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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la guerre en syrie - depuis le 20 aout 2013 tag

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15 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #La Russie, #La nation ., #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Politique étrangère, #La Turquie, #ISIL

Sur la Syrie, la France est en état d’extinction cérébrale

 

La Tour Eiffel éteinte le 14 décembre.@ LUDOVIC MARIN / AFP


Provoquée par la cupidité des puissances occidentales et des pétromonarchies corrompues, la guerre en Syrie connaît avec la libération d’Alep un tournant majeur. Le dernier carré des terroristes d’Al-Qaida et consorts, cerné dans les décombres, est sur le point de céder devant la progression fulgurante de l’armée arabe syrienne. Les civils s’enfuient en masse vers le reste de la ville, tenu par les troupes gouvernementales.

Que fait la France ? Elle éteint la Tour Eiffel par solidarité avec Alep. Avec les habitants d’Alep, avec tous ses habitants ? Non. Le million d’Alépins réfugié dans les quartiers Ouest, pour le gouvernement français et pour les médias qui le servent, ce sont des gens qui n’existent pas. Et même s’ils existaient, ils ne mériteraient pas de vivre. Lorsqu’ils subissaient les tirs de mortier des courageux rebelles en lutte pour la démocratie, leurs morts demeuraient invisibles, effacés des écran-radar.

Car ils ont commis une faute impardonnable, ces Syriens qui ne demandaient qu’à vivre en paix, un crime qu’on ose à peine nommer. Ils n’ont pas pris les armes contre le gouvernement de leur pays. Ils n’ont pas obéi aux gouvernements occidentaux qui leur demandaient de renverser le pouvoir bassiste. Sourds aux appels des prédicateurs saoudiens, ils n’ont pas réclamé l’instauration de la charia wahhabite. Alors on n’en parle pas, c’est plus simple.

On fait l’impossible, en revanche pour sauver la peau des mercenaires recrutés en masse pour détruire l’Etat syrien, laïque et souverain, et le remplacer par un Etat-croupion d’obédience wahhabite. Encerclés dans ce qui reste de la « capitale » d’une révolution-bidon, ces mercenaires sont les mêmes que ceux qui ont tué nos compatriotes au Bataclan. Ce sont les charognards du takfir, les seconds couteaux des Saoud, les petites frappes du gangstérisme sponsorisé par l’OTAN.

La cuisante défaite de ces desperados de la terreur leur arrache des larmes, à nos faiseurs d’opinion, elle les met en transe compassionnelle comme si ces coupeurs de tête étaient nos frères d’armes, ou de pauvres victimes sur le sort desquelles il faudrait s’apitoyer. Avec un art consommé du mensonge et de la manipulation, ces affabulateurs professionnels font comme si le sort des terroristes était lié aux populations civiles qui leur servent de boucliers humains, comme si les souffrances des innocents causées par la guerre justifiaient notre soutien aux terroristes qui en sont responsables.

Pourtant on les voit, ces civils, qui fuient les quartiers rebelles dès qu’ils le peuvent, essuyant les tirs de leurs soi-disant protecteurs. Les médias parlent de 100 000 personnes qui seraient recluses dans le dernier réduit « rebelle », mais sans nous expliquer comment elles peuvent contenir dans trois kilomètres carrés ! Plus les heures passent, en réalité, et plus ce dernier bastion de fanatiques se vide de ses civils, et plus les gouvernements occidentaux, relayés par leurs perroquets médiatiques, s’en affligent.

Avec un cynisme sans limite, nos dirigeants voudraient que ces civils restent bien sagement avec les terroristes dans leur trou à rats, pour servir d’alibi à la poursuite de la guerre par procuration contre la souveraineté syrienne. Complices des allumés du takfir maquillés en rebelles démocrates, nos dirigeants aimeraient les prendre en otages, ces civils, les avoir sous la main comme des preuves vivantes de cette révolution-bidon, en nous faisant croire que lorsque l’armée syrienne frappe Al-Qaïda, elle s’acharne en fait contre des innocents.

Mensonge pour mensonge, on nous dit aussi que des dizaines de civils ont été froidement abattus par des milices chiites. Mais ceux qui rapportent cette accusation oublient de dire que selon l’ONU il n’y a pas de preuve de ces massacres et que ces allégations sont « invérifiables ». Peu importe, c’est un détail ! Les mêmes accusateurs diront alors que des massacres auront lieu, que c’est inévitable, qu’il y aura un « génocide » ! Impuissante à produire la moindre preuve sur des faits passés, l’accusation se conjugue au futur, elle se fait prophétique, elle vaticine en prenant ses désirs pour des réalités.

La désinformation bat son plein, l’esprit collabo se déchaîne et l’hexagone, comme d’habitude, bat tous les records. Quel pays de masochistes ! On éteint la Tour Eiffel pour pleurer la défaite de ceux qui mitraillent les terrasses de nos cafés, mais on impose un embargo sur les médicaments à un peuple qui ne nous a rien fait en croyant punir un gouvernement qui combat ces assassins sans frontières. Alors, oui, éteignons la Tour Eiffel et tout le reste. De toute façon, la France est un pays en état d’extinction cérébrale, une colonie de l’Empire dirigée par des imposteurs qui, en faisant le malheur des autres, feront aussi le nôtre.

Bruno Guigue | 15 décembre 2016

 

Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles. 

Source: http://arretsurinfo.ch/sur-la-syrie-la-france-est-en-etat-dextinction-cerebrale/

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Les leçons de Palmyre, par Karine Bechet Golovko

15 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Politique étrangère

lundi 12 décembre 2016

 

Les leçons de Palmyre

 
 
 
Palmyre est retombée entre les mains de l'Etat islamique. Le coup porté, comme le reconnaît à l'unanimité la presse russe, est particulièrement dur en terme d'image. Certainement plus que militairement. Après le concert de la paix, après les discussions sur la reconstruction de la cité antique. Effaçant immédiatement, dans les esprits, la victoire d'Alep. Palmyre rappelle une réalité presque violente sous cet éclairage: on ne fait pas de grande parade avant la fin de la guerre
 
Mais comment "Palmyre" fut possible?
 

 
Alors que pendant le week end, l'aviation russe aide efficacement l'armée syrienne à repousser l'attaque d'environ 500 terroristes de Daesh contre Palmyre, ceux-ci changent de stratégie et se replient vers les quartiers habités et les zones historiques, que l'aviation ne peut pas pilonner. Par ailleurs, de très importants renforts, environ 5000 personnes, se regroupent sur différents fronts et reprennent simultanément l'attaque des hauteurs stratégiques, des routes d'accès et finalement de la ville elle-même. L'armée syrienne, devant l'avancée des groupes terroristes, évacue 80% de la population, les réserves d'armes et les moyens militaires stockés en vue de l'attaque de Deir ez-Zor et Rakka. Hier soir, les forces syriennes reconnaissent avoir laissé la ville aux mains de l'Etat islamique.
 
D'où viennent ces 5000 terroristes sortis du désert?
 
Ils viennent de différents points géographiques, qui ont pour point commun d'être soi-disant dans les zones de combat de la coalition américaine. 
 
Ils viennent de Deir ez-Zor et Rakka, où la coalition américaine a décidé depuis une semaine environ de lever le pied, avec l'effet attendu. Ils viennent également d'Irak, où l'on a vu environ 5000 combattants envoyé vers la Syrie. Rappelons que l'aviation américaine a, évidemment par erreur, bombardé l'armée irakienne qui combat justement à Mossul, faisant 90 morts et une centaine de blessés. Les terroristes ont pu être très efficacement exfiltrés. Le Plan B, réalisé en urgence suite à la libération d'Alep, a fonctionné à merveille.
 
Comment ont-ils pu tranquillement traverser le désert?
 
Pourtant, ce plan n' a pu fonctionné que suite à une série d'erreurs, comme le souligne la presse russe . Ainsi, se pose la question du renseignement: qui était responsable du renseignement militaire? Parce que faire traverser le désert, où il est difficile de se cacher des satellites ou des drones, avec armes et bagages, blindés et autres véhicules et artillerie lourde, sans se faire remarquer, pose la question non plus de l'efficacité du renseignement militaire dans la zone, mais de son existence même.
 
Et de remarquer que le plus dangereux est quand une certaine euphorie gagne les troupes, lorsque l'on ne veut plus voir certains faits, lorsqu'on les interprète comme l'on aimerait et non comme il se doit. Il est dangereux de célébrer la victoire avant terme.
 
Palmyre est un symbole. Un symbole qui est tombé. Il y aura certainement encore une bataille pour la ville, il est même possible qu'elle soit reprise et à nouveau libérée, mais l'image ne sera pas rétablie, elle est tombée avec la ville. Il n'y a victoire qu'une seule fois, c'est pourquoi il est souhaitable qu'elle soit la dernière bataille.
 
Quelle est cette stratégie "post-moderne"?
 
La réaction de l'ancien chef d'état major des forces armées russes (2004-2008), le général Yuri Baluevsky, est très révélatrice de la rupture stratégique des guerres dites "post-modernes":
"C'est encore un coup porté au prestige, notamment à notre prestige. Que les combattants n'allaient pas arrêter le combat, c'était évident. Mais ce que nous faisons, nous, aujourd'hui, j'avoue que, comme militaire, j'ai du mal à comprendre, ces pauses humanitaires par exemple ..."
En effet, je ne me souviens pas de corridors humanitaires lors de la Seconde guerre mondiale, lors de la guerre du Vietnam, lors de la guerre l'Algérie ... de corridors par lesquels les gentils ennemis pouvaient sortir, être amnistiés, s'ils laissaient leurs armes. Voire, pouvaient sortir avec leurs armes. 
 
Comme l'expérience le montre, ils ne se "dissolvent" pas d'eux-mêmes, naturellement, dans le paysage, ils se regroupent, reprennent les armes et repartent évidemment au combat.
 
Le mythe de la fin des guerres "traditionnelles"
 
Ces "corridors" et autres amnisties viennent du mythe selon lequel, ces guerres ne sont pas des guerres "traditionnelles", car elles ne se déroulent pas entre armées régulières d'états souverains, mais entres des "civils qui ont pris les armes" et des soldats. Donc, les armées régulières n'ont pas le droit de guerroyer de la même manière que contre d'autres soldats. 
 
On ne tue pas l'ennemi, on négocie. On ne fait pas de prisonniers, on ouvre des corridors humanitaires. Puisqu'il s'agit simplement de "civils", certes armés jusqu'aux dents, mais de "civils", certes qui savent se servir de lance-missils, de l'artillerie lourde, mais des "civils". Le mythe de David contre Goliath, même si nous sommes très loins du lance-pierre.
 
Il faut donc parlementer avec ces civils, qui doivent, une fois revenus à la raison, rentrer pacifiquement dans la vie civile et s'occuper de leur famille et de leur jardin. 
 
Sauf que ces "civils" sont des combattants entraînés par des professionnels et que beaucoup d'entre eux ne sont pas syriens. Que ces combattants sont dans une logique terroriste qui en fait justement des "combattants" et non d'innocents civils. Les innoncents civils, eux, sont pris en otage par ces groupes extrémistes pour se protéger de l'armée.
 
Le mythe des guerres "propres"
 
Pourtant, l'Occident a détourné les yeux de ces simples réalités, car il préfère se voiler la face avec le mythe des guerres propres. Des guerres technologiques, faites du ciel, avec des drones et des jeux vidéos à quelques milliers de km des opérations, des guerres déshumanisées menées par un Occident qui ne veut plus se salir les mains.
 
Après les horreurs de la Seconde guerre mondiale (sans même parler du génocide, l'on n'oubliera pas les milliers de villes et villages brûlés, des populations massacrées), après les bombes atomiques lancée presque gratuitement par les Etats Unis sur le Japon, après le Napalm dans la guerre du Vietnam et toutes le exactions contre les populations civiles, après les tueries de la guerre d'Algérie, l'on veut des guerre propre, l'on ne veut plus de guerre. Car une guerre, c'est sale. Par essence. A la guerre on tue.
 
Les populations ont besoin de se sentir lavées, propres, totalement désinfectées de ces époques "barbares", faites de sang et de chair. Mais comme les pouvoirs ne peuvent survivre sans guerres, ils vendent des "guerres propres" à des populations délavées prêtent à ingurgiter pour avoir l'esprit tranquille.
 
Ce mythe n'est possible qu'avec un contrôle total de l'information qui:
 
  1. conditionne l'opinion publique à accepter les "erreurs" de tirs comme des erreurs regrettables, mais ne remettant pas en cause le bien-fondé de l'action menée et justifiée par leur société, 
  2. bloque toute possibilité d'une transparence de l'information sur ce qui se passe réellement sur le terrain. 
Lorsque, plus tard, l'information passe, le temps a passé. Les Etats Unis ont pu faire un rapport sur la torture qu'ils pratiquent, ils ont trouvé cela regrettable, l'opinion publique a applaudi à tant de transparence démocratique, et la vie continue - et la torture aussi. Et personne ne sait ce qui se passe à Mossul, quand la campagne russe se déroule sous caméras.
 
Le problème de la Russie est qu'elle a fait le choix des guerres "post-modernes" avec corridors et pauses humanitaires, tout en menant une véritable guerre contre les terroristes sur le terrain, sans pour autant maîtriser l'espace médiatique, jouant réellement la carte de la transparence. Par là-même, elle a eu Palmyre et l'urgence de revoir sa stratégie. Vue la réaction de la presse, le message est passé.
 
 
 
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En Syrie, la fête est finie pour les charlatans. Par Bruno Guigue

9 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Politique étrangère, #La Turquie, #Daesch

En Syrie, la fête est finie pour les charlatans


 

alep 27-novembre-2016

Un tank dans les rues d’Alep-Est, le 27 novembre 2016. / AFP

En sonnant le glas d’une insurrection télé-guidée de l’étranger, la débâcle d’Alep dissipe une énorme supercherie. Il aura fallu six années de malheur pour que cette tragédie provoquée et entretenue par une avalanche de pétrodollars sur fond de crise régionale apparaisse sous son vrai jour. Ce n’était pas une révolution, mais une opération ratée de « regime change » voulue par Washington et ses alliés. De l’aveu d’Hillary Clinton elle-même, cette opération fut menée en utilisant des organisations terroristes dont la maison-mère (Al-Qaida) était déjà une coproduction saoudo-américaine dans les années 80. Al-Nosra, Daech et consorts, à leur tour, furent mis au service d’une stratégie du chaos qui visait à pulvériser les Etats de la région au profit d’entités ethno-confessionnelles dont la fragmentation garantirait la docilité.

Il en résulta une farce sanglante, désormais ensevelie sous les gravats de cette ville martyrisée par une guerre impitoyable que provoqua l’appétit de domination impérialiste allié au fanatisme sponsorisé de desperados crétinisés jusqu’au dernier centimètre cube de leur cerveau. Le pire n’est jamais sûr, dit-on, mais on eut droit à tout ce qu’il était possible de faire, y compris l’inimaginable ! Des dirigeants occidentaux qui prétendent combattre les terroristes tout en leur procurant des armes au nom des droits de l’homme. Des puissances étrangères qui infligent un embargo sur les médicaments à des populations civiles coupables de ne pas combattre leur gouvernement. Des familles royales sanguinaires et débauchées qui donnent des leçons de démocratie tout en sponsorisant la terreur. Des intellectuels français qui exigent comme un impératif moral le bombardement d’un pays qui ne nous a rien fait. C’est un triste privilège, mais il faut reconnaître que le drame syrien a généré un impressionnant florilège de saloperies.

Qu’on se souvienne seulement avec quels accents enflammés les chantres hexagonaux de cette révolution-bidon nous serinaient depuis six ans qu’une glorieuse insurrection allait mettre à bas l’odieuse tyrannie ! Jour après jour, ils noyaient hypocritement d’un écran de fumée humanitaire la haine que leur inspirait cet Etat syrien dont le seul tort était de rester debout face à la coalition prédatrice des puissances occidentales et des pétromonarchies corrompues. Sans vergogne, ils couvraient de leur clameur mensongère, en les attribuant aux soldats syriens défendant leur patrie menacée, les atrocités commises par des bandes criminelles dont l’ambition monomaniaque était d’imposer la charia wahhabite et de liquider les minorités confessionnelles.

On les a vus, on les a entendus pendant de longues années, ces charlatans. Les Jean-Pierre Filiu, François Burgat, Jean-Paul Chagnollaud, Pascal Boniface, Dominique Vidal, Ziad Majed, Romain Caillet, Bruno Tertrais et consorts intoxiquèrent l’opinion de leurs mensonges en respectant scrupuleusement le cahier des charges atlantiste. Experts en affabulation, ces mythomanes multi-cartes ont craché sur la Syrie, son peuple, son armée et son gouvernement. Ils n’ont cessé de les calomnier, relayés par des journalistes dont l’inculture n’avait d’égale que leur partialité. Niant l’évidence d’un mercenariat international financé par les pétromonarchies, ces pseudo-progressistes se sont rangés, servilement, du côté d’un obscurantisme wahhabite mis au service de l’impérialisme occidental. Prenant des grands airs, ils donnaient des leçons d’humanisme tout en tressant des couronnes aux milices mafieuses et sectaires qui détruisaient la Syrie. Faisant le tri entre les bonnes et les mauvaises victimes, ils brandissaient les droits de l’homme côté cour et soutenaient les tortionnaires takfiris côté jardin.

Pour incriminer le gouvernement syrien et ses alliés, ils voulaient enrôler au service de leur cause frelatée le sort des civils assiégés à Alep, mais en omettant de dire que 80% de ces civils se trouvaient dans les quartiers protégés par le gouvernement, et que les autres, retenus prisonniers par les djihadistes, étaient utilisés par ces glorieux « révolutionnaires » comme boucliers humains. Ils voulaient nous faire croire que l’aviation russe bombardait les hôpitaux d’Alep, mais sans préciser que la majorité des hôpitaux étaient à Alep-Ouest et subissaient le feu incessant et meurtrier des mortiers rebelles. Orchestrant une indignation sélective fondée sur le déni de réalité permanent, ils ont accrédité cette monumentale escroquerie des « Casques Blancs », brillamment démasquée par une courageuse journaliste, Vanessa Beeley, qui administra à ces fumistes une leçon définitive d’honnêteté intellectuelle et de probité professionnelle.

La reconquête de la deuxième ville de Syrie par son armée nationale ne rend pas seulement l’espoir au peuple syrien, qui aperçoit désormais le bout du tunnel après tant de souffrances. Cette victoire d’une armée majoritairement composée de conscrits de confession sunnite (comme l’a récemment rappelé le géographe et excellent analyste Fabrice Balanche) ne dissipe pas seulement le mythe d’une guerre confessionnelle forgé de toutes pièces par les pousse-au-crime du wahhabisme. Cette reconquête balaye aussi d’un grand courant d’air frais, en ce victorieux mois de décembre, les miasmes putrides largués dans l’atmosphère par six années de propagande à grande échelle.

Orchestrée par les larbins de l’impérialisme US et les collabos de l’obscurantisme wahhabite (ce sont souvent les mêmes), cette propagande a diabolisé le gouvernement syrien en lui attribuant la responsabilité des crimes commis par ses adversaires. Elle a aussi diabolisé la Russie, dont l’intervention militaire en Syrie, contrairement à celle des pays de l’OTAN, respecte le droit international et frappe sans lésiner les terroristes de tous poils. Il faut vivre en France, ce pays de masochistes, pour voir la haine de la Russie se déchaîner, avec une rare violence, chaque fois qu’elle fait reculer les terroristes. A chaque défaite infligée sur le terrain aux commanditaires du massacre du Bataclan, nos charlatans hexagonaux, du gouvernement aux médias, se répandent en clameurs indignées !

Le drame syrien est un révélateur chimique. Jamais depuis Vichy notre intelligentsia ne s’était autant vautrée dans la fange, jamais elle n’avait mis un tel point de déshonneur à célébrer l’esprit collabo. Mais voilà, la roue tourne. Que reste-t-il aujourd’hui du dogme interventionniste cher aux néocons, au moment où Donald Trump le dénonce, où Vladimir Poutine mène le bal au Moyen-Orient et où l’Etat syrien expédie les mercenaires de Riyad dans les poubelles de l’histoire ? Doublement orphelins, les charlatans du droit-de-l’hommisme (à géométrie variable) risquent de perdre leur héros yankee, fatigué de mener des guerres stupides, et leur piétaille moyen-orientale, taillée en pièces par cette armée syrienne qu’ils méprisaient. Pour les charlatans, décidément, la fête est finie.

Bruno Guigue | 7 décembre 2016

Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Lire aussi:  Lettre ouverte aux charlatans de la révolution syrienne. Par Bruno Guigue/

Source: http://arretsurinfo.ch/en-syrie-la-fete-est-finie-pour-les-charlatans/

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Ecole minée et armes chimiques : une journaliste de RT explore un quartier d’Alep libéré

9 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Le grand banditisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Politique étrangère

Ecole minée et armes chimiques : une journaliste de RT explore un quartier d’Alep libéré


 

alep-armes

Les forces gouvernementales syriennes reprennent peu à peu les quartiers d’Alep-Est occupés par les rebelles. Des ingénieurs les déminent pour que les habitants puissent retrouver leur foyer. RT s’est rendu sur le terrain pour un reportage exclusif.

La correspondante de RT Lizzie Phelan a été conduite par des sapeurs de l’armée syrienne dans les parties de la villes nouvellement libérées. Son équipe a pu filmer des débris de munitions et des sachets de produits chimiques abandonnés dans une école qui servait de base aux rebelles

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Alep-Est & Mossoul

7 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #ACTUALITE, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #La Turquie, #ISIL

Alep-Est & Mossoul

Alep-Est & Mossoul

La presse occidentale occulte de nombreuses informations sur les événements à Mossoul (Irak) et à Alep-Est (Syrie) de manière à masquer le soutien de ses gouvernements aux djihadistes. En outre, sur la base de ces informations incomplètes, elle multiplie les contre-sens.

A Mossoul et à Alep-Est, les populations qui avaient accueilli les djihadistes en croyant que la Charia leur permettrait de revenir à l’Âge d’or, n’ont pas tardé à déchanter. Opprimées par les lois des djihadistes et horrifiées par leur violence, elles se sont progressivement retournées contre eux. Sans états d’âme, ces derniers les exploitent aujourd’hui comme boucliers humains. Pourtant selon la presse occidentale, la bataille de Mossoul est légitime mais pas celle d’Alep-Est.

Mossoul est tenu par Daesh, c’est-à-dire en sous-main par Washington. D’un côté les militaires étatsuniens conseillent les Forces irakiennes, de l’autre la CIA leur parachute armes et munitions. Ces deux mains obéissent au même cerveau puisque les conseillers US avaient présenté un plan d’attaque qui encercle la ville, mais laisse ouverte dans les deux sens la route de Rakka. Ce cerveau ne discute pas avec ses alliés, ainsi que le prouve la réaction de la France demandant que l’on attaque Rakka dès la chute de Mossoul.

Alep-Est est tenu par al-Qaïda, c’est-à-dire également en sous main par Washington. Cette fois, les États-Unis et leurs alliés sont sur la même longueur d’onde. Ainsi, le président François Hollande a-t-il reçu le « maire » d’Alep-Est à l’Élysée. Il était accompagné de responsables des Casques blancs qui vont recevoir le « Prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’état de droit » (sic). En fait d’« état de droit », nul ne veut savoir qui a élu ou nommé ce « maire », ni pourquoi « sa » ville est occupée par les djihadistes du cheikh saoudien Abdullah al-Muhaysini. De même, aucun journaliste occidental ne semble intéressé par le directeur et fondateur des Casques blancs, l’agent du MI6 James Le Mesurier. Saoudiens et Britanniques sont des « rebelles syriens modérés », qu’on se le dise.

En mai 2014, une réunion secrète s’était tenue à Amman pour planifier le déploiement d’Alep en Syrie et en Irak. L’ancien vice-président irakien, Ezzat Ibrahim al-Douri, y apporta le soutien des 80 000 combattants de l’Ordre des Naqchbandis dont il est le Grand maître. Un mois plus tard, il ouvrait à Daesh les portes de Mossoul où les États-Unis venaient opportunément de livrer quantité d’armes neuves. Al-Douri, qui avait été chassé du pouvoir par Washington, croyait pouvoir le retrouver grâce à Washington. Erreur. De formation baasiste, les Naqchbandis irakiens ne tardèrent pas à s’affronter à Daesh lorsque celui-ci imposa ses tribunaux « islamiques ». Leurs soldats soutiennent aujourd’hui le gouvernement de Bagdad.

Par un cruel retour des choses, ils affrontent des djihadistes formés par la Turquie où, en 1969, ils fondèrent la Millî Görüş de Necmettin Erbakan et de Recep Tayyip Erdoğan. Ils récoltent le fruit de leur soutien en 1982 aux Frères musulmans syriens. Ils payent une nouvelle fois le prix de leur flirt avec les jihadistes en 1993 lors de la campagne de « Retour à la foi » (al-Hamlah al-Imaniyyah). Puisse l’expérience être assimilée : toute alliance —même tactique— avec la Confrérie et avec ses groupes armés conduit un jour ou l’autre au chaos. Une leçon que la Syrie a tristement reçue depuis qu’elle a cru honorable d’aider les jihadistes irakiens prétendument face à l’occupant états-unien et le Hamas soi-disant face à Israël.

Les Européens n’ont toujours pas compris. Ils dénoncent la République arabe syrienne et s’émeuvent pour les habitants d’Alep-Est « contraints de fuir les combats », au lieu de célébrer leur libération des griffes des jihadistes. Pourtant, venant d’Arabie saoudite, de Libye, de Tunisie, et de bien d’autres pays, des « rebelles syriens modérés » sont déjà dans leurs murs et y ont déjà commis des attentats.

Thierry Meyssan
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1953—2002—2016 : La Syrie et la résurgence du maccarthysme, par Fredrik Deboe

28 Novembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #ISIL

Source : Current Affairs, le 03/11/2016

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Chaque fois que les États-Unis veulent aller à la guerre, les opposants sont accusés d’apologie des dictateurs. La controverse sur la Syrie ne sera pas différente.

Par FREDRIK DEBOER

J’ai beaucoup d’intérêts politiques, pour être honnête, mais seulement une obsession : l’anti-Rouge, le penchant pour les purges, la grande propension américaine à éradiquer les hérétiques et les bannir dans le désert. C’est cette obsession qui tend à me faire croire que nous nous dirigeons vers un nouvel accès de maccarthysme, lié au conflit en cours en Syrie, et qu’il a des chances de déchirer la gauche américaine.

Appelez mon obsession une construction familiale historique, à la fois récente et ancienne. Mon grand-père, un socialiste pacifiste et professeur d’université à l’université de l’Illinois, a été la cible des lois Broyles, un ensemble de lois fédérales de l’ère de la peur des Rouges destinées à débarrasser l’État de ses éléments subversifs. Toutes sortes de radicaux et sympathisants étaient visés par cette loi, qu’ils aient été de vrais socialistes comme mon grand-père, ou simplement suspects de sympathies communistes. La majeure partie de cette législation a été battue, avec le gouverneur libéral-Démocrate Adlai Stevenson mettant son veto sur plusieurs mesures. (Non pas qu’il ait été une sorte de champion viril des droits des radicaux, Stevenson contestait non pas les intentions des lois mais leur portée, arguant qu’elles risquaient de “brûler la grange pour tuer des rats.”) Mais comme il est fréquent avec ces tentatives, le dommage a été fait sans victoire législative. Nombreux sont ceux qui étaient visés et ont perdu leur emploi et vu leur carrière détruite. Mon grand-père a été protégé par son contrat, et donc a gardé sa situation, mais sa réputation a été entachée. Mon père m’a dit une fois que cela a contribué directement à l’alcoolisme qui l’a conduit à sa mort prématurée.

Les premières lois Broyles ont précédé ce qu’on appelle typiquement l’ère maccarthyste. Et encore maintenant on peut regarder en arrière et les voir comme du classique maccarthysme. Ce dernier ne se réfère pas seulement aux attaques gouvernementales sur la liberté intellectuelle et politique sous la bannière de l’anti-communisme. C’est un ensemble de pratiques consistant à calomnier les opposants sans procès équitable et basé sur des preuves très minces, attribuant aux autres des motifs sombres pour déligitimer leurs positions, suggérant que ceux avec qui vous discutez travaillent sous l’influence d’une entité de l’ombre, et insistent sur le fait que vos cibles ne sont pas seulement en tort, mais activement pernicieuses et donc doivent être évacuées de la conversation. Parfois, ce rejet implique l’arrestation de quelqu’un. Parfois cela implique une audience du Congrès et le renvoi de quelqu’un. Parfois ce n’est qu’une campagne de ragots, une attaque de dénigrement, une rencontre secrète où vous êtes désigné comme étant un cancer par vos ex-alliés. Mais l’intention est toujours la même : faire taire un type de dissidence en prétendant que c’est le germe d’intentions néfastes, et aussi arguant que quiconque se fait porte-parole de cette dissidence doit être banni.

Tous ceux qui ont vécu l’immédiat post 11/9 sont familiers de ce type de choses. Consécutivement aux attaques, une culture de patriotisme paranoïde et agressif enveloppa le pays, jetant la suspicion sur ceux qui n’ont pas mis un petit drapeau américain sur leur revers de veste ou leur voiture. Ceux qui ne professaient pas une guerre totale contre le terrorisme, quel qu’en soit le sens, étaient coupables de soutenir secrètement al-Qaïda. Les Américains musulmans, et ceux qui malheureusement avaient l’air de musulmans, étaient sujets à une constante suspicion et à des crises de violence aléatoires. Quand le commentateur conservateur Andrew Sullivan désigna les écrivains de gauche sceptiques sur la guerre contre la terreur, “une cinquième colonne”, il exprimait seulement quelque chose comme de la sagesse populaire : être insuffisamment dévoué à la cause de la guerre, c’était vous positionner nécessairement du côté de la cible de cette guerre. Avec le maccarthisme, ce qui était mis en question n’était pas seulement la justesse de votre opinion, ou la sagesse de vos choix, mais votre loyauté, vos motifs, votre caractère. C’est exactement ce sentiment de suspicion et d’exil que j’ai expérimenté en tant qu’activiste anti-guerre dans la première moitié des années 2000, ravivant intensément l’histoire de ma famille. Il n’y a pas eu de House Un-American Activities Committee (Commission de la Chambre sur les Activités Anti-Américaines) après le 11/9, mais il y a eu un niveau de peur ambiante qui transforme des gens ordinaires en indicateurs, une société entière de police secrète. Ainsi que l’écrivait le professeur de droit David Cole, de Georgetown, à propos de la résurgence du maccarthisme dans le monde de l’après 11/9 : “On a adapté les erreurs du passé, substituant de nouvelles formes de répression politique aux anciennes.”

Longue et bipartisane est l’histoire des tentatives visant à faire taire la dissidence en utilisant la culpabilité par association, les accusations non étayées et l’insistance que certaines opinions soient trop dangereuses pour être permises. En effet, McCarthy lui-même a été précédé par les démocrates anti-communistes et les purges de l’époque de Truman des socialistes du Parti démocrate après la Seconde Guerre mondiale et le début de la Guerre froide. Les démocrates sous Truman ont travaillé sans relâche pour expulser les socialistes et les sympathisants communistes du parti. C’est le sort de l’ancien vice-président de Roosevelt, Henry Wallace, coupable d’avoir plaidé pour des politiques aussi radicales que les soins de santé universels, la désescalade de la Guerre froide et la fin de la ségrégation immédiate. Cette période elle-même a fait écho à la guerre mondiale antérieure, quand le démocrate progressiste Woodrow Wilson a fait emprisonner le leader communiste Eugene Debs pour son opposition publique à la boucherie qu’a été la Première Guerre mondiale. Avancez un demi-siècle et vous avez la guerre du Vietnam, COINTELPRO [Counter Intelligence Program est un programme de contre-espionnage du FBI qui enquête sur et perturbe les organisations politiques dissidentes, NdT], et Hanoi Jane [Allusion à la photo de Jane Fonda sur le siège d’un canon anti-aérien nord-vietnamien, NdT] ; allez plus loin, et vous avez les lois Alien sur les étrangers et la loi Sedition sur la subversion. Plus ça change. [En français dans le texte]

Les purges anti-communistes de l’ère Truman étaient approuvées à la fin de 2004 par le féroce libéral Peter Beinart, qui écrivait dans (bien sûr) le New Republic, l’un des bastions de l’ère belliciste et pourfendeuse de hippies de l’époque Bush. Beinart appelait à une purge de la gauche anti-guerre dans des termes plus ou moins explicites, arguant que les libéraux ont dû s’adapter à la nouvelle réalité de la force américaine bienveillante, et en rejetant tout opposant. (Son usage du terme « rééducation » donne une touche plutôt ironique.) Comme tant d’autres, Beinart continuerait à regretter son soutien à la guerre en Irak, et Michael Tomasky requalifierait son essai de « polémique, sans direction, agressif, accusateur et tout à fait injuste » en 2006. Mais le maccarthysme semble rarement bon à la lumière de l’histoire, et fait des dégâts dans le présent.

Comme j’avais raison sur l’Irak et la grande question de l’usage de la force de l’Amérique dans le grand monde musulman, j’aimerais dire que j’ai apprécié notre revendication qui en a résulté. Mais malgré la litanie sans fin des “Pourquoi l’Irak c’est mal” qui ont poussé comme des champignons dans la merde à la fin des années 2000, il y avait à peine plus de revendications pour les voix anti-guerre. Pour commencer, le bobard “vous aviez raison pour de mauvaises raisons” a toujours été étalé libéralement dans les réexamens de la politique étrangère de l’Amérique. D’un autre côté, les mea culpa ont toujours été résolument restreints, se référant spécifiquement à la guerre en Irak, mais pas au traitement brutal dont les types anti-guerre ont été l’objet dans la conduite de cette guerre. La réalité du maccarthisme et son déploiement constant comme moyen de harceler les gens pour qu’ils soutiennent les guerres, froides ou chaudes, a été largement escamotée.

Je soupçonne, en fait, que le cycle recommence encore. Je soupçonne que le besoin de faire des purges augmente, et que le point de rupture sera la Syrie. Je crois que cette sorte d’intervention militaire en Syrie soit probablement en train d’arriver. Et peut-être pire encore, pour ceux d’entre nous de la gauche socialiste, la bataille politique sur cette guerre n’impliquera pas les conservateurs et quelques libéraux combattant une gauche radicale plus ou moins unifiée. Ce conflit, je crois, divisera une gauche déjà affaiblie, la laissant en morceaux.

L’existence d’une gauche favorable à la guerre aurait semblé impensable pour beaucoup, même il y a cinq ans. Les blessures de l’Irak et de l’Afghanistan ont été si profondes, et le terrible désordre qui suivit le changement de régime en Libye a sonné comme une parfaite répétition de toutes les mauvaises idées et les échecs de la décennie précédente, qu’il paraissait difficile de croire que le pays dans son ensemble voudrait repartir en guerre. Que ces arguments puissent venir de la gauche traditionnellement anti-guerre, méfiante envers les militaires et le gouvernement, et toujours en alerte sur la portée de l’impérialisme m’aurait choqué il a encore peu de temps. Et encore ce sont précisément les circonstances qui se présentent aujourd’hui.

Prenez une lettre caractéristique de la fidèle publication de gauche Socialist Worker. Stanley Heller, après être parti sur la tactique typique du vieil homme de gauche en colère qui consiste à asséner sa bonne foi anti-Vietnam, remplit tous les clichés imaginables : critiquer ou questionner la composition exacte des forces anti-Assad en Syrie, c’est être activement pro-Assad, qu’une telle attitude peut seulement être le produit de l’Occident naïf contre la pensée orientale, que la Russie et l’Iran sont les vrais Grand Méchants dans le monde, que les sceptiques sur la résistance syrienne ne se préoccupent pas assez de la question de l’anéantissement. Cet extrait de Heller est remarquable par son binarisme moral, et la discussion hystérique du vrai mal serait même critiquée dans une publication néo-conservatrice. Il parle “d’une triple alliance Assad-Iran-Russie”, faisant écho à “l’Axe du Mal” de l’administration de George W Bush, comme la vraie origine du Mal dans le monde. Heller charge ses critiques de complicité, les accusant de “rejoindre la National Review de droite et les libéraux comme Steven Kinzer, en applaudissant les avancées d’Assad et de Poutine.” Mais bien sûr cette critique est à double sens, et dans sa diabolisation de l’Iran en particulier, Heller rejoint les plus nuisibles bellicistes de la politique actuelle américaine. Il invoque même l’apaisement envers le Troisième Reich, peut-être le cliché le plus ridicule du débat actuel sur la politique étrangère.

Le phénomène que je décris est moins évident dans les journaux de gauche que dans les espaces politiques des média sociaux, qui ont pris une part démesurée du débat gauchiste dans la dernière décade. Quiconque dans la large sphère de gauche s’engage sur internet sur la question de la Syrie ne peut guère les éviter : une petite armée de tweeters en colère, d’usagers de Facebook, de commentateurs du web qui insistent lourdement sur le fait que soutenir l’intervention militaire américaine en Syrie est la seule solution morale. Ces voix sont agressives, implacables et fixées sur la Syrie à l’exclusion de tout autre sujet. Et elles ont tendances à adopter le classique comportement maccarthyste, accusant ceux qui ne sont pas d’accord avec eux d’être pro-Assad, de négliger la souffrance du peuple syrien, et même d’être des agents du Kremlin. Pour ces gens, la question syrienne est la seule question, et il n’y a rien à attendre d’un opposant de principe à l’usage de la force des USA pour sauver la Syrie. Ils sont brutaux envers leurs cibles, car ils les désignent comme complices de l’horreur syrienne.

Et ils en ont, des cibles de choix. Peu d’entre elles ont été sujettes à des diffamations plus brutales que celles subies par les journalistes américains Max Blumenthal et Rania Khalek. Ces derniers, connus pour leur plaidoyer au nom du peuple Palestinien, sont devenus objets de fixation pour ceux qui militent pour plus d’armes américaines en Syrie. Leur tweets, même ceux sans rapport avec le sujet syrien, sont souvent noyés sous les réponses les attaquant comme alliés d’Assad. A cause de leur travail typiquement orienté sur le grand Moyen-Orient, ils sont particulièrement vulnérables à ce type de campagne de dénigrement, étant donné qu’ils doivent trouver des emplois payés dans cette niche vraiment étroite. Parce qu’ils se situent sur la frange gauche du débat politique “responsable”, les cercles professionnels dans lesquels ils opèrent sont nécessairement restreints. Blumenthal et Khalek sont, dans un sens, des orphelins politiques : de gauche, dédaigneux des Démocrates, non associés aux éditions grand public, et férocement indépendants. Ils sont donc vulnérables et précisément le genre de voix qui devrait être protégé, si on veut préserver une presse contradictoire, questionnante, critique.

Khalek, en particulier, a été l’objet d’une campagne de calomnie vicieuse, implacable, constamment dénigrée comme apologiste d’Assad malgré ses critiques publiques fréquentes de la conduite d’Assad (qu’elle appelle “criminel massacreur de masse“) et de ses armées. D’une part cette fixation sort d’une ambiance de misogynie qui est l’environnement ordinaire dans lequel une femme journaliste est obligée de travailler. Mais Khalek a depuis longtemps attiré une étrange obsession négative de la part de gens dont vous pourriez imaginer qu’ils sont ses alliés. Dans ce qu’ils lui reprochent, les critiques de Khalek ont fait du double standard une forme d’art. Khalek a attiré fortement l’attention pour avoir initialement accepté d’assister à une conférence sponsorisée par le gouvernement syrien. Cela a été présenté comme une décision hautement disqualifiante de sa part et liée directement à sa complicité avec le régime d’Assad. Ce qui n’est pas dit dans ces attaques, c’est que Khalek a été rejointe par des journalistes et universitaires venant d’endroits parfaitement mainstream, que des journalistes assistent couramment à des évènements sponsorisés par des organisations et gouvernements qu’ils ne tolèrent aucunement. Mais c’est la réalité des insinuations comme moyen d’attaque politique : ce qui importe, ce n’est pas ce que vous pouvez prouver mais ce que vous pouvez suggérer. Tout ce que vous avez à faire est de laisser courir et les laisser imaginer. Après tout, qui s’occupe des preuves quand l’enjeu est si grand ?

L’attaque sur la décision initiale de Khakek d’assister à la conférence paraît ridicule quand on la compare au monde des analyses sur la politique étrangère et la production de rapports. C’est un fait banal de notre système politique, que les cabots misent sur des organisations supposées indépendantes politiquement et des journalistes ostensiblement indépendants. Le régime brutal du Qatar verse des millions dans les coffres de la Brookings Institution [think tank spécialisé en sciences sociales, NdT] ; Les Emirats Arabes Unis, régressifs, autocratiques, donnent des centaines de milliers de dollars au Center for American Progress [think tank progressif, fondé par John Podesta, NdT]. L’argent des Saoudiens est ambigu dans notre système politique, qu’il vienne d’une théocratie violente ne préoccupe guère ceux qui le prennent. Il y a eu peu de remarques sur les relations chaleureuses entre les journalistes, les think tanks et la plus grande puissance injuste depuis la chute du Troisième Reich, le gouvernement des États-Unis. Pourtant, l’intention initiale de Khalek d’assister à une conférence et d’en faire le rapport, aux côtés de journalistes et d’universitaires d’une grande variété d’institutions de l’establishment, est particulièrement disqualifiante. Les partisans de l’aventurisme militaire en Syrie rejetteront toutes ces comparaisons, insistant sur le fait que l’influence malveillante d’Assad est différente de celle de tous les autres mauvais régimes. C’est la nature du maccarthysme d’insister sur le fait que le Big Bad actuel est le plus grand mal que le monde ait jamais connu, et que toute considération d’autres mauvais acteurs n’est qu’une diversion.

Peut-être Khalek et Blumenthal sont-ils vraiment des partisans d’Assad déguisés. Peut-être sont-ils vraiment des agents russes. Peut-être que leur opposition à une autre intervention américaine au Moyen-Orient vient de leur amour pour un dictateur. Peut-être. Ce qui me préoccupe, ce n’est pas le caractère de quelques individus sceptiques, mais la méthode avec laquelle nous établissons nos opinions sur ces personnages. Et ce qui est clair, c’est que personne n’a pris la peine de demander réellement aux victimes de cette chasse aux sorcières ce qu’elles pensent. Personne n’a jugé bon de définir des critères de preuves convaincants. Personne n’a approfondi ces questions dans un esprit de totale impartialité. Et même si toutes les victimes de ce dénigrement étaient en fait coupables, je m’opposerais à une inquisition.

Si vous voulez voir un inquisiteur en action, vous devriez regarder Evan Sandlin. Etudiant diplômé en science politique, Sandlin a récemment illustré les tendances gauchistes du maccarthysme dans un article pour le Los Angeles Review of Books. Son attaque sur les supposés gauchistes pro-Assad est typique : il assimile le scepticisme à l’égard d’une guerre contre un dictateur au soutien de ce dictateur, il utilise des propos délibérément vagues et argumente par sous-entendus, évitant consciencieusement de citer les personnes qu’il accuse.

Prenez, par exemple, les attaques de Sandlin envers Tariq Ali, une voix d’extrême-gauche qui était fermement opposée à l’intervention contre Assad. Sandlin lui tape dessus avec fureur, le traitant de conspirationniste qui croit la propagande russe en Syrie, propagande qui, soyons clair, est légitimement pro-Assad. Serez-vous étonné d’apprendre, ayant lu l’article de Sandlin, que cet intellectuel supposé pro-Assad a signé une lettre ouverte appelant Assad à abdiquer et quitter la Syrie ? Qu’Ali a dit que “le fait est qu’une écrasante majorité des gens en Syrie souhaite le départ de la famille Assad – et c’est la première chose que nous devons admettre et qu’il [Assad] doit comprendre” ? Etonnante manière d’être pro-Assad ! Sandlin use de cette tactique tout au long de son essai ; il va chercher toute citation incriminante qui indique un soutien pour Assad, mais évite scrupuleusement les multiples fois où il est dénoncé ou répudié. C’est profondément malhonnête intellectuellement, au point que j’espère que le LA Review va publier un correctif, mais je n’y mettrai pas ma main à couper.

En fait, dans un email reçu après que je l’ai défié, Sandlin m’a avoué que « certaines de ces personnes, comme Kinzer ou La Riva, soutiennent ouvertement Assad. D’autres, comme Ali, Prashad ou Khalek ne le soutiennent pas. » Cela semble être un aveu important ! Presque assez important pour le faire dans son essai original. C’est amusant qu’il ne l’ait pas fait. Tout cela signifie-t-il que je sois d’accord avec tout ce que les cibles de Sandlin ont écrit ou dit au sujet du conflit ? Bien sûr que non. C’est le cas de l’équité et de l’intégrité : elle s’applique même à ceux avec qui vous êtes parfois en désaccord.

Sandlin prend le temps de citer des sondages montrant un considérable soutien à la démission d’Assad- considérable, ici, signifiant 50%, de son propre aveu. Ce faisant, il essaye au moins de déterminer l’opinion publique en Syrie au-delà de l’assertion commune “vous devriez parler aux vrais Syriens” – les vrais Syriens étant ceux qui sont d’accord avec ceux qui avancent cet argument.

Chaque fois que les gens usent de ceci : ” les habitants de ce pays X veulent…”, cela me rappelle Pauline Kael qui a soi-disant déclaré qu’elle était choquée que Richard Nixon ait gagné les élections parce qu’elle ne connaissait personne ayant voté pour lui. Un échec fréquent dans l’analyse américaine des conflits internes des pays étrangers est la tendance à voir ceux qui sont le plus prompts à parler aux journalistes occidentaux comme représentant nécessairement un large sentiment public. Chaque fois que des troubles arrivent en Iran, les journalistes clament que tous les Iraniens auxquels ils parlent sont opposés au gouvernement, ne semblant pas comprendre que la portion la plus âgée, la plus religieuse et conservatrice en Iran n’a pas l’habitude de parler aux journalistes occidentaux. Donc, au sujet de Sandlin : il sait juste ce que les vrais Syriens veulent. Sandlin prend le temps d’accuser ses cibles d’orientalisme, mais ne voit aucun problème à faire de grandes déclarations sur les positions de la rue en Syrie. Le fait est que “Ce que veulent les Syriens”, n’existe pas plus que “Ce que veulent les Américains” ; tous les pays ont leur chaos d’opinions. Le pouvoir américain décide purement ce que le futur sera pour chacun d’eux.

Y a-t-il vraiment des gauchistes pro-Assad ? Bien sûr. L’univers des opinions politiques est large ; vous pouvez trouver des gens qui soutiennent toute sorte d’opinion stupide que vous pouvez imaginer. Exactement comme il y avait des pro-al-Qaïda légitimes, il y a des gauchistes pro-Assad sur la frange ultime des opinions politiques et de la santé mentale. Est-ce que cela a été un plan d’action sage durant la précédente décade et demi ? Non bien sûr. Ce qui importe n’est pas l’existence d’une gauche pro-Assad, mais l’influence de la gauche pro-Assad. J’assignerai personnellement au pouvoir de ce groupe la note zéro. Le pouvoir des contingents pro-guerre dans la politique américaine, maintenant — les faucons, les profiteurs, les politiciens désespérés de trouver quelques personnes à tuer — bon, ce serait difficile d’exagérer leur influence. Ils sont partout dans la vie politique contemporaine. Ils hantent notre démocratie comme des esprits. Et contrairement aux gauchistes pro-Assad, ils ont du pouvoir, le pouvoir réel de pousser encore notre pays vers une nouvelle guerre. Sandlin s’engage imprudemment dans la complicité et ne semble cependant pas perturbé par le fait qu’en attaquant les motifs des sceptiques, il trouve une cause commune avec les plus nuisibles des bellicistes de notre temps. Sandlin confesse s’opposer à l’escalade américaine dans une note boiteuse. Mais quelle cause pense-il soutenir quand il descend ceux qui sont sceptiques sur notre implication dans ce conflit ? Comment quiconque étudie les sciences politiques peut ne pas comprendre les inégalités fondamentales de pouvoir entre ceux qu’il attaque et ceux pour qui il fait le sale boulot ?

S’investir dans un combat gauche-gauche contre les voix anti-guerre est consacrer son énergie à combattre l’impuissant pour le bénéfice du puissant. Je pense que personne ne devrait soutenir leur combat contre des cibles vues comme méritant une critique légitime. Mais il incombe à tout le monde d’évaluer le pouvoir relatif de leurs cibles et de leurs copains improbables, pour rester conscient de qui a une influence, et qui n’en a pas. L’appareil de guerre de l’Amérique contemporaine a l’habitude de devenir sa propre raison de conflit. Tous ceux qui s’identifient comme faisant partie de la gauche large devrait s’en souvenir, même quand ils se sentent contraints par conscience à critiquer ceux qui s’opposent à une action militaire.

En tout cas, que représente le cas de l’intervention américaine en Syrie ? C’est simple : plusieurs décades d’histoire américaine démontrent que l’armée du pays ne peut pas assurer la paix dans les conflits étrangers, et ses efforts pour le faire s’effondrent dans le chaos et les effusions de sang du sectarisme. Vous noterez que cet argument ne demande pas d’avoir un point de vue particulièrement anti-impérialiste, ce qui est pratique étant donné que les discussions sur l’anti-impérialisme et la Syrie se sont effondrées dans un trou noir de non-sens absurde que seule la gauche radicale contemporaine pouvait créer.

Parce que la guerre en Syrie est si horrible, et le régime d’Assad si mauvais, c’est naturel pour les gens de se jeter dans quelque chose qui pourrait venir mettre fin à cette misère. Mais ce qui est bizarre, c’est cette hypothèse, après les leçons post-Seconde Guerre mondiale de l’histoire américaine, que ce quelque chose pourrait être l’armée des États-Unis. Les arguments pour une force de paix potentielle américaine (que ce soit par les troupes au sol ou par une sorte de “bombe intelligente”) semblent être sûrs que la question est de savoir si l’armée américaine empêchera le chaos et les effusions de sang, pas de savoir si elle le peut. Mais on a toutes les raisons de douter que notre armée ait la capacité de le faire. Serions-nous capable d’expulser Assad sans un spectacle d’horreur encore plus long ? Je trouve cela loin d’être évident. La fin du régime d’Assad se résoudrait dans la paix ? Vous seriez surpris d’apprendre qu’une force bâtie pour infliger la mort et la destruction ait du mal à créer la paix. On avait 150 000 soldats en Irak, et une de leurs missions explicites était de garder la paix. Encore que des iraquiens soient morts par centaines de milliers quand même. Si notre intervention est restreinte à l’armée de l’air, l’exemple récent le plus révélateur est notre mésaventure en Lybie, dont a résulté un chaos général, une terrible oppression des minorités comme les Africains sub-sahariens, et une opportunité pour l’EI. D’où vient cette croyance que la paix et l’ordre peuvent venir des forces américaines ?

En attendant, la fixation sur une zone d’exclusion aérienne, une solution présentée généralement comme intermédiaire, une troisième voie, l’option raisonnable de quelque rêve érotique de Beltway, tout ça n’est qu’un divertissement. A en entendre beaucoup, l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne est aussi simple que l’installation d’une nouvelle radio dans votre voiture. En fait, cela implique un effort massif et très coûteux. Contrairement à ce que beaucoup pensent, il est impossible d’imposer une zone d’exclusion aérienne sans une présence militaire importante dans le pays. Le général Lloyd Austin, chef du commandement central des États-Unis, le général Joseph Dunford, président du chef d’état-major interarmées des États-Unis, et Hillary Clinton dans un email piraté ont admis qu’il fallait des troupes au sol pour assurer un couloir humanitaire viable. La notion d’une campagne uniquement aérienne sans la présence de troupes américaines est une fiction politique, un alibi qui nous permet de fantasmer sur un conflit sans risque. Cette possibilité n’existe pas. La question est de savoir si nous sommes prêts à entrer dans une guerre à grande échelle en Syrie. Après des années de mensonges sur les bombes intelligentes et les guerres humanitaires, on dirait que la gauche, comme les arbres à l’automne, est en train de perdre ses illusions.

Il ne fait aucun doute qu’une grande partie du peuple syrien rejette Assad, et partage ma propre conviction qu’Assad doit s’en aller. Mais nous devons prendre soin de réfléchir à la raison rationnelle du soutien d’une partie importante de la population syrienne, à la crainte légitime de représailles contre les chrétiens syriens, les alaouites et les loyalistes du gouvernement. La notion d’intervention « humanitaire » est un truisme : quand les grandes puissances choisissent les gagnants, elles choisissent aussi les perdants. Regardez, par exemple, au Kosovo, considéré si souvent comme une bonne guerre qu’il en est devenu un cliché. Après que les puissances occidentales ont rétabli la situation, la violence contre les perdants de cet engagement s’est généralisée. En fait, le Kosovo a procédé au nettoyage ethnique de sa population serbe. Les catégories de victimes et d’agresseurs ne sont ni simples ni statiques. Il n’y a guère de doute que le régime d’Assad ait cyniquement utilisé des préoccupations au sujet des violences des représailles contre les alaouites syriens et les chrétiens pour défendre son refus de démissionner ; Il ne fait guère de doute que la crainte de représailles violentes soit entièrement justifiée. On se salit les mains dans une guerre. Rien ne prouve que la chute d’Assad signifie la fin des effusions de sang.

Je ne crois pas non plus qu’une guerre contre Assad en resterait là. Les arguments pour l’intervention des États-Unis ne font pas que surestimer notre pouvoir de mettre fin au carnage. Ils surestiment la bienveillance des gens qui dirigeraient l’effort de guerre. L’establishment de la défense américaine est complètement obsédé par l’Iran. A lire les faucons conservateurs, qui restent, malgré les problèmes plus larges du mouvement conservateur d’aujourd’hui, profondément influents dans le domaine de la politique étrangère, on découvre une vision bizarre du monde dans laquelle toutes les mauvaises actions ramènent inévitablement à Téhéran. Dans l’imbroglio de la politique étrangère américaine, la plupart des arguments invoqués plaident généralement pour notre politique belligérante envers l’Iran. Israël doit recevoir des milliards d’armes et d’aide pour aider à servir son rôle de rempart contre l’Iran. Les myriades de péchés de l’Arabie saoudite doivent être pardonnées afin qu’elle puisse servir de contrepoids sunnite aux chiites en Iran. Le Liban est secrètement contrôlé par le gouvernement iranien, l’échec continu de l’Irak à atteindre la stabilité à long terme est la faute des agents iraniens, l’Afghanistan tombe dans les griffes de Téhéran… Ce sont des récits récurrents que l’on trouve en analysant la politique étrangère gravement préjudiciable de l’Amérique.

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Fredrik deBoer

Source : Current Affairs, le 03/11/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Débandade barbue, rédigé par Observatus geopoliticus

27 Novembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #ACTUALITE, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Daesch

Débandade barbue

27 Novembre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

C'est une véritable Bérézina pour les coupeurs de tête modérés d'Alep... Chaque heure apporte son lot de nouvelles et elles sont mauvaises pour les protégés du camp du Bien ; les quartiers rebelles tombent les uns après les autres.

Après la prise d'Hanano, l'armée syrienne et ses alliés ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Les districts adjacents, notamment l'important Jabal Badro, ont été pris d'assaut. Le patient travail de renseignement russe durant la "trêve humanitaire" ainsi que les drones ont permis aux Sukhois et autres Mig de vaporiser les barbus .

La partie nord de l'enclave s'écroule comme un château de cartes et les djihadistes sont en train de l'abandonner. Celle-ci se réduit à peau de chagrin et, chose intéressante, les Kurdes d'Alep participent à la curée.

Pour pouvoir rejoindre leurs compères du sud de l'enclave, les rebelles doivent passer par le goulot d'Al Sakhur, sous le feu des loyalistes. Pire ! selon des rapports non encore confirmés, l'armée aurait déjà pris ce point stratégique et coupé l'enclave en deux :

Après des mois de relatif statu quo, le ciel est tombé sur la tête des modérément modérés en quelques dizaines d'heures. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous avions à plusieurs reprises annoncé que l'échec de la tentative de la dernière chance fin octobre avait porté un rude coup au moral barbu. Mais avouons que nous n'anticipions pas une débâcle aussi rapide.

Prudence tout de même : restera encore la partie sud de l'enclave où les loyalistes commencent aussi à avancer. Mais le sort d'Alep est scellé : la ville reviendra intégralement dans le giron gouvernemental, la seule incertitude demeurant le facteur temps. Cadeau de Noël pour Bachar ?

La prise d'Alep, incontestable tournant de la guerre, libérera des dizaines de milliers de soldats qui iront renforcer les autres fronts, chaque fois moins nombreux d'ailleurs et libérant à leurs tour des milliers de combattants. Resteront alors deux gros morceaux :

  1. la province d'Idlib où Al Qaeda, Ahrar al-Cham & Co, en relatif état de faiblesse après les pilonnages russes, sont d'ailleurs en train de se dévorer entre eux.
  2. l'Etat islamique.

Dans ces deux cas, un délicieux retour à l'envoyeur se profile. Pressés de tous côtés, les djihadistes d'Idlib n'auront qu'une échappatoire : la Turquie, où tonton Erdogollum aura toutes les peines du monde à les contrôler. Quant à Daech, nous évoquions l'année dernière le scénario rêvé :

Il existe une possibilité formidable à tous les sens du terme, bien que très hypothétique pour l'instant. C'est une idée qui avait traversé l'esprit de votre serviteur il y a quelques semaines mais qu'il avait chassée tellement elle lui paraissait énorme... jusqu'à ce qu'elle réapparaisse dans la conclusion d'un article passionnant du site spécialisé Oil Price. L'article lui-même s'attache aux causes énergétiques du conflit syrien, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises ici. Les pays du Golfe (dont le Qatar et son projet de méga-gazoduc) voulaient faire transiter leurs fabuleuses ressources en hydrocarbures vers l'Europe, le tout sous contrôle américain, ce qui aurait eu pour effet de marginaliser considérablement la Russie. Passer par l'Irak saddamique puis chiite étant impossible, la seule voie pour les pipelines du Golfe était la Syrie, pays à majorité sunnite qui ne ferait aucune difficulté une fois Bachar renversé.

Assad ne l'entendait pas de cette oreille, qui mettait une contre-proposition sur la table : un tube "chiite" Iran-Iraq-Syrie. De quoi donner une crise d'urticaire aux cheikhs du Golfe et à leur allié américain. Quatre ans après, Riyad, Doha et Washington n'ont pas abandonné l'idée bien que le projet paraisse maintenant bien compromis (même si Assad perdait finalement, l'EI est devenu totalement incontrôlable).

Mais revenons à notre idée, géniale, diabolique, colossale en réalité. Nous avons vu il y a quelques jours comment la coalition irano-irako-syro-russe pourrait, avec l'aide des Kurdes au nord, mettre fin à l'EI. Notons d'ailleurs au passage qu'à l'est, les Irakiens commencent à avancer et ont quasiment réussi à tuer le calife grâce au centre de renseignement commun mis sur pied avec Téhéran, Moscou et Damas (ce n'est certes pas sur les Américains que Bagdad pouvait compter pour trouver les cibles de l'EI...)

Cher lecteur, que voyez-vous sur cette carte ? Entre la poussée Syrie-Iran-Hezbollah à l'ouest, kurde au nord et Irak-Iran à l'est, le tout soutenu par l'aviation russe, l'Etat Islamique serait cerné et n'aurait plus qu'une échappatoire : vers le sud, vers... l'Arabie Saoudite !

Ô divin retour à l'envoyeur, renvoi du monstre à son créateur... Riyad prend les choses suffisamment au sérieux pour ériger une frontière électronique. Mais si cet amusant gadget peut stopper quelques djihadistes égarés dans le désert, que fera-t-il face à des (dizaines de) milliers de fanatiques surarmés et désespérés ? Gageons que les bombes US retrouveront soudain toute leur efficacité mais sera-ce suffisant ?

Si l'EI entre en Arabie Saoudite, c'est tout le fragile édifice de la monarchie moyenâgeuse wahhabite qui explose. Et avec elle les prix du pétrole. Pour Poutine, ce serait un incroyable triple coup : s'allier aux Kurdes et ravaler la Turquie au rang de faire-valoir, détruire la maison des Seoud et enfin faire grimper les prix du pétrole à des niveaux jamais atteints. Nous n'en sommes pas (encore ?) là...

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Censure française, « Je suis MEMORIAL DE CAEN ! » Par Richard Labévière.

22 Novembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #Politique étrangère, #ISIL, #Daesch

Censure française, « Je suis MEMORIAL DE CAEN ! » Par Richard Labévière

Censure française, «  Je suis MEMORIAL DE CAEN ! »

Coupure d’électricité au Pays des Lumières… Donc, le colloque scientifique sur la Syrie qui devait avoir lieu le samedi 26 novembre prochain au Mémorial de Caen a été annulé sans autre forme de procès. « On ne pouvait pas laisser les clés du Mémorial à un colloque suspecté de défendre les positions de Bachar al-Assad, lequel depuis 2011 conduit une guerre infâme », a déclaré à l’AFP Stéphane Grimaldi, le directeur du Mémorial de Caen. Et notre courageux redresseur de torts – qui a été directeur de la communication de la mairie de Bordeaux de 1995 à 2000 et de l’Association des maires de France de 2000 à 2002 – de préciser que sa décision a été prise à la suite d’une campagne menée sur les « réseaux sociaux », qualifiant les intervenants pressentis du colloque scientifique du Mémorial de Caen (universitaires, journalistes, députés PS, Républicains et UDI) comme proches, sinon carrément d’extrême-droite ! Bigre, ça ne s’invente pas !

Si d’aventure des comploteurs du Net venaient à lancer une campagne pour affirmer que le débarquement du 6 juin 1944 n’a jamais eu lieu, ce bon Stéphane Grimaldi risquerait bien de fermer sa boutique sans autre forme de procès non plus, ni autre espèce de vérification et de contrôle du contenu des multiples fadaises qui circulent sur la toile ! En tout cas, la décision de Stéphane Grimaldi est édifiante et fait symptôme sur l’état des libertés civiles et politiques de notre vieux pays : il suffit qu’une bande de crétins s’agitent sur des réseaux « numériques », qui n’ont du reste rien de « sociaux », pour qu’un fonctionnaire territorial ou déterritorialisé décide de censurer telle ou telle expression qui n’aurait pas l’avantage de correspondre à sa perception très personnelle de l’actualité internationale.

Qui est à l’origine de la petite campagne haineuse déclenchée contre le colloque scientifique du Mémorial de Caen sur les réseaux numériques ? On retrouve les mêmes tristes sires et sirettes qui ont déjà mené une entreprise similaire contre l’émission Un Oeil sur la Planète de France-2, qui pour une fois faisait la part des choses pour mieux comprendre la guerre globale de Syrie. La présentatrice du magazine s’est même vue trainée dans la boue, y compris par des amis Tunisiens, la poussant à se désolidariser de son producteur, pourtant grand reporter et professionnel reconnu des dossiers les plus difficiles. Au final, ces hystériques ont fini par avoir gain de cause, puisque la courageuse Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, a tout simplement supprimé l’émission prétextant quelque mesure d’économie.

De retour depuis plusieurs années dans la France « Je suis Charlie », la censure se pare toujours de l’argument dominant, imparable et susceptible d’habiller chaudement toutes les lâchetés : les restrictions budgétaires, mesures d’économie s’entend… C’est tellement commode !

Parmi ces grands courageux des « réseaux sociaux », on retrouve – en première ligne – un « journaliste » du Point qui s’était retrouvé en Syrie comme le Fabrice del Dongo de La Chartreuse de Parme à Waterloo, ne voyant que de la fumée et des chevaux sans véritablement comprendre ce qui était en train de se passer… avant d’être enlevé.

En France, et c’est une autre particularité nationale, un journaliste quel qu’il soit – qui a été pris en otage durant une courte, moyenne ou longue durée – peut, à peu près tout se permettre et se voit aussitôt promu en expert d’à peu près tout et n’importe quoi. C’est, évidemment le cas de notre imprécateur, qui à part son séjour prolongé-contraint en Syrie, ne connaissait pas grand-chose de ce pays et de sa région complexes, ses écrits et autres prestations audiovisuelles en attestent avec éloquence. Cela n’empêche nullement ces accidentés de l’information de faire la morale à tort et à travers en prétendant dire le bien et le mal tout en calibrant ce qu’il est correct de faire ou de ne pas faire ; tout en s’affirmant « Charlie », bien-sûr, c’est-à-dire le défenseur interplanétaire des droits humains, de la liberté de pensée et d’expression bien-sûr…

Vient ensuite, un « chercheur » dont quelques-unes des spécialités les plus connues sont la haine de l’Iran, la défense des intérêts d’Israël et une admiration inconditionnelle de l’OTAN. On retrouve aussi deux sœurs assez fofolles autant que pittoresques. La première « chercheuse » elle-aussi ayant été longtemps la « secrétaire » d’un vieil agent inamovible du MI-6 (services extérieurs britannique) en poste à Paris, a pigé pour la Fondation Ford et d’autres Think tanks anglo-saxons juteux avant d’être décorée de la Légion d’honneur. Militante psychiatrique de la « Révolution syrienne », sa sœur se présente comme « journaliste », envoyée spéciale permanente du quotidien Libération en Syrie… Qui lit encore ce « journal » passé de Jean-Paul Sartre à Rothschild ? Un autre activiste, ancien patron de l’IFPO (Institut français du Proche-Orient) à Damas, est aussi à la manoeuvre. Amoureux transi des Frères musulmans et de Tariq Ramadan, ce Crétin des Alpes ne supporte pas qu’on ne partage pas ses obsessions, surtout lorsqu’il abuse de la gnôle de ses belles montagnes.

Quant à classer les intervenants du colloque scientifique du Mémorial de Caen dans la catégorie « extrême-droite », disons spontanément que c’est très exagéré !!! aurait dit Mark Twain répliquant ainsi à un grand quotidien newyorkais qui venait d’annoncer sa propre mort alors qu’il était en train de mettre la touche finale à l’un de ses plus grands romans…

Quoi qu’il en soit, la décision du directeur du Mémorial de Caen constitue clairement une nouvelle manifestation de la censure qui sévit à nouveau dans le pays de Voltaire, Condorcet, Alain Badiou, Frédéric Lordon et Bernard Stiegler… Quelle tristesse !

ALAIN CHOUET

A chaud, notre ami Alain Chouet nous a fait parvenir le texte suivant : « Le Colloque sur la Syrie – Les enjeux de la Syrie et de la région – qui devait se tenir le 26 novembre prochain au Mémorial de Caen et auquel j’avais été invité à participer vient d’être annulé sur décision du directeur du Mémorial qui, après avoir donné son accord à la tenue de ce colloque il y a plusieurs mois, vient d’annuler cet accord au dernier moment.

Le directeur du Mémorial dit avoir pris cette décision de refus après avoir été alerté « par des réseaux sociaux » (sans autre précision) sur le fait que ce colloque réunissait « des militants d’extrême droite bien connus et partisans de Bashar al-Assad »… Il aurait tout de même été intellectuellement honnête de sa part de vérifier ces assertions avant de prendre sa décision.

Je ne connaissais pas tous les participants à ce colloque mais ceux que je connais ne sont ni d’extrême droite ni partisans de Bashar al-Assad, en particulier :

– Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, ancien directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

– René Nabaa, ancien correspondant de l’AFP à Beyrouth, consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève ;

– Richard Labévière, journaliste et écrivain, membre du Parti socialiste ;

– Joël Bruneau, maire UMP-UDI-Modem de Caen ;

– Gérard Bapt, député à l’Assemblée nationale, groupe PS ;

– Adonis, philosophe et poète syro-libanais ;

– Jean Marie Schléret, député à l’Assemblée nationale, groupe UMP, ancien président du Conseil national consultatif des personnes handicapées ;

– Majed Nehmé, directeur du journal Afrique-Asie ; (ce journal créé par Simon Malley s’est illustré dans la lutte contre les dictatures arabes et africaines et dans la lutte anti-apartheid) ;

– … et enfin moi-même, écarté de mes fonctions à l’été 2002 sous le soupçon d’appartenance au PS et de « jospinisme »…

Toutes ces personnes ne sont ni des militants d’extrême droite ni partisans ou soutiens des dictateurs. Certains, comme le poète Adonis, sont au contraire d’inlassables combattants contre la violence d’Etat dont ils ont été eux-mêmes victimes.

En ce qui me concerne, j’ai été il y a plus de vingt ans le premier en France à essayer de prolonger les travaux de Michel Seurat sur ce qu’il appelait « l’Etat de barbarie ». Dans un très long article publié par la Documentation française, j’ai décrit en détail les méthodes et les mécanismes par lesquels Hafez el-Assad s’était approprié entre 1970 et 1990 – par la duplicité et la violence – l’ensemble de l’appareil d’Etat syrien au profit de sa famille et de sa communauté. Ce texte reste encore aujourd’hui – en France comme à l’étranger – l’une des premières références universitaires sur le sujet.

Je défie quiconque de trouver dans mes nombreux écrits, entretiens, conférences, le moindre soutien aux auteurs – quels qu’ils soient – des violences commises en Syrie ou ailleurs, le moindre soutien aux dictateurs et la moindre référence aux thèses de l’extrême droite, du conspirationnisme, de l’antisémitisme que je combats au contraire avec véhémence depuis cinquante ans.

J’ignore quels sont les « réseaux sociaux » qui ont alerté le directeur du Mémorial de Caen sur cette réunion de « dangereux fascistes ». J’en ai trouvé un qui s’intitule « Gauche de combat » avec comme sous-titre « Gauchiste et fier de l’être ». Il y en a sans doute d’autres mais je ne les ai pas vus. J’y note la présence de deux personnes qui avaient exigé en février 2016 de Mme Delphine Ernotte (Présidente de France Télévisions) la mise à pied de Mme Samah Soula, présentatrice de l’émission Un Oeil sur la planète, au motif que l’un de ses documentaires consacrés à la Syrie ne leur convenait pas car sa description des atrocités commises par les djihadistes s’analysait à leurs yeux en un soutien implicite au régime de Damas ».

RENE NABAA

La réaction de notre ami et grand journaliste René Nabaa vaut aussi le détour : « Au XXème siècle, à l’époque de la montée du totalitarisme, du fascisme et du nazisme, les États ont failli, en cédant sous la pression de groupuscules minoritaires… Ce n’était pas les fascistes qui avaient fait sombrer la République de Weimar mais le manque de démocrates », disait non sans raison Richard von Weizsäcker, président de la République Fédérale Allemande de 1984 à 1994. Gardons présent à l’esprit cette leçon d’histoire.

Stéphane Grimaldi, le directeur du Mémorial de Caen, paraît un ferme partisan de la liberté d’expression, mais à l’épreuve des faits ce bureaucrate s’est révélé, sinon un homme sans vertébration intellectuelle, à tout le moins sans consistance morale. Un démagogue bas de gamme : Charlie à Paris, Charlot à Caen et parfait zozo for ever, au vu des péripéties qui ont émaillé sa dernière prestation administrative.

Se drapant de l’autorité que lui confère sa fonction de serviteur d’un majestueux monument, le Mémorial de Caen, cet ancien directeur de la communication de la Mairie de Bordeaux, ancien administrateur de l’office des investissements internationaux, notamment pétromonarchies, s’est imaginé en auguste personnage bravant l’infâme. Un chevalier blanc terrassant l’ignominie, grisé par la tentation de son « quart d’heure de célébrité médiatique », chère à Andy Warhol. Ah les ravages des frustrations des bureaucrates anonymes et sans relief.

Confondant sans doute sa mission et sa dimension, ce scribe – un serviteur, non un régent, un simple exécutant, non un prescripteur – prétendument incommodé par les gazouillis d’un groupe frelon protestataire a décrété l’annulation d’un colloque prévu le 26 novembre 2016 au Mémorial de Caen, sans le moindre égard pour le maître des lieux : le Maire de Caen. Sans égard pour un aréopage constitué de grands serviteurs de l’État: Véronique Bouté, cancérologue de renom, présidente de l’Université pour la Méditerranée, Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France au Soudan et en Mauritanie, ancien président de l’Office de protection des réfugiés et des apatrides, Alain Chouet, ancien haut fonctionnaire de la DGSE en charge du monde arabe musulman, Alain Corvez, officier de marine du cadre de réserve, Richard Labévière, ancien Rédacteur en chef de la revue Défense, le vecteur médiatique de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (IHEDN) et auteur de plusieurs ouvrages sur le terrorisme et son financement dont Les dollars de la terreur – Les États-Unis et les islamistes, paru aux Éditions Grasset en 1998.

Un colloque organisé sous le parrainage notamment de l’Université pour la Méditerranée et du mensuel Afrique-Asie, fondé par Simon Malley, compagnon de route des guerres de libération nationale du Tiers Monde, dont le propre fils Robert Malley est le conseiller du président américain Barack Obama pour le Moyen Orient.

Du beau monde en somme. De grands serviteurs de l’Etat apparent et de l’Etat profond, non des soudoyeurs et des soudards du « tueur d’enfants Bachar Al Assad », qui seraient cimentés, de surcroît, par leur attachement commun à une déologie d’extrême droite…

Le signataire de ce texte a figuré dans ce lot, alors qu’en quarante ans de carrière dans les grandes entreprises de la presse française, il passait, de l’aveu même de sa hiérarchie administrative, pour être un « incontrôlable », expression qui signifie dans le jargon professionnel, un être qui exerce un journalisme d’impertinence et d’irrévérence et non un journalisme de déférence et de connivence, comme ont tendance à l’être ses détracteurs.

D’origine libanaise, d’une famille chrétienne, natif du Sénégal, pays de l’Afrique noire francophone, majoritairement musulman, cette naissance a signé sa culture de base, une culture de métissage culturel et de brassage humain, où se conjuguent, Islam et Chrétienté, bi-culturalisme franco-arabe, sur fond de rapport colonial entre oppresseurs et opprimés, entre exploiteurs et exploités. La matrice de sa structuration intellectuelle et morale.

D’un ancrage solide à gauche, nullement adossé à la moindre structure pour sa subsistance matérielle ou sa substance intellectuelle – contrairement à ses détracteurs -, l’auteur est animé de la ferme conviction que les Arabes n’ont pas vocation à être d’éternels harkis, ni à configurer leur pensée en fonction des besoins stratégiques de leurs prescripteurs occidentaux. Son combat est mené, simultanément, contre les tyrans arabes ou non arabes et contre la tyrannie de la pensée occidentale. Ses amis sont ses amis, ses ennemis des ennemis qu’il combat comme tels, mais en aucun cas les amis de ses ennemis peuvent espérer devenir ses amis. Un combat dans la clarté. Front contre Front. Bloc contre Bloc. Stéphane Grimaldi a été notifié de la tenue du colloque le 26 septembre, soit deux mois avant sa tenue. Le déclic salvateur lui est parvenu, assure-t-il, sous la forme d’une salve de tweet provenant d’une meute haineuse des intellectoïdales.

Bien connue de la blogosphère nauséabonde, cette meute répond aux noms des habituels abonnés toxiques aux protestations sélectives, dont voici la liste sur ce lien: http://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/polemique-caen-le-colloque-sur-la-syrie-derange-le-memorial-4611267

Nicolas Hénin, ancien otage en Syrie et générateur involontaire d’un flux financier de 16 millions d’euros au djihadisme terroriste, la rançon payée à ses geôliers, Jabhat al Nosra, le commanditaire du carnage de Charlie Hebdo, le ravisseur des 17 religieuses de la bourgade chrétienne de Maaloula (Syrie). La rançon fixée à 20 milllions pour Hénin et ses trois journalistes compagnons d’infortune, a été réduite de 4 millions à titre de bonus pour la politique menée par le plus célèbre ronfleur des forums internationaux, Laurent Fabius, qui leur avait décerné auparavant un brevet d’honorabilité.

Le « forfait » a été obtenu en vertu d’une transaction menée par les services de renseignements turcs avec le Qatar, avec la caution de la France. Un forfait apparu rétrospectivement comme une forfaiture abominable, qu’aucun des participants au colloque de Caen ne s’est jamais hasardé à commettre à l’égard de sa patrie.

Dans sa rage hennissante, Nicolas Hénin a toutefois omis de signaler que sa captivité a fait l’effet d’un jackpot. Ré-animateur du blog « un oeil borgne sur la Syrie du Journal Le Monde, propriété du trio millardaire BNP (Bergé, Niel Pigasse), il est de surcroît commentateur sur BFM-TV, salarié du groupe de presse de Patrick Drahi, le milliardaire franco-israélien. En la matière on aurait rêvé meilleure posture morale de la part d’un allié objectif volens nolens du terrorisme djihadiste.

Nicolas Tenzer, l’autre indigné de service, n’est que le passeur de plats de Bernard-Henri Lévy, le philosophe du botulisme, le naufrageur de la Libye et de la Syrie, en droite ligne des objectifs globaux de la stratégie israélienne, responsable, à ce titre, au premier chef du flux migratoire qui a déferlé depuis la rive sud de la Méditerranée sur la France, mettant en péril la blancheur immaculée de sa population. Le troisième ange exterminateur n’est autre que l’ultra faucon Bruno Tertrais, professeur des relations internationales à l’Université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, une institution dont le papa de Nicolas Hénin était le président. Ah les ravages de l’entre soi égotique du parisianisme calfeutré !

Une conjuration de cloportes, chassant en meute depuis le début de la guerre de destruction de la Syrie avec pour grand gourou François Burgat/Burqa, « l’idiot utile » du djihadisme erratique et bénéficiaire à ce titre d’une subvention de deux millions d’euros du Conseil Européen des Relations extérieures. Secondé par le colonel Salafi, alias Romain Caillet, Fiché S mais néanmoins boursier de l’Etat français, ainsi que la cohorte des suffragettes de la contre révolution syrienne, dont l’une, – fâcheuse coïncidence -, Hala Kodmani, est également salariée du milliardaire franco israélien Patrick Drahi, en sa qualité de graphomane au journal Libération.

Enfin dernier et non le moindre des imprécateurs n’est autre que Ziad Majed, le dernier chouchou de l’intelligentsia parisienne, qui s’étrangle de rage devant la « République monarchique » constituée par le clan Assad en Syrie, – éminemment critiquable -, mais lourdement taiseux sur les dynasties africaines: Laurent et Joseph Kabila au Congo Kinshasa, Omar et Ali Bongo au Gabon, Gnassingbé et Faure Eyadema au Togo, sans doute en raison de leur rôle de pourvoyeur de djmebés et de mallettes de la classe politico médiatique française. La dernière coqueluche à la mode des plateaux de télévision est un parfait représentant de la gauche mutante libanaise dont le plus illustre exemple n’est autre que Samir Kassir, ancien compagnon de route communiste syro palestinien de la Révolution Palestinienne reconverti en fer de lance de l’invasion américaine de l’Irak (2003) ; un reniement que ce «martyr de la presse» a sans doute payé de sa vie.

En s’érigeant ainsi en gardien de la vertu républicaine, le charlot de Caen a fourvoyé sa fonction, disqualifiant par la même sa mission de gardien du temple. Frappé d’indignité dans sa personne et dans sa fonction. Ne ultra sutor crepidam : « que le cordonnier ne juge pas au-delà de la chaussure ». «Apelle, le plus illustre des peintres grecs (IVe siècle av. J.-C.) vécut à la cour d’Alexandre le Grand, dont il fit le portrait. Il se signala par le charme souverain de ses figures, rehaussées d’un brillant coloris. Apelle, loin de s’offenser des critiques, les provoquait pour en faire son profit. On rapporte qu’il exposait quelquefois ses tableaux en public, et qu’il se cachait derrière la toile pour entendre les réflexions de chacun. Un jour, un cordonnier trouva à redire à la sandale d’un personnage. Apelle corrigea le défaut. Le lendemain, le même ouvrier s’avisa d’étendre ses critiques à d’autres parties du tableau. L’artiste sortit aussitôt de sa cachette et lui dit : « cordonnier, tiens-t’en à la chaussure ». De là est venu ce proverbe : ne sutor ultra crepidam. Stéphane Grimaldi : Tenez-vous à la chaussure. Ne dépassez pas votre seuil d’incompétence, immense, de crainte de sombrer dans le ridicule : Charlot de Caen. Zozo for ever. Et risée planétaire pour l’éternité ».

MICHEL RAIMBAUD ET ALEXIS CHEBIS

Enfin, nous laissons conclure Michel Raimbaud et Anas Alexis Chebis conclure : « Liberté, liberté chérie… Nul ne pouvait penser que le colloque du 26 novembre organisé au Mémorial de Caen par le Collectif pour la Syrie pourrait passer inaperçu, la guerre de Syrie et ses enjeux étant un sujet ultra-sensible qui exacerbe les passions, mais qui n’a jamais été présenté au public comme il conviendrait dans un Etat démocratique.

Voilà en effet près de six ans que nous entendons une seule version des faits, et ce monolithisme, quasiment sans précédent dans l’histoire contemporaine de notre pays, est déplorable et inadmissible. Il en dit long sur la déliquescence intellectuelle et morale de nos « élites ». La pensée unique n’est jamais bon signe, encore moins si elle se greffe sur un récit simplificateur, désinformateur et menteur.

Il ne s’agit pas de faire de la propagande, mais de proposer une lecture différente, et en tout cas de présenter une vision plus équitable et plus équilibrée des faits et des réalités. Le Colloque de Caen a été annulé sous l’effet de pressions qui ne visaient qu’à déconsidérer, selon une méthode bien connue, les organisateurs et les intervenants en mettant en cause leur « moralité » ou leur « rigueur scientifique ». Pourtant, s’il y avait vraiment des gages à demander quelque part, c’était plutôt aux « révolutionnaires offshore » syriens qui hantent les palaces et les palais nationaux ainsi qu’aux allumeurs des réseaux sociaux, experts en la matière. Il est vrai que nos censeurs ont un culot assez phénoménal et qu’ils ne brillent pas par leur tolérance. Ils aspirent à diriger la Syrie, mais ils censurent, ils menacent déjà. Qui aimerait être gouverné par de tels révolutionnaires, même affublés du qualificatif de modérés, à part leurs sponsors, qui ont du mal à faire la part des choses entre les effusions et les explosions. Il aura suffi d’un seul colloque (qui n’avait d’ailleurs pas encore eu lieu) sur les centaines qui ont anesthésié et intoxiqué l’opinion française pour faire sortir de leurs gonds, à en perdre la raison, les « démocrates » et leurs protecteurs.

« On ne pouvait pas (paraît-il) laisser les clés du Mémorial à un colloque suspecté de défendre les positions de Bachar Al Assad, lequel depuis 2011 conduit une guerre infâme », mais la décision (du Mémorial) d’annuler le colloque revient à donner aux lobbies bien connus la faculté de pouvoir, au choix, verrouiller ou ouvrir les portes…

La politique française, bien qu’elle se veuille décomplexée, n’est pas au-dessus de tout soupçon et il ne semble pas immoral de la remettre en question : l’acharnement à détruire un Etat souverain avec lequel aucune guerre n’a été déclarée, à saper toutes les chances de règlement politique, à bafouer toutes les règles du droit international et la légalité onusienne, est contraire à la tradition de notre pays : c’est sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité qui assure à la France une bonne partie de son rang . Ne serions-nous pas en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis ?

La Syrie est déjà en partie détruite et les Syriens se sentent oubliés, seuls avec leur malheur, d’autant plus grand qu’il est occulté en Occident et dans ceux des pays musulmans qui ont pris fait et cause pour la « révolution » dont se réclame l’opposition armée. A Paris, on préfère en rester à des obsessions qui ne sont plus à l’ordre du jour et à des nostalgies de contrats qui ne seront jamais honorés. Ce n’est ni honorable, ni raisonnable.

La vérité est limpide et il suffirait de regarder pour voir, d’écouter les témoignages pour comprendre et de prêter attention au flot grandissant des voix qui contestent la vision truquée que l’on nous inflige en toute circonstance. Au pays de la raison, il n’en est rien. Oui, sur ce point, on peut bien parler de « l’exception française », et elle n’est pas glorieuse car, à la coupe du monde diplomatique, nous sommes d’ores et déjà hors-jeu ou sur le banc de touche, et nos protégés « révolutionnaires » avec.

Nombreux sont les Français qui rêvent du jour où se lèvera une équipe de visionnaires hardis, capable d’accompagner l’émergence d’un nouvel équilibre mondial et de redonner à leur pays, celui des Lumières, la place qu’il a hélas perdue dans le concert international. La France doit retrouver au plus vite sa liberté de décision et ne plus laisser des « alliés » qui ne nous veulent pas de bien, des « amis » de circonstance ou des groupes de pression divers décider de son destin. Les Français doivent tout simplement recouvrer la liberté, celle de s’exprimer en premier lieu. Assez de censeurs, de maîtres chanteurs, de gourous, de terroristes intellectuels : ils n’ont pas leur place au pays de la raison et la liberté ».

Nous rentrons d’Alger où nous avons participé au 21ème Salon international du livre (SILA). Cette manifestation populaire qui a vu la fréquentation de plus d’un million et demi de visiteurs reste incroyable par la variété de ses exposants et de ses dizaines de conférences et débats sur les sujets nationaux et internationaux les plus sensibles. Croisements multiples et baroques de moustachus, de barbus, de mini-jupes et de hijabs, d’Africains du Nord, du Sud, de l’Est, du Centre et de l’Ouest, d’Européens de toutes nationalités et notamment française, ce SILA s’est imposé, depuis de nombreuses années déjà, comme l’un des théâtres mondiaux de la liberté de penser, d’imprimer et de diffuser, de la liberté tout court !

Une évidence aujourd’hui : la liberté d’expression est plus grande à Alger qu’à Paris. Nous l’écrivons et le proclamons depuis Genève, refuge de Jean-Jacques Rousseau et de tant d’autres. La semaine prochaine – et toujours des rives du lac Léman -, nous reviendrons sur les situations militaires d’Alep et de Raqqa. Bonne semaine quant même !

Richard Labévière

source: http://prochetmoyen-orient.ch/censure-francaise-je-suis-memorial-de-caen/


 
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