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Le blog de Lucien PONS

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Le post-néolibéralisme et la politique de la souveraineté. Article de Paolo Gerbaudo. (Partie II)

12 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #l'horreur économique, #Le fascisme

Le post-néolibéralisme et la politique de la souveraineté. Article de Paolo Gerbaudo. (Partie II)

Le post-néolibéralisme et la politique de la souveraineté

(Partie II)

 

La souveraineté populaire contre la souveraineté nationale

 

Ce que les discours sur la souveraineté de Trump et Sanders, de Podemos et des Brexiters, ont en commun, est l’idée selon laquelle, pour construire un nouvel ordre social sur les décombres de la globalisation néolibérale, il est nécessaire de revendiquer le droit des communautés politiques définies sur une base territoriale à gérer leur vie collective de façon relativement autonome vis à vis des interférences extérieures. Cette similitude explique pourquoi, malgré leurs énormes différences, il y a des points de superposition entre les populistes de droite et les populistes de gauche. Par exemple, Trump et Sanders ont tous les deux proposé des formes de protectionnisme économique, et des formes d’intervention de l’État sur l’économie, à travers notamment la construction de nouvelles infrastructures.

Exception faite pour ces éléments de similitude, la gauche populiste et la droite populiste sont en profond désaccord sur ce que signifie vraiment souveraineté, et sur le type de contrôle territorial qui doit être reconstruit. Pour les populistes xénophobes de droite, la souveraineté est d’abord la souveraineté nationale, projetée sur un imaginaire ethnique Blut und Boden (« sang et sol »), qui, hormis quelques exceptions de nations politiques, sont souvent définies par des liens ethnico-culturels mobilisés contre ceux – étrangers et migrants – qui semblent mettre en cause l’homogénéité et la sécurité du peuple. La vision de la souveraineté qui s’associe à cette logique politique relève de la philosophie politique de Thomas Hobbes, pour lequel la souveraineté se fondait sur la garantie et la protection offerte par le souverain à ces sujets.

« Il s’agit de revendiquer la souveraineté comme souveraineté populaire et pas uniquement comme souveraineté nationale. »

Les flux globaux que cette vision réactionnaire de la souveraineté considère comme la menace principale sont évidemment les flux migratoires . La souveraineté dans cette perspective signifie d’abord la fermeture des frontières aux migrants, y compris les réfugiés qui fuient des guerres, mais également la mise à l’écart des minorités internes perçues comme non désirables, notamment les musulmans, suspectés de mettre en danger la sécurité et la cohésion sociale. Cette vision xénophobe de la souveraineté était évidente au cours du débat sur le Brexit, où la campagne « Leave » a aussi gagné en exploitant la peur contre les migrants, notamment polonais, perçus et pointés du doigt comme les responsables de la baisse des salaires et de la dégradation des services publics.

La vision progressiste de la souveraineté, qui est au centre des mouvements populistes de gauche, de Podemos à Bernie Sanders, a un sens très différent différente. Il s’agit de revendiquer la souveraineté comme souveraineté populaire et pas uniquement comme souveraineté nationale. En outre, cette vision promeut la souveraineté comme un moyen d’inclusion plutôt que d’exclusion. Cette demande progressiste de souveraineté tire son origine dans les premières lueurs de la gauche moderne, entre la fin du XVIII siècle et le début du XIX siècle. L’idée de souveraineté populaire a été développée dans les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, dans lesquels l’idée que le pouvoir devait passer des mains du monarque à celles du peuple était centrale. Rousseau a, par ailleurs, profondément influencé les jacobins, la Révolution Française et les insurrections populaires du XIX siècle.

Malgré cela, l’idée de souveraineté est tombée dans le discrédit auprès de nombreux mouvements radicaux pendant l’ère néolibérale. La souveraineté a été vue comme un concept autoritaire, étranger à une politique d’émancipation, ainsi qu’elle était présentée dans la critique au concept de souveraineté développée par Michael Hardt et Antonio Negri dans Empire. Toutefois, la nouvelle gauche populiste qui s’est levée après le krach financier de 2008 a redécouvert la question de la souveraineté, et elle s’est convaincue qu’une vraie démocratie est impossible sans la récupération des formes d’autorité territoriale.

La récupération progressiste de l’idée de souveraineté, comme elle est proposée par des phénomènes tels que ceux de Sanders et Podemos, a comme principal ennemi les banques, les entrepreneurs sans scrupules et les politiciens corrompus à leur solde, et non les étrangers, les réfugiés et les minorités ethniques. Les flux financiers et commerciaux, plutôt que les flux migratoires, sont ceux qui sont vus comme la principale menace au bien-être et à la sécurité des communautés. En ce contexte, la souveraineté est perçue comme une arme qui peut être utilisée par le Peuple contre l’Oligarchie, par le plus grand nombre contre les 1%, par l’ensemble des citoyens contre les élites qui contreviennent à la volonté populaire.

Si les leaders populistes progressistes tels qu’Iglesias et Sanders ont souvent utilisé les sentiments patriotiques et s’ils ont vu l’État-nation comme qu’espace central de mobilisation contre le système néolibérale, leur vision de la souveraineté est certainement plus à multi-échelle et plus inclusive que celle des populistes de droite. Elle comprend le niveau local, régional, national et continental. En effet, la souveraineté a souvent été invoquée au niveau local par les formations « municipalistes » qui ont conquis les mairies de Madrid et de Barcelone. Les administrations de Manuela Carmena et d’Ada Colau ont utilisé le pouvoir des juridictions locales pour soutenir l’économie locale, pour limiter les processus de gentrification, et pour lutter contre la rapacité des entreprises de la pseudo « sharing economy », comme Airbnb et Uber. Par ailleurs, Bernie Sanders a fait appel à la souveraineté des communautés des natifs américains, à l’occasion des manifestations contre la construction de la Dakota Access Pipeline (DAPL).

Il est évident que, dans un monde mondialisé et interconnecté comme celui dans lequel nous vivons, une véritable souveraineté populaire, pour être efficace, doit être exercée également au niveau supranational. Le chaos provoqué au Royaume-Uni par le Brexit, et l’incertitude qu’il a engendré sur le futur économique du pays, démontre que ce n’est pas possible dans l’ère contemporaine d’opérer un simple retour à l’échelle nationale, ou du moins cette option n’est pas possible pour les États-nations européens, qui sont trop petits pour pouvoir exercer un contrôle réel sur les processus économiques à l’échelle planétaire. Une politique progressiste de la souveraineté doit trouver le nécessaire équilibre entre le niveau national et celui supranational. C’est la raison pour laquelle les demandes de démocratiser l’Europe, telles que celles avancées par le mouvement DIEM25 guidé par l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, sont importantes.

 

Des frontières perméables

 

Une vision progressiste de la souveraineté doit admettre que l’État-nation n’est pas le seul espace d’exercice de la souveraineté, et que dans le monde contemporain la souveraineté fonctionne à différentes échelles, toutes également légitimes et utilisables comme des moyens pour poursuivre un programme politique progressiste. Du reste, nous vivons dans une époque dans laquelle le lieu de la souveraineté est incertain et dans laquelle le concept même de souveraineté fait l’objet luttes de définition. En ces temps, nous sommes appelés à repenser et à réinventer la souveraineté pour l’adapter aux contours changeants des territoires, des droits et des institutions. Nous devons construire des nouvelles territorialités, conçues non pas comme des espaces à fermeture étanche, mais plutôt comme un espace délimité par des frontières perméables, qui peuvent être ouvertes aux migrants et aux réfugiés et simultanément fermées sur les flux de capitaux spéculatifs et sur les formes dangereuses de commerce global.

« La gauche a un besoin urgent de construire une vision progressiste de la souveraineté »

Le futur nous dira quelle vision de souveraineté s’imposera dans le panorama post-néolibéral et si ce sont les populistes de droite ou de gauche qui gagneront cette bataille pour l’hégémonie dans cette nouvelle phase. À l’heure actuelle, c’est la droite populiste qui semble prendre de l’avance. Cela est dû d’un coté au fait que la majorité des personnes continue d’associer la politique de la souveraineté avec l’État-nation et le nationalisme, et d’un autre côté aux hésitations des forces de gauche et des mouvements sociaux dans la revendication du principe de souveraineté.

Ce qui est clair est que la gauche ne peut pas se permettre de laisser le discours souverainiste à la droite. La demande de récupération de la souveraineté découle d’une expérience réelle de souffrance et d’humiliation déclenchée par la démolition néolibérale des formes de protection qui étaient offertes par l’État-nation. Pour répondre à la colère et au désordre provoqué par la crise économique, politique et morale du néolibéralisme, la gauche a un besoin urgent de construire une vision progressiste de la souveraineté, dans laquelle le contrôle du territoire n’implique pas l’exclusion des étrangers et des minorités ethniques et religieuses, mais l’inclusion des différentes communautés au niveau local, national et transnational dans tous les processus de décision qui les concernent.

Crédit photo : http://www.senso-comune.it/paolo-gerbaudo/post-neoliberismo-la-politica-della-sovranita/

 

http://lvsl.fr/post-neoliberalisme-politique-de-souverainete

 

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Le post-néolibéralisme et la politique de la souveraineté. Article de Paolo Gerbaudo. (Partie I)

12 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique

Le post-néolibéralisme et la politique de la souveraineté. Article de Paolo Gerbaudo. (Partie I)

POLITIQUE

Valerio Arletti 1

Le post-néolibéralisme et la politique de la souveraineté

(Partie I)

 

Article de Paolo Gerbaudo paru initialement le 28 février 2017 dans la revue italienne Senso Comune. Nous avons décidé de traduire cet article car il offre un point de vue riche sur la réémergence du concept de souveraineté. Traduction réalisée par Valerio Arletti.

La crise de la mondialisation néolibérale est en train de se manifester à différentes latitudes. Elle a été démontrée de manière éclatante par la victoire du Brexit au Royaume-Uni et par le succès de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, a ressuscité une des notions politiques les plus anciennes et poussiéreuses : l’idée de souveraineté.

Habituellement entendue comme autorité et capacité de l’État à gouverner sur son territoire, la souveraineté a longtemps été considérée comme un résidu du passé dans un monde de plus en plus mondialisé et interconnecté. Mais aujourd’hui ce principe est invoqué de manière quasi obsessionnelle par l’ensemble des nouvelles formations populistes et des nouveaux leaders qui ont émergés à gauche et à droite de l’horizon politique suite à la crise financière de 2008.

La campagne pour le Brexit au Royaume-Uni, avec sa demande de « reprendre le contrôle », s’est focalisée sur la reconquête de la souveraineté contre l’Union européenne, accusée de priver le Royaume-Uni du contrôle sur ses propres frontières. Dans la campagne présidentielle américaine, Donald Trump a fait de la souveraineté son leitmotiv. Il a soutenu que son plan sur l’immigration et sa proposition de révision des accords commerciaux garantiraient «prospérité, sécurité et souveraineté» au pays. En France, Marine Le Pen prononce le mot « souveraineté » à chaque occasion possible lors de ses divagations contre l’Union européenne, les migrations et le terrorisme, et elle a clairement affirmé que cette idée est son la clef de voute de sa campagne présidentielle. En Italie le Mouvement 5 étoiles a souvent fait appel au principe de souveraineté. Un de ses leaders, Alessandro di Battista, a récemment déclaré que «la souveraineté appartient au peuple» et que l’Italie devrait abandonner l’euro pour reconquérir le contrôle sur sa propre économie.

La question de la souveraineté n’a pas seulement été l’apanage des formations de droite et du centre. Des demandes de récupération de la souveraineté sont aussi venues gauche, un champ dans lequel ce principe a longuement été regardé avec une grande méfiance, à cause de son association au nationalisme. En Espagne, Pablo Iglesias, le leader de Podemos, la nouvelle formation populiste de gauche fondée au début de 2014, s’est souvent qualifié de « soberanista » [N.D.L.R. souverainiste]. Il a adopté un discours très patriote, en faisant appel à l’orgueil et à l’histoire nationale. Tout en refusant le Brexit, Iglesias a soutenu que les États nationaux doivent récupérer leur «capacité souveraine» à l’intérieur de l’Union européenne. Aux États-Unis, Bernie Sanders a critiqué férocement la finance globale et, de façon similaire à Donald Trump, le commerce international. En ce qui concerne le Partenariat Trans-Pacifique (TPP), un traité commercial entre les États-Unis et onze pays de la zone Pacifique, Sanders a soutenu qu’il «minerait la souveraineté des États-Unis».

La revendication progressiste de l’idée de souveraineté peut être reliée au soi-disant « mouvement des places » de 2011, une vague de protestations qui inclut le Printemps arabe, les indignados espagnols, les aganaktismenoi grecs et Occupy Wall Street. Même si ces mouvements ont été décrits comme étant « néo-anarchistes », en continuité avec la longue vague de mouvements antiautoritaires, anarchistes et autonomes post-1968, une de leurs caractéristiques principales a été la demande de caractère typiquement populiste, plutôt que néo-anarchiste, de récupération de la souveraineté et de l’autorité politique au niveau local et national en opposition aux élites financières et politiques.

Les résolutions des assemblées populaires d’Occupy Wall Street ont souvent invoqué le préambule «We the People» de la Constitution américaine, et ils ont demandé une récupération des institutions de l’État de la part du peuple et une réglementation du système bancaire pour contrer la spéculation financière et immobilière. A l’occasion des acampadas également, la souveraineté a émergé en tant que question centrale dans les discussions sur comment résister au pouvoir de la finance et de la Banque centrale européenne, accusées de frustrer la volonté du peuple.

Cette abondance de références à la souveraineté à droite aussi bien qu’à gauche de l’échiquier politique montre comment la souveraineté est devenue le signifiant clé du discours politique contemporain : un terme qui constitue un champ de bataille discursif et politique dans lequel se décidera le sort de l’hégémonie politique dans l’ère post-néolibérale, et qui déterminera si la bifurcation post-néolibérale prendra une direction progressiste ou réactionnaire.

Ce nouvel horizon soulève des questions brûlantes pour la gauche, alors que jusq’ici celle-ci a été tiède à embrasser la question de la souveraineté. L’association de la souveraineté avec l’État-nation, avec sa longue histoire de conflits internationaux et de contrôles répressifs sur les migrants, a conduit de larges secteurs de la gauche à conclure que ce principe est inconciliable avec une politique réellement progressiste. Toutefois, il faut remarquer que la souveraineté – et en particulier la souveraineté populaire – a constitué un concept fondamental dans le développement de la gauche moderne, comme on le voit dans le travail de Jean-Jacques Rousseau et dans son influence sur les jacobins et sur la révolution française. La revendication de souveraineté à laquelle on a assisté à l’occasion des protestations de 2011, dans les discours de Podemos et dans ceux de Bernie Sanders, peut-elle annoncer l’émergence d’une nouvelle gauche post-néolibérale qui se réapproprie la question de la souveraineté comme un élément clé pour construire un pouvoir populaire, combattre les inégalités extrêmes et le déficit démocratique qui  tenaillent nos sociétés ? Quelles formes de souveraineté peuvent-elles être réellement récupérées dans un monde interconnecté au niveau global ? Et jusqu’à quel point est-il vraiment possible de développer l’idée de souveraineté dans un sens progressiste ?

 

Reprendre le contrôle d’un monde où « tout fout le camp »

 

Le retour de la question de la souveraineté dans les débats politiques contemporains révèle que nous nous trouvons face à une profonde crise du néolibéralisme, qui est en train de nourrir la demande de contrôle démocratique sur la politique et sur la société.

La crise financière de 2008, avec les dégâts sociaux qu’elle a engendrés pour des millions de gens, a mis à nu beaucoup de contradictions de fond qui étaient partiellement visibles dans les années 1990 et au début des années 2000, quand le néolibéralisme était triomphant. Les anxiétés qui caractérisaient cette phase de transition se concentrent notamment sur une série de flux – commerce, finance et personnes – qui constituent le système sanguin de l’économie globale.

A l’apogée de l’ère néolibérale, ces flux – et notamment les flux financiers et commerciaux – étaient présentés par la classe dirigeante – et perçus par la majorité de la population – comme des phénomènes positifs et comme une source de richesse. Aujourd’hui, dans un monde caractérisé par la stagnation économique, l’insécurité et l’instabilité géopolitique, la mondialisation et ses flux apparaissent aux populations comme une source de risque plutôt que comme une source d’opportunités. Cela est aggravé par le fait que ce sont des forces qui entravent toute prétention de contrôle des institutions politiques sur le territoire dans leur juridiction.

C’est à partir de cette perception d’absence de contrôle que découle ce désir de « reprendre le contrôle » qui est le leitmotiv du populisme contemporain, ainsi que nous avons pu le voir au cours de la campagne du Brexit. Il s’agit de reprendre le contrôle comme réponse à un monde qui apparaît de plus en plus hors contrôle à cause de l’effet déstabilisant des flux globaux qui fuient le contrôle des institutions démocratiques.

La perception d’une perte de contrôle territorial reflète la manière par laquelle la mondialisation néolibérale a scientifiquement démoli les différentes formes d’autorité et de régulation territoriale, dans l’espoir de transformer la planète en un « espace lisse », facilement traversé par des flux de capitaux, de marchandises et de services. La souveraineté a été de fait l’ennemi juré du néolibéralisme, comme on le voit dans les fréquentes attaques lancées contre ce principe dans la théorie économique néoclassique et dans la philosophie néoconservatrice qui a accompagné le développement du néolibéralisme. Des auteurs tels que Ludwig von Mises, Friedrich von Hayek et Milton Friedman ont considéré les institutions souveraines comme des obstacles aux échanges économiques et aux flux financiers, et comme des interférences à la primauté du marché et à la liberté économique des entrepreneurs et des consommateurs. Selon eux, les États-nations devraient laisser de l’espace à un marché global, le seul souverain légitime selon la Weltanschauung [N.D.L.R. la vision du monde] néolibérale.

Crédit image :

Ce projet a trouvé son application concrète dans les politiques néolibérales de déréglementation économique et financière qui ont été développées à partir de la fin du régime de Bretton Woods et de la crise pétrolière de 1973, pour enfin se généraliser dans les années 1980 et 1990. Les grandes entreprises multinationales qui se sont développées après la Seconde Guerre mondiale ont rapidement constitué une menace pour le pouvoir territorial des États-nations. Ces entreprises ont souvent fait un chantage aux Etats en les menaçant de transférer ailleurs leurs activités pour obtenir des normes fiscales et des normes sur le travail plus favorables à leurs intérêts. La création des paradis fiscaux, qui est allée de pair avec le développement des multinationales, a servi comme moyen pour rendre vain le contrôle souverain sur la fiscalité et sur les flux de capital. Comme le décrit Nicholas Shaxson dans les Îles au trésor, les paradis fiscaux ont bouleversé le système de souveraineté territoriale, en retournant ce principe contre lui-même et en revendiquant la souveraineté pour des petites îles ou des micro-États tels que le Liechtenstein ou Saint-Marin, utilisés comme une sorte de repaire de pirates : des territoires extraterritoriaux dans lesquels il est possible de cacher les gains frauduleux soustraits aux trésors nationaux. Les expédients utilisés dans les dernières années par des entreprises numériques telles que Google, Facebook et Amazon pour l’évasion fiscale ne sont que le dernier chapitre de cette attaque de longue date à la souveraineté fiscale.

En outre, la libéralisation commerciale, réalisée à travers une série de traités commerciaux globaux et à travers la création de l’Organisation Mondiale du Commerce, a également eu pour but d’affaiblir la souveraineté des États-nations, en les privant de toute capacité de protéger leurs industries locales par l’utilisation de tarifs douaniers et d’autres barrières commerciales. Cela, tout en exposant les travailleurs à une course globale au moins-disant en ce qui concerne les salaires et les conditions de travail.

En conséquence, malgré la suspicion qui demeure à gauche à l’égard de l’idée de souveraineté, il est évident que ce vide a été le facteur qui a permis les effets les plus néfastes du néolibéralisme. C’est la démolition des juridictions souveraines à travers les paradis fiscaux et les traités de libre commerce qui a permis l’accumulation d’immenses richesses dans les mains des super-riches au détriment des gens du commun, tout en amenant à une situation dans laquelle, comme un fameux rapport de l’ONG britannique Oxfam publié en janvier 2016 le documente, 62 personnes contrôlent le 50% du patrimoine mondial.

À la lumière de ces effets néfastes de la guerre menée par le néolibéralisme contre la souveraineté, personne ne devrait être surpris du fait que, face à la crise de l’ordre néolibéral, la souveraineté soit vue de nouveau comme étant un élément central pour construire un ordre politique et social alternatif. Au centre de cette nouvelle politique de la souveraineté, il y a la demande de nouvelles formes d’autorité territoriale pour contrôler les flux globaux.

La demande de souveraineté est le point nodal de la politique de l’ère post-néolibérale et le point de superposition entre le populisme de droite et de gauche, entre la politique de Trump et celle de Sanders, entre la vision du Mouvement 5 étoiles et celle de Podemos. Cependant les nouveaux populistes de droites et de gauches sont en profond désaccord à l’égard de ce qu’ils entendent exactement par souveraineté et à l’égard de la définition des flux globaux qui constituent effectivement un risque pour la sécurité et le bien-être, et qui devraient par conséquent être contrôlés. Si l’idée de souveraineté est au centre de la conflicutalité politique, la bataille qui se joue autour de ce concept repose notamment sur le sens qui lui est donné, et sur le contenu politique qui en découle.

 

(A Suivre)

Crédit photo : http://www.senso-comune.it/paolo-gerbaudo/post-neoliberismo-la-politica-della-sovranita/

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Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le syndicalisme, #Les média, #Le socialisme, #La justice

Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS

Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes

 

 

Bonjour

 

Vous trouverez ci-dessous le tract Recto/Verso que le RPS FIERS utilisera dans les Alpes-Maritimes pour s’opposer à la casse du code du travail imposé par ordonnances par Macron.

Afin de ne pas rester dans la seule contestation des actions concrètes seront proposées prochainement (réunion de travail, éducation populaire, etc. …)

Cordialement

Lucien Pons

Président du RPS FIERS pour la région PACA.

 

Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS
Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS
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Le drapeau de Lorraine a flotté fin août 2017 dans la vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #La nation ., #La paix, #L'armée française

PENDANT UNE SEMAINE J'AI PORTE MON DRAPEAU A CROIX DE LORRAINE A PROXIMITE DE TENDE.......C'EST AVEC FIERTE QUE J'AI PU ENTENDRE CERTAINS DIRE QUE CE DRAPEAU N'ETAIT PLUS REPARU DEPUIS 1945.....HONNEUR A LA 1ère DFL QUI EUT UN LOURD TRIBUT A PAYER.POUR MOI CE FUT L'OCCASION DE COMMEMORER A MA FACON L'EPOPEE DE MON ONCLE ,ENGAGE VOLONTAIRE AU B.I.Ma DEPUIS LES COMBATS DU LEVANT,BIR HACKHEIM,EL ALAMEIN.....JUSQU'AUX VOSGES
Le 9 avril 1945 à Nice, De Gaulle annonce l'offensive sur l'Authion et la Roya.
L'opération "Canard" débute le 10 avril. Elle est commandée par le Général DOYEN et groupe la 1ère division motorisée d'infanterie (1ère D.F.L. venue d'Alsace), le 3ème régiment de tirailleurs sénégalais, le B.I.M.P (bataillon d'infanterie du Pacifique) et des chars du 1" régiment de fusiliers marins. Les Allemands opposent la 34ème division d'infanterie et une partie de la 5ème division alpine.

Le 12 avril, les Français enlèvent l'Authion au prix de 274 tués et 644 mutilés ou blessés, et poursuivent les Allemands. Le 13 avril, Breil est libérée : le 14, Tende et La Brigue le sont à leur tour. (ces deux communes deviendront françaises en 1947 par le traité de Paris ainsi que les territoires que des communes des Alpes-Maritimes possédaient en Italie. Récit de l'opération contre le fort de Mille-Fourches conduite par le Lieutenant-colonel LITCHWITZ,
Commandant du groupe d'assaut de la 1ère D.F.L. (extrait)

« A quatre heures du matin, nous commençons à gravir la montagne au sommet de laquelle se trouve Mille-Fourches. Plusieurs éclatements de mines antipersonnel... des blessés... il faut attendre les premières lueurs du jour pour déminer.
A cinq heures du matin, nous reprenons notre progression... Après une demi-heure d'ascension, je demande par radio la préparation d'artillerie.
Le tir des 155 entame une partie de la montagne, des blocs de rocher dévalent sur nous. . . Je fais envoyer une fusée rouge pour interrompre le tir d'artillerie... Nous nous contenterons des mortiers à fumigènes qui coiffent maintenant le sommet de Mille-Fourches.
Nous approchons du sommet, nos mortiers claquent à cinquante mètres... Au moment précis on nous commençons à distinguer la redoutable silhouette du fort, le feu semble jaillir de toutes les pierres en même temps, nous avons l'impression qu'on nous tire dans le dos ; c'est la garnison du fort de la Forca qui vient de nous apercevoir.
Le fort illuminé par le feu qui sort de toutes les embrasures, a un aspect terrifiant... Les pertes se multiplient, impression de flottement.
Nous rampons dans la boue pour nous rapprocher de nos objectifs. Un obus de l'artillerie a fait une énorme brèche dans la grille mais, à 80 mètres, la caponnière est intacte.
Il faut la détruire si nous voulons descendre dans le fossé qui entoure le fort, du moins de ce côté...
Après avoir pris tout le temps, les deux bazookas tirent les deux rockets qui atteignent la caponnière. Immédiatement, les lance-flammes des autres sections entrent également en action... Nous grimpons sur le toit du fort, jetant nos grenades à phosphore dans toutes les bouches d'aération. L'air est bientôt irrespirable, la fumée nous aveugle, nous sommes obligés de mettre nos masques... dans le brouillard, de l'arrière du fort, deux bras se sont levés et presque immédiatement deux autres.
Bientôt toute la garnison, avec ses officiers, en toussant, s'aligne d'une manière impeccable... "

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Brexit : l’éternel retour de l’arrogance des dirigeants européens. Par Pierre Lévy.

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #La nation .

Brexit : l’éternel retour de l’arrogance des dirigeants européens

Brexit : l’éternel retour de l’arrogance des dirigeants européens© Hannah McKay Source: Reuters
Le Premier-ministre britannique Theresa May et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker
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Les négociations Londres-Bruxelles piétinent, mais le Royaume-Uni sortira bien de l’UE dans le délai prévu de deux ans, analyse Pierre Lévy, rédacteur en chef du mensuel Ruptures.

Le Brexit «est une décision stupide». L’auteur de cette toute récente amabilité se nomme Martin Selmayr. Très peu connu du grand public, cet Allemand n’est autre que le chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Dans les cercles bruxellois bien informés, on lui prête une influence aussi discrète qu’étendue au sein des institutions européennes. Sa petite phrase du 4 septembre n’est donc pas passée tout à fait inaperçue. L’homme de l’ombre a cependant admis : «Je suis un réaliste ; le Brexit aura bel et bien lieu en mars 2019.»

De son côté, le négociateur en chef de l’UE avec Londres, Michel Barnier, avait, la veille, tenu des propos peu amènes vis-à-vis des citoyens britanniques, auprès de qui il serait nécessaire d’«expliquer les conséquences extrêmement sérieuses d’une sortie du marché unique». «Nous devons [leur] enseigner cela», a martelé l’ancien commissaire européen (et ancien chef du Quai d’Orsay). Se rendant compte de la maladresse du vocabulaire, il a tenté ensuite d’en minimiser la portée.

Mais c’est ainsi : quinze mois après le référendum qui avait tranché en faveur de la sortie de l’UE, les dirigeants européens n’ont rien perdu, ni de leur arrogance ni de leur frustration. Même si, négociations obligent, le ton se veut en principe plus policé.

Lesdits pourparlers ont formellement démarré le 19 juin dernier. Trois séries d’échanges ont déjà été menées, dont la plus récente s’est achevée fin août. Une nouvelle doit démarrer le 18 septembre. Une autre est prévue pour octobre. Lors du Conseil européen des 19 et 20 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-huit seront censés évaluer les «progrès» réalisés sur trois questions liées au divorce : la situation future des expatriés continentaux au Royaume-Uni (et de leurs homologues anglais sur le Continent) ; le statut de la frontière entre la République d’Irlande (membre de l’UE) et l’Irlande du Nord britannique ; et – point plus délicat encore – l’évaluation de l’ardoise que les dirigeants européens entendent imposer à Londres avant son départ de l’Union.

Sans doute certains dirigeants de l’UE spéculent-ils sur la situation politique intérieure difficile dans laquelle se trouve Theresa May

Ce n’est que si des «avancées substantielles» ont été réalisées sur ces conditions préalables posées par Bruxelles qu’une deuxième phase de négociations pourrait être lancée : celles portant sur un futur accord de libre-échange entre les deux parties. Londres souhaitait, mais ne l’a pas obtenu, que les négociations commerciales puissent être menées en parallèle. Le monde des affaires britannique – qui était très majoritairement opposé au Brexit – redoute qu’un tel accord commercial ne puisse être trouvé.

A Bruxelles, on ne se prive pas d’utiliser cette arme comme moyen de pression pour tenter de vider le Brexit de son contenu. Et l’on souligne le peu de progrès réalisés depuis le mois de juin. De son côté, le ministre britannique du Brexit, David Davis, exhorte les Européens à faire preuve de «flexibilité» et d’«imagination». Peine perdue : Jean-Claude Juncker a déclaré, le 1er septembre, qu'aucun des onze documents de travail présentés à ce jour par Londres n'était en réalité satisfaisant.

Sans doute certains dirigeants de l’UE spéculent-ils sur la situation politique intérieure difficile dans laquelle se trouve Theresa May : cette dernière, tout en ayant progressé en voix et en pourcentage lors des élections qu'elle avait provoquées, le 8 juin dernier, avait perdu son pari de renforcer sa majorité.

A l’issue de celles-ci, nombre d’observateurs britanniques et européens pariaient sur le fait que Theresa May «ne passerait pas l’été». En réalité, au-delà des chausse-trappes, des difficultés et des contradictions, un fait politique majeur s’impose à tous : le Brexit reste une exigence populaire. Ni les conservateurs pro-UE ni le Parti travailliste n’entendent désormais le remettre en cause.

C’est probablement cette constance – malgré les efforts de propagande démesurés des deux côtés de la Manche de la part des partisans de l’intégration européenne, à commencer par ceux du patronat – qui insupporte le plus à Bruxelles.

Car, malgré la méthode Coué, le danger de «contagion» sur le Continent reste plus vivace que jamais. Et ce n’est pas la chute particulièrement brutale de la cote du très pro-européen Emmanuel Macron qui rassurera les européistes échevelés…

Du même auteur : Une déclaration explosive de Donald Trump passée inaperçue

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Un défi géopolitique pour Israël. Par Sharmine Narwani

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Un défi géopolitique pour Israël

 
 

Ce fût une dure semaine pour Tel-Aviv. Une situation qui lui était autrefois favorable – la balance du pouvoir dans la région, a subitement changé en sa défaveur, alors même que ses adversaires font d’importants gains stratégiques à la frontière.

Au cœur du conflit : l’obsession d’Israël quant au renforcement du pouvoir de l’Iran dans la région. L’accord nucléaire de 2015, mettant fin à l’isolement de la République Islamique, fût une réelle gifle pour le gouvernement israélien, mais ce qui le déstabilisa encore plus fût la succession de victoires politiques et militaires par le gouvernement de Bachar el-Assad et de ses alliés du Hezbollah.

Israël a donc envoyé ses diplomates aux États-Unis et en Russie pour tenter de récupérer des leviers perdus sur le terrain.

Ceux-ci sont revenus de Washington les mains vides, incapables d’obtenir une garantie que les troupes iraniennes et ses affiliations resteront hors du Sud de la Syrie, là où les États-Unis ont établis une zone de désescalade près de la frontière israélienne.

Le président israélien Benjamin Netanyahou n’a pas réussi à conclure quoi que ce soit lors de ses entretiens avec le président russe Vladimir Poutine. Les rapports russes décrivant ces entretiens dépeignent un Netanyahou « agité », « émotif » se faisant répondre en des termes incertains par un Poutine calme : « L’Iran est l’allié stratégique de la Russie dans la région ». A Netanyahou, Poutine réserva ce qui pourrait se comparer à quelques miettes : « Israël est aussi un important partenaire de la Russie au Moyen-Orient ».

Le premier ministre israélien et d’autres fonctionnaires hauts placés sont aussitôt passés à l’offensive après cet entretien, en promettant qu’ils allaient « se défendre par tous les moyens » contre les visées de l’Iran en Syrie, menaçant même de détruire les palais d’Assad à Damas.

Mais les Russes n’ont pas oublié qu’après le dernier entretien entre Netanyahou et Poutine en mars, Israël avait immédiatement lancé plusieurs frappes contre leurs alliés en sol syrien, une d’entre elle ayant frappé dangereusement près des troupes russes.

Cette fois-ci, il semblerait que Poutine se soit décidé à tracer une limite claire aux actions d’Israël à la suite de l’entretien avec Netanyahou, les Russes annonçant d’emblée l’existence d’un système défense aérienne unifié avec la Syrie « capable de détruire des cibles dans un rayon de 400 km à une altitude de plus de 35 km ».

Pourtant, les menaces israéliennes n’ont pas cessé. Ainsi, comment expliquer la présente panique d’Israël? Et pourquoi celle-ci s’est amplifiée si rapidement?

LIBAN :

Le Hezbollah, Les Forces Armées Libanaises (FAL) et les Forces Armées Syriennes (FAA) ont clôt la semaine dernière un chapitre long de plusieurs années ; celui de l’occupation de l’Est du Liban par ISIS (Daech) et le satellite d’Al-Qaeda : Al-Nosra. Les trois alliés ont déclenché une guerre éclair, désintégrant Al Nosra en 6 jours, et l’Etat islamique en 9 jours – cela incluant le temps de négociation.

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah a surnommé cette victorieuse opération anti-terroriste «  la Seconde Libération » – la première étant la libération du Liban occupé par les troupes israéliennes en 2000.

Dans les années précédant cette bataille, le Hezbollah et la FAL ont coordonné des initiatives anti-terroristes au Liban, dans un effort de coopération sans précédent, ceux-ci outrageant autant les Israéliens que les Américains. En effet, la Maison Blanche fournit de l’armement et des formations aux forces de la LAF, mais considèrent la résistance libanaise comme étant un groupe terroriste, même si le Hezbollah fait partie du Parlement et du Cabinet libanais.

La reprise de la frontière stratégique entre le Liban et la Syrie a permis au Hezbollah de redéployer les troupes présentes vers d’autres zones de combat  – incluant la frontière avec Israël. Mais surtout, ce combat abouti à la première reconquête complète d’une frontière syrienne par les FAA depuis le début de la crise en Syrie.

« L’ennemi, a annoncé Nasrallah après le combat (en parlant d’Israël), pleure maintenant ses orphelins et prend conscience de la défaite de ses alliés et de leurs projets en Syrie. »

SYRIE

Le chef du Hezbollah pourrait avoir raison sur ce point. À l’exception du bastion d’ISIS dans l’Est de la Syrie, où les groupes terroristes viennent de perdre des milliers de kilomètres carrés au profit de la SAA et de ses alliés, les terroristes occupent toujours un dernier petit territoire près des hauteurs du Golan occupées par les Israéliens. Ce territoire dans le sud-ouest de la Syrie est aussi le refuge de plusieurs autres groupes terroristes, dont al-Nusra, dont les combattants blessés ont été soignés par les médecins israéliens pendant une bonne partie du conflit.

Les Israéliens ont rarement attaqués Al-Nosra et ISIS, bien que des douzaines de leurs frappes contre les forces alliées à la Syrie aient été signalées. Le ministre de la défense israélienne Moshe Yaalon, a fait les titres de la presse après avoir déclaré en 2016 : « S’il me fallait choisir entre les Iraniens ou l’État Islamique en Syrie, je choisis l’État Islamique ». Certaines communautés israéliennes ont appuyé cette opinion – un récent rapport d’un groupe défendait qu’il fallait maintenir ISIS en place afin de « ralentir la quête iranienne d’hégémonie dans la région ». Étant donné l’obsession d’Israël de contenir l’influence de l’Iran, ce n’est peut-être pas surprenant que la récente série de victoire contre ISIS ait déclenché l’alarme à Tel-Aviv.

Empirant la déception d’Israël, l’accord de désescalade entre les États-Unis et la Russie empêche maintenant toute action belliqueuse contre les forces alliées de la Syrie près de Quneitra ( le Golan syrien), Daraa et As Suwayda – régions maintenant contrôlées par les alliés russes de la Syrie.

JORDANIE

Un centre de désescalade a récemment été instauré à Amman, au Sud du pays, ce qui devrait forcer les Jordaniens à sécuriser et à régulariser leur frontière Nord, commune avec la Syrie. Plus tôt cet été, les Jordaniens étaient partie prenante de l’alliance principalement constituée d’États sunnites voulant écraser l’influence de l’Iran dans la région, alliance dirigée par les Saoudiens (et supportée par Israël). À cette époque, la Jordanie a bruyamment insisté pour que des combattants appuyés par l’Iran s’éloignent de sa frontière avec la Syrie. Mais aujourd’hui, l’alliance sunnite, « l’OTAN arabe », s’est embourbée dans un conflit interne (inter-CCG), et les Jordaniens semblent se réaligner à l’idée de désescalade régionale lancée par la Russie, la Turquie et bien sûr, l’Iran.

Les termes de cette entente de désamorçage régionale entre la Russie et les États-Unis sont secrets, mais les rumeurs disent qu’ils ne contiennent aucune clause spécifique pouvant diminuer le rôle de l’Iran, du Hezbollah ou de leurs milices alliées en Syrie.

Cela signifie qu’Israël ne peut plus compter sur les groupes armés sunnites afin d’obstruer le contrôle gouvernemental sur le Sud du pays. Cela signifie aussi que la Jordanie, qui a rouvert sa douane frontalière de Trebil avec l’Irak la semaine dernière, est maintenant en voie d’ouvrir la douane frontalière de Nasib vers la Syrie. Les revenus commerciaux résultant de ces décisions pourraient contribuer à regarnir les coffres de la Jordanie d’une somme se chiffrant entre 1 et 2 milliards $ – un argument de poids pour encourager les Jordaniens à collaborer avec la Syrie.

TURQUIE

La « diversification » de la politique extérieure jordanienne se réalisa directement après une visite du Président turc Recep Tayyip Erdogan à la ville d’Amman, lui qui fût l’un des plus virulents critiques de Bachar el-Assad, et un important fournisseur d’armes et de combattants islamistes destinés à alimenter le conflit syrien.

Erdogan est maintenant du côté des Russes et des Iraniens, après avoir brièvement manœuvré à l’intérieur de « l’OTAN arabe » saoudien dirigé contre l’Iran. Des médias jordaniens rapportent même que le président turc s’est offert pour coordonner la médiation avec l’Iran afin d’apaiser la méfiance de la Jordanie envers le projet de zone de désescalade.

Comment expliquer ce revirement de situation?

Même si Erdogan n’a pas explicitement approuvé qu’Assad allait finalement diriger la Syrie, ou que les Iraniens auraient un rôle actif au Sud de sa frontière, deux événements régionaux subits ont adoucis ses positions et l’ont ramené dans l’orbite Russie/Iran.

Le premier est la crise majeure ayant englouti les États membres du Conseil  de coopération du Golfe (CCG), ayant comme noyau la discorde opposant l’Arabie Saoudite, les EAU et le Bahreïn au Qatar. Tout comme son allié turc, le Qatar fût un supporteur important des Frères Musulmans, et mène une politique étrangère diversifiée, et ouverte aux relations politiques et économiques avec l’Iran.

La bisbille au CCG a exacerbé les divisions déjà présentes dans la région, qui opposaient jusqu’à récemment deux camps, soit les Pro-Iran et les Pro-Saoudiens. Maintenant, la Turquie et le Qatar forment une troisième équipe et tempèrent ainsi la pression exercée par les Saoudiens et les Émirats Arabes Unis sur avec l’Iran et ses alliés en se réengageant avec eux.

Le deuxième élément décisif est l’appui inconditionnel de Washington envers les combattants des Forces Démocratiques Syriennes dans le nord de la Syrie. Erdogan a insisté auprès des américains pour qu’ils abandonnent leur support à ces kurdes, qui sont en fait une affiliation syrienne du Parti Travailliste Kurde (PKK) en Turquie, une organisation considérée comme étant un groupe terroriste tant par Ankara que par Washington.

Les Américains ont  ignoré les demandes d’Erdogan, malgré le fait que les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont démontré leur intention d’occuper et de fédérer tout le Nord de la Syrie – de l’Irak à la Méditerranée – soit tout le long de la frontière turque.

À propos de cet enjeu, Ankara partage maintenant  une cause commune avec Téhéran, Bagdad et Damas, puisqu’ils sont tous catégoriquement opposés aux aspirations nationalistes des Kurdes. Ce réalignement s’opère alors qu’un référendum d’indépendance kurde est prévu pour la fin septembre en Irak, projet auquel les quatre capitales s’opposent. Israël, qui entretient des liens serrés avec le gouvernement kurde d’Erbil est, à date, le seul pays qui supporte ce référendum. Le Kurdistan est un enjeu stratégique pour Tel Aviv. En effet, la création d’une entité fédérale kurde en Syrie et en Irak signifierait le morcellement et l’affaiblissement de ces États arabes. Tout aussi important, la présence d’un micro-état kurde dans la région agirait comme un obstacle géographique compliquant l’accès d’Israël à l’Iran.

Ainsi, le nouveau partenariat turque avec la Russie et l’Iran contribue non seulement à la stabilité de l’État syrien mais complique également le désir d’Israël de voir s’accomplir le projet de l’indépendance kurde.

HAMAS

« L’axe de la Résistance » était un groupe de quatre : Iran, Syrie, Hezbollah et Hamas. Par la suite, des divergences en Syrie menèrent à isoler le Hamas du groupe – jusqu’à maintenant. De nouveaux objectifs émanant des chefs du Hamas priorisent d’entretenir des relations neutres avec les États souverains de la région et de réinstaurer la coopération et le financement provenant de la République islamique.

La semaine dernière, le chef du politburo du Hamas à Gaza, Yahya Senwar, a annoncé que « l’Iran est le plus grand fournisseur des bridgades d’Ezzedine al-Qassam (l’aide militaire du Hamas) en terme de support financier et d’armement » puis a déclaré avec optimisme : « la crise syrienne se terminera, ce qui ouvrira la possibilité de rétablir les relations avec le pays ».

Pour Israël, cela signifie que la mésentente entre la bande de Gaza dirigée par le Hamas et l’Iran est terminée et qu’ainsi le flot d’armes et de support au groupe de résistance palestinien sera rétabli incessamment.

Ces événements aux frontières ouest, nord et est d’Israël ont – en quelques semaines seulement – soudainement brouillés les cartes géopolitiques autrefois en faveur de Tel Aviv. Il y a à peine quelques années, la Syrie était désintégrée, l’Irak fragmentée, le Liban écartelé et Gaza luttait seule pour sa survie.

Aujourd’hui, la probabilité que l’Iran bénéficie d’un corridor ininterrompu entre ses frontières et le territoire occupé du Golan sont plus grandes que jamais auparavant. L’axe de la Résistance a acquis d’inestimables gains en expérience militaire depuis les six dernières années, tant en Syrie qu’en Irak en au Liban – le plus important étant qu’ils ont accomplis cela en coordonnant les troupes, le renseignement et les tactiques militaires à partir d’un seul centre de commandement. Cela est une première historique pour celle alliance. De plus, elle bénéficie désormais, en politique internationale, de l’appui de deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, soit la Russie et la Chine. Les Russes ont maintenant une expérience significative en terme de collaboration militaire avec trois membres de cet axe, et les Chinois sont prêts à étendre leur vision commerciale à ces États de l’ouest de l’Asie, avec l’Iran comme terminal pour les pipelines de gaz et de pétrole.

Alors que ces pays vont de l’avant en détruisant le terrorisme et en reconstruisant leurs infrastructures et leurs sociétés, les Israéliens seront laissés à eux-mêmes. Mais alors que les options se raréfient, celle militaire semble avoir une popularité grandissante. C’est cette option – le bâton – à laquelle les Israéliens sont attirés le plus aisément, et dans cette optique une guerre d’agression contre le Liban et Gaza -ou de nouvelles frappes contre la Syrie- ne semblent pas hors de question.

Le Hezbollah continue de demander qu’on lui retourne ce qu’il reste des territoires libanais occupés par les Israéliens, les fermes de Sheeba et la colline de Kfachourba alors que la Syrie, une fois remise sur pied, fera de même avec le Golan. Les deux le feront à partir de leur position renforcée dans ce nouveau Moyen-Orient.

Néanmoins, la question persiste : l’État d’Israël admettra-t-il qu’il évolue dans un nouvel environnement?

Sharmine Narwani | 6/9/2017 | American Conservative

Sharmine Narwani est une analyste spécialisée en géopolitique du Moyen-Orient.

Traduit de l’anglais par Gabriel Larose pour Arrêt sur Info

Source: http://arretsurinfo.ch/un-defi-geopolitique-pour-israel/

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Le « Parlement » du Kosovo vient de désigner son nouveau « Premier ministre », lui aussi issu des rangs de l’UCK : Ramush Haradinaj. Par Nikola Mirkovic

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #Kosovo, #les Balkans

Le « Parlement » du Kosovo vient de désigner son nouveau « Premier ministre », lui aussi issu des rangs de l’UCK : Ramush Haradinaj.   Par Nikola Mirkovic
Le « Parlement » du Kosovo vient de désigner son nouveau « Premier ministre », lui aussi issu des rangs de l’UCK : Ramush Haradinaj.

 

Responsable d’une association humanitaire

Après Hashim Thaçi, chef du mouvement terroriste UCK , « Premier ministre » de 2008 à 2014 et aujourd’hui « président » du Kosovo, le « Parlement » du Kosovo vient de désigner son nouveau « Premier ministre », lui aussi issu des rangs de l’UCK : Ramush Haradinaj.

Haradinaj est un Albanais né au Kosovo à Glodjane. Ex-videur de boîte de nuit devenu commandant de l’UCK en Métochie, il a terrorisé et tué Serbes, Roms et même Albanais fidèles à Belgrade pendant les années 1990. Haradinaj a été arrêté en France en début d’année suite à un mandat d’arrêt international déposé par la Serbie contre lui pour crimes de guerre. Un de ses frères menaça alors d’expulser tous les Serbes du Kosovo s’il n’était pas relâché et Haradinaj, dont le nom de guerre était « Rambo », fut libéré, ce qui n’est malheureusement pas une surprise car « Rambo » s’en sort toujours. Il a déjà été poursuivi deux fois par le Tribunal pénal international de La Haye et, deux fois, il a été acquitté. Le procureur du TPI, Carla del Ponte, avait pourtant déclaré que Haradinaj est un « gangster » qui a commis des « crimes horribles, cruels et violents » et qui « a du sang sur les mains ». Malgré cela, Haradinaj en sortit indemne.

Lors de ses procès, les hommes prêts à témoigner contre lui meurent souvent dans des conditions violentes, changent soudainement leurs versions ou retirent leur témoignage et ce, malgré la protection supposée de EULEX, qui dépend directement de l’Union européenne. Haradinaj a le bras long et la gâchette facile et il sait qu’il est protégé par Bruxelles et Washington. Lors d’une altercation avec la famille Musaj, une famille d’Albanais du Kosovo qui l’accuse d’avoir tué leur frère, la dispute se transforme en échange de tirs et « Rambo » est blessé. C’est alors l’armée américaine qui doit le récupérer et l’héliporter au camp de Bondsteel avant de l’exfiltrer en Allemagne pour le faire soigner. L’Oncle Sam prend soin de ses hommes de main.

Haradinaj dit vouloir la paix maintenant et, par des intrigues politiques locales, il nommera même deux ou trois ministres serbes. Il déclare, en revanche, qu’il ne reprendra pas les discussions avec la Serbie tant que celle-ci ne reconnaîtra pas l’indépendance du Kosovo (ce que ne reconnaissent ni les Nations unies, ni l’Espagne, le Brésil, l’Inde, l’Argentine, la Russie…). Belgrade, pour sa part, veut traduire Haradinaj en justice pour crimes de guerre dont de nombreux meurtres, viols (de jeunes filles et de femmes âgées), actes de torture et même la décapitation d’un bébé de deux semaines. L’ambiance n’est donc pas vraiment au beau fixe entre les deux camps.

Depuis l’intervention de l’OTAN en 1999, 200.000 Serbes, chrétiens, ont dû fuir le Kosovo et plus d’un millier y ont été assassinés. Ce n’est certainement pas avec un terroriste de l’UCK aux manettes que la situation des Serbes du Kosovo va s’améliorer, et pour les 150.000 Serbes qui refusent de partir, c’est le martyre qui se poursuit.

Source: http://www.bvoltaire.fr/kosovo-on-aime-bien-terroristes-premier-ministre/

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A Deir Ezzor, Bachar écrase Daech Par Bruno Guigue

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

A Deir Ezzor, Bachar écrase Daech  Par Bruno Guigue

A Deir Ezzor, Bachar écrase Daech

 

Que n’a-t-on entendu sur cette armée syrienne qui, au moment où j’écris ces lignes, brise l’étau de Daech autour de Deir Ezzor ! Vilipendée par les médias occidentaux, accusée des pires atrocités, qualifiée de milice à la solde d’un clan, elle donne une claque mémorable à tous ces vautours qui l’ont accusée de servir un pouvoir “criminel” alors qu’elle combattait une vermine que les dirigeants occidentaux, ces lâches, ont nourrie au grain pendant tant d’années.

Deir Ezzor ! Depuis trois ans, la Garde républicaine y résiste héroïquement aux assauts des mercenaires sponsorisés par tous les traîtres que compte le monde arabe. Cernée de toutes parts, elle assurait la protection des 200 000 civils restés dans la capitale provinciale malgré la violence des combats. Aujourd’hui, c’est fini ! La jonction est faite entre cette unité d’élite et les troupes du Tigre, le général Souhail Al-Hassan, ce héros de la Syrie moderne qui ne sera pas dans nos manuels d’histoire mais qui figure déjà parmi les libérateurs du pays de Cham.

Au terme d’une brillante offensive menée dans trois directions à partir du nord-ouest, de l’ouest et du sud-ouest, les positions de Daech dans le vaste désert syrien ont été anéanties par le feu roulant des forces syriennes et alliées. La vallée de l’Euphrate en ligne de mire, ces unités mobiles ont taillé en pièces la piétaille wahhabite, elles l’ont laminée en quelques semaines. Spectaculaire, cette bataille du désert fut un succès décisif, aussi important que la libération d’Alep des griffes des milices extrémistes soutenues par l’Occident au début de l’année 2017.

Cette victoire restituera à l’Etat syrien le contrôle de ses frontières orientales, tarissant les sources d’approvisionnement du conglomérat terroriste et opérant la jonction avec les forces armées irakiennes afin de prendre en tenailles les dernières poches terroristes. Plus largement, cette victoire militaire contribuera à rétablir la souveraineté syrienne sur l’ensemble du territoire national. C’est essentiel, car cette souveraineté restaurée est le préalable indispensable, avec l’élimination des bandes terroristes, à une réconciliation nationale voulue par le gouvernement syrien afin de mettre fin au bain de sang.

Avec la libération imminente de Deir Ezzor, la farce tragique de l’Etat islamique va connaître son dernier acte en Syrie. Pendant des années, cette organisation criminelle a bénéficié de la duplicité occidentale, elle a traficoté avec la Turquie d’Erdogan et copieusement sous-traité les intérêts saoudo-qataris. Elle a prospéré sur le double-jeu américain, la lâcheté européenne et le cynisme des richissimes potentats du Golfe. Désormais, c’est fini ! L’hydre takfiriste va rendre l’âme sous les coups d’un Etat souverain qui a subi tous les assauts, enduré toutes les trahisons, mais qui lui administre en ce moment même la raclée du siècle.

Quelle gifle pour les guignols de la politique et les charlatans de l’expertise ! Pendant qu’ils lui crachaient dessus, la Syrie de Bachar Al-Assad a fait le boulot, elle a tordu le cou à Daech ! Ces menteurs professionnels disaient que “Bachar ne combat pas Daech”, répétant cette absurdité comme un mantra. Ils disaient même que Bachar avait “créé Daech” de toutes pièces. Maintenant ils ont l’air fin, ces politiciens opportunistes, ces experts à la noix ! Qu’ils aillent à Deir Ezzor, ils y verront une armée nationale, une armée de conscrits qui libère son pays de l’occupation étrangère. Visiblement, ils ne savent pas ce que c’est, ou plutôt ils ne veulent pas le savoir. Pauvre Occident ! Héroïque Syrie.

Bruno Guigue | 5 septembre 2017

Source : BRUNO GUIGUE·

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Discours de Macron devant les Ambassadeurs : interview de Michel Raimbaud

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La nation ., #Politique étrangère

Discours de Macron devant les Ambassadeurs : interview de Michel Raimbaud

Emmanuel MacronLe mardi 29 août 2017, durant la Semaine des ambassadeurs, Emmanuel Macron a détaillé les grandes lignes de ses orientations de politiques étrangères à venir devant le corps diplomatique.

Le Cercle des Volontaires a souhaité interroger Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan, et au Zimbabwe ; il a également travaillé pour le Quai d’Orsay au Yémen et en Syrie. Il est l’auteur de l’ouvrage « Tempête sur le Grand Moyen Orient », sorti aux éditions Ellipses. Fin connaisseur du monde arabo-musulman et de l’Afrique, Michel Raimbaud a accepté de répondre à nos questions, et nous l’en remercions. Voici ses réflexions sur le discours d’Emmanuel Macron, à retrouver ici.

 

Cercle des Volontaires : En vue d’« assurer la sécurité de nos concitoyens », Emmanuel Macron a décrété « la lutte contre le terrorisme islamiste (…) première priorité de notre politique étrangère », tout en assumant « parfaitement l’emploi de cet adjectif ». À notre connaissance, c’est la première fois qu’un président français qualifie ainsi le terrorisme cible de son combat. Qu’en pensez-vous ?

Michel Raimbaud : Effectivement, Emmanuel Macron a souligné que la sécurité de la France et des Français constituait une priorité et qu’afin d’« assurer la sécurité de nos concitoyens » il faisait de « la lutte contre le terrorisme islamiste » « la première priorité de notre politique étrangère ». Ce n’est pas une surprise, mais la nouveauté, c’est qu’il désigne précisément le « terrorisme islamiste », insistant sur le fait qu’il « assume parfaitement l’emploi de cet adjectif ».

Plus précis dans son langage que dans sa pensée qu’il avait qualifiée récemment de « complexe », il rappelle la distinction souhaitable entre « islamique » et « islamiste » afin d’éviter à la fois l’angélisme (« nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d’un certain islam ») et la diabolisation, sachant que l’amalgame est plutôt la règle lorsque la question des « millions de musulmans qui vivent en Europe » est évoquée dans « la rue » française, au café du commerce ou dans les salons où l’on cause. Il aurait pu préciser « en France », puisque c’est le pays dont il est le président, un pays où les musulmans sont particulièrement nombreux. En tout cas, jusque là rien à dire.

C’est par la suite que le bât blesse, lorsque Macron entre dans le concret, évoquant les « deux grandes zones (qui) concentrent aujourd’hui nos efforts dans la lutte contre ce terrorisme : la Syrie et l’Irak d’un côté, la Libye et le Sahel de l’autre ».

Mal informé ou volontairement aveugle, il ignore superbement le rôle actif, l’acharnement de la France dans le soutien politique, diplomatique, militaire, à toutes les forces impliquées dans l’agression contre l’Etat syrien sous le couvert des fameux « Amis de la Syrie » : de l’Armée syrienne libre et l’opposition armée aux groupes terroristes et djihadistes divers qui ont constitué le vivier et le terreau du Front al-Nosra, franchise syrienne d’Al-Qaïda, puis de Daesh, l’organisation parente et « dissidente » de la précédente. Il fait aussi l’impasse sur l’alliance étroite de la France avec les Etats parrains et commanditaires des groupes terroristes en Syrie (Turquie, Qatar, Arabie Saoudite), de même qu’il passe pudiquement sous silence le rôle majeur du camp occidental dans la guerre lancée contre la Syrie, comme précédemment contre l’Irak et la Libye.

Pour M. Macron, Daesh, à l’instar d’Al-Qaïda et des centaines de groupes terroristes qui sévissent en Syrie, a surgi du néant et « dès son extension en Syrie et en Irak, a commencé à planifier des attaques contre nos intérêts, contre nos vies, notre peuple ». Présenté ainsi, c’est totalement incompréhensible… Certes Daesh est notre ennemi, mais il eût été sage que la France prenne connaissance des circonstances de sa naissance et de son expansion, qu’elle ne soutienne pas comme elle l’a fait de facto « les gars d’Al Nosra, qui font du bon boulot en Syrie… ».

De même, il est extraordinaire qu’Emmanuel Macron parle de la Libye en évoquant sa situation qui « en a fait un refuge pour les terroristes », en faisant semblant d’ignorer le rôle central de la France dans l’intervention de l’OTAN, dans la destruction de la Jamahiriya et la liquidation de Kadhafi

« Aujourd’hui, le terrorisme et son financement se sont nourris des crises régionales et des divisions, des divisions en Afrique, et des divisions du monde musulman », estime le Président français qui n’est manifestement pas au fait de la genèse des évènements et conflits dont il parle. Ce qui augure mal de sa capacité d’intervention dans la recherche de solutions aux crises du monde arabo-musulman qui se sont nourries surtout des ingérences et de la capacité de nuisance des Occidentaux et de leurs suppôts islamistes.

 

CdV : Emmanuel Macron évoque le rôle de la France, qui doit « tenir son rang dans un ordre mondial profondément bousculé », sur la désescalade militaire en Syrie. Il avance qu’« en instaurant un dialogue exigeant avec les Turcs, les Iraniens et les Russes, nous avons pu faire avancer concrètement la situation ». Le départ du président syrien est désormais annoncé comme n’étant plus une priorité pour la France. Que pensez-vous de ce revirement vis-à-vis de la Syrie ?

M.R. : Le Président français affirme que « le retour de la paix et la stabilisation de l’Irak puis de la Syrie » sont « une priorité vitale pour la France ».

Tout d’abord, il y a cette arrogance de principe. Est-il du ressort de Macron et de la France en général de contribuer à enclencher, « en Syrie surtout, une transition politique » « inclusive, où les populations seront justement représentées » ? Les « amis » que le gouvernement français a soutenus depuis le début de la guerre, en général émigrés en Occident ou dans les pays du Golfe, payés et entretenus grassement par leurs sponsors, ne peuvent guère prétendre à cette représentation, eux qui ont plaidé dès le départ pour l’intervention étrangère et la destruction de leur pays… Quant à la France, quelle légitimité a-t-elle pour terminer une guerre dont elle a été l’un des allumeurs et l’un des soutiens actifs, et pour gagner la paix qu’elle a toujours tenté de saboter…

Certes, il fallait changer de méthode, et dans ce domaine, on a pu croire à plusieurs reprises qu’un infléchissement était en vue. Mais chaque avancée, fût-elle légère, a été compensée à bref délai par un recul au moins équivalent. Le départ du président syrien a été annoncé par Macron comme « n’étant plus une priorité pour la France », mais il l’est encore pour le ministre Le Driant, qui n’hésite pas à prendre le contre-pied de son patron, deux jours après la réunion des Ambassadeurs… Cela fait désordre. Quelle fiabilité accorder à de telles « avancées » ?

Nous investir dans la reconstruction de la Syrie et reconstruire la stabilité de la Syrie ? Après avoir contribué effectivement à sa déstabilisation et à sa destruction ? La France qui s’est mise hors du dossier par son approche injuste, immorale et irréaliste a-t-elle fait avancer concrètement la situation en instaurant avec les Turcs, les Iraniens et les Russes ce dialogue exigeant que mentionne M. Macron ? Celui-ci croit-il vraiment que sa simple apparition produit un effet miraculeux ?

Enfin, comme tout Occidental arrogant qui se respecte, le chef de l’Etat fixe des lignes rouges, en Syrie comme ailleurs. Ne lui demandez surtout pas de quel droit ? C’est le droit du plus fort, ce qui est déjà tout un programme, d’autant plus que la France est loin d’être la plus forte sur le théâtre syrien. Et les lignes rouges tracées à Paris sur l’utilisation des armes chimiques sont assez tremblotantes du côté des preuves et du droit.

Quant aux accès humanitaires dans les zones de conflit, ils seraient sûrement mieux accueillis s’ils n’avaient pas servi dans le passé aux groupes terroristes pour se refaire une santé. Et puis, honnêtement, Bachar Al Assad et ses alliés se soucient peu des lignes rouges, seraient-elles tracées par Jupiter lui-même. Après toutes les épreuves qu’elle a subies ces dernières années, la Syrie tremblerait-elle devant M. Macron ? Quant au groupe international de contact qui associe soi-disant les principaux acteurs engagés, à l’exclusion du gouvernement syrien, ne comptez pas trop sur lui et sur les efforts de Le Driant, obsédé comme feu Hollande et feu Fabius par le « départ de Bachar Al Assad ». Qui donc parviendra à expliquer aux dirigeants français que ce départ n’est plus à l’ordre du jour ?

Enfin, « la contribution de la France et de l’Europe » à « la reconstitution un jour d’un Etat de droit en Syrie » paraît hypothétique, tant ces  faux « amis de la Syrie » ont fait preuve de leur capacité de nuisance. Si la justice devait être rendue quant aux crimes commis, ce ne sont pas les dirigeants auxquels pense Macron qui devraient être interpellés. De nombreux pays ont participé à l’agression contre la Syrie : comment ne pas voir que leurs dirigeants ont parfois beaucoup de morts sur la conscience et de sang sur les mains ?

 

CdV : Dans son discours, le président français a utilisé l’expression « Nouvel Ordre Mondial ». D’après vous, que recouvre aujourd’hui cette expression, que d’aucun estime controversée ?

M.R. : L’ordre mondial qui est aujourd’hui remis en cause n’est pas l’ordre de la guerre froide qui n’existe plus depuis 1990/1991, suite à la chute de l’URSS et à la dissolution du bloc communiste. Ce qui est bousculé, c’est au contraire l’ordre du « moment unipolaire américain » qui a permis aux États-Unis d’imposer à la planète leur hégémonie sans partage durant une vingtaine d’années, de 1991 à 2011.

Pourquoi 2011 ? Parce qu’à mon sens c’est l’année où l’ordre américain a chancelé : en mars 2011, l’Amérique et ses trois compères de la « communauté internationale » réussissent à convaincre la Russie et la Chine de voter la résolution 1973 autorisant une intervention armée contre la Libye du Colonel Kadhafi. Neuf mois plus tard, Moscou et Pékin bloquent par un double véto le premier projet de résolution ciblant la Syrie… Finie l’ère du bon plaisir.

Emmanuel Macron n’a pas tort lorsqu’il se réfère à une « intense remise en cause des certitudes diplomatiques » et au « brouillage des lignes telles que le monde en connaît depuis vingt-cinq ou cinquante ans ». Mais cet ordre est déjà obsolète. L’hyper puissance d’un seul Etat n’existe plus.

L’objectif de « refonder un ordre collectif, stable et juste, avec nos alliés et tous nos partenaires » est largement partagé. Ce fut pendant plusieurs décennies l’honneur de la France et de sa diplomatie que de rester fidèle à l’héritage gaullien d’indépendance nationale, de coopération et de solidarité, d’ouverture et de dialogue. Cet héritage a été jeté aux orties avec le retour au bercail occidental, signifiant la sujétion à l’atlantisme, la complicité avec le sionisme, la reddition à l’européisme. Si, comme le disait Mitterrand, « la France est notre patrie, mais l’Europe notre avenir », à quoi bon se référer à l’indépendance déjà compromise, à la souveraineté déjà déléguée ou partagée ou oubliée, à l’influence mondiale si nos élites ne jurent plus que par l’Europe et ont intériorisé l’idée d’un statut d’Ohio ou de Montana pour la France européenne ?

Quant à la France sans arrogance, mais grande, on en rêve !

 

CdV : Il ressort du discours du président qu’il souhaite renforcer l’union économique et monétaire, mais aussi l’Europe de la défense. Par ailleurs, la présence de l’OTAN en Europe de l’Est, notamment en Pologne et dans les pays baltes, se fait toujours plus accrue. Comment ces deux tendances s’articulent-elles et selon vous sont-elles compatibles ?

M.R. : Tout d’abord, l’indépendance des souverainistes ne consiste pas « à se réfugier derrière des frontières hermétiques », mais d’abord à récupérer les souverainetés perdues dans tous les domaines, politique, économique, financier, monétaire, diplomatique, et à retrouver des fiertés oubliées. La France n’est pas un petit pays, ni même une puissance moyenne, mais une ex-grande puissance désorientée et qui ne croit plus beaucoup en elle-même, ayant pris de surcroît l’habitude de s’en remettre à l’Europe et de plus en plus à l’Amérique, dont l’Europe est le satellite et le fidèle serviteur.

Le lieu de la souveraineté française est-il aujourd’hui l’Europe ? Où se trouve le mandat donné par la peuple français pour faire de cette Europe le lieu de sa souveraineté ? Voilà que l’on nous ressort, comme jamais auparavant, le mythe du couple franco-allemand et tous les stéréotypes qui vont avec. Macron est à peine entré à l’Elysée que le voilà déjà en route pour Berlin. Est-ce qu’un tel empressement s’impose ? L’Europe allemande a de beaux jours devant elle.

Le nouveau président pense-t-il réconcilier les Français avec l’Europe, comme il le dit si bien, en proposant tout un agenda de protection tous azimuts, destiné à les protéger du monde, mais qui réduira encore la marge de manœuvre nationale, déjà réduite à la portion congrue ? Ou encore un redémarrage de l’Europe de la défense autour du tandem franco-allemand ? Loin de redonner une envie d’Europe aux Français, une bordée de nouvelles avancées risque fort de les gaver…

L’avancée de l’OTAN vers la Pologne et les Pays Baltes ne fait que confirmer le tropisme atlantique de ces pays issus de l’URSS ou du Pacte de Varsovie et qui ont une revanche à prendre sur l’histoire. Les Européens devraient le savoir : lorsque qu’étaient inscrites à l’ordre du jour l’admission dans l’OTAN et l’adhésion à l’Union Européenne les sondages d’opinion mettaient en lumière deux constats : une confusion certaine entre l’OTAN et l’UE et une priorité manifeste accordée à l’organisation Atlantique.

 

CdV : Tout en établissant une filiation avec les accords sous le quinquennat d’Hollande, Emmanuel Macron a rappelé que « près de 800 000 réfugiés et déplacés attendent aujourd’hui du côté libyen », y notant une « menace réelle » pour l’Europe. Il y a un mois, le 27 juillet 2017, à Orléans, le président annonçait la création de « hotspots » aux frontières des pays africains et notamment en Libye. Le 28 août 2017, la veille du discours et lors d’une rencontre avec les chefs d’état tchadien et nigérien, Emmanuel Macron a fait marche arrière sur ce point. Comment interprétez-vous cette série d’événements ?

M.R. : « La situation de la Libye en a fait un refuge pour les terroristes ». La description est lapidaire pour le président d’un pays, la France, qui est responsable au premier chef de la dite situation, suite à la destruction de l’Etat libyen.

Toujours impérieux et jupitérien, M. Macron a « décidé ainsi en juillet de réunir les deux principaux protagonistes de la crise : le Premier ministre Fayez Sarraj d’un côté, et le chef de l’armée nationale libyenne Khalifa Haftar de l’autre ». Une « feuille de route », c’est décidément la manie des apprentis maîtres du monde, a été mise au point et la rencontre a permis de faire avancer la réconciliation entre Libyens sous l’égide des Nations Unies. Véritable miracle, la réconciliation serait en marche et aurait « vocation à être plus inclusive encore », ce qui est la tarte à la crème de la méthode macronienne. Les objectifs sont ambitieux, depuis l’éradication des terroristes, la protection du Sahel et la protection des voisins de la Libye, à la mise en œuvre de l’accord d’Alger sur le Mali, etc…

Dans ce contexte, la question des réfugiés et déplacés n’est sans doute plus prioritaire dès lors qu’ils attendent du côté libyen. L’interprétation des avancées, des marches arrière, des annonces et des contre-annonces de « La République en Marche » est un exercice délicat dans lequel je ne m’engagerai pas aujourd’hui. Comment y voir clair dans ce qui reste le chaos libyen, créé par ceux-là mêmes qui prétendent y remettre de l’ordre.

 

CdV : Tout en décrétant vouloir parler à tous (« nous n’atteindrons notre objectif qu’à condition de ne pas […] nous enfermer dans un camp. Certains ont choisi, c’est une erreur. La force de notre diplomatie est de parler à tous »), Emmanuel Macron a eu des propos cinglants à l’encontre du régime de Nicolás Maduro, au Venezuela : « une dictature tente de survivre au prix d’une détresse humanitaire sans précédent, d’une radicalisation idéologique inquiétante, alors même que les ressources de ce pays restent considérables ». Que pensez-vous de cette prise de position ?

M.R. : Le Président sait-il de quoi il parle ? Comment peut-il affirmer que les Français partagent sa position sur « le régime qui se met en place au Venezuela », alors qu’il s’agit du gouvernement en place, cible d’une opération de déstabilisation similaire à celles qui ont affecté depuis 1990 les pays de l’ex-Yougoslavie, les pays arabes, l’Ukraine, mais aussi le Brésil de Lula et Dilma victime depuis deux ou trois ans d’un coup d’état constitutionnel inspiré et fomenté par les neocons, US ou brésiliens, avec l’appui des évangélistes, en plein essor au détriment de l’Eglise Catholique.

 

CdV : L’ancien ambassadeur Michel Duclos a eu ce commentaire : « Macron a bien réussi son entrée sur la scène internationale en termes de style, et en diplomatie, le style c’est important. Grâce à lui, la France est de nouveau audible ». Pourtant, les éléments de la question précédente, et la tournée désastreuse en Europe de l’Est (notamment l’incident diplomatique déclenché avec la Pologne suite à sa charge concernant le refus de Varsovie de durcir la directive sur le travail détaché dans l’UE) nous interrogent. Pouvez-vous nous donner votre avis ?

M.R. : Si l’intéressé veut avoir l’oreille de M. Macron lorsqu’il murmure à l’oreille présidentielle, il a tout intérêt à s’en tenir à ce style de commentaire. De là à dire que « la France est de nouveau audible » semble discutable sur le fond. Serrer les mains de « Bibi », broyer les phalanges de Trump ou se les faire broyer par lui, « faire la leçon à Poutine » avant de décréter que « la Crimée n’est pas russe », amorcer un changement de cap sur la Syrie avant d’être contredit par son ministre des affaires étrangères, et surtout laisser percer à toute occasion la vieille arrogance occidentale comme si l’on était le maître du monde, n’est-ce pas risqué pour un pays qui depuis son retour au bercail atlantique choisit toujours la mauvaise cause ?

 

CdV : Emmanuel Macron a assuré vouloir « obtenir la transparence sur toutes les forces de financement du terrorisme ». Or, il a également insisté sur la nécessité de ne pas « choisir son camp » entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Pouvez-vous nous donner votre avis sur ces éléments ?

M.R. : Ces velléités sont tout à fait contradictoires. « Les forces de financement du terrorisme » sont archi-connues. Et la France aurait pu obtenir cette transparence depuis quelque temps si elle n’avait pas fermé les yeux sur les agissements de ses alliés stratégiques successifs, le Qatar, puis l’Arabie Saoudite, qui ont une certaine expertise et une certaine expérience en la matière.

Quant à « choisir son camp » entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, je crois que la France l’a déjà fait sans ambigüité. Fabius que salue Macron au passage est plutôt mal placé en ce qui concerne la neutralité envers l’Iran, lui qui a tout fait en son temps pour faire capoter l’accord nucléaire finalement signé en juillet 2015 entre Téhéran et le groupe de ses six interlocuteurs.

Les dirigeants saoudiens qui récemment désignaient l’Iran comme le chef de file du terrorisme dans le monde pour tenter de se défausser, ne manquent pas de culot, on le sait. Ils ne font en cela qu’imiter leurs maîtres. Etant donné l’état de dévastation dans lequel se trouve plongée la légalité internationale et le naufrage de la raison auquel la communauté mondiale a dû s’habituer depuis que l’Empire Atlantique et ses séides prétendent faire la loi, nul ne s’étonne plus d’entendre les régimes les plus voyous prêter à leurs ennemis leurs propres déviances.

 

CdV : Emmanuel Macron estime que son élection aura été « une réponse à tous les Cassandres qui pensaient que défendre l’Europe était une idée révolue ». Or, Cassandre, dans la mythologie grecque, a reçu d’Apollon le don de voir l’avenir et la malédiction de n’être jamais crue. Quelles conséquences tirez-vous de cette phrase dans la bouche du président ?

M.R. : Défendre l’Europe, qui est une sorte de prison des peuples, de rempart des élites contre la démocratie, est sans doute une idée révolue, comme le montre l’indifférence ou l’hostilité des électeurs aux scrutins européens. M. Macron la défend. Ce n’est pas une surprise, mais le président n’a pas été porté à l’Elysée par un raz-de-marée populaire. On peut d’ailleurs être surpris par un détail que certains auront peut-être noté : la forêt de drapeaux tricolores et la rareté des emblèmes européens dans les meetings électoraux du candidat et les mêmes symboles européens sortis en force et à toutes les sauces depuis l’élection.

Pour Cassandre et le reste, la formule macronesque ne me semble pas limpide…

 

CdV : Envisagez-vous des changements de fond dans la diplomatie française ?

M.R. : Non hélas. Seulement des changements « cosmétiques », dans l’habillage ou plutôt le maquillage (par définition éphémère et changeant) de cette diplomatie. Il n’y aura pas de changement de fond tant que certains fondamentaux n’auront pas changé : je pense en particulier à l’arrogance occidentale naturelle et indéracinable, qui réapparaît à chaque détour de phrase.

 

Michel Raimbaud, le 3 septembre 2017
(propos recueillis par Antoine Grappin)

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“Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ?” Conférence de Robert Charvin à la Sorbonne.

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La guerre, #Politique étrangère

Source : L’AAFC, Robert Charvin, 01-10-2016

Le 1er octobre 2016, le Professeur Robert Charvin, ancien doyen de la faculté de droit de Nice et par ailleurs vice-président de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu à l’amphithéâtre Lefebvre de la Sorbonne, dans le cadre du séminaire “Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre”, organisé notamment par le Professeur Jean Salem. En traitant le thème “Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ? L’escamotage de la géopolitique” devant un public de 80 personnes, Robert Charvin est revenu sur une question qu’il a abordée dans plusieurs de ses ouvrages, notamment Comment peut-on être Coréen (du Nord) ? et Faut-il détester la Russie ? Nous présentons ci-après le point de vue de Robert Charvin.

L’Occidental n’aime plus personne – ni le Chinois, ni l’Arabe, ni l’Africain. Mais dans la hiérarchie des détestations, les Nord-Coréens et les Russes occupent une place particulière – toute société n’a-t-elle pas besoin de se fabriquer des ennemis ? Dans un contexte de confusion idéologique, le discours sur les droits de l’homme se pare d’une indignation sélective : si le droit d’ingérence est invoqué pour justifier des interventions au nom de la liberté d’expression et de la démocratie, jamais il ne servira à libérer des syndicalistes emprisonnés ou à faire respecter les droits des travailleurs. Les régimes autoritaires alliés des Occidentaux peuvent continuer de bafouer impunément les libertés démocratiques.

La Russie, et depuis bien plus longtemps la Corée du Nord, sont soumises à des embargos occidentaux : ces peuples, assiégés, se sont dès lors constitués en citadelles. Leurs réactions sont logiques au regard des principes universels de la géopolitique, malheureusement oubliés dans les pays occidentaux. Ainsi, la Corée du Nord, pays de 25 millions d’habitants entouré de puissants voisins, marqué par le double drame de la colonisation japonaise et de la guerre de Corée, a développé des capacités d’autodéfense (y compris nucléaires), dans une logique obsidionale qu’on retrouve dans d’autres pays et à d’autres époques – par exemple en France dans les relations avec l’Allemagne entre 1871 et 1914. La géopolitique est ainsi la mise en oeuvre de ce qui est possible et souhaitable dans les relations entre puissances dans l’ordre international : pour garantir la paix, la sécurité internationale et le développement des nations, il est utile que se constituent des pôles de puissance qui garantissent des équilibres. La Russie aspire légitimement à constituer l’un de ces pôles, ce que contredit l’installation de troupes de l’OTAN directement à ses frontières. Moscou et Pyongyang ont ainsi mis l’accent sur la souveraineté des nations, qui n’est en aucun cas un repli sur soi mais l’affirmation par chaque Etat de son droit à maîtriser ses propres décisions de politique étrangère, sans ingérence extérieure. Contrairement aux Américains, les Russes et les Nord-Coréens n’entendent pas, quant à eux, imposer leur système politique à d’autres pays.

La reconstitution d’une puissance militaire russe n’a pas davantage à être condamnée que l’augmentation des budgets militaires américain ou français. Les Russes, contrairement aux Occidentaux, assument pour leur part pleinement leur histoire, qui s’inscrit dans un patriotisme incompris en Occident. Leur culture eurasiatique, spécifique, ne justifie pas qu’ils soient rejetés dans un autre “barbare“, comme le font les prescripteurs d’opinion occidentaux. Manifestement, les Russes ne sont plus bolchéviques mais ont toujours le couteau entre les dents, étant stigmatisés comme “complices de la barbarie”. Quand les victimes civiles des guerres occidentales (forcément des guerres justes et des guerres propres) sont escamotées par les médias, celles des interventions militaires russes sont mises au premier plan.

S’agissant des Nord-Coréens, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils l’assument ou pas, leur culture politique est profondément empreinte de confucianisme – ce qui génère des relations paternelles entre les dirigeants et le peuple. Ils ont choisi de ne compter que sur leurs propres forces et ont érigé ce principe en règle majeure d’un travail idéologique jugé fondamental, refusant déjà, hier, d’être membre du Conseil économique d’assistance mutuelle (CAEM) ou de relier leur réseau d’électricité à celui soviétique, comme le leur proposait Nikita Khrouchtchev. Ils ont payé le prix de cette indépendance lors des difficultés des années 1990, mais ont maintenu leur système politique et social.

La Corée du Nord offre un terrain privilégié pour permettre à des journalistes d’affirmer n’importe quoi, sans risque d’être contredit. Le discours hostile à la République populaire démocratique de Corée a même gagné les rangs des partisans de ceux qui se disent partisans du socialisme, quitte à oublier que, par la propriété collective des moyens de production, la Corée du Nord est bien un Etat socialiste. La détestation de la Corée du Nord a aussi une logique qu’explique la géopolitique : la nécessité pour les Etats-Unis de maintenir des troupes dans des positions avancées en Asie de l’Est, à proximité de la Russie et de la Chine, au prix de compromissions avec les dirigeants sud-coréens en matière de droits de l’homme.

Quand la France se permet de donner des leçons sur le nucléaire nord-coréen, alors qu’elle assume l’héritage gaullien de l’arme nucléaire comme garantie de son indépendance, l’histoire des négociations sur la question nucléaire en Corée montre le besoin de dialogue et de négociations, pour anticiper et prévenir les conflits – selon des principes conformes au droit international – et non l’invocation de pseudo-négociations après des interventions militaires et des ingérences dans les affaires intérieures d’autres pays.

Source : L’AAFC, Robert Charvin, 01-10-2016

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

 

37 réponses à “Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ?” Conférence de Robert Charvin à la Sorbonne

Commentaires recommandés

Kiwixar Le 10 septembre 2017 à 09h41
 
 

Dire qu’il faut un Professeur, doyen d’université, pour expliquer à des adultes que des pays étrangers peuvent avoir un point de vue différent du nôtre. Dans une génération, il faudra un prix Nobel pour expliquer aux Occidentaux qu’il faut arroser les plantes avec de l’eau et non avec du Red Bull.

“Idiocracy” avec beaucoup beaucoup d’avance.

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