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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la guerre en syrie - depuis le 20 aout 2013 tag

Syrie : « L’option B du gouvernement américain est une option bidon » par Bassam Tahhan

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #La Turquie, #La Russie, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Syrie : « L’option B du gouvernement américain
est une option bidon »
par Bassam Tahhan

vendredi 26 février 2016, par Comité Valmy

Une femme kurde essaye de trouver ses proches suite à une bataille entre Daesh et les Peshmergas kurdes

Syrie : « L’option B du gouvernement américain
est une option bidon »

Comment le cessez-le-feu va-t-il fonctionner en Syrie ? Est-ce que la partition du pays est probable si l’on en croit le plan B américain ? Le géopolitologue franco-syrien Bassam Tahhan répond.

RT France : Toutes les conditions sont-elles réunies pour un cessez-le-feu en Syrie ?

Bassam Tahhan : Pour un véritable cessez-le-feu il faudrait d’abord que les Russes et les Américains se mettent d’accord sur une chose bien claire, c’est-à-dire que chacun campe sur ses positions sur le terrain. Il y a une chose qui n’a pas été relayée par les médias : au Nord-Est de la Syrie, les Américains ont aménagé près des champs pétrolifères syriens un petit aéroport. Ils l’ont élargi pour qu’il puisse accueillir des avions de combat. On peut donc supposer que, si les Américains entendent monter une base aérienne et militaire près des champs pétroliers, c’est sans doute en perspective du cas où les Russes investiraient Raqqa avec l’armée syrienne. Cela serait une victoire symbolique et en même temps très efficace pour le camp russe, l’Iran, l’Hezbollah, la Syrie, pour tout l’axe de résistance anti-américaine dans la région.

 

"Ceux qui parlent de Syrie « utile »,
font vraiment preuve de bêtise"

RT France : Pourquoi parle-t-on d’un cessez-le-feu aujourd’hui ?

B.T. : C’est peut-être pour éviter que Raqqa ne tombe entre les mains de l’armée syrienne et que les forces loyalistes demeurent sur ce qu’on appelle stupidement la Syrie « utile ». Car si l’on suppose que l’armée régulière syrienne et les Russes investissaient Raqqa, Daesh serait terrassé. Car il s’agit là de leur capitale symbolique – je dis bien symbolique, parce qu’aujourd’hui la vraie capitale de Daesh n’est plus Raqqa, mais Mossoul, en Irak.

 

Donc ce cessez-le-feu est beaucoup plus une trêve dans cette guerre – pas froide, mais disons tiède, et qui peut devenir très chaude – entre les deux superpuissances que sont la Russie et les Etats-Unis.

 

Ceux qui parlent de Syrie « utile » font vraiment preuve de bêtise. Parce que la Syrie utile n’est pas uniquement la côte syrienne, c’est aussi les champs de pétrole, les sites archéologiques qui se trouvent actuellement en grande partie derrière les frontières de Daesh, à savoir Palmyre, Sergiopolis dans le désert syrien entre Raqqa et Palmyre... une partie très riche en sites archéologiques. Ceci pour dire que ces analyses de Syrie « utile » sentent un peu le colonialisme, où on parlait toujours d’une partie utile. Cela montre à quel point les médias internationaux connaissent mal la réalité syrienne.

 

"Il serait difficile pour l’OTAN d’aider la Turquie et le royaume saoudien dans une agression contre la Syrie"

RT France : Comment peut-on observer le cessez-le-feu si le Front al-Nosra et Daesh n’en font pas partie ?

B.T. : Cela veut dire que la coalition internationale dirigée par les Américains continuera à fonctionner, tout comme l’alliance de la Russie, de Bagdad et de Damas. Mais il reste un petit problème : ce sont les Nations unies qui doivent proposer une liste d’autres groupes terroristes qui ne sont pas forcément sous l’enseigne du Front al-Nosra ou de Daesh. C’est là où le bât blesse, comme on dit, parce que le royaume saoudien va sûrement dire qu’il s’agit là de rebelles « modérés » – modérés comme les saoudiens, c’est-à-dire des coupeurs des têtes qui paient des milliards pour déstabiliser des pays-frères, musulmans ou arabes. Donc Jaysh al-Islam, l’armée de l’islam, Ansar al-Sham, les Défenseurs du Levant et j’en passe, tous ces gens-là sont bien loin d’être modérés. Mais malgré cela, on a pu remarquer que, dans la délégation de Riyad lors des négociations à Genève, ils figuraient parmi les négociateurs, et en tant que modérés ! Donc je crois que les Russes ont convaincu Bachar el-Assad que, pour le moment, il fallait être un peu plus patient pour libérer tout le territoire syrien, parce que les Russes savent que les Américains sont déjà ancrés à l’Est et qu’il leur serait difficile d’aller bombarder carrément les Américains. Mais, en contrepartie, les Russes ont également pu montrer à Bachar el-Assad que le projet d’envoie de forces turco-saoudiennes au sol est tombé à l’eau, parce qu’ils se feraient massacrer par leur aviation. L’OTAN réfléchirait deux fois plutôt qu’une avant de soutenir une telle entreprise au sol, car dans un tel cas la Turquie serait un pays agresseur. Il serait difficile pour l’OTAN d’aider la Turquie et l’Arabie saoudite dans une agression ouverte, au sol, contre la Syrie, alors, on ferme les yeux sur les bombardements qui viennent de derrière la ligne des frontières turques, frappant les Kurdes.

 

"S’il n’y a pas de trêve, les réfugiés s’accumuleront
et inonderont jour après jour l’Europe"

RT France : A quoi sert donc ce cessez-le-feu ?

B.T. : Cette trêve est d’abord utile au niveau diplomatique, afin de retarder des opérations militaires trop importantes et pour éviter un affrontement entre les Américains et les Russes. On sent que l’Armée syrienne avance jour après jour avec ses alliés, et, dans cette avancée spectaculaire, affaiblit la position de toute la coalition rebelle pour les négociations, car il est clair qu’Alep aujourd’hui est presque entièrement libérée. D’où la nécessité qu’il y ait un équilibre.

L’option B du gouvernement américain est une option bidon. Que peuvent-ils faire ? Ils ne vont pas bombarder le palais d’Assad alors qu’ils savent très bien qu’il y a des S-300 des S-400 et peut-être même des S-500 du côté russe.

 

Donc c’est un peu une sorte de tentative pour calmer le jeu, parce qu’il a eu assez de morts comme ça, et en même temps parce qu’il y a une vraie pression de la part des Européens - car s’il n’y a pas de trêve, les réfugiés s’accumuleront et inonderont jour après jour l’Europe. Et cela devient un vrai problème non pas que pour l’Europe, mais pour le monde entier. Car ils sont des millions, c’est la vague d’immigration la plus importante depuis la Deuxième Guerre mondiale ! Et cela, je crois que plus personne ne l’admet, car cela pose des problèmes à la Turquie, à l’Europe, aux pays arabes, à la Russie, aux Etats-Unis. Cela montre vraiment l’hypocrisie de tous ces pays qui, au début, voulaient les accueillir. On peut dire que le monde occidental, qui a voulu déstabiliser la Syrie et la détruire, selon les dires du general américain Wesley Clark, est en train aujourd’hui de récolter ce qu’il a semé.

 

RT France : Une partition de la Syrie dans de telles conditions profiterait-elle au pays ?

B.T. : La partition de la Syrie, je n’y crois pas. Parce que si vous commencez à découper la Syrie ou n’importe quel pays au monde, il faudra continuer à découper les autres pays voisins. Tous ces pays-là sont sortis de différents accords au début du siècle dernier, le traité de Sèvres, San Remo, Lausanne… A partir de là, on peut commencer à remettre en question la légitimité de tel ou tel royaume, l’application de tel ou tel traité... La Syrie serait le premier domino.

 

Bassam Tahhan
24 février 2016

 

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Les Russes sont rapides par Iisraël Adam Shamir

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #AMERIQUE, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Les Russes sont rapides
par Iisraël Adam Shamir

samedi 27 février 2016, par Comité Valmy

Les deux présidents Assad et Poutine affirment lors d’un contact téléphonique la nécessité de poursuivre la lutte contre “Daech” et “Nosra” Agence SANA - 24 février 2016

Les Russes sont rapides

Autour des stations de métro centrales, à Moscou, on dirait Alep après un raid aérien. Des ruines, des carcasses de bâtiments, des pelleteuses charriant les gravats. Ce n’est pas une attaque terroriste, c’est la démolition programmée de centaines de petites et plus grandes baraques édifiées en dépit des lois d’urbanisme, tout autour des stations de métro dans les années 90, quand la loi était élastique et facile à tourner avec du liquide. La plus grande, la Pyramide, au-dessus de la station Pouchkinskaïa, est tombée cette semaine. Les agents municipaux ont rapidement évacué les décombres, sous le regard incrédule des ex-propriétaires.

 

Ils ont été surpris par l’offensive de la municipalité contre les bidonvilles illégaux ; certains ont continué à faire leurs petites affaires jusqu’à la dernière minute. Ils ont reçu un avis de démolition il y a quelques mois, mais ils ne s’attendaient pas à ce que le décret soit concrètement appliqué. Ils étaient persuadés qu’il serait invalidé à la dernière minute. Ce qui n’a pas eu lieu, et des centaines d’immeubles sont tombés en une nuit.

 

Cruel rappel que les autorités russes peuvent agir, après tant de palabres creuses. Les Russes prennent leur temps pour seller leur monture, mais ensuite ils sont rapides comme la foudre, disait le chancelier Bismarck, citant un proverbe russe (il avait servi à la cour russe et s’y connaissait quelque peu). Bien des gouvernants et rebelles ne prenaient pas au sérieux les avertissements russes, se moquaient de leur lenteur pour les préparatifs, et ont souvent eu l’occasion de le regretter.

 

Les Moscovites étaient enchantés de ces démolitions ; les structures étaient laides et bloquaient l’accès aux métros. Pire, ils rappelaient à tout le monde l’époque d’Eltsine, lorsqu’elles avaient poussé comme des champignons. Dépouillées de ces vestiges, les stations édifiées par les meilleurs architectes de l’ère stalinienne dans un style classique ont retrouvé belle allure.

 

Peu de gens ont réfléchi à une raison supplémentaire, peu connue, pour cette rénovation soudaine. Les stations de métro avaient été doublées pour servir d’abris anti-aériens, pendant la guerre. Les baraques illégales auraient fait obstacle à cet usage. Après la démolition, des centaines de stations de métro ont été habilitées pour abriter la population civile en cas d’attaque.

 

Au même moment, l’armée russe et l’armée de l’air ont entrepris des manœuvres soudaines dans le sud du pays. Les journaux télévisés ont couvert ces exercices avec délectation. La Russie espère encore que la paix prévaudra, mais les dirigeants préfèrent prévoir. Il y a un réel risque de conflagration, à partir de la guerre par procuration qui a lieu en Syrie.

 

La cessation des hostilités

Les Russes ont accepté la proposition russe de cessez-le-feu en Syrie (ou plutôt d’arrêt des hostilités). Ils avaient fait une proposition semblable quelques semaines plus tôt, c’est donc dans la ligne de leur analyse. Ils ont eu de grands succès en Syrie ; ils ont remporté une victoire inattendue et étourdissante avec très peu de pertes.

 

Il s’agit d’une victoire au niveau de l’image autant que sur le plan militaire. La guerre était au point mort, au niveau international, quand la Russie est intervenue. Les US et l’UE ont déclenché une guerre sévère au niveau commercial, financier et diplomatique (ce qu’ils appellent « sanctions ») contre l’Ours ; celui-ci était isolé, à l’Ouest et au Sud. Le rouble s’effondrait, la société faisait grise mine et en voulait à Poutine de sa décision prudente de rester en retrait de la tourmente ukrainienne (se bornant à un soutien très limité aux séparatistes russes) au lieu de s’imposer, alors que la Russie avait été de toute façon condamnée à titre d’agresseur.

 

L’intervention dans la guerre de Syrie avait suscité incrédulité et doutes. L’armée russe pouvait-elle gagner si loin de ses bases ? Leurs avions allaient-il vraiment décoller, et leurs tanks démarrer, ou bien se disloquer en masse, par suite des négligences de l’ère post-soviétique ? Dans le pays comme au-delà, des Cassandres prophétisaient la catastrophe, « le Vietnam », « l’Afghanistan » qui les attendaient, et spéculaient sur le nombre de cercueils à rapatrier. Mais ce ne fut qu’un chemin de roses, les militaires ont fait de superbes performances, avions, missiles et chars ont fait leurs preuves. Le régime de Bachar al Assad a été sauvé, les rebelles battent en retraite. Pour les Russes, la fin des hostilités permettrait la consolidation de leur victoire.

 

Dans chaque guerre, quand un cessez-le-feu est accepté, il y a des voix pour réclamer « la guerre jusqu’à la victoire complète ». Je me souviens, quand j’étais un jeune soldat israélien dans la guerre de 1973, quand Kissinger a imposé le cessez-le-feu, les observateurs militaires étaient indignés de n’être pas autorisés à ratatiner la Troisième Armée égyptienne acculée sur la rive orientale du Canal de Suez. Combien d’entre nous auraient été tués si cette attaque avait eu lieu ?

 

La guerre de Syrie n’est pas une exception. L’armée syrienne est au bord d’une victoire retentissante, d’après les experts militaires belliqueux ; les rebelles sont encerclés à Alep, leur accès vital à la Turquie a été coupé, c’est le moment d’en finir avec la menace et de débarrasser la Syrie des djihadistes. Mais l’élimination des poches ennemies peut être une opération très coûteuse en termes de vies humaines, surtout s’agissant d’un ennemi fanatique et solide dans ses retranchements. Les terribles attentats-suicide à Damas et à Homs ont prouvé que les rebelles sont aussi meurtriers que leurs prédécesseurs, la secte des Assassins. Seuls les Mongols de Genghis Khan avaient réussi à en venir à bout. Les Russes ont préféré négocier et envisager un gouvernement de coalition qui inclurait certains rebelles modérés, élargissant de la sorte le soutien à Assad.

 

Les derniers jours avant le cessez-le-feu vont permettre à l’armée d’Assad de gagner du terrain dans la région d’Alep et de se retourner contre le front sud. Je m’attends à la reprise de Palmyre dans les prochains jours, prenez-le comme un tuyau que je vous donne.

 

Pourtant, le cessez-le-feu s’est avéré être un but fuyant, dans cette étape. Les rebelles ont accepté avec hésitation une « cessation des hostilités », mais avec tant de pré-conditions que cela n’a plus de sens. Les forces gouvernementales n’avaient pas envie de déposer les armes non plus, tant que le vent de la victoire soufflait dans leurs voiles. Les Russes n’ont pas l’intention d’arrêter les opérations contre les « terroristes » ; les US étaient bien d’accord, mais qui sont les « terroristes » et qui sont les « modérés », voilà ce qu’il va falloir trancher dans les négociations.

 

Le Conseil de Sécurité de l’Onu déclaré Daech et al Nosra (la branche syrienne d’al Quaida) « terroristes », mais ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Il y a des centaines de petites organisations qui leur sont affiliées, depuis les Brigades Abdullah Azzam jusqu’à Jamaat Abu Banat (qui « opère dans les faubourgs des villes syriennes d’Alep et d’Idlib, rackettant et enlevant contre rançon, avec exécutions publiques des habitants syriens », selon la liste de terroristes de l’Onu. Va-t-il falloir les protéger au titre du cessez-le-feu ?

 

Les rebelles « modérés » (soutenus par les Saoud) répondent oui. Ils veulent inclure les affiliés à Al Nosra dans les accords de cessez-le-feu, car sans al Nosra, ils seraient perdus. Ceci est inacceptable pour le gouvernement syrien et pour ses alliés russes. A reculons, les Américains ont essayé d’inclure al Nosra dans le schéma, au moins à Alep. On aura bientôt la solution du casse-tête, si elle existe.

 

Le nettoyage des accès au métro à Moscou avait plus à voir avec un danger de guerre avec la Turquie. La Turquie est entrée en guerre, volontairement de façon limitée, en bombardant les Kurdes syriens. Les Russes se sont préparés à une confrontation armée avec la Turquie, mais seulement comme riposte dans le cas d’une invasion turque à grande échelle. Cette préparation militaire (qui inclut le transport d’armes lourdes, par voie aérienne, vers la base aérienne russe en Arménie) et la déclaration de l’Otan (qui dit que l’Otan ne suivra pas la Turquie si elle ouvre les hostilités) a aidé à affaiblir la détermination turque. Les Russes se sont adressés au Conseil de Sécurité pour demander la condamnation de la Turquie ; mais il s’agit d’une déclaration, et non pas d’une résolution, comme le voulaient les Russes.

 

Cela a quand même refroidi les Turcs quelque peu, et il semble que leur envie d’envahir et de s’installer à Alep se soit évanouie. Les troupes saoudiennes ne se sont pas encore matérialisées, comme je l’annonçais dans mon article précédent.

 

La guerre de Syrie est donc loin d’être finie, mais il y a de bonnes chances qu’au premier mars, des accords de cessez-le-feu se concrétisent. Si les rebelles saisissent l’occasion et entreprennent des négociations sérieuses pour un gouvernement de coalition, la paix est possible. S’ils arrivent à Genève avec leur vieux mantra « Assad doit partir », ils auront raté l’occasion. Même si (ce qui est très improbable) la Russie acceptait de sacrifier Assad pour la paix, elle n’en aurait pas les moyens. Assad est quelqu’un de solide et un dirigeant qui a un pouvoir réel. La Russie ne pourra pas le déposer. Assad est incontournable, qu’on le veuille ou non. A mon avis, c’est un bon dirigeant dans le présent contexte.

 

Il y a deux changements importants : une vision plus réaliste du conflit syrien s’est frayé un chemin dans les médias mainstream américains. La publication de deux articles de Stephen Kinzer dans le Boston Globe, « Sur la Syrie, merci la Russie » et « En Syrie les médias nous égarent », premier évènement révolutionnaire d’envergure. Pour la première fois dans l’histoire, le lecteur des journaux américains a pu lire que « depuis trois ans, des militants violents règnent sur Alep. Leur gouvernement a commencé par une vague de répression. Ils ont affiché des avertissements aux résidents : ‘n’envoyez pas vos enfants à l’école. Si vous le faites, nous garderons les cartables et vous reprendrez les cadavres’. Ensuite ils ont détruit les usines, espérant que les ouvriers au chômage seraient bien obligés de s’enrôler. Ils ont emporté en camion les équipements pillés vers la Turquie, pour les vendre. » Kinzer est arrivé à la conclusion : « Nous aurions été une nation plus sûre, et aurions contribué à un monde plus stable, si nous avions suivi la politique étrangère russe d’autrefois », référence à l Afghanistan, l’Irak et la Syrie. Certes le monde serait différent. Souhaitons que l’on puisse bientôt relier ces publications au nouveau style américain qui s’est fait jour lors des primaires en faveur de Trump et de Sanders.

 

Le second changement d’envergure est la position claire d’Israël contre le cessez-le-feu, contre Assad, en faveur de Daech et d’al Nosra. Pendant longtemps cette position avait été masquée par les observateurs et politiciens israéliens. Israël a beaucoup apprécié que les Arabes s’entretuent. Maintenant que la fin de la guerre approche, Israël donne de la voix. Amos Harel, observateur militaire en vue, avec accès au haut commandement, l’a clarifié : « la guerre en Syrie a largement servi les intérêts israéliens. L’armée syrienne n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était, grâce aux combats en cours. Et le Hezbollah, le principal adversaire d’Israël au nord, perd des douzaines de combattants tous les mois sur le champ de bataille. Israël a souhaité la victoire tranquillement aux deux camps et n’aurait pas été contre la poursuite de l’hécatombe pendant quelques années de plus, sans gagnant clair. » Maintenant, après l’intervention russe, Israël déclare ouvertement qu’une « victoire d’Assad serait funeste pour Israël », et appelle l’Occident a « envoyer une aide militaire réelle pour les rebelles sunnites les moins extrémistes. »

 

Autrement dit, le bon plaisir d’Israël et du lobby israélien aux US est en franche contradiction avec la volonté du peuple, comme l’a dit en toute lucidité Stephen Kinzer. Vous pouvez vous laisser piloter par votre lobby israélien, ou avoir la paix et la sécurité, mais vous ne pouvez pas avoir les deux à la fois, c’est aussi simple que ça.

 

Iisraël Adam Shamir

Pour écrire à l’auteur : israel.shamir@gmail.com

Publication originale sur the Unz Review

Traduction de l’anglais : Maria Poumier

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Semaine 20 de l’intervention russe en Syrie : accord entre les États-Unis et la Russie ? - Un cessez-le-feu et de nouveau une immense victoire pour la Russie The Saker

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

 

Semaine 20 de l’intervention russe en Syrie : accord entre les États-Unis et la Russie ? - Un cessez-le-feu et de nouveau une immense victoire pour la Russie
The Saker

vendredi 26 février 2016, par Comité Valmy

Semaine 20 de l’intervention russe en Syrie :
accord entre les États-Unis et la Russie ?


Un cessez-le-feu et de nouveau une immense victoire pour la Russie


Le récent accord entre les États-Unis et la Russie ne résout rien réellement, il ne met même pas fin à la guerre, et les deux côtés manifestent beaucoup de prudence quant à sa future application. Et pourtant, c’est une immense victoire pour la Russie. Alors qu’il est encore trop tôt pour dire que « les Russes ont gagné en Syrie », je pense qu’il est juste, aujourd’hui, de dire que la position russe sur la Syrie l’a emporté. Voici pourquoi.

 

Premièrement : personne ne suggère plus que Assad sera renversé ou que Damas sera prise. Cela, à son tour, signifie que tout le monde a maintenant reconnu que la République arabe syrienne, soutenue par la Russie, a repoussé avec succès l’agression de l’immense coalition que les Anglosionistes ont construite pour renverser Assad.

 

Deuxièmement : la Russie a forcé le Conseil de Sécurité des Nations Unies et les États-Unis à admettre que l’immense majorité de ceux qui combattent Assad aujourd’hui sont des terroristes. Bien sûr, ce n’est pas de cette manière que cela a été exprimé, mais si vous observez les organisations que le Conseil de Sécurité de l’ONU a déclarées terroristes, alors vous avez déjà une majorité absolue des forces anti-Assad. Cela signifie que la légitimité morale et légale des forces anti-Assad est en lambeaux.

 

Troisièmement : indépendamment de ce que Erdogan cherche à faire, il y a maintenant des signes clairs que ni l’OTAN, ni l’Union européenne ni même le haut commandement militaire turc ne veulent une guerre avec la Russie. Et cela signifie que le jeu de Erdogan n’a pas payé et que toute sa politique syrienne est maintenant complètement morte. Gardez à l’esprit qu’après l’attaque perfide contre le SU-24 russe, le Kremlin s’est donné comme objectif politique de saakachviliser Erdogan. Ce but est presque atteint et l’avenir de Erdogan semble très, très sombre : tout le monde (à l’exception peut-être des Saoudiens) est dégoûté et fatigué de cet obsédé. Ce qui pourrait arriver de mieux à la Turquie aujourd’hui serait que les militaires se débarrassent de Erdogan et le remplacent par quelqu’un qui souhaiterait sincèrement réparer tous les dommages qu’il a causés.

 

Quatrièmement : toutes les menaces d’imposer une zone d’exclusion aérienne ou d’occuper la Syrie ont été annulées par un accord qui déclare fondamentalement que quiconque ne respecte pas le cessez-le-feu est une cible légitime qui peut être combattue et détruite.

 

Cinquièmement : les États-Unis ont dû accepter l’humiliation de devoir acquiescer à toutes les conditions russes à la trêve actuelle. Oui, évidemment, les États-Unis peuvent, et pourront probablement, tenter de renégocier en partie ou en totalité cet accord, mais le précédent a été établi et il sera très difficile, sinon impossible, pour les États-Unis de revenir ouvertement à leurs politiques d’avant 2016.

 

Sixièmement : quelqu’un se souvient-il encore des discours de Hillary Clinton sur la Syrie et la Russie ? Sa position était claire comme de l’eau de roche : Assad doit partir et ceux qui le soutiennent doivent être punis. Même après le commencement de l’offensive militaire russe, les États-Unis ont refusé de dire aux Russes où étaient les bons terroristes et les mauvais terroristes. Aucun échange d’information avec les Russes n’était acceptable. Maintenant, les Américains ont dû accepter de travailler avec les Russes sur une carte de la Syrie indiquant où sont les participants au cessez-le-feu et où sont déployés ceux qui n’y ont pas été inclus. En d’autres termes, les États-Unis devront dorénavant mettre en commun avec la Russie toute l’information qu’ils refusaient auparavant de partager et travailler avec les Russes d’une manière quotidienne.

 

Septièmement : la Russie a essentiellement coopté ce qu’on appelle l’Armée syrienne libre. Comment ? Fondamentalement, en forçant chaque faction en Syrie à choisir entre l’un des deux statuts possibles : être un terroriste (et une cible légitime pour la destruction) ou être un participant à un processus politique entièrement conçu par la Russie. Les Russes sont même en train d’ouvrir un centre de trêve à la base aérienne de Khmeimin, près de Lattaquié, qui prêtera assistance à toutes les parties au cessez-le-feu.

 

Le nouveau visage de la diplomatie russe

Ce qui est, pour le moment, principalement une victoire diplomatique, bien sûr, mais une victoire diplomatique russe, a été rendu possible par une victoire militaire russe. Un minuscule contingent militaire russe a fondamentalement complètement neutralisé les plans de tout un Empire mondial. Cela, en soi, est une réussite extraordinaire.

 

Les autres grands gagnants ici sont, à mon avis, les Kurdes qui, selon des responsables britanniques, semblent être en train de coordonner leurs opérations militaires avec l’Armée syrienne et les Forces aériennes russes, et qui pourraient maintenant réaliser leur rêve de joindre les régions irakienne et syrienne du Kurdistan. Ce qui est à peu près le pire cauchemar pour les Turcs se réalise, d’où le risque persistant d’une opération militaire turque prétendument pour créer une zone tampon, mais en réalité pour sauver la face. Ce type d’intervention restera une possibilité aussi longtemps que les Turcs peuvent continuer à espérer de perpétrer une agression contre leurs voisins sous la protection de l’OTAN et des États-Unis. Et cela ne va pas changer de sitôt.

 

Et puis il y a les Saoudiens. Ils sont très, très en colère. Ils sont furieux au point de proférer des menaces très peu subtiles sur l’usage d’armes nucléaires pour traiter leurs adversaires. Voyez vous-mêmes (vidéo sous-titrée en anglais) :

Effectivement, depuis que le Pakistan s’est doté de La Bombe, je ne voudrais pas écarter toute affirmation saoudienne de posséder un grand nombre d’engins nucléaires. Mais est-ce que ça compte vraiment ?

Pas du tout.

Il est tout à fait possible que les Saoudiens aient le savoir-faire pour manier un engin nucléaire. Et il est tout à fait possible qu’ils aient même mis la main sur suffisamment de matières atomiques pour construire quelques bombes. Ils pourraient même avoir réussi à se procurer quelques engins nucléaires auprès des Pakistanais ou des Israéliens. Mais même si c’est vrai, la réalité est que les Saoudiens n’ont même pas la capacité militaire de s’affronter avec le plus pauvre des pays arabes sur la planète (le Yémen) et qu’ils ne disposent pas de la moindre capacité d’engager leurs engins nucléaires d’une manière qui leur permettrait de d’obtenir un avantage militaire quelconque. Après tout, de quoi parlons-nous ici ? D’utiliser des armes nucléaires contre l’armée syrienne ? Contre l’Iran ? Contre la Russie ? C’est totalement ridicule. La réalité est que quelles que soient les capacités nucléaires que les Saoudiens pourraient avoir ou ne pas avoir, le fait qu’ils fassent des menaces nucléaires n’est qu’un signe de faiblesse et de peur, pas un signe de force. C’est pourquoi personne n’est impressionné par ces déclarations, et les destinataires de celles-ci encore moins.

Bien qu’il soit tout à fait vrai que le dernier accord entre les États-Unis et la Russie ne marque pas la fin de la guerre en Syrie, c’est un tournant, une sorte d’Accord de Minsk 2 que personne ne veut vraiment respecter, mais qui scelle la défaite des plans anglosionistes en Syrie comme Minsk 2 a signifié la défaite du rêve ukronazi.

Le temps est du côté russe et syrien. Chaque jour qui passe, la force d’intervention russe en Syrie deviendra plus puissante, tout comme les Forces armées syriennes. Cela, en soi, ne suffira pas à vaincre Daech, et nous pouvons nous attendre à une forte résistance des fous takfiris, mais le message a été écrit sur le mur en lettres de feu pour que tous le voient : plus les Russes et les Américains s’impliquent ensemble, moins la Turquie et l’Arabie saoudite seront en mesure de déterminer l’issue de la guerre. Autrement dit, alors que c’est loin d’être la fin de Daech, c’est le commencement de la fin pour Daech en Syrie.

De nouveau, il est prouvé que les opposants systématiques et ceux qui haïssent Poutine ont eu tort. Pour être honnête, moi aussi : je n’aurais jamais deviné que les Russes puissent réaliser autant avec si peu et pourtant ils ont remporté ce pari extrêmement dangereux et ils ont gagné. Seule une combinaison suprêmement habile de moyens militaires, économiques, diplomatiques et politiques aurait pu produire un résultat aussi remarquable, mais Poutine, apparemment, a trouvé le parfait dosage. Le chemin à parcourir reste extrêmement dangereux, assurément, mais le résultat des 20 semaines d’intervention russe en Syrie est tout simplement remarquable.

The Saker

Le 24 février 2016 – Source thesaker.is

Article original publié sur The Unz Review

Traduction : le Saker Francophone

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La trêve en Syrie, un piège tendu à la Russie ? par Valentin Vasilescu.

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #La Turquie, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Publié par Jean Lévy

 

La trêve en Syrie, un piège tendu à la Russie ?  par Valentin Vasilescu

COMITE VALMY

La trêve en Syrie, un piège tendu à la Russie ?

Une vieille histoire chinoise raconte qu’un homme devait une grosse somme d’argent à un vieil usurier, et l’homme avait une très belle fille. Le prêteur lui proposa un accord, sous la forme d’un petit jeu, qui lui permettrait d’annuler la dette. Il mettrait deux cailloux, un blanc et un noir dans un sac. Ensuite la fille devrait en piocher un sans regarder. Si elle choisit le caillou noir, elle se marierait avec le prêteur et la dette de son père serait annulée. Si elle choisit le caillou blanc, il n’y aurait pas de mariage et la dette de son père serait annulée. Si elle refuse le jeu et ne choisit aucun caillou dans le sac, son père irait en prison. Tout en parlant, le prêteur avait ramassé sur la route deux cailloux, et la fille observa, du coin de l’œil, qu’ils étaient tous les deux noirs, mais ne dit rien.

 

Que faire ? D’un côté, si elle refuse de choisir l’une des pierres dans le sac, son père serait arrêté. De l’autre, le choix d’un des cailloux équivaut à se sacrifier et se marier avec le vieil usurier. Il y avait bien la possibilité de prendre les deux cailloux et prouver ainsi la tromperie de l’usurier, mais ça n’effaçait pas la dette. Il était clair que le dilemme ne pouvait être résolu de manière équitable. Que fit la fille ? Elle prit un des cailloux dans le sac, mais le fit tomber au sol plein de gravier, parmi les centaines de cailloux de toutes les couleurs qui jonchaient la route, se plaignant de sa maladresse. « Ça ne pose aucun problème », dit la jeune fille. « Il suffit de vérifier de quelle couleur est le caillou qui reste dans le sac. S’il est noir, cela signifie que celui que j’ai fait tomber est blanc ». Le vieil usurier, ne voulant pas exposer sa tromperie, dut s’incliner face à l’intelligence de la jeune fille qui avait renversé une situation qui semblait insoluble.

 

La 555ème Brigade mécanisée de l’armée arabe syrienne a lancé une nouvelle offensive terrestre contre l’Etat islamique le long de la route Salamiyah-Raqqa, avec pour mission immédiate la libération de l’aéroport militaire d’Al-Tabaqah, dans le gouvernorat de Raqqa. Les troupes syriennes sont arrivées à 50 km de Raqqa, la capitale de l’Etat islamique, dont la libération constitue leur mission suivante.

 

Parallèlement à cette offensive, des forces spéciales Cheetah de l’armée arabe syrienne ont libéré la zone autour de la centrale thermique de la ville d’Alep. À la suite de cette opération, l’armée arabe syrienne a encerclé à l’est d’Alep, autour de l’aéroport d’Alep, un groupe de 800 combattants de l’État islamique.

 

Au niveau déclaratif, tous les états membres de la coalition anti-islamique dirigée par les Etats-Unis, se battent contre l’Etat islamique. Dans la pratique, aucun ne le fait. L’État islamique constitue un facteur majeur de déstabilisation du régime de Bachar al-Assad, tandis que pour les Turcs et les Saoudiens, c’est un prétexte pour atteindre d’autres objectifs en Syrie. Ainsi, le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré que les forces PYD représentent « un groupe terroriste qui est une aile du régime syrien, collaborationniste et complice des bombardements russes contre des civils ».

 

C’est la raison pour laquelle l’artillerie automotrice turque a ouvert un feu continu sur des cibles de combattants kurdes autour de la ville d’Azaz, à la frontière Turco-syrienne et sur l’armée arabe syrienne dans le nord de la Syrie, avec pour objectif de venir en aide aux mercenaires terroristes du Front Al Nusra et pour stabiliser la situation dans le nord du gouvernorat d’Alep. Dans le même temps, un corps d’observateurs des droits de l’homme en Syrie, a confirmé qu’au moins 500 terroristes armés, ont traversé la frontière avec l’autorisation et sous le contrôle de la Turquie pour entrer dans la ville syrienne d’Azaz dans le nord du gouvernorat d’Alep. Le 14 février, un autre groupe de 350 terroristes, équipés d’armes lourdes ont traversé la frontière de la Turquie, à destination de Azaz et Tal Rafat.

 

Une situation similaire à notre histoire chinoise du début de l’article existe maintenant en Syrie, où les Etats-Unis et leurs alliés essayent par tous les moyens d’arrêter le bombardement de l’aviation russe. La dernière solution a été d’imposer une trêve qui entrera en vigueur le 27 Février 2016. Il faut rappeler que l’OTAN a imposé une « zone d’exclusion aérienne » en Libye, bombardant les troupes libyennes avec l’aviation et des missiles de croisière, comme le fait la Russie contre les islamistes en Syrie. L’OTAN n’a accepté la conclusion d’un cessez-le feu avec les troupes de Kadhafi qu’après qu’il ait été capturé et tué par les rebelles. De même, pendant cinq ans, quand les islamistes avaient pris l’initiative, les Etats-Unis, la Turquie, l’Arabie Saoudite et leurs alliés, ne voulaient pas entendre parler de cessez-le feu en Syrie.

 

La mise en place d’une trêve, dans les conditions actuelles en Syrie où l’armée arabe syrienne est à l’offensive généralisée, a été réclamée par les États-Unis, la France, l’Angleterre, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar. La Russie est confrontée à des choix similaires à l’histoire chinoise. Si le cessez-le-feu est respecté et que la Russie cesse les vols de bombardement, elle abandonne les objectifs qu’elle s’était fixée en Syrie en laissant le peuple syrien à son sort. Etant donné que les islamistes n’exercent plus aucun contrôle, le seul élément nouveau est que les attaques terroristes avec des voitures piégées et les attentats suicides vont croître de façon exponentielle. Par conséquent, une trêve est juste un piège tendu à la Russie et à l’armée arabe syrienne, tant que les frontières avec la Turquie, la Jordanie et Israël ne sont pas contrôlées par l’armée arabe syrienne. Ce sera juste une pause opérationnelle qui permettra à l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, les commanditaires des mercenaires terroristes en Syrie, de les approvisionner en nouvelles recrues, en armes et munitions, pour passer à l’offensive et reprendre le terrain perdu contre l’armée arabe syrienne.

 

Valentin Vasilescu
24 février 2016

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VIDEO : Mélenchon soutient Poutine pour ce que fait la Russie en Syrie contre Daesh

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #ISIL, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Turquie

23 Février 2016

Publié par Jean Lévy

VIDEO : Mélenchon soutient Poutine pour ce que fait la Russie en Syrie contre Daesh

Il ne l'avait jamais dit aussi directement. Invité de l'émission "On n'est pas couché", samedi 20 février sur France 2, l'eurodéputé Jean-Luc Mélenchon a "félicité" le président russe Vladimir Poutine pour son action en Syrie. A la journaliste Léa Salamé, qui lui demandait s'il était "pour ce que Vladimir Poutine est en train de faire en Syrie", le coprésident du Parti de Gauche a répondu "oui". "Je pense qu'il va régler le problème", a-t-il ajouté.

"Je souhaite que Daech soit frappé à mort"

"Je suis pour que Daech soit vaincu, écrabouillé", a-t-il poursuivi, estimant qu'il n'était "pas vrai" que l'armée russe frappe davantage l'opposition syrienne au régime de Bachar Al-Assad que les positions de Daech. "Ce sont les Russes qui ont coupé les communications qui sortaient le pétrole de Daech pour faire de la contrebande par la Turquie", a insisté Jean-Luc Mélenchon, "félicitant" à ce titre Vladimir Poutine et la Russie.

Et de marteler : "Daech va être étranglé. Et comme c'est Daech qui nous a frappé, je souhaite qu'ils soient frappés à mort". "Je suis pour qu'on revienne à la paix le plus vite possible", a-t-il conclu, appelant à une "coalition militaire internationale [avec la Russie] pour battre Daech".

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Syrie : une course contre la montre décisive ?

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La France, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Daesch, #Terrorisme, #ISIL

Syrie : une course contre la montre décisive ?

Syrie : une course contre la montre décisive ?

Le 23 février 2016

L’heure la plus sombre vient toujours avant l’aube. Simplement, quelle sera donc cette aube ? Terrible à vomir ou rassurante, claire, porteuse d’espoir ? Comme celui qui rit bien est toujours celui qui rit le dernier, il se fait que Fabius est parti alors donc qu’Assad est toujours là où il est. Il se fait que Yann Moix et co continuent à verser dans le ridicule le plus abject en accusant la Russie de bombarder une opposition syrienne armée/modérée alors même qu’Obama avait reconnu – avant de retourner sa veste pour une énième fois – que cette opposition aux vertus tant vantées par l’Occident n’était rien de plus que les filiales d’Al-Qaïda, gentilles en Syrie contre Assad, méchantes en Afghanistan où elles se font récuremment taper après y avoir été formées contre l’URSS. Biden, m’en souvient-il, avait lui aussi confirmé que l’opposition modérée était une chimère.

N’empêche, dès lors que la Russie a proposé un projet de résolution pour la Syrie insistant, primo, sur la non-intervention de puissances étrangères, secundo, sur la nécessité de conserver coûte que coûte la souveraineté du pays, le couple USA/France s’est empressé de la rejeter en tenant Moscou pour responsable de la dégringolade … de l’EI, je présume, quoiqu’il soit question d’ « escalade » lato sensu.

Voici ce qui intrigue :+

  • La résolution russe ne diffère en rien de la Résolution 2254 formulée en décembre 2015. C’est du réchauffé. Il y est entre autres question d’élections anticipées ce qui rend seul valide le choix des Syriens eux-mêmes. Il n’y est pas question d’intervention étrangère non cautionnée par Damas comme le sont les ingérences conjointes turque et saoudienne. Il n’y est pas question d’un groupe de travail pour la Syrie rassemblé par Riyad dont on connaît les véritables ambitions et les nobles méthodes malgré une place d’honneur au Conseil des droits de l’homme ! Si Jayche el-Islam et Ahrar al-Cham sont modérés, je suis la reine d’Angleterre.Il est frappant à quel point est-ce que le conflit OTANO-Salafiste/Syrien à progression sinusoïdale depus cinq ans part en vrille engageant de plus en plus d’acteurs régionaux de taille qui eux n’aspirent pas à une solution diplomatique répondant aux intérêts et du peuple syrien et des Kurdes dont la quasi-totalité a enfin fait un choix d’alliances. Ce dernier fait qui tient lieu d’évidence n’en est pourtant pas une pour une coalition chapeautée par les USA et qui en 18 mois semble avoir bombardé un désert parsemé de fantômes.
  • On s’accorde à dire que l’ennemi numéro 1 c’est Daesh, une synthèse de délinquants libérés par les monarchies du Golfe, d’anciens officiers revanchistes d’Hussein et d’individus adhérant initialement à l’idéologie salafiste. Or, à bien analyser les débats passant sur les grandes chaînes atlantistes, on s’aperçoit que la réalité est différente. On apprend ainsi que la majeure partie des réfugiés syriens fuient non pas la terreur takfirisite mais les frappes russes. On apprend ainsi que sur 8000 sorties aériennes 300 seulement auraient concerné Daesh. Ces chiffres dédaigneux des réalités du terrain font penser à cette autre ineptie de la propagande atlantiste selon laquelle les Syriens fuiraient l’AAS alors que, à l’inverse, on s’aperçoit qu’ils fuient les régions contrôlées par les fameux « modérés » pour se placer sous la protection de l’armée gouvernementale. Sur fond de critiques permanentes des activités russes en Syrie, on se rend compte que Daesh, quoiqu’ingérable depuis quelques temps, n’est pas la bête noire à abattre forcément. Ou alors, même si elle est à abattre, elle l’est en tant qu’Etat en gestation sorti de sous le contrôle comme Al-Qaïda à l’époque ce qui explique la curieuse fidélité des puissances atlantistes aux franges salafistes non moins sulfureuses dans les faits mais dont la réputation médiatique est moins entachée. J’en veux également pour preuve l’interruption des pourparlers, début février, au moment où l’AAS a notablement percé avec l’appui aérien russe. Comme par hasard, alors donc qu’il aurait fallu s’en réjouir et redoubler d’efforts – cette fois en symbiose avec la coalition russo-irano-kurdo-syrienne – Munich ordonne l’arrêt des combats qui n’est cependant pas un cessez-le-feu et qui s’interprète sans équivoque quand on sait que la Turquie a tout intérêt à faire capoter cet accord et prépare, avec les Séoudes, une opération au sol alors donc que Damas ne leur a rien demandé.
  • D’une manière générale, le mainstream occidental carbure aux provocations. Celles-ci sont insensées parce que patentes. Suintant la mauvaise foi, elles concourent à redorer le blason de puissances complices de morts abominables et indénombrables. C’est plus fort que moi, je pense à France 2 qui a fait un sacré travail d’investigation en piquant au ministère de la Défense russe des vidéos montrant les frappes russes contre l’EI et en les faisant passer pour celles de la coalition occidentale. Comme quoi, la guerre des images va aussi loin que le jeu des priorités et des faux-semblants déployé par une coalition anti-souverainiste alliée des pétromonarchies et de la Turquie.

Schématiquement, que peut espérer Ankara et ses soutiens de l’OTAN ? Deux choses.+

  • Premièrement, Ankara rêverait de se faire rosser d’importance par les forces armées russes, de préférence à quelque kilomètres de la frontière syrienne où elle excelle en provocations. C’était déjà très clair lorsqu’Erdogan ordonna la liquidation d’un SU-24 et que la réaction de Moscou – comme d’ailleurs celle des Américains – ne fut pas vraiment celle à laquelle le nouveau Sultan s’attendait. Erdogan peut toujours rêver. Si le Kremlin a déjà su résister à plusieurs tentations fort naturelles, il y résistera cette fois encore. Par contre, s’il arrive que l’ingérence au sol turque – tout comme saoudienne – devienne massive, donc aberrante, il est certain que l’armée russe frappera la Turquie qui d’un pays membre de l’OTAN éventuellement agressé par Moscou sur son territoire souverain se transformera en pays agresseur bon à être réprimé par tous les moyens disponibles. Idem pour le dossier kurde. Est-ce la hasard si une heure à peine après l’attentat à la voiture piégée du 19 février Erdogan désigna immédiatement les coupables … pour qui douterait, le PKK qui certainement a bien des raisons de se venger après le récent massacre par le feu de 150 de ses membres à Cizra mais dont l’implication catégoriquement affirmée avant même que l’enquête ne soit lancée sert tout à fait les ambitions expansionnistes d’Erdogan et consors ? Voilà que nous y sommes.
  • Nous y sommes, en effet, car la reconquête de la Syrie par, si j’ose dire, la majorité légitime syrienne passe actuellement, d’abord, par la reprise intégrale d’Alep et de ses environs, ensuite, par la reprise à la fois stratégique et symbolique de Raqqa. On sait depuis le 11 février que les milices kurdes de Syrie ont arraché aux salafistes la base de Minnigh jouxte Alep. En parallèle, l’AAS avance à grands pas vers Raqqa qui se trouveau nord-est d’Alep et qui côtoie, au niveau d’une autre ville martyre bien connue qu’est Mossoul, l’Irak. Si donc l’armée gouvernementale parvient à reprendre ce point de jonction capital qu’est Raqqa, je ne suis pas sûre que la coalition occidentale apprécierait. En ce sens, sans être toujours approuvés par ses collègues (et précepteurs) de l’OTAN, les caprices et folies apparents d’Erdogan trahissent plus ou moins les états d’esprit de ces derniers. On sait ainsi que les USA sont en train de réanimer l’aérodrome agricole de Tal Hajar situé en plein milieu des champs pétrolifères syriens dans la province orientale d’Hassaké. Laisseront-ils l’AAS remettre la main sur SON pétrole qui est l’une des raisons fondamentales de cette guerre qui est tout ce qu’on veut sauf syro-syrienne ? Bien sûr que non. Ce qui compte pour eux, à l’heure ô combien avancée qu’il est et eu égard à l’avancée spectaculaire de l’armée, c’est de gérer deux axes cruciaux : l’axe Alep-Raqqa et l’axe Hassaké-Raqqa. S’il advient donc que les Américains, appuyés par l’intervention turco-saoudienne, « débarquent » à Raqqa les premiers, la donne se compliquera considérablement. Toutes les conditions seront alors réunies pour la création d’un Sunistan à la frontière irako-syrienne.

D’après une récente analyse de Bassam Tahhan, les USA voudraient entraîner la Russie dans une guerre d’usure. Si je comprends bien, celle-ci serait encore et toujours poussée à intervenir vu ses engagements et intérêts mais elle ne saurait le faire qu’à échelle réduite ce qui revient à la précipiter dans un piège qu’on avait déjà essayé de lui tendre dans le Donbass où elle aurait été amenée à combattre en cas d’intervention, outre l’armée et les milices ukrainiennes, des pays de l’OTAN tels que les Pays Baltes, la Pologne ou la Roumanie. Je vois mal une confrontation directe de la Russie avec les States à Raqqa d’où la nécessité pour l’AAS de mettre le turbo, préférentiellement avant le 27.02, date à laquelle l’accord russo-américain sur la suspension des hostilités entre en vigueur et date au-delà de laquelle il pourrait y avoir de lourdes provocations de la part de la coalition US via son allié turc et ses alliés de salafistes « modérés » éparpillés à travers la Syrie.

Supposer envisageable une guerre d’usure serait supposer que le conflit syrien à tendance mondiale reste contrôlable. Or, il y a trop de protagonistes pour qu’il le soit. Qui plus est, leurs intérêts divergent. Il y a donc urgence à ce que les principaux axes stratégiques de Syrie soient repris par l’armée et que des élections anticipées confirment une fois de plus la légitimité d’Assad.+

Ce qui se joue ces mois-ci est d’une extrême gravité. Si le Pape et le Patriarche se sont décidés à mettre fin à une rupture millénaire et que le primat de l’église syriaque orthodoxe a solennellement demandé aux puissances occidentales d’arrêter d’armer des « terroristes », c’est qu’en plus d’une guerre de pipelines nous voyons, sans précédent, une guerre civilisationnelle alimentée par ceux qui demain pourraient commencer à en payer les frais chez eux.+

Françoise Compoint

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Gregorios III : La colère du patriarche grec-catholique

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #Politique étrangère, #L'OTAN., #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Gregorios III : La colère du patriarche grec-catholique

SB-Gregorios

Ses 82 ans, qu’il a fêté le 13 décembre 2015, ne semblent pas peser sur sa personne. A la résidence de Raboué au Liban, qu’il partage avec son patriarcat à Damas, Grégorios III, Patriarche de l’Église Grecque-catholique (melkite) depuis le 29 novembre 2000, épuise ses collaborateurs. “ Il a trois idées à la minute, et j’ai du mal à le suivre dans les escaliers ”, prévient un prêtre de son entourage, dans le salon d’attente.

Sa Béatitude apparaît enfin au bout d’un long couloir. Le pas est vif, la poignée de main ferme: “Je vous ai fait attendre. Excusez-moi, mais je devais recevoir une délégation de fidèles. “ Nous entrons dans son bureau. Il prend place. Derrière lui, une photo géante de Jérusalem, où il résida durant de nombreuses années. Une première question sur sa Syrie natale, et le Patriarche embraye. Il ne s’arrêtera plus. Sur un ton enflammé, il évoque le martyr de ce pays, où il a vu le jour dans la banlieue de Damas, en 1933. Un flot de paroles ininterrompues, qui expriment la compassion pour ce peuple victime et la colère envers les grandes puissances, qui refusent, selon lui, «  de combattre L’État islamique avec les moyens qu’il faut, renvoyant dos à dos le régime en place et les combattants jihadistes. » …  “ On m’accuse en Occident de soutenir Bachar al Assad, poursuit-il, mais que les donneurs de leçons viennent sur place, pour se rendre compte de la terreur que nous impose les islamistes.

“ Tout le monde nous bombarde ”

SB Gregorios à son bureauJe ne m’angoisse pas seulement pour les chrétiens, mais pour toute la population syrienne. Les bombes tombent de partout. Les Américains, les Russes, les Anglais, les Français, les Turcs, et même Israël nous bombardent, comme ce fut le cas en décembre dernier pour éliminer un membre du Hezbollah, présent à Damas. Tout cela, disent-ils, pour nous débarrasser de Daech, et nous apporter la paix. Mais en attendant cette paix qui ne vient pas, ce sont des civils syriens qui sont tués. Des hommes, des femmes, des enfants qui meurent chaque jour par dizaines …

“ Je ne défends que la Syrie et les Syriens ”

Les grandes puissances nous reprochent de soutenir une dictature, mais ce n’est pas Bachar Al Assad l’ennemi, c’est Daech… Daech et ses légions d’étrangers, des Tchétchènes, des Jordaniens, des Tunisiens, des Saoudiens, et même des Européens qui viennent occuper nos terres. C’est d’eux qu’il faut nous débarrasser.

Le peuple syrien souffre le martyr. Bientôt cinq ans de guerre (*1), et le bilan est lourd : entre 250 000 et 300 000 morts, des milliers de blessés, de déplacés, d’orphelins, et l’Occident discute encore et toujours du départ d’Assad. Mais jamais de celui des terroristes. Ce sont pourtant eux qui chassent les chrétiens de leurs maisons, eux qui égorgent tous les Syriens qui osent les affronter. Combien de temps encore allons-nous devoir vivre sous le joug de ces sanguinaires ?

“ Quel avenir pour les Syriens ? ”

Les jeunes quittent la Syrie, émigrent, 20 000 écoles ont été détruites, ce ne sont pas seulement les hommes et les pierres qui sont pulvérisés mais l’âme de la Syrie. Il n’y a plus de relations humaines entre les hommes. Chacun se méfie de son voisin, de son entourage ; les familles sont disloquées, les hommes sont morts, ou ont émigré. Les femmes et les enfants sont abandonnés, vivent dans des ruines. Tout est disloqué. La Syrie est devenu un champ immense de pauvreté. Les Syriens, chrétiens comme musulmans, n’ont plus de valeurs, plus d’honneur. Ils se volent entre eux, ils se mentent. Avec quoi demain allons nous rebâtir notre pays ? Voilà la question qui me hante. Si les chrétiens sont menacés, l’islam l’est tout autant. Dans la guerre, l’homme vit sans Dieu. Les Syriens pourront-ils encore se regarder encore en face lorsque la guerre sera terminée ?

“ Laissez-nous ! N’intervenez pas !”

SB-Gregorios-à-son-bureauPour les minorités chrétiennes, vivre dans les pays arabes, majoritairement musulmans, n’a jamais été facile. Avec les musulmans, il y a toujours eu des hauts et des bas. Mais nous arrivions à négocier, à parvenir à une entente. Les musulmans dirigeaient, et nous avions nos églises, nos institutions, nos écoles. Avec l’arrivée des Américains en Irak en 2003, venus, eux aussi, apporter “la démocratie”, le sort des chrétiens, considérés par les musulmans comme des alliés des États-Unis, a empiré. Les chrétiens sont chassés de partout. Que l’Occident nous laisse nous arranger entre nous, qu’il laisse les Syriens décider eux-mêmes de leur avenir. N’intervenez pas dans nos affaires. Vos avions et votre diplomatie sont en train de nous détruire.”

“Je dois aider tous les Syriens…”

A Damas, siège de mon patriarcat, j’essaie de maintenir l’espérance. En décembre dernier, L’Unicef m’a alloué une aide annuelle de 50 000 dollars. Avec cette somme, j’ai pu soutenir de nombreuses familles, chrétiennes comme musulmanes. Je dois aider tous les Syriens, peu importe leur religion. Il faut préparer l’après guerre, et retrouver l’envie de reconstruire la Syrie ensemble.

Propos recueillis par Luc Balbont


(*) En Syrie la révolution a commencé le 15 septembre 2011, à Deraa, au sud, et a peu gagné l’ensemble du pays.

Luc Balbont

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Le mensonge, la nausée et les sanctions, par Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #ISIL

Publié par Jean Lévy

 

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi.

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi.

COMITE VALMY

Le mensonge, la nausée et les sanctions

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.
Le départ d’un ministre aussi étranger aux affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.
Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des Etats membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’OTAN sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?

 

Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’Etat profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation.

En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment (protéger les populations civiles de la Jamahiriya libyenne en les bombardant, avant de liquider physiquement Kadhafi – NDLR), vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.
 

En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « A quoi servent les sanctions contre la Syrie ? » Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.

 

Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union Européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue Arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.
 

Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :

 


- 1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union Européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».
Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.

 


- 2/ Le 10 août 2011, le gouvernement américain prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens étatsuniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie. Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union Européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole.
La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.

 


- 3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les Etats-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs Etats de l’Union Européenne rappellent les leurs.
 

Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’UNESCO et qu’il ne peut la contraindre au départ.

 


- 4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…

 

Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de Sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic).

Mais est-ce bien un jeu ?

La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’Etat syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains Etats traînent les pieds au sein de l’Union Européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.

 

Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes.

Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays.

Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

 

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur Etat, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.
Le terrible bilan enregistré en Iraq - un million et demi de morts, dont 500 000 enfants - est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

 

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter…Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix…Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.
Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?

 

La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.

 

Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.

 

Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

 

Le 22 février 2016
Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France

 
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Poutine contre l’Europe, par George Soros

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Ukraine, #le nazisme, #Daesch

Bel exemple de propagande… Il est intéressant de voir ce que ces gens ont dans la tête.

Source : Project Syndicate, George Soros, 10-02-2016

MUNICH – Les dirigeants américains et européens font une grave erreur s’ils croient que Poutine est un allié potentiel dans la lutte contre l’Etat islamique (EI). Les faits le démentent. Poutine veut maintenant encourager la désintégration de l’UE et il considère que le meilleur moyen pour cela est d’inonder l’Europe sous un flot de réfugiés syriens.

Ils ont quand même extraordinaires. L’Occident a décidé de déstabiliser la Syrie pour virer Assad, mais c’est la faute de Poutine si les Syriens fuient maintenant…

Les avions russes ont bombardé la population civile du sud du pays pour contraindre les habitants à fuir vers la Jordanie et le Liban. Quelques 20 000 réfugiés syriens campent aujourd’hui dans le désert dans l’attente d’être admis en Jordanie. Un plus petit nombre attend d’entrer au Liban, mais les deux groupes grossissent de jour en jour.

 

La Russie a également lancé une attaque aérienne de grande envergure contre les civils au nord de la Syrie, ce qui a entraîné la fuite de 70 000 civils vers la Turquie. Cet épisode a été suivi d’une attaque au sol des forces de Bachar Al-Assad, le président syrien, contre Alep (une ville qui comptait 2 millions d’habitants), ce qui pourrait aussi conduire à des départs massifs.

Les réfugiés syriens ne s’arrêteront peut-être pas en Turquie. La chancelière Angela Merkel s’est rendue à Ankara le 9 février pour prendre des décisions d’urgence avec le gouvernement turc afin d’inciter ceux déjà sur place à prolonger leur présence en Turquie. Elle a proposé le transfert de 200 000 à 300 000 réfugiés par voie aérienne en Europe à condition que la Turquie les empêche de rejoindre la Grèce et les réadmette s’ils y réussissaient.

Le président russe est un habile tacticien, mais pas un très bon stratège. Son intervention est une erreur, car elle l’a entraîné dans un conflit avec le président turc Erdogan, contraire à la fois aux intérêts de leurs deux pays.

 Il n’y a aucune raison de croire que Poutine est intervenu en Syrie pour aggraver la crise des réfugiés en Europe. Mais quand il y a vu l’occasion de précipiter la désintégration de l’UE, il n’a pas hésité. Il a camouflé son objectif en parlant de coopération dans la lutte contre un ennemi commune, l’EI. Il a fait la même chose avec l’Ukraine : il a signé l’accord de Minsk, pour ensuite ne pas l’appliquer.

Il est difficile de comprendre pourquoi les dirigeants américains et européens font confiance à Poutine plutôt que de le juger sur ses actes. La seule explication est qu’ils cherchent à rassurer leur opinion publique en affichant un excès d’optimisme. Le fait est que la Russie de Poutine et l’UE sont engagé dans une course contre la montre : la question est de savoir qui va s’effondrer en premier.

Moi je sais, moi je sais, moi, je sais…  :)

Une grande partie de la dette étrangère russe arrivant à maturité en 2017, Poutine sera confronté au risque de faillite, mais on ne peut exclure des troubles politiques avant cette échéance.

La dette de 20 % du PIB ?

La popularité du président russe est encore élevée, mais elle repose sur un contrat social qui suppose que le gouvernement veille à la stabilité financière et assure une augmentation lente mais régulière du niveau de vie. Or le régime est appelé à échouer sur ces deux fronts en raison de la concomitance des sanctions occidentales et de la chute du prix du pétrole.

Le déficit budgétaire de la Russie s’élève à 7% de son PIB et le gouvernement doit le ramener à 3% afin d’éviter une inflation hors contrôle. La sécurité sociale russe est à cours d’argent et pour la sauver, son budget doit être fusionné avec celui consacré aux infrastructures publiques. Tout cela va porter atteinte au niveau de vie et déteindre sur l’opinion des électeurs avant les élections législatives qui auront lieu en automne.

Pour Poutine, le moyen le plus efficace d’éviter l’effondrement est de provoquer auparavant celui de l’UE.

Y-a-t-il un psychiatre parmi vous, amis lecteurs ?

Etant donné les difficultés dans laquelle cette dernière est engluée, elle ne pourra maintenir les sanctions imposées à la Russie après son incursion Ukraine. Sur le plan économique, Poutine sera gagnant s’il parvient à diviser l’Europe en exploitant les intérêts commerciaux et les liens qu’il a soigneusement entretenus avec les partis anti-européens.

Aujourd’hui l’UE est sur la voie de la désintégration. Depuis la crise financière de 2008 et les plans de secours ultérieurs en faveur de la Grèce, elle a appris à se débrouiller tant bien que mal pour passer d’une crise à l’autre sans trop de dommages. Mais elle est confrontée aujourd’hui à 5, voire 6 crises simultanément, ce qui est sans doute trop. Ainsi que Merkel l’a prévu, la crise des réfugiés peut faire éclater l’UE.

Quand un pays ou un ensemble de pays est confronté à un danger mortel, il est préférable pour ses dirigeants de faire face à la réalité, aussi dure soit-elle, plutôt que de l’ignorer. Une course à la survie oppose l’UE à la Russie de Poutine. L’EI constitue une menace tant pour l’une que pour l’autre, mais il ne faut pas la surestimer. Les actes des terroristes jihadistes, aussi terrifiants soient-ils, ne se comparent pas avec la menace russe.

L’EI (et Al Qaïda auparavant) ont identifié le talon d’Achille de la civilisation occidentale – la peur de la mort – et il a appris à l’exploiter. En réveillant l’islamophobie latente de l’Occident et en attisant la méfiance de l’opinion publique et des autorités à l’égard des musulmans, l’Etat islamique espère convaincre les jeunes musulmans qu’il n’y a aucune alternative au terrorisme. Une fois que l’on a compris cette stratégie, l’antidote est simple : ne pas se comporter comme l’ennemi le voudrait.

La menace émanant de la Russie de Poutine sera plus difficile à contrer. Et elle le sera d’autant plus si l’on n’en a pas conscience.

Et encore plus si elle n’existe pas, hein…

(non mais la Russie plus grave menace que Daech, il faut le faire…)

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

Source : Project Syndicate, George Soros, 10-02-2016

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Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie (The Huffington Post)

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch, #ISIL

 
 

Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie (The Huffington Post)

L’article que je vous propose est signé Jeffrey Sachs. Jeffrey Sachs n’est pas exactement n’importe qui : c’est un universitaire de renom qui dirige un institut à la Columbia University (New York) et est consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

Eh bien dans cet article Jeffrey Sachs balance tout sur la Syrie. Dans le meilleur esprit complotiste, il pointe le rôle des services secrets américains dès le début de la crise en Syrie et il souligne l’obstination de la diplomatie américaine, de Hillary Clinton en particulier, à empêcher tout règlement politique qui ne passerait pas par le préalable d’une reddition du président Bachar al-Assad quitte à aggraver et à prolonger l’effusion de sang.

Il est , je pense, une des premières signatures dans la presse grand public américaine à relever le rôle de l’entité sioniste dans la situation en Syrie et le partenariat entre cette même entité et deux puissances régionales qu’il qualifie de "sunnites", la Turquie et l’Arabie Saoudite.

Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie

par Jeffrey Sachs, The Huffington Post (USA) 14 février 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant le débat de Milwaukee [avec Bernie Sanders] , Hillary Clinton s’est flattée de son rôle dans une récente résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU pour un cessez-le-feu en Syrie :

Mais je voudrais ajouter ceci. Vous le savez, le Conseil de Sécurité a finalement adopté une résolution. Au coeur de cette résolution se trouve un accord que j’avais négocié en juin 2012 à Genève qui prônait un cessez-le-feu et la marche vers une solution politique en essayant d’amener les parties prenantes en Syrie à se parler.

C’est là le genre de déclarations compulsivement trompeuses qui rendent Clinton inapte à la fonction présidentielle. Le rôle de Mme Clinton en Syrie a été de contribuer à provoquer et à prolonger le bain de sang en Syrie, pas d’y mettre un terme.

En 2012, Mme Clinton était l’obstacle, pas la solution, à un cessez-e-feu qui était négocié par l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan. C’est l’intransigeance des Etats Unis - l’intrnsigeance de Mme Clinton - qui avait abouti à l’échec des démarches pour la paix de M. Annan au printemps 2012, un fait bien connu des diplomates. En dépit de l’insinuation de Mme Clinton pendant le débat de Milwaukee, il n’y eut (évidemment) pas de cessez-le-feu en 2012, mais seulement une escalade dans le carnage. Mme Clinton porte une lourde responsabilité pour le carnage qui a causé la mort de 250 000 Syriens et en a déplacé plus de dix millions.

Comme tout observateur averti l’a bien compris, la guerre en Syrie n’avait pas tellement rapport avec Bachar al-Assad, ni même avec la Syrie. C’est surtout une guerre par procuration avec l’Iran.Et le bain de sang n’en est que plus tragique et malheureux pour cette raison.

L’Arabie Saoudite et la Turquie, les principales puissances sunnites au Moyen Orient perçoivent l’Iran, la grande puissance chiite, comme un concurrent en termes d’influence et de pouvoir dans la région. La droite israélienne voit l’Iran comme un ennemi implacable qui contrôle le Hezbollah, une organisation militante chiite qui opère au Liban, un Etat limitrophe d’Israël. C’est pourquoi la Turquie l’ Arabie Saoudite et Israël ont tous réclamé l’élimination de l’influende iranienne en Syrie.

Cette idée est d’une naïveté incroyable. L’Iran est présent en tant que puissance régionale depuis longtemps - en fait depuis près de 2700 ans. Et l’Islam chiite ne va pas disparaître comme par enchantement. Il n’ y a aucun moyen, et aucune raison, de "vaincre" l’Iran. Les puissances régionales doivent forger un équilibre géopolitique qui reconnaît les rôles mutuels et d’équilibration des pays arabes du Golfe de l’Iran et de la Turquie. Et la droite israélienne est naïve et profondment ignorante de l’histoire pour regarder l’Iran comme son ennemi implacable, particulièrement quand cette façon de voir erronée pousse Israël à se ranger du côté des djihadistes sunnites.

Pourtant Mme Clinton n’a pas suivi cette voie. Elle a au contraire rejoint l’Arabie Saoudite la Turquie et le droite israélienne pour essayer d’isoler et même de vaincre l’Iran. En 2010, elle avait encouragé des négociations secrètes entre Israël et la Syrie pour essayer de soustraire la Syrie à l’influence de l’Iran. Ces discussions avaient échoué. Alors la CIA et Mme Clinton avaient poussé avec succès en faveur d’un Plan B : renverser Assad.

Quand les troubles du Printemps Arabe ont éclaté début 2011, la CIA et le font anti-iranien constitué par la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël y virent une opportunité pour renverser rapidement Assad et de s’assurer ainsi une victoire géopolitique. Mme Clinton se fit la principale promotrice de l’entreprise menée par la CIA pour un changemet de régime en Syrie.

Début 2011 la Turquie et l’Arabie Saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. Vers le printemps 2011, la CIA et les alliés des États Unis organisaient une insurrection armée contre le régime. Le 18 août 2011, le gouvernement des États Unis rendait publique sa position :"Assad doit partir."

Depuis, et jusqu’au récent et fragile accord de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l’ONU, les États Unis ont refusé d’accepter tout cessez-le-feu tant qu’Assad n’était pas écarté du pouvoir. La politique américaine - sous Clinton et jusqu’à récemment - a été celle du changement de régime d’abord et du cessez-le-feu ensuite. Après tout, ce ne sont que des Syriens qui meurent. Les efforts de paix d’Annan avaient été sabotés par l’exigence inflexible des États Unis pour qu’un changement de régime contrôlé par les USA précède ou au moins accompagne un cessez-le-feu. Comme l’avait observé en août 202 la rédaction de The Nation [hebdomadaire progressiste américain] ::

L’exigence par les États Unis d’un départ d’Assad et de l’imposition de sanctions avant même que débutent des négociations sérieuses, tout comme le refus d’inclure l’Iran dans le processus condamnaient la mission [d’Annan].

Clinton n’a pas été un acteur mineur dans la crise syrienne. Son représentant diplomatique à Benghazi, Chris Stevens, avait été assassiné alors qu’il s’occupait d’une opération de la CIA pour expédier des armes lourdes libyennes en Syrie. Clinton elle-même a été à la pointe de l’organisation des soi-disant "Amis de la Syrie" pour soutenir l’insurrection dirigée par la CIA.

La politique américaine a été un échec massif et terrible. Assad n’est pas parti, et il n’a pas été vaincu. la Russie est venue l’aider, l’Iran est venu l’aider. Les mercenaires envoyés pour le renverser étaient eux-mêmes des djihadistes extrémistes avec leurs propres agendas ? Le chaos a ouvert la voie à l’Etat Islamique, bâti avec des officiers de l’armée irakienne mécontents (exclus de l’armée par les États Unis en 2003) des armes américaines et avec le soutien considérable de fonds saoudiens. Si la vérité devait être entièrement connue, les nombreux scandales associé rivaliseraient certainement avec le Watergate dans leurs ébranlement des fondations de la classe dirigeante des États Unis.

L’arrogance des États Unis dans cette approche semble ne connaître aucune limite. Le procédé du changement de régime fomenté par la CIA est si profondément inscrit comme un instrument "normal" de la politique étrangère américaine qu’elle est à peine remarquée par l’opinion publique ou les médias aux États Unis. Renverser le gouvernement d’un autre pays est contraire à la charte de l’ONU et au droit international. Mais a-t-on besoin de telles subtilités entre amis ?

L’instrument [la déposition d’Assad] de la politique étrangère des États Unis n’a pas été seulement en violation flagrante du droit international mais a aussi été un échec massif et répété. Au lieu d’un coup d’état rapide et décisif pour résoudre un problème de politique étrangère, chaque changement de régime ourdi par la CIA a été, presque inévitablement, le prélude à un bain de sang. Comment pouvait-il en être autrement ? Les autres sociétés n’aiment pas que leur pays soit manipulé par des opérations secrètes des États Unis.

Écarter un dirigeant, même quand l’opération est un "succès" ne résout aucun des problèmes géopolitiques sous-jacents, et encore moins les problèmes de nature écologique, sociale ou économique. Un coup d’état invite à la guerre civile, du genre de celles qui secouent aujourd’hui l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. Il invite une réaction internationale hostile, comme celle de la Russie en appui à son allié syrien pour faire face aux opérations dirigées par la CIA. Nous en sommes au point où la somme des malheurs causés par es opérations secrètes de la CIA peut littéralement remplir des volumes. Sera-t-on dès lors surpris de voir Mme Clinton reconnaître en Henry Kissinger un mentor et un guide ?

Et où en sont les médias de l’establishment dans cette débâcle ? Le New York Times a fini par parler d’une partie de cette histoire le mois dernier en présentant la connexion entre la CIA et l’Arabie Saoudite, dans laquelle l’argent saoudien sert à payer les opérations de la CIA afin de contourner le Congrès et le peuple américain. Après cette première publication, il n’y a pas eu de suite. Pourtant le financement saoudien d’opérations de la CIA est fondamentalement le même procédé que celui utilisé par Ronald Reagan et Peter North dans le scandale Iran-Contra des années 1980 (avec des ventes d’armes à l’Iran utilisées pour financer des opérations secrètes de la CIA en Amérique Centrale sans le consentement ou la supervision du peuple américain).

Mme Clinton elle-même n’a jamais montré la moindre réserve ou le moindre scrupule à mettre en oeuvre cet instrument de la politique étrangère américaine. A son actif en matière de soutien enthousiaste à des changements de régime sous l’impulsion des Etats Unis, on inclura (liste non exhaustive) le bombardement de Belgrade en 1999 l’invasion de l’Afghanistan en 2001 la guerre contre l’Irak en 2003, le coup de force au Honduras en 2009, l’assassinat du Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l’insurrection contre Assad coordonnée par la CIA de 2011 à ce jour.

Libye octobre 2011 -Pour une Hillary Clinton radieuse, c’est comme si Mouammar Kadhafi était déjà mort

Il faut un grand leadership présidentiel pour résister aux malheureuses aventures de la CIA. Les présidents finissent par s’entendre avec les entreprises du secteur de la défense, les généraux et les cadres de la CIA. Ils se protègent ainsi des attaques venues de la droite extrémiste dure. Ils réussissent en exaltant la puissance militaire des États Unis, pas en la contenant. Beaucoup d’historiens pensent que JFK [John Fitzgerald Kennedy] a été assassiné suite à ses ouvertures de paix en direction de l’Union Soviétique des ouvertures qu’il avait faites contre les objections d’une opposition de droite tenante d’une ligne dure au sein de la CIA et d’autres secteurs de l’appareil d’état américain.

Hillary Clinton n’a jamais fait montre d’un iota de courage, ou même de compréhension , dans la confrontation avec la CIA. Elle a été un inlassable partisan de la CIA et jubilait à montrer sa fermeté en soutenant chacune de ses opérations malavisées. Les échecs sont bien sûr constamment dissimulés à notre vue. Clinton est un danger pour la paix mondiale. Elle doit répondre de beaucoup de choses en ce qui concerne le désastre en Syrie.

Jeffrey Sachs

Jeffrey Sachs est le Directeur de l’Earth Institute (Institut de la Terre) à la Columbia University

http://www.huffingtonpost.com/jeffrey-sachs/hillary-clinton-and-the-s_...

»» http://dzmounadill.blogspot.fr/2016/02/syrie-jeffrey-sachs-balance-tout-ou.html
 
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