Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la mondialisation tag

Laurent Dauré : «La France et l’Occident ont une énorme responsabilité» dans la crise des migrants.

11 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #L'OTAN., #l'immigration, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Laurent Dauré : «La France et l’Occident ont une énorme responsabilité» dans la crise des migrants

7 mai 2015

Le camp des migrants à Paris

Le camp des migrants à Paris

Le journaliste du mensuel progressiste Ruptures, Laurent Dauré, a déclaré dans une interview avec RT France que les migrations sont très liées à la politique étrangère des puissances occidentales.

RT France : Que passe-t-il à Paris avec ces camps de migrants dans le quartier de la Chapelle ?

Laurent Dauré (L.D.) : C’est un nouvel épisode des drames de l’émigration. On en a vu récemment l’ampleur avec les naufrages en Méditerranée qui ont fait de très nombreuses victimes, environ 800 en un seul jour le 19 avril dernier.

Ici, à Paris, il s’agit majoritairement de Soudanais qui fuient leur pays pour échapper aux conséquences de la partition du Soudan voulue et encouragée par l’Occident, principalement les États-Unis. Ils cherchent simplement à trouver des moyens de subsistance et surtout à garder la vie sauve. Les migrations sont très connectées à la géopolitique et aux choix géostratégiques de l’Occident. Pourquoi ces gens décident de quitter leur pays ? Ce n’est pas par plaisir, ils ne partent pas en vacances, ils y sont contraints et forcés par la misère, par la guerre et il faut examiner les causes de celles-ci pour comprendre la situation.

RT France : Ces migrants ne sont pas pris en charge, ils sont juste là, au cœur de Paris. Pourquoi les autorités ne font-elles rien ?

L.D. : J’espère que les autorités vont réagir parce qu'il n’est évidemment pas acceptable d’entasser des gens dans ces conditions. La situation ne peut que se dégrader et de façon très prévisible, cela accroît les tensions au sein de la société française ; ces événements cristallisent les passions et les partis politiques utilisent cela pour monter les Français les uns contre les autres et les détourner d'une compréhension globale de ces phénomènes.

RT France : La France a décidé de renforcer les moyens et des dispositifs pour sauver les migrants en mer mais semble ne pas faire grand-chose pour améliorer leurs conditions de vie sur le continent. Qu’en pensez-vous ?

Des migrants clandestins à Paris

Des migrants clandestins à Paris

L.D. : C’est l’hypocrisie habituelle de la classe politique qui s'indigne et proclame de belles intentions quand il y a des drames comme on l’a vu en Méditerranée en avril mais qui se garde bien de faire quoi que ce soit de concret quand il y a des situations d’urgence moins médiatisées. On laisse pourrir la situation sans agir sur les causes, en exposant les migrants au mécontentement des habitants. C’est irresponsable et très hypocrite parce qu’on s’en remet en fait aux associations humanitaires, aux associations qui viennent en aide aux migrants, en se disant qu’elles vont effectuer le travail de première nécessité.

RT France : La majorité des migrants vient du Soudan comme vous l’avez indiqué. Il y a quand même beaucoup d’autres migrants qui viennent d’autres pays, notamment de la Libye, de la Syrie, du Mali. Est-ce que la France est partiellement responsable de la situation actuelle ?

L.D. : Bien sûr, puisque nous avons, non seulement approuvé mais participé à la déstabilisation, voire à la destruction, des pays que vous avez mentionnés. Nous sommes à l’origine du chaos que connaissent ces pays, nous sommes donc responsables des conséquences de celui-ci, en l'occurrence les déplacements de population. Les gens fuient les catastrophes que les puissances occidentales ont provoquées. Donc, oui, le pouvoir français a une énorme responsabilité dans cette situation puisque la politique d’ingérence et de guerre produit nécessairement de tels effets. On le sait à l’avance. Quand on entame une opération militaire, quand on déstabilise un régime en utilisant au passage des groupes terroristes, on connaît les conséquences. Il est complètement cynique et hypocrite de prétendre se soucier des répercussions prévisibles de notre politique étrangère.

Le camp des migrants à Paris

Le camp des migrants à Paris

Le camp des migrants à Paris

RT France : En quoi la présence de ces migrants, sous le pont de la Chapelle, dérange, en quoi est-elle gênante tant pour les habitants que pour les autorités parisiennes ou françaises ?

L.D. : Il est bien sûr révoltant que des personnes vivent dans de telles conditions. Personne ne devrait avoir à habiter dans une tente sous un métro parisien. Les autorités doivent donc trouver des solutions rapidement. Après, les habitants qui y voient des désagréments… On peut comprendre ce point de vue, mais là encore il ne faut pas regarder les choses par le petit bout de la lorgnette, il faut toujours considérer la situation dans son ensemble et voir quelles sont les causes de tout cela. Il serait injuste de s’en prendre aux migrants qui n’ont pas choisi d’être là, qui préféreraient être ailleurs dans une situation plus favorable. Il ne faut pas jeter la culpabilité et l’opprobre sur des gens qui sont les jouets des événements et qui sont ballotés ici et là en fonction des conflits, de la misère, des politiques migratoires, des choix politiques. Il peut y avoir des désagréments pour les gens qui habitent là, sans doute, mais ils auraient tort de considérer que les gens qu’ils ont sous leurs yeux en sont directement responsables.

RT France : Vous dites qu’il faut régler la situation. Mais comment peut-on régler cette situation ?

L.D. : Ce que l’on peut faire, c’est cesser la politique d’ingérence dans les pays du Sud, c'est cesser d’imposer des conditions économiques et commerciales aux pays du Sud (via notamment les organismes internationaux comme le FMI, la Banque mondiale et l'OMC) qui sont telles que de nombreux membres des populations concernées n’ont pas d’autre choix pour survivre que de se lancer sur les routes de l’émigration. C’est cela que les pays occidentaux peuvent changer. En cessant de s'ingérer et d'imposer le libre-échange partout (sans parler du système de la dette), ils peuvent faire en sorte que de telles situations se raréfient, que moins de personnes se retrouvent contraintes à prendre des embarcations de fortune…

RT France : Beaucoup de migrants veulent rejoindre l’Angleterre, cela peut-il dire que la France n’est plus attirante pour les migrants ?

L.D. : Le fait que la situation économique et sociale en France se dégrade sans cesse doit compter. Après, les migrant ne se font pas toujours une représentation correcte des conditions de vie qu’ils trouveront dans le pays qu’ils ont choisi. Mais dans leur esprit, il est préférable d’aller en Angleterre (dont ils sont plus nombreux à parler la langue) où ils ont plus de chances de trouver un travail et actuellement, c’est sans doute vrai.

RT France : Cela veut dire que non seulement la France n’a pas les moyens pour aider les migrants qui sont déjà sur le sol français mais aussi la France n’a pas les moyens pour les accueillir ?

L.D. : Les moyens, on les a quand il s'agit de faire la guerre ou de renflouer des banques... Donc l’argument des moyens ne tient pas. Cela dit, il faut ajouter un point important : la France, comme vous le savez, appartient à l’Union européenne, elle est liée par des traités européens qui ont un impact très négatif sur l'économie, l'emploi et la protection sociale. Et donc, des moyens, nous pourrions en retrouver en sortant de l’UE, en sortant de l’euro, en renonçant à l'austérité et à cette folle politique de désindustrialisation qui évidemment nous condamne à avoir moins de ressources, moins de rentrées fiscales pour l’État, moins de moyens d’action publique.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

http://1n5o.mj.am/link/1n5o/i5ixgmw/3/73Ux_UqBLXXIxloIt8rnyg/aHR0cDovL2ZyYW5jYWlzLnJ0LmNvbS9vcGluaW9ucy8yMjEyLWRhdXJlLWZyYW5jZS1yZXNwb25zYWJpbGl0JUMzJUE5LW1pZ3JhbnQ

Lire la suite

La Seconde guerre mondiale organisée par les ploutocrates anglo-américains (II)

10 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La République, #La guerre, #AMERIQUE, #La France, #La nation ., #La mondialisation, #Europe supranationale

La Seconde guerre mondiale organisée par les ploutocrates anglo-américains (II)

Valentin Katasonov
Valentin Katasonov

Par Valentin KATASONOV – Le 5 mai 2015 – Source strategic-culture

Voir la Première partie

 

La Banque des règlements internationaux (BRI) a joué un rôle important pendant la Seconde Guerre mondiale. Tête de pont des intérêts américains en Europe, elle assurait la liaison entre les entreprises anglo-américaines et allemandes. C’était en quelque sorte une zone offshore abritant le capital cosmopolite contre les initiatives politiques, les guerres, les sanctions, etc.

 

Cette banque a été créée sous la forme d’une entité commerciale publique. Son immunité face aux interférences gouvernementales et, par exemple, à l’imposition, était garantie par l’accord international signé à La Haye en 1930.
Les banquiers de la Réserve fédérale de New York, proches des Morgan, de Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre, ainsi que des financiers allemands tels que Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’économie du gouvernement de Hitler), Walther Funk (qui a remplacé Hjalmar Schacht au poste de président de la Reichsbank) et Emil Puhl, tous ont joué un rôle important dans la fondation de la Banque. Parmi les fondateurs figuraient les banques centrales de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et quelques banques privées.

La Banque fédérale de New York a fait de son mieux, mais n’a pas fait partie des établissements fondateurs de la BRI. Les États-Unis étaient représentés par la banque privée First National Bank of New York, J.P. Morgan and Company, la First National Bank of Chicago, qui faisaient toutes partie de l’empire Morgan. Le Japon était également représenté par des banques privées. En 1931-1932, 19 banques centrales européennes rejoignaient la Banque des règlements internationaux. Gates W. McGarrah, banquier du clan des Rockefeller, était le premier président du conseil d’administration de la BRI. Il a été remplacé par Leon Fraser, qui représentait le clan des Morgan. Pendant la guerre, la banque était présidée par un citoyen américain, Thomas H. McKittrick.

Beaucoup d’encre a coulé au sujet des activités de la BRI au service des intérêts du Troisième Reich. La Banque était impliquée dans des transactions avec différents pays, y compris ceux avec lesquelles l’Allemagne était en guerre.

Depuis Pearl Harbor, la Banque des règlements internationaux jouait le rôle de correspondant de la Federal Reserve Bank de New York. Elle était sous contrôle nazi pendant la guerre, même si c’est l’Américain Thomas Huntington McKittrick qui la présidait. Les soldats mouraient sur les champs de bataille pendant que la direction de la BRI se réunissait à Bâle avec les banquiers d’Allemagne, du Japon, d’Italie, de Belgique, de Grande-Bretagne et des États-Unis.

Dans ce havre de paix que constituait la zone offshore suisse, les représentants des belligérants travaillaient tranquillement dans un climat de compréhension mutuelle.

C’est en Suisse que l’Allemagne a mis en lieu sûr l’or saisi aux quatre coins de l’Europe. En mars 1938, lorsque Hitler s’est emparé de Vienne, une partie de l’or autrichien a été transférée dans les coffres-forts de la BRI. La même chose a été faite avec l’or de la Banque nationale tchèque (48 millions de dollars). Lorsque la guerre a éclaté, l’or entrait à pleines portes à la Banque des règlements internationaux. L’Allemagne le récupérait dans les camps de concentration et par le pillage des pays occupés (y compris de tout ce qui appartenait à des civils : bijoux, dents en or, étuis à cigarettes, ustensiles divers, etc.). C’est ce que l’on a appelé l’or nazi. Il était fondu en lingots afin d’être entreposé à la Banque des règlements internationaux, en Suisse ou hors d’Europe.

Dans son livre Trading With The Enemy: An Expose of The Nazi-American Money Plot 1933-1949, Charles Higham écrit que, pendant la guerre, les nazis ont transféré 378 millions de dollars sur les comptes de la Banque des règlements internationaux.

Quelques mots au sujet de l’or tchèque. Certaines informations ont fait surface après l’ouverture des archives de la Banque d’Angleterre en 2012. (1) En mars 1939, l’Allemagne s’emparait de Prague. Les Nazis ont exigé 48 millions de dollars des réserves d’or nationales. Il leur a été répondu que cette somme avait déjà été transférée à la Banque des règlements internationaux. Par la suite, on a su que cet or avait été transféré de Bâle dans les coffres-forts de la Banque d’Angleterre. Sur l’ordre de Berlin, l’or a été transféré sur le compte de la Reichsbank à la BRI. Ensuite, la Banque d’Angleterre a été impliquée dans les transactions effectuées sur les ordres donnés par la Reichsbank à la Banque des règlements internationaux. Ces ordres étaient retransmis à Londres. Il y a donc eu collusion entre la Reichsbank allemande, la Banque des règlements internationaux et la Banque d’Angleterre. En 1939, un scandale a éclaté en Grande-Bretagne lorsqu’on a su que la Banque d’Angleterre exécutait les transactions portant sur l’or tchèque sur les ordres de Berlin et de Bâle, et non du gouvernement tchèque. Par exemple, en juin 1939, trois mois avant le début de la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Banque d’Angleterre a aidé les Allemands à transférer sur leur compte l’équivalent en or de 440 000 livres sterling, et à acheminer une partie de l’or à New York (l’Allemagne s’assurait ainsi de la neutralité des États-Unis en cas d’intervention allemande en Pologne).

Ces transactions illégales sur l’or tchèque ont été effectuées avec l’accord tacite du gouvernement de Grande-Bretagne, qui savait parfaitement ce qui était en train de se passer. Le Premier ministre Neville Chamberlain, le Chancelier de l’Échiquier Sir John Simon et les autres responsables de haut rang ont tout fait pour dissimuler la vérité, y compris en mentant éhontément (en affirmant que l’or avait été restitué à son propriétaire légitime ou qu’il n’avait jamais été transféré à la Reichsbank). Les documents de la Banque d’Angleterre rendus publics dernièrement révèlent les faits et montrent que les responsables gouvernementaux ont menti, afin de se couvrir eux-mêmes et de couvrir les activités de la Banque d’Angleterre et de la Banque des règlements internationaux. La coordination de ces activités criminelles conjointes était un jeu d’enfant lorsqu’on sait que Montagu Norman, directeur de la Banque d’Angleterre, présidait également le conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux. Il n’a d’ailleurs jamais caché ses sympathies pour les fascistes.

La Conférence de Bretton Woods, officiellement Conférence monétaire et financières des Nations unies, a réuni les 730 délégués des 44 pays alliés au Mount Washington Hotel, à Bretton Woods (New Hampshire), aux États-Unis, en vue de réguler la vie monétaire et financière internationale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Cette conférence s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. La Banque des règlements internationaux se retrouvait soudain sous le feu des projecteurs. On rapportait qu’elle avait collaboré avec l’Allemagne fasciste. Sans entrer dans les détails, je me limiterai à dire qu’après bien des aléas (certains délégués étatsuniens s’étant opposés à la motion), les délégués sont tombés d’accord pour fermer la BRI. Cette décision de la conférence internationale n’a jamais été appliquée. Toutes les informations susceptibles de jeter le discrédit sur les activités de la BRI pendant la guerre ont été classées. Aujourd’hui, cela contribue à falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Pour finir, quelques mots sur Hjalmar Schacht (1877-1970), ancien président de la Reichsbank et ministre de l’économie du gouvernement fasciste de l’Allemagne. Il a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la machine économique du Troisième Reich en agissant comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du capital anglo-américain en Allemagne. En 1945, Schacht a été jugé à Nuremberg et acquitté le 1er octobre 1946. Il échappait aux accusations de meurtre. Tout comme Hitler. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, il ne figurait pas sur la liste des principaux criminels de guerre de 1945. Mieux, Schacht a repris sa vie professionnelle comme si de rien n’était et fondé la société Schacht GmbH à Düsseldorf. Ce détail peut sembler insignifiant, mais il confirme une fois de plus que les ploutocrates anglo-américains et leurs représentants plénipotentiaires en Allemagne avaient préparé et, dans une certaine mesure, influencé l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Les ploutocrates veulent réécrire l’histoire de la guerre et changer ses résultats.

Valentin KATASONOV

(1)http://www.bankofengland.co.uk/archive/Documents/archivedocs/wwh/2/p3c9p1292-1301.pdf

Traduit par Gilles Chertier, relu par jj pour le Saker Francophone.

Lire la suite

Le français, langue de la république est le premier service public. Lettre ouverte. Avec le latin et le grec, c'est le français qu'on assassine ! 10 mai 2015

10 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole, #Economie, #La France, #La République, #La nation ., #La mondialisation, #La réforme territoriale, #Le traité Transatlantique.

Lettre ouverte. Avec le latin et le grec, c'est le français qu'on assassine ! 10 mai 2015 à 07h00

commentaires Lettre ouverte aux membres de l’Académie française, aux écrivains, critiques, journalistes et autres représentants de la république des lettres, par Benoît Jeanjean, professeur de latin à l'Université de Bretagne occidentale et président de l'Association des enseignants en langues anciennes de Bretagne. Notre nation s’enorgueillit de son histoire, de sa culture et de sa langue qui, bien plus encore que ses entreprises et sa technologie, contribuent au rayonnement de notre pays dans le monde entier. Partout, les amoureux de la culture française manifestent leur attachement à notre langue et à l’immense littérature qu’elle a générée et qu’elle continue de susciter. La langue de Corneille, la langue de Voltaire, celle aussi de Stendhal, d’Hugo et de Camus, celle de Yourcenar, de Duras ou de Queneau, cette langue est également la vôtre et vous en êtes à la fois un acteur, un garant et un promoteur. Elle n’est pas figée ; elle se nourrit de son passé et y puise son esprit et son âme ; le présent la féconde de sa vitalité et de son énergie et elle s’enrichit sans cesse de ses trouvailles et de ses emprunts. Le génie du français, son esprit et son âme, c’est ce qui fait la France. Notre pays, traverse aujourd’hui une profonde crise d’identité, issue de la mondialisation, du brouillage des cultures, de la subordination du politique à l’économique, et de l’économique à la finance. Il a du mal à se reconnaître dans son industrie, dans ses institutions, dans ses élites, et brandit, comme un naufragé s’accroche à sa planche, le nom consensuel, et par là rassurant, de République. Les tragiques événements des 7 et 8 janvier derniers ont certes été l’occasion d’un « sursaut républicain », d’une prise de conscience de l’urgente nécessité de renouer ensemble le contrat social et le « pacte républicain » ; mais qu’est-ce que la République ? N’est-ce pas, à en croire l’étymologie latine de la Res publica, la chose publique, le bien commun ? Or quel est ce bien commun qui nous permet de vivre ensemble et de former ensemble une nation ? Ce n’est ni l’excellence de notre technologie, ni la force de notre économie, ni même nos institutions. Quel est donc ce bien commun dans lequel nous pouvons nous reconnaître ? Le premier qui nous lie, le seul capable de justifier une communauté de vie et de destin, de nous constituer en nation, de légitimer notre République, n’est-ce pas le partage d’une même langue et d’une même culture ? Entendons-nous bien : cette langue et cette culture françaises n’ont pas vocation à être exclusives de toute autre, à s’imposer au nom d’une prétendue supériorité qu’elles auraient acquises sur les langues et les cultures des régions et pays d’origine d’un grand nombre de nos concitoyens, mais elles sont la langue et la culture communes et le seul lieu où se fonde notre identité nationale, au-delà de nos particularismes régionaux et de nos différences ethniques, culturelles et religieuses. C’est la langue et la culture qui ont uni les hommes et les femmes ayant vécu avant nous dans notre pays, c’est l’expression de leur génie sur lequel s’épanouit le nôtre. Or on pourrait croire, à entendre le discours de nos femmes et de nos hommes politiques et à voir leur action et leurs décisions dans le domaine de la culture et de l’éducation depuis plus de dix ans, qu’ils ont oublié que c’est ce legs qui fonde la République, que c’est ce legs qu’ils ont la responsabilité politique et le devoir de préserver. Devant le péril de l’éclatement de notre nation sous la double pression, d’une part, des communautarismes, et de l’autre, de l’individualisme forcené associé à la recherche effrénée du profit, c’est un devoir éminent qui incombe à nos élus que d’entretenir la conscience de ce bien commun. C’est à eux qu’il revient de mettre en œuvre une politique qui permette la transmission de celui-ci de génération en génération et qui en favorise également l’acquisition par les ressortissants d’origine étrangère aspirant à l’intégration au sein de notre nation. Autant l’action politique paraît souvent impuissante à influer véritablement sur la sphère économique, à renverser une tendance ou à inverser la courbe du chômage, autant elle possède le pouvoir d’orienter la société par ses choix éducatifs, culturels et juridiques. Il est urgent que nos gouvernants et nos législateurs prennent enfin leurs responsabilités face au défi que constitue le soutien actif de notre culture et de notre langue nationales. Nous n’ignorons pas, me direz-vous, cette situation et le grand péril qui menace notre culture, notre langue et l’unité républicaine. Alors, pourquoi cette lettre ouverte aujourd’hui ? Parce que le Ministère de l’Education Nationale prépare aujourd’hui, sous la conduite de Madame la Ministre Vallaud-Belkacem, une réforme du collège qui, si elle est appliquée, mettra gravement en danger la transmission du français, comme langue de culture et de communication. Paradoxalement, ce n’est pas la réorganisation des horaires consacrés à l’étude du français au collège qui porterait le coup le plus mortel à notre langue, langue dont l’enseignement est déjà tombé bien bas, si l’on en juge par la perte de toute connaissance grammaticale structurée et de toute pratique consciente de l’orthographe que l’on constate actuellement chez les jeunes entrant dans l’enseignement supérieur. Non, le coup le plus fatal est indirect et fragilise encore un peu plus le français, par un travail de sape, en l’attaquant à la racine. En effet, dans les différents formats où elle a pu être présentée par le Ministère, la réforme annoncée marginalise totalement l’enseignement du latin et du grec au collège en le dégradant, du statut actuel d’option facultative, au rang d’EPI, à savoir d’Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, comme vous avez sans doute pu l’apprendre en suivant, depuis la fin du mois de mars, l’actualité de cette question. Comme leur nom l’indique, ces enseignements « pratiques », dont le choix est laissé à la discrétion de chaque établissement parmi huit thèmes – et c’est en cela que réside le plus grand danger -, sont censés fonctionner par projets et mener les élèves, en recourant notamment aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, à des réalisations concrètes en lien avec la thématique retenue, mais sans relation précise avec la construction solide et progressive d’un quelconque savoir linguistique. De plus, ces enseignements étant « interdisciplinaires », ils supposent l’intervention, en concertation, de plusieurs enseignants de disciplines différentes. Le futur Enseignement Pratique Interdisciplinaire « Langues et cultures de l’Antiquité » ne sera donc plus confié aux seuls enseignants de Lettres classiques qui ont pourtant reçu, à l’université, une formation pluridisciplinaire, non seulement en langue et littérature française, mais encore en langues, littératures et civilisations grecque et latine. Il semble d’ailleurs, à l’analyse de la situation actuelle des langues anciennes dans notre système éducatif, que le Ministère ait choisi de régler un problème en le supprimant purement et simplement, au lieu d’en traiter les causes profondes. En effet, la présente réforme du collège survient sur fond de difficultés de recrutement de professeurs formés à l’enseignement des langues anciennes et, tout particulièrement, du latin. De fait, la très faible proportion de lycéens qui poursuivent les options de latin ou de grec jusqu’au baccalauréat – et la majorité d’entre eux se trouvent en section S – entraîne mécaniquement un nombre très faible d’inscriptions en première année dans les sections universitaires de Lettres classiques. Cette raréfaction des étudiants qui décident de consacrer leurs études au français, au grec et au latin, est encore accentuée par le fait que nombre d’universités ont déjà fermé leurs sections de Lettres classiques et que d’autres sont tentées de leur emboîter le pas, au vu de la faiblesse de leurs effectifs. La conséquence de cette désertion est que le nombre d’étudiants à se présenter à l’option classique du CAPES de Lettres (car les CAPES de Lettres classiques et Modernes ont été fondus en un unique CAPES de Lettres, voici deux ans) est en chute libre, lui aussi, et que le Ministère ne parvient plus à recruter un nombre suffisant de professeurs compétents pour enseigner le latin et le grec. Face à cette situation, il aurait été pertinent de revaloriser les langues anciennes en les dégageant de leur statut sclérosant d’options facultatives, ne serait-ce qu’au lycée où elles pourraient constituer un enseignement obligatoire dans les sections littéraires. Au contraire, le Ministère prend acte, sans chercher à y remédier, de cette crise du recrutement et la résout en tentant de faire disparaître ces enseignements en les noyant dans les nouveaux Enseignements Pratiques Interdisciplinaires. Les raisons invoquées par Mme la Ministre pour justifier le sort réservé aux langues anciennes dans la future réforme, raisons reprises par les conseillers du Ministère qui, le mardi 31 mars, ont reçu les associations de professeurs de langues anciennes du secondaire et du supérieur (CNARELA, APLAES, APFLA-CPL, APLettres, SEL, SLL), trahissent au pire, une véritable supercherie, au mieux, une ignorance coupable de la réalité de ces enseignements sur le terrain. L’argument principal est qu’il faut ouvrir l’enseignement des langues et civilisations de l’Antiquité à tous les collégiens, au nom de l’égalité des chances et de la réussite pour tous, et non en limiter l’accès aux seuls vingt pour cent de collégiens qui suivent actuellement cet enseignement au collège. L’argument secondaire est que la chute préoccupante des effectifs de latinistes et d’hellénistes en lycée serait due à un manque d’attractivité de ces enseignements auprès des élèves. Les conseillers de Madame la Ministre vont même jusqu’à dire, devant les représentants des associations, que la façon d’enseigner le latin et le grec n’est pas assez « sexy ». Mais aucun de ces deux arguments ne tient à l’épreuve des faits. D’abord, rien, sinon l’organisation concrète des emplois du temps des collèges, n’interdit l’accès de tous aux options de langues anciennes au collège. Le statut seul d’option facultative suffit à constituer un frein à l’accès de tous à ces enseignements. Que les têtes pensantes du Ministère aillent faire un stage de remise à niveau de leurs représentations des cours de latin et de grec sur les bancs du collège, et elles constateront combien ceux-ci sont riches, vivants et diversifiés… et pour oser le mot, déjà « pluridisciplinaires » ! Ensuite, depuis quand faut-il vendre un enseignement et le rendre « sexy » pour qu’il attire, comme autant de clients, des collégiens séduits par les seuls effets d’annonce ? Demande-t-on aux Mathématiques, aux Sciences physiques, aux Sciences de la vie et de la terre, à l’Anglais, au français, à l’Histoire ou à la Géographie d’être « sexy » ? Non, on leur demande d’être dispensés avec une pédagogie efficace ! Il faut en finir avec ce « sexysme » dévastateur qui n’est qu’un des masques derrière lesquels se cache la démagogie. Pour se former, le musicien doit passer par le pensum des gammes et des arpèges, et le sportif par un minimum de technique et d’entraînement. Il en va de même pour la formation de la connaissance. Si, conformément au mot d’ordre de Madame la Ministre, il était réellement question d’offrir à tous l’accès aux langues et civilisations de l’Antiquité, la seule décision cohérente serait de les intégrer aux enseignements obligatoires, dans le socle commun des connaissances. En effet, si l’on jugeait au Ministère que le latin, comme le grec, constituait l’un des piliers de la maîtrise du français et que cette maîtrise partagée était fondamentale pour assurer les bases de notre République autour de la langue et de la culture nationales, on ne réduirait pas à une peau de chagrin dérisoire les enseignements de langues anciennes sous le fallacieux prétexte de les ouvrir à tous dans le cadre d’un Enseignement Pratique Interdisciplinaire qui ne sera plus désormais proposé que dans certains établissements. Si, comme le laissent penser votre relation spécifique avec l’exercice de la langue française et les fonctions qui sont les vôtres, vous êtes attaché à la transmission de notre langue et convaincu que celle-ci contribue au maintien de l’unité nationale au sein de notre République, je vous demande de peser de tout le poids que vous confèrent votre notoriété et vos fonctions officielles, pour obtenir que Madame la Ministre revienne sur le statut qu’elle réserve aux langues anciennes dans sa future réforme, et pour que le Ministère envisage de leur redonner une place digne de l’importance réelle qu’elles occupent dans le patrimoine génétique de notre pays et de sa langue. Des conférences de presse ont été tenues ces jours derniers par diverses associations représentant les enseignants de Lettres classiques. Je souscris largement aux propositions constructives qu’elles ont pu faire, mais qui ne semblent avoir eu qu’un très faible écho du côté de la rue de Grenelle, alors qu’il nous faudrait un véritable « Grenelle de l’éducation »… Je vous serais reconnaissant, si cette « question du latin[1] » a pour vous quelque importance, de prendre connaissance de ces propositions et de les soutenir auprès des instances politiques compétentes. J’ajouterai à ces propositions que la réforme du collège a le tort de ne pas considérer la place des langues anciennes dans le continuum de la formation secondaire qui se poursuit du collège au lycée. Je propose donc de demander, outre un enseignement des langues et cultures de l’Antiquité indépendant des EPI de la 5e à la 3e, que l’option de latin ou de grec (voire les deux) devienne obligatoire au lycée en section L, ce qui permettrait de rendre à ces options une valeur symbolique qu’elles ont perdue en devenant facultatives… il y a bien longtemps. Mais il me faut conclure et je me contenterai de dire qu’au début des années soixante, tout homme qui avait suivi un tant soit peu le cycle des études secondaires, fût-il avocat, médecin ou ingénieur, savait assez de latin pour lire et comprendre Virgile et Cicéron, Salluste et Horace, quand aujourd’hui, un élève de Terminale présentant l’option latin au baccalauréat est quasiment incapable de traduire, par lui-même, une phrase de latin dont il n’aurait pas appris par cœur la traduction fournie par son professeur. Si les langues anciennes continuent à être considérées dans notre système éducatif comme un simple supplément d’âme ou une variable d’ajustement, nous ne disposerons plus, d’ici quinze ans, du nombre suffisant de traducteurs pour transmettre aux générations futures non seulement les œuvres de l’Antiquité dans des traductions renouvelées, mais aussi les textes littéraires et scientifiques que le Moyen-âge et l’Epoque Moderne nous ont légués en latin et qui n’ont encore jamais été traduits. Aujourd’hui, avec la complicité coupable de nos dirigeants, le grec agonise et le latin se meurt. Il nous appartient de dénoncer cette mort programmée des langues qui sous-tendent pourtant notre belle langue française et d’exiger qu’un vrai débat soit ouvert pour que leur soit rendue la place qu’elles méritent dans la formation des jeunes esprits, au regard de leur lien indissoluble avec le français et, partant, avec ce qui nous fonde comme nation au sein d’une seule et même République. Je vous remercie de l’attention que vous avez bien voulu prêter à cette lettre ouverte et compte sur votre soutien ou sur votre réponse dans le cas où vous n’adhéreriez pas aux arguments développés sincèrement dans ces lignes et partagés par la grande majorité des enseignants de Lettres classiques. Pour le bureau de l’ARELA Bretagne Benoît Jeanjean Copie adressée à : Monsieur le Président de la République Monsieur le Premier Ministre Madame la Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Madame la Ministre de la Culture Monsieur Alain Juppé Monsieur Jacques Lang Monsieur François Bayrou Monsieur Luc Ferry Monsieur Luc Chatel Monsieur Vincent Peillon Mesdames et Messieurs les membres de l’Académie Française Mesdames et Messieurs les membres de l’Académie Goncourt Mesdames et Messieurs les membres de l’Académie Renaudot Mesdames les membres de l’Académie Fémina Mesdames et Messieurs les membres du jury du prix Médicis Mesdames et Messieurs les membres jury du prix Interallié [1] pour reprendre le titre d’une nouvelle de Maupassant.

© Le Télégramme - Plus d’information sur http://www.letelegramme.fr/bretagne/education/lettre-ouverte-avec-le-latin-et-le-grec-c-est-le-francais-qu-on-assassine-10-05-2015-10621824.php

Lire la suite

08 mai : d'un fascisme à l'autre... Déclarations de guerre du nouveau gouvernement fasciste de Netanyahou.

10 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine, #Palestine libre, #La mondialisation, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France, #L'OTAN., #Europe supranationale, #Le fascisme

08 mai : d'un fascisme à l'autre...

Ci-dessous, deux articles.

Cordialement

Paul Monmaur

----------------------------------------------------------------------------------------------

http://www.europalestine.com/spip.php?article10630

8 mai 2015

Déclarations de guerre du nouveau gouvernement fasciste de Netanyahou

Netanyahou vient de nommer comme ministre de la justice une représentante de l’extrême droite israélienne qui appelle sans fard au génocide des Palestiniens, tandis que le ministre de la défense, Moshe Yaalon, vient de promettre de tuer davantage de civils palestiniens et n’écarte pas la possibilité de lancer une bombe atomique sur l’Iran.

Pas question de la moindre négociation de paix avec les Palestiniens, a promis Ayelet Shaked, une députée du parti d’extrême droite HaBayit HaYehudi (“Foyer Juif”), qui vient d’être nommée ministre de la justice par Netanyahou et qui avait appelé au génocide du peuple palestinien cet été.

Le 1er juillet 2014, l’avocate et parlementaire Ayelet Shaked avait posté sur sa page Facebook, un appel à "ne pas se contenter de tuer les terroristes palestiniens, mais la totalité du peuple palestinien qui est notre ennemi". "Il faut détruire ce peuple, y compris ses vieillards et ses femmes, ses villes et ses villages, ses propriétés et ses infrastructures", avait-elle affirmé dans un "post" qui avait reçu des milliers de "like" et avait été abondamment partagé.

Quant au boucher Moshe Yaalon, qui fait office de ministre de la défense au sein du gouvernement israélien, il vient de promettre "de tuer davantage de civils palestiniens et menace de réserver à l’Iran le même sort qu’à Hiroshima et Nagasaki."

Prenant la parole à Jérusalem, à l’occasion d’une conférence du groupe Shurat HaDin* Moshe Yaalon a déclaré qu’il s’attaquerait à la totalité de la population civile lors de toute offensive à venir contre Gaza ou le Liban.

"Nous frapperons également les enfants, comme nous l’avons fait à Gaza", a-t-il déclaré, en soulignant qu’Israël avait prévenu Ben Ki-Moon dès juillet 2013 de son intention de bombarder tout le quartier de Shujaiya, à Gaza, notamment.

"Quand à l’Iran, même si nous n’en sommes pas encore là, si des frappes chirurgicales ne nous paraissent pas adaptées, nous n’hésiterons pas à faire ce qu’ont fait les Américains à Hiroshima et Nagasaki, causant 200.000 victimes sur lesquelles personne n’a pleuré".

Quant à "la menace constituée par le mouvement de boycott d’Israël, BDS", Moshe Yaalon a promis "un nouvel arsenal de lois pour le combattre dans le monde entier".

Il a rappelé que ce mouvement l’a empêché de se rendre dans plusieurs pays de crainte d’être arrêté pour crimes de guerre. "Cela fait 10 ans que je préfère ne pas mettre les pieds au Royaume-Uni, ou en Espagne, même si nous avons réussi à faire changer la législation de ces deux pays en matière de compétence universelle concernant les crimes de guerre et crimes contre l’humanité".

"Et c’est quand même un scandale que nous soyons désormais obligés de mettre en garde nos soldats contre le fait de se rendre à Londres. Ce n’est pas juste".

*Shurat HaDin, est un groupe d’avocats israéliens qui se propulse pour engager des poursuites judiciaires dans le monde entier, afin de défendre les crimes israéliens face à des personnes ou associations qui défendent les droits du peuple palestinien. En Australie, ils avaient attaqué en justice le Pr. Jake Lynch qui avait refusé de parrainer un chercheur israélien dans son université de Sydney. Mais Jale Lynch avait gagné, forçant le lobby israélien à lui payer des dommages et intérêts.

Source : http://mondoweiss.net/2015/05/netanyahu-palestinians-government
et Electronic Intifada

CAPJPO-EuroPalestine

-----------------------------------------------------------------------------------

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.plate-forme_charleroi-palestine.070515.htm

Le nouveau ministre israélien de la Justice,
une candidate génocidaire

Plate-forme Charleroi-Palestine


Photo: D.R.

Jeudi 7 mai 2015

« Elles doivent mourir, et leurs maisons doivent être détruites de telle sorte qu’elles ne puissent plus abriter de terroristes. Elles sont toutes des ennemies, et leur sang devrait être sur nos mains. C’est aussi valable pour les mères des terroristes morts ».
Ayelet Shaked (députée du parti "Le Foyer Juif")

Le nouveau gouvernement israélien, le quatrième formé par Benjamin Netanyahou, est le plus droitier qui ait jamais gouverné Israël.

Un symbole éloquent de ce nouveau glissement vers l'extrême-extrême-droite (sans Avigdor Lieberman !) est l'attribution du portefeuille de la Justice et de la présidence de la Commission des lois de la Knesset (parlement israélien) au parti fasciste de Naftali Bennett, "Le Foyer Juif". Et, au sein de ce parti, celle qui hérite de ce portefeuille n'est pas n'importe qui : il s'agit de Ayelet Shaked, députée qui en juillet 2014, pendant que l'armée israélienne se livrait à un massacre aveugle de civils, avait lancé via Facebook un vibrant appel à l'extermination de toutes les mères palestiniennes, et à vrai dire de la totalité de la population, vieillards et enfants compris.

C'est le 1er juillet, un jour avant qu'un jeune Palestinien de Jérusalem soit enlevé par des extrémistes sionistes et brûlé vif, que Ayelet Shaked avait proclamé que "la totalité du peuple palestinien est l'ennemi" et avait appelé à sa destruction "y compris les vieillards et les femmes, ses villes et ses villages, ses propriétés et ses infrastructures". En d'autres termes, un génocide accompagné d'une guerre d'anéantissement digne de "l'opération Barbarossa".

Cet appel au génocide des Palestiniens était extrait d'un article de l'ancien journaliste d'extrême-droite Uri Elitzur, devenu un des leaders du mouvement des colons, qui est devenu une force politique extrêmement puissante en Israël.

Ce "post" sur Facebook avait rapidement été "liké" et partagé un bon millier de fois avant d'être supprimé par Ayelet Shaked, mais pas assez vite pour qu'il ne soit pas préalablement archivé. Des propagandistes sionistes ont par la suite tenté de faire croire que ce texte immonde n'a jamais existé, mais en vain : sur le web le crime laisse presque toujours des traces.

On pouvait donc lire sous la signature de la nouvelle ministre israélienne de la Justice (traduction via le site anglophone Mondoweiss) :

« Le peuple palestinien nous a déclaré la guerre, et nous devons y répondre par la guerre. Pas une opération, pas un mouvement lent, pas une action de bassa intensité, pas une escalade contrôlée, pas une destruction d'infrastructures terroristes, pas d'exécutions ciblées. Ca suffit, les références obliques. C'est la guerre. Les mots ont un sens. C'est la guerre. Pas une guerre contre la terreur, pas une guerre contre des extrémistes, pas même une guerre contre l'Autorité Palestinienne. Tout cela aussi ce sont des moyens de fuir la réalité. C'est une guerre entre deux peuples. Qui est l'ennemi ? Le peuple palestinien. Pourquoi ? Demandez-leur, c'est eux qui ont commencé.

Je ne sais pas pourquoi il est si difficile pour nous de définir la réalité avec les mots simples que le langage met à notre disposition. Pourquoi devons-nous inventer chaque semaine un nouveau nom pour la guerre, juste pour éviter d'appeler les choses par leur nom ? Qu'y a-t-il de si horrible au fait de comprendre que la totalité du peuple palestinien est l'ennemi ? Toute guerre met aux prises deux peuples,et dans toute guerre le peuple qui a déclenché les hostilités, ce peuple-là, est l'ennemi. Une déclaration de guerre n'est pas un crime de guerre. Y répondre par la guerre n'est certaine pas un crime. Pas plus que l'utilisation du mot "guerre", non plus qu'une désignation sans ambiguité de l'ennemi.

Au contraire : la moralité de la guerre (oui, une telle chose existe) est basée sur l'hypothèse qu'il existe des guerres dans ce monde, et que la guerre n'est pas l'état normal des choses, et que dans les guerres l'ennemi est habituellement l'ensemble d'une population, y compris les vieillards et les femmes, ses citésd et ses villages, ses propriétés et ses infrastructures. »

Il faut, à ce stade et puisque Ayelet Shaked insiste pour dire que "les mots ont un sens", évidemment rappeler qu'il n'y a jamais eu de "guerre" entre Israël et les Palestiniens. Pour qu'il y ait une guerre entre deux parties, il faut qu'entre elles existe sinon une égalité, du moins une commune mesure de forces. Entre Israël, dont l'armée est l'une des mieux pourvues en armements de dernière génération (en grande partie aux frais des contribuables des Etats-Unis) et les Palestiniens qui ne possèdent ni aviation, ni blindés, ni artillerie lourde, et dont les "missiles" sont pour une large partie bricolés avec des bouts de tuyau de récupération, il ne peut être question de guerre. Il y a d'une part une force écrasante qui commet des massacres, et de l'autre une résistance qui essaie tout juste de ne pas disparaître et de maintenir un espoir d'avenir.

La nouvelle ministre, adepte donc du génocide des Palestiniens et de la guerre d'anéantissement total, poursuivait :

« Et la moralité de la guerre sait qu'il n'est pas possible de ne pas blesser des civils ennemis. Elle ne condamne pas la Royal Air Force britannique, qui a bombardé et totalement détruit la ville allemande de Dresde, ou les avions U.S. qui ont détruit les villes de Pologne et réduit la moitié de Budapest en ruines, villes dont les habitants n'avaient jamais fait quoi que ce soit contre l'Amérique, mais qui devaient être détruites pour gagner la guerre contre le démon. La morale de la guerre ne requiert pas que la Russie ait été traînée devant la Justice pour le bombardement et la destruction de villes et de faubourgs en Tchétchénie. Elle ne dénonce pas l'action les forces de maintien de la paix de l'ONU pour la mort de centaines de civils en Angola, pas plus que les forces de l'OTAN pour avoir bombardé le Belgrade de Milosevic, alors que la ville était habitée par un million de civils, vieillards, bébés, femmes et enfants.

La morale de la guerre admet comme correct dans son principe, et non seulement politiquement, ce que l'Amérique a fait en Afghanistan, y compris les bombardements massifs de zones densément peuplées, y compris la création de ce fait d'un flot de centaines de milliers de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre, dont des milliers n'ont aucun foyer vers lequel ils puissent retourner un jour. »

Ici, on fera simplement remarquer à Ayelet Sheked - qui établit une sorte de catalogue de crimes de guerres passés pour en tirer comme leçon qu'ils justifient ceux du futur (elle oublie opportunément les bombardements nucléaires d'Hiroshima et Nagasaki) - qu'une des singularités des bombardements démentiels sur Gaza était que les populations civiles n'avaient aucune possibilité de fuir, puisque le territoire de 6 à 12 km de large, totalisant 360 km², est pratiquement hermétiquement bouclé par l'armée d'occupation depusi des années (et on ne voit pas comment 1,5 million de personnes pourraient fuir par quelques tunnels artisanaux, sans nulle part où aller que le territoire ennemi ou lamer où rôdent ses patrouilleurs qui tirent à vue…). Cette criminelle revendiquée poursuivait encore :

« Et, dans notre guerre, c'est encore sept fois plus correct, car les soldats ennemis se dissimulent parmi la population, et ne peuvent combattre que grâce au soutien de celle-ci. Derrière chaque terroriste il y a une douzaine d'hommes et de femmes sans le soutien de qui il ne pourrait mener à bien son activité terroriste. Les acteurs de cette guerre sont ceux qui font de l'incitation dans les mosquées, qui écrivent des pamphlets pour les écoles, qui fournissent des abris, qui procurent des véhicules et tous ceux qui les honorent des leurs donnent leur soutien moral. Tous ceux-là sont des ennemis combattants, et leur sang retombera sur toutes leurs têtes. Maintenant, cela inclura les mères des martyrs, qui les expédient vers l'enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles le doivent, et les maisons dans lesquelles elles ont élevé ces serpents doivent être anéanties,, sans quoi d'autres serpents encore y grandiront. »

On voit ici le procédé classique de l'animalisation de l'ennemi, dont l'humanité est ainsi niée, et dont la destruction en tant que nuisible est exemptée de toute culpabilité.

Inutile de préciser que Sheked est férocement opposée à tout accord de paix avec l'Autorité Palestinienne sur base des "frontières" de 1967, un tel accord ne pouvant selon elle être autre chose qu'un "suicide national" pour Israël.

Elle se situe donc dans le droit fil de la vision politique de Naftali Bennett, qui alors qu'il était ministre de l'économie en 2013, avait déclaré au journal Yediot Aharonot : "si vous attrapez des terroristes, vous devez simplement les tuer". Et au journaliste qui objectait que c'est illégal,Bennet avait rétorqué : "j'ai tué beaucoup d'Arabes dans ma vie. Je ne vois pas où est le problème" (voir ICI).

Voilà donc qui Netanyahou (qui d'ailleurs ne vaut pas mieux) porte au pouvoir avec son nouveau gouvernement (qui n'aura qu'une majorité d'une seule voix au parlement, ce qui va donner à chaque parlementaire une sorte der droit de véto sur à peu près tout).

Le prochain qui parle de "processus de paix" ou de "solution à deux Etats", que faire sinon lui coller une tarte à la crème sur la gueule ?

Lire la suite

L’Ecole instrumentalisée au profit de « l’aventure européenne »

10 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Ecole, #La France, #La République, #La nation ., #Le capitalisme;, #La mondialisation, #La finance dérégulée

L’Ecole instrumentalisée au profit de « l’aventure européenne »

Par Magali Pernin, le 22/04/2015,

Le programme débutera lundi prochain (27 avril). Il est intitulé « Back to school », et sous-titré « retour à l’école » à l’attention des ploucs non mondialisés. Le principe en est simple : des dirigeants et fonctionnaires européens s’invitent dans des établissements scolaires de leur pays d’origine pour édifier les élèves sur le thème de l’Union européenne.

Pour la France, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Harlem Désir, est à la manœuvre. Ses services se félicitent : « en une semaine, 180 [fonctionnaires bruxellois d’origine française] ont accepté de venir ainsi parler d’Europe aux jeunes de façon concrète et raconter de l’intérieur l’aventure qu’est la construction européenne ».

L’ancien premier secrétaire du Parti socialiste a tenu à montrer l’exemple en se rendant en avant-première au lycée parisien Claude Monet (qui, en toute logique, devrait bientôt être rebaptisé Jean Monnet…). Il a tenté de captiver son jeune auditoire en déclarant : « l’Europe aujourd’hui vous parait évidente car vous êtes la génération qui n’aura presque connu que l’euro (…) Maintenant, il vous faudra ajouter à votre citoyenneté française une nouvelle patrie, l’Europe ».

Le secrétariat d’Etat précise que le projet – qui avait été imaginé par la présidence tournante allemande de 2008 – a été lancé en plein accord avec le ministère de l’Education nationale.

Or ce dernier prétend placer la laïcité au cœur de son action éducative. Ca commence donc mal. Car le fait de propager la bonne parole européenne auprès des collégiens et lycéens est manifestement contraire à ce principe. Il est d’autant moins exagéré de parler de catéchisme pro-européen que les partisans de Bruxelles omettent rarement de glorifier la « foi européenne » – le terme est même devenu courant.

Non seulement on peut supposer que les approches critiques, a fortiori radicalement critiques, de l’intégration n’auront guère droit de cité, mais le projet vise à poser le principe de l’Europe en nécessité objective et indiscutable, qui doit être donc « enseigné » ; alors même qu’il relève d’un choix politique (celui de la classe dirigeante depuis plus d’un demi-siècle), qui, par nature, mérite d’être débattu et contesté.

Ce qu’il faut bien appeler une tentative d’endoctrinement n’est du reste pas une exception de la part des plus hautes autorités de la République. Le ministère de l’Education nationale vient ainsi de demander aux établissements du second degré d’organiser des jeux de rôle : il s’agit de simuler les négociations internationales sur le climat qui doivent connaître un point d’orgue en décembre à Paris.

Tout comme l’acceptation de l’Europe, l’approbation de la « lutte contre le réchauffement de la planète » est posée en évidence qu’il n’est pas permis de discuter quant au fond. Les élèves sont simplement appelés à inventer des voies diplomatiques pour atteindre cet objectif sacré.

On connaît l’antienne : nous ne devrions pas faire porter à nos enfants le poids de nos « errements » actuels. C’est du reste le même argument qui est utilisé pour justifier les réductions « nécessaires » des dettes publiques, des dettes dont nous serions coupables de nous décharger « sur les générations futures ». Dans un cas, la « sobriété » s’impose, dans l’autre, l’austérité.

On ne devrait donc pas tarder à voir le ministère de la Vérité – dont la création n’est sans doute qu’une question de temps… – envoyer ses brigades dans les lycées et collèges pour mobiliser idéologiquement contre les dépenses publiques.

Faut-il rappeler que la laïcité, c’est précisément la liberté de conscience et de débat face aux dogmes imposés par des forces extérieures au peuple, avides de confisquer la souveraineté de celui-ci ?

Utiliser le service public d’enseignement pour promouvoir unilatéralement l’idéologie du clan européiste est inacceptable. Mais c’est aussi, en creux, un aveu de faiblesse de la part de celui-ci.

Lire la suite

Réponse cinglante à la culpabilisation des russes, plus relativisation de la Victoire de 1945

9 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La République, #La France, #La nation ., #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La guerre, #La mondialisation, #le nazisme

Alexandre Tchatchia, vice-président de l'académie géorgienne des relations sociales et nationales, nous fait part de sa réponse aux accusateurs contemporains de la Russie et des russes eux-mêmes. Selon le climat ambiant que l'UE tend à installer (cf. dernières propositions aux parlement et suggestions de Donald Tusk), les russes devraient se repentir devant l'Europe, pratiquer des purges et on ne sait quoi d'autre, pendant que l'UE et les USA continuent leur conquête de l'Est par les coups d'Etat, les guerres par procuration et le soutien explicite de forces néonazies ( http://www.youtube.com/playlist?list=... ) tout en pleurnichant hypocritement sur les crimes nazis des années 40.
A. Tchatchia apporte ici une réponse cinglante, assumant l'histoire se son pays et de la Russie comme le ferait tout autre patriote de tout autre pays, sans forcément idéaliser l'URSS même s'il prône le rapprochement et la coopération des pays de l'espace post-soviétique. Et pourquoi donc n'en aurait-il pas le droit? Les russes nous ont-ils empêché de construire l'UE par peur du retour du bonapartisme?

La parade des 70 ans de la victoire à Moscou:
http://www.youtube.com/watch?v=bS1546...

Les défilés à la mémoire des aînés tombés ont pris cette dernière année une ampleur jusque là inégalée dans les villes de Russie.

Là où la victoire n'était déjà plus vue de la même façon depuis plusieurs années:
http://www.youtube.com/watch?v=eVF9iL...

Lire la suite

L’audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer

5 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #La dette, #La France, #Le capitalisme;

L’audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer
L’audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer
L’audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer

l'intervention de Eric Toussaint est ici :

http://cadtm.org/Intervention-d-Eric-Toussaint-au

L’audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer

http://cadtm.org/L-audit-de-la-dette-grecque-une,11606

5 mai par Amélie Poinssot

L’idée a mis du temps à faire son chemin au sein de Syriza. Elle a finalement été portée par la présidente du parlement, Zoi Konstantopoulou : pour négocier une restructuration de la dette grecque avec les créanciers, il faut d’abord déterminer dans quelles proportions elle est légale, légitime, et soutenable. Début avril, une « commission pour la vérité sur la dette grecque » a été mise sur pied ; elle commence ses travaux en ce début mai.

Athènes, de notre envoyée spéciale.- Quand il rencontre pour la première fois les responsables économiques de Syriza, en 2010, pour leur parler audit de la dette, l’accueil est plutôt froid. Yorgos Mitralias, militant depuis toujours, membre grec du CADTM (« Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde ») se trouve alors à Berlin, pour la préparation du forum social européen. Cet ancien journaliste économique en est convaincu : la totalité de la dette grecque n’est pas légitime, et elle est insoutenable à long terme. Yannis Dragasakis – aujourd’hui n° 2 du gouvernement – et Gabriel Sakellaridis – porte-parole de l’exécutif – l’écoutent poliment. Sa proposition ne sera pas retenue par le parti, qui siège alors à Athènes sur les bancs de l’opposition.

« À ce moment-là, je découvre l’ampleur de la dette grecque et le problème que cela pose à l’économie du pays, se souvient Yorgos Mitralias. Alors que le CADTM se concentrait par définition sur les dettes du tiers-monde, pour la première fois il s’agissait de restructurer la dette d’un pays de l’hémisphère Nord. Pour moi, l’instrument de l’audit s’avérait en outre pédagogique : il pouvait conduire, s’il était bien géré, à la question de la décision politique. »

À cette époque-là, la dette pèse 125 % du PIB grec. Il n’y a pas encore eu les deux opérations d’effacement partiel, le « haircut » de février 2012, et le « buying-back » de novembre de la même année : dans chaque cas, une décote déguisée sous la forme d’un vaste échange d’obligations de moindre valeur réalisé avec la bonne volonté des créanciers, alors en majorité privés. Depuis, la dette grecque est passée dans les mains des États européens, qui se sont révélés beaucoup plus frileux devant l’idée d’une nouvelle restructuration. Comble de l’histoire, la dette grecque n’a cessé depuis de poursuivre une pente ascendante : elle frôle aujourd’hui les 180 % du PIB…

Pendant longtemps, l’idée d’un audit de la dette publique reste confinée à des cercles assez restreints de l’extrême gauche grecque. En 2010, Yorgos Mitralias monte son site « Contre la dette ». L’année suivante, il participe avec d’autres à la création d’un collectif citoyen, afin de mobiliser l’opinion publique sur la question de l’audit. Un séminaire est organisé avec de nombreux invités du monde entier, l’amphithéâtre de la fac de droit d’Athènes qui accueille l’événement ne désemplit pas pendant deux jours… et un mois plus tard, pendant le mouvement des « Indignés », le stand du collectif installé au pied du parlement d’Athènes est assailli par les curieux de tous bords. Mais le souffle retombe assez vite et, côté politique, très peu de responsables osent se frotter au sujet. Une seule députée s’empare réellement du dossier : Sofia Sakorafa, une ancienne socialiste qui a pris ses distances avec le Pasok un an auparavant, quand le parti a fait voter le premier mémorandum d’austérité, et qui rejoindra plus tard Syriza – sous l’étiquette duquel elle se fait élire au parlement européen en mai 2014.

« À l’époque, personne ne voulait parler de la dette en tant que telle, confirme l’intéressée, qui ne cache pas sa joie de voir enfin son thème de prédilection sur le devant de la scène. Faire l’audit de la dette, comprendre comment elle s’est créée, c’est nous permettre de ne pas reproduire les erreurs qui nous ont conduits jusqu’ici. »

C’est à la fin de l’année 2013 que le parti de Tsipras se convertit à l’idée d’un audit. La direction de Syriza reçoit alors Yorgos Mitralias, puis le président du CADTM, Éric Toussaint. « L’idée avait enfin pénétré les cercles proches de Tsipras. Je pense que jusque-là ils étaient tout simplement ignorants sur la question de la dette », lâche Yorgos Mitralias. De fait, à partir de ce moment-là, le parti de la gauche radicale construit sa stratégie de conquête de pouvoir. Le discours devient plus précis, le programme plus concret, la présence dans les médias plus offensive. La question d’une restructuration de la dette, et surtout l’organisation d’une conférence internationale à ce sujet, à l’image de la conférence de Londres de 1953 qui avait permis d’effacer une grande partie des dettes allemandes, deviennent l’axe central des discours d’Alexis Tsipras. C’est précisément ce qu’il défend, dans l’entretien qu’il accorde à Mediapart en avril 2014.

Arrivé au pouvoir, en janvier, Syriza tente tant bien que mal d’appliquer une partie de son programme. Il est surtout embarqué dans des négociations interminables avec les partenaires de la Grèce pour boucler les programmes d’austérité décidés sous les gouvernements précédents, et la question de la renégociation de la dette est repoussée à plus tard. C’est finalement la conviction et l’obstination de la présidente de l’assemblée, Zoi Konstantopoulou, qui permettent de ne pas enterrer le sujet. Début avril elle annonce, au cours d’une conférence de presse, la création de la « commission pour la vérité sur la dette grecque ». Composée d’une trentaine d’experts bénévoles, grecs et étrangers, cette commission va s’atteler dans un premier temps à décrypter les dettes contractées par le pays depuis 2010, qui représentent aujourd’hui environ 4/5e du poids total de la dette publique grecque. Elle rendra ses premiers résultats fin juin, avant de poursuivre l’audit sur le reste de la dette, d’ici à la fin de l’année.

Retrouvez sur ce lien le compte rendu de la conférence de presse du lancement de la commission de la vérité sur la dette publique grecque le 7 avril 2015, et sur ce lien la vidéo de l’intervention d’Eric Toussaint.

La plupart des membres de la commission sont des juristes, spécialistes en droit commercial, droit constitutionnel, droit des traités ou encore experts sur les questions relatives aux droits de l’homme. La commission compte aussi des spécialistes des finances publiques et de l’endettement. Côté français, on y trouve Patrick Saurin, spécialiste des dettes locales et syndicaliste SUD des employés de banque, le juriste Renaud Vivien, ou encore l’économiste Michel Husson de l’Institut français pour la recherche économique et sociale. D’autres experts viennent de Belgique, d’Espagne ou de Grande-Bretagne, sont passés par la prestigieuse London School of Economics ou par des postes aux Nations unies, au Conseil de l’Europe…


L’exemple équatorien

L’ensemble de la commission est placée sous la houlette d’Éric Toussaint, le porte-parole du CADTM. Cet analyste économique, auteur de nombreux ouvrages sur la problématique de la dette, ne veut pas conclure avant l’heure, d’autant que « différentes expertises doivent pouvoir s’exprimer au cours de ce travail » mais il rappelle que déjà en 2011, avec le collectif citoyen formé à Athènes, il avait conclu à « une très large illégitimité de la dette réclamée à la Grèce par la Troïka ». Le porte-parole du CADTM voit loin : le rapport de la commission est destiné tout autant aux Grecs qu’aux autorités européennes, lesquelles seront conviées à la présentation des travaux. « Nous inviterons les responsables qui ont été à la tête de la Troïka, comme Dominique Strauss-Kahn, Jean-Claude Trichet et Christine Lagarde, prévoit-il. Les banques françaises et allemandes, en 2010, ont cherché à limiter au maximum leurs pertes. Nous allons montrer comment la Troïka a privilégié les intérêts des banques au détriment de la viabilité de la dette grecque en décidant des mémorandums d’austérité. » Pour ce faire, la « commission de vérité sur la dette grecque » va s’appuyer sur l’article 472 du règlement du parlement européen, lequel stipule que les autorités d’un pays sous ajustement structurel doivent réaliser un audit intégral de leurs dettes. « Cet article nous permettra d’exiger des autorités européennes des réponses à nos questions », précise Éric Toussaint.

La commission, toutefois, n’a aucune fonction décisionnaire. Son mandat est de fournir une analyse objective de la dette publique. Libre à l’exécutif, ensuite, de s’en servir comme d’un argument massue pour négocier un effacement…

C’est précisément ce qu’a fait l’Équateur, en 2009. Une commission – dont faisait partie, déjà, le porte-parole du CADTM – avait planché pendant quinze mois sur la dette publique du pays, travaux dont s’était saisi le pouvoir équatorien pour négocier ensuite avec ses créanciers. Opération réussie : après sept mois de discussions, quelque 40 % de l’ardoise équatorienne avaient été effacés. Diego Borja était alors ministre de l’économie à Quito et se trouvait en première ligne des discussions. Aujourd’hui membre de la « commission pour la vérité sur la dette publique », il voit deux points communs importants entre son pays d’Amérique latine et la péninsule hellène. « Le premier, c’est que tous deux fonctionnent avec une monnaie émise hors du pays – le dollar dans le cas de l’Équateur, l’euro dans le cas de la Grèce –, ce qui a un impact sur l’économie réelle et les marges de manœuvre politiques. Le deuxième, c’est le ratio entre la dette et la capacité économique du pays. Pour l’Équateur, le poids de la dette, avant l’effacement, s’élevait à 35 % du PIB. Certes, ce chiffre est largement inférieur à celui de la Grèce. Mais si l’on tient compte de la puissance économique équatorienne, beaucoup plus modeste, cela revient au même : la dette était si lourde qu’elle était insoutenable pour le pays. »

L’opération d’effacement a pris la forme d’un échange d’obligations auprès des créanciers privés, moyennant une baisse de 70 % de leur valeur. Cela a représenté une économie de 8 milliards d’euros pour le gouvernement équatorien, et une baisse de quinze points de PIB. « Une opération parfaitement légale et légitime, réalisée avec les instruments que permet le marché, souligne l’ancien négociateur, joint par téléphone. Le pays s’était acquitté au préalable de ses dettes auprès du FMI, d’un montant de 80 millions de dollars, ce qui lui a permis de rester irréprochable au regard des institutions internationales. »

L’exemple équatorien est assez parlant pour le cas grec : l’effacement partiel de sa dette avait permis à Quito de dégager de l’argent public pour lancer une politique de grands investissements, dans les secteurs de l’éducation, des transports et de la santé notamment. Mais l’opération financière n’avait pas complètement résolu la question de l’endettement public, et les dettes sont revenues à la hausse ces dernières années en raison de la conjoncture économique et de la baisse du prix du pétrole, principale ressource du pays. De plus, les sommes en jeu à l’époque dans le cas de l’endettement équatorien n’ont rien à voir avec les sommes que l’État grec doit rembourser aujourd’hui. Les mois de juillet et août à eux seuls attendent Athènes au tournant : la péninsule hellène devra alors rembourser 6,7 milliards d’euros à la Banque centrale européenne. D’ici là, plusieurs échéances se présentent vis-à-vis du FMI, dont une le 12 mai qui s’annonce déjà problématique : d’après une source gouvernementale à Athènes, l’État n’a pas la trésorerie nécessaire pour régler les 750 millions d’euros dus à cette date à l’institution de Washington. Au total, la Grèce cumule actuellement une ardoise de plus de 320 milliards d’euros…

Pour Sofia Sakorafa, porteuse du projet d’audit depuis 2011 et désormais responsable des relations de la « commission vérité » avec le parlement européen et les parlements nationaux, l’intérêt de ce travail n’est pas seulement de fournir des arguments à une future restructuration du fardeau de la dette. Il est aussi de modifier le rapport des Grecs à leur administration : « Poser la question de la dette, c’est faire œuvre de transparence sur la gestion de l’argent public », estime la députée européenne qui rappelle combien les jeux Olympiques, en 2004, avaient déjà sacrément alourdi les dépenses de l’État. « Le budget des JO annoncé au départ était de 2,5 milliards d’euros… Il a été de 10,5 milliards au final ! » Décortiquer la dette, explique-t-elle, va permettre de mettre en évidence les nombreux dessous-de-table partis à l’occasion de ces JO, ou encore les juteux contrats signés avec l’entreprise allemande Siemens dans les années 2000. Il va aussi permettre de déterminer la part du budget militaire dans l’envolée des dépenses publiques. En 2010, rappelle l’élue Syriza, lorsque le gouvernement grec signe le premier mémorandum d’austérité, deux pays s’assurent que leurs contrats seront bien honorés malgré le tournant de la rigueur : la France (vente d’hélicoptères) et l’Allemagne (vente de sous-marins).

Autant d’éléments qui, s’ils ressortent clairement des travaux de la commission d’audit, permettront de regarder d’un autre œil l’histoire de ces cinq dernières années… « Il ne s’agit pas seulement de se dire la vérité à nous, les Grecs. Il s’agit de dire la vérité aussi aux Européens sur la réalité de ce qui s’est passé. Sous quelles conditions avons-nous signé les mémorandums d’austérité, que demandaient alors précisément les institutions européennes et le FMI quand ils nous prêtaient de l’argent… ? Personne ne nous a prêté des millions par altruisme. Tous les créanciers en ont tiré profit. » L’Allemagne a ainsi déjà tiré des sommes colossales de l’argent prêté à la Grèce. Les estimations varient, mais d’après le Rheinische Post qui reprenait en mars une déclaration du ministre allemand des finances à ce sujet, Berlin aurait déjà touché 360 millions d’euros en taux d’intérêt depuis 2010.

Lire la suite

1 million de signatures contre TAFTA à la poubelle.

5 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales, #Le grand banditisme, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La France, #La nation .

1 million de signatures contre TAFTA à la poubelle

7 décembre 2014

7 décembre 2014

1 million de signatures contre TAFTA à la poubelle

Non, ce n’est pas Legorafi. La Commission Européenne a invalidé l’initiative citoyenne de « Stop TTIP » contre TAFTA qui vient de dépasser le million de signatures. Plus de 320 organisations de la société civile européenne se sont regroupées afin de s’opposer avec fermeté aux traités entre l’UE et les États-Unis (TAFTA / TTIP) mais aussi entre l’UE et le Canada (CETA). Ces millions de voix ne seront malheureusement pas entendues…

2 mois, 1 million d’engagements

C’est du jamais vu. Il n’aura fallu que 60 jours pour rassembler le million de signatures nécessaire pour qu’une initiative citoyenne européenne soit prise en compte par la Commission Européenne.

En effet, selon les règles européennes, une « ICE » (initiative citoyenne européenne) doit recueillir un million de soutiens pour orienter la politique de la Commission sur un sujet déterminé. En théorie, une audition publique devrait être organisée au Parlement Européen. C’était sans compter sur la décision de la Commission aux relents antidémocratiques.

1 million de signatures contre TAFTA à la poubelle.

Refus catégorique de la Commission

Les négociations commerciales sont devenues une priorité pour l’exécutif européen qui vient d’opposer une fin de non-recevoir envers la pétition. Pour le million de personnes impliquées, le statut d’initiative citoyenne européenne s’est vu refusé d’une manière unilatérale. Le pouvoir estime que ces initiatives citoyennes sont prévues pour instaurer de nouvelles lois, pas pour contester un texte en cours de législation. En d’autres termes, la contestation n’est pas autorisée. L’association Stop TTIP a immédiatement saisi la Cour de justice européenne.

Un tel mouvement de masse démontre qu’il existe une véritable inquiétude citoyenne au sein de l’Union Européenne concernant ces accords transatlantiques. Selon ces centaines d’associations, les accords représentent un véritable danger pour la démocratie. Nous aurions là le terreau d’une « corporacratie » (si tant est qu’elle n’existe pas déjà), un système de plus en plus gouverné par les multinationales.

1 million de signatures contre TAFTA à la poubelle.

Au prochain virage, la « World Company » ?

Parmi les grands dangers dénoncés par Stop TTIP, il y a cette mise en place de tribunaux d’arbitrages qui offriront la possibilité aux entreprises de contester des décisions gouvernementales. Toute décision collective qui entraverait le libre marché transatlantique serait susceptible d’être punie. Par exemple, si la France estime qu’il faut interdire un conservateur déterminé afin de protéger la population d’un risque sanitaire donné et que cette interdiction engendre une perte pour une multinationale, cette entreprise pourrait poursuivre l’état et exiger des dommages et intérêts.

Il s’agit là d’un pouvoir inédit dans l’histoire de l’Humanité qui serait offert aux grandes entreprises. Une menace directe contre toutes formes de démocraties. L’idée même de prendre des décisions démocratiques au nom de l’environnement contre une industrie serait implicitement compromise. Allons-nous laisser la démocratie mourir sous une salve d’applaudissements ?

Lire la suite

Portugal : l’euro m’a tuer !

5 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #L'Espagne., #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales

Portugal : l’euro m’a tuer !

 
 
 

Il est rébarbatif d’analyser les agrégats monétaires des pays de la zone euro car les données fiables ne sont généralement pas faciles à trouver et elles ne sont pas téléchargeables.
Ainsi par exemple, une recherche (de ces données) sur le site de la Banque (centrale) du Portugal ne donne aucun résultat mais la même recherche sur Google fournit la page de la Banque du Portugal où ont été publiés les derniers chiffres recherchés, sans avoir la possibilité de télécharger les séries longues.

Manifestement, personne en Europe ne s’intéresse au monétarisme qui est ainsi totalement inconnu, y compris de la part des autorités monétaires ! … ce qui est un très grand tort car c’est à partir de ces données que l’on peut voir la partie immergée des icebergs.

D’après ces données, il apparait que l’économie du Portugal est au plus mal avec un agrégat monétaire M3-M2 par rapport au PIB annuel (en pourcentage) inférieur à 2 % et en baisse!

Portugal M1 %GDP M2-M1 % GDP M3-M2 % GDP M3-M2 M3
déc-13 28,79 53,25 2,22 3,9 147,8
déc-14 31,23 50,79 1,6 2,8 146,2
janv-15 32,26 49,76 1,54 2,7 146,1
févr-15 31,8 49,87 1,49 2,6 145,4

Sommes en milliards d’euros.

… ce qui signifie que globalement les entreprises portugaises n’ont pratiquement plus de trésorerie : 2,6 milliards d’euros seulement ! … car elles ne peuvent plus faire de bénéfices à cause de l’euro trop fort compte tenu du niveau de productivité globale du Portugal.

C’est plusse pire en Grèce avec un rapport de 0,5 %, c’est moinsse pire en Italie avec 1,6 %mais à un niveau très faible, inférieur à 2 %, la situation est de toute façon désespérée.

Comme l’a dit Yanis Varoufakis, tout le monde, c’est-à-dire la nomenklatura euro-zonarde, sait que le problème essentiel de la Grèce n’est pas celui d’un manque de liquidités de l’Etat pour payer ses dettes à court terme, mais qu’elle sera de toute façon dans l’impossibilité de rembourser ses dettes, publiques et de ses banques, c’est-à-dire que la Grèce aurait dû quitter l’euro depuis longtemps (au moins depuis le mois de mai 2010, lors du krach éclair) au lieu d’accepter des plans dits de sauvetage qui ne font qu’aggraver la crise.

Après le Grexit, ce sont les dominos des autres cochons de pays du Club Med (et d’autres) qui tomberont, ceux qui ont un rapport M3-M2 par rapport au PIB très bas, létal, inférieur à 2 %.

Bien entendu, cette chute de dominos provoquera de très fortes turbulences dans le monde entier.
Pour éviter ces turbulences, la nomenklatura euro-zonarde fera tout pour maintenir en survie des pays insolvables, ce qui ne fera qu’aggraver la crise dans la vieille Europe continentale.
Tout est simple.

Cliquer ici pour voir la page de la Banque du Portugal où ont été publiés les derniers chiffres des agrégats monétaires du Portugal.

Lire la suite

GRÈCE: l’euro, la souveraineté, et l’État comme enjeux de la stratégie de la gauche

5 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #La France, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée, #Les transnationales, #La mondialisation, #Le grand banditisme

Publié par Michel El Diablo

 

Panagiotis Sotiris

Panagiotis Sotiris

Version complète de l’intervention de Panagiotis Sotiris au débat organisé par le collectif Penser l’émancipation le 2 Avril 2015 à l’EHESS en présence de Fréderic Lordon

 

L’arrivée de SYRIZA au pouvoir, c'est-à-dire la première fois qu'un parti de la Gauche non social-démocrate arrive au pouvoir dans un gouvernement où la Gauche ne représente pas l’aille minoritaire d’une coalition est, de toute façon, un événement historique, l’ouverture d’une nouvelle phase historique, un message d’espoir tout à fait indispensable pour toutes les classes subalternes en Europe!

 

Cette avancée fut le résultat d’une séquence historique sans précédent. Nous avons eu à traverser la crise la plus profonde d’un modèle de croissance et de développement qui manifeste les contradictions insurmontables de la version européenne de néolibéralisme et de l’euro comme monnaie unique : une combinaison de dette incontrôlable, de perte de compétitivité, d’érosion constante de la base productive, d’un consumérisme autodestructeur basé sur l’hausse brutale du niveau d’endettement privé.

 

Non, la crise de 2009 en Grèce n’était pas l’échec de la version « périphérique » du « projet euro », c’était son « succès », c’était sa « vérité ». Le réponse Européenne à cette crise profonde du néolibéralisme européen a été de transformer la Grèce en terrain de la plus grande expérimentation sur la possibilité d’imposer, de manière extrêmement violente, un régime d’accumulation capitaliste basé sur l’élimination de tous les acquis sociaux et de tous les droits syndicaux, sur la dérégulation totale du marché de travail, sur la privatisation complète de l’infrastructure social, des ressources naturelles et de l’espace public, et sur une ponction considérable des revenus vers le capital financier. Cette réponse a aussi été un terrain d’essai de la post-démocratie autoritaire européenne, en particulier dans le cas du premier coup d’état postmoderne Européen qu’a représenté le gouvernement Papadémos, l’ex chef de la Banque de Grèce.[1]

 

Le résultat fut un désastre sociale qui ne peut être comparé qu’avec les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale : Une diminution de PNB de presque 25%, un taux de chômage qui en fin de 2013 était à 27% et qui dépasse aujourd’hui encore les 25%, une fuite massive de jeunes diplômé(e)s face à une taux de chômage pour la jeunesse qui est resté à plus de 50%, une détérioration de tous les indices de santé publique.

 

Mais le séisme électoral Grec n’est pas seulement la conséquence d’une crise sociale. L’aspect surdéterminant fut une séquence presque insurrectionnelle de luttes sociales, incluant des formes originales de protestation politique comme les rassemblements dans les Places, qui a crée de nouvelles formes d’unité entre les classes subalternes, a donné un sens antagoniste et radical au peuple comme sujet collectif de résistance, a rendu tangible la possibilité d’un nouveau « bloc historique » des forces du travail, de la culture, et du savoir. C’est cette séquence exceptionnelle qui peut expliquer de l’intensité de la crise d’hégémonie et de l’amplitude des déplacements des rapports de représentation et de ce décalage impressionnant entre le système politique et les aspirations de classes subalternes. C’est ici qu’one peut trouver les racines de la victoire de la Gauche grecque.

 

Mais cet espoir est maintenant menacé par la perspective d’une défaite humiliante, qui sera un message de désespoir. On observe chaque jour de nouvelles formes d’extorsion cynique du gouvernement grec, sous la menace d’une asphyxie fiscale, à cause de la dépendance de la Grèce vis-à-vis des injections de crédit et de liquidité, mais aussi à cause du coût énorme des dettes déjà accumulées envers l’UE et le FMI. On observe les réquisitions d’une partie des autres membres de l’UE pour imposer de nouvelles mesures d’austérité et « reformes  structurelles », c’est-à-dire de restructuration capitaliste et néolibérale. On ne peut pas non plus ignorer le calcul politique consistant à assurer une capitulation de gouvernement grec, une défaite visant à « envoyer le message » qu’il est impossible d’échapper à l’« état d’exception permanent » néolibéral, qui est devenu la norme européenne.

 

Si cette défaite a lieu, elle sera le résultat d’une incapacité du part de la Gauche grecque, et en particulier du groupe dirigeant de SYRIZA, de se confronter à la question de pouvoir et de la souveraineté au niveau national, au niveau international et en particulier à l’intersection du niveau national et du niveau international.

 

Je voudrais insister sur le fait que tous ces développements importants n’ont pas été accompagnés d’un débat sérieux sur la question de l’État et sur la question de ce qu’il faudrait « faire » du cadre international dans lequel se trouve le nouveau gouvernement grec.

 

En ce qui concerne la situation internationale vous connaissez bien la situation. Le gouvernement grec est la cible d’une attaque extrême de la part de l’Union Européenne. À l’issue d’une élection où l’électorat avait rejeté, tout simplement, l’austérité et les reformes néolibérales, les institutions de l’Union Européenne essaient d’étouffer financièrement la société grecque dans le but de continuer la même politique. Les institutions européennes utilisent la dépendance budgétaire de la Grèce, qui ne peut continuer à financer les services publics, les salaires et les retraites, payer sa dette envers le FMI et la BCE, sans utiliser des fonds européens et en particulier les injections de liquidité de la part de la BCE. Le but des « institutions » est de faire la preuve qu’aucun pays ne peut échapper à la politique d’austérité et de l’obsession néolibérale dictée par l’Union Européenne. Ce que les représentants de l’Union Européenne veulent notamment imposer ce n’est pas seulement une adhésion aux politiques néolibérales ou sociales-libérales mais, plutôt, la mise en place d’une forme de surveillance disciplinaire constante, un processus d’évaluation, avec de critères ultralibéraux, de tous les choix politiques du gouvernement grec, avec l’autorisation de bloquer les mesures qu’ils considèrent comme une violation de l’orthodoxie néolibérale. C’est exactement cette version de souveraineté réduite et limitée que les institutions Européennes veulent imposer au nouveau gouvernement. L’aspect important ne concerne par les mesures particulières mais le mécanisme d’imposition, à perpétuité, des politiques néolibérales.

 

C’est exactement avec ce mécanisme pervers d’une combinaison entre une forme de souveraineté cédée et limitée, en particulier en ce qui concerne les politiques sociales, et l’imposition d’un régime des échanges inégale, qui trouve son manifestation plus agressive dans la négation de la souveraineté monétaire, que l’Union Européenne est devenue l’exemple le plus agressif de l’expérimentation non seulement avec les politiques économiques néolibérales, mais aussi la plus avancée version d’une post-démocratie disciplinaire et autoritaire.

 

L’évolution de formes de gouvernance Européenne représente une vaste expérimentation de cette forme de souveraineté limitée, de cette nouvelle forme de surveillance et de l’imposition violente d’un modèle social ultralibéral. L’Union Européenne accompagnée par le FMI a été prête à verser des centaines des milliards d’euros à condition que la Grèce applique des « réformes », c’est-à-dire la destruction de toute l’infrastructure sociale, et le changement violent du rapport de forces en faveur du patronat et des forces de capital. C’est exactement cela qui est en cours aujourd'hui, dans la négociation du gouvernement Grecque avec les « Institutions », c’est-à-dire l’infâme Troïka. Cette pratique prédatrice de l’Union Européenne n’est pas du ressort de l’exception. Comme « état d’exception permanente » c’est le fonctionnement « normal » de l’Europe. En ce sens on peut parler, comme Cédric Durand et Razmig Keucheyan, d’un « césarisme bureaucratique », « un césarisme non pas militaire, mais financier et bureaucratique »[2], qui représente la « crise organique » des stratégies bourgeoises et de la construction européenne, pour la simple raison que la stratégie bourgeoise néolibérale n’a jamais abouti à construire un « bloc historique ». Il est également intéressant de souligner l’observation de Durand et Keucheyan sur le fait que l’hégémonie contemporaine de la finance représente exactement ce « pseudo-bloc historique ». Quand les marchés deviennent la forme dominante des rapports et de cohésion au niveau Européen, le bureaucratisme autoritaire et punitif devient la seule forme de gouvernance possible.

 

Ce processus est autoritaire et antidémocratique de façon profonde et fondamentale. La déclaration de Jean-Claude Juncker selon laquelle « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[3] est une manifestation de ce cynisme anti-démocratique enraciné dans le tissu institutionnel du processus d’Intégration Européenne.

 

La démocratie ce n’est pas la « deliberation », ni la « consultation », ni la « négociation », ni les « groupes de pression » et le « lobbying » obstiné (30.000 employé(e)s de la Commission Européenne et 30.000 « lobbyists » à Bruxelles), qui sont les aspects supposés « démocratiques » de la construction européenne. La démocratie signifie la capacité d’une volonté collective des classes subalternes d’imposer leurs exigences politiques et sociales. Cette possibilité est récusée dans le cadre Européen.

 

L’Europe ‘intégrée’ ne peut pas être démocratique et le retour de la démocratie en Europe nécessite la rupture avec le processus d’intégration européenne.

 

La rupture avec cette normalité Européenne, la rupture avec l’architecture monétaire, financière et institutionnelle de la zone euro et la désobéissance aux traités Européens deviennent aujourd’hui la condition nécessaire pour une sortie progressive et démocratique de la crise et pour l’ouverture de nouvelles voies socialistes en Europe. Et pour prendre l’exemple de l’euro : la sortie de la zone euro n’est pas une question technique ou un choix entre options monétaires. L’avantage d’un retour à la monnaie nationale n’est pas seulement la protection contre le dumping social généralisé et l’inégalité structurale de la zone-euro. C’est d'abord la récupération d’un contrôle démocratique sur la politique économique et sociale et la libération nécessaire de toutes les contraintes et les formes d’intervention inscrites dans le cadre des traités européens et des régulations concernant la gouvernance économique européenne.

 

En ce sens, il faut dire qu’aujourd’hui la question de la souveraineté devient un enjeu de classe, une question autour de laquelle se condensent les stratégies antagonistes de classe. On a besoin d’une souveraineté démocratique et populaire, en tant que récupération d’un contrôle démocratique et sociale contre la violence systémique du capital internationalisé. On connaît bien les problèmes associés à la notion de souveraineté, en particulier dans son association avec le nationalisme, le racisme, le colonialisme. Je peux comprendre les craintes d’une confusion entre une démarche et une revendication démocratiques et les problèmes, par exemple, avec le rapport en France entre une forme de souveraineté républicaine et le colonialisme et aussi le racisme actuel de l’État Français. Mais on parle d’une souveraineté fondée sur une alliance sociale différente de celle du « souverainisme » bourgeois: on parle d’une alliance des forces populaires, une alliance basée sur la condition commune des classes subalternes, sur la solidarité et la lutte commune. Comme Fréderic Lordon le soulignait : « Démocratie, souveraineté populaire : une seule et même idée, qui est celle de la maîtrise par une communauté de son propre destin ».[4]

 

En ce sens la récupération de souveraineté est la condition d'un changement profond dans le rapport de forces, et représente cet effort collectif et émancipateur vers une autre voie, une autre narration pour une société basée sur une hégémonie potentielle des classes travailleuses.

 

Et le nationalisme ? Qu’est-ce qu’on peut faire avec le nationalisme et l’identification historique entre la souveraineté dans le cadre de l’État-nation moderne et le nationalisme ? Je voudrais insister qu’on peut avoir une conception politique ou plutôt politiquement performative de la nation. En ce sens, la nation n’est pas la « communauté imaginaire du ‘sang commun’ » c’est l’unité dans la lutte de classes subalternes, l’unité de tous et toutes qui partagent les mêmes problèmes, la même misère, le même espoir, les mêmes luttes. La nation n’est pas l’origine commune, c’est la situation et la perspective communes. Fréderic Lordon nous offre une description suffisamment provocatrice de cette conception transformée et émancipatrice de la nation, de ce qu’il appelle le nouveau paysage de la nation :

 

« Car voilà le nouveau paysage de la nationalité : Bernard Arnault ? Pas français. Cahuzac ? Pas français. Johnny et Depardieu qui se baladent dans le monde comme dans un self-service à passeports ? Pas français. Les Mamadou et les Mohammed qui triment dans des ateliers à sueur, font les boulots que personne d’autre ne veut faire, et payent leurs impôts sont mille fois plus français que cette race des seigneurs. Le sang bleu évadé fiscal, dehors ! Passeport et bienvenue à tous les basanés installés sur le territoire, qui, eux contribuent deux fois, par leur travail et par leurs impôts, à la vie collective, double contribution qui donne son unique critère à l’appartenance de ce qui, oui !, continue de s’appeler une nation »[5]

 

Je crois qu’on a ici la possibilité de repenser les questions dites de l’ « identité » et aussi une réponse au racisme institutionnalisé des États Européens.

 

Et permettez-moi d’ajouter ici que cette position se réfère d’abord à une récupération réelle de la souveraineté et une rupture avec la « construction européenne ». Elle n’a rien à faire avec le retour d’un discours ou d’une esthétique plus « patriotique », adopté par le gouvernement grec comme un contre-pied au compromis faits au niveau européen...

 

Et ca nous pose la question de l’internationalisme. Je voudrais souligner que un des problèmes les plus importants, un des signes de la crise profonde de la Gauche Européenne c’est l’acceptation fataliste de l’Intégration Européenne. L’acceptation fataliste du processus d’Intégration Européenne comme inévitable, est, en réalité, un signe de défaite face à l’offensive néolibérale. Les accusations de social-chauvinisme à toutes celles et tous ceux qui insistent sur la rupture avec le projet Européen, la stigmatisation de toute défense de la souveraineté populaire comme une attitude « nationaliste », la diabolisation du rejet de l’euro comme monnaie unique, tous pointent dans la même direction : une confusion entre l’internationalisme ouvrier ou populaire et le nationalisme du capital.

 

L’Intégration Européenne n’est pas la forme perverse d’un cosmopolitisme ou internationalisme, c’est le nationalisme actuel du capital. L’euro c’est le nationalisme de Capital, la récupération de la souveraineté monétaire est une forme d’internationalisme populaire.

 

Et ce n’est pas par hasard que l’Union Européenne, tandis qu’elle attaque toutes les formes de souveraineté qui peuvent êtres essentielles à la défense des acquis sociaux, des droits syndicaux et des services publiques, peut en même temps s’accommoder de toutes les formes de nationalisme, de l’exclusion massive et meurtrière des refugié(e)s et des migrant(e)s, de toutes les formes de discriminations au niveau national.

 

Dans l’Union Européenne le problème n’est pas le ‘défi démocratique’ c’est le vide démocratique. Le ‘fédéralisme autoritaire’ sans légitimité démocratique, ce constitutionalisme néolibéral sans aucune forme de pouvoir constituant distinct des intérêts du patronat. 

 

On sait qu’il y a des partisans même dans la gauche radicale d’une forme de fédéralisme démocratique. Toni Negri et Raúl Sánchez Cedillo ont lancé un appel il y a quelques semaines, dans lequel ils reconnaissaient la perte de souveraineté dans le cadre Européen, et affirmait dès lors que la seule solution, c’était un fédéralisme démocratique qui transformerait l’Europe en un contre-pouvoir face à l'Atlantisme et au néolibéralisme.[6]D’ailleurs, le problème c’est que dès le début de ce processus d’intégration le fédéralisme représentait exactement la méfiance des élites économiques et politiques Européennes envers la souveraineté populaire. Comme Cédric Durand l'a souligné, c’était Hayek lui-même qui considérait le fédéralisme comme une restriction des formes d’intervention du part des couches populaires.

 

Alors, on a besoin de parler d’un nouvel internationalisme qui doit commencer par la rupture avec les de l’intégration européenne. Aujourd’hui être internationaliste signifie l’effort collectif pour rompre avec la construction Européenne, pour récupérer la souveraineté populaire, pour ouvrir une nouvelle voie basée sur la lutte et l’intelligence collective des classes subalternes. Ce processus de rupture, ce n’est pas le nationalisme ni le chauvinisme, c’est le retour de la démocratie en Europe, c’est la possibilité de repenser la coopération et la solidarité internationales en termes de bénéfice mutuels.

 

L’intégration transnationale capitaliste, dont l’UE est l’exemple le plus avancé au niveau global, n’exclut pas l’antagonisme politique et social, les confrontations politiques, les interventions impérialistes, la guerre. La contribution importante des théories marxistes classiques de l’impérialisme était l’insistance sur le fait que le comportement international des États est déterminé en dernière instance par les rapports sociaux au sein de chaque formation sociale. L’impérialisme, l’agression, l’antagonisme, sont des expressions des rapports capitalistes, en particulier dans des conjonctures de contre-offensive capitaliste. Alors la paix et la coopération sont dépendantes, en dernière instance, du rapport de force de classe et de la configuration sociale et politique dans chaque formation sociale. Chaque coup contre l’UE aujourd’hui, chaque « maillon »  qui rompt avec la chaîne, est une étape vers une Europe plus démocratique.

 

Mais tout dépend de la question de pouvoir, de la question de l’État. Dans la théorie et la politique marxistes il y a toujours eu une certaine ambivalence.

 

D’une part nous connaissons tous les références à la nécessité de la destruction de l’État, d’un processus de dépérissement de l’État, d’une conception de l’émancipation comme libération de l’État. C’est une rupture avec toute la tradition de la philosophie politique de la Modernité, dans la quelle c’est toujours l’État qui garantit la société juste et rationnelle.

 

D’autre part aussi dans la tradition marxiste, on trouve l’importance du pouvoir étatique pour commencer un processus de changement social, d’un pouvoir même despotique comme soulignait Marx dans le Manifeste où il parlait d’une « une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production », de la nécessité d’utiliser la « suprématie politique » du prolétariat pour « pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'Etat », même s’il définissait l’État comme « le prolétariat organisé en classe dominante ».[7]

 

Comme solution à cette bifurcation entre un antiétatisme profond et la nécessité d’utiliser le pouvoir étatique, c’était Marx lui-même qui insistait que « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l'appareil d'État et de le faire fonctionner pour son propre compte ». Étienne Balibar avait souligné cette phrase comme une forme de rectification du Manifeste et comme indicatrice de la nécessité d’une nouvelle pratique de la politique.

 

Aujourd’hui nous sommes face à une transformation profonde, une mutation des formes étatiques dans le capitalisme contemporain. Malgré le discours « antiétatique » du néolibéralisme et les politiques de privatisation et de dérégulation, l’échelle des formes d’interventions étatiques ont augmenté. L’émergence de nouveaux marchés en particulier dans l’énergie, les infrastructures, et les services publics comme l’éducation ou la santé s'est accompagnée de nouvelles agences de régulation, d’accréditation, de ‘concurrence’ régulée, de revenus garantis pour le entreprises privés. Dans le même temps, on a pu observer l'ascension impressionnante des appareils d’État répressifs, avec la création d’une État parallèle de surveillance et des « opérations noires » antiterroristes. Mais le changement le plus profond fut l’internalisation de stratégies capitalistes dans le tissu institutionnel de l’État, déjà entrevue par Poulantzas, comme élément d'une tendance générale au déplacement d'hégémonie du législatif vers l’exécutif, qui est l’aspect principal de ce que Poulantzas lui-même avait désigné comme « étatisme autoritaire ».[8] Il en résulte un renforcement des centres de décision contre toutes formes d’intervention des mouvements populaires. Le processus d’Intégration Européenne peut être considéré comme un point haut de cette tendance. La bureaucratie de la Commission Européenne, avec ses pouvoirs de surveillance, de blocage, de veto, de négation de financement, et d’intervention, ses relations avec des centres autonomes au sein des États-membres, comme dans le cas de Banques Centrales autonomes ou des « Autorités indépendantes », représente exactement cette tendance.

 

Par conséquent, il impossible de simplement utiliser l’État, les appareils d’État existants, comme un instrument neutre. L’affirmation que l’État n’est pas un instrument mais une condensation matérielle d’un rapport de forces entre les classes (Poulantzas) ne signifie pas qu’un simple changement de rapport de forces électoraux peut changer le rôle et la fonction des Appareils de l’État. On peut aussi décrire l’État comme une condensation et une matérialisation des stratégies de classes. En ce sens, on peut dire que, dans le cas d’un gouvernement d’un Parti qui n’est pas un « parti d’État », un parti systémique, il peut exister (et c'est le plus probable) une contradiction et un antagonisme entre la volonté politique et sa capacité d’imposer des choix d'une part, et d'autre part la stratégie inscrite au sein des Appareils de l’État. On en a vu la forme la plus agressive dans le cas du gouvernement Allende. Mais on a aussi vu la possibilité d’un « coup d’état » plus lent, et plus silencieux qui jour par jour mène aux reculs et aux compromis.

 

Presque 40 ans sont passés depuis le dernier débat sérieux sur la stratégie de la Gauche face à l’État et le pouvoir gouvernemental. Dans les années 1970, avec l’optimisme suscité par des gouvernements de Gauche comme première étape d’une voie démocratique pour le socialisme, ce débat était important, même s'il fut incomplet et inachevé.[9] Et c’était Althusser en cette époque là qu’insistait sur la l’excès de force que détient la classe dominante.

 

La résultante relativement stable (et reproduite dans la stabilité par l’État) de cet affrontement de forces (rapport de force est une notion comptable car statique) est effectivement que ce qui compte, c’est l’excès de force conflictuel, réel ou potentiel, qui constitue l’énergie A, laquelle va être transformée en pouvoir par la machine d’État : transformée en droit, en lois, et en normes.[10]

 

Et on peut ajouter : en obstacles réels contre tout effort pour une politique radicale.

 

Par conséquent, la question de la transformation de l’État par rapport aux exigences de nouvelle forme de souveraineté populaire ne peut pas être conçue comme une « démocratisation » de l’État actuel, comme disait Althusser, « ce n’est pas ajouter l’adjectif « démocratique » à chaque appareil d’État existant ».[11] Cette transformation doit être conçue comme le résultat d’un « processus constituant » au delà de l’acquis institutionnel des classes dominantes. Avec de nouvelles formes de participation démocratique à tous les niveaux, avec l’introduction des nouvelles formes de contrôle social, avec la reconnaissance des pratiques d’autogestion, avec l’imposition des limites aux droits de propriété, avec des nouvelles formes de contrôle démocratique et de transparence en ce qui concerne les appareils répressifs.

 

Et c’est pourquoi on peut dire qu’un des problèmes avec le gouvernement de SYRIZA c’est exactement cette manque de volonté d’initier un processus de transformation institutionnelle. Par contre, ce qu’on peut observer c’est l’acceptation, comme limite absolu, de la légalité actuelle, y comprise la légalité européenne, et le recyclage des cadres venant des partis systémiques et en particulier du PASOK.

 

Tandis que cette transformation profonde du tissu institutionnel de l’État est tout-à-fait indispensable, en même temps, elle ne suffit pas. Face à l’excès de force des classes dominantes déjà inscrite dans la matérialité de l’État contemporain, on a besoin d’un excès de force des classes subalternes. L’existence de mouvements autonomes et radicaux, le refus de tout « étatisation » des mouvements, l’expansion des formes autonomes d’organisation populaire et des « contre-institutions » de (contre)pouvoir populaire, sont plus nécessaires face à un gouvernement de Gauche, même si, comme signalait Poulantzas, cela signifie aussi une « tension irréductible entre les partis ouvriers et les mouvements sociaux » comme une « condition nécessaire de la dynamique d’une transition au socialisme démocratique ».[12] Althusser, en 1978, dans une interview à Rossana Rossanda, en se référant au grand débat au sein de la gauche communiste européenne sur le thème d’un gouvernement potentiel de la gauche, soulignait que « le fait que la lutte des classes (bourgeoise et prolétarienne) a l’État pour enjeu (hic et nunc) ne signifie nullement que la politique doive se définir par rapport à l’État ».[13] C’est exactement cette nouvelle pratique de la politique, dont parla Althusser, qui reste jusqu’à nos jours un des plus grandes enjeux pour la gauche. On peut aussi la formuler comme la question de quelle pratique de la politique pour une nouvelle forme de souveraineté populaire, et aussi la question d’une nouvelle relation entre partis de gauche et l’État, ce qu'Althusser désignait comme la thèse que même si les partis de la gauche arrivent au pouvoir gouvernemental, ils ne peuvent pas être de « partis de gouvernement tout court », [14]mais doivent avoir une « toute autre ‘pratique politique’ »[15] que les partis bourgeois.

 

C’est exactement cette nouvelle pratique de la politique avec un programme de ruptures, une conception radicale de la souveraineté populaire et aussi le déclenchement des expérimentations avec un nouveau paradigme de croissance (ou de « dé-croissance ») basé sur les expériences des luttes collectives et l’intelligence collective, combiné avec des formes de politisation de masse, d’une nouvelle intellectualité politique de masses, qui peut transformer les dynamiques actuelles et les alliances des classes en un nouveau « bloc historique ».[16]

 

Est-ce que j'ai fait ce détour théorique seulement pour démontrer l’impossibilité d'un changement en Grèce ou l’incapacité de SYRIZA à diriger, dans le sens que Gramsci donnait à ce terme, un processus de formation d'un nouveau  « bloc historique » ? Non ! J'ai parlé au nom de la possibilité ouverte par un mouvement sans précédent, au nom du potentiel de transformer la Grèce en premier « maillon faible » de l’Union Européenne, au nom de la potentialité d’une autre voie, d’un autre paradigme pour la société grecque. Avec une stratégie de ruptures avec la dette, l’euro, l’UE. Avec un mouvement fort et militant. Avec une dialectique entre gouvernement et mobilisation populaire. Pour éviter la défaite et l’humiliation. Pour donner un exemple nécessaire pour tous les mouvements en Europe et créer, pour utiliser de terminologie spinozienne, de nouvelles notions communes de lutte effective.

 

J’ai commencé cette présentation en parlant de l’espoir. On sait que pour Spinoza l’espoir et le peur ne peuvent pas être per se des bons affects.[17] Peut-être est-ce la voie qu’on doit suivre. Au-delà de l’espoir comme investissement sur la possibilité d’avoir des résultats concrets en faisant simplement appel aux exigences morales face au cynisme des élites européennes. Mais aussi au delà de la peur que la rupture soit impossible et irrationnelle. Avec la fortitude, la fermeté et la générosité,[18] la rationalité et l’intelligence d’un peuple en lutte pour créer un nouveau futur !

 

*******

 

[1]Sur le concept de la post-démocratie voir Colin Crouch, Post-Democracy, Londres : Polity, 2004.
[2]Cédric Durand et Razmig Keucheyam, ‘Un césarisme bureaucratique’, dans Cédric Durand (dir.), En finir avec l’Europe, Paris : La fabrique, 2013.
[4]Frédéric Lordon, ‘Ce que l’extrême droite ne nous prendra pas’, 2013, http://blog.mondediplo.net/2013-07-08-Ce-que-l-extreme-droite-ne-nous-prendra-pas
 
[5]Ibid.
[6]Antonio Negri et Raúl Sánchez Cedillo, ‘The new left in Europe needs to be radical - and European’,http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/feb/27/new-left-europe-greece-democratic-capitalism-nato.
[7]Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du Parti communiste, https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm
[8]Nicos Poulantzas, L'État, le pouvoir, le socialisme, Paris, PUF, 1978.
[9]Sur ce débat voir Giorgos Kalampokas, Tassos Betzelos et Panagiotis Sotiris, ‘State, Political Power and Revolution: Althusser, Poulantzas, Balibar and the “Debate on the State”, présentation au Congrés Historical Materialism London, Novembre 2013.https://www.academia.edu/5106893/State_political_power_and_revolution_Althusser_Poulantzas_Balibar_and_the_Debate_on_the_State_%CE%97%CE%9C_2013_paper_
[10]Louis Althusser, Écrits philosophiques et politiques, Paris : Stock/IMEC, 1995, p. 468.
[11]Louis Althusser, 22ème congrès, Paris: Maspero, 1977, p. 54.
[12]Nicos Poulantzas, Repères, Paris: Maspero / Dialectiques, p. 177.
[13]Louis Althusser, Solitude de Machiavel, Paris, PUF, 1998, p. 287.
[14]Louis Althusser, Sur la reproduction, Paris, PUF, 1995, p. 261.
[15]Ibid, p. 262
[16]Sur la notion gramscienne du “bloc historique”, voir Panagiotis Sotiris, « Gramsci et la stratégie de la gauche contemporaine : le «bloc historique comme concept stratégique » », Période, http://revueperiode.net/gramsci-et-la-strategie-de-la-gauche-contemporaine-le-bloc-historique-comme-concept-strategique/.
[17]Ethique, IVp47.
[18]Ethique, Vp41 et 41s.

 

SOURCE:

Lire la suite