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Le blog de Lucien PONS

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Le projet de réforme du code du travail, fruit d'«une intense campagne du patronat» ?

29 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #La Sécurité Sociale

Le projet de réforme du code du travail, fruit d'«une intense campagne du patronat» ?

Le projet de réforme du code du travail, fruit d'«une intense campagne du patronat» ?© Michel Euler / POOL Source: AFP
Emmanuel Macron et son conseiller Pierre-André Imbert lors d'une discussion préliminaire avec Pierre Gattaz, président du Medef le 23 mai 2017.

La réforme du travail sera le premier grand chantier du quinquennat d'Emmanuel Macron. Alors que l'avant projet de loi a été révélé par la presse, l'économiste Henri Sterdyniak en décortique les points-clé et leurs effets potentiels sur l'emploi.

RT France : Dans l'«avant-projet de loi habilitant le gouvernement à prendre, par ordonnances, des mesures pour l'emploi» daté du 12 mai 2017, la première ordonnance souhaiterait élargir le champs des négociations par accords d'entreprise, notamment et en priorité dans le cadre du contrat de travail. Si une telle ordonnance était passée en ces termes, qu'est-ce que cela pourrait entraîner concrètement pour les salariés ?

Henri Sterdyniak (H. S.) : Actuellement pour un grand nombre de dispositifs, l'entreprise doit se plier à des règles nationales. On autoriserait là l'entreprise à modifier ces règles nationales en particulier les règles de licenciement, de contrats à durée indéterminée ou déterminée. Eventuellement – on ne le sait pas à l'heure actuelle – cela pourrait permettre de toucher à la fixation des salaires ou à des règles de santé et de sécurité.

Une entreprise pourrait décider par exemple qu'elle a le droit de faire des contrats à durée déterminée sans limite de temps ou qu'elle a le droit de préciser dans les contrats d'embauche qu'une personne peut être automatiquement licenciée si l'entreprise perd tel ou tel contrat. Une entreprise pourrait éventuellement dans son accord inscrire que les salaires baissent si le chiffre d'affaire diminue. Les entreprises auraient donc beaucoup plus de libertés qu'elles n'en ont actuellement.

Avec cette flexibilité, il y a un risque que les entreprises se concurrencent par le bas, qu'elles fassent pression sur les salaires et les conditions de travail

 

RT France : Est-ce que ces libertés octroyées au patronat sont de nature à permettre d'augmenter les embauches ?

H. S. : C'est la position du patronat. Il dit aujourd'hui que le salariat en France est trop rigide, qu'il fait peser un poids trop lourd sur les entreprises qui sont contraintes de subir les chocs économiques sans pouvoir licencier ni baisser les salaires. Les entreprises assurent que si on leur donnait plus de liberté, en échange elles embaucheraient plus.

A l'inverse, on peut dire, qu'en principe, une entreprise embauche lorsqu'elle a une demande à satisfaire, quand elle a des travaux à effectuer. Or avec cette flexibilité, il y a un risque que les entreprises se concurrencent par le bas, qu'elles fassent pression sur les salaires et les conditions de travail ce qui dégraderait la situation des travailleurs. Or, des travailleurs avec une situation dégradée entraînent une baisse de la demande. Globalement, l'effet serait négatif. Là est toute la question de l'arbitrage à faire. En ce moment il y a une intense campagne du patronat pour dire : «Atténuez le droit du travail et on va embaucher.» Le gouvernement a promis au patronat de le faire, il le fera.

Le gouvernement a comme contrainte qu'il faut que l'accord soit acceptable pour certains syndicats

RT France : La place des syndicats semble mise à rude épreuve dans ce document de travail. D'un côté un projet d'ordonnance expose l'idée d'une fusion des Institutions représentatives du personnel, de l'autre des concessions importantes comme les «chèques syndicaux» et la prise en compte de la question des administrateurs salariés sont formulées. Les syndicats dans leur forme actuelle sont-ils menacés par ces projets d'ordonnances au profit de représentants sans étiquette ou non rattachés aux organisations classiques ?

H. S. : Il y a de nombreux points à soulever autour de cette question. Tout d'abord, la réforme limite le nombre de représentants du personnel dans les entreprises. Ce qui est bien sûr problématique, car dans le même temps on annonce vouloir améliorer le rôle des accords d'entreprise. Il est difficile de dire à la fois «on veut promouvoir la négociation au sein des entreprises» tout en limitant le nombre de représentants du personnel.

Actuellement les représentants du personnel, les délégués syndicaux doivent être mandatés par des organisations syndicales nationales représentatives. Or l'idée du patronat est de faire apparaître des travailleurs non affiliés à ces postes. Cela comporte le risque de permettre au patronat d'imposer ses vues et de faire ce qu'on appelle des «syndicat maisons», c'est-à-dire des syndicats entièrement contrôlés par le chef d'entreprise.

Néanmoins, le gouvernement a comme contrainte qu'il faut que l'accord soit acceptable pour certains syndicats. Il ne peut se heurter à un front de l'ensemble des syndicats. C'est pour cela qu'il y a tout de même quelques mesures favorables comme l'idée que les syndicats seraient financés par une cotisation des entreprises – le chèque syndical – ou encore celle d'augmenter la part des administrateurs salariés dans certaines entreprises. Le tout est de savoir aujourd'hui si cela suffira pour faire passer la pilule face à l'ensemble des mesures.

Si d'un côté on donne des allocations chômage aux travailleurs non-salariés et aux démissionnaires mais que de l'autre on vide une partie des chômeurs actuellement en leur disant qu'ils ne font pas assez d'efforts pour retrouver un emploi, c'est une politique extrêmement contestable

RT France : La réforme et l'élargissement de l'assurance chômage à tous les actifs dont les salariés démissionnaires – présente dans ce document de travail mais également dans les promesses de campagne d'Emmanuel Macron – devra-t-elle forcément aller de pair avec une baisse des conditions d'indemnisation comme le craint une partie des observateurs ?

H. S. : Je ne sais pas. La réforme actuellement n'est pas cohérente. Il est difficile de dire quoi que ce soit sur ce sujet. Elargir l'accès aux indemnisations du chômage aux salariés démissionnaires ne pose pas un problème très grave puisqu'une partie importante des démissionnaires retrouvent leurs droits un peu plus tard : si vous démissionnez et que vous cherchez un nouvel emploi au bout de trois mois vous retrouvez vos droits à l'assurance-chômage.

L'étendre aux travailleurs non-salariés suppose que ces travailleurs cotisent à l'assurance chômage. Le problème reste que, jusqu'à présent, le gouvernement n'a jamais éclairci ce point. Il parait difficile de dire que les non-salariés seront couverts sans cotiser. S'ils cotisent, il n'y aura que peu de souci. S'ils ne le font pas, cette réforme n'est pas possible. 

Par ailleurs, le gouvernement a dit vouloir réduire les dépenses de l'assurance chômage en contrôlant plus sévèrement la recherche d'emploi des chômeurs. Le problème est qu'aujourd'hui en France il manque 4 millions d'emplois. Les gens peuvent chercher, il y aura toujours ces 4 millions d'emplois manquants. Cela risque d'être un prétexte pour exclure des gens de l'indemnisation. Si d'un côté on donne des allocations chômage aux travailleurs non-salariés et aux démissionnaires mais que de l'autre on prive une partie des chômeurs actuels de leurs indemnisations en leur disant qu'ils ne font pas assez d'efforts pour retrouver un emploi, c'est une politique extrêmement contestable.

 

Lire aussi : Réforme du code du travail : Edouard Philippe veut «aller vite»

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Démantèlement de la cotisation sociale, hausse de la CSG : Macron applique le programme du MEDEF Par Olivier Nobile .

29 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La santé, #La Sécurité Sociale, #Services publics

Démantèlement de la cotisation sociale, hausse de la CSG : Macron applique le programme du MEDEF

Le Président Macron a annoncé son intention de procéder à une augmentation de la CSG de 1,7 point dans les prochaines semaines. De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’augmentation de cet impôt qui est affecté à la Sécurité sociale. Toutefois la ligne de dénonciation brandie par ses contempteurs, fondée sur la baisse de pouvoir d’achat des travailleurs et de retraités est pour partie erronée et ne permet pas de comprendre en quoi cette augmentation de la CSG est effectivement critiquable.

Un peu d’histoire : qu’est-ce que la CSG ?

La Contribution sociale généralisée a été instaurée par Michel Rocard en 1991. À l’origine, cette nouvelle contribution a été présentée comme un mode d’élargissement de l’assiette du financement de la Sécurité sociale et un moyen de soumettre les revenus du capital à une fiscalité sociale. En effet, contrairement à la cotisation sociale, part indirecte des salaires uniquement acquittée par les employeurs et les salariés, la CSG s’étend sur les revenus d’activité, de remplacement, du patrimoine, du capital et des jeux. Les taux de CSG varient en fonction des revenus concernés.

A l’origine, la CSG sur les revenus d’activité (du travail) est instaurée au taux de 1,1 % et a été compensée par la suppression de 1,05 % de cotisations salariale d’assurance vieillesse(1) L’instauration de la CSG a en réalité donné lieu à un double mouvement symétrique très difficilement compréhensible pour le grand public :
1. cotisations patronales (-1,6 pt) branche famille / cotisations patronales (+ 1,6 pt déplafonnés) branche vieillesse
2. CSG famille (+ 1,1 pt) / Cotisation salariale vieillesse (- 1,05 pt
). Déjà en 1991 Rocard usait du même subterfuge que celui qu’entend mettre en oeuvre le président Macron : compenser la baisse de pouvoir d’achat des salariés liée à l’introduction d’un impôt sur l’activité par une baisse corrélative de cotisations sociales. D’ailleurs la plupart des observateurs de l’époque n’ont vu dans la CSG qu’une nouvelle génération de cotisation sociale. La nature juridique de la CSG a toutefois immédiatement donné lieu à une décision du Conseil Constitutionnel qui a confirmé sa nature fiscale et non celle de cotisation sociale(2)À noter qu’une récente décision du Conseil d’Etat a remise en cause la nature fiscale de la CSG et de la CRDS sur les revenus locatifs et des plus-values immobilières des non-résidents ; cette décision, loin de reconnaître la nature salariale de la CSG ouvre en réalité la voie à de nombreuses réclamations auprès du fisc de la part de contribuables français affiliés auprès de caisses de sécurité sociale étrangères. . La CSG est donc un impôt affecté à la Sécurité sociale et les postes d’affectation (branche famille initialement) sont un enjeu déterminant de la discussion. Quoiqu’il en soit la CSG marque le point de départ d’une introduction massive de la fiscalité dans les finances de la Sécurité sociale. Nous y reviendrons.

La CSG a très rapidement connu une expansion ininterrompue. En 1994 puis en 1997, la CSG sur les revenus d’activité est augmentée par deux fois dans des proportions importantes, et cette fois-ci sans compensation par une baisse de cotisation sociale. Le taux de CSG est aujourd’hui de 7,5 % et cette hausse a permis de diversifier ses postes d’affectation : outre la branche famille, la CSG est aujourd’hui affectée au Fonds de Solidarité Vieillesse, à l’Assurance maladie (dont elle représente 50 % des recettes), à la Caisse Nationale de solidarité pour l’autonomie, et à la CADES (qui a pour mission d’emprunter sur les marchés financiers pour amortir la dette sociale). À noter, en ce qui concerne l’affectation de la CSG à la CADES, qu’il s’agit d’une décision récente et pour le moins contestable, la CADES étant déjà financée par un autre impôt siamois de la CSG, crée par Alain Juppé en 1996, la CRDS. La question de l’affectation de la CSG à la CADES pourrait apparaître comme terriblement technique et il serait possible d’en épargner le lecteur si cette décision d’affectation ne s’était faite au détriment des recettes de la branche famille, créant artificiellement le déficit de la CNAF qui a justifié la réforme des prestations familiales de 2013, laquelle s’est traduite par une économie de 2,5 milliards d’euros au détriment des familles …

La CSG : un impôt social sur le capital ?

Beaucoup ont vu en 1991 et voient encore aujourd’hui dans la CSG une contribution du capital au financement de la Sécurité sociale et l’apport de ressources nouvelles permettant de garantir la pérennité financière de la Sécurité sociale. Le rendement de la CSG atteint 90 milliards d’euros par an et son rendement unitaire est en effet très supérieur à celui d’un point de cotisation sociale (12 milliards d’euros par point de CSG contre 8 milliards pour un point de cotisation sociale déplafonnée). Si l’on y regarde de plus près, le fort rendement de la CSG est une réalité en trompe-l’oeil.

En effet, en premier lieu, 70 % du rendement de la CSG repose sur les revenus d’activité. A tel point que la CSG est fréquemment présentée comme le premier impôt sur le revenu français, son rendement se situant loin devant celui de l’impôt sur le revenu (IR) acquitté par les contribuables. D’aucuns, tels Thomas Piketty, entendent-ils d’ailleurs fusionner les deux impôts sur le revenu (CSG et IR), occultant le fait que le premier est affecté à la Sécurité sociale et qu’une telle fusion ne manquerait pas de priver la Sécurité sociale de ressources essentielles au gré des projets de loi de finances.

Le rendement de la CSG sur les revenus d’activité est en réalité sensiblement identique à celui de la cotisation sociale déplafonnée acquittée par les employeurs et salariés, les seules différences sur cette assiette au profit de la CSG proviennent du fait que certains revenus du travail ont été précisément exonérés de cotisations sociales… mais pas de CSG (c’est le cas de l’épargne salariale par exemple).

Mais surtout, l’assiette qui apporte à la CSG un avantage comparatif décisif par rapport à la cotisation sociale en termes de rendement n’est nullement composée des revenus du capital. En effet 20 % du rendement de la CSG provient des revenus de remplacement, autrement dit les pensions de retraite, les indemnités de chômage, les pensions d’invalidité et les indemnités journalières de la Sécurité sociale. Présenté autrement, l’assujettissement des revenus de remplacement à la CSG correspond dans les faits à une réduction de 18 milliards d’euros de prestations sociales versées chaque année aux Français, elles-mêmes versées en contrepartie de la cotisation sociale qui est une partie indirecte de leur salaire !

En conséquence, si l’on ajoute la CSG sur les revenus d’activité (le salaire direct) et la CSG sur les revenus du remplacement (le salaire indirect), 90 % du rendement de la CSG repose sur les revenus du travail. La CSG sur les revenus du capital et du patrimoine, ne représentent guère que 10 % du rendement de cet impôt miracle. C’est certes une ressource non négligeable pour la Sécurité sociale mais marginale et qui ne frappe au demeurant que les revenus du capital des particuliers et non celui des entreprises.

La CSG, cheval de Troie de la fiscalisation de la Sécurité sociale et son étatisation

Comme nous l’avons dit plus haut, l’enjeu de la CSG réside dans son affectation. Et celle-ci ne tient nullement au hasard. Depuis sa création, la CSG vise dans les faits à se substituer à la cotisation sociale comme mode de financement des pans de la Sécurité sociale liés à l’assistance aux plus pauvres (Fonds de solidarité vieillesse qui verse le minimum vieillesse(3)De son vrai nom : Allocation de Solidarité pour les personnes âgées. , Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) ou qualifiés d’universels (branche famille, assurance maladie). La CSG poursuit par conséquence un objectif univoque et correspond à une très vieille revendication du MEDEF : exonérer les employeurs de leur responsabilité sociale en qualité de financeurs des risques sociaux non directement liés à l’emploi et faire financer ces risques (prestations familiales, dépenses de santé, dépenses d’assistance) par leurs bénéficiaires eux-mêmes.

Il s’agit d’une stratégie politique assumée de séparation des prestations de sécurité sociale en deux catégories étanches : celle des risques sociaux dits contributifs, c’est à dire couverts par des prestations sociales versées en contrepartie d’une cotisation sociale préalable (retraites, indemnités journalières de l’assurance maladie, rentes d’accidents du travail …) et celle des prestations versées de manière universelle ou dans le cadre de le prise en charge de la pauvreté (prestations familiales sous conditions de ressources, prise en charge des soins médicaux, etc …). Cette stratégie s’appuie sur l’idée communément admise qu’il ne serait plus possible de faire financer par les employeurs (via la cotisation sociale) des prestations sociales à vocation universelle car versées à des bénéficiaires qui ne cotisent pas, dans un contexte de chômage de masse. Par conséquent l’impôt est appelé à se substituer à la cotisation sociale car il ne serait pas possible de faire financer par les cotisations des travailleurs des prestations sociales versées y compris à des inactifs…

Cet argument est spécieux à plus d’un titre. Tout d’abord la fiscalisation du financement de la Sécurité sociale participe directement de la réduction des salaires dans la valeur ajoutée, donc d’une augmentation des profits des entreprises, tout en faisant peser le financement des risques sociaux sur les assurés eux-mêmes, ce qui s’apparente pour ces derniers à une double peine. En effet, comme on l’a démontré plus haut, ce sont toujours les travailleurs qui sont appelés en définitive à financer les risques sociaux : en effet, comme on l’a démontré plus haut ce sont eux qui contribuent pour plus de 90% à la CSG. Or, et c’est le point le plus important, la CSG, contrairement à la cotisation sociale, n’ouvre droit à aucune prestation sociale. En conséquence, en faisant reposer le financement de la branche famille et de l’assurance maladie sur la CSG, le législateur a introduit la possibilité de faire financer, par la CSG des travailleurs, des prestations sociales … auxquelles ceux-ci ne peuvent prétendre ! Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’évolution des prestations de la branche famille qui sont toutes soumises à conditions de ressources et réservées aux familles les plus modestes. Seules les Allocations familiales demeurent encore universelles mais la modulation introduite en 2014 les a réduites pour les allocataires ayant un revenus supérieur à 6000 € par mois pour un couple. Il en va de même de l’assurance maladie, certes devenue universelle depuis 1999 (loi CMU orientée elle aussi vers les plus démunis) mais dont les montants de remboursement ont été continuellement abaissés, obligeant les assurés sociaux à souscrire massivement à des contrats d’assurance complémentaire, rendus d’ailleurs obligatoires depuis l’ANI de 2012. La fiscalisation des pans dits universels (ou non contributifs) de la Sécurité sociale s’accompagne systématiquement d’une transformation de la Sécurité sociale en un auxiliaire de l’Etat en matière de lutte contre la pauvreté, rompant précisément avec la vocation initiale de la Sécurité sociale, conçue comme une institution du salaire visant à protéger les travailleurs de notre pays.

Par ailleurs il est inepte de prétendre qu’il n’y aurait aucun lien entre les prestations sociales à vocation universelle et le monde de l’entreprise, et partant, justifierait de mettre fin à la responsabilité économique et sociale de l’employeur. Rappelons pour commencer la nature assurantielle de la Sécurité sociale érigée par le Conseil National de la Résistance n’excluait nullement que la Sécurité sociale poursuive un objectif affirmé d’universalisation des prestations sociales. C’est également nier le fait que rétrécissement du nombre de travailleurs cotisants est principalement liée à la situation de chômage de masse qui s’est traduite depuis 30 ans par l’éviction massive de travailleurs potentiels du monde du travail. C’est faire peu de cas des dizaines de milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales versées sans contrepartie au patronat, dont le CICE et le pacte de responsabilité sont les derniers avatars en date, et ce, sans impact sur la réduction du chômage… Mais cela mériterait d’autres développements.

Prétendre enfin qu’il n’y a aucun lien entre les prestations familiales ou les prestations de l’assurance maladie et le monde du travail est absurde. En effet, l’état de santé des travailleurs ou encore le fait que les parents de jeunes enfants puissent les faire garder pendant leur journée de travail contribuent directement à la productivité du travail et sont des facteurs de croissance endogène ; la Sécurité sociale génère pour le système capitaliste d’importantes externalités positives. C’est sur cette base que les employeurs se sont vu imposer en 1945 une responsabilité sociale et économique en se voyant contraints de financer la Sécurité sociale par la cotisation sociale. Vouloir mettre fin au financement salarial de la Sécurité sociale consiste à segmenter les branches de la Sécurité sociale et à rigidifier la frontière entre risques sociaux selon leur nature universelle ou assurantielle. Les conséquences politiques sont considérables : il s’agit de mettre fin au principe de solidarité entre les branches et liquider le principe de démocratie sociale qui sous-tendait le projet du Conseil National de la Résistance.

D’un côté les risques dits contributifs (vieillesse, chômage, prestations en espèce …) demeurent financés par la cotisation sociale uniquement car le patronat a un intérêt direct à en faire des leviers de son projet politique de régulation sociale des travailleurs. La réforme du paritarisme initiée dès 1967, de même que le développement considérable des organismes complémentaires et paritaires de Protection sociale (UNEDIC, AGIRC-ARRCO, institutions de prévoyance, complémentaires santé ANI …) ont contribué à donner au patronat un rôle prédominant dans la gouvernance des régimes de protection sociale directement connectés au projet capitaliste : chômage, retraite, prévoyance d’entreprise …

D’un autre côté, les risques dits universels de la protection sociale (prestations familiales, prestations en nature de l’assurance maladie, minima sociaux et aides au logement) sont très majoritairement financés par l’impôt et l’Etat a progressivement dessaisi les partenaires sociaux de toute responsabilité politique. L’Etatisation massive de la Sécurité sociale s’exerce en premier lieu sur les régimes de base de la Sécurité sociale et ceux-ci perdent progressivement toute vocation de protection sociale universelle des travailleurs au profit d’un objectif de prise en charge minimale des besoins sociaux des plus pauvres et des exclus du monde du travail. En ce sens la fiscalisation d la Sécurité contribue à créer un système de protection duale, écartelé ente la Protection sociale d’entreprise réservée aux travailleurs les plus favorisés des grands groupes et les dispositifs de prise en charge de la pauvreté financés par l’impôt et réservés exclusivement aux plus démunis. Quant aux travailleurs situés juste au dessus des seuils de prise en charge des prestations sous conditions de ressources (prestations familiales, CMU complémentaire, minima sociaux …), ils deviennent les éternels laissés pour compte d’un système qu’ils contribuent à financer sans pouvoir en bénéficier. Au prix d’un sentiment d’abandon et d’un ressentiment marqué à l’endroit des “assistés” et des “privilégiés” (fonctionnaires, salariés couverts des garanties collectives …). Oubliant au passage que les vrais privilégiés sont davantage à rechercher du côté des ultra-riches…

La CSG Macron : ne pas faire fausse route

Le projet d’accroissement de la CSG annoncé par le Président Macron ne fait que renouer avec le projet de son mentor Michel Rocard. Il s’agit d’accroître la part de cet impôt dans le financement de la Sécurité sociale et de réduire parallèlement les cotisations salariales acquittées par les salariés. Pour un salarié, ce système de vases communicants se traduira par une légère augmentation de pouvoir d’achat.

Les retraités risquent en revanche d’être les vrais perdants de cette mesure : la hausse de la CSG se fera en effet sans compensation de pouvoir d’achat mais il est d’ores et déjà prévu de ne pas toucher aux taux réduit des retraités les plus modestes, de telle sorte que cette augmentation touchera en définitive 60% des retraités dont le revenu est supérieur à 1200 € par mois. Cela étant, pour une partie d’entre eux, la baisse du montant des pensions devrait être compensée par l’exonération de la taxe d’habitation. Pour les fonctionnaires et les chômeurs, la situation est moins claire mais il est prévu des mécanismes de compensation, de telle sorte que cela ne se traduira pas ou peu par une baisse de pouvoir d’achat.

Nous pouvons en tout état de cause penser qu’Emmanuel Macron, en fin stratège, saura éviter le piège de baisses de pouvoir d’achat trop brutales orientées vers telle ou telle catégorie sociale afin d’éviter de heurter brutalement l’opinion publique ou attiser les oppositions. En ce sens, la critique de la mesure d’augmentation de la CSG à l’aune de la baisse du pouvoir d’achat semble faire fausse route.

La véritable finalité de cette mesure repose en revanche sur un nouvel affaiblissement de la cotisation sociale au profit d’une nouvelle extension de la fiscalisation du financement de la Sécurité sociale. Voila le sens de cette réforme qui vise à étatiser encore davantage les pans jugés universels du Droit social des travailleurs et parachever le mouvement de transformation de la Sécurité sociale en auxiliaire a minima des politiques d’assistance à destination des plus pauvres. Le tout au prix d’un réduction des droits sociaux des travailleurs, d’une liquidation de ce qui reste de démocratie sociale dans les Conseils d’Administration des organismes sociaux, et d’une incitation pour ces derniers à trouver leur salut dans les dispositifs de prévoyance d’entreprise et de régimes complémentaires inféodés aux intérêts du MEDEF. Soit quelques mètres de terre supplémentaires sur le cercueil d’Ambroise Croizat.

Note(s)   [ + ]

1.L’instauration de la CSG a en réalité donné lieu à un double mouvement symétrique très difficilement compréhensible pour le grand public :
1. cotisations patronales (-1,6 pt) branche famille / cotisations patronales (+ 1,6 pt déplafonnés) branche vieillesse
2. CSG famille (+ 1,1 pt) / Cotisation salariale vieillesse (- 1,05 pt
2.À noter qu’une récente décision du Conseil d’Etat a remise en cause la nature fiscale de la CSG et de la CRDS sur les revenus locatifs et des plus-values immobilières des non-résidents ; cette décision, loin de reconnaître la nature salariale de la CSG ouvre en réalité la voie à de nombreuses réclamations auprès du fisc de la part de contribuables français affiliés auprès de caisses de sécurité sociale étrangères.
3.De son vrai nom : Allocation de Solidarité pour les personnes âgées.
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3 questions à Bruno Drewski sur Macron et le départ d’Assad par GRÉGOIRE LALIEU

29 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme

3 questions à Bruno Drewski sur Macron et le départ d’Assad

27 Jun 2017

Grégoire Lalieu

http://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2017/06/macron-poutine-640x427.jpg http://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2017/06/macron-poutine-640x427.jpg

 

Alors que le gouvernement Hollande avait fait du départ de Bachar Al-Assad une priorité absolue, Emmanuel Macron a déclaré que la destitution du président syrien n’était pas un préalable à tout. Quelques jours plus tôt, c’est l’Allemagne qui condamnait les sanctions US contre la Russie. Historien spécialiste du monde slave et maître de conférence à l’INALCO, Bruno Drewski est l’un des experts interviewés dans notre dernier livre, Le monde selon Trump. Il nous éclaire sur le revirement de Macron ainsi que sur les relations mouvantes entre les Etats-Unis et l’Europe.

 

Emmanuel Macron a déclaré que « la destitution de Bachar Al-Assad n’était pas un préalable à tout ». Un revirement de taille pour la France. Comment l’expliquez-vous ?

 

Je pense que l’évolution de la situation en Syrie impose aujourd’hui aux autorités françaises de faire preuve de réalisme. À moins de s’engager dans une guerre totale au profit des mêmes terroristes responsables des attentats en France, elles ne peuvent plus s’empêcher de voir que l’armée syrienne est en train de gagner la guerre. Même si Israël et les Etats-Unis font tout pour retarder ce scénario. Sans une décision du Pentagone, l’hypothèse d’un engagement militaire français semble exclue. Le changement de gouvernement en cours à Paris donne donc le prétexte nécessaire pour changer de ton vis-à-vis de la Syrie.

La guerre contre la Syrie et son gouvernement semblant en passe d’être perdue, le gouvernement Macron se prépare sinon à accourir au secours de la victoire, au moins à la prendre en compte. Il essaiera sans doute en même temps de limiter et de retarder le plus possible les possibilités de rétablissement et de reconstruction de ce pays « rebelle » à l’ordre occidental. La crise récente entre les monarchies du Golfe et les intérêts de ces entités dans l’économie française ont également pu pousser le gouvernement Macron à faire preuve de plus de prudence. L’avenir dira si ce changement de ton ira plus loin en direction du réalisme et d’une réelle réconciliation franco-syrienne.

 

 

Quelques jours plus tôt, l’Allemagne critiquait vivement les nouvelles sanctions que veut imposer Washington à la Russie. Assistons-nous à la fin de la lune de miel entre l’Europe et les Etats-Unis ? 

 

Depuis le début de la crise ukrainienne, l’Allemagne a toujours été divisée. D’un côté, une fraction de son patronat a un intérêt direct à coopérer le long de l’axe Eurasie-Asie, donc avec Moscou. De l’autre côté, certains continuent à suivre la politique des États-Unis, surtout à cause de la pénétration très ancienne d’importants secteurs de la bureaucratie allemande par les agents d’influence d’outre-Atlantique. La gauche allemande tend elle aussi vers une coopération avec la Russie.

Avec la crise de régime en cours à Washington, les gouvernements européens, en particulier l’Allemagne, se sentent un peu « orphelins », même s’ils gardent des contacts privilégies avec les cercles néocons (« interventionnistes libéraux » selon la nouvelle appellation « clintonienne »). Ces cercles avaient agi en faveur de l’élection de Hillary Clinton. Ils gardent une influence clef dans leur pays.

Enfin, depuis assez longtemps, les stratèges à Washington se méfient du potentiel d’autonomie de l’Allemagne et derrière elle de l’Union européenne. C’est pourquoi les Etats-Unis ont cherché à établir des relations privilégiées avec les pays de l’« Intermarium ». Terme de l’entre-deux-guerres qui recouvre l’isthme Baltique-mer Noire. Ce territoire permet de séparer l’Allemagne de la Russie par un axe Pologne-pays Baltes-Ukraine. Il pourrait éventuellement être élargi à d’autres petits pays voisins, selon le vieux modèle du « cordon sanitaire » devant entourer la Russie et la séparer de l’Europe occidentale.

 

 

Quel impact ces éventuels changements d’alliance pourraient-ils avoir sur les Etats-Unis ? Trump va-t-il se retrouver isolé sur la scène internationale ?

 

Ces évolutions tendent évidemment à affaiblir la position déjà difficile de Trump à Washington. Avec la crise de pouvoir en cours aux Etats-Unis, beaucoup de dirigeants européens jusque-là très atlantistes commencent à comprendre que le grand frère n’est plus ce qu’il était en termes de puissance, de santé économique et de cohésion interne. Cela menace la sécurité des institutions et des élites européennes qui se sentaient jusque-là protégées par le gendarme Otan. Car l’objectif de cette alliance militaire n’était pas seulement de se projeter vers l’extérieur, mais aussi de garantir la stabilité des instances dirigeantes européennes et de sécuriser les mouvements de capitaux en son sein.

Toutes ces nouvelles incertitudes ont en tout cas soulevé un vent de panique à Berlin, à Bruxelles, à Paris et ailleurs. Suffisant pour que les pays d’Europe de l’Ouest, au sein de l’UE ou de manière isolée comme le montre le Brexit, tentent à nouveau de devenir des puissances plus autonomes ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais le contexte est là : crise du capitalisme mondialisé, crise de régime aux Etats-Unis, crise de l’Union européenne, échecs des politiques de l’OTAN hors de sa zone et désaffection massive des citoyens envers les régimes occidentaux… Tout cela pourrait amener une partie au moins des élites dirigeantes à envisager une recomposition de la scène politique internationale. Cela dépendra dans une large mesure des capacités économiques des uns ou des autres à forcer le destin dans une direction ou une autre.

Par ailleurs, avec la perte du contrepoids communiste et le verrouillage grandissant du système politique, médiatique et sécuritaire, tant au niveau national que supranational, les peuples semblent aussi de plus en plus désabusés. Cela peut évidemment entrainer une passivité grandissante, mais aussi provoquer des mobilisations de plus en plus fortes. Par exemple, alors qu’il n’a rassemblé qu’un faible pourcentage d’approbation de la part des électeurs, Macron a manifesté une certaine prudence dans la foulée du scrutin. Cela témoigne sans doute d’une nervosité au sein du régime actuel. Et cela pourrait pousser Paris à prendre plus d’autonomie par rapport à Washington. Des phénomènes semblables peuvent se produire dans d’autres pays de l’Union européenne, car partout, le mécontentement est perceptible.

Je ne pense pas que les élites actuelles des différents pays européens soient néanmoins déjà prêtes à faire un saut dans l’inconnu. Car ce n’est certainement pas l’esprit visionnaire, le courage politique et l’esprit de risque qui les caractérisent. Mais on doit se rappeler qu’à la veille du démantèlement du bloc soviétique, peu nombreuses étaient les élites des nomenklaturas locales alors prêtes à sauter vers l’inconnu. Toutefois, la désagrégation interne du système a finalement entraîné un phénomène généralisé de sauve-qui-peut vers l’Ouest. On ne doit donc pas exclure aujourd’hui un retour du balancier vers l’Est avec la crise généralisée du système économique, social et politique. D’autant plus qu’à l’Est, c’est désormais aussi le capitalisme, même si là-bas il est plus encadré par l’État.

Une refonte fondamentale de l’architecture internationale est donc possible. Elle n’entrainera pas forcément un changement de régime social, économique et politique. Il faudrait pour cela une véritable reconstruction des mouvements alternatifs et révolutionnaires. La pente vers la désagrégation du camp nord-atlantique semble malgré tout engagée. Les pays européens ont tout intérêt à prendre en compte le fait que le monde est désormais multipolaire, que le processus de rapprochement eurasiatique est lancé et que ce sont les puissances eurasiatiques, en particulier la Russie, qui sont en passe de reconstruire un équilibre dans les pays du monde arabo-musulman saccagés par l’aventurisme des Etats-Unis, d’Israël et de l’Otan.

 

Source: Investig’Action

http://www.investigaction.net/fr/3-questions-a-bruno-drewski-sur-macron-et-le-depart-dassad/

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Le grand méchant loup à la télé...! par Jean LEVY

29 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La nation ., #La République, #La guerre, #Ukraine

Le grand méchant loup à la télé...!   par  Jean LEVY

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Lundi 26 juin 2017, FR3 diffusait la première partie du film d'Oliver Stone sur Poutine.

Malgré les cris d'orfraie poussés les fanatiques de l'Europe mobilisés en permanence contre la Russie, hier soviétique, aujourd'hui poutinienne, la télé a maintenu son programme.

Bravo ! 

Ce documentaire repose sur de nombreux entretiens du réalisateur avec le président de la Fédération de Russie durant ces dernières années. 

Chacun a ainsi pu juger le président russe à partir des réponses de celui-ci au questionnement du cinéaste américain portant sur tous les aspects de la politique mené par le Kremlin depuis son élection à la présidence en 2000; 

L'intérêt du film porte aussi bien sur l'homme, son rapport au pouvoir, ses réactions aux événements, la politique pratiquée par les Etats-Unis et ses alliés de l'Otan vis-à-vis de son pays, le regard qu'il porte sur la Russie elle-même et son peuple.

Oliver Stone ne visait pas à engager une polémique avec Vladimir Poutine, mais seulement faire découvrir la pensée du président comme base de son action politique, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de son pays. 

Ainsi, pour la première fois publiquement en France, les téléspectateurs ont eu la chance d'entendre directement le dirigeant russe donner sa version des faits sur le plan intérieur comme au niveau international.  Une première quand on songe au déferlement de haine qui s'étale quotidiennement à l'égard de Poutine dans tous les médias français, publics et privés, sans avocat pour le défendre.

Le film d'Oliver Stone a donc constitué un événement politique, bien au-delà de l'anecdote.
On aurait pu s'attendre ce matin à une réaction de la part de ces médias, sur France Inter en particulier, puisque son "spécialiste" des questions internationales, Bernard Guetta, était l'une des personnalités invitées après le film pour en débattre. Or, rien, pas un mot ce matin, dans son 7 à 9 ! Pas la moindre allusion à l'émission...Un silence assourdissant ! Motus et bouche cousue, alors que quotidiennement, Guetta insulte Poutine et sa politique.

C'est dire l'impact de l'émission de France 3, et la gêne que celle-ci procure dans le Tout Paris occidentalisé.

Mais de leur côté, canempechepasnicolas et son animateur, qu'ont-t-ils pensé du film d'Oliver Stone ?

D'abord, un grand plaisir à entendre à la télé s'exprimer des opinions et des commentaires interdits d'antenne jusqu'à présent. Vladimir Poutine n'a révélé aucun secret, mais il a donné sa version des événements conforme aux vérités  jusqu'ici cachées au public : l'engagement militaire des USA en Afghanistan aux côtés des moudjahidines luttant contre les Soviétiques, ces groupes d'où devaient naître les terroristes d'Al Qaïda, l'engagement non tenu donné par Washington à Gorbatchev de limiter le périmètre européen de l'Otan à la frontière est de l'Allemagne, la répudiation par les Etats-Unis de l'accord signé avec l'URSS, concernant la non prolifération d'armes nucléaire, le soutien US aux rebelles tchétchènes contre Moscou.

Et d'entendre ces vérités à la télé, cela fait du bien.

D'autre part, la place réservée à l'homme Poutine donne l'idée que la Russie est gouvernée par un personnage maître de lui, qui doit son calme et sa détermination, non seulement à sa volonté d'identification aux caractères du peuple russe, mais aussi à ses règles de vie personnelles. Il faut être une journaliste comme Sylvie Kauffmann pour ne retenir de l'entretien de plusieurs heures que le"regard glaçant" de Vladimir Poutine...

Hubert Védrines et le journaliste du Figaro, eux, ont analysé la politique du président russe avec sérieux, partisans d'une "réalpolitique", qui tranche avec l'agressivité haineuse d'un Bernard Guetta...

Attendons jeudi soir et la fin du film pour en connaître davantage

 

Tag(s) : #Russie, #Médias
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L’élimination d’Abou Bakr Al Baghdadi signe l’éradication complète du Cercle de Tall Affar, le noyau turkmène fondateur de Daech. Par René Naba.

27 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

L’élimination d’Abou Bakr Al Baghdadi signe l’éradication complète du Cercle de Tall Affar, le noyau turkmène fondateur de Daech

 

L’élimination d’Abou Bakr Al Baghdadi par un raid russe sur Raqqa, Nord de la Syrie, le 25 Mai 2017, si elle était confirmée, signerait l’éradication complète du cercle de Tall ‘Affar, le noyau turkmène fondateur de l’État Islamique.

Pivot de Daech, ultime survivant du Cercle de Tall’Affar et du camp de Bucca, sud de l’Irak, la disparition du Calife Ibrahim revêtirait certes une lourde signification par sa portée symbolique. Mais ce désastre ne saurait remettre en cause le projet de restauration du Califat islamique, en dépit des défaites majeures subies par l’organisation djihadiste, ni de ses lourdes pertes en vies humaines, en dépit de sa politique suicidaire menée à l’encontre des minorités sous son emprise, les Chrétiens et les Yazédis qu’il s’est aliéné par les persécutions qu’il leur a fait subir, plutôt que de les amadouer.

La chute probable de Mossoul, selon toute vraisemblance, va relancer les tensions inter communautaires, exacerbées par une hyper fragmentation de la société irakienne du fait de quinze ans de guerres intestines. Elle pourrait inciter Daech à compenser la perte territoriale de son califat en terre arabe par un plus fort ciblage européen. Une «branche européenne» de Daech aurait d’ailleurs été créée à cet effet, constituée de près de 5.000 volontaires auparavant engagés dans les combats en Syrie et en Irak.

1 – Le cercle de Tall’Affar

Le cercle de Tall’Afar, noyau dur de Daech, était dirigé par Abou Ali Al Anbari, de son vrai nom Ala’ Qodrache, Turkmène originaire de Tell’Afar.
Le «cercle de Tall’Afar» tire son nom de la ville du Nord-Ouest de l’Irak, qui abritait durant l’embargo international contre l’Irak (1990-2003), un des sites d’où étaient déployés les batteries de la défense anti aérienne pour la neutralisation des avions des forces de coalition de l’Opération «Northern Watch 1», chargée de faire respecter les zones d’exclusion aérienne faisant suite à l’embargo décidé par l’ONU.

Située à 45 km à l’Ouest de Mossoul, dans la province de Ninive et à 60 km de la frontière syrienne, elle est peuplée d’environ 170.000 habitants, arabes sunnites, kurdes, turkmènes et chiites. L’édifice était chapeauté par les Turkmènes du «Cercle de Tell’Afar», sous la direction d’Abou Ali Al Anbari, qui en verrouillait les principales articulations.

Les cadres irakiens ont joué un rôle déterminant dans la définition de cette idéologie, résultant d’un double impératif: Disposer d’un gisement humain sunnite apte au combat tout en maintenant la cohésion d’un groupe hétéroclite traversé par des courants contradictoires.

A – Les principaux membres du cercle

SAMIR Al KHALFAOUI (Hajji Bakr), de même que ses camarades du parti Baas, étaient des laïcs, mais ont souhaité tirer leur légitimité de Dieu. «La domination des peuples doit être exercée par une élite ultra-minoritaire, car son objectif est de servir les intérêts supérieurs… «Pour ce faire, elle doit tirer sa légitimité de Dieu ou de la grandeur de l’Histoire». Dixit cet ancien cadre supérieur baasiste.

Partant du principe que les croyances religieuses extrémistes ne suffisaient pas à elles seules à forger la victoire, la synthèse doctrinale a visé à concilier les tendances contradictoires du groupement, débouchant sur la formulation de la théorie de l’«État Islamique».

L’empressement à proclamer le Califat répondait au souci de couper la voie à tout retour en arrière. Durant leur incarcération, pendant trois ans (2005-2008), les conciliabules se sont déroulées d’une manière intensive entre prisonniers irakiens des camps américains et ont visé à faire connaissance d’abord, à se jauger ensuite, à se faire confiance et à réduire leurs divergences, enfin.
Parmi les participants à ce cénacle carcéral insolite figuraient deux généraux, huit colonels, deux commandants, ainsi que Cheikh Ibrahim Awad Al Badri, le futur calife.

Deux généraux Adnane Al Bibaloui et Ibrahim Al Habbani. Huit Colonels (Samir Ben Hamad Al Khalfaoui, Adnane Najm, Fahd Al Afari, Assi Al Obeidi, Fadel Al Ayssawi, Mohannad Al Latif Al Soueidy, Nabil Al Mouayin). Deux commandants (Mayssara Al Joubouri et Adnane Al Hayali) ainsi que Cheikh Ibrahim Awad Al Badr.

Au terme de trois ans de conciliabules, les participants sont convenus de se retrouver à leur sortie de prison pour la poursuite de leur action d’une manière concertée.

2 – Le camp de Bucca

Le camp de Bucca, sud de l’Irak, était un centre de détention aménagé par les Américains pour y incarcérer leurs adversaires et ennemis durant leur occupation de l’Irak. Il comprenait 24 baraquements, chaque baraquement contenait 1.000 prisonniers, soit au total 24.000 prisonniers.
Dix sept des vingt cinq dirigeants de Da’ech, en charge des opérations en Irak et en Syrie, ont séjourné à la prison de Bucca entre 2004 et 2011. Ibrahim Awad Al Badri, alias Abou Bakr Al Baghdadi, a été détenu de 2006 à 2008.

Situé près du port d’Oum Qasr, dans le sud de l’Irak, le camp de Bucca avait été aménagé par les américains lors de la 1 ère Guerre d’Irak (1990-1991). Il sera employé également comme camp de prisonniers dès 2003 par les forces britanniques en Irak.

Après le scandale de la prison d’Abou Ghraib, en 2004, les conditions de détention se sont améliorées. Abandonnée en 2009, elle devrait être transformée en pôle de développement économique avec l’implantation d’hôtels, et de dépôts logistiques pour l’industrie pétrolière.

Samir Al Khalfaoui, alias Hajji Bakr, prisonnier de 2006 à 2008 au camp de Bucca, puis transféré à la prison d’Abou Ghraib, a été tué à Tall Rifaat à Alep en Janvier 2014. Il a transposé au djihad son expérience acquise sous le régime de Saddam Hussein, clonant l’EI sur le modèle de l’appareil sécuritaire baasiste, hérité de la STASI, la police allemande de l’ex RDA.

Les documents manuscrits découverts au domicile de Samir Al Khalfaoui, à son décès, révèlent que dans sa conception, l’EI n’était pas un groupement religieux mais sécuritaire. Nationaliste, selon le qualificatif du journaliste irakien Hachem Al Hachem, Samir AL Khalfaoui était un ancien officier de la base aérienne irakienne de Habbaniyah, expert en logistique.

Le général Adnane Biblaoui est l’initiateur du plan de conquête de Mossoul. Tué lors de l’assaut, la conquête de Mossoul lui a été dédiée et la bataille porte son nom, en sa mémoire.

La biographie des principaux dirigeants de l’état Islamique (Abou Mouss’ab Al Zarkaoui, Abou Omar Al Baghdadi, Abou Bakr Al Baghdadi, Adnane Biblaoui, Hajji Bakr.) Sur ce lien: http://www.madaniya.info/2014/09/15/daech-des-hijras-illusoires-aux

Propos d’un dirigeant de Da’ech: «Nous étions convenus de nous retrouver à notre sortie de prison. Notre mode de liaison était simple. Nos CV étaient inscrits sur l’élastique retenant nos sous-vêtements. Tout y figurait, le numéro du portable, le lieu d’habitation. Tout le monde est revenu de détention en 2009. Nous avons repris alors nos conciliabules». Fin de citation (Cf. «Les conditions d’allégeance et de gouvernance». Centre d’Études des mouvements islamiques (Al Harakate Al Islamiyah lil Dirassate).

Les Arabes avaient la haute main sur l’Information, notamment les syrien tel Taha Sobhi Falaha (Abou Mohamad Al Adanani), en sa qualité de porte-parole de l’EI. Malgré la fusion opérée entre arabes et étrangers, l’élément irakien est demeuré toutefois prédominant dans les postes les plus élevés et les plus sensibles.

Ibrahim Al Badri, alias Abou Bakr Al Baghdadi, a réussi à moderniser son groupement en s’appuyant, sur le plan militaire, sur le bloc des anciens officiers de l’armée irakienne, notamment Samir Al Khalfaoui et Abdel Rahman Al-Biblaoui. La branche militaire est ainsi devenue une forte armée régulière cohérente et professionnelle.

Le chef de l’EI a réussi en outre à tirer profit des expertises des Arabes et des étrangers, notamment les personnes originaires du Golfe à l’exemple des saoudiens Omar Al Qahtani et Osmane Nasser Al Assiry, du bahreini Turki ben Moubarak, alias Turki Al Benghali et le tchétchène Abou Omar Al Shishani ainsi qu’Abou Hammam Al Atrabi.

En dépit de cette infrastructure et de l’organigramme dont il s’est doté, le groupement n’a cessé de se comporter en organisation de type milicienne où règnent le désordre et le clientélisme.

L’EI est subdivisé en 18 circonscriptions administratives réparties entre la Syrie et l’Irak, mais l’aménagement du territoire n’a pas pour autant mis un terme aux dysfonctionnements tant les provinces de même que les administrations souffraient de désorganisation.

Le chef de Da’ech réussira néanmoins à compenser ces insuffisances en confiant les postes clés à des hommes de confiance qui réussiront à maintenir la cohérence du groupe, en l’occurrence le bloc des anciens officiers de l’armée irakienne, qui seront placés à tous les niveaux de responsabilité, dans tous les domaines (sécurité, militaire, organisation, élaboration de nouvelles méthodes de combat et la planification des nouveaux raids).

3- Ibrahim Awad Al Bakri: Abou Bakr Al Baghdadi, une usurpation d’identité

L’identité d’emprunt qu’il s’est attribué en s’autoproclamant Calife (en arabe le successeur) emporte usurpation de légitimité: Abou Bakr Al Baghdadi Al Husseini Al Qoraychi se décline ainsi :

Abou Bakr est le prénom du premier Calife en 632.Le plus fidèle compagnon de Mohamed repose aux côtés de la tombe du prophète à Médine. Baghdadi, celui qui est originaire de Bagdad, évoque la lignée des califes Abbassides (descendants d’Abbas, l’oncle de Mohamed). Husseini, évoque le martyre du petit fils du Prophète, tombé en 680 à Karbala en Irak, adulé des chiites.

Sur le plan rituel, le nouveau calife Ibrahim, de son nom de guerre Abou Bakr Al Baghdadi, cumule pouvoir politique et spirituel avec autorité sur l‘ensemble des musulmans de la planète. Une posture qui le hisse au rang de supérieur hiérarchique du Roi d’Arabie, le gardien des lieux saints de l’Islam La Mecque et Médine, d’Ayman Al Zawahiri, le successeur d’Oussama Ben Laden à la tête d’Al Qaida, du président de la confédération mondiale des oulémas sunnites, Youssef Al Qaradawi, le télé prédicateur de l’Otan. Ah la belle audience califale en perspective.

Né en 1971, dans la ville de Samarra, il rejoint à 32 ans l’insurrection en Irak peu après l’invasion américaine de l’Irak, en 2003. Capturé, détenu et torturé dans la plus grande prison américaine en Irak, le Camp Buca pendant cinq ans, sud de l’Irak, il sera annoncé comme mort, en octobre 2005, par les forces américaines. Mais, à la surprise générale, Abou Bakr al-Baghdadi, réapparaîtra, en mai 2010, à la tête de l’État islamique en Irak (EII). Depuis 2011, Il est classé comme «terroriste» par les États Unis.

4 – La galaxie Dae’ch (ISIS EIIL)

Présent en Syrie et en Irak, le groupe islamiste ultra-radical «l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL ou ISIS en anglais), dont l’acronyme en arabe est Daech, a été fondé en 2013 sur les bases de l’État islamique en Irak (EII), à la faveur des combats de Syrie et des dérives Djihadistes.

La galaxie avait été mise sur orbite, en 2006, avec la fusion de plusieurs groupes djihadistes irakiens et de tribus sunnites, sous la houlette du Prince Bandar Ben Sultan, ancien chef des services de renseignements saoudiens et d’Izzat Ibrahim ad Doury, ancien vice-président du Conseil de la révolution irakienne et successeur de Saddam Hussein à la tête du parti Baas, depuis son entrée en clandestinité.

Au-delà des baasistes, Izzat ad Douzy, chef de l’Armée de la voie de Nakchabandi, une confrérie soufie qu’avaient embrassée, selon ses adeptes, les compagnons du Prophète ainsi que le premier calife. L’appellation est toutefois trompeuse, car si les soufis sont théoriquement pacifiques, les Nakchabandi d’Irak ont fourni de redoutables officiers de renseignements, civils et militaires, sous le règne de Saddam Hussein. Après la chute de ce dernier, ils ont régulièrement mené des opérations conjointes avec Al-Qaida.

Selon les estimations des experts, l’EIIL comptait entre 5000 à 6000 combattants en Irak et 6000 à 7000 en Syrie. Sa zone d’influence s’étendait du nord de la Syrie, notamment depuis son quartier général à Raqqa, jusqu’au centre de l’Irak.

5- La stratégie de l’ISIS

L’EIIL cherche surtout à fonder un État Islamique au Proche-Orient fondé sur la Chariah (législation islamique) et effacer ainsi les frontières issues du colonialisme franco- britannique, les accords Sykes Picot. Le déploiement de l’ISIS révèle toutefois que son zone d’influence coïncide avec les gisements de pétrole syriens et irakiens.

En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi, alors chef de l’État islamique en Irak, a annoncé la fusion de son groupe avec le Front al-Nosra, une branche d’Al-Qaïda active en Syrie, pour créer l’EIIL. Le Front al-Nosra a toutefois refusé cette alliance et, en février 2014, le chef d’Al-Qaïda, Aymane Al-Zawahiri, officialisera sa rupture avec l’EIIL en lui demandant de quitter la Syrie. Les deux groupes opèrent des lors de façon séparée, se faisant même la guerre en Syrie.

Le groupe djihadiste se finance via trois sources principales, le pétrole, les prises d’otages, un commerce plus lucratif que le pétrole, en ce que la rançon peut atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars, enfin, les donations des princes du Golfe, des princes, qui soutiennent le groupe sunnite face aux chiites et aux athées.

6- Les combattants en Syrie et en Irak

La Syrie comptait de 100.000 à 120.000 djihadistes, dont 7.000 à 10.000 étrangers, repartis en un millier de formations combattantes, selon une déclinaison ethnico religieuse tribale, reflet des clivages politico sociales du pays et de leurs parrains respectifs, opérant au sein de PC conjoint, sur fond de violentes rivalités et d‘une opposition instable, selon les estimations de la prestigieuse institution «The Brookings Institution», dont le centre régional à Doha (Qatar), «Brookings Doha Center Report» publiées à la mi-mai 2014 dans son rapport périodique: «Syria Military Landscape Mai 2014», sous la plume de Charles Lester.

La ventilation de ces djihadistes en fonction de leur nationalité et de leur provenance a été établie par Soufan Group, un centre d’études turc, proche de la Confrérie des Frères Musulmans et figure sur ce lien: http://www.soufangroup.com/foreign-fighters-in-syria/

7- Le rôle contre productif de l’opposition off shore pétromonarchique

Une opposition instable et cupide: «La concurrence pour les subsides notamment auprès des associations caritatives pétro monarchiques a favorisé la division et la dispersion. Le style de vie des opposants en exil a suscité des moqueries en ce qu’il leur était reproché leur goût pour les hôtels cinq étoiles, occultant la dure réalité syrienne, indique le rapport Brookings Doha Center Report dont ci joint les extraits de ce document de 50 pages.

…..«Le chef de l’Armée Syrienne Libre, pendant cette période a assumé un rôle de «Public Relations» et l’échec de l’opposition off shore pro occidentale a favorisé la montée en puissance de l’extrémisme, dont les Frères Musulmans, constituaient la force la plus modérée.

Par «Le Manifeste d’Alep», le 24 septembre 2013, onze organisations parmi les plus puissantes ont refusé la tutelle de la coalition de l’opposition syrienne, soutenue par les pays occidentaux et les pétro monarchies arabes. Cinquante groupements, réunis sous l’autorité de Mohamad Allouche, fonderont alors «Jaych Al Islam», assumant un rôle axial en Syrie.

Le Front Islamique

Sept groupements fédérés au sein de ce front disposent de 60.000 combattants en Syrie et constituent la plus importante formation militaire du pays. Trois de ces formations -Ahrar As Cham (les hommes libres du levant), Soukour As Cham (Les Aigles du Levant) et Jaych al Islam (l’Armée de l’Islam)- opèrent en coordination étroite avec Al Qaida, via Jobhat an Nosra.

«Le Front Islamique est un acteur décisif dans la dynamique de l’opposition en raison de sa capacité d’impulser l’orientation idéologique du soulèvement. Il constitue la relève radicale d’Al Qaida sur le plan idéologique et son but ultime est la création d’un Etat islamique en Syrie, point de départ de la guerre de libération d’Al Qods (Jérusalem) et la Palestine.

8 – Les défaites militaires à l’arrière plan d’une hécatombe des chefs djihadistes.

Mais l’anéantissement du noyau turkmène ne saurait mettre un terme un projet de restauration d’un califat islamique, en dépit des défaites majeures subies sur le terrain par l’organisation djihadiste, ni des pertes en vies humaines.

A – Les défaites militaires de Daech

Depuis début 2015, Daech a subi d’importants revers tant en Irak qu’en Syrie, sous les coups de butors conjugués mais non coordonnées de l’alliance occidentale et de leurs supplétifs kurdes tant en Syrie qu’en Irak, d’une part, et d’autre part, les forces gouvernementales syriennes et irakiennes et leurs alliés en Syrie, –la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais–, en Irak, Al Hachd Al Cha’abi, la mobilisation, une milice majoritairement chiite.

Ci joint une chronologie des revers

Janvier 2015, la cité antique de Palmyre a été reprise par l’armée syrienne En quinze mois, selon les calculs de l’IHS Conflict Monitor, les pertes territoriales de Daech dépasseraient les 25%, et, 40 pour cent selon les forces américaines. Palmyre marque le début de la fin de Daech sur le plan militaires

  • 26 janvier 2015: Kobané. L’État islamique est chassé de cette ville frontalière de la Turquie par les Unités de protection du peuple kurde (YPG).
  • 31 mars 2015: Tikrit. Reprise de ce bastion de l’ancien président Saddam Hussein, à 160 km au nord de Bagdad. Téhéran et Washington se sont impliqués dans cette bataille et dans la reconquête de ce chef-lieu majoritairement sunnite.
  • 6-13 novembre 2015: Sinjar: L’EI contrôlait cette ville depuis août 2014, se livrant à de multiples exactions contre la minorité yazidie, qui constitue la majorité de sa population.
  • 8 décembre 2015: Ramadi. Ville sunnite à 100 km à l’ouest de Bagdad, Ramadi est le chef-lieu de la grande province d’Al-Anbar, frontalière de la Syrie. Elle avait été conquise le 17 mai 2015 par l’EI après une vaste offensive et une retraite chaotique des forces irakiennes.
  • 24 mars 2016: Mossoul: L’armée syrienne, appuyée au sol par le Hezbollah libanais et les forces spéciales russes et soutenue par l’aviation russe, entre dans la ville antique de Palmyre, à 205 km à l’est de Damas, prise par l’EI le 21 mai 2015. De l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne, soutenue par des milices et l’aviation de la coalition internationale, lance une offensive pour reprendre Mossoul, deuxième ville du pays (nord).
  • 27 mars 2016: Palmyre L’armée syrienne reprend la totalité de la ville de Palmyre après plusieurs jours de combats. Les djihadistes se replient notamment vers leurs fiefs de Raqqa et Deir Ezzor plus au nord.
  • 21 Décembre 2016: Le bastion djihadiste d’Alep est tombé aux mains des forces gouvernementales syriennes, mettant un coup d’arrêt au plan de partage de la Syrie.

Au delà du cercle de Tall affar, décimé, 10 des principaux figures de proue de la nébuleuse djihadiste ont été éliminés en six ans de guerre en Syrie et en Irak, dont voici le décompte:

  • Zohrane Alllouche, chef de Jaych Al Islam, tué dans un raid de l’aviation syrienne le 25 décembre 2015.
  • Hassan Abboud, (Abou Abdallah Al Hamaoui), fondateur d’Ahrar Al Cham (les Hommes Libres du Levant), dont le mouvement a été décapité avec l’élimination de 40 de ses dirigeants lors d’un ténébreux attentat à l’automne 2014
  • Omar Al Shishani, le responsable militaire de Daech
  • Djamil Raadoun, chef du Soukour Al Ghab (Les Faucons de la Forêt), assassiné en Turquie même, l’autre parrain du djihadisme salafiste.
  • Abdel Rahman Kaddouli (de son nom de guerre Hjaji Imam), N°2 de Daech et son ministre des finances, tué par un raid aérien américain en Irak le 25 mars 2016.
  • Abou Hayjja Al Tounsi, dirigeant militaire de Daech, tué le 31 mars 2016, par un drone américain à Raqqa (Syrie)
  • Abou Firas Al Soury (de son vrai nom Radwane Al Nammous), porte-parole d’Al Nosra
  • Deux dirigeants de premier plan de Daech : Abou Mohammed Al-Adnani et Waêl Adil Hassan Salman Fayad. Seul Syrien au sein de la direction de Daech, Al-Adnani, né en 1977 dans la province d’Idlib, était considéré comme le «ministre des attentats» du groupe et le chef de ses opérations extérieures.

Vétéran du djihad et porte-parole du groupement terroriste, Taha Sobhi Fallaha (le vrai nom d’Al Adanani) a été tué dans un raid aérien visant la ville d’Al Bab, le dernier bastion de l’EI dans la région d’Alep, le 30 août 2016. Quant à Waêl Adil Hassan Salman Fayad, ministre de l’Information du groupe Etat islamique, il a été tué dans un bombardement aérien de la coalition anti djihadiste le 7 septembre près de Raqqa en Syrie, soit une semaine après son compère Al Adnani.

Enfin, les chefs du «Front du Fatah Al Cham», la nouvelle mouture de Jabhat An Nosra:

  • Abou Omar Saraqeb, chef militaire de ce groupement et son adjoint Abou Mouslam Al Chami, mi septembre 2016, tués dans leur PC alors qu’ils préparaient un plan de reconquête d’Alep. Alors qu’il était à la tête de Jabhat An Nosra, Abou Omar Saraqeb avait conquis au début de la guerre Idlib et Jisr Al Choughour.

Quant à l’hécatombe politique des faiseurs de la guerre de Syrie, du côté occidental, impressionnante, –d’Hillary Clinton, à David Cameroun, à François Hollande, Laurent Fabius, Manuel Valls, à l’Emir du Qatar et Bandar Ben Sultan, le chef des ténèbres djihadistes–, est à lire sur ce lien:

Et l’hécatombe des intellectoïdales français, «les idiots utiles du terrorisme islamique» sur ce lien:

POUR ALLER PLUS LOIN
ILLUSTRATION

Capture d’écran d’une video de propagande diffusée le 5 juillet 2014 par al-Furqan Media montrant Abou Bakr al-Baghdadi à Mossoul lors de la proclamation du califat / AL-FURQAN MEDIA/AFP/Archives

Source : Madaniya, René Naba, 22-06-2017

René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l'Association d'amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

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Aquila Une fantaisie jupitérienne où la France du Grand Siècle  s'adresse à la France d'aujourd'hui. Par Marc Rameaux

27 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La République, #La nation .

lundi 26 juin 2017

Aquila

 
Une fantaisie jupitérienne où la France du Grand Siècle 
s'adresse à la France d'aujourd'hui
 
 
Je parcours depuis quelques jours l’excellent “Richelieu”, d’Arnaud Teyssier.
 
Lorsque le temps que nous vivons devient trop médiocre et déprimant, le Grand Siècle est un refuge sûr.
 
Il nous rappelle combien notre pays a touché à une période de son histoire, au summum de ce qu’une civilisation peut produire. Les hommes qui ont fait cette époque n’avaient guère plus de cinquante années à vivre, mais ils les employaient au mieux.
 
Chaque minute de leur vie était engagée à une œuvre utile, n’empruntait pas ces multiples dérobades que notre temps soit disant civilisé a répandu comme des paillettes. 
 
Patiantur columbae dum pascuntur aquilae, patiantur aquilae dum pascuntur columbae. Armand Jean du Plessis de Richelieu reprenait ainsi les paroles de Saint-Augustin, au cours de l’un de ses premiers sermons comme jeune évêque de Luçon.
 
Ecrire et agir pour les aigles comme pour les colombes nous rappelle Arnaud Teyssier. Développer une pensée puissante, élaborée, mais soutenue par des actes simples que tous peuvent comprendre. Richelieu a mauvaise presse, encore de nos jours, de par l’imagination romanesque qui en fit l’archétype de l’éminence grise bien que vêtue de pourpre.
 
Pourtant, la plupart de ses actes furent marqués par un sens impérieux du devoir, de ne pas céder à la facilité de remettre à plus tard ce sur quoi il était attendu. Cet homme que l’on disait animé seulement par le calcul eut une vie bien plus remplie à chaque instant pour le service de son pays que nombre de nos politiciens modernes.
 
 
L’ensemble du grand siècle nous fait mesurer d’où nous sommes issus et ce que nous perdrions à brader notre civilisation. La langue cornélienne et la langue racinienne atteignirent chacune à leur façon, par l’intensité et par la pureté, une concision et une élégance que très peu d’autres cultures parviennent à égaler. Les questions philosophiques les plus décisives, y compris dans leur formulation moderne, prirent naissance au  grand siècle : la connaissance de l’homme et de l’univers avaient atteint un seuil qui ne laissait plus place à la moindre superstition ou à la litote de l’essentialisme.
 
C’est au XVIIème siècle que la sincérité des intentions humaines en lutte avec les pièges de l’ego fut scrutée avec le plus d’attention. A cette époque, la France était grande même dans ses déchirements. Lorsque Bossuet et Fénelon s’affrontaient presque jusqu’à l’excommunication, c’est la possibilité du pur amour spirituel et humain, ou de sa tromperie et de ses désillusions, qui étaient en jeu. L’aigle de Meaux comme celui de Cambrai étaient les rejetons immensément doués et turbulents de l’Aquila par excellence, Jean l’évangéliste.
 
La survie du jeune Louis XIV face à la Fronde et à Condé était tout autant une lutte pour le pouvoir qu’une magistrale leçon de philosophie politique, révélant la transition entre deux mondes. L’on mesure la distance qui nous sépare de la France du grand siècle, en voyant par contraste où sont tombées les controverses politiques et médiatiques d’aujourd’hui. Comment notre pays qui abrita la controverse de Bossuet et Fénelon peut-il maintenant se repaître des querelles de Sarkozy et Fillon ? Plus que jamais, la force d’une civilisation ne se mesure pas à son soi-disant modernisme.
 
 
Le Grand Siècle vit aussi poindre la logique de Port-Royal. Arnauld et Nicole se doutaient-ils qu’ils ouvraient la voie à l’une des plus grandes aventures du langage, celle où la précision formelle et le trop plein ineffable et ambigu de la vie ne cessent de se confronter ? La philosophie analytique faisait ses premiers pas, non sans que les deux maîtres de Port-Royal nous rappelassent son certificat de baptême, issu en droite ligne des scolastiques et grammairiens médiévaux. L’élégance avec laquelle cette époque cultivait l’accointance naturelle entre modernité assumée et traditions des plus hautes époques en remontre à la nôtre, incapable de faire revivre ce lien, mettant en scène des pantins modernes déjà racornis car dénués de l’ardeur mystique des anciens moines grammairiens.
 
Il n’y eut en ce siècle, aucun grand serviteur de l’état aussi roué et fin politique fût-il, qui n’eût donné sans hésitation sa vie pour la France. Etre français à cette époque et plus encore être de ceux qui conduisaient la destinée du pays, ne pouvait se concevoir sans la lourde responsabilité de préserver et transmettre cet héritage. Etre français se ressentait dans l’inquiétude et la ferveur d’être à la hauteur. La courtoisie française, héritée du fonds chevaleresque, parvenait à ce parfait équilibre entre une attitude de maîtrise plus que civilisée des rapports humains et une implacable détermination si l’action le nécessitait.
 
Le gentilhomme du XVIIème siècle s’affirmait ainsi comme le canon de tous les gentlemen futurs. L’homme de bien tel qu’il existait dans notre pays réussissait la synthèse impossible des deux Aquilae, ceux qui se combattirent mortellement et semblaient inconciliables, l’Aquila romain et celui de Saint Jean l’évangéliste. Bien que longtemps le majestueux rapace n’apparût pas dans la symbolique de notre pays, cette miraculeuse synthèse de l’esprit et de l’énergie aurait mérité une telle envergure, génie français indissociable du génie du christianisme. Bien après le grand siècle, le surgissement du grand oiseau dans la symbolique bonapartiste fut sans doute l’expression de cet esprit particulier.
 
 
Etre français signifiait au Grand Siècle être investi, comme par un cérémoniel quasi sacré, de cet héritage, de cet art de vivre. Lorsque je vois les comportements présents, je me demande parfois si les français d’aujourd’hui méritent la France.
 
Il faudra un jour revenir à une forme rituelle et sacrée, jusqu’à la dimension tragique, de ce passage à la citoyenneté française, héritée de celle des cités grecques ou de la virtus romaine. En être investi, c’est prendre conscience de la profondeur de l’héritage que nous portons et que nous pouvons délivrer au monde. Une véritable cérémonie devrait remettre ce legs à tout citoyen, lui donnant confiance dans la puissance et dans le devoir d’être français. Le trahir doit signifier une proximité avec la mort, avec le clair-obscur du tragique.
 
Ceux qui aujourd’hui méprisent et crachent sur la France sont moins coupables que ceux qui les laissent faire, car les premiers n’y comprendront jamais rien tandis que les seconds font montre d’une lâcheté pleinement consciente. Comment peut-on laisser proférer de pareilles insultes à la défense de la Cité, que les antiques auraient puni de la mort ou de l’exil ?
 
 
L’on invoquera la liberté d’expression et le droit à l’insolence, d’ailleurs parties intégrantes de l’art de vivre français. Le grand siècle ne fut pas en reste, l’impertinence d’un La Fontaine perpétuant une tradition de moquerie de la cour et de sa comédie, héritage médiéval du Roman de Renart.
 
Mais il ne s’agit pas de cela ici : notre époque incroyablement trouble et confuse ne sait plus faire la différence entre une critique salubre et une intimidation préparant l’action violente et la destruction de notre civilisation. Un niveau déjà élevé de langage et d’adhésion à notre culture est requis pour pouvoir la critiquer. Ceux qui revendiquent l’héritage français de la liberté de ton en sont très loin. Si nous les laissons faire, la liberté qu’ils usurpent disparaîtra tout à fait en France, pour n’admettre plus qu’une seule doctrine totalitaire, issue d’une culture qui n’est pas la nôtre. Le "vivre ensemble" est la négation du savoir-vivre.
 
 
Il n’existe pas de liberté sans courage véritable face au conflit et sans affirmation clairement constituée de l’usage légitime ou illégitime de la force. Faute d’observer ce prérequis de toute liberté, nous laissons s’instaurer la loi de la violence et de l’intimidation. La liberté est une créature magnifique et fragile, qui n’éclot et ne survit que dans un territoire protégé par une enceinte d'intransigeante fermeté exigeant respect et civilité avant tout autre préalable.
 
Lorsqu’un pouvoir que d’aucuns idolâtrent n’est pas même capable d’agir simplement et avec rigueur sur des territoires transformés en piscine, les auteurs voulant marquer qu’il ne s’agit plus d’une terre française mais tribale, nous ne pouvons plus avoir confiance dans la sauvegarde de nos libertés les plus élémentaires. Ne parlons pas même du territoire de l’école, où des bandes instaurent leur loi sur des professeurs héroïques, lâchés par une hiérarchie qui se précipitera lâchement vers l’accusation contre les victimes et la complaisance vis-à-vis des coupables. Nous aimerions que tout chef d’établissement ait la fermeté tranquille mais sans aucune faiblesse du cardinal de fer, que tout serviteur de l’état sente sa parenté avec Richelieu, visionnaire d’ensemble mais fondant sans hésitation sur chaque ennemi de la France avec la rapidité et le coup d’œil de l’aigle.
 
 
D’Aquila il a encore été question récemment, puisque l’on veut nous faire croire que l’aigle jupitérien est de retour. J’en suis désolé, mais je ne vois point le lanceur de foudre. Je vois bien en revanche son travestissement.
 
Inconsciemment, c’est peut-être l’une des caractéristiques les moins louables du maître de l’Olympe qui a attiré notre nouveau président, qui regretterait sa comparaison auto-proclamée si celle-ci était portée à la lueur de l’éclair. Jupiter était un maître du transformisme, se métamorphosant pour approcher et séduire ses nombreuses conquêtes amoureuses. De Jupiter, Emmanuel Macron a-t-il retenu celui qui tient l’égide ou le « serial lover » atteint de frégolisme ? 
 
Je crains que la personnalité du nouveau président, ayant déjà étonné les esprits sagaces par sa comparaison, ne laisse guère le doute sur la part qu’il a choisie. Non que je soupçonne chez le nouveau président une vie amoureuse frénétique, ce qui ne me regarderait pas. Mais parce que je ne lui vois pas d’autre talent affirmé aujourd’hui que celui de la séduction, appliquée ici au domaine politique et non amoureux. Emmanuel Macron saura-t-il être autre chose qu’un Dom Juan de la vie publique ? Tout reste à prouver.
 
Osera-t-on pousser la recherche pour savoir de quelles plumes est fait notre oiseau ? S’il est un dieu de l’Olympe auquel j’aurais spontanément associé notre nouveau président, c’est bien Mercure en lieu et place de Jupiter. Les plumes ne sont pas celles de l’aigle, mais des sandales et du casque qui permettaient au dieu aérien d’éternellement surfer sur les événements. Dieu des messagers, de la moderne communication, de l’intelligence rusée, du hasard, du commerce y compris lorsqu’il se fait voleur, je me représente beaucoup mieux notre nouveau président avec des sandales ailées qu’en maître de l’égide. Ses lueurs ne sont pas les éclats décisifs de la foudre, mais le scintillement trompeur et liquide du vif-argent. Après tout, le dieu chatoyant emprunta un jour l’apparence de Mars par son génie du déguisement. Pourquoi ne se travestirait-il pas en maître des dieux ?
 
 
Quelles que soient les réponses que les mois futurs nous apporteront, que l’âge classique préserve la France, et que ses grands serviteurs se sentent issus de la lignée du cardinal. Soyez nobles et acérés, comme l’Aquila.
 
 
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La Commission européenne a confirmé qu’elle attendait avec impatience la future réforme du Code du travail. Publié le 26 juin 2017 par FSC

27 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le syndicalisme

La Commission européenne a confirmé qu’elle attendait avec impatience la future réforme du Code du travail.

Publié le par FSC

Vous avez dit souveraineté nationale ?

Vous avez dit intérêt général ?

Vous avez dit démocratie ?

SOURCE : Le Parisien

 

Nous dévoilons dans l'édition du Parisien/Aujourd'hui en France de ce lundi 5 juin l’avant-projet de loi devant permettre au gouvernement de prendre par ordonnances des mesures pour l’emploi. Ce document confidentiel, préparé à l’abri des regards, comporte huit réformes d’envergure qui s’insèrent dans «un mouvement  d’ensemble de fléxi-sécurité».

Voir le document : 

http://www.leparisien.fr/politique/exclusif-le-plan-de-macron-pour-reformer-le-travail-04-06-2017-7017384.php

C’est un test. Le premier du quinquennat qui intronisera Emmanuel Macron comme réformateur européen... ou pas. Bruxelles regarde de très près ce pays - la France - «impossible à réformer». Dans ses «recommandations pays par pays», publiées le 22 mai, la Commission européenne a confirmé qu’elle attendait avec impatience la future réforme du Code du travail.

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Les ressorts d’une apparence PAR JACQUES SAPIR

27 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #La nation .

Les ressorts d’une apparence PAR JACQUES SAPIR

Les ressorts d’une apparence

Les résultats du 1er tour des élections législatives posent à nouveau le problème du mode de scrutin. Doit-on conserver le système « traditionnel » en France (dit scrutin uninominal d’arrondissement à deux tours) ou doit-on passer à la proportionnelle. Mais, cette question qui est engendrée par le décalage entre le faible pourcentage des voix qui se sont portées vers les candidats issus ou soutenus par le parti du Président (LREM et MODEM) pourrait bien être l’arbre qui cache la forêt. Si le « triomphe » promis à Emmanuel Macron relève bien de l’apparence, il convient néanmoins de s’interroger que les ressorts de cette apparence.

 

Le facteur institutionnel

Avec plus de 51% d’abstentions, ce 1er tour des élections législatives marque un véritable tournant pour les institutions de la Vème République, ou plus précisément pour ce qu’il en reste. Car, en décidant de ramener la mandature du Président de 7 à 5 ans, Jacques Chirac a porté un coup, sans doute fatal, à la Vème République. Dans les faits, ce changement a institué le Président comme « chef de la majorité », ce qui n’était pas l’intention des concepteurs de notre Constitution. Il en découle le rabaissement du Premier-ministre, réduit à un rôle d’exécutant. Pourtant, si on lie le texte, on s’apercevra qu’il est dit que le Premier-ministre « dirige l’action du Gouvernement » et que ce gouvernement « détermine et conduit la politique de la nation ».

Tableau 1

Articles 20 et 21 de la Constitution
Article 20 :

 

Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation.

Il dispose de l’administration et de la force armée.

Il est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50.

Article 21 :

 

Le Premier ministre dirige l’action du Gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. Il assure l’exécution des lois. Sous réserve des dispositions de l’article 13, il exerce le pouvoir réglementaire et nomme aux emplois civils et militaires.

Il peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres.

Il supplée, le cas échéant, le Président de la République dans la présidence des conseils et comités prévus à l’article 15.

Il peut, à titre exceptionnel, le suppléer pour la présidence d’un conseil des ministres en vertu d’une délégation expresse et pour un ordre du jour déterminé.

Source : Constitution, titre III, http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur.5074.html#titre3

Il est clair que nous avons eu, dans l’importance de l’abstention, l’écho de cette modification constitutionnelle introduite par Jacques Chirac. Nombre de Français ont considéré que la séquence politique s’était jouée lors de l’élection présidentielle, et se sont désintéressés des élections législatives. C’est certainement l’une des causes, mais non la seule, de l’importance de l’abstention.

 

La proportionnelle est-elle une solution ?

Le problème de la représentation des députés de LREM et du MODEM n’est pas tant leur nombre. Un système électoral doit concilier deux objectifs, une représentation plus ou moins juste du pays et des opinions qui s’y affrontent ET la constitution d’une majorité. De ce point de vue, que le Parlement ne soit pas à l’image exacte des opinions n’est pas en soi un problème. De nombreux systèmes de règles de scrutins proportionnels admettent une « prime majoritaire » pour le parti arrivé en tête. Rappelons que la proportionnelle intégrale, appliquée par exemple en Israël jusqu’aux années 1990, n’était pas exempte de problèmes.

Le fait est aujourd’hui que la majorité qui a soutenu le Président fait le score le plus faible depuis 1981. Pourtant, elle peut espérer avoir entre 410 et 450 députés, sur 577.

 

Comparaison des résultats

PrésidentMajoritéTotal en voix
François Mitterrand (1981)PS + divers gauche + PCF53%
François Mitterrand (1988)PS + divers gauche37%
Jacques Chirac (2002)RPR-UDF + divers droite43%
Nicolas Sarkozy (2007)UMP + divers droite46%
François Hollande (2012)PS + divers gauche + EELV40%
Emmanuel Macron (2017)LREM + MODEM32,6%

 

Le problème qui se pose n’est donc pas l’ampleur de cette majorité mais d’une part qu’elle corresponde à un record historiquement bas des voix exprimées (à peine plus de 32%), ceci étant aggravé par le phénomène de l’abstention massive que l’on a connu. Cette « majorité » ne représente que 16% des électeurs.

 

Vague de macronisme ou crise des autres partis ?

La surreprésentation au Parlement, s’accompagne d’une sous représentation massive des autres partis, une sous représentation particulièrement évidente pour le Front National, qui pourrait avoir moins de 5 députés, et pour la France Insoumise (avec moins de 20 députés). La situation des Républicains n’est meilleure qu’en apparence, car ce parti est déchiré par des contradictions de plus en plus importantes.

De fait, la combinaison de la « prime à la majorité » et du report des voix pourrait aboutir à une sous-représentation massive de ces deux partis. Ici, il est intéressant de comparer ces projections avec ce qui se passerait si des doses plus ou moins importantes de proportionnelle étaient injectées dans le système Français[1].

Représentation du Parlement en cas de proportionnelle

 

De fait, ce résultat est aussi le produit du comportement des partis d’opposition. Si la France Insoumise a lancé le slogan « pas un député pour le Front National », cela semble moins vrai dans les rangs de ce dernier. Ainsi, Eric Dillies, le candidat malheureux du FN s’est désisté pour…la France Insoumise[2]. Ce désistement ne vaut pas ralliement, mais, si l’on reprend les mots du candidat frontiste : « « Je vais voter pour lui, et j’appelle mes électeurs à suivre mon exemple, (…). J’ai rencontré Adrien Quatennens, c’est quelqu’un de bien. Face à une majorité pléthorique, il défendra le peuple, il s’opposera, il ne sera pas un béni-ouioui ».

Ce qui pose alors un problème de cohérence : peut-on dire, et à juste raison, que l’élection d’une immense majorité de députés LREM aboutirait à donner un pouvoir extraordinaire au Président pour mettre en œuvre la casse du Code du Travail et se refuser à faire élire ses opposants dont on peut penser qu’ils combattront, et ce quelle qu’en soit la raison, cette réforme ? Si l’on adopte cette attitude, cela revient à dire que l’on préfère Macron, et sa politique, au Front National. C’est une attitude qui peut se défendre, mais qui doit être alors clairement assumée, et qui surtout fait l’impasse justement sur la question du Code du Travail…Car, quelle sera la crédibilité des militants de la France Insoumise quand, après le 18 juin, ils voudront s’opposer aux ordonnances du docteur Macron ?

 

Une crise de crédibilité

Ce qui renvoie, en réalité, à la question de savoir pourquoi l’abstention a-t-elle été bien plus forte chez les électeurs du Front National et de la France Insoumise que chez les électeurs de LREM ?

Pour le Front National, on peut penser que nombre de ses électeurs ont été désorientés par les tergiversations de Marine le Pen à la fin de la première semaine de campagne du second tour, et écoeurés par sa prestation au débat télévisé. C’est ce qui explique que la dynamique qui semblait la porter immédiatement après le 1er tour de l’élection présidentielle, dynamique la mettant à plus de 40% des anticipations de voix, se soit brutalement inversée. Le Front National a subi alors une perte massive de crédibilité, perte qui continue de se faire sentir aujourd’hui.

Pour la France Insoumise, l’incapacité d’avoir une position unifiée, comme cela avait été le cas lors de l’élection de 1969 quand Jacques Duclos avait déclaré qu’il ne choisirait pas entre « blanc bonnet et bonnet blanc » a elle aussi largement contribué à désorienter les électeurs. Cette désorientation se paye par une crise de crédibilité, mais aussi de légitimité, de la posture de Jean-Luc Mélenchon.

Chercher à expliquer la totalité de cette abstention différentielle par les mécanismes institutionnels, même si ces derniers existent à l’évidence et ont joué un rôle non négligeable, c’est passer à côté du véritable problème de crédibilité qui se pose tant pour le Front National que pour la France Insoumise. Ni l’un ni l’autre de ces partis ne pourront faire l’économie d’un examen approfondi de leurs lignes politiques et des causes profondes de cette perte de crédibilité qui, aujourd’hui, est le principal, voire le SEUL facteur, de l’apparent triomphe d’Emmanuel Macron.

Cette double crise de crédibilité est aujourd’hui ce qui permet à un système exsangue de survivre et de prospérer.

[1] http://www.lefigaro.fr/elections/legislatives/2017/06/13/38001-20170613ARTFIG00193-à-quoi-ressemblerait-l-assemblee-avec-la-dose-de-proportionnelle-promise-par-l-executif.php

[2] http://www.lavoixdunord.fr/177015/article/2017-06-12/le-front-national-appelle-voter-pour-l-insoumis-adrien-quatennens#

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La dernière chance (Tribune collective de militants du PCF)

26 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #La nation ., #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme

Publié par El Diablo

Siège national du PCF à Paris (source :L'Express)

Siège national du PCF à Paris (source :L'Express)

E. Macron a donc dangereusement les mains libres. Malgré le score porteur d’espoir de JL Mélenchon à la présidentielle et l’excellente nouvelle de l’élection d’une trentaine de député-e-s insoumis et communistes, jamais la gauche n’a été aussi faible, et jamais le Parti communiste n’est tombé si bas : 2,7% aux législatives. C’est un véritable désastre que les plus démunis et les plus précaires vont payer au prix fort. Nous qui avons prétendu ces derniers mois « tenir la gauche debout », nous ne pouvons pas échapper au constat de notre échec. En tirer toutes les conséquences est la condition pour aider notre peuple à résister immédiatement, et entamer un redressement sans lequel nous allons cette fois-ci disparaître complètement de la vie politique.

Il y a presque dix ans déjà, les communistes avaient tiré des deux catastrophes électorales de 2002 et 2007 la conclusion qu’il nous fallait profondément nous transformer : conceptions, projet, organisation. Certes, nous avons élu des « commissions du projet » ou organisé des conférences nationales. Nous avons toiletté nos statuts. Mais reconnaissons-le, nous n’avons rien fait qui puisse faire dire : oui, ces dernières années, les communistes ont vraiment beaucoup changé. La seule innovation qui viendra sans doute à l’esprit des plus attentifs, parce qu’elle a réellement suscité de l’espoir, est la création du Front de gauche, mais pour constater aussitôt que nous n’avons pas su ou pu empêcher sa paralysie et son délitement. Nos décisions n’ont donc pas été mises en œuvre, et nous avons recommencé à prendre du « retard », cette fois-ci avec des conséquences dramatiques. Nous sommes toujours vus comme un parti de militant-e-s courageux et combatifs mais, notre score le dit de façon implacable, comme un parti du passé.

Notre stratégie de rassemblement face aux libéraux de droite et de gauche semblait au moins un acquis : même cela fut sérieusement remis en cause dès les municipales de 2014, puis aux régionales avec des listes à géométrie variable. Et pour l’élection présidentielle, la direction de notre parti a semé la plus grande confusion, au motif de « rassembler la gauche », en envisageant de participer à une primaire avec le PS, puis quand le vote des communistes l’eut définitivement exclu, pour tenter d’obtenir de JL Mélenchon qu’il cédât sa place à B. Hamon. Comme si c’était possible alors que celui-ci demeurait le candidat d’un PS complètement discrédité, et que la question décisive était : comment rompre enfin avec les politiques libérales que la droite et le PS ont menées alternativement depuis des décennies ? Jean-Luc Mélenchon en a fait un des principaux axes de sa campagne, et il a remporté un grand succès. Nous avons à l’inverse tergiversé et cherché jusqu’au bout à louvoyer entre le rejet du PS (y compris par de très nombreux communistes) et un souhait incompréhensible de préserver on ne sait quoi de la vieille union de la gauche. Et finalement, nous avons complètement échoué.

Pour reconquérir les classes populaires, il faut aujourd’hui avoir l’audace d’innover. Il y a eu le 23 avril presque autant de suffrages pour une alternative antilibérale que pour E. Macron. C’est un point d’appui considérable si nous savons rendre durable cet immense rassemblement d’exigences et d’attentes. Cela implique d’inventer les formes pluralistes et démocratiques qui permettront à toutes les forces de transformation sociale de travailler ensemble, dans le respect de leurs diversités, nécessité que la France insoumise doit prendre en compte. Dans cet objectif, il faut avoir l’ambition de faire vivre un projet communiste d’émancipation humaine plus que jamais indispensable. Et il faut pour cela que notre Parti se transforme radicalement, se dépasse pour entrer, enfin, dans le 21ème siècle.

Nous devons travailler à un projet révolutionnaire nouveau qui prenne à bras le corps dans tous les domaines les considérables mutations de notre époque, qui invente avec d’autres une stratégie européenne et mondiale de lutte contre le capitalisme mondialisé, qui relève le défi écologique. Nous devons travailler à un parti aux pratiques et au fonctionnement nouveaux pour faire vivre non seulement la souveraineté réelle des adhérent-e-s, mais aussi une démocratie d’intervention permanente et innovante qui donne toute sa place à la créativité et aux capacités d’initiatives de chacun-e-s. Nous devons travailler à nous saisir de toutes les idées neuves qui émergent du mouvement social, et imaginer comment nous ouvrir à tous les courants et toutes les cultures d’émancipation humaine qui devront impérativement coopérer et se rassembler dans une force politique nouvelle pour être capable de lutter efficacement, résister et l’emporter.

Tout cela suppose évidemment un très grand débat, et que les directions du Parti remettent leurs mandats à la disposition des communistes pour une évaluation sans tabou des actions passées et le renouvellement nécessaire de celles et ceux chargées de mettre en œuvre leurs décisions. Un congrès doit être convoqué rapidement. C’est notre dernière chance.

Alain Bascoulergue, Yannick Bedin, Gérard Billon, Nicole Borvo Cohen-Séat, Marie-Pierre Boursier, Patrice Cohen-Séat, Michel Duffour, Jean-Paul Duparc, Grégory Géminel, Frédérick Génévée, Fabienne Haloui, Robert Ingey, Roland Leroy, Sonia Masson, Claude Mazauric, Anna Meyroune, Frank Mouly, André Perez, Nora Saint-Gal, Vivian Point

Tribune publiée dans l’Humanité du 21 juin 2017

SOURCE :

 

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José Ortega y Gasset contre la barbarie de la spécialisation. Par Matthieu Giroux.

26 Juin 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation

 Barbarie de la spécialisation

José Ortega y Gasset contre la barbarie de la spécialisation

 
 

Dans La Révolte des masses, José Ortega y Gasset décrit la contamination des sociétés modernes par « l’homme-masse ». Le triomphe de celui-ci est tel qu’il a su imposer son tempérament médiocre à tous les domaines de la vie. Alors que les sociétés traditionnelles définissaient l’individu d’élite comme un homme « total », le XXe siècle fait du barbare spécialiste la figure de la nouvelle « aristocratie » intellectuelle.

José Ortega y Gasset

L’idéal d’intelligence dans les sociétés du passé était celui de l’homme « total », de l’homme « universel », plus tard de l’homme « encyclopédique ». « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre », disait le portail de l’Académie de Platon, fondée au IVe av. J.-C. La philosophie, alors la plus haute des sciences, n’était accessible qu’à ceux qui étaient d’abord formés à la connaissance des règles spatiales. Au Xe siècle, à Bagdad, Al-Fârâbî, le « second maître », était à la fois philosophe, penseur du droit musulman et musicien. Le Quattrocento a produit Léonard de Vinci, peintre et inventeur de génie. Au XVIIe siècle, en France, Descartes, bien que fondateur de la philosophie moderne, écrivit le Discours de la méthode puis les Méditations métaphysiques. Plus tard, en Allemagne, Leibniz, auteur de la Théodicée, fut aussi l’un des inventeurs du calcul infinitésimal, après Archimède et avant Newton.

Pour José Ortega y Gasset, la fin du XIXe siècle marque un tournant dans l’histoire des sciences et voit émerger un nouveau modèle d’homme : le spécialiste. Celui-ci vient remplacer l’homme d’élite occidental traditionnel autrefois doué d’une « culture générale ». Pour l’auteur de La Révolte des masses, la naissance de l’encyclopédie contient en germe la dérive à venir. Si l’encyclopédie se présente comme une compilation du savoir universel, elle implique également sa fragmentation, son découpage en domaines de compétence. L’homme « encyclopédique » a engendré un monstre : le barbare spécialiste. « Mais lorsque, en 1890, une troisième génération prend le commandement intellectuel de l’Europe, nous nous trouvons en présence d’un type d’homme scientifique sans précédent dans l’histoire. C’est un homme qui, de tout ce que l’on doit savoir pour être un personnage cultivé, ne connaît qu’une science déterminée, et encore n’en possède vraiment que cette minime portion qui intéresse ses investigations personnelles. Et il en arrive à considérer comme une vertu le fait de ne pas s’occuper de tout ce qui demeure en dehors de l’étroit domaine qu’il cultive plus spécialement, et traite de “dilettantisme” toute curiosité pour l’ensemble des connaissances. » Il faut bien mesurer le ridicule d’une telle accusation. Ainsi l’arrogant spécialiste se permet de voir une inclination au « dilettantisme » chez l’homme qui a pour but d’embrasser la totalité des savoirs. Platon, Descartes, Leibniz, dilettantes ! Par conséquent, seul le spécialiste serait sérieux dans son travail.

Le spécialiste : un savant-ignorant

Cédric Villani, barbare spécialiste

En réalité, l’avènement du spécialiste est lié à celui de « l’homme-masse » dont Ortega y Gasset dresse le portrait dans son essai. Une des dispositions mentales caractéristiques de « l’homme-masse » est son mépris pour tout ce qui l’a précédé. « Notre temps se caractérise par l’étrange présomption de se croire supérieur à tout autre temps du passé ; mieux encore : de feindre qu’il ignore tout ce passé, de ne pas y reconnaître des époques classiques et normatives, mais de se juger soi-même comme ayant une vie supérieure à toutes les anciennes et irréductibles à elles. » Voilà pourquoi le barbare spécialiste peut se considérer sans trop de difficulté comme plus sérieux que Leibniz ou plus travailleur que Platon. Pour Ortega y Gasset, l’homme vulgaire gouverne aujourd’hui le monde. Il est donc logique qu’il se soit aussi imposé dans le domaine scientifique. « La science expérimentale a progressé en grande partie grâce au travail d’hommes fabuleusement médiocres, et même plus que médiocres. C’est-à-dire que la science moderne, racine et symbole de la civilisation actuelle, accueille en elle l’homme intellectuellement moyen et lui permet d’opérer avec succès. » Selon lui, la science, telle qu’elle a triomphé au début du XXe siècle, est partagée en « petits segments » et se réduit à un « mécanisme ». La science peut donc être pratiquée par des individus qui ne possèdent pas de connaissance globale et organique. Désormais, elle est accessible à des techniciens, à des opérateurs qui maîtrisent des « méthodes comme avec une machine » et qui n’ont pas besoin de « posséder des idées rigoureuses sur leur sens et leur fondement ». Le spécialiste a les yeux rivés sur sa discipline et est incapable de la moindre prise de recul. Ortega y Gasset affirme : « Le spécialiste “sait” très bien son petit coin d’univers, mais il ignore radicalement tout le reste. » Il est donc victime d’une déformation ou, si l’on veut, d’une illusion d’optique. Il croit que le monde qu’il étudie est le seul digne d’intérêt, que monde qu’il a face à lui est le seul qui compte. Le barbare spécialiste n’a pas de vision panoramique.

Aux yeux d’Ortega y Gasset, le spécialiste bouleverse l’ancienne hiérarchie entre « savant » et « ignorant ». Il est responsable d’une rupture épistémologique sans précédent. « Ce n’est pas un savant, car il ignore complètement tout ce qui n’entre pas dans sa spécialité ; mais il n’est pas non plus un ignorant, car c’est un “homme de science” qui connaît très bien sa petite portion d’univers. Nous dirons donc que c’est un savant-ignorant, chose extrêmement grave, puisque cela signifie que c’est un monsieur qui se comportera, dans toutes les questions qu’il ignore, non comme un ignorant, mais avec toute la pédanterie de quelqu’un qui, dans son domaine spécial, est un savant. » La « barbarie de la spécialisation » tient précisément dans cette confusion. Autrefois, on pouvait dire qu’une civilisation était développée en proportion du nombre d’individus d’élite qui la faisaient rayonner, qu’elle était barbare en proportion du nombre d’individus médiocres qui la composaient. La barbarie moderne – celle de l’homme-masse – a ceci de particulier qu’elle ne distingue plus clairement « savant » et « ignorant ». Aujourd’hui, les hommes d’élite sont des médiocres et les médiocres sont des hommes d’élite.

Au XXe siècle, il n’y a jamais eu autant d’ « hommes de science », c’est-à-dire de barbares spécialistes, et aussi peu d’hommes de culture. Pour Ortega y Gasset, cette désunion de la science et de la culture est une tragédie. Cette nouvelle donne épistémologique doit conduire à une impasse car les « bassets tourne-broche de la “rôtisserie de la science” » seront incapables de refonder quoi que ce soit quand l’heure sera venue, comme ce fut le cas avec Copernic, Galilée, Newton ou Einstein. « Car la science a besoin de temps en temps, pour régler son propre accroissement organique, d’un travail de re-consitution ; or, je l’ai déjà dit, ce travail requiert un effort d’unification chaque fois plus difficile, qui chaque fois embrasse des régions plus vastes du savoir total. »

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