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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la guerre en syrie - depuis le 20 aout 2013 tag

Les Kurdes - Daech, même combat ? (vidéo) Chris den Hond, INfocus

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch, #La France, #l'immigration

 

11 mars 2016

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"Pour l'Etat turc, le "danger" kurde est toujours plus important que le danger de Daech." Dans ce reportage éclairant, le documentariste Chris den Hond et l'équipe d'InFocus, vont à la rencontre des progressistes kurdes persécutés avec acharnement par le gouvernement d'Erdogan.

Production : Johnny Miller

Cameraman : Chris Den Hond

Traduction : Berivan Akyol

Traduit de l’anglais par Lucas Courtin

Sous-titres : Ronan Dereuder pour Investig’Action

Source : Chris den Hond / INfocus © Tous droits réservés

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur

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“Le pire ministre des Affaires étrangères a déguerpi” : hommage de l’Ambassadeur Michel Raimbaud à Laurent Fabius

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

« Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices », écrit cet éminent diplomate élevé dans la haute tradition gaulliste. Bien avant le départ de Fabius, Michel Raimbaud disait tout haut ce que les anciens du Quai d’Orsay pensaient tout bas. Sa remarquable rétrospective démontre comment, dans l’affaire syrienne, la diplomatie et la presse françaises ont été au service de la propagande anglo-américaine et comment le gouvernement français s’est mis du mauvais côté de l’Histoire. Michel Raimbaud est l’auteur de “Tempête sur le Grand Moyen-Orient”, publié aux éditions Ellipses en 2015.

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre “Tempête sur le Grad Moyen-Orient”, édition Ellipses, 2015.

Le pire ministre des Affaires étrangères jamais offert à la France [Laurent Fabius] a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.

Si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins

Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.

Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des États membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’Otan sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?

Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’État profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment, vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.

En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « À quoi servent les sanctions contre la Syrie ?» Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al-Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.
Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.

Traitement de choc infligé à la Syrie

Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :

1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».

Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.

2/ Le 10 août 2011, le gouvernement US prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens états-uniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie.

Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole. La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.

3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les États-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs États de l’Union européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’Unesco et qu’il ne peut la contraindre au départ.

4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…

Les parrains des terroristes

Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’État syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains États traînent les pieds au sein de l’Union européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.

Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur État, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.

Des sanctions pour mater un peuple résistant

Le terrible bilan enregistré en Iraq —un million et demi de morts, dont 500 000 enfants— est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter… Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix… Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.

Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?

Maintenant, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates

La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.

Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.

Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

Michel Raimbaud, article initialement publié sous le titre de « Le mensonge, la nausée et les sanctions ». M.Raimbaud est l’ancien Ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe. Ancien directeur de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS).

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

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SYRIE – La chute d’Alep par Pierre Piccinin

9 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #La France, #Europe supranationale, #La Russie, #AMERIQUE, #Daesch, #Terrorisme

SYRIE – La chute d’Alep par Pierre Piccinin

SYRIE – La chute d’Alep

Alep va-t-elle tomber aux mains du régime de Bashar al-Assad dans les prochains mois, voire les prochaines semaines ?

Tous les observateurs qui, à l’été 2011, avaient annoncé dans l’euphorie la fin imminente du régime baathiste en Syrie titrent à présent sur la probabilité d’une écrasante victoire de l’armée régulière syrienne dans le gouvernorat d’Alep et la chute de la ville, qui n’est plus défendue que par quelques poignées de rebelles déjà coupés de leur soutien turc et bientôt de leur base arrière en Syrie même, si la seule route qui les y relie devait tomber sous les coups des troupes loyalistes.

C’est la situation, soudaine et dramatique, que connaît Alep, dernier bastion de l’Armée syrienne libre (ASL), au terme de l’offensive du régime, appuyée par les frappes aériennes russes.

Le régime de Damas a repris vigueur depuis que Moscou s’est engagé en Syrie, officiellement pour combattre la progression de l’État islamique, mais, dans les faits, pour soutenir également son allié, le président al-Assad, l’aviation russe accompagnant la campagne de reconquête terrestre lancée par les forces syriennes. De sorte que le régime contrôle aujourd’hui les régions les plus peuplée de Syrie, soit plus de 60% de la population syrienne encore établie dans le pays (rappelons que, sur une population de 22.500.000 habitants, près de 4.500.000 personnes ont quitté la Syrie et s’entassent dans des camps de réfugiés en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Irak et en Égypte ; 95% des réfugiés demeurent dans ces camps, contre 5%, accueillis en Europe).

Parmi les enjeux majeurs de cette reconquête qui, désormais, va de succès en succès, Alep demeure le plus important : après ses victoires dans le gouvernorat de Latakieh, puis celui d’Idlib (cela dit encore en grande partie contrôlé par les factions islamistes) et, au sud, dans la région de Deraa (contre le Front du Sud, qui regroupe des brigades dissidentes de l’ASL et plusieurs factions islamistes), l’armée régulière, à partir du 6 octobre 2015, a lancé une puissante offensive en direction du nord-ouest du pays et, après avoir resserré son emprise sur la ville d’Alep, s’apprête à donner l’assaut final.

L’armée syrienne a repris les villages chiites de Zahraa et Nubul et a ainsi coupé la route qui reliait les quartiers rebelles d’Alep à la Turquie, vers le nord, le 3 février 2016, isolant par le fait les bases de l’ASL soutenue par Ankara. Ceux-ci ne sont plus approvisionnés que par un seul canal, qui les relie à leurs bases situées dans le gouvernorat voisin d’Idlib, dont l’ASL est pratiquement absente. La ville dépend donc désormais, principalement, des factions islamistes, et plus précisément de l’alliance qui unit Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda dont certaines brigades ont rallié l’EI tandis que d’autres le combattent) et les radicaux d’Ahrar as-Sham.

Alep, en effet, n’est pas seulement la deuxième ville de Syrie, le « poumon économique » du pays (bien que, aujourd’hui, la plupart des infrastructures soient en ruines), alors que Damas en est le centre politique ; c’est aussi l’extrémité nord de la « Syrie utile », la Syrie habitée, et le régime doit d’abord en finir avec la rébellion dans les zones les plus peuplées, pour restabiliser sa propre assiette (si Alep est reconquise, le gouvernorat d’Idlib achèvera de céder à l’offensive des loyalistes) et commencer à relever son économie, avant de partir à la reconquête du centre désertique du pays (Palmyre, Deir ez-Zor et la capitale de l’EI, ar-Raqqa), une fois les grandes villes de l’ouest sécurisées.

Toutefois, l’Armée syrienne libre a rassemblé ses forces dans le nord du gouvernorat en espérant résister, voire regagner du terrain sur les forces gouvernementales syriennes, et préserver sa liaison avec les quartiers rebelles de la ville assiégée.

Mais ce dernier sursaut, ultime effort d’une Armée syrienne libre aux abois, épuisée, plus mal équipée que jamais tout au long de ces cinq années de guerre et en manque cruel d’effectifs suffira-t-il à lui rendre une place dans le jeu ?

Car les dernières brigades de l’ASL ne font pas seulement face aux forces du régime. Elles sont aussi confrontées aux djihadistes de Jabhet al-Nosra, très présents dans le nord de la Syrie, et à ceux de l’État islamique, qu’elles combattent dans la région depuis juin 2013, et, depuis octobre 2015, aux Forces démocratiques syriennes, résultat d’une alliance de circonstances, pour l’essentiel, entre les brigades kurdes du YPG, quelques milices arabes, des contingents turkmènes très proches d’Ankara et les milices chrétiennes, principalement issues du Syriac Military Council actif dans le nord-est de la Syrie (et quelques groupuscules rebelles en provenance de l’ASL) ; les Forces démocratiques syriennes qui ont passé un accord de coopération avec l’état major russe, qui appuie par des bombardements leurs assauts tant contre l’EI que contre l’ASL.

En effet, les brigades du YPG (les Unités de protection « du peuple » ; originellement dénommées YPK), intrinsèquement liées au PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdistan) et très majoritairement composées de combattants kurdes, se sont constituées à la faveur de la révolution, dans les trois cantons du Rojava, les zones de peuplement kurde de Syrie (la Jazeera, dans le nord-est, à la frontière irakienne ; la région de Kobané ; et le canton d’Afreen, au nord d’Alep) situées tout le long de la frontière turque. Leur objectif de plus en plus manifeste est de s’emparer d’un territoire le plus large possible, notamment pour relier les trois cantons (chose faite, déjà, entre la Jazeera et Kobané), avec la finalité d’imposer une autonomie régionale au moins, à l’intérieur d’une Syrie fédéralisée. Ce pourquoi le YPG s’attaque non seulement aux positions de l’EI et des djihadistes de Jabhet al-Nosra, mais aussi à celles de l’ASL.

L’avancée progressive des forces kurdes, qui s’est accélérée depuis la victoire kurde de Kobané sur l’EI en janvier 2015, inquiète bien évidemment la Turquie, qui redoute la création d’un Kurdistan syrien indépendant à sa frontière, contrôlé par des milices largement soumises à l’état major du PKK, avec lequel les hostilités ont repris sur le territoire turc même. D’où le soutien clandestin mais notoire d’Ankara aux rebelles de l’ASL et aux djihadistes de Jabhet al-Nosra comme à ceux de l’EI qui, bien qu’antagonistes, se battent cependant tous contre le YPG et tentent de stopper l’expansion des Kurdes qui contrôlent désormais près de 10% du territoire syrien et presque la totalité de la frontière turque ; au point que l’artillerie turque, depuis plusieurs semaines, bombarde les positions du YPG par-dessus sa frontière, en appui aux djihadistes.

Une terrible pression qui s’exerce sur les quelques milliers de combattants restés fidèles à l’ASL, dont les rangs s’éclaircissent chaque jour au fur et à mesure que le désespoir s’empare des hommes, beaucoup tentant de trouver refuge en Turquie…

En revanche, cette « salade syrienne » fait sans aucun doute le jeu de l’armée du régime et de ses alliés iraniens, russes et libanais (le Hezbollah).

Certes, depuis le 27 février, un cessez-le-feu négocié par Moscou et Washington et accepté par Damas est entré en vigueur entre les forces armées syriennes et les rebelles qualifiés de « modérés » ; et à l’exclusion, donc, des factions islamistes radicales (dont les puissantes Ahrar as-Sham, très présente à Alep, et Jeich al-Islam, surtout implantée dans le gouvernorat de Damas), de Jabhet al-Nosra et de l’État islamique. Toutefois, la complexité du terrain et l’enchevêtrement des factions combattantes ont déjà « justifié » plusieurs violations de cette trêve bien précaire, que, de part et d’autre, on ne respecte guère que lorsque les impératifs stratégiques le permettent. Au mieux (ou au pire, c’est selon), le cessez-le-feu permettra-t-il aux forces du régime de concentrer un temps leurs efforts en direction des positions de l’État islamique, qui a mené récemment plusieurs attaques contre les loyalistes, notamment sur la seule route qui relie les quartiers d’Alep tenus par l’armée syrienne au territoire contrôlé par le gouvernement, l’axe routier de Khanasser, dont les djihadistes se sont emparé quelques heures durant, avant d’être repoussés ; l’opportunité pour l’armée syrienne de consolider ses défenses sur le front avec l’EI, avant de se retourner vers Alep et de lancer l’assaut sur la ville.

Le risque, néanmoins, pour le régime, serait de devoir faire face à une résistance forcenée, à une guérilla urbaine que des groupes rebelles n’ayant plus rien à perdre lui feraient sans merci. C’est ce que semblent avoir résolu près d’une vingtaine de katiba (brigades) indépendantes présentes dans la ville et désormais unies sous la bannière de Jeich Halab (l’Armée d’Alep), fédérées par un commandant d’Ahrar as-Sham.

Dans cette perspective, les rebelles tentent depuis un mois de stocker dans la ville toutes les munitions, tout le carburant et autant de matériel médical et de vivres qu’ils peuvent se procurer, farine, huile, conserves, sucre, et y acheminer par la route d’al-Castillo, la seule route dont ils disposent encore, bien que le passage soit devenu très périlleux, sans cesse bombardé par l’aviation russe et l’artillerie de l’armée régulière syrienne, mais aussi attaqué par les Forces démocratiques syriennes, dont l’objectif, à cet égard, n’est pas clair –sinon de précipiter la défaite des rebelles islamistes (et accessoirement de l’ASL), apportant en cela leur concours à la reconquête de la ville par le régime.

Mais le moral ne suit pas : beaucoup de combattants ont déserté et la plupart des médecins qui avaient jusqu’à présent assisté la rébellion se sont enfuis eux aussi. C’est que l’entrée en lice de l’aviation russe a changé la donne, pour la bataille d’Alep comme pour l’ensemble de la guerre en Syrie… Les Alépins n’ignorent pas comment Grozny, en Tchétchénie, avait été entièrement rasée par les bombes.

Il y a aussi le fait que les vivres ne sont pas destinées aux habitants, mais aux miliciens de la rébellion et, au mieux, à leur famille également. Aussi, pour beaucoup, la situation commence à devenir difficile ; intenable, pour certains qui, depuis que l’offensive a commencé, ont épuisé leurs réserves. C’est le cas des familles économiquement les plus fragiles, confrontées à l’envol des prix : la valeur du kilo de riz a sextuplé en moins d’un mois, depuis que la route de la Turquie a été coupée ; et la disette fait déjà son apparition, alors que le siège n’a pas encore réellement commencé.

Partout dans Alep, néanmoins, les miliciens qui ont choisi de rester s’enterrent, creusent des galeries pour relier les sous-sols des immeubles, ménagent des caches d’armes, prêts à se défendre rue par rue, maison par maison… appartement par appartement.

Cela étant, l’état major syrien apparaît confiant : l’exemple de Homs, tombée après un siège total, en mai 2014, et la capitulation des forces rebelles ont démontré la capacité du régime à maîtriser la guerre urbaine.

Par ailleurs, Moscou n’a pas seulement engagé son aviation dans cette bataille. Discrètement mais sûrement, la Russie a rééquipé l’armée syrienne en matériel moderne technologiquement très supérieur à ce dont disposait jusqu’ici les troupes de Bashar al-Assad et, de fait, à ce dont disposent les rebelles, qui se sont procuré l’essentiel de leur armement dans les arsenaux enlevés au régime. L’armée syrienne, éprouvée par cinq années de guerre, a reçu de quoi se requinquer, via les ports militaires russes de Tartous et de Latakieh, où ont transité des tonnes de matériel débarquées par la marine russe. Ce n’est pas le cas côté rebelles… L’état major russe a en outre déclaré avoir déployé au sol des instructeurs chargés d’encadrer les forces pro-régimes et n’a pas démenti l’implication de ses propres commandos ; un investissement d’envergure et sans équivoque, qui trahit l’importance de l’opération en cours.

Enfin, selon plusieurs sources au sein du commandement des milices chiites irakiennes, il est prévu que l’armée syrienne, déjà épaulée par des unités du Hezbollah, reçoive très prochainement l’appui de six à huit mille de leurs miliciens, renforcés en outre par des contingents de pasdarans iraniens. Une information qui, si elle était confirmée, achèverait de lever le moindre doute sur les intentions du gouvernement de Damas.

On l’aura compris, les négociations en cours à Genève ne sont guère la priorité du moment ; et les émissaires syriens de tous les camps doivent se sentir bien penauds, lorsqu’ils croisent dans les couloirs de la représentation onusienne leurs homologues yéménites, tout aussi dépités par l’absurdité des démarches qu’on leur a là fait entreprendre…

Dans ce cas, ce seraient les civils qui paieraient fort cher le prix de cette nouvelle grande bataille. Déjà, 20.000 réfugiés s’agglutinent à la frontière de la Turquie, qui leur ferme ses portes ; et les observateurs de l’ONU estiment à 70.000 le nombre de personnes qui, évacuant Alep, sont en ce moment même encore sur les routes, en chemin pour la frontière turque également. Mais 250.000 à 300.000 civils, qui n’ont pas déserté les quartiers rebelles d’Alep, risquent à présent de se retrouver pris au piège du siège ; surtout une population pauvre, trop démunie pour pouvoir s’en aller, mais aussi les familles des combattants, qui n’ont d’espoir de survie que dans le succès de leur « révolution ».

Demain, si Alep tombait, ce serait ensuite tout le gouvernorat qui repasserait sous le joug du régime syrien, après quatre années de combats acharnés. La terreur s’abattrait alors sur tous ceux qui n’avaient pas choisi le bon camp, celui du vainqueur…

Mais, si Alep tombait, ce serait aussi, tout simplement, la fin de la révolution syrienne. Un basculement qui serait très lourd de conséquences sur le plan de l’engagement international dans le conflit syrien, dont la réalité achèverait de changer du tout au tout.

L’ASL anéantie, en effet, le conflit se résumerait alors en une guerre qui, quoi qu’en dise (encore) le président Hollande (qui sera probablement battu aux prochaines présidentielles), re-légitimerait le gouvernement de Bashar al-Assad (et pour longtemps), presque déjà devenu le principal fer de lance de la lutte armée contre al-Qaeda et l’État islamique.

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De quel droit la Turquie bombarde-t-elle le nord de la Syrie, Etat souverain, zone contrôlée par les Kurdes, qui se battent contre Desch ? L'info et le commentaire de "canempechepasnicolas"

7 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #Daesch

Publié par Jean Lévy

 

 

 

 

De quel droit la Turquie bombarde-t-elle le nord de la Syrie, Etat souverain, zone contrôlée par les Kurdes, qui se battent contre Desch ? L'info et le commentaire de "canempechepasnicolas"
 
 

francetvinfo

Les frappes turques auraient ciblé un aéroport,

qui servaient de base arrière aux combattants kurdes

pour attaquer les jihadistes de l'Etat islamique

 

L

De quel droit la Turquie bombarde-t-elle le nord de la Syrie, Etat souverain, zone contrôlée par les Kurdes, qui se battent contre Desch ? L'info et le commentaire de "canempechepasnicolas"

es espoirs de trêve volent en éclats. La Turquie a bombardé des secteurs du nord de la Syrie contrôlés par les forces kurdes, samedi 13 février. L'artillerie turque a pilonné la province d'Alep que les Unités de protection du peuple kurde (YPG) ont récemment repris à des rebelles islamistes, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La Turquie contre les rebelles kurdes contre l'Etat islamique

Une source au sein des YPG affirme que les bombardements ont notamment visé l'aéroport militaire de Minnigh. Situé à une dizaine de kilomètres de la frontière turque, cet aérodrome se trouve entre deux routes importantes qui mènent de la ville d'Alep, deuxième ville du pays. Celui-ci offre aux forces kurdes une base de départ pour de nouvelles offensives contre le groupe jihadiste Etat islamique.

Le dossier syrien se complexifie de nouveau et la "cessation des hostilités",négociée il y a quelques jours par Washington et Moscou, s'éloigne. A Munich, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a averti que le dossier syrien se trouvait à un "moment charnière" entre guerre et paix.

La Turquie songe à une intervention terrestre

De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé le soutien militaire des Etats-Unis à ses ennemis kurdes de Syrie. Il redoute qu'un soutien étranger permette aux Kurdes syriens, qui occupent déjà une grande partie du nord de la Syrie, d'étendre encore leur influence et de contrôler ainsi la quasi-totalité de la zone frontalière avec la Turquie.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a par ailleurs indiqué que la Turquie et l'Arabie Saoudite pourraient mener une opération terrestre contre l'EI en Syrie.

"canempechepasnicolas" :

Ainsi, l'armée turque porte la guerre contre un Etat souverain, la Syrie, reconnue par la communauté internationale, et en premier lieu par l'ONU.

Ces forces ont pris pour objectif les unités kurdes de l'YPG, mouvement de défense de la zone de population kurde en Syrie, qui combattent avec succès Daesh... contre lequel Erdogan prétend lutter ! En fait le gouvernement turc soutient les organisations terroristes, Daesh en premier allié, à qui il fournit armes et munitions contre le gouvernement légitime de Damas. Et ce jour, le gouvernement turc d'annoncer l'envoi éventuel de troupes terrestres en Syrie, en lien avec des éléments de l'armée de l'Arabie saoudite.

Comment la Russie va-t-elle réagir contre cette agression caractérisée ?

Et quelle position la France va-t-elle prendre face à ce défit lancé contre la Charte des Nations unies, alors que le gouvernement Hollande-Valls multiplie ses déclarations contre le président légitime Bachar al-Assad et la république de Syrie, fournissant en armes ses agresseurs ?

Il serait tant que le peuple français intervienne et fasse pression pour que le trio Hollande-Valls-Ayrault cesse de mettre en cause la Charte des Nations unies, garantissant la souveraineté des Etats, et place notre pays hors de la voie de la légalité internationale. L'engagement français en faveur des agresseurs fait courir à notre peuple l'immense danger du terrorisme sur notre sol - qu'il prétend combattre - et porte en lui la menace de l'engagement de la France dans un troisième conflit mondial...

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Une vidéo incontournable sur la Syrie, la vérité commence à transpirer.

4 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #L'OTAN., #La Turquie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch

Une vidéo incontournable sur la Syrie, la vérité commence à transpirer.

Incorruptible journal

18 février 2016, la ‪#‎vérité‬ fait enfin son apparition.

- La ‪#‎France‬ à livré armes et moyens logistiques aux "rebelles syriens" (Al Nostra)
- Les ‪#‎attaques‬ ‪#‎chimiques‬ n'ont pas été commanditées par ‪#‎BacharElAssad‬
- Les "groupes rebelles" sont à l'origine de l'utilisation d'armes chimiques

Rappel : Al Nostra est une filliére syrienne de Al Quaida s'évissant en Irak.

Dérriere ces jeux d'alliances se cache une bien triste réalitée...
Comme pour l'Irak , l'Afghanistan et la libye, les ‪#‎USA‬ / ‪#‎Europe‬ en quête perpetuelle de ressources, ont encore une fois utilisés ‪#‎mensonges‬ et perversions pour ‪#‎attaquer‬ et piller une nation.
Une enquête demandant la recherche d'éventuels financements du groupe " ‪#‎EtatIslamique‬" fût aissitôt refusée par l'Assemblée Nationale...

A suivre prochainement : Conflit Syrien, ‪#‎Guerre‬ pour le contrôle des ‪#‎ressources‬ ?

‪#‎PrayForSyria‬
Incorruptible Journal

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Moscou: pourquoi une nounou musulmane tue une enfant russe de 4 ans?

3 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

jeudi 3 mars 2016

Moscou: pourquoi une nounou musulmane tue une enfant russe de 4 ans?

 
Гюльчехра Бобокулова
 
Le 29 février, la population russe est tombée sous le choc en apprenant qu'une nounou venue d'Ouzbékistan venait de décapiter une petite fille russe de 4 ans et d'exhiber sa tête auprès d'une station de métro du centre de la capitale russe. Digne des pires scénarios des oeuvres cinématographiques de l'état islamique, la version d'un acte isolé dû à la schizophrénie de la personne reste pourtant la piste principale des enquêteurs du Comité d'enquête.
 

 
G. Bobokoulova, 38 ans, citoyenne d'Ouzbékistan, travaillait comme nounou depuis une année environ chez une famille russe moscovite, composée de deux enfants. Un matin, le 29 février, alors que la famille part avec l'aîné, elle reste avec la petite fille, la tue, la décapite et met le feu à l'appartement. Plaçant la tête dans un sac, elle se dirige vers la station de métro dans le centre de Moscou Oktiabrskoe Pole. Lorsqu'un policier lui demande ses papiers, à la place de son passeport, elle sort du sac la tête de la petite fille de 4 ans, la brandit, menace de se faire exploser et se met à crier Allah Akbar.
 
Elle laisse en Ouzbékistan un ex-mari et trois fils de 19, 18 et 15 ans, qui vivent dans la famille du père après l'internement en hôpital psychiatrique de la mère en 2002 suite à une crise de schizophrénie. Le père a alors récupéré les enfants et divorcé.
 
Actuellement, deux versions sont principalement examinées par les autorités russes: la crise de schizophrénie, même si les enquêteurs n'excluent pas l'acte terroriste.
 
Une crise de schizophrénie
 
N'ayant pas consience de ses actes, G. Bobokoulova tue la petite, lui découpe la tête, la met dans un sac, revêt sa robe noire, met le feu à l'appartement et toujours en restant calme, se dirige vers le métro où et seulement où la rencontre avec le policier qui voulait juste vérifier ses papiers la fait disjoncter.
 
Soit.
 
Les médecins disent que les personnes atteintes de cette maladie ne peuvent expliquer leurs actes que lorsque la crise a pris fin. Lors de son interrogatoire, la "nounou" a affirmé avoir commis cet acte pour se vanger de l'infidélité de son mari. Mais elle fut incapable d'expliquer en quoi cela était lié avec la famille dans laquelle elle travaillait. 
 
L'on aimerait aussi comprendre de quelle manière la schizophrénie est liée à l'extrémisme islamique, autrement dit si la maladie implique de crier Allah Akbar, de porter la robe noire, sans oublier la mise en scène tristement célèbre.
 
En attendant les autorités demandent de ne pas faire d'extrapolation d'ici la fin de l'enquête, rien ne prouve l'acte terroriste, même si cette version n'est pas écartée.
 
Ou un acte terroriste?
 
Les autorités d'Ouzbékistan apportent toute leur aide aux enquêteurs russes dans cette affaire. Et ils ont arrêté le fils aîné de G. Bobokoulova, qui était rentré de Moscou en novembre dernier et ne comptait pas y retourner. En quoi le fils serait-il responsable de quoi que ce soit si la mère est malade de schizophrénie, qui n'est pas encore reconuue comme maladie contagieuse ...
 
Par ailleurs, l'echaînement des actes laisse songeur. Si elle a agit en pleine crise pourquoi n'est-elle pas sortie en criant de l'appartement la tête à la main? Non, elle a tout rangé, organisé et s'est dirigée vers le métro. Beaucoup de calme et d'organisation pour une personne en crise.
 
De plus, la mise en scène rappelle bien les mises en scène de l'état islamique, reproduites scrupuleusement et l'on peut même se demander si le but réel de l'opération n'était pas d'entrer dans le métro pour ensuite seulement sortir la tête et menacer de tout exploser. Il semble que l'apparition imprévue du policier pour un banal contrôle de papier ait fait capoter le plan. Il aurait été encore plus difficile d'intervenir qu'en espace ouvert, où les policiers ont pu bloquer l'accès et la sortie du métro et faire reculer les gens pour sécuriser le périmètre.
 
Il y a encore des fuites dans la presse, disant que G. Bobokoulova avait des contacts suspects avec des extrémistes, mais l'information a été démentie par les services d'enquête.
 
Qu'en penser?
 
De toute manière, être schizophrène n'empêche pas de mettre en oeuvre un acte terroriste, les personne psychiquement fragile sont des proies faciles pour les groupes terroristes en manque de camikaze. Les deux versions ne sont donc pas exclusives l'une de l'autre. Et s'il s'agit d'un acte terroriste, nous sommes obligés de nous poser certaines questions.
 
Le cessez-le-feu ne se passe pas trop mal en Syrie, les forces locales font reculer l'état islamique et la Russie, non seulement garde la face, mais en est renforcée, contrairement aux Etats Unis avec leurs menaces dans le vide, leurs alliés turcs et saoudiens qui deviennent simplement encombrant. Par ailleurs, de plus en plus d'experts affirment que les jours de l'état islamique, en tant que tel, sont comptés. Bref, alors qu'il y a encore peu des "chercheurs" américains travaillaient sur la question d'un droit de l'état islamique, de ses "universités" et autres discours de "normalisation" de ces terroristes (voir l'article Califate of Law), le projet semble prendre l'eau.
 
Il devient donc intéressant, d'un point de vue stratégique, de déplacer le front. Au coeur de la zone ennemie. Pour faire peur à la population. Faire passer comme message que rien n'est gagné, que le combat peut continuer, différemment simplement. Il est possible de tenter de manipuler la population russe, multiéthnique, pour inciter à la haine raciale. Raison pour laquelle la vidéo n'est pas montrée sur les chaînes nationales. Raison pour laquelle nous ne la montrerons pas non plus ici. Sans oublier qu'en faisant payer le prix à un enfant russe, dans un pays de culture traditionnelle, le ressenti de la violence du fait en est encore décuplé. 
 
Il reste toujours ce fantasme de soulever la population contre son Président. Pour information, si les électeurs russes devaient voter pour les présidentielles maintenant, V. Poutine, malgré les sanctions, malgré la guerre médiatique, serait réélu par plus de 70% de la population. Quel dirigeant européen peut se targuer, aujourd'hui, d'un tel soutien populaire? A moins que le soutien populaire ne soit devenu un critère anti-démocratique ... 
 
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Le Grand Exode (III) : Le suicide de l’Europe

2 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #l'immigration, #La Turquie, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La République, #La Russie, #L'OTAN., #Daesch, #Terrorisme

Le Grand Exode (III) : Le suicide de l’Europe

Le Grand Exode (III) : Le suicide de l’Europe

Le 29 février 2016

Ce vendredi, un nouvel incident impliquant les immigrés a eu lieu en Grèce, victime de la politique néfaste du FMI. Deux refugiés pakistanais ont tenté de se suicider sur la place centrale d’Athènes, capitale de la Grèce. D’après les témoins, avant de mettre fin à leurs jours ils ont déclaré avoir été poussés à cela du fait de ne pas pouvoir attendre la frontière macédoine.+

Actuellement, environ 20 milles refugiés s’accumulent actuellement en Grèce, ne pouvant plus quitter le pays depuis que le lundi 22 février la Macédoine a fermé sa frontière sud. Désormais, pas plus de 200 personnes peuvent la traverser quotidiennement à l’issue des contrôles vigoureux. Les refugiés sont placés dans des stades sur lesquelles des points de distribution des repas sont mis en place et sont pris d’assaut après de longues attentes. Auparavant, les refugiés poursuivaient leur trajet depuis la Macédoine vers l’Europe profonde, tâchant d’atteindre des pays riches de l’UE comme l’Allemagne, la France, la Suède..+

Courant 2015, environ 800 mille refugiés se sont déplacés depuis la Turquie vers les îles de la mer d’Egée en Grèce. Ces chiffres sont fournis par le service de migration grec et sont certainement inférieurs à la situation réelle car nombreux sont ceux qui y arrivent empruntant des routes clandestines.+

Récemment, le premier ministre grec Alexis Tsipras a mis en garde les autres pays de l’UE que la Grèce n’avait pas l’intension de se transformer en « stock d’immigrés » et au cas où celles-ci refusaient d’accueillir chez eux les migrants, les Athènes boqueraient « tous les futurs accords avec l’UE ».+

Pendant ce temps-là, l’UE fait des concessions envers la Grande Bretagne en lui créant des conditions « en serre chaude » pour qu’elle reste membre de l’UE. La Grande Bretagne a choisi de n’accueillir sur son sol que des refugiés qui, si on peut dire, lui conviennent. Ainsi, des personnes peu qualifiés, n’ayant pas fait d’études supérieures, se verront tout simplement refuser l’accès sur le territoire de « l’Albion Perfide ». Et elles sont majoritaires parmi les ressortissants du Moyen Orient. En outre, Londres a refusé de participer à la politique d’une « union plus étroite » prévue par les accords qui existent déjà en UE. Conformément au compromis qui a été négocié, on ne peut pas « contraindre Londres à une intégration politique ultérieure ». De cette façon, les paragraphes qui concernent la dite « union plus étroite » dans les accords européens ne s’appliqueront plus désormais à la Grande Bretagne.+

Sur le fond de ces concessions envers Londres et de la situation avec les refugiés en Grèce, la déclaration de Jens Stoltenberg parait incongrue. Stoltenberg a assuré que les patrouilles n’arrêteront pas et n’obligeront pas à faire un demi-tour les barques avec des réfugiés. Selon lui, les militaires vont collecter « des données d’une importance critique » pour combattre le transport illégal de réfugiés. Il est extrêmement important que les gens ne périssent pas en essayant de fuir la guerre. Ils étaient 2 900 depuis le début de 2015. 2 900 personnes sont mortes le temps que le flot de l’OTAN collecte « des données d’une importance critique ». Un suicide.+

Génial, n’est pas ? D’un côté nous avons la Grande Bretagne qui fait du chantage à l’UE en la menaçant d’en sortir, et tout le monde comprend parfaitement que les résultats du referendum seront en fonction de l’accord que les politiciens trouveront ou pas entre eux. D’autre côté, il y a la Grèce dont l’économie est pratiquement ruinée et qui s’efforce toute seule à faire face à la crise et contenir le flux des refugiés à l’augmentation duquel la Turquie n’est pas totalement étrangère. Elle y contribue notamment par le fait de ne pas contrôler ce flux vivant, et même le renforce par ses bombardements des territoires syrien et iraquien avec un accord tacite de ce même OTAN qui continue à collecter « des données d’une importance critique ».+

Et pour la bonne bouche…+

  1. Philippe Breedlove le commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe a dit : « La Russie et le régime Assad utilisent délibérément l’émigration syrienne comme une arme dans leur tentative de prendre le dessus sur les structures européennes et casser la détermination de l’Europe ». Le général a souligné à quel point il était important de soutenir l’Initiative de Réassurance Européenne destinée, selon lui, est à contrecarrer l’agression russe ainsi que d’autres menaces.

«Les besoins budgétaires pour l’année en cours reflètent notre volonté ferme de défendre les intérêts de la sécurité de nos alliés et partenaires, et notre intention de continuer à défendre à l’avenir leur patrie », – a-t-il expliqué.+

D’après Breedlove, il est prévu d’augmenter 4 fois le budget de l’Initiative pour atteindre 3,4 milliards de dollars.+

  1. Selon le service presse du chef de l’Etat ukrainien, le lundi 22 février 2016, le président de l’Ukraine Petr Porochenko a rencontré le leader de la fraction « Les Démocrates-66 » du parlement hollandais Alexandre Petzold pour débattre avec lui des préparatifs du referendum consultatif au sujet de l’accord d’association de l’Ukraine avec l’UE.

Mais qu’avez-vous donc à vous soucier autant du referendum aux Pays-Bas, Pert Alekseïevitch ? Ils sauront, sans l’intervention de votre personne « saoule », si l’UE a bien besoin de vous ou pas. Dans leur grande majorité ils n’ont que peu à faire de ce qui se passe avec l’Ukraine tant qu’il n’y a pas de refugiés qui tentent à passer à travers la frontière avec la Pologne, Dieu merci. Car ils sont tous allés sur le sol du « pays-agresseur » (la fédération de la Russie). On ne sait pas pourquoi, mais celui-ci leur donne à manger et leur fourni du travail.+

Tandis que les habitants de l’Europe devraient à mon sens réfléchir deux fois pour savoir qui est leur véritable ami et partenaire et qui ne l’est pas…+

Gueorgui Morozov, rédacteur en chef de Novorossia Today

Traduit depuis le russe par Svetlana Kissileva

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L’ambassadeur de l’Inde confirme : la guerre en Syrie a été fomentée de l’extérieur

2 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La Turquie, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Daesch, #Terrorisme, #Politique étrangère

Source : Le Grand Soir, Alia Allana, 18-02-2016

arton29944-50f67L’ancien am­bassadeur indien à Damas le fait comprendre dans un rapport significatif : la représentation occidentale selon laquelle le président syrien Assad devait être renversé par une insurrection populaire, n’est pas viable. La guerre a été importée du dehors, entre autres par les pays du Golfe et Al-Qaïda. Les Etats-Unis y ont collaboré en soutenant le Front Al-Nusra. Assad a sous-estimé le danger – parce qu’il pensait que son peuple le suivrait. De 2009 à 2012, V. P. Haran a été ambassadeur de l’Inde en Syrie. Il s’en est entretenu avec le magazine indien  Fountain Ink, plusieurs fois primé, expliquant comment certains des médias ont amplifié la révolte, et sur l’évidence de la présence d’Al-Qaïda sur le terrain dès les premiers jours du conflit. L’évaluation de l’ambassadeur confirme l’analyse du journaliste américain Seymour Hersh selon laquelle Assad n’avait à craindre aucune opposition militante dans son propre peuple.

A quoi ressemblait la Syrie lors de votre arrivée en janvier 2009 ?

V. P. Haran : La Syrie était un pays pacifique sans tensions internes. L’économie syrienne se portait bien, avec un taux de croissance moyen de 5%. Le taux de chômage était d’environ 8% mais les Syriens sans emploi pouvaient en trouver un dans les pays du Golfe. Il existait cependant un pourcentage élevé de chômage chez les diplômés. Le niveau de la dette extérieure de la Syrie se maintenait à un taux confortable de 12,5% du PIB. Le créancier principal était la Russie, qui avait annulé la plus grande partie de cette dette. La sécheresse dans le nord-est représentait le problème majeur entrainant une délocalisation massive des populations vers le sud et le sud-est.

Et comment vivait-on à Damas ?

Les diplomates ont tendance à mener une vie retirée mais je me rendais dans le centre-ville, parfois en taxi, pour prendre un thé dans un café et discuter avec les gens. C’étaient de merveilleux moments et des jours heureux. Le maintien de l’ordre ne posait jamais de problème. Mes collègues féminines m’expliquaient qu’elles pouvaient porter des bijoux et rentrer chez elles à pied à deux heures du matin en toute sécurité. Dans certains quartiers, les restaurants restaient ouverts jusqu’à cinq heures du matin. On avait l’impression qu’il n’y avait jamais de problèmes de sécurité dans les rues. Cela était supposé être dû à la mukhabarat (la police secrète militaire) mais il me semblait que les gens se sentaient responsables de la sécurité collective.

Quand je suis arrivé à Damas, on m’a raconté qu’une personne sur deux appartenait à la mukhabarat. C’est une surestimation grossière. Il existe une police secrète fonctionnant très efficacement à l’intérieur du pays mais je n’y ai jamais eu affaire directement. Une seule fois en quatre ans de présence j’ai fait l’objet d’une filature, à Media, dans la province d’Idlib. Une jeep nous a suivis, mais sans intimidation.

Aviez-vous anticipé un « Printemps arabe » en Syrie ?

Lors de la situation tendue en Tunisie et en Egypte, le président Bashar al-Assad est passé à la télé pour préciser que les conditions politiques et économiques étaient différentes en Syrie. Il a exprimé sa conviction que la Syrie ne suivrait pas le même chemin. C’était également l’évaluation générale de la communauté diplomatique.
Bashar al-Assad était un dirigeant populaire et c’est en partie la raison pour laquelle il est encore au pouvoir. Il n’existe pas d’opposition interne adéquate et un grand nombre de problèmes en Syrie ont été créés par des intervenants étrangers tentant de se débarrasser d’un régime dérangeant. Dans un sondage réalisé dans le monde arabe en 2009, 67% des votants l’ont élu en tant que personnalité arabe la plus populaire. La communauté diplomatique elle-même, tout comme les diplomates occidentaux, s’accordaient sur le soutien qu’il recevait de la part de 80% des Syriens. Il avait initié des réformes en 2000 mais n’avait pu les mener à bien à cause de l’opposition du parti Baas.

Ce n’était pas non plus un antagonisme sunnites–chiites. Jetez un coup d’œil aux chiffres : il y a plus de 50% de musulmans sunnites en Syrie, et les Kurdes, les Druzes, les Maronites, les Assyriens, les Alaouites et quelques autres composent le reste. Bashar al-Assad reçoit un soutien total de la part des minorités et même une forte proportion des musulmans sunnites se déclare en sa faveur. Mais à l’époque de mon départ en 2012, la Syrie avait beaucoup changé. Si les premières années de mon mandat avaient ressemblé au paradis, les choses ont commencé à se détériorer dès le début de l’année 2011.

Vous souvenez-vous des premières manifestations de 2011 ?

En février, alors que le Bahreïn connaissait des mouvements de protestations, certaines ONG ont tenté d’organiser des manifestations à Damas. Il y en a eu deux, deux week-ends de suite, mais il n’y eut pas plus de 20 ou 30 participants. Les journalistes et les membres de la communauté diplomatique étaient nettement plus nombreux que les manifestants. Puis, en mars 2011, les enfants ont tagué les murs de l’école et il y a eu une grande manifestation. La semaine suivante, il y a eu une manifestation à Latakieh et ensuite, chaque vendredi, quelque chose se produisait.
Rapidement, certains quartiers de Latakieh, d’Homs et de Hama sont devenus chaotiques mais Alep resta calme et ceci préoccupa énormément l’opposition, qui ne réussissait pas à soulever la population d’Alep contre le régime ; aussi ont-ils envoyés des bus chargés de gens vers Alep. Ces gens mettaient le feu dans les rues, puis s’en allaient. Les journalistes répandaient ensuite l’information selon laquelle Alep s’était soulevée.

A ce propos, il faut ajouter ceci : parmi les medias, certains ont exagéré en montrant la Syrie sous un jour négatif. Parfois, on a rapporté des choses qui ne s’étaient pas produites. Par exemple, j’étais en conversation avec un Sheikh important quand mes collègues ont commencé à m’appeler frénétiquement, m’informant que ce Sheikh jouerait un rôle dans les manifestations devant se dérouler cet après-midi-là. Mais rien de tout cela ne s’est produit ; en fait à ce moment-là, lui et moi déjeunions ensemble.
Il y a eu beaucoup d’exagération dans les medias.

Il y a eu un exemple marquant. A Idlib, des extrémistes sunnites se sont rendus à Alep et ont exhorté la population à rejoindre l’opposition. Les gens d’Alep les ont battus et forcés à partir. La foule est devenue ingérable et la police a dû intervenir pour en reprendre le contrôle. Les extrémistes sunnites ont dû se réfugier dans une maison sous la protection de la police qui leur a fourni des uniformes leur permettant de s’échapper sans être lynchés.

Damas a-t-il beaucoup changé pendant cette période ?

Je me souviens d’un incident le 14 avril 2011, alors que j’accomplissais ma promenade quotidienne jusqu’au stade situé à environ deux kilomètres. En chemin, j’ai dépassé la boulangerie devant laquelle je passais chaque jour et j’ai remarqué qu’il y avait une longue queue devant cette boutique habituellement si calme. Au retour, il y avait toujours la queue et j’ai demandé pourquoi. Les gens voulaient s’approvisionner en pain parce qu’ils avaient entendu dire qu’il allait se passer quelque chose. Le jour suivant, qui était pourtant un vendredi, rien ne s’est produit.

Lorsque la situation a empiré au cours de la seconde moitié de 2012, je remplaçai ma promenade au stade par une promenade autour du parc du quartier de Mezze. Un jour, une moto arrivant à toute vitesse, a tourné le coin de la rue en faisant hurler son moteur. Puis est arrivée une jeep de la sécurité qui a manqué le virage pris par la moto, ayant perdu sa piste. Ne pouvant la retrouver, ils sont entrés dans le parc pour voir si des gens avaient vu quelque chose. C’est alors qu’on nous a dit que ceux qui étaient sur la moto avaient planifié des attentats.

A Mezze, tout près du quartier où vivaient les diplomates, il y avait un champ de cactus où les rebelles s’étaient introduits en creusant un tunnel. Ils y avaient établi un camp d’où ils tiraient des fusées incendiaires en direction du cabinet du Premier ministre. Ensuite les forces de sécurité s’y sont introduis pour détruire ce camp. C’était une opération ciblée et lors d’une discussion avec une personne vivant dans un appartement disposant d’une vue sur l’endroit, celle-ci m’a dit qu’ils avaient pris pour cible un bâtiment et l’avaient détruit complètement. Une énorme cache d’armes et de munitions a été découvert dans ce bâtiment.

Mais certaines régions du pays sont restées calmes ?

Les commanditaires étrangers de l’opposition n’ont pas pu le digérer. Ils ont envoyé à la frontière jordano-syrienne un groupe ayant pris d’assaut deux postes de sécurité. Ils y ont tué tout le monde, certains d’entre eux de la manière la plus brutale, dans le style d’Al-Qaïda. Le gouvernement ne l’a pas immédiatement mentionné mais un membre de la communauté diplomatique a confirmé qu’il s’agissait d’Al-Qaïda en Irak. Il est évident qu’Al-Qaïda en Irak était présent en Syrie dès avril 2011.

Al-Qaïda était là dès la toute première semaine, et sinon la première semaine, dès fin 2011 quand les drapeaux d’Al-Qaïda firent leur apparition. Ce sont ces groupes soutenant l’opposition à travers la frontière. A Raqqa les combattants vinrent du nord et il est clair qu’il s’agissait d’Al-Qaïda.

Assad a dit dès le début qu’il s’agissait de terroristes. Pourquoi n’y a-t-il eu personne pour le croire ?

Les gens n’avaient pas l’esprit ouvert. Quel pouvait être l’intérêt pour Al-Qaïda en Irak de créer le chaos en Syrie ? Un grand nombre d’actions ont été dirigées de l’extérieur, notamment par les pays du Golfe. Al Jazzera aussi y a joué un rôle. En avril, ayant emmené un invité à l’amphithéâtre de Bosra puis à Sweida, j’ai dû emprunter l’autoroute vers la frontière jordanienne. Nous étions en route entre environ 9 heures 30 et 10 heures 30. Le même jour, un correspondant d’Al Jazzera a été prié de quitter la Syrie en empruntant la même route. A des intervalles de quelques secondes, il a signalé des check points. Prise de panique, mon ambassade m’appela parce qu’ils croyaient ce qu’ils voyaient à la télé. Je leur ai dit que je n’avais rencontré qu’un seul check point.

Pourquoi le gouvernement syrien ne présente-t-il pas de meilleures preuves de la présence de terroristes ?

Nous leur avons demandé pourquoi ils n’informaient pas mieux les médias et ils nous ont répondu que personne ne les croyait. Ils avaient de très mauvais services de relations publiques et de traitement des médias. Cela dit, il y eut aussi des excès de la part du gouvernement. La Syrie a des forces de police très inadéquates ce qui fait que lorsque les problèmes sont survenus, le gouvernement a été forcé de déployer des forces de sécurité pour traiter les problèmes habituellement dévolus à la police. Des excès ont été commis par certains des militaires et quelques-uns d’entre eux ont été mis aux arrêts ou en prison mais ceci n’a pas été publié.

Bashar al-Assad a trainé, non seulement à mettre en œuvre des réformes mais également à annoncer les changements entrepris. Par exemple, lorsqu’une réforme a été mise au point pour réduire la primauté du parti Baas, elle n’a été annoncée que trois mois plus tard. Son service de relations publiques n’a pas été bon, il n’a pas su gérer la crise. •

(Traduction Horizons et débats)

Illustration : Alep avant la guerre.

Source : Le Grand Soir, Alia Allana, 18-02-2016

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Bernard-Henri Lévy, selon le CFR, l’Occident a aggravé la guerre en Libye puis en Syrie, par Maxime Chaix

29 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La France, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Politique étrangère, #Terrorisme, #La Turquie

Source : Maxime Chaix, 07-02-2016

Pour des raisons promotionnelles, Bernard-Henri Lévy est à nouveau omniprésent sur la scène médiatique. Cet homme de réseaux et d’influence, qu’un académicien avait décrit comme le « vrai maître de la diplomatie » française, continue de justifier l’intervention de l’OTAN contre le régime libyen avec des arguments irréalistes. En effet, il estime que cette campagne a « évité à la Libye un destin syrien », en ce qu’elle aurait empêché Kadhafi d’« aller au bout de (…) projets meurtriers » pourtant loin d’être avérés. Nous allons montrer que ce raisonnement est invalide en résumant l’intervention clandestine et massive de l’Occident dans la guerre en Syrie, et en analysant une étude sur le conflit libyen parue dans Foreign Affairs, la revue du Council on Foreign Relations(CFR). En 2006, « devant les invités [de ce] prestigieux think tank new-yorkais, Lévy (…) confirm[a] qu’il partage “la vision morale et l’hostilité des néoconservateurs pour les Saddam, mollah Omar et Milosevic”. » Rapportant cet aveu, L’Express n’établit pas de lien entre cette posture « antitotalitaire » et les intérêts stratégiques des États-Unis et de leurs alliés en Irak, en Afghanistan et en ex-Yougoslavie.

Cinq ans plus tard, cette même « vision morale » justifiera la campagne de l’OTAN contre la Libye, occultant les véritables buts de guerre de l’Élysée et de ses partenaires, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Qatar. Rendu public à la suite de l’Emailgate, un mémo confidentiel adressé à Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’État explicita « cinq facteurs motivant l’engagement de Nicolas Sarkozy à mener cette guerre en Libye : un désir d’obtenir une plus grande partie du pétrole libyen ; accroître l’influence française en Afrique du Nord ; améliorer sa situation politique intérieure en France ; offrir à l’armée française une chance de rétablir sa position dans le monde ; répondre à l’inquiétude de ses conseillers concernant les plans à long terme de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique de l’Ouest ». Et comme l’a rapporté Régis Soubrouillard, BHL aurait « clairement fait savoir aux responsables du CNT qu’ils “avaient une dette envers la France au vu de son soutien précoce et que Sarkozy avait besoin de quelque chose de tangible à présenter aux leaders politiques et économiques français”. » Ces révélations confirment que l’humanisme fut le principal facteur de l’intervention occidentale en Libye…

Dans une tribune publiée le 16 mars 2011, Bernard-Henri Lévy et d’autres figures du Meilleur des Mondes avancèrent que Kadhafi « mitraille les populations civiles, “purge” les villes des opposants et fait régner la terreur. » Or, ces accusations ne résistent pas à l’épreuve des faits. Comme l’avait déclaré Rony Brauman, qui était initialement favorable à une intervention de l’OTAN,

« [l]’aventure libyenne est elle-même partie d’une manipulation médiatique caractérisée. Ce qui a décidé Sarkozy et Obama a été le mitraillage aérien des manifestants de Tripoli le 21 février, une fausse information diffusée par Al-Jazira sur la base d’un simple témoignage téléphonique. Or il n’y a pas eu de manifestations à Tripoli et encore moins d’avion mitraillant la foule. Aucun des médias dominants n’a daigné faire la moindre vérification. La première page du récit de Bernard-Henri Lévy La Guerre sans l’aimer débute là-dessus : alors au Caire pour soutenir le Printemps arabe, il est sur le point de rentrer en France quand il voit sur les écrans de l’aéroport les avions attaquer en piqué la foule. Il prend soin de préciser que l’importance d’un événement c’est son commencement. À raison : ce commencement-là n’a pas eu lieu, c’était un énorme montage propagandiste, et qui donnait le ton de la suite. »

À cette époque, la nécessité d’une action militaire était presque unanimement défendue par des médias qui, malgré les dérives du journalisme de meute et de la propagande de guerredéplorentqu’un nombre grandissant de citoyens ne leur fait plus confiance.

En Libye, la campagne de l’OTAN a prolongé la guerre et alourdi le bilan humain

Depuis le renversement de Mouammar Kadhafi, la situation sécuritaire en Libye est de plus en plus préoccupante. De ce fait, un nouvel engagement occidental dans ce pays semble inévitable, bien qu’il comporte de sérieux risques. Selon l’ancien diplomate Patrick Haimzadeh, en « [r]eléguant aux oubliettes la question cruciale de la reconstruction d’un État légitime et inclusif, une telle opération aurait toutes les chances de poser davantage de problèmes qu’elle n’est censée en résoudre ». Cet expert de la Libye considère notamment qu’une nouvelle action militaire occidentale pourrait renforcer Daech. Malgré cette impasse stratégique, Bernard-Henri-Lévy ne regrette rien et continue de qualifier cette intervention de « juste ». En son temps, Socrate avait déclaré que « [l]e mal vient de ce que l’homme se trompe au sujet du bien. » Comme d’autres « orateurs », BHL estime que cette intervention a empêché Kadhafi de tuer massivement son peuple. Or, une analyse du contexte réel précédant cette campagne de l’OTAN nous amène à la conclusion inverse : cette opération a prolongé ce conflit et elle en a dramatiquement alourdi le bilan humain, alors que les troupes libyennes reprenaient le contrôle du pays en essayant d’épargner les civils.

Dans Foreign Affairs, la revue du prestigieux CFR, l’universitaire Alan Kuperman a démontré que l’ampleur de la répression de Mouammar Kadhafi avait été grandement exagérée par les médias et les défenseurs d’une action militaire de l’OTAN. D’après cet expert,

« [b]ien que la Maison Blanche ait justifié sa mission en Libye par des motifs humanitaires, cette intervention a en fait nettement aggravé le bilan humain dans ce pays.Tout d’abord, il s’est avéré que la répression de Kadhafi a été bien moins meurtrière que ne l’indiquaient alors les médias. Dans l’Est libyen, où l’insurrection a démarré sous la forme de manifestations pacifiques ou violentes, Human Rights Watch a recensé seulement 233 morts durant les premiers jours des combats, et non 10 000 comme l’avait avancé la chaîne saoudienne Al Arabiya. En vérité, comme je l’avais documenté en 2013 dans dans [la revue universitaire] International Security, entre le début de la rébellion à la mi-février 2011 et l’intervention de l’OTAN à la mi-mars, seulement un millier de Libyens avaient été tués, dont des soldats et des rebelles. Dans cette période, un article d’Al Jazeera largement cité par les médias occidentaux avança que l’armée de l’air de Kadhafi avait mitraillé et bombardé des civils à Benghazi et à Tripoli. Or, selon le professeur Hugh Roberts, de la Tufts University, “cette histoire était fausse”, comme il l’a démontré dans une longue enquête publiée par la London Review of BooksAu contraire, en s’efforçant de minimiser les pertes civiles, les troupes de Kadhafi s’étaient abstenues d’avoir recours à la violence indiscriminée. »

En citant des sources crédibles, ce spécialiste expose d’autres manipulations médiatiques ayant motivé l’intervention de l’OTAN. À l’initiative de la tribune du 16 mars 2011, que Bernard-Henri Lévy a cosignée, l’écrivain Dominique Simonnet déclara en août 2014 que « Kadhafi était en train de massacrer son peuple dans une abomination sans nom. Je pense qu’il était impossible de ne pas dire : “Faisons quelque chose, nous qui avons les moyens d’intervenir”. » Que Monsieur Simonnet en ait conscience ou pas, cet argument censé réaffirmer le bienfondé de la campagne de l’OTAN en Libye est indiscutablement faux, comme l’a démontré M. Kuperman dans Foreign Affairs :

« [A]u moment de l’intervention, la violence en Libye était sur le point de cesser. Les troupes bien équipées de Kadhafi avaient mis en déroute les rebelles désorganisés, qui rentraient chez eux. À la mi-mars 2011, les forces gouvernementales s’apprêtaient à reprendre le dernier bastion rebelle de Benghazi, afin de mettre un terme à ce conflit qui n’avait engendré que 1 000 décès en un mois. Or, à ce moment précis, des expatriés libyens basés en Suisse, qui étaient liés aux rebelles, ont lancé des mises en garde sur l’imminence d’un “bain de sang” à Benghazi – [des propos alarmistes] dûment repris par les médias occidentaux, mais qui se sont avérés être de la pure propagande. En vérité, le 17 mars [2011], Kadhafi s’engagea à protéger les civils à Benghazi, comme il l’avait fait avant de reprendre les autres villes libyennes, ajoutant que ses forces “laissaient la possibilité” aux rebelles de se réfugier en Égypte. En résumé, les insurgés allaient perdre la guerre, donc leurs agents d’influence à l’étranger agitèrent le spectre du génocide pour susciter une intervention de l’OTAN – ce qui fonctionna à merveille. Il n’existe aucune preuve que Kadhafi avait planifié ou envisagé une campagne de tueries contre la population. Certes, le gouvernement avait tenté d’intimider les rebelles en promettant de les traquer sans relâche. Mais Kadhafi n’a jamais mis ces menaces à exécution en visant les civils. »

Dans son étude, Alan Kuperman analysa de nombreux chiffres relatifs aux décès survenus depuis le lancement de l’opération occidentale en Libye. Il en a déduit qu’avant cette campagne de l’OTAN, la guerre civile était sur le point de se conclure, après avoir engendré « seulement » 1 000 décès. Selon lui, « depuis cette intervention, la Libye a souffert d’au moins 10 000 morts supplémentaires. En d’autres termes, il semblerait que l’opération de l’OTAN ait multiplié par dix le nombre de morts violentes » dans ce pays. Bien entendu, en l’absence d’étude épidémiologique crédible, le bilan humain de cette guerre reste impossible à déterminer. Dans tous les cas, il est clair que des manipulations médiatiques de grande ampleur ont altéré notre perception du « Printemps arabe » libyen, justifiant une campagne militaire aux conséquences désastreuses. À cette époque, toujours selon M. Kuperman,

« [l]’intervention en Libye pourrait aussi avoir encouragé la violence en Syrie. En mars 2011, le soulèvement [dans ce pays] était encore largement non-violent et la réponse du gouvernement d’Assad, bien que criminellement disproportionnée, était relativement circonscrite, générant environ 100 morts par semaine. Après que l’OTAN eut donné l’avantage aux rebelles en Libye, les révolutionnaires syriens se sont tournés vers la violence à l’été 2011, s’attendant probablement à susciter une telle intervention. “C’est pareil que Benghazi”, déclarait alors un rebelle syrien au Washington Post, ajoutant : “Nous avons besoin d’une zone de non survol”. Il en résulta une escalade majeure du conflit en Syrie, ce qui générait au moins 1 500 morts par mois à partir de l’année 2013, un nombre 15 fois supérieur. »

Ainsi, il ressort de cette étude que, loin d’avoir « évité à la Libye un destin syrien », cette intervention de l’OTAN contre le régime de Mouammar Kadhafi a prolongé jusqu’à présent un conflit qui allait s’éteindre, tout en incitant les Syriens à militariser leur rébellion – parallèlement à l’infiltrationd’« al-Qaïda en Irak » (AQI) durant l’été 2011 pour combattre le régime el-Assad. Mais le lien entre ces deux conflits est encore plus évident lorsque l’on s’intéresse aux politiques profondes occidentales durant la guerre en Libye. En août 2014, le Washington Post a publié un important article intitulé « Les terroristes qui nous combattent aujourd’hui ? Nous venons tout juste de les entraîner ». D’après cette analyse,

« [a]u cours de nombreux entretiens menés ces deux derniers mois [avec des membres de l’État Islamique et du Front al-Nosra], ils ont décrit comment l’effondrement sécuritaire durant le Printemps arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser en leur faveur la stratégie occidentale – c’est-à-dire le soutien et l’entraînement de milices afin de combattre des dictateurs. “Des Britanniques et des Américains nous avaient [également] entraînés durant le Printemps arabe en Libye”, d’après un homme surnommé Abou Saleh, qui a accepté d’être interrogé si son identité restait secrète. [Ce dernier], qui est originaire d’une ville proche de Benghazi, affirma qu’un groupe de Libyens et lui-même avaient bénéficié dans leur pays d’entraînements et de soutien de la part des forces [spéciales] et des services secrets français, britanniques et états-uniens – avant de rejoindre le Front al-Nosra ou l’État Islamique [en Syrie]. Interrogées pour cet article, des sources militaires arabes et occidentales ont confirmé les affirmations d’Abou Saleh, selon lesquelles des rebelles en Libye avaient bénéficié d’“entraînements” et d’“équipements” durant la guerre contre le régime de Kadhafi. »

Le grand reporter Seymour Hersh a mis en lumière d’autres liens entre ces deux conflits, décrivant un réseau d’approvisionnement en armes des rebelles anti-Assad organisé depuis Benghazi. Selon M. Hersh, durant l’été 2013, « le flux secret d’armes en provenance de Libye pour équiper l’opposition syrienne via la Turquie était en place depuis plus d’un an, ayant été lancé peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011. L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi, avec l’aval du Département d’État [et la participation présumée de] l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens [, qui] fut tué lors d’une manifestation anti-américaine à Benghazi ». Peut-on alors parler de « non intervention » occidentale contre le régime el-Assad, une « inaction » que BHL fustige pour minorer l’ampleur du désastre libyen ? Afin de répondre à cette question, étudions de plus près les opérations clandestines de la CIA et de ses partenaires.

En Syrie, la guerre secrète de l’Occident et de ses alliés proche-orientaux a aggravé le conflit

Malgré le chaos que subit le peuple libyen, Bernard-Henri Lévy estime que la campagne de l’OTAN était préférable à la « non intervention » en Syrie – un argument qu’il avait déjà formulé lors d’un exposé controversé à l’IHEDN. Or, ce raisonnement de BHL n’est pas conforme au réel, car cette « non intervention » militaire des pays occidentaux relève du mythe.

En effet, bien que les puissances de l’OTAN et leurs alliés n’ont pas lancé de guerre ouverte contre le régime el-Assad, j’ai documenté l’année dernière une véritable guerre secrète multinationale de la CIA. Comme l’a récemment dévoilé le New York Times, cette opération fut baptisée Timber Sycamore, et elle a été principalement financée par l’Arabie saoudite. En juin 2015, elle avait été décrite par le Washington Post comme « “l’une des plus grandes opérations clandestines” [de la CIA], dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. »

Cette guerre secrète de grande ampleur a alimenté dès janvier 2012 l’essor du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, dont l’« État Islamique » faisait partie intégrante jusqu’à la scission d’avril 2013. À différents degrés, cette campagne a mobilisé de nombreuses agences moyen-orientales et occidentales, y compris les services spéciaux français, comme me l’avait confirméle député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud. Si l’on observe les dernières estimations de l’OSDH, sur un nombre total d’environ 260 000 victimes, la guerre en Syrie a tué environ 76 000 civils, donc approximativement 184 000 combattants. Reprenant les chiffres de cette organisation, Le Figaro soulignait en août dernier que « le bilan le plus lourd se trouve du côté des forces du régime avec 88 616 morts, soit un tiers des personnes décédées durant cette guerre ». Sans le soutien extérieur massif de l’Occident, de la Turquie et des pétromonarchies du Golfe, la rébellion n’aurait pu être aussi meurtrièrement efficace. En octobre 2015, l’universitaire Joshua Landis assura qu’« entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ». Cette politique profonde a donc fortement aggravé ce conflit, en renforçant des réseaux extrémistes officiellement désignés comme nos ennemis.

Depuis le début de la guerre en 2011, l’OSDH a recensé plus de 40 000 jihadistes étrangers morts en Syrie. Récemment, un haut gradé de l’état-major français estimait que, sur environ 100 000 rebelles anti-Assad, « 80 000 (…) appartiennent soit à des groupes terroristes désignés comme tels par les Nations Unies, soit à des groupes salafistes extrémistes. » Or, il est de notoriété publiquequ’en Syrie, les différentes factions jihadistes ont été appuyées par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Moins exposée dans les médias, la complicité des services occidentaux dans cette politique clandestine est dorénavant indiscutable. En octobre dernier, une parlementaire états-unienne avait publiquement dénoncé le soutien d’al-Qaïda par la CIA afin de renverser Bachar el-Assad. Plus récemment, en se basant sur des témoignages de hauts responsables de la sécurité nationale, Seymour Hersh confirma que le Pentagone était hostile à cette politique de l’Agence, puisqu’elle renforçait des factions jihadistes susceptibles de s’emparer du pouvoir. Le Président Obama ayant intensifié cette guerre secrète à partir de septembre 2013, le raisonnement de Bernard-Henri Lévy sur la « non intervention » occidentale en Syrie est donc totalement biaisé.

Conclusion : avant toute intervention, seuls les experts doivent influencer l’État

Se référant à « l’art de la guerre » et au krach de 2008, l’économiste Jacques Sapir a récemment souligné qu’en matière de conflits armés comme de crises financières, les décideurs « doivent réagir dans un temps très court et (…), bien souvent, [ils] n’ont pas les moyens (ou les capacités) de peser complètement le pour et le contre de leurs actions. Ils prennent alors des décisions importantes sur la base de paris, de règles heuristiques, qui peuvent être validées ou invalidées par la suite des événements. C’est ce qui rapproche la décision financière de la décision militaire. » Néanmoins, lorsque la sécurité nationale n’est pas en péril, et que les risques d’un génocide ne sont pas clairement établis, une telle urgence décisionnelle n’est pas justifiée – n’en déplaise à ces « orateurs » dont les velléités interventionnistes sont traditionnellement conformes aux intérêts de Washington.

Néanmoins, dans le cadre d’une campagne de Libye qui semblait préméditée, l’urgence décisionnelle n’est pas la clé du problème. Afin d’éviter la répétition d’un tel désastre, qui a eu comme conséquence de déstabiliser l’ensemble de l’Afrique du Nord et du Sahel, il faudrait ôter au chef de l’État le pouvoir discrétionnaire de déclencher une intervention lorsque notre sécurité nationale n’est pas directement et immédiatement menacée. En effet, une véritable frénésie guerrière a investi les locataires de l’Élysée depuis l’ère Sarkozy, ce qui dégrade nos capacités militaires et nous engage dans des conflits inextricables. Et comme l’a pertinemment souligné Jean-Claude Guillebaud,

« [Gaston Bouthoul] écrivait en 1951 que, contrairement à l’idée répandue selon laquelle les démocraties ne font pas la guerre, les dirigeants des démocraties sont toujours tentés de faire la guerre, car celle-ci les “sanctifie” en faisant d’eux des personnages incritiquables. La guerre offre l’opportunité de croire que l’on est du côté du bien et cela de manière indiscutable. Le corollaire de cela est que les démocraties diabolisent leur ennemi au-delà de ce qui est nécessaire. Souvenons-nous de Saddam Hussein : il était notre allié contre l’Iran puis les choses ont changé et il est devenu un nouvel Hitler. Pour le chef de l’État, il est plus “facile” de faire la guerre que de combattre le chômage. La guerre offre des résultats immédiats et quantifiables. Elle est propice aux grandes envolées lyriques et patriotiques. C’est pourquoi elle les fascine, assez naïvement d’ailleurs. On l’a vu avec Nicolas Sarkozy en Libye, puis François Hollande au Mali. »

Alors que l’État ne parvient pas à redresser l’économie, cette frénésie guerrière devient presque irrationnelle, au vu de la multiplication des déclarations martiales de Manuel Valls et de François Hollande depuis le 13-Novembre. Accordant un pouvoir militaire exorbitant au chef de l’État, la Constitution doit être réformée utilement. En effet, la multiplication des opérations extérieures nous a précipités vers un état de guerre perpétuelle, induisant une forme d’état d’urgence permanent qui menace notre démocratie. Ainsi, en cas d’agression militaire étrangère ou d’insurrection armée, le Président doit garder la capacité de réagir immédiatement. Mais lorsque la France n’est pas directement menacée, comme en Libye (2011) ou en Syrie (2013), il est indispensable de modifier l’article 35 de la Constitution afin que le Parlement autorise a priori le chef de l’État à déclencher toute action militaire de grande ampleur.

Pour qu’une telle décision soit la plus rationnelle possible, nos parlementaires devraient en étudier l’opportunité grâce à un collège de spécialistes de l’IHDENqui est l’« établissement public administratif français d’expertise et de sensibilisation en matière de Défense, placé sous la tutelle directe du Premier ministre ». La polémique précédant la conférence de Bernard-Henri Lévy au sein de cette institution est symptomatique de l’influence démesurée de cet homme dans les arcanes décisionnels français, ce qu’avait souligné Jean-Christophe Rufin en le qualifiant de « ministre des Affaires étrangères officieux ». Cet état de fait n’est plus tolérable, et l’exemple libyen nous démontre qu’il est même dangereux. Afin de réintroduire de la rationalité dans la politique étrangère de l’Exécutif, l’IHEDN doit être considéré comme le seul organisme légitime pour conseiller les autorités sur les questions stratégiques et militaires. Les « orateurs » trop influents, qui prônent un interventionnisme à géométrie variable, doivent être mis à l’écart du débat public. En effet, ils ont défendu des actions militaires désastreuses en se trompant lourdement dans leurs diagnostics et leurs prévisions, comme certains d’entre eux l’ont admis concernant l’Irak, mais comme ils refusent de le concéder au sujet de la Libye. Et puisqu’il ne dispose d’aucune légitimité légale, Bernard-Henri Lévy doit être écarté des processus décisionnels aboutissant à la guerre, un acte trop grave pour être justifié par l’émotion populaire – à plus forte raison lorsqu’elle est exacerbée par de faux prétextes humanitaires.

Maxime Chaix

Source : Maxime Chaix, 07-02-2016

 

20 réponses à Bernard-Henri Lévy, selon le CFR, l’Occident a aggravé la guerre en Libye puis en Syrie, par Maxime Chaix

Commentaires recommandés

Spectre Le 29 février 2016 à 02h39
 
 

Bon article. Avant toute intervention (hors menace directe), il devrait surtout y avoir un référendum obligatoire ; les sans-dents voteraient systématiquement non, donc problème réglé. Pour être bien sûr d’euthanasier le bellicisme de nos “Young Leaders,” on en profiterait pour rétablir le crime de haute trahison, immédiatement appliqué en cas de tentative de contournement du non. Mais bon, tout ceci supposerait d’être en démocratie. L’absence de mobilisation d’ampleur contre les sales guerres de l’OTAN est également un gros problème ; le peuple devrait se saisir de la question puisqu’il finit toujours par payer la facture, que ce soit en dépenses militaires, mouvements migratoires ou attentats vengeurs.

Sinon, je n’ai pu m’empêcher de tiquer devant l’incroyable cynisme de ce pitre osant intituler son livre “La guerre sans l’aimer”. Peut-on faire pire sur l’échelle de l’indécence ? Peut-être “Le capital sans en profiter” par les banksters de Goldman Sachs ? Ou bien “Les colonies sans y habiter” par un collectif israélien ? “Les promesses sans y croire” aux éditions Moi Président ?…

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Lavrov : il n’y a pas de plan B en Syrie, et il n’y en aura pas - Russia Today

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #L'OTAN.

Lavrov : il n’y a pas de plan B en Syrie,
et il n’y en aura pas - Russia Today

jeudi 25 février 2016, par Comité Valmy

Lavrov : il n’y a pas de plan B en Syrie, et il n’y en aura pas

Le ministre russe des Affaires étrangères a exclu l’existence, dans le présent ou le futur, d’un plan B concernant le règlement de la crise en Syrie, contrairement à ce qu’a commenté John Kerry, qui a prévu la partition de la Syrie en cas d’échec.

 

« On a tout dit sur ce plan B : il n’y en a pas, et il n’y en aura pas. Personne [ni la Russie, ni les Etats-Unis] ne l’envisage », a martelé Sergueï Lavrov, en répondant à la question des journalistes lui demandant de commenter la proposition des Etats-Unis sur les différents scénarios possibles pour l’avenir de la Syrie.

 

Le 22 février, les présidents russe et américain ont annoncé qu’un accord sur un plan de paix en Syrie avait été atteint. Le cessez-le-feu entre les troupes militaires syriennes et les groupes d’opposition entrera en vigueur le 27 février. Cependant, cet accord ne s’applique pas à l’Etat islamique (Daesh) et au Front al-Nosra (branche d’Al-Qaïda en Syrie) . Vladimir Poutine a déclaré que ces organisations terroristes seraient prises pour cible jusqu’à leur anéantissement complet.

 

Le 23 février déjà, le secrétaire d’Etat John Kerry avait annoncé que les Etats-Unis discutaient d’un soi-disant plan de sauvegarde qui pourrait avoir des conséquences, notamment sur la fin de l’unité de la Syrie. « Si nous attendons plus longtemps, il risque d’être trop tard pour conserver l’unité de la Syrie », a-t-il déclaré devant la commission du Sénat américain. Dans ce plan alternatif, John Kerry n’a pas écarté le renforcement de l’engagement militaire américain en Syrie.

 

La Russie et la Syrie ont réagi négativement à cette proposition ambiguë. Ainsi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhail Bogdanov a déclaré que Moscou ne prévoyait aucun plan alternatif. « Nos partenaires occidentaux nous rendent perplexes, notamment les Etats-Unis, qui mentionnent l’existence d’une sorte de plan B », a-t-il indiqué.

 

Quant à Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, il a déclaré que la priorité russe restait de « réaliser le plan, l’initiative exprimée par les deux présidents ».

 

Damas n’est pas non plus au courant du plan B américain, a déclaré un conseiller du président syrien Bachar el-Assad, Bouthaina Shaaban. « Je ne sais pas si ces déclarations ont été faites pour exercer une pression. De toute façon, aucune pression n’a besoin d’être exercée sur le gouvernement syrien, qui est d’accord avec l’initiative russo-américaine », a-t-il dit.

 

25 février 2016

Source :

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