Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la mondialisation tag

L'éléphant, les petites fourmis et le vautour - Poème en soutien aux FRALIB . Poème de Caroléone.

2 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Theiere-Leopard-e1316238462874.jpg

 

 

 

Il était une fois dans les terres du sud de la France

Un éléphant occupé à cultiver les fleurs de Provence

Pour remplir avec gaieté ses théières dont sa forme épousaient

Avec un breuvage calmant et divin par ses fourmis sélectionné

 

 

2011_09_15_OP_OCCUPATION_FRALIB_079_modifie-1.jpg

 

 

 

Dans sa petite ferme qui un jour grandit, les employées

Les petites fourmis l’aidaient à qui mieux mieux à travailler

Elles mettaient du cœur à l’ouvrage et aussi leur témérité

Faisant prospérer la maison espérant un peu les fruits en tirer

 


 

images-copie-1.jpg

 


 

Un jour pourtant le grand vautour décida de délocaliser

Ce gros mot nouveau par le patronat venait d’être inventé

Afin de lui permettre de mettre dans ses poches plus de picaillons

Ce vautour sans scrupule se jeta dans l’aventure avec délectation



 

vautour.gif

 

 

 

Afin que le vautour puisse de plus en plus s’enrichir

Il fallait évidemment réduire les effectifs et faire partir

Les petites fourmis en nombre qui n’avaient rien à dire

Mais c’était sans compter sur leur ténacité à résister et tenir


 


 

L-Usine-Frabib-occupee.jpg

 

 

Les fourmis alors décidèrent de prendre en main leur fourmilière

Les tisanes de leur éléphant en Provence doivent rester elles décrétèrent

Ce qui ne plu pas du tout au vautour qui demanda l’aide du manitou

Qu’importe les fourmis sont coriaces et elles tiennent bien le coup

 


 

 

113441118_reference.jpg


 

Deux ans que cela dure pour faire tourner la fourmilière !

Deux ans que les promesses affleurent et jamais ne prospèrent !

Deux ans que l’éléphant fétiche sort en manif prendre l’air !

Deux ans que les braves petites fourmis travaillent en ouvrières !


 

 

fourmis.gif

 

Tenez le coup chères petites fourmis  travailleuses courageuses

Vous êtes le fleuron de notre pays et ne faites pas rougir les laborieuses

Fourmis dont vous héritez les propos les mérites et la pugnacité

Nous sommes près de vous et vous soutenons pour garder votre dignité

 

 

 

bv000004.gif

 

Caroleone

 

 

Les dernières news des FRALIB

 

 

 

 

 

fh120820.png

 

 

 

 

arton3105.jpg

 

 

 

1810203_12793670-fralib-20120817-t103a.jpg

 

 

 

FRALIB1.jpg

 

 

Lire la suite

NÉO-LIBÉRALISME Le précariat : « Une classe sociale en devenir »

2 Octobre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

NÉO-LIBÉRALISME Le précariat : « Une classe sociale en devenir »

 

Alors que le chômage explose en Europe, en particulier chez les jeunes, la notion de précariat, contraction de précarité et de prolétariat, devient de plus en plus d’actualité. Pour le britannique Guy Standing, professeur d’économie et promoteur d’un revenu citoyen pour tous, ce précariat rassemble aussi bien les jeunes diplômés précarisés, les enfants d’ouvriers rongés par l’incertitude que les travailleurs migrants. Il nous livre son analyse sur « cette classe sociale en devenir » et appelle à combattre les discours stigmatisant les « assistés », nouveau terreau de la montée de l’extrême droite.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Guy Standing est professeur d’économie à l’université de Bath (Royaume-Uni) et membre fondateur du Basic Income Earth Network (Réseau pour un revenu de base universel), une organisation qui promeut un revenu citoyen pour tous. Il a travaillé de nombreuses années à l’Organisation internationale du travail (OIT) et est l’auteur de Précariat - la nouvelle classe dangereuse (2011) et Le travail après la mondialisation : construire une citoyenneté occupationelle (2009).

Basta ! : La notion de précariat englobe celle de précarité et de prolétariat. Que signifie faire partie du précariat ?

Guy Standing : Le précariat est un phénomène mondial apparu avec les politiques visant à rendre toujours plus flexible le marché du travail. C’est vivre en situation d’incertitude permanente vis-àvis du travail, du logement, et même de son identité. En plus de ne pas avoir de revenu stable, les personnes faisant partie du précariat n’ont plus le sentiment d’avoir une identité professionnelle, ni de se développer personnellement au travail. Le précariat est en train de devenir anomique dans le sens ou il déstructure, désespère et aliène ceux qui en font partie. Être en situation de précariat, c’est aussi avoir du mal à contrôler son temps. On cherche à l’utiliser rationnellement et de manière productive. Compte tenu des incertitudes dans lequel le précariat est forcé de vivre, cela est très stressant. Les salariés et les élites n’ont souvent aucune idée de la quantité de travail que le précariat accomplit, bien que celui-ci soit souvent inutile, comme par exemple faire la queue pendant des heures, remplir un formulaire, avec l’espoir d’obtenir quelques miettes. Dans le même temps, les riches peuvent s’acheter des conseils et des services.

La notion de précariat ne recoupe-t-elle pas des réalités et des populations très diverses ?

Un autre aspect spécifique du précariat est qu’il est actuellement en guerre contre lui-même. Le précariat n’est pas une classe homogène, mais une classe sociale en devenir. Une partie est issue de la classe ouvrière, ou des périphéries urbaines. Pour eux la situation est très frustrante car ils réalisent qu’ils n’auront pas ce que leurs parents ont pu acquérir. Une autre partie du précariat est issue des vagues d’immigration. La troisième population est composée des jeunes éduqués, qui sortent de l’université sans débouchés. Ces derniers souffrent tout particulièrement de la frustration de ne pas avoir de statut. Ces trois groupes ont des consciences sociales très différentes, mais ils sont de plus en plus conscients de partager leur sentiment de précarité avec d’autres groupes, et d’être à part du reste de la société. Ils voient bien que les riches et la bureaucratie vivent sur une autre planète. Pour toutes ces raisons, le précariat est de plus en plus anxieux et se sent en situation d’insécurité croissante. Ce qui est source de colère.

Pourtant, en Europe, il existe encore un certain niveau de protection sociale ?

Le cœur du problème est que le précariat n’a pas ou très peu accès aux prestations sociales, si ce n’est les allocations soumises à des conditions de revenus, d’activité ou d’âge. Au bout du compte, ces systèmes n’atteignent que très peu le précariat, qui passe entre les mailles du filet de sécurité. La logique utilitariste du workfare (Travailler en échange d’allocations ou de compléments de revenus, ndlr), qui s’étend en Europe, est de faire payer les coûts d’une certaine protection sociale par ceux là même qui en ont besoin.

C’est cette même population qui est en permanence qualifiée par la droite d’« assistés » [1]...

Puisque la politique est un marché qui consiste à dépenser de l’argent pour attirer une majorité de votes, les politiciens jouent sur les préjugés perçus par cette majorité. De même, les médias veulent vendre leurs contenus à une large audience, ce qui les amène à surfer sur les préjugés de leurs lecteurs. À droite comme au centre-gauche, on s’est donc mis à dénoncer une certaine minorité, accusée de se comporter comme des « fainéants » ou des « assistés »... Tant que diaboliser une minorité leur permet de toucher efficacement la majorité, il y aura toujours un politicien pour user de cette stratégie. Au final, c’est toujours l’extrême droite qui en profite le plus, en jouant sur des préjugés grossiers, voire méprisables.

Quelle alternative à la logique utilitariste du workfare, censée combattre l’assistanat dans lequel se complairait une partie de la population ?

Poursuivre la logique du workfare se traduira par la montée de l’extrême droite, que nous pouvons déjà constater. La seconde option consiste à donner aux gens un véritable droit à une sécurité financière de base, un revenu de base inconditionnel. Ce revenu accordé à tous permettra de couvrir les besoins de base, et de pouvoir vivre dignement (lire notre enquête sur le revenu garanti, ndlr.). L’avantage majeur de cette sécurité est qu’elle constitue un socle sur lequel nous pourrions tous développer notre potentiel et agir de manière plus responsable et plus rationnelle envers nos proches, nos voisins, nos collègues. On le sait : l’insécurité ronge les esprits, et détruit notre sens de l’empathie. C’est cela qu’il faut renverser. Pour le précariat, le revenu de base permettrait notamment de reprendre le contrôle du temps, et de renforcer le pouvoir de négociation vis à vis des employeurs, de l’administration, des grandes entreprises. Et des femmes vis-à-vis de leur mari.

Dans le dernier chapitre de votre livre, vous lancez un appel aux politiciens pour qu’ils étudient ces alternatives. Pensez-vous que cet appel sera entendu à temps ?

Je ne crois pas qu’un élu politique plein de sagesse va apparaître et mettre ces alternatives sur la table. Mais la colère doit être canalisée. Et je pense que les jeunes activistes, issus de l’éducation supérieure, soucieux de l’environnement, du respect des biens communs, ont un grand rôle à jouer. Comme une lame de fond. De plus en plus de gens vont réaliser qu’il faut un mouvement actif provenant de la société civile pour que les politiciens s’occupent des vrais problèmes. La colère peut ainsi être utile si elle force le milieu politique à prendre les bonnes décisions. A moins qu’un mouvement se forme pour défendre la sécurité financière comme un droit, je crains une poussée de fièvre du précariat.

L’augmentation des émeutes, comme au Royaume-Uni en 2011, et les nouveaux mouvement contestant la mainmise de la finance sur leurs vies et les plans d’austérité en sont-ils le signe ?

Le mouvement Occupy aux États-Unis et les indignés espagnols ne sont que le début. J’ai été invité plusieurs fois à parler auprès des mouvements Occupy. Selon moi, l’année 2011 n’était que l’année du grand réveil. Les gens sont devenus des rebelles « primitifs » : ils savent maintenant ce contre quoi ils sont, mais ne savent pas encore précisément ce qu’ils veulent. Au moins, cette dynamique a permis à un nombre croissant de gens de se reconnaitre mutuellement comme faisant partie du précariat. Cela va encore prendre du temps avant qu’une véritable convergence ne se fasse, mais je crois qu’elle est en train d’arriver. Maintenant, il faut continuer de travailler pour garder le rythme, se rassembler, et surtout, formuler des demandes concrètes.

Si le précariat se révolte, n’y a-t-il pas un risque que d’autres groupes sociaux s’opposent à lui ?

Le risque est faible dans la mesure où de plus en plus de gens sont sur le point de tomber dans le précariat, d’une manière ou d’un autre. C’est pourquoi je crois qu’une forme de solidarité va émerger au-delà des champs sociologiques classiques. En dehors des ploutocrates, qui n’a pas un ami ou proche dans le précariat – ou sur le point de le rejoindre ? Le combat du revenu de base, c’est de parvenir à un changement de tendance, de direction. La priorité est donc de renverser les discours stigmatisant la précarité, les jeunes, les « assistés »... Car c’est cette mystification qui fournit des prétextes à l’establishment pour diminuer la protection sociale tout en augmentant la coercition. Or, c’est là dessus que les partisans du revenu de base peuvent aider à gagner la bataille.

Vous êtes donc optimiste ?

J’ai été invité à plus de 100 réunions cette année, dans plus de 24 pays différents. Chaque fois, j’ai senti beaucoup d’énergie chez les gens que j’ai rencontrés. Alors oui, je suis optimiste sur le fait que beaucoup de gens à gauche, chez les écologistes, tous ceux qui se soucient des biens communs, de leurs enfants et de leurs proches, ceux qui sont poussés dans le précariat, pensent qu’il y a forcément une alternative au néo-libéralisme, à l’utilitarisme, et aux politiques coercitives que nous subissons. Nous sommes des millions à vouloir un changement de politique. Maintenant, c’est surtout aux jeunes engagés dans la société d’avoir le courage de nous montrer le chemin, de prendre les idées radicales, utopiques et de les pousser jusqu’à ce qu’elles deviennent soudainement réalistes. Nous devons travailler et utiliser nos talents pour diffuser cette énergie, inviter les gens à s’activer. Bien sûr, il y a toujours une sorte de défaitisme, mais cette énergie peut soudainement devenir très positive. Et beaucoup n’attendent que ça !

Article repris sur: http://www.bastamag.net/article2679.html

Lire la suite

Les banques n'en sont plus à un mensonge près.

24 Septembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

A écouter les banquiers, remettre de l’ordre dans un monde de brutes leur coûterait bonbon et c’est le client qui en ferait les frais. Pas si sûr…

 

Avec une belle unanimité, la profession bancaire se répand depuis peu en lamentations selon lesquelles, une régulation accrue, en particulier l’entrée en vigueur des normes Bâle III – certes nécessaire s’empresse-t-elle d’ajouter sans conviction et dans le seul but d’éviter les noms d’oiseaux - risque de faire flamber leurs coûts, renchérir les taux d’intérêt à la clientèle et réduire méchamment la rémunération de leurs actionnaires.

 

Preuve qu’il s’agit d’un élément de langage à destination des politiques, Frédéric Oudéa, en bon petit soldat de la haute finance, n’a pas manqué de fredonner à son tour la complainte du banquier lors de son interview à Bloomberg TV du 12 septembre évoqué par Bakchich.

 

Faut dire que l’internationale bancaire n’a pas lésiné sur les moyens pour instiller l’idée selon laquelle la régulation est une monstruosité économique : 

 

L’Institut de la Finance Internationale, (IoIF) le lobbyiste en chef de la profession basé à Washington, n’a pas craint par exemple d’avancer des prévisions apocalyptiques selon lesquelles l’ensemble des mesures de régulation de la profession à l’étude provoquerait une augmentation de 5% des tarifs du crédit aux USA de 2011 à 2015 pendant que le PIB baisserait lui, de 3%. Une thèse, fortement contestée au cours des deux dernières années, tant par l’OCDE que par la Banque des Règlements Internationaux. 

 

Oh la grosse ficelle

 

Ainsi, sur les 3 marchés bancaires de référence retenus (Europe, Japon, USA) le IoIF n’hésite pas à affirmer que les mesures de régulation provoqueront une véritable horreur économiquese traduisant respectivement de 2012 à 2019, par une augmentation du taux d’intérêt de 328, 181 et 243 points de base, soit 3,28%, 1,81% et 2,43% aux USA. Des hausses qui s’accompagneront respectivement d’une baisse des PIB de 0,40%, 0,30% et 0,10% aux USA. 

 

Selon la même source, la période 2011-2015 n’en sera pas moins difficile à négocier : une hausse à attendre des taux d’intérêt de 291 points de base en Europe, 202 points de base au Japon et 468 points de base aux USA, avec en prime, un impact négatif dévastateur sur les PIB de 0,6%, 0,8% et 0,6%. 

 

 

La ficelle est un peu gros grosse. Pas un jour ne se passe aujourd’hui sans qu’une preuve de déloyauté envers la clientèle, voire de fraude bancaire pure et simple ne soit mise en évidence quelque part dans le monde. La course à l’enrichissement personnel de leur dirigeants est presque devenue la clef de décryptage des business-models mis en œuvre au cours des 5 dernières années par les plus grandes banques d’investissement de la planète. 

 

Bien entendu, il serait inconvenant et imprudent pour elles de reconnaître qu’un accroissement des contrôles et une « aggravation » des normes, se traduira surtout par une plus grande surveillance des comportements individuels discutables voire condamnables de leurs dirigeants au moins du point de vue éthique. 

 

Lobbystes bancaires contre économistes du FMI

 

D’où le refrain sur l’alourdissement des charges financières à attendre d’une régulation financière accrue que les malheureux banquiers seront contraints de répercuter, au moins partiellement sur leurs clients et sur leurs actionnaires du fait d’une rentabilité réduite….

 

Faux ! ont répondu André Oliveira Santos et Douglas Elliott dans une étude de plus d’un an très instructive, rendue publique le 11 septembre (cf. pièce jointe). Le premier, economiste-sénior au FMI, et son collègue consultant occasionnel au FMI et qui opère au sein de la prestigieuse Brooking Institution, partagent d’ailleurs leurs conclusions avec des trouble-fête comme Simon Johnson, ex-chef économiste au FMI maintenant employé de l’Institut Paterson pour l’Economie Internationale également situé à Washington.

 

Prenant le contre-pied des chargés de com’ de l’IoIF, Oliveira Santos et Elliott ont mesuré l’impact cumulatif sur le taux de prêt des banques, des réformes de régulation prévues, en prenant bien soin d’expliciter leur méthodologie.

 

 C’est rien de dire que leurs conclusions sont radicalement différentes de celles du lobbyiste patenté :selon les deux économistes, le coût net à attendre d’un peu plus de police dans un monde de gloutonnerie triomphante n’excédera pas 17 points de base en Europe, (0,17%) 8 points de base au Japon (0,08%) et 26 points de base aux USA (0,26%).

 

Des chiffres à comparer avec ceux de l’OCDE, qui s’établissent respectivement à 54, 35 et 64 points de base, l’ordre de grandeur étant aussi important que la valeur absolue des résultats annoncés. 

 

Décidément, tous les moyens même les plus grossiers sont bons pour les banquiers pour maintenir éternellement leur rente de situation macro économique.


Lire la suite

Guerre humanitaire : une éruption soudaine, inattendue et violente de bonté ?

14 Septembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Guerre humanitaire : une éruption soudaine, inattendue et violente de bonté ?

12 septembre 2012

Dans tout conflit, c’est plutôt l’agresseur qui recourt au mensonge. Pourquoi ? Parce que l’agresseur veut la guerre et cherchera donc des raisons pour la faire, quitte à les inventer. En réalité, l’agresseur est pratiquement obligé de les inventer. Pourquoi ? Et bien parce que les justifications pour une guerre d’agression – selon le Tribunal de Nuremberg et selon le droit international – sont au nombre d’un chiffre très très proche de zéro. Et lorsque la loi ne convient pas, il y a pas trente-six solutions : il faut la respecter, la changer ou la violer. L’Occident, en particulier, est un adepte de la troisième.

 

Oui, je sais : il y a la « guerre humanitaire ». On ferait des guerres « humanitaires ». Comme d’autres feraient de la « torture thérapeutique » ?. Risible, bien-sûr, mais pour la beauté du débat, admettons un instant ce concept de « guerre humanitaire ».

Par conséquent : Il existerait un espace-temps (ici et maintenant apparemment) où des pouvoirs politiques seraient « forcés » par des événements « particulièrement tragiques » à faire une guerre pour des « raisons humanitaires ». La cavalerie légère volant au secours de la veuve et de l’orphelin. Le petit garçon au fond de moi aime bien cette image. L’adulte, lui, lève un sourcil en entendant que les responsables politiques actuels seraient prêts à commettre le « crime des crimes » (toujours selon Nuremberg et le droit international) pour venir au secours d’une population (« étrangère » qui plus est) dont jusqu’à présent ils se fichaient éperdument.

Etrange « charge émotionnelle » et « application de principes » de la part de dirigeants politiques qui sont par ailleurs incapables de prendre la moindre mesure « humanitaire » lorsqu’il s’agit des sans papiers, des Palestiniens, des personnes âgées, de qui vous voulez. Ils sont pourtant là, sous leurs fenêtres, ou pas très loin. Ces mêmes responsables politiques qui pourraient sauver pour des raisons « humanitaires » les 10.000 enfants qui meurent de faim par jour et pour un prix inférieur à un seul missile de croisière. Nan, trop compliqué. Allons plutôt bombarder un pays pour montrer toute l’étendue de notre « bonté ».

En résumé : les salopards qui nous gouvernent auraient des crises d’humanisme tellement fortes qu’ils sont capables de tout, y compris de commettre l’irréparable, pour accomplir le bien. Elle est étrange, cette détermination – si soudaine, si inattendue, une véritable révélation – qui n’apparaît que lorsqu’il s’agit de faire la guerre, loin de préférence, dans un rapport de forces totalement déséquilibré de préférence (parce qu’il y a des limites chez eux, même aux principes), là où personne ne peut vraiment contrôler ce qui se passe, et qu’on ne retrouve jamais en temps de paix…

Oui, soudain, les voilà qui sont « bons », et « attentionnés », et « inflexibles », et « soucieux » du bien-être d’une population. Tellement soucieux qui si un membre de la population se présente à la frontière pour un bout de pain, ils le renverront chez lui avec ces mots d’encouragement : « rentrez chez vous, on va bientôt vous envoyer des secours » (sur la gueule).

Oui, soudain, dans toutes les tribunes, les mots « intolérables » et « inadmissibles » leur sortent de la bouche, comme des colombes de la manche d’un prestidigitateur.

Oui, une véritable métamorphose. Mais qui ne dure, hélas, que le temps d’une guerre. Et qui disparaît, comme par enchantement, une fois la bête repue. A croire que toute leur posture n’aura été créée et tenue que pour la circonstance.

Mon Dieu que je suis mauvaise langue !

Le tout par des gens qui vous expliqueront avec tout le sérieux du monde et la main sur le coeur – de préférence autour d’un dîner bien arrosé – combien ils sont contre la peine de mort, critiquant au passage les pays qui l’appliquent encore (jusqu’à là, tout va bien) et qui enchaînent aussitôt qu’il faut faire la guerre, c’est-à-dire appliquer la peine de mort à une échelle industrielle, mais cette fois-ci sans procès, sans jugements, sans discrimination, contre une population très majoritairement innocente de tout crime.

Mon Dieu que je suis pinailleur !

 

Viktor Dedaj – LGS

 

Marc Lafontan, Au bout de la route 

http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/

http://www.centpapiers.com/guerre-humanitaire-une-eruption-soudaine-inattendue-et-violente-de-bonte/105932

Lire la suite

Combattre la mafia de l’évasion fiscale. Excellent article d'Edwy Plénel de Médiapart. Le 12 septembre 2012.

12 Septembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Combattre la mafia de l’évasion fiscale

 

La tentation belge de Bernard Arnault, première fortune française et quatrième fortune mondiale, est une formidable leçon de choses. Quels que soient ses démentis postérieurs, le désir d’expatriation de ce milliardaire boulimique montre que l’argent, quand il devient une fin en soi, avoisine le crime dans son entêtement à échapper aux lois communes. L’évasion fiscale n’est pas à la marge mais au centre d’une économie devenue mafieuse parce que livrée à la finance. La combattre devrait être l’urgence du moment, une véritable cause nationale et européenne. Démonstration factuelle.

En 1937, après la réélection de Franklin Delano Roosevelt pour un deuxième mandat présidentiel, les États-Unis d’Amérique accentuaient leur sursaut démocratique et social face à une crise de même ampleur que l’actuelle, tandis qu’en Europe, nazisme et fascisme imposaient leur barbarie jusqu’à l’inévitable basculement dans la guerre mondiale. Le 21 mai de cette année-là, Henry Morgenthau Jr., le ministre des finances américain, transmit à son président une Note du Trésor sur la fraude et l’évasion fiscales (lire ici sa traduction française).

« Année après année, écrivait-il, l'enquête sur les rentrées de l'impôt sur le revenu révèle le combat toujours plus acharné des individus fortunés et des entreprises pour ne pas payer leur juste part des dépenses de leur gouvernement. Bien que le Juge Holmes (figure respectée de la Cour suprême) ait dit que “les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée”, trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. »

Ne pas payer ses impôts, chercher à s’y soustraire ou à y échapper, c’est donc faire le choix de la barbarie du chacun pour soi contre la civilisation du tous pour chacun. Quand il devient un absolu, la fin et la mesure de toute chose, l’argent n’est plus qu’une arme sauvage au bénéfice d’une liberté aveugle, destructrice de la société, des liens et des solidarités qui la font tenir. Quand tout s’achète, il n’y a plus de principe et de valeur qui vaille, et la loi elle-même ne vaut plus rien. La fiscalité n’est pas l’ennemie de la liberté, qui comprend celle de s’enrichir. Mais elle civilise cette liberté individuelle en l’insérant dans une relation collective où chacun, à la mesure de ses moyens, contribue à la richesse nationale, afin qu’il y ait des écoles, des hôpitaux, des routes, etc., dans l’espoir qu’ainsi, personne ne sera laissé en dehors de la cité commune.

Quand les leaders de la droite – François Fillon, par exemple – se lamentent sur le sort de Bernard Arnault, ils dévoilent leur faible souci de l’intérêt général et leur grande sollicitude pour quelques intérêts privés. Ce fut d’ailleurs leur politique, notamment sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy : que le peuple dans son acception la plus large paye toujours plus et encore ; que les très riches payent de moins en moins afin de s’enrichir de plus en plus (lire ce rappel par Laurent Mauduit). Mais cet appel à l’incivisme et cet éloge de l’illégalisme vont au-delà : écho à la radicalisation extrémiste de la droite américaine, dont les tentations fascisantes ont une liberté aveugle pour étendard (lire l’article de Thomas Cantaloube sur leur maître à penser, Ayn Rand), ils diffusent une pédagogie politique funeste qui érige le droit du plus fort, parce que le plus fortuné, en norme sociale.

D’où ce détour par un passé américain plein d’à présent européen, qui permet de prendre toute la mesure de cette régression intellectuelle. La raison de la note du ministre Morgenthau était la moindre ampleur que prévu des rentrées fiscales pour l’année 1936, notamment parce que les plus riches se débrouillaient pour échapper à l’effort collectif.

Énumérant les procédés utilisés, parmi lesquels au premier chef les paradis fiscaux, et citant nommément certains des milliardaires concernés, le ministre des finances américain insistait sur l’amoralisme de ces combines en opposant ces profiteurs à tous les autres acteurs de l’économie – salariés, commerçants, entrepreneurs –, tout comme, dans la France d’aujourd’hui, le patron du numéro un mondial du luxe, LVMH, ne dit en rien la vérité d’un tissu industriel hexagonal fait de petites et moyennes entreprises.

« Nous avons encore beaucoup trop de cas de ce que j'appellerai la fraude morale, écrivait donc Morgenthau à l’attention du président Roosevelt, c'est-à-dire la mise en échec des impôts par des moyens douteux qui n'ont pas d'objectif ni d'utilité réels pour les affaires, et auxquels un homme vraiment honnête n'aurait pas recours pour réduire ses impôts. Votre gouvernement s'est distingué en exigeant un niveau plus élevé de moralité dans les relations commerciales. Nous avons besoin d'un niveau plus élevé de moralité dans les rapports du citoyen avec son gouvernement. (…) Le salarié moyen et le petit commerçant n'ont pas recours à de tels procédés. La grande masse de nos déclarations sont faites honnêtement. Le fait que les soi-disant leaders du monde des affaires fraudent le fisc ou y échappent est non seulement préjudiciable aux rentrées fiscales, mais il l'est aussi pour ceux qui se livrent à ces actes. Il ajoute à la charge fiscale des autres membres de la communauté, qui en portent déjà leur part bien qu'ils aient moins de moyens. La réussite de notre système fiscal dépend autant d'une bonne administration par le Trésor public que de déclarations complètement honnêtes par les contribuables. Et nous sommes en droit d'attendre des gens haut placés une moralité plus élevée que celle dévoilée par les déclarations de 1936. »

 

Parti de l'argent et parti du crime

Cette alarme contre la fraude et l’évasion fiscales relevait des travaux pratiques d’une politique sans ambiguïté du New Deal vis-à-vis de la taxation des plus riches. « Les impôts sont les cotisations que nous payons pour jouir des privilèges de la participation à une société organisée », déclarait Roosevelt en 1936, deux ans après le vote du Revenue Act qui remit à plat les règles d'imposition des hauts revenus.

Les personnes gagnant plus de 200 000 dollars (soit un million de dollars aujourd'hui) par an furent alors taxées à hauteur de 63 %. La loi fut révisée en 1936, augmentant le taux à 79 %, qui atteindra même 91 % en 1941. Pendant près d’un demi-siècle, soit jusqu’à la contre-révolution reaganienne et thatchérienne, les États-Unis connaîtront un taux marginal d'imposition sur les très hauts revenus proche de 80 % (lire cette mise au point de Thomas Piketty)

Mais, comme le soulignait hier la note américaine de Henry Morgenthau et comme l’illustre aujourd’hui la tentation belge de Bernard Arnault, il ne suffit pas d’imposer plus fortement les plus riches : il faut aussi, sinon surtout, empêcher qu’ils fraudent et que leurs fortunes s’évadent, de même que les délinquants fuient la juste rigueur de la loi et que le crime prolifère à l’abri d’une économie parallèle. Et ce n’est pas une petite affaire tant, ces quarante dernières années, l’évasion fiscale n’a cessé de gangrener le cœur de l’économie mondiale, de se professionnaliser financièrement et de se barricader juridiquement, au point de devenir une citadelle imprenable, opaque et secrète à la manière d’un trou noir où s’abrite, se renforce et se conforte une dangereuse « mafiosisation » du monde.

Affirmer ce lien d’essence entre parti de l’argent et parti du crime, entre des organisations qui, par-delà leurs dissemblances, la respectabilité des unes, la clandestinité des autres, n’ont d’autre loi que le profit et d’autre règle que le secret, n’est pas un propos d’illuminé ou d’agité. Dans son fameux discours du 31 octobre 1936, au Madison Square Garden, à la veille de sa réélection (lire ici sa version française), Roosevelt lui-même n’y avait pas été par quatre chemins (comme le rappelait déjà ici même Antoine Perraud).

S’en prenant aux « vieux ennemis de la paix », dont au premier chef « le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse », le leader démocrate poursuivait ainsi : « Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice à leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. »

L’argent organisé à même enseigne que le crime organisé, clamait Roosevelt, allant bien au-delà de cette « finance anonyme » évoquée comme son « ennemi » par le candidat François Hollande (lire notre compte-rendu du meeting du Bourget). Pas si anonyme et, surtout, criminelle ! De fait, le ministre des finances déjà cité, Henry Morgenthau, ajoutera à sa lutte contre la fraude et l’évasion fiscales le combat contre la corruption et le crime organisé. Que diraient aujourd’hui ces réformateurs radicaux, convaincus que l’exigence démocratique n’était pas l’affaire des tièdes, au spectacle des dérégulations ultralibérales qui, en quelques décennies, nous ont légué un monde où l’argent est roi et le crime son maître ? Oui, le crime, c’est-à-dire le refus des lois et la violation des règles, dans un climat de lâcheté et d’indécence, de renoncement des États et d’arrogance des oligarques. Et un crime que la crise, loin de le faire reculer, a conforté.

Car telle est la réalité de notre monde devenu la proie d’un capitalisme sans entraves : les paradis fiscaux en sont le cœur. Non pas la marge, l’exception ou la dérive, mais la norme. Ce noir tableau est brossé par Nicholas Shaxson, auteur de la plus récente bible sur le sujet (l’édition originale anglaise est de 2011) :

« Les paradis fiscaux sont partout. Plus de la moitié du commerce international – du moins sur le papier – passe par eux. Plus de la moitié de tous les actifs bancaires et un tiers des investissements directs à l’étranger des multinationales transitent par des centres financiers off-shore. Environ 85 % des opérations bancaires internationales et des émissions d’obligations sont effectuées via ce que l’on appelle l’Euromarket, un espace off-shore apatride. Le FMI a évalué en 2010 que le bilan cumulé des petits paradis fiscaux insulaires s’élevait à 18 000 milliards de dollars – une somme équivalente à un tiers du PIB mondial –, précisant que ce montant était sans doute sous-estimé. La Cour des comptes américaine a révélé en 2008 que 83 des plus grandes entreprises du pays possédaient des filiales dans les paradis fiscaux. L’année suivante, une enquête du Tax Justice Network nous a appris que 99 des 100 plus grandes entreprises européennes avaient recours à des filiales off-shore. Dans chaque pays, les banques sont les sociétés qui, de loin, recourent le plus aux paradis fiscaux. »

Les travaux pionniers de Gabriel Zucman, un jeune chercheur de l’École d'économie de Paris, ont permis d’évaluer ce qu’il nomme « la richesse manquante des nations » : environ 8 % du patrimoine financier des ménages est détenu dans des paradis fiscaux à l’échelle mondiale. « Fin 2008, expliquait-il dans un entretien à La vie des idées, le patrimoine financier des ménages – c'est-à-dire les dépôts bancaires, les portefeuilles daction, les placements dans des fonds d'investissement et les contrats d’assurance-vie détenus par les ménages du monde entier – s’élevait à 75 000 milliards de dollars. Les ménages détenaient donc environ 6 000 milliards de dollars dans les paradis fiscaux. »

Dans une nouvelle étude, toute récente (septembre 2012, à télécharger ici, en anglais), Gabriel Zucman et son collègue Niels Johannesen montrent que la prétendue action du G20 contre les paradis fiscaux « a jusqu’à présent largement échoué » : « Il y a autant d’argent dans les paradis fiscaux aujourd’hui qu’en 2009, et les fonds se déplacent vers les paradis fiscaux les moins coopératifs. »

 

La part d'ombre de la mondialisation

Qui sait, par exemple, qu’un minuscule archipel caraïbe, les îles Caïmans, est aujourd’hui le quatrième centre financier mondial ? Notre confrère Christian Chavagneux, d’Alternatives économiques, lance cette question en ouverture de son précis très pédagogique sur Les Paradis fiscaux (avec Ronen Palan, coll. Repères, La Découverte). Depuis, la campagne électorale américaine a fait sortir ces îles de l’ombre discrète qui les abritait, avec une cascade de révélations sur la fortune qu’y a amassée et cachée le candidat républicain Mitt Romney (lire l’enquête de Nicholas Shaxson dans Vanity Fair et celle de Sylvain Cypel dans Le Monde). Du coup, dans un esprit très rooseveltien, les activistes démocrates ont imaginé en vidéo une savoureuse charge contre l’évasion fiscale, dont la Suisse ne sort pas indemne :

Les paradis fiscaux, explique Chavagneux, c’est « la part d’ombre de la mondialisation » : « Ils en nourrissent l’opacité, l’instabilité – ils ont été l’un des acteurs de la grande crise financière de la fin de la première décennie 2000 – et l’inégalité en servant d’abord les plus puissants de ses acteurs. » Mais, au fur et à mesure que s’étend et s’approfondit la crise, l’ombre gagne sur la lumière.

Cet été, Tax Justice Network a démontré que les évaluations officielles des organismes internationaux sous-estiment le poids des paradis fiscaux. Selon ce réseau indépendant pour la justice fiscale, les actifs financiers qui y sont cachés ne seraient pas autour de 17 000 milliards d’euros, chiffre déjà incommensurable, mais de 25 500 milliards de dollars, soit plus que l’addition des PIB des États-Unis et du Japon !

Et encore ne sont comptés là que les actifs financiers, sans prendre en compte tous les autres actifs dissimulés via les paradis fiscaux, investis dans la réalité matérielle, de l’immobilier aux yachts, des écuries de course aux œuvres d’art, etc. (lire l’article précurseur de Martine Orange, Le prix exorbitant des paradis fiscaux). L’erreur de perspective serait de croire qu’il ne s’agit là que d’actes individuels, ceux de particuliers violant les lois de leurs nations pour mieux s’enrichir. La vérité, c’est qu’il s’agit du système tout entier, des grandes entreprises aux grandes banques qui, toutes, ont organisé leur prospérité sur l’illégalisme des places off shore.

Ainsi les établissements bancaires qui ont bénéficié, sans contrepartie véritable, du secours de l’argent public depuis 2008 ont tous continué à prospérer dans les paradis fiscaux. Un récent rapport de CCFD-Terre Solidaire a révélé que la présence des banques françaises dans les paradis fiscaux a augmenté malgré, ou plutôt grâce à la crise (lire notre article avec le texte du rapport). Sur sept banques étudiées, on compte 547 filiales dans les paradis fiscaux, soit près de 21 % du total de leurs filiales. Les banques françaises, notamment BNP-Paribas, Crédit agricole et Société générale, comptent ainsi 24 filiales dans les Caïmans, 12 dans les Bermudes, 19 en Suisse, 29 à Hong Kong et 99 au Luxembourg !

Mais il n’y a pas que les banques : comme le démontrent Chavagneux et Palan, « les grandes entreprises gèrent désormais leur trésorerie et leurs politiques de financement par l’intermédiaire de filiales situées dans les paradis fiscaux qui centralisent les transactions de prêts, d’emprunts, de répartition mondiale des bénéfices, etc., pour l’ensemble du groupe ». C’est ainsi qu’on aboutit à ce paradoxe qu’en 2008, par exemple, le premier investisseur étranger en France n’est autre que… la France, les multinationales françaises investissant dans leur propre pays via leurs filiales non résidentes situées dans les paradis fiscaux, et ce à un niveau plus important que les investissements des multinationales étrangères en France !

Derrière ces chiffres et ces pratiques, il y a tout simplement le vol d’une grande part de la richesse nationale qui, détournée et cachée, n’est pas redistribuée pour le bien commun. Dans sa récente enquête sur l’évasion fiscale en France, qui a provoqué l’ouverture d’une information judiciaire le 5 avril visant la banque suisse UBS, laquelle bénéficia longtemps de hautes protections, notre confrère Antoine Peillon (ici son blog sur Mediapart) affirme, sans être démenti ni contredit, que « les avoirs dissimulés au fisc français sont presque de l’ordre de toute la recette fiscale annuelle du pays » et que l’évasion fiscale, individus et entreprises confondus, « s’élève au minimum à 590 milliards d’euros, dont 108 milliards rien qu’en Suisse ».

 

Un manque à gagner d'au moins 40 milliards par an

Loin d’être anecdotique, la question de la fraude et de l’évasion fiscales est donc un enjeu décisif du redressement économique et financier, social et moral de nos nations. Au-delà de la légitime sur-taxation des revenus les plus élevés, le nouveau pouvoir doit s’en emparer au plus vite, d’autant plus que c’est une arme pédagogique formidable dans le combat inégal entre les aspirations populaires et les prévarications oligarchiques. Et que cette question fait l’unanimité parmi les différentes forces qui ont soutenu François Hollande au second tour de la présidentielle, comme l’a montré la récente commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales (les deux tomes de son rapport sont téléchargeables en PDF ici et , ses travaux consultables sur le site du Sénat ainsi que le blog de son rapporteur, Éric Bocquet).

Ce rapport incontestable et incontesté montre que la fuite vers les paradis fiscaux provoque chaque année un manque à gagner d'au moins 40, voire 50 milliards pour le budget de la France ! Soit dix (ou vingt) milliards de plus que la saignée de 30 milliards d’économies que le gouvernement veut aujourd’hui imposer au pays ! Qu’attend le nouveau pouvoir pour s’emparer des riches travaux du Sénat, les approfondir à l’Assemblée nationale et, ainsi, initier une large dynamique parlementaire en faveur d’une lutte déterminée contre ces crimes financiers ?

La lecture des nombreuses auditions menées par les sénateurs met en évidence les lignes de front de cette bataille : d’un côté, un milieu des affaires, relayé par certains hauts fonctionnaires des finances, qui traite de haut la représentation nationale, entre morgue assumée et langue de bois ; de l’autre, tous ceux, des syndicalistes et associatifs jusqu’aux policiers eux-mêmes, qui espèrent enfin un sursaut.

Nos deux confrères déjà cités ont été longuement entendus par les sénateurs, faisant la pédagogie, schémas et graphiques à l’appui, de leurs trouvailles. « On m’a dit une fois, à Bercy, leur a confié Christian Chavagneux, qu’en prenant la Belgique, la Suisse, le Liechtenstein et le Luxembourg, on couvrait l’essentiel de la fraude fiscale française, aussi bien celle des particuliers que des multinationales. Il y a donc une fraude, une évasion et une optimisation agressive de proximité dans laquelle, toutes les statistiques le font ressortir, nos amis luxembourgeois tiennent un rôle particulier. » Une fraude qui est donc nichée au cœur de l’Europe, le Luxembourg et la Belgique faisant partie des six membres fondateurs de l’Union européenne ! Et de rappeler que, tandis que le premier détenteur de la dette publique américaine est l’ensemble des investisseurs situés dans les paradis fiscaux, les trois premiers pays où sont localisés les investisseurs qui détiennent la dette publique française ne sont autres que le Luxembourg, les îles Caïmans et le Royaume-Uni. 

Les sénateurs ont également entendu le magistrat financier Renaud Van Ruymbeke, initiateur avec d’autres, en 1996, de l’Appel de Genève (à relire ici) contre l’opacité financière des paradis fiscaux. À l’époque, a-t-il confié, il n’avait pas trop pris au sérieux la remarque d’un de ses collègues suisses qui lui disait : « Le gros problème, c’est la fraude fiscale. » Seize ans plus tard, il ne dirait plus que « la fraude fiscale est une chose, la criminalité organisée en est une autre » : « En réalité, même si la criminalité organisée ne représente que 1 % à 5 % de l’évasion fiscale, ces deux pratiques ont en commun un certain nombre d’outils que l’on pourrait appeler, sans aucune connotation politique, le libéralisme ou la mondialisation financière. (…) Dès que l’argent franchit les frontières, la loi de la jungle prévaut. »

S’il fut une vertu démonstrative des révélations de Mediapart depuis sa création en 2008, c’est de mettre au jour cette réalité. Apparemment, il n’y a pas de criminels endurcis parmi tous les protagonistes de nos enquêtes les plus spectaculaires, dont cet inventaire donne un aperçu : des fonctionnaires de l’armement et des finances, du ministère de la défense et de celui de l’économie ; l’héritière Liliane Bettencourt et son entourage dans la haute société, d’avocats, de financiers, de notaires, de brasseurs d’affaires et de politiciens professionnels ; le réseau constitué par Ziad Takieddine où l’on croise notamment François Léotard, Nicolas Bazire (numéro deux de LVMH, le groupe de Bernard Arnault), Nicolas Sarkozy, Édouard Balladur, Jean-François Copé

Pourtant, en ne s’en tenant ici qu’aux seules affaires Karachi, Woerth-Bettencourt et Takieddine (on pourrait y ajouter aussi l’affaire Tapie), toutes nos enquêtes ont dévoilé le recours massif à des paradis fiscaux, une pratique généralisée de fraude et d’évasion fiscales, en somme l’habitude, dans ces milieux privilégiés, de la violation de la loi commune et, plus encore, une acceptation culturelle de cet illégalisme comme allant de soi (voir par exemple nos toutes dernières révélations sur les affaires de Takieddine avec la banque Barclays).

 

L'alarme italienne contre la haute mafia

Grande figure de la magistrature indépendante en Italie, ayant fait du combat judiciaire contre la mafia l’engagement d’une vie au service du bien commun (lire ici son hommage, vingt ans après leur assassinat, à ses collègues Paolo Borsellino et Giovanni Falcone), le procureur Roberto Scarpinato aime rappeler que le véritable pouvoir, celui de l’argent comme celui du crime – qui se confondent, se rejoignent ou se croisent souvent –, est toujours obscène, au sens étymologique de ce mot : ob scenum en latin, c’est-à-dire « hors scène ». Car le secret est l’obscénité foncière de ce pouvoir, et c’est bien pourquoi, dès qu’il est mis à nu comme dans les enregistrements du majordome des Bettencourt ou dans les documents Takieddine, sa réalité vraie, son avidité, sa brutalité et sa vulgarité nous sidèrent et nous stupéfient. Sur scène, dans ses lieux institutionnels, ce pouvoir met en avant l’apparence d’une représentation destinée au public. Hors scène, il se livre à ses trafics, combines et arrangements au nom de ses intérêts bruts et brutaux, sans aucune fioriture.

Extraordinaire réflexion à haute voix de Scarpinato sur la « mafiosiation » d’un monde dérégulé, comme sorti de ses gonds, Le Retour du Prince (Éditions La Contre Allée) est un livre incontournable pour comprendre de quoi le mot mafia est devenu le nom commun (écouter ici notre chronique audio) : d’un monde, le nôtre, où le conflit d’intérêts, cette prolifération des intérêts privés à l’abri de l’intérêt général, est de fait institutionnalisé ; où l’abus de pouvoir est ainsi légitimé, par accoutumance et résignation ; où la corruption devient « un code culturel qui façonne la forme même de l’exercice du pouvoir » ; où les plus hautes classes dirigeantes et possédantes pratiquent sans vergogne l’illégalité pour elles-mêmes.

Selon Scarpinato, la mafia des tueurs, cette « mafia militaire » issue des milieux populaires que chroniquent les médias, fait écran à la « haute mafia » qu’il a su démasquer au risque de sa vie dans ses enquêtes : ces politiciens, notables et financiers qui en sont les véritables bénéficiaires.

L’Italie mafieuse ne vous est pas étrangère, lancent à la face de l’Europe et du monde aussi bien Roberto Scarpinato que le journaliste Roberto Saviano, l’auteur du désormais célèbre Gomorra (voir ici son site personnel). Ce dernier ne cesse de s’étonner de l’indifférence ou de l’inconscience françaises vis-à-vis de la très concrète présence des diverses mafias italiennes en France, qui va de pair avec notre complaisance pour la criminalité corse (lire ici l’enquête du Point sur l’arrière-plan de la série télévisée “Mafiosa”).

« Voilà ce qu’est la France, aujourd’hui : un carrefour, un lieu de négociations, de réinvestissement et d’alliances entre cartels criminels », écrit Saviano en préface de l’édition française de son dernier livre, message qu’il a répété dans les médias (ici et ). Mais, surtout, insiste-t-il, cette extension des mafias d’en bas va de pair avec les pratiques mafieuses d’en haut. C’est ainsi, souligne Saviano (dans un récent entretien à La Repubblica), que le système bancaire international n’a guère fait la fine bouche, depuis la crise de 2008, pour récupérer et blanchir l’argent du crime afin de renflouer ses caisses et de trouver des liquidités.

C’est peu dire que la France, dont le parquet et ses procureurs ne sont pas, comme en Italie, indépendants du pouvoir exécutif, est en retard dans cette prise de conscience. Les anciennes rodomontades de Nicolas Sarkozy contre les paradis fiscaux, dont la liste noire fut ensuite blanchie comme par miracle, ont accompagné une démobilisation générale de l’État dans la lutte contre le crime financier et économique, d’où qu’il vienne. Le Service central de prévention de la corruption (SCPC), dont on a oublié jusqu’à l’existence, est devenu une coquille presque vide, en tout cas une structure impuissante comme l’admet son chef lui-même (lire son dernier rapport, de 2010).

Cette année, la Cour des comptes a sévèrement souligné les faiblesses de Tracfin, la structure administrative de renseignement financier créée pour lutter contre le blanchiment d’argent (son rapport est à télécharger ici en PDF). Et, tout récemment, l’OCDE s’est inquiétée des retards de la France en matière de lutte contre la corruption internationale, s’étonnant de la rareté des enquêtes et du manque de sanctions (à lire sur acteurspublics.com).

Pendant ce temps-là, les autorités américaines, pourtant peu suspectes de collectivisme confiscatoire, ont saisi l’opportunité de la crise pour renforcer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Dans leur ligne de mire, la Suisse et ses banques, aujourd’hui dépositaires d’un tiers de la richesse mondiale manquante parce que détournée. Au nom de la souveraineté, qui est à la base du principe même de l’impôt et des recettes fiscales, les acteurs privés ne sont pas ménagés, notamment la banque UBS mise en cause par la justice américaine, tandis qu’un programme de dénonciation volontaire était mis en place. Mieux, le Foreign Account Tax Compliance Act (Fatca), qui entre en vigueur à partir de 2013, sème la panique sur les places financières helvètes car il contraint les établissements financiers, sous contrainte de sanctions aux États-Unis mêmes, à transmettre automatiquement leurs informations sur des Américains détenteurs de compte.

Qu’attend la France pour faire de même ? Qu’attend-elle pour faire la guerre à l’évasion fiscale et combattre les paradis fiscaux ? Qu’attend-elle pour boycotter, en leur refusant toute commande publique, les sociétés, quelles qu’elles soient, qui ont des filiales dans ces enfers criminels ? Qu’attend-elle quand l’impôt sur les bénéfices des entreprises n’est que de 25 % en moyenne en Europe contre 40 % aux États-Unis ? Qu’attend-elle quand on sait qu’en trente ans, avec la baisse de la part des salaires et la hausse des profits, ce sont quelque 150 % du PIB de l’ensemble des pays européens qui sont partis vers les marchés financiers ? Qu’attend-elle quand la révolution industrielle, dont le numérique est le moteur, accroît ces déséquilibres, ses principaux oligopoles jouant à plein la carte des paradis fiscaux pour payer le moins d’impôt possible – le taux d’imposition affiché par Google est de 2,4 % !

En conclusion de son livre sur Les Paradis fiscaux (André Versaille éditeur), sous-titré Enquête sur les ravages de la finance néo-libérale, Nicholas Shaxson, dont la plume est accueillie aussi bien par le Financial Times que par The Economist, lance cette alerte : « Les paradis fiscaux sont un facteur déterminant de la façon dont le pouvoir politique et économique fonctionne dans le monde aujourd’hui. Ils permettent aux personnes, aux entreprises et aux pays les plus riches de conserver leurs privilèges, sans qu’il n’y ait pour cela aucune bonne raison. Les paradis fiscaux sont le théâtre où les millionnaires affrontent les pauvres, les multinationales les citoyens, les oligarchies les démocraties : à chaque fois, le plus riche l’emporte. »

Autrement dit, si une guerre acharnée ne leur est pas faite, avec constance et détermination, aucune politique socialement progressiste ne pourra durablement s’imposer, encore moins faire ses preuves. Car cet adversaire-là est déloyal, fourbe et secret, violent et puissant, sans frontières et sans états d’âme, tout comme l’est le crime organisé.

 

http://www.mediapart.fr/journal/international/110912/combattre-la-mafia-de-l-evasion-fiscale?page_article=5

Lire la suite

Joseph Stiglitz torpille la mondialisation

11 Septembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Joseph Stiglitz torpille la mondialisation

Le «Prix de l'inégalité», dernier ouvrage de Joseph Stiglitz, sort en France le 5 septembre. Pour notre blogueur associé, Laurent Pinsolle, ce livre marque un tournant. Le prix Nobel d'économie dénonce désormais le libre-échange avec une approche nouvelle.

 

(Joseph Stiglitz, 2012 - Richard Drew/AP/SIPA)
(Joseph Stiglitz, 2012 - Richard Drew/AP/SIPA)
Son expérience au FMI a rendu le prix Nobel d’économie conscient des dangers de la mondialisation financière. Mais jusqu’à présent, il soutenait mordicus le libre-échange et dénonçait le protectionnisme. Ce livre marque un virage avec une critique des conséquences du libre-échange.

Pour lui, tout s’est accéléré dans les années 2000 avec «les politiques de déréglementation des marchés financiers de l’administration Clinton et la baisse des impôts sur les revenus du capital (…) qui ont mis de l’huile sur le feu». Il dénonce le démantèlement du Glass Steagall Act, qui a libéré la spéculation. Il souligne également que «la libéralisation ne promeut pas la croissance économique ; mais en revanche, elle amène plus d’instabilité et d’inégalités». Aujourd’hui, même le FMI «reconnaît les dangers d’une intégration financière excessive» et reconnaît l’utilité «des contrôles de capitaux ou la limitation des mouvements volatiles de capitaux à travers les frontières, surtout pendant une crise».

Une critique de la mondialisation

Stiglitz constate «la destruction de millions d’emplois dans l’industrie» du fait de l’évolution des avantages compétitifs avec la montée en puissance de la Chine. Il évoque une «polarisation de la main d’œuvre du pays» avec des emplois peu payés mais qui ne peuvent pas être automatisés qui continuent à croître, notamment dans les services et les emplois très qualifiés au sommet. Il pointe les difficultés de l’industrie en évoquant la baisse des salaires des salariés automobiles qui gagnaient 28 dollars par heure en 2007 et qui, selon le nouvel accord, ne peuvent plus espérer que 15 dollars.

Il en vient même à reconnaître les conséquences peu sociales du libre-échange : «Si les Etats-Unis importe des biens qui nécessitent des travailleurs peu qualifiés, cela réduit la demande pour les travailleurs peu qualifiés pour faire ces biens aux Etats-Unis et pousse vers le bas les rémunérations de ces même travailleurs peu qualifiés. (…) Si les exportations créent des emplois, les importations en détruisent ; et nous avons détruit plus d’emplois que nous en avons créés.»

Moins-disant social et salarial

Pour lui, «tant la mondialisation du commerce des biens et des services que la globalisation des marchés des capitaux ont contribué à l’augmentation des inégalités, mais de manière différente». Il souligne que dans cette globalisation, les droits du capital prennent largement le pas sur les droits des travailleurs. Il note que «la compétition entre les pays pour l’investissement prend de nombreuses formes – pas seulement la baisse des salaires et l’affaiblissement de la protection des travailleurs. C’est une course vers le bas globale qui assure que les règlementations sont faibles et les impôts bas».

Dans un exercice intéressant, il imagine que «dans un monde où les capitaux ne pourraient pas bouger et les travailleurs si, les pays se feraient concurrence pour attirer les travailleurs. Ils promettraient de bonnes écoles and un bon environnement et de faibles taxes sur le travail. Cela serait financé par des taxes importantes sur le capital». Il va encore plus loin en disant que si l’économie mondiale était parfaitement intégrée, alors le salaire de tous les travailleurs peu qualifiés convergerait vers le niveau des salaires en Chine, ce qui serait une catastrophe aux Etats-Unis.

Il ne croit pas à une telle convergence, mais pense que cela va dans ce sens, notamment aux Etats-Unis et en Europe. Pour lui, «avec le capital très mobile – et les droits de douanes bas – les entreprises peuvent simplement dire aux travailleurs que s’ils n’acceptent pas des salaires plus bas et des conditions de travail moins bonnes, l’entreprise ira ailleurs». Il souligne que les travailleurs qui perdent leur emploi du fait des importations des pays à bas coûts ont du mal à en trouver un autre.

Les Etats désarmés

Pour lui, «la globalisation circonscrit la démocratie à travers la compétition» entre les systèmes fiscaux que promeuvent notamment les multinationales, qui n’hésitent pas à recourir au chantage. Et à ceux qui disent que la globalisation ne nous donne pas de choix, Joseph Stiglitz soutient que c’est le cadre politique que nous avons donné à la globalisation qui ne nous donne pas de choix.

Et par conséquent, la globalisation pousse le niveau de certains impôts vers le bas, ce qui ne permet pas non plus d’en financer les conséquences sociales. Si la mondialisation a permis beaucoup de progrès dans les pays en voie de développement cela se fait au détriment des classes populaires et moyennes des pays dits développés. Il rappelle que les pays qui parviennent à la plus forte croissance (Japon avant-hier, Corée hier, Chine aujourd’hui) et les pays avec les plus hauts niveaux de vie (pays scandinaves) ont tous en commun d’avoir des Etats assez forts et présents.

Stiglitz adopte une démarche pragmatique pour la dépense publique. Il est favorable à son augmentation pendant les récessions mais pas autrement «quand l’économie est au plein emploi, davantage de dépenses publiques n’augmentera pas le PIB. Elle évincera d’autres dépenses». Mais il rappelle aussi que la libéralisation n’est pas forcément plus efficace comme le montre l’état du système de santé. Enfin, il souligne « qu’Il est curieux qu’à une époque où le chômage est si élevé, les supermarchés remplacent les caissiers par des caisses automatiques », une idée qui m’est chère.

Après avoir dénoncé la montée des inégalités et décortiqué les mécanismes qui sont en œuvre, et notamment la mondialisation des échanges, Joseph Stiglitz se penche sur les conséquences de ces inégalités sur notre système démocratique, ce que j’analyserai demain.

Source : Joseph Stiglitz, «The price of inequality», éditions Norton, «Le prix des inégalités», éditions Les liens qui libèrent, sortie le 5 septembre, traduction personnelle.

Retrouvez les premiers extraits du dernier livre de Joseph Stiglitz dans le n°802 du magazine Marianne.

 

Joseph Stiglitz torpille la mondialisation
Retrouvez d'autres articles de Laurent Pinsolle sur son blog.
Lire la suite