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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la mondialisation tag

Élections en Grèce et en Espagne. Peur et chantage 5 janvier 2015 par Serge Truffaut sur "Le Devoir".

6 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #Grèce, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La mondialisation, #La gauche

Élections en Grèce et en Espagne

Peur et chantage

5 janvier 2015 |Serge Truffaut | Europe

La Commission européenne (CE) a peur. Les marchés financiers également, ainsi que les dirigeants de diverses nations. La cause ? Les uns et les autres craignent que la gauche dite radicale sorte victorieuse des élections, en Grèce d’abord et en Espagne ensuite. Retour sur une angoisse percluse de paradoxes.

 

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a osé ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé : il s’est invité dans le débat des élections grecques qui se tiendront à la fin du mois. Il a affiché sa préférence en ces termes : « Je n’aimerais pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir. » Il préférerait « revoir des visages familiers en janvier ». Par forces extrêmes, Juncker entend celles qui ont fondé le parti Syriza, qui, selon les sondages, est en avance sur « les visages familiers » de l’alliance conservatrice qui a gouverné le pays au cours des dernières années. En fait, les conservateurs se sont davantage comportés en administrateurs du cocktail d’austérité confectionné par la troïka — la Banque centrale européenne (BCE), le FMI et l’Union européenne — qu’en gouvernants.

 

Dans la foulée de Juncker, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a emprunté les accents qui distinguent le préfet de discipline pour mieux asséner ceci : « Les nouvelles élections ne changeront pas les accords que nous avons passés avec le gouvernement grec. Tout nouveau gouvernement sera tenu par les engagements pris par ses prédécesseurs. » Histoire de ne pas être en reste, le commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, paravent de la fraude politique qu’est le Parti socialiste français, a menacé comme suit : « La Grèce doit respecter les engagements pris et mettre en place les réformes qui s’imposent. » Fermez le ban !

 

Lorsqu’on ajoute le chantage exprimé par divers banquiers de la City, on obtient un sous-texte. Lequel ? Les militants et élus de Syriza ainsi que leur chef, Alexis Tsipras, et leurs homologues espagnols du parti Podemos sont des… bolcheviques ! Étrange, très étrange, quand on songe que, contrairement aux partis d’extrême droite qui ont envoyé une flopée d’élus au Parlement européen de Strasbourg, ni Syriza ni Podemos n’ont inscrit l’abandon de l’euro à leur programme. Envisagent-ils la nationalisation des banques ? Non !

 

Étrange, extrêmement étrange, lorsqu’on songe qu’avant d’être président de la CE, Juncker fut ministre des Finances et premier ministre du Luxembourg dix-huit ans durant. Et alors ? Il a mis à profit ses pouvoirs en transformant le Luxembourg en un paradis fiscal qui, contrairement à la Suisse ou au Liechtenstein, ne se présente pas comme tel légalement. Il a été l’architecte d’un programme qui a garanti des avantages fiscaux énormes à plus de 340 multinationales. Bref, il a saigné — indirectement, il va sans dire — les recettes fiscales de la Grèce, de l’Espagne, de la France et d’autres. Ce faisant, il a été l’artisan du dégoût qu’éprouvent des centaines de milliers d’Européens pour Bruxelles.

 

Étrange, bigrement étrange, lorsqu’on songe qu’au lendemain de la crise de 2008, qualifiée de pire crise depuis celle des années 1930, les autorités dites compétentes ont dressé la liste des 25 établissements financiers Too Big to Fail ou trop gros pour que l’État se permette de les laisser faillir. Depuis lors, rien ou si peu n’a été fait pour modifier la culture d’entreprises qui disposent de droits refusés aux moins « grosses ». On insiste : les gouvernements ne se sont pas attelés à la réduction du risque que les BNP, Deutsche Bank et autres font peser sur des millions et des millions de citoyens.

 

Étrange, affreusement étrange, lorsqu’on songe que le quotidien allemand Bild, plus gros tirage du pays, et d’autres avec lui ont traité les Grecs comme une bande de paresseux et de profiteurs. Comme si, pour être plus exact, l’ADN de la magouille était une exclusivité grecque. Bon. Il est vrai qu’il est beaucoup plus facile de filmer la fameuse piscine construite sur les hauteurs d’Athènes afin d’illustrer le topo télévisé sur le filou local que de filmer le chiffre inscrit sur une feuille de papier déposée dans le coffre d’une banque sise à Zurich et qui décline, lui, le montant des détournements fiscaux effectués par les 1000 plus importantes fortunes allemandes.

 

Cela étant, les programmes des partis grec et espagnol consistent d’abord et avant tout à mettre entre parenthèses les politiques d’austérité qui ont eu les effets contraires de ceux avancés, ainsi que l’a d’ailleurs reconnu… le FMI ! En d’autres termes, ces partis veulent redonner à la démocratie la qualité qu’on lui prête. Au fond, c’est cette ambition qui effraie.

 
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[Mediapart, c'est aussi ça...] Affaire Piketty : histoire d’une amnésie collective par Hubert Huertas. le blog d'Olivier Berruyer.

4 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Economie, #Politique intérieure, #Europe supranationale, #La mondialisation, #Les transnationales, #Le grand banditisme

Parce que Mediapart, c’est aussi ça – et ça vaut donc le coup de les soutenir, malgré les fortes réserves sur l’international…

L’affaire Piketty ne se résume pas à une histoire de breloque et de vanités. Elle est un symbole ravageur. Elle ne parle pas d’un homme qui refuse une médaille, mais d’un chef de l’État qui ne tient pas sa parole. C’est ce face-à-face avec soi-même qui donne son côté accablant à une affaire au départ insignifiante.

Des artistes, des savants, des acteurs publics qui refusent la légion d’honneur, il y en a des dizaines, pour des motifs les plus divers. L’indépendance, comme Edmond Maire l’ancien patron de la CFDT ; la protestation, comme la chercheuse Annie Thébaud-Mony en 2012 ; la colère, comme Hector Berlioz à qui l’État devait de l’argent ; le haussement d’épaules comme le dessinateur Jacques Tardi en 2013 ; Georges Brassens en son temps, se moquant du « fatal insigne qui ne pardonne pas », ou Léo Ferré dénonçant « ce ruban malheureux et rouge comme la honte ». Claude Monet, Georges Bernanos, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Georges Sand, Pierre Curie, à chaque refus son anecdote et son bon mot.

La différence avec Piketty, c’est que l’État n’a pas écrit de roman avec Georges Sand, n’a pas cherché avec Pierre Curie, n’a pas chanté avec Brassens ou Ferré, ni dessiné avec Tardi, alors que le candidat François Hollande n’avait à la bouche que « la grande réforme fiscale » inspirée par un économiste en vue, dont le nom circulait sur toutes les lèvres.

Thomas Piketty, dans la campagne victorieuse de François Hollande, de l’automne 2011 au printemps 2012, ce n’était pas un conseiller parmi tant d’autres, c’était l’inspirateur, et la caution. La preuve que les quelques hardiesses économiques du candidat n’étaient pas improvisées. Si l’équipe entourant le futur président, et si le candidat lui-même promettaient d’agir sur la relance en pleine période de crise, c’est qu’une répartition plus juste de l’argent public recueilli par l’impôt allait créer un choc de confiance. À chaque question sur le déficit, ou sur la faisabilité de telle ou telle mesure, François Hollande répondait par « la grande réforme fiscale », et cette grande réforme fiscale, avec, entre autre, la fusion de la CSG et de l’Impôt sur le revenu, était issue des travaux de Thomas Piketty…

“Piketty”, c’était le Sésame, un mélange de magie et de science… La réponse globale et la réponse à tout.

Après les élections, la réponse globale s’est transformée en une succession d’ajustements qui ne répondaient qu’aux exigences de la droite et des organisations patronales, et le Sésame fut renvoyé à ses chères études, ses conférences, ses critiques, puis son best-seller mondial, tandis que le nouveau Président se consacrait aux 20 milliards d’allègements de charge du CICE, puis aux 40 milliards du pacte de responsabilité.

La grande réforme fiscale fut vaguement évoquée par Jean-Marc Ayrault en décembre 2013 avant d’être définitivement enterrée par la nomination de Manuel Valls au printemps 2014.

Si bien que l’attribution de cette Légion d’honneur apparaît, au seuil de 2015, comme une brassée de fleurs et de couronnes jetées sur la tombe d’une promesse, plutôt que l’aboutissement d’une carrière au service de la Nation… Geneviève Fioraso, la secrétaire d’État chargée de l’enseignement supérieur, à l’origine de cette proposition, aurait pu deviner que cette “récompense” ne chatouillerait pas la vanité du bouillant Piketty, mais l’agacerait plutôt.

Elle n’a pas réalisé. Elle n’a pas mesuré la dimension symbolique de cette décision a priori anecdotique, et elle n’est pas la seule. Quand l’affaire a éclaté, c’est tout le gouvernement qui a semblé frappé d’amnésie. Piketty n’était plus l’homme qui avait travaillé avec les ministres d’aujourd’hui, autour du candidat devenu Président, il était un intello, une espèce d’allumé, une star de l’édition dont on moquait les caprices…

Pour l’excellent Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, il y a d’un côté quelqu’un « qui a des idées intéressantes mais qui est un chercheur dans son bureau, qui fait des calculs », et de l’autre « la politique, qui est confrontée à la réalité ». Ah bon… Donc, François Hollande ne faisait pas de politique pendant sa campagne présidentielle !

Pour le secrétaire d’État Thierry Mandon, la réforme fiscale de Thomas Piketty est simplement inapplicable. Ah bon… Une réforme peut donc être inapplicable et promise à la fois !

Pour Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique, Thomas Piketty « confond peut-être le fait qu’une légion d’honneur est une récompense pour un mérite reconnu par la Nation, et pas une adhésion à une politique économique »… Ah bon. Donc, François Hollande n’adhérait pas au discours de sa campagne.

De bout en bout, de l’attribution de la médaille aux éléments de langage distillés dans les médias, le gouvernement et le Président se retrouvent confrontés à eux-mêmes, dans une sorte d’amnésie collective, et c’est ce face-à-face avec soi-même qui donne son côté accablant à cette affaire au départ insignifiante.

Pire encore. En opposant le mauvais coucheur Piketty au bon récipiendaire Jean Tirole, prix Nobel d’Économie, qui a accepté la médaille, les ministres confirment leur virage politique, c’est-à-dire la “trahison” que leur reproche le Front de gauche, la plupart des écologistes, et les frondeurs du PS. Car Tirole, pour Nobelisé qu’il soit, n’est pas un homme de gauche. Il a dû frémir au discours du Bourget (« mon ennemi, c’est la finance ») inspiré par Piketty. Jean Tirolle, le nouveau compagnon de route, est d’abord un libéral, et c’est lui le bon élève.

Pour compléter le tableau, notons encore ce “détail” de l’histoire… L’année éditoriale de la France a été marquée par deux livres. La vengeance de Valerie Trierweiller, et les errances d’Éric Zemmour. Tout le monde en parle parce qu’ils se sont beaucoup vendus. Le succès de Zemmour serait même un symptôme de l’extrême droitisation de la société française. Or Piketty, dans un pavé de 900 pages, publié en 2013, un ouvrage exigeant qui démonte les excès d’un libéralisme tout puissant en Europe, a vendu trois fois plus, et que trouve à déclarer le gouvernement PS, vexé : que cet économiste ferait mieux de retourner à ses chères études.

Si ce n’est pas un divorce, c’est carrément une fracture.

Source : Hubert Huertas, Mediapart, 3/1/2015

 
 
 

15 réponses à [Mediapart, c'est aussi ça...] Affaire Piketty : histoire d’une amnésie collective par Hubert Huertas

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"Les pays européens se sont engagés à accorder l'immunité totale à la CIA". La réaction de Dick Marty.

4 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le capitalisme;, #La guerre, #La mondialisation, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #La France, #La nation .

"Les pays européens se sont engagés à accorder l'immunité totale à la CIA"

10.12.2014

Dans une interview à la RTS mercredi, l'ex-rapporteur du Conseil de l'Europe Dick Marty a détaillé le "système" qui a entouré les pratiques de la CIA dans le monde et explique la complicité des pays européens.

Ce texte "n'épargne personne"

"La convention contre la torture est extrêmement claire: elle dit qu'aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu'elle soit, (...) ne peut être invoquée pour justifier la torture", a rappelé à Genève le Haut Commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.

Ce texte "n'épargne personne, pas plus les tortionnaires eux-mêmes que les décideurs politiques ou les responsables publics qui définissent la politique ou donnent les ordres", a-t-il ajouté.
 

"Crimes inexcusables", selon Edward Snowden

Le lanceur d'alerte Edward Snowden, qui avait révélé l'ampleur du système de surveillance américain, a qualifié mercredi de "crimes inexcusables" les pratiques de torture du renseignement américain.

Il s'exprimait pour la première fois en public en France, via une liaison vidéo, à l'invitation d'Amnesty International.

Ce texte "n'épargne personne"

"La convention contre la torture est extrêmement claire: elle dit qu'aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu'elle soit, (...) ne peut être invoquée pour justifier la torture", a rappelé à Genève le Haut Commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.

Ce texte "n'épargne personne, pas plus les tortionnaires eux-mêmes que les décideurs politiques ou les responsables publics qui définissent la politique ou donnent les ordres", a-t-il ajouté.
 

"Crimes inexcusables", selon Edward Snowden

Le lanceur d'alerte Edward Snowden, qui avait révélé l'ampleur du système de surveillance américain, a qualifié mercredi de "crimes inexcusables" les pratiques de torture du renseignement américain.

Il s'exprimait pour la première fois en public en France, via une liaison vidéo, à l'invitation d'Amnesty International.
 
 

Vers des poursuites judiciaires?

Dick Marty s'exprimait au lendemain de la publication d'un rapport accablant sur les méthodes d'interrogatoire utilisées par la CIA pour obtenir des informations.

Dans ce contexte, les appels se sont multipliés aux Etats-Unis et dans le monde pour réclamer des poursuites judiciaires sur l'usage de la torture, un dossier que l'administration Obama semble cependant considérer comme clos.

Berlin a dénoncé "une violation grave des valeurs démocratiques", tandis que l'Union européenne a estimé que ces révélations "soulèvent d'importantes questions sur la violation des droits de l'homme par les autorités américaines
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Fondements pour une révolution! Sur France-Culture. Un article de Guy Martin.

3 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #La mondialisation, #Les transnationales, #La lutte des classes, #La finance dérégulée

C’est rare et cela mérite d’être savouré lentement. Signe de temps troublés, France Culture entrouvre son antenne à une pensée alternative, qui démontre l’impasse dans laquelle le capitalisme a conduit l’espèce humaine :

  1. Un enregistrement du journal de 12h30 du 2 janvier 2015 de France Culture, qu’il faut absolument écouter entièrement car il se termine par un entretien avec Patrick Vassort, sociologue, qui pose clairement les fondements d’une révolution :

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4979538

  1. Un lien vers la revue Illusio que je viens de découvrir grâce à ce journal de France Culture :

http://revueillusio.free.fr/illusio10.html

  1. Et un lien vers le numéro de la revue dont il est question dans le journal - « Théorie Critique De La Crise Du Crépuscule De La Pensée à La Catastrophe (Volume II) » (ou du chaos à la révolution ?) :

http://www.editionsbdl.com/fr/books/thorie-critique-de-la-crise-du-crpuscule-de-la-pense-la-catastrophe-volume-ii/409/

Bien cordialement,

Guy Martin

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LIBRE ? [éditorial du nouveau Bastille-République-Nations]. Par Pierre Lévy.

3 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #La France, #La République, #Europe supranationale, #Economie, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée, #La gauche, #Le socialisme

Samedi 3 janvier 2015 

BRN-titre

« Fermez votre gueule, Mme Merkel ! ». On ne chipotera pas Jean-Luc Mélenchon sur l’élégance de son « gazouilli », en allemand dans le texte, émis le 7 décembre sur le réseau Twitter. Pas plus qu’on ne rappellera quelle fut son indignation lorsqu’en novembre 2011, Arnaud Montebourg accusa la chancelière de mener « une politique à la Bismarck ». Le dirigeant du Front de gauche s’indigna alors de ce propos, arguant que « l’amitié franco-allemande est un devoir pour la paix et pour la construction européenne ».

 

 

Quoiqu’il en soit, on lui donnera volontiers acte du rôle particulier d’Angela Merkel en faveur de l’austérité bruxelloise. Mais l’eurodéputé a éprouvé le besoin d’ajouter : « la France est libre ! ». Hélas non, Jean-Luc, la France n’est pas libre : elle est membre de l’Union européenne. Elle est engagée par des traités juridiquement contraignants, signés par les gouvernements successifs, aux termes desquels elle s’interdit explicitement de mener une politique indépendante, et accepte de se soumettre au verdict des décisions communautaires. Ce carcan s’est encore resserré avec la mise en place de la gouvernance économique définie par des textes poétiquement dénommés 2-Pack, 6-Pack, TSCG, et quelques autres.

 

 

La Commission européenne, dans son rapport sur les « déséquilibres économiques » publié le 11 décembre, a enjoint à la France de diminuer sa dette et sa « pression fiscale », de restaurer l’équilibre de sa balance commerciale et sa « compétitivité », et d’accélérer les « réformes structurelles » (c’est l’objet du projet Macron). En outre, le nouvel exécutif européen, sous la houlette de Jean-Claude Juncker, projette, dans son programme de travail pour 2015, de renforcer la pression sur les Etats à travers « de nouvelles étapes de souveraineté partagée vers un gouvernement économique ».

 

  

Car à Bruxelles, on entend bien surveiller les politiques économiques et sociales dans leur ensemble, et pas seulement les déficits budgétaires. Ceux-ci restent cependant au cœur de la répression européenne, comme en témoigne le nouveau cycle de « négociations » entre la Commission et Bercy. Déjà, en octobre, Paris n’avait échappé à un veto préliminaire sur le budget 2015 qu’en affichant in extremis 3,6 milliards d’« économies » supplémentaires. Rebelote fin novembre, où les ministres de la zone euro ont octroyé un sursis de trois mois à la France pour trouver en urgence des coupes « additionnelles ». Un pays libre ?

 

 

La France n’est pas libre, pas plus que l’Italie, dont le premier ministre (social-démocrate) accélère les réformes structurelles, par exemple celle généralisant les contrats de travail à droits variables, au point de provoquer une grève générale le 12 décembre. La France n’est pas libre, pas plus que l’Irlande, dont le gouvernement (libéral) tente de revenir sur la gratuité de l’eau, provoquant d’importantes manifestations de la part d’un peuple qui sait ce qu’austérité européenne veut dire. La France n’est pas libre, pas plus que la Belgique, dont le cabinet (de droite) entend accélérer les « économies », ce qui a entraîné une mobilisation historique du monde du travail le 15 décembre, probablement pas sans lendemains.

  

 

La France n’est pas libre, pas plus que la Grèce, dont le chef du gouvernement a avancé la date de l’élection du chef de l’Etat, espérant ainsi négocier plus à l’aise avec Bruxelles pendant les deux mois qui viennent de lui être accordés par l’UE pour « adapter » le budget voté par le Parlement. Et la président de la Commission européenne n’a pas hésité à prendre parti, en cas d’élections législatives anticipées, pour les forces politiques « qui comprennent la nécessité du processus d’intégration européenne ».

 

Bref, aucun pays n’est plus libre depuis que leurs dirigeants respectifs se sont en quelque sorte ligués contre leurs propres peuples afin de retirer à ceux-ci, étape après étape, la liberté de décider de leur avenir hors d’un cadre contraint.

 

La France n’est plus libre. Ou plutôt : elle ne l’est pas encore.

 

 

 

Pierre LÉVY

 

 

source: BRN

 

repris par EL DIABLO

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Vendredi 2 janvier 2015. GRÈCE: SYRIZA gauche radicale ? Pas tant que ça... Par Cécile Chams.

2 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #La mondialisation, #La nation ., #La finance dérégulée, #La France, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Economie

Vendredi 2 janvier 2015 

Syriza-grece

GRÈCE : Syriza ou la voie social-démocrate

 

 

« Syriza est prête à assumer la responsabilité historique de gouverner le pays », déclare Alexis Tsipras, le jeune président de la Coalition de la gauche radicale grecque. Celle-ci s’est constituée en parti lors de son congrès de fondation du 10 au 14 juillet 2013. Selon les derniers sondages, Syriza pourrait devenir le premier parti du pays et former le prochain gouvernement. Pour certains (1), elle représente « la seule lueur d’espoir » pour la Grèce et « l’alternative » pour l’Europe.

 

Créée en 2002 en tant que coalition électorale, Syriza, ou Coalition de la gauche radicale, est devenue un parti. Sa principale composante est Synaspismos, une dissidence du Parti communiste de Grèce (KKE), devenue parti en 1991. Synaspismos regroupait les eurocommunistes, inspirés par la mutation des partis communistes français ou italien, favorables à l’intégration dans l’Union européenne et ne considérant plus le socialisme comme alternative de fond au capitaliste. Ce noyau a été rejoint par une série d’organisations et de petits partis de tendance trotskiste, d’inspiration anarchiste, écologiste, maoïste…

 

Lors des dernières élections législatives, Syriza fait une percée impressionnante : elle passe de 4,9 % en 2009 à 26,9 % en juin 2012. Syriza a fait campagne sur la proposition d’un gouvernement de gauche anti-austérité, qui renégocierait la dette de la Grèce, rétablirait les salaires et les emplois dans le secteur public, supprimerait les taxes injustes, tout en restant dans la zone euro et dans l’Union européenne. Son discours était servi par son jeune dirigeant, Alexis Tsipras (39 ans), alliant charme et phrases-chocs pour séduire ses électeurs.

 

Forte de ce succès, qui en a fait la seconde organisation politique de Grèce après la Nouvelle démocratie (droite), Syriza a décidé de devenir un parti afin de concrétiser son projet de « gouvernement de la gauche ». Et ce statut de parti, plutôt que de mouvement, lui permet aussi, en cas de victoire électorale, d’obtenir les cinquante sièges supplémentaires attribués au parti qui a recueilli le plus de votes. L’organisation et le programme de Syriza ont été débattus lors d’une conférence en décembre 2012, puis lors du premier congrès du parti, du 10 au 14 juillet 2013.

Négocier la dette avec l’Union européenne

« Effacer une grande partie de la dette » est un des axes adoptés par le congrès de Syriza. Son programme économique de 2012 précise : « ajuster la dette accumulée et créer les conditions pour un futur financement du développement, en effaçant une large part de la dette… Cet ajustement sera mené dans le cadre d’une solution européenne commune à la dette publique de tous les pays de l’Union européenne, sur base de négociations bilatérales (2). »

 

La Plate-forme de gauche au sein de Syriza (voir encadré « Divisions internes ») a introduit un amendement stipulant que « Syriza doit rejeter la totalité de la dette de la Grèce, promouvoir l’annulation de tous les accords de prêt avec la Troïka et se préparer à cesser tout paiement si nécessaire pour soutenir l’annulation de la dette ». Cet amendement a été rejeté, mais a toutefois obtenu 40 % des voix au congrès de 2013.

 

« Lors de l’élection de juin dernier [2012], le parti avait insisté sur le fait qu’il abrogerait le mémorandum imposé par la Troïka s’il parvenait au pouvoir. Cette position a évolué dans les cercles dirigeants de Syriza », estime Philippe Marlière (3), professeur à l’University College de Londres et membre du Front de gauche français. Il poursuit : « La dette ne serait plus annulée, mais un gouvernement de gauche réclamerait un délai supplémentaire pour l’honorer. » Lors de sa visite en Allemagne en janvier 2013, Tsipras a confirmé cela ; dans une interview avec la radio Deutsche Welle, il a déclaré que son parti n’annulerait pas unilatéralement la dette, mais négocierait surtout de nouveaux accords de prêts. « Un important montant de la valeur nominale de la dette doit être effacé », a-t-il encore récemment déclaré (4).

Divisions internes

Le congrès de fondation de Syriza en juillet 2013 a rassemblé 3 430 délégués. Ceux-ci ont eu moins d’un mois pour se prononcer sur les textes préparés par la direction du parti. Le congrès a consacré la plus grande part de ses débats à des questions internes, principalement celle de la dissolution des partis et organisations qui composent Syriza. Face à une forte opposition et dans un climat tendu, le congrès a finalement défini Syriza comme un parti regroupant des « tendances multiples », dont le sort sera décidé après des « consultations mutuelles » qui prendront « un temps raisonnable ».

 

Loin de renforcer l’unité, le congrès a montré les profonds clivages entre les composantes de Syriza, notamment entre l’aile majoritaire, dominée par Synaspismos et la Plate-forme de gauche, regroupant plusieurs organisations, la plupart de tendance trotskiste. Celle-ci représente 30 % des voix au dernier congrès, alors qu’elle obtenait 25 % à la conférence de décembre 2012. Le Congrès a rejeté les amendements de la Plate-forme de gauche, qui ont toutefois obtenu 30 à 40 %.

 

Ces amendements (5) étaient les suivants :

  • Syriza doit rejeter la totalité de la dette de la Grèce, soutenir l’annulation de tous les accords de prêt avec la Troïka et se préparer à mettre fin à tout paiement si nécessaire pour réaliser l’annulation de la dette.
  • Syriza doit soutenir la nationalisation, sous contrôle des travailleurs et du peuple, de tout le système bancaire et de tous les secteurs stratégiques de l’économie, comme un moyen nécessaire de rencontrer les besoins des travailleurs et de riposter aux attaques des capitalistes contre la classe ouvrière.
  • Syriza doit appeler à la formation d’un gouvernement de gauche qui doit préparer la rupture avec la zone euro et l’Union européenne.
  • Syriza doit appeler à un front uni des partis de gauche, y compris le Parti communiste et Antarsya, mais doit refuser de coopérer avec toute force politique et avec tout politicien qui a mené ou accepté les politiques d’austérité, y compris Dimar.

Le congrès a élu Alexis Tsipras comme dirigeant du parti avec 72 % des voix. Plus d’un quart des délégués ne l’ont pas soutenu. Un relativement piètre score pour un nouveau dirigeant, candidat au poste de premier ministre de surcroît.

 

Syriza estime donc qu’une partie de la dette serait légitime ou qu’il suffirait de négocier avec l’Union européenne une annulation partielle de la dette pour améliorer le sort de la population. Ce qui implique que le peuple devrait payer quand même un peu, mais moins qu’aujourd’hui peut-être…

 

Les dirigeants de Syriza affirment qu’ils vont annuler le mémorandum, c’est-à-dire les mesures d’austérité. « Mais le “mémorandum” et l’ “accord de prêt” ne sont pas deux choses différentes », explique le chercheur en sciences politiques Nicolas Mottas. « L’accord de prêt lui-même prévoit l’application des termes du mémorandum comme une condition préalable ; le mémorandum et l’accord de prêt sont les deux faces d’une même médaille (6). »

 

Interrogée par la revue française Z, Iphigenia Kamtsidou, professeur de droit constitutionnel à l’université Aristote de Thessalonique précise : « Ce qui importe actuellement, c’est le fait que les mémorandums et les traités de prêt soumettent toute la vie politique et institutionnelle de la Grèce à des considérations extérieures. Ce sont les créanciers qui décident des buts à poursuivre, du contenu de la politique générale du pays et des mesures législatives à prendre (7). » Une clause de l’accord de prêt prévoit même que l’État grec renonce à son immunité en cas de non-paiement de la dette. Ce qui signifie que ses biens pourraient être saisis.

 

Depuis le début de la crise en Grèce, Syriza parle de « crise de la dette », laissant croire ainsi qu’il s’agit du cœur du problème. Or, la dette est une des conséquences et non la cause de la crise capitaliste. La crise est provoquée par la baisse générale du pouvoir d’achat des populations suite aux mesures prises depuis trente ans pour réduire le coût du travail, des allocations sociales… Cette baisse du pouvoir d’achat de la population a été masquée pendant des années par la création d’une économie basée sur l’endettement, jusqu’à l’éclatement de la crise. Aujourd’hui, la production n’arrive plus à trouver acheteur. La crise trouve sa cause dans le fait que la richesse produite par la société n’est pas rendue à ceux qui l’ont produite, mais est concentrée dans les monopoles, entre les mains d’un nombre toujours plus réduit de capitalistes. Et ce sont aujourd’hui les revenus des travailleurs et de leurs familles qui sont rabotés pour renflouer les banques européennes. C’est une spirale infernale. C’est pourquoi la dette et toutes les mesures d’austérité (mémorandums) doivent être entièrement rejetées.

Les vieilles recettes keynésiennes

« Nous allons restaurer et renforcer l’État-providence », déclare aujourd’hui Syriza. « Nous allons annuler les mémorandums et les lois d’application. Nous allons mettre en œuvre un programme de restauration sociale et économique, de reconstruction productive et environnementale, qui va guérir les blessures infligées à la classe ouvrière et restaurer graduellement les conditions d’emploi stable et de vie décente, avec des salaires et pensions adéquats, créer de nouveaux emplois. Tous les salariés (du public) qui ont été licenciés sont nécessaires et seront réintégrés. »

 

Pour financer ce programme, Syriza envisage de remettre au goût du jour deux mécanismes d’aide. Au Forum Kreistky à Vienne le 24 septembre 2013, Alexis Tsipras les explique : « Un gouvernement Syriza mettra sur la table un plan Marshall européen, qui comprendra une union bancaire autonome, la centralisation de la dette publique par la Banque centrale européenne et un programme massif d’investissement public. Avant tout, nous réclamerons une conférence spéciale sur la dette européenne, en analogie avec la Conférence de Londres de 1953 sur la dette allemande de l’époque, qui a décidé d’en amputer une large part, ainsi qu’un moratoire sur le paiement des intérêts et une clause de croissance. »

 

Est-ce un programme réalisable ? « D’une part, on imagine mal aujourd’hui quels pays accepteraient de mettre en œuvre un nouveau plan Marshall », explique Philippe Marlière (8). « Les conditions économiques et géopolitiques aujourd’hui ne sont pas comparables à celles du début de la Guerre froide, sur fond de compétition soviétique. » « Tenté par le pillage de l’Allemagne de l’Ouest après-guerre, le capital atlantique avait finalement opté pour le redressement économique contre le bloc communiste à l’Est, pour en faire la tête de pont d’une Europe de l’Ouest capitaliste, libérale et anticommuniste », comme l’expliquent des communistes français (9).

 

« D’autre part, une annulation partielle de la dette grecque comparable à celle de l’Allemagne (en 1953) n’est pas acquise non plus, poursuit Philippe Marlière. Le comportement inflexible de la Troïka et de l’Allemagne jusqu’à présent n’incite guère à l’optimisme. »

 

Comme le commissaire européen à la politique économique et financière Olli Rehn l’a rappelé en octobre 2013, le contrôle européen sur les finances grecques ne prendra pas fin à l’expiration de l’accord de prêt. Commentaire d’un quotidien grec : « Si un éventuel gouvernement Syriza voulait mettre en œuvre des politiques keynésiennes, il devrait d’abord convaincre tous ses partenaires de la zone euro d’accepter un changement du cadre législatif actuel ou alors quitter la monnaie commune. En d’autres termes, si Syriza tentait de s’écarter de “l’orthodoxie économique”, la Grèce serait traînée devant la Cour européenne de justice, devrait payer des amendes et même les subsides de l’UE selon l’accord financier multiannuel (2014-2020) seraient suspendus (10). »

Le Pasok nouveau est-il arrivé ?

La restauration de l’État-providence, ce ne serait pas la première tentative en Grèce. « En 1981, année de la première accession des socialistes grecs au pouvoir, le Pasok, armé d’un agenda d’inspiration keynésienne de relance de la demande totale, tentait de dynamiser la croissance économique et de mettre en œuvre ce qu’il appelait “la troisième voie vers le socialisme”. Une pièce centrale dans le dispositif économique et social du Pasok, centrale aussi pour l’image politique du parti, a été la politique de redistribution en faveur des couches populaires. Le Pasok a mis l’accent sur la création d’un État-providence fort, avec en point d’orgue la fondation du système national de santé en 1983 (11). »

 

Mais qu’est devenu le programme de relance du Pasok de 1981 ? La Revue socialiste estime que « l’échec patent du Pasok à limiter la grande fraude fiscale a creusé le déficit public et la dette de façon dramatique. La dette, de 28,6 % du PIB en 1980, [… a atteint] le niveau d’alarme après la fin du second mandat du Pasok (80,7 % du PIB en 1990). La gestion du Pasok se trouve bien à la racine de la crise actuelle de la dette. En général, les gouvernements socialistes de la décennie 1980 ont géré les finances publiques de manière irréfléchie, entraînant l’échec de leurs objectifs redistributifs (ce qui a été donné d’une main aux couches populaires dans la période 1981-83 leur a été repris de l’autre par la politique d’austérité de la période 1985-87 et par une politique fiscale trop laxiste, profitant largement au monde de l’entreprise, aux professions libérales et à l’économie noire). Non seulement les choix de gauche du Pasok, largement rhétoriques, n’ont pas mis en cause les privilèges d’un microcapitalisme grandement inégalitaire, mais ils ont fortement augmenté la richesse des classes moyennes “indépendantes”(12). »

 

Dans un premier temps, le Pasok a récompensé ses électeurs. En endettant l’État grec, il a développé l’emploi public, augmenté les salaires et étendu les droits sociaux. Cette politique a permis une certaine amélioration des conditions de vie du peuple et une augmentation de la consommation. Mais en même temps, le Pasok a pris soin de préserver les intérêts et privilèges des armateurs, des grands monopoles et de l’Église orthodoxe, de préserver la classe capitaliste monopoliste. À son tour, cette classe en a réclamé davantage. Le Pasok ne pouvait ménager à la fois la chèvre et le chou : pour rester au pouvoir, il a préféré s’assurer le soutien des monopoles grecs et des bailleurs de fonds européens et il a adopté des mesures d’austérité contre le peuple, ce qui a entraîné sa chute vertigineuse. Alors qu’il remportait 43,92 % des voix aux législatives de 2009, il n’obtient plus que 13,18 % en 2012. Débarrassé de son masque de gauche, le Pasok est aujourd’hui allié à son « ennemi » d’autrefois, la Nouvelle démocratie, et applique avec zèle les recettes de la Troïka.

 

Selon les besoins, les partis sociaux-démocrates prônent l’intervention massive des États ou au contraire deviennent les chantres du marché, comme on l’a constaté ces dernières décennies. Mais en définitive, que ce soit avec des partis sociaux-démocrates ou libéraux-conservateurs au pouvoir (ou les deux), la bourgeoisie internationale réussit toujours à sécuriser le taux de profit et l’extension du capital des monopoles.

Le salut dans l’Union européenne ?

Syriza veut « refonder le projet européen en direction d’une construction et d’un fonctionnement démocratique, de la justice sociale et du socialisme ». La résolution politique du congrès de fondation de Syriza en 2013 fait référence au socialisme à trois reprises, vertu morale plutôt que système politique.

 

Syriza concentre ses critiques sur le gouvernement grec de coalition et « les forces politiques du merkelisme (13)». Mais elle ne remet nullement en question les principes fondateurs de l’Union européenne. Tsipras précise : « Notre proposition d’une alliance européenne la plus large possible contre l’austérité rejoint la quintessence du processus d’intégration européenne, incarnée par Jean Monnet, l’architecte de l’Union européenne qui déclare : “Nous ne coalisons pas des États, nous unifions des hommes”. » En réalité, le banquier Jean Monnet prônait la création des « États-Unis d’Europe », selon le modèle américain. C’est grâce à ce farouche atlantiste que les États-Unis ont pu influencer directement la construction de l’Union européenne. C’était un partisan d’institutions supranationales dans des secteurs essentiels de l’économie (14). Aujourd’hui, sur les traces de Monnet et d’autres de ses fondateurs, l’Union européenne est plus que jamais l’expression politique des multinationales des pays qui la composent.

 

Devant les sociaux-démocrates autrichiens, Tsipras a proposé des changements pour « sauver la zone euro, sans rompre aucun des traités actuellement en vigueur (15) ». On ne touchera donc pas aux traités, depuis celui Maastricht jusqu’à celui de Lisbonne. Ces traités soumettent les États membres aux institutions et au fonctionnement de l’Union européenne, à ses objectifs, à ses principes budgétaires, à ses décisions aux niveaux économique, social et judiciaire ou encore à sa défense commune, qui renforce l’intégration militaire et consacre la coopération avec l’Otan.

 

Comment dans ces conditions, Syriza, arrivée au pouvoir, pourrait-elle tenir ses promesses ? Dans son programme économique publié en 2012 (16), le parti déclare : « Nous allons faire face aux déficits de manière efficace et socialement juste, en donnant la priorité à la redistribution et à la croissance respectant l’environnement et en tentant d’augmenter progressivement les salaires et les dépenses sociales. »

 

Mais le financement de ce programme de relance reste très vague : « Les revenus de l’État viendront de la taxation de la fortune, des bénéfices nets, des hauts revenus, des grandes propriétés et de la propriété de l’Église. » Suffira-t-il de mettre en place un « cadastre des fortunes », et d’amener « les taux d’imposition et des barèmes d’imposition des revenus des personnes physiques et juridiques… à la moyenne européenne » ? Est-ce que les autres pays européens, aux taux d’imposition plus élevés, mènent une politique de relance ? Pour récupérer l’argent des Grecs riches, planqué en Suisse, Syriza prône « la signature d’un accord bilatéral avec la Suisse sur l’imposition des épargnes des citoyens grecs présents dans ce pays ». Cet accord est négocié depuis longtemps et n’aboutira évidemment pas. Syriza ne propose même pas de sanctionner les riches qui placent leur argent en Suisse en expropriant, par exemple, leurs avoirs en Grèce. Syriza ne propose pas l’annulation pure et simple du régime « zéro impôt » pour les armateurs et l’Église, mais va rechercher un accord « avec la branche de l’industrie maritime et les milieux des armateurs, dans le but de supprimer les 58 exemptions fiscales différentes et de créer un système fiscal solide et durable qui réponde au devoir constitutionnel de tous les citoyens grecs de contribuer aux impôts ».

 

Syriza n’explique pas comment le gouvernement, sans le soutien d’un large mouvement extra-parlementaire, serait même capable d’imposer ces mesures. Comme le reconnaît le vieux militant antifasciste et député de Syriza, Manolis Glezos : « Les gens me demandent d’où viendra l’argent, mais je crains que notre réponse ne soit pas convaincante (17). » En finir avec l’austérité est impossible sans une politique de rupture avec le système qui génère cette politique, en Grèce ou ailleurs en Europe. C’est impossible sans une stratégie de lutte, avec les travailleurs et la population exploitée, contre la classe qui continue à s’enrichir malgré la crise. Or Syriza propage l’illusion d’un système capitaliste réformable et acceptable pour les masses populaires pourvu qu’il soit géré selon des valeurs humanistes.

 

Il n’est pas question dans son programme de mobilisation populaire, avec des mots d’ordre clairs contre les grandes fortunes. Il n’est pas question non plus de mobiliser les travailleurs contre la résistance que la classe bourgeoise manifestera inévitablement. Enfin, il n’y est pas mentionné que tourner le dos à l’austérité, c’est impossible sans remettre en question le rôle de l’Union européenne comme puissance impérialiste, qui a fait de la Grèce un laboratoire antiouvrier.

Le socialisme de Syriza

En 1981, le Pasok parlait de « troisième voie vers le socialisme ». Aujourd’hui, Syriza parle de « socialisme du 21e siècle ». Il s’agit, selon le programme de Syriza, d’ « une voie alternative de salut social, de reconstruction sociale, productive et environnementale au bénéfice de la grande majorité sociale ». Mais ni l’un ni l’autre ne veulent s’attaquer aux racines de la crise, c’est-à-dire au système capitaliste lui-même. Sans une stratégie de lutte dirigée par la classe ouvrière contre l’infime minorité qui détient les richesses, c’est-à-dire contre la grande bourgeoisie, le programme de Syriza subira le même sort que celui du Pasok.

 

Syriza veut « annuler les privatisations en cours, restaurer le contrôle public sur les entreprises stratégiques qui ont été privatisées ». Formulé ainsi, il s’agit d’un vœu pieux. Que signifie en effet « restaurer le contrôle public » si ce n’est pas s’attaquer à la question de la propriété du capital ? Dans sa résolution politique (18), Syriza évoque brièvement la crise capitaliste de suraccumulation, « principalement caractérisée par l’inflation du secteur financier » et dénonce le « capitalisme néolibéral », caractérisé principalement par la « flexibilisation du travail » et les « privatisations d’entreprises en difficulté ».

 

L’analyse de Syriza a heurté Philippe Marlière (19) : « Alexis Tsipras répète inlassablement que l’Europe fait face à une “crise structurelle du capitalisme et de son modèle néolibéral”. Les mesures de rééchelonnement de la dette permettraient-elles de relancer l’économie et d’augmenter sans tarder les salaires ? Constitueraient-elles une étape anticapitaliste vers le socialisme ? Rien n’est moins sûr. » « Les mesures d’urgence sociale, frappées du bon sens, s’inscrivent dans un cadre réformiste radical. Aucun projet de dépassement du capitalisme n’apparaît clairement, surtout dans le corset budgétaire et institutionnel de la zone euro », estime Philippe Marlière. La vision de Syriza ménage le système capitaliste en lui-même. La source de la crise économique de surproduction relative, accompagnée de suraccumulation des capitaux, se situe dans les rapports de production capitalistes, dans la contradiction entre ceux qui produisent la richesse, c’est-à-dire les travailleurs, et ceux qui accaparent cette richesse, la classe capitaliste, menée par les grands monopoles.

 

À la notion de « lutte de classe », totalement absente de son discours, Syriza préfère celle de « subversion » : ce terme revient même douze fois dans la résolution politique du congrès. C’est un terme vague qui désigne la contestation du système, terme particulièrement prisé par le courant anarchiste et antiautoritaire qui est bien présent en Grèce et dans Syriza. La subversion s’oppose à l’organisation de la classe ouvrière dans un parti d’avant-garde et dans des syndicats. Le terme « subversion » a acquis une connotation plutôt culturelle dans le mouvement altermondialiste et désigne un mouvement de citoyens contre la société de consommation, contre l’injustice.

 

On voudrait espérer que Syriza a bien l’intention de ne pas répéter les erreurs du Pasok et qu’elle va s’attaquer aux privilèges du capital. Mais comment comprendre les propos que Tsipras a tenus aux patrons grecs, lors de l’assemblée annuelle de la Fédération des entreprises grecques (SEV) ? Certes, il a promis de rétablir le salaire minimum à 751 euros ainsi que les conventions collectives ; mais il était surtout là pour rassurer le patronat sur le fait que « Syriza est prête à assumer la responsabilité historique de gouverner le pays ». Il lui a tenu le discours suivant : « Le consensus social et la stabilité sont l’oxygène de l’économie. L’absence de garantie empêche la dynamique de production, plus que tout autre facteur […] Nous allons lancer des investissements publics à performance rapide. Non pour déloger le secteur privé, mais pour l’encourager. Nous, en tant que prochain gouvernement du pays, nous voulons faciliter les investissements productifs d’initiative privée ; l’initiative privée qui prend le risque du marché. Pas l’initiative pirate (20)… » On est bien loin de la « subversion » !

« Nous allons mener la bataille au parlement »

Pour Syriza, la classe ouvrière n’est qu’une des composantes du peuple. Dans sa résolution politique, Syriza n’évoque la « classe ouvrière » que comme une couche sociale particulièrement victime de l’austérité. Le mouvement ouvrier n’a pas de rôle particulier à jouer dans le projet d’un « gouvernement de la gauche ». Ce dernier sera le produit d’un « mouvement social de masse multiforme, qui repoussera les attaques quotidiennes du gouvernement sur chaque front, traçant les conditions pour la grande subversion sociale et politique. Le gouvernement de la gauche émergera comme résultat de cette grande initiative et mobilisation populaire. » Avec lyrisme, Syriza cite en exemple « le large courant populaire de luttes pour la subversion qui a mené la bataille contre les mémorandums et la dette de manière massive, sur les places, les lieux de travail, les quartiers ». Mais pas un mot sur les luttes ouvrières les plus importantes, comme celle des sidérurgistes qui ont réussi à faire plier le gouvernement après neuf mois de grève (2011-2012), ni celle des matelots qui ont imposé le maintien des conventions collectives (2012).

 

Les sidérurgistes d’Aspropyrgos, près d’Athènes, ont fait grève contre le plan d’austérité du patron, qui voulait leur imposer de travailler cinq heures par jour pour un salaire de 500 euros. Ils ont tenu le coup grâce au soutien du PAME — le Front militant des travailleurs, proche du KKE — et au soutien des travailleurs de toute la Grèce. Mais ne leur parlez pas de Syriza. « À Volos, l’autre usine sidérurgique du groupe, Syriza, par l’intermédiaire de son représentant syndical, a voté contre la grève et pour le plan d’austérité du patron », comme nous l’a expliqué Yannis, sidérurgiste d’Aspropyrgos. Même constat pour les ouvriers des chantiers navals, affiliés au PAME en grande majorité. En 2012, ils ont dû affronter un « bloc de gauche » dont faisait partie Syriza, qui leur proposait d’accepter un recul du temps de travail et des salaires. Cette proposition n’a récolté que 26 voix sur les 400 métallos de l’assemblée (21).

 

Grâce au transfert de nombreux syndicalistes du Pasok, Syriza s’est renforcée en tant que quatrième force syndicale du pays. Mais le PAME reste la troisième force syndicale (22) du pays et la première force dans certaines régions ou certains secteurs. Cela s’est confirmé aux dernières élections syndicales de 2013 pour les travailleurs du Pirée (port d’Athènes), du secteur du bâtiment ou de celui de l’alimentation. Les syndicats affiliés au PAME y ont renforcé leur position de première force syndicale. Lors des élections des travailleurs de l’industrie alimentaire, la liste affiliée au PAME a triomphé avec 80 % des voix devant une coalition regroupant des syndicalistes de Syriza, du Pasok et de la Nouvelle démocratie (23), une liste « anti-PAME » en quelque sorte.

 

De même, si Syriza peut compter sur un électorat plutôt jeune, son implantation parmi les étudiants reste très faible. La liste AP.EN., soutenue par Syriza, ne fait que 6,45 % dans les universités et 2,07 % dans l’enseignement supérieur non universitaire lors des élections des syndicats étudiants du 17 avril 2013. Ce n’est que la cinquième force, derrière les listes soutenues par la Nouvelle démocratie, le Pasok, la Jeunesse communiste et Antarsya. Elle est loin derrière la liste soutenue par la Jeunesse communiste (KNE), qui a remporté 15,77 % des voix (+1,64 %) dans les universités et 18,4 % (+2,9 %) dans l’enseignement supérieur non universitaire.

 

Interrogé en 2012, Georges Stathakis, un des dirigeants de Syriza explique le rôle de son parti : « La politique d’austérité va continuer, c’est une certitude… Les Grecs manifesteront peut-être. Mais à Syriza, nous allons mener la bataille par notre travail d’opposition au parlement, sans appeler les gens à aller dans la rue (24). »

 

En résumé, Syriza mise toutes ses forces sur la conquête du gouvernement, pas sur la construction d’un mouvement d’opposition au sein des travailleurs, des chômeurs, des jeunes, de tous ceux qui ont été frappés par la crise.

Du « gouvernement de la gauche » à un gouvernement de « salut national »

Vu le rapprochement de Syriza avec les thèses de l’ancien Pasok, il n’est pas surprenant que des anciens ministres et membres en vue du Pasok soutiennent voire rallient Syriza. Syriza présente le « gouvernement de la gauche » comme « alternative radicale » pour la Grèce et pour l’Europe. Mais qui va composer ce « gouvernement de la gauche » ?

 

En septembre 2012, interviewé par un journal argentin (25), Tsipras déclarait : « La social-démocratie est incapable d’apporter des solutions aux problèmes sociaux réels du peuple. En Grèce, le parti qui représente la social-démocratie, le Pasok, n’est pas différent de l’aile droite. C’est une copie. » Pourtant, moins d’un an plus tard, Tsipras fait appel à la social-démocratie et même aux libéraux. Dans son discours d’introduction au congrès de fondation de Syriza (26), il énumère les trois courants qu’il veut gagner à son projet de « guider le pays et le peuple vers la lumière post-mémorandum ». Il s’agit du KKE, le Parti communiste de Grèce, mais aussi de ceux « qui ont un jour placé leur espoir dans le Pasok… mais qui n’ont jamais trahi leur foi et leur engagement pour la démocratie, la souveraineté populaire, l’indépendance nationale et la justice sociale » ainsi que « des citoyens inspirés par les idées du libéralisme politique… qui comprennent l’importance de la menace contre la démocratie aujourd’hui en Grèce ». Pour obtenir la majorité et former un « gouvernement de gauche », Syriza envisage donc une alliance avec des forces issues du Pasok et de Dimar, la Gauche démocratique, parti centriste qui a participé au gouvernement d’austérité (27). En revanche, la Plate-forme de gauche au sein de Syriza estime pour sa part que « Syriza doit former un front uni avec les partis de gauche, y compris le Parti communiste et Antarsya, mais doit refuser de coopérer avec les forces politiques ou les politiciens qui ont mené ou accepté des politiques d’austérité, y compris Dimar (28). »

 

À plusieurs reprises, Tsipras a aussi évoqué l’éventualité d’un « gouvernement de salut national avec Syriza ». Un autre membre de la direction de Syriza a été plus loin en proposant un « gouvernement de salut national, excluant seulement les néonazis et la fraction d’extrême droite de la Nouvelle démocratie (29) ».

 

Il n’est dès lors pas surprenant que d’anciens ministres et membres en vue du Pasok rallient ou soutiennent Syriza. On peut citer Louka Katseli, ministre de l’Économie puis ministre du Travail de Georges Papandreou (de 2009 à 2011). Elle a soutenu le premier plan d’austérité qui consistait notamment à démanteler les droits des travailleurs. Puis elle a pris ses distances avec son parti, notamment en critiquant le projet de référendum sur les mesures d’austérité. « Le gouvernement sortant a commis l’erreur énorme de ne pas présenter aux Grecs une feuille de route claire. Ce qui m’a également frappé est que l’exécutif sortant remette en cause l’accord donné au plan européen du 27 octobre en lançant l’idée d’un référendum. Je suis connue pour avoir été une dure négociatrice avec la Troïka quand j’étais ministre, mais j’estime que, quand on parvient à un accord, il faut s’y tenir (30). » Elle a aussi exprimé ses craintes de voir l’austérité mener à une explosion sociale. « La récession est profonde. On risque des grèves, qu’elles soient explicites ou qu’elles ne disent pas leur nom. Les confédérations syndicales n’ont pas les moyens de prévenir une explosion sociale, car elles sont peu représentatives sur le terrain, notamment dans le secteur privé. Le risque associé est que le Parti communiste capitalise la colère. »

 

Après avoir refusé de voter le second plan d’austérité, elle a été exclue du Pasok. « J’ai voté contre, car les clauses qu’il comprenait allaient approfondir la récession, augmenter le déficit budgétaire et rendre la dette insoutenable, dit-elle. C’est une mauvaise recette. En outre, pour la première fois de l’histoire, un paquet économique de ce type incluait le démantèlement des conventions collectives qui font pourtant partie du pacte social européen. Enfin, certaines de ses dispositions sont anticonstitutionnelles, car elles donnent le droit à nos bailleurs de saisir les biens publics si la Grèce a des retards dans le paiement de ses créances à l’avenir (31). »

 

Ensuite, elle a créé avec Harris Kastanidis un nouveau parti social-démocrate, Pacte social. Kastanidis a été ministre de l’Intérieur (1985-86), des Transports (1996-97), porte-parole du Pasok (2004-2007), ministre de la Justice (2009-2011) puis de l’Intérieur (2011). Le parti Pacte social soutient la formation d’un gouvernement avec Syriza. Louka Katseli : « Nous espérons qu’il pourra impulser des réformes avec justice et équité, et qu’il mettra un terme à cet État corporatiste et au clientélisme qui existent en Grèce depuis longtemps. Il faudra mettre un terme aux baisses des salaires et des pensions et à la hausse des taxes, instaurer une réforme fiscale et lutter contre l’évasion fiscale, favoriser l’investissement, réorganiser le secteur public (32). » Pour Katseli, il n’est pas question de rejeter la dette ni les plans d’austérité imposés par la Troïka. « Nous avons un partenariat basé sur la confiance et je pense que les deux parties ont intérêt à ce qu’il soit fructueux. Pour cela, nous avons besoin de prendre en compte d’abord la crise de l’emploi et la crise économique réelle et de voir comment nous pouvons rétablir la croissance dans l’économie, pour que la consolidation fiscale qui est essentielle puisse être réaliste et effective (33). »

 

Parmi d’autres personnalités du Pasok qui soutiennent un gouvernement avec Syriza, on retrouve aussi Gerasimos Arsenis, mari de Louka Kastseli, ancien ministre de l’Économie (1984-85), de la Défense (1993-96) et de l’Éducation (1996-2000), Marilisa Xenogiannakopoulou (ministre de la Santé, 2009-2010), Spyros Kouvelis (vice-ministre des Affaires étrangères, 2009-2011) et Lambros Michos (ancien député). Des dirigeants syndicaux, connus de longue date pour leur appartenance au Pasok, ont aussi rallié Syriza.

 

Gouverner avec le Pasok ne serait pas un fait nouveau pour Syriza. Lors des élections municipales de 2010, Syriza s’est alliée au Pasok dans trois communes urbaines d’Athènes et de Thessalonique. Sur l’île d’Ikaria, Syriza s’est alliée avec le Pasok et la Nouvelle démocratie contre la liste communiste du KKE, majoritaire sur l’île depuis des décennies. Elle a même reçu et accepté le soutien du parti d’extrême droite Laos qui a retiré son candidat. Le KKE a récolté à lui seul 49,5 % des voix et n’a été devancé que de quelques centaines de voix par l’alliance anti-KKE.

 

Syriza prétend donc sortir le peuple grec de l’austérité en s’alliant avec d’anciens ministres du Pasok, qui ont approuvé les accords avec la Troïka et les plans d’austérité qui en découlent. Cette ouverture envers la social-démocratie vaut également au niveau européen. « Un gouvernement de la gauche en Grèce tendra la main aux sociaux-démocrates européens, aux libéraux libres-penseurs d’Europe, à tous les Européens qui ne veulent pas que l’Europe s’enfonce dans un cauchemar. Et nous leur demanderons de nous rejoindre dans un projet commun : le projet de stabilisation de la zone euro — une première étape vers une Europe ouverte, démocratique et unie (34) », déclare Tsipras devant les sociaux-démocrates autrichiens.

Gauche radicale ? Pas tant que ça…

« Notre tâche est de clarifier notre position… qui ne constitue nullement une menace envers les États-Unis ni une tentative de déstabiliser la géopolitique de la région », déclare Alexis Tsipras lors de sa visite aux États-Unis en janvier 2013. Il ajoute : « Au contraire, nos politiques sont complémentaires des initiatives internationales, y compris de celles de l’administration Obama dans le contexte d’une stabilisation macro-économique large et globale (35). » Dans une carte blanche du New York Times, deux professeurs américains, James K. Galbraith et Yanis Varoufakis, écrivent que « Syriza n’a pas l’intention de quitter l’Otan ni de fermer les bases militaires américaines (36) ». Ils se basent sur les propos tenus par Tsipras lors de ses rencontres aux États-Unis.

 

« Alexis au balcon… Tsipras dans les salons (37) », titrait un quotidien grec en octobre 2013. Le président de Syriza a en effet appris à jongler avec le double discours : des slogans et des promesses accrocheuses pour ses électeurs et des propos rassurants envers les dirigeants européens et étasuniens, et envers les cercles financiers. Devant son public, surfant sur la vague nationaliste, Syriza présente la Grèce comme une « colonie » allemande par la dette et présente l’euro « comme le vecteur de la politique allemande ». Pour démocratiser l’Europe, il faudrait essentiellement la dégager de la « domination allemande ». Mais lors de son voyage en Allemagne en janvier 2013, Tsipras a rencontré le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Il a voulu faire comprendre aux dirigeants allemands que son projet de « gouvernement de la gauche » assurerait une gestion de crise et resterait fidèle aux structures fondamentales de l’Union européenne.

 

Tsipras a tenu des propos similaires lors de son voyage aux États-Unis en janvier 2013. Le congrès de Syriza s’est néanmoins prononcé pour le « retrait de l’Otan et la fermeture de toutes les bases militaires étrangères ». Mais, selon Philippe Marlière, « la gauche de Syriza reproche à Alexis Tsipras de déjà rechercher des compromis avec les institutions du capitalisme financier. Son voyage à Washington a soulevé une certaine émotion à gauche. Tsipras y a rencontré des représentants du département d’État, à qui il a assuré que la Grèce resterait membre de l’Otan si Syriza parvenait au pouvoir. Il s’est également entretenu avec des responsables du Fonds monétaire international. Sa conférence à la Brookings Institution, un think tank très social-libéral, a été également été perçue comme une initiative visant à promouvoir une image d’homme d’État respectable et pragmatique… La gauche anticapitaliste grecque n’est pas loin de penser qu’Alexis Tsipras est déjà dans la peau d’un premier ministre social-démocrate (38). »

 

P>Au cours des deux dernières années, le programme de Syriza s’est sensiblement modifié. Prenons, par exemple, les revendications concernant le secteur public. Avant les élections du 6 mai 2012, Syriza avait placardé des affiches dans tout le pays revendiquant « 100 000 emplois maintenant, dans les écoles, les hôpitaux et les services publics ». Après les élections, la revendication d’embauches figurait toujours au programme, mais sans chiffre. En juillet 2013, il n’est plus question d’embauches supplémentaires, mais d’annuler les licenciements. La résolution politique du congrès mentionne que « tous les employés qui ont été licenciés seront réembauchés » et que « le premier objectif sera de restaurer les relations de travail, les conventions collectives, les salaires minimums, les allocations de chômage et les allocations familiales au niveau d’avant les mémorandums ».

 

Ces dernières revendications ne sont plus guère mentionnées dans les discours récents de Syriza. En décembre 2013, devant la Chambre de commerce américano-hellénique, Tsipras appelle le monde des affaires à aider à « reconstruire le pays ». Il explique les trois réformes qu’une administration de gauche mettra en œuvre : un système de taxation « simple, transparent, stable et effectif » ; une administration publique « antibureaucratique et efficace » qui serait « débarrassée de la dépendance envers les partis, des échanges de faveurs et du manque de méritocratie » et la lutte contre les cartels « avec une législation anti-oligopolistique et une commission de recrutement réellement indépendante (39). » Ces propositions sont tout à fait acceptables pour la majorité de la classe politique, des sociaux-démocrates aux libéraux.

 

En résumé, à mesure que Syriza se rapproche du pouvoir, son programme perd ses aspects radicaux pour devenir acceptable pour une partie de la bourgeoisie grecque et européenne.

 

 

Cécile Chams 

(cecile.chams at gmail.com)

est membre du département des Relations internationales du Parti du Travail de Belgique. Elle suit l’actualité politique en Grèce depuis des années.

 

(1) C. Durand et R. Keucheyan, « Syriza ou le moment de changer l’Europe », Libération, 14 mai 2012, http://www.liberation.fr/monde/2012/05/14/syriza-ou-le-moment-de-changer....

(2) « The Economic Program of Syriza-EKM », 12 juin 2012, Greek Left Review,http://greekleftreview.wordpress.com/2012/06/12/the-economic-program-of-....

(3) P. Marlière, « Alexis Tsipras entre radicalisme et “réalisme” », Médiapart, 22 mars 2013,http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/220313/alexis-tsipras-e....

(4) EurActiv, 2 octobre 2013, http://pr.euractiv.com/pr/time-fight-barbarism-guengl-meps-discussion-sy....

(5) P. Petrou, « The battle for SYRIZA goes on », 31 juillet 2013,http://socialistworker.org/2013/07/30/the-battle-for-syriza-goes-on.

(6) Nicolas Mottas, « Le charme caché de l’opportunisme », 5 avril 2013 (en grec),http://leninreloaded.blogspot.be/2013/04/blog-post_3049.html.

(7) Z, mai 2013, http://law-constitution.web.auth.gr/kamtsidou/2013/06/29/tout-le-pays-va-devenir-une-zone-franche-συνέντευξη-με-τον-α-καϊδατζή-σ/.

(8) P. Marlière, 22 mars 2013, op. cit.

(9) Solidarité internationale PCF, 13 octobre 2013, http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/article-alexis-tsipra....

(10) Ekathimerini, 24 octobre 2013,http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_w_articles_wsite3_1_24/10/2013_524640.

(11) G. Moschonas et A. Pantazopoulos, « Le Pasok et le rêve brisé de la Grèce », La Revue socialiste, no 39, 5 octobre 2010, http://www.revuesocialiste.fr/2010/10/05/le-pasok-et-le-reve-brise-de-la....

(12) G. Moschonas et A. Pantazopoulos, op. cit.

(13) Alexis Tsipras : « Comme Grec, je suis fier de diriger la gauche de l’Europe », EurActiv, 26 novembre 2013, http://www.euractiv.com/eu-elections-2014/alexis-tsipras-greek-proud-lea....

(14) Werner Wüthrich, « La “méthode Monnet”, une clé pour comprendre la crise de l’euro »,Horizons et Débats, 19 décembre 2011, http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=3035.

(15) Forum Kreisky, Vienne, 24 septembre 2013, op. cit.

(16)Le programme économique de Syriza, 12 juin 2012, Greek Left Review,http://greekleftreview.wordpress.com/2012/06/12/the-economic-program-of-....

(17) Ekathimerini, 31 octobre 2013.

(18) Political resolution of the first Congress of Syriza, 5 août 2013, http://left.gr/news/political-resolution-1st-congress-syriza.

(19) P. Marlière, Médiapart, 22 mars 2013.

(20) 902Ta Nea et Ekathimerini, 13 mai 2013

(21) Rizospastis, 24 avril 2012.

(22) Après les forces syndicales proches de la Nouvelle Démocratie et du Pasok.

(23) Communiqué du KKE, 1er mars 2013.

(24) La Tribune, 29 juin 2012. Op. cit.

(25) Alexis Tsipras, « Interview with leader of the Greek Syriza Party: ‘The Euro is a Powder Keg that is Going to Explode!’ », Greek Left Review,https://greekleftreview.wordpress.com/2012/10/01/interview-with-leader-o...

(26) 10 juillet 2013, http://links.org.au/node/3448.

(27) La Gauche démocratique (Dimar) est issue d’une scission de droite de Synaspismos. Jusqu’au 21 juin 2013, elle faisait partie du gouvernement formé par la Nouvelle Démocratie et le Pasok. Dimar a voté l’essentiel des lois d’austérité.

(28) P. Petrou, « The battle for Syriza goes on », 31 juillet 2013,http://socialistworker.org/2013/07/30/the-battle-for-syriza-goes-on.

(29) P. Petrou, « The battle for Syriza goes on », 31 juillet 2013,http://socialistworker.org/2013/07/30/the-battle-for-syriza-goes-on.

(30) Les Échos, 14 novembre 2011, http://www.lesechos.fr/14/11/2011/LesEchos/21057-032-ECH_--le-nouveau-go....

(31) L’Humanité, 15 juin 2012, http://www.humanite.fr/monde/louka-katseli-il-faut-changer-de-politique-....

(32)Ibid.

(33) Sky News, 29 janvier 2012, http://skynews.skypressoffice.co.uk/newstranscripts/murnaghan-290112-int....

(34) Alexis Tsipras au forum Kreisky, Vienne, 24 septembre 2013,http://yanisvaroufakis.eu/2013/09/24/alexis-tsipras-at-the-kreisky-forum....

(35) AlterNet, 12 février 2013, http://www.alternet.org/world/exclusive-interview-meet-alexis-tsipras-mo....

(36) James K. Galbraith et Yanis Varoufakis , « Seule Syriza peut sauver la Grèce », New York Times, 23 juin 2013, http://www.nytimes.com/2013/06/24/opinion/only-syriza-can-save-greece.ht....

(37) To Vima, 6 octobre 2013.

(38) P. Marlière, Médiapart, 22 mars 2013, op. cit.

(39) Ekathimerini, 3 décembre 2013,http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_w_articles_wsite1_1_03/12/2013_530578.

 

 

source: Institut d'Études Marxistes-Belgique

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L'Euro au risque de la chouette Rédigé par Jacques Sapir, le Mardi 30 Décembre 2014.

1 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #Grèce, #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #La lutte des classes, #Le grand banditisme

L'Euro au risque de la chouette

Rédigé par Jacques Sapir le Mardi 30 Décembre 2014

L'Euro au risque de la chouette

 

Rédigé par Jacques Sapir le Mardi 30 Décembre 2014 à 23:39

Ainsi le veut la Constitution : il y aura des élections anticipées en Grèce, qui devraient se tenir le 25 janvier. L’incapacité du Premier-Ministre Samaras à faire élire son candidat à la Présidence de la République (qui se fait en Grèce à une majorité qualifiée de 180 députés au parlement) a sonné l’heure des comptes. Elle vient aussi solder une politique inhumaine imposé par ce même Samaras aux ordres de la « Troïka », soit, rappelons le la Banque Centrale européenne, la Commission Européenne et le FMI. Elle solde de plus une politique des faux-semblants de ce gouvernement aux ordres, qui n’a ni rétabli les finances publiques (une partie des ressources fiscales sont « fictives » car la population n’a plus les moyens de les payer) ni provoqué un retour de la croissance. Il annonçait un « glorieux » 0,7% alors que le pays a connu une récession de près de -25% depuis 2009.

Ces élections sont un cas d’école de l’ingérence toujours plus pesante de l’Union européenne dans la vie démocratique des peuples. Diverses voix autorisées ont déjà menacé les électeurs grecs des pires maux s’ils votaient « mal ». Et, on le sait, SYRIZA, le parti de la gauche radicale, est en tête à ces élections. On a même vu, oh honte faite à tous les français, Pierre Moscovici, qui fut un déplorable ministre des finances se muer en un exécrable représentant de la Commission Européenne et aller à Athènes pour expliquer aux Grecs comment ils devaient voter. Il est vrai que c’est une habitude chez ce triste sire que de mentir sur commande ; il nous en avait donné la preuve déjà en 2012. Le FMI, par ailleurs a immédiatement suspendu son programme d’aide à la Grèce. Que l’on ne vienne plus nous parler de « démocratie » de la part des grandes organisations, soit européennes, soit internationales.

La situation de la Grèce peut se résumer en deux graphiques. Le premier indique l’évolution du PIB, comparé à 2007. L’effondrement du PIB est réellement spectaculaire et implique un appauvrissement d’une grande part de la population.

Graphique 1

 A - PIB

Source : Base de données du FMI

Mais il y a pire. Si l’on regarde l’investissement, que ce soit calculé en pourcentage du PIB ou calculé en euros constants, on constate un effondrement spectaculaire. En valeur, nous sommes en 2014 à 64% de la valeur des investissements de 1999. Cet effondrement, qui va bien au-delà d’une correction par rapport aux années 2000, marquée par les dépenses liées aux Jeux Olympiques, a plusieurs implications. Tout d’abord une destruction du capital par non-renouvellement, qui va poser un problème redoutable à la Grèce dans les années à venir. Faute d’entretien les infrastructures, qu’elles soient privées ou publiques, vont se dégrader ce qui va entraîner une montée des coûts d’entretien d’ici la fin de la décennie. Par ailleurs, la productivité du travail, non soutenue par un investissement qui fait défaut, va continuer à baisser, rendant plus que problématique le retour à une compétitivité de l’économie grecque. Seule, une baisse des salaires ou une dévaluation permettrait de maintenir les gains de productivité qui ont été payés aux prix fort par la population grecque.

Graphique 2

 A - Invest

Source : banse de données du FMI

On voit qu’à l’évidence ce n’est pas d’un prolongement de la politique d’austérité meurtrière (ou, l’austérité tue, le taux de mortalité a fortement augmenté en Grèce ces dernières années) dont le pays a besoin. Il lui faut d’urgence une politique de relance par l’engagement massifs de dépenses publiques. Mais, c’est ici que se noue le conflit entre un possible gouvernement de SYRIZA et les autorités de la Troïka. Le programme de SYRIZA, que les sondages donnent actuellement largement en tête, prévoit entre autres les mesures suivantes :

  • Moratoire sur les dettes des ménages et des petits entrepreneurs aux banques ;
  • Hausse du salaire minimum ;
  • Annulation de près des deux tiers de la dette publique considérée comme « injuste ».
  • Instauration d'une « clause de développement » garantissant que les sommes dépensées pour une relance de l’économie ne seront pas comptabilisées dans le budget.
  • Recapitalisation des banques (dont la solvabilité est problématique), sans que les sommes en question soient comptabilisées dans la dette publique du pays.

Ce programme est contradictoire avec les règles européennes. Il ne faut pas s’en étonner. Aujourd’hui, 52% des grecs interrogés considèrent qu’ils se sentent plutôt étrangers aux idéaux européens[1]. Dans ce sondage, réalisé par l’institut Gallup International, 52% des personnes interrogées considèrent qu’il serait préférable de retourner à la monnaie nationale (la Drachme) et seulement 32% considèrent qu’il faudrait conserver l’Euro. C’est un point important, et il est clair que les résultats de ce sondage sont intégrés par les diverses forces politiques grecques. Il entrainera une dynamique tant économique que politique mettant à mal les structures européennes qui imposent aux peuples cette politique d’austérité, et en premier lieu, l’Euro. Car, si l’on va à la crise entre la Grèce et les institutions européennes, les taux d’intérêts monteront immédiatement, provoquant une nouvelle crise en Italie. Or, dans ce pays, trois partis, le Movimente Cinque Stelle, Forza Italia et la Ligue du Nord ont pris leur distance, et parfois de très grandes distances, avec le dogme de l’Euro. SYRIZA le sait qui, tenant compte des pressions scandaleuses sur la vie politique grecque par les institutions européennes, ruse avec ce programme. Mais, si Tsypras est élu, fort de la légitimité d’une élection, seule légitimité qui compte et qui soit, il fera entendre sa voix.

Tous les européens qui sont aujourd’hui révoltés à juste titre, tant économiquement que politiquement, par les agissements anti-démocratiques de la Commission et par les politiques d’austérité doivent se réjouir de cette élection. La chouette, animal emblématique d’Athéna, la déesse de la ruse et de la sagesse, doit manger le serpent Euro. Mais ils doivent, en même temps, envoyer un message clair à Tsypras et à SYRIZA : vous devez appliquer votre programme si vous êtes élus. Une trahison de plus serait une trahison de trop. Nous comprenons que vous rusiez jusqu’à l’élection. Mais après, il faudra appliquer votre programme, et tout votre programme. Ce qui se joue en Grèce aura des répercussions dans toute l’Europe, et en France en particulier. Elles peuvent être positives, si la lutte s’engage entre les peuples et les institutions européennes. Elles peuvent être aussi négatives dans le cas d’une nouvelle trahison. Car, ce qui se profile derrière la Grèce, c’est le problème de l’Italie et de l’Espagne. Oui, l’avenir de l’Europe et de la démocratie se jouera à Athènes, ce qui sera hautement symbolique.

À propos de l'auteur

Jacques Sapir

Jacques Sapir
Diplômé de l'IEPP en 1976, a soutenu un Doctorat de 3ème cycle sur l'organisation du travail en URSS entre 1920 et 1940 (EHESS, 1980) puis un Doctorat d'État en économie, consacré aux cycles d'investissements dans l'économie soviétique (Paris-X, 1986). 
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A propos de la politique de Georges MARCHAIS et de ceux qui l’ont suivi [par Danielle Bleitrach]

31 Décembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Histoire, #La nation ., #La République, #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #Le socialisme, #La mondialisation

marchais1981.jpg

Dans l’interview d’Olivier Marchais par "l’Humanité", j’ai été frappée par la lucidité de cet homme et la manière dont il positionnait la mémoire de son père au service des habitants de Villejuif, des travailleurs et de la nation française, c’était très juste et il était un facteur d’unité et de rassemblement y compris avec le cancérologue gaullisteGeorges Mathé auquel il ne voulait pas opposer son père. Tout cela était d’une grande justesse, comme l’était sa dénonciation des propos de Le Pen qui avait prétendu que si Georges Marchais était vivant il aurait voté FN. (vidéo ci-dessous)

 

Autant cette intervention d’Olivier Marchais relève d’un devoir de mémoire, autant la mienne, ici, ne jouit d’aucune légitimité particulière sur la pensée de Georges marchais. Il s’agit simplement de la mémoire d’une ancienne dirigeante et du bilan que je peux à ce titre comme tout autre tirer de ces années écoulées? comme l’on dit : une contribution au débat.

 

Un de mes ultimes souvenirs concernant Georges marchais était sa fidélité à la révolution cubaine. Quand Fidel Castro était venu en France pour l’enterrement de Mitterrand pour honorer non seulement le discours de Cancun malheureusement non suivi d’effets, mais l’amitié de toujours avec danielle Mitterrand, il avait voulu diner en famille chez Georges Marchais. Parce qu’à l’inverse de ses piètres sucesseurs et du journal qui l’a trahi comme il a dans le même temps trahi la Révolution Cubaine, Georges marchais est toujours resté aux côtés de la Révolution cubaine. mais revenons à notre souvenir, quand Georges Marchais était à la fin de sa vie à Cuba, il y avait eu une tentative de le pen déjà pour organiser la confusion à travers des thèmes chers à Georges Marchais, le « produisons français » (dont on mesure aujourd’hui toute la pertinence) , mais aussi justement le soutien à Cuba que Le pen voulait déjà s’approprier… Georges Marchais était fou de rage, il n’avait cessé de protester contre un tel amalgame.


Avec son sens politique acéré, son sens de classe mais aussi celui du rassemblement politique y compris sur des bases des intérêts populaires et nationaux, Georges marchais n’a jamais toléré le moindre amalgame avec l’extrême-droite.  Dans le même temps où il s’employait à dénoncer  la manière dont les dirigeants socialistes étaient prêts à tous les abandons et atlantisme, il gardait une position de classe qui était le meilleur garde-fou face aux dérives potentielles d’un nationalisme susceptible de virer au chauvinisme au profit du patronat.. Malheureusement, le PCF a abandonné les leçons, qui n’étaient pas seulement celles de Georges marchais, mais de l’ensemble du parti depuis Maurice Thorez.

 

Il a noter que les piètres successeurs d’une longue lignée de dirigeants communistes, qui ont su jouer un rôle essentiel en France et aux yeux des tous les dirigeants communistes de l’Internationale, à la mort de Georges Marchais n’ont pas mieux traité la mémoire de Georges Marchais que celle de Maurice Thorez. Parce qu’il ne s’agissait pas seulement de nier l’apport de dirigeants, mais pire encore celui de la grande masse des militants qui par leur dévouement, leur compétence, leur vie parfois avaient fait du parti ce qu’il était et s’étaient reconnus dans de tels dirigeants. Donc les successeurs ont nié la mémoire des dirigeants, mais pas seulement ils ont d’abord sous estimé  le rôle du part, de son organisation, du respect des militants en tant que force politique agissante et organisée. y compris en utilisant les réflexes les plus « staliniens » de l’obéissance, la légitimité du dirigeant… Le fait que le militant était pour le meilleur et aussi pour le pire un « soldat »… et peu à peu les intérêts des employés des collectivités locales sont venus relayer cette obéissance désintéressée…

 

Ils l’ont fait en nous soumettant aux analyses non seulement du PS, mais à travers celles-ci à celle du classe dominante de moins en moins nationale, de moins en moins productive et de plus en plus financiarisée et ce depuis les choix de nationalisation-privatisation de Mitterrand qui avaient forcé le PCF du temps de Marchais de quitter le gouvernement. Aujourd’hui, nous voyons les résultats d’une France qui a joué la désindustrialisation et les choix financiers plus que tous les autres pays. Nos fleurons industriels y compris ceux stratégiques ont été ainsi bradés et notre dette que l’on veut imputer à l’excès de protection sociale relève en réalité du déséquilibre de notre commerce extérieur. Quand Georges marchais et les dirigeants de cette époque, la social démocratie non seulement pro-européenne mais atlantiste dénonçait abusivement le chauvinisme du propos, jouait comme un Leipitz déjà aux pseudo écologistes pour mieux se rallier au capital en train de devenir néo-libéral et totalement acquis au bellicisme atlantiste. Cette réalité de la politique du PCF historique a été bradée par les successeurs de Georges marchais, tous ceux qui l’approuvaient ont été éliminés comme des « staliniens »…

 

Ce traitement minable du passé des communistes s’est situé dans une période d’abandon généralisé d’un échec, du retour de la contrerévolution néolibérale, que l’on a transformé en débâcle, qui a engendre ses doubles opportunisme:  d’abord le choix politique de sauvegarder les élus en même temps que l’on détruisait le parti, son organisation, la formation de ses militants, en  privilégiant  avant tout les élus et les alliances avec le PS, quitte à choisir tous les reniements, ce qui a engendré également un gauchisme qui s’est rapidement accommodé de tous les amalgames avec l’extrême-droite en particulier au plan international mais pas seulement. Et je dois dire, chacun le sait mon désespoir quand je vois certains communistes ne plus reconnaître le fascisme à partir du moment où il semble adopter des positions qu’ils croient celles des communistes… Les réseaux sociaux, les textes qu’ils osent diffuser me semblent un bon test de cette déchéance politique. Au risque d’apparaître « sectaire », jamais un communiste ne peut accepter l’amalgame raciste…

 

Je voudrais conclure cette rapide réflexion personnelle par une anecdote, récemment sur les réseaux sociaux, à la lecture d’un texte d’hommage à Georges marchais, un militant nouvelle mouture du PCF s’exclamait :« C’est du culte de la personnalité, j’ai l’impression de lire la prose du Parti de gauche face à Melenchon! ». Je lui ai répondu: « Nous respections nos dirigeants parce que nous avions l’impression qu’ils traduisaient ce que nous pensions, mais nous n’aurions jamais accepté que ces mêmes dirigeants pour franchir l’étape des présidentielles, se donne à un socialiste un peu gauchiste, désorganisé, bête des médias et dans l’excès permanent. Nous n’aurions pas adhéré au fait  qu’il nous impose des rapprochements avec d’autres socialistes aussi peu crédibles et très anti-communistes. Et pour couronner le tout que les dirigeants du PCF pour mieux faire oublier leur responsabilité dans un tel échec nous jette contre lui, Mélenchon, en feignant de découvrir à qui ils avaient donné le parti, inventé des forces et perdu in fine… Ce n’est pas la faute à Mélenchon qui est ce qui est, qui est souvent courageux, mais bien à nos choix.  Nous n’aurions accepté ni de nous donner à Mélenchon, ni de le transformer en bouc émissaire pour mieux éviter d’analyser nos propres erreurs. L’exemple type de la poursuite d’une telle démarche erronée se retrouve dans la dernière fête de l’Huimanité, une grande réussite mais sans débouché politique parce que tout y a été une fois de plus placé  dans le dialogue avec  un quarteron de députés socialistes, faux frondeurs que l’on a même pas réussi à faire voter contre le budget… »

 

Alors que l’essentiel est non pas seulement dans l’autocritique de notre démarche mais de développer l’union à la base , le rassemblement du peuple français et pour cela la politique du parti a un rôle central qu’il s’agisse du redressement économique, de la défense des services publics et des protections sociales, de la grande question de la paix, une politique  qui comme du temps de Maurice Thorez, Waldeck Rochet et georges Marchais doit savoir coller au peuple français, aux intérêts de classe et combattre l’extrême-droite, le fascisme qui reste d’abord le recours de la classe dominante quand la démocratie à leur manière s’avère insuffisante .pour tenir les peuples…

 

Cette classe dominante qui partout nous mène au fascisme et à la guerre plutôt que d’affronter la nécessité du changement et qui aujourd’hui est en train de transformer le continent européen en poudrière parce que sa survie passe par les vieilles recettes de la guerre froide jusqu’à quelque Hiroshima.

 

Danielle Bleitrach

 

source : histoire et société

Parvis débaptisé de Villejuif : le combat d'Olivier Marchais

L'Humanité.fr a rencontré Olivier Marchais afin d'évoquer la décision scandaleuse du conseil municipal de Villejuif de débaptiser le parvis Georges Marchais, député de la circonscription durant vingt-quatre ans au bénéfice du cancérologue Georges Mathé.

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