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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la mondialisation tag

La terre trop promise: Israël, du camp de concentration de Gaza en Palestine, par Christian Sebenne.

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine, #La mondialisation, #AMERIQUE

Avertissement

Je publie textes et communiqués émanant d'auteurs et d'organisations diverses.Ces publications ne signifient pas que je partage toujours totalement les points de vue exprimés.

Lucien Pons

Christian Sébenne
Lundi 23 Mars 2015
 
La terre trop promise - Israël, du camp de concentration de Gaza en Palestine
La terre trop promise        
Israël, du camp de concentration de Gaza en Palestine                       
 Netanyahou… amère victoire, serait-ce : « tel est pris qui croyait prendre »
En Israël, si la récente victoire aux élections de Benjamin Netanyahu comble de joie les purs et durs du régime sioniste, il n’en va pas de même, non seulement pour les Palestiniens, tant pour le monde qui semble rythmé au son des échos distillés par les médias dominant qui, inlassablement depuis 1947, vantent les “droits labellisés“ d’un peuple dont la terre de Canaan lui aurait été promise, or, diverses vérités sur le sionisme doivent être dites au détriment de “La voix de son Maître . Le livre sans concession  « Palestine, Le Calvaire d’un Peuple » du Professeur Chems Eddine Chitour nous interpelle.
Que n’a t-on assené depuis des lustres sur ce qui devait-être la panacée à apporter la paix et la stabilité à un peuple dont l’histoire fut marquée par des pérégrinations qui, selon son mythe fondateur, « l’État d’Israël serait l’incarnation de la vocation à “sauver les Juifs“, à être un foyer d’accueil pour les rescapés du Génocide et le seul havre de sécurité pour les Juifs persécutés du monde entier. Selon la Déclaration d’Indépendance d’Israël du 14 mai 1948, “La Shoah qui anéantit des millions de Juifs en Europe, démontra à nouveau l’urgence de remédier à l’absence d’une patrie juive par le rétablissement de l’État juif dans le pays qui ouvrirait ses portes à tous les Juifs“. C’est, encore aujourd’hui, l’élément essentiel de la propagande israélienne ». Pourtant …
Depuis l’élaboration du sionisme par Théodore Herzl et de ses rêves de fonder un Etat d’Israël autour de 1897, la grande étape de cette aventure en fut la Déclaration Balfour en 1917. Celle-ci étant le fruit de tractations qui concrétisait les remerciements de divers pays envers les Juifs, dont d’avoir trahi l’Allemagne… pays qui était un paradis pour ceux-ci. Ce fait d’importance au cours de ces périodes fut décortiqué par Benjamin H. Freedman de confession juive et l’industriel Henry Ford. Par la Déclaration Balfour l’Angleterre sans aucune légitimité s’arrogeait donc le droit d’attribuer au « peuple dit Juif » un pays, ce geste magnanime qui ne coutait rien à sa “Majesté“ leur attribuait la Palestine lieu revendiqué comme étant le berceau d’un peuple qui aurait été juif. Ceci se faisait au détriment des autochtones palestiniens “considérés comme des occupants d’un territoire sans droit ni titre“, de cette date a commencé le calvaire des Palestiniens.
À bien des égards, l’histoire des Etats-Unis calque à celle d’Israël, si l’une fut la conquête d’un Monde nouveau par le marrane Christophe Colomb donnant lieu au génocide total des peuples Indiens et de la spoliation de leurs terres, l’autre, aux propos sans équivoque de son leader Ben Gourion, verra la ruée de porteurs d’une idéologie sioniste en mal de conquêtes qui débouchera sur l’extermination du peuple Palestinien et le vol de toutes leurs terres. De mémoire, ces faits ne sont pas sans rimer avec ce que déclarait le chef indien Mahpiua Luta dit “Red Cloud“ du peuple Oglala Lakota : « "They made us many promises, more than I can remember, but they kept one; they promised to take our land, and they did." They even took our Mind ». « Ils nous firent beaucoup de promesses, plus que je ne puis m’en souvenir, mais ils en tinrent une, ils promirent de prendre notre terre, et ils le firent, (et, d’un autre d’ajouter), ils prirent même nos Esprits ».
Les juifs migraient sporadiquement vers la Palestine. Ce fait s’accéléra vers la fin du mandat britannique. Les juifs sionistes qui avaient acquis quelques terres dans la région usèrent du drame de la guerre de 1940/45, élément déclencheur qui donna aux sionistes le motif du “faire valoir“ la concrétisation de « la Déclaration Balfour », c’est donc par un “coup de force“ que les éléments sioniste de la Haganah, de la faction nazie du Bétar, du groupe Stern et d’autres en prirent le contrôle par un terrorisme ignoble et d’une barbarie égalant les pires atrocités nazis. Ceux-ci prirent en quelque sorte leur revanche contre l’Allemagne sur un pays qui ne leur avait rien fait, la Palestine.
Or, sans vouloir jeter l’anathème sur le silence qui entoure l’histoire oubliée des juifs nazis, cette conduite ignoble nous interpelle sur un fait méconnu de la période de la 2ème  guerre mondiale dont les séquelles perdurent est que, les sionistes ont collaboré activement avec l’Allemagne Nationale-Socialiste d’autant que par « l’Accord Havaara », Hitler a aidé à fonder Israël avec les sionistes en 1933. Par ailleurs, nous observons que 150.000 Juifs servaient dans l’armée du Reich nazi, et que des dizaines de milliers de juifs y étaient sous-officiers, officiers dont des généraux ainsi que deux Feld-maréchaux.
Sans lien de cause à effet apparent dans la chronologie historique à double flux, cette concrétisation se formalisera par l’élimination systématisée des Palestiniens qui n’avaient rien demandé et vivaient là en harmonie, usant du bien en « Bon Père de famille », ce, depuis des siècles. Ceux-ci se voyaient contraint à se défendre, de lutter à armes inégales contre un envahisseur prêt à tout pour s’installer contre sirocco, musulmans ou fedayin au nom d’une vision dédoublée apportant la parole du Talmud que consacrait un vœu bimillénaire, « l’an prochain à Jérusalem ».   
Le “coup de force“ des sionistes de 1947 ne fut qu’une suite d’attaques et d’exactions, de pillages, de villages rasés et de tueries dont le but était de semer la terreur, baignant dans un terrorisme aveugle, ignoble et horrible à l’encontre des autochtones sans défense mettant en déroute les populations palestiniennes qui n’avaient d’autre choix que de fuir ou étaient voués à l’exil. Le point culminant fut marqué par l’opération de propagande de l’Exodus, ceci forçait un peu plus la main du vote du plan de partage de la Palestine mandataire le 29 novembre 1947 par l’ONU qui mit fin au mandat britannique.
D’entrée de jeu, de part ses nombreuses déclarations, Ben Gourion et ses sicaires avaient déjà annoncé sans équivoque la couleur, il n’y avait aucune illusion à attendre sur les tenants et aboutissants de leur politique d’expansion et d’extermination des Palestiniens par les séides sionistes, dont ici quelques unes de leurs citations :
- Ben Gourion : «  "Si j'étais un leader Arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l'a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n'est pas le leur. » 

- Ben Gourion, discours de 1938 : « L'État devra préserver l'ordre non par le prêche mais par les mitrailleuses ». 
- Ben Gourion : (préfigurant le Grand Israël prévenait également en 1948) en assurant à  ses copains Sionistes que les palestiniens ne reviendraient jamais dans leurs maisons : « "Les vieux mourront et les jeunes oublieront."




"Nous devrions nous préparer à  lancer l’offensive. Notre but est d’écraser le Liban, la Transjordanie (Jordanie) et la Syrie. Le point faible c’est le Liban, car le régime musulman y est artificiel et il nous sera facile de le miner. 
Nous y établirons un Etat chrétien, puis nous écraserons la Légion Arabe, nous éliminerons la Transjordanie (Jordanie); la Syrie tombera entre nos mains. Nous bombardons alors et avancerons pour prendre Port-Saïd, Alexandrie et le Sinaï." »
- Joseph Weitz explicitait ce que signifiait pratiquement : « rendre la Palestine « juive » » Nous devons utiliser la terreur, l'assassinat, l'intimidation, la confiscation des terres et la suppression de tous les services sociaux pour débarrasser la Galilée de sa population arabe » (Rapport Koenig - Al Hamishar ( journal israélien ), 7septembre 1976. 
Partant de ces postulats, sous la coupe du terroriste Menahem Begin et de son mentor Ben Gourion, il est bien évident que pas un accord, pas un Traité avec l’autorité Palestinienne ne fut respecté, la procédure du viol, de l’expropriation, et des crimes de masses permanent instauré en ligne de conduite stratégique dont les massacres institutionnalisés furent le credo des caciques en place qui tous se fondèrent dans la ligne pure et dure sans déroger à la règle, jusqu’à Benjamin Netanyahu.
L’opération connue sous le nom de la guerre des six jours fut décrite par les medias comme ayant été une agression de l’Egypte sur Israël, ce qui ne fut nullement le cas. L’exposition tronquée de ce coup d’éclair mené par le Général Moshé Dayan permettait à Israël d’annexer de vastes territoires dont le plateau du Golan, préfigurant la guerre du Kippour de 1973. De là, Moshé Dayan se fera une spécialité que de détruire systématiquement toute trace, tout vestige archéologique prouvant l’antériorité des palestiniens en Canaan, rasant tous les villages y permutant à la place des implantations juives de peuplement, dont le témoignage fondé et poignant de l’israélien Shlomo Sand.
De cette épuration ethnique des Palestiniens n’étant qu’un génocide au ralenti, découle toute une foultitude de massacres plus ignobles les uns que les autres, signalons ceux-ci :
- La Nakba : massacres délibérés de civils désarmés et exode de plus de 750.000 personnes sans refuge menés par les groupes de l’Irgun de Menahem Begin et les militants sionistes. « Les Juifs leur ont dit de sortir, de se mettre en ligne et d’avancer. Et lorsqu’ils ont commencé à marcher, ils les ont mitraillés, » 
- Le massacre de rodage de Sabra et Chatila permettra aux israéliens de donner leur potentiel d’encadrement à ce massacre de masse (hommes, femmes, enfants, vieillards) dans l’indifférence générale, le Général Ariel Sharon était alors ministre de la Défense.
- Le massacre de Deir Yassin : lâchement, pendant que les populations dormaient, les milices du groupe Stern sont passés à l’action macabre, l’Irgoun attaqua le village par le côté Sud-Est, la milice Stern par le côté Est alors que la Haganah bombardait le village avec des obus de mortiers. Les sionistes “nettoyèrent“ tout ce qui bougeaient !
- Le massacre de Kybia : Les Israéliens employèrent la même tactique qu’à Wadi Foukine le 11 août : encerclement du village sur trois côtés, maintien d’un armement léger, de fusils-mitrailleurs et de tirs de mortiers, (…)s’infiltrèrent de manière systématique tuant tous les civils qu’ils trouvaient dans les maisons : tous les corps retrouvés jusque là sont ceux de civils, et presque tous touchés par des tirs de balles ou des tirs de grenades. »
- Le massacre de Jenine : Choqués par la densité du drame, des résidents témoignent des atrocités et des massacres commis ; ils expriment leur révolte contre l’oppression et contre les humiliations.       
- Blocus de Gaza : l’affaire des cargos Turc arraisonnés. Avant de passer aux assassinats de civils, Israël n'avait pas ménagé ses efforts pour saboter le convoi d’aide humanitaire… le tout étant de maintenir les populations dans un état de peur permanente.
- Le calvaire de Gaza, l’opération Plomb Durci  en plus des massacres, des tonnes d’uranium appauvri et d’autres produits cancérigènes déversées sur la bande de Gaza.
- Le dernier grand massacre de Gaza en 2014 dénoncé publiquement entre autres par Dominique de Villepin, Premier Ministre du Président Jacques Chirac, dont l’usage du phosphore blanc et d’armes prohibées, Israël a bafoué toutes les conventions mondiales.
- Sans omettre les massacres au gaz, spécialité d’Israël sous l’égide de Wouter Basson, les trafics d’organes international  des victimes de Tsahal, dont par des groupes de Rabbins.
- Les confessions des espions du Shin-Beth qui ont secoué Israël et la planète.
On aurait pu croire qu’avec Golda Meir à la tête du gouvernement, celle-ci serait dotée d’une sensibilité, il n’en a rien été, gretchen Golda était du moule. Or, ces litanies de massacres ne font pas état du quotidien des pauvres Palestiniens privés de tout, vivant dans un Apartheid et sous un Blocus permanent, et, comme si ceci ne suffisait pas à cela, l’édification du mur de la honte n’est pas sans rappeler les heures sombres de Berlin, finissant de traiter les Palestiniens comme des animaux, surveillés en permanence par des soldates de Tsahal qui de leur bunker souterrain inaugurent l'assassinat télécommandé, actionnent à la demande des nids de mitrailleuses haut perchées sur des tours de guet tuant sans distinction bébés, enfants, femmes, hommes ou vieillards.
Alors que des Musulmans qui ont sauvé des Juifs de L’holocauste, c’est à qui fera la surenchère la plus démoniaque dans cette cour de désaxés aux mobiles sordides, un professeur israélien évoque le viol de Palestiniennes comme solution au conflit, égalant  la nazi-attitude du ministre Avigdor Lieberman, “Kamarad“ de Manuel Valls qui ajoute : il faut décapiter tous les arabes qui ne sont pas fidèles à Israël, à la hache … on sent de suite une “sensibilité“… à fleur de peau et une “compassion“… pour son prochain qui ne demande qu’à s’exprimer… serait-ce une version stricte du Talmud? Du film THE LAB de Yotam Feldman, le Général Israélien Amiram Levin parle des Palestiniens: « lorsque vous tuez les ennemis (palestiniens), la quantité de tués est plus importante que la qualité », et d’ajouter : « ces gens (les palestiniens) sont nés pour mourir, on va juste les aider un peu » !
Peut-on garder espoir lorsque récemment, les clones nazis de l’Apartheid gavés du miel et du lait de Sion s’élançaient en Ukraine prônant les armes à la main un prosélytisme meurtrier de masse à l’instar de leurs coreligionnaires du “Grand Israël“. Depuis 1947, bien des générations ont été élevées dans la haine de leurs prochains, qu’en est-il du système éducatif ? Peut-on républicainement se poser la question au sujet de la politique éducative à deux vitesses, lorsque celui-ci tolère des écoles juives sanctuarisées pratiquant une ségrégation totale, que s’y enseigne t-il ? Y aurait-il matière à cacher ?
La  menace des USA proférée par le président Obama à l’encontre de son homologue israélien Netanyahou réélu de peu, aurait-elle une chance d’être persuasive si celle-ci ne  faisait pas suite à une kyrielle de molles injonctions restées lettre morte ? Or, c’est oublier un peu vite les fondamentaux de la stratégie du choc des civilisations, élaborée à Tel-Aviv et à Washington pour satisfaire des néo-conservateurs qui roucoulent avec Al-Quaïda et DAECH, dans un but et un seul : « Le Grand Israël ». Faute d’être pris au sérieux les ultimatums ne sont plus de mise, il s’agit de couper le robinet illico des aides US et de l’UE à Israël et d’exiger l’arrêt du blocus de Gaza. Toutefois, cette semonce américaine, vient gâcher la partie, certes Netanyahou a gagné le scrutin, mais cette victoire au goût amer n’augure rien de bon pour Bibi et Israël, serait-ce « tel est pris qui croyait prendre »?
« La Tuerie de Charlie-hebdo : le false-flag de trop »   Thierry Meyssan

Christian Sébenne
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[Vidéo] Jürgen Elsässer : L’Europe connait la situation la plus dangereuse depuis 1945.

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La guerre, #Ukraine, #La France, #La Russie, #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #Terrorisme, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme

[Vidéo] Jürgen Elsässer : L’Europe connait la situation la plus dangereuse depuis 1945

Par ASI le 24 mars 2015

Nous avons connu le journaliste allemand Jürgen Elsässer, en 2006. Il venait de publier « Comment le Djihad est arrivé en Europe » (*). Ce fut une rencontre fort intéressante. Ses liens avec les services de renseignement lui donnaient accès à des informations de première main. On peut entendre ci-dessous la conférence qu’il a donnée le 26 août 2014 au sujet de la guerre en Ukraine et des mensonges des responsables politiques et de la presse traditionnelle.[Silvia Cattori]

*

Intervention du journaliste Jürgen Elsässer à la 10ème conférence internationale organisée par la Coalition anti-censure [Anti-Zensur Koalition] sur le thème: La guerre contre la Russie [ 26.07.2014]

Une rétrospective et une estimation de la situation actuelle dans le conflit en Ukraine de Jürgen Elsässer - rédacteur en chef du magazine "Compact"

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Le chaudron yougoslave, Jürgen Elsässer : « La CIA a recruté et formé les djihadistes ».

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Yougoslavie, #Terrorisme, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La France, #La mondialisation, #La finance dérégulée

Le chaudron yougoslave
Jürgen Elsässer : « La CIA a recruté et formé les djihadistes »

Dans son dernier ouvrage, « Comment le Djihad est arrivé en Europe », le journaliste allemand Jürgen Elsässer met en évidence la continuité de la filière djihadiste. Des combattants musulmans recrutés par la CIA pour lutter contre les Soviétiques en Afghanistan ont été employés successivement en Yougoslavie et en Tchétchènie, toujours avec le soutien de la CIA, mais peut-être parfois hors de son contrôle.

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S’appuyant sur des sources ouvertes diversifiées, principalement yougoslaves, néerlandaises et allemandes, il a reconstitué le parcours d’Oussama Ben Laden et de ses lieutenants en Bosnie-Herzégovine aux côtés de l’OTAN.

Silvia Cattori : Votre enquête sur les agissements des services secrets fait un constat effrayant. C’est ainsi que l’on découvre que depuis les années 80 les États-Unis ont investi des milliards de dollars pour financer des activités criminelles et que par le biais de la CIA ils sont directement impliqués dans des attentats que l’on attribue à des musulmans. Quel est l’apport de votre livre ?

Jurgen Elsässer : C’est le seul ouvrage qui établit le lien entre les guerres dans les Balkans des années 90 et les attentats du 11 septembre 2001. Tous les grands attentats, à New York, à Londres, à Madrid, n’auraient jamais eu lieu sans le recrutement par les services secrets américains et britanniques de ces djihadistes à qui l’ont attribue les attentats. Sur les manipulations des services j’apporte un nouvel éclairage. D’autres livres que le mien ont fait état de la présence d’Oussama Ben Laden dans les Balkans. Mais leurs auteurs ont présenté ces combattants musulmans présents dans les Balkans, comme des ennemis de l’Occident. Les informations que j’ai collectées à de multiples sources, démontrent que ces djihadistes sont des marionnettes entre les mains de l’Occident et non pas, comme on le prétend, des ennemis.

Silvia Cattori : Dans le cas de la guerre des Balkans, les manipulations d’États sont clairement désignées dans votre livre. Les États-Unis ont soutenu Ben Laden qui avait pour travail de former les Moudjahidines. Nul ne peut donc plus ignorer que ces attentats qui glacent l’opinion n’auraient jamais existé si les « terroristes » n’avaient pas été entraînés et financés par les services secrets occidentaux ?

Jürgen Elsässer : Oui, en effet, c’est le résultat de faits que l’on peut observer. Mais on ne peut pas dire que l’intervention des pays occidentaux en ex-Yougoslavie avait pour objectif de préparer les attentats du 11 septembre. Pour être précis : ces attentats sont une conséquence de la politique occidentale des années 90 car l’OTAN a mis en place ces djihadistes dans les Balkans et a collaboré avec eux. Les militants musulmans qui ont été désignés comme responsables des attentats du 11 septembre ont fait partie de ce réseau.

Silvia Cattori : Selon vous, quel était l’intérêt des États-Unis et de l’Allemagne à dresser les peuples des Balkans les uns contre les autres ?

Jürgen Elsässer : L’Occident avait un intérêt commun à détruire la Yougoslavie, à la démembrer, parce que, après la fin du bloc soviétique, elle aurait été un modèle de combinaison intelligente entre éléments capitalistes et socialistes. Mais l’Occident voulait imposer le modèle néolibéral à tous les pays.

Silvia Cattori : L’Europe ne s’est-elle pas imprudemment engagée dans une guerre manipulée par les néoconservateurs ?

Jürgen Elsässer : C’est difficile à dire. Je crois que, dans les années 90, la politique des États-Unis, était inspirée par leur victoire contre les Soviétiques en Afghanistan. C’était le modèle qu’ils voulaient appliquer aux Balkans. Si, ces années-là, l’économie des États-Unis n’était pas tombée dans la dépression, peut-être que des politiciens plus réalistes, comme Kissinger, auraient pu garder le contrôle de la politique américaine. Je pense que la coïncidence entre la dépression économique et l’agressivité de l’école néoconservatrice a déterminé ce qui s’est passé.

Silvia Cattori : Pensez-vous qu’un dirigeant comme Blair, par exemple, une fois embarqué dans les projets des néoconservateurs, à un certain point, il en est devenu l’otage ?

Jürgen Elsässer : Je ne connais pas assez bien la position de Blair. C’est plus facile de voir ce qui se passe aux États-Unis. On peut voir que Bush est l’otage de son entourage. Et, comme il n’est pas très intelligent, il n’est pas en mesure de prendre les décisions et doit suivre les idées de son entourage. Il est clair que son père était contre l’attaque contre l’Irak en 2003.

Silvia Cattori : La première guerre du Golfe ne faisait-elle pas partie d’un plan visant à déclencher d’autres guerres par la suite ?

Jürgen Elsässer : Non, il n’y a pas eu de lien avec la guerre en Irak en 1991. Il y a eu deux phases. Jusqu’à la fin de la période Clinton, la politique des États-Unis était impérialiste, mais en même temps pragmatique. Ils ont chassé les Soviétiques hors d’Afghanistan. Ils ont vaincu l’Irak en 1991. Leur guerre s’est arrêté une fois le Koweït libéré. Ensuite ils ont attaqué la Bosnie et la Yougoslavie ; mais cela s’est produit étape par étape. Tout est allé hors de contrôle après le 11 septembre.

Silvia Cattori : Les néoconservateurs n’y sont pour rien ?

Jürgen Elsässer : Les néoconservateurs, groupés autour de Perle, avaient rédigé un document, un an avant le 11 septembre, selon lequel l’Amérique avait besoin d’un évènement catalyseur comme l’attaque de Pearl Harbour. Le 11 septembre fut cet évènement catalyseur. Je crois que les gens autour de Perle ont souhaité les attentats du 11 septembre.

Silvia Cattori : Quel était l’objectif poursuivi par les États-Unis en attaquant la Serbie ? S’agissait-il simplement, comme l’indique votre livre, de s’installer dans une région stratégique située sur une voie de transit pour le pétrole et le gaz d’Asie centrale ? Ou l’alliance des États-Unis avec les combattants musulmans dirigés par Izetbegovic, avait-elle un second objectif : créer un foyer d’extrémisme musulman aux portes de l’Europe pour s’en servir dans le cadre de manipulations terroristes ? Et, si oui, dans quel but ?

Jürgen Elsässer : Les États-Unis voulaient, comme l’Autriche à la fin du 19ème siècle en Bosnie, créer un Islam « européen » pour affaiblir les états islamiques au Moyen-Orient, c’est-à-dire, à cette époque, l’Empire Ottoman, aujourd’hui l’Iran et les états arabes. Les néoconservateurs avaient encore d’autres plans : construire un réseau clandestin de marionnettes « fondamentalistes » pour faire le sale travail contre la « vieille » Europe.

Silvia Cattori : Résultat, une guerre civile terrible. Comment l’Europe a-t-elle pu participer à la destruction de la Yougoslavie, qui apparaissait comme un exemple de cohabitation parfaitement réussie entre ethnies ? En faisant des Serbes les coupables, l’Europe n’a-t-elle pas fait voler en éclat un pays qui était une des constructions majeures de l’après-guerre. Sur quelle légitimité l’Europe fondait-elle son intervention ?

Jürgen Elsässer : D’abord, au début des années 90, l’Allemagne a mené l’attaque en se basant sur les principes de l’auto-détermination « ethnique » : c’est-à-dire la vieille ruse d’Hitler contre la Tchécoslovaquie et la Pologne en 1938/39. Ensuite, les États-Unis, ont pris le relais et ont fait l’éloge des « droits de l’homme », une escroquerie évidente.

Silvia Cattori : Dans votre enquête, Israël n’est jamais mentionné. N’avez-vous pas minimisé l’importance des néoconservateurs pro-israéliens qui, à l’intérieur du Pentagone, serviraient davantage les intérêts d’Israël que ceux des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Il y a des Israéliens qui ont collaboré avec les néoconservateurs, c’est un fait. Mais je ne suis pas sûr du rôle joué par Israël dans cette affaire. Sharon était contre le soutien des Albanais du Kossovo par l’OTAN. Et, en 1998, il a exprimé sa crainte à l’idée que l’OTAN soutienne la mise en place d’éléments pro-islamiques dans les Balkans. Je crois également qu’il n’était pas favorable à cette guerre l’année suivante.

Silvia Cattori : Vous ne voyez pas non plus de lien entre les services secrets israéliens et les attentats du 11 septembre 2001 ?

Jürgen Elsässer : Il y a des liens, mais je n’ai pas analysé le caractère de ces liens. Par exemple, immédiatement après le 11 septembre, un certain nombre d’agents israéliens ont été arrêtés aux États-Unis. Ils étaient présents sur les lieux où se préparaient les attentats. Il y a des analystes qui disent que c’est là une preuve qu’Israël était directement impliqué dans ces attentats. Mais cela pourrait également signifier autre chose. Il se pourrait que ces agents observaient ce qui se passait, qu’ils étaient au courant que les services secrets américains soutenaient ces « terroristes » dans la préparation de ces attentats, mais qu’ils garderaient leur savoir pour s’en servir au moment opportun, et pouvoir exercer un chantage le moment venu : « Si vous ne soutenez pas davantage Israël, nous allons livrer ces informations aux médias ». Il y a même une troisième possibilité, à savoir que ces espions israéliens voulaient prévenir les attaques mais ont échoué. En ce moment, nous savons seulement que ces types étaient sur place et qu’ils ont été arrêtés. Des investigations supplémentaires sont nécessaires.

Silvia Cattori : Ces liens mettent-ils en évidence que les attentats du 11 septembre 2001 faisaient partie d’un plan conçu de longue date ?

Jürgen Elsässer : Je ne suis pas certain qu’il y avait un plan établi de longue date. Il se peut que des gens comme Richard Perle improvisent beaucoup et se servent d’éléments criminels qu’ils ont mis en place mais qu’ils ne contrôlent pas en permanence. Comme, lors de l’assassinat de Kennedy, il est clair que la CIA était impliquée, mais on ne sait pas si cela avait été planifié au sommet, à Langley [le quartier général de la CIA], ou si ce sont les milieux les plus violents des exilés cubains travaillant pour la CIA qui l’on fait, le quartier général de la CIA se bornant à le tolérer.

Silvia Cattori : Si, demain, ces personnages regroupés autour de Perle étaient mis à l’écart, la stratégie de guerre antimusulmane des États-Unis et les manipulations qui la justifient, s’arrêteraient-elles ?

Jürgen Elsässer : Elle s’arrête quand ils perdent une guerre.

Silvia Cattori : La guerre, ne l’ont-ils pas perdue en Irak ?

Jürgen Elsässer : La guerre ne sera perdue que quand ils quitteront le pays, comme au Vietnam.

Silvia Cattori : Ces musulmans qui, comme Mohammed Atta, étaient des citoyens ordinaires avant d’être enrôlés par la CIA, comment ont-ils pu être conduits à des actions aussi terrifiantes, sans savoir qu’ils étaient manipulés par les agents secrets du camp opposé ?

Jürgen Elsässer : Il y a des jeunes qui peuvent être fanatisés et manipulés très facilement par des services. Les personnages haut placés n’ignorent pas ce qui se passe et savent par qui ils sont engagés.

Silvia Cattori : Ben Laden, par exemple, savait-il qu’il servait les intérêts des États-Unis ?

Jürgen Elsässer : Je n’ai pas étudié son cas. J’ai étudié le cas d’Al Zawahiri, le bras droit de Ben Laden, qui était le chef des opérations dans les Balkans. Au début des années 90, il a voyagé tout au travers des États-Unis avec un agent de l’US-Special Command pour collecter de l’argent pour le Djihad ; cet homme savait qu’il participait à cette collecte d’argent dans une activité qui était appuyée par les États-Unis.

Silvia Cattori : Tout cela est très inquiétant. Vous apportez la preuve que les attentats qui se sont produits depuis 1996 (les attentats dans le métro de Paris), n’auraient jamais été possibles si la guerre dans les Balkans n’avait pas eu lieu. Et ces attentats qui ont fait des milliers de victimes vous les imputez à des services occidentaux. L’opinion en Occident a donc été trompée par des gouvernements embarqués dans des actions terroristes ?

Jürgen Elsässer : Le réseau terroriste que les services secrets américains et britanniques ont formé durant la guerre civile en Bosnie et plus tard au Kossovo, a fourni un réservoir de militants que l’on a ensuite retrouvés impliqué dans les attentats de New York, Madrid, Londres.

Silvia Cattori : Comment cela s’est-il passé concrètement ?

Jürgen Elsässer : Une fois la guerre en Afghanistan finie, Oussama Ben Laden a recruté ces militants djhadistes. C’était son travail. C’est lui qui les a entraînés, partiellement avec le soutien de la CIA, et qui les a mis en place en Bosnie. Les Américains ont toléré la connexion qu’il y avait entre le Président Izetbegovic et Ben Laden. Deux années plus tard, en 1994, les Américains ont commencé à envoyer des armes, dans une opération clandestine commune avec l’Iran. Après le traité de Dayton, en novembre 1995, la CIA et le Pentagone ont recruté les meilleurs des djihadistes qui avaient combattu en Bosnie.

Silvia Cattori : Comment cela se fait-il que ces musulmans se soient mis entre les mains de services qui servaient des intérêts idéologiques opposés aux leurs ?

Jürgen Elsässer : J’ai analysé les témoignages donnés par quelques djihadistes interrogés par les juges allemands. Ils ont dit qu’après le traité de Dayton, qui stipulait que tous les ex-combattants étrangers devaient quitter le pays, ils n’avaient plus d’argent et nulle part où aller. Quant à ceux qui pouvaient rester en Bosnie, parce qu’on leur avait fourni des passeports bosniaques, ils étaient eux aussi sans travail et sans argent. Le jour où des recruteurs sont venus sonner à leur porte et leur ont proposé 3000 dollars par mois, pour servir dans l’armée bosniaque, ils ne savaient pas qu’ils étaient recrutés et payés par des émissaires de la CIA pour servir les États-Unis.

Silvia Cattori : Par la suite, quand on les a envoyés préparer des attentats à Londres en juillet 2005, par exemple, ne se sont-ils pas rendus compte qu’ils étaient entre les mains d’agents secrets occidentaux qui les manipulaient ?

Jürgen Elsässer : Il n’est pas clair que ce soient réellement des jeunes musulmans issus de la banlieue de Londres qui aient commis les attentats, comme la police l’a prétendu. Il y a d’autres indices selon lesquels les bombes étaient fixées sous les rames. Il est aussi possible que des bombes aient été fixées sous les rames sans que ces jeunes le sachent. Dans ce cas là, il n’est pas sûr que les jeunes musulmans que l’enquête a incriminés, aient commis ces attentats.

Silvia Cattori : On peine à cerner le but que poursuivent les États occidentaux en engageant leurs services dans des manipulations criminelles ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas facile à dire. Souvenez-vous de l’assassinat de Kennedy. Qui a fait cela ? C’est sûr que ce sont des gens de la CIA qui ont soutenu le deuxième tueur, c’est sûr qu’Oswald a été assassiné par un homme qui avait été mandaté par la CIA. Ce qui n’est pas clair, c’est si ces hommes recrutés par la CIA ont agi sur ordre de Johnson ou de Dulles, ou s’ils étaient liés à des milieux d’exilés cubains extrémistes, c’est-à-dire affiliés à la maffia. Je ne crois pas que Bush ou Blair soient les chefs. Je ne crois pas en la théorie de la grande conspiration. Je crois que les services secrets engagent des hommes à qui l’on ordonne d’exécuter les affaires sales ; ces agents agissent comme ils veulent. Peut-être savez-vous que le 11 septembre 2001, quelqu’un a essayé de tuer Bush. Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est difficile à expliquer.

Silvia Cattori : Vous voulez dire que Bush, par exemple, est lui-même otage de gens qui, à l’intérieur du Pentagone, forment un État dans l’État qui échappe également au commandement de l’armée américaine ?

Jürgen Elsässer : Oui. Bush est stupide. Il n’est qu’un instrument entre les mains d’autres personnes.

Silvia Cattori : Vous pensez à des gens qui sont sous l’influence directe de personnages comme Perle, Wolfowitz, Feith ? Vous pensez que ce serait eux qui, après la guerre des Balkans, auraient été les véritables commanditaires de ces attentats et que ces attentats ne sont pas séparés les uns des autres, qu’il y a un lien entre Madrid et Londres ? Cela veut-il dire que les États-uniens sont prêts à s’allier avec le diable pour semer le chaos partout dans le cadre de cette guerre antimusulmane, anti-arabe menées sous prétexte de terrorisme ? Un terrorisme fabriqué ?

Jürgen Elsässer : Oui, il y a un double gouvernement qui échappe au contrôle de Bush. Ce sont des néoconservateurs, comme Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Perle, des gens liés au pétrole et aux industries militaires. Le chaos global est dans l’intérêt de l’industrie militaire : quand il y a le chaos dans le monde entier, on peut vendre des armes et le pétrole plus cher.

Silvia Cattori : Youssef Asckar a très bien décrit cet État dans l’État auquel vous donnez crédit [1]. Israël n’est-il pas le premier pays intéressé par cette stratégie du chaos, donc par la manipulation des attentats terroristes ? La propagande du lobby pro-israélien ne tend-t-elle pas à faire croire qu’Israël est menacé par des Arabes fanatisés ?

Jürgen Elsässer : Ce n’est pas certain que cette stratégie puisse servir les intérêts d’Israël car, si les choses continuent de la sorte, tout le Proche-Orient sera en flammes, y compris Israël. On s’est servi du même procédé durant la guerre en Bosnie. Pour diaboliser les Serbes, les médias de l’Ouest ont inventé les histoires de camps de concentration et fait des montages photographiques pour comparer les Serbes à des nazis. Cette propagande visait à gagner l’opinion à la guerre contre la Serbie mais, en ce qui concerne les États-Unis, elle n’était pas forcément alimentée par le lobby juif mais par des stratèges chrétiens et athées. Ces stratèges jouent la carte « juive ». C’est ma thèse. On voit cela actuellement avec la propagande contre l’Iran ; les stratèges de la guerre jouent la carte « juive » pour impressionner les gens qui ont plus de morale que d’intelligence.

Silvia Cattori : Les manipulations récentes viennent confirmer, en partie, votre thèse : au même moment où les États-Unis voulaient faire passer au Conseil de Sécurité des sanctions contre l’Iran, un journal canadien a écrit que l’Iran voulait contraindre les juifs iraniens à porter l’équivalent d’une étoile jaune. Mais je me référais à ces personnalités ouvertement pro-israéliennes qui, en France par exemple, jouent un rôle important dans la formation de l’opinion car elles occupent des positions médiatiques stratégiques, et dont le parti pris communautaire les conduits toujours à appuyer la politique d’Israël et des États-Unis, peut importe si elle est criminelle. Souvenez-vous du soutien actif apporté à Izetbegovic en Bosnie par Bernard-Henri Lévy et Bernard Kouchner. Une fois la Serbie à genoux, ils ont tout de suite dirigé leur propagande contre les Arabes et les musulmans ; il s’agissait cette fois de mobiliser l’opinion en faveur de la « guerre des civilisations ». Quand ils ont parlé de « camps de concentration » pour associer les Serbes à Hitler, n’ont-ils pas participé aux manipulations de l’OTAN ?

Jürgen Elsässer : Nous avons assisté au même phénomène en Allemagne. Les journalistes juifs qui soutenaient la guerre contre la Yougoslavie avaient accès aux plateaux télévisés. Mais les journalistes qui étaient contre, qu’ils fussent de confession juive ou pas, ont été écartés du débat. Je pense que les médias et les politiques se servent des voix juives pour des enjeux géostratégiques.

Silvia Cattori : Si, comme vous le dites, ce qui s’est passé dans les Balkans n’était que la répétition de ce qui s’était passé en Afghanistan, ce qui a succédé faisait donc partie du même processus. Pensez-vous que nos autorités connaissent les risques des guerres provoquées par leurs services secrets ?

Jürgen Elsässer : Mon espoir est qu’il y ait une réaction de la part des militaires aux États-Unis. Il y a parmi eux des gens qui savent très bien que toutes ces guerres ne sont pas intelligentes. Ils savent que les États-Unis vont perdre cette guerre. Dans l’armée américaine, ils sont impérialistes mais ils ne sont pas fous, ils ne sont pas d’accord avec ce qui se passe. Mais les néoconservateurs sont fous, ils veulent faire la Troisième Guerre mondiale contre tous les Arabes et tous les musulmans, comme Hitler qui voulait tuer tous les juifs et attaquer tous les autres pays ; les généraux allemands avaient averti Hitler de ce qu’il risquait.

Silvia Cattori : Votre espoir est qu’un changement survienne de manière inattendue ?

Jürgen Elsässer : Pour arrêter cette folie, je ne vois de possibilité de changement que parmi des forces qui sont, elles, restées rationnelles. Le commandement supérieur de l’armée américaine a écrit une lettre à Bush pour dire qu’il ne veut pas participer à une attaque contre l’Iran avec une arme nucléaire. Peut-être que Bush attaquera ; mais les conséquences seraient plus graves que dans le cas d’Irak. Il s’est passé la même chose avec les nazis : ils attaquent, ils attaquent, et un jour il y a Stalingrad et le début de la défaite. Mais cette aventure a coûté la vie de 60 millions d’êtres humains.

Silvia Cattori : Est-ce bien là ce qui a motivé votre effort en écrivant ce livre : alerter les consciences afin d’éviter de nouveaux désastres et de nouvelles souffrances ? D’autant qu’après l’Irak ce serait au tour de l’Iran ?

Jürgen Elsässer : Oui. Mais des personnages comme Bush se fichent de tout cela. Je ne suis pas totalement pessimiste sur l’Iran : on pourrait voir une répétition de l’axe Paris, Berlin, Moscou. Notre chancelière, qui est normalement une marionnette des États-Unis, a offert une coopération stratégique à la Russie, car l’Allemagne dépend entièrement du pétrole et du gaz russe. C’est un argument fort. Les Allemands sont des impérialistes, mais ils ne sont pas fous.

Silvia Cattori : Dans les Balkans n’est-ce pas l’Allemagne qui a ouvert la porte à la guerre ?

Jürgen Elsässer : Oui, c’est vrai. Mais, aujourd’hui, vous voyez que Joschka Fischer et Madeleine Albright ont envoyé une lettre ouverte à Bush pour lui dire de ne pas attaquer l’Iran. Mme Albright a précisé que l’on ne peut pas attaquer tous les gens que l’on n’aime pas. C’est rationnel.

Silvia Cattori : Avez-vous pu recueillir ces éléments qui illustrent les agissements des services secrets parce que, aujourd’hui, inquiets de l’évolution de la politique internationale, des gens commencent à parler ?

Jürgen Elsässer : Oui. Je me suis beaucoup appuyé sur les informations de gens qui travaillent au sein de « la bête ».

Silvia Cattori : Partout dans le monde ?

Jürgen Elsässer : Je peux seulement vous dire que ce sont des gens en Europe de l’Ouest. Ce sont des gens qui n’ont pas cessé d’utiliser leur tête.

Silvia Cattori : Pour avoir la preuve des manipulations qui ont entouré l’« Incident du Golfe du Tonkin », incident qui a permis aux États-Unis de déclencher la guerre contre le peuple vietnamien, il a fallu attendre longtemps. Les choses ont-elles donc changé aujourd’hui ce qui permettrait de riposter à temps ?

Jürgen Elsässer : Il y a une grande différence entre la situation des années 60 et celle d’aujourd’hui. En République fédérale d’Allemagne, par exemple, on était à cette époque en faveur de la guerre contre les communistes au Vietnam. La version officielle qui disait notre république en danger d’être attaquée par les communistes était partagée par une grande partie de l’opinion. Ce qui a changé c’est, qu’aujourd’hui, la majorité de la population est contre la guerre, sans discussion.

Silvia Cattori : Vous soulignez à juste titre le caractère religieux extrémiste de la Bosnie-Herzégovine sous Izetbegovic mais, alors que vous doutez du soutien d’Israël à cette espèce d’ébauche de l’émirat des Taliban, ne surévaluez-vous pas le rôle de l’Iran et de l’Arabie saoudite ? Richard Perle était le principal conseiller politique d’Izetbegovic. Les Iraniens et les Saoudiens n’ont-ils pas fait de la surenchère islamique en espérant prendre le contrôle d’un régime musulman qui ne tenait ses ordres que de Tel-Aviv et Washington. En fait, Izetbegovic n’était-il pas un agent d’Israël ?

Jürgen Elsässer : Le Mossad a aidé les Serbes bosniaques, ils leur ont même fourni des armes. Il n’y a rien qui indique que le gouvernement israélien ait aidé Izetbegovic. Il a été soutenu par les Américains, et Clinton s’appuyait sur le lobby sioniste aux États-Unis, mais ce lobby n’avait pas le soutien du gouvernement israélien pendant la guerre de Bosnie.

Silvia Cattori : En ce qui concerne certaines de vos sources, peut-on accorder crédit aux assertions de Yossef Bodanski, directeur de Groupe de travail sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle près du Sénat américain ?

Jürgen Elsässer : Je ne fais confiance à personne. On prétend que Bodansky a des liens avec des sources du Mossad et cela rend nombre de ses conclusions suspectes. D’un autre côté il porte à notre connaissance beaucoup de faits intéressants qui contredisent la propagande officielle. Dans mon livre, je montre les contradictions au sein des élites dominantes des États-Unis et, à cet égard, Bodansky, est très intéressant.

Silvia Cattori : Il est dit dans votre livre : « Le terrorisme existe au Kossovo et Macédoine, mais dans sa majorité, il n’est pas contrôlé par Ben Laden mais par les services secrets US ». Doutez-vous de l’existence d’Al Qaeda ?

Jürgen Elsässer : Oui, comme je l’ai écrit dans mon livre, c’est de la propagande fabriquée par l’Occident.

Silvia Cattori : On a un peu l’impression que, pour aller au bout de sa logique, votre enquête n’est pas terminée. Certes, la Yougoslavie a été un laboratoire de la fabrication des réseaux islamistes, et votre livre montre bien que ces réseaux servent les intérêts des États-Unis. Pourtant, vous semblez croire en l’existence de réseaux islamistes internationaux qui auraient une base populaire dans le monde musulman, alors qu’en même temps votre recherche démontre que ces réseaux ne sont que des mercenaires des États-Unis et qu’ils n’ont jamais rien fait pour les musulmans ?

Jürgen Elsässer : Regardez l’exemple du Hamas : au début des années 80 il a été fomenté par le Mossad pour contrer l’influence de l’OLP. Mais par la suite, le Hamas a développé sa propre base populaire et, maintenant, il fait partie de la résistance. Mais je parie qu’il y a encore des agents étrangers à l’intérieur du Hamas.

Silvia Cattori : Vous avez mentionné que les inspecteurs des Nations-Unies sont infiltrés d’espions par les États-Unis. Pourrions-nous avoir des précisions ?

Jürgen Elsässer : Certains casques bleus de l’UNPROFOR en Bosnie ont transporté des armes à destinations des Moudjahidines.

Silvia Cattori : Quand Peter Handke affirme que les Serbes ne sont pas les seuls coupables, qu’ils sont les victimes de la guerre des Balkans on le proscrit. Qui a raison dans cette affaire ?

Jürgen Elsässer : De tous les côtés - Serbes, Croates, Musulmans – les gens ordinaires ont tous perdu. Les Musulmans ont gagné la guerre en Bosnie avec l’aide de Ben Laden et de Clinton mais, maintenant, leur pays est occupé par l’OTAN. Ils ont aujourd’hui moins d’indépendance qu’au temps de la Yougoslavie.

Silvia Cattori : Comment votre recherche se situe par rapport à celle d’Andreas Von Bülow et Thierry Meyssan ?

Jurgen Elsässer : Nous partageons la même opinion sur les évènements du 11 septembre 2001 : nous pensons que la version officielle n’est pas vraie. Toutes ces recherches combinées sont très utiles pour pouvoir continuer d’approfondir la réalité des faits. Ma spécialité, est d’avoir fait le lien entre les guerres des Balkans et le 11 septembre, tandis que Thierry Meyssan a analysé l’attaque sur le Pentagone pour démontrer qu’elle était due à un missile et pas à un avion, et que Von Bülow, lui, est arrivé à la conclusion que les avions étaient guidés par une balise.

Traduction en tchèque :
http://sweb.cz/messin/ciabalkan.htm

Silvia Cattori

Comment le Djihad est arrivé en Europe
par Jürgen Elsässer, préface de Jean-Pierre Chevènement. Éditions Xenia (Suisse), 304 pages, 19 euros.

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A mes amis qui pensent que les partis n'ont plus de raison d'être. Par Martine Billard.

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Politique intérieure, #La gauche, #Le socialisme, #La lutte des classes, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #La France, #La République, #La finance dérégulée

A mes amis qui pensent que les partis n'ont plus de raison d'être

Mercredi, 25 mars 2015, 21:48 http://www.martine-billard.fr/

De nos jours défendre la nécessité d'avoir des partis politiques est presque suicidaire tant le discours général veut que les partis soient dépassés et représentent des obstacles à la démocratie. Disons-le tout net si quelqu'un était capable de me proposer une autre forme d'organisation efficace et plus démocratique, je dirais oui tout de suite. Mais j'ai longtemps cherché, fréquenté tous les collectifs, appels, revues, réseaux divers pour arriver à la conclusion que certes les partis étaient énervants par de nombreux aspects mais que personne n'avait trouvé comment les remplacer de manière durable.

En réalité la méfiance exprimée aujourd'hui dans les enquêtes ne concernent pas que les partis mais l'ensemble des « institutions ». Ainsi selon une étude du Cevipof, 76% des Français ne font pas confiance aux partis politiques juste devant 72% qui ne font pas confiance aux médias, chiffre qui monte d'ailleurs à 84 % pour les proches du Front de Gauche quant aux médias. Il faut dire que vu comment ils nous traitent, ce rejet n'est pas étonnant. Cette rupture des citoyens envers les dirigeants s'exprime notamment par le fait que 44% d'entre eux pensent que les politiques s’intéressent « peu » à leurs préoccupations et un tiers (34%) « pas du tout » alors qu'en 1977 la majorité (53%) avait un avis positif. Le décrochage s'est fait en 1983, soit sous Mitterrand lors du tournant de la rigueur.

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Quelle réponse politique face à l’ascension du FN ? [par Stéphanie Roza]

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La gauche, #Le socialisme, #Le fascisme, #Europe supranationale, #La nation ., #La République, #La lutte des classes, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #La finance dérégulée

Publié par Michel El Diablo

 

Quelle réponse politique face à l’ascension du FN ? [par Stéphanie Roza]

Une alternative aux replis communautaires 

 

par Stéphanie Roza, professeure 
de philosophie politique
 
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L’heure n’est pas à hurler au fascisme : oui, le FN a changé, il a notoirement changé de stratégie. Avant de se précipiter pour faire tomber d’hypothétiques masques et dévoiler la face hideuse de la bête immonde aux yeux d’un peuple qui comprend de moins en moins bien un tel langage, la gauche radicale doit se pencher sur ces transformations, les analyser sans complaisance, mais sans l’hystérie qui trop souvent tient lieu de politique antifasciste. Le FN n’a pas seulement changé par un phénomène naturel de remplacement par lequel, aux nostalgiques de Vichy et aux tortionnaires de la guerre d’Algérie, se substitue peu à peu une génération de politiciens toujours réactionnaires, toujours nationalistes, mais également opportunistes, technocrates…, en un mot, plus « classiques ». Les crânes rasés, les croix gammées, les amateurs de ratonnades n’ont certes pas disparu, mais ils se sont faits plus discrets. Ils font même l’objet de mesures disciplinaires parfois radicales. Des mesures d’affichage ? Sans doute. Mais qui disent quelque chose d’essentiel, pour qui sait l’entendre, des objectifs actuels de ce parti qui, désormais, se rêve sous les ors de la République. Qui, une fois au pouvoir, appliquerait bien évidemment une politique rétrograde, xénophobe, mais ne mettrait personne dans des chambres à gaz. Ni même n’abolirait, vraisemblablement, le suffrage universel.

 

Le FN brigue le pouvoir dans une situation qui n’a pas grand-chose à voir avec celle des années 1930. Il ne dispose pas de centaines de milliers de partisans en uniforme prêts à saccager les permanences des partis de gauche, à en assassiner les militants, à en disperser les meetings. Il dispose, en revanche, d’une base de millions d’électeurs qui, pour la plupart, ne sont pas même prêts à se déplacer à une de ses réunions publiques, mais qui ne comprennent ni n’approuvent ce qu’est devenue la France d’aujourd’hui. Qui sont remplis de méfiance et de préjugés. Qui se sentent bafoués et trahis. Et qui se vengent de tous et de tout en glissant discrètement un bulletin dans l’urne. De ces électeurs, des petits Blancs, pour la plupart, mais aussi désormais des juifs, des Arabes, des Noirs (qui l’eût cru), on a tiré des portraits divers, et qui tous contiennent une part de vérité : petits employés barricadés dans des pavillons dont ils peinent à rembourser le crédit et qui n’ont de l’Autre que l’image renvoyée par un écran de télévision ou d’ordinateur ; chômeurs des territoires saccagés par la désindustrialisation, emplis d’un sentiment de relégation ; petits patrons néo-poujadistes et racistes. Aux opprimés parmi eux, la gauche radicale devrait avoir des choses à dire et à proposer : pour eux, elle devrait substituer à la confusion idéologique et aux stigmatisations une explication rationnelle des causes historiques et économiques de la désagrégation du tissu social, de l’agonie des solidarités, de la montée de l’individualisme consumériste ; proposer une alternative aux replis communautaires en promouvant une société basée sur l’égalité, le progrès culturel, la mixité ; mettre fin au désespoir en redessinant la perspective d’un avenir collectif meilleur. Mais, pour cela, encore faudrait-il être, face au FN, « en ordre de marche »… comme dirait Marine Le Pen. Or la gauche de la gauche est dans un état préoccupant. Déchirée par des dissensions d’appareils, incapable d’ouvrir un vrai et vaste débat sur des sujets brûlants comme la souveraineté nationale, la laïcité, l’école, la forme parti. Incapable de trancher ces questions, de dégager une majorité et de défendre un minimum de positions communes. Manquant d’unité, de contenu idéologique clair, et finalement de courage politique, la gauche de la gauche, depuis la chute du mur, n’en finit plus de se chercher. Trouvons-nous donc enfin, avant qu’il ne soit trop tard.

 

SOURCE: 

 

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Orthodoxie : attention aux contrefaçons et aux boniments des menteurs.

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales

Orthodoxie : attention aux contrefaçons et aux boniments des menteurs

Orthodoxie : attention aux contrefaçons et aux boniments des menteurs.

Le pseudo patriarche et la sainte Russie

Au X° siècle, le grand prince de Kiev Vladimir adopta la foi chrétienne orthodoxe, après avoir envoyé des émissaires à Byzance qui revinrent, éblouis par les cérémonies religieuses, en lui disant : « Nous avons vu le ciel sur la terre ». Ce fut le début de la sainte Russie. Toutes les Russies, la blanche, la petite et la grande, restèrent fondamentalement unies dans cette entité dénommée la sainte Russie. En face des Polonais catholiques, l’ataman cosaque zaporogue Bogdan Khmelnitski se rallia à la Moscovie, par fidélité à cette même sainte Russie, ciment des trois Russies, lesquelles dérivaient toutes trois de cette région fluctuante et souvent envahie, de la Russie (Rus’) de Kiev, la mère des villes russes. Malgré les luttes entre les différents princes de cette sainte Russie, et leurs trahisons, ce qui unissait tout le monde, c’était la foi orthodoxe de la sainte Russie. Aussi le tsar était-il tsar de « toutes les Russies ». Et le patriarche également. On peut même dire qu’à présent où la Russie, après 70 ans d’URSS et la prédation néolibérale américaine des années Eltsine, se retrouve divisée comme au temps des mongols, le patriarche de Moscou est le seul à rester celui de « toutes les Russies ». Et à la tête de l’Eglise ukrainienne canonique se trouve un métropolite dépendant du patriarcat de Moscou, le métropolite Onuphre, un homme digne qui s’efforce de rester au dessus de la mêlée avec beaucoup de courage.

Le métropolite Onuphre : « La mission de l’Église, indépendamment du lieu où elle se trouve et des territoires sur lesquels s’étend sa responsabilité canonique, est immuable dans tous les temps. C’est la mission du salut de l’âme humaine. En même temps, il existe également des circonstances humaines, que l’Église ne peut ignorer. Et là, notre tâche consiste à enseigner le bien et appeler à la paix. Nous devons aider tous les hommes à comprendre qu’il faut résoudre tous les problèmes de façon pacifique, qu’il ne faut pas offenser le prochain, lever la main les uns sur les autres et, d’autant plus, tuer ». Source

Le métropolite Onuphre

Le métropolite Onuphre

En face, naturellement, on souhaiterait vivement éjecter ce souvenir de l’ancienne unité spirituelle de toutes les Russies, et l’on comprend bien pourquoi. Il subsiste l’Eglise uniate qui avait déjà, été conçue par les Polonais pour briser la résistance des paysans orthodoxes des territoires de l’actuelle Biélorussie, alors grand-duché de Lithuanie, ou de l’actuelle Ukraine que les aléas historiques avaient mis dans l’orbite catholique occidentale. Certains résistèrent, d’autres non. Ceux qui n’ont pas résisté sont violemment anti orthodoxes, comme c’est souvent le cas lorsque des gens trahissent leur foi pour avoir la paix, ils en rajoutent. Pour échapper à ce sort, les cosaques de Bogdan Khmelnitski étaient prêts à s’allier aux tatars, et ils se sont mis sous la protection de Moscou.

Après la dilacération de la Russie postsoviétique en satrapies proaméricaines, il fallait séduire les orthodoxes ukrainiens non uniates mains nationalistes, raison pour laquelle a été créée une église autocéphale ukrainienne, pour des motifs purement politiques, à la tête de laquelle s’est autoproclamé le patriarche Philarète, personnage qui, contrairement au métropolite Onuphre, ne s’efforce pas du tout de rester au dessus de la mêlée et de calmer les passions. Il va réclamer des armes aux Américains pour la junte de Kiev et vient de déclarer que massacrer la population de Kiev n’était pas un péché.

Philarète : le massacre des habitants du Donbass ne viole pas les commandements de Dieu Source

le patriarche Philarète

Le patriarche Philarète

Il y a quelques jours, donc avant que je lise cette déclaration de Philarète, accompagnée d’une photo où l’homme m’a irrésistiblement rappelé les caricatures de religieux du film d’Eisenstein « Ivan le Terrible » (« sa coiffe est blanche mais son âme est noire »), j’avais vu passer celle du patriarche de Constantinople Bartholomée rappelant que le patriarcat de Kiev, n’était pas canonique et devait être considéré comme schismatique. Je dis bien le patriarche de Constantinople, et non celui de Moscou, et je le dis pour les mauvais esprits. Sous cette déclaration, de gentils orthodoxes occidentaux regrettaient dans leurs commentaires que l’on fît ainsi de la peine à des tas de gens, mais si le patriarche Bartholomée, plutôt favorable aux dialogues interconfessionnels, plutôt « cool », disons, avait cru bon de la faire, c’est que sans doute, il avait eu vent de choses pas très catholiques ou plutôt orthodoxes. Or voilà que deux jours plus tard, pan, Philarète fait encore des siennes, on peut dire que Bartholomée avait senti le vent.

Le patriarcat de Constantinople estime que le prétendu “patriarcat de Kiev” est une entité schismatique

Un « pieux » orthodoxe pas très catholique

Au même moment, voilà que surgit l’article du Saker. Cet article peut introduire de regrettables confusions, et comme nous nageons dans la confusion de tous les côtés, il est bon d’éclaircir celle-ci quand on est à peu près capable de le faire. Je lis que le héros de l’article, Dmytro Korchynski, a « l’originalité d’être motivé par une idéologie qui mélange le messianisme chrétien et le djihad musulman ». Et le Saker ajoute que ledit Korchynski et ses hommes sont de « pieux orthodoxes ». Non. Si Korchynski est un pieux orthodoxe, de l’Eglise canonique d’Ukraine dirigée par le métropolite Onuphre, décidé à ne pas entrer dans les querelles génératrices de guerre civile, il ne peut confondre messianisme chrétien et djihad islamique et du reste, si comme partout ailleurs, les hommes politiques en Russie ont pu tenter d’utiliser l’Eglise, ou de l’opprimer, le messianisme orthodoxe n’est pas guerrier. Le chevalier teutonique n’est pas le genre de l’orthodoxe russe. Il ne conçoit que la guerre défensive, comme au Donbass, où l’on renvoie les prisonniers ukrainiens à leur maman quand ils ne sont pas des néonazis convaincus du bataillon Azov. Le messianisme orthodoxe consistait à construire un ermitage au fond de la taïga et à attendre l’affluence des moines et des pèlerins qui transformaient le lieu en centre spirituel avec les reliques du saint fondateur, et les animistes du coin se convertissaient généralement tous seuls. C’est par exemple ce qui s’est passé en Alaska, avec les indiens locaux. Ce scénario a sans doute connu des dérapages, mais c’est le scénario de référence. Les orthodoxes ne sont pas prosélytes. Ils croient à la prière et à l’exemple. Donc le djihadisme orthodoxe du sieur Korchynski se rapporte certainement plus à l’Eglise schismatique de Philarète, qui va démarcher des armes en Amérique et appelle au massacre, qu’à l’Orthodoxie de Bartholomée ou de Cyrille ou de n’importe quelle autorité orthodoxe canonique et reconnue.

Je vois plus loin que l’olibrius entend créer un « mouvement taliban chrétien ». Et que pour lui, le grand Satan, c’est la Russie.

Désolée Saker, mais ce type ne saurait en aucun cas être caractérisé comme un « pieux orthodoxe ». Comment un pieux orthodoxe considèrerait-il la sainte Russie de cette manière ? Comment imaginerait-il de créer des « talibans chrétiens » ? Non, c’est au mieux une espèce de chevalier teutonique, de ceux qu’Alexandre Nevsky a envoyé par le fond du lac Peipous au XII° siècle, et encore, je pense qu’ils prendraient mal la comparaison.

Ah mais justement, nous y arrivons. Le chevalier teuton a des origines polonaises, il « continue la guerre familiale contre l’Empire russe », avec un peu de chance, ce n’est même pas un sectateur de Philarète, ce « pieux orthodoxe », mais un uniate polonisé pur et simple. Ou encore, pour faire bref et ne pas avoir peur des mots, un serviteur de Satan, un semeur de confusion, qui déforme et déshonore le message chrétien. Ce que nous voyons dans l’analyse subséquente de son « catéchisme » et de son « credo » politico-religieux, beaucoup plus politico que religieux, d’ailleurs.

Un catéchisme plutôt craignos

En tant qu’orthodoxe, sans me faire réprimander par les théologiens, je peux avancer que dans le fatras haineux, douteux et démoniaque du sieur Korchynski, il n’y a strictement rien d’orthodoxe ni même de chrétien, d’ailleurs, sauf quelques symboles ou citations profanés par le contexte. Voici le « catéchisme de la Fraternité » illustré par une « talibane chrétienne » sexy. Elle désigne une «antique croix orthodoxe » qui n’est pas spécialement orthodoxe, c’est un symbole chrétien des catacombes, qui n’a vraiment rien à faire dans cette sinistre farce.

Le sieur Korchynski s’est donné beaucoup de mal pour justifier son talibanisme uniatoïde avec la seule phrase évangélique qui pouvait faire l’affaire et qu’on interprète toujours de travers : «Je ne suis pas venu apporter la paix sur terre, mais le glaive» (Matthieu 10,34-36). Il s’est bien gardé de citer à peu près tout le reste : « Alors Jésus lui dit: Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée » ( Matthieu 26 :52) ; ou « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre » (Matthieu 5:39). La phrase du Christ n’était pas un appel à la guerre, mais le pressentiment que son message et son Eglise susciteraient de violentes réactions et des persécutions, ce qui a été le cas, jusqu’à nos jours. Mais on n’est pas à une profanation près, quand on sert l’Adversaire avec un zèle retors.

Plus loin, je vois un moine « orthodoxe » du patriarcat russe rallié à sa cause, après avoir vu torturer des jeunes filles ukrainiennes par les séparatistes. Je n’en crois personnellement pas un mot, mais il n’y a là aucun moyen de prouver si c’est vrai ou faux. Néanmoins, devant de tels débordements, un moine orthodoxe véritable ne réagira pas ainsi. Il réagira comme ceux qui s’interposaient entre les combattants sur le Maïdan, avec des croix et des icônes. Donc pas clair, le transfuge.

A noter que la bête noire des occidentaux, Alexandre Douguine, qui est non seulement orthodoxe mais vieux-croyant, s’est rapproché, lui, d’un imam malais à l’islam modéré et tendance soufie ; le sheik Imran Hossein, qui prône l’alliance avec les orthodoxes, défend les chrétiens d’orient et qualifie la guerre de Tchétchénie de « djihad yankee »… Le « talibanisme chrétien » du serviteur polonisant de l’impérialisme américain s’appuierait-il sur un djihadisme mercenaire ?

Les orthodoxes véritablement pieux ne font pas de croisades en Ukraine ni ailleurs. Ils ont autre chose à faire, et la croisade n’est pas dans la tradition orthodoxe. J’en donnerai pour exemple un saint homme, l’évêque Longin, autrefois père Mikhaïl, prêtre marié puis moine, fondateur d’un monastère à la frontière roumaine, et soutien aimant de centaines d’orphelins. J’avais traduit il y a quelques mois sa lettre courageuse qui ne mâchait pas ses mots au gouvernement de Kiev, et ça, oui, c’est orthodoxe. C’est dans la tradition du saint métropolite Philippe.

L’évêque Longin

L’évêque Longin

L’évêque Longin : Comment peut-on prendre les armes et tirer sur une créature de Dieu? Elle a comme vous une mère, une femme, un enfant. Pourquoi nous oblige-t-on à tuer par la force? Ce qui était secret devient clair: des milliers, des dizaines de milliers ont péri, et ils parlent de centaines. Je ne vous donne pas ma bénédiction pour aller faire la guerre. Nous vous appelons à la paix.

Dix mille soldats ont été tués, et leurs mères ne savent même pas qu’ils ne sont plus en vie. Je ne fais pas de politique, mais je vous dis avec douleur que cette guerre n’est pas dirigée contre l’ennemi mais contre nous-mêmes. Quand les maudits défendent les Etats-Unis, ils veulent voir les orthodoxes s’entretuer, et eux, pendant ce temps, ils mangent, ils boivent, ils s’amusent et se réjouissent de voir le sang couler sur une terre sainte. Source

L’article du Saker, inspiré par un documentaire allemand, met une fois de plus en évidence l’ignorance des occidentaux, même bien intentionnés, et aboutit à opérer une désinformation de plus. Il y a ceux qui ne savent rien, mais croient savoir. Il y a ceux qui ne savent pas et ne veulent pas savoir. Il y a ceux qui trompent délibérément le public. Et ceux qui me disent « on n’y comprend rien » mais ne vont pas chercher plus loin. Il est certain qu’on ne peut comprendre ce qui se passe en Ukraine et en Russie si l’on ne connaît même plus sa propre histoire ni sa propre tradition religieuse et culturelle. Il est facile de souffler n’importe quoi à des ignares bourrés de contre-vérités, de mensonges, de contes et légendes médiatiques, d’aprioris subliminaux. Ceux qui dirigent le monde le savent bien.

 

Première partie d'un merveilleux film de Mikaïl Chadrine sur l'évêque ukrainien Longin, autrefois père Mikhaïl, supérieur du monastère qu'il a fondé à la frontière de la Roumanie et de l'Ukraine. Providence des orphelins, un homme lumineux qui ne fait que du bien autour de lui

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Au Qatar, le béton se compte en litres de sang Par Jacques Marie Bourget + Sarkozy et Fabius sont-ils otages du Qatar ?

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #Terrorisme, #Daesch, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La mondialisation, #Les transnationales

Au Qatar, le béton se compte en litres de sang
Par Jacques Marie Bourget
+ Sarkozy et Fabius sont-ils otages du Qatar ?

mercredi 25 mars 2015, par Comité Valmy

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Au Qatar, le béton se compte en litres de sang

La plainte que vient de déposer l’ONG « Sherpa » contre le groupe de BTP français « Vinci » agite le petit monde des médias qui comptent. Comment cette association, qui n’est une puce de l’humanitaire, ose-t-elle s’en prendre à l’une des enseignes porteuses de notre orgueil national ?

 

Si on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, on ne fait pas, à Doha, de grandes tours et de vastes stades sans casser des hommes. C’est le prix et la mort y est comprise, comme la TVA. Personne n’ose le mettre noir sur blanc mais, au Qatar, il est possible d’établir un ratio entre les ouvriers assassinés par leur travail, et les tonnes de béton et de ferraille qu’ils ont brassées, dressées. Sur les autoroutes de Vinci on compte la consommation en litres d’essence aux cent, à Doha c’est le béton en litres de sang.

 

Chaque année au Qatar, une dictature où personne n’imagine que l’on puisse dresser la statistique des accidents du travail, les estimations les plus sérieuses nous disent qu’au moins 400 ouvriers tombent chaque année sur le front des chantiers. Bravo à « Sherpa » de lancer le premier uppercut, mais il arrive bien tard. Depuis plus de 5 ans des associations comme Human Rights Watch dressent des rapports, prennent des risques et impriment du papier en pure perte : personne n’écoute leurs complaintes. Il ne faut pas déranger la construction du paradis… au Qatar. Avec mon ami Nicolas Beau, en mai 2012, nous avons publié chez Fayard « Le vilain petit Qatar. Un ami qui nous veut du mal ». Nous avons consacré un chapitre à la honteuse mise en esclavage d’un million et demi de travailleurs étrangers, par ces potentats inhumains qui gouvernent la micro dictature. Mais nous aurions pu consacrer tout l’ouvrage à ce scandale. Et là encore, que s’est-il passé ? Rien. Les ouvriers ont continué de souffrir, de mourir au boulot, de pleurer en travaillant 12 heures par jour.

 

Pourquoi cette indifférence qui pousse, par exemple, Anne Hidalgo à louer « les avancées montrées par le Qatar »… Non seulement on ne respecte pas les morts par un silence qui s’impose, mais on se moque d’eux. Dans le même temps, l’homme ordinaire, sans qualité, celui qui ne se déplace plus pour voter, lui, il sait ce qui se passe là-bas et est capable de le dénoncer en déroulant une banderole lors d’un match du PSG. Pas besoin d’être énarque, ou gonflé aux hormones du Quai d’Orsay, pour connaitre la réalité de ce petit pays sans lois et sans pitié. La différence entre les élus qui roulent en limousine et ceux que les limousines écrasent dans la rue, c’est que les premiers ont, presque tous, des intérêts, des espoirs, des vues, des bourses, des comptes liés au Qatar. Se fâcher avec Doha c’est se brouiller avec le père Noël.

 

Par l’organisation de forums bidons, de réunions grotesques et inutiles, de médiations qui ne règlent rien, avec à chaque fois l’invitation gratuite de politiciens ahuris, le Qatar a médusé nos élus qui ne forment plus qu’une grosse statue de sel, un chœur unique et repus qui chante « Hosanna à l’émir des cieux ! ». Imaginez alors que l’on va gourmander un si bon ami pour la mort de quelques prolétaires, les nôtres ne disparaissent-ils pas du champ de vision des français ? Paris vaut une messe et Doha que l’on détourne les yeux du charnier, celui des quatre cents morts.

 

La plainte de « Sherpa » qui remet sous le nez des politiques et des « entrepreneurs » les horreurs qu’ils tolèrent, à la vertu, en cette période de vote à valeur de sondage, d’indiquer pourquoi il n’y a qu’un français sur deux qui va vers l’isoloir. Les gens ordinaires voient le monde tel qu’il est, alors que ceux qui les guident voit le monde qui lui convient qui leur convient. L’esclavage, le travail forcé, les conditions terribles de survie sont des péripéties qu’un politicien moderne, donc loin de l’émotion, ne retient plus. Ces ouvriers de Doha devraient savoir combien nos élus souffrent pour que notre monde devienne meilleur.

 

Jacques Marie Bourget
25 mars 2015

Source :

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Sarkozy et Fabius sont-ils otages du Qatar ?

Dans l’émission Les Trublions de l’info en partenariat avec Mondafrique, les journalistes Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget multiplient les révélations sur les liens de la classe politique avec le Qatar. Ils expliquent également les raisons pour lesquelles Sarkozy et Fabius défendent inconditionnellement ce pays.

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[Le résultat des départementales en 1 graphique] 50 % des ouvriers votent FN…

26 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #La lutte des classes, #Le capitalisme;, #La mondialisation

Graphique important sur le vote des électeurs en fonction de leur catégorie sociale (et qui vaut toutes les soirées électorales du monde) :

Éloquent, non ?

  • la catégorie qui vote le plus PS : les cadres supérieurs !!! (pauvre Jaurès…)
  • la catégorie qui vote le plus UMP : les vieux (les cadres supérieurs votent à peine plus pour l’UMP que pour le PS !)
  • la catégorie qui vote le plus FN : les ouvriers, et à 49 % !

Je pense que ça résume terriblement bien notre situation politique…

(pour mémoire, voici la répartition des salariés en 2013 selon l’INSEE :  Ouvriers : 20 % / Employés : 28% / Professions intermédiaires : 25% / Cadres sup et prof libérales : 17% / Artisans et chef entreprises : 6%)

Bien entendu, comme il y a une énorme corrélation entre le niveau d’étude et la catégorie sociale, certains se sont amusés à présenter les choses ainsi, avec des commentaires de qualité :

On en arrive ainsi à une visualisation du mépris social.

Car si les sans-dents votent mal, c’est bien entendu parce qu’ils sont peu éduqués – et donc peu intelligents -, NULLEMENT car ils souffrent, et comprennent bien qu’ils sont les dindons de la farce du système actuel…

Cela rentre dans ses visions décadences du financiarisme, du genre “la fin de l’histoire”, “la fin des luttes de classes sociales”, etc. (un lecteur me parlait même récemment de la “fin du mal”, comme si le mal n’existait plus, et qu’on vivait dans un monde de Bisounours”). Visions où la politique fait seulement partie de la société du spectacle, et n’est plus la façon d’arbitrer entre les revendications des parties du corps social.

Et un jour, les parties constamment perdantes du corps social (et dont tout le monde se contrefout) se révoltent…

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A l’Ouest rien de nouveau, on détruit, à l’Est on construit. Par Pepe Escobar

25 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #La finance dérégulée, #Le socialisme

A l’Ouest rien de nouveau, on détruit, à l’Est on construit

Par Pepe Escobar

Mondialisation.ca, 25 mars 2015

atimes.com

« Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente (des USA) capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique.»

Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier, 1997

Que recèle un nom, ou même un idéogramme ? Tout. Un simple caractère chinois, jiè (介), qui signifie entre, illustre de façon éloquente l’initiative de politique étrangère la plus ambitieuse du nouveau rêve chinois.

Dans la partie supérieure de ce caractère à quatre traits qui, symboliquement, évoque le toit d’une maison, le trait à gauche correspond à la Ceinture économique de la route de la soie, et le trait à droite représente la Route de la soie maritime du XXIe siècle. Dans la partie inférieure, le trait à gauche est le corridor Chine-Pakistan, et celui à droite est le corridor Chine-Myanmar-Bengladesh-Inde, qui passe par la province du Yunnan.

La culture chinoise fait ses choux gras d’une ribambelle de formules, d’adages et de symboles. Même si bien des érudits chinois craignent que la nouvelle allusion au pouvoir souple de l’Empire du Milieu ne se perde en conjectures, le caractère jiè, avec toute la connectivité dont il est empreint, sert déjà de point de référence pour amener 1,3 milliard de Chinois et toute la diaspora à l’étranger à se faire une idée de la vision double (continentale et maritime) de la Nouvelle route de la soie dévoilée par le président Xi Jinping, appelée aussi Initiative de la Ceinture et de la Route.

Concrètement, la Nouvelle route de la soie sera dynamisée par le financement qui lui sera accordé en vertu d’un fonds spécial s’élevant à plusieurs milliards de dollars et par la nouvelle Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB). Les investisseurs européens en ont pris bonne note.

La Nouvelle route de la soie (les routes, en fait) symbolise le pivot de la Chine vers le cœur du continent qu’est l’Eurasie. Cela implique l’existence d’une Chine puissante enrichie encore plus par son voisinage, sans pour autant perdre son essence en tant qu’État de civilisation. On pourrait y voir une version remixée postmoderne des dynasties Tang, Song et des premiers Ming, que Pékin a habilement fait valoir dernièrement, dans le cadre d’une superbe exposition au Musée national de Chine, qui réunit des pièces rares de la Route de la soie de jadis en provenance de divers musées régionaux.

Hier, la Chine a mis en œuvre des projets d’infrastructure unificateurs comme la Grande muraille. Demain, elle se lancera dans un grand projet d’unification de l’Eurasie au moyen d’un train à grande vitesse. Lorsqu’on se penche sur l’ampleur de cette vision, la description de Xi comme un chef d’État qui aspire à devenir un nouveau Mao Zedong ou Deng Xiaoping se distingue par sa banalité.

La nouvelle aspiration de la Chine pourrait bien sûr être interprétée comme la fermentation d’un nouveau système d’influence, ordonné et centré à Pékin. Aux USA, ils sont nombreux à craindre que la Nouvelle route de la soie ne devienne, sur le plan géopolitique, un développement pacifique, une alternative avantageuse pour tous au pivot vers l’Asie de l’administration Obama, en fait mené par le Pentagone.

Pékin rejette l’idée même d’hégémonie. Il maintient qu’il ne s’agit pas d’un Plan Marshall. Il est indéniable que le Plan Marshall ne concernait que les pays occidentaux et excluait tous les pays et les régions que l’Occident considérait comme idéologiquement proches de l’Union soviétique. La Chine, en revanche, cherche à intégrer les économies émergentes dans un vaste réseau d’échanges et de commerce pan-eurasiatique.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir les grandes nations d’une Union européenne (UE) aux abois graviter autour de la banque AIIB [Banque d’investissement pour les infrastructures asiatiques, NdT], qui jouera un rôle clé dans la (les) nouvelle(s) route(s) de la soie. C’est à un géographe allemand, Ferdinand von Richthofen, que l’on doit le concept de Seidenstrasse (route de la soie). Marco Polo a lié à jamais l’Italie à la route de la soie. L’UE est déjà le partenaire commercial numéro un de la Chine. C’est aussi le 40e anniversaire des relations entre la Chine et l’UE, avec tout le symbolisme qui va avec. La constitution d’un fonds sino-européen pour financer des projets d’infrastructure, voire d’énergie verte, à la grandeur d’une Eurasie intégrée, est une possibilité bien réelle.


Angelus Novus, tableau de Paul Klee

C’est comme si le tableau saisissant de Paul Klee, Angelus Novus, l’Ange de l’Histoire, dont le philosophe Walter Benjamin a fait l’éloge, essayait maintenant de nous démontrer l’inexorabilité de la synergie qui émane de la Seidenstrasse sino-européenne en ce XXIe siècle. Fait crucial, elle engloberait la Russie, qui constitue un élément vital de la Nouvelle route de la soie, avec la transformation prévue du Transsibérien en TGV, un projet de 280 milliards de dollars financé par la Russie et la Chine. C’est la fusion du projet de Nouvelle route de la soie à l’idée initiale du président Poutine de créer un vaste empire commercial s’étendant de Lisbonne à Vladivostok.

Parallèlement à cela, la Route de la soie maritime du XXIe siècle va affermir les échanges commerciaux par mer déjà frénétiques qui se font entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. La province du Fujian, juste en face de Taiwan, où Xi a passé bien des années de sa vie, jouera un rôle déterminant. Hong Kong ne veut évidemment pas être en reste.

Tous ces changements sont proposés par la Chine, qui est enfin disposée à devenir un exportateur net d’une quantité massive de capitaux et la principale source de crédit pour le Grand Sud. D’ici quelques mois, Pékin va lancer le système de paiement international de la Chine (CIPS), qui devrait turbopropulser le yuan comme une importante devise mondiale pour tous les types d’échanges. Comme si la Banque AIIB ne suffisait pas, il y a aussi la Nouvelle banque de développement, fondée par les BRICS pour faire concurrence à la Banque mondiale, dont le siège social est à Shanghai.

On pourrait soutenir que tout le succès de la Route de la soie repose sur la façon dont Pékin va s’occuper de la rétive Xinjiang et sa population de Ouïghours [un peuple turcophone et musulman sunnite, NdT], qui devrait être considérée comme l’un des principaux maillons de l’Eurasie. Il s’agit là d’une intrigue secondaire qui pose de nombreux problèmes de sécurité, c’est le moins qu’on puisse dire, et qu’il faudra suivre attentivement d’ici la fin de la décennie. Chose certaine, la puissance du vent en provenance de Chine qui souffle vers l’Eurasie se fera sentir dans la majeure partie de l’Asie.

Par opposition à la sempiternelle pensée magique de Brzezinski, l’Eurasie deviendra probablement un enjeu politique: un partenariat stratégique sino-russe de facto, qui se manifeste dans les diverses facettes de la Nouvelle route de la soie, tout en déployant la force de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

À ce moment-là, l’Iran et le Pakistan seront membres de l’OCS. Les relations étroites entre l’ancienne Perse et la Chine s’étendent sur deux millénaires et sont perçues aujourd’hui par Pékin comme une question de sécurité nationale. Le Pakistan est un maillon essentiel de la Route de la soie maritime, surtout lorsqu’on prend en compte le port de Gwadar, dans l’océan Indien, appelé à devenir aussi, d’ici quelques années, un point de transit du gazoduc IP ou Iran-Pakistan. Il pourrait être aussi le point de départ d’un autre grand schème du pipelinistan chinois, qui prendrait la forme d’un gazoduc longeant la route de Karakorum pour ravitailler le Xinjiang.

Pékin considère l’Iran et le Pakistan, qui forment l’intersection entre l’Asie du Sud-Ouest et l’Asie du Sud, comme des maillons stratégiques de la Nouvelle route de la soie. Ce qui amène Pékin à faire sentir sa puissance commerciale non seulement dans l’océan Indien, mais aussi dans le golfe Persique.

L’inquiétude que la tournure des événements suscite à Washington fait ressortir l’absence flagrante de la moindre vision Made in the USA afin de charmer l’opinion publique paneurasiatique à ses vues. Tout ce qu’il propose, c’est une posture militaire brumeuse qui pivote parallèlement à une expansion effrénée de l’Otan, ainsi que le racket corporatiste connu sous le nom de Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI), qu’on appelle communément en Asie la version commerciale de l’Otan.

Le contrecoup de ce qui précède pourrait être déjà en préparation par l’entremise des BRICS, de l’OCS et du renforcement continuel du partenariat sino-russe. À cela s’ajoute l’expansion de l’Union économique eurasiatique (Arménie, Biélorussie, Kazakhstan et Russie, que rejoindra bientôt le Kirghizistan, puis le Tadjikistan). Au Moyen-Orient, la Syrie étudie sérieusement la possibilité d’en faire partie, et un accord commercial avec l’Égypte a déjà été conclu. En Asie du Sud-Est, un pacte avec le Vietnam sera chose faite d’ici la fin de 2015.

Le programme caché de la Russie et de la Chine dans leur contribution à la conclusion d’un accord sur le nucléaire entre l’Iran et le P5+1 ouvre la voie à l’admission de l’Iran comme membre à part entière de l’OCS. Au début de 2016, attendez-vous à ce que l’OCS représente au moins 60 % de l’Eurasie, une population regroupant 3,5 milliards d’habitants et une réserve pétrolière et gazière à la hauteur de celle des pays membres du Conseil de coopération du Golfe.

La véritable histoire, ce n’est pas de savoir comment la Chine va s’effondrer, comme le prétend David Shambaugh, le soi-disant expert numéro deux de la Chine aux USA (c’est qui le premier ? Henri Kissinger ?). Ce mythe a été démoli par de nombreuses sources. La véritable histoire, qu’un Asia Times revigoré va couvrir en détail dans les prochaines années [tout comme Le Saker francophone d’ailleurs, NdT], se trouve dans la manière dont les multiples aspects liés à la Nouvelle route de la soie vont configurer un nouveau rêve eurasiatique. Nous avons une vision, nous voyagerons. Bon voyage.

Pepe Escobar

Article original en anglais : Westward ho on China’s Eurasia BRIC road, Asia Times, 21 mars 2015

Traduit par Daniel, relu par jj et Diane pour Le Saker francophone

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

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