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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la guerre en syrie - depuis le 20 aout 2013 tag

Syrie : La chute d’Idlib est-elle liée aux négociations nucléaires avec l’Iran?

4 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #ISIL, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine, #Daesch, #AMERIQUE, #L'OTAN.

Syrie : La chute d’Idlib est-elle liée aux négociations nucléaires avec l’Iran?


Le 28 mars 2015 – Source Moon of Alabama

Il y a une dizaine de jours, il était question d’une attaque djihadiste imminente sur Idlib au nord-ouest de la Syrie. Idlib, une ville du gouvernorat qui comptait autrefois 100 000 habitants, se trouve à seulement quelques kilomètres de la frontière turque et les forces gouvernementales syriennes ne pouvaient plus y accéder que par un étroit couloir.

Il y a trois semaines, le gouvernement turc a fermé au trafic civil tous les postes frontaliers entre la Turquie et la Syrie. Il y a quatre jours, une coalition formée de Jabhat al-Nusra (l’affilié d’al-Qaïda en Syrie), le groupe islamiste Ahrar Al-Shams et quelques plus petits groupes s’est lancée à l’assaut d’Idlib. Au moins 1 500 combattants ont pris part à l’attaque. Quatre énormes attentats suicides motorisés perpétrés aux check points du gouvernement ont brisé ses défenses extérieures.

 

L’armée syrienne a envoyé des renforts, mais ils n’ont pas suffi à contenir les attaques sur trois fronts simultanés. Les forces gouvernementales ont reculé aujourd’hui et ont formé une nouvelle ligne de front au sud de la ville. Jabhat al-Nusra a publié des vidéos montrant ses combattants au centre de la ville, qui semblait vide. Cette carte de Peto Lucem montre la situation actuelle.

    agrandir l’image

D’après les vidéos et photos prises à Idlib, on peut voir que très peu de véhicules ont été capturés. Un T-62 semble avoir été détruit et puis seulement un autre, et trois véhicules de transport de troupes ont été capturés. Ceci signifie sans doute que le gouvernement avait déjà retiré ses armes lourdes et était prêt à céder la ville à ses adversaires.

Dans la situation actuelle, la ville était de peu de valeur stratégique, militaire ou économique, et elle était difficile à tenir et à approvisionner. Y renoncer tout en intensifiant les efforts dans des endroits plus stratégiques du sud et des environs de Damas est la bonne décision d’un point de vue purement militaire, mais c’est toujours dommageable du point de vue de la politique et de la propagande de guerre.

Quoiqu’il en soit, étant donné le soutien évident du voisin turc (et étasunien) à Jabhat al-Nusra et à d’autres groupes djihadistes, défendre la ville contre une attaque vigoureuse aurait nécessité des forces disproportionnées et aurait affaibli les défenses en d’autres endroits.

C’est une coïncidence intéressante que trois événements se produisant simultanément dans trois pays,

– l’attaque sur Idlib,

– l’intervention américaine contre la milice chiite à Tikrit,

– l’attaque wahhabite sur le Yémen,

semblent tous avoir pour effet d’affaiblir les forces alliées à l’Iran. Et cela au moment précis où les négociations sur le programme nucléaire de l’Iran en Suisse sont au point culminant. Faut-il en déduire que ces attaques ont été coordonnées par une direction centrale pour affaiblir la position (psychologique) de l’Iran dans les négociations nucléaires ?

Traduit par Dominique Muselet, relu par jj pour le Saker Francophone.

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M. Harper que vont faire nos soldats en Syrie ? Par Oscar Fortin

29 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Terrorisme, #Le grand banditisme, #La finance dérégulée, #La France

M. Harper que vont faire nos soldats en Syrie ?

Par Oscar Fortin

Mondialisation.ca, 21 mars 2015

M. Harper que vont faire nos soldats en Syrie ?  Par Oscar Fortin

 

Les journaux de fin de semaine couvraient une déclaration de notre Premier ministre canadien à l’effet que l’armée canadienne était prête pour une mission en Syrie. En tant que Canadien, je demande à M. Harper sur la base de quels principes l’armée canadienne irait en Syrie.

Le Canada, du temps de Lester B. Pearson, prix Nobel de la paix et premier ministre canadien, avait la réputation d’un pays respectueux du droit international ainsi que des institutions multilatérales rattachées aux Nations Unies. L’élaboration de ses politiques internationales tout autant que ses interventions dans des pays tiers inspiraient respect et confiance.

Le peuple canadien se doit de connaître les fondements ainsi que les objectifs recherchés par une intervention du Canada en Syrie. Il est important que le Peuple canadien sache si son gouvernement suit les règles du droit international ou s’il s’est converti en délinquant par rapport à ces mêmes règles.

En Syrie, il y a un gouvernement légitime qui dirige le pays au service des intérêts prioritaires du peuple syrien avec plus de 50 % de son électorat tout comme, ici au Canada, nous avons un gouvernement qui, avec moins de 25 % de l’électorat et moins de 40 % des votes émis aux urnes,  gouverne, nous l’espérons bien, en fonction des intérêts prioritaires du Peuple canadien. Tout ceci pour dire que le gouvernement de Syrie a toute la légitimité d’un gouvernement qui agit conformément au droit international et qui, de ce fait, a droit à toutes les prérogatives d’un État souverain et indépendant.

S’il fallait que le Canada envoie ses soldats en territoire syrien sans que ce soit en accord avec les autorités syriennes, il se convertirait en un pays délinquant et promoteur de terrorisme contre un gouvernement légitime.  M. Harper sait mieux que quiconque que les changements de régime sont ceux voulus par le peuple dans le cadre d’un processus démocratique et constitutionnel. Toute tentative d’interférer dans ce processus devient antidémocratique et tout à fait illégale.

Que dirait M. Harper si des gouvernements étrangers s’improvisaient pour créer au Canada des conditions pour un changement de régime ? Il aurait vite fait de dire que cette responsabilité incombe au Peuple canadien et non aux pays ou puissances étrangères.

Je demande donc à M. Harper de nous dire sur quelles bases le Canada s’autoriserait à envoyer ses forces armées en Syrie. Je demande également aux chefs des divers partis d’opposition ainsi qu’aux députés (es) d’exiger de M. Harper des réponses claires sur cette question. Des élections s’en viennent et le moment est propice pour que le Peuple canadien ait la possibilité de se prononcer sur les questions de politiques étrangères et sur les principes qui orientent l’usage des forces armées canadiennes dans les pays étrangers. Ce sont des milliards de dollars que le gouvernement canadien y investit. Il est important que nous sachions

Ce n’est pas parce que nous sommes à proximité d’un pays délinquant dans ses interventions étrangères que les Canadiens doivent le suivre. Je crois que le Canada doit retrouver sa personnalité, celle d’un pays indépendant et souverain, profondément attaché au respect du droit international et définitivement opposé à toute combine visant à s’en détourner. Il ne peut se permettre d faire indirectement ce que la loi ne permet pas de faire directement.

Je termine, en relevant un dernier fait, tout récent,  que nos médias n’ont pas vraiment relevé, mais qui dit jusqu’où le gouvernement canadien peut en arriver dans sa délinquance internationale.  Il s’agit du rôle joué par une professionnelle de l’Ambassade du Canada à Caracas, Venezuela, dans la préparation d’un coup d’État militaire qui fut heureusement démontée par les autorités vénézuéliennes le 11 février dernier, le jour précédent son exécution. Cette personne de notre Ambassade, de mèche avec les auteurs de ce plan criminel de renversement d’un gouvernement démocratique et légitime, avait cueilli des informations sur l’aéroport où devait se poser l’avion dont la mission était de bombarder diverses cibles de l’actuel gouvernement. Cette intervention de l’Ambassade du Canada contre un gouvernement démocratique et légitime de l’Amérique latine l’associe aux politiques interventionnistes des États-Unis dont la réputation de délinquant international n’est plus à faire. La réputation internationale du Peuple canadien s’en trouve profondément affectée.  Par de telles complicités, le Canada y perd son âme et sa dignité.

Le gouvernement canadien doit se positionner sans équivoque contre la délinquance interventionniste dans les questions internes des autres pays et pour le respect du droit international tel qu’énoncé par les Nations Unies. Les politiques internationales du Canada doivent être fonction des intérêts prioritaires des canadiens et non de ceux des administrations étasuniennes dont les intérêts ne sont pas les mêmes.

Je ne pense pas que l’on puisse combattre le terrorisme en se transformant soi-même en terroriste, se plaçant au dessus des lois internationales et des droits ides peuples à disposer d’eux-mêmes. L’occasion est tout indiquée pour aborder ces questions de grande importance. Ces questions doivent s’étendre au pourquoi de la présence canadienne en Ukraine, en Irak et en divers autres endroits dont on se garde bien d’en informer le peuple canadien.

Il est temps que ceux et celles qui ont l’ambition d’un Canada indépendant et souverain prennent la parole pour questionner ces autorités qui se permettent de décider, derrière des portes closes, des plans de conquêtes et de domination qui n’ont rien à voir avec les intérêts légitimes du peuple canadien. Il est temps que les canadiens et les canadiennes sachent et débattent de ce que le Canada fait des milliards de dollars investis dans les Forces armées canadiennes et dans ses missions à l’étranger.

 Oscar Fortin

Le 21 mars 2015

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Le plan impérialiste de treize ans pour la Syrie, par Slobodan Eric

28 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL, #Les transnationales

Le plan impérialiste de treize ans pour la Syrie

Ce n’est que progressivement que toutes les pièces du puzzle se mettent place. Dans cet entretien à la revue serbe Geopolitika, Thierry Meyssan explique ce qu’il comprend aujourd’hui du plan impérialiste élaboré par Washington pour le Proche-Orient, en 2001. Il observe son échec face aux résistances populaires et note que nous en paierons tous les conséquences, à la fois les peuples opprimés et ceux qui ont cru pouvoir les dominer.

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Thierry Meyssan, analyste et consultant politique

Geopolitika : Cher Monsieur Meyssan, pourriez-vous —pour les lecteurs de Geopolitika— expliquer brièvement ce qu’il se passe en ce moment en Syrie, puisqu’en suivant les informations des grandes chaînes de télévision et les rapports de l’Observatoire Syrien des droits de l’Homme de Londres, on n’arrive pas à comprendre la situation réelle dans ce pays en guerre. Il nous semble qu’un vent positif souffle pour le président Assad, l’armée syrienne et toutes les forces patriotiques défendant la Syrie après l’initiative russe concernant la suppression des armes chimiques qui a détruit le plan de l’intervention états-unienne et de l’Otan.

Thierry Meyssan : Selon les États membres de l’Otan et du Conseil de coopération du Golfe (CCG), les Syriens se sont révoltés contre leur gouvernement, il y a trois ans, par mimétisme avec les Africains du Nord. C’est ce que l’on appelle le « printemps arabe ». Le gouvernement, ou plutôt « le régime », c’est plus méprisant, y a répondu par la force et la brutalité. Depuis 2011, la répression aurait fait plus de 130 000 morts. Cette version est étayée par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme qui diffuse une comptabilité des victimes.

La réalité est très différente. Au moment des attentats du 11-Septembre, les États-Unis ont décidé de détruire un certain nombre de pays, dont la Libye et la Syrie. Cette décision a été révélée par l’ancien commandeur suprême de l’Otan, le général Wesley Clark, qui y était opposée. Il s’agissait de créer une unité politique, du Maroc à la Turquie, autour des Frères musulmans, d’Israël et de la globalisation économique. En 2003, après la chute de l’Irak, le Congrès a adopté le Syria Accountability Act qui donne le pouvoir au président des États-Unis d’entrer en guerre contre la Syrie sans avoir besoin de repasser devant le Parlement. En 2005, les États-Unis ont utilisé l’assassinat de Rafik Hariri pour accuser le président Bachar el-Assad de l’avoir commandité et ont créé le Tribunal spécial pour le Liban de manière à le condamner et à entrer en guerre contre son pays. Cette accusation s’est effondrée dans le scandale des faux témoins. En 2006, Washington a sous-traité une guerre contre le Hezbollah à Israël, dans l’espoir d’impliquer la Syrie. En 2007, les États-Unis ont organisé et financé des groupes d’opposition en exil autour des Frères musulmans. En 2010, ils ont décidé de sous-traiter cette guerre et celle contre la Libye à la France et au Royaume-Uni qui ont, pour cela, conclu le Traité de Lancaster House. En 2011, l’Otan a envoyé secrètement des commandos en Syrie pour y semer la panique et la désolation. Après la chute de la Libye, ils ont déplacé le centre de commandement de leurs armées de terre à Izmir en Turquie et les combattants libyens d’Al-Qaida au Nord de la Syrie. Cette guerre d’agression a coûté la vie à 130 000 Syriens et à un très grand nombre de combattants étrangers.

Depuis le mois d’août-septembre 2013 et la crise des armes chimiques, les États-Unis ont admis qu’ils ne parviendraient pas à renverser l’État syrien. Ils ont interrompu leurs livraisons d’armes et les jihadistes étrangers ne pouvaient plus compter que sur Israël, la France et l’Arabie saoudite. Partout, l’armée loyaliste a repris du terrain et les bandes armées sont en déroute, sauf dans le Nord du pays. Cependant, Washington bloque la paix en Syrie tant qu’il n’aura pas réussi à imposer son règlement de la question palestinienne.

Geopolitika : Quelles sont les conséquences de la défaite de l’Armée syrienne libre, soutenue par l’Occident ? Quelle est la situation à Alep et sur les autres fronts de bataille ? Qui finance et soutient Al-Nosra, Al-Qu’aida et les autres groupes islamistes extrémistes ? Est-ce que les islamistes radicaux, même s’ils ne sont pas tellement populaires, sont des guerriers de second rang qui attaquent la Syrie pour le compte de l’Occident ?

Thierry Meyssan : Au début, l’Otan avait choisi de livrer une guerre de 4ème génération. Il s’agissait de noyer la population syrienne sous un flot de fausses informations visant à lui faire croire que le pays s’était soulevé et que la révolution avait triomphé, de sorte que chacun accepte fatalement un changement de régime. Le rôle des groupes armés était de mener des actions symboliques contre l’État —par exemple contre les statues d’Hafez el-Assad, le fondateur de la Syrie moderne— et des actions terroristes pour intimider les gens et les contraindre à ne pas intervenir. Chacun de ces groupes armés était encadré par des officiers de l’Otan, mais il n’y avait pas de commandement central afin de donner l’impression d’une insurrection généralisée et non pas d’une guerre front contre front. Tous ces groupes, disjoints les uns des autres, portaient une seule étiquette, celle de l’Armée syrienne libre (ASL). Ils se reconnaissaient au même drapeau, vert, blanc, noir, qui est historiquement celui du mandat français durant l’entre-deux-guerres, c’est-à-dire de l’occupation coloniale.

Lorsque les Occidentaux ont décidé de changer de stratégie, en juillet 2012, ils ont essayé de rassembler ces groupes armés sous un commandement unique. Ils n’y sont jamais parvenus du fait de la concurrence entre leurs sponsors, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite.

Depuis le début, les seules forces militaires efficaces sur le terrain sont celles des jihadistes se réclamant d’Al-Qaida. Ils étaient le fer de lance de l’ASL durant la première partie de la guerre, puis s’en sont dissociés lorsque les États-Unis les ont qualifiés de « terroristes ». Aujourd’hui, ils se divisent principalement entre le Front islamique, financé par l’Arabie saoudite, le Front Al-Nosra, financé par le Qatar, et l’Émirat islamique d’Irak et du Levant (ÉIIL, « Daesh » en arabe), financé par l’Otan via la Turquie bien que commandé par l’Arabie saoudite. La concurrence est telle que ces trois groupes se massacrent entre eux plus qu’ils ne se battent contre l’État syrien.

Geopolitika : En raison des informations malicieuses et sélectives des médias globaux, pourriez-vous nous dire qui a attaqué des innocents citoyens et des enfants au gaz sarin ? Ici en Serbie, où on a déjà eu l’expérience du massacre de Raçak, celui des habitants de Sarajevo au marché de Markale, pour lesquels les Serbes ont été désignés comme coupables sans aucune preuve, tout ça ressemble à un script déjà vu de « management du massacre ». Est-ce que ces mises en scène sanglantes, qui ont servi à la manipulation de l’opinion publique et à déclencher les interventions militaires en ex-Yougoslavie et dans d’autres points critiques du monde, sont en train de perdre de leur effet, ou autrement dit : est-il aujourd’hui de plus en plus difficile de tromper les gens ?

Thierry Meyssan : L’attaque au gaz sarin dans la ghouta de Damas (c’est-à-dire la ceinture agricole vivrière de la capitale) n’est pas la première attaque au gaz. Il y en a eu plusieurs autres auparavant pour lesquelles la Syrie a vainement saisi le Conseil de sécurité. Selon l’opposition en exil, le gouvernement aurait bombardé cette zone de la ghouta pendant plusieurs jours pour finalement tuer la population au gaz. Le président Obama, ayant considéré que cette attaque franchissait la « ligne rouge », a alors menacé de détruire Damas. Il a été suivi, dans une surenchère, par le président Hollande. Mais, en définitive, la Syrie a, sur proposition russe, adhéré à la Convention contre les armes chimiques et remis tous ses stocks à l’OIAC. Le bombardement de Damas n’a pas eu lieu.

Aujourd’hui le Massachussets Institute of Technology (MIT) a publié un rapport montrant que les missiles chimiques observés dans la ghouta ont une portée inférieure à 2 kilomètres. Or, selon les cartes diffusées par la Maison-Blanche, il faudrait 9 km pour que les forces loyalistes puissent toucher la « zone rebelle ». En d’autres termes, il est impossible que ces tirs émanent des forces gouvernementales.

Cette étude confirme les rapports satellitaires russes selon lesquels deux missiles avaient été tirés par des Contras sur leur propre zone. Elle valide les aveux, diffusés trois jours plus tard par la télévision syrienne, d’un individu ayant avoué avoir convoyé ces missiles chargés depuis une base de l’armée turque jusqu’à Damas. Elle valide les imputations de familles alaouites de Lattaquié qui affirment avoir reconnus leurs enfants enlevés par les Contras le mois précédant, parmi les images des victimes. Enfin, elle valide l’enquête de Seymour Hersh, selon qui, contrairement aux propos de Barack Obama, les observations du Pentagone ne montraient aucune activité du service des armes chimiques dans les jours précédents.

Cette affaire n’a pas de raison de vous étonner puisque vous avez vécu le même type d’agression, de la part des mêmes puissances. Elle fonctionne aujourd’hui aussi bien qu’auparavant. Cependant, les intoxications ont toujours une durée de vie limitée. Il se trouve que celle-ci a fonctionné, mais n’a pas abouti. Le public occidental y a cru, mais Damas n’a pas été bombardée parce que la Russie l’a empêché en massant sa flotte sur la côte syrienne. Du coup, le Pentagone ne pouvait plus détruire la ville qu’en tirant depuis la mer Rouge au dessus de la Jordanie et de l’Arabie saoudite, ce qui aurait provoqué une vaste guerre régionale. La vérité, nous ne la connaissons avec certitude que maintenant, c’est-à-dire six mois plus tard.

Geopolitika : On doit aussi vous poser la question sur la situation des chrétiens en Syrie. Des informations sont arrivées sur l’occupation et le pillage de Maaloula par les islamistes d’Al-Nosra, qui est un ancien sanctuaire chrétien ; des nonnes auraient également été kidnappées ?

Thierry Meyssan : Pour saigner la Syrie, l’Otan a eu recours à la fois à des collaborateurs syriens et à des combattants étrangers. Durant la seconde partie de la guerre, c’est-à-dire depuis la première conférence de Genève en juin 2012, on assiste à un afflux sans précédant de Contras. Il s’agit d’une guerre de type nicaraguayen, mais avec un recours jamais atteint auparavant aux mercenaires. Ils sont aujourd’hui au moins 120 000 combattants étrangers, issus de 83 pays, à se battre en Syrie contre l’État. Tous se réclament du wahhabisme, une secte fondamentaliste au pouvoir en Arabie saoudite, au Qatar et dans l’émirat de Sharja. La plupart se disent takfiristes, c’est-à-dire « purs ». Ils condamnent à mort les « apostats » et les « infidèles ».

À ce titre, ils scandent durant leurs manifestations : « Les alaouites au tombeau, ! Les chrétiens au Liban ! ». Durant trois ans, ils ont massacré des dizaines de milliers d’alaouites (une Église chiite pour qui la foi est intérieure et ne s’exprime pas par des rites) et de chrétiens. Surtout, ils ont contraint des centaines de milliers de chrétiens à fuir en abandonnant leurs biens. Aujourd’hui, ils les contraignent à leur payer un impôt spécial, en tant qu’infidèles.

Comme nous arrivons à la fin de la guerre, les groupes armés tentent de venger leur défaite par des opérations spectaculaires. Ils ont ainsi attaqué Maloula, une ville chrétienne ou l’on parle encore la langue du Christ, l’araméen. Ils y ont commis des atrocités qui ont frappé les esprits. Des chrétiens ont été suppliciés en public et sont morts en martyrs parce qu’ils refusaient d’abjurer leur foi.

Geopolitika : Vous suivez avec beaucoup d’attention et de précision la situation au Proche Orient. Comment qualifieriez-vous la situation en Égypte ? Pensez-vous que la situation là-bas a été consolidée après les actions déterminées du commandement militaire ? Est-ce la première sérieuse défaite de ceux qui planifient les révolutions arabes ? Comment expliquez-vous que les États Unis soutiennent un groupe islamiste radical comme les Frères Musulmans ?

Thierry Meyssan : L’expression « printemps arabe » est une facilité de journaliste pour dire que des événements qu’ils ne comprennent pas se passent au même moment dans des pays très différents ou l’on parle la même langue, l’arabe. C’est aussi un moyen de propagande pour faire passer des guerres d’agression pour des révolutions.

Le département d’État, inquiet de la succession d’Hosni Moubarak, avait décidé de le renverser pour choisir lui-même le prochain gouvernement. Il a donc organisé la famine, en 2008, en spéculant sur les denrées alimentaires. Il a formé une équipe pour assurer la relève autour des Frères musulmans. Et il a attendu que le chaudron bouille.

Lorsque la révolte a commencé, le département d’État a envoyé l’ambassadeur Frank Wisner —celui qui a organisé la reconnaissance internationale de l’indépendance du Kosovo— pour ordonner à Hosni Moubarak de démissionner. Ce qu’il a fait. Puis, le département d’État a aidé à organiser des élections qui ont permis aux Frères musulmans de placer le double national égypto-états-unien Mohamed Morsi à la présidence, avec moins de 20 % des voix. Une fois au pouvoir, M. Morsi a ouvert l’économie aux transnationales états-uniennes et a annoncé la prochaine privatisation du Canal de Suez. Il a imposé une constitution islamiste etc. Le peuple s’est alors soulevé à nouveau. Mais pas seulement quelques quartiers du Caire comme la première fois. Tout le peuple, dans tout le pays, sauf le cinquième de la population qui l’avait élu. En définitive, l’armée a repris le pouvoir et emprisonné les dirigeants des Frères musulmans. Il apparaît aujourd’hui qu’ils étaient en train de négocier le déplacement de la population palestinienne de Gaza en Égypte.

Là-bas, comme dans l’ensemble du monde arabe, Hillary Clinton s’appuyait sur les Frères musulmans. Cette organisation secrète, constituée en Égypte pour lutter contre le colonialisme britannique, a en réalité toujours été manipulée par le MI6 et tient aujourd’hui son siège international à Londres. Dès 2001, Washington avait planifié leur ascension en facilitant l’élection en Turquie d’un responsable politique qui avait été emprisonné en tant que Frère musulman, mais prétendait les avoir quittés, Recep Tayyip Erdoğan. Après avoir tenté de nombreux coups d’État dans plusieurs pays, durant 80 ans, la confrérie est arrivée au pouvoir dans les bagages de l’Otan en Libye, et par les urnes en Tunisie et en Égypte. Elle participe aux gouvernements au Maroc et en Palestine. Elle donne une figure politique aux Contras en Syrie. Elle s’est révélée en Turquie. Partout, elle dispose des conseils en relations publiques turcs et du financement du Qatar, c’est-à-dire d’Exxon-Mobil donc des Rockefellers. Elle a ses propres chaînes de télévision et son principal prédicateur al-Qadarawi, est le « conseiller spirituel » (sic) de la chaîne du Qatar Al-Jazeera. La Confrérie impose un islam sectaire, qui brime les femmes et assassine les homosexuels. En échange, elle soutient que l’ennemi des arabes ce n’est pas Israël, mais l’Iran, et ouvre les marchés aux transnationales US.

Si, durant deux ans et demi, on a pu croire que les Frères allaient gouverner l’ensemble du monde arabe, ils sont aujourd’hui abandonnés par les Occidentaux. En effet, nulle part, ils n’ont réussi à obtenir de soutien populaire massif. Jamais ils n’ont eu plus de 20 % de la population derrière eux.

Geopolitika : Depuis votre « tour de guet » au Proche-Orient, pourriez-vous nous expliquer l’amitié surprenante entre le gouvernement de Serbie et les Émirats Arabes Unis ? Le prince Mohammed Bin Zayed Al Nahyan est venu plusieurs fois en Serbie où il a annoncé plusieurs investissements des Émirats dans l’agriculture serbe, ainsi que le tourisme. La compagnie aérienne Etihad a acheté – pratiquement absorbé – la compagnie serbe JAT Airways. Est-ce que ces contacts politiques et économiques entre Abu Dhabi et Belgrade peuvent être réalisés sans l’accord de Washington ? Quelle serait le motif de la Maison-Blanche à encourager la collaboration entre les Émirats et la Serbie ?

Thierry Meyssan : Les Émirats arabes unis sont dans une situation très difficile. D’abord, c’est une fédération de 7 États assez différents, dont l’émirat wahhabite de Sharjah. Ensuite, ils sont trop petits pour pouvoir tenir tête à leur puissant voisin, l’Arabie saoudite, et à leur client, les États-Unis. Ils ont d’abord cherché à diversifier leurs protecteurs en offrant une base militaire à la France, mais celle-ci est revenue dans le commandement intégré de l’Otan. En 2010, ils ont abandonné l’idée de jouer un rôle diplomatique sur la scène internationale après que la CIA a assassiné le prince Ahmed au Maroc parce qu’il finançait secrètement la résistance palestinienne. La levée des sanctions US contre l’Iran va affaiblir leurs ports qui étaient devenus la plaque tournante du trafic pour contourner l’embargo. Ils cherchent maintenant de nouveaux partenaires économiques à leur taille. En négociant avec la Serbie, ils balancent aussi l’influence wahhabite du Qatar qui a créé Al-Jazeera en Bosnie.

Geopolitika : Que pensez-vous de la situation actuelle des relations internationales ? Est-ce que la présence militaire russe dans la Méditerranée et leurs actions diplomatiques rendant impossible l’intervention en Syrie, l’encouragement de l’Ukraine à ne pas signer un accord avec l’UE, la position ferme de la Chine en ce qui concerne les iles litigieuses du Pacifique, est-ce que tout ça montre le renforcement d’un monde multipolaire ? Quelle réponse peut-on attendre de la part des États Unis et de l’élite gouvernementale globale concernant les défaites qu’ils ont vécues après certaines révolutions oranges et arabes et concernant la tendance évidente de l’affaiblissement du pouvoir occidental ?

Thierry Meyssan : La faiblesse des États-Unis est certaine. Ils avaient prévu de réaliser une démonstration de force en attaquant en même temps la Libye et la Syrie. En définitive, ils n’en ont pas été capables. Aujourd’hui, leurs armées sont peu efficaces et ils ne parviennent pas à les réorganiser. Cependant, ils sont toujours de très loin la première puissance militaire du monde et parviennent ainsi à imposer le dollar, malgré une dette extérieure sans équivalent historique.

Au cours des dernières années, la Chine et la Russie ont considérablement progressé tout en évitant un affrontement direct. Pékin est devenu la première puissance économique du monde, tandis que Moscou est à nouveau la seconde puissance militaire. Ce processus va se poursuivre car les dirigeants chinois et russes ont montré leur capacité tandis que les dirigeants états-uniens ont montré leur incapacité à s’adapter. Je suis par contre sceptique sur le développement de l’Afrique du Sud, du Brésil et de l’Inde. Ils se développent pour le moment économiquement, mais je ne vois pas leurs ambitions politiques.

Les élites globales sont divisées. Il y a ceux qui pensent que l’argent n’a pas de patrie et que Washington sera remplacé par un autre, et ceux qui estiment tenir de leur force de la puissance militaire menaçante du Pentagone.

Geopolitika : Compte tenu des informations dont vous disposez et la crédibilité de vos analyses, nous serions intéressés à connaitre votre opinion concernant la politique du gouvernement de la Serbie qui mène avec persistance le pays vers l’Union Européenne, sans aucun enthousiasme de son peuple, et qui a accepté, pour arriver à ce but, de participer avec Bruxelles et Washington, dans la destruction de la résistance serbe à la sécession albanaise au Kosovo et Métochie.

Thierry Meyssan : L’actuel gouvernement serbe ne comprend pas notre époque. Il réagit toujours comme si la Russie était encore gouvernée par Boris Eltsine et ne pouvait pas l’aider. S’étant lui-même fermé la porte du Kremlin, il n’a d’autre choix que de se tourner vers l’Union européenne et d’en payer le prix. Il porte désormais le poids de la honte de l’abandon de la résistance serbe.

À vrai dire, il n’est pas le seul État des Balkans dans cette position. La Grèce et le Monténégro devraient identiquement se tourner vers la Russie et ne le font pas. Sans aucun doute, on peut dire que la plus grande victoire de l’impérialisme, c’est d’être parvenu à diviser et à isoler les peuples jusqu’à ce qu’ils croient ne plus avoir le choix de leur politique.

Geopolitika : Dans votre dernière interview pour Geopolitika, vous aviez dit que les membres de l’UÇK du Kosovo avaient entrainé un groupe de combattants en Syrie au terrorisme. Est-ce que l’UÇK et les Kosovars sont toujours actifs dans la lutte contre le président Assad et les organes légitimes de la Syrie ? Est-ce que vous avez des informations sur la participation chez les islamistes des musulmans de Bosnie, de Kosovo et Métochie et du la région de Serbie où vit une majorité musulmane (ville de Novi Pazar) ?

Thierry Meyssan : Les jihadistes qui se battent en Syrie ont revendiqué sur leurs sites internet avoir reçu une formation de l’UÇK et ont posté des photos de leurs relations. Tout cela était évidemment organisé par les services secrets turcs, le MIT, dont le chef actuel, Hakan Fidan, était l’agent de liaison entre l’armée turque et l’état-major de l’Otan durant la guerre du Kosovo.

De la même manière nous savons que de nombreux jihadistes en Syrie viennent des Balkans. Mais ce phénomène ne semble plus alimenté par la Turquie. Actuellement, la police et la justice turque mènent une opération contre le gouvernement Erdoğan. Ils sont parvenus à mettre en lumière les relations personnelles du Premier ministre avec le banquier d’Al-Qaida, qu’il recevait secrètement à Istanbul alors que celui-ci figurait sur la liste des personnes recherchées par l’Onu. De la sorte, la Turquie finançait les actions d’Al-Qaïda en Syrie. M. Erdoğan prétend être victime d’un complot de son ex-associé, le prédicateur musulman Fethullah Güllen. Il est probable qu’en réalité, celui-ci s’est allié à l’armée kémaliste contre M. Erdoğan qui s’est révélé, quoi qu’il prétende, être toujours un membre des Frères musulmans.

Au début, des États membres ou proches de l’Otan ont incité des musulmans à partir faire le jihad en Syrie. Aujourd’hui, ils s’inquiètent de voir revenir ces gens chez eux. Car des personnes qui ont violé, torturé, coupé d’autres personnes en morceaux et les ont exhibés, ne peuvent pas revenir collectivement à une vie civile normale.

Lorsque la CIA a créé le mouvement jihadiste contre l’union Soviétique en Afghanistan, le monde n’était pas encore globalisé. Les voyages étaient beaucoup moins nombreux et donc plus surveillés. Il n’y avait d’Internet. La CIA pouvait manipuler des musulmans en Afghanistan sans craindre de les voir déborder ailleurs. Aujourd’hui, ce que l’Otan a initié en Syrie s’est développé tout seul. Il n’est plus besoin d’organiser des filières pour que des jeunes gens rejoignent d’eux-mêmes les Contras en Syrie. On a tellement répété que la Syrie était une dictature que tous le croient. Et c’est romantique d’aller combattre une dictature.

De nombreux gouvernements européens demandent aujourd’hui à la Syrie de les aider à identifier leurs ressortissants parmi les jihadistes. Mais comment la Syrie le ferait-elle et pourquoi rendrait-elle ce service à ceux qui ont tenté de la détruire ? La guerre va progressivement s’éteindre en Syrie, les jihadistes vont revenir chez eux, y compris en Europe, et ils y poursuivront la guerre pour laquelle les Européens les ont formés.

Au demeurant, cette situation ne pourra pas avoir de solution pacifique, car si l’Otan gagnait en Syrie et renversait l’administration Al-Assad, ce serait pire. Ce serait un signal à tout les apprentis jihadistes en Occident pour tenter chez eux ce qui viendrait de réussir au Proche-Orient. L’Occident et le CCG ont accouché de monstres avec les crimes desquels nous allons devoir vivre.

Traduction
Svetlana Maksovic

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La CIA dépassée par le soutien de civils à Daesh.

28 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #Terrorisme, #La guerre, #Daesch, #ISIL

La CIA dépassée par le soutien de civils à Daesh

Dépassée par le développement foudroyant de l’Émirat islamique qu’elle a elle-même créée, l’Agence centrale de Renseignement (CIA) sera profondément réorganisée. Mais le problème qu’elle rencontre est sans précédent : une rhétorique qu’elle avait imaginée pour signer des communiqués de revendication d’actes terroristes sous faux drapeaux s’est transformée en une puissante idéologie au contact d’une population dont elle ignorait jusqu’à l’existence. Pour Thierry Meyssan, la réforme de la CIA sera inefficace : elle ne lui permettra pas de gérer le cataclysme qu’elle a provoqué au Levant.

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John Brennan, directeur de la CIA, ne comprend pas pourquoi des civils soutiennent ses mercenaires de l’État islamique, malgré leurs crimes.

La CIA est apparue, en novembre dernier, dans l’incapacité d’évaluer la situation en Syrie. Perdue dans ses mensonges, l’Agence ne parvenait plus à identifier les motivations de ses « révolutionnaires ». Pire, elle était incapable de dénombrer les soutiens à la « rébellion » et ceux à la République. Cet échec n’a fait qu’empirer comme l’a montré, fin février 2015, l’effondrement du Mouvement de la Fermeté (Harakat Hazm), l’armée officielle de l’Agence en Syrie [1]. Bien sûr, la vie continue et la CIA a déjà regroupé ses forces au sein d’une nouvelle formation, le Front du Levant (Shamiyat Front).

En créant al-Qaïda, puis Daesh, la CIA pensait engager des mercenaires pour réaliser des missions ponctuelles qu’elle ne pouvait pas revendiquer. Elle n’avait jamais envisagé que des civils puissent prendre au sérieux la phraséologie à quatre sous qu’elle avait imaginée pour rédiger des communiqués de revendication. De fait, personne n’a accordé d’importance au charabia d’Oussama Ben Laden selon qui la présence de militaires non-musulmans de l’Otan, lors de « Tempête du désert », sur le territoire saoudien était un sacrilège qui exigeait réparation. Nulle part on ne trouvera dans le Coran de justification de cette malédiction. Les mercenaires d’al-Qaïda n’ont donc eu aucune difficulté à se battre aux côtés de l’Otan en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Il ne semblait pas y avoir de raison de croire qu’il en serait autrement aujourd’hui.

Pourtant, lors de la guerre contre la Jamahiriya arabe libyenne, j’avais observé que certains mercenaires d’al-Qaïda semblaient vouloir réellement revenir au mode de vie du VIIe siècle, le « temps du Prophète ». C’était au moins vrai dans l’obscur Émirat islamique gouverné par Abdelkarim Al-Hasadi à Dernaa. Or, il ne s’agissait pas pour eux du VIIe siècle levantin, alors chrétien et ne parlant pas l’arabe, ou même du VIIe siècle français du bon roi Dagobert, mais du VIIe siècle de la péninsule arabique, une société hors du temps, composée selon le Coran de bédouins fourbes et cruels que le Prophète tenta de convertir et d’apaiser.

Par la suite, durant la guerre contre la République arabe syrienne, j’observais que les Syriens qui soutenaient al-Qaïda (et aujourd’hui Daesh), sans mobiles financiers, étaient tous membres de familles très nombreuses dont les femmes n’étaient pas autorisées à contrôler leur fécondité. Le clivage qui s’opérait dans le pays n’avait rien de politique au sens moderne du terme. Désormais, l’idéologie des civils qui soutiennent les jihadistes se résume à ce retour à des origines mythiques, celle des gardiens de chameaux d’Arabie du Moyen-âge. Et la CIA qui l’a provoquée, n’en a pas compris la force et n’en a pas suivi l’expansion.

Il ne s’agit pas ici de « retour de bâton » —Daesh ne s’est pas retourné contre la CIA—. Mais de la transformation d’un groupuscule terroriste en un État et du triomphe d’une rhétorique ridicule parmi certaines populations.

La CIA se trouve face au problème de toutes les administrations. Son mode d’organisation, qui lui permit de nombreuses victoires par le passé dans diverses régions du monde, ne fonctionne plus parce qu’elle n’a pas su s’adapter. Organiser un coup d’État et manipuler des masses pour qu’elles soutiennent une organisation terroriste sont deux choses bien différentes.

C’est pourquoi le directeur John Brennan a annoncé une refonte complète de la structure de l’Agence, à l’issue de 4 mois de consultations internes.

Jusqu’ici, il y avait :
• La Direction du Renseignement, chargée d’analyser les données recueillies ;
• La Direction des Opérations, renommée Service clandestin, chargée de l’espionnage humain ;
• La Direction des Sciences et de la technologie, spécialisée dans le traitement des informations scientifiques et techniques
• La Direction du Soutien, chargée de la gestion du personnel, de la fourniture des matériels et du financement.

Le personnel était réparti selon ses compétences : les intellectuels au Renseignement, les baroudeurs aux Opérations, les matheux aux Sciences et les organisateurs au Soutien. Bien sûr, chaque direction s’était aussi adjointe des collaborateurs avec d’autres profils pour pouvoir faire son travail, mais schématiquement chaque direction correspondait à un profil humain particulier.

Les documents révélés par Edward Snowden nous ont appris que la CIA est la plus importante agence de Renseignement au monde avec un budget de 14,7 milliards de dollars en 2013 (soit le double du budget total de la République arabe syrienne). Mais elle n’est pourtant qu’une agence de renseignement parmi les 16 que comptent les États-Unis.

Bref, avec tout cet argent et ces compétences, la CIA était prête à vaincre l’URSS qui s’est effondrée sur elle-même sans son aide il y a plus de 25 ans.

Pour faire progresser l’Agence, John O. Brennan a décidé de généraliser le modèle du Centre contre-terroriste, créé en 1986 au sein de la Direction des Opérations ; un modèle ultra-sophistiqué mis en scène dans la série télévisée 24 heures. Cette unité pluridisciplinaire a fait merveille pour répondre presque instantanément aux questions qu’on lui posait. Elle est capable d’identifier un individu, de le localiser et de l’éliminer en un rien de temps pour la plus grande joie de la Maison-Blanche. Et l’on sait que le président Obama se rend chaque jour dans son bunker sous-terrain pour déterminer les cibles de ses drones et faire assassiner qui il veut, quand il veut et où il veut.

Selon M. Brennan, il s’agit ni plus ni moins que de faire entrer le Renseignement dans l’ère des nouvelles technologies, des ordinateurs et des satellites. L’Agence devrait donc être rapidement restructurée autour de 16 Centres chargés de chaque région du monde et de divers objectifs généraux.

Mais en quoi le modèle du Centre contre-terroriste aurait-il pu comprendre la transformation d’une phraséologie enfantine en une puissante idéologie ?

Le succès de l’Émirat islamique provient d’abord de ses soutiens étatiques, de son armement et de son argent. Mais le soutien dont il bénéficie chez quelques Syriens et certains Irakiens n’a rien à voir ni avec le Coran, ni avec la lutte des classes. C’est la révolte d’un mode de vie en train de disparaître, d’une société violente dominée par les hommes, contre un mode de vie respectueux des femmes et contrôlant les naissances. Cette transformation s’est faite en Europe avec l’exode rural et les deux Guerres Mondiales, sans provoquer de guerres supplémentaires. Elle a été accomplie au début des années 80 par l’Iran de l’imam Khomeiny avec un succès éclatant et s’est progressivement étendue au monde arabe jusqu’à se fracasser sur Daesh ; un conflit qui n’a rien à voir avec la distinction théologique entre chiites et sunnites.

La suite des événements est, elle, prévisible. Comme toujours, les États-uniens pensent que leur problème sera résolu grâce au progrès technique. C’est avec une débauche d’informatique qu’ils vont tenter de comprendre la situation au « Proche-Orient ».

Mais comment les États-Unis, fondés il y a deux siècles, pourraient-ils comprendre le cataclysme qu’ils ont provoqué dans la plus ancienne civilisation du monde ? Comment les États-uniens —des Barbares friqués— et des Bédouins du Golfe pourraient-ils organiser des peuples civilisés depuis six millénaires ? Car c’est le secret du Levant : quantité de peuples différents, ayant leur propre histoire, leur propre langue et leur propre religion, y parlent une même langue vernaculaire et y collaborent ensemble [2]. Les nassériens et les baasistes ont tenté de transformer cette mosaïque en une unique force politique. Ils ont cherché à composer une « Nation arabe » avec des peuples majoritairement non-arabes. Un rêve dont il ne reste aujourd’hui que la « République arabe syrienne ». C’est ce projet politique qui était attaqué par Daesh et cette civilisation qui est aujourd’hui menacée par les civils qui le soutiennent.

Tandis que les États mono-ethniques sont faciles à conquérir, ils ont appris avec le temps que leur diversité et leur entremêlement les rend invincibles. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont protégé les survivants d’un ancien monde ; des survivants qui aujourd’hui se révoltent contre eux et les rongent de l’intérieur.

Comment la CIA pouvait-elle anticiper que de jeunes Européens, eux aussi nostalgiques de ces temps anciens, se joindraient par dizaines de milliers à Daesh pour s’opposer à la marche du temps et détruire des œuvres d’art millénaires ?

La défaite israélienne au Liban, en 2006, a montré que quelques citoyens déterminés étaient capables de faire échouer l’armée la plus sophistiquée au monde. L’homme a déjà triomphé des machines. C’est une erreur de croire que le progrès technique est un critère de civilisation, que des ordinateurs permettront de comprendre qui que ce soit, ni même de le dominer. Tout au plus peuvent-ils collecter de grandes quantités d’information, les trier et les synthétiser. La réorganisation de l’Agence va lui permettre de répondre à toutes les questions du jour, mais à aucune sur ce qui se passera demain.

Les États-uniens et les Européens sont incapables d’admettre que des peuples qu’ils ont colonisés ont rattrapé leur retard technique alors qu’eux-mêmes n’ont pas rattrapé leur retard en civilisation. Ils se trouvent confrontés à leurs limites et ne peuvent plus influer sur le cataclysme qu’ils ont involontairement suscité.

[1] « Dissolution de l’armée de la CIA en Syrie », Réseau Voltaire International, 3 mars 2015

[2] L’arabe est la langue commune au Levant, mais on y parle aussi les différentes langues kurdes, l’arménien, le turc, l’araméen, le syriaque, l’hébreu etc. Presque aucun de ses habitants n’est ethniquement arabe.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire.

 

 
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« Sous nos yeux » Obama réarme, par Thierry Meyssan

28 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La guerre, #Terrorisme, #La France, #Daesch, #ISIL, #Europe supranationale

« Sous nos yeux »

Obama réarme

Alors que la presse atlantiste salue la nouvelle Doctrine US de sécurité nationale comme une volonté d’explorer d’abord des moyens non-militaires pour résoudre des conflits, Thierry Meyssan y a lu une profession de foi impérialiste et une déclaration de guerre au monde. Nos lecteurs pourront se reporter au document original, téléchargeable au bas de cette page, pour vérifier qui dit vrai.

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Le président Obama vient de rendre publique sa Doctrine de sécurité nationale (National Security Strategy), un document qui explicite les ambitions de son pays et dont on attendait depuis longtemps la publication. Tout en maniant la « langue de bois », il y définit sa vision de l’impérialisme. En voici le décryptage :

A— Les huit entraves à la domination impériale

Le premier obstacle, c’est la diminution des dépenses militaires. « La force n’est pas le premier choix des États-Unis, mais parfois leur choix nécessaire », aussi doivent-ils conserver leur écrasante supériorité en la matière [leur budget militaire est supérieur à celui de tous les autres États du monde cumulés] et doivent-ils cesser d’y faire des économies.

Le second, c’est le danger interne de révolte armée. Depuis les attentats du 11-Septembre, la peur du terrorisme a permis de développer la surveillance des citoyens. Ainsi, le Patriot Act a « protégé des individus vulnérables à des idéologies extrémistes susceptibles de les pousser à des attaques sur le sol » états-unien.

Le troisième, c’est le terrorisme transnational que les États-Unis ont créé et qu’ils doivent sans cesse maîtriser. Afin que la lutte contre cette entrave ne soit pas détournée pour régler des comptes intérieurs, elle sera toujours accomplie dans un respect scrupuleux de la loi US [pas de la loi internationale puisque l’organisation du terrorisme est un crime international].

Le quatrième, c’est le relèvement de la puissance russe et accessoirement les provocations de la République populaire démocratique de Corée, désignée sous le nom de Corée du Nord de manière à se souvenir que les États-Unis ne l’ont toujours pas vaincue et qu’ils peuvent toujours reprendre cette guerre.

Le cinquième, c’est l’éventuelle accession de nouveaux États au statut de puissance nucléaire, ce qui leur permettrait de résister à Washington. L’opinion publique internationale pense ici à l’Iran, mais le président Obama pense en réalité à la Corée. Et peu importe qu’il n’ait jamais tenu ses promesses de dénucléarisation, ni que l’Otan serve à violer les engagements signés du Traité de non-prolifération.

Le sixième, c’est l’évolution du climat qui pousse des population à migrer et donc menace le statu quo.

Le septième, c’est la remise en cause du contrôle exclusif des États-Unis sur les espaces communs.
D’abord, le cyber-espace : les États-Unis étant à la fois propriétaires de l’Internet et disposant d’un système gigantesque d’écoutes illégales, ils ne s’attendaient pas à ce que certains utilisent ce mode de communication pour ne pas payer les redevances des brevets, droits d’auteur et autres droits des marques qui constituent aujourd’hui une rente, la première source de revenus.
Ensuite, l’espace : les États-Unis soutiennent le projet européen de Code de conduite sur les activités spatiales ce qui est un moyen d’échapper au projet russo-chinois de Traité d’interdiction de placement d’armes dans l’espace.
Enfin, l’air et la mer. Depuis la Charte de l’Atlantique, les États-Unis et le Royaume-Uni se sont auto-proclamés police de l’air et des mers. Ils garantissent la libre circulation des marchandises et étendent ainsi leur thalassocratie.

Le huitième, c’est le risque d’une épidémie. Depuis un an, les États-Unis ont mis en place avec une trentaine de leurs alliés le Global Health Security Agenda qui vise à détecter et contenir les épidémies aussi bien qu’à répondre au bio-terrorisme.

B— Les objectifs économiques

En premier lieu, il s’agit de faire travailler les États-uniens, non pas pour qu’ils puissent vivre avec un meilleur niveau de vie, mais pour qu’ils assurent la puissance économique du pays.

Deuxièmement, les États-Unis rencontrent un problème de sécurité énergétique non pas parce qu’ils auraient du mal à s’approvisionner —ils sont désormais excédentaires grâce au pétrole mexicain dont ils se sont discrètement emparés— mais parce que la Russie prétend suivre leur exemple en contrôlant le marché mondial du gaz.

Troisièmement, le leadership US en matières scientifiques et technologiques ne doit plus reposer sur l’immigration des cerveaux, qui tend à se raréfier, mais sur son propre système scolaire.

Quatrièmement, le nouvel ordre économique doit faire des États-Unis la première destination des investissements dans le monde. Dès lors tous leurs encouragements à développer les investissements ici ou là sont de pure forme.

Cinquièmement, les États-Unis doivent utiliser l’extrême pauvreté dans le monde pour imposer leurs produits.

C— L’idéologie

Les États-Unis sont irréprochables en matière de « Droits de l’homme ». Cette expression doit être comprise au sens anglo-saxon de protection des individus face à l’arbitraire des États, mais surtout pas au sens des Révolutionnaires français pour qui le premier « Droit de l’homme et du citoyen », ce n’est pas d’élire des dirigeants parmi les élites, c’est d’être son propre dirigeant.

L’administration Obama a mit fin à la pratique de la torture et garantit les droits de ses prisonniers. Peu importe que les membres de la CIA ayant pratiqué des expériences sur des prisonniers ne soient pas poursuivis pour leurs crimes, ni qu’aucune enquête n’ait été conduite sur les 80 000 personnes qui furent illégalement détenues en eaux internationales sur des bateaux de la Navy durant l’ère Bush. De même, on est prié de croire que la NSA ne collecte aucun renseignement pour réprimer des opinions politiques, ni qu’elle transmette ses renseignements à l’Advocacy Center afin de favoriser les entreprises US lors des appels d’offre internationaux.

Les États-Unis défendent des principes universels : la liberté d’expression [sauf pour les télévisions serbes, irakiennes, libyennes et syriennes qu’ils ont détruites], la liberté de culte [mais pas la liberté de conscience] et de réunion, la capacité de choisir ses leaders de manière démocratique [sauf pour les Syriens qui ont élu Bachar el-Assad à 88 %], et le droit à une procédure et une justice équitable [mais uniquement en ce qui concerne le droit pénal chez les autres]. Ils défendent les communautés les plus vulnérables, telles les minorités ethniques et religieuses [mais ni les Yazidis, ni les catholiques ou orthodoxes du Proche-Orient], les handicapés, les LGTB [uniquement parce que ça ne leur coûte rien], les personnes déplacées [sauf les Mexicains qui tentent de franchir la frontière] et les travailleurs migrants.

Les États-Unis soutiennent les démocraties émergentes, particulièrement après le printemps arabe. C’est pourquoi ils ont soutenu Al-Qaïda dans sa révolution contre la Jamahiriya arabe libyenne et le soutiennent encore contre la République arabe syrienne. Ils luttent également contre la corruption, sachant qu’ils n’ont rien à se reprocher puisque les membres du Congrès ne touchent pas d’argent en cachette pour modifier leurs votes, mais le déclarent sur un registre.

Les États-Unis continueront à subventionner des associations à l’étranger en choisissant leurs interlocuteurs de manière à pouvoir camoufler leurs coups d’État en « révolutions colorées ».

Enfin, les États-Unis s’attacheront à prévenir des massacres de masse [mais pas à ne pas en pratiquer eux-mêmes comme celui des 160 000 Libyens qu’ils avaient reçu mandat de protéger et qu’ils bombardèrent]. Pour ce faire, ils soutiendront la Cour pénale internationale [à la condition qu’elle ne poursuive pas de fonctionnaires US].

D— Le Nouvel ordre régional

Extrême-Orient : Bien que la Chine soit en compétition avec les États-Unis, ils éviteront la confrontation et « chercheront à développer une relation constructive » avec Pékin. Néanmoins, comme on n’est jamais assez prudent, ils poursuivront le déplacement de leurs troupes vers l’Extrême-Orient et se préparent dès à présent à la Guerre mondiale.

Europe : Les États-Unis continueront à s’appuyer sur l’Union européenne qu’ils ont imposé aux Européens, leur principal client. Ils ne manqueront pas d’utiliser l’UE, leur « partenaire indispensable », contre la Russie.

Proche-Orient : Les États-Unis garantissent la survie de la colonie juive de Palestine. Pour ce faire, ils continueront à la doter d’une très importante avance technologique militaire. Surtout, ils poursuivront la construction d’une alliance militaire entre Israël, la Jordanie et les pays du Golfe conduits par l’Arabie saoudite, ce qui enterrera définitivement le mythe du conflit israélo-arabe.

Afrique : Les États-Unis subventionneront de « Jeunes leaders » qu’ils aideront à être démocratiquement élus.

Amérique latine : Les États-Unis lutteront pour la démocratie au Venezuela et à Cuba, qui persistent à leur résister.

E— Conclusion

Concluant son exposé, le président Obama souligne que ce programme ne pourra être accompli qu’en restaurant la coopération entre Républicains et Démocrates, ce qui est une manière de rappeler son projet d’augmentation des dépenses militaires.

Pour être comprise, la nouvelle Doctrine de sécurité nationale doit être replacée dans son contexte. En 2010, le président Obama avait abandonné la théorie de la « guerre préventive », c’est-à-dire le droit du plus fort de tuer qui bon lui semble. Cette fois-ci, il abandonne le projet de « remodelage du Moyen-Orient élargi ». Compte tenu des principes énoncés plus haut, on peut en conclure que les États-Unis vont repousser Daesh vers la Russie, qu’ils ne reconnaîtront finalement pas l’indépendance du Kurdistan irakien, et qu’ils confieront la sécurité d’Israël à la Jordanie et à l’Arabie saoudite et non pas à la Russie comme envisagé en 2012.

La Doctrine Obama restera dans l’Histoire comme le constat d’un échec et l’annonce d’une catastrophe : Washington abandonne son projet de réorganisation militaire et se lance à nouveau dans le développement de ses armées. Au cours des 70 dernières années, le budget militaire du pays a toujours été en augmentation, sauf en 1991-95 lorsqu’ils pensaient conquérir le monde par la seule voie économique, et en 2013-14 lorsqu’ils prirent conscience de leur désorganisation. En effet, depuis plusieurs années, plus ils mettent d’argent dans leurs armées, moins celles-ci fonctionnent. Cependant personne n’a réussi à réformer le système, ni Donald Rumsfeld, ni Chuck Hagel. Par conséquent, il faudra toujours nourrir plus le Moloch, à la fois d’un point de vue budgétaire et en lui offrant des guerres à livrer.

Documents joints

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Finkelstein : « Vous avez les fous furieux de Daesh, les fous furieux Saoudiens, et les fous furieux israéliens »

28 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La mondialisation, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL

Finkelstein : « Vous avez les fous furieux de Daesh, les fous furieux Saoudiens, et les fous furieux israéliens » Infos internationales

Mots-clés : Arabie Saoudite, Daaesh, Finkelstein, Israël, Moyen-Orient, Syrie

« C’est une évidence : vous avez les fous furieux de Daesh (Etat Islamique) en Syrie et ailleurs, vous avez les fous furieux Saoudiens, et bien sûr, vous avez aussi les fous furieux israéliens », a fustigé l’intellectuel juif américain anti sioniste Norman Finkelstein, lors d’un débat sur la chaîne de télévision russe Russia Today sur les résultats des élections israéliennes, et dans lequel il a décrit la situation actuelle dans la région.

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Révolution au Yémen - 26 mars 2015. Ces crimes saoudiens, américains et israéliens ne nous abattront pas !

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL, #La mondialisation, #Les transnationales

Révolution au Yémen - 26 mars 2015. Ces crimes saoudiens, américains et israéliens ne nous abattront pas !

Révolution au Yémen - 26 mars 2015

 

http://mai68.org/spip/spip.php?article8656

 

Ces crimes saoudiens, américains et israéliens ne nous abattront pas !

 

 

 

 

    Bonjour à toutes et à tous,

Hier, le dictateur du Yémen au service de l'impérialisme américano-sioniste a dû s'enfuir face à la révolution yéménite. Entre parenthèse, on n'a de cesse de nous dire que cette révolution est faite par les chiites. C'est faux. J'ai entendu il y a un ou deux ans un Yéménite à C dans l'air soffusquant que l'on dise cela. Lui, il a dit et redit que la révolution au Yémen était faite par les pauvres, dont en particulier des chiites, mais il y a aussi des sunnites.

Cependant, on connaît le "défaut" de l'impérialisme occidental qui fait exprès d'« analyser » les événements de façon ethnique afin de diviser selon la "race" pour mieux régner. Ce même impérialisme qui ose simultanément prétendre se battre contre le racisme. Notez bien qu'il parle toujours de se battre « contre le racisme et l'antisémitisme », afin que l'on sente bien que le racisme contre les Juifs est plus grave que les autres racismes, puisque selon les prétentions du sionisme : « Les Juifs sont le peuple élu » ! Alors, QUI est raciste ?

Donc, la propagande bourgeoise de l'impérialisme américain prétend qu'au Yémen, il y a lutte entre les sunnites et les chiites. Et donne raison aux sunnites, puisqu'en ce moment, l'Occident fait semblant de s'allier aux sunnites pour combattre l'antisioniste chiite Bachar el-Assad en Syrie, de la même façon qu'il avait fait semblant de s'allier aux chiites en 2003 pour combattre l'antisioniste sunnite Saddam Hussein.

Au Yémen, il ne s'agit donc pas d'une guéguerre raciste entre sunnites d'un côté et chiites de l'autre, mais d'une révolution des pauvres contre l'exploitation de l'homme par l'homme et donc aussi contre l'impérialisme qui domine la région. C'est-à-dire contre l'impérialisme américano-sioniste, dont l'Arabie Séoudite n'est qu'une société écran et un réservoir de mercenaires.

Donc, comme hier le dictateur Hadi du Yémen a dû s'enfuir ; aujourd'hui, les révolutionnaires et les civils yéménites ont été fort méchamment bombardés par l'aviation impérialiste.

    Bien à vous,
    do
    26 mars 2015
    http://mai68.org/spip

Article complet : http://mai68.org/spip/spip.php?article8656

 

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Attentat du Bardo à Tunis : Le terrorisme, meilleur ennemi de l’impérialisme. Par Guillaume SUING.

25 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Terrorisme, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #La guerre, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

24 mars 2015

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« Tout ce qui existe dans l'Univers, disait le philosophe grec Démocrite, est le fruit du hasard et de la nécessité ». On ne peut s’empêcher de penser que ces attentats, après bien d’autres évènements venant construire le nouveau paradigme du « choc des civilisations », s’inscrivent dans cette logique du « hasard dans la nécessité ». Car il n’est pas meilleure opportunité, en Tunisie comme en France ou ailleurs, qu’une tragédie humaine servant les intérêts de la classe dirigeante et des impérialistes à qui cette dernière doit sa place.

 


« Nous serons obligés de prendre des décisions économiques douloureuses » déclarait sur toutes les chaînes le nouveau premier Ministre Habib Essid au début du mois de mars, en réponse aux mouvements sociaux (1) qui s’organisent depuis janvier contre le plan ultra-austéritaire FMI-UE conçu par le gouvernement pro-islamiste et mis en application par l’actuel gouvernement néo-benaliste. Privatisation de services publics, restriction drastique du nombre de fonctionnaires, disqualification des universités publiques au profit des investisseurs privés,… et peut être le plus grave : suppression de la fameuse « caisse de compensation » qui plafonnait par subvention d’Etat le prix des produits de première nécessité (farine, lait, …) dans le contexte dramatique de l’inflation actuelle.

Au lendemain des attentats du 18 mars dans le musée du Bardo, foyer de la culture nationale tunisienne, Essid ne manquera pas de marquer les esprits : « Cet attentat frappe gravement l’économie nationale déjà en souffrance [le tourisme étant un des axes privilégiés de la stratégie politique gouvernementale, mais aussi tous les « investissements étrangers » sur le territoire / ndlr]. La guerre contre le terrorisme va être longue et il faudra soutenir le gouvernement dans cette guerre ».

« Tout ce qui existe dans l’Univers, disait le philosophe grec Démocrite, est le fruit du hasard et de la nécessité »

.

On ne peut s’empêcher de penser que ces attentats, après bien d’autres événements venant construire le nouveau paradigme du « choc des civilisations », s’inscrivent dans cette logique du « hasard dans la nécessité ». Car il n’est pas meilleure opportunité, en Tunisie comme en France ou ailleurs, qu’une tragédie humaine servant les intérêts de la classe dirigeante et des impérialistes à qui cette dernière doit sa place. Celle-ci comme d’autres, de Daech ou d’Al Qaïda, met en jeu des djihadistes pour la plupart ignorant tout de la religion qu’ils prétendent servir et d’autant plus manipulables qu’ils sont sectaires et « coupés du réel » (ce qui ne minimise pas leur responsabilité bien au contraire, un peu comme les commandos fascistes italiens télécommandés par le réseau Gladio pendant les années de plomb).

La veille de chaque élection l’année dernière, législatives puis présidentielle, des attentats localisés ont coûté la vie à de nombreux policiers et militaires. Attentats qui pour les uns, les « laïcs », faisaient le jeu du parti islamiste Nahdha en sous-main pour faire pression sur un Etat pas encore totalement sous leur coupe ; ou qui pour les autres, pro-islamistes, ne pouvaient qu’être commandités par les réseaux néo-RCDistes (Nidaa Tounes en première ligne) pour disqualifier leurs adversaires et imposer une union sacrée anti-terroriste avec la gauche (2). Pour les Tunisiens dans leur grande majorité, le premier effet de « l’esprit du 11 janvier » version Essebsi sera un report sans broncher de toutes les grèves et manifestations syndicales prévues contre les plans imposés par le FMI et l’UE, ainsi qu’un patriot act à la sauce Ben Ali (3).

En aucun cas il ne faut prendre au sérieux le cliché européen d’une Tunisie désormais « exemple de démocratie pour le monde arabe, et frappée aujourd’hui par le terrorisme comme nos propres pays pour cette raison ».

Le terrorisme a toujours servi en Tunisie les intérêts de sections plus ou moins en contradiction de la classe dirigeante, ce réseau de familles de grands propriétaires terriens transformé en bourgeoisie relais de l’impérialisme français et/ou US, en association ou non avec les pétromonarchies islamistes arabes, et qui aujourd’hui, face à un leadership occidental en crise, peut être tenté de sauver ses restes par une diplomatie plus « ouverte » (contre laquelle ces attentats peuvent être une sorte de mise en garde ou de remise au pas).
 

« Le terrorisme touche aujourd’hui un pays qui représente l’espoir dans le monde arabe. L’espoir de paix, l’espoir de stabilité, l’espoir de démocratie. Cet espoir doit vivre » vient de déclarer Laurent Fabius, ministre français des Affaires Etrangères le 18 mars.



« L’espoir de paix », nous n’espérons pas franchement qu’il y participe, lui qui représente avec ses homologues de l’OTAN, d’Israël et des régimes féodaux intégristes de la péninsule arabique à leur solde, la destruction militaro-djihadiste de pays insoumis comme la Libye et la Syrie. « L’espoir de stabilité », encore moins, lui qui a cautionné la prise de position du mercenaire ultrasioniste à la chemise ouverte BHL menant au chaos actuel à la frontière libyenne.

« L’espoir de démocratie », c’est sans doute une sorte de blague pour Fabius, qui considérait en 2013 que « le Front Al Nosra [branche syrienne d’Al Qaida] fait du bon boulot sur le terrain » et qu’il ne fallait donc pas le déclarer comme « organisation terroriste » !

Ces groupes djihadistes armés, disparates et quelquefois en contradiction (comme toute constellation sectaire), faisant allégeance à qui les manipulent le mieux, gangrènent le pays au-delà du seul Mont Chaambi près de la frontière algérienne. C’est en fait une sorte de pépinière sous surveillance permanente des services secrets d’un Etat bicéphale (structuré dans de nombreux ministères en réseaux d’influence néo-RCDiste et pro-Nahdha et dont on médiatise plus souvent les oppositions que les connivences).

D’abord, le parti Nahdha, branche tunisienne des Frères Musulmans, entretient avec les djihadistes des liens plus ou moins apparents (4) (à la manière du très « républicain » Front National français vis-à-vis des identitaires, soraliens et autres milices skinheads). Ensuite il faut mettre en lumière le fait que, sous les apparences d’une opposition entre « laïcs » et « islamistes », même si celle-ci est bien sûr fondée jusqu’à un certain point jusqu’au sommet de l’Etat, les réseaux néo-RCDistes mutés en un respectable Nidaa Tounes, ont été à l’œuvre depuis la chute de Ben Ali pour céder le pouvoir sous conditions aux Frères Musulmans plutôt qu’au mouvement syndical et à la gauche à l’issue des révoltes populaires de 2011. Ce fut d’ailleurs B. C. Essebsi lui-même, alors Premier Ministre de transition, qui fit taire dans le sang (5) les manifestations populaires anti-RCD après la chute du dictateur (les mouvements de Qasba 1 puis Qasba 2), et dans lesquelles aucun islamiste n’avait pris part, du propre aveu de Nahdha. Lui encore qui ouvrit tous les plateaux télé à ces derniers, leur permettant d’occuper le terrain de « l’opposition » dans le dos d’une gauche tunisienne pourtant expérimentée et active (même si elle fut prise de court et divisée dans ses tactiques en 2011).


Sur la photo, un cadre dirigeant de l’UGTE (syndicat islamiste affilié au parti Nahdha) en compagnie de R. Ghannouchi, dirigeant de Ennahdha, finit armé d’une kalachnikov sur le front syrien… Un cas parmi tant d’autres.

Aujourd’hui encore, c’est en concertation avec le parti Nahdha qu’un accord vient d’être négocié, par-dessus le Front Populaire à nouveau trahi et mise à l’écart, que le nouveau président Essebsi pour la désignation du Premier Ministre. Plusieurs conseillers d’Etat du parti Nahdha viennent d’être nommés dans plusieurs ministères pour coopérer avec les ministres dits « laïcs »…

On voit donc que le jeu du pouvoir tunisien, toujours soumis aux diktats européens et US sur le plan économique comme sur celui de la stratégie du chaos international orchestrée par un Occident fragilisé dans son leadership, est plus complexe qu’une illusoire lutte du « monde civilisé » contre un chaos dont il est au moins le père, sinon le complice actif, dans cet attentat comme dans tous ceux qui suivront, pour mettre le couteau du terrorisme sur la gorge du peuple, quand celui-ci ne montre plus les signes d’allégeance nécessaires.

C’est ainsi qu’il faut bien sûr comprendre l’assassinat des deux dirigeants de la gauche tunisienne Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013, premier acte terroriste ayant permis de « ré-orienter » les évènements post-2011 sur la voie d’une dédiabolisation des réseaux RCD en un parti « démocratique, stable et fiable », Nidaa Tounes avec l’assentiment des organisations dites de gauche elles-mêmes, favorables à une unité nationale anti-terroriste.

Le peuple tunisien ne sortira de ce piège cyclique et cynique qu’en démasquant l’unité profonde des « laïcs » et des islamistes scellée dans son dos pour appliquer les plans impérialistes sur son sol et par extension dans tout le monde arabe.

L’Etat tunisien qui faisait mine d’entrer dans un tournant géopolitique, réchauffant quelque peu ses relations avec la Syrie et la Russie, vient de d’officialiser le statut privilégié d’ "allié majeur non membre de l’OTAN" pour les USA... Un premier résultat de ces attentats du Bardo.

Notes :

(1) Grèves étudiantes, dans l’Education Nationale, dans le prolétariat des centres d’appel, à la poste, dans l’industrie textile, … La tension sociale monte malgré les « pauses forcées » des périodes électorales qui ont jalonné l’année 2014.

(2) Il s’agit de l’épisode du Front de Salut, réunissant la direction de l’UGTT et des partis de la gauche officielle avec la droite et le grand syndicat patronal UTICA.

(3) Ben Ali arrivant au pouvoir devint populaire dans les premières années de son règne par un « esprit d’ouverture » en s’associant avec les Frères Musulmans et en permettant une certaine liberté de la presse… avant de tout verrouiller pour des années en profitant des pressions et attentats pilotés par ces mêmes Frères Musulmans. Rappelons que c’est durant cette période que l’actuel président Essebsi, alors cadre du RCD, dirigeait l’Assemblée Nationale.

(4) Sur la photo, un cadre dirigeant de l’UGET (syndicat islamiste affilié au parti Nahdha) en compagnie de R. Ghannouchi, dirigeant de Ennahdha, finit armé d’une kalachnikov sur le front syrien… Un cas parmi tant d’autres.

(5) Manifestation du 15 août 2011, faisant de nombreux blessés graves sous les coups de matraque.

Source : Investig’Action

 

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La France refuse toute "remise en selle" de Bachar al Assad. Agence Reuters –

17 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #La République, #La nation ., #L'OTAN., #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Je suis Charlie?, #Daesch, #ISIL

La France refuse toute "remise en selle" de Bachar al Assad

lundi 16 mars 2015 21h06

La France refuse toute "remise en selle" de Bachar al Assad. Agence Reuters –

1 / 1 BRUXELLES/PARIS

Les déclarations du secrétaire d'Etat américain John Kerry, qui a estimé dimanche que les Etats-Unis devraient "au final" négocier avec "le régime Assad" pour une transition politique, ont ravivé le débat sur l'opportunité de parler avec le président syrien quatre ans après le début du conflit.

Prié de dire lundi soir s'il regrettait les propos de John Kerry, le Premier ministre français, Manuel Valls, a répondu: "oui, bien sûr".

Bachar al Assad "est le responsable de dizaines de milliers de morts (...) donc attention", a-t-il dit au Grand Journal de Canal+. "Il n'y aura pas de solution politique, il n'y aura pas de solution pour la Syrie tant que Bachar al Assad restera, et John Kerry le sait."

Un peu plus tôt dans la journée, à Bruxelles, le chef de la diplomatie Laurent Fabius avait écarté tout changement de ligne à l'égard du régime, indiquant s'être entretenu à ce sujet dans la matinée avec John Kerry.

"Il m'a assuré qu'il n'y avait absolument rien de nouveau dans la position américaine sur la Syrie", a-t-il dit à la presse.

"Notre politique extérieure par rapport au drame épouvantable qui se passe en Syrie n'a pas changé, elle est dictée à la fois par l'exigence de la paix et par le droit international" a-t-il souligné.

 

"SCANDALEUX"

La seule solution "réaliste" est celle qui vise à "préserver les institutions du régime, pas M. Bachar al Assad", a dit Laurent Fabius, et à "intégrer l'opposition".

"Toute autre solution qui remettrait en selle M.Bachar al Assad serait un cadeau absolument scandaleux, gigantesque, à Daech (acronyme arabe de l'Etat islamique NDLR), aux terroristes de Daech", a-t-il poursuivi.

"Puisque s'il est établi que c'est M. Bachar al Assad qui était remis en selle, les millions de syriens qui ont été persécutés par M. Bachar al Assad se reporteraient pour soutenir Daesh, c'est évidement ce qu'il faut éviter".

Plus de 200.000 personnes ont été tuées dans le conflit syrien, qui a commencé en mars 2011 sous la forme d'une contestation pacifique et s'est transformé progressivement, sous l'effet de la répression, en rébellion armée, rejointe par la suite par des groupes djihadistes.

La France, qui apporte un soutien militaire à l'opposition modérée syrienne, a rompu ses liens diplomatiques avec Damas en mars 2012 pour protester contre la répression orchestrée par Bachar al Assad. Elle mise sur un renforcement de l'opposition syrienne modérée qui pourrait permettre de relancer les négociations de Genève qui se sont soldées en février 2014 par un échec.

Paris avait déjà dû réaffirmer sa ligne anti-Assad fin février à la suite de la visite de quatre parlementaires français en Syrie qui avait relancé le débat sur la nécessité de reprendre langue avec le régime syrien pour lutter plus efficacement contre l'Etat islamique (EI).

 

(Adrian Croft et Marine Pennetier, édité par Elizabeth Pineau)

 
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Syrie : la situation militaire

16 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Le grand banditisme, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL

Publié par Jean Lévy

Syrie : la situation militaire

 

Solidarité avec la Syrie souveraine

L’armée syrienne

passe à l’offensive sur tous les fronts
par Samer Zoughaib

dimanche 15 mars 2015, par Comité Valmy

 

L’armée syrienne passe à l’offensive sur tous les fronts,

 

De passage à Beyrouth, un ancien diplomate d’un pays européen, spécialiste dans le domaine de la défense, affirme que les responsables politiques et militaires occidentaux, qui ont mis du temps à se remettre du choc provoqué par l’échec de leur pari sur un rapide effondrement de l’Armée arabe syrienne, vivent en ce moment une déception encore plus grande. Ils sont, en effet, stupéfaits de constater que cette armée a abandonné depuis le début de cette année la stratégie défensive pour passer à l’offensive sur presque tous les fronts.

 

L’armée syrienne, qui affronte depuis 2011, sur 300 fronts, des dizaines de milliers de combattants extrémistes formés, armés et financés par l’Occident, la Turquie, la Jordanie et les pétromonarchies du Golfe, sans compter les terroristes de « Daech », est passée à l’attaque depuis le début 2015. Ces vastes offensives, qui mettent en action de larges unités militaires combinant les forces terrestres, aériennes, l’artillerie et les blindés, avec l’active participation de l’Armée de défense nationale et des alliés (essentiellement le Hezbollah), traduisent une haute capacité de coordination, de mobilisation et de mobilité des troupes. « Les experts militaires occidentaux sont étonnés par l’extraordinaire capacité de l’armée syrienne à se battre sur plusieurs fronts simultanément, quelle que soit la nature du terrain : en rase campagne, en zone urbaine, dans les régions désertiques et en haute montagne », révèle le diplomate.

 

Offensive à Lattaquié

Ces trois derniers mois, l’armée syrienne a donc enchainé les offensives du Nord au Sud, d’Est en Ouest, en passant par le centre. La dernière en date a été lancée dans les montagnes de Lattaquié, au Nord-ouest de la Syrie, dans une région escarpée, couverte de forêts. Des unités spéciales ont mené une attaque surprise contre les positions des extrémistes, et ont occupé des sommets stratégiques, dont celui de Dourine, considéré comme la clé de Jabal al-Akrad, le bastion extrémiste dans cette région du pays. Après ce succès, la localité de Salma, le plus important fief des insurgés dans ce secteur, constituera la prochaine étape. La progression dans les montagnes de Lattaquié permettra de relier cette province à celle d’Idleb et de couper les lignes de ravitaillement des extrémistes appuyés par la Turquie.

 

Plus à l’Est, l’armée syrienne a consolidé ses positions autour d’Alep, en repoussant, dimanche et lundi, une vaste offensive de « Front al-Nosra » contre la localité stratégique de Handarat, à l’Est de la ville. Selon les sources de l’opposition syrienne, quelque 70 extrémistes ont été tués dans ces combats qui visaient à reprendre à l’armée le terrain conquis autour d’Alep début février. Dans cette région, l’armée est en passe de refermer l’étau sur les extrémistes retranchés dans les quartiers Est d’Alep, en coupant leurs lignes d’approvisionnement vers la Turquie. La vaste offensive lancée par l’armée dans cette région avait partiellement atteint ses objectifs avec l’occupation de la localité de Bachkoy, avant d’être ralentie par une contre-attaque menée par des combattants venus de Turquie et encadrés par des officiers turcs. Des sources syriennes affirment que ce n’est qu’une question de temps avant que le chaudron ne se referme sur les quartiers Est d’Alep et que l’encerclement de Nobbol et Zahra, plus au nord, ne soit brisé.

 

Progression dans le désert de Homs

Dans le centre du pays, l’Armée arabe syrienne a lancé ces derniers jours une offensive qui lui a permis de consolider ses positions autour du champ gazier de Chaer, à l’Est de Homs, et de reprendre à « Daech » le champ de Jazal, dans le désert de Tadmor (Palmyre). Des dizaines de terroristes ont été tués dans cette opération couronnée de succès.

 

Sur les fronts autour de Damas, les groupes terroristes perdent du terrain partout. Douma, le fief des extrémistes de l’« Armée de l’islam » de Zahran Allouche, au Nord-est de la capitale, est soumise à la pression continue de l’armée et de Jeich al-Wafa. Cette milice a quitté les rangs de l’insurrection armée pour revenir dans le giron de l’Etat, à cause des exactions commises par les insurgés contre la population civile. Dans le sud de Damas, « al-Nosra » a été chassée de ses derniers bastions de Bibala et Beit Sahem par des milices locales, qui négocient leur reddition avec les autorités syriennes.

 

Sur le front du camp de Yarmouk, la brigade « al-Anfal » de ladite « Armée syrienne libre » (ASL) a fait défection et a rejoint avec armes et équipements l’Armée de défense nationale. La situation dans ce camp est devenue très difficile pour le « Front al-Nosra » et ce mardi, le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG) a appelé toutes les factions palestiniennes à unir leurs forces pour chasser les terroristes et reprendre le camp dont les 120000 habitants ont été en grande partie poussés à l’exode.

 

Le plus grand succès de l’armée syrienne et de ses alliés a été l’offensive lancée sur le front sud, qui leur a permis de progresser dans le triangle stratégique reliant les provinces de Deraa, Quneitra et Damas. Dans cette région, les lignes de défense des terroristes se sont effondrées devant les coups de l’armée syrienne, qui a repris, en janvier-février, les localités de Deir al-Adas, Deir Maker, Hamrit, les collines de Fatmé, Tall al-Krein, et Sayyad. Les troupes syriennes sont désormais aux abords de la colline stratégique de Tall al-Hara, qui surplombe le Golan occupé. Cette offensive a permis de réduire à néant le rêve « israélien » de l’établissement d’une zone tampon le long du Golan, ayant une profondeur géographique avec les zones contrôlées par les extrémistes à Deraa. Selon les sources des « rebelles », quelque 570 extrémistes ont été tués par l’armée dans ces combats.

 

Toujours dans le Sud, l’armée syrienne a repris la localité de Bou Harat, au Nord-est de la province de Soueida, après de violents combats avec les extrémistes. Lors de cette offensive, des hélicoptères d’attaques ont été utilisés.

 

Ces développements prouvent que l’armée syrienne et ses alliés ont repris l’initiative sur le terrain, malgré le grand soutien apporté aux groupes terroristes en armes, en argent et en appui politique. La nouvelle carte que l’Occident et ses auxiliaires régionaux veulent jouer est celle de la « pseudo-opposition modérée », dont près de 5000 membres sont entrainés en Arabie saoudite et autant en Turquie. Mais ce n’est pas avec cette petite troupe de mercenaires que Washington, Ankara, Riyad et Tel-Aviv parviendront à inverser les rapports de force.

 

Samer Zoughaib 
mercredi, 11 mars 2015

 

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