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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la mondialisation tag

Banques : ne laissez pas les lobbies faire la loi ! Une tribune de Pierre Larrouturou dans "Marianne".

11 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Banques : ne laissez pas les lobbies faire la loi !

Jeudi 11 Avril 2013  par Pierre Larrouturou

 


François Hollande, lors de son discours au Bourget, «Mon véritable adversaire est le monde de la finance», janvier 2012 - CHESNOT/SIPA
François Hollande, lors de son discours au Bourget, «Mon véritable adversaire est le monde de la finance», janvier 2012 - CHESNOT/SIPA
«Mon véritable adversaire n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance», affirmait François Hollande, dans son discours du Bourget, le 22 janvier 2012.

«La première décision à prendre, c'est de séparer ce qui relève du crédit, du dépôt, bref du service à l'économie, de ce qui appartient aux opérations de spéculation, pour que les dépôts des épargnants ne soient pas utilisés à d'autres fins que le prêt à l'économie, précisait-il deux jours plus tard. Cette séparation sera faite. Ce sera terminé !»

Une loi sur les banques est aujourd'hui en discussion au Parlement. Hélas, tout laisse craindre une réforme au rabais, une «retouche cosmétique» qui ne réglera aucun problème.

1. L'économie réelle ne sera pas protégée d'un possible tsunami sur les marchés financiers. Faut-il rappeler que, en Grande-Bretagne, la dette du secteur financier atteint 600 % du PIB ? Faut-il rappeler que, en Chine, la dette privée a augmenté de 25 % en un an et que la bulle immobilière vient d'éclater à Pékin ? Malgré la crise en Italie, malgré Chypre, malgré tous les nuages qui s'accumulent sur l'économie mondiale, certains veulent croire que la crise est derrière nous. C'est totalement faux. Il est urgent de protéger les citoyens et l'économie réelle de la prochaine crise financière.

2. Si les banques continuent à spéculer avec nos dépôts, les PME auront toujours autant de difficultés à se financer. Alors qu'une vraie séparation obligerait les banques de dépôt à consacrer l'ensemble de leurs fonds au financement des PME et de l'artisanat.

3. L'argent des contribuables continuera à servir d'assurance tous risques pour quelques milliers de traders et de cadres dirigeants qui seront ainsi encouragés à toujours spéculer avec l'argent de leurs clients.

La loi en cours de discussion prévoit seulement de filialiser une infime partie des activités des banques. Le PDG de la Société générale a reconnu lui-même que cela concernerait moins de 1 % de l'activité de sa banque !

Hélas, une telle filialisation ne règle rien : en 2008, le numéro un mondial de l'assurance, AIG, a été coulé par une microfiliale basée à Paris et qui, malgré sa petite taille (une douzaine de salariés) et malgré les «contrôles» des autorités françaises, a accumulé suffisamment de risques pour faire chuter l'ensemble du groupe !

Pour que la chute d'AIG ne débouche pas sur une récession générale, le gouvernement américain a dû trouver en urgence 180 milliards de dollars... Les risques accumulés par 12 personnes travaillant à Paris ont coûté 130 milliards et des dizaines de milliers d'emplois perdus aux Etats-Unis !

La chute d'AIG montre que la filialisation n'est pas une solution efficace. Que se passerait-il en France si le gouvernement devait trouver en urgence 140 milliards d'euros à cause de la faillite d'une grande banque ?

Franklin D. Roosevelt, 32e président des Etats-Unis, 7 mai 1933 - AP/SIPA
Franklin D. Roosevelt, 32e président des Etats-Unis, 7 mai 1933 - AP/SIPA
La solution, c'est la séparation complète des activités de dépôt et des activités d'investissement spéculatif. C'est une des premières réformes imposées par le président Roosevelt en 1933.

C'est comme cela qu'a fonctionné le système bancaire de tous nos pays jusqu'en 1984, ce qui prouve la faisabilité et le bien-fondé de cette solution.

La garantie de l'Etat doit être réservée aux activités d'intérêt général, comme le financement de l'économie réelle avec le dépôt des épargnants. Pour toutes les autres activités, il n'y a aucune raison de donner une garantie de l'Etat.

Même le gouvernement conservateur anglais affirme aujourd'hui qu'il faut mettre en place une «paroi électrifiée» entre les banques de dépôt et les banques d'affaires ! Pourquoi la gauche française n'a-t-elle pas la même ambition ?

Pour lutter contre la spéculation qui détruit petit à petit les fondements mêmes de notre société, pour protéger les comptes bancaires des citoyens, pour protéger les finances publiques, il est urgent de remettre la finance à sa place. La loi sur les banques revient bientôt à l'Assemblée nationale.

Les lobbies vont tout faire pour qu'elle ne soit pas durcie. Un certain nombre de citoyens, d'économistes et d'associations essayent au contraire de pousser les députés à l'audace. Vu la force des lobbies, il est fondamental que nous soyons le plus nombreux possible à nous mobiliser. Ne restez pas spectateurs. Signez la pétition sur separerlesbanques.fr

La loi sur les banques va bientôt revenir devant l'Assemblée nationale. Et il est urgent de remettre la finance à sa place. Citoyens, mobilisez-vous pour qu'un peu d'audace soit insufflée aux députés !

Paru dans le n°832 du magazine Marianne, en vente du 30 mars au 5 avril 2013
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Ken Loach: Privatisons les obsèques de Thatcher!

10 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

 

Ken Loach: Privatisons les obsèques de Thatcher!

C'est à cause des politiques mises en place par elle que nous sommes aujourd'hui dans cette situation. D'autres Premiers ministres ont suivi son exemple, notamment Tony Blair. Elle a tiré les ficelles, il fut sa marionnette. Souvenez-vous qu'elle a qualifié Mandela de terroriste et qu'elle a pris le thé avec Pinochet, ce tortionnaire et assassin.

Comment lui rendre hommage ? En privatisant ses obsèques. Faisons jouer la concurrence et allons au moins offrant. C'est ce qu'elle aurait fait." 

Merci Ken Loach, enfin une réaction pertinente...

 

Pour ceux qui l'auraient oublié:

 

"In this twenty-first century the dominant power is America; the global language is English; the pervasive economic model is Anglo-Saxon capitalism …"


( "En ce XXIe siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage global est l’anglais, le modèle économique généralisé est le capitalisme anglo-saxon"... propos de MARGARET THATCHER, dans un discours donné en Californie le 19 juillet 2001)

http://blogs.mediapart.fr/blog/abouadil/161012/aux-chiottes-lesperanto

 

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4 millions de citoyens contre la corruption. Je ne signerai pas cette pétition. Texte de Lucien Pons.

9 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

 

Bonjour.

 

Je ne signerai pas cette pétition pour quatre raisons.

  1. Elle est produite par Avaaz à laquelle je ne fais pas du tout confiance. En s'appuyant sur la légitime colère suscitée par ce scandale cette pétition à pour but de déstabiliser le gouvernement élu pour lui substituer un gouvernement d'experts hors d'atteinte de la souveraineté du peuple. Dans cette configuration souhaitée par le grand capital, quels que soient les détournements de ces gens, on peut être certain qu'aucun média n'en parlerait. C'est déjà le cas avec les saigneurs du CAC 40 qui ne sont jamais inquiété même lorsqu'ils trichent. Ils possèdent en effet les grands média et les leviers de pouvoir. Pour connaître les turpitudes de certaines grosses fortunes comme Bernard Arnaud, Jean-Charles Naouri et bien d'autres il faut avoir la volonté de dénicher ces informations qui nous sont cachées. Pour cette ploutocratie, cette pseudo démocratie est un leurre qui fait perdre du temps et qu'il convient donc d'éradiquer. Jacques Attali, BHL, Alain Minc et consorts appellent de leurs voeux ce changement de régime. Je ne suis pas certain que l'on y gagnerait.
  2. Jeter le discrédit sur quelques élus revient à faire passer tous les élus pour des fraudeurs, ce qui est loin d'être le cas, surtout chez les élus de proximité qui sont très proches de leurs administrés. Quelle que soit leur étiquette politique ils écoutent en général les électeurs car ils ont besoin d'être réélus. La réforme territoriale, l'acte III de la décentralisation, les euro-régions, la suppression des 36 000 communes et des conseils généraux ne passent pas dans l'opinion. Une des façons de faire accepter l'inacceptable est justement de montrer les politiques comme des personnes irresponsables et malhonnêtes. Il est facile ensuite de passer en force car la population ainsi préparée ne réagira pas.
  3. Avaaz est financée et crée par des officines américaines qui ne sont pas toutes enclines à protéger le peuple français.
  4. A aucun moment la pétition ne remet en cause le coeur du problème de la corruption, à savoir la dérégulation tous azimuts, la libre circulation des capitaux, en un mot le capitalisme sauvage anglo-saxon appelé aussi ultralibéralisme ou eurolibéralisme. C'est un leurre de croire que l'on peut s'attaquer aux paradis fiscaux sans remettre en cause les dogmes de l'école de Chicago à laquelle on  doit toutes les régressions actuelles au niveau mondial. Une preuve s'il en faut une sont les rodomontades de Sarkozy l'américain à propos des paradis fiscaux, il paraît qu'ils ont tous disparu... Ceci est du même calibre que la réforme bancaire de Moscovici, ce sont des pétards mouillés.

Voilà pourquoi je reste sceptique et que je ne signerai pas cette pétition. Au demeurant il se peut que les gens qui ont lancé celle-ci soient de bonne foi et tout à fait sincères.

 

Bien amicalement.

 

Lucien PONS

 

  

La fameuse pétition.

 

  

  

4 millions de citoyens contre la corruption
 
 

 

 Chères amies, chers amis, 

Une nouvelle campagne vient d'être lancée sur le site de Pétitions Citoyennes d'Avaaz, et nous pensons qu'elle peut vous intéresser.

4 millions de citoyens contre la corruption
 

Trop c'est trop: Cahuzac c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Mais nous pouvons saisir cette opportunité pour enfin libérer notre pays de la corruption, du copinage et des scandales qui le rongent.
 
Notre pays est menacé d'effondrement: on apprend non seulement que certains ministres mentent et sont corrompus, mais également qu'ils auraient bénéficié de protections au plus haut sommet de l'Etat! Demain, c'est le chaos si nous ne réagissons pas. Mais avec 4 millions de signatures, nous pouvons contraindre le gouvernement à tenir un referendum pour adopter la tolérance zéro contre l'évasion fiscale et lancer une opérations "mains propres" anti-corruption.
 
C'est le moment ou jamais pour agir car le gouvernement est sous une pression maximale: il doit "faire quelque chose". Signez cette pétition et atteignons 4 millions de voix citoyennes pour demander les réformes que notre pays mérite.

http://www.avaaz.org/fr/petition/France_operation_mains_propres/?bzIJTbb&v=23716
 
Les solutions à adopter claires et connues de tous:

- inéligibilité et peines de prison pour dissuader la corruption et le détournement de fonds publics
- transparence totale sur l'utilisation des fonds publics

-         suppression des conflits d’intérêt
- fermeture des banques qui ne donnent pas le nom de leurs clients qui ouvrent des comptes à l'étranger
- indépendance de la justice
- indépendance et liberté de la presse
- encadrement des lobbies au Parlement
- fin du cumul des mandats et baisse du nombre d'élus
 - ….
Signez la pétition pour que l'Assemblée et le gouvernement les adoptent au plus vite!

 Marie Y et Julien B
Sources:

-L'onde de choc de l'affaire Cahuzac atteint Hollande (Le Monde)
http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/04/03/l-onde-de-choc-de-l-affaire-cahuzac-atteint-hollande_3152820_823448.html
 
Fabrice Arfi : «Pierre Moscovici a tenté de blanchir Cahuzac» (Libération)
 
http://www.liberation.fr/politiques/2013/04/03/cahuzac-hollande-pouvait-il-ignorer-la-verite_893326
 
 VIDÉO. La réaction du socialiste Gérard Filoche aux aveux de Jérôme Cahuzac émeut Twitter (Huffington Post)
http://www.huffingtonpost.fr/2013/04/03/video-jerome-cahuzac-aveux-reactions-gerard-filoche_n_3003629.html


Avec espoir et détermination,
 
Alice, Marie, Julien et tout l'équipe d'Avaaz
 
 PS: Cette pétition a été lancée sur le nouveau Site de Pétitions Citoyennes d’Avaaz, où vous pouvez créer facilement et rapidement une pétition sur une cause qui vous tient à cœur. Pour lancer la vôtre, cliquez ici:
http://avaaz.org/en/petition/start_a_petition/?23711

 

Signez la pétition

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Miss Maggie [1925-2013]. Repris sur le blog d'Olivier Berruyer.

9 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

 

“Quand l’objectif d’un gouvernement est de parvenir à l’égalité [...], ce gouvernement constitue une menace à la liberté.”

“Si votre seule opportunité est d’être à égalité, alors ce n’est pas une opportunité.”

“Nous devons soutenir les travailleurs, pas les tire-au-flanc.”

“Guérir les Britanniques du socialisme était comme essayer de soigner une leucémie avec des sangsues.”

“Personne ne se rappellerait du bon Samaritain s’il n’avait eu que de bonnes intentions. Il avait également de l’argent” (1980)

“Ce que nous demandons, c’est de récupérer l’essentiel de notre argent.” (1979, à propos du budget européen)

“La société n’existe pas. Il y a seulement des hommes, des femmes et des familles.” (1987)

There is no alternative” (25 juin 1980, à propos de sa politique ultralibérale)

Edit : laissons la parole à un anglais…

“Margaret Thatcher fut le premier ministre le plus diviseur et destructeur des temps modernes : chômage de masse, fermeture d’usines, des communautés détruites, voilà son héritage. Elle était une combattante et son ennemi était la classe ouvrière britannique. Ses victoires, elle les a obtenues grâce à l’aide des figures politiquement corrompues du Parti travailliste et de nombreux syndicats.

C’est à cause des politiques mises en place par elle que nous sommes aujourd’hui dans cette situation. D’autres Premiers ministres ont suivi son exemple, notamment Tony Blair. Elle a tiré les ficelles, il fut sa marionnette. Souvenez-vous qu’elle a qualifié Mandela de terroriste et qu’elle a pris le thé avec Pinochet, ce tortionnaire et assassin. Comment lui rendre hommage ? En privatisant ses obsèques. Faisons jouer la concurrence et allons au moins offrant. C’est ce qu’elle aurait fait.” [Ken Loach, 8/4/2013]

Lire aussi ici et

Edit 2 : au vu des commentaires durs, une petite photo courtoise avec Monsieur “3 200 morts et disparus, et plus de 38 000 torturés”. Je ne me réjouis pas, mais vous m’excuserez donc de garder plutôt la majorité de ma compassion pour les 25 000 terriens morts de faim aujourd’hui dans l’indifférence, comme tous les jours…

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Margaret THATCHER : non à l’éloge funèbre ! Le communiqué du PRCF.

9 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Margaret THATCHER : non à l’éloge funèbre !

« La mort n'est pas vraie quand l'œuvre de la vie a été bien accomplie », disait Ho-Chi-Minh.

 

A contrario on pourrait dire à propos de M. Thatcher que sa mort est vraie, puisque son œuvre a tout entière été dédiée au malheur de son peuple et des autres peuples qui ont eu affaire à elle et à ce qu'elle représentait : le pire de la tradition impériale anglaise.

 

Celle qui a inauguré, après son « cher ami » Pinochet, la politique ultra contre-révolutionnaire mondiale au moment où le gorbatchévisme capitulait devant l'impérialisme, celle qui a matraqué, la classe ouvrière britannique pendant et après la grève héroïque des mineurs, celle qui a assassiné les patriotes révolutionnaires irlandais dont les prisonniers de Long Kesh en grève de la faim, celle qui a provoqué une guerre avec l'Argentine avec ses centaines de morts et d'infirmes pour un rocher, confetti de l'Empire britannique, celle-là meurt dans la détestation de son peuple, des travailleurs britanniques et des peuples du monde.

 

N’oublions pas non plus l’extravagante course aux armes nucléaires des années 1980/85 menée en commun par Reagan et Thatcher… et soutenue en France par le tandem Mitterrand/Le Drian : en mettant le monde aux portes de la guerre nucléaire antisoviétique (« plutôt morts que rouges » était le slogan vedette de la seconde guerre froide des années 80), ces gens ont contribué au glissement social-pacifiste des années 80/90 en URSS, à l’émergence du liquidateur en chef Gorbatchev, à la re-mondialisation contre-révolutionnaire du système capitaliste avec son cortège de malheurs pour les travailleurs du monde entier. 

 

« I still hate Thatcher » proclame un slogan irlandais qui pourrait être universalisé tant l’ancien Première Ministre anglaise laisse une trace de malheur, de misère et de guerre dans les souvenirs de tous les progressistes. Rien que pour des gens de cette sorte, si l’Enfer existait, il faudrait le conserver !

 

Mrs Thatcher proclamait son fameux TINA (There Is No Alternative, il n'y a pas d'alternative), mot d'ordre qui est celui de tous les serviteurs du capital quel que soit leur masque, eux qui veulent faire croire que hors du capitalisme, de sa crise, de son chômage, de sa misère, de son austérité, de sa corruption, il n'y a rien.  Elle feignait d'oublier l'alternative socialiste, révolutionnaire, communiste, la seule qui eût jamais fait trembler le capital.

 

C'est en renforçant cette alternative révolutionnaire et, s’agissant de la France, en renforçant le PRCF, son défenseur conséquent, que vous aiderez à sceller d’un dernier clou le cercueil de la Cruella de Downing Street.

 

Margaret Thatcher est morte. Bobby Sand, lui, vit dans nos cœurs car, comme le dit l’héroïne des Raisins de la colère, « le peuple ne meurt jamais ».

 

 

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Mort de Margaret Thatcher : elle ne mérite que l'enfer ! Sur le blog "Commun-Commune".

9 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

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Jean-Luc Mélenchon :

« Margaret Tchatcher va découvrir en enfer ce qu'elle a fait aux mineurs »

Ken Loach, réalisateur:         

« Margaret Thatcher fut le premier ministre le plus diviseur et destructeur des temps modernes, chômage de masse, fermeture d'usines, des communautés détruites, voilà son héritage. »

 (Déclaration à la presse, lundi 8 avril 2013)

Joey Barton, footballeur anglais de l’Olympique de Marseille :

« Je pourrais dire 'repose en paix' Maggie mais ce ne serait pas honnête. Si le paradis existe, cette vieille sorcière n'y aura pas sa place » 

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David Hopper, responsable régional du syndicat des mineurs (NUM) dans le nord-est de l'Angleterre :

«Je bois un verre en ce moment précis. C'est un jour merveilleux. Je suis ravi. C'est mon 70e anniversaire aujourd'hui et c'est l'un des meilleurs de ma vie »

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Renaud , auteur-compositeur :

Femme je t´aime surtout enfin

Pour ta faiblesse et pour tes yeux

Quand la force de l´homme ne tient

Que dans son flingue ou dans sa queue

Et quand viendra l´heure dernière,

L´enfer s´ra peuplé de crétins

Jouant au foot ou à la guerre,

A celui qui pisse le plus loin

Moi je me changerai en chien si je peux rester sur la Terre

Et comme réverbère quotidien

Je m´offrirai Madame Thatcher

http://www.communcommune.com/article-mort-de-margaret-thatcher-elle-ne-merite-que-l-enfer-116931421.html

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Thatcher aux enfers. Repris sur le blog de Caroleone.

9 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Mardi 9 avril 2013

 

 

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Tu peux reposer en paix Bobby Sands

Avec tes compagnons

Le feu qui sévit aux enfers

Lèche le croupion de ta tortionnaire

Aux enfers du Dante, Thatcher

Le fer ne résiste guère au chalumeau

Je divague j’affabule et j’erre

Aux enfers je ne crois point

Pourtant ceux qui sur cette terre

Froidement laissèrent mourir en vain

Des jeunes esprits libertaires

Méritent d’être damnés à la fin

Je me dis que sinon sous la terre

Les lombrics à leur faim

Parcourront ces immondes chairs

Creusant des labyrinthes sans fin

 

Carole Radureau (09/04/2013)

 

 

 

Mort de Margaret Thatcher : Elle ne mérite que l'enfer chez El Diablo

 

Bobby Sands et ses compagnons sur cocomagnanville  ICI

 

 

Le syndicat britannique des mineurs (NUM) ne pleure pas Thatcher

ICI

 

http://cocomagnanville.over-blog.com/article-thatcher-aux-enfers-116937677.html

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Les Etats-Unis combattent encore la « menace » de la Théologie de la Libération (Counterpunch).

9 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Les Etats-Unis combattent encore la « menace » de la Théologie de la Libération (Counterpunch)

Le 15 septembre 2011, j’ai écrit à Mgr Kuriakose Bharanikulangara, Premier Conseiller de la Mission d’Observation Permanente du Saint Siège aux Nations Unies. Dans cette lettre, motivée par l’assassinat du 79eme prêtre en Colombie depuis 1984, j’ai exprimé ma préoccupation devant les meurtres incessants de prêtres catholiques et d’autres religieux en Colombie. J’affirmais que « cette agression contre l’Eglise de Colombie est à la fois une politique d’état de la Colombie et des Etats-Unis qui soutiennent les militaires à coups de milliards de dollars d’assistance, et qui considérent les mouvements organisés en faveur de la justice sociale en Amérique latine comme des menaces à leur domination économique dans la région. Je ne suis pas le seul à penser ainsi et d’autres prêtres en Colombie, notamment le Père Javier Giraldo, expriment le même point de vie depuis de nombreuses années. »

J’ai transmis une copie de cette lettre au Père Giraldo qui m’a répondu par une courte note dans laquelle il me remerciait et avait écrivit, « vous avez correctement interprété ma pensée. » Quant au Saint Siège, il n’a jamais répondu à mon courrier – apparemment parce qu’il ne partage pas mes préoccupations pour le sort de ces prêtres.

Un qui s’exprime sur ce sujet depuis des années est Noam Chomsky, un ami et soutien du Père Giraldo. En réponse à mon article le plus récent sur l’agression permanente contre l’église colombienne, le Professeur Chomsky m’a écrit : « très peu sont au courant de la guerre que les Etats-Unis ont lancée contre l’Eglise après l’hérésie de Vatican II, cherchant à ramener l’église aux Evangiles pour la première fois depuis l’Empereur Constantin. Vous savez probablement que cela fait très longtemps que j’écris sur ce sujet. Généralement sans résultats. » Hélas, ce fut une vidéo d’une conférence donnée par Chomsky en 2009 qui m’a ouvert les yeux sur la réalité de cette guerre et sa véritable nature.

Ainsi, en décembre 2009, le Pr Noam Chomsky a fait une intervention fascinante à l’université de Columbia et où il récapitulait des évènements méconnus dans le monde développé : en 1962, le pape Jean XXIII , à travers le deuxième Conseil du Vatican , avait tenté un retour aux premières origines de l’église, l’Eglise des premiers 300 ans lorsqu’elle était une « Eglise persécutée », l’Eglise des martyrs. La nature de l’église a changé avec la déclaration de Constantin en l’an 324 que l’église catholique serait l’église officielle de l’empire romain, et la transformant ainsi en une « Eglise persécutrice » et les nombreux crimes qui l’accompagnèrent, tels que les Croisades, l’Inquisition Espagnole et la complicité avec le nazisme.

Avec Vatican II en 1962, l’Eglise partout dans le monde s’est lancée dans une introspection. En Amérique latine, elle prit la forme d’une « Théologie de la Libération » - une philosophie qui choisissait « un traitement de faveur envers les pauvres » et qui appelait au soutien actif envers les mouvements sociaux, au nom des travailleurs, des paysans sans terre et des peuples indigènes, et à une opposition active face aux régimes militaires et aux sociétés multinationales.

Cette philosophie, un mélange de christianisme et de marxisme, a été formulée pour la première fois lors d’une réunion de théologiens latino-américains, à l’initiative de Gustavo Gutierrez, à Rio de Janeiro, Brésil, en 1964. Le Brésil est devenu le point de départ de ce nouveau mouvement et des « communautés de base » chrétiennes consacrées à la théologie de la libération ont surgi dans le pays pour se répandre ensuite dans toute l’Amérique latine où d’autres réunions pour développer la théologie de la libération se sont tenues à La Havane, Cuba, à Bogota, Colombie, et à Cuernavaca, Mexique, en juin et juillet 1965.

Comme l’explique Noam Chomsky, les Etats-Unis ne se sont pas contentés d’observer une théologie ouvertement marxiste se répandre en Amérique latine – une théologie qui menaçait la domination économique et militaire US dans la région – mais ont rapidement pris des mesures pour éradiquer par la violence ce mouvement émergeant. Quant au Vatican, après la mort de Jean XXIII, il est intervenu aussi pour enrayer le mouvement par la censure, le retrait et même l’exclusion de prêtres et d’évêques adeptes de la théologie de la libération.

Le premier coup des Etats-Unis contre la Théologie de la Libération, raconte Chomsky, fut porté dans le berceau même du mouvement – le Brésil. Ainsi, en 1964, les Etats-Unis ont parrainé le renversement du président brésilien démocratiquement élu, João Goulart, pour mettre en place une dictature militaire qui allait durer jusqu’en 1985 et qui, grâce au soutien militaire continu des Etats-Unis, s’attaqua violemment aux prêtres, religieux et communautés de la Libération, coupant ainsi le nouveau mouvement théologique à la racine.

Les Etats-Unis allaient s’engager dans des opérations militaires destinées à éradiquer la Théologie de la Libération, laissant derrière eux une trainée de cadavres de prêtres, frères et sœurs, assassinés, et même l’archevêque de San Salvador, Oscar Romero. Bien plus de 100 religieux ont été assassinés en Amérique latine entre 1964 et 1985, et le bain de sang ne s’est pas arrêté là.

Comme le souligne Chomsky, même après la chute du mur de Berlin en 1989, qui marqua la fin officielle de la Guerre Froide, les Etats-Unis ont continué leur massacre contre l’Eglise de Libération, notamment dans l’affaire la plus connue, celle du soutien aux militaires auteurs de l’assassinat de 6 prêtres Jésuites, ainsi que de leur femme de ménage et de sa fille, au mois de novembre 1989. Comme nous le savons par le rapport de 1993 de la Commission sur la Vérité de l’ONU, les auteurs intellectuels de l’assassinat de ces Jésuites était le Colonel Inocente Orlando Montano Morales et le Colonel Rene Emilio Ponce – tous deux diplômés de l’Ecole des Amériques des Etats-Unis (School of Americas – SOA) à Fort Benning, Georgia. Ce qui en soi est logique car comme le note Jack Nelson-Pallmeyer dans son livre School of Assassins (Orbis Books, 1999), dans 75 % des exercices de l’école, le prêtre ou autre personnage religieux (généralement joués par l’aumonier militaire) finissent morts ou blessés.

Les Cables Wikileaks

Récemment, j’ai été amené à faire une recherche de Wikileaks pour “théologie de la libération” pour voir ce qu’ils pourraient révéler sur la position actuelle des Etats-Unis envers cette philosophie et ses adeptes. Le recherche a trouvé 31 câbles concernant de nombreux pays dont El Salvador, Cuba, Equateur, Paraguay, Corée du Sud, Philippines, Haiti, Brésil, Venezuela, Liban et le Vatican lui-même. Ces câbles révèlent l’obsession persistante du Département d’Etat des Etats-Unis avec la Théologie de la Libération et une hostilité envers cette doctrine partagée à la fois par les Etats-Unis et le Vatican.

Par exemple, l’ambassade des Etats-Unis au Vatican – dans un câble intitulé « Partenaires dans le Progrès - Travailler avec les Agences de Développement du Vatican », daté du 24 janvier 2003 – indique clairement que les Etats-Unis et le Vatican sont actuellement au diapason quant à leur opposition à la Théologie de la Libération et ses défis envers les structures injustes qui reproduisent la misère. (1) Le câble de l’ambassade déclare ceci :

Le Saint Siège lui-même semble avoir effectué un revirement philosophique au cours des dernières années dans son approche du développement. Alors que de nombreuses déclarations contiennent à peine une allusion à un message sur le développement tiré de la période d’apogée de la Théologie de la Libération et de la théorie du développement international de la fin des années 60, des déclarations récentes – au sommet de Johannesburg sur le développement durable, par exemple – reflètent une position plus proche de celle du Gouvernement des Etats-Unis. Il est demandé aux bénéficiaires de l’aide au développement de devenir des protagonistes et des partenaires de leur propre développement. Des concepts tels que transparence, bonne gouvernance, responsabilisation et libéralisation des marchés fournissent désormais un contre-poids aux accusations portées contre des « structures injustes » ou le « capitalisme débridé » pour tous les malheurs du monde. Le Pape a renforcé ces concepts dans des messages et des déclarations récentes, ce qui laisse à penser que cette nouvelle perspective se diffusera du somment vers la base au sein des agendes de développement afin de modeler leurs politiques et stratégies. Etant donné l’importance de la voix du Vatican dans les pays en voie de développement, l’ambassade croit que les agences de développement du Gvt des Etats-Unis devraient chercher à élargir leurs contacts avec le Saint Siège pour bâtir un soutien à nos politiques et initiatives de développement et pour développer des synergies avec de nombreuses agences liées au Vatican. Fin du commentaire.

Dans un câble d’ambassade daté du 6 mai 2007 et relatif à la visite du Pape Benoit XVI au Brésil, l’ambassade des Etats-Unis au Brésil a longuement abordé cette question. (2) Par exemple, sous le titre « La « menace » de la Théologie de la Libération », l’ambassade écrit :

Un autre enjeu crucial de la visite du Pape est le défi posé à l’Eglise traditionnelle par la théologie de la libération. Le Pape Jean Paul (aidé par le Pape actuel lorsqu’il était le Cardinal Ratzinger) a déployé beaucoup d’efforts pour éradiquer cette analyse marxiste de la lutte des classes. Elle en était arrivée à être promue par un nombre significatif de religieux et de laïcs, qui parfois par compromis politique condamnaient la violence exercée « au nom du peuple ». La forme la plus orthodoxe de la théologie de la libération qui prenait fait et cause pour les pauvres et les opprimés avait procédé à une lecture réductrice que le Vatican cherchait à corriger. Dans une large mesure, le Pape Jean Paul II avait terrassé la « théologie de la libération », mais au cours des dernières années, on assiste à sa renaissance dans différentes parties de l’Amérique latine.

Ce câble souligne sans le faire exprès les résultats de l’attaque conjointe US-Vatican contre cette philosophie – la continuelle mauvaise distribution des richesses en Amérique latine. Dans ce câble, l’Ambassade explique que lors d’une conférence de presse qui suivi la visite du Pape au Brésil, « les évêques se sont plaints de « la distribution injuste de la richesse et des écarts faramineux dans la distribution des ressources » dans leur région. Ils ont demandé comment cela pouvait être possible alors que la majorité des présidents latino-américains, hommes d’affaires et professionnels se disent catholiques. »

Bien sûr, la réponse va de soi. L’état d’injustice en Amérique latine est dû pour une part non négligeable aux actions du Vatican lui-même, aidé par les forces répressives que les Etats-Unis, par la promotion d’une version du catholicisme qui permet aux riches et puissants en Amérique latine de se sentir à l’aise avec leurs richesses – c’est-à-dire de croire qu’ils ont une bien meilleure chance d’entrer au paradis qu’un chameau de passer par le chas d’une aiguille – et par « l’éradication » des Théologiens de la Libération qui prenaient des mesures réelles et concrètes pour remettre en cause la mainmise injuste des riches et des puissants sur les ressources du pays. En bref, la persistance de l’injustice est le résultat très naturel, et tout à fait prévisible et volontaire, des actions menées par le Vatican et les Etats-Unis.

L’ambassade US au Vatican, dans un câble daté du 14 janvier 2008, analyse les opinions du Pape Benoît sur de nombreux sujets, dont certains pays d’Amérique latine. (3) L’ambassade y reconnaît que « pour le Saint Siège, les Catholiques à Cuba jouissent d’un certain niveau de liberté religieuse. » En citant le membre d’un mouvement international laïc à Rome, l’Ambassade écrit que «  les relations entre l’Eglise et le gouvernement cubain n’était « pas terribles, mais pas mauvaises non plus » ». (Il faut souligner que les religieux catholiques à Cuba n’ont jamais eu à souffrir des violences infligées aux religieux dans les pays marionnettes des Etats-Unis de la région.)

Obsédée par son sujet, l’Ambassade poursuit longuement sur le point de vue du Pape sur la Théologie de la Libération :


Important aussi – et troublant – pour le Saint Siège est la résistance dont fait preuve la théologie de la libération en Amérique latine. A l’époque où il occupait le poste puissant de Préfet pour la Congrégation de la Doctrine dans les années 80, le cardinal (à l’époque) Joseph Ratzinger s’opposa à la théologie de la libération à cause de ses sympathies non cachées pour les mouvements révolutionnaires. Certains des partisans de cette théologie – dont d’anciens religieux – occupent à présent d’importants postes politiques dans des pays comme la Bolivie et le Paraguay, un phénomène qu’un commentateur a décrit comme la réincarnation laïque de la théologie de la libération. Pour le Saint Siège, le Magisterium de l’Eglise (les enseignements de l’Eglise Catholique) sur les questions sociales défendent déjà fermement les droits des plus démunis. Cette défense, souvent décrite comme « l’option préférentielle de l’Eglise pour les pauvres », ne devrait pas concerner les prêtres qui occupent un poste élevé de gouvernement ou qui sont candidats. En appelant à la réduction des tensions locales en Amérique latine, le Saint Siège espère empêcher l’instauration d’un climat favorable à une convergeance entre les religieux militants et progressistes et les gouvernements populistes et autoritaires.

Le 27 septembre 2005, dans un câble émanant de l’Ambassade US de San Salvador et intitulé « El Salvador : déclin de l’influence de l’Eglise Catholique Romaine », les Etats-Unis offrent une analyse intéressée et involontairement révélatrice sur les évènements au cours des dernières décennies. (4) Ainsi, l’Ambassade écrit


En 1977, l’ancien archevêque Oscar Arnulfo Romero a pris ouvertement position en faveur de la « théologie de la libération » ce qui l’a coupé de nombreux membres influents de l’église. L’archevêque Arturo Rivera y Damas a suivi l’exemple de Romero pendant son investiture entre 1983 et 1994. De nombreux changements se produisirent après les accords de paix de 1992, qui mirent fin à la répression et la violence des forces gouvernementales et des guérillas. Avec la nomination de Fernando Saenz Lacalle comme archevêque de San Salvador en 1995, l’Eglise Catholique est entrée dans une nouvelle ère pendant laquelle elle a retiré son soutien à la « théologie de la libération » ; Sanchez-Lacalle prône à nouveau la rédemption et la moralité individuelle. Cependant, une division latente persiste au sein de l’Eglise Salvadorienne sur ces questions politiques.

Plus loin, l’Ambassade explique qu’avec le retrait de son soutien à la « Théologie de la libération, « l’Eglise Catholique Salvadorienne a de fait été « re-Romanisée »… »

Comme souvent, c’est ce qui n’est pas dit qui est le plus révélateur. Ainsi, l’Ambassade fait référence à Oscar Romero comme « l’ancien archevêque » qui s’est rallié à la Théologie de la Libération. Bien entendu, comme nous le savons tous, Oscar Romero est en réalité mort et, qui plus est, a été assassiné pendant qu’il récitait la Messe par des forces entraînées, financées et armées par l’Ambassade US. L’Ambassade, en voulant éviter ces faits gênants, s’abaisse le qualifier uniquement « d’ancien archevêque », comme si celui-ci avait simplement pris sa retraite. Et, parmi les autres non-dits, est le fait que ce furent les assassinats des gens biens tels que l’Archevêque Romero qui a permis la « re-Romanisation » de l’Eglise – un terme à double-sens qui peut à la fois signifier que l’Eglise est de nouveau alignée sur le Vatican a Rome (ce qui est le sens voulu) mais aussi qu’elle est revenue à ses positions pro-Empire que l’Eglise a eues (avec une courte interruption après de Concile Vatican II en 1962) depuis l’an 324. En d’autres termes, c’est « mission accomplie » à la fois pour le Vatican que pour les Etats-Unis.

Quelques années plus tard, le 27 février 2009, l’Ambassade US à San Salvador est de nouveau prise d’angoisses à cause d’un nouvel archevêque « plus virulent » et que l’Ambassade soupçonne d’avoir des sympathies pour la Théologie de la Libération. (5) Le câble contient toute une section sur le nouvel archevêque qui s’exprime ainsi : « Sympathisant mais pas militant de la théologie de la libération ». Comme l’explique l’Ambassade, « les déclarations publiques de l’archevêque Escobar laissent entendre qu’il pourrait avoir des opinions proches de la théologie de la libération, un mouvement de l’Eglise catholique qui prône la libération des pauvres et des opprimés et qui a vu certains de ses adhérents soutenir les activités révolutionnaires en Amérique latine dont l’insurrection du FMLN (1980-1992) » - une insurrection que les Etats-Unis ont vigoureusement combattue bien entendu par le biais d’un soutien accordé aux forces militaires répressives d’El Salvador qui ont écrasé l’insurrection et tué par la même occasion des dizaines de milliers de civils innocents.

Comme l’explique le câble, certaines des déclarations de l’Archevêque Escobar qui le rendent suspect aux yeux des Etats-Unis sont ses prises de position contre les exploitations minières au Salvador, dont celles de la compagnie Pacific Rim – une « société canadienne avec des investisseurs US » comme l’explique le câble. Parmi d’autres éléments qui le rendent suspect de sympathie pour la théologie de la libération, toujours selon le câble, est le fait que « au cours de sa première homélie, Escobar a affirmé qu’il voulait être auprès des faibles et des pauvres parce que c’était le devoir de l’Eglise et il a demandé à ce que la priorité soit accordée aux pauvres. » Le câble poursuit pour dire que «  Escobar a aussi exprimé… son admiration pour le Père Ignacio Ellacuria, un prêtre jésuite et contributeur à la théologie de la libération, assassiné par les forces salvadoriennes en 1989, et pour l’évêque Oscar Arnulfo Romero, assassiné par les escadrons de la mort en 1981 (sic). » Là encore, la sympathie du nouvel archevêque pour ces religieux assassinés le rend suspect quant à sa loyauté.

Dans un autre câble de San Salvador, daté du 24 juin 2008, qui prétend donner un point de vue historique sur le FMLN, l’Ambassade affirme « Pendant les 12 années de guerre civile au Salvador (1980-92) le FMLN a tenté de renverser le gouvernement en employant la lutte armée, le terrorisme, l’endoctrinement politique socialiste/communiste. Le mouvement de la théologie de la libération au sein de l’Eglise Catholique et des syndicats a largement soutenu ces efforts. Le groupe recevait un soutien financier et armé du bloc soviétique et de Cuba. » (6) Cette déclaration, remplie de contre-vérités, est très révélatrice de l’antipathie éprouvée par l’Ambassade envers la Théologie de la Libération. Ainsi donc, dans un court extrait, l’Ambassade dépeint le mouvement de la Théologie de la libération comme soutenant le soi-disant terrorisme du FMLN, conjointement avec l’Union Soviétique et Cuba. Bien sûr, il est volontairement omis que ce sont en fait les escadrons de la mort paramilitaires soutenus par les Etats-Unis qui étaient responsables de l’immense majorité des actes de terrorisme au Salvador commis contre la population civile ; qu’une bonne partie du mouvement de la théologie de la libération, à l’instar de l’archevêque Romero lui-même, condamnait la violence de chaque camp ; et que les affirmations autour du soutien accordé par les soviétiques et les cubains au FMLN, une organisation autochtone, étaient toujours largement exagérées. Mais le plus significatif est que l’opinion US sur le mouvement de théologie de libération est que cette dernière est bras-dessus, bras-dessous avec le terrorisme et le communisme international – soit les deux plus grandes cibles (ou du moins les deux cibles les plus visibles) de la violence US depuis la Seconde Guerre mondiale.

Sur le sujet, les câbles ne tarissent pas et se livrent à une diabolisation constante des dirigeants politiques et religieux qui sont (ou que les Etats-Unis croient être) liés à la Théologie de la Libération. On y trouve Fernando Lugo, l’ancien Evêque Catholique en sandales, qui venait d’être renversé par un coup d’état « légal » au Paraguay que les Etats-Unis ont immédiatement ratifié (7) ; Jean Bertrand Aristide, le Président de Haïti qui fut forcé à l’exil par les efforts conjoints des Etats-Unis, du Canada et de la France (8) ; le président équatorien Rafael Correa (9) ; le président vénézuélien Hugo Chavez (10) ; et même un dirigeant chiite au Liban, Cheikh Ahmed Taleb, dont les Etats-Unis affirment qu’il aurait enseigné, au cours d’une jeunesse désorienté, « une version chiite libanaise de la théologie de la libération, avec une rhétorique colorée par des insultes envers les Etats-Unis et Israël. » (11)

Bref, les Etats-Unis considèrent la Théologie de la Libération, et tous ceux qui y adhérent, comme des ennemis. Et ils se considèrent sur la même longueur d’onde que le Vatican dans leurs efforts mutuels pour détruire cette philosophie. Ce qui, bien entendu, a des répercussions réelles et concrètes.

Un seul exemple, donné par un câble d’ambassade daté du 9 juin 2009, qui explique comment l’ancien équivalent du FBI en Colombie, le DAS, a espionné et « neutralisé » (un terme qui peut inclure l’assassinat) de groupes particuliers de défense des droits de l’homme, dont celui du père Giraldo, la Commission œcuménique de Justice et Paix (CIJP ou « Justicia y paz »). (12) Ce câble soulignait que cette surveillance avait été ordonné personnellement par le président de l’époque, Alvaro Uribe. Le câble précise que « la surveillance comprend une surveillance physique des individus et leurs familles (y compris les enfants), des écoutes téléphoniques et des interceptions de courriers électroniques, et la collecte de données financières sensibles. L’unité semble avoir aussi pris des mesures pour perturber les évènements de l’opposition et intimider les militants des droits de l’homme… des journalistes et des militants des droits de l’homme affirment que la surveillance (commencée en 2004-2005) se poursuit. »

On peut effectivement se demander si cette politique d’état de « neutralisation » du CIJP se poursuit encore, et si la récente tentative d’assassinat contre le père Alberto Franco du CIJP le 13 février 2013, faisait bien partie de cette politique. Pour ma part, je tiens à dire publiquement que si quelque chose devait arriver au père Franco ou à tout autre prêtre associé à la CIJP, le gouvernement Colombien et son soutien, les Etats-Unis, devront en être tenus pour responsable.

 

Daniel Kovalik

 

http://www.counterpunch.org/2013/03/05/us-still-fighting-thr...

Traduction “parce que la messe est loin d’être dite” par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

NOTES.

(1) http://wikileaks.org/cable/2003/01/03VATICAN283.html

(2) http://wikileaks.org/cable/2007/05/07VATICAN85.html

(3) http://wikileaks.org/cable/2008/01/08VATICAN14.html

(4) http://wikileaks.org/cable/2005/09/05SANSALVADOR2679.html

(5) http://wikileaks.org/cable/2009/02/09SANSALVADOR184.html

(6) http://wikileaks.org/cable/2008/06/08SANSALVADOR750.html

(7) http://wikileaks.org/cable/2008/06/08ASUNCION358.html

(8) http://wikileaks.org/cable/2007/10/07PORTAUPRINCE1668.html

(9) http://wikileaks.org/cable/2007/05/07QUITO1081.html

(10) http://wikileaks.org/cable/2007/07/07CARACAS1465.html

(11) http://wikileaks.org/cable/2006/05/06BEIRUT1483.html

(12) http://wikileaks.org/cable/2009/06/09Bogota2019.html

URL de cet article 20057

http://www.legrandsoir.info/les-etats-unis-combattent-encore-la-menace-de-la-theologie-de-la-liberation-counterpunch.html
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SURACCUMULATION ET CRISE SYSTEMIQUE DU CAPITALISME. Michel Peyret.

3 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

SURACCUMULATION ET CRISE SYSTEMIQUE

DU CAPITALISME



« Pour en rester à l’histoire récente du capitalisme, écrit Tom Thomas, on observera que les nombreuses crises qui se sont succédées au cours de ces trente dernières années ont pu être circonscrites et surmontées assez facilement. Elles n’ont pas, comme celle d’aujourd’hui, dégénéré en crise systémique généralisée parce que le capitalisme a pu mettre en œuvre plusieurs contre-tendances à la baisse du taux de profit. Ces contre-tendances ont des noms. Elles s’appellent défaites des prolétaires, mondialisation et extension du crédit. »

LA SURACCUMULATION GENERALISEE 
DU CAPITAL

Publié par admin on nov 22, 2012

CHAPITRE 1 du livre de Tom Thomas « La crise. Laquelle? Et après? »

Ce chapitre résume brièvement une des découvertes fondamentales de K. Marx, à savoir la cause profonde des crises systémiques récurrentes du capitalisme, cause profonde qui ne doit pas être confondue avec les causes immédiates qui jouent le rôle de déclencheur de la crise.

Il s’agit de la loi qui établit que le développement du capital, son procès d’accumulation, conduit toujours à une suraccumulation de capital. C’est-à-dire à un « excès » de capital sous toutes les formes qu’il revêt au cours du procès de valorisation: argent, moyens de production, force de travail, marchandises, et à nouveau argent. « Excès » s’entend bien sûr relativement à la possibilité pour le capital, considéré ici dans sa généralité comme capital unique, de réaliser une plus-value3 suffisante (sous forme de profit) par la vente des marchandises produites.

Suraccumulation de capital ou sous-consommation des masses sont deux façons de dire la même chose, par exemple, trop de moyens de production et de marchandises et pas assez de masse salariale pour les absorber, ou encore trop de capital produit (accumulé) et pas assez de plus-value (pl) produite4. Nous y reviendrons.

Autrement dit, ce sont deux manifestations du même phénomène, de la même contradiction qui provoque la crise, toutes deux abaissent le taux de profit, voire même, à partir d’un certain niveau de suraccumulation, la masse des profits.

Cette contradiction réside dans le fait que le capital tend à diminuer la quantité de travail vivant qu’il emploie en même temps qu’il tend à augmenter la puissance des machines et la quantité de marchandises produites. Or évidemment, seul le travail vivant peut produire la plus-value car il est à la fois seul fournisseur de surtravail et facteur indispensable de sa réalisation en plus-value lors de l’achat des marchandises par les salariés.

La compréhension de ce phénomène est indispensable à la compréhension de la crise généralisée du capital. Résumons-en l’argumentation.

Le capital n’existe que comme valeur se valorisant, s’accumulant ainsi sans cesse par la production de plus-value. De l’argent thésaurisé, des machines arrêtées, des marchandises invendues, bref, des valeurs immobiles ne sont pas du capital. Tout au plus sont-elles des valeurs en attente de le devenir. C’est bien pourquoi le capitaliste cherche à éliminer autant qu’il le peut cette immobilité. Il y parvient par le fonctionnement des machines en continu, par la limitation des stocks, par l’intensification et la flexibilité du travail, etc.

Le capital, n’existant que dans la valorisation et l’accumulation, développe « la production pour la production ». Mais pas seulement par un élargissement permanent de celle-ci, que cet élargissement soit géographique ou création de nouveaux produits et de nouveaux besoins, car cet accroissement de la production s’effectue nécessairement en tant que production capitaliste, c’est-à-dire production pour le profit.

Ceci amène chaque capitaliste, gérant (« fonctionnaire » dit Marx) d’un capital particulier, à devoir non seulement produire plus, conquérir de nouveaux marchés, mais à le faire en réduisant au maximum ses coûts de production afin d’augmenter ses profits. La concurrence l’y oblige qu’il le veuille ou non car s’il se montrait médiocre dans cet exercice, son capital disparaîtrait, ruiné ou englouti par d’autres plus performants.

Comme chacun le sait, réduire la part du salaire contenu dans les marchandises produites est pour chaque capitaliste particulier un moyen essentiel d’augmenter le profit. Pour le capital en général, dont la reproduction est en cause dans la crise systémique, cela revient évidemment à diminuer le capital variable (Cv) à engager (la quantité de « travail nécessaire ») afin d’augmenter la plus-value.

Il y a plusieurs façons de le faire. Toutes ont pour point commun la coercition du chômage et la violence étatique, légale ou illégale. Marx les a regroupées en deux grandes catégories.

D’une part, l’extraction de la plus-value « absolue » qui consiste à augmenter la quantité de travail vivant fournie, soit en allongeant le temps de travail, soit en augmentant son intensité sans augmenter le salaire en proportion.

D’autre part, l’extraction de la plus-value « relative » obtenue par des hausses de productivité grâce au perfectionnement des machines qui permet de diminuer le capital à engager (Cc + Cv). Cc augmentant moins que Cv ne diminue pour une production de valeur donnée. Mais si l’on s’en tient à l’extraordinaire ampleur du développement du capitalisme moderne depuis le 20ème siècle, c’est de loin l’augmentation de la plus-value relative qui a été le moyen essentiel mis en œuvre pour y parvenir.

Or une conséquence évidente de cette augmentation, toujours obtenue par un accroissement de la puissance et de l’efficacité des machines et une diminution corrélative de la quantité de travail humain contenu dans chaque marchandise, est que cette diminution finit par produire, à la longue, et malgré l’élargissement de la production et de la consommation5 qu’autorise cette productivité accrue, un effet contraire à celui attendu concernant la valorisation du capital.

Cet effet contraire se manifeste dans toutes les phases de la reproduction du capital, phases qui existent toutes simultanément du fait de l’enchevêtrement des cycles des multiples capitaux particuliers. Dans la phase de production proprement dite, cette diminution – qui porte d’abord sur Cv, c’est-à-dire sur la quantité du travail qui revient à l’ouvrier sous forme de salaire, direct et indirect – induit l’augmentation du rapport Cc/Cv ou « composition organique » du capital selon la formule de Marx. Laquelle est un facteur bien connu de diminution du taux de profit. D’une façon plus générale, la diminution relative de la quantité de travail vivant qui s’échange contre Cv finit par entraîner la diminution de la pl qui est la part non payée du travail et la base même du profit.

Dans la phase de réalisation du profit par la vente des marchandises, puisque cette diminution de la masse salariale relativement à l’augmentation plus rapide de la production, voire sa diminution absolue, entraîne le phénomène de la « sous-consommation », d’autant plus problématique pour le capital que les gains de productivité et l’énormité de la puissance et de la valeur des moyens de production qui les accompagnent impliquent la nécessité d’une consommation de masse pour répondre à une production de masse6.

Dans la phase de la circulation de la valeur réalisée (la valeur initiale additionnée de la pl) sous forme argent, puisque celui-ci, en partie ou totalement, ne parvient pas à se métamorphoser à nouveau en facteurs de production, en capital se valorisant – et cela manifeste bien la suraccumulation – du fait même de ces difficultés qui ruinent le profit, et le ruinent d’autant plus qu’elles attisent les résistances et la lutte des classes. Résultat: la reproduction du capital ne se fait plus en totalité, ou très difficilement, une partie part en fumée!

Bref, pour résumer en simplifiant, on peut dire que cette baisse de la quantité de travail employé relativement à l’augmentation des forces productives scientifiques incarnées dans les machines, à laquelle chaque capitaliste contribue en cherchant à augmenter son profit particulier, tourne périodiquement en catastrophe pour le capital en général et donc aussi pour tous les capitaux particuliers qui ont chacun de leur côté, et sans le savoir, scié la branche sur laquelle ils étaient tous assis: le travail prolétaire.

Citons quelques exemples de ce phénomène général.

En dix ans… « de 1994 à 2004, la production industrielle a progressé de 10 % au Japon, 25 % en zone euro, 40 % aux USA », et dans le même temps, les pertes d’emploi industriels se sont élevées de 15 % aux USA et en Allemagne, de 7,5 % en France7. Il en va de même pour la si célèbre croissance chinoise. Ce ne sont pas les délocalisations dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre qui inversent fondamentalement cette tendance: « la part du capital dans la contribution à la croissance (chinoise) a atteint 62 %… La part de l’augmentation de l’emploi est donc devenue très faible »8.

Selon une étude du Bureau International du Travail (BIT), filiale de l’ONU, la croissance économique mondiale en 2007 a été de 5,2 %, tandis que celle du nombre de travailleurs n’a été que de 1,6 %, la différence s’expliquant par les progrès en matière de productivité9.

De telles crises générales ne sont pas nouvelles. Mais elles sont devenues d’autant plus explosives et dévastatrices que le capital s’est concentré, mondialisé, immensément accumulé en moyens de production mécanisés.

Ainsi, comme on le sait, la crise de 1929 ne s’est terminée que par la deuxième guerre mondiale. Cependant, les experts stipendiés de la bourgeoisie continuent à affirmer que chaque crise n’aurait que des causes spécifiques, dues à des difficultés ou des « erreurs » particulières. Leurs allégations se fondent sur certaines apparences réelles mais superficielles. En général, ils confondent les causes du déclenchement de la crise à tel ou tel moment ou en tel ou tel endroit du procès de valorisation avec celles qui en font une crise généralisée.

Ceci leur permet d’éviter de parler de ces dernières qui gisent dans le phénomène de suraccumulation/sous-consommation, lui-même résultat inéluctable des hausses de productivité générées nécessairement par le rapport social d’appropriation privée des moyens de production propre au capitalisme, rapport qui apparaît ainsi comme la cause ultime. Nous verrons au chapitre 4 que c’est encore ce qu’ils font aujourd’hui. Pensant avoir trouvé la cause particulière dans les excès de la finance seule, y ajoutant parfois la faiblesse des salaires et de la consommation qui serait, selon eux, la contrepartie de ces excès, ils proposent en conséquence des remèdes fallacieux ou utopiques mais ayant tous pour but de revigorer ce capitalisme, vraie cause des catastrophes.

C’est pourquoi, à l’encontre de ces experts, nous devons insister sur le fait que la suraccumulation du capital, révélée par la crise générale révèle, se manifeste comme suraccumulation de toutes les formes que le capital revêt dans le procès de production (A – M – A’). Dans ce procès de production de la plus-value, qui est son existence propre, il passe sans cesse de la forme argent à celles de moyens de production, matières premières, force de travail, marchandise, puis à nouveau argent. Et cela recommence indéfiniment. Un procès est relancé avant même que le précédent ne soit achevé, ce que permet le crédit. Il en résulte que tous les moments du procès s’enchevêtrent ainsi que les procès des multiples capitaux particuliers.

Toutes ces formes de capital existent donc simultanément. Elles dépendent toutes les unes des autres et croissent ou diminuent ensemble. Certes pas forcément au même rythme, ni nécessairement en proportions égales. La conséquence en est que la suraccumulation apparaît toujours dans un secteur particulier, (par exemple, l’immobilier en 2007-2008), ou la pénurie dans tel autre (par exemple, le « choc » pétrolier en 1974 et les suivants).

Evidemment, la crise se déclenche toujours pour une cause particulière de sorte que les « experts » la prennent pour « La » cause. Mais ce fait déclencheur n’implique pas que la suraccumulation n’existe pas partout, pour toutes les formes du capital, argent, marchandises, moyens de production, etc. S’il en était autrement d’ailleurs, la crise ne pourrait pas se généraliser à toutes les branches du capital, à toute son aire mondialisée. Elle serait vite circonscrite par des mesures particulières.

La crise dite des « subprimes », par exemple, est à la fois un « trop » de moyens de production, de marchandises et d’argent dans le secteur immobilier et une « sous-consommation » des masses. Elle illustre aussi le fait que le crédit, qui a mis le « trop » d’argent au débit des acheteurs au lieu qu’il ne soit avancé par le capitaliste constructeur et donc mis à son débit10, n’a été qu’un masque, un élément retardateur de l’éclatement de la contradiction, mais non la cause de cette crise, ni celle de sa généralisation.



Nous verrons au chapitre 2 pourquoi il y eut un tel développement du crédit, et pourquoi cela aboutit nécessairement à une hyper-enflure de titres financiers donnant droit à percevoir un intérêt11. Nous verrons aussi que cela n’enlève rien à ce qui vient d’être dit. Et que l’éclatement en « krachs » de ces « bulles » financières formées par cette hypertrophie n’est que la manifestation visible et spectaculaire des difficultés et des échecs que rencontre non pas seulement cette forme particulière de capital qu’est le capital financier, mais le capital en tant que tel, c’est-à-dire en tant que procès de valorisation.

C’est toujours la production de plus-value qui est l’objet et le résultat attendu (sous forme de profit) de ce procès. Et c’est donc fondamentalement dans ce que les « experts » eux-mêmes appellent « l’économie réelle » que « ça se passe ». Y aurait-il là une sorte d’aveu que le reste est irréel, imaginaire? Bref, c’est là où le capital est matérialisé en moyens et conditions de la production que se joue sa réussite ou son échec. C’est là que l’argent avancé aboutit ou non à la création et à la transformation en argent d’une valeur supérieure à l’initiale.

Au-delà de cette évidence que « l’argent ne produit pas d’argent comme le poirier des poires », bien des faits permettent cependant de confirmer cette vérité que ce sont les difficultés rencontrées par ce procès d’accumulation qui sont au cœur de la crise.

Ainsi, un « expert officiel » écrit que « le dérèglement de la machine économique américaine (considéré par lui comme cause principale de la crise, n.d.a.) qui avait débuté dès la fin 1997 avec la dégradation de la rentabilité des entreprises et qui s’est amplifié avec l’accroissement de leur dette, devait inévitablement déboucher sur une crise financière de grande ampleur »12. 

Voilà une affirmation qui situe l’origine de la crise dans la dégradation du taux de profit, la crise financière n’étant qu’une conséquence. Mais si tel est le cas, c’est cette dégradation qu’il aurait fallu expliquer. Or l’auteur ne s’y attache pas; il n’y consacre qu’une dizaine de pages contre quelques 420 consacrées aux problèmes purement financiers. Il se contente de l’argument superficiel selon lequel ce serait la concurrence effrénée en provenance des pays asiatiques à bas salaires qui aurait rogné les bénéfices des entreprises US, européennes et japonaises.

Passons ici sur le fait que nombre de ces entreprises ont, au contraire, gonflé leurs productions et leurs profits grâce aux délocalisations qui ont permis une relance de l’accumulation du capital et retardé l’échéance de la crise. Contentons nous d’observer que l’auteur se borne au constat suivant: il y a trop d’offres (surcapacités) et pas assez de demandes (sous-consommation), soit en résumé, pour lui, une concurrence trop exacerbée, ce qui fait baisser les profits.

Mais quelles sont les causes de cette situation? Ce n’est pas la concurrence qui est la cause de la pléthore de moyens de production, des gains de productivité, de la diminution relative de la masse salariale. Ce sont là, on vient de le rappeler, des phénomènes inhérents aux rapports d’appropriation privée des moyens de production, rapports qui sont l’essence du capitalisme.

La concurrence n’est qu’un facteur externe au procès de valorisation de chaque capital. Elle est action des capitaux les uns sur les autres et non cause interne de ce procès. Elle n’est que le gendarme qui oblige les capitalistes à se soumettre à la condition d’existence du capital, en l’occurrence la production d’un maximum de profits. C’est pour respecter cette condition qu’ils travaillent à augmenter sans cesse la production et la productivité, et c’est cela qui finit par aboutir pour tous au résultat inverse que chacun recherchait: la baisse du taux de profit. « C’est la baisse du taux de profit qui suscite la concurrence entre les capitaux et non l’inverse »13. Cette baisse contraint en effet les capitalistes individuels à une lutte toujours plus acharnée pour leur survie, ou si l’on préfère, pour la survie de la portion du capital qu’ils gèrent. Et pour cela, tous les moyens sont utilisés: accroissement de la productivité, exploitation accrue, dumping, coups fourrés, guerres.

En ce qui concerne la production de plus-value, l’auteur en reste donc au constat qu’il y a une suraccumulation. Certes, ce phénomène existe. Mais s’en tenir à cela est réducteur. Il faut en fait distinguer deux phénomènes qui se superposent: surcapacités et suraccumulation de capital.

Le premier exprime seulement un déséquilibre, un problème quantitatif tandis que le second est de nature qualitative puisqu’il pose la question du taux de profit, donc des rapports de production. En effet, la suraccumulation de capital sous forme de moyens de production se développe en même temps comme sous-consommation, à partir d’une même cause qui est les gains de productivité. Plus l’accumulation historique du capital est avancée, plus ce phénomène de suraccumulation/sous-consommation (de Cv qui croît moins vite que Cc) prend une ampleur ruineuse pour le taux de profit.

La composition organique du capital atteint un niveau structurellement et définitivement insupportable pour le capital, pour son taux de profit14. Ici, le capitaliste ne peut tenter de contrecarrer cette carence qu’en agissant sur les composantes de ce taux, notamment sur le taux d’exploitation ( plus-value/Cv). Il ne peut se contenter comme nous le verrons au chapitre 5 de réduire les surcapacités. La surcapacité indique seulement que l’offre a fini par excéder la demande. Cela arrive toujours vers la fin des phases de croissance dans lesquelles règne l’euphorie. Dans ces périodes, le capital fonctionne « bien » comme il faut, il accumule, la croissance, c’est le bonheur!

La crise est alors perçue comme trop de marchandises sur le marché et « pas assez » de débouchés. On parle alors de « crise des débouchés ». Il suffirait alors de détruire cet excédent de moyens de production ou/et d’augmenter les salaires pour retrouver un équilibre satisfaisant. Il ne s’agirait que d’un problème conjoncturel d’ajustement quantitatif entre offre et demande, part des profits et part des salaires.

Ce raisonnement est basé sur une réalité, on l’a dit, les surcapacités existent. Mais on oublie une autre réalité: c’est que ce n’est pas là la cause fondamentale de la baisse du taux de profit. Et c’est pourtant cette dernière qui indique qu’il s’agit d’une crise structurelle du capitalisme, une crise dans les rapports de production qui ne permettent plus une production suffisante de plus-value. C’est donc eux que le capital doit modifier. La crise structurelle, systémique, est par conséquent toujours le moment d’une restructuration de ces rapports. C’est ce sur quoi nous reviendrons in fine. Pour le moment, contentons-nous du constat de ces surcapacités qui sont une part de la réalité, et doivent être considérées à ce titre.

Ainsi, notre expert observe que les surcapacités dans le secteur automobile étaient déjà très fortes dès l’année 2000. Elles n’étaient masquées « qu’à coups de crédits à taux zéro et de remises de plus en plus considérables »15. Cela conduisait à stimuler artificiellement la demande au prix « d’une réduction suicidaire des marges ». Mais malgré tout, le taux d’utilisation des capacités de production (TUC) tombait à 65 % dès 2006.

De la même façon, dans le secteur des « nouvelles technologies de l’information » (NTI) que les experts officiels s’enthousiasmaient à présenter comme une source de croissance et de profits extraordinaires, « leur TUC tombait de 92,5 % en mai 2000 à 56,5 % deux ans plus tard »16. En fait, les surcapacités touchaient quasiment tous les secteurs de l’économie U.S. En 2000, on constatait que « le niveau du TUC dans le secteur des produits finaux n’était jamais tombé aussi bas depuis l’après-guerre, à 70,5 % alors que la moyenne de longue période est de 80 % ».

Le même constat pouvait être fait pour l’U.E. et le Japon, puis un peu plus tard pour l’ensemble des pays industrialisés. Le fait qu’il y ait « trop » de capital relativement à la pl réalisable se manifeste d’ailleurs très clairement par un ralentissement des investissements productifs bien que les profits et plus encore les liquidités disponibles à bas taux d’intérêt soient encore importants. Puis, c’est le désinvestissement forcé, la destruction massive du capital « excédentaire » sous toutes ses formes, financières, moyens de production, marchandises, force de travail, etc. C’est alors le moment de la crise, ses premières manifestations.

Le ralentissement de la croissance mondiale depuis le début des années 70 était déjà symptomatique de ce phénomène. En croissance annuelle moyenne, elle fut respectivement de 5,5 %, 3,8 %, 3,1 % et 2,6 % dans les décennies 61-70, 71-80, 81-90, 91-2000, et inférieure à 2 % ensuite jusqu’à être devenue négative aujourd’hui17. Cette décélération fut encore plus forte dans les pays à haute technologie; elle fut respectivement de 5,5 %, 3,5 %, 3,2 % et 2,5 %.

Deux autres faits significatifs de cette tendance au blocage de l’accumulation (du réinvestissement productif) sont à signaler: d’une part, l’ampleur prise par les opérations de rachats de leurs propres actions par les sociétés cotées en bourse, et d’autre part, la distribution des profits plutôt que leur réinvestissement.

La distribution des profits n’a pas pour seule cause l’avidité immédiate des financiers car s’ils avaient des espoirs d’investissements juteux, ils les feraient (en effet, le capitaliste ne demeure capitaliste que pour autant qu’il travaille toujours à accumuler plutôt que de consommer). Ainsi, selon la célèbre agence financière Standard and Poors, les rachats d’actions des 500 premières sociétés US ont dépassé 1300 milliards $ au cours des 3 années 2005-2008, contre seulement 1276 milliards $ consacrés aux investissements. En France, les 40 plus importantes entreprises cotées au CAC 40 ont racheté en 2007 pour 19 milliards d’euros de leurs actions et distribué 38 milliards de dividendes. En 2008, elles ont 11 milliards de rachats et 43 milliards de dividendes (soit sur ces deux années, 111 milliards non réinvestis)18. En France toujours, « l’ensemble des revenus nets distribués par les sociétés non financières représente 26 % du résultat opérationnel en 2007, contre seulement 15 % en 1993 »19.

L’Europe dans son ensemble connaît le même phénomène, comme le montre cette observation faite dès 2001 par un expert: « sur l’ensemble des marchés européens, les émissions nettes d’actions, c’est-à-dire les montants bruts des émissions corrigés des rachats d’actions et des dividendes versés aux actionnaires, ont été négatives ces dernières années »20. Or, confesse un autre, « rien de plus inquiétant que ces rachats d’actions massifs puisqu’ils signifient que les entreprises concernées et leurs managements n’ont pas de projets d’investissement à long terme suffisamment créateurs de richesses (de profits, n.d.a.) et qu’ils préfèrent encore rendre l’argent à leurs actionnaires… »21. Voilà qui est bien dit!

Pour en terminer sur ce point, citons cet autre fait significatif qu’est l’ampleur des opérations de fusions-acquisitions, OPA et autres. « En 2007, celles-ci ont atteint 1600 milliards $ en Europe et 1800 aux USA »22. Or il s’agit là seulement d’éliminer un concurrent et de capter ses clients. Ces opérations ne créent aucune capacité de production supplémentaire. Au contraire, celles-ci sont le plus souvent réduites car elles servent à éliminer les doublons ou les capacités excédentaires. Et quand ces achats se font par des opérations à « effet de levier » (les fameux LBO: Leverage Buy Out), c’est-à-dire quand l’acquisition est financée essentiellement par emprunt mis à la charge de l’entreprise rachetée, il s’en suit en général un arrêt des investissements pour rembourser au plus vite l’emprunt et un dépeçage de l’entreprise pour prendre un bénéfice rapide.

A défaut de pouvoir vraiment l’expliquer comme une opération inhérente au capitalisme, de nombreux économistes se sont accordés néanmoins à constater une ancienne et forte tendance au ralentissement, voire parfois au blocage du procès d’accumulation. Ils entérinaient ainsi sans le vouloir le fait bien réel de la suraccumulation de capital bien qu’ils ne le comprenaient que comme un problème d’équilibre quantitatif entre des surcapacités dans la production d’un côté et des faiblesses du pouvoir d’achat de l’autre, ce qui, selon eux, conduisait à une concurrence toujours plus virulente qui abaissait les prix ainsi que les taux de profit.

Observons que ce ralentissement puis cette régression de l’accumulation, phénomènes significatifs de la suraccumulation, se manifestent aussi bien comme insuffisance que comme « excès » de profits.

Insuffisance de profit par rapport au capital engagé (faiblesse du taux de profit). Excès de profit parce que la pl produite sous forme d’argent à la fin d’un cycle de production ne trouve pas, en tout ou partie, à se réinvestir en capital additionnel, c’est-à-dire en moyens de valorisation, du fait même de la faiblesse du taux de profit et donc du risque accru d’une perte. C’est de l’argent « décapitalisé », de l’argent qui ne peut plus être capital (sauf sous forme de capital financier fictif dont nous parlerons au chapitre 3).

Cela ne rend pas pour autant valable la thèse « régulationniste » qui prétend que cet excès de pl provient d’un excès d’affaiblissement des salaires. Accepter cette explication revient à considérer la crise comme une crise « des débouchés ». On pourrait donc, selon les « régulationnistes », surmonter la crise par une meilleure répartition de la « valeur ajoutée », c’est-à-dire par une augmentation des salaires des ouvriers au détriment des dividendes pour les actionnaires. Cela « régulerait » l’accumulation capitaliste en rééquilibrant production et consommation. Nous reparlerons de cette thèse au chapitre 4.

Mais déjà, on peut dire que ce raisonnement utilise la catégorie « production », laquelle est inopérante si on ne l’entend pas pour ce qu’elle est concrètement, c’est-à-dire production de plus-value. Et si on l’entend bien comme telle, on ne peut plus parler d’excès des profits distribués en les séparant de leur insuffisance ainsi qu’il vient d’être dit. Il est clair qu’une augmentation des salaires au détriment des profits ne saurait résoudre le problème de cette insuffisance qui est cause de la crise.

Pour en rester à l’histoire récente du capitalisme, on observera que les nombreuses crises qui se sont succédées au cours de ces trente dernières années ont pu être circonscrites et surmontées assez facilement. Elles n’ont pas, comme celle d’aujourd’hui, dégénéré en crise systémique généralisée parce que le capitalisme a pu mettre en œuvre plusieurs contre-tendances à la baisse du taux de profit. Ces contre-tendances ont des noms. Elles s’appellent défaites des prolétaires, mondialisation et extension du crédit:

1°) Les défaites des prolétaires dans ce qu’étaient jusque là leurs plus vieux et leurs plus solides bastions (sidérurgie, charbonnages, chemins de fer, etc.) ont été marquées par l’effritement des « acquis sociaux » d’après-guerre sous les coups de boutoir des gouvernements Reagan, Thatcher, Mitterrand et autres. Ces attaques ont permis à la bourgeoisie d’entamer une longue période de destruction des anciens rapports de production, souvent appelés « le compromis fordiste ». Ces anciens rapports ont été remplacés progressivement par de nouveaux rapports « précaires », ou « libéraux » selon la terminologie officielle. Nous montrerons au chapitre 5 le contenu, l’importance et les limites de cette transformation.

2°) La mondialisation, dans sa 3ème phase historique, a accompagné ces transformations. Elle ne sera évoquée que très brièvement ici car elle a déjà fait l’objet d’un ouvrage particulier23. Rappelons simplement qu’elle a puissamment contribué à l’aggravation de l’exploitation des prolétaires et à la mise en place des rapports de précarité, tout en élargissant l’aire de valorisation et d’accumulation du capital.

3°) L’extension considérable, d’une ampleur inouïe et sans précédent, du crédit. Ce point fera l’objet des chapitres 2 et 3.

Ce n’est que vers la deuxième moitié des années 90 que la tendance à la baisse du taux de profit a commencé à reprendre résolument le dessus. Au point qu’on a pu lire ce genre de commentaire d’un « expert » financier français: « La baisse sensible de la rentabilité du capital, constatée aux USA à partir de 1997, semble redonner une certaine actualité à la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit de Marx… L’accumulation de capital productif aux USA entre 1992 et 2000 a provoqué, à partir de 1997, une baisse forte de la rentabilité du capital, due sans doute aux rendements décroissants »24.

Mais pour rendre compte de la grande crise généralisée et « systémique » ouverte dans les années 2007-2008, nous commencerons par expliquer les raisons de l’hypertrophie du crédit et le rôle de celui-ci dans la crise. On nous en rebat les oreilles pour nous faire croire que la crise ne serait due qu’à ce dérèglement financier, qu’il s’agirait seulement d’exagérations dues à un trop grand laxisme des Etats « libéraux », aux paradis fiscaux ou à quelques financiers trop gloutons avides de bonus, de stock-options et de parachutes dorés. On essaie de nous faire croire qu’il serait possible de s’opposer à tout cela par une politique d’intervention étatique qui remettrait à l’ordre du jour la réglementation et le contrôle, ou même un peu d’ordre et de morale dans un capitalisme par ailleurs sain et ne demandant qu’à prospérer pour le bien de tous. Une fois que tous ces arguments, qui encombrent le champ de l’analyse et l’obscurcissent, auront été démontés et évacués, il sera plus aisé de passer aux choses sérieuses: les vraies solutions possibles à partir des vraies causes de la crise.

Note :

Cc, capital constant.

Cv, capital variable (salaire)

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Ce que l’accord de libre-échange entre l’UE et les USA pourrait changer. Par Michel Collon.

29 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

Ce que l’accord de libre-échange entre l’UE et les USA pourrait changer
No-Transat

25 mars 2013

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On se fait les yeux doux des deux côtés de l'Atlantique. Suite à l'échec des négociations internationales menées par l'OMC, Bruxelles et Washington relancent l'idée de créer ensemble l'une des plus importantes zones de libre-échange au monde. Selon nos représentants politiques, si l'accord aboutit, il y aurait des créations d'emploi, la croissance économique rebondirait. Bref, nous pourrions sortir de la crise, nous serions plus forts. Tout dépend de qui englobe ce « nous ». Pensez-vous en faire partie ? Voici quelques explications qui devraient vous aider à vous situer. (IGA)

 

 
Les Etats-Unis et l’Union européenne négocient depuis des années, en toute discrétion, la mise en place d’un marché transatlantique. Prévu pour 2015, ce projet implique :
 
- la mise en place de nouvelles institutions transatlantiques - comme le Conseil Economique Transatlantique - qui agissent de façon non démocratique (pas de débat parlementaire, représentants non élus) pour influencer un nombre croissant de décisions politiques,
 
- l’harmonisation de nombreuses législations européennes et américaines aussi bien sur le plan commercial que sécuritaire,
 
- une diplomatie européenne de plus en plus alignée sur celle des USA,
 
- la mise en place d’une gouvernance mondiale basée sur les normes marchandes.

Concrètement, le marché transatlantique s’instaure à travers des dizaines d’accords politiques signés entre les Etats-Unis et l’Union européenne (et, pour certains d’entre eux, les parlements nationaux), lesquels concernent tous les domaines de la vie : travail, santé, alimentation… Ainsi :

 1. Le marché transatlantique uniformise tout ce qui est nécessaire à la libre circulation marchande (biens, services, investissements…) d’un côté à l’autre de l’Atlantique, en choisissant de renforcer prioritairement la « libre-concurrence » et la compétitivité. Cela signifie que les marchés financiers et les firmes multinationales peuvent agir de plus en plus librement sur un espace géographique de plus en plus étendu.

 2. Par cette extension géographique de la compétition économique, le marché transatlantique favorise les fusions/acquisitions d’entreprises, donnant aux firmes multinationales un contrôle de plus en plus grand de l’économie et de la finance (en 2005, les 500 plus grandes entreprises contrôlaient déjà la moitié du commerce mondial !) au détriment de nombreuses PME et d’indépendants.

 3. Le marché transatlantique menace l’autonomie politique des élus locaux. D’une part, il renforce le pouvoir financier des multinationales alors que certaines d’entre elles sont déjà aussi puissantes que des Etats (ainsi, Toyota est plus riche qu’Israël, Walt-Mart plus riche que la Grèce, Exxon plus riche que l’Autriche...). D’autre part, les accords transatlantiques font le choix de ne pas harmoniser les normes sociales, fiscales ou environnementales, instaurant ainsi une concurrence entre systèmes législatifs qui favorise les pratiques de dumping... au détriment des finances publiques, des conditions de travail, des salaires, de la santé et du bien-être général des populations.

 4. Renforçant le pouvoir des marchés financiers et des multinationales sur les pouvoirs politiques locaux, le marché transatlantique menace d’intensifier la privatisation des services publics et de la Sécurité sociale. L’accès universel à des services essentiels (enseignement, transports, culture…), le droit à des pensions dignes, des soins de santé accessibles, des allocations de chômage et des aides sociales minimum et inconditionnelles… Toutes ces conquêtes sociales solidaires, pour lesquelles des générations se sont battues, sont mises en péril. Le marché transatlantique appauvrira donc considérablement une large partie de la population, et accentuera d’autant plus la pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail.

 5. Le marché transatlantique ne répond pas par hasard aux exigences des firmes multinationales. En effet, les décisions politiques qui président à la création de ce marché sont le fruit direct du lobbying de puissantes firmes privées, qui agissent tantôt de façon officieuse, tantôt à titre d’experts officiels. La soumission d’une partie du monde politique aux intérêts privés est ici en cause (à titre d’exemple, près de 8% des parlementaires européens sont membres d’un lobby défendant les intérêts des multinationales : le Transatlantic Policy Network).

 6. Loin d’être un espace de liberté pour tous, le marché transatlantique prévoit d’importantes mesures sécuritaires : pour défendre le droit à la propriété intellectuelle, mais aussi pour surveiller plus étroitement les populations. Au nom de la lutte anti-terroriste, les Etats-Unis et l’Union européenne mettent en place des ententes judiciaires, pénales et policières qui contreviennent gravement aux principes même de la démocratie (droit à la vie privée, procès équitable, séparation des pouvoirs…). En définissant l’acte terroriste comme la volonté de déstabiliser un Etat ou de l’influencer dans ses décisions, les législations sécuritaires transatlantiques peuvent être utilisées à des fins répressives contre les syndicats, ONG et mouvements sociaux. Avec, à la clé, des méthodes d’enquêtes spéciales, un fichage généralisé des populations et une remise en cause de certains droits élémentaires de la défense (comme l’interdiction d’accès à des pièces classées « secret défense »).

 7. Enfin, le marché transatlantique a également pour but d’étendre les logiques de marché compétitif à l’ensemble de la planète, accordant ainsi aux firmes multinationales un droit d’exploiter les populations et les ressources naturelles sans limites. Le marché transatlantique contribuera donc à l’aggravation de la pauvreté et des inégalités « Nord/Sud », tout en détériorant de plus en plus gravement les écosystèmes, la biodiversité, le climat. Se faisant, il multipliera les réfugiés climatiques, renchérira le prix des denrées de base et hypothèquera l’avenir et le bien-être des générations futures.

 8. La dynamique transatlantique poursuit en l’élargissant le processus européen de marché unique, soutenu par les gouvernements nationaux qui occultent trop souvent leurs responsabilités en se cachant derrière les autorités européennes. Pourtant, les pouvoirs nationaux ne sont pas sans pouvoir, ainsi que le prouve leur veto à la décision de la Commission européenne d’autoriser l’importation en Europe de poulets américains traités à l’aide d’agents chimiques (poulets chlorés). Un projet que les Etats sont parvenus à arrêter, même si le bras de fer se poursuit au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce. Plus que jamais, le danger est grand de voir les rapports sociaux soumis à une logique de plus en plus marchande.

Notre dénonciation des accords marchands entre les Etats-Unis et l’Europe ne doit surtout pas être confondue avec un anti-américanisme primaire. Elle vise par contre une remise en cause des traités qui, de l’Acte Unique européen (1986) au traité de Lisbonne (2009), façonnent l’Europe des marchés au détriment de l’Europe des peuples. Dans cette logique, le marché transatlantique permettra de passer à la vitesse supérieure. Alors qu’il est urgent de faire marche arrière !

En tant que citoyens, nous exprimons notre désaccord fondamental avec ce projet :

 Qui dépouille le monde politique de ses pouvoirs souverains au profit du marché.

 Qui privilégie les intérêts privés du monde des affaires, au détriment des préoccupations démocratiques, sociales, environnementales, sanitaires et humanistes qui sont pour nous des valeurs fondamentales.

Condamnant le marché transatlantique (ainsi que les projets européens ou américains similaires menés avec d’autres pays), nous voulons que nos responsables politiques se positionnent clairement contre ce projet et y mettent un terme en exigeant des institutions européennes (Conseil, Commission, Parlement) :
 
- une remise en cause des accords internationaux accordant des pouvoirs accrus aux firmes privées et aux marchés financiers (via l’extension géographique des « libertés économiques »),

- une séparation stricte entre les représentants politiques et les lobbys d’affaires, la soumission de responsables politiques à des intérêts purement privés étant en soi inacceptable,

- des garanties démocratiques de légitimité électorale et de transparence pour les débats et les décisions lorsque des institutions (européennes, transatlantiques, mondiales) existent ou sont mises en place,

- l’adoption de législations accordant à l’humain, au social et à l’écologie une priorité politique sur les normes marchandes et les exigences commerciales, ce qui implique notamment une régulation et un contrôle public des activités des multinationales et des marchés financiers,
 
- la suppression des législations sécuritaires qui contreviennent aux libertés fondamentales et démocratiques.
 
 
Source : No-Transat

 

 

Accord libre-échangehttp://www.michelcollon.info/Ce-que-l-accord-de-libre-echange.html

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