plus ou moins distendus qui ne concernent pas de la même manière l’ensemble des économistes payés par le FMI. Dans certains cas, la bride est relâchée et l’on obtient des études qui frisent l’hétérodoxie. Mais quand on passe aux affaires sérieuses, la courroie de transmission fonctionne à l’envers et les économistes ont alors pour fonction d’assurer la défense et l’illustration des orientations politiques
. » |1|

Dans la traduction des documents du FMI ci-dessous, nous utilisons les termes de « directeurs exécutifs » pour désigner les membres du « conseil d’administration » (Executive Board) du FMI. Nous utilisons le terme « staff » pour désigner les « services » du FMI.

En premier lieu, nous proposons à la lecture le compte-rendu de la réunion du conseil d’administration du FMI du 9 mai 2010 car il met en évidence les divergences internes et n’est pas rédigé dans la langue de bois habituelle du FMI. Ce compte-rendu officiel sort tout à fait de l’ordinaire. Il est certain qu’il n’a pas été apprécié par les principaux dirigeants de cette institution despotique et mortifère. À vous de lire et de vous faire une opinion.

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Première page du document - version annotée

10 mai 2010

STRICTEMENT CONFIDENTIEL

Sujet :Réunion du Conseil d’administration à propos de la demande d’un Accord de confirmation (Stand-By Arrangement, SBA) pour la Grèce – 9 mai 2010

Le Conseil d’administration a adopté à l’unanimité la demande formulée par la Grèce afin d’obtenir un Stand-By Arrangement (SBA) sur trois ans pour un total de 30 milliards d’euros (26,4 milliards DTS), soit 32 fois le quota grec, le plus important programme adopté par le Fonds à ce jour. Les partenaires de la zone euro participeront à une aide financière bilatérale à hauteur de 80 milliards d’euros. Le montant total de 110 milliards d’euros couvrira le manque attendu de financements publics durant la période d’application du programme. Pour chaque paiement qui aura lieu durant la période d’application du programme, la Grèce s’est engagée à utiliser les ressources du FMI et de la Commission européenne (CE) dans un ratio constant de 3 pour 8.

Les principaux objectifs du programme sont : (i) de réduire le déficit budgétaire en-dessous de 3 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
d’ici à 2014, le ratio dette/PIB devant commencer à se stabiliser à partir de 2013, puis décliner progressivement ; (ii) de sauvegarder la stabilité du système financier à travers l’établissement d’un Fonds de stabilité financière (FSF) entièrement indépendant qui soutiendra les banques si nécessaire |2| ; et (iii) de restaurer la compétitivité de l’économie grecque à travers des réformes structurelles complètes.

En plus des mesures budgétaires déjà adoptées par les autorités au début de l’année 2010 (totalisant 5 % du PIB), le programme envisage un ajustement budgétaire de départ de 11 % du PIB entre 2010 et 2013. Toutes les mesures ont été identifiées, les principales étant : (i) une augmentation des recettes fiscales à hauteur de 4% du PIB, principalement par une TVA plus élevée ; (ii) une réduction significative des dépenses à hauteur de 5,2 % du PIB, principalement à travers l’abolition des 13e et 14e mois de salaire pour les fonctionnaires ainsi que des 13e et 14e mois de pension, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, à l’exception de ceux qui ont de bas salaires ou de basses pensions ; et (iii) des mesures budgétaires structurelles à hauteur de 1,8 % du PIB.

Tout en soutenant le programme, plusieurs directeurs exécutifs non-européens ont soulevé de nombreuses critiques.


1. Une demande d’aide du Fonds arrivée trop tard

Selon certains directeurs exécutifs (Australie, Canada, Chine, Russie, Suisse), le caractère tardif de la demande d’aide révélait des défauts dans l’architecture de la zone euro, y compris dans sa stratégie de communication (portant plutôt à confusion), qui semblait « parcellaire » selon le directeur étatsunien. Le directeur exécutif allemand a clarifié le fait qu’en l’absence d’une disposition appropriée dans le Traité de Maastricht, l’Union européenne avait dû rapidement concevoir un mécanisme d’assistance financière, désormais entièrement opérationnel. Il a été largement remarqué que six directeurs exécutifs européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Pays-Bas et Danemark) avaient publié un communiqué commun soutenant l’accord du SBA à la Grèce.


2. Des hypothèses de croissance optimistes

Les directeurs exécutifs chinois et suisse ont mis l’accent sur le fait que la croissance déterminerait à terme la capacité de la Grèce à se débarrasser du fardeau de sa dette. Un seul écart au scénario de référence du programme suffirait à faire dérailler l’objectif de consolidation budgétaire, mettant en danger la soutenabilité de la dette. Le staff du FMI a répondu en mentionnant qu’il pouvait à l’inverse y avoir des risques à la hausse, en raison des incertitudes sur l’ampleur de l’économie informelle.


3. Risques liés au programme

En raison de l’ajustement budgétaire à deux chiffres face auquel se retrouve la Grèce, certains directeurs exécutifs (Argentine, Australie, Canada, Brésil et Russie) ont souligné les risques « immenses » que comporte le programme (ainsi que le risque de réputation qui s’en suivrait pour le Fonds). Certains ont comparé la situation grecque à celle de l’Argentine avant la crise de la fin 2001.

1er Encadré réalisé par le CADTM et inséré dans le texte du FMI afin de le rendre plus compréhensible.

Pablo Pereira, le représentant argentin, critique sans ambages l’orientation passée et présente du FMI : « Les dures leçons de nos propres crises passées sont difficiles à oublier. En 2001, des politiques similaires ont été proposées par le Fonds en Argentine. Ses conséquences catastrophiques sont bien connues (...) Il y a une réalité qui ne fait aucun doute et qui ne peut être contestée : une dette qui ne peut pas être payée ne sera pas payée sans une croissance soutenue (...) Nous savons trop bien quelles sont les effets des « réformes structurelles » ou des politiques d’ajustement qui finissent par déprimer la demande globale et, par conséquent, les perspectives de reprise économique (...) Il est très probable que la Grèce finisse plus mal en point après la mise en œuvre de ce programme. Les mesures d’ajustement recommandées par le Fonds vont réduire le bien-être de sa population et la capacité réelle de remboursement de la Grèce ». 

D’un autre côté, le directeur exécutif russe a fait remarquer que, par le passé, d’autres programmes du Fonds (par exemple au Brésil et en Turquie) que l’on estimait particulièrement risqués se sont finalement révélés être des succès.
Le staff du FMI a lui-même reconnu les risques exceptionnellement élevés du programme, notamment dans leur évaluation de la soutenabilité de la dette à propos de laquelle ils déclarent : « dans l’ensemble, le staff considère que la dette est soutenable sur le moyen terme, mais des incertitudes de taille sur ce sujet rendent difficile toute affirmation catégorique qui dirait qu’il y a une forte probabilité que la dette soit soutenable ».

Le staff du FMI a souligné que la crédibilité du programme repose en partie sur le fait qu’il permet à la Grèce de ne pas devoir retourner sur les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
avant longtemps (un à deux ans). La mise en place effective du programme conduirait à des excédents budgétaires considérables dont on estime qu’ils rassureront les marchés malgré le niveau élevé de la dette publique.

Le staff du FMI admet que le programme ne fonctionnera pas sans la mise en œuvre de réformes structurelles. À cet égard, les autorités auront pour plus grand défi de vaincre l’opposition féroce des intérêts particuliers. Le directeur exécutif australien a mis l’accent sur le fait qu’il existe un risque à répéter les erreurs commises durant la crise asiatique, en ce qui concerne le fait d’imposer trop de conditionnalité structurelle. Alors que la conditionnalité structurelle du Fonds est vitale au niveau « macro », celle imposée par la Commission européenne ressemble à une « liste de courses » (« shopping list ») - un inventaire à la Prévert ou un catalogue des Trois Suisses.

Le staff du FMI reconnait que le programme mettra certainement la société grecque au défi. Le staff du FMI a rencontré les principaux partis d’oppositions, organisations non-gouvernementales et syndicats. Selon le staff du FMI, la « chose frappante » est que le secteur privé soutient entièrement le programme, vu comme l’instrument qui permettra de mettre fin à de nombreux privilèges du secteur public.

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Extrait du document - page 3 - version annotée

Fin de la Partie I 

A suivre!

 

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

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L’anglicisation est un tabou pour des étudiants de HEC

6 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #francais colloque, #La France, #defense de la langue française

L’anglicisation est un tabou pour des étudiants de HEC

Plusieurs d’entre eux ressentent un malaise, mais ont peur d’en parler avec la direction

L’anglicisation est un tabou pour des étudiants de HEC

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L’anglicisation est un sujet tabou chez les étudiants francophones de HEC, affirme un diplômé de 2015. Selon lui, plusieurs étudiants craignaient d’en parler à la direction de peur de s’attirer des ennuis.

«Dans le milieu des affaires, la question du français n’est pas toujours bien vue et on se faisait souvent répondre que “les affaires, ça se fait en anglais”, explique l’ancien étudiant diplômé du MBA francophone qui a requis l’anonymat. Plusieurs n’osaient pas dénoncer publiquement un enjeu qui, pourtant, les affectait directement.»

Depuis 2000, la maîtrise en administration des affaires (MBA) de HEC Montréal compte une cohorte en français et une autre entièrement en anglais.
uniquement en anglais

Le discours de cet ex-étudiant rejoint celui de professeurs publié hier dans nos pages. Ceux-ci estiment que l’anglicisation fait de leur institution une pâle copie de l’université américaine Harvard.

Le diplômé à qui nous avons parlé explique que pour plusieurs conférences, et plus particulièrement pour celles qui sont offertes aux deux cohortes du programme, les invités s’exprimaient uniquement en anglais.

«Un homme d’affaires anglo-montréalais a commencé son allocution en français, mais on lui a demandé de parler anglais, illustre-t-il. On a aussi demandé à des francophones de faire leur conférence en anglais, mais certains le baragouinaient et ça peut finir par être pénible à écouter.»

Il précise que ces conférences étaient obligatoires et matière à examen et à évaluation.

Il ajoute que dans plusieurs cours, les manuels étaient uniquement en anglais et que les professeurs ne faisaient pas toujours l’effort de trouver des textes en français.

«Je comprends l’anglais, mais ça me dérangeait quand même, dit-il. Pour moi, c’était une question de principe, on m’a vendu un MBA en français.»

Cet étudiant a longuement hésité avant d’en parler à la direction et à l’association étudiante du MBA. «Je ne voulais pas passer pour un radical de la loi 101!» dit-il.

Finalement, l’association étudiante n’a pas souhaité aborder la question de front pour ne pas nuire à ses relations avec l’administration, selon cet étudiant. Il a donc rencontré la direction à titre personnel.

Rien n’a changé

«Malgré ma rencontre, rien ne semble avoir changé à HEC depuis deux ans, bien au contraire», déplore-t-il.

L’association étudiante du MBA avait refusé de parler au Journal en mai au sujet de la controverse sur l’album des finissants en anglais. Elle a de nouveau refusé de commenter, tout comme son ancien président.

Anne Shiraishi, secrétaire générale de l’association, a précisé que le directeur du MBA, Louis Hébert, a rappelé en mai l’importance du français dans ses communications.

Quant au 1er cycle, l’association des étudiants de HEC a déclaré qu’elle appréciait la possibilité de suivre des cours en anglais. Elle a toutefois insisté sur l’importance de maintenir une formation entièrement en français.

Plusieurs étudiants rencontrés à la cafétéria de l’établissement ont aussi partagé ce point de vue et ont vanté l’importance de parler anglais dans le milieu des affaires.

« HEC trahit sa mission »

L’anglicisation est un tabou pour des étudiants de HEC
Maxime Laporte
Président, Société Saint-Jean-Baptiste

La Société Saint-Jean-Baptiste s’inquiète de l’anglicisation de HEC. La Société a joué un rôle important dans la création de l’institution en 1907, rappelle son président Maxime Laporte. «Le but était de favoriser l’émancipation économique des francophones, mais, aujourd’hui, HEC trahit sa mission historique», croit-il. Il est d’avis que cette université s’inscrit désormais dans une logique affairiste néolibérale qui ne sert en rien les intérêts du Québec. Il déplore aussi le fait que des francophones enseignent à d’autres francopho­nes en anglais. «C’est une aberration, fustige-t-il. Ça ne sert à rien de faire concurrence à Harvard. HEC Montréal est un des chefs de file dans le marché francophone et doit le rester et l’être davantage. C’est une question de dignité.»

L’anglais dans les autres universités

  • L’Université de Sherbrooke offre depuis 2014 un baccalauréat en administration des affaires (BAA) bilingue où le tiers de la formation se fait en anglais. On compte deux groupes dans le cheminement bilingue contre cinq dans celui en français. Pour le moment, ils n’ont pas de MBA uniquement en anglais. Des conférences non obligatoires peuvent se dérouler en anglais.
  • Depuis 2011, l’Université Laval offre la possibilité aux étudiants au BAA qui le souhaitent de suivre jusqu’à 50 % de leurs cours en anglais, mais aucune mention «bilingue» n’apparaît sur le diplôme. L’Université offre aussi depuis 2011 un MBA où un minimum de 60 % des cours en anglais est exigé, mais il peut aussi être fait entièrement en anglais.
  • L’École de gestion de l’UQAM offre une trentaine de cours en anglais par année au 1er cycle et au 2e cycle. Pour les étudiants qui le souhaitent, il est possible de suivre la moitié des cours du BAA de l’ESG en anglais. Sur les quelque 2500 étudiants au BAA, environ 1000 suivent au moins un cours en anglais pendant leur formation, nous précise le vice-doyen à l’international, Benoit Bazoge. L’ESG n’offre pas de MBA en anglais au Québec. «Ce serait bizarre pour nous étant donné que McGill et Concordia répondent déjà à cette demande», dit-il. Les conférences où les invités parlent en anglais ne sont pas obligatoires.
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Russie : et encore une “fake news” du journal Le Monde… Article repris sur le site "Les Crises".

6 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Les média

Encore du boulot sérieux du journal Le Monde

Le 31 décembre, grande nouvelle : les “hackers russes” (apparemment les plus bêtes du monde, puisqu’ils se font “identifier” facilement) ont piraté le réseau électrique américain – super crédible…

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“Information” venue de l’AFP :

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qui l’a prise sur le Washington Post, grand pourfendeur aussi des “fake news” :

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La veille, CNN avait affirmé que Vladimir Poutine avait demandé la fermeture de l’école américaine de Moscou

Bon, après, le Washington Post s’est rétracté :

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suscitant une palanquée de retours arrières :

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Ah non, le Huffinfton Post n’a pas corrigé – Groupe Le Monde oblige… ? Une fake news pour l’éternité… ?

Oui, vous avez bien lu, ce gros délire juste parce qu’un fournisseur d’électricité a trouvé un virus (soit disant russe, et qui n’avait encore rien fait) dans un PC portable non relié au réseau….

Ce qui suscité la colère de beaucoup de professionnels :

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ce à quoi l’AFP a répondu :

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L’AFP a failli présenter ses excuses – oups, et puis non…

On appréciera donc le souci de la vérification des informations, surtout sur un sujet aussi sensible (pitié, arrêtez de faire des articles obsessionnels sans preuves avec le mot Russie dedans pendant 15 jours, svp, qu’on souffle…).

Bref, encore une illustration du naufrage du journalisme en général et du Monde en particulier (incapable de temporiser pour contrôler une information et exiger des preuves), pleurant depuis deux mois sur le fait que des fake news se répandent, et qui est pris la main dans le pot de confiture comme un vulgaire site “pute à clics” prêt à tout pour insérer les mots “russe”, Poutine, Trump ou hackers…

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Goebbels peut aller se coucher. Rédigé par Observatus geopoliticus , le 5 Janvier 2017 .

6 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Les média

Goebbels peut aller se coucher

5 Janvier 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

Le boiteux d'Hitler doit se retourner dans sa tombe en voyant le degré de perversion propagandiste de nos bonnes démocraties occidentales depuis 25 ans. L'élève a dépassé - que dis-je ! - écrasé le maître. Certes, cela avait déjà commencé auparavant ("incident" du Golfe du Tonkin etc.) mais le niveau atteint depuis dépasse l'imagination.

Le mot "démocratie" n'est pas anodin ici, car le mensonge en est malheureusement constitutif, du moins en politique étrangère. Lorsqu'un gouvernement démocratique souhaite déclencher une guerre, il doit "travailler" son opinion publique afin de la convaincre du bien-fondé de la chose. Un dictateur n'a pas de ces délicates attentions : il n'a pas d'opinion publique ! Deux-trois petits mensonges pour la forme et c'est emballé. La démocratie, elle, n'a pas cette chance, la pauvre ; ce n'est qu'après une patiente campagne de lobotomisation des esprits et une surenchère dans l'émotion et l'horreur (fabriquées de toute pièce tant qu'à faire) que le public finira par plier. Aussi ne doit-on pas être surpris de l'intoxication orwelienne à laquelle nous assistons depuis un quart de siècle.

Au commencement était le Verbe... et le Koweït. La légendaire affaire des bébés-couveuse reste dans toutes les mémoires :

Les faux bébés koweïtiens

Montage. Pour faire accepter la guerre du Golfe, on invente un massacre de nouveau-nés.

"Je m'appelle Nayirah et je suis une jeune Koweïtienne. J'ai vu les soldats irakiens entrer avec leurs armes dans la maternité de l'hôpital de Koweit City. Ils ont arraché les bébés des couveuses, les ont emportés et les ont laissés mourir sur le sol froid." Les représentants du Comité des droits de l'homme du Congrès américain écoutent ce témoignage terrible dans un silence religieux. L'assistance est médusée devant cette barbarie gratuite de la soldatesque irakienne qui a envahi le Koweït le 2 août 1990. Nul ne demande, ce 10 octobre, à enquêter sur l'identité du témoin. Elle semble si sincère et si bouleversée, et on leur a expliqué qu'il était nécessaire de protéger sa famille restée au Koweït.

Les représentants américains ignorent donc que sous le pseudonyme de Nayirah se cache la propre fille de l'ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis et qu'elle participe à la machination montée par le Koweït et les Etats-Unis pour faire accepter à l'opinion publique américaine et mondiale une future intervention militaire. Elle aura lieu en janvier 1991. Pour Washington, il ne suffit pas d'obliger le dictateur irakien à retirer ses troupes du Koweït, il faut casser l'Irak, ce pays trop peuplé, trop riche de ses hydrocarbures, à l'armée nombreuse et qui, dix ans auparavant, a eu des velléités de se doter de l'arme nucléaire. Inadmissible.

Le Koweït, soutenu par le Pentagone et la CIA, a fait appel à une agence de relations publiques, Hill and Knowlton, pour préparer les esprits à l'indispensable guerre. Coût du contrat : 10 millions de dollars. Quelques semaines plus tard, le très respecté quotidien The New York Times, le premier, rapportera des informations en provenance de l'ambassade américaine au Koweït. Un article explique que, dans un télégramme envoyé au Département d'Etat, l'ambassadeur américain a cité les noms de deux médecins et d'une infirmière qui ont vu des soldats irakiens tuer des prématurés dans un hôpital de Koweit City.

Mal absolu. D'autres témoignages suivront jusqu'à la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, le 29 novembre 1990. Les membres permanents du Conseil doivent voter une résolution autorisant un éventuel recours à la force militaire en Irak. Ils entendent eux aussi des témoins d'exactions irakiennes, dont un chirurgien qui affirme avoir enterré lui-même une dizaine de nouveau-nés jetés hors de leur couveuse par les soldats. Son témoignage de première main n'est pas mis en doute. D'ailleurs, le président George Bush lui-même n'a-t-il pas fait état, à deux reprises, lors de ses interventions télévisées, de l'affaire des bébés koweïtiens ?

Lorsque Amnesty International et l'Observatoire des droits de l'homme au Moyen-Orient mettront ces affirmations en doute, faute d'avoir trouvé des témoins fiables pour les corroborer, nul ne les écoutera. Les opinions publiques sont convaincues que Saddam Hussein est le mal absolu et que son armée est coupable de toutes les barbaries. L'opération de désinformation a pleinement réussi.

Pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître. Outre le déjà affligeant New York Times, notons que nous retrouvons dans cette invraisemblable intox des thèmes bien familiers et actuels : témoignages de "docteurs", érection de l'ennemi en monstre absolu (le "boucher de Damas")...

Passent quelques années au cours desquelles les propagandistes de l'empire reprennent sans doute leur souffle pour repartir de plus belle avec le génocide inventé du Kosovo :

« Quand on connaîtra toute la vérité, je crois qu’elle sera plus dure que tout ce qu’on peut supporter. » Signée Joshka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, cette prophétie lui permit d’imaginer en Yougoslavie une guerre « ethnique du type des années 30 et 40 » (Le Monde, 10 avril 1999). Rudolf Scharping, son homologue de la défense, préféra parler carrément de « génocide » (Le Monde, 3 avril), alors même que le président Clinton n’évoquait qu’une intention de ce type : « des efforts délibérés, systématiques de génocide » (cité par l’hebdomadaire The New Statesmen, 15 novembre). Quand M. Anthony Blair leur emboîta le pas, il ajouta deux adjectifs : « Je vous le promets maintenant, Milosevic et son génocide racial hideux sera défait » (cité par The Guardian, 28 octobre 1999). Ce fut donc « au service du droit, (…) au nom de la liberté et de la justice »(Lionel Jospin, Le Monde, 27 mars) que, pendant soixante dix-huit jours, l’OTAN bombarda la Yougoslavie.

Dans la plupart des grands médias, chacun - à de rares exceptions près - allait broder sur ces thèmes. M. Zaki Laïdi évoque « l’établissement d’une nouvelle liste de Schindler » (Libération, 9 avril). Mme Françoise Giroud écrit : « M. Milosevic purifie. Chacun sa méthode, on doit manquer de chambres à gaz, en Serbie... » (Le Nouvel Observateur, 1er avril). Et quand, à rebours des traditions satiriques libertaires et pacifistes de son hebdomadaire, Philippe Val défend l’intervention de l’OTAN dans Charlie Hebdo (31 mars), il argumente : « Lisons un journal, en remplaçant « Kosovar » par « Juif ». Les troupes de Milosevic organisent des pogroms, détruisent les villages, assassinent les hommes, et contraignent à l’exode femmes et enfants juifs. Qu’est-ce qu’on fait, on intervient, ou pas ? Ah, je sens un flottement, même parmi les pacifistes. A part les équivalents de Céline, de Drieu La Rochelle et des communistes solidaires du pacte germano-soviétique, on décide fermement qu’on ne peut pas laisser faire ça. »

A l’époque, il est vrai, les nouvelles que les dirigeants occidentaux assurent avoir du Kosovo sont réellement terrifiantes. Un responsable de l’administration américaine confie au New York Times (4 avril) : « Il pourrait y avoir cinquante Srebrenica » (soit 350 000 morts). Un autre est cité par le journal télévisé d’ABC (18 avril) : « Des dizaines de milliers de jeunes hommes pourraient avoir été exécutés. » Le département d’Etat annonce le lendemain que 500 000 Kosovars albanais « sont manquants et l’on craint qu’ils n’aient été tués. » Un mois plus tard, M. William Cohen, ministre de la défense, parle de 100 000 disparus, précisant : « Ils pourraient avoir été assassinés »(CBS, « Face the Nation », 16 mai).

Ces chiffres sont promptement repris par la télévision française. Jean-Pierre Pernaut, par exemple, évoque de « 100 000 à 500 000 personnes qui auraient été tuées, mais tout ça est au conditionnel » (TF1, 20 avril). Le lendemain soir, la même chaîne annonce : « Selon l’OTAN, entre 100 000 et 500 000 hommes ont été portés disparus. On craint bien sûr qu’ils n’aient été exécutés par les Serbes (…) Bien évidemment, la preuve de l’accusation reste à faire ». La radio n’est pas en reste : sur France Inter, le journaliste accrédité auprès de l’OTAN répercute avec entrain des informations de l’Alliance selon lesquelles « des centaines de garçons serviraient de banque de sang vivantes, des milliers d’autres creuseraient des tombes ou des tranchées, les femmes seraient systématiquement violées » (20 avril, journal de 19 heures)...

Dans les tribunes d’intellectuels favorables à l’OTAN, l’indicatif va vite remplacer le conditionnel. Magistrat, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, président du « comité Kosovo » et membre de la rédaction de la revue Esprit, Antoine Garapon déclare : « On ne peut pas mettre sur le même pied le probable millier de victimes serbes et les centaines de milliers de Kosovars massacrés » (Télérama, 23 juin). Il retarde déjà sur les discours officiels : la guerre gagnée, les estimations occidentales du nombre de morts albanais passent de six à cinq chiffres. Le 17 juin, le Foreign Office britannique déclare que « 10 000 personnes ont été tuées dans plus de 100 massacres » ; le 25, le président Clinton confirme le chiffre de 10 000 kosovars tués par les Serbes (cité par The Nation, 8 novembre). Nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Bernard Kouchner parlera, le 2 août, de 11 000 Kosovars exhumés des fosses communes - le Tribunal de La Haye démentira dans la journée. Même Le Monde diplomatique affirmera bien imprudemment à la « une » de son numéro d’août que « la moitié des 10 000 victimes présumées ont été exhumées ».

Or, neuf mois après l’entrée de la KFOR au Kosovo, rien, dans les conclusions des envoyés du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) comme des autres organisations internationales, n’est venu étayer l’accusation de « génocide ». Sauf à banaliser ce terme, en en faisant le simple synonyme de « massacre ».

(...)

Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »

Mme Del Ponte, le procureur du TPIY, poursuit John Laughland, « insiste sur le fait que le chiffre [de 2 108] n’est pas un décompte définitif des victimes ni même un recensement complet des morts. (…) En fait, elle implique que le nombre final de cadavres pourrait être plus élevé lorsque les exhumations sur les « lieux de crimes » restants reprendront au printemps. Paul Risley [le porte-parole de Mme Del Ponte] explique que les exhumations ont été reportées « parce que le sol est gelé ». Or, il n’y a pas eu de gel au Kosovo et le sol n’est pas gelé : le jour où cet article était écrit (15 novembre), il pleuvait fortement sur la province et la température était de 10 degrés. On peut soupçonner l’arrivée de l’hiver de servir de prétexte pour repousser de plusieurs mois la question embarrassante du faible nombre de cadavres, dans l’espoir que les gens oublient. »

Le 22 novembre 1999, l’hebdomadaire américain Newsweek publie à son tour un article intitulé « Mathématiques macabres : le décompte des atrocités diminue ». On y lit : « En avril dernier, le département d’Etat américain disait que 500 000 Albanais ethniques avaient disparu au Kosovo et craignait qu’ils ne soient morts. Un mois plus tard, le secrétaire à la défense William Cohen affirmait à un journaliste de télévision que « près de 100 000 hommes en âge de porter les armes » avaient disparu. « Ils pourraient avoir été assassinés », disait-il. Après la fin de la guerre (…), l’OTAN a produit une estimation beaucoup plus basse du nombre d’Albanais tués par les Serbes : juste 10 000. Maintenant il apparaît que même ce chiffre, malgré quelques véritables atrocités commises par les Serbes, pourrait être un peu trop élevé. »

Les journalistes Daniel Pearl et Robert Block enquêtent à leur tour à Trpeca. Publié le 31 décembre à la « une » du Wall Street Journal, leur article choque - au point que le quotidien se rattrapera, le lendemain, avec un éditorial embarrassé justifiant malgré tout la guerre de l’OTAN. « A la fin de l’été, écrivent les reporters, des histoires d’installation de crémation comparable à celles des nazis étaient si répandues que les enquêteurs envoyèrent une équipe de trois gendarmes spéléologues français rechercher des cadavres dans la mine. Ils n’en ont trouvé aucun. Une autre équipe a analysé les cendres dans le fourneau. Elle n’a trouvé aucune dent ni autre signe de corps brûlés. Au Kosovo, au printemps dernier, les forces yougoslaves ont fait des choses atroces. Elles ont expulsé des centaines de milliers de Kosovars albanais, brûlant des maisons et se livrant à des exécutions sommaires. (…) Mais d’autres allégations - meurtres de masse indiscriminés, camps de viols, mutilation des morts - n’ont pas été confirmées (…). Des militants kosovars albanais, des organisations humanitaires, l’OTAN et les médias se sont alimentés les uns les autres pour donner crédibilité aux rumeurs de génocide. »

Pour expliquer une telle distance entre information et réalité, Pearl et Block insistent sur le rôle joué par l’UCK. « Un ancien correspondant de radio, Qemail Aliu, (…) et cinq autres journalistes se cachaient avec l’UCK dans les montagnes centrales du Kosovo, utilisant des téléphones portables pour s’informer auprès des commandants régionaux de la guérilla. Les émissions de radio étaient juste assez puissantes pour atteindre (…) Pristina, où un correspondant traduisait en anglais les reportages pour le site Internet de Kosova Press, l’agence de l’UCK. Quand le campement de la guérilla avait de l’électricité, M. Aliu écoutait les briefings de l’OTAN à la télévision. « Souvent, nous avons vu Jamie Shea parler à propos du nombre de morts, et c’étaient les chiffres donnés par Kosova Press », dit-il. »

Pour décrire ce qu’ils qualifient d’« obsession des tombes collectives », Pearl et Block donnent l’exemple de Ljubenic, un pauvre village de deux cents maisons à l’ouest du Kosovo. « Le 9 juillet, sur la base d’un « rapport d’opération » des Italiens, le major néerlandais Jan Joosten mentionne, durant un briefing de presse à Pristina, la découverte d’une tombe de masse où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes, explique-t-il, « ont commencé à faire leurs bagages pour partir à Ljubenic avant même la fin du briefing ». Le lendemain, à Londres, l’Independent proclamait : « La plus grande fosse commune contient 350 victimes ». (…) En fait, les enquêteurs ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. » Sur les affiches imprimées par l’UCK en guise de mémorial figurent soixante-cinq noms.

La presse allemande, elle aussi, a su prendre du recul. Le 10 janvier dernier, dans le Spiegel, Erich Follath constate au terme d’une longue enquête : « Pour remporter des succès sur le front de la propagande, les dirigeants démocrates de l’Ouest ont de temps en temps eu recours à des moyens douteux. Le ministre allemand de la défense se fait particulièrement remarquer par son utilisation inconsidérée de nouvelles sensationnelles. » Et de raconter comment « début avril, Scharping parle d’"indications à prendre au sérieux sur des camps de concentration au Kosovo ". Que le stade de Pristina ait été transformé en camp de concentration avec 100 000 hommes, voilà qui, d’emblée, ne paraît pas digne de foi aux experts. Des images prises par des drones allemands de surveillance réfutent d’ailleurs rapidement les affirmations de propagande du chef UCK Thaci. » Le même ministre recommence en exhibant, le 27 avril, « une nouvelle preuve des atrocités commises par les Serbes : les images d’un massacre de Kosovars. Il s’avère rapidement que l’agence de presse Reuters a déjà publié, trois mois auparavant des photos aussi horribles de ce massacre commis dans le village de Rugovo (…) Selon Reuters, les morts n’étaient pas des civils, mais des combattants de l’UCK, tués pour venger la mort d’un officier serbe. » Démenti, M. Scharping continuera néanmoins « à présenter comme des faits les récits horribles des victimes : les assassins « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller. » »

(...)

Comparaison valorisante avec un passé médiatique lamentable, soupçon infamant sur les intentions des analystes critiques : le terrain ainsi déblayé, l’autosatisfaction pouvait s’épanouir. Particulièrement suspectée dans le passé, la télévision fut la première propagandiste de sa propre excellence. Le présentateur du journal de France 2 s’esbaudit : « Depuis le début du conflit, il existe un grand choix de prudence et de modestie de la part de la presse française, et notamment chez nous. Il y a une attitude de vigilance à l’égard de toutes les sources d’informations. Nous avons un traitement radicalement différent de celui de la guerre du Golfe » (L’Humanité, 5 mai). Le directeur de l’information de TF1 fit chorus : « Les images du faux charnier en Roumanie, relayées par toutes les télévisions en 1989, ont créé une prise de conscience sur la puissance du média audiovisuel. Désormais, nous indiquons systématiquement dans quelles conditions nous obtenons les images, avec un effort permanent de rigueur et d’explication (...) La couverture du conflit est plus resserrée, mais plus sobre et plus rigoureuse. »

Le ton ainsi donné, chaque média tressa ses propres louanges. Le Point : « Nous avons évité les erreurs des conflits précédents, il n’y a eu ni désinformation, ni naïveté spectaculaire dans le suivi du Kosovo. La vigilance vis-à-vis des informations fournies par l’OTAN a été constante. » L’Express : « On a envoyé beaucoup de reporters sur place. On a essayé de donner une information précise, vérifiée, et de jouer notre rôle en fournissant l’analyse et la mise en perspective du conflit. » LCI : « Aujourd’hui, on sait prendre du recul. Par rapport à Jamie Shea, le porte-parole de l’OTAN, on relativise. On met tout en doute, puisqu’on ne peut rien prouver, on s’en tient à l’émotion des récits. » RTL : « On a appris deux choses : pas de glose pour occuper l’antenne sans informations et un soin extrême dans la façon dont on répercute ces informations en donnant précisément leur source. » Le Monde : « Ayant en mémoire les pièges dans lesquels étaient tombés certains médias lors de la guerre du Golfe, la rédaction se méfiait de la communication officielle (...) Montrer, expliquer, débattre : malgré quelques hésitations inévitables face à ce genre d’événement, Le Monde a largement rempli son contrat. » Le Journal du dimanche : « Echaudés par la guerre du Golfe, les médias français peuvent être cités en exemple, qui font - pour les deux camps - la traque à la désinformation. » La Tribune : « Nos médias ont bien raison d’être d’une prudence de lynx face à toutes les entreprises de désinformation. »

Franz-Olivier Giesbert eut beau dénoncer dans un éditorial le « bourrage de crane otanien » (Le Figaro Magazine, 17 avril) et Marianne fustiger à plusieurs reprises une « otanisation » de l’information, le consensus autocélébrateur devint à ce point contagieux qu’il déteignit sur quelques-uns des rares périodiques hostiles à la guerre. L’hebdomadaire Politis concéda imprudemment : « On est loin cette fois de l’unanimisme patriotard de la guerre du Golfe, et des confrères tenant micro sous le nez d’experts militaires en uniforme » (1er avril.) L’Humanité embraya : « Exit la guerre grand spectacle, le règne de l’information en continu synonyme de directs creux, les dérives journalistiques répétées. Les journalistes rendent compte de la guerre du Kosovo de manière beaucoup plus précautionneuse que lors du conflit irakien » (8 avril).

« Précautionneuse », le terme est assurément trop fort. Même si, pour être efficace, la manipulation doit tenir compte de la conscience de la manipulation et emprunter d’autres recours que les ruses éventées du passé. Avec une candeur presque émouvante, le correspondant de France Inter à Bruxelles auprès de l’OTAN expliqua ainsi : « Je pense n’avoir jamais été manipulé ou alors je l’étais tellement bien que je ne m’en suis pas rendu compte. (…) En gros, mentir ne sert à rien car tôt ou tard, tout se sait (…) Je n’ai pas perçu autre chose que des erreurs [de l’OTAN] qui ont été, loyalement je pense, corrigées. Et aussi, certains scrupules qui ne pouvaient que les desservir, c’est-à-dire, après chaque frappe sur une cible autre que celle qui était souhaitée, le temps nécessaire à l’enquête militaire et technique interne. Pour dire : « Hé bien oui, c’est bien nous qui avons démoli tel hôpital ou tel pont au moment où un convoi de chemin de fer s’engageait sur ce pont » » (Conférence, Press Club de France, Paris, 28 juin 1999.)

Dans ce dernier cas d’espèce, on sait à présent que l’OTAN a accéléré le film des images du train s’engageant sur le pont pour pouvoir prétexter la « bavure ». Et on sait aussi comment l’organisation atlantique manipulait la presse : « Pour les bavures, nous avions une tactique assez efficace, explique un général de l’OTAN. Le plus souvent, nous connaissions les causes et les conséquences exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste » (Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999).

A la fin de la guerre, Bruxelles pouvait donc se déclarer satisfait. M. Shea avoua même : « Beaucoup de journalistes sont venus me dire ces jours-ci qu’ils avaient apprécié les efforts que nous avions faits pour les informer » (LCI, 15 juin 1999). A Washington, on n’avait pas davantage eu motif à se plaindre. Pour M. Richard Holbrooke, l’un des architectes de la politique américaine dans les Balkans : « La couverture médiatique du New York Times, du Washington Post, de NBC, CBS ABC, CNN et des magazines a été extraordinaire et exemplaire » (Cité par Znet, 27 mai.)

On avait déjà entendu un de ces adjectifs enthousiastes lors de la guerre du Golfe. Le 26 mars 1991, sur CNN, M. Marlin Fitzwater, alors porte-parole de la Maison Blanche, n’avait-il pas reconnu : « Le président Bush trouve que la couverture médiatique de ce conflit est extraordinaire » ?

Grotesque lyrisme droit-de-l'hommiste ("l'humanité s'est effondrée à Alep") , mensonges éhontés, auto-congratulation de la presse, dénigrement inquisitorial des voix discordantes etc. Toute ressemblance avec des faits existants serait purement fortuite, n'est-ce pas...

Ce blog a suffisamment documenté la crasse désinformation de la journaloperie sur l'Ukraine ou la Syrie pour y revenir en détail. La dernière en date ne manque toutefois pas de sel : il s'agit pour les médias d'ignorer purement et simplement le blocage et l'empoisonnement de l'eau potable par les rebelles "modérés", mettant en danger les cinq millions d'habitants de Damas. Ce qui frise la tentative de crime contre l'humanité est tout simplement passé sous silence. L'ONU n'est pourtant pas amusée...

Sur une note plus légère quoique tout aussi imbécile, le Washington Post, torchon propagandiste s'il en est, est revenu sur ses accusations contre des hackers russes qui auraient piraté une compagnie électrique américaine (!) Ah non, finalement, c'était pas eux, sorry. Mais si, entre-temps, cette absurdité a pu convaincre quelques lecteurs de l'inénarrable "danger russe", c'est toujours bon à prendre...

Les cons osant tout comme dirait Audiard, ce sont ces mêmes médias qui hurlent au complotisme des "fake news", à la "propagande russe" et s'étonnent de ce que la confiance du public atteigne un plus bas historique. Comprennent-ils au moins ce qui se passe ? Pas sûr...

Si les retournements de veste de Time à propos de Trump sont pathétiquement amusants,

le système en décapilotade avancée semble vouloir doubler la mise dans un ultime effort. En Allemagne, le dernier journal indépendant est dans l'oeil du cyclone et Merkel commence à montrer certaines tendances führerines... En France, la médiatitude est trop saoudisée/américanisée/bruxellisée/les-trois-en-même-temps pour espérer une quelconque remise en question et, il y a quelques billets de cela, un fidèle lecteur avait d'ailleurs retranscrit l'hallucinée profession de foi auto-satisfaite d'un journaliste radio quasiment persuadé d'être en mission pour le Bien. Indécrottable...

Plus inquiétantes sont les nouvelles provenant d'outre-Atlantique. En digne successeur de Bush Jr, Obama a signé fin décembre le National Defense Authorization Act (NDAA) qui, comme son nom ne l'indique pas, concerne également la guerre de l'information. A été subrepticement inclus dans le NDAA le Countering Disinformation and Propaganda Act. Quand on connaît la fidélité toute relative du système impérial pour la vérité et l'information - on en a vu quelques exemples plus haut -, il y a de quoi s'inquiéter.

Naissance du Ministère de la Vérité ou, sous son petit nom orwellien, Miniver ? Après tout, Goebbels avait bien son Propagandaministerium...

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« Les Casques blancs » participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens. Par Moon of Alabama

5 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #La Turquie

« Les Casques blancs » participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens

 
 
 
 

Le 22 décembre, l’approvisionnement en eau de Damas a été soudainement contaminé par du diesel et n’est plus consommable.

« Les Casques blancs » participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens.  Par Moon of Alabama

 

« Les Casques blancs » financés par GB/USA participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens

Le blocus de l’eau de Wadi Barada qui assoiffe 5 millions de personnes à Damas prend une tournure intéressante. L’organisation des Casques blancs financée par les États-Unis et le Royaume-Uni semble y être directement impliquée. Cela augmente le soupçon que le blocage illégal de l’eau que subissent les civils de Damas fait partie d’une campagne organisée par les États-Unis. La campagne a pour but de saboter le fonctionnement des services publics dans les zones tenues par le gouvernement en représailles pour la libération d’Alep-Est.

Comme nous l’avons écrit hier:

Après la libération de la partie orientale de la ville d’Alep par les forces gouvernementales syriennes, les rebelles locaux et les habitants de la vallée de la rivière Barada étaient prêts à se réconcilier avec le gouvernement syrien. Mais les Takfiris d’al-Qaida ne le voulaient pas et ils ont pris la relève. Depuis, la zone est sous le contrôle total d’Al-Qaïda et donc en dehors du récent accord de cessez-le-feu.

Le 22 décembre, l’approvisionnement en eau de Damas a été soudainement contaminé par du diesel et n’est plus consommable. Le lendemain, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une opération pour reprendre la zone et reconstituer les réserves d’eau.

Des photos et une vidéo diffusées sur les médias sociaux (qui ont depuis été enlevées mais que j’ai vues quand elles  ont été postées) montrait l’installation de traitement de l’eau truffée d’explosifs. Le 27 décembre, l’installation a explosé et a été en partie détruite.

Le gouvernement syrien est prêt à envoyer des équipes pour réparer les installations pour que les millions de civils de Damas puissent avoir de l’eau. Mais l’accès au site leur est refusé et l’armée syrienne tente maintenant de chasser Al-Qaïda et ses alliés de la zone.

Curieusement, certains groupes « civils » ont offert au gouvernement syrien de le laisser accéder au site aujourd’hui à plusieurs conditions (pas agréables):

 

« Les Casques blancs » participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens.  Par Moon of Alabama

Plus grand

Regardez les logos des organismes qui ont signé. Vous reconnaîtrez probablement celui qui est au milieu de la deuxième rangée. Le voici agrandi :

« Les Casques blancs » participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens.  Par Moon of Alabama

Et voici l’original de ce logo copié directement sur le site Web de l’organisation de défense civile syrienne alias les Casques blancs :

« Les Casques blancs » participent au blocus de l’eau qui assoiffe 5 millions de Syriens.  Par Moon of Alabama

Les organisations qui offrent de lever le blocus de l’eau de Damas pensent évidemment qu’elles ont le pouvoir de le faire. On peut donc penser qu’elles sont aussi responsables du maintien du blocus. Elles doivent également avoir des relations intimes avec les combattants d’al-Qaïda qui occupent actuellement les installations d’eau endommagées.

Les Casques blancs créés et payés par les gouvernements américain et britannique sont en train de bloquer de manière « neutre, impartiale et égale pour tous les Syriens » l’approvisionnement en eau de 5 millions de Syriens à Damas. Des militaires américains et des officiers de la CIA dirigent l’insurrection depuis les « QG d’opérations » en Jordanie et en Turquie.

Cela augmente le soupçon que le blocus fait partie d’une réponse organisée par les ennemis de la Syrie à la récente libération d’Alep-Est. Comme je l’ai dit hier:

Cette coupure d’eau fait partie d’une stratégie plus large, apparemment coordonnée, visant à priver toutes les zones tenues par le gouvernement de services publics. Il y a deux jours, l’Etat islamique a fermé un important accès à l’eau d’Alep sur l’Euphrate. Les poteaux électriques à haute tension des lignes qui alimentent Damas ont été détruits et l’accès en a été refusé aux équipes de réparation, contrairement à ce qui se passait auparavant. L’approvisionnement en gaz de certaines parties de Damas est également coupé.

Même après 14 jours de crise de l’eau à Damas, aucun média « occidental » ne souffle mot du blocus imposé par al-Qaïda à 5 millions de Syriens. Nous pouvons être sûrs qu’ils n’écriront pas un mot sur les millions de civils à Damas pris illégalement en otages par leur organisation de propagande préférée, les Casques blancs. [En effet nos médias n’en ont pas parlé, ndlr]

Moon of Alabama | Janvier 03, 2017

Original: http://www.moonofalabama.org/2017/01/usuk-paid-white-helmets-help-blocking-water-to-5-million-thirsty-syrians.html#more

Traduction de l’anglais par Dominique Muselet

Source: http://arretsurinfo.ch/les-casques-blancs-participent-au-blocus-de-leau-qui-assoiffe-5-millions-de-syriens/

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35 milles rebelles éliminés en Syrie avec le soutien des Forces spatiales russes.

5 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

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