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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la mondialisation tag

Lettre de Nuit Debout Lyon à la CGT

23 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #La mondialisation, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La gauche, #Le syndicalisme, #Le socialisme, #La lutte des classes

Publié par Jean Lévy

 

Fidèle à notre devoir d'information sur ce qui se passe dans le mouvement social nous publions cet appel de NuitDebout Lyon adressé à la CGT.  Et que vive et devienne irrésistible la convergence des luttes pour laquelle nous agissons depuis des années
Fidèle à notre devoir d'information sur ce qui se passe dans le mouvement social nous publions cet appel de NuitDebout Lyon adressé à la CGT.  Et que vive et devienne irrésistible la convergence des luttes pour laquelle nous agissons depuis des années
Fidèle à notre devoir d'information sur ce qui se passe dans le mouvement social nous publions cet appel de NuitDebout Lyon adressé à la CGT.  Et que vive et devienne irrésistible la convergence des luttes pour laquelle nous agissons depuis des années

Fidèle à notre devoir d'information sur ce qui se passe dans le mouvement social nous publions cet appel de NuitDebout Lyon adressé à la CGT. Et que vive et devienne irrésistible la convergence des luttes pour laquelle nous agissons depuis des années

Publié le 22 avril 2016 par FSC

 

J’ai participé à la rédaction avec une commission de Nuit Debout Lyon d’une lettre destinée à la CGT, en plein congrès, où nous appelons la centrale syndicale à appeler à la grève générale.

Le même jour, le vingt avril, la CGT a effectivement lancé cet appel.

Je republie ici ce texte.

 

 

Votre congrès se tient dans un contexte exceptionnel, celui d’un moment charnière pour les droits des travailleurs en France. Ils subissent des attaques sans précédent de la part d’un gouvernement PS dont on attendait justement qu’il en finisse avec la politique de Sarkozy. Cela s’accompagne d’une dérive autoritaire avec le prolongement de l’état d’urgence qui est utilisé contre les mouvements sociaux. Cette trahison inédite appelle à une forte réaction.

La CGT joue, dans un tel contexte, un rôle incontournable : c’est la plus grande centrale syndicale en France, et ce parce qu’elle est celle qui a le mieux incarné les aspirations des travailleurs en France pour une société sans exploitation, ce fut notamment le cas en 1936 et en mai 68. Vous avez donc le pouvoir de donner toute sa force à un mouvement social.

Le mouvement social contre la loi El Khomri nous donne une occasion historique : Nuit Debout en est l’émanation directe, pour permettre la convergence des luttes et nous réapproprier la politique qui nous a été confisquée par une poignée de professionnels. C’est un espoir sans précédents pour abattre le néolibéralisme. Il faut obtenir le retrait de cette attaque odieuse contre les salariés et les chômeurs. Il serait impensable de ne pas jeter toutes nos forces dans la bataille de façon unie en un tel moment.

Or une seule méthode nous permettra d’y parvenir : la grève générale reconductible, qui laissera au gouvernement le choix entre plier ou sombrer dans une France paralysée, là où il n’a qu’à attendre que les mouvements ponctuels s’épuisent. Il faut aller jusqu’au bout, ne pas refaire l’erreur de 2010 avec la réforme des retraites. A condition d’en être consciente, la CGT peut participer à quelque chose d’historique qui sonnera le glas des trahisons politiciennes contre les travailleurs.

La CGT est un grand syndicat, qui a un grand rôle à jouer en cette occasion historique : camarades, nous espérons que vous serez avec nous dans cette lutte et que nous triompherons ensemble.

Nuit debout Lyon,
Le 20/04/2016

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Nui Debout: Varoufakis vs. Finkielkraut. Par Karine Bechet Golovko

18 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Economie, #La mondialisation, #Les transnationales, #La finance dérégulée

lundi 18 avril 2016

Nui Debout: Varoufakis vs. Finkielkraut

 
Résultat de recherche d'images pour "finkielkraut varoufakis"
Quel visage pour quel mouvement
 
L'actualité de ce week end a été marquée par la prise de conscience du philosophe français A. Finkielkraut: les révolutionnaires d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier. Et le débat, totalement biaisé, de couler sur les questions existentielles du caractère ou non démocratique de Nuit Debout, de savoir si Finkielkraut, finalement, est réac ou pas. Lancer de faux débats pour ne pas entendre les réponses qui dérangent ou aveuglement? Peu importe. Partons en plongée.
 

 
La presse française s'émeut: Finkelkraut insulté à Nuit Debout, Gattaz chahuté sur le plateau de On n'est pas couché. Mais que devient notre bon peuple? Lui, qui, en plus, accueille le même jour, ce fatal 16 avril,Varoufakis apporter son soutien au peuple français.
 
Ce qui se passe ressemble à la montée d'un mouvement utopiste, comme il en existe souvent lorsque la gouvernance devient trop décalée des aspirations populaires. Autrement dit, lorsque le peuple ne se sent plus représenté, il se représente lui-même. Pour autant, nous sommes dans une période particulièrement difficile et les aspirations populaires sont très bien téléguidées et organisées. C'est pourquoi, Nuit Debout n'a rien d'amateur dans le fonctionnement. Et n'a rien non plus de démocratique, dans le sens de la démocratie de papi. Il se situe dans la ligne droite des différents Occupy; Podemos ou autres mouvements de contrôle de masses. C'est une sorte d'OPA lancée sur le mécontentement populaire français, lui bien réel. 
 
Le rejet des élites nationales
 
Finkielkraut rejeté, violemment rejeté. Au cri de facho. Lui aussi répondant facho. Les insultes volent. Triste moment finalement, que l'on apprécie ou non le philosophe. Le terme de facho ne veut plus rien dire, il exprime simplement un rejet de ce que représente l'autre, l'autre est le facho de soi-même. Il est autre et on ne peut accepter la discussion. Le débat est impossible. Nuit Debout incarne cette impossibilité contemporaine à restaurer le débat, la radicalisation des discours et des positions et le remplacement de l'argumentation et de la réflexion par les slogans. A la différence du Maïdan, ici on ne saute pas. Pas encore. Il faut dire qu'étant déjà dans l'UE, il est plus difficile de trouver une revendication simple, claire, clivante et digérable.
Le choc est violent, psychologiquement violent. Il ne s'agit pas d'un rejet de Finkielkrault en tant que personne, mais de ce qu'il incarne. Le rejet de l'élite pensante nationale. Car nationale. Car pensante. Varoufakis, est plus simple, il fonctionne par slogans. Plus digérables pour les révolutionnaires formés par les réseaux sociaux et les SMS.
 
Et c'est pour cette raison que la classe politique française a soutenu massivement A. Finkielkraut: elle s'est sentie touchée. Elle est également potentiellement dans la ligne de mire. Réaction instinctive de classe.
 
Haine et intolérance, les participants à montrent leur vrai visage en insultant et expulsant de la place de la Rép
 
Cette haine et cette intolérance pourrait se retourner contre eux. Tant que les distributeurs de billets et les voitures, vitrines, en faisaient les frais, il n'y avait pas de risques. La pente devient glissante.
 
C'est dans la même logique de P. Gattaz, le patron du Medef, s'est fait chahuté dans l'émission, toujours le 16 avril, de On n'est pas couché.
 
 
 

Jeunes masqués à l'éffigie de Macron ou El Khomri, qui perturbent l'émission. C'est le symbole du patronnat qui est attaqué, ce patronnat français. dans le style du Merci Patron, cette figure mythique du patron de papi qui n'existe plus. Justement parce qu'il est totalement mondialisé et que le patron qui reste français a autant de problèmes que les salariés. Intéressant mélange des genres. Pourquoi ne pas chahuter les agences de notation? Elles n'ont pas de visage.

Absence de programme, que des "commissions"

Il faut dire que Nuit Debout n'a strictement aucun programme. Lorsque vous allez sur leur site, dans la rubrique Programme, vous trouvez une liste de commissions, d'AG, de dates de réunion, d'horaire, de concerts etc. Bref, le programme est un calendrier. Ce qui est très significatif, et sur le fond et sur la forme.

Car ce qui compte, plus que le résultat, c'est l'action. Le mouvement justifie le mouvement, le calendrier sert de programme. Tout ce petit monde se moque éperduement des résultats, des changements, pas d'amendements à la loi El Khomri, il agit et l'action est le but.

L'absence de programme se voit par le méli-mélo des commissions pour les LGBT, le climat, la bibliothèque, mais aussi les techniques de résistence non violente ou violente en cas de riposte - étrange celle-ci. Il est difficile de ne pas penser à Gene Sharp ...

Etranger à la démocratie

Ce mouvement n'a évidemment rien de démocratique. La démocratie implique la participation à la prise de décision, pas l'occupation physique de territoire et l'organisation de palabres. Par ailleurs, s'il s'est constitué contre la loi El Khomri, le mouvement s'en est totalement écarté. Alors à quoi sert-il?

D'un point de vue général, beaucoup de questions restent sans réponses. D'où vient le financement? Car un mouvement reste naturel lorsque les gens rentrent chez eux dormir, viennent après le travail, etc. Ici, c'est une société parallèle qui veut se constituer. On a déjà vu ça en Moldavie, en Ukraine etc. Et les conséquences sont également connues. Surprenant également l'accueil de Varoufakis, lorsque l'on a entendu parlé du soutien apporté par Soros au mouvement grec Syriza. Et le mouvement français aussi a eu droit à un soutien particulier?

De toute manière, il doit bien en avoir un pour pouvoir occuper la voie publique aussi longtemps alors que l'état d'urgence est en vigueur. Alors que la situation est tellement grave en France, qu'il a fallu suspendre l'application de la Convention européenne des droits de l'homme.

En conclusion, l'on peut dire que ce mouvement soit sert à évacuer la vapeur et à détourner l'attention, puisqu'il n'a aucune prise sur le processus de décision politique (lui-même se déterminant comme citoyen, populaire et apolitique), soit il sert - à terme - à destabiliser le système étatique, ou ce qu'il en reste, en récupérant la contestation contre les projets néolibéraux comme la loi El Khomri et en les noyant dans des discours sans fin sur le climat ou les LGBT.

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Les suicides « Monsanto » en Inde.

18 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation, #Les transnationales, #Le capitalisme;, #La lutte des classes, #Le grand banditisme, #Le traité Transatlantique.

Les suicides « Monsanto » en Inde

Par Mickael - Fondateur de News360x -

Le 17 Avril 2016

Les suicides « Monsanto » en Inde.

L’Inde a décidé de mettre fin à l’exploitation par Monsanto de la culture du coton sur son territoire, en diminuant le pourcentage des royalties de presque 70% sur les semences.

« Il est temps de mettre fin à cette avidité basée sur les pourcentages, » a déclaré le ministre indien de l’agriculture, Sanjeev Kumar Balyan.

En imposant sur le marché ses semences génétiquement modifiées, Monsanto est en effet parvenue à controler 90% de la production indienne de coton, et à fournir ses produits à plus de 7 millions de petits cultivateurs indépendants. Mais le coût des royalties…, ajouté au prix élevé des graines elle-mêmes, et aux coûts additionnels liés à ce genre de culture, ont poussé des centaines de milliers de petits cultivateurs à la faillite.

Le principal problème des cultures OGM réside dans le fait qu’elles requièrent une quantité d’eau pour l’irrigation bien supérieure à la normale, et cela engendre évidemment des coûts additionnels pour les petits paysans locaux qui habitent bien souvent dans des zones pauvres en eau.

Alexis Baden-Mayer, le directeur de Organic Consumers Association, affirme même que le coût de la culture du coton OGM est 8000% plus élevé que celui du coton normal. Le problème est que les graines de coton « normal » sont désormais devenues introuvables en Inde, précisément parce que Monsanto a pris le contrôle quasi total du marché.

Après avoir été ainsi contraints à passer à la culture du coton OGM, les petits cultivateurs indiens ont été obligés de s’endetter pour continuer. Et le suicide du cultivateur indien qui perd ses propres terres parce qu’incapable de rembourser ses dettes figure désormais parmi les faits divers quotidiens.

D’après les chiffres du Bureau national du crime, près de 290 000 paysans indiens se sont ôté la vie au cours des 20 dernières années. Naturellement, tous ne se sont pas suicidés pour avoir adopté les cultures OGM, mais il est clair que nous avons affaire à des chiffres exorbitants.

Aujourd’hui le gouvernement indien a décidé d’intervenir en essayant au moins de calmer la situation du point de vue des royalties. Mais Monsanto, au lieu de s’incliner, a réagi en dénonçant auprès d’un tribunal cette commission gouvernementale qui voudrait la priver de ses gains, en soutenant que « le gouvernement n’a pas le droit d’interférer dans les règles du marché libre. »

Pour ceux qui voudraient avoir un avant-goût de ce que pourrait devenir la situation en Europe avec le passage au TAFTA (grâce auquel les multinationales pourraient dénoncer devant un tribunal les gouvernements qui feraient obstacle à leur business), le cas de Monsanto en Inde peut certainement être riche en enseignements.

Massimo Mazzucco

Source : LuogoComune.net, 17 mars 2016

Traduction : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

http://news360x.fr/suicides-monsanto-inde/

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La France aurait-elle scellé son destin en mai 1968?

17 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La Russie, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation

17/04/2016

La France aurait-elle scellé son destin en mai 1968?

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Voici un article qui avait été mis en ligne le 31 janvier 2010 et qui a été repris par différents sites dont celui-ci:

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article497

Son auteur, Morgan Sportès, revient sur les événements de Mai 1968 et propose un éclairage qui, selon lui, aurait été masqué par les médias.

A la lecture de son propos, force est de constater que celles et ceux qui appellent de leurs voeux une France forte sinon souveraine, ont certes de nombreux adhérents mais autant de souci à se faire.

Car qui s'oppose à la volonté de toute puissance -ou peu s'en faut- s'expose à quelque déconvenue...

L'espoir fait vivre, dit le proverbe. 

Certes!

Et l'art d'en user n'échappe pas à qui promet ce qui semble bel et bien s'être enlisé dans les sables de l'Histoire.

 

 

Commentaire

Pour bien illustrer les propos de l'article où il est dit que De Gaulle, visionnaire, a rapatrié son or, pendant que la BNS bradait le nôtre à vil prix aux yankees, je vous rappelle que Saddam Hussain a signé son arrêt de mort, le jour où il avait annoncé sa volonté de vendre le pétrole irakien en euros! Ne jamais oublier que l'Empire du chaos veut nous imposer sa fausse monnaie qu'il imprime par wagons. Je rappelle à ceux qui réfléchissent par eux-mêmes que la seule et unique valeur financière est l'or! Le dollar vaut le prix du papier et l'encre qui est dessus. Et at last but not least, la FED, "banque centrale" yankee est une banque privée, qui appartient entre autres aux Rothschilds, Rockefeller et autres J.P. Morgan! N'attendez pas que les merdias mainstream vous en parlent...

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La trahison suprême, l'OTAN : des bases en France, voire plus ? PAR HELENE NOUAILLE, LE 16 AVRIL 2016

17 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #trahisons, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La mondialisation, #L'OTAN., #Terrorisme

La trahison suprême, l'OTAN : des bases en France, voire plus ? PAR HELENE NOUAILLE, LE 16 AVRIL 2016

Bonjour.

Le 7 avril 2016, le gouvernement français a franchi un pas décisif dans sa totale soumission à l’Empire anglo-saxon.

J’ai déjà envoyé plusieurs messages sur cette trahison.

C’est curieux comme l’anti-France a gagné nos zélites . C’est vrai qu’ils sont souvent formées outre atlantique, c’est plus facile. Il suffit ensuite d’écarter ceux qui ne sont pas dans l’infamante servilité et le tour est joué.

Pourtant notre pays a réussi à redresser la tête à la Libération déjà puis durant la période gaulliste.

Depuis 1970, nos dirigeants n’ont eu de cesse de nous fondre dans le giron atlantique contre l’avis du peuple.

Quel est donc ce tropisme caractéristique des décideurs français qui consiste à préférer l’étranger à la France ! En 1940 déjà, la classe dirigeante avait fait le choix de la honte ; « l’étrange défaite » de Marc Bloch donne des pistes utiles pour comprendre. C’est vrai que la formule « Mieux vaut Hitler que le Front Populaire » a fait florès chez les dirigeants (politiques, économiques, …) de l’époque.

L’atlantisme assumé de nos dirigeants actuels conduit aux mêmes trahisons.

Le retour total dans l’OTAN a des conséquences très graves quant à notre souveraineté militaire et à notre indépendance tout simplement.

Qu’en sera-t-il de notre armée républicaine dont la mission est la défense de notre territoire et de nos intérêts ?

Qu’en sera-t-il de notre dissuasion nucléaire ? Sera-t-elle donnée à l’OTAN ?

Qu’en sera-t-il de nos industries stratégiques de défense ? Hélas la dérive est actée, la prédation d’Alstom par Général Electric en est seulement la partie visible.

Le texte ci-dessous d’Hélène Nouaille est très intéressant pour prendre la mesure de la trahison des zélites.

D’autres liens sont donnés sur ce même sujet.

En PJ vous aurez le texte sur le scandale d’Alstom.

Bien cordialement.

Lucien Pons

OTAN : des bases en France, voire plus ?

Par Hélène Nouaille le 16 avril 2016

La trahison suprême, l'OTAN : des bases en France, voire plus ? PAR HELENE NOUAILLE, LE 16 AVRIL 2016

Que reste-t-il aujourd’hui des réserves – de la ferme opposition – exprimées par François Hollande en avril 2008, quand il invitait à l’Assemblée les députés à voter une motion de censure contre la réintégration, voulue par le président Sarkozy, de la France dans l’OTAN ?

(1) «  Pourquoi mettre fin aujourd’hui à un choix stratégique décidé en 1966 par le général de Gaulle et maintenu par tous les présidents de la République ? » demandait-il. Une décision qu’il définissait comme « fâcheuse et inopportune ». Fâcheuse « pour les intérêts de la France dont le statut d’allié singulier des Etats-Unis est un marqueur de sa politique internationale ». Inopportune parce que, au-delà du « pur symbole » évoqué par Nicolas Sarkozy, « il y a des symboles qui fondent une politique et lui donnent son autorité ». Et qu’il s’agit de « préserver la spécificité de la France sur la scène internationale. Pas seulement de la France, mais aussi de l’Europe » – au moment « où l’OTAN change d’identité ».

« L’OTAN devient le bras armé d’un bloc occidental dont la mission principale est de défendre partout ses valeurs. Une sorte de substitut à l’ONU permettant aux Etats-Unis de ne pas agir seuls. Cette dérive avait été, jusque-là, rejetée par la France hostile à l’idée d’un gendarme d’un monde occidental bien pensant. Elle est acceptée aujourd’hui par le chef de l’Etat lorsqu’il lie, dans son discours de Washington, l’avenir de nos valeurs à celui de l’Alliance. Or la France est bien plus qu’un pays occidental. C’est un pays européen et original. Et si notre pays reste l’allié et l’ami des Etats-Unis, ami ne veut pas dire soumis, et allié ne veut pas dire aligné ». Il s’agit bien, ajoutait François Hollande, d’une « rupture dans le consensus sur l’OTAN établi dans notre pays depuis 1966 ».

Or, « dans toute démocratie digne de ce nom, de tels arbitrages auraient été rendus après un vaste débat public et un vote solennel du Parlement ».

Est-ce bien le même homme qui, devenu président, après une très discrète consultation ministérielle début janvier 2014 (2), saisissait le Conseil de l’Atlantique Nord d’une demande, qui n’a d’anodin que l’apparence, d’adhésion à un Protocole qui définit le statut juridique des quartiers généraux de l’OTAN et de leur personnel sur le territoire des alliés, donc sur le nôtre ? Ce protocole a été signé à Paris en 1952 et ne nous concernait plus depuis le 30 mars 1966, précisément. La demande française est acceptée à l’unanimité par le Conseil le 21 janvier 2015. Avant même cette acceptation, un projet de loi avait été déposé au Sénat par Laurent Fabius le 4 janvier 2015 (3), puis, une procédure accélérée ayant été engagée le 9 mars, voté le 15 mars, transmis le même jour à l’Assemblée où il était voté le 7 avril dernier. Pas de « vaste débat public » ni de «  vote solennel » – Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, étant occupé ailleurs, le texte était défendu par la Secrétaire d’Etat à l’égalité réelle ( ?), Ericka Bareigts, aidée par le rapporteur de la commission des Affaires étrangères, Guy-Michel Chauveau (député PS de la Sarthe) qui s’efforçaient de plaider (4) que le texte « qui est avant tout technique », et « harmonisera les règles et procédures administratives liées à l’accueil de personnel de l’OTAN » ne traduit pas un « infléchissement de notre position au sein de l’OTAN » .

Or le texte de ce protocole, qui a été signé en français en en anglais (5), désigne clairement son objet : pour les Etats de l’Alliance, « des quartiers généraux pourront être établis sur leurs territoires par des accords particuliers conclus en vertu du Traité de l’Atlantique Nord ».

Et ces quartiers généraux, dont le statut et celui de leur personnel est défini par le texte, sont «  subordonnés à un quartier général suprême », qui est celui de l’OTAN, dont le patron est depuis toujours un général américain – aujourd’hui le général Philip Breedlove. La loi votée le 7 avril en quasi catimini ouvre donc la possibilité de l’apparition sur le sol français de bases sous commandement américain – ce qui est en totale contradiction avec le choix que général de Gaulle signifiait le 7 mars 1966 au président américain Lyndon Johnson « de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel » (voir le document ci-dessous). Et en totale contradiction avec la position que défendait François Hollande en 2008. Ce qui embarrassait la secrétaire d’Etat le 7 avril dernier, puisqu’elle précisait : «  Il n’existe que deux quartiers généraux suprêmes (de l’OTAN) ; aucun n’est en France. L’un est situé à Mons, en Belgique : commandement des opérations. L’autre à Norfolk, aux Etats-Unis (…). Il n’y a pas non plus de quartier général militaire international subordonné à un quartier général suprême sur le territoire de la France et aucun projet d’en installer un » (4).

Sauf que dans la foulée, Guy-Michel Chauveau précisait qu’on y avait bien pensé : «  A l’avenir, si la France le demandait, certaines structures situées en France pourraient, si nécessaire, faire l’objet d’une décision dite d’activation par le Conseil de l’Atlantique Nord, à l’unanimité. En l’état, pourraient être concernés le quartier général du Corps de réaction rapide de France, situé à Lille ; le quartier général du Corps de réaction rapide européen, situé à Strasbourg ; le quartier général de la force aéromaritime française de réaction rapide, situé à Toulon ; le centre d’excellence qu’est le centre d’analyse et de simulation pour la préparation aux opérations aériennes, localisé à Lyon-Mont Verdun ». Et le député n’hésitait pas à détourner le sens du rapport rendu par l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine (1997-2002) au président de la République en novembre 2012 « sur les conséquences du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, sur l’avenir de la relation transatlantique et les perspectives de l’Europe de la Défense ».

« Vous connaissez les conclusions de ce rapport ».

Or, oui, nous les connaissions, le rapport est public (6). Et si nous savons lire, aussi bien le rapport d’Hubert Védrine que son audition à la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées au Sénat, le 27 novembre 2012 (7), son propos est très nuancé. L’effet diplomatique de ce retour, qui n’avait que trois ans ? «  Pour de nombreux pays dans le monde, à commencer par les BRICS, mais aussi d’autres émergents, les arabes, les africains, qui le croyaient ou jugeaient utiles de le dire, la non-participation de la France au commandement militaire intégré de l’OTAN était devenue le symbole de ce que la France était l’alliée des Etats-Unis, mais pas alignée sur eux selon la formule consacrée, et donc la promesse d’une ligne française potentiellement autonome par rapport aux Etats-Unis en politique étrangère. Alors, alignement ou pas ? Aux yeux du monde non occidental, la question reste posée au-delà des premières preuves du maintien d’une capacité de pensée autonome, et l’appréciation est suspendue aux faits à venir » (page 24 du PDF).

Quel va être l’effet du « fait » de se mettre en position d’abandonner l’exercice entier de sa souveraineté sur son territoire ? Quelle image donne ici la France ?

Et pour nos armées ? Pour l’autonomie de la pensée stratégique de la France, ce pays « original » vanté par François Hollande en 2008 ? « Notre vigilance doit s’exercer aussi sur le risque de « phagocytage » conceptuel et théorique. Il faudra que notre armée préserve sa capacité propre d’analyse des menaces, de réflexion et de prévision sur les scénarios et même de planification, ce qui a été le cas jusqu’ici, sans s’en remettre aux structures de l’OTAN, ou européennes. Il ne faudrait pas que l’affectation aux postes de responsabilité de l’OTAN devienne le seul aboutissement possible d’une carrière militaire française réussie (…). Plus généralement, pour le ministère de la Défense, pour le ministère des Affaires étrangères, il s’agit d’influencer utilement la pensée de l’OTAN, mais pas de se fondre dans celle-ci. C’est un risque à terme, pas immédiat mais réel, à prendre en compte » écrivait Hubert Védrine en 2012 (page 19 du PDF), insistant encore sur la vigilance à exercer «  sur les enjeux industriels et technologiques ». Et sur la nécessité de définir une « politique industrielle française, et européenne » en veillant à ne pas se faire « cannibaliser » par le complexe militaro-industriel américain (page 20 du PDF). Ici aussi, le danger se précise.

La « rupture dans le consensus sur l’OTAN établi dans notre pays depuis 1966 » qu’évoquait François Hollande en 2008 se confirmerait-elle sous son propre mandat ?

D’autant qu’une autre des questions qu’évoquait Hubert Védrine en 2012 va revenir au premier plan lors du prochain sommet de l’OTAN, les 8 et 9 juillet à Varsovie : celle du futur de la dissuasion nucléaire. Evoquée au sommet de l’OTAN à Chicago en mai 2012, elle se résumait à la « mention selon laquelle l’Alliance atlantique restait une alliance militaire défensive, et une alliance nucléaire et que la défense anti-missile balistique » voulue par les Américains « était compatible avec la dissuasion nucléaire » française (7). Nous avions évoqué la question ici (8) en mai 2012 et noté les conditions posées alors par François Hollande (la défense anti-missile « ne peut pas être un substitut à la dissuasion nucléaire mais un complément », « nos industriels doivent être directement intéressés » et « le dialogue avec la Russie doit être maintenu »).

Or, comme le relève Nathalie Guibert dans le Monde du 13 avril dernier (9), « pour l’Otan, c’est le sommet de tous les pièges possibles, ceux de la division, de la surenchère, ou de la fuite en avant », parce qu’il faudra affronter « les questions lourdes » que les alliés « avaient mises de côté ces dernières années ».

Faut-il croire que le président Hollande, qui évoquait avec tant de chaleur « l’indépendance de la France » en 2008 a choisi sans le dire « l’alignement » sur les Etats-Unis ? Et s’il en était ainsi, comme le laisse soupçonner la manœuvre si discrète qu’il a cautionnée le 7 avril dernier – lui qui reprochait au président Sarkozy sa « désinvolture vis-à-vis du Parlement », saura-t-il, dans le domaine vital du nucléaire militaire, défendre nos intérêts ? Comment pourrait-il renier ce, disait-il, «  qui a permis, au-delà des majorités politiques ou des Présidents successifs, de rassembler les Français sur les grandes orientations de notre politique étrangère et qui a permis à notre pays d’être respectés par la communauté internationale » ?

Que, d’abord, chacun soit conscient de ce qui se passe, et des enjeux en cause, qui ne sont ni techniques, ni anodins. C’est de notre avenir, de notre sécurité, de la maîtrise de notre destin singulier qu’il s’agit. « Il n’appartient pas au président de la République de décider seul de notre politique étrangère et de défense. Le domaine réservé ne peut être un domaine exclusif » disait enfin François Hollande.

Prenons-le au mot.

Hélène Nouaille 

La lettre de Léosthène, le 16 avril 2016, n° 1105/2016 – http://www.leosthene.com


 Document :

Lettre du président de la République, Charles de Gaulle, au président américain, Lyndon Johnson, annonçant le retrait de la France de la structure militaire intégrée de l’OTAN (7 mars 1966)

Cher Monsieur le Président,

Notre Alliance atlantique achèvera dans trois ans son premier terme. Je tiens à vous dire que la France mesure à quel point la solidarité de défense ainsi établie entre quinze peuples libres de l’Occident contribue à assurer leur sécurité, et, notamment, quel rôle essentiel jouent à cet égard les Etats-Unis d’Amérique. Aussi, la France envisage-t-elle, dès à présent, de rester, le moment venu, partie du Traité signé à Washington le 4 avril 1949. Cela signifie, qu’à moins d’événements, qui au cours des trois prochaines années, viendraient à changer les données fondamentales des rapports entre l’Est et l’Ouest, elle serait, en 1969 et plus tard, résolue, tout comme aujourd’hui, à combattre aux côtés de ses alliés au cas où l’un d’entre eux serait l’objet d’une agression qui n’aurait pas été provoquée.

Cependant, la France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’alliance soit en commun sous la forme de conventions multilatérales, soit par accords particuliers entre le gouvernement français et le gouvernement américain.

C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN. Il va de soi que pour l’application de ces décisions, elle est prête à régler avec les gouvernements alliés, et, en particulier, avec celui des Etats-Unis, les mesures pratiques qui les concernent. D’autre part, elle est disposée à s’entendre avec eux quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés, et quant aux conditions de la coopération de ses forces et des leurs, dans l’hypothèse d’une action commune, notamment en Allemagne.

Sur tous ces points, cher monsieur le président, mon gouvernement va donc prendre contact avec le vôtre. Mais afin de répondre à l’esprit d’amicale franchise qui doit inspirer les rapports entre nos deux pays, et, permettez-moi de l’ajouter, entre vous et moi, j’ai tenu, tout d’abord, à vous indiquer personnellement pour quelles raisons, dans quel but et dans quelles limites la France croit devoir, pour son compte, modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond.

Je vous prie de bien vouloir agréer, cher monsieur le président, l’assurance de ma très haute considération et l’expression de mes très cordiaux sentiments.

Charles de Gaulle

Vidéo :

Extrait de la conférence du 21 février 1966 : le général de Gaulle explique la position de la France par rapport à l’OTAN (INA, 7’39)
http://www.ina.fr/video/I04329970

Notes :

(1) Site du parti socialiste, le 8 avril 2008, Intervention de François Hollande à l’Assemblée nationale, Motion de censure
http://discours.parti-socialiste.fr/2008/04/08/intervention-de-francois-hollande-motion-de-censure-mardi-8-avril-2008/

(2) Gouvernement.fr, le 4 janvier 2014, Compte-rendu du conseil des Ministres, Accession de la France au protocole sur le statut des quartiers généraux militaires internationaux crées en vertu du Traité de l’Atlantique Nord
http://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2016-01-04/accession-de-la-france-au-protocole-sur-le-statut-des-quarti

(3) Sénat, objet du texte et étapes de la discussion, OTAN : accession de la France au protocole sur le statut des quartiers généraux
http://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl15-286.html

Pour les curieux : Etude d’impact du Protocole :
http://www.senat.fr/leg/etudes-impact/pjl15-286-ei/pjl15-286-ei.html

Et rapport de Jacques Gautier sur le protocole OTAN (9 mars 2016) :
http://www.senat.fr/rap/l15-457/l15-4571.pdf

(4) Assemblée nationale, séance du jeudi 7 avril 2016, Accession de la France au protocole sur le statut des quartiers généraux militaires internationaux créés en vertu de l’OTAN, Discussion, après engagement de la procédure accélérée, d’un projet de loi adopté par le Sénat
http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2015-2016/20160171.asp#P766245

Pour les curieux : Rapport Le Bris/Vitel sur le rôle de l’OTAN (3 février 2016)
:http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i3472.pdf

(5) OTAN, le 28 août 1952, Protocole sur le statut des quartiers généraux militaires internationaux créés en vertu du Traité le l’Atlantique Nord
http://www.nato.int/cps/en/natohq/official_texts_17300.htm ?selectedLocale=fr

(6) Hubert Védrine, le 14 novembre 2012, Rapport pour le Président de la République française sur les conséquences du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, sur l’avenir de la relation transatlantique et les perspectives de l’Europe de la Défense
http://www.rpfrance-otan.org/Le-rapport-Vedrine

(7) Audition de M. Hubert Védrine à la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat le 27 novembre 2012
http://www.rpfrance-otan.org/Audition-de-M-Hubert-Vedrine-a-la

(8) Léosthène n° 759/2012 du 23 mai 2012, Le nouveau président, l’OTAN et la défense de la France
Le Sommet de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui s’est tenu ce week-end, les 20 et 21 mai à Chicago (Illinois), réunissait les 28 pays de l’alliance et leurs invités. Le président François Hollande étrennait, accompagné entre autres de son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et de Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des Finances, le difficile exercice de la défense des choix de la France en matière de positionnement stratégique. On sait que François Hollande, après s’être vivement opposé en avril 2008 au retour de la France dans ce commandement, voulu par Nicolas Sarkozy, a simplement indiqué souhaiter faire établir une « évaluation » des bénéfices annoncés par l’ancien président, excluant de revenir à la situation antérieure s’il s’interrogeait sur la « raison d’être » de l’organisation.

(9) Le Monde, le 13 avril 2016, Nathalie Guibert, La dissuasion nucléaire au menu du prochain sommet de l’OTAN
http://www.lemonde.fr/international/article/2016/04/12/la-dissuasion-nucleaire-au-menu-du-prochain-sommet-de-l-otan_4900522_3210.html

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Directeur de la publication : Yves Houspic (yhouspic@gmail.com)
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D'autres liens.

D’autres éléments :

Ni vu ni connu, Hollande veut réintégrer pleinement la France dans l'Otan

http://lucien-pons.over-blog.com/2016/04/ni-vu-ni-connu-hollande-veut-reintegrer-pleinement-la-france-dans-l-otan.html#ob

La France est sous domination otannienne, elle va donc être obligée de suivre l’escalade meurtrière contre la Russie voulue par les Etats-Unis.

http://lucien-pons.over-blog.com/2016/04/ukraine-bataillon-aidar-les-vrais-defenseurs-de-la-patrie-sous-titres-francais.html

Goebbels revient régner sur l’Europe. Mort de la puissance souveraine française.

http://lucien-pons.over-blog.com/2016/04/goebbels-revient-regner-sur-l-europe-mort-de-la-puissance-souveraine-francaise.html

COMITATO NO GUERRA NO NATO. VIDEO DELL'INCONTRO ALLA CAMERA DEL LAVORO DI MILANO.

https://www.youtube.com/watch?v=tRpudhnUky4

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Kaze no Shō - Le livre du vent, ou l'esprit de sacrifice.

16 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #La guerre, #La finance dérégulée, #Les transnationales

samedi 16 avril 2016

Kaze no Shō - Le livre du vent, ou l'esprit de sacrifice

 
 
Quel est le concept le plus scandaleux ? Le parfait contre-courant du discours « moderne », vous reléguant au sein des plus réactionnaires, dérangeant le confort douillet du camp du bien, choquant au point d’être incompréhensible pour l’ « homonculus economicus » (le véritable nom que celui-ci mérite).
 
Les discours de haine ou ceux se voulant « anti-système » n’ont absolument rien de subversif : ils sont d’excellents idiots utiles et ne font que renforcer par contraste la vulgate post-moderne dans ses convictions, dans sa suffisance tranquille de détenir la vérité absolue. Ces discours font d’ailleurs partie intégrante du post-modernisme. Ils suivent son paradigme commun de vouloir faire parler de soi à tout prix, de « créer le buzz », de s’adonner au goût du spectaculaire, des pensées faciles et rapides.
 
La notion la plus subversive,  placée de surcroit au fin fond de la ringardise, défaut de nos jours beaucoup plus grave que la faute morale, est le sacrifice. Se sacrifier, parfois jusqu’à donner sa vie, pour les valeurs que l’on veut défendre.
 
 
Un concert d’huées se fait déjà entendre, surtout dans le contexte qui est le nôtre. Car des moins-que-rien n’hésitent pas à faire ce sacrifice répété pour leur « cause », un intégrisme religieux qu’ils veulent imposer coûte que coûte par la terreur.
 
 
La preuve est donc donnée, dans laquelle s’engouffre le discours néo-libéral : tout sacrifice est mauvais, et représente en toute situation un abus inacceptable de la communauté sur l’individu, une demande de se dessaisir de soi et de remettre sa vie pour le bien collectif, exigence exorbitante et totalitaire.
 
Il s’ensuit la litanie de la recherche du profit individuel comme seul bien et seule valeur, la glorification de la rapacité et de l’égoïsme, la mise à bas de tout effort collectif compris comme une emprise totalitaire insupportable.
 
Les « sacrifices » terroristes sont ainsi l’alibi utile permettant de barrer la réflexion, de réduire le discours à des catégories simplistes, d’explorer une notion pourtant bien plus profonde qu’il n’y paraît.
 
Car que faut-il penser du sacrifice des légionnaires de Camerone ? Des défenseurs de Leningrad jurant que la ville ne serait jamais soumise aux nazis ? De Léonidas aux Thermopyles qui agissait pour l’ensemble du monde Grec et lançait ce message fort de n’accepter jamais l’asservissement ? Et par la suite du devoir de tout citoyen Grec de se convertir en hoplite pour défendre sa cité et la liberté de tous ? De Jan Patocka ne cédant pas un pouce de sa liberté de parole, au prix de sa vie ? Ce dernier écrivit « liberté et sacrifice », restituant le sens véritable aux mots et dévoilant les conditions amères mais justes de préservation de l’indépendance d’un homme.
 
 
Le sacrifice nous renvoie ce message extraordinairement dérangeant que le sens ultime de la liberté d’un homme a quelque chose à voir avec la mort. Que la liberté et la dignité méritent d’être défendues coûte que coûte, jusqu’à en payer le prix ultime.
 
Le post-modernisme néo-libéral se voile la face à l’idée de la mort, en fait un sujet tabou qui participe à la perte de sens généralisée dans laquelle il dérive. C’est ce qui explique le succès qu’eût l’excellente série « Six feet under », mettant en scène l’hypocrisie généralisée de la société américaine et ses mille et une façons d’éluder le sujet. Les épisodes montrent jusqu’à quels niveaux de bassesse une société parvient lorsqu’elle ne raisonne plus qu’en termes de succès ou d’échec et non de valeur.
 
Le sacrifice affirme avec la plus grande force le renversement de ceci. Il pose par un acte volontaire la suprématie de valeurs imprescriptibles, indépendantes de tout calcul, de tout résultat, de toute notion de réussite. Il est ainsi l’inverse absolu du paradigme néo-libéral, le refus du fait que tout puisse se négocier, à commencer par la dignité d’un homme. « Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d'un même front » nous disait Kipling.
 
Le sacrifice est cette attitude outrageusement provocante face à ceux qui veulent nous tenir dans leurs petits chantages, dans leurs sournoises pressions, leur montrant que nous pouvons à tout moment sortir de leurs jeux pervers. En cela, le néo-libéralisme est totalement incapable de penser la belle notion de liberté. Il nous conduit à un modèle d’homme asservi, jouet de toutes les bassesses et de toutes les compromissions, jusqu’à la capitulation de sa dignité, si les pressions de ceux qui veulent le dominer passent un certain seuil. Le sacrifice est l’affirmation qu’une valeur n’est pas dépendante d’un seuil, ne se négocie pas, et donne pour preuve qu’il est prêt à y laisser la vie plutôt que de céder.
 
 
La « morale » dévoyée d’Ayn Rand ne peut voir ceci. L’homme mu par son seul intérêt égoïste n’a rien de libre, car il vivra en permanence dans la crainte – précisément – qu’on lui retire ses intérêts. Le monde de la grande entreprise façonne des hommes qui n’ont rien d’indépendant, mais des personnalités obséquieuses, fuyantes, à la fois colériques comme un enfant mal grandi et craintives, en permanence sous la terreur de la perte de leurs avoirs.
 
Penser véritablement la liberté nécessite de faire sien un étonnant paradoxe : l’anéantissement du soi peut - dans des circonstances critiques - être l’affirmation de soi. La « liberté » de l’intérêt égoïste n’est que la servilité du courtisan, dépendant des intrigues humaines, suspendu à leur prévisible bassesse. Pousser la conscience de la liberté humaine jusqu’au bout nécessite d’atteindre une forme de mépris de la mort.
 
 
Le néo-libéralisme n’est ainsi nullement une école de la liberté et de l’indépendance mais une école de la lâcheté. Et partant, une école de la servitude, car toute liberté véritable requiert le courage comme première condition, et le courage de défendre son intégrité jusqu’à la mort s’il le faut.
 
La lâcheté de nos sociétés modernes est double, car non content de se plier à toutes les bassesses pour la course à ses intérêts, l’homme néo-libéral envoie d’autres affronter l’épreuve du feu. Il faut être un esprit simpliste pour penser que la concurrence généralisée forge des hommes courageux et aguerris, car la meilleure stratégie dans cette situation sera de se défausser en permanence, de « surfer » sur toute tendance sans jamais prendre le risque de l’engagement, de récupérer enfin après la bataille le fruit de l’engagement des autres en faisant mine de l’avoir toujours défendu.
 
L’homonculus economicus est un être veule, fuyant, spécialiste de la défausse, champion des apparences, des dehors souriants, des changements de discours opportunistes récupérant l’engagement des hommes de fond. De tels petits hommes ont toujours existé de tous temps, notre époque est en revanche l’une des seules à leur avoir ouvert les portes du pouvoir, à être structurée et organisée à leur avantage. Le néo-libéralisme est une fois encore une trahison du premier libéralisme politique, en ceci qu’il asservit l’homme à l’une des pires formes d’arbitraire, celle de l’argent et des positions sociales devenues étrangères à tout mérite. L’homme néo-libéral pliera et se couchera au moment de défendre sa liberté véritable, parce que celle-ci n’a – précisément – rien à voir avec l’intérêt.
 
 
La liberté ne se conquiert que par deux voies : la connaissance et l’absence de crainte de la mort. C’est en ceci que le métier des sciences et le métier des armes sont les deux derniers refuges du sens et de la noblesse dans notre société moderne, que leur pratique demeure la seule véritable subversion.
 
Mais quid des djihadistes dans ce cas, et du versant noir du sacrifice, de la version dévoyée du mépris de la mort ? Il ne faut pourtant pas chercher bien loin pour savoir ce qui lui retire toute prétention à la noblesse. Et cet élément est l’avidité. Les « sacrifices » des djihadistes sont effectués dans un but de conquête, de prise de possession, de guerre de territoire. Les islamistes se présentent comme matériellement désintéressés – ce qui est déjà totalement mensonger eu égard à l’hypocrisie et à la dépravation de leurs dirigeants – mais poursuivent de toutes façons une logique de possession morale, une avidité sur les êtres bien pire d’ailleurs que l’avidité matérielle.
 
Le sacrifice noble abandonne tout esprit de possession et n’est accompli uniquement que dans un but de défense. Défense de sa liberté et de sa propre intégrité morale, ou défense de l’intégrité d’autres personnes, parce que même s’ils sont autres, l’offense à leur dignité d’homme nous fait dire que cela ne doit pas être et cela ne sera jamais, dussions-nous en mourir. L’éthique du sacrifice est simple, les arts martiaux nous en montrant le chemin : seule la défense est un but légitime de la confrontation à la mort, et la défense de valeurs imprescriptibles.
 
 
Islamistes et arrivistes néo-libéraux se ressemblent comme deux gouttes d’eau sur un point majeur : ils sont les hordes de l’avidité, les deux formes de la barbarie déferlante, qu’il revient aux hommes d’honneur de repousser.
 
Islamistes et néo-libéraux sont tous deux des pervers narcissiques. Ils jouissent d’asservir l’autre et se nourrissent de ce plaisir. Ils préfèrent d’ailleurs humilier avant de tuer. Ils ne conçoivent leur liberté que dans la privation de celle des autres, dans la jouissance perverse de les voir asservis.
 
Ils ressentent également une forme de souffrance pathologique à voir le bonheur des autres. Il ne leur suffit pas eux-mêmes d’atteindre la félicité, il faut que les autres soient abaissés et détruits pour qu’ils puissent en jouir. Une étude psychologique des traders en bourse avait ainsi montré que posséder une belle voiture ne leur suffisait pas : si d’autres en possédaient une, même moins belle d’ailleurs mais qu’ils en étaient heureux, ils en ressentaient une souffrance insupportable. Leur satisfaction ne pouvait être complète que lorsqu’ils auraient détruit les autres voitures au maillet, pouvant jouir non seulement de leur possession mais surtout du spectacle de l’écrasement des autres. Cliniquement, de telles personnes sont bien évidemment des psychopathes profonds. Ce sont pourtant de tels hommes qui tiennent les leviers du pouvoir politique et économique de nos sociétés modernes.
 
 
Les rapports au sein du monde de l’entreprise suivent fréquemment ce schéma. L’on voit ainsi des directeurs de haut niveau possédant un énorme pouvoir et des possessions matérielles considérables, jalouser maladivement des personnes simples, situées pourtant à plusieurs niveaux hiérarchiques en dessous d’eux, ne possédant qu’un quand eux possèdent mille.
 
Mais ce peu est encore trop pour eux, si l’homme qui le possède manifeste un bonheur simple de ce qu’il a. Ils ne seront satisfaits que lorsqu’ils verront l’homme simple humilié et détruit, lui ayant retiré le peu qu’il possède. Ils souffriront d’ailleurs d’une authentique douleur tant que ce ne sera pas le cas, allant jusqu’à accuser l’homme simple d’une ambition trop forte bien que la dissymétrie de leur propre position soit outrageusement ridicule : leur narcissisme immense est blessé à la moindre occasion.
 
Comment de telles pathologies mentales deviennent-elles possibles ? La clé d’explication réside dans la légitimité, l’authenticité des choses. Le peu que possède l’homme simple a été acquis au prix d’efforts mérités et véritables. Les pléthores du dirigeant pathologique n’ont été extorquées que par la triche, la récupération du travail d’autrui, l’opportunisme du manipulateur. Il le sait au plus profond de lui-même, les mille qu’il possède ne traduisent aucune valeur personnelle, ils sont une richesse d’usurpateur, un trésor d’imposteur.
 
La joie simple et tranquille de l’homme méritant, même s’il possède bien moins que lui, lui rappelle sans cesse son propre néant personnel. Dès lors, la « common decency » des êtres authentiques lui sera insupportable et blessera mortellement son narcissisme. Il n’aura alors de cesse que de piller les maigres avoirs restants, en voulant au passage détruire et humilier l’homme à la joie simple, pour atteindre une jouissance qui restera pourtant toujours insatisfaite. Il perdra tout contrôle et toute dignité pour atteindre ce but, comme un enfant capricieux, étant prêt à se rouler par terre pour déposséder encore un peu plus ceux qui ont déjà peu. Ils n’auront par ailleurs aucun courage pour opérer ce vol, n’employant que les manœuvres cachées, les intrigues de couloir, la courtisanerie, le dénigrement. Le monde moderne est ainsi organisé et fait pour de tels hommes. L’appétit sans limite, le pillage organisé de ceux qui ont déjà peu au profit de mégalomanes boursoufflés et sans valeur est devenu le spectacle commun de notre monde, en y ajoutant le ridicule d’appeler cela une société de libertés.
 
 
La civilisation est menacée par ces hordes de l’avidité, de la destruction et du pillage d’autrui. A ce titre, rien n’est plus ressemblant dans le déferlement anarchique et la soif inextinguible de pouvoir que la puissance lourde et malsaine des néo-libéraux et de Daesh. Seule la discipline et la maîtrise des hommes d’honneur, prêts au sacrifice suprême, les repoussera et les renverra à ce qu’ils sont : des porcs décadents, incapables de maîtrise d’eux-mêmes, des dépravés ivres de puissance mais dépourvus de la moindre force intérieure.
 
Il ne faut pas s’imaginer que l’islamisme sera repoussé en brandissant nos valeurs seulement par le verbe. Il sera repoussé en lui montrant que notre détermination à mourir pour nos valeurs est aussi forte que la leur, et que par surcroît, parce qu’elle n’est pas pervertie par le souffle de l’avidité, elle les vaincra et les écrasera.
 
 
Le post-modernisme aime à s’enfoncer dans un discours doucereux et simpliste, fait du mélange si caractéristique de la candeur et du cynisme, candeur pour ceux qui seront assez bêtes pour y croire, cynisme pour ceux qui en mimeront tous les dehors extérieurs sans y croire une seule seconde.
 
Ainsi entendons-nous à l’encontre de la barbarie islamiste l’opposition niaise entre ceux qui défendent les « valeurs de la vie » contre la « valorisation de la mort », des gentils contre les méchants. Un tel discours abolit toute réflexion sur l’usage légitime ou illégitime de la violence. Il se voile la face sur le rapport entre affrontement de la mort et liberté, tabou de nos sociétés de l’évitement, de la fuite, de la mise à distance. L’emploi des forces armées dans la société néo-libérale est révélateur : le sacrifice de soi pour préserver la liberté de l’ensemble de la société étant considéré comme une exigence inadmissible vis-à-vis de ma « liberté » assimilée à mon intérêt égoïste, ce sacrifice est lâchement sous-traité. L’on envoie l’autre au feu à sa place, et l’on considère tout à la fois les forces armées comme des mercenaires à qui l’on fait faire le sale travail, dont on exige l’entorse que l’on juge inadmissible à notre petit individualisme, tout en ne voulant pas voir la noblesse qu’implique un tel sacrifice.
 
Outre l’évacuation de cette tension entre usage de la force et préservation de la liberté, l’on efface également toute réflexion sur l’équilibre entre sens collectif et liberté individuelle pour préserver la liberté en tant que telle. Il ne vient pas à l’idée d’un néo-libéral que tous peuvent se regrouper pour défendre la liberté d’un seul si celle-ci est menacée, et que cette cohésion est garante de la liberté complète d’un individu.
 
 
Lors des récents attentats, l’abnégation et le sens du sacrifice de nos forces de police et de gendarmerie sont revenus frapper le visage veule de nos sociétés néo-libérales qui n’assument plus les conditions de la liberté véritable. Le retour du sens est violent, lorsque l’on a passé son temps à s’y dérober et à fuir, à se complaire dans l’auto-satisfaction des bons sentiments, à faire faire à d’autres ce que l’on considérait comme une insupportable entorse à sa liberté égoïste.
 
L’on se rend brutalement compte que les hommes que l’on considère ainsi comme moindres parce qu’on leur délègue le sacrifice, sont ceux qui affirment au contraire la liberté des hommes véritables. Comme le disait Michel de Saint-Pierre, servir est une vertu aristocratique : cette phrase n’est pas même scandaleuse pour un néo-libéral, elle est tout simplement incompréhensible, inaccessible à son pauvre entendement.
 
 
Le thème du vent est toujours associé à la notion de sacrifice, et à la proximité que celui-ci entretient avec la liberté. Dans « Les sept mercenaires », adaptation au grand ouest des « Sept samouraïs » de Kurosawa, le vieux du village remercie les mercenaires survivants en les comparant au vent, qui balaie les sauterelles, libère les paysans, et repart au loin. Dans les deux films, les sept font le sacrifice de leur vie pas même pour leur propre liberté, mais pour celle du village des paysans, simplement pour affirmer que face à la servitude des pillards ceci ne sera pas, ceci ne doit pas être. Et par ce sacrifice pour la seule liberté des autres, ils affirment ultimement leur liberté d’homme, leur libre arbitre absolu de refuser la loi des pillards, pour l’honneur, pour l’exemple, pour la beauté du geste, notions inconcevables pour l’égoïsme étroit d’une Ayn Rand.
 
La thématique du vent est bien évidemment présente dans les Kami Kaze, littéralement « vent divin » ou « vent des esprits », ces Kamis japonais présents en toute chose et dont la notion est difficilement traduisible. L’on pourra objecter que les kamikaze de la fin de la deuxième guerre mondiale étaient des jeunes gens fanatisés et conditionnés. Au-delà de ce qu’était la réalité du Japon militariste de cette période – qu’il ne faut pas nier et qui était contraire au véritable esprit des samouraïs de l’ère Edo – je maintiens que le sacrifice de ces jeunes pilotes avait quelque chose de beau, que le geste ultime qu’ils accomplissaient n’était pas que le produit d’un conditionnement mais un acte libre visant à sauvegarder coûte que coûte leur honneur et leur indépendance.
 
L’on peut de même voir dans le sacrifice des 300 spartiates un acte ultime de liberté, sans entretenir d’illusion sur la réalité de l’antique Sparte qui était une société totalitaire. Le sacrifice à l’encontre de ceux qui jouissent d’imposer la servitude est ainsi un thème qui peut surgir à tout moment, même dans des sociétés qui n’ont rien de libre, pour affirmer l’essence de la liberté humaine, son lien non contradictoire avec la solidarité. Je dénie tout droit aux djihadistes – pour cette raison – de porter le beau nom de kamikaze, réservé à des guerriers d’honneur, non à des tueurs d’enfants.
 
 
Enfin, le thème du sacrifice et de l’acte libre est sans doute traité de la plus belle des façons dans le « Kaze no Shō », le livre du vent, magnifique manga de Taniguchi et Furuyama. Ce manga traite de la lutte de pouvoir entre le shogunat et des partisans de l’Empereur, car le Japon vivait ce moment crucial de son histoire où le pouvoir impérial devait être relégué à des fonctions honorifiques, contre l’exercice du shogunat.
 
Comme dans beaucoup de mangas japonais, il n’y a pas de camp des bons ou des mauvais, seulement des forces qui s’affrontent : nous ne sommes pas chez Disney ou à Hollywood. Les notions morales sont plutôt incarnées par les personnages individuels, dans leur état d’esprit et dans leurs actes.
 
Ainsi le « Kaze no Shō » oppose-t-il le légendaire samouraï Yagyû Jûbei qui défend le shogunat à Yashamaro, partisan de l’Empereur. Tous deux grands guerriers, fins samouraïs, courageux et hommes d’honneur, l’affrontement n’a rien de manichéen. L’on sent seulement percer une impatience chez Yashamaro, un brin d’avidité et de goût du sang, tandis que Jûbei essaie de limiter les dégâts humains. Les termes de l’éthique du sacrifice sont ainsi posés.
 
Lors de leur affrontement final, Jûbei emploie une technique qu’il a mis des années à mettre au point, représentant le summum de son art : il se place dos-à-dos à son adversaire, et suit ses mouvements de façon circulaire. Cet art lui permet de neutraliser Yashamaro sans le tuer : Jûbei cherche à épargner les vies humaines sans se départir d’un grand courage et d’un risque important d’être tué. Il veut convaincre Yashamaro de cesser le combat. Celui-ci, furieux de se voir ainsi neutralisé emploie un ultime expédient, après avoir essayé toutes les formes d’attaque : Il s’éventre lui-même largement, en un geste de seppuku, et transperce du même coup Jûbei dans le prolongement de son sabre, le dos de son adversaire étant accolé au sien. La lame de Yashamaro ressort de l’abdomen de Jûbei, les deux hommes étant reliés malgré leur opposition en étant tous deux éventrés par la même lame. Jûbei a le temps de dire à Yashamaro « pourquoi fallait-il aller jusque-là ? ».
 
Première leçon : il n’y a aucune idéalisation du combat ou de morale manichéenne. Nous ne sommes pas à Hollywood : Jûbei meurt avec Yashamaro, il n’y a pas de happy end et il serait simpliste de présenter leur lutte comme celle du bien contre le mal, bien que leurs deux caractères nous questionnent sur l’éthique du combat. Il faut également être dans un esprit de détermination à mourir lorsque l’on combat pour des valeurs auxquelles l’on croit.
 
Deuxième leçon : Jûbei finit par vaincre, mais d’une singulière façon. Il parvient à rester en vie seulement quelques minutes de plus que Yashamaro, et à s’extraire du sabre. Dans le peu de temps qui lui reste à vivre, il voit son jeune frère accourir vers lui. Il lui remet alors le « Kaze no Shō », le livre du vent, dans lequel il a codifié tout son art du sabre, jusqu’à sa technique de neutralisation. La victoire de Jûbei réside donc dans les quelques minutes pendant lesquelles il a pu tenir, pour accomplir un ultime geste : la transmission à la jeune génération. Le sacrifice pour que la descendance puisse vivre, héritant de sa connaissance.
 
La victoire n’a rien de triomphal, elle n’est due qu’à une différence infime, mais lui permettant ce dernier acte décisif. La thématique de l’autre légendaire samouraï est ainsi amenée, celle de Miyamoto Musashi, qui indiquait dans le « Go Rin no Shō », le traité des cinq roues, que ce qui différenciait la victoire de la défaite dans un duel au sabre tenait à des différences à peine perceptibles. Dans le traité de Musashi, le dernier élément, le plus abouti, est celui du quatrième chapitre, celui du vent. Il débouche sur le cinquième et dernier : le chapitre du vide, thème qui n’a rien de péjoratif dans la culture asiatique, mais qui représente l’équivalent de notre libre arbitre. Le sacrifice, la solidarité entre générations, enfin la liberté humaine sont éternellement unis, tout comme les corps de Yashamaro et Jûbei reliés par l’unique lame des braves.
 
 
Sacrifice, solidarité, liberté, connaissance. Quatre thématiques indissociables. Puissions-nous à notre tour rouvrir le « Kaze no Shō », y retrouver l’inspiration et le sens, goûter à son amer enseignement qu’il faut être prêt au sacrifice suprême pour balayer ceux qui jouissent d’asservir les autres, islamistes comme manipulateurs néo-libéraux, les premiers n’étant que l’incarnation de l’inconscient inavoué des seconds, unis dans une même structure mentale de prédation et d’ultra-violence.
 
 
Le futur passera par une épopée militaire et scientifique, l’alliance du courage et de la connaissance dans le but de la transmission. L’imposture du néo-libéralisme qui a prostitué et travesti le beau thème de la liberté humaine doit être combattue, et le véritable sens de la liberté rétabli, en retrouvant l’esprit du sacrifice. Contre les barbaries modernes, la ballade des guerriers libres doit renaître, portée par le souffle du vent.

 
 
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L'UE adopte la directive controversée sur le "secret des affaires"

16 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #La mondialisation, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Le grand banditisme

L'UE adopte la directive controversée sur le "secret des affaires"

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Sur les 652 eurodéputés présents à Strasbourg, 503 se sont prononcés en faveur de cette directive, 131 contre et 18 se sont abstenus.
Sur les 652 eurodéputés présents à Strasbourg, 503 se sont prononcés en faveur de cette directive, 131 contre et 18 se sont abstenus. (Crédits : VINCENT KESSLER)
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La directive européenne sur la protection du "secret des affaires" a été adoptée à une large majorité jeudi par le Parlement européen, au grand dam de journalistes, de lanceurs d'alerte, d'ONG et de syndicalistes, échaudés par le scandale des "Panama Papers".
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"En plein scandale des Panama Papers, l'urgence n'était pas de protéger les secrets d'affaires, mais bien les lanceurs d'alerte." dénonce déjà jeudi, Pascal Durand, eurodéputé des Verts et porte-parole sur les questions de transparence et de démocratie.

Lancée fin 2013 par le commissaire européen au Marché intérieur, le Français Michel Barnier, cette directive vise à instaurer un socle juridique européen pour lutter notamment contre l'espionnage industriel et protéger l'innovation. Mais elle a provoqué une levée de boucliers de nombreuses organisations syndicales et ONG européennes, inquiètes pour le respect des libertés fondamentales. Une pétition, lancée sur change.org par la journaliste de France 2 Elise Lucet, a notamment recueilli 530 000 signatures. Mercredi, elle exhortait sur Twitter les députés européens à rejeter la directive.

 

 "Défendre notre compétitivité"

Sur les 652 eurodéputés présents à Strasbourg, 503 se sont prononcés en faveur de cette directive, 131 contre et 18 se sont abstenus.

"Lutter contre l'espionnage économique et industriel, le pillage dont sont victimes nos entreprises européennes, protéger notre innovation et notre recherche, défendre notre compétitivité européenne, tels sont les principaux objectifs", avait défendu mercredi devant ses pairs l'eurodéputée française PPE (droite et centre-droit) Constance Le Grip, rapporteuse du projet.

 

 Selon elle, ce texte "équilibré (...) protège à la fois le savoir-faire des professionnels, le patrimoine immatériel des entreprises, mais aussi les libertés fondamentales et l'exercice du métier de journaliste et des activités des lanceurs d'alertes". Sur ces deux derniers points, même son de cloche du côté de Sylvie Guillaume, eurodéputée PS du Sud-Est.

 

Avec cette directive, "il s'agit de promouvoir la confiance des milliers d'entreprise, la plupart des PME, qui innovent tous les jours", avait aussi plaidé mercredi le commissaire européen à l'Elargissement, l'Autrichien Johannes Hahn.

Scandales sanitaires

Mais les eurodéputés Verts étaient farouchement opposés à ce texte et ont réclamé en vain au moins le report du vote. "Ce texte va rendre de facto plus difficile la tâche des lanceurs d'alerte et des journaux", s'est emporté Philippe Lamberts, coprésident du groupe Verts-ALE juste avant le vote. Principal reproche des détracteurs: la directive européenne "fait porter la charge de la preuve sur les lanceurs d'alerte et pas sur les entreprises", selon Philippe Lamberts.

Pour Michèle Rivasi, vice présidente Verts-ALE, "cette directive qui élargit de manière inconsidérée la définition du secret d'affaires risque d'avoir un impact négatif sur l'accès à l'information pourtant crucial dans les domaines sanitaires et de l'environnement. Des logiciels truqués de Volkswagen au tabac, en passant par l'amiante ou les denrées alimentaires, les scandales sanitaires ne manquent pourtant pas pour démontrer le caractère fondamental de la transparence aussi bien pour les consommateurs que pour le travail scientifique indépendant."

L'adoption de cette directive survient en effet quinze jours avant l'ouverture du procès, le 26 avril à Luxembourg, du lanceur d'alerte Antoine Deltour, à l'origine des révélations "LuxLeaks". Antoine Deltour et deux autres hommes, dont le journaliste français Edouard Perrin, sont inculpés pour avoir divulgué des centaines de documents confidentiels sur le traitement fiscal des multinationales installées au Luxembourg.

Ces documents concernaient des rescrits fiscaux accordés par l'administration et négociés par la firme PwC pour le compte de ses clients.

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Yanis Varoufakis appelle à “sauver l’Union Européenne”

11 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Grèce, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales

Publié par Jean Lévy

 

 

Tout sourire avec la patronne du FMI

Tout sourire avec la patronne du FMI

Et c'est ce politicien grec envers qui le PCF se pâma...

 

les

InROCKs

A lire sur theguardian.com

 

‘’Le premier mot allemand que j’ai appris était Siemens’’. Dans la tribune publiée dans le quotidien britannique The Guardian sur l’intérêt de ‘’sauver l’Union Européenne’’ Yanis Varoufakis commence par raconter son enfance dans la Grèce des années 60. Malgré son expérience saturée de désillusions au sein de l’Union Européenne, l’ex-ministre des finances de Tsipras préconise le ‘’No’’ pour le Brexit et incite les européens à préserver leur Union.

Le dirigeant raconte avoir grandi à Athènes, entouré de deux modèles contradictoires, son père et son oncle, le premier de gauche ayant séjourné dans un camps de concentration pour ses idées politiques, et le second, un néo libéral pragmatique, prêt aux compromis pour la démocratie.

Dans l’histoire de Varoufakis, un troisième personnage s’impose comme un protagoniste : l’Allemagne de Willy Brandt. ‘’L’Allemagne était dans mon imagination un cher ami, un pays de démocrates qui (…) faisait tout ce qui était humainement possible pour aider les grecs à se débarrasser de leur abominable dictature.’’ Varoufakis raconte une Grèce qui s’écroule en avril 1967 ‘’sous un épaix et sombre nuage de néo fascisme’’ et l’espoir que représente l’Allemagne à ce moment là.

Ses anecdotes biographiques deviennent de véritables allégories, entre cet oncle qui accepte ‘’des mesures raisonnables’’ au nom de la démocratie, et son père effrayé par ces mesures un peu trop autoritaires. L’ex-ministre des finances évoque aussi sobrement l’obsession tacite de son oncle pour la “kyriarchia”, la souveraineté. Un épisode éloquent quant à l’expérience et les convictions du fidèle de Tsipras.

L’ironie et l’humour qui teintent l’article de Varoufakis adoucissent le sérieux du propos et le rendent digeste, agréable et concernant. Un plaidoyer accessible, même pour celui pour qui estime l’Europe trop compliquée, trop technocrate, trop lointaine. L’économiste grec explique avec des mots simples la complexité de la situation grecque et les difficultés qu’elle affronte.

L’envie de partir, le besoin de rester

Yanis Varoufakis revient également sur les pressions de l’Union Européenne et le mépris dont il a été victime. De simples anecdotes permettent de comprendre le fonctionnement de l’Union Européenne et la teneur des relations entre les Etats membres. De ses entretiens avec les grands de l’UE, celui avec Jeroen Dijsselbloem, le ministre hollandais des finances et président de l’Eurogroupe ainsi que celui avec ‘’le légendaire Dr Wolfgang Schäuble’’ sont les plus éloquents. En 2015, à l’époque de sa fonction de ministre, Varoufakis se heurte au mépris des autres Etats membres, qui lui rétorquent qu’il doit ‘’comprendre qu’aucun pays n’est souverain aujourd’hui. Et surtout pas un petit pays insolvable comme le sien.’’

Mais si Yanis Varoufakis reproche à l’UE son absence indiscutable de démocratie, notamment à travers certains corps comme le Conseil et l’Eurogroupe, il ne cesse d’affirmer son soutien à l’institution supranationale.

‘’Est ce que les Grecs et les Britanniques devraient se soucier de la désintégration d’une Europe exaspérante ? Oui évidemment. Et nous devons vraiment nous en soucier parce que la désintégration de cette alliance exaspérante créera un vortex qui nous consumera tous – une réplique postmoderne des années 30.’’

L’économiste avertit sur les dangers d’une histoire qui se répète et sur ce que ‘’les européens n’ont pas réussi à gérer dans les années 30’’. Pour cela, il encourage ‘’une montée démocratique en Europe’’ qui puisse se fonder sur ‘’une identité européenne commune’’, ‘’une souveraineté européenne authentique’’, et ‘’un rempart international contre la double soumission à Bruxelles et à la réaction hyper-nationaliste.’’

Yanis Varoufakis anticipe les questions et répond à celle de l’utopisme. Selon lui, ses convictions sont peut-être utopiques mais au moins autant que celles qui consistent à penser l’Europe actuelle comme capable de survivre à ‘’son hubris anti-démocratique’’. Et démonte, pour conclure, l’idée selon laquelle ‘’les démocraties britanniques et grecques peuvent se ranimer grâce à Etat nation à qui pourtant la souveraineté ne sera jamais redonnée dans un contexte de marché contrôlé par Bruxelles.’’

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« Nuit debout », un mouvement à dormir debout

11 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La lutte des classes, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Travailleurs en lutte

« Nuit debout », un mouvement à dormir debout

Le mouvement « Nuit debout » qui vient de se créer en France, mais aussi en Espagne et en Allemagne, ambitionne de faire barrage au projet de loi El-Khomri sur la réforme du Code du travail et, plus généralement, de lutter contre le néolibéralisme. Thierry Meyssan dénonce des discussions creuses et incohérentes. Il relève les références explicites des organisateurs aux manipulations de l’équipe de Gene Sharp, qui a organisé pour le compte de la CIA les révolutions colorées et le printemps arabe.

| Damas (Syrie)

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La presse parisienne se pâme devant la naissance d’un mouvement politique, « Nuit debout ». Des centaines de personnes se rassemblent sur les grandes places des principales villes françaises pour discuter et refaire le monde.

Ce mouvement « spontané » s’est organisé en quelques jours. Il dispose désormais de deux sites internet, d’une radio et d’une télévision web. À Paris, place de la République, 21 commissions ont été constituées comme dans un inventaire à la Prévert : animation artistique, climat, cantine, création d’un manifeste, dessin debout, jardin des savoirs, manifestations, campement, démocratie, science debout, gréve générale, éducation, économie, féminisme, LGTBI+, TV debout, vote blanc, transparence, Françafrique, infirmerie, communication. C’est dans ce bavardage que se jouerait l’avenir du pays.

« Nuit debout » aurait surgi de la projection d’un film militant «  Merci patron  » de François Ruffin, le 23 février. Les spectateurs auraient constitué un collectif « Convergence des luttes », avec l’idée de rassembler les préoccupations des salariés, des migrants, etc. [1]

Cependant, la lecture de l’appel rédigé par « Convergence des luttes » ne manque pas surprendre. On peut y lire :
« Ce mouvement n’est pas né et ne mourra pas à Paris. Du printemps arabe au mouvement du 15M, de la place Tahrir au parc de Gezi, la place de la République et les nombreux autres lieux occupés ce soir en France sont l’illustration des mêmes colères, des mêmes espoirs et de la même conviction : la nécessité d’une société nouvelle, où démocratie dignité et liberté ne sont pas des déclarations vides » [2].

Si ce mouvement n’est pas né à Paris, comme l’affirment ses initiateurs, qui en a eu l’idée ?

Les références au « printemps arabe », au « mouvement du 15M », à la « place Tahrir » et au « parc de Gezi » renvoient toutes quatre à des mouvements clairement soutenus, sinon initiés par la CIA. Le « printemps arabe », c’est le projet du département d’État de renverser les régimes laïques arabes et de les remplacer par les Frères musulmans. Le « mouvement du 15M », en Espagne, c’est la contestation de la politique économique des grands partis tout en affirmant l’attachement aux institutions européenne. La « place Tahrir » en Égypte est habituellement considérée comme un des lieux du printemps arabe, et l’en distinguer ne peut faire référence qu’à son occupation par les Frères musulmans de Mohamed Morsi. Quant au parc Gezi, ce fut le seul mouvement laïque des quatre, mais il était instrumenté par la CIA pour mettre en garde Recep Tayyip Erdoğan, qui n’en a pas tenu compte.

Derrière ces quatre références et bien d’autres, on trouve un même organisateur : l’équipe de Gene Sharp, jadis baptisée Albert Einstein Institute [3] et aujourd’hui Centre for Applied Nonviolent Action and Strategies (Canvas), exclusivement financée par les États-Unis [4]. Des gens très organisés, directement liés à l’Otan et ayant une sainte horreur du spontanéisme de Rosa Luxembourg.

La non intervention de la préfecture de police, le discret soutien de l’Union européenne à Radio Debout, et la présence parmi les organisateurs de personnalités jadis soutiens d’Action directe [5] ne semblent pas poser de problème aux participants.

Bien évidemment, le lecteur se demande si je ne force pas la dose en voyant ici aussi la main de Washington. Mais les manipulations de l’équipe de Gene Sharp dans une vingtaine de pays sont aujourd’hui largement attestées et étudiées par les historiens. Et ce n’est pas moi, mais les organisateurs de « Nuit debout » qui font référence à ses actions.

L’équipe de Gene Sharp intervient avec des recettes toujours identiques. Selon les cas, les manifestations manipulées visent soit à changer le régime, soit au contraire à stériliser l’opposition, comme c’est le cas ici. Depuis 2000, cette équipe utilise un logo emprunté aux communistes pour mieux les combattre : le poing levé. C’est évidemment le symbole qu’à choisi « Convergence des luttes ».

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Le slogan de « Nuit debout », « On ne rentre pas chez nous », est nouveau dans la longue succession des opérations de Gene Sharp, mais il est tout à fait typique de sa manière d’intervenir : ce slogan ne comprend aucune revendication positive, ne propose rien. Il s’agit juste d’occuper la rue et de distraire les médias pendant que les choses sérieuses se déroulent ailleurs.

Le principe même de « Nuit debout » exclut toute participation des travailleurs. Il faut être bien noctambule pour pouvoir passer ses nuits à discuter. Les « salariés et les précaires » que l’on est censé défendre travaillent, eux, le matin et ne peuvent pas se permettre de nuits blanches.

Ce ne sont pas les commissions de « Nuit debout » —où l’on s’intéresse à tout sauf aux ravages de l’exploitation et de l’impérialisme— qui mettront fin à la domination de la France par une coterie de nantis, qui l’ont vendue aux Anglo-Saxons et viennent d’autoriser le Pentagone à y installer des bases militaires. Imaginer le contraire serait croire une histoire à dormir debout.

[1] « Nuit debout : genèse d’un mouvement pas si spontané », Eugénie Bastié, Le Figaro, 7 avril 2016.

[2] « Appel de la Nuit Debout », place de la République le 8 avril 2016, Paris.

[3] « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007.

[4] La présence de l’équipe de Gene Sharp est attestée au moins dans : la chute des Caucescu (1989), la place Tian’anmen (1989), la Lituanie (1991), le Kosovo (1995), la « révolution des Bulldozers » en Serbie (2000), l’Irak (2002), la « révolution des roses » en Géorgie (2003), l’« insurrection de Maafushi » aux Maldives (2003), la « révolution orange » en Ukraine (2004), la « révolution du cèdre » au Liban (2005), la « révolution des tulipes » au Kirghizistan (2005), la « marche du désaccord » en Russie (2006-7), les « manifestations pour la liberté d’expression » au Venezuela (2007), la « révolution verte » en Iran (2009), « Poutine doit partir » (2010), la « révolution de jasmin » en Tunisie (2010), la « journée de la colère » en Égypte (2011), « occupy Wall Street » aux États-Unis (2011), le « mouvement du 15M » en Espagne (2011), le « sit-in » de Mexico (2012), « le départ » à nouveau au Venezuela (1014), la « place Maidan » à nouveau en Ukraine (en 2014), etc.

[5] Action directe fut un groupe d’extrême gauche, qui organisa 80 attentats et assassinats dans les années 80, et fut en définitive manipulé par le Gladio, c’est-à-dire les services secrets de l’Otan.

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Mais où est la GAUCHE ? [Tribune de Guillaume SAYON]

11 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #La gauche, #Le socialisme, #Le capitalisme;, #La mondialisation

Publié par Jean Lévy

 

Mais où est la GAUCHE ? [Tribune de Guillaume SAYON]

 
 
 

La France se réconcilie enfin avec sa tradition, la lutte des classes. Il aura fallu ce projet abject de casse méthodique du code du travail pour que le sursaut populaire puisse enfin éclore. Projet de loi travail non pas piloté à Paris mais dans les arcanes obscures de l’Union Européenne. Il ne s’agit pas d’un simple détail à souligner au détour d’une virgule. Le rouleau compresseur libéral européen parachève son travail jusqu’à disparition totale de la moindre entrave à la concurrence libre et non faussée. Le drapeau bleu étoilé pourra bien voler gracieusement dans le ciel au rythme de l’hymne à la joie, il devient urgent, vital même, de détruire cet outil d’asservissement populaire.

Toutes celles et ceux qui défilent sur les plateaux télé ou dans les studios d’enregistrement des matinales radiophoniques pour nous vendre leurs discours malhonnêtes sur leur prétendue capacité à changer les choses mieux que les autres, nous prennent pour une masse d’imbéciles dépourvus de toute forme de rationalité. Quiconque ne dira pas clairement que le point numéro un de son programme sera le retrait de la France de cette usine à gaz européenne nous prendra pour des idiots. Les règles absurdes, rigides, dogmatiques inscrites dans le marbre des traités ont anéanti la moindre forme de souveraineté. Nous ne sommes plus maîtres de rien dans ce bon pays de France. Pas de possibilité de développer des outils de régulation, encore moins de lancer des plans ambitieux d’investissements publics. Alors, j’entends les voix mollassonnes de ceux qui crient à la réorientation de la construction européenne. Il faut sauver l’Europe comme il fallait sauver le soldat Ryan. Si on émet l’hypothèse farfelue que par un effet de cascade, de nouvelles majorités de gauche prennent la main à Bruxelles, pensez-vous que l’Allemagne hésitera à déguerpir. L’Europe est allemande. Désolé pour ceux qui en sont restés au chapitre du traité de Paris. La France n’est pas le pendant de l’Allemagne. La France marche au pas avec les voisins méditerranéens. C’est un fait. Concevoir le contraire relève de l’idéalisme infantile ou de la mauvaise foi assumée.

Cela me permet d’en venir au véritable propos que je voulais aborder dans ce billet. La France est orpheline. La France n’a plus de gauche. Preuve en est les événements récents. Il aura fallu la mobilisation exemplaire de la jeunesse dans les universités et les lycées pour bousculer les organisations syndicales traditionnelles. Alors que ces dernières tergiversaient et pondaient un communiqué commun bien fade appelant à quelques aménagements cosmétiques, les jeunes organisaient la journée du 9 mars où plus de 500 000 personnes se sont mobilisées partout en France avec un mot d’ordre clair : le retrait pur et simple du projet de loi. Mais les partis de gauche méritent aussi leur catéchisme. Ce mouvement d’occupation des places inspirés de Podemos, Nuit debout, est là aussi symptomatique d’une absence préoccupante de la gauche dans le débat public. La nature a horreur du vide et ce mouvement presque spontané nous met tous au pied du mur. Il suffit de voir le malaise des uns et des autres par rapport à ces péripéties pour le mesurer. Personne n’ose se positionner. Tout le monde semble totalement largué. Nous sommes clairement dans une crise de représentation. C’est une sorte d’effet de pourrissement qui emporte tout sur son passage. La République est pourrissante, le parti socialiste, la gauche globalement … Cela donne le sentiment d’un tunnel qui fait la jonction entre deux mondes, entre deux temps. Cela n’est pas sans faire écho à la formule célèbre de Gramsci.

Pour illustrer mon propos, je ne peux que vivement vous encourager à lire la brillante tribune de Lordon parue il y a quelques jours dans les colonnes du Monde Diplomatique intitulée Pour la République sociale. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher ici de vous en livrer quelques succulents passages. Comme celui-ci sur la primaire :

"On ne peut pas exclure en effet que les protagonistes de la « primaire à gauche » soient convaincus de produire une innovation politique radicale, alors qu’ils bafouillent la langue morte de la Ve République. Le comble de l’engluement, c’est bien sûr de ne plus être capable de penser au-delà du monde où l’on est englué. Présidentialisation forcenée, partis spectraux, campagnes lunaires, vote utile, voilà la prison mentale que les initiateurs de la « primaire à gauche » prennent pour la Grande Évasion. Et pour conduire à quoi ? La fusion de la contribution sociale généralisée (CSG) et de l’impôt sur le revenu ? un programme en faveur de l’isolation des logements ? une forte déclaration sur la « réorientation de l’Europe » ? 

Mais sans doute le passage le plus intéressant est celui-ci :

"La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est qu’aucune alternative réelle ne peut naître du jeu ordinaire des institutions de la Ve République et des organisations qui y flottent entre deux eaux le ventre à l’air. Cet ordre finissant, il va falloir lui passer sur le corps. Comme l’ont abondamment montré tous les mouvements de place et d’occupation, la réappropriation politique et les parlementarismes actuels sont dans un rapport d’antinomie radicale : la première n’a de chance que par la déposition des seconds, institutions dont il est désormais établi qu’elles sont faites pour que surtout rien n’arrive — ce « rien » auquel la « primaire de gauche » est si passionnément vouée.

Je souscris totalement à ses propos. Ils démontrent l’obsolescence des schémas théoriques et tactiques de cette gauche agonisante.

Le peuple français a cette fascinante capacité lorsqu’il se soulève à emporter avec lui les peuples voisins, eux aussi victimes de l’ignominie, du népotisme, de tout ce qu’on veut mais surtout des logiques du capital, de la propriété privée des moyens de production. Comme beaucoup, je regarde avec intérêt ce mouvement nuit debout qui gagne des villes belges, italiennes, espagnoles …

Je garde néanmoins une nécessaire lucidité sur cette expérience. Les places semblent peuplées par une jeunesse à fort capital culturel essentiellement. Les travailleurs n’y sont encore que peu nombreux. Qui-plus-est en bon léniniste que je suis, je crois en les vertus de l’organisation. Des mouvements comme ceux-là peuvent vite devenir des impasses s’ils ne s’organisent pas concrètement. C’est la leçon qu’a fini par tirer Iglesias avec les indignés en Espagne. Le PCF devrait donc être en train d’écrire un programme politique pour créer cet impérieux prolongement organisationnel, pour qu’il puisse être débattu, qu’il devienne un repère.

Un vrai programme de rupture, un programme politique qui place en son cœur la question de la propriété, de la nation et donc de sa constitution, de l’Europe et de l’évidente rupture qu’il faut consommer avec cette dernière. La question de la paix évidemment avec un préalable : quitter l’OTAN.

Un programme qui se nourrit de ce bouillonnement social, qui propose des mots et des concepts, une feuille de route afin de donner du corps à cet élan insurrectionnel. Mais non, Pierre Laurent annonce qu’il va rencontrer Montebourg dans le cadre du processus de la primaire. Misère, vous avez dit misère …

G.S.

SOURCE:

 

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