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Le blog de Lucien PONS

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[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

29 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Ecole, #Economie, #La nation ., #La France, #La République, #L'OTAN., #AMERIQUE

Comme je suis retombé sur ce billet, et qu’il m’a encore stupéfait, je le remets…

Billet en réaction aux personnes s’étant demandé si c’était bien utile de rappeler quelques faits sur la Deuxième Guerre mondiale, et en hommage aux livres de Jean-Claude Michéa (son fameux L’enseignement de l’ignorance (ou ici)) et de Jean-Paul Brighelli (La fabrique du crétin)…

J’ai découvert incidemment en commentaire (merci encore d’enrichir autant cet espace de discussion d’ailleurs), une très intéressante étude de l’Ifop (Institut français d’opinion publique). Je ne savais pas que cet institut de sondage était le plus ancien du pays, et surtout qu’il avait été créé en 1938 – et donc qu’il avait réalisé des sondages forts intéressants dans la période 1938-1945 dont, hélas, beaucoup ont été détruits par son fondateur Jean Stoetzel lors de l’occupation.

On apprend ainsi deux choses intéressantes.

Les accords de Munich

“À la suite de la signature des accords de Munich le 29 septembre 1938 par la France, la Grande- Bretagne, l’Italie et l’Allemagne, Jean Stoetzel réalise le tout premier sondage politique : 57 % des personnes interrogées déclarent approuver ces accords tandis que 37 % les jugent néfastes. [...]

Les autres questions posées dans cette enquête apportent des éléments de compréhension sur l’état d’esprit d’un peuple pris entre deux tensions qui s’avèreront contradictoires. D’un côté, figure la crainte d’un nouvel embrasement mondial, vingt ans seulement après la fin de la Grande Guerre, qui explique cette recherche du compromis avec l’Allemagne nazie et pour finir le « lâche soulagement » après Munich. Pour 73 % des personnes interrogées, une nouvelle guerre mondiale entraînerait la destruction de la civilisation.

De l’autre côté, le sondage de l’Ifop montre que le renoncement de Munich s’accompagne désormais de fortes résolutions pour l’avenir. A la question « pensez-vous que la France et l’Angleterre doivent désormais résister à toute nouvelle exigence de Hitler, 70 % des Français répondent oui, 17 % manifestent leur opposition. Cette adhésion à l’idée que Munich doit être une sorte de « der des der » face à la politique d’expansion du Führer est majoritaire dans tous les segments de la population, à l’exception des professions libérales ainsi que des commerçants et des industriels interrogés rejetant à plus des deux tiers l’idée qu’il faut résister à toute nouvelle exigence allemande. [...]

Pour autant, même après l’invasion allemande de la Bohème-Moravie, les Français, tout en prenant la mesure des menaces extérieures, refusent dans leur majorité de croire à la guerre. Seuls 37 % des personnes interrogées par l’Ifop en mai 1939 estiment que le pays sera inévitablement entraîné dans une guerre en 1939 ou en 1940 (63 % ne le pensent pas ou se disent sans opinion). Ce n’est qu’en juillet 1939 soit moins de 40 jours avant l’invasion de la Pologne par l’armée allemande et la déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne que l’on assiste à un basculement relatif de l’opinion : 45 % des interviewés (contre 34 %) pronostiquent une guerre dès
1939.

76 % considèrent que « si l’Allemagne tente de s’emparer de la ville libre de Dantzig par la force, nous devrons l’en empêcher au besoin par la force ». L’opinion était désormais prête à mourir pour Dantzig.”

Qui a le plus aidé à battre l’Allemagne ?

Un sondage mené par l’Ifop en mai 1945, sur l’ensemble du territoire français désormais libéré (et confirmant un sondage de septembre 1944 auprès des Parisiens), a montré que les interviewés apparaissent bien conscients du rapport de force et du rôle des alliés dans la guerre, et ce malgré la censure et la difficulté sous l’occupation à accéder à une information fiable.

Ainsi, une très nette majorité (57 %) considèrent que l’URSS est la nation qui a le plus contribué à la défaite allemande alors que les États-Unis et l’Angleterre, pourtant libérateurs du territoire national, ne recueillent respectivement que 20 % et 12 %.

Mais ce qui est proprement sidérant est que cette vision de l’opinion publique s’est inversée de manière très spectaculaire avec le temps, comme l’ont montré deux sondages réalisés en 1994 et en 2004 :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

C’est tout de même formidable : en 1945, les Français qui ont vécu sous la censure ont bien compris qui a vraiment battu l’Allemagne, mais 70 ans plus tard, c’est une Histoire totalement différente qui est dans nos esprits !

Petit rappel, complétant la série précédente :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Et mieux encore, le sondage de 2004 fournit des informations surprenantes quand on regarde en détail :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Les plus désinformés sont les Cadres et les Ouvriers – ceux qui ont fait le plus et le moins d’études !

Et, finalement, l’orientation politique n’a pas une énorme influence…

Tristesse…

“La manipulation des élites est encore plus facile que celle des masses.” [Jean Yanne]

En effet, quelques rappels sur les 80 millions de morts de la seconde guerre mondiale :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Soulignons que les 25 millions de Soviétiques morts se répartissent principalement par nationalité en :

  • Russie : 14 millions (13 % de la population de 1940) – 7 M de soldats, 7 M de civils ;
  • Ukraine : 7 millions (16 %) – 1,7 M de soldats, 5,3 M de civils (NB. Il s’agit surtout des civils Ukrainiens du Centre et de l’Est, hors Galicie – sauf pour les Juifs) ;
  • Biélorussie : 2,3 millions (25 %) – 0,6 M de soldats, 1,7 M de civils.

Les pertes militaires en Europe durant la deuxième guerre mondiale :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Et en Asie :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Et le total des morts militaires par pays :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

Ainsi :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

P.S. L’étude complète de l’IFOP :

[L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? Par Olivier Berruyer.

146 réponses à [L'enseignement de l'ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

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Qui GOUVERNE LA FRANCE ? Bruxelles ! - Voici les réformes exigées par Bruxelles pour encore plus d’austérité ! Le blog d'Eldiablo.

28 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #La lutte des classes, #Le capitalisme;, #Le syndicalisme, #Le socialisme, #La gauche, #La France

Qui GOUVERNE LA FRANCE ? Bruxelles ! - Voici les réformes exigées par Bruxelles pour encore plus d’austérité ! Le blog d'Eldiablo.

Les luttes pieds à pieds des français empêchent le « gauleiter » Hollande d’aller trop vite dans la destruction de l’État providence et des services publics pour atteindre le déficit de 3 % en 2015 demandé par l’Union Européenne. Donc Bruxelles se fâche ! Voici la liste des réformes structurelles qu’elle exige aujourd’hui. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles ne vont que dans un seul sens, celui de l’aggravation de la misère, de la précarité et de l’exclusion sociale. L’urgence d’un sursaut citoyen et d’une remise en cause radicale de ce système libéral capitaliste représentée ici par l’Union Européenne, est de plus en plus à l’ordre du jour.

Cette liste des exigences de l’U.E. figure dans un document de trois pages, adopté par le Conseil européen en juillet 2014, sous forme de « recommandation » pour 2014-2015.

On croit rêver car Bruxelles ose écrire « Une correction durable des déséquilibres budgétaires requiert la mise en œuvre crédible de réformes structurelles ambitieuses pour accroitre la croissance et l’emploi » indique le document européen.

Or comme l’écrit Frédéric Lordon :

« Ah ! la riche idée : faire confiance aux entreprises... Faire confiance au preneur d’otages en se jetant dans ses bras, persuadé sans doute que l’amour appelle invinciblement l’amour — et désarme les demandes de rançon. »

Car les entreprises ne créent pas l’emploi !

Pour créer des emplois « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent... » (Jean-François Roubaud, président de la CGPME dans Les Echos, 3 janvier 2014.)

En effet, les entreprises ne produisent pas leur propre carnet de commande, elles ne font que répondre à des demandes extérieures. Or ces demandes extérieures ne dépendent que de la capacité de dépense de leurs clients. En situation de passivité face à cette formation de commandes, qu’elles ne font qu’enregistrer, les entreprises ne créent donc aucun emploi, mais ne font que convertir en emplois les demandes de biens et services qui leurs sont adressées. Donc aucun geste « créateur d’emploi » de la part des patrons.

Mais si l’emploi n’est pas créé par les entreprises, par qui l’est-il donc, et à qui devraient aller nos soins ?

La création d’emploi résulte d’un processus dont le nom le plus connu est « la conjoncture économique ».

Et, gérer « la conjoncture économique » est une action essentiellement POLITIQUE !

Mais, de cela, le gouvernement « socialiste » a manifestement abdiqué toute velléité d’évolution : ligoté par les contraintes européennes qui ont si bien neutralisé toute possibilité de politique économique active, il a renoncé par avance à tout effort de retrouver quelque marge de manœuvre en cette matière.

Relancer la consommation par l’augmentation des salaires et des prestations sociales est justement un bon moyen de faire évoluer « la conjoncture économique » dans le bon sens.

Mais le bon sens pour qui ? Pas pour les banques et les actionnaires bien sûr.

Tour d’horizon des réformes réclamées par Bruxelles.

Tout ce qui nous attend y est écrit noir sur blanc.

Coût du travail :

Veiller à ce que la réduction des coûts du travail résultant du crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) soit maintenue ; prendre des mesures pour réduire encore les cotisations sociales patronales ; réduire de manière neutre sur le plan budgétaire les coûts salariaux notamment au niveau les plus bas de l’échelle des salaires par des réductions ciblées des cotisations sociales patronales.

Traduction : réduire le salaire et sa partie socialisée et donc en conséquence diminuer la protection sociale.

Allocations-chômage :

Prendre des mesures supplémentaires pour « lutter contre la rigidité du marché du travail ». Réformer les accords de maintien dans l’emploi en vue d’accroître leur utilisation par les entreprises en difficulté ; réformer le système d’assurance-chômage, en association avec les partenaires sociaux, pour garantir la viabilité du système tout en faisant en sorte qu’il encourage le retour à l’emploi.

Traduction : casser encore plus le code du travail et la législation sur les licenciements, baisser les cotisations sociales et diminuer les prestations sociales pour le chômage.

Dépenses de santé :

Réduire comme prévu les l’augmentation des dépenses en matière de sécurité sociale à partir de 2015. Contrer l’augmentation prévue des dépenses publiques dans le secteur des soins de santé, à moyen et long terme, « y compris dans le domaine pharmaceutique ». Fixer des objectifs plus ambitieux pour limiter les dépenses annuelles de santé.

Traduction : diminuer encore plus les remboursements de la sécurité sociale, instaurer une médecine des riches et une médecine des pauvres.

Retraites :

Prendre des mesures supplémentaires pour « ramener durablement le système des retraites à l’équilibre d’ici à 2020 », dans tous les régimes, « en se concentrant tout particulièrement sur les régimes spéciaux et complémentaires existants ».

Traduction : alors que le rapport du COR de 2000 a montré que grâce à l’augmentation de la productivité il y aura au minimum jusqu’en 2040 de plus en plus d’argent pour payer les retraites ils veulent augmenter l’âge de la retraite et casser par exemple les statuts de la SNCF, RATP et des intermittents du spectacle.

Simplification :

Simplifier les règles administratives, fiscales et comptables des entreprises, et prendre des mesures concrètes d’ici décembre 2014 pour mettre en œuvre le plan de simplification lancé par l’État ; revoir les critères de tailles fixés dans la réglementation dans le but « d’éviter les effets de seuils » ; simplifier la politique d’innovation, en renforcer l’efficacité, y compris en adaptant le crédit impôt recherche.

Traduction : tout pour les patrons, rien pour les salariés.

Collectivités locales:

Éliminer les doublons administratifs, faciliter les fusions entre les collectivités locales. Inciter les collectivités à rationaliser leurs dépenses en fixant un plafond annuel des recettes fiscales tout en réduisant comme prévu les dotations octroyées par l’État.

Traduction : la fin programmée des conseils généraux au profit de métropoles et de grandes Régions directement pilotées par Bruxelles et le désengagement de l’État provoquant des inégalités entre régions riches et régions pauvres.

Professions réglementées:

Supprimer les restrictions injustifiées à l’accès aux professions réglementées, réduire les coûts d’entrée et promouvoir la concurrence dans les services ; réduire les contraintes réglementaires dans le secteur du commerce de détail notamment en simplifiant les autorisations d’ouvertures de points de vente et en supprimant l’interdiction de vente à perte.

Traduction : obligation du travail le dimanche, casser les monopoles des notaires, médecins et pharmaciens et ouvrir leur activité (lucratives) au capital bien sûr.

Concurrence

S’assurer que les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité pour les ménages ne constituent pas une entrave à la concurrence ; renforcer l’interconnexion électrique et gazière avec l’Espagne ; ouvrir le marché intérieur des transports de passagers à la concurrence conformément aux directives en cours d’adoption et au calendrier qu’elles fixeront.

Traduction : libéraliser encore plus le marché de l’énergie et sacrifier la SNCM et la RATP par exemple.

Alors, jusqu’à quand allons-nous accepter que l’U.E dicte notre politique économique, jusqu’à quand allons-nous accepter de courber l’échine devant la séquestration de notre propre gouvernement ?

Quand les multinationales mettent en concurrence les salariés du monde en nous faisant le coup de la compétitivité soit on l’accepte, soit on affronte le capital et on protège nos emplois, nos activités et nos droits de travailleurs.

Aujourd’hui, l’idéologie dominante s’efforce de nous persuader de l’impossibilité d’un changement radical, de l’impossibilité d’une abolition du capitalisme, de l’impossibilité de la création d’une démocratie qui ne se réduirait pas à un jeu parlementaire corrompu, de l’impossibilité du peuple à prendre la parole et dire ce qu’il veut.

Ne nous laissons pas hypnotiser par les sirènes des médias, prenons notre avenir et celui de nos enfants en main et décidons nous-même ce qui est bien pour notre pays.

source : rouge midi

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Débat dans la CGT : la position de la FILPAC et ses propositions. Par Michel Eldiablo.

28 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le syndicalisme, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #La lutte des classes, #La France, #Europe supranationale, #Economie

Débat dans la CGT : la position de la FILPAC et ses propositions. Par Michel Eldiablo.

Pour que la CGT réapparaisse au plus vite, la Filpac CGT avance des propositions et les verse au débat. Elle ne s’autoproclame expert en toutes choses. L’expérience de notre Fédération est d’avoir évité la scission FO de 1948. Notre orientation adoptée lors de nos deux derniers congrès à une très forte majorité montre que le paritarisme est devenu obsolète avec l’avènement du libéralisme.

Lucidité et unité peuvent encore stopper le mouvement centrifuge qui affecte la confédération. Les instances statutaires doivent s’emparer des débats réels, liés à la défense des salariés et au service des adhérents. De multiples alarmes viennent de retentir.

Un sursaut collectif doit lui répondre.

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Il n’y a pas plus de « partenaires sociaux » que de « négociations sociales » ou de « paritarisme » dans le système social actuel en vigueur dans le pays. Sortons du théâtre libéral. Nul rôle ne nous sera jamais attribué sinon celui de la disparition, celle qui frappe la question sociale, subordonnée au remboursement de la dette financière et écrasée par l’austérité qui en résulte. Reconquérons nos capacités à représenter les salariés, leurs intérêts et à construire l’alternative à l’économie du désastre.

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1. Servir les intérêts des salariés et des adhérents, telle est l’activité quotidienne des délégués et syndicats de la Filpac CGT. Mais leur mission devient problématique, et parfois frise l’impossible, quand les outils sociaux à leurs dispositions sont détruits d’en haut.

Si bien que les délégués Filpac CGT sont lancés dans une course à handicaps, lesquels s’alourdissent chaque jour. Comment certifier aux salariés la qualité de l’intervention de la CGT, quand le label national disparaît du fait du système d’exclusion en place, qui retourne la moindre des revendications en la présentant comme une atteinte à la sécurité de l’économie toute entière…

Les outils légaux de la représentation syndicale mis à mal ou détruits ?

La preuve…

La juridiction prud’homale vient d’être livrée par la représentation nationale à la pioche des démolisseurs du gouvernement, qui, sur recommandation expresse du Medef et sur simples ordonnances, vont éradiquer les élections des conseillers et transformer la nature de ces tribunaux uniques en leur genre.

Cette disparition programmée est l’étape annoncée d’une attaque menée au cœur de l’ANI de janvier 2013. Transformé en loi en juin de la même année, il libéralise les licenciements, limite les informations légales des employeurs aux IRP, et établit des interdictions de recours aux Prud’hommes tout en créant un barème à minima des indemnités de licenciement.

La conquête de la représentation syndicale dans les PME est en berne, tant la violence de la contre-attaque de la CGPME accompagne une répression antisyndicale d’un haut niveau. Elle se prolonge par une pseudo-négociation sur « les seuils sociaux », ce qui se traduit en bon français par le rejet par les employeurs du fait syndical. Une véritable restauration de la loi Le Chapelier de 1791 par les patrons, petits, moyens et grands.

Le syndicalisme de la feuille de paie est d’autant plus déstabilisé qu’elle risque la dématérialisation et, sous couvert de simplification, la disparition. Les articles du Code du travail garantissaient ce qui doit figurer sur le bulletin de paie. Ils sont frappés de « simplification administrative », un cache-sexe de la croisade du gouvernement pour les exonérations de cotisations sociales accordées aux employeurs.

Miracle des technocrates du ministère du Numérique, ruse patronale ? C’est comme par hasard les lignes de la feuille de paie dédiées au détail des cotisations sociales employeurs qui seront « simplifiées ». Et la feuille de paie ramenée à une vague trace numérisée.

La défense du contrat de travail, l’alpha et l’oméga du délégué Filpac CGT, est mise à mal par la montée des négociations individuelles réglées par la « rupture conventionnelle », prétendument à l’amiable, qui facilite et privilégie les plans de départs réputés volontaires. Le recours systématique aux CDD d’un mois et le développement de toutes les formes de précarités complètent le tableau.

De plus, l’attaque frontale contre la négociation collective du contrat de travail, c’est-à-dire les conventions collectives, se déroule à deux niveaux :

- Au plan national par une pseudo-négociation sur la réduction de 700 à 100 des filières professionnelles.

- Au plan local par le déclassement de salariés vers la convention Syntec ou par le contournement de la convention

en vigueur par la destruction de la hiérarchie des normes. La clause la plus avantageuse bénéficiait aux salariés ; mais aujourd’hui l’accord d’entreprise, signé par les comparses de la direction, se fonde sur l’ANI flexi-sécurité pour détruire les avantages locaux ou attachés à la convention nationale.

Sans parler de la bataille contre les salaires présentée comme capitale contre le coût du travail, et bien d’autres friandises libérales, comme les fermetures massives d’entreprises, les attaques contre les chômeurs, les assurés sociaux, le recul des pensions, etc. La liste des dégâts sociaux nationaux qui mutilent l’intervention des IRP ne peut être complète, car elle doit être actualisée au quotidien !

2. Le règlement des questions sociales par le paritarisme est en voie de disparition si rapide qu’il n’en reste que le décorum désuet et sans portée réelle. C’est la machine antisociale du programme commun Medef CFDT qui prévaut et règle les relations sociales.

Ce qui est nommé négociations entre partenaires sociaux recouvre la réalité de séances convoquées sur l’ordre du jour patronal, se déroulant sur le texte patronal. Le gouvernement joue le rôle de gendarme, « l’artillerie en

bandoulière », qui somme les syndicats de tenir la ligne du front patronal sous la menace de légiférer par ordonnances ou par une majorité de godillots. Tout juste si le syndicalisme peut-il réagir par la négative, si toutefois

il n’est pas signataire du programme commun CFDT Medef.

La rupture avec la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale est actée par des employeurs pressés de dresser un mur protégeant les profits des actionnaires. Les employeurs n’ont plus le temps de jouer à la mesure de la représentativité. La loi de 2008 se présentait comme une garantie contre la pratique des accords minoritaires et comme un éclaircissement du paysage syndical. Il est aujourd’hui nié, le seul bon de représentation est délivré à la CFDT.

La CFDT, la CFTC et la CGC ont choisi de rassembler autour du Medef, de la CGPME et de l’UPA. La base de ce rassemblement est publique, il s’agit d’un programme commun élaboré pendant de longs mois, publié en juin 2011. Que dit-il ?

- La crise du système capitaliste est évacuée au service de cette tâche commune, restaurer la compétitivité des entreprises françaises, qui, malgré la compétence de leurs dirigeants, souffrent d’un déficit et d’un lourd handicap sur le terrain de la compétition sur le marché. Ce handicap s’appelle coût du travail, financement de la Sécurité sociale, temps de travail, responsabilité des chômeurs qui ne savent pas par quel bout se former pour atteindre l’employabilité.

- Le « constat partagé » ne reste pas dans la sphère des idées mais devient force matérielle, puisqu’il permet l’accouchement des ANI, transformés en lois, des pratiques locales et nationales d’un syndicalisme non pas de services mais au service d’un lobbying social, centré sur les intérêts des fonctionnaires syndicaux.

- Une contradiction traverse aujourd’hui la CFDT. La recherche de contreparties à ce lobbying à vague teinture syndicale devient la quête du Graal : comment démontrer aux adhérents et aux salariés qu’il s’agit d’un syndicalisme moderne, tourné vers l’avenir, si le maître du jeu, le patronat, ne redistribue pas quelques miettes pour donner le change. Or maintes fédérations CFDT sont confrontées à la réalité d’un patronat de filière pas du tout pressé de distribuer des gages au rôle de collaborateur tenu par la CFDT nationale.

Le bloc CFDT CFTC CGC avance une orientation. Elle n’est pas « réformiste ». Le bloc agit au compte d’une « Union sacrée pour l’austérité », comme si ceux qui licencient ont les mêmes intérêts que ceux qui sont licenciés.

Au moment où les inégalités deviennent une matière explosive, les « inégaliteurs » disposent d’un syndicalisme de complaisance.

Et notre CGT, quelle orientation ? L’évitement d’un débat de fond n’est plus possible, à moins d’engager le pronostic vital de la confédération. Quelques pistes à verser au débat indispensable.

3. Faire ce qui est possible de faire, mais le faire à fond. Faire ce qu’on dit. Dire ce qu’on on veut. Soutenir les intérêts immédiats des salariés et démontrer au quotidien que la réalisation des intérêts collectifs n’aboutira que par la transformation sociale. La CGT doit réapparaître comme la garantie de l’avenir social.

Solidarité ! Sans sa construction, nous tomberons sous le poids des violences, des méfiances, des défiances. Le patronat dispose d’armes létales contre l’avenir social pour diviser les salariés. Son arsenal nucléaire comporte une arme de destruction massive, le chômage, qui dure et s’installe, par lequel la destructivité de la mondialisation et l’illégitimité des financiers, banquiers et rentiers s’imposent par ce rapport des forces.

Si, à ArjoWiggins, UPM Chapelle Darblay, entre autres, nos délégués montent sans relâche au créneau pour la survie des sites industriels et des emplois, quel réconfort ce serait de trouver une CGT entièrement solidaire, de ses syndicats Filpac jusqu’au plus haut niveau confédéral quand une entreprise est frappée d’assassinat par des états majors lointains de droit divin ! Contre le chômage et les licenciements de masse, la solidarité syndicale est idée CGT neuve. La CGT de demain sera solidaire. Ou réduite à ses égoïsmes sociaux.

Ensemble ! Pour trois revendications solidaires immédiatement prioritaires ! Ces trois points constituent des objectifs rassemblant, unifiant, militants, adhérents et salariés. Si nous sommes défenseurs des salariés, alors il faut désigner les points névralgiques, concentrer notre tir revendicatif sur eux :

1 - Forcer le blocus des entreprises pour gagner des embauches par l’obligation de recruter des salariés, la réduction du temps de travail à 35 heures le permettant, ainsi que la conversion des contrats précaires en CDI, pour une initiative publique fondé sur les besoins et l’utilité commune. Cette base nationale de lancement d’une grande campagne permet à nos délégués de sortir de la nasse locale des PDV et autres PSE à répétition.

2 - Financer la Protection sociale par les cotisations liées aux créations d’emplois, la fin des exonérations employeurs, la ponction sur les transactions financières et l’évasion fiscale, la taxation des transactions financières

spéculatives. Agir ensemble en démontrant qu’il est possible d’assurer le comblement des déficits et la pérennité du système, voilà qui redonnera confiance..

3 - Augmenter fortement les salaires par une réorientation de la valeur ajoutée dans l’entreprise comme dans la filière et au niveau national. C’est le coût exorbitant du capital, révélé par le pillage des richesses par les actionnaires et par les circuits absurdes de la mondialisation, qui détruit en pure perte des parts de PIB qui devront être allouées à la rémunération du travail.

Unité ? Oui, contre l’austérité, pour en finir avec le mensonge sur la dette et sa dictature.

Non à l’austérité, fort bien !

Quels sont nos objectifs concrets, de rassemblement ?

La CGT répond : lutter contre l’austérité c’est un choix de société.

La réduction des déficits et des dettes publiques est aujourd’hui l’objectif prioritaire de la politique économique menée en France comme dans la plupart des pays européens. Le pacte dit “de responsabilité” qui prévoit 50 milliards supplémentaires de réduction des dépenses publiques, est justifié au nom de cet impératif. Le discours dominant sur la montée de la dette publique fait comme si son origine était évidente : une croissance excessive des dépenses publiques.

L’augmentation de la dette de l’Etat – qui représente l’essentiel, soit 79 %, de la dette publique – ne peut s’expliquer par l’augmentation des dépenses puisque leur part dans le PIB a chuté de 2 points en trente ans.

Si la dette a augmenté c’est d’abord parce que tout au long de ces années l’Etat s’est systématiquement privé de recettes en exonérant les ménages aisés et les grandes entreprises : du fait de la multiplication des cadeaux fiscaux et des niches, la part des recettes de l’Etat dans le PIB a chuté de 5 points en 30 ans.

Si l’Etat, au lieu de se dépouiller lui-même, avait maintenu constante la part de ses recettes dans le Produit Intérieur Brut, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 24 points de PIB (soit 488 milliards €) à son niveau actuel.

Les taux d’intérêt ont souvent atteint des niveaux excessifs, notamment dans les années 1990 avec les politiques de “franc fort” pour préparer l’entrée dans l’euro, engendrant un “effet boule de neige” qui pèse encore très lourdement sur la dette actuelle.

Si l’Etat, au lieu de se financer depuis 30 ans sur les marchés financiers, avait recouru à des emprunts directement auprès des ménages ou des banques à un taux d’intérêt réel de 2 %, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 29 points de PIB (soit 589 milliards €) à son niveau actuel.

L’impact combiné de cet effet boule de neige et des cadeaux fiscaux sur la dette publique ? 53 % du PIB (soit 1077 milliards €).

Si l’Etat n’avait pas réduit ses recettes et choyé les marchés financiers, le ratio dette publique sur PIB aurait été en 2012 de 43 % au lieu de 90 % comme le montre le graphique ci-contre. Au total, 59 % de l’actuelle dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs.

La CGT est pour sortir de l’emprise des marchés financiers, réaliser un audit de la dette publique de la France, imposer une transparence sur les titres financiers de la dette publique et donc mettre un terme à l’exode discal, aux paradis fiscaux.

La CGT se situe à l’exact opposé de la stratégie libérale, « Think global, Act local », penser globalement et agir localement.

Elle articule, coordonne l’action des syndicats avec les objectifs généraux définis par les intérêts de tous les salariés.

Voilà un versement Filpac CGT aux débats des instances statutaires. A vous lire…

Montreuil, le 24 novembre 2014

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[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens… Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine. Le site d'Olivier Berruyer.

28 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #L'OTAN., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La République, #La France, #La nation ., #La guerre

27 novembre 2014.

[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens…

Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine

[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens… Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine. Le site d'Olivier Berruyer.

Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine

Version corrigée de l’allocution prononcée le 18 novembre 2014 à Kiev par Bernard-Henri Lévy, à l’occasion de la remise à Viktor Pinchuk de la Metropolitan Andrey Sheptytsky Medal of Honor Award.

« Monsieur le Grand Rabbin, Messieurs les archevêques et métropolites, Messieurs les Présidents, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur l’ambassadeur de France, chers amis.

Je suis heureux, permettez-moi d’en dire un mot pour commencer, d’avoir l’occasion de rendre hommage au Métropolite Andrey Sheptytsky sous le signe de qui vous avez placé votre soirée.

Le Métropolite Andrey Sheptytsky, je ne vous apprends rien, fut le primat de l’Eglise uniate d’Ukraine pendant les années de la seconde guerre mondiale et reste, à ce titre, une figure extrêmement controversée.

C’est l’un de ces Ukrainiens que leur nationalisme, ainsi que leur anticommunisme, ont égarés dans ces années terribles.

Et il y a, en particulier, cette Lettre pastorale du 1er juillet 1941 que retiennent toujours les adversaires de sa mémoire quand ils veulent rappeler qu’il eut des indulgences pour l’Allemagne.

Mais, en même temps, c’est incontestablement l’une des rares voix à avoir osé s’élever, dans les mêmes années, contre la persécution et l’extermination des juifs.

Il a écrit à Hitler et à Himmler pour les adjurer d’épargner les Juifs de Galicie.

Il a donné, en novembre 1942, une autre lettre pastorale, intitulée « Tu ne tueras point », où il interdit à ses ouailles, sous peine d’excommunication, de prêter le moindre concours au meurtre de masse qui commence de se dérouler sous leurs yeux.

Il a invité les moines et moniales de la région à cacher des Juifs.

Il en a, lui-même, à Lviv, tant dans les caves de la cathédrale Saint George qu’en face, dans ses propres appartements privés, caché et sauvé 150, en majorité des enfants, et aussi une dizaine de rabbins.

Il y a eu des polémiques disant qu’il avait tenté, ce faisant, de les convertir. Mais non. C’est inexact. Il les a cachés dans des églises, bien sûr. Il leur a donné des faux noms chrétiens et des faux certificats de baptême. Il lui est arrivé de les déguiser. Mais je ne crois pas qu’il y ait un cas d’enfant qu’il a sauvé et qui, après la guerre, s’est retrouvé chrétien. Et vous avez, d’ailleurs, une autre lettre pastorale que j’ai également lue avant de venir et où il met très clairement en garde contre la tentation de « profiter » de la situation pour, en effet, convertir.

Bref, le Métropolite Andrey Sheptytsky fut un sauveur de juifs.

Nous avons des tas de témoignages, dont celui du rabbin David Kahane, qui disent qu’il a pris, pour cela, tous les risques, à commencer par le risque d’emprisonnement et de mort.

Et je ne parle même pas de ce que nous savons aujourd’hui, à travers les archives de la Chancellerie du Vatican, de ses relations avec Pie XII et des messages qu’il lui adresse tout au long de la guerre et où il le supplie de prendre la mesure du caractère « diabolique » du nazisme.

Ce que Jan Karski fut à Roosevelt, le Métropolite Andrey Sheptytsky le fut au Pape Pie XII.

Et ce n’est pas un hasard si l’Anti-Defamation League lui a remis, l’an dernier, à titre posthume, sous l’impulsion d’Abraham Foxman, son prestigieux « Jan Karski Courage to Care Award ».

Je sais que, quand Yad Vachem a eu à examiner son cas et à se prononcer sur son élévation ou non au rang de « Juste parmi les nations », la réponse n’a pas été la même. Mais bon. La discussion n’est pas close. La Commission de Yad Vashem a souvent eu à s’y reprendre à plusieurs fois et à juger en appel.

Là, je ne désespère pas que ce soit le cas.

Le dossier du Métropolite Andrey Sheptytsky est plutôt moins compliqué que celui, par exemple, d’un Oskar Schindler.

[BHL SAIT !]

Et j’ai bien l’intention, si vous me le permettez, de faire modestement campagne pour que le Métropolite Sheptytsky rejoigne, non seulement Schindler, mais les deux mille et quelques Ukrainiens qui ont déjà été, dans les dernières années, sacrés « Justes parmi les Nations ».

Je voudrais, deuxièmement, faire un grand bond dans le temps qui nous amène jusqu’aujourd’hui – et je voudrais rendre hommage au rôle des Juifs d’Ukraine, individus et associations, dans la révolution du Maïdan.

[Je pense que présenté comme ça, c'est une bonne idée, et que ça permettra évidement de lutter contre antisémitisme local...]

Là non plus, cela n’allait pas forcément de soi.

Car il y a eu toute l’incroyable propagande qui a essayé, pendant ces semaines de révolte et de répression, de faire croire que les révolutionnaires du Maïdan étaient, dans leur grande majorité, des nazis.

Tantôt c’était l’ancien président Ianoukovitch qui, dans le temps même où il allait puiser dans le stock de l’antisémitisme le plus éculé en expliquant que c’est l’Internationale Juive qui tirait les ficelles de l’insurrection, traitait le Maïdan de fasciste.

Tantôt c’était Vladimir Poutine en personne, oui, le même Vladimir Poutine qui s’apprêtait à réhabiliter, comme on vient de le voir ces jours derniers, le pacte germano soviétique et qui venait nous raconter que c’est en face, c’est-à-dire ici, à Kiev, que grondait la contre-révolution bandériste et antisémite.

[Qui a vu des bandéristes en Galicie ?]

Et il est d’ailleurs exact – comment l’ignorer ? – qu’il y a ça dans la mémoire ukrainienne : un antisémitisme de masse et ancien ; une Shoah par balles dont le Père français Desbois voue sa vie à retrouver les traces ; il est vrai, oui, qu’il y a ce monstrueux passif entre les Juifs d’Ukraine et l’Ukraine.

Mais enfin le résultat, soixante-dix ans après, est là.

[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens… Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine. Le site d'Olivier Berruyer.

Sur cet espace de toutes les libertés que fut le Maïdan, sur ce théâtre où toutes les paroles, les plus sages comme les plus délirantes, avaient la possibilité de s’exprimer, il y a un délire que l’on n’a pas entendu et c’est le délire antisémite.

[C'est assez vrai ; mais bon, comme il n'y a presque plus de Juifs en Ukraine (1 pour 1 000 habitants)... Pour les Bandéristes, les nouveaux Juifs, ce sont les Russes...]

Les Juifs l’ont bien compris qui – je peux en témoigner, car j’y étais – se sont massivement portés, avec leurs frères tatares, russes, cosaques, arméniens, ukrainiens en général, au-devant de l’insurrection citoyenne dont ce Maïdan fut l’agora.

Josef Zissels, qui est ici et que je salue, a eu des propos forts pendant ces journées.

L’ensemble des associations juives ukrainiennes – celles qui sont là ce soir et d’autres qui n’y sont pas – ont rédigé une lettre ouverte au Président de la Fédération de Russie dont j’ai, le 6 mars 2014, publié la version française dans ma revue, la Règle du Jeu, et où l’on adjurait « Vladimir Vladimirovitch » d’entendre que les juifs étaient assez grands pour « protéger » leurs « droits » et qu’ils avaient fait clairement le choix d’une « coopération avec le gouvernement et la société civile d’une Ukraine souveraine, démocratique et unie ».

Et le fait est que quelque chose de cette inguérissable blessure que fut la participation de la société civile ukrainienne à la Shoah a commencé de se refermer pendant ces journées.

Vous avez, dans les situations de ce genre, deux attitudes possibles, deux paradigmes.

D’un côté la « compétition des victimes » qui dit, en gros : « il n’y a pas assez de place, dans un cœur, pour deux fidélités ; pas assez de place dans une âme pour deux mémoires ; et, entre les Ukrainiens massacrés par Staline et les Juifs massacrés par Hitler et ses supplétifs ukrainiens, il faut choisir ».

De l’autre la « solidarité des ébranlés » telle que l’a définie le grand philosophe tchèque Jan Patocka et qui désigne, au contraire, une sorte de fraternité spontanée des victimes dont les mémoires, loin de rivaliser, se renforcent : « c’est quand vous avez la Shoah au cœur, que vous voyez le Goulag ; c’est quand vous avez l’oreille assez fine pour entendre la clameur antisémite que vous êtes également sensible au glapissement raciste ou génocidaire en général ; c’est parce que rien ne vous échappe du martyre du peuple juif que vous vous souvenez de celui de la nation ukrainienne – et inversement ».

Les Juifs d’Ukraine ont pris le parti de Patocka.

Les Juifs d’Ukraine ont joué, plus que jamais, la « solidarité des ébranlés ».

Les Juifs d’Ukraine – c’est leur noblesse – ont choisi de se souvenir que les Ukrainiens étaient surreprésentés dans cette Armée Rouge qui a contribué à la chute du nazisme.

Ils ont choisi de ne pas oublier que le bataillon qui libéra Auschwitz s’appelait le « Premier Front ukrainien ».

Etre juif en Ukraine, c’est accepter de penser ensemble l’Holodomor et Babi Yar.

Et cela aussi, je voulais le dire et le répéter ici.

Et puis je veux rendre hommage enfin à un Juif en particulier, un Juif d’Ukraine singulièrement : celui-là même que vous avez choisi d’honorer en lui remettant votre « Metropolitan Andrey Sheptytsky Medal of Honor Award » et qui est là, ce soir, face à moi.

Ce juif s’appelle Victor Pinchuk.

C’est la première fois que je le rencontre.

Mais nous avons nombre d’amis communs et, en les interrogeant ces jours derniers, je crois m’être fait une idée un peu plus précise de qui il est.

Victor Pinchuk est d’abord, bien sûr, un patriote ukrainien – c’est-à-dire, dans ma terminologie (et, je pense, sans le connaître, que c’est aussi la sienne), un Européen convaincu, un Européen conséquent, un militant sans états d’âme de l’intégration de son pays à l’UE.

Victor Pinchuk est aussi ce que l’on appelle un oligarque – mais attention ! un oligarque d’un genre particulier ! un oligarque philanthrope ! un oligarque qui croit qu’il doit plus qu’on ne lui doit, qu’il a plus de devoirs qu’il n’a de droits ! un oligarque qui pense que son premier devoir est de rendre à l’Ukraine un peu de ce qu’elle lui a donné, autrement dit de sa fortune ! Je ne sais pas si Viktor Pinchuk a officiellement rejoint, ou non, le « Giving Pledge » qui est ce mouvement lancé, depuis les Etats-Unis, par Warren Buffet, Bill Gates, Richard Branson, Nicolas Berggruen, d’autres, et qui invite les milliardaires de la planète à donner la moitié de leur argent à des œuvres philanthropiques. Mais, d’après ce que je sais, il se situe clairement dans leur lignée. Et il est d’ailleurs, avec le président Poroshenko, l’un des rares milliardaires ukrainiens à être restés, me semble-t-il, à Kiev au moment du Maïdan et à y avoir organisé, en pleine révolution, à quelques centaines de mètres du champ de bataille, une grande exposition honorant un artiste qu’il défend, que je défends aussi et qui s’appelle Jan Fabre.

Mais ce qui m’intéresse, ce soir, ce qui vous intéresse aussi puisque c’est à ce titre que vous avez chois de l’honorer, c’est qu’il est surtout un grand juif.

Qu’est-ce que c’est, un grand juif ?

Le mot peut étonner mais je crois, vraiment, qu’il y a des grands et des moins grands juifs et je crois que ce qui fait le « grand juif » ce sont trois traits qui, tous trois, se retrouvent en Victor Pinchuk.

C’est d’’abord cet « Ahavat Israël », cet « amour du peuple juif », oui, juste cet « amour », ou cette « amitié », ou cette « bienveillance », dont Gershom Scholem regrettait, dans une polémique célèbre, qu’ils fissent si tragiquement défaut, au moment du procès Eichmann, à sa collègue Hannah Arendt : nombreux sont les juifs qui, parvenus au faîte de la puissance, de la gloire ou de la reconnaissance dans le monde de la gentilité tournent le dos à cet « Ahavat Israël », l’oublient – je ne crois pas que ce soit le cas de Victor Pinchuk .

C’est ensuite le rapport à la mémoire et, en particulier, à la mémoire souffrante, douloureuse, de la persécution : Viktor Pinchuk, là aussi, se distingue de tant de juifs amnésiques ou, de nouveau, oublieux que nous voyons autour de nous – ne fut-il pas le partenaire de Steven Spielberg pour la production de Spell your name, le seul film réalisé, à ce jour, sur le massacre de Babi Yar ? et, presque plus important encore, n’est-il pas l’un des sponsors de Holocaust by bullets, la Fondation créée par Patrick Desbois pour retrouver, déterrer, bref nommer et célébrer les morts sans nom et sans nombre de la Shoah par balles ?

Et puis je crois enfin qu’un grand juif c’est un juif d’affirmation. Il y a les juifs de négation qui vivent leur judaïsme dans le secret ou dans la honte. Il y a tous ces juifs « sartriens » qui pensent, comme Jean-Paul Sartre, que le judaïsme n’est rien qu’un effet de regard des antisémites ou qui, comme Heine dans un mot resté tristement célèbre, s’exclament « le judaïsme ? je ne le souhaite pas à mon pire ennemi ; injures et douleurs voilà tout ce qu’il rapporte ». Eh bien Victor Pinchuk pense le contraire. Il vit son judaïsme, sinon dans la gloire, du moins dans la positivité d’une franche et claire affirmation. Il aide les œuvres juives d’Ukraine. Il restaure les lieux de culte d’Ukraine. Et, quand il invite ses amis Tony Blair ou Chelsea Clinton à visiter son pays, où les emmène-t-il ? A la synagogue de Dnipropetrovsk pour l’un. Dans une synagogue de Kiev pour l’autre. J’aime cela. J’aime cette assomption sereine, souveraine, par un juif, de son judaïsme. Car cela aussi est d’un grand juif. C’est, très précisément, le propre de ce que j’appelle un juif d’affirmation.

Un mot encore.

Je suis Français.

Et je sais que la plupart de ceux qui sont ici ne peuvent, en écoutant un Français parler de l’Ukraine, s’empêcher d’avoir à l’esprit l’affaire qui, en ce moment même, empoisonne les relations entre nos deux pays et qui est l’affaire des porte-hélicoptères Mistral.

Eh bien ne me posez pas la question car je vous apporte la réponse.

Je suis, vous le savez peut-être, de ceux qui font campagne, en France, pour que ces porte-hélicoptères ne soient pas livrés.

Mais ce que vous ne savez sans doute pas c’est qu’il y a beaucoup de Français, probablement une majorité, qui ont la même opinion que moi et trouvent que livrer des navires de guerre à la Russie alors même qu’elle livre aux Ukrainiens une guerre où la diplomatie française a clairement choisi son camp serait, au mieux, inconséquent et, au pire, scandaleux.

Et ce que vous ne savez pas non plus c’est qu’au nombre de ces nombreux Français il y a le Président de la République en personne, François Hollande, qui est en Australie mais avec qui j’ai eu, sachant que vous risquiez de m’en parler, un contact ce matin et qui m’a explicitement dit, en m’autorisant à vous le rapporter, que la France tenait bon (ce sont ses mots : « tenir bon ») et que les marins russes qui sont, depuis quelques semaines, dans le port français où mouille le premier de ces Mistral et qui doivent, en principe, aux termes du contrat, se familiariser avec lui et en prendre possession, se voient, depuis hier, lundi, interdits d’accès à bord.

Il y a une polémique, en France, à ce sujet.

Le Président français a des opposants qui le pressent d’«honorer la signature de la France ».

Mais je pense qu’il ne cédera pas.

Je suppose qu’il réfléchit, en ce moment même, aux diverses options qui s’offrent à lui et qui lui permettraient de sortir de cette situation moralement et stratégiquement intenable sans pénaliser les ouvriers des chantiers navals français.

Il y a la solution « canadienne » qu’a proposée notre ami Berel, ici présent.

Il y a la solution que j’ai proposée et qui serait de vendre le navire à l’Ukraine moyennant un prêt de longue durée et à intérêt privilégié que lui consentirait l’Union Européenne.

[Au fouuuuuuuuuuuuuuuu]

Il y a l’idée du vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel qui serait de le vendre à l’Union européenne elle-même : ne serait-ce pas le meilleur moyen de voir prendre forme, pour la première fois, cette fameuse défense commune dont on parle depuis si longtemps mais qui est, pour l’instant, lettre morte ?

Il y aurait même une formule – j’y pense à l’instant – où l’on verrait les « oligarques » ukrainiens se cotiser pour l’acheter: c’est un beau bateau, vous savez ! et le prix, un milliard, n’étant, à leur échelle, pas si faramineux que ça, il n’est pas exclu qu’ils fassent une bonne affaire !

[Ils vont faire quoi d'un porte hélicoptères ??? Au fouuuuuuuuuuuuuuuu]

Mais la seule hypothèse qui me semble exclue c’est que la France livre ce Mistral, comme ça, comme si de rien n’était, à un Poutine qui serait bien capable de l’acheminer aussi sec en face de Marioupol ou Odessa !

Je tenais à vous le dire.

Un autre mot, encore.

Je sais aussi que cet hommage au Métropolite Andrey Sheptytsky, à Victor Pinchuk et aux juifs d’Ukraine en général, je le prononce en un moment très particulier, et très particulièrement dramatique, de l’histoire de votre pays.

Et je n’ignore pas, personne ne peut ignorer, qu’à l’heure où je vous parle, des milliers de soldats russes sont à la manœuvre dans le Donbass – et je n’ignore pas non plus que, venus en soutien des chiens de guerre de Donetsk et de Lougansk, ou des mercenaires cosaques ou tchétchènes qui se trouvaient déjà là, ils sont en train de faire de cette région de l’Ukraine une sorte de petite Sparte où l’on ne respecte que la force, où l’on ne prône que la violence et où il n’est pas jusqu’à la rhétorique de la « défense des russophones opprimés » qui a cédé la place à un discours nettement plus offensif : je lisais tout à l’heure un article de notre ami Adrian Karatnycky rapportant une déclaration du leader de la République populaire de Donetsk, Aleksandr Zakharchenko – « mon armée, dit en substance ce bandit, est désormais en positon, non seulement de se défendre, mais d’attaquer »…

Face à cela, face à ce changement de discours et, peut-être, d’échelle, je sais que les mots et les belles déclarations ne suffisent plus.

Face à ce qu’il faut bien appeler un nouvel état d’urgence et de péril extrême, je sais que votre pays a besoin d’un soutien beaucoup plus actif que les bonnes paroles diplomatiques.

Mais je tiens à vous dire que nous sommes très nombreux, là aussi, à être de cet avis et que je ne désespère pas que nous soyons, très vite, une vraie majorité à comprendre que c’est ici, à Kiev, que l’Europe joue sa survie et qu’il faut absolument vous aider, donc, à mener et gagner cette bataille.

Vous savez, je suppose, que deux courageux sénateurs américains ont passé, en Commission, un Ukrainian Freedom Support Act qui, s’il est finalement voté, permettra la livraison à l’Ukraine des systèmes de communication cryptée, des drones, des batteries anti-tanks et anti-aériennes, voire des armes de précision qui font si cruellement défaut à son armée.

Eh bien, voyez-vous, j’étais aux Etats-Unis toutes ces dernières semaines et mon petit doigt me dit que cette loi sera votée dès janvier ou février prochain.

Mon petit doigt me dit aussi qu’il y aura d’autres pays, à commencer par le mien, qui suivront le mouvement et qui, peut-être, qui sait ? le précéderont.

Et j’ai la conviction que vous êtes, là aussi, moins seuls qu’on ne le dit, que Monsieur Poutine ne le croit et que vous ne le pensez probablement vous-même.

En tout cas, je m’y emploie.

Modestement, avec mes moyens limités, mais je m’y emploie.

Ne serait-ce que tout à l’heure, avant de vous retrouver, j’ai rencontré des responsables de la défense nationale de l’Ukraine qui m’ont expliqué la nature de leurs besoins – et j’ai bien l’intention, une fois rentré, de me faire l’écho de ces besoins.

Et puis encore un dernier, tout dernier mot.

J’ai évoqué, en commençant, la campagne de propagande venue du Kremlin et qui essaie, depuis presque un an, de nous présenter le Maïdan comme un repaire d’antisémites enragés contre lesquels il conviendrait de ressortir l’artillerie lourde des campagnes antifascistes d’autrefois.

Or ce qui me navre c’est que beaucoup de juifs russes semblent être tombés dans le piège et avoir avalé le bobard.

Ce qui, non seulement me navre, mais me met en colère c’est que Poutine ait osé embrigader les juifs de Moscou dans cette campagne fratricide et insensée.

On ne fait pas cela.

On ne joue pas avec ces mots ni avec cette mémoire.

On ne recrée pas la guerre des juifs pour servir des intérêts politiciens médiocres et à court terme.

Et je crois qu’à cela aussi, à cette instrumentalisation indécente et odieuse, il faut trouver le moyen de s’opposer.

Les juifs russes qui, comme le grand rabbin Berel Lazar, tressent des couronnes à Poutine sont-ils les nouveaux idiots utiles du Kremlin ? Sont-ils désinformés ? Otages ? Ont-ils un pistolet sur la tempe ou croient-ils, vraiment, à ce qu’ils disent?

[Ben il ne les voit pas ????]

En tout cas, c’est intolérable.

Cette situation, personnellement, me brise le cœur.

Et je voudrais, ne serait-ce que pour en avoir le cœur net, vous présenter une suggestion.

Organisons une rencontre unitaire des juifs d’Ukraine et de Russie.

Posons, lors de cette rencontre, tous les problèmes sur la table.

Levons, s’il y en a, les principaux malentendus que la propagande a créés.

Et réparons, s’il est brisé, ce lien de vie entre juifs dont Flavius Josèphe, l’auteur de La guerre des juifs, disait qu’il ne fallait jamais laisser les tyrans y toucher et le corrompre.

Je vous dis cela du fond de mon amour pour le judaïsme d’Ukraine qui a tant souffert et qui relève la tête.

Je vous le dis avec tout le respect que je dois à ce judaïsme russe qui sort, lui aussi, d’une interminable nuit et qu’il serait si triste de voir retomber sous la coupe d’un Vladimir Poutine – ah Sharansky ! Yossef Begun, Ida Nudel, Jossef Mendelevitch et Alexandre Lerner, Vladimir Brailowski ! tous ces noms pour lesquels je me suis, avec d’autres Français, tant battu dans ma jeunesse ! tous ces refuzniks, ces refusés de visa qui étaient aussi des hommes du grand refus, des hommes de fer et de résistance, des modèles d’insoumission et de courage !

Tous ces indomptés, il est insupportable, oui, de voir un minable officier du FSB leur faire à nouveau plier l’échine !

A ceux d’entre eux qui ne sont plus de ce monde, nous devons de sauver leurs enfants et leurs héritiers du piège qui se ferme, à nouveau, sur eux.

C’est pour eux, pour eux tous, les morts et les vivants, que j’appelle ici de mes vœux ce grand rassemblement des juifs libres des deux pays, l’Ukraine et la Russie.

Il pourra, ce rassemblement, se tenir à Jérusalem, à Paris ou ailleurs.

Il pourrait se faire à l’initiative de Monsieur le Grand Rabbin de Kiev et d’Ukraine, Yaakov Dov Bleich, ici présent.

Monsieur Victor Pinchuk pourrait en être, dans le droit fil de ce judaïsme d’affirmation et de combat que j’ai décrit, le facilitateur et même l’artisan.

Je ne suis sûr que d’une chose : le fait que cela ait lieu représenterait, à soi seul, une défaite pour Poutine et une victoire, à Moscou comme à Kiev, pour les valeurs de vérité et de liberté.

Je vous remercie. »

Source : Larègledujeu, 25/11/2014

P.S. Faites-nous gagner du temps : tout commentaire à connotation antisémite sera comme toujours supprimé. N’en écrivez-pas, ou signalez-les nous (bouton alerter) – merci…

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[Invité] Les illusions perdues d’un jeune journaliste, par Léonard.

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les média, #La France, #Europe supranationale, #La guerre, #Ukraine, #La Russie, #L'OTAN.

[Invité] Les illusions perdues d’un jeune journaliste, par Léonard.

Excellent papier d’un jeune journaliste, qui ira apparemment loin Son prénom a été changé…

Je m’appelle Léonard. Je suis né quelques semaines avant la chute du Mur de Berlin. Je peux légitimement et insolemment dire que je suis jeune. Je suis journaliste. J’ai intégré une école de journalisme juste après le bac, presque par hasard.

Voici mon histoire.

Hasard et chance

Contrairement à bon nombre de mes camarades, je n’avais jamais ressenti la fibre journalistique auparavant. Je me cherchais. Seule certitude : j’aimais apprendre et restituer. Vulgariser. Expliquer. J’aime la pédagogie. Je me suis d’ailleurs longtemps (et encore?) prédestiné au métier de professeur. Passionné par l’astronomie, les sciences, fidèle lecteur de Sciences et vie et téléspectateur attentif et enjoué de C’est pas sorcier quand j’étais enfant, je pensais me diriger vers un cursus universitaire en biologie. J’étais également passionné par l’Histoire ainsi que par ses consœurs : la géopolitique, la géostratégie. En fait, je crois que j’aimais à peu près tout, hormis les langues étrangères, ce que je regrette amèrement aujourd’hui et tente de corriger petit à petit.

Or, en déambulant sur le Web, je suis tombé à l’époque par hasard sur le programme d’un établissement formant les journalistes de demain. Géopolitique, droit, histoire de la presse, sciences politiques, exercices de style…

Programme alléchant !

Accès restreint

Cette école faisant partie du cercle restreint des structures reconnues par la profession (elles sont 12 ou 13 selon les années), l’entrée y est difficile. Je ne connais pas les chiffres exactes mais il me semble que nous étions peu ou prou un millier à déposer une candidature pour 25 places. Mes bonnes notes au bac en Français et en Histoire m’ont permis de passer la phase de sélection initiale sur dossier. Première petite victoire. Les épreuves écrites arrivèrent quelques semaines plus tard. Un exercice de synthèse de document, un QCM et une photo à légender, si ma mémoire est bonne. Et un adolescent très stressé par ce nouveau monde qui s’ouvrait à lui. Sans grand espoir, je passe les tests. Je me rappelle avoir souri de contentement pendant le QCM : oui, je connaissais Raphaël Poirée pour l’avoir vu gagner de nombreuses courses de Biathlon sur Eurosport étant plus jeune ! Surprise, on me sélectionne pour les épreuves finales d’admission. Fierté des parents. Si je m’arrête là, ce sera avec les honneurs. D’autant qu’une épreuve d’anglais, mon point faible, est prévue. L’autre exercice du jour consiste en un oral de motivation. Étonnamment calme, certain d’être recalé en raison de mon jeune âge (une remarque que l’on me fera tout au long de ma jeune carrière et encore aujourd’hui), je passe les tests sans grande pression. La surprise intervient quelques jours plus tard.

Je suis admis. Diantre.

Des codes et des formats

Une nouvelle vie s’ouvre à moi ! Certains oncles me surnomment déjà en riant le « futur Pujadas » de la famille. Les cours commencent. Intensifs sans être insurmontables. Intéressants sans être déterminants. Je me rends vite compte que mes camarades, disons une bonne moitié, savent qu’ils veulent être journalistes depuis plusieurs années. Ils ont fait des stages, ils ont lu le manuel du pigiste, certains sont déjà correspondants locaux dans leur village, d’autres ont déjà la grosse tête. Une promotion somme toute agréable avec le recul. J’y ai rencontré des personnes passionnantes, étonnantes, stimulantes et des abrutis condescendants. A l’image de la vie quoi. Normal. Rassurant. Personne dans ma famille ou dans nos amis proches n’avait mis un pied dans cet univers journalistique. J’ai dû tout apprendre : les codes, les formats, les genres, l’importance du réseau que je n’ai jamais cultivé avec assez de soin et d’envie. Après des débuts difficiles, je me suis fondu dans la masse. Dans les derniers en langues étrangères, dans les meilleurs en sciences humaines.

Rien ne change.

Naïveté salvatrice

Lors du premier stage de fin d’année, dans un journal de la presse quotidienne régionale, j’avais amusé malgré moi mes collègues en commençant mon article par « Bonjour ». Naïveté originelle salvatrice pour la suite. Salvatrice car l’exercice journalistique requiert, selon moi, une remise en question permanente. Un journaliste « rouille » à partir du moment où il a la certitude d’être arrivé au bout de ses capacités. Où il ne doute plus et pense tout savoir, tout connaître, tout maîtriser. Or, comme me l’a dit un jour un scientifique de l’INRA, « la différence entre un chercheur et un journaliste est simple mais fondamentale : vous ne connaissez rien sur tout, alors que nous connaissons tout sur rien ». Façon de décrire leur spécialisation extrême et notre formation généraliste qui pose des problèmes de compréhension mutuelle. Nous participions à une session sur le journalisme scientifique.

A la fin de ce premier été de stage en presse régionale, j’avais pris confiance en moi. En mes capacités de recherches, de compréhension, d’abnégation parfois. Je me rappelle avoir bataillé des jours pour tenter de découvrir l’origine du nom d’un stade de football local. Des heures passées aux archives départementales à éplucher les comptes-rendus jaunis et rébarbatifs de conseils municipaux d’antan. Tout cela pour découvrir, un peu déçu, que le nom provenait tout bonnement d’un mot patois local signifiant « souche » ou « fossé ». Toujours est-il que j’avais acquis les codes et les us du métier. J’ai compris comment aborder les gens. J’ai compris comment flatter les égos des élus et des chefs d’entreprise. J’ai appris à composer avec la police et la gendarmerie pour obtenir les informations de la page « faits divers ». J’ai aimé aller au tribunal pour écrire des comptes-rendus d’audience que je croyais magnifiques. J’ai adoré arpenté les fêtes de village avec mon calepin et mon appareil photo pour rencontrer les « petites gens » et raconter leurs histoires.

J’ai commencé à aimer mon métier.

Et au milieu, des fils et des ondes

A la fin de la deuxième année, je m’étais spécialisé en radio. C’est aujourd’hui encore mon média de prédilection. Quel pied que ce rapport à la fois distant et intime avec l’auditeur. Juste la voix et le tympan. Et au milieu, des fils et des ondes. J’aime le micro, j’aime le pouvoir de la voix. La radio est un média injuste : un bon timbre, un bon ton, un peu de travail et des rencontres essentielles. Voilà ce qu’il faut pour percer. Des intervenants passionnés à l’école. Des rédacteurs en chefs patients, des collègues aux conseils précieux et gratuits lors des premiers stages, des premières piges. Il y a de tout dans ce métier. Le journalisme m’a ouvert des portes inespérées. Voler en hélicoptère, travailler en Corse, interroger des stars, passer en direct, avoir pour collègues de bureau des figures de la profession, être quelqu’un. Notre métier est grisant. Attendre fébrilement un direct avec ses quelques notes griffonnées, respecter le délai, ne pas bafouiller, recevoir les félicitations du rédacteur en chef, fumer une cigarette pour se calmer, ralentir un rythme cardiaque monté à un niveau anormal. Il y a quelque chose qui ressemble à une dépendance, à une drogue.

Et puis vient la troisième année. Nous passons de la découverte à la spécialisation. De la spécialisation à l’émancipation. On se prend en main. On monte des projets. On cherche du travail. On commence à avoir des contrats de travail. Des piges. On gravit fébrilement mais fièrement les escaliers d’une célèbre radio, on le dit à ses amis, à sa mère, à sa grand-mère admirative. Étonnante période où l’on passe par toutes les émotions. Contentement et honte de soi. On se félicite de savoir faire tout Paris en un minimum de temps, Nagra à l’épaule, aisselles en sueur. On regrette d’être obligé d’aller harceler des acheteurs dans un magasin de jouets pour savoir pourquoi, mais oui pourquoi, le catch est la nouvelle mode dans les cours de récré. C’est Le Parisien qui le dit donc c’est vrai « et même si ça fait deux heures que tu demandes à tout le monde et que personne ne confirme, ni les vendeurs, ni les clients, continue de chercher car on veut un reportage là-dessus pour 18h, alors pas de commentaires, tu es en stage je te rappelle ». C’est une qualité primordiale et indispensable de tout jeune journaliste. Apprendre vite.

A acquérir les bons réflexes et à supporter les frustrations.

La bourse, c’est la vie

J’ai eu une chance énorme. Celle de gagner une bourse. La plupart des grandes radios organisent une sorte de concours pour les étudiants en école de journalisme. Celui qui arrive premier se voit offrir un contrat de travail. Un vrai. Un CDD. Trois lettres dont tous les étudiants rêvent. On devient alors une petite star dans son école. Les élèves des promotions suivantes parlent de vous avec respect : « Il a gagné la bourse… » Vous prenez automatiquement du charme et gagnez de l’intérêt. L’école de la vie.

J’ai ainsi pu travailler comme présentateur dans une grande radio. Formidable expérience pour un jeune homme. Je me rappelle que l’un des responsables de la radio de l’époque, juste avant l’oral final de la bourse, m’avait dit : « Vous êtes beaucoup trop jeune, je ne vous aurais jamais sélectionné ». Première carte de presse. Une sorte de Graal que tous les nouveaux journalistes, moi compris, exhibent comme une carte d’agent spécial les premières semaines. Premiers journaux en direct. Premières bourdes amusantes. J’ai continué à apprendre, énormément. Notre métier a cela de formidable qu’il consiste à apprendre, à lire. Le travail d’un présentateur est composé à 70% de lectures de dépêches et d’articles divers et variés (les 30% restants étant partagés entre le travail d’écriture, de hiérarchisation, de discussion avec le coordinateur, de prises de caféine et de nicotine). A la fin d’une journée de travail, on en a appris autant qu’en une journée de cours intensifs.

Salle de classe permanente, petit paradis pour celui qui aime apprendre.

Étonnante gestion des conflits

Je précise que la critique du journalisme qui suit concerne uniquement l’information nationale et, dans une plus grande mesure encore, l’actualité internationale. Selon moi, la presse locale et régionale, si elle a bien d’autres problèmes (de financements notamment) n’est pas soumise aux effets pervers que je vais tenter de décrire modestement. C’est d’ailleurs vers cette presse que je me tourne actuellement pour régler mon conflit intérieur.

Notre profession est en perpétuelle évolution et en remise en question permanente. Il suffit de se rendre une fois aux Assises du journalisme pour le constater. Les sujets de débat sont nombreux : déontologie, objectivité, moyens techniques, droit à l’image, protection des sources, précarité des pigistes, etc…

Je crois que mes premiers problèmes de conscience sont apparus avec les révolutions arabes et en particulier la guerre en Libye. La fuite de Kadhafi est intervenue au mois d’août, tout à la fin de mon premier vrai contrat de travail. La rédaction étant réduite à cette période, vacances obliges, j’ai suivi le dossier avec attention. J’ai vite constaté que l’AFP (Agence France Presse), qui réalise un travail inestimable pour les rédactions, est géopolitiquement orientée. Je suis convaincu que les journalistes qui écrivaient les dépêches sur la Libye sont de braves types qui font leur boulot le plus honnêtement du monde. Mais les faits sont là. Nous, journalistes, lors d’une guerre, nous prenons partie, malgré nous, pour un camp. Kadhafi était le méchant. Les rebelles, les gentils. Or, s’il est vrai que le guide libyen était un personnage repoussant à bien des égards (lire le livre d’Annick Cojean sur les « Amazones » , esclaves sexuelles de Kadhafi), comme l’est Bachar Al Assad aujourd’hui, le faire passer, à peu de choses près, pour le diable en personne me troublait. En face, les rebelles libyens étaient, eux, présentés systématiquement comme des héros de la liberté, des « justes » menacés par un massacre imminent. Je ne nie pas que bon nombre de manifestants aient été de cette trempe là, mais le manichéisme m’ayant toujours repoussé, j’ai douté.

Mensonges par omission

Quand j’observe la Libye d’aujourd’hui, il semble que l’enthousiasme qui a accompagné la chute du natif de Syrte a été un peu rapide. J’ai douté à l’époque comme j’ai douté ensuite sur la Syrie ou sur l’Ukraine. Je me suis étonné que sur bon nombre de sujets, l’Iran, le Vénézuela, nos agences de presse préférées et si peu nombreuses (il y en a trois principales) relatent certains faits et pas d’autres. Cette orientation est subtile, presque imperceptible. L’AFP ne ment pas, techniquement. Mais elle oriente la pensée par la sémantique et en omettant certaines informations. Je me rappelle très bien d’une dépêche évoquant un discours d’Hugo Chavez. Elle mettait en avant « le soutien » de l’ancien président au guide libyen et son énième critique de « l’impérialisme » américain. L’article résumait la pensée du président vénézuélien de manière très caricaturale, presque grossière. J’ai ensuite visionné l’intégralité de son intervention, traduite par un site indépendant. L’information principale était qu’Hugo Chavez proposait un plan de paix, au nom de l’Amérique latine, avec l’accord des autorités libyennes et le soutien du duo Ligue Arabe – Union Africaine. Est-ce notre égocentrisme qui nous a fait considérer cette information comme d’une importance mineure ? La résolution des conflits est-elle de la seule compétence de l’Occident ? Ou y a-t-il une raison d’ordre géopolitique ? Une information chassant l’autre, le plan de paix du président vénézuélien ne fut jamais évoqué sur notre radio.

L’AFP omet et oriente donc. Et les présentateurs radios suivent. L’AFP et ses deux consœurs (Reuters et AP) sont les bibles des présentateurs. Nous donnons à voir à nos auditeurs (car les présentateurs radios sont esclaves des dépêches qui représentent 90% de leurs sources) un monde orienté. Cela ne veut pas dire que cette orientation est mauvaise mais elle ne devrait tout simplement pas exister dans un travail journalistique sérieux.

Autre carence de ce système relayant l’information. La surexposition de certains acteurs. Combien de fois ai-je ri avec mes collègues de l’inquiétude de Ban-Ki Moon ? Le secrétaire général des Nations-Unies s’inquiète de manière perpétuelle. De tel conflit larvé. De telle catastrophe humanitaire à venir. Son émotion est légitime, bien sûr, mais doit-on attendre qu’une agence de presse cite ce haut responsable pour parler d’une situation alarmante ? Et l’information à mettre en avant n’est-elle pas l’inefficacité et le manque de moyens de l’ONU ? Le fait que Ban Ki-Moon s’inquiète perpétuellement sans avoir les moyens d’agir n’est-il pas le plus inquiétant ? A quoi bon relayer systématiquement ses déclarations si sa marge de manœuvre est si faible ?

Combien de fois nous sommes-nous fait la réflexion, avec mes jeunes collègues, qu’il est bizarre voir révoltant que nous traitions un sujet uniquement quand l’AFP le signale ? Avec un dialogue qui ressemble à celui-ci :

- Bruno (le coordinateur), tu as vu les derniers chiffres de l’INSEE sur la démographie européenne ? C’est intéressant car…

- L’AFP en parle ?

- Euh, non mais…

- Laisse tomber.

Le traitement permanent des « sujets AFP » est une facilité professionnelle qui me paraît néfaste. Aujourd’hui, certains grands journaux nationaux ne traitent plus les sujets internationaux que par le biais de dépêches reprises telles quelles. Pour la valeur ajoutée et la vérification des sources, on repassera. Les responsables de cette situation sont multiples : manque de moyens humains et dictature de l’urgence (les fameuses « breaking news ») en premier lieu.

Inconscience inconsciente ?

Le journaliste est un observateur. Au pire, un commentateur. Il ne doit pas être un militant. Ou alors il doit l’assumer et le dire avec clarté à ceux qui le lisent ou l’écoutent. Or, dans les grands médias généralistes, nous nous flattons d’être indépendants et libres. Mais la base même de notre métier est biaisée par le fait que nous ne disposons pas des outils et des sources nécessaires pour assurer un suivi juste et objectif des situations. Partant de ce constat, nous n’avons tout simplement pas les ressources, le recul et la légitimité pour parler de ces sujets. Et pourtant nous en parlons, avec verve et certitude. C’est une des bases du métier apprise à l’école : « même quand vous ne savez pas de quoi vous parlez, donnez l’impression d’être un expert ». Je ne crois pas que cette orientation soit lié à un quelconque complot ou à un choix assumé. Cela à trait, selon moi, à quelque chose d’un ordre inconscient. Personne ne part du principe qu’il est dans le camp du méchant. Nous faisons partie de l’Occident, avec ses codes, ses références, ses intérêts, sa culture, son histoire. Les journalistes occidentaux, dans leur grande majorité, assument et intègrent donc, ce parti pris originel, cette identité initiale. Le travail d’un journaliste devrait donc être avant toute chose, quand il parle d’un sujet international aussi grave qu’une guerre ou qu’un conflit larvé, de s’oublier.

De sortir de lui-même pour appréhender les situations sous un angle neuf, le plus objectif possible.

Le leurre du journalisme-citoyen comme solution

Je précise également que je pense profondément que les journalistes sont d’une importance capitale et irremplaçable. Avec l’émergence et la formidable montée en puissance des réseaux sociaux, on constate que le journalisme-citoyen a le vent en poupe. C’est une bonne chose. Le journalisme institutionnel, traditionnel est extrêmement critiqué (rappelons qu’il s’agît de l’une des professions les plus détestées) et certains se réjouissent de sa disparition à moyen terme. Je pense d’une part, que ce serait une catastrophe et d’autre part, que cela n’arrivera pas. Pour moi, l’information constitue une matière brute, indigeste. Notre travail consiste à la préparer, la cuisiner, pour que les citoyens puissent la consommer et la digérer. Toute la difficulté de notre travail réside en ce point : simplifier, reformuler l’information sans la travestir ou la déformer. C’est un travail délicat et indispensable, qui s’apprend, qui demande du temps et des efforts.

Le journalisme dit « citoyen » doit être un complément et non un substitut à son aîné.

Prostitués de l’intellect

Quand on regarde la presse occidentale et celle des pays arabes ou des pays en voie de développement sur des sujets aussi variés que le conflit israélo-palestinien, la guerre civile en Ukraine ou la guerre en Syrie, les différences sont frappantes et le constat est clair : nous défendons, malgré nous, des intérêts.

« Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! »

Cette phrase, attribuée à l’ancien rédacteur en chef du New York Times, John Swinton, date de 1880. Je ne suis pas le premier à relever qu’elle est d’une confondante actualité. Ayant travaillé dans un pays arabe, la différence d’approche sur certains sujets géopolitiques est très forte. Je constate cependant, et cela me semble important à relever, que la vision sur l’économie mondiale est en revanche la même chez les élites journalistiques arabes et occidentales. L’ultra-libéralisme me semble avoir de beaux jours devant lui car les vives critiques qu’il rencontre sont l’apanage d’hommes isolés ou de groupes qualifiés, au mieux d’utopistes, de penseurs minoritaires et/ou gauchistes, au pire de complotistes. Cela me déprime d’avoir l’impression (fausse certainement) d’être plus à même de conduire un débat ou une interview sur des sujets de relations internationales que mes éminents collègues des chaînes d’information en continu. Sont-ils ignorants à ce point ? Jouent-ils les candides ? Ont-ils peur ? Sont-ils soumis à des consignes, des pressions ? S’autocensurent-ils ? Cela me déprime également de voir les plus brillants de mes anciens camarades en école de journalisme s’être reconvertis, par dépit ou par choix, dans des domaines aussi variés que passionnants. J’ai l’impression que pour réussir dans le journalisme, il ne faut pas être le plus intelligent ou le plus honnête, mais être celui ou celle qui avalera le plus de couleuvres sans tressaillir.

A l’image du monde d’aujourd’hui, peut-être.

Complotiste !

Et cela m’amène à une conclusion pessimiste. Je l’ai dit plus haut. Je suis un homme curieux. Je m’intéresse à peu près à tout et à tous les avis. Je ne pense pas que la légitimé se gagne par la reconnaissance, par les titres ou par les postes. Cette curiosité m’a amené à lire et à écouter des avis extrêmement variés. Certains m’ont fait peur, d’autres m’ont passionné, d’autres encore m’ont questionné. Mais je constate que, loin de créer une émulation naturelle dans toute société démocratique qui se respecte, la contestation et le questionnement de l’ordre économique et géopolitique établi, rencontrent dans l’immense majorité des cas, une limite insurmontable et insupportable : la délégitimation par l’insulte.

Vous estimez que le néoconservatisme américain est une idéologie dangereuse, potentiellement guerrière ? Vous êtes un complotiste ! Vous êtes impressionné par le travail de Naomi Klein sur le capitalisme du désastre ? Complotiste ! Vous trouvez Michel Collomb un peu excessif mais redoutable quand il parle des médias mensonges ? Complotiste ! La version officielle des attentats du 11 septembre vous semble un peu légère et vous estimez que nous sommes en droit de nous poser des questions (et d’inciter à lire l’enquête d’Éric Laurent, par exemple) ? Complotiste ! Vous considérez que le traité euro-atlantique devrait être le principal sujet de discussion actuel tant ses implications à long terme sont lourdes ? Calmez-vous, excentrique !

Et maintenant ?

Que dire ? Que répondre face à des insultes et des qualificatifs si lourds de sens et pourtant si vides de contenus ? Pour l’instant, j’ai la chance de ne pas être trop exposé. Ma jeune carrière m’a amené à conduire ces débats en cercles restreints, avec pour conséquences bénignes, de rares énervements passagers entre collègues. Mais je constate qu’il coûte cher de se poser certaines questions dans cette profession. Or, je ne veux pas choisir de camp. Comme Brassens avec l’oncle Martin et l’oncle Gaston. Je ne veux pas choisir entre un système et des rebelles. J’aimerais juste être dans un monde où le débat est une chose reconnue comme importante et capitale. Il me semble qu’au contraire, nous nous dirigeons vers une société vidée de toute émulation de ce type. Une société uniformisée, aseptisée, manichéenne, où, pour reprendre la métaphore de Naomi Klein sur le capitalisme du désastre, des « zones vertes » officielles et adoubées s’affronteront à des « zones rouges » considérées comme menaçantes et maladives.

Des solutions semblent émerger, les gens s’organisent, une portion de la jeunesse bouge, se mobilise. Mais je ne suis pas sûr que cela suffise. Une partie de cette frange se radicalise et se perd. Une autre s’essouffle et abandonne. Une dernière enfin, résiste et invente de nouveaux modes de pensées, d’échanges, de débats (éducation populaire, mouvements politiques, blogs, etc..). Le journalisme tel qu’il existe aujourd’hui doit écouter les critiques et ne pas s’enfermer dans une posture de victime. Les jeunes journalistes ont leur révolution à conduire. Exiger davantage de moyens humains, trouver de nouvelles sources de financement et d’information, refuser la marchandisation de l’information et assumer leurs positionnements idéologiques. Informer, simplifier, raconter, c’est notre métier, notre chance.

A nous de le faire évoluer sans crainte, ni tabou, pour pouvoir le pratiquer honnêtement et plus sereinement.

Léonard (le prénom a été changé)

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[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La France, #Les média, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #L'OTAN.

27 novembre 2014.

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Petit point en rapport avec la vision internationale de Mediapart

Je reçois souvent des mails de votre part me disant en gros “Mediapart sur l’Ukraine, c’est plus possible, je résilie mon abonnement !”.

Je trouve ça très dur, car je trouve que Mediapart est clairement parmi ce qui se fait de mieux dans les grands médias sur la dénonciation du pouvoir de la finance (supers billets de Martien Orange, une référence !), du néolibéralisme, des dérives politiques et démocratiques, des problèmes des grands médias, etc.

J’ai entendu une conférence de Plénel cet été sur les dangers qui courent sur la Démocratie, et c’était vraiment très très bien…

MAIS il y a un vrai souci sur l’international, c’est clair…

Exemple de ce we, à la Une de Mediapart :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…
[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

(fichtre que je n’aime pas toutes ces histoires de listes nominatives de semi-proscrits et ici de propos des années 30…)

J’ai regardé pour info, cette banque historiquement tchèque est quand même la 151e banque russe (fichtre…)

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Propriété d’un certain Roman Popov :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…
[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Bon, ok. Donc si je comprends bien, cette banque a prêté de l’argent au FN.

Je rappelle que les dons étant interdits, le FN devra donc rembourser cet argent…

Et donc Mediapart s’inquiète donc très très fort à cause de “ces millions russes”, qui pourraient constituer une éventuelle “ingérence étrangère dans la vie politique française” – rejoignant ici le fameux “le parti, non seulement de l’anti-Europe, mais de l’anti-France.” de BHL en mai 2014.

L’article précise :

“Un proche conseiller de la présidente du FN confirme lui aussi à Mediapart la signature de ce prêt, d’un taux d’intérêt fixé a 6% “ Si l’on en croit Marine Le Pen, c’est à contrecœur que le Front national s’est tourné vers les banques étrangères. « Notre parti a demandé des prêts à toutes les banques françaises, mais aucune n’a accepté, a-t-elle expliqué, le 23 octobre, à L’Obs. Nous avons donc sollicité plusieurs établissements à l’étranger, aux États-Unis, en Espagne et, oui, en Russie. » [...] « On a pris des contacts avec beaucoup de banques françaises et européennes, a expliqué Me Wallerand de Saint-Just, trésorier du Front national à Mediapart, fin octobre. C’est niet en France. Ils ne prêteront pas un centime après le rejet des comptes de Nicolas Sarkozy. Nous, on a élargi le cercle. Ce genre de négociations, plus c’est discret mieux c’est. On a pris des contacts avec les plus grosses banques. On a envoyé des lettres, c’est tout. La plupart du temps, on n’a pas de réponse. » [...] Jean-Luc Schaffhauser a confirmé : [...] « Les banques sont très frileuses pour prêter aux partis politiques, quels qu’ils soient, confie un membre du bureau politique du parti. Ce n’est pas un boycott du Front national, c’est une crainte généralisée. À partir du moment où ce n’est pas un don, ni une subvention, ce qui serait interdit venant d’un État étranger, cela ne me choque pas. »

Notez que rien que cette situation pourrait susciter un intéressant débat sur les moyens de financer les partis ou sur le rôle des banques…

(PS : non, je ne suis pas là pour défendre du tout le FN que je ne soutiens en rien, ce n’est pas ce point là qui m’intéresse)

Je note ne pas avoir vu d’alerte Mediapart sur le fait que, par exemple, l’UMP – dont nous avons analysé les comptes, qui montrent que cette structure est en fonds propres négatifs depuis sa création, ce qui signifie qu’elle ne survit que par la générosité de prêts bancaires (français, ouf !)

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Moi, il me semble très gênant qu’un parti politique dépendent du bon vouloir de banques privées pour survivre – étonnez-vous que la droite ne réforme pas le secteur après… Petit problème “d’ingérence” ?

Mais plus largement, cette idée “d’ingérence russe”, “de propagande russe” est quand même grotesque : alors comme ça, Poutine voudrait dépenser de l’argent pour corrompre la politique d’un pays, “acheter des soutiens” et donc il choisit… tadam, le FN !!!! Le parti avec 0 ministres, 2 députés et 2 sénateurs (sur 900), et un audience médias absolue – TREEEEEMBLE RÉPUBLIIIIIQUE ! C’est d’une logique imparable… (et qu’on ne vienne pas faire croire que le prix d’un Cahuzac ou d’un Thevenoux soit si élevé…)

Alors du coup, comme Mediapart s’inquiète fort justement du risque d’influence étrangère sur la politique du pays, je me dis, “mais c’est bizarre, ont-ils enquêté sur l’influence américaine en France – qui me semble un peu plus prégnante que l’influence russe ?”

Alors au hasard, ont-ils enquêté sur les Young Leaders de la French American Fundation (dont nous parlerons bientôt, nous…), “issus de la politique, de la finance, de la presse « à fort potentiel de leadership et appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines » et qui permet donc de développer « des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays » ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Ah flute…

Bon, au moins 1 ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Ah flute…

Bon, c’est dommage, car il avait par exemple :

  • François Hollande
  • Emmanuel Macron
  • Pierre Moscovici
  • Marisol Touraine
  • Arnaud Montebourg
  • Najat Vallaud-Belkacem
  • Fleur Pellerin
  • Matthias Fekl
  • mais aussi Aquilino Morelle

Bon, n’ayez crainte, on reverra bientôt Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab à l’UMP…

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

En abrégé peut être ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Caramba, encore raté..

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Allez, un dernier : le German Marshall Fund ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Bon, rien en enquête, et en citation on a droit à “un cercle de réflexion” ! Sérieusement ??? Un machin qui s’appelle Fonds ? Qui a un bilan de :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

200 millions de dollars ! Et qui dépense tous les ans juste :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

37 millions de dollars !!!

Ok, dormez braves gens… Et attention à la propagande russe !!!!!

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Mais est-ce étonnant ?

Je rappelle certains propos de Mitterrand (qui n’avait QUE les services secrets à son service) sur Edwy Plénel :

« Il faudra tout de même qu’on sache qui est vraiment ce monsieur Plenel. […] Il parlera moins haut quand on saura qu’il travaille pour une puissance étrangère. » [propos de François Mitterrand rapporté par Gérard Colé à Pierre Péan, cité dans La Face cachée du Monde, 2003]

Confirmé par une autre source :

« Plenel ? Il ne m’a pas lâché pendant dix ans et j’ai fini par penser qu’il travaillait lui aussi pour les Américains. » [propos de François Mitterrand rapporté par Pierre Favier, journaliste longtemps accrédité à l'Élysée, La décennie Mitterrand, 1999]

Et une troisième :

Cela rappelle un autre propos de Mitterrand, plus général, sur les journalistes à scoops :

« Il ne faut pas croire qu ‘il y ait des envoyés spéciaux, fins limiers, remarquables journalistes, Rouletabille inlassables, allant chercher l ‘information. Non, ils attendaient à leur bureau où on venait leur apporter des informations.» [Mitterrand, portrait total, Pierre Jouve, 1986]

Je ne veux pas ici diffamer M. Plénel, je n’ai évidemment aucune idée de la véracité ou non de la chose.

Mais on peut aussi faire un lien avec les agissements de la NSA. Si on réfléchit en se mettant à la place des services secrets américains : vous avez accès aux données de la NSA qui espionne, de plus ou moins près, à peu près toutes les personnes avec un peu de pouvoir dans le monde. Donc vous connaissez tous les fraudeurs, tricheurs, adultérins, etc. Qu’en faites-vous ? Vous pouvez tenter de faire pression sur eux si les choses sont graves, mais enfin, cela ne marche pas toujours. Moi, il me semblerait logique d’approcher des journalistes amis, et de leur donner des informations croustillantes qui vont les respectabiliser, les mettre à la une. Même pas besoin d’un deal explicite après : il semble clair qu’ils vont éviter de trop vous critiquer par la suite, surtout quand on est “le phare de la liberté” mondial… Non ?

Bref, en conclusion, et pour répondre aux mails que je reçois donc régulièrement, cela ne me choque pas de continuer à soutenir Mediapart pour tout ce qu’ils apportent. Disons qu’il est assez probable que vous apprendrez ainsi “Tout ce qu’on vous cache et qui ne dérange pas les Américains” – et cela est déjà énorme. Après, il faut juste ne pas avoir trop confiance dans le regard international porté, et de croiser de multiples sources d’informations externes pour la partie “Tout ce qu’on vous cache et qui dérange les Américains”…

Mais bon, ce n’est que mon avis…

39 réponses à [2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

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27 nov 2014 En Occident, le respect de la vérité n’existe plus, par Paul Craig Roberts Mots-clefs : Mots-clefsPaul Craig Roberts Commentaire(s) 15 commentaires Imprimer 19 Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics. Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Sa vision décape, en général… Sans adhérer à tout, elle permet à chacun d’aiguiser son esprit critique… Paul Craig Roberts Paul Craig Roberts Les médias occidentaux ont prouvé aux yeux de tous qu’ils constituent soit une bande d’idiots ignorants et incompétents, soit une maison de passe qui vend des guerres pour de l’argent. Les médias occidentaux ont aveuglément suivi Washington et ont accusé la Russie d’avoir abattu l’avion malaisien. Aucune preuve n’a été fournie. A la place, les médias ont répété en boucle la même histoire. Washington a dissimulé la preuve que Kiev était responsable. L’objectif des médias n’était pas la vérité, mais la diabolisation de la Russie. A présent, nous avons l’histoire médiatique de la colonne de blindés russes qui aurait prétendument franchi la frontière ukrainienne et été détruite par les troupes désorganisées ukrainiennes, des forces que l’EIIL éliminerait en quelques minutes. Les reporters britanniques ont fabriqué cette histoire, à moins qu’elle ne leur ait été servie par un agent de la CIA travaillant à la scénarisation de la guerre. Tout le battage de la peu recommandable BBC autour de cette histoire s’est fait sans la moindre enquête. Les médias allemands, y compris Die Welt, ont beuglé l’histoire à travers l’Allemagne, sans s’inquiéter de l’absence de preuve. L’agence de presse Reuters, également sans enquêter, a relayé l’histoire. Des lecteurs me précisent que la chaîne CNN a diffusé cette fausse histoire 24h/24, 7jours/7. Bien que je ne puisse pas supporter de la regarder, je soupçonne que Fox “news” s’est également jetée sur ce canard boiteux. Des lecteurs me signalent que mon ancien journal, le Wall Street Journal, qui est tombé si bas qu’il en est devenu impossible à lire, a aussi répandu cette fausse information. J’espère qu’ils se trompent. Personne n’aime voir son ancienne maison tomber en ruine. La version médiatique est grotesque pour plusieurs raisons qui devraient être évidentes aux yeux de toute personne normale. La première raison est que le gouvernement russe a indiqué clairement que son but est la désescalade. Quand d’autres anciens territoires russes qui font aujourd’hui partie de l’Ukraine ont suivi la Crimée, ont voté leur indépendance et ont demandé la réunification avec la Russie, le président Poutine a refusé. Pour souligner sa volonté d’apaisement, le président Poutine a demandé à la Douma russe d’abroger son autorisation d’intervenir militairement en Ukraine pour le compte des anciennes provinces russes. Comme le gouvernement russe qui, contrairement à Washington ou aux gouvernements de l’UE, met en avant la légalité et l’Etat de droit, les forces militaires russes ne pourraient pas être envoyées en Ukraine avant que la Douma n’accorde à nouveau à Poutine le droit de le faire. La deuxième raison pour laquelle cette histoire est évidemment fausse est que si le gouvernement russe décidait d’envahir l’Ukraine, la Russie n’enverrait pas un petit groupe de blindés, sans couverture aérienne ou d’autres troupes. Si la Russie envahit l’Ukraine, ce sera avec une puissance capable de terrasser les forces désorganisées ukrainiennes, pour la plupart des milices semi-privées menées par des néonazis. La « guerre » durerait quelques heures, après quoi l’Ukraine tomberait aux mains de la Russie, là où elle se trouvait durant des siècles jusqu’à l’éclatement de l’Union Soviétique et jusqu’aux efforts fructueux de Washington en 1991, qui a profité de la faiblesse russe pour en démembrer les provinces constitutives. La troisième raison pour laquelle l’histoire est évidemment fausse est qu’aucune des agences de presse occidentales qui se sont enflammées sur cette histoire n’a présenté le moindre début de preuve. Ce dont témoigne cette histoire montée de toutes pièces, c’est du manque total d’intégrité de l’ensemble des médias occidentaux. Une histoire totalement dépourvue de preuve a été diffusée dans le monde entier. La Maison-Blanche a diffusé un communiqué mentionnant qu’elle ne pouvait pas confirmer cette information, mais la Maison-Blanche continue néanmoins à lancer des accusations contre la Russie, accusations que la Maison-Blanche ne peut étayer d’aucune preuve. Par conséquent, la répétition par l’Occident de mensonges éhontés s’est transformée en vérité pour un grand nombre de personnes. Comme je l’ai mis en avant dans mes articles, ces mensonges occidentaux sont dangereux, car ils poussent à la guerre. Le même groupe à Washington et les mêmes « médias » occidentaux racontent des mensonges du même type que ceux qui ont justifié les guerres de Washington en Irak (armes de destruction massive), en Afghanistan (talibans = Al Qaïda), en Syrie (utilisation d’armes chimiques), en Libye (tout un assortiment d’accusations ridicules) et au Pakistan, au Yémen et en Somalie, où l’armée américaine continue ses meurtres à ce jour. La ville sur la colline, la lumière du monde, la maison du peuple exceptionnel et indispensable est la demeure des mensonges de Satan, où la vérité est interdite et où la guerre est la dernière manche. Mise à jour : Après avoir prétendu que le convoi humanitaire russe contenait des troupes d’invasion dissimulées, le gouvernement-larbin de Kiev a été forcé par les faits d’admettre officiellement que les camions ne contenaient que de l’aide humanitaire pour les populations qu’il bombarde à l’artillerie lourde. http://rt.com/news/180844-ukraine-recognizes-russia-humanitarian-aid/ Source : Paul Craig Roberts, le 17/08/2014 Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr/. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source. 15 réponses à En Occident, le respect de la vérité n’existe plus, par Paul Craig Roberts. Le site d'Olivier Berruyer.

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La République, #La France, #La nation ., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Ukraine, #La guerre

27 novembre 2014.

En Occident, le respect de la vérité n’existe plus, par Paul Craig Roberts

Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics. Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Sa vision décape, en général… Sans adhérer à tout, elle permet à chacun d’aiguiser son esprit critique…

Paul Craig Roberts

Paul Craig Roberts

Les médias occidentaux ont prouvé aux yeux de tous qu’ils constituent soit une bande d’idiots ignorants et incompétents, soit une maison de passe qui vend des guerres pour de l’argent.

Les médias occidentaux ont aveuglément suivi Washington et ont accusé la Russie d’avoir abattu l’avion malaisien. Aucune preuve n’a été fournie. A la place, les médias ont répété en boucle la même histoire. Washington a dissimulé la preuve que Kiev était responsable. L’objectif des médias n’était pas la vérité, mais la diabolisation de la Russie.

A présent, nous avons l’histoire médiatique de la colonne de blindés russes qui aurait prétendument franchi la frontière ukrainienne et été détruite par les troupes désorganisées ukrainiennes, des forces que l’EIIL éliminerait en quelques minutes. Les reporters britanniques ont fabriqué cette histoire, à moins qu’elle ne leur ait été servie par un agent de la CIA travaillant à la scénarisation de la guerre. Tout le battage de la peu recommandable BBC autour de cette histoire s’est fait sans la moindre enquête. Les médias allemands, y compris Die Welt, ont beuglé l’histoire à travers l’Allemagne, sans s’inquiéter de l’absence de preuve. L’agence de presse Reuters, également sans enquêter, a relayé l’histoire. Des lecteurs me précisent que la chaîne CNN a diffusé cette fausse histoire 24h/24, 7jours/7. Bien que je ne puisse pas supporter de la regarder, je soupçonne que Fox “news” s’est également jetée sur ce canard boiteux. Des lecteurs me signalent que mon ancien journal, le Wall Street Journal, qui est tombé si bas qu’il en est devenu impossible à lire, a aussi répandu cette fausse information. J’espère qu’ils se trompent. Personne n’aime voir son ancienne maison tomber en ruine.

La version médiatique est grotesque pour plusieurs raisons qui devraient être évidentes aux yeux de toute personne normale.

La première raison est que le gouvernement russe a indiqué clairement que son but est la désescalade. Quand d’autres anciens territoires russes qui font aujourd’hui partie de l’Ukraine ont suivi la Crimée, ont voté leur indépendance et ont demandé la réunification avec la Russie, le président Poutine a refusé. Pour souligner sa volonté d’apaisement, le président Poutine a demandé à la Douma russe d’abroger son autorisation d’intervenir militairement en Ukraine pour le compte des anciennes provinces russes. Comme le gouvernement russe qui, contrairement à Washington ou aux gouvernements de l’UE, met en avant la légalité et l’Etat de droit, les forces militaires russes ne pourraient pas être envoyées en Ukraine avant que la Douma n’accorde à nouveau à Poutine le droit de le faire.

La deuxième raison pour laquelle cette histoire est évidemment fausse est que si le gouvernement russe décidait d’envahir l’Ukraine, la Russie n’enverrait pas un petit groupe de blindés, sans couverture aérienne ou d’autres troupes. Si la Russie envahit l’Ukraine, ce sera avec une puissance capable de terrasser les forces désorganisées ukrainiennes, pour la plupart des milices semi-privées menées par des néonazis. La « guerre » durerait quelques heures, après quoi l’Ukraine tomberait aux mains de la Russie, là où elle se trouvait durant des siècles jusqu’à l’éclatement de l’Union Soviétique et jusqu’aux efforts fructueux de Washington en 1991, qui a profité de la faiblesse russe pour en démembrer les provinces constitutives.

La troisième raison pour laquelle l’histoire est évidemment fausse est qu’aucune des agences de presse occidentales qui se sont enflammées sur cette histoire n’a présenté le moindre début de preuve.

Ce dont témoigne cette histoire montée de toutes pièces, c’est du manque total d’intégrité de l’ensemble des médias occidentaux.

Une histoire totalement dépourvue de preuve a été diffusée dans le monde entier. La Maison-Blanche a diffusé un communiqué mentionnant qu’elle ne pouvait pas confirmer cette information, mais la Maison-Blanche continue néanmoins à lancer des accusations contre la Russie, accusations que la Maison-Blanche ne peut étayer d’aucune preuve. Par conséquent, la répétition par l’Occident de mensonges éhontés s’est transformée en vérité pour un grand nombre de personnes. Comme je l’ai mis en avant dans mes articles, ces mensonges occidentaux sont dangereux, car ils poussent à la guerre.

Le même groupe à Washington et les mêmes « médias » occidentaux racontent des mensonges du même type que ceux qui ont justifié les guerres de Washington en Irak (armes de destruction massive), en Afghanistan (talibans = Al Qaïda), en Syrie (utilisation d’armes chimiques), en Libye (tout un assortiment d’accusations ridicules) et au Pakistan, au Yémen et en Somalie, où l’armée américaine continue ses meurtres à ce jour. La ville sur la colline, la lumière du monde, la maison du peuple exceptionnel et indispensable est la demeure des mensonges de Satan, où la vérité est interdite et où la guerre est la dernière manche.

Mise à jour : Après avoir prétendu que le convoi humanitaire russe contenait des troupes d’invasion dissimulées, le gouvernement-larbin de Kiev a été forcé par les faits d’admettre officiellement que les camions ne contenaient que de l’aide humanitaire pour les populations qu’il bombarde à l’artillerie lourde. http://rt.com/news/180844-ukraine-recognizes-russia-humanitarian-aid/

Source : Paul Craig Roberts, le 17/08/2014

Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr/. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

15 réponses à En Occident, le respect de la vérité n’existe plus, par Paul Craig Roberts

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La FRANCE doit reconnaître l'État de PALESTINE [M'PEP]

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Politique étrangère, #La France, #La République, #La nation ., #Israël et la Palestine, #Palestine libre

La FRANCE doit reconnaître l'État de PALESTINE [M'PEP]
La FRANCE doit reconnaître l'État de PALESTINE [M'PEP]

Le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP)



Le 28 novembre 2014, l'Assemblée Nationale votera sur la reconnaissance d'un Etat palestinien. 135 pays ont déjà reconnu officiellement l'Etat de Palestine.

Les organisations membres du Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI), dont fait partie le M’PEP, qui militent depuis plus de 10 ans pour l'existence de deux Etats, un Etat palestinien dans les frontières de 67 avec Jérusalem Est comme capitale à côté de l'Etat israélien, appellent solennellement les députés français à voter en faveur de cette reconnaissance, comme viennent de le faire plusieurs parlements européens.

Le M’PEP appelle au rassemblement
du vendredi 28 novembre 2014 à 18h30
Place des Innocents à Paris

ainsi qu’à ceux organisés dans différentes villes à l’appel des organisations du CNPJDPI
pour la reconnaissance par la France de l’État de Palestine.

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Histoire de l'austérité en France depuis 1976. Le blog d'Eldiablo.

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation, #La nation ., #La France, #La République, #La gauche, #Europe supranationale, #Economie, #La lutte des classes, #Le capitalisme;

Extraits des journaux télévisés depuis 1976 sur la propagande médiatique orchestrée autour de la dette et des politiques d'austérité : la France vivrait parait-il au-dessus de ses moyens… depuis 50 ans ! On s'aperçoit du gros baratin qui depuis nous stresse pour mieux nous voler. Du gros foutage de gueule auquel hélas trop de Français croient encore aujourd'hui. Il n'y a pas de dette, il y a un système mis en place pour asservir les peuples et les dépouiller.

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Rafale, Mistral, et autres vents...par Valentin Martin et Jacques Maillard. Publié par le Comité Valmy.

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La République, #La nation ., #La France, #L'armée française, #Europe supranationale, #La Russie, #La guerre

Rafale, Mistral, et autres vents...par Valentin Martin et Jacques Maillard. Publié par le Comité Valmy.

Rafale, Mistral, et autres vents...

par Valentin Martin et Jacques Maillard

mardi 25 novembre 2014,

par Comité Valmy

Rafale au catapultage.

Rafale au catapultage.

Rafale, Mistral, et autres vents...
Les origines

En 1952, l’armée américaine implanta un commandement permanent en Europe (EUCOM). Plusieurs centaines de milliers d’hommes furent déployés de façon permanente sur le territoire européen. Mais après la « destruction » de l’URSS et jusqu’à ce jour, l’EUCOM resta implanté en Europe. Une de ses missions affichée était la vente d’armes à l’étranger (1).

Les industriels de l’armement étatsuniens n’ont jamais caché leur volonté d’hégémonie totale sur l’industrie européenne (2) . Néanmoins, au lendemain de la guerre froide, ils comprirent vite qu’un monopole total dans ce secteur n’était pas sans danger et qu’il pouvait entraîner un phénomène de rejet de la part de certains pays européens eux-mêmes dotés d’industries indépendantes. Ils mirent aussi en place un système plus subtil de dite « coopération » avec les industriels européens. Un cadre politique particulier leur permit de conserver leur domination, sous l’apparence d’une concurrence libre et non faussée entre Europe et Etats-Unis. En 1991, ils mirent en place le Conseil de la Coopération Nord-Atlantique (NACC), auquel succéda en 1997 le Conseil pour le Partenariat Euro-Atlantique (EAPC). Celui-ci faisait de la coopération en matière d’armement une priorité. Il était admis, tacitement puis explicitement, que les projets de coopération devaient être dirigés par les Etats-Unis, lesquels jouaient le rôle de « pays dirigeant » (« pilot nation »)(3) .

Au même moment, à travers l’intégration supranationale européenne, véritable corollaire politique de l’OTAN, avec le traité de Maastricht, une « Europe de la défense » biaisée voyait le jour : elle devait s’inscrire, selon son traité de fonctionnement, dans le « respect de l’alliance atlantique(3) », ce qui ne fut jamais démenti par la suite. En 1992 furent créés les Eurocorps, présentés comme une « force d’intervention spéciale de l’OTAN », structure ayant elle-même systématiquement été sous commandement américain.

La « coopération »

Les industries nationales de défense, notamment françaises, étaient alors considérées comme des industries excessivement politiques par les Américains. Souvent nationalisées, elles étaient contrôlées par l’Etat, dans le but d’équiper la Défense de la patrie et des nations alliées. En 1996, l’Union Européenne se dota d’une Organisation de coopération conjointe d’armement, l’OCCAR, afin de développer des projets d’armement dans un cadre européen. A une époque où la France était encore en dehors de l’organisation intégrée militaire de l’OTAN, cela permettait de renforcer les liens entre l’industrie de l’armement et l’OTAN. L’OCCAR développa plusieurs projets, comme le COBRA, le TIGRE ou l’A400M en coopération directe avec l’agence spécialisée de l’OTAN (NSPA (4) ).

En 2000, les grandes entreprises nationales d’aéronautique furent fusionnées en une société européenne, (European Aeronautic Defence and Space Company, EADS). Cela permit de marginaliser la production d’avions de chasse français. En effet, dans les années 80, 80% du budget de Dassault était consacré au militaire, aujourd’hui, 75% de son budget est consacré à la fabrication de jets privés destinés aux Etats-Unis ou aux Pays du Golfe. A plusieurs reprises la direction d’EADS manifesta un alignement sur les positions américaines, indépendamment des choix des dirigeants français (levée de l’embargo de vente d’arme à la Chine)(5) . En 2000, l’entreprise française d’électronique Thomson CSF devint Thales à l’occasion de son alliance avec l’américain Raytheon. L’armée américaine put tirer profit de nos systèmes électroniques et particulièrement de nos systèmes de détection sous-marine. Thalès Brest a produit presque tous ses sonars Flash pour l’armée américaine. Thales Underwater Systems a travaillé en collaboration avec Raytheon(6) .

En 2010, c’est DCNS qui se met « à l’heure européenne ». Un des cadres qui s’était occupé de l’intégration européenne d’EADS est nommé à la « Stratégie et Perspective ». Celui-ci préside une association réunissant les industriels de l’aéronautique américains et europeéns (USAIRE). Un poste des Affaires Européennes de DNCS fut créé à Bruxelles, siège de l’UE et de l’OTAN. Nouvel « Airbus naval », DCNS internationalisa la fabrication de ses navires et de ses sous-marins, en s’alliant avec la Grande-Bretagne (BAE Systems), laquelle constitue un des cinq yeux (« five eyes ») du Pentagone. Au choix qui aurait dû s’imposer, tant du point stratégique, qu’industriel et écologique, de construire un deuxième porte-avions à propulsion nucléaire, DCNS préféra payer des centaines de millions d’euros d’études aux Anglais, pour fabriquer un porte-avions à propulsion classique. De même pour les sous-marins : les Barracudas sont construits en collaboration avec les équipementiers anglais. Rappelons que le SNA « HMS Astute » s’était distingué en 2011 par une tuerie survenue à son bord. A cause des locaux de vie trop petits, trop chauds et trop humides, en dépit de l’augmentation du tonnage du bâtiment et de son automatisation, un des sous-mariniers était devenu fou.

Les importations outre-atlantiques

La constitution de l’Europe de l’armement a permis aux industriels américains d’y exporter leurs produits et de réduire la part de l’industrie des pays d’Europe dans les exportations mondiales (7). Les missiles sol-sol MILAN furent remplacés par les Javelin de Lockheed pour les troupes françaises en Afghanistan. Les avions JSF de Lockheed envahirent le marché européen. La vieille tradition de lobbying de la compagnie qui avait débuté dans les années 70 avec l’affaire Lockheed culmina. Neelie Kroescommissaire européen à la concurrence vient du directoire de Lockheed. Pourtant, les F35 sont très contestés, même au sein de l’armée américaine. L’armée française s’approvisionna en drônes MALE Reapers exclusivement auprès de Lockheed. Enfin, tous les projets dits « européens » qui firent doublon avec ceux de l’industrie américaine, comme Galileo, connurent des déboires, un surcoût et un retard important.

La recherche

Aujourd’hui, tous les corps de l’US Army ont leurs services de recherche chargés de « surveiller » (« monitoring ») la recherche en Europe. Pour la Marine, c’est l’Office of Naval Research, dont les bureaux sont à Londres et à Prague (ouvert en 2010). Les envoyés de l’ONR multiplient les visites dans les écoles publiques françaises comme l’Ecole Navale où elle finance des projets (NICOP), ou dans les industries en lien avec l’armement. Il existe les mêmes antennes européennes pour l’armée de terre (European Research Office) et l’armée de l’air (EOARD). Des agents de l’armée américaine, chargés de surveiller la recherche en France et dans les pays voisins, sont attachés au ministère de la défense. La nouvelle stratégie (8) du Department of Defence est la suivante : au lieu de financer des recherches nationales aux Etats-Unis, il faut tirer profit des découvertes à l’étranger, et pour se faire, accroître son emprise (« authoritative awareness ») sur les centres de recherche. C’est sans doute pourquoi le CNRS a vu la création de « zones à régime restrictif » militarisées dans la quasi-totalité de ses départements.

L’affaire des Mistral
Mistral 7

Mistral 7

Les choix d’exportation de matériel militaire ne constituent plus des décisions souveraines. Ainsi du refus de livraison des Mistral. Pour la France, il s’agit d’une aberration technologique car le savoir-faire est déjà transmis, économique puisque nous risquons de perdre 6 milliards d’euros à minima, et diplomatique. Six milliards d’euros, c’est cent euros environ par français, c’est la moitié du budget de la recherche et de l’université. Le précédent de la vente annulée de missiles de DCA S300 de la Russie à l’Iran porte à réfléchir : le contrat initial portait sur 800 millions de dollars, et l’indemnité que devait recevoir l’Iran était de 4 milliards de dollars, selon l’agence russe Novosti. De plus une partie des Mistral est construite en Russie : devrons-nous le couper à nouveau en deux pour le rendre aux Russes ? Enfin, nous risquons de perdre les contrats de Rafales avec l’Inde, qui attend pour signer le contrat définitif de constater la fiabilité de la signature de la France.

La destruction actuelle

Le cas des Mistral s’insère dans la destruction de notre « base industrielle et technologique de défense ». Par exemple :

1) en 2015, malgré les protestations au sein de l’Etat-major, nos chaînes satellitaires de télécommunications (COMSAT NG, ex-Syracuse) seront privatisées.

2) nous fermons les manufactures d’armes pour l’armée de terre, et les appels d’offre pour les futurs fusils d’assaut sont rédigés de manière à exclure les fabricants français (9).

FAMAS F1

FAMAS F1

le nouveau fusil d’assaut de l’armée, remplaçant du FAMAS, a peu de chances d’être français

3) La fabrication de chars lourds (Nexter) est stoppée, et la fusion-absorption par les industriels allemands est mise en place. Le GIAT privatisé ne sera plus qu’une succursale allemande (rêve d’outre Rhin).

4) La fermeture des hôpitaux militaires a pour effet, en dehors de faciliter la privatisation de notre appareil de santé national, livré aux compagnies privées telle General Electric (PDG Mme Gaymard), de détruire et vendre par appartement le patrimoine national, mais aussi d’affaiblir une part essentielle du système de défense.

5) L’abandon systématique de la langue française imposé par le gouvernement et l’Europe dans nos laboratoires, nos universités et nos écoles a pour but de faciliter notre intégration dans le système guerrier occidental et de supprimer notre autonomie intellectuelle scientifique et technique, capitale pour élaborer une souveraineté militaire.

6) Il est clair que la destruction ou la mise sous tutelle de l’appareil de production industrielle, agricole, accompagnée de celle des systèmes de transports et de communication, passant sous contrôle étranger, renforce cette politique d’intégration atlantique strictement militaire.

7) Le Traité transatlantique UE-USA (TAFTA), en cours de négociation secrète par la Commission de Bruxelles et qui jusqu’ici, a reçu à cet égard un chèque en blanc des gouvernements, imposerait sous hégémonie étasunienne, des appels d’offre, des normes, et donc des politiques industrielles de défense totalement intégrées aux pays signataires du TAFTA. Cette même réalité de renoncement national s’imposerait également, aux pays signataires de l’Accord de Partenariat Trans pacifique (Japon, Taiwan et Corée).

Conséquences

Cette politique a quatre conséquences immédiates :

1) Création de conditions matérielles devant empêcher le peuple français de pouvoir se défendre face à un coup d’état ou une invasion aidée par un pouvoir traître. Ceci est renforcé par l’abandon de la conscription. C’est aussi empêcher face à des troubles (guerre civile incitée par l’étranger mettant en cause communauté ou territoire), la capacité de répondre d’un gouvernement souverain. Sans armes, la notion de souveraineté est vidée de son contenu. Ainsi la limite des eaux souveraines fut autrefois fixée à 3 milles nautiques, distance qui correspondait à la portée d’un canon.

2) Empêcher la possibilité pour le peuple français de conserver son indépendance de décision, en particulier de refuser d’entrer dans un conflit qui n’est pas le nôtre (Irak, Syrie, Russie, Iran...).

3) Provoquer une perte importante d’emplois, de compétences, de savoirs et de savoir-faire. En particulier, les savoirs les plus importants concernent la synthèse des informations et l’intégration des compétences. En abandonnant la construction de systèmes complets (ex. Rafale, Famas) et en s’intégrant dans un « grand système mondial d’armement », même si le nombre d’emplois peut augmenter dans un premier temps, à terme c’est une perte sèche qui se produit.

4) Cette « vente par appartement » permet de briser toute synergie entre les acteurs français, et d’annihiler la liberté de recherche et d’expression dans les laboratoires concernés. Ainsi s’explique sans aucun doute la création de « Zones à Régime Restrictifs » dans tous nos laboratoires civils, publics et universitaires, imposant sous le prétexte ridicule de « protection du patrimoine », un régime de couvre-feu et de secret paranoïaque incompatible avec toutes les traditions et principes académiques et scientifiques.

Prospectives

De nombreuses personnes, pensent que le démantèlement du « complexe militaro-nucléaro-industriel français » est une politique pacifique et anti-impérialiste.
Il s’agit exactement du contraire .

1) Si le système actuel n’est pas sans défaut, il permet encore de refuser un conflit. Le peuple français peut, par exemple grâce à référendum prendre des décisions. En Suisse les Grippen, le concurrent du Rafale, ont été renvoyés en Suède par un tel référendum suite à la constatation de surcoût de maintenance inacceptable. Si les conditions politiques ne sont pas actuellement réunies, nous ne devons pas pour autant supprimer les conditions matérielles de la souveraineté populaire qui existent encore.

2) Le système français n’est pas aussi puissant que le système US (heureusement), et donc il est ouvert à des coopérations sur un plan plus égal avec la Russie, le Brésil ou d’autres. Toute coopération non atlantique éloigne la politique française de la politique de l’OTAN. Toute coopération atlantique, et en particulier avec les USA, engage la France dans la politique des USA. C’est la raison pour lesquels les atlantistes français, déclarés (UMP, PS, Modem) ou cachés (Verts, trotskystes) dénigrent systématiquement l’appareil industriel français, par exemple quand le ministre Hervé Morin dénigrait le Rafale lors de sa visite officielle au Maroc.

3) Aux gouvernements des nations occidentales, ou dans leur très proche entourage, se trouvent un certain nombre de personnages désirant ouvertement la guerre, pour maintenir leur prédominance. George Soros aux côtés de Moscovici, Lamy, Piketty, Verhoefstadt, et Enrico Letta a récemment développé la thèse suivante :
la guerre avec la Russie permettra de redonner une « nouvelle vie » à l’Union Européenne en crise (10). La nouvelle « guerre froide » ou « guerre hybride »(11) déclarée à la Russie dans l’est de l’Europe par les USA, l’OTAN et l’UE permettrait de mettre en place cette « économie de guerre ». Le problème de la dette se résoudrait par des investissements massifs dans la production d’armes, les profits en retour étant assurés et massifs car la guerre, même hybride ou froide, ne permet pas de restriction. Par contre, ceux qui sont en dehors de cet effort n’ont aucun droit, et perdront tout.

4) Au sud, parallèlement c’est le chaos qui règne, en Afrique et au Proche-orient, et si possible en Amérique Latine (Colombie, Mexique...). La France perd toute autonomie politique, au nom de la destruction de la « Françafrique », pour ne devenir qu’un acteur à la fois prédateur et compassionnel de la politique atlantiste. L’armée française devient essentiellement une armée d’accompagnement de l’impérialisme US. La politique énergétique, qui transforme AREVA en fournisseur mondial de minerais (pour les chinois en particulier) tout en abandonnant des parties cruciales de notre indépendance énergétique (l’enrichissement de l’uranium en France, contrat URENCO, est fait par des boites noires US...) est une pierre angulaire de cette politique néocoloniale néfaste pour la France et pour l’Afrique.

5) Il faut en dernier lieu signaler que la guerre froide dans l’est de l’Europe peut se transformer en guerre chaude, voire très chaude :

a) Un exercice de l’OTAN se déroule en Estonie, sur le thème : « défense de l’Estonie par l’OTAN en application de l’article 5, suite à une attaque de la Russie ».

b) Un exercice de « défense civile » a été fait en Russie du 4 au 8 octobre mobilisant la moitié de la population (60 millions) et 300 000 sauveteurs (préparation aux bombardements, éventuellement nucléaires).
-c) La Russie, avec l’accord de 80 % de la population, augmente de 30 % son budget militaire l’année prochaine.

d) de multiples incidents ont lieu entre l’OTAN et la Russie, incidents qui peuvent à tout moment dégénérer.

L’utilisation de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord contre la Russie impliquerait la guerre généralisée en Europe. A terme (4-6 mois), ce serait la mobilisation générale de tous les jeunes, garçons et filles recensés. En Ukraine la mobilisation a été déclarée pour tous les hommes entre 18 et 60 ans. Les gares sont bloquées par la police qui rafle tous les jeunes pour les envoyer au front. La guerre moderne n’est pas la guerre de 14 ou de 40. Les soldats seraient d’abord formés, en particulier au grand jeu vidéo (12) , pendant que l’industrie se reconvertirait en quelques mois de la fabrication de voitures, d’Airbus, d’électroménager, en celle de missiles, avions de chasse, pièces détachées, etc. Dans le cas d’une guerre sous contrôle de l’OTAN, cela permettrait, comme sous l’occupation allemande entre 1940 et 1944, que l’industrie et l’économie française passe sous contrôle total et exclusif des maîtres du moment, à savoir les Allemands et les USA aujourd’hui.
Les jeunes partiraient au front, pas forcément pour une année, mais peut-être pour quelques jours, ou quelques semaines, et ce n’est qu’une fois le processus engagé que le peuple verrait dans quelle horreur les démagogues et les traîtres (13) l’auraient emmené.

Valentin Martin, Jacques Maillard
Comité Valmy
Mis en ligne le 20 novembre 2014

Notes :

(1) Voir les déclarations de Kapstein, Johnson (vice-président de l’Aerospace Industry Association).
(2) Guide pour la coopération en matière d’armement
(3) 17.1 alinéa 3 TUE
(4) OCCAR
(5) « Les menaces américaines …. montrent clairement que nous devons tenir compte des Etats-Unis pour ce qui touche à la Chine et Taïwan. Nous sommes dépendants et vulnérables. » (Rainer Hertrich, co-président du directoire d’EADS).
(6) Projet AN/AQS-22

(7) Selon une étude parue en 2013, de 1992 à 2008, les Etats-Unis ont livré aux pays de l’UE : 1663 chars de combat, 857 véhicules blindés de combat, 321 pièces d’artillerie de gros calibre, 324 avions de combat, 94 hélicoptères d’attaque, 6 navires, 6903 missiles et lanceurs. Inversement, les industriels européens n’ont quasiment rien livré aux Etats-Unis. En Europe, les avions de chasse européens sont quasiment trois fois moins nombreux que les avions de chasse américains. Quant aux exportations européennes, de 2003 à 2008, elles chutèrent de 35% des parts de marché mondial à 14% en direction des pays en voie de développement, et de 34% à 16% en direction des pays développés. Les parts des Etats-Unis, elles, restent constantes à plus de 40%.

(8) Strategic Engagement in Global S&T :: Opportunities for Defense Research » (2014)
(9) DSI, septembre 2014
(10) Paris Match et Nouvel Obs
(11) déclaration du SACEUR, commandement militaire de l’OTAN en Europe
(12) Voir l’utilisation militaire du jeu Call of Duty
(13) Code Pénal article 411-2 et 411-3

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