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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la russie tag

[Reprise] Le journalisme made in CIA, aujourd’hui et hier, par Philippe Grasset (1/2). Olivier Berruyer.

1 Décembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les média, #Les Antifafs., #Le capitalisme;, #Ukraine, #La nation ., #La République, #La France, #La Russie, #Europe supranationale, #L'OTAN.

25 novembre 2014.

[Reprise] Le journalisme made in CIA, aujourd’hui et hier, par Philippe Grasset (1/2)

Une belle série de Dédefensa

Par manque de temps, chez eux comme ici, les extraits en anglais n’ont pas été traduits. Pour les non anglophones (outre la facilité à utiliser Google Traduction pour avoir une bonne idée du propos), sachez cependant qu’on comprend très bien le billet sans les lire… Bref, on fait comme on peut…

[Reprise] Le journalisme made in CIA, aujourd’hui et hier, par Philippe Grasset (1/2). Olivier Berruyer.

Le journalisme made in CIA, aujourd’hui et hier

Au tout début octobre, le livre Journalistes achetés de Udo Ulfkotte, ancien journaliste de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (la prestigieuse FAZ de Francfort), s’est aussitôt présenté comme un best-seller. A côté de cela, la presse allemande pour l’essentiel a conservé une discrétion, voire un mutisme significatif à l’égard de ce livre. Le succès de Ulfkotte-auteur en est d’autant plus remarquable, sinon très significatif du divorce chaque jour confirmé entre les populations et opinions publique d’une part, les élites-Systèmes et la presse-Système d’autre part.

Le 3 octobre 2014, le site Russia Insider (RI) consacrait un premier article à Ulfkotte et à son livre. On y lisait notamment ceci, qui marquait non pas la thèse de l’auteur, mais son constat née d’une expérience à la fois professionnelle et personnelle. «Members of the German media are paid by the CIA in return for spinning the news in a way that supports US interests, and some German outlets are nothing more than PR appendages of NATO, according to a new book by Udo Ulfkotte, a former editor of Frankfurter Allgemeine Zeitung, one of Germany’s largest newspapers. Ulfkotte is a serious mainstream journalist. Here he is on Germany’s leading political talk show a couple of years ago. The book is a sensation in Germany, [seventh] on the bestseller list. Its political dynamite, coming on the heels of German outrage of NSA tapping of their phones. [ ...]

»Here at Russia Insider, it has long been apparent to us that there is something distinctly odd about the German media regarding Russia. We follow it, and it is much more strident than even the anglo-saxon media regarding Russia, while German public opinion is much more positive towards Russia than in other countries. Another interesting thing about it is that it is very disparate. Some major voices are very reasonable about Russia, but most are negative, and some are comically apocalyptic. This is what one would expect if there was some financial influence ginning the system.»

Le 17 octobre 2014, IR poursuivait et approfondissait l’affaire en publiant une interview très approfondie de Ulfkotte. On y lisait notamment ceci, avec des précisions sélectionnées de l’interview (qui est plus loin, dans l’article de IR, présenté dans son intégralité)… «In his latest interview, Ulfkotte alleges that some media are nothing more than propaganda outlets of political parties, secret services, international think tanks and high finance entities. Repenting for collaborating with various agencies and organisations to manipulate the news, Ulkotte laments, “I’m ashamed I was part of it. Unfortunately I cannot reverse this.” Some highlights from the interview:

»“I ended up publishing articles under my own name written by agents of the CIA and other intelligence services, especially the German secret service.” [...] “Most journalists from respected and big media organisations are closely connected to the German Marshall Fund, the Atlantik-Brücke or other so-called transatlantic organisations…once you’re connected, you make friends with selected Americans. You think they are your friends and you start cooperating. They work on your ego, make you feel like you’re important. And one day one of them will ask you ‘Will you do me this favor’…” [...] “When I told the Frankfurter Allgemeine that I would publish the book, their lawyers sent me a letter threatening with all legal consequences if I would publish any names or secrets – but I don’t mind.” [...] [The FAZ] hasn’t sued me. They know that I have evidence on everything.” [...] “No German mainstream journalist is allowed to report about [my] book. Otherwise he or she will be sacked. So we have a bestseller now that no German journalist is allowed to write or talk about.”»

Le 18 octobre 2014, Russia Today (RT) reprenait l’affaire et en donnait son compte-rendu, à partir de l’interview de IR et après une première interview (de RT) de Ulfkotte. On retient ici un passage très spécifique, qui est symbolique de l’intérêt analytique que nous portons à cette affaire … «“I ended up publishing articles under my own name written by agents of the CIA and other intelligence services, especially the German secret service,” Ulfkotte told Russia Insider. He made similar comments to RT in an exclusive interview at the beginning of October. “One day the BND [German foreign intelligence agency] came to my office at the Frankfurter Allgemeine in Frankfurt. They wanted me to write an article about Libya and Colonel Muammar Gaddafi…They gave me all this secret information and they just wanted me to sign the article with my name,” Ulfkotte told RT. “That article was how Gaddafi tried to secretly build a poison gas factory. It was a story that was printed worldwide two days later.”»

Deux passages précisément sont à citer à nouveau, pour orienter et développer le commentaire… Celui où il est dit que la pénétration du milieu journalistique allemand est tel que le résultat obtenu est souvent bizarre, presque comique à force d’excès (cela, qu’on ressent sans aucun doute dans la façon complètement désordonnée, chaotique même si antirusse, rocambolesque et presque comique dont la crise ukrainienne est couverte..) : «Another interesting thing about it is that it is very disparate. Some major voices are very reasonable about Russia, but most are negative, and some are comically apocalyptic.» Le second passage concerne les circonstances précises, extrêmement détaillées pour un article précis (celui où il est dit que Kadhafi fait développer une usine de production de gaz mortel), aboutissant à une nouvelle inventée de toutes pièces qui fut largement reprise dans le monde entier :

«One day the BND [German foreign intelligence agency] came to my office at the Frankfurter Allgemeine in Frankfurt. They wanted me to write an article about Libya and Colonel Muammar Gaddafi…They gave me all this secret information and they just wanted me to sign the article with my name… That article was how Gaddafi tried to secretly build a poison gas factory. It was a story that was printed worldwide two days later.”»

Ces divers détails donné par Ulfkotte ont inspiré à notre vénérable ancien Philippe Grasset quelques réflexions sur la façon dont la pénétration des milieux journalistiques européens se fait aujourd’hui par la CIA, ou plutôt par le système de l’américanisme, par rapport à la façon du temps de la Guerre froide. Cette comparaison est extrêmement éclairante, en nous donnant des indications précises sur l’évolution des méthodes américanistes, sur leur efficacité, sur ce que cette évolution nous dit de l’évolution de la politique US elle-même, par conséquent de sa transmutation en politique-Système. C’est donc à la première personne, PhG figurant comme témoin principal, que le reste de ce commentaire sera rédigé.

PhG et les “années-CIA” 1970-1990…

Je prends la plume à ce point en tant que journaliste déjà largement impliqué dans le travail de la politique extérieure et de sécurité nationale, à partir de 1973-1974 à Bruxelles, qui était déjà et qui reste, avec Washington, pour ce qui deviendrait le bloc BAO, l’un des deux centres de l’information pour ces matières avec la présence de l’OTAN et de l’UE. Auparavant (étant journaliste en Belgique, à Liège depuis 1967), j’étais peu “sorti” vers Bruxelles, pour établir un réseau de contacts et suivre l’information sur place, cantonné à un travail de rédaction sur dépêches de nouvelles venues de l’extérieur, – mais déjà, dès l’origine, sur ces mêmes matières de politique extérieure et de sécurité nationale. A partir de 1976-1977 (“seconde Guerre froide”) et jusqu’en 1989-1991 (chute de l’URSS/du communisme) l’activité de politique extérieure et de sécurité nationale essentiellement sur la question des relations avec l’URSS, et donc l’activité de communication à cet égard, furent particulièrement intenses, souvent polémiques, extrêmement “chaudes” en un mot.

Je vais surtout parler de la Belgique, mais en un lieu (Bruxelles) où des journalistes internationaux, surtout européens, se trouvaient déjà souvent présents en grand nombre, et donc avec à l’esprit que les méthodes de pénétration et de manipulation de l’américanisme en Belgique sur ces matières devaient se trouver assez proches de celles qui étaient utilisées dans les pays de l’OTAN avoisinants notamment (Hollande, Luxembourg, Italie, Allemagne, France, etc., en mettant UK à part pour des raisons évidentes, – pour ne pas mélanger une succursale à ciel ouvert avec des entreprises apparemment indépendantes…) (D’après ce que j’ai pu en savoir de source très sûre, le contingent des agents de renseignement, des agents traitants et des correspondants dépendant de la CIA à Bruxelles, atteignit jusqu’à 800 personnes à l’extrême de leurs effectifs dans cette période de tension, soit le double du personnel du SGR et de la Sûreté de l’État réunis, les deux services belges de renseignement et de contre-espionnage.) Je vais exposer les méthodes US en précisant que j’en fus non seulement le témoin direct, mais à plusieurs reprises la cible directe, – inconsciente et régulièrement ratée, – notamment en tant que principal journaliste spécialisé dans les questions de politique extérieure/de sécurité nationale du deuxième quotidien francophone de Belgique (de 1967 à 1985 à La Meuse-La Lanterne, 197 000 exemplaires en 1970-1972), collaborateur de l’hebdomadaire L’Evénement de 1980 à 1984, éditeur des Lettres d’Analyse Definter (1978-1980) et dedefensa & eurostratégie (1985-2012).

Ce qui m’intéresse ici est de comparer ces méthodes à celles d’aujourd’hui telles que les rapporte Ulfkotte. Je vais m’abstenir de donner des détails de lieux et de personnes et autres précisions opérationnelles qui nous entraîneraient trop loin. (L’affaire m’ayant alerté à cet égard, il serait logique et devrait être envisagé de mettre en ligne, prochainement, un passage des Mémoires du dehors concernant cette période et ces situations. [Concernant les Mémoires du dehors, deux textes ont déjà été mis en ligne les 5 novembre 2005 et 6 novembre 2006.])

Dans la période considérée, l’“approche” des journalistes par les “services US” se faisait de manière très classique et très soft, par des moyens initiaux tels que les décrit Ulfkotte (voyages, séminaires, réunions, etc.), mais d’une manière beaucoup plus policée et habile. En fait, au départ, il s’agissait d’un pur travail, normal et courant, de relations publiques et de relations avec la presse professionnelle, où intervenaient essentiellement sinon exclusivement les services adéquats US, dépendant du département d’État, essentiellement USIS (US Information Service), ou dépendant du département de la défense (services d’information des forces). La présence de la CIA ou d’autres services de renseignement, malgré l’énormité de leurs effectifs, était proscrite, même dissimulée, et restait absolument clandestine. Il existait à cet égard une rigoureuse surveillance et une jalousie bureaucratique extrêmement ferme des services impliqués, et USIS n’aimait guère coopérer avec la CIA. La seule fois où j’ai rencontré un officier de la CIA sous sa couverture d’“attaché culturel” (je n’ai su qu’après la rencontre que l’“attaché culturel” était la couverture du chef d’antenne de la CIA) l’a été par l’intermédiaire du chef de USIS à Bruxelles, Jim Hogan, lors d’un déjeuner suscité par Hogan à la demande de l’“attaché culturel”, en présence et sous le contrôle de Hogan, et aucune suite ne fut donnée ni aucune tentative effectuée par la CIA à mon égard. En fait, la CIA travaillait de manière très isolée dans les ambassades, et les antennes locales étaient elles-mêmes le plus souvent ignorées du centre de Langley. J’ai eu souvent des échos précis de la part de sources officielles non-US de la frustration des officiers de la CIA en poste à Bruxelles, devant le désintérêt que la centrale de Langley portait à leurs activités. (De façon très symptomatique de l’esprit de l’américanisme, la même tension existait entre le Pentagone et le commandant en chef suprême [un officier général US] de l’OTAN, le SACEUR, “exilé” en Europe, sur des terres lointaines, hostiles et inconnues…) Enfin et pour résumer, la CIA travaillait sur ses informations propres, sans guère de coopération de USIS et largement ostracisée au sein de l’ambassade.

Les opérations de tentative de recrutement étaient donc extrêmement discrètes et d’une forme très passive, et j’ai pu évoluer pendant des années, en tant que journaliste, dans les diverses manifestations classiques de relations publiques US avec la presse sans avoir le moindre signe qui ressemblât à une pression ou une offre quelconque. Il semble plutôt que la méthode US à cet égard, à cette époque en Europe, était fondée sur une méthodologie d’une suffisance extraordinaire : les journalistes non-US seraient nécessairement impressionnés, fascinés et conquis par ces manifestations de communication US, et demanderaient eux-mêmes à “travailler” avec et pour les USA, sous une forme ou l’autre de coopération, – moment à partir duquel des aspects de rémunération ou autres, sous forme de “privilèges” divers, pouvaient être envisagés mais pas nécessairement… Néanmoins, cette attitude était limitée dans le temps : si le journaliste restait ce qu’il était à l’origine, s’il ne demandait pas à coopérer d’une façon ou l’autre, s’il n’effectuait pas une évolution éditoriale satisfaisante et s’il évoluait au contraire d’une façon indépendante, éventuellement en se montrant critique (plus critique) des USA, il devenait suspect et la rupture devenait inévitable. Ainsi, en mars 1985, à une époque cruciale pour moi (je quittais mon poste dans le quotidien La Meuse-La Lanterne et m’apprêtait à lancer dd&e) mon avocat, Me Aronstein, me déclara : «J’ai demandé à mes contacts à la Sûreté [de l’État] s’ils avaient un dossier sur vous. Ils m’ont dit ce que les Américains pensaient de vous. Pour la CIA, vous êtes un agent du KGB. Pour le State Department, vous êtes un naïf.» (“Agent du KGB” puisque je n’étais pas devenu agent de la CIA, “naïf” puisque je n’avais pas demandé tel ou tel avantage, telle ou telle voie de coopération, – bref, “agent du KGB” et “naïf“ parce que je semblais décidément n’avoir pas compris l’avantage incomparable de coopérer de façon volontaire avec les USA.)

Dans cette logique de “recrutement d’influence” qui était en fait une approche très soft et assez habile, mais aussi avec cette suffisance qui conduit parfois sinon souvent à des déconvenues de taille, une approche fondée au fond sur les principes de la libre-entreprise et de l’exceptionnalisme américaniste, – la “loi du marché” vous amènera un jour ou l’autre à vous tourner vers le meilleur, c’est-à-dire les USA, – l’idée qu’on put suggérer sinon presser un journaliste même coopérant de publier un article rédigé par tel ou tel service US (la CIA ou USIS) sous sa propre signature était insensée. Il y avait même certaines réticences du côté US (USIS, certes) à ce qu’on reprenne sous leur forme originale, – en tout bien tout honneur, simplement pour l’information contenue, – des articles contenus dans des publications officielles, d’un auteur académique, d’un expert, etc. Ce qui était attendu, c’était vraiment que le journaliste passé “sous influence” se transmutât lui-même en porte-voix de l’américanisme, et produisît, avec son talent, avec son style, avec ses informations, des textes allant dans ce sens, – bref qu’il agît en toute liberté, comme La Boétie décrivait La servitude volontaire.

C’est pourquoi les méthodes actuelles, telles que les présente Ulfkotte, me paraissent stupéfiantes de grossièreté, d’impudence maladroite, finalement extrêmement contre-productives. Il me semble insensé d’imaginer, en 1978 ou en 1982, un homme d’USIS, ou même de la CIA si et quand le contact était établi, glissant à un journaliste soi-disant “recruté” un texte rédigé par ses services et lui disant : “mettez votre signature ici et publiez !” La seule vertu qui survécut intacte alors dans mon jugement sur les activités US une fois que se fut affirmé complètement mon anti-américanisme, c’était leur brio dans les relations publiques, pour ne par faire sentir une trop grande contrainte sur les personnes visées ; et un brio qui était même décoré par une certaine référence au professionnalisme et à l’indépendance de la presse US (on pouvait alors y croire encore), ce qui revenait à vous dire effectivement que c’est en toute indépendance que vous en viendriez à coopérer avec les USA (La Boétie, toujours) … Quand je rapproche cela de l’esprit du “marché libre”, de l’absence d’“interventionnisme”, du “statisme”, je crois ne pas être trop loin de la vérité. La limite est que cela doit aboutir à un moment ou à un autre, sinon, si vous ne vous décidez pas, si le point de non-retour est dépassé sans que rien ne se soit passé, si enfin vous ne comprenez pas le diktat du “marché libre” (ou du Système), le masque tombe brutalement et vous voilà devenu “un mauvais”, un “bad guy”, un agent du KGB, un demeuré… (Effectivement, à partir de 1985, cela correspondant à mon départ du quotidien où je travaillais, je ne reçus plus jamais d’invitation de l’ambassade US, comme il en était régulièrement adressé à la presse.)

La description que donne Ulfkotte des méthodes de recrutement et de manipulation des journalistes professionnels de la grande presse par les USA en Europe aujourd’hui est complètement surréaliste par rapport à ce que j’en ai connu ; elle est aussi complètement stupide et absurde, attendu que cette “grande presse” a évolué de son côté en presse-Système et se trouve elle-même continuellement sur la voie de la conformité… Mais il n’y a aucune raison de douter de sa description, et cela permet alors de mesurer le chemin de décadence, sinon de chute, parcouru par l’appareil d’influence et de sécurité nationale de l’américanisme. L’orientation prise est en effet caractéristique du développement de la politique-Système, de la surpuissance de tous les aspects de cette politique, de sa “brutalisation” à outrance, de la plongée de la perception du monde dans des narrative invraisemblables. La CIA (ou le BND, ou n’importe quoi) opère à visage découvert, sans souci ni d’apparence convenable, ni de formalisme professionnel, ni de vraisemblance des informations, exerçant des pressions même sur ceux qui leur sont acquis, qui sont déjà dans le cours de la presse-Système. L’information “sous influence” (sous influence de la CIA ou sous influence du BND, – ou sous influence du Système, pour mettre tout le monde d’accord) devient chaotique comme la décrit Ulfkotte («Some major voices are very reasonable about Russia, but most are negative, and some are comically apocalyptic»), et le résultat est une communication de plus en plus extrême, de plus en plus désordonnée, de plus en plus invraisemblable, c’est-à-dire au bout du compte de plus en plus fragile, de moins en moins substantivée, flottant dans une sorte d’éther où chaque chose semble isolée de ses causes et de ses conséquences, et où son crédit, sa vraisemblance, ne résisteraient pas une seconde à une simple mise en perspective.

Ce phénomène de l’information sous influence grossière, sous manipulation brutale, transmet sa vulnérabilité et sa fragilité à ceux qui s’appuient sur lui pour renforcer leur action, ce qui conduit au contraire à fragiliser cette action. Le paysage d’aujourd’hui, au contraire de celui d’hier qui était rationnellement et assez habilement contrôlé, est la transcription dans le monde de l’influence de l’hyper-désordre qui caractérise la vérité de notre monde. Les effets vont des nouvelles “comiquement apocalyptiques” sur la Russie au passage à l’antiSystème de “lanceurs d’alerte” journalistique type-Ulfkotte. La surpuissance est continuellement grosse de son autodestruction.

PhG

Source : DeDefensa.org

Suite : le journalisme made in CIA… (II)

Comme un brave pèlerin ployant sous le poids des ans au vu de cette carrière caractérisée au moins par sa longueur, je reprends la plume … Quelques précisions de plus parce que le sujet m’apparaît absolument vital, dans notre milieu et selon nos activités, parce qu’il s’agit du système de la communication qui est aujourd’hui la première force déterminante de la politique, parce que nous sommes dans cette époque extraordinaire où nous ne pouvons pas ne pas nous engager. Cette suite fait elle-même suite à la réaction d’un de nos lecteurs et amis, par ailleurs présents parmi les rares intervenants d’Ouverture libre, Jean-Paul Baquiast, sous le titre «Quid de la presse US que nous pensons non-alignée?», ce 21 octobre 2014, en commentaire du texte sur “le journalisme Made in CIA” du 20 octobre 2014, qui trouve ici son complément.

«Je pense à divers journaux que vous citez souvent vous-même, comme WSWS auquel je me réfère fréquemment. Sont-ils des faux nez de la CIA et autres?

»Je pense aussi aux sites “alternatifs” auxquels là aussi nous nous référons souvent, ZeroHedge ou The Saker. Je ne vois pas comment, en suivant l’analyse que vous faites, ils pourraient survivre sans être manipulés, ne fut-ce que dans la fonction de contestation-système officielle.

»Je pense qu’avec votre expérience, vous devriez donner votre avis sur ces points…»

Je vais me permettre de répondre indirectement parce que je ne distingue pas vraiment ce qui, dans mes propos, pourrait faire croire que cette presse alternative US soit plus manipulé que d’autres par la CIA, tout comme toutes les autres presses alternatives d’ailleurs… Donc, je réponds indirectement, en précisant mon propos, et vous verrez que ma conclusion tend à l’inverse de ce que craint notre intervenant JPB.

D’abord, les dates sont claires … J’ai bien écrit qu’à partir de 1985, année où j’ai lancé dd&e, ancêtre de dedefensa.org, les US avaient coupé les ponts avec moi, de leur propre initiative d’ailleurs. («Effectivement, à partir de 1985, cela correspondant à mon départ du quotidien où je travaillais, je ne reçus plus jamais d’invitation de l’ambassade US, comme il en était régulièrement adressé à la presse.») Cela fait que la période dont j’ai parlé est bien une période où n’existait pas la presse alternative que l’on connaît aujourd’hui, où n’importe qui peut monter un blog pour une somme abordable, et jeter ses commentaires à la face du monde. Avant, à part l’exception de la “Lettre d’information” (d’“Analyse”), très peu coûteuse à produire mais extrêmement difficile à imposer par la notoriété, ce qui se passe aujourd’hui était impossible … Trop cher, trop dépendant d’un financier, de la publicité, ou bien d’un carnet d’abonné qu’il fallait des années, voire des décennies pour constituer. Ce que je décris des procédés US d’influence et de recrutement porte donc sur la période où la presse “alternative” dont parle JPB n’existait pas et ne pouvait économiquement pas exister.

D’autre part, le climat politique était extrêmement nuancé, beaucoup plus divers qu’il n’est aujourd’hui. Du côté de l’Ouest, il y avait les “libéraux” (politiques), partisans d’un rapprochement avec l’URSS et du “convergisme” (les deux régimes, Est et Ouest, devant finir par se confondre), il y avait les “réalistes” ou “détentistes”, partisans de la détente passant par l’intensification des échanges commerciaux et culturels entre Est et Ouest, et puis toutes les factions des durs, des “faucons”, etc., impitoyablement antisoviétiques. Cela faisait des nuances considérables qui permettaient à un journaliste passé sous l’influence US d’évoluer sans à-coups, habilement, sans qu’on puisse identifier cette influence. Les faux-nez de la CIA, ou d’USIS pour les cas envisagés, pouvaient apparaître avec un superbe profil grec semblant tout à fait naturel. Même chose d’ailleurs, selon les “faucons”, des agents d’influence du KGB, qu’il était très difficile d’identifier, – comme voulut le montrer le roman à clef L’Iceberg (traduction très libre de The Spike), écrit par Arnaud de Borchgrave et Robert Moss. Ce livre, publié en 1980, constitua l’archétype anglo-saxon de la dénonciation des manœuvres de retournement du KGB. (Vladimir Volkoff publiait en France, avec infiniment plus de nuances, des ouvrages sur le même thème, comme Le retournement.) Ce que je veux dire par ces divers rappels, c’est que la situation de la communication était alors infiniment complexe et nuancée, et elle ne le fut jamais plus que dans les années 1980, entre les tensions de la crise des euromissiles jusqu’en 1983 et le gorbatchévisme à partir de 1985, où s’activaient, à côté des faucons antisoviétiques un formidable parti pacifiste et détentiste, tandis qu’on retrouvait les mêmes nuances considérables à l’Est et en URSS.

Je me souviens fort bien de cette atmosphère des années 1980, incertaine, insaisissable, pleine de tensions dramatiques mais aussi d’espoirs enthousiastes, avec des failles béantes entre alliés de l’Ouest (bloc BAO) dans les rapports avec l’URSS. A cette époque, tout le monde soupçonnait tout le monde dans tous les sens, justement à cause de cette confusion dont les services de renseignement et d’influence usaient avec habileté, alors qu’eux-mêmes (ces SR) étaient soumis à des différences de tendance qui se marquaient dans des actes concrets. Dans ce climat, les manœuvres étaient faciles, même sans construction élaborée. Je me rappelle avoir été l’objet, en 1988 cette fois [1], d’un soupçon non plus passif mais activement diffusé dans les milieux de sécurité nationale et de communication à Bruxelles, d’être un agent du KGB. Un ami, colonel belge de réserve m’en avait averti, lui-même alerté par le SGR (renseignement belge). Il m’avait précisé que l’“information” venait de la DIA et non de la CIA et avait transité par la DST française avant d’arriver au SGR. Je lui avais demandé sur quelle base reposait cette accusation puisque je n’avais jamais rien écrit de procommuniste ou approchant ; mon ami répondit, avec un sourire ironique : «Justement…», ce qui donnait une mesure de la paranoïa dont bénéficiaient les instigateurs du canard, ma non-activité prosoviétique étant la preuve a contrario de mon rôle d’“agent dormant” … Finalement le SGR rejeta l’accusation selon la conclusion et la décision de l’état-major général (belge), et cet état-major général qui me considérait comme un complet indépendant voulut faire connaître sa position publiquement, dans les milieux concernés, en me proposant une interview du chef d’état-major général, le général Gysemberg, pour ma publication. Cela devait constituer, selon les codes en vigueur, le signe indubitable de cette position de confiance. J’acceptai, certes, pour me débarrasser de ce canard qui pouvait me faire un tort considérable du point de vue de mon statut d’indépendant. Pour le reste, le coup fut aisé à démonter, notamment par des recoupements extrêmement précis et selon des identifications de personnes, de lieux et de dates, qui étaient impliquées dans l’affaire qu’on signale ci-après : à cette époque, la France proposait une coopération Rafale à la Belgique, que je soutenais à fond, et le Pentagone tentait de contrer l’offre avec un projet F-16 Agile Falcon ; comme le coup venait de la DIA, le SR du Pentagone, concluez… Quant à la DST, d’une stupidité sans bornes (et d’ailleurs en désaccord avec la DGSE), elle avait relayé le canard sans en chercher plus loin les causes possibles… Voilà comment était le climat, et vous comprendrez que, dans ces conditions, tout pouvait être imaginé de tout le monde dans la sphère de la communication, sans que rien ne soit tranché. C’était bien une époque où, non seulement il était difficile d’identifier les faux-nez de la CIA, mais où, et c’est la remarque essentielle pour mon propos, cette difficulté pouvait causer des problèmes sérieux si l’on suivait les commentaires et informations d’une source-faux-nez mais non identifiée comme telle ; parce que les nuances infinies des informations pouvaient conduire à de telles erreurs de parcours…

Aujourd’hui, la situation est complètement différente, radicalement modifiée, et elle est à mon avis bien meilleure du point de vue des journalistes, commentateurs, chroniqueurs, notamment et essentiellement pour nous les indépendants et les antiSystème. Je vais énoncer quelques points en faveur de cette appréciation.

• D’abord, l’aspect économique, déjà vu plus haut. Il n’est besoin d’aucun soutien suspect (sponsor, publicité) pour exister dans le système de la communication. Les soutiens par abonnements, et surtout par donation des lecteurs, existent et ils peuvent permettre à un site de lui-même exister, vivre et faire son travail. Nous, à dedefensa.org, nous en savons quelque chose : nous pratiquons la chose depuis l’origine et pratiquement depuis 2008-2009 et l’intégration dans dedefensa.org de la Lettre d’Analyse dd&e devenue dde.crisis (cessation de parution en avril 2012 en tant que telle), nous vivons uniquement grâce aux donations de nos lecteurs, – parfaite et superbe garantie de notre indépendance. La vie n’est pas toujours facile, elle est même souvent angoissante, mais elle se poursuit, – et pourvu que ça dure, hein… Dans la période précédente (jusqu’aux années 1990), une telle situation était impensable parce que vous ne pouviez raisonnablement pas espérer publier (publication-papier, avec tirage imprimerie, distribution, etc.) avec les seules donations de lecteurs, – à moins, encore une fois, du cas d’exception des “Lettres d’information” et d’analyse (abonnements) qui constituaient un coup de dès incroyablement incertain, – et qui demandaient, de toutes les façons, une infrastructure technique et commerciale conséquente.

• Ensuite la situation institutionnelle. Ma religion est faite depuis 9/11, selon le principe imité en l’inversant de la formule juridique bien connue que toute information officielle venant du bloc BAO dans les domaines qui m’importent “est présumée mensongère” à moins que sa véracité puisse être établie (par mes soins). (Voir le texte «Je doute donc je suis», du 13 mars 2003.) Ce mensonge permanent développé en mode-pavlovien, passant du virtualisme à la narrative (voir le 27 octobre 2014), nous donne une paradoxale liberté. (Dieu sait que ce n’était pas le cas dans la période d’avant, jusqu’en 1985-1990, où l’information officielle gardait un certain crédit référentiel, ce qui constituait une difficulté même inconsciente dans le travail d’une éventuelle contestation de cette information.) Cette liberté se trouve dans le fait que nous ne sommes plus contraints sinon prisonniers du prestige impératif de l’institutionnalisation de la source parce que l’institutionnalisation n’est plus en quoi que ce soit une garantie de la validité de la source.

• Cette évolution visible et non dissimulée (voir à nouveau le 13 mars 2003) vers la culture du mensonge de toutes les sources institutionnalisées ne signifie pas une plus grande habileté de ces sources, mais un extrême appauvrissement. Le mensonge type-virtualisme puis type-narrative n’est en rien un sommet de machiavélisme, qui témoigne de la souplesse et de l’habileté de l’esprit, mais tout au contraire le produit de l’effondrement dans le conformisme pavlovien. La culture et l’expérience suivent, dans cette chute vers les abysses. Le niveau des services de renseignement, du point de vue de l’analyse et de l’observation, s’est absolument effondré en vingt ans, et avec eux, la validité et la qualité des opérations qu’ils produisent, y compris la désinformation et la mésinformation. Là-dessus, à cause de l’emploi excessif et exclusif de la méthode virtualisme-puis-narrative, les opinions et les perceptions n’ont cessé de s’exacerber vers les extrêmes, rendant bien plus facile pour ceux qui se trouvent en-dehors du circuit-Système que ces gens représentent, l’identification des montages de narrative par rapport aux vérités de situation qui importent. Y a-t-il un exemple plus flagrant de cette extraordinaire disparité que la crise ukrainienne où, au même instant, dans un même lieu, un côté vous dit “il fait grand soleil” et l’autre “il pleut à verse” ? Si vous avez une position politique, si vous avez de l’expérience, notamment depuis 9/11, si vous suivez l’évolution du Système, quelle difficulté y a-t-il à distinguer ce qui vient du Système ? Aucune… Vous pouvez ainsi déterminer une position de principe vis-à-vis de l’information et, là, commencer un travail de raffinement, d’enquête, qui est l’aspect le plus passionnant de la chose.

• C’est là où je veux en venir, pour répondre directement à la préoccupation (qui est un faux-nez de la CIA, qui ne l’est pas ?). Ma réponse est : aucun intérêt, bottez en touche cette question du faux-nez vers l’inconnaissance. Ce qui importe, c’est la valeur de l’information elle-même, pas la vertu de l’informateur : que m’importe au départ qui se cache derrière le Saker ou ZeroHedge.com dès lors que les informations qu’ils publient me satisfont d’une façon ou l’autre, – après enquête sur la valeur et la validité des informations, certes… L’enquête dont je parle (“commencer un travail de raffinement, d’enquête”) consiste à déterminer le crédit de l’information, et ce travail quelle que soit la source (Système ou antiSystème, – car toutes les sources sont susceptibles de céder plus ou moins à la tentation d’en rajouter ou bien s’en tiennent à la rigueur du propos, – à déterminer). Cette enquête demande de l’expérience, de la connaissance, du bon sens, l’art de la confrontation entre des domaines différents et enfin de l’intuition en fonction de positions fermement arrêtées selon des références principielles que vous vous êtes données. C’est alors, justement, à partir de ces enquêtes, qu’on “remonte à la source” et qu’on peut qualifier la source de “crédible” ou non en général, et la juger estimable, courageuse, etc. Il est beaucoup plus nécessaire de donner un label de qualité intellectuelle à une source que de déterminer si elle est faux-nez de la CIA ou pas (Système ou antiSystème). Par exemple, si vous prenez le cas de DEBKAFiles (à propos, – à condition que le site redémarre), vous savez que c’est plus ou moins un relais du Mossad mais vous devez savoir aussi que dans les informations diffusées, à côté des déchets de désinformation/mésinformation, se nichent quelques éléments qui peuvent être très intéressants pour la vérité de la situation. (Et même … Leurs nouvelles de désinformation/mésinformation ont de l’intérêt pour savoir ce qu’ils voudraient que vous croyiez.)

• La conclusion de tout cela, pour moi, pour mon compte et pour la philosophie du site dedefensa.org, se trouve dans le plus grand avantage qu’il y a à naviguer à ciel ouvert, à se présenter tel qu’on est, à clarifier sans la moindre ambiguïté l’engagement qu’on suit, à refuser le vrai faux-nez de la “vertu” de l’objectivité, qui s’apparente vite à une vertu-Système. Je considère comme absolument trompeur de se prétendre “objectif” et affirmer donner l’information juste et objective dans une époque qui répudie évidemment l’objectivité par absence de références. Au contraire, il faut affirmer son engagement qui est dans un champ autre que celui de l’objectivité, – dès lors qu’on sait bien que l’objectivité sera l’objectivité-Système institutionnalisée, c’est dire… Par les temps qui courent, dans une époque aussi extraordinaire, une telle attitude est évidente, les enjeux étant à la fois clairement identifiables et d’une puissance considérable. Il faut savoir ce que l’on est et ce que l’on veut, et il faut le dire. Je suis sûr qu’on vous en sera reconnaissant.

PhG

Note :

[1] … Et non 1987 comme indiqué pimitivement dans ce même texte. (Note incluse le 23 octobre 2014 à 15H30.)

Source : DeDefensa.org

Et si la CIA achetait directement les lecteurs de la presse allemande ?

[Reprise] Le journalisme made in CIA, aujourd’hui et hier, par Philippe Grasset (1/2). Olivier Berruyer.

Daniele Pozzati, spécialiste des médias, notamment allemands, du site Russia Insider, développe quelques observations festives concernant l’évolution du succès d’influence (et donc commercial), ou plutôt de l’insuccés grandissant de la presse-Système, en Allemagne, depuis la sortie du livre de Udo Ulfkotte, Gekaufte Journalisten (pour une fois, donnons le titre en allemand, après l’avoir évoqué en français, notamment le 20 novembre 2014). On rappelle que Ulfkotte détaillait la façon dont la CIA avait purement et simplement acheté une part importante du corps des journalistes allemands, exactement comme le maquignon, à la foire aux bestiaux, enrichit son patrimoine d’une espèce particulièrement succulente et efficace, – type charolais, si l’on veut…

La nouvelle que nous apporte Pozzati est que la publication du livre de Ulfkotte, dont le succès ne se dément pas malgré le blackout de la presse-Système, a eu un effet dévastateur sur l’audience et la fréquentation des sites de la grande presse-Système allemande. Un tel effet commençait déjà au mois de septembre, suite aux excès antirusse de la presse allemande (l’affaire de la destruction du vol MH17) mais la courbe devient un effondrement en octobre. Pozzati fournit un ensemble de graphiques de l’analyse d’audience par le système Alexa, une société de comptage de fréquentation travaillant pour Google, montrant cet effondrement d’octobre 2014, de six publications maîtresse de la presse-Système : Stern, FAZ, Focus, Spiegel, Die Welt, Zeit.

«They call it the Ulfkotte-effect. And it’s beginning to resemble an avalanche. Since the publication of Udo Ulfkotte’s “Gekaufte Journalisten“in September – now a n°1 Amazon bestseller, in which he charges that the CIA regularly bribes top German journalists, himself included, – German readers’ disaffection towards their mainstream media appears to have crossed a point of no return.

»Granted, sales of newspapers and magazines have fallen everywhere, not just in Germany. But this is different. This is a boycott that is affecting web traffic. Germans are steering clear of mainstream media websites. Many Germans have not been too shy to announce their intention on social networks. Some have uploaded videos calling for a boycott on YouTube. Others have created groups calling for the same on Facebook. The other visible result of reader disaffection has been that throughout September the number of unique visitors to six major German newspapers and magazines was falling steadily. In October, it simply sank.

»Yet up until early summer these same websites had been generating a large and stable amount of traffic. This is an unprecedented trend, and one that is wholly distinct from the fall in newspaper sales generally. [...] The Spiegel’s infamous “Stoppt Putin Jetzt” July 29 cover apparently played a key role in incensing public opinion. An official readers’ complaint against Der Spiegel’s cover was upheld in August by the German Press Council. The latter ruled that the pictures of MH17 victims on the cover had been “instrumentalized in the context of a political statement.”

»Germany’s print media was warned even before that, on April 28, when Cicero, a leading German monthly, published a column titled: “Pride after the Fall”. The captions read: “Newspapers die. The reason: they go against their readers. The current Russia reporting is an example. That’s not the way to engage with readers.” The author, Alexander Kissler wrote: “Every quarter the newspapers sector grieves. This is when plummeting circulation figures are released. The curve travels from top left to bottom right, in fact it is not a curve anymore, but a straight line, unstoppable on its way to Zero.”»

Il s’agit d’une analyse particulièrement impressionnante, qui constitue une première dans le monde de la communication, par sa brutalité, par sa rapidité, par sa connectivité entre une tendance si marquée et des événements clairement identifiés. L’avantage de l’internet à cet égard, par rapport aux sites de la presse-Système, c’est qu’il permet des actes instantanés, immédiatement comptabilisables, qui constituent des manifestations concrètes d’opinion. Il y a dans ce cas bien plus qu’une mesure quantitative d’audience, mais bien une mesure quantitative d’audience par rapport à la qualité du travail fournie.

Cela nous conforte dans l’appréciation que nous donnions dans le texte du 20 novembre 2014, dans le chef de Philippe Grasset, sur la qualité (justement) de l’action de la CIA avec ses annexes du BND allemand vis-à-vis de la presse, – telles que rapportées par Ulfkotte dans son livre. Il nous paraît de plus en plus évident que ces méthodes, et leurs effets qui sont à mesure dans les domaines de la grossièreté et de la crédibilité, sont bien entendu la cause essentielle de la désaffection du public à cause de ces caractères d’une telle médiocrité brutale ; tout cela forme un véritable événement qui devrait se traduire par un impact important au niveau commercial des ventes de la presse allemande sous contrôle de la CIA… PhG écrivait ceci concernant les méthodes que décrit Ulfkotte, notamment par rapport aux “anciennes“ méthodes des années1970-1980 qu’il avait connues :

«C’est pourquoi les méthodes actuelles, telles que les présente Ulfkotte, me paraissent stupéfiantes de grossièreté, d’impudence maladroite, finalement extrêmement contre-productives. Il me semble insensé d’imaginer, en 1978 ou en 1982, un homme d’USIS, ou même de la CIA si et quand le contact était établi, glissant à un journaliste soi-disant “recruté” un texte rédigé par ses services et lui disant : “mettez votre signature ici et publiez !” [...]

»La description que donne Ulfkotte des méthodes de recrutement et de manipulation des journalistes professionnels de la grande presse par les USA en Europe aujourd’hui est complètement surréaliste par rapport à ce que j’en ai connu ; elle est aussi complètement stupide et absurde, attendu que cette “grande presse” a évolué de son côté en presse-Système et se trouve elle-même continuellement sur la voie de la conformité… Mais il n’y a aucune raison de douter de sa description, et cela permet alors de mesurer le chemin de décadence, sinon de la chute, parcouru par l’appareil d’influence et de sécurité nationale de l’américanisme. L’orientation prise est en effet caractéristique du développement de la politique-Système, de la surpuissance de tous les aspects de cette politique, de sa “brutalisation” à outrance, de la plongée de la perception du monde dans des narrative invraisemblables. La CIA (ou le BND, ou n’importe quoi) opère à visage découvert, sans souci ni d’apparence convenable, ni de formalisme professionnel, ni de vraisemblance des informations, exerçant des pressions même sur ceux qui leur sont acquis, qui sont déjà dans le cours de la presse-Système. L’information “sous influence” (sous influence de la CIA ou sous influence du BND, – ou sous influence du Système, pour mettre tout le monde d’accord) devient chaotique comme la décrit Ulfkotte (“Some major voices are very reasonable about Russia, but most are negative, and some are comically apocalyptic”), et le résultat est une communication de plus en plus extrême, de plus en plus désordonnée, de plus en plus invraisemblable, c’est-à-dire au bout du compte de plus en plus fragile, de moins en moins substantivée, flottant dans une sorte d’éther où chaque chose semble isolée de ses causes et de ses conséquences, et où son crédit, sa vraisemblance, ne résisteraient pas une seconde à une simple mise en perspective.»

… Effectivement, dans de telles conditions et pour faire cesser ce mouvement inacceptable de non-consultation des nouvelles dispensées par la presse-Système, la seule solution raisonnable semble être, pour la CIA, d’acheter les lecteurs de la presse-Système allemande pour qu’ils poursuivent héroïquement leurs lectures selon les consignes données. A part cette solution radicale, qui serait pourtant bien dans les manières du Système, les perspectives sont extrêmement sombres pour la presse-Système, en Allemagne bien entendu, mais en Europe en général. (On place les USA à part, où l’identification de l’Ukraine et sa position géographiques reste une pré-condition assez peu souvent rencontrée à une lecture des nouvelles à cet égard.) L’affaire ukrainienne et l’hostilité vis-à-vis de la Russie devant se poursuivre à très grande vitesse, et même selon un rythme accéléré à notre estime, bien entendu sans aucun espoir de changement de la part du bloc BAO, et cela dans l’atmosphère d’affirmation et de réaffirmation surréaliste de la narrative qu’on connaît, il apparaît désormais très possible que la presse-Système en tant qu’institution rencontre des conditions d’effondrement, et de son crédit, et éventuellement de son existence … Pozzati termine son article de cette façon : «And it still looks like just the beginning. Has the time come to print a book titled: “2019: The Last Copy of Der Spiegel?” – if the German print media will survive even until then, that is.»

Source : DeDefensa.org

[Reprise] Le journalisme made in CIA, aujourd’hui et hier, par Philippe Grasset (1/2). Olivier Berruyer.

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Pourquoi la question de savoir si POUTINE est ou non à la FRONTIÈRE UKRAINIENNE est une ânerie? Par Danielle Bleitrach.

1 Décembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #L'OTAN., #La France, #La nation ., #La République, #La Russie, #La guerre, #AMERIQUE, #Europe supranationale

Pourquoi la question de savoir si POUTINE est ou non à la FRONTIÈRE UKRAINIENNE est une ânerie? Par Danielle Bleitrach.

Et si des fonctionnaires russes et chinois voyageaient à Ferguson pour y financer un coup d’Etat dans les Etats-Unis ?

Prenons les faits, rien que les faits, ceux que personne ne peut nier:

L’artillerie ukrainienne a tué dans la nuit de mercredi, au moins 13 civils dans les districts du nord de Donetsk, ville située dans le sud-est de l’Ukraine.

« Hier soir nous avons constaté une grande activité de l’artillerie ukrainienne. Selon les première données elle a tué 13 civils », a déclaré jeudi une source locale.

Selon le dernier rapport de la mission des droits fondamentaux de l’Organisation des Nations Unies (ONU), présenté la semaine dernière à Genève (Suisse), le conflit armé dans le sud-est de l’Ukraine, commencé en février, a fait 4317 morts et 9921 blessés dont une majorité de civils.

Face à de tels chiffres, comme d’ailleurs les faits intervenus depuis le début de l’année à savoir:

1) L’intervention des Etats-Unis, de l’OTAN et de l’Union Européenne en faveur d’un coup d’Etat renversant le président élu. Coup d’Etat qui n’a pas été accepté par la population du sud est et qui a mis au pouvoir un gouvernement de marionnettes composée de néo-nazis et d’oligarques corrompus et a créé la guerre civile. Que penserions-nous si la Russie et la Chine allaient à Fergusson fomenter un coup d’Etat contre Obama? Ce sont pourtant les mœurs habituelles des Occidentaux.

2) L’intervention de plus en plus manifeste des États-Unis qui considèrent désormais l’Ukraine comme leur colonie. Coup d’Etat manifestement dirigé contre la Russie et qui n’avait que deux buts: transformer l’Ukraine en bastion de l’OTAN avec une confrontation directe entre puissance nucléaire et créer une situation de conflit permanent au sein de l’Europe pour empêcher un développement eurasiatique et justifier la présence permanente de l’OTAN et des Etats-Unis.

3) La situation politique, économique et militaire du gouvernement ukrainien ne cesse de se détériorer et la gestion ukrainienne ne vivant sous unique perfusion de l’étranger avec des fonds aussitôt détournés par les oligarques. Sur le plan économique c’est la faillite, la misère, le chômage pour les populations, sur le plan politique l’extrême-droite fait régner la terreur non seulement dans le Donbass avec ses armées mais en instituant la terreur au quotidien, forçant les communistes à la clandestinité. Le cas d’Odessa où ce sont les victimes qui passent en jugement, sont tabassées par l’extrême droite et où on licencie massivement tous ceux qui ne suivent pas les folies nationalistes. En outre le gouvernement ukrainien vient de lui-même organiser la séparation avec les territoires de Donetsk et Lougansk en coupant le paiement des pensions et des services publics après avoir massacré depuis des mois sa propre population.

4) Cette rupture, ce blocus au sein du pays n’a qu’une fonction voulue par les américains, forcer l’armée russe à intervenir en Ukraine pour offrir un prétexte à l’OTAN; mais le caractère criminel de cette stratégie est dans le chiffre des morts et des blessés, celui des souffrances terribles vécues par les populations civiles.

Qu’il se trouve dans un tel contexte une presse et des forces politiques en France capable non seulement de faire le silence sur cette situation inhumaine et scandaleuse en s’interrogeant seulement sur la présence ou non de russes dans le camp des insurgés prouve le degré d’ignominie et de vassalité qui est désormais celui de notre pays et des forces dites de gauche.

Je signale à ces gens-là que s’il est normal que l’armée russe se trouve à la frontière de l’Ukraine, il est beaucoup moins normal géographiquement que l’Ukraine soit désormais une colonie des Etats-Unis avec une telle présence des experts et des mercenaires. Maintenant si nous abandonnons toute hypocrisie au vu du martyre subi actuellement non seulement par les civils dans le Donbass mais la répression des communistes et des progressistes, nous espérons tous qu’il y a effectivement une aide russe, l’aide humanitaire est nécessaire d’abord pour soulager la souffrance des population soumise à un blocus. Mais face à des tirs à l’arme lourde sur des villes ce qui est un crime contre l’humanité, comment les aider à en finir avec cette agression et là on ne peut pas évacuer la nécessité d’une aide militaire. Pourtant personne ne peut à l’inverse de ce que font les états-Unis faire la preuve, aller au-delà des supputations, sur l’aide réelle apportée par les Russes dans ce domaine autre que des volontaires et des armes reprises à l’ennemi ukrainien.

Voilà les faits rien que les faits tout le reste est enfumage.

le 29 novembre 2014

Danielle Bleitrach

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Entretien avec Sergei Kirichuk (Borotba) : « L’Ukraine est tenue en otage par les nazis et l’OTAN ». Le mardi 25 novembre 2014

30 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #Europe supranationale, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La guerre

Entretien avec Sergei Kirichuk (Borotba) : « L’Ukraine est tenue en otage par les nazis et l’OTAN ».

mardi 25 novembre 2014

Sergei Kirichuk (Borotba) . Ukraine.

Sergei Kirichuk (Borotba) . Ukraine.

Nous publions ci-dessous un entretien avec Sergei Kirichuk, militant de l’organisation marxiste ukrainienne Borotba (« la Lutte »), réalisé par Marco Santopadre pour le site contropiano.org et publié par nos camarades italiens de la TMI, du journal marxiste FalceMartello. Sergei était en Italie début novembre, dans le cadre d’une série de réunions publiques dans de nombreuses villes italiennes. Cette tournée militante était organisée dans le cadre de la campagne de « Solidarité avec la résistance antifasciste en Ukraine » de la Tendance Marxiste Internationale (animée en France par Révolution, voir ici). Ce fut un succès notable en termes de participation, de qualité de débats et de soutien financier à la résistance antifasciste ukrainienne.

Dans cet entretien, Sergei aborde en détail une série de sujets fondamentaux pour illustrer la situation en Ukraine. Le renversement de Ianoukovitch par le mouvement d'Euromaïdan, l'alliance entre les oligarques et les partis néo-nazis, la révolte des régions orientales et l'intervention de l'armée ukrainienne sont en effet les épisodes principaux d'une guerre civile devenue un tournant majeur dans la situation politique mondiale.

Nous avons demandé tout d'abord à Sergei d’expliquer ce qu'est Borotba.

> SG : Borotba est une organisation marxiste qui a été formée en 2011 par la fusion de plusieurs groupes. Ce sont surtout à l'origine de jeunes militants critiques de la ligne du Parti communiste et de ses illusions parlementaristes, mais aussi en provenance d’autres organisations marxistes. Notre idée constitutive était de soutenir la mobilisation directe des travailleurs contre le capitalisme et l’oligarchie. Malheureusement, le déclenchement de la guerre civile a montré que notre organisation n'était pas prête à faire face à une situation de confrontation directe, de clandestinité ; nous sommes donc maintenant dans un processus de reconstruction de notre organisation. Il y a un important débat en cours sur la façon de reconstruire nos structures, notre intervention et la tactique à adopter, à la fois dans le Donbass et dans l’ensemble de l’Ukraine. Nous croyons que la seule solution envisageable pour sortir l’Ukraine de l’impasse est une fédération qui reconnaisse l’autonomie pour toutes les cultures et les minorités, ainsi que la « dénazification » du pays.

> Que pense Borotba du mouvement baptisé « Euromaïdan » ?

SG : Dès le début, notre organisation s'est opposée au mouvement Maïdan parce que ce mouvement était favorable à l’intégration de l’Ukraine dans l’Union Européenne (UE). Nous pensions que ce serait un désastre pour l’industrie manufacturière du pays et donc pour les conditions sociales de la population. Nous avions déjà de bons exemples – c’est-à-dire mauvais – d’autres pays d’Europe de l’Est qui ont été intégrés dans l’UE, par exemple la Bulgarie ou les Etats baltes, où des millions de personnes ont perdu leur emploi et ont été forcés de migrer vers le nord-ouest de l’Europe, à la recherche d’un emploi faiblement rémunéré.

Il est vrai que l’Ukraine est un des pays les plus pauvres du continent. Cependant, dans la partie orientale du pays on trouve l’industrie aérospatiale et des sites où sont fabriqués des produits de haute technologie, tels que des moteurs d’avions et d’hélicoptères. Nous savions que cette production ne pourrait jamais avoir accès au marché de l’UE ; l’intégration signifierait donc la destruction de centaines de milliers d’emplois hautement qualifiés. C’est pour ça que des millions d’Ukrainiens sont fortement opposés à l’entrée de l’Ukraine dans l’UE. Nous avons soutenu ces travailleurs – dans de nombreux cas, des ingénieurs et techniciens – qui s’opposent totalement à ce projet parce qu’ils défendent ces emplois qualifiés. En outre, il était clair depuis le début que l’extrême droite a eu un rôle fondamental et central au sein du mouvement « Euromaïdan ». Bien que représentant au départ une minorité du point de vue numérique, les groupes se réclamant de cette mouvance ont été en mesure de dominer la mobilisation. Avant tout chose, nous ne partageons pas leur idée d’une Ukraine « seulement pour les Ukrainiens », un pays ethniquement pur. Au contraire, nous croyons que la diversité doit être respectée, toutes les diversités religieuses, linguistiques et ethniques.

A propos du mouvement Maïdan, on a pu lire qu'il fallait aussi compter en son sein des mouvements de gauche, ou du moins progressistes. En Europe il existe des courants de gauche qui continuent d'ailleurs de prétendre que la mobilisation a été positive malgré tout, du moment qu'elle a contesté un gouvernement impopulaire et le pouvoir excessif de l’oligarchie. Vous, cependant, ne partagez pas ce point de vue...

SG : Il y a effectivement beaucoup de courants de gauche dans le monde qui ont comme fétiche le seul fait de voir « les masses qui descendent dans les rues ». Comme militants, nous devrions pourtant savoir qu'une masse de gens qui descend dans la rue peut également être réactionnaire, ou sous l’influence d’une direction politique réactionnaire. Par exemple, il y avait un petit groupe de gauche qui a participé dès le début à la mobilisation de la place Maïdan à Kiev avec des slogans très modérés. Ils parlaient de la nécessité d’une Europe sociale – pas du socialisme. Ce fut pourtant suffisant pour qu'ils se fassent fortement contester et accuser par le reste de la place, pour laquelle « l’Europe sociale » était déjà l’antichambre des goulags staliniens !

Par ailleurs, il était clair depuis le début que ceux qui occupaient les rues de Kiev étaient surtout animés par l’individualisme et le carriérisme, caractérisés par l’idée illusoire que si l’Ukraine entrait dans l’UE, n'importe qui travaillant dur connaitrait le succès et l'enrichissement. Aucun sentiment de solidarité ou de critique sociale n'était visible dans cette mobilisation.

Quelle est aujourd’hui la situation en Ukraine et dans le Donbass ? En particulier, que pensez-vous des résultats des élections qui ont eu lieu, d'abord dans les territoires contrôlés par le régime, puis dans les Républiques « populaires » ?

SG : Il existe deux grandes tendances politiques dans le Donbass en ce moment. L’une est purement « séparatiste » et affirme qu’il n’y a pas de place pour un retour sous l’autorité du régime de Kiev. Elle pousse donc vers une véritable séparation des Républiques populaires de l'Ukraine, afin qu’elles deviennent un seul Etat complètement indépendant. L’autre tendance considère la création des Républiques populaires comme une première étape dans l’établissement d’un dialogue avec ces secteurs de la population ukrainienne qui avaient soutenu ou toléré Euromaïdan, dans la mesure où ils le considéraient comme une opposition à l’oligarchie.

Il y a de manière générale une forte poussée à gauche, des sections importantes de la population revendiquent des mesures sociales, ainsi qu'une réelle mise en œuvre de la nationalisation des secteurs clés de l’économie. Je dois admettre cependant que la pression de l’oligarchie russe est malheureusement très forte dans le Donbass. Moscou pense – à juste titre – qu'une possible révolution socialiste dans cette région pourrait servir de « mauvais exemple » pour les catégories populaires en Russie. Dans tous les cas, un avis est communément partagé dans la population du Donbass : la privatisation des mines, de l’industrie et de l’énergie dans les années 1990 n'a constitué rien de moins qu'un vol de la propriété populaire. Cette aspiration à la nationalisation de l’industrie et au développement des formes de propriété collective dans le Donbass est donc considérée comme très dangereuse par les bourgeoisies de Kiev autant que de Moscou.

Les élections en Ukraine ont quant à elles montré un virage clairement à droite du Parlement. Il est vrai que les forces ouvertement nazies comme Svoboda ou Praviy Sektor [1] ne sont pas entrées dans la Rada. Inutile de dire cependant que les partis bourgeois « respectables » ont tous observé un même virage vers l’extrême droite, caractérisé par la présentation de programmes extrémistes et par l’élection des chefs des bataillons de volontaires (de l'opération « antiterroriste »), des commandants militaires des gangs fascistes et des oligarques. Les élections ukrainiennes sont un exemple éclairant de l’hypocrisie des gouvernements occidentaux et de la classe politique libérale locale, qui a par exemple ouvertement soutenu des candidats néo-nazis. Ainsi, à Kiev, les cercles et les médias libéraux ont soutenu un candidat du « Bloc Porochenko » [2] : il s'agit d'un raciste déclaré, un fou qui parle de la suprématie de la race blanche et qui envisage un avenir fondé sur l’exclusion des citoyens de langue et de culture russes comme de toutes les autres minorités.

A propos des évènements dans le Donbass, certains courants de gauche ici en Europe ont un point de vue différent – en commun avec la quasi-totalité des médias de masse : ils identifient les principales forces de l’insurrection, dans le sud-est de l’Ukraine, à des éléments purement nationalistes, au mieux, ou au pire réactionnaires et fascistes. Quelle est la composition réelle du paysage politique des Républiques « populaires » de Donetsk et de Lugansk ?

SG : Nous ne voulons pas faire semblant qu’il n'existe pas dans le Donbass des tendances nationalistes russes, mais il est impossible de nier le rôle dirigeant des mouvements et des forces de gauche ainsi qu'un puissant sentiment antifasciste. Un des plus grands et des plus populaires chefs militaires des milices des Républiques populaires, Alexey Mozgovoy, a déclaré à maintes reprises que le nationalisme n'est pas une solution, mais qu'au contraire la lutte du peuple du Donbass devait être le début d'un soulèvement général contre l’oligarchie dans le pays. On compte de nombreux communistes ou socialistes combattant dans l’armée du Donbass, au moins autant que des éléments conservateurs ou nationalistes. Entre les différentes factions, la coexistence se fait dans un respect mutuel au nom de la lutte commune.

Le plus grand danger serait que ce conflit pourrait se traduise par un scénario à la yougoslave, par une explosion de haine au sein de la population sur la base de l’appartenance ethnique, linguistique ou religieuse. Contre ce scénario, Borotba soutient toute tendance de gauche dans le Donbass, où il existe déjà une tradition forte du mouvement ouvrier.

Pour comprendre ce qui mobilise aujourd'hui les populations du Donbass, il faut bien avoir à l'esprit la dynamique des évènements. Après le coup d'Etat de février [3], une forte mobilisation s'est développée dans l’Est du pays. La population a demandé pacifiquement que le nouveau régime accorde l’autonomie fiscale et culturelle aux zones habitées par des minorités, en particulier de langue russe. Mais, au lieu d’accorder la fédéralisation de l’Ukraine, le gouvernement « Maïdeniste » a imposé une véritable féodalisation, en nommant comme gouverneurs de province des oligarques parmi les plus riches du pays. Ceux-ci ont mis en place des milices privées avec des éléments d’extrême droite, qui ont immédiatement imposé un règne de terreur. Ils ont commencé une véritable chasse aux communistes et aux dissidents : les locaux des partis politiques et des syndicats assiégés et détruits, des agressions, des enlèvements et des meurtres. Cette réalité est évidente dans le cas du massacre d’Odessa : des dizaines de personnes abattues, brûlées vives et assassinées froidement à l’intérieur de la Maison des syndicats, par des fascistes.

Comment la Russie intervient-elle dans le mouvement du Donbass ? Ne tente-t-elle pas de le freiner, afin de parvenir avec l’Union Européenne à un compromis qui serait nécessaire, de son point de vue, suite aux sanctions économiques et à l’isolement politique et militaire international de Moscou ?

SG : Malheureusement, la situation en Ukraine dépend beaucoup de ce conflit entre la Russie et les pays occidentaux, en particulier avec les États-Unis. En ce sens, bien que supportant en apparence les Républiques populaires, l’oligarchie russe tente en réalité de les utiliser comme « monnaie d’échange » pour un éventuel accord, en particulier avec l’Union Européenne.

Quel jugement portez-vous sur l’intervention et le rôle de l’Occident dans les évènements en Ukraine depuis le début de l'Euromaïdan ? Faites-vous une différence entre les actions des Etats-Unis et de l’Union Européenne ?

SG : Tout d’abord, l’une des raisons du déclenchement de la crise a été le refus par le gouvernement Ianoukovitch de signer le traité d’association avec l’Union Européenne. L'UE était intéressée par la conquête d'un marché important, en particulier dans des conditions de crise économique. Bien sûr, l’Union Européenne n'avait aucun intérêt à développer à ses propres frontières une guerre à grande échelle ; c'est pourquoi elle cherche plutôt un accord qui soit conforme à ses propres intérêts économiques et politiques.

A l'inverse, les Etats-Unis poussent à une confrontation plus directe. Leur rôle a été déterminant, par exemple en février lorsque le président Ianoukovitch, sous la pression de la place Maïdan et de l’Union Européenne, avait pratiquement signé son départ de la scène et convoqué de nouvelles élections. Pratiquement au même moment dans le centre de Kiev, des snipers inconnus ont tiré aussi bien sur la foule que sur les policiers, tuant 70 personnes. Cet évènement a mis en place les conditions du coup d'Etat au Parlement. Il est évident que l’ordre de tirer ne pouvait pas venir du gouvernement Ianoukovitch qui était désormais hors-jeu... Après le coup d’Etat, quand la situation économique s'est effondrée, le Fonds Monétaire International a proposé de soutenir financièrement l’Ukraine. Ce soutien était cependant conditionné par de lourds plans d’austérité et des privatisations et également à la condition que le nouveau régime reprenne immédiatement le contrôle sur le pays. De fait, le FMI a contribué au début de la guerre civile, incitant le régime de Kiev à faire la guerre contre les populations qui se soulevaient dans le Donbass.

Les Etats-Unis n’ont rien fait pour cacher leurs activités en Ukraine. Nous ne pouvons pas oublier la visite à Kiev du chef de la CIA, pendant les évènements, gardée secrète mais admise plus tard quand elle fut rapportée par certains médias. Le jour suivant cette visite, le gouvernement de Kiev commençait la soi-disant « opération antiterroriste » contre les rebelles des régions sud-est de l’Ukraine. Rappelez-vous aussi la fameuse conversation entre l’ambassadeur américain à Kiev et Victoria Nuland [4]. Enfin, lors de sa visite en Ukraine, Joe Biden, le vice-président américain, n’a même pas fait semblant d'établir un dialogue d'égal à égal avec les représentants du nouveau régime : il s'est contenté de donner des ordres, en restant assis à la présidence du siège du gouvernement. Après cette réunion, quelques dirigeants politiques ukrainiens se sont tout de même plaints de l'attitude très « stricte » du vice-président américain à leur égard... Cela n'a pas empêché l’un des fils de M. Biden de devenir, peu de temps après, président de l’une des plus importantes sociétés de forage gazier du pays.

Une dernière question sur le rôle des nazis en Ukraine : c’est la première fois depuis des décennies que des groupes ouvertement néo-nazis accèdent à des postes importants dans un gouvernement d'un pays européen. Comment évaluez-vous cette perspective ? En outre, quel jugement porter sur la contradiction apparente de cette extrême droite théoriquement contre l’Union Européenne ou les États-Unis, mais qui se met pourtant au service des intérêts stratégiques de ces deux pôles impérialistes ?

SG : Dans le reste de l’Europe, l’extrême droite se déclare en général contre l’UE. Ce n'est pas le cas chez nous, au contraire : les organisations ultranationalistes et fascistes en Ukraine sont généralement pro-européennes. D'ailleurs, en ce moment même le gouvernement ukrainien revendique ouvertement l'implication directe de l’UE et de l’OTAN dans le conflit. Ceci est un danger énorme, qui pourrait conduire à un conflit de dimension mondiale. Par conséquent, nous pensons que dans le reste de l’Europe l’objectif central de la mobilisation des forces communistes et de gauche devrait être précisément d'empêcher cette implication de l'UE et de l'OTAN.

Bien sûr, le président Porochenko et son gouvernement n'ont aucun intérêt à accorder un pouvoir excessif à l'extrême droite, ouvertement néo-nazie. Au contraire, ils aimeraient que les fascistes disparaissent, après avoir fait le sale boulot à Maïdan comme force de frappe contre le gouvernement Ianoukovitch, puis dans le Donbass pour réprimer la rébellion. Une sorte « d’adieu et merci ». Mais les fascistes ne sont pas complètement stupides, ils sont désormais bien organisés et enracinés, ils ont des armes et de l’argent, des infrastructures et une formation militaire, ainsi qu'une représentation parlementaire importante. Il ne sera donc pas facile du tout de se débarrasser d’eux. Ce sont au contraire ces forces d’extrême droite qui cherchent à influencer le gouvernement. Par exemple, en plusieurs occasions certains bataillons de néo-nazis ont quitté les zones de guerre et sont revenus à Kiev pour assiéger le Parlement. Ils ont alors menacé Porochenko : s'il parvient à un compromis avec la Russie et les Républiques populaires du Donbass, il sera renversé par la force lui aussi.

Entretien réalisé à Rome le 6 novembre 2014.

Révolution

[1] Praviy Sektor : le « Secteur Droit », NDT

[2] L'alliance électorale du Président ukrainien Porochenko, NDT

[3] Le renversement parlementaire de l'ancien gouvernement Ianoukovitch sous la pression de Maidan, NDT

[4] Cette responsable des zones européenne et eurasienne de la diplomatie américaine avait été très explicite sur les intentions américaines, notamment par un extrait de cette conversation qui avait circulé ensuite dans les médias : « Que l'UE aille se faire foutre ! », NDT

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Vladimir POUTINE : le « De Gaulle russe » ? Le site Eldiablo.

29 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La République, #La France, #La nation ., #L'OTAN., #AMERIQUE, #La guerre

Samedi 29 novembre 2014.

Vladimir POUTINE : le « De Gaulle russe » ?

CET ARTICLE LU sur le site novorossia-today

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Vladimir POUTINE : le « De Gaulle russe » ? Le site Eldiablo.

La thèse que je soutiens ici est que Vladimir Poutine défend une vision gaullienne de l’Europe et du monde, ainsi que de la souveraineté de la Russie. Il se heurte logiquement à l’hégémonie de Washington et des pays anglo-saxons et, comme en son temps le Général de Gaulle, il est présenté comme un danger et un ennemi. Pourtant, c’est notre meilleur allié.

La diabolisation de Poutine

Le journaliste du Figaro Pierre Rousselet, dans un article intitulé « Le monde sans règles de Vladimir Poutine » (30/10/2014) nous explique, au terme d’une démonstration fumeuse, que Poutine « joue avec une habileté redoutable de sa capacité de nuisance dans un monde où les règles ont de moins en moins d’emprise ». Il veut dire par là que le Kremlin viole le droit international à la suite de la crise ukrainienne. Il se moque du monde et, peut-être sans le savoir, il utilise la méthode de la propagande stalinienne de l’inversion de la réalité. Cette méthode est celle, paradoxalement, de Washington et d’une Union européenne aux ordres. Le monde de Poutine n’est pas ”sans règles”, au contraire, il est ”avec des règles”. Le monde sans règles est celui de la politique étrangère US depuis le bombardement de la Serbie par l’Otan et l’affaire du Kossovo.

Poutine est présenté comme le ”nouveau Tsar”, c’est-à-dire un autocrate non élu, alors qu’il a été régulièrement élu à la présidence avec une majorité plus importante que ses homologues occidentaux. La gauche socialo-trotskiste avait accusé en son temps le général de Gaulle d’être un ”fasciste” – en particulier en Mai 68. La même mouvance idéologique rabâche les mêmes éructations contre Poutine. Et ceux qui diabolisent Poutine et la Russie – notamment tous les milieux atlantistes et ”démocrates” – se satisfont parfaitement de bonnes ententes et d’alliances avec divers régimes tyranniques à travers le monde.

La colère anti russe des Anglo-Saxons

Exclu du G8, Poutine a été très mal accueilli au sommet du G20 de Brisbane en Australie les 15 et 16 novembre. Il a interrompu son séjour avant la fin de la réunion, ce qui est parfaitement normal pour un chef d’État qui est maltraité par ses pairs. Or les médias, renversant les torts, ont expliqué que Poutine « narguait » les Occidentaux et faisait de la « provocation ». Plus incroyable, le premier ministre australien Tony Abbott (lui aussi à la botte de Washington) a reproché, à l’ouverture de la réunion, à la Russie de « vouloir restaurer la gloire perdue du tsarisme ou de l’Union soviétique ». Et alors ? Ce propos est proprement scandaleux : la Russie serait donc illégitime à vouloir redevenir une grande puissance ! Sous-entendu : seuls les USA ont vocation à être une grande puissance et la Russie doit se contenter d’être une puissance régionale soumise à la ”pax” americana. Poutine subit de la part des Anglo-Saxons la même attitude d’hostilité que le Général de Gaulle, en beaucoup plus violent du fait de la taille de la Russie.

À la réunion de Brisbane, les quatre Anglo-Saxons (le président des États-Unis, les premiers ministres de Grande-Bretagne, du Canada et d’Australie, tous trois féaux de Washington) ont vilipendé Poutine et la Russie avec brutalité, accusant le président russe de violer le droit international, de trahir sa parole et d’agresser un pays voisin. Accusations complètement contraires à la réalité. Ils l’ont menacé d’aggraver les sanctions économiques et l’isolement de la Russie s’il continuait d’aider les séparatistes de l’Ukraine orientale – alors que c’est l’armée de Kiev, encouragée, armée et conseillée par les Anglo-Saxons, qui est responsable d’agression militaire.

À côté de cela, le président français (M. Hollande) et surtout Angela Merkel ont longuement essayé à Brisbane de négocier avec M. Poutine pour calmer le jeu. Malheureusement, ni la France ni l’Allemagne, pratiquant une diplomatie molle et timorée, n’osent aller au bout de leur démarche. Elles sacrifient leurs intérêts pour complaire aux Anglo-Saxons. Répétons ici que l’affaire ukrainienne résulte d’une provocation américaine (voir autres articles de ce blog sur le sujet) et que les sanctions (illégales) contre la Russie, servilement acceptées par les Européens, se font au bénéfice de l’Amérique et de la Chine et au détriment de l’UE.

Le plus inadmissible est l’absence de l’ONU dans la résolution de la crise ukrainienne. Comme pour le Kossovo, comme pour les guerres d’Irak, l’ONU est écartée, en violation de sa Charte et de tous les traités internationaux. L’ONU est remplacée par l’unilatéralisme américain et son impérialisme décomplexé. Le Coréen du Sud, Ban Ki-moon, le Secrétaire général, est totalement absent de la diplomatie internationale. Tout le monde sait que ce personnage falot est une créature de Washington, ainsi que l’a avoué dans ses Mémoires John Bolton, ancien ambassadeur américain à l’ONU. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a été complètement marginalisé par Washington depuis la guerre des Balkans de 1999. (1)

Le piège ukrainien tendu à la Russie

L’escalade militaire qui se produit en Ukraine a pour origine l’armée ukrainienne et non pas les séparatistes prorusses de Donetsk et du Donbass. Kiev avait procédé à des tirs d’artillerie, près de Chakhtarsk, sur le site du crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines abattu le 17 juillet, comme pour empêcher une enquête objective sur le terrain. En 7 mois, les affrontements ont fait 4.000 morts, en majorités civils. Le protocole de Minsk, prévoyant un cessez-le-feu, signé le 5 septembre par Kiev et les séparatistes a été violé par le gouvernement ukrainien. Ce dernier est encouragé par une diplomatie washingtonienne et européenne irresponsable. Des militaires américains sont présents en Ukraine. Ils observent, pondent de faux rapports et attisent les braises. Ils poussent l’Ukraine à une guerre contre la Russie.

On accuse actuellement la Russie de faire parvenir des chars, des armes lourdes et des combattants sans insignes aux insurgés russophones du Donbass et de Donetsk. Vraie ou fausse, cette aide militaire me semblerait logique si j’étais à la place de Poutine : peut-on rester insensible à une agression contre des quasi-nationaux installés dans un pays voisin ? Plutôt que de se mettre autour d’une table de négociation pour résoudre tranquillement, dans le cadre des institutions internationales, la difficile question ukrainienne, l’Occident sous domination américaine a choisi de créer la crise, tout en tenant un discours hypocrite pseudo-pacifiste.

Il n’y a jamais eu d ’”annexion” de la Crimée, mais un référendum demandant le retour d’une province russe autoritairement détachée en 1954. Jamais le retour de la Crimée à la Russie n’a menacé l’ordre international. En revanche, l’invasion américaine de l’Irak a totalement déstabilisé l’ordre international et embrasé le Proche-Orient. Les donneurs de leçons de Washington sont ceux-là mêmes qui créent les désordres. À 25% par cynisme et à 75% par idéalisme naïf et stupidité.

Concernant les sanctions de l’Union européenne contre la Russie, en fait imposées par les USA, Renaud Girard note : « la Russie en souffre indiscutablement mais les Européens aussi ! L’Union européenne a perdu toute souplesse diplomatique, comme l’a montré son incapacité à répondre aux ouvertures de Poutine exprimées lors du sommet de Milan du 16 octobre 2014 » (Le Figaro, 11/11/2014). La raison de cette rigidité diplomatique est que l’UE n’a pas de diplomatie propre, celle-ci se décidant à Washington.

La propagande US anti Poutine

L’Américaine Fiona Hill, directrice de recherches à la Brookings Institution (antenne de la CIA), spécialiste de la Russie et coauteur d’un livre sur Poutine a tenu des propos russophobes très révélateurs. En gros on accuse Poutine des maux dont est soi-même coupable. Elle explique : « Poutine a interprété toutes nos actions comme une menace, ce qui l’a poussé à mettre en place une politique offensive de défense de ses intérêts, qui consiste à pousser toujours plus loin les limites de ce qu’il peut faire ». Cette politologue gaffeuse admet donc que la Russie est illégitime à ”défendre ses intérêts” ! Seuls les USA ont le droit de ”défendre leurs intérêts”. Pas les autres. Et que veut-elle dire par ”toutes nos actions” ? C’est un aveu. Il s’agit de l’agitprop menée par tous les réseaux US pour déstabiliser l’Europe centrale depuis 1991.

Alors même que ce sont les USA qui recherchent une nouvelle guerre froide avec la Russie et qui essaient d’écraser dans l’œuf toute velléité d’indépendance et de puissance russe comme toute alliance euro-russe, la politologue américaine affirme que la Russie est une menace pour toute l’Europe et l’Occident. C’est ce thème romanesque qui est au centre de la propagande atlantiste actuelle. Diabolisant Poutine, elle expose : « Poutine n’est plus seulement un danger pour la souveraineté de l’Ukraine et la sécurité européenne mais un danger pour l’ordre politique européen. Très clairement, son but est de discréditer les institutions européennes et la démocratie. Il veut aussi discréditer l’Otan dont l’existence est vue comme un danger ».

Elle accuse Poutine, à la tête d’un « pouvoir dangereux et corrompu » issu du KGB, de manipuler les mouvements identitaires européens, de vouloir posséder « un droit de veto dans l’espace qu’occupait l’Empire russe et l’URSS » et –suprême délire– de « mettre le ”gun” nucléaire sur la table, sous-entendant qu’il serait prêt à utiliser une arme nucléaire tactique ». Puis elle exhorte : « si nous ne montrons pas la force du lien transatlantique, nous perdrons, car Poutine cherche la division ».

Ce n’est pas ce ”lien transatlantique” qui compte pour l’Europe – il est source de soumission –, c’est le lien euro-russe. La propagande de Washington consiste à ahurir les Européens en construisant un ”danger russe” fantasmatique. Mais nous n’avons que ce que nous méritons : plutôt que d’être indépendants et forts afin de régler tranquillement avec la Russie, dans une ”Maison commune”, tous les problèmes continentaux qui peuvent se poser (comme l’Ukraine), nous avons préféré nous soumettre à Washington, ce faux protecteur, pour régler nos affaires à notre place.

Or le but –compréhensible et logique – de l’Amérique est d’être notre suzerain, notre pseudo-protecteur, pour mieux nous soumettre. Dans un prochain article qui s’intitulera La stratégie US contre la Russie et l’Europe, j’approfondirai ce point capital. La politique extérieure américaine cherche malheureusement à créer en permanence des conflits. Toujours sous le prétexte de la ”paix et de la démocratie”. Mais ce n’est pas l’intérêt de l’Amérique elle-même, c’est-à-dire du peuple américain.

Le poutinisme, ou le gaullisme russe

Frédéric Pons, dans son essai consacré à Vladimir Poutine, (Poutine, Calmann-Lévy) montre bien que – quelles que soient les opinions qu’on porte sur sa politique – cet homme est un vrai chef d’État, porteur d’une vision globale pour son pays et le monde et qu’il place le destin de son pays avant sa carrière personnelle. C’est un patriote, au sens étymologique, doté d’une vision et, comme De Gaulle, d’un grand pragmatisme. Il n’a rien d’un exalté ou d’un fanatique à la Robespierre, à la Lénine, à la Hitler. Il ne ressemble pas au catastrophique G.W Bush, caricature du cow-boy décervelé. Rien à voir non plus avec les politiciens occidentaux (français en particulier) qui changent de convictions en fonction des sondages pour assurer leur carrière. Poutine, comme De Gaulle, est un homme d’État, c’est-à-dire qu’il est d’abord préoccupé par la dimension historique de sa fonction.

La diplomatie russe de Poutine et du ministre des Affaires étrangères Lavrov ressemble étrangement à celle du Général de Gaulle sur plusieurs points :

1) multilatéralisme et opposition à l’hégémonie américaine ; l’Amérique n’a pas vocation à être le ”gendarme du monde” car cela n’aboutit qu’à des catastrophes ;

2) recouvrement du statut de grande puissance et de la souveraineté nationale ;

3) refus de l’ingérence américaine dans les affaires du continent européen ;

4) hostilité envers l’Otan ;

5) construction d’une espace économique euro-russe ;

6) préférence du lien continental sur le lien transatlantique ;

7) ajoutons, sur le plan, intérieur : défense de l’identité ethno-culturelle et des traditions liée à la puissance et à l’innovation techno-scientifiques.

Entre Poutine et De Gaulle, les comparaisons sont nombreuses. La doctrine exprimée par Poutine le 24 octobre lors de sa conférence devant le Club Valdaï est la réaffirmation de principes gaulliens des rapports internationaux et de la sécurité en Europe. Il ne s’agit nullement d’un ”nationalisme russe” comme le prétend la propagande US relayée par les médias et les politiques en Europe. Poutine accuse l’Occident sous direction US de mener des actions de provocation et de déstabilisation, de l’Ukraine au Moyen-Orient, qui menacent la paix mondiale. Ce n’est pas lui qui a violé l’accord d’Helsinki de 1975 fondant la stabilité en Europe, pour la ”détente” et la fin de la guerre froide, c’est l’Occident sous direction US. Objectivement, la diplomatie russe n’a jamais cherché l’hégémonie russe mais a toujours été défensive. En revanche, la politique étrangère américaine a toujours été offensive et belliciste. Dire cela n’est nullement être hostile au vrai peuple américain.

Conclusion : Eurorussie

Nous devons chercher, nous autres membres de l’Union européenne, notre véritable souveraineté en alliance avec la Russie. Nous devons donc aussi réfléchir aux vraies menaces. La vraie menace sur l’Europe ne vient nullement de la Russie mais d’une incursion invasive migratoire sous la bannière d’un islam de plus en plus agressif et radical ; le second problème à résoudre est notre inféodation volontaire à une Amérique qui est pourtant en situation de déclin relatif. Un énorme soleil couchant qui fascine toujours mais qui est en train de s’éteindre, doucement.

Si la France était dirigée par un gouvernement authentiquement gaulliste, elle serait la première à vouloir régler le problème ukrainien de manière pacifique et à choisir l’alliance franco-russe, afin d’y entrainer nos partenaires européens. Sans hostilité contre les USA : qu’ils vivent leur vie. Notre seule chance, notre seule solution, c’est de réfléchir à l’hypothèse d’une alliance avec la Russie. Nous appartenons au même peuple, à la même civilisation, nous avons un destin commun.

(1) L’ONU n’a strictement aucun rôle diplomatique international sérieux. La France et la Russie, pourtant membres permanents du Conseil de Sécurité ont été incapables d’avoir une influence efficace à l’ONU, organisation manipulée par les USA ; pourtant, au Conseil de Sécurité, ce sont deux membres permanents. L’ONU devrait être refondée et avoir son siège en Suisse, à Genève, pas à New-York .

Le 27 novembre 2014

Par Guillaume Faye

source : http://www.gfaye.com/poutine-le-de-gaulle-russe/

Vladimir Poutine : "Le général De Gaulle a toujours essayé de protéger la souveraineté française"

Jean-Pierre Elkabbach et Gilles Bouleau interviewent Vladimir Poutine sur Europe 1 et TF1. Le président russe s'exprime pour la première fois auprès d'une radio française sur la crise en Ukraine et sur ses velléités militaires à l'est de l'Europe.
Il donne sa vision de la souveraineté, en citant le général De Gaulle comme exemple.

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[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens… Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine. Le site d'Olivier Berruyer.

28 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #L'OTAN., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La République, #La France, #La nation ., #La guerre

27 novembre 2014.

[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens…

Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine

[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens… Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine. Le site d'Olivier Berruyer.

Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine

Version corrigée de l’allocution prononcée le 18 novembre 2014 à Kiev par Bernard-Henri Lévy, à l’occasion de la remise à Viktor Pinchuk de la Metropolitan Andrey Sheptytsky Medal of Honor Award.

« Monsieur le Grand Rabbin, Messieurs les archevêques et métropolites, Messieurs les Présidents, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur l’ambassadeur de France, chers amis.

Je suis heureux, permettez-moi d’en dire un mot pour commencer, d’avoir l’occasion de rendre hommage au Métropolite Andrey Sheptytsky sous le signe de qui vous avez placé votre soirée.

Le Métropolite Andrey Sheptytsky, je ne vous apprends rien, fut le primat de l’Eglise uniate d’Ukraine pendant les années de la seconde guerre mondiale et reste, à ce titre, une figure extrêmement controversée.

C’est l’un de ces Ukrainiens que leur nationalisme, ainsi que leur anticommunisme, ont égarés dans ces années terribles.

Et il y a, en particulier, cette Lettre pastorale du 1er juillet 1941 que retiennent toujours les adversaires de sa mémoire quand ils veulent rappeler qu’il eut des indulgences pour l’Allemagne.

Mais, en même temps, c’est incontestablement l’une des rares voix à avoir osé s’élever, dans les mêmes années, contre la persécution et l’extermination des juifs.

Il a écrit à Hitler et à Himmler pour les adjurer d’épargner les Juifs de Galicie.

Il a donné, en novembre 1942, une autre lettre pastorale, intitulée « Tu ne tueras point », où il interdit à ses ouailles, sous peine d’excommunication, de prêter le moindre concours au meurtre de masse qui commence de se dérouler sous leurs yeux.

Il a invité les moines et moniales de la région à cacher des Juifs.

Il en a, lui-même, à Lviv, tant dans les caves de la cathédrale Saint George qu’en face, dans ses propres appartements privés, caché et sauvé 150, en majorité des enfants, et aussi une dizaine de rabbins.

Il y a eu des polémiques disant qu’il avait tenté, ce faisant, de les convertir. Mais non. C’est inexact. Il les a cachés dans des églises, bien sûr. Il leur a donné des faux noms chrétiens et des faux certificats de baptême. Il lui est arrivé de les déguiser. Mais je ne crois pas qu’il y ait un cas d’enfant qu’il a sauvé et qui, après la guerre, s’est retrouvé chrétien. Et vous avez, d’ailleurs, une autre lettre pastorale que j’ai également lue avant de venir et où il met très clairement en garde contre la tentation de « profiter » de la situation pour, en effet, convertir.

Bref, le Métropolite Andrey Sheptytsky fut un sauveur de juifs.

Nous avons des tas de témoignages, dont celui du rabbin David Kahane, qui disent qu’il a pris, pour cela, tous les risques, à commencer par le risque d’emprisonnement et de mort.

Et je ne parle même pas de ce que nous savons aujourd’hui, à travers les archives de la Chancellerie du Vatican, de ses relations avec Pie XII et des messages qu’il lui adresse tout au long de la guerre et où il le supplie de prendre la mesure du caractère « diabolique » du nazisme.

Ce que Jan Karski fut à Roosevelt, le Métropolite Andrey Sheptytsky le fut au Pape Pie XII.

Et ce n’est pas un hasard si l’Anti-Defamation League lui a remis, l’an dernier, à titre posthume, sous l’impulsion d’Abraham Foxman, son prestigieux « Jan Karski Courage to Care Award ».

Je sais que, quand Yad Vachem a eu à examiner son cas et à se prononcer sur son élévation ou non au rang de « Juste parmi les nations », la réponse n’a pas été la même. Mais bon. La discussion n’est pas close. La Commission de Yad Vashem a souvent eu à s’y reprendre à plusieurs fois et à juger en appel.

Là, je ne désespère pas que ce soit le cas.

Le dossier du Métropolite Andrey Sheptytsky est plutôt moins compliqué que celui, par exemple, d’un Oskar Schindler.

[BHL SAIT !]

Et j’ai bien l’intention, si vous me le permettez, de faire modestement campagne pour que le Métropolite Sheptytsky rejoigne, non seulement Schindler, mais les deux mille et quelques Ukrainiens qui ont déjà été, dans les dernières années, sacrés « Justes parmi les Nations ».

Je voudrais, deuxièmement, faire un grand bond dans le temps qui nous amène jusqu’aujourd’hui – et je voudrais rendre hommage au rôle des Juifs d’Ukraine, individus et associations, dans la révolution du Maïdan.

[Je pense que présenté comme ça, c'est une bonne idée, et que ça permettra évidement de lutter contre antisémitisme local...]

Là non plus, cela n’allait pas forcément de soi.

Car il y a eu toute l’incroyable propagande qui a essayé, pendant ces semaines de révolte et de répression, de faire croire que les révolutionnaires du Maïdan étaient, dans leur grande majorité, des nazis.

Tantôt c’était l’ancien président Ianoukovitch qui, dans le temps même où il allait puiser dans le stock de l’antisémitisme le plus éculé en expliquant que c’est l’Internationale Juive qui tirait les ficelles de l’insurrection, traitait le Maïdan de fasciste.

Tantôt c’était Vladimir Poutine en personne, oui, le même Vladimir Poutine qui s’apprêtait à réhabiliter, comme on vient de le voir ces jours derniers, le pacte germano soviétique et qui venait nous raconter que c’est en face, c’est-à-dire ici, à Kiev, que grondait la contre-révolution bandériste et antisémite.

[Qui a vu des bandéristes en Galicie ?]

Et il est d’ailleurs exact – comment l’ignorer ? – qu’il y a ça dans la mémoire ukrainienne : un antisémitisme de masse et ancien ; une Shoah par balles dont le Père français Desbois voue sa vie à retrouver les traces ; il est vrai, oui, qu’il y a ce monstrueux passif entre les Juifs d’Ukraine et l’Ukraine.

Mais enfin le résultat, soixante-dix ans après, est là.

[Énoooorme] BHL, petit télégraphiste de François Hollande et des officiels ukrainiens… Pinchuk, le Mistral et les Juifs d’Ukraine. Le site d'Olivier Berruyer.

Sur cet espace de toutes les libertés que fut le Maïdan, sur ce théâtre où toutes les paroles, les plus sages comme les plus délirantes, avaient la possibilité de s’exprimer, il y a un délire que l’on n’a pas entendu et c’est le délire antisémite.

[C'est assez vrai ; mais bon, comme il n'y a presque plus de Juifs en Ukraine (1 pour 1 000 habitants)... Pour les Bandéristes, les nouveaux Juifs, ce sont les Russes...]

Les Juifs l’ont bien compris qui – je peux en témoigner, car j’y étais – se sont massivement portés, avec leurs frères tatares, russes, cosaques, arméniens, ukrainiens en général, au-devant de l’insurrection citoyenne dont ce Maïdan fut l’agora.

Josef Zissels, qui est ici et que je salue, a eu des propos forts pendant ces journées.

L’ensemble des associations juives ukrainiennes – celles qui sont là ce soir et d’autres qui n’y sont pas – ont rédigé une lettre ouverte au Président de la Fédération de Russie dont j’ai, le 6 mars 2014, publié la version française dans ma revue, la Règle du Jeu, et où l’on adjurait « Vladimir Vladimirovitch » d’entendre que les juifs étaient assez grands pour « protéger » leurs « droits » et qu’ils avaient fait clairement le choix d’une « coopération avec le gouvernement et la société civile d’une Ukraine souveraine, démocratique et unie ».

Et le fait est que quelque chose de cette inguérissable blessure que fut la participation de la société civile ukrainienne à la Shoah a commencé de se refermer pendant ces journées.

Vous avez, dans les situations de ce genre, deux attitudes possibles, deux paradigmes.

D’un côté la « compétition des victimes » qui dit, en gros : « il n’y a pas assez de place, dans un cœur, pour deux fidélités ; pas assez de place dans une âme pour deux mémoires ; et, entre les Ukrainiens massacrés par Staline et les Juifs massacrés par Hitler et ses supplétifs ukrainiens, il faut choisir ».

De l’autre la « solidarité des ébranlés » telle que l’a définie le grand philosophe tchèque Jan Patocka et qui désigne, au contraire, une sorte de fraternité spontanée des victimes dont les mémoires, loin de rivaliser, se renforcent : « c’est quand vous avez la Shoah au cœur, que vous voyez le Goulag ; c’est quand vous avez l’oreille assez fine pour entendre la clameur antisémite que vous êtes également sensible au glapissement raciste ou génocidaire en général ; c’est parce que rien ne vous échappe du martyre du peuple juif que vous vous souvenez de celui de la nation ukrainienne – et inversement ».

Les Juifs d’Ukraine ont pris le parti de Patocka.

Les Juifs d’Ukraine ont joué, plus que jamais, la « solidarité des ébranlés ».

Les Juifs d’Ukraine – c’est leur noblesse – ont choisi de se souvenir que les Ukrainiens étaient surreprésentés dans cette Armée Rouge qui a contribué à la chute du nazisme.

Ils ont choisi de ne pas oublier que le bataillon qui libéra Auschwitz s’appelait le « Premier Front ukrainien ».

Etre juif en Ukraine, c’est accepter de penser ensemble l’Holodomor et Babi Yar.

Et cela aussi, je voulais le dire et le répéter ici.

Et puis je veux rendre hommage enfin à un Juif en particulier, un Juif d’Ukraine singulièrement : celui-là même que vous avez choisi d’honorer en lui remettant votre « Metropolitan Andrey Sheptytsky Medal of Honor Award » et qui est là, ce soir, face à moi.

Ce juif s’appelle Victor Pinchuk.

C’est la première fois que je le rencontre.

Mais nous avons nombre d’amis communs et, en les interrogeant ces jours derniers, je crois m’être fait une idée un peu plus précise de qui il est.

Victor Pinchuk est d’abord, bien sûr, un patriote ukrainien – c’est-à-dire, dans ma terminologie (et, je pense, sans le connaître, que c’est aussi la sienne), un Européen convaincu, un Européen conséquent, un militant sans états d’âme de l’intégration de son pays à l’UE.

Victor Pinchuk est aussi ce que l’on appelle un oligarque – mais attention ! un oligarque d’un genre particulier ! un oligarque philanthrope ! un oligarque qui croit qu’il doit plus qu’on ne lui doit, qu’il a plus de devoirs qu’il n’a de droits ! un oligarque qui pense que son premier devoir est de rendre à l’Ukraine un peu de ce qu’elle lui a donné, autrement dit de sa fortune ! Je ne sais pas si Viktor Pinchuk a officiellement rejoint, ou non, le « Giving Pledge » qui est ce mouvement lancé, depuis les Etats-Unis, par Warren Buffet, Bill Gates, Richard Branson, Nicolas Berggruen, d’autres, et qui invite les milliardaires de la planète à donner la moitié de leur argent à des œuvres philanthropiques. Mais, d’après ce que je sais, il se situe clairement dans leur lignée. Et il est d’ailleurs, avec le président Poroshenko, l’un des rares milliardaires ukrainiens à être restés, me semble-t-il, à Kiev au moment du Maïdan et à y avoir organisé, en pleine révolution, à quelques centaines de mètres du champ de bataille, une grande exposition honorant un artiste qu’il défend, que je défends aussi et qui s’appelle Jan Fabre.

Mais ce qui m’intéresse, ce soir, ce qui vous intéresse aussi puisque c’est à ce titre que vous avez chois de l’honorer, c’est qu’il est surtout un grand juif.

Qu’est-ce que c’est, un grand juif ?

Le mot peut étonner mais je crois, vraiment, qu’il y a des grands et des moins grands juifs et je crois que ce qui fait le « grand juif » ce sont trois traits qui, tous trois, se retrouvent en Victor Pinchuk.

C’est d’’abord cet « Ahavat Israël », cet « amour du peuple juif », oui, juste cet « amour », ou cette « amitié », ou cette « bienveillance », dont Gershom Scholem regrettait, dans une polémique célèbre, qu’ils fissent si tragiquement défaut, au moment du procès Eichmann, à sa collègue Hannah Arendt : nombreux sont les juifs qui, parvenus au faîte de la puissance, de la gloire ou de la reconnaissance dans le monde de la gentilité tournent le dos à cet « Ahavat Israël », l’oublient – je ne crois pas que ce soit le cas de Victor Pinchuk .

C’est ensuite le rapport à la mémoire et, en particulier, à la mémoire souffrante, douloureuse, de la persécution : Viktor Pinchuk, là aussi, se distingue de tant de juifs amnésiques ou, de nouveau, oublieux que nous voyons autour de nous – ne fut-il pas le partenaire de Steven Spielberg pour la production de Spell your name, le seul film réalisé, à ce jour, sur le massacre de Babi Yar ? et, presque plus important encore, n’est-il pas l’un des sponsors de Holocaust by bullets, la Fondation créée par Patrick Desbois pour retrouver, déterrer, bref nommer et célébrer les morts sans nom et sans nombre de la Shoah par balles ?

Et puis je crois enfin qu’un grand juif c’est un juif d’affirmation. Il y a les juifs de négation qui vivent leur judaïsme dans le secret ou dans la honte. Il y a tous ces juifs « sartriens » qui pensent, comme Jean-Paul Sartre, que le judaïsme n’est rien qu’un effet de regard des antisémites ou qui, comme Heine dans un mot resté tristement célèbre, s’exclament « le judaïsme ? je ne le souhaite pas à mon pire ennemi ; injures et douleurs voilà tout ce qu’il rapporte ». Eh bien Victor Pinchuk pense le contraire. Il vit son judaïsme, sinon dans la gloire, du moins dans la positivité d’une franche et claire affirmation. Il aide les œuvres juives d’Ukraine. Il restaure les lieux de culte d’Ukraine. Et, quand il invite ses amis Tony Blair ou Chelsea Clinton à visiter son pays, où les emmène-t-il ? A la synagogue de Dnipropetrovsk pour l’un. Dans une synagogue de Kiev pour l’autre. J’aime cela. J’aime cette assomption sereine, souveraine, par un juif, de son judaïsme. Car cela aussi est d’un grand juif. C’est, très précisément, le propre de ce que j’appelle un juif d’affirmation.

Un mot encore.

Je suis Français.

Et je sais que la plupart de ceux qui sont ici ne peuvent, en écoutant un Français parler de l’Ukraine, s’empêcher d’avoir à l’esprit l’affaire qui, en ce moment même, empoisonne les relations entre nos deux pays et qui est l’affaire des porte-hélicoptères Mistral.

Eh bien ne me posez pas la question car je vous apporte la réponse.

Je suis, vous le savez peut-être, de ceux qui font campagne, en France, pour que ces porte-hélicoptères ne soient pas livrés.

Mais ce que vous ne savez sans doute pas c’est qu’il y a beaucoup de Français, probablement une majorité, qui ont la même opinion que moi et trouvent que livrer des navires de guerre à la Russie alors même qu’elle livre aux Ukrainiens une guerre où la diplomatie française a clairement choisi son camp serait, au mieux, inconséquent et, au pire, scandaleux.

Et ce que vous ne savez pas non plus c’est qu’au nombre de ces nombreux Français il y a le Président de la République en personne, François Hollande, qui est en Australie mais avec qui j’ai eu, sachant que vous risquiez de m’en parler, un contact ce matin et qui m’a explicitement dit, en m’autorisant à vous le rapporter, que la France tenait bon (ce sont ses mots : « tenir bon ») et que les marins russes qui sont, depuis quelques semaines, dans le port français où mouille le premier de ces Mistral et qui doivent, en principe, aux termes du contrat, se familiariser avec lui et en prendre possession, se voient, depuis hier, lundi, interdits d’accès à bord.

Il y a une polémique, en France, à ce sujet.

Le Président français a des opposants qui le pressent d’«honorer la signature de la France ».

Mais je pense qu’il ne cédera pas.

Je suppose qu’il réfléchit, en ce moment même, aux diverses options qui s’offrent à lui et qui lui permettraient de sortir de cette situation moralement et stratégiquement intenable sans pénaliser les ouvriers des chantiers navals français.

Il y a la solution « canadienne » qu’a proposée notre ami Berel, ici présent.

Il y a la solution que j’ai proposée et qui serait de vendre le navire à l’Ukraine moyennant un prêt de longue durée et à intérêt privilégié que lui consentirait l’Union Européenne.

[Au fouuuuuuuuuuuuuuuu]

Il y a l’idée du vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel qui serait de le vendre à l’Union européenne elle-même : ne serait-ce pas le meilleur moyen de voir prendre forme, pour la première fois, cette fameuse défense commune dont on parle depuis si longtemps mais qui est, pour l’instant, lettre morte ?

Il y aurait même une formule – j’y pense à l’instant – où l’on verrait les « oligarques » ukrainiens se cotiser pour l’acheter: c’est un beau bateau, vous savez ! et le prix, un milliard, n’étant, à leur échelle, pas si faramineux que ça, il n’est pas exclu qu’ils fassent une bonne affaire !

[Ils vont faire quoi d'un porte hélicoptères ??? Au fouuuuuuuuuuuuuuuu]

Mais la seule hypothèse qui me semble exclue c’est que la France livre ce Mistral, comme ça, comme si de rien n’était, à un Poutine qui serait bien capable de l’acheminer aussi sec en face de Marioupol ou Odessa !

Je tenais à vous le dire.

Un autre mot, encore.

Je sais aussi que cet hommage au Métropolite Andrey Sheptytsky, à Victor Pinchuk et aux juifs d’Ukraine en général, je le prononce en un moment très particulier, et très particulièrement dramatique, de l’histoire de votre pays.

Et je n’ignore pas, personne ne peut ignorer, qu’à l’heure où je vous parle, des milliers de soldats russes sont à la manœuvre dans le Donbass – et je n’ignore pas non plus que, venus en soutien des chiens de guerre de Donetsk et de Lougansk, ou des mercenaires cosaques ou tchétchènes qui se trouvaient déjà là, ils sont en train de faire de cette région de l’Ukraine une sorte de petite Sparte où l’on ne respecte que la force, où l’on ne prône que la violence et où il n’est pas jusqu’à la rhétorique de la « défense des russophones opprimés » qui a cédé la place à un discours nettement plus offensif : je lisais tout à l’heure un article de notre ami Adrian Karatnycky rapportant une déclaration du leader de la République populaire de Donetsk, Aleksandr Zakharchenko – « mon armée, dit en substance ce bandit, est désormais en positon, non seulement de se défendre, mais d’attaquer »…

Face à cela, face à ce changement de discours et, peut-être, d’échelle, je sais que les mots et les belles déclarations ne suffisent plus.

Face à ce qu’il faut bien appeler un nouvel état d’urgence et de péril extrême, je sais que votre pays a besoin d’un soutien beaucoup plus actif que les bonnes paroles diplomatiques.

Mais je tiens à vous dire que nous sommes très nombreux, là aussi, à être de cet avis et que je ne désespère pas que nous soyons, très vite, une vraie majorité à comprendre que c’est ici, à Kiev, que l’Europe joue sa survie et qu’il faut absolument vous aider, donc, à mener et gagner cette bataille.

Vous savez, je suppose, que deux courageux sénateurs américains ont passé, en Commission, un Ukrainian Freedom Support Act qui, s’il est finalement voté, permettra la livraison à l’Ukraine des systèmes de communication cryptée, des drones, des batteries anti-tanks et anti-aériennes, voire des armes de précision qui font si cruellement défaut à son armée.

Eh bien, voyez-vous, j’étais aux Etats-Unis toutes ces dernières semaines et mon petit doigt me dit que cette loi sera votée dès janvier ou février prochain.

Mon petit doigt me dit aussi qu’il y aura d’autres pays, à commencer par le mien, qui suivront le mouvement et qui, peut-être, qui sait ? le précéderont.

Et j’ai la conviction que vous êtes, là aussi, moins seuls qu’on ne le dit, que Monsieur Poutine ne le croit et que vous ne le pensez probablement vous-même.

En tout cas, je m’y emploie.

Modestement, avec mes moyens limités, mais je m’y emploie.

Ne serait-ce que tout à l’heure, avant de vous retrouver, j’ai rencontré des responsables de la défense nationale de l’Ukraine qui m’ont expliqué la nature de leurs besoins – et j’ai bien l’intention, une fois rentré, de me faire l’écho de ces besoins.

Et puis encore un dernier, tout dernier mot.

J’ai évoqué, en commençant, la campagne de propagande venue du Kremlin et qui essaie, depuis presque un an, de nous présenter le Maïdan comme un repaire d’antisémites enragés contre lesquels il conviendrait de ressortir l’artillerie lourde des campagnes antifascistes d’autrefois.

Or ce qui me navre c’est que beaucoup de juifs russes semblent être tombés dans le piège et avoir avalé le bobard.

Ce qui, non seulement me navre, mais me met en colère c’est que Poutine ait osé embrigader les juifs de Moscou dans cette campagne fratricide et insensée.

On ne fait pas cela.

On ne joue pas avec ces mots ni avec cette mémoire.

On ne recrée pas la guerre des juifs pour servir des intérêts politiciens médiocres et à court terme.

Et je crois qu’à cela aussi, à cette instrumentalisation indécente et odieuse, il faut trouver le moyen de s’opposer.

Les juifs russes qui, comme le grand rabbin Berel Lazar, tressent des couronnes à Poutine sont-ils les nouveaux idiots utiles du Kremlin ? Sont-ils désinformés ? Otages ? Ont-ils un pistolet sur la tempe ou croient-ils, vraiment, à ce qu’ils disent?

[Ben il ne les voit pas ????]

En tout cas, c’est intolérable.

Cette situation, personnellement, me brise le cœur.

Et je voudrais, ne serait-ce que pour en avoir le cœur net, vous présenter une suggestion.

Organisons une rencontre unitaire des juifs d’Ukraine et de Russie.

Posons, lors de cette rencontre, tous les problèmes sur la table.

Levons, s’il y en a, les principaux malentendus que la propagande a créés.

Et réparons, s’il est brisé, ce lien de vie entre juifs dont Flavius Josèphe, l’auteur de La guerre des juifs, disait qu’il ne fallait jamais laisser les tyrans y toucher et le corrompre.

Je vous dis cela du fond de mon amour pour le judaïsme d’Ukraine qui a tant souffert et qui relève la tête.

Je vous le dis avec tout le respect que je dois à ce judaïsme russe qui sort, lui aussi, d’une interminable nuit et qu’il serait si triste de voir retomber sous la coupe d’un Vladimir Poutine – ah Sharansky ! Yossef Begun, Ida Nudel, Jossef Mendelevitch et Alexandre Lerner, Vladimir Brailowski ! tous ces noms pour lesquels je me suis, avec d’autres Français, tant battu dans ma jeunesse ! tous ces refuzniks, ces refusés de visa qui étaient aussi des hommes du grand refus, des hommes de fer et de résistance, des modèles d’insoumission et de courage !

Tous ces indomptés, il est insupportable, oui, de voir un minable officier du FSB leur faire à nouveau plier l’échine !

A ceux d’entre eux qui ne sont plus de ce monde, nous devons de sauver leurs enfants et leurs héritiers du piège qui se ferme, à nouveau, sur eux.

C’est pour eux, pour eux tous, les morts et les vivants, que j’appelle ici de mes vœux ce grand rassemblement des juifs libres des deux pays, l’Ukraine et la Russie.

Il pourra, ce rassemblement, se tenir à Jérusalem, à Paris ou ailleurs.

Il pourrait se faire à l’initiative de Monsieur le Grand Rabbin de Kiev et d’Ukraine, Yaakov Dov Bleich, ici présent.

Monsieur Victor Pinchuk pourrait en être, dans le droit fil de ce judaïsme d’affirmation et de combat que j’ai décrit, le facilitateur et même l’artisan.

Je ne suis sûr que d’une chose : le fait que cela ait lieu représenterait, à soi seul, une défaite pour Poutine et une victoire, à Moscou comme à Kiev, pour les valeurs de vérité et de liberté.

Je vous remercie. »

Source : Larègledujeu, 25/11/2014

P.S. Faites-nous gagner du temps : tout commentaire à connotation antisémite sera comme toujours supprimé. N’en écrivez-pas, ou signalez-les nous (bouton alerter) – merci…

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[Invité] Les illusions perdues d’un jeune journaliste, par Léonard.

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les média, #La France, #Europe supranationale, #La guerre, #Ukraine, #La Russie, #L'OTAN.

[Invité] Les illusions perdues d’un jeune journaliste, par Léonard.

Excellent papier d’un jeune journaliste, qui ira apparemment loin Son prénom a été changé…

Je m’appelle Léonard. Je suis né quelques semaines avant la chute du Mur de Berlin. Je peux légitimement et insolemment dire que je suis jeune. Je suis journaliste. J’ai intégré une école de journalisme juste après le bac, presque par hasard.

Voici mon histoire.

Hasard et chance

Contrairement à bon nombre de mes camarades, je n’avais jamais ressenti la fibre journalistique auparavant. Je me cherchais. Seule certitude : j’aimais apprendre et restituer. Vulgariser. Expliquer. J’aime la pédagogie. Je me suis d’ailleurs longtemps (et encore?) prédestiné au métier de professeur. Passionné par l’astronomie, les sciences, fidèle lecteur de Sciences et vie et téléspectateur attentif et enjoué de C’est pas sorcier quand j’étais enfant, je pensais me diriger vers un cursus universitaire en biologie. J’étais également passionné par l’Histoire ainsi que par ses consœurs : la géopolitique, la géostratégie. En fait, je crois que j’aimais à peu près tout, hormis les langues étrangères, ce que je regrette amèrement aujourd’hui et tente de corriger petit à petit.

Or, en déambulant sur le Web, je suis tombé à l’époque par hasard sur le programme d’un établissement formant les journalistes de demain. Géopolitique, droit, histoire de la presse, sciences politiques, exercices de style…

Programme alléchant !

Accès restreint

Cette école faisant partie du cercle restreint des structures reconnues par la profession (elles sont 12 ou 13 selon les années), l’entrée y est difficile. Je ne connais pas les chiffres exactes mais il me semble que nous étions peu ou prou un millier à déposer une candidature pour 25 places. Mes bonnes notes au bac en Français et en Histoire m’ont permis de passer la phase de sélection initiale sur dossier. Première petite victoire. Les épreuves écrites arrivèrent quelques semaines plus tard. Un exercice de synthèse de document, un QCM et une photo à légender, si ma mémoire est bonne. Et un adolescent très stressé par ce nouveau monde qui s’ouvrait à lui. Sans grand espoir, je passe les tests. Je me rappelle avoir souri de contentement pendant le QCM : oui, je connaissais Raphaël Poirée pour l’avoir vu gagner de nombreuses courses de Biathlon sur Eurosport étant plus jeune ! Surprise, on me sélectionne pour les épreuves finales d’admission. Fierté des parents. Si je m’arrête là, ce sera avec les honneurs. D’autant qu’une épreuve d’anglais, mon point faible, est prévue. L’autre exercice du jour consiste en un oral de motivation. Étonnamment calme, certain d’être recalé en raison de mon jeune âge (une remarque que l’on me fera tout au long de ma jeune carrière et encore aujourd’hui), je passe les tests sans grande pression. La surprise intervient quelques jours plus tard.

Je suis admis. Diantre.

Des codes et des formats

Une nouvelle vie s’ouvre à moi ! Certains oncles me surnomment déjà en riant le « futur Pujadas » de la famille. Les cours commencent. Intensifs sans être insurmontables. Intéressants sans être déterminants. Je me rends vite compte que mes camarades, disons une bonne moitié, savent qu’ils veulent être journalistes depuis plusieurs années. Ils ont fait des stages, ils ont lu le manuel du pigiste, certains sont déjà correspondants locaux dans leur village, d’autres ont déjà la grosse tête. Une promotion somme toute agréable avec le recul. J’y ai rencontré des personnes passionnantes, étonnantes, stimulantes et des abrutis condescendants. A l’image de la vie quoi. Normal. Rassurant. Personne dans ma famille ou dans nos amis proches n’avait mis un pied dans cet univers journalistique. J’ai dû tout apprendre : les codes, les formats, les genres, l’importance du réseau que je n’ai jamais cultivé avec assez de soin et d’envie. Après des débuts difficiles, je me suis fondu dans la masse. Dans les derniers en langues étrangères, dans les meilleurs en sciences humaines.

Rien ne change.

Naïveté salvatrice

Lors du premier stage de fin d’année, dans un journal de la presse quotidienne régionale, j’avais amusé malgré moi mes collègues en commençant mon article par « Bonjour ». Naïveté originelle salvatrice pour la suite. Salvatrice car l’exercice journalistique requiert, selon moi, une remise en question permanente. Un journaliste « rouille » à partir du moment où il a la certitude d’être arrivé au bout de ses capacités. Où il ne doute plus et pense tout savoir, tout connaître, tout maîtriser. Or, comme me l’a dit un jour un scientifique de l’INRA, « la différence entre un chercheur et un journaliste est simple mais fondamentale : vous ne connaissez rien sur tout, alors que nous connaissons tout sur rien ». Façon de décrire leur spécialisation extrême et notre formation généraliste qui pose des problèmes de compréhension mutuelle. Nous participions à une session sur le journalisme scientifique.

A la fin de ce premier été de stage en presse régionale, j’avais pris confiance en moi. En mes capacités de recherches, de compréhension, d’abnégation parfois. Je me rappelle avoir bataillé des jours pour tenter de découvrir l’origine du nom d’un stade de football local. Des heures passées aux archives départementales à éplucher les comptes-rendus jaunis et rébarbatifs de conseils municipaux d’antan. Tout cela pour découvrir, un peu déçu, que le nom provenait tout bonnement d’un mot patois local signifiant « souche » ou « fossé ». Toujours est-il que j’avais acquis les codes et les us du métier. J’ai compris comment aborder les gens. J’ai compris comment flatter les égos des élus et des chefs d’entreprise. J’ai appris à composer avec la police et la gendarmerie pour obtenir les informations de la page « faits divers ». J’ai aimé aller au tribunal pour écrire des comptes-rendus d’audience que je croyais magnifiques. J’ai adoré arpenté les fêtes de village avec mon calepin et mon appareil photo pour rencontrer les « petites gens » et raconter leurs histoires.

J’ai commencé à aimer mon métier.

Et au milieu, des fils et des ondes

A la fin de la deuxième année, je m’étais spécialisé en radio. C’est aujourd’hui encore mon média de prédilection. Quel pied que ce rapport à la fois distant et intime avec l’auditeur. Juste la voix et le tympan. Et au milieu, des fils et des ondes. J’aime le micro, j’aime le pouvoir de la voix. La radio est un média injuste : un bon timbre, un bon ton, un peu de travail et des rencontres essentielles. Voilà ce qu’il faut pour percer. Des intervenants passionnés à l’école. Des rédacteurs en chefs patients, des collègues aux conseils précieux et gratuits lors des premiers stages, des premières piges. Il y a de tout dans ce métier. Le journalisme m’a ouvert des portes inespérées. Voler en hélicoptère, travailler en Corse, interroger des stars, passer en direct, avoir pour collègues de bureau des figures de la profession, être quelqu’un. Notre métier est grisant. Attendre fébrilement un direct avec ses quelques notes griffonnées, respecter le délai, ne pas bafouiller, recevoir les félicitations du rédacteur en chef, fumer une cigarette pour se calmer, ralentir un rythme cardiaque monté à un niveau anormal. Il y a quelque chose qui ressemble à une dépendance, à une drogue.

Et puis vient la troisième année. Nous passons de la découverte à la spécialisation. De la spécialisation à l’émancipation. On se prend en main. On monte des projets. On cherche du travail. On commence à avoir des contrats de travail. Des piges. On gravit fébrilement mais fièrement les escaliers d’une célèbre radio, on le dit à ses amis, à sa mère, à sa grand-mère admirative. Étonnante période où l’on passe par toutes les émotions. Contentement et honte de soi. On se félicite de savoir faire tout Paris en un minimum de temps, Nagra à l’épaule, aisselles en sueur. On regrette d’être obligé d’aller harceler des acheteurs dans un magasin de jouets pour savoir pourquoi, mais oui pourquoi, le catch est la nouvelle mode dans les cours de récré. C’est Le Parisien qui le dit donc c’est vrai « et même si ça fait deux heures que tu demandes à tout le monde et que personne ne confirme, ni les vendeurs, ni les clients, continue de chercher car on veut un reportage là-dessus pour 18h, alors pas de commentaires, tu es en stage je te rappelle ». C’est une qualité primordiale et indispensable de tout jeune journaliste. Apprendre vite.

A acquérir les bons réflexes et à supporter les frustrations.

La bourse, c’est la vie

J’ai eu une chance énorme. Celle de gagner une bourse. La plupart des grandes radios organisent une sorte de concours pour les étudiants en école de journalisme. Celui qui arrive premier se voit offrir un contrat de travail. Un vrai. Un CDD. Trois lettres dont tous les étudiants rêvent. On devient alors une petite star dans son école. Les élèves des promotions suivantes parlent de vous avec respect : « Il a gagné la bourse… » Vous prenez automatiquement du charme et gagnez de l’intérêt. L’école de la vie.

J’ai ainsi pu travailler comme présentateur dans une grande radio. Formidable expérience pour un jeune homme. Je me rappelle que l’un des responsables de la radio de l’époque, juste avant l’oral final de la bourse, m’avait dit : « Vous êtes beaucoup trop jeune, je ne vous aurais jamais sélectionné ». Première carte de presse. Une sorte de Graal que tous les nouveaux journalistes, moi compris, exhibent comme une carte d’agent spécial les premières semaines. Premiers journaux en direct. Premières bourdes amusantes. J’ai continué à apprendre, énormément. Notre métier a cela de formidable qu’il consiste à apprendre, à lire. Le travail d’un présentateur est composé à 70% de lectures de dépêches et d’articles divers et variés (les 30% restants étant partagés entre le travail d’écriture, de hiérarchisation, de discussion avec le coordinateur, de prises de caféine et de nicotine). A la fin d’une journée de travail, on en a appris autant qu’en une journée de cours intensifs.

Salle de classe permanente, petit paradis pour celui qui aime apprendre.

Étonnante gestion des conflits

Je précise que la critique du journalisme qui suit concerne uniquement l’information nationale et, dans une plus grande mesure encore, l’actualité internationale. Selon moi, la presse locale et régionale, si elle a bien d’autres problèmes (de financements notamment) n’est pas soumise aux effets pervers que je vais tenter de décrire modestement. C’est d’ailleurs vers cette presse que je me tourne actuellement pour régler mon conflit intérieur.

Notre profession est en perpétuelle évolution et en remise en question permanente. Il suffit de se rendre une fois aux Assises du journalisme pour le constater. Les sujets de débat sont nombreux : déontologie, objectivité, moyens techniques, droit à l’image, protection des sources, précarité des pigistes, etc…

Je crois que mes premiers problèmes de conscience sont apparus avec les révolutions arabes et en particulier la guerre en Libye. La fuite de Kadhafi est intervenue au mois d’août, tout à la fin de mon premier vrai contrat de travail. La rédaction étant réduite à cette période, vacances obliges, j’ai suivi le dossier avec attention. J’ai vite constaté que l’AFP (Agence France Presse), qui réalise un travail inestimable pour les rédactions, est géopolitiquement orientée. Je suis convaincu que les journalistes qui écrivaient les dépêches sur la Libye sont de braves types qui font leur boulot le plus honnêtement du monde. Mais les faits sont là. Nous, journalistes, lors d’une guerre, nous prenons partie, malgré nous, pour un camp. Kadhafi était le méchant. Les rebelles, les gentils. Or, s’il est vrai que le guide libyen était un personnage repoussant à bien des égards (lire le livre d’Annick Cojean sur les « Amazones » , esclaves sexuelles de Kadhafi), comme l’est Bachar Al Assad aujourd’hui, le faire passer, à peu de choses près, pour le diable en personne me troublait. En face, les rebelles libyens étaient, eux, présentés systématiquement comme des héros de la liberté, des « justes » menacés par un massacre imminent. Je ne nie pas que bon nombre de manifestants aient été de cette trempe là, mais le manichéisme m’ayant toujours repoussé, j’ai douté.

Mensonges par omission

Quand j’observe la Libye d’aujourd’hui, il semble que l’enthousiasme qui a accompagné la chute du natif de Syrte a été un peu rapide. J’ai douté à l’époque comme j’ai douté ensuite sur la Syrie ou sur l’Ukraine. Je me suis étonné que sur bon nombre de sujets, l’Iran, le Vénézuela, nos agences de presse préférées et si peu nombreuses (il y en a trois principales) relatent certains faits et pas d’autres. Cette orientation est subtile, presque imperceptible. L’AFP ne ment pas, techniquement. Mais elle oriente la pensée par la sémantique et en omettant certaines informations. Je me rappelle très bien d’une dépêche évoquant un discours d’Hugo Chavez. Elle mettait en avant « le soutien » de l’ancien président au guide libyen et son énième critique de « l’impérialisme » américain. L’article résumait la pensée du président vénézuélien de manière très caricaturale, presque grossière. J’ai ensuite visionné l’intégralité de son intervention, traduite par un site indépendant. L’information principale était qu’Hugo Chavez proposait un plan de paix, au nom de l’Amérique latine, avec l’accord des autorités libyennes et le soutien du duo Ligue Arabe – Union Africaine. Est-ce notre égocentrisme qui nous a fait considérer cette information comme d’une importance mineure ? La résolution des conflits est-elle de la seule compétence de l’Occident ? Ou y a-t-il une raison d’ordre géopolitique ? Une information chassant l’autre, le plan de paix du président vénézuélien ne fut jamais évoqué sur notre radio.

L’AFP omet et oriente donc. Et les présentateurs radios suivent. L’AFP et ses deux consœurs (Reuters et AP) sont les bibles des présentateurs. Nous donnons à voir à nos auditeurs (car les présentateurs radios sont esclaves des dépêches qui représentent 90% de leurs sources) un monde orienté. Cela ne veut pas dire que cette orientation est mauvaise mais elle ne devrait tout simplement pas exister dans un travail journalistique sérieux.

Autre carence de ce système relayant l’information. La surexposition de certains acteurs. Combien de fois ai-je ri avec mes collègues de l’inquiétude de Ban-Ki Moon ? Le secrétaire général des Nations-Unies s’inquiète de manière perpétuelle. De tel conflit larvé. De telle catastrophe humanitaire à venir. Son émotion est légitime, bien sûr, mais doit-on attendre qu’une agence de presse cite ce haut responsable pour parler d’une situation alarmante ? Et l’information à mettre en avant n’est-elle pas l’inefficacité et le manque de moyens de l’ONU ? Le fait que Ban Ki-Moon s’inquiète perpétuellement sans avoir les moyens d’agir n’est-il pas le plus inquiétant ? A quoi bon relayer systématiquement ses déclarations si sa marge de manœuvre est si faible ?

Combien de fois nous sommes-nous fait la réflexion, avec mes jeunes collègues, qu’il est bizarre voir révoltant que nous traitions un sujet uniquement quand l’AFP le signale ? Avec un dialogue qui ressemble à celui-ci :

- Bruno (le coordinateur), tu as vu les derniers chiffres de l’INSEE sur la démographie européenne ? C’est intéressant car…

- L’AFP en parle ?

- Euh, non mais…

- Laisse tomber.

Le traitement permanent des « sujets AFP » est une facilité professionnelle qui me paraît néfaste. Aujourd’hui, certains grands journaux nationaux ne traitent plus les sujets internationaux que par le biais de dépêches reprises telles quelles. Pour la valeur ajoutée et la vérification des sources, on repassera. Les responsables de cette situation sont multiples : manque de moyens humains et dictature de l’urgence (les fameuses « breaking news ») en premier lieu.

Inconscience inconsciente ?

Le journaliste est un observateur. Au pire, un commentateur. Il ne doit pas être un militant. Ou alors il doit l’assumer et le dire avec clarté à ceux qui le lisent ou l’écoutent. Or, dans les grands médias généralistes, nous nous flattons d’être indépendants et libres. Mais la base même de notre métier est biaisée par le fait que nous ne disposons pas des outils et des sources nécessaires pour assurer un suivi juste et objectif des situations. Partant de ce constat, nous n’avons tout simplement pas les ressources, le recul et la légitimité pour parler de ces sujets. Et pourtant nous en parlons, avec verve et certitude. C’est une des bases du métier apprise à l’école : « même quand vous ne savez pas de quoi vous parlez, donnez l’impression d’être un expert ». Je ne crois pas que cette orientation soit lié à un quelconque complot ou à un choix assumé. Cela à trait, selon moi, à quelque chose d’un ordre inconscient. Personne ne part du principe qu’il est dans le camp du méchant. Nous faisons partie de l’Occident, avec ses codes, ses références, ses intérêts, sa culture, son histoire. Les journalistes occidentaux, dans leur grande majorité, assument et intègrent donc, ce parti pris originel, cette identité initiale. Le travail d’un journaliste devrait donc être avant toute chose, quand il parle d’un sujet international aussi grave qu’une guerre ou qu’un conflit larvé, de s’oublier.

De sortir de lui-même pour appréhender les situations sous un angle neuf, le plus objectif possible.

Le leurre du journalisme-citoyen comme solution

Je précise également que je pense profondément que les journalistes sont d’une importance capitale et irremplaçable. Avec l’émergence et la formidable montée en puissance des réseaux sociaux, on constate que le journalisme-citoyen a le vent en poupe. C’est une bonne chose. Le journalisme institutionnel, traditionnel est extrêmement critiqué (rappelons qu’il s’agît de l’une des professions les plus détestées) et certains se réjouissent de sa disparition à moyen terme. Je pense d’une part, que ce serait une catastrophe et d’autre part, que cela n’arrivera pas. Pour moi, l’information constitue une matière brute, indigeste. Notre travail consiste à la préparer, la cuisiner, pour que les citoyens puissent la consommer et la digérer. Toute la difficulté de notre travail réside en ce point : simplifier, reformuler l’information sans la travestir ou la déformer. C’est un travail délicat et indispensable, qui s’apprend, qui demande du temps et des efforts.

Le journalisme dit « citoyen » doit être un complément et non un substitut à son aîné.

Prostitués de l’intellect

Quand on regarde la presse occidentale et celle des pays arabes ou des pays en voie de développement sur des sujets aussi variés que le conflit israélo-palestinien, la guerre civile en Ukraine ou la guerre en Syrie, les différences sont frappantes et le constat est clair : nous défendons, malgré nous, des intérêts.

« Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! »

Cette phrase, attribuée à l’ancien rédacteur en chef du New York Times, John Swinton, date de 1880. Je ne suis pas le premier à relever qu’elle est d’une confondante actualité. Ayant travaillé dans un pays arabe, la différence d’approche sur certains sujets géopolitiques est très forte. Je constate cependant, et cela me semble important à relever, que la vision sur l’économie mondiale est en revanche la même chez les élites journalistiques arabes et occidentales. L’ultra-libéralisme me semble avoir de beaux jours devant lui car les vives critiques qu’il rencontre sont l’apanage d’hommes isolés ou de groupes qualifiés, au mieux d’utopistes, de penseurs minoritaires et/ou gauchistes, au pire de complotistes. Cela me déprime d’avoir l’impression (fausse certainement) d’être plus à même de conduire un débat ou une interview sur des sujets de relations internationales que mes éminents collègues des chaînes d’information en continu. Sont-ils ignorants à ce point ? Jouent-ils les candides ? Ont-ils peur ? Sont-ils soumis à des consignes, des pressions ? S’autocensurent-ils ? Cela me déprime également de voir les plus brillants de mes anciens camarades en école de journalisme s’être reconvertis, par dépit ou par choix, dans des domaines aussi variés que passionnants. J’ai l’impression que pour réussir dans le journalisme, il ne faut pas être le plus intelligent ou le plus honnête, mais être celui ou celle qui avalera le plus de couleuvres sans tressaillir.

A l’image du monde d’aujourd’hui, peut-être.

Complotiste !

Et cela m’amène à une conclusion pessimiste. Je l’ai dit plus haut. Je suis un homme curieux. Je m’intéresse à peu près à tout et à tous les avis. Je ne pense pas que la légitimé se gagne par la reconnaissance, par les titres ou par les postes. Cette curiosité m’a amené à lire et à écouter des avis extrêmement variés. Certains m’ont fait peur, d’autres m’ont passionné, d’autres encore m’ont questionné. Mais je constate que, loin de créer une émulation naturelle dans toute société démocratique qui se respecte, la contestation et le questionnement de l’ordre économique et géopolitique établi, rencontrent dans l’immense majorité des cas, une limite insurmontable et insupportable : la délégitimation par l’insulte.

Vous estimez que le néoconservatisme américain est une idéologie dangereuse, potentiellement guerrière ? Vous êtes un complotiste ! Vous êtes impressionné par le travail de Naomi Klein sur le capitalisme du désastre ? Complotiste ! Vous trouvez Michel Collomb un peu excessif mais redoutable quand il parle des médias mensonges ? Complotiste ! La version officielle des attentats du 11 septembre vous semble un peu légère et vous estimez que nous sommes en droit de nous poser des questions (et d’inciter à lire l’enquête d’Éric Laurent, par exemple) ? Complotiste ! Vous considérez que le traité euro-atlantique devrait être le principal sujet de discussion actuel tant ses implications à long terme sont lourdes ? Calmez-vous, excentrique !

Et maintenant ?

Que dire ? Que répondre face à des insultes et des qualificatifs si lourds de sens et pourtant si vides de contenus ? Pour l’instant, j’ai la chance de ne pas être trop exposé. Ma jeune carrière m’a amené à conduire ces débats en cercles restreints, avec pour conséquences bénignes, de rares énervements passagers entre collègues. Mais je constate qu’il coûte cher de se poser certaines questions dans cette profession. Or, je ne veux pas choisir de camp. Comme Brassens avec l’oncle Martin et l’oncle Gaston. Je ne veux pas choisir entre un système et des rebelles. J’aimerais juste être dans un monde où le débat est une chose reconnue comme importante et capitale. Il me semble qu’au contraire, nous nous dirigeons vers une société vidée de toute émulation de ce type. Une société uniformisée, aseptisée, manichéenne, où, pour reprendre la métaphore de Naomi Klein sur le capitalisme du désastre, des « zones vertes » officielles et adoubées s’affronteront à des « zones rouges » considérées comme menaçantes et maladives.

Des solutions semblent émerger, les gens s’organisent, une portion de la jeunesse bouge, se mobilise. Mais je ne suis pas sûr que cela suffise. Une partie de cette frange se radicalise et se perd. Une autre s’essouffle et abandonne. Une dernière enfin, résiste et invente de nouveaux modes de pensées, d’échanges, de débats (éducation populaire, mouvements politiques, blogs, etc..). Le journalisme tel qu’il existe aujourd’hui doit écouter les critiques et ne pas s’enfermer dans une posture de victime. Les jeunes journalistes ont leur révolution à conduire. Exiger davantage de moyens humains, trouver de nouvelles sources de financement et d’information, refuser la marchandisation de l’information et assumer leurs positionnements idéologiques. Informer, simplifier, raconter, c’est notre métier, notre chance.

A nous de le faire évoluer sans crainte, ni tabou, pour pouvoir le pratiquer honnêtement et plus sereinement.

Léonard (le prénom a été changé)

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[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La France, #Les média, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #L'OTAN.

27 novembre 2014.

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Petit point en rapport avec la vision internationale de Mediapart

Je reçois souvent des mails de votre part me disant en gros “Mediapart sur l’Ukraine, c’est plus possible, je résilie mon abonnement !”.

Je trouve ça très dur, car je trouve que Mediapart est clairement parmi ce qui se fait de mieux dans les grands médias sur la dénonciation du pouvoir de la finance (supers billets de Martien Orange, une référence !), du néolibéralisme, des dérives politiques et démocratiques, des problèmes des grands médias, etc.

J’ai entendu une conférence de Plénel cet été sur les dangers qui courent sur la Démocratie, et c’était vraiment très très bien…

MAIS il y a un vrai souci sur l’international, c’est clair…

Exemple de ce we, à la Une de Mediapart :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…
[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

(fichtre que je n’aime pas toutes ces histoires de listes nominatives de semi-proscrits et ici de propos des années 30…)

J’ai regardé pour info, cette banque historiquement tchèque est quand même la 151e banque russe (fichtre…)

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Propriété d’un certain Roman Popov :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…
[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Bon, ok. Donc si je comprends bien, cette banque a prêté de l’argent au FN.

Je rappelle que les dons étant interdits, le FN devra donc rembourser cet argent…

Et donc Mediapart s’inquiète donc très très fort à cause de “ces millions russes”, qui pourraient constituer une éventuelle “ingérence étrangère dans la vie politique française” – rejoignant ici le fameux “le parti, non seulement de l’anti-Europe, mais de l’anti-France.” de BHL en mai 2014.

L’article précise :

“Un proche conseiller de la présidente du FN confirme lui aussi à Mediapart la signature de ce prêt, d’un taux d’intérêt fixé a 6% “ Si l’on en croit Marine Le Pen, c’est à contrecœur que le Front national s’est tourné vers les banques étrangères. « Notre parti a demandé des prêts à toutes les banques françaises, mais aucune n’a accepté, a-t-elle expliqué, le 23 octobre, à L’Obs. Nous avons donc sollicité plusieurs établissements à l’étranger, aux États-Unis, en Espagne et, oui, en Russie. » [...] « On a pris des contacts avec beaucoup de banques françaises et européennes, a expliqué Me Wallerand de Saint-Just, trésorier du Front national à Mediapart, fin octobre. C’est niet en France. Ils ne prêteront pas un centime après le rejet des comptes de Nicolas Sarkozy. Nous, on a élargi le cercle. Ce genre de négociations, plus c’est discret mieux c’est. On a pris des contacts avec les plus grosses banques. On a envoyé des lettres, c’est tout. La plupart du temps, on n’a pas de réponse. » [...] Jean-Luc Schaffhauser a confirmé : [...] « Les banques sont très frileuses pour prêter aux partis politiques, quels qu’ils soient, confie un membre du bureau politique du parti. Ce n’est pas un boycott du Front national, c’est une crainte généralisée. À partir du moment où ce n’est pas un don, ni une subvention, ce qui serait interdit venant d’un État étranger, cela ne me choque pas. »

Notez que rien que cette situation pourrait susciter un intéressant débat sur les moyens de financer les partis ou sur le rôle des banques…

(PS : non, je ne suis pas là pour défendre du tout le FN que je ne soutiens en rien, ce n’est pas ce point là qui m’intéresse)

Je note ne pas avoir vu d’alerte Mediapart sur le fait que, par exemple, l’UMP – dont nous avons analysé les comptes, qui montrent que cette structure est en fonds propres négatifs depuis sa création, ce qui signifie qu’elle ne survit que par la générosité de prêts bancaires (français, ouf !)

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Moi, il me semble très gênant qu’un parti politique dépendent du bon vouloir de banques privées pour survivre – étonnez-vous que la droite ne réforme pas le secteur après… Petit problème “d’ingérence” ?

Mais plus largement, cette idée “d’ingérence russe”, “de propagande russe” est quand même grotesque : alors comme ça, Poutine voudrait dépenser de l’argent pour corrompre la politique d’un pays, “acheter des soutiens” et donc il choisit… tadam, le FN !!!! Le parti avec 0 ministres, 2 députés et 2 sénateurs (sur 900), et un audience médias absolue – TREEEEEMBLE RÉPUBLIIIIIQUE ! C’est d’une logique imparable… (et qu’on ne vienne pas faire croire que le prix d’un Cahuzac ou d’un Thevenoux soit si élevé…)

Alors du coup, comme Mediapart s’inquiète fort justement du risque d’influence étrangère sur la politique du pays, je me dis, “mais c’est bizarre, ont-ils enquêté sur l’influence américaine en France – qui me semble un peu plus prégnante que l’influence russe ?”

Alors au hasard, ont-ils enquêté sur les Young Leaders de la French American Fundation (dont nous parlerons bientôt, nous…), “issus de la politique, de la finance, de la presse « à fort potentiel de leadership et appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines » et qui permet donc de développer « des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays » ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Ah flute…

Bon, au moins 1 ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Ah flute…

Bon, c’est dommage, car il avait par exemple :

  • François Hollande
  • Emmanuel Macron
  • Pierre Moscovici
  • Marisol Touraine
  • Arnaud Montebourg
  • Najat Vallaud-Belkacem
  • Fleur Pellerin
  • Matthias Fekl
  • mais aussi Aquilino Morelle

Bon, n’ayez crainte, on reverra bientôt Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab à l’UMP…

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

En abrégé peut être ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Caramba, encore raté..

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Allez, un dernier : le German Marshall Fund ?

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Bon, rien en enquête, et en citation on a droit à “un cercle de réflexion” ! Sérieusement ??? Un machin qui s’appelle Fonds ? Qui a un bilan de :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

200 millions de dollars ! Et qui dépense tous les ans juste :

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

37 millions de dollars !!!

Ok, dormez braves gens… Et attention à la propagande russe !!!!!

[2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

Mais est-ce étonnant ?

Je rappelle certains propos de Mitterrand (qui n’avait QUE les services secrets à son service) sur Edwy Plénel :

« Il faudra tout de même qu’on sache qui est vraiment ce monsieur Plenel. […] Il parlera moins haut quand on saura qu’il travaille pour une puissance étrangère. » [propos de François Mitterrand rapporté par Gérard Colé à Pierre Péan, cité dans La Face cachée du Monde, 2003]

Confirmé par une autre source :

« Plenel ? Il ne m’a pas lâché pendant dix ans et j’ai fini par penser qu’il travaillait lui aussi pour les Américains. » [propos de François Mitterrand rapporté par Pierre Favier, journaliste longtemps accrédité à l'Élysée, La décennie Mitterrand, 1999]

Et une troisième :

Cela rappelle un autre propos de Mitterrand, plus général, sur les journalistes à scoops :

« Il ne faut pas croire qu ‘il y ait des envoyés spéciaux, fins limiers, remarquables journalistes, Rouletabille inlassables, allant chercher l ‘information. Non, ils attendaient à leur bureau où on venait leur apporter des informations.» [Mitterrand, portrait total, Pierre Jouve, 1986]

Je ne veux pas ici diffamer M. Plénel, je n’ai évidemment aucune idée de la véracité ou non de la chose.

Mais on peut aussi faire un lien avec les agissements de la NSA. Si on réfléchit en se mettant à la place des services secrets américains : vous avez accès aux données de la NSA qui espionne, de plus ou moins près, à peu près toutes les personnes avec un peu de pouvoir dans le monde. Donc vous connaissez tous les fraudeurs, tricheurs, adultérins, etc. Qu’en faites-vous ? Vous pouvez tenter de faire pression sur eux si les choses sont graves, mais enfin, cela ne marche pas toujours. Moi, il me semblerait logique d’approcher des journalistes amis, et de leur donner des informations croustillantes qui vont les respectabiliser, les mettre à la une. Même pas besoin d’un deal explicite après : il semble clair qu’ils vont éviter de trop vous critiquer par la suite, surtout quand on est “le phare de la liberté” mondial… Non ?

Bref, en conclusion, et pour répondre aux mails que je reçois donc régulièrement, cela ne me choque pas de continuer à soutenir Mediapart pour tout ce qu’ils apportent. Disons qu’il est assez probable que vous apprendrez ainsi “Tout ce qu’on vous cache et qui ne dérange pas les Américains” – et cela est déjà énorme. Après, il faut juste ne pas avoir trop confiance dans le regard international porté, et de croiser de multiples sources d’informations externes pour la partie “Tout ce qu’on vous cache et qui dérange les Américains”…

Mais bon, ce n’est que mon avis…

39 réponses à [2 poids, 2 mesures] Ils sont vraiment énormes chez Mediapart…

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27 nov 2014 En Occident, le respect de la vérité n’existe plus, par Paul Craig Roberts Mots-clefs : Mots-clefsPaul Craig Roberts Commentaire(s) 15 commentaires Imprimer 19 Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics. Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Sa vision décape, en général… Sans adhérer à tout, elle permet à chacun d’aiguiser son esprit critique… Paul Craig Roberts Paul Craig Roberts Les médias occidentaux ont prouvé aux yeux de tous qu’ils constituent soit une bande d’idiots ignorants et incompétents, soit une maison de passe qui vend des guerres pour de l’argent. Les médias occidentaux ont aveuglément suivi Washington et ont accusé la Russie d’avoir abattu l’avion malaisien. Aucune preuve n’a été fournie. A la place, les médias ont répété en boucle la même histoire. Washington a dissimulé la preuve que Kiev était responsable. L’objectif des médias n’était pas la vérité, mais la diabolisation de la Russie. A présent, nous avons l’histoire médiatique de la colonne de blindés russes qui aurait prétendument franchi la frontière ukrainienne et été détruite par les troupes désorganisées ukrainiennes, des forces que l’EIIL éliminerait en quelques minutes. Les reporters britanniques ont fabriqué cette histoire, à moins qu’elle ne leur ait été servie par un agent de la CIA travaillant à la scénarisation de la guerre. Tout le battage de la peu recommandable BBC autour de cette histoire s’est fait sans la moindre enquête. Les médias allemands, y compris Die Welt, ont beuglé l’histoire à travers l’Allemagne, sans s’inquiéter de l’absence de preuve. L’agence de presse Reuters, également sans enquêter, a relayé l’histoire. Des lecteurs me précisent que la chaîne CNN a diffusé cette fausse histoire 24h/24, 7jours/7. Bien que je ne puisse pas supporter de la regarder, je soupçonne que Fox “news” s’est également jetée sur ce canard boiteux. Des lecteurs me signalent que mon ancien journal, le Wall Street Journal, qui est tombé si bas qu’il en est devenu impossible à lire, a aussi répandu cette fausse information. J’espère qu’ils se trompent. Personne n’aime voir son ancienne maison tomber en ruine. La version médiatique est grotesque pour plusieurs raisons qui devraient être évidentes aux yeux de toute personne normale. La première raison est que le gouvernement russe a indiqué clairement que son but est la désescalade. Quand d’autres anciens territoires russes qui font aujourd’hui partie de l’Ukraine ont suivi la Crimée, ont voté leur indépendance et ont demandé la réunification avec la Russie, le président Poutine a refusé. Pour souligner sa volonté d’apaisement, le président Poutine a demandé à la Douma russe d’abroger son autorisation d’intervenir militairement en Ukraine pour le compte des anciennes provinces russes. Comme le gouvernement russe qui, contrairement à Washington ou aux gouvernements de l’UE, met en avant la légalité et l’Etat de droit, les forces militaires russes ne pourraient pas être envoyées en Ukraine avant que la Douma n’accorde à nouveau à Poutine le droit de le faire. La deuxième raison pour laquelle cette histoire est évidemment fausse est que si le gouvernement russe décidait d’envahir l’Ukraine, la Russie n’enverrait pas un petit groupe de blindés, sans couverture aérienne ou d’autres troupes. Si la Russie envahit l’Ukraine, ce sera avec une puissance capable de terrasser les forces désorganisées ukrainiennes, pour la plupart des milices semi-privées menées par des néonazis. La « guerre » durerait quelques heures, après quoi l’Ukraine tomberait aux mains de la Russie, là où elle se trouvait durant des siècles jusqu’à l’éclatement de l’Union Soviétique et jusqu’aux efforts fructueux de Washington en 1991, qui a profité de la faiblesse russe pour en démembrer les provinces constitutives. La troisième raison pour laquelle l’histoire est évidemment fausse est qu’aucune des agences de presse occidentales qui se sont enflammées sur cette histoire n’a présenté le moindre début de preuve. Ce dont témoigne cette histoire montée de toutes pièces, c’est du manque total d’intégrité de l’ensemble des médias occidentaux. Une histoire totalement dépourvue de preuve a été diffusée dans le monde entier. La Maison-Blanche a diffusé un communiqué mentionnant qu’elle ne pouvait pas confirmer cette information, mais la Maison-Blanche continue néanmoins à lancer des accusations contre la Russie, accusations que la Maison-Blanche ne peut étayer d’aucune preuve. Par conséquent, la répétition par l’Occident de mensonges éhontés s’est transformée en vérité pour un grand nombre de personnes. Comme je l’ai mis en avant dans mes articles, ces mensonges occidentaux sont dangereux, car ils poussent à la guerre. Le même groupe à Washington et les mêmes « médias » occidentaux racontent des mensonges du même type que ceux qui ont justifié les guerres de Washington en Irak (armes de destruction massive), en Afghanistan (talibans = Al Qaïda), en Syrie (utilisation d’armes chimiques), en Libye (tout un assortiment d’accusations ridicules) et au Pakistan, au Yémen et en Somalie, où l’armée américaine continue ses meurtres à ce jour. La ville sur la colline, la lumière du monde, la maison du peuple exceptionnel et indispensable est la demeure des mensonges de Satan, où la vérité est interdite et où la guerre est la dernière manche. Mise à jour : Après avoir prétendu que le convoi humanitaire russe contenait des troupes d’invasion dissimulées, le gouvernement-larbin de Kiev a été forcé par les faits d’admettre officiellement que les camions ne contenaient que de l’aide humanitaire pour les populations qu’il bombarde à l’artillerie lourde. http://rt.com/news/180844-ukraine-recognizes-russia-humanitarian-aid/ Source : Paul Craig Roberts, le 17/08/2014 Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr/. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source. 15 réponses à En Occident, le respect de la vérité n’existe plus, par Paul Craig Roberts. Le site d'Olivier Berruyer.

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La République, #La France, #La nation ., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Ukraine, #La guerre

27 novembre 2014.

En Occident, le respect de la vérité n’existe plus, par Paul Craig Roberts

Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics. Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Sa vision décape, en général… Sans adhérer à tout, elle permet à chacun d’aiguiser son esprit critique…

Paul Craig Roberts

Paul Craig Roberts

Les médias occidentaux ont prouvé aux yeux de tous qu’ils constituent soit une bande d’idiots ignorants et incompétents, soit une maison de passe qui vend des guerres pour de l’argent.

Les médias occidentaux ont aveuglément suivi Washington et ont accusé la Russie d’avoir abattu l’avion malaisien. Aucune preuve n’a été fournie. A la place, les médias ont répété en boucle la même histoire. Washington a dissimulé la preuve que Kiev était responsable. L’objectif des médias n’était pas la vérité, mais la diabolisation de la Russie.

A présent, nous avons l’histoire médiatique de la colonne de blindés russes qui aurait prétendument franchi la frontière ukrainienne et été détruite par les troupes désorganisées ukrainiennes, des forces que l’EIIL éliminerait en quelques minutes. Les reporters britanniques ont fabriqué cette histoire, à moins qu’elle ne leur ait été servie par un agent de la CIA travaillant à la scénarisation de la guerre. Tout le battage de la peu recommandable BBC autour de cette histoire s’est fait sans la moindre enquête. Les médias allemands, y compris Die Welt, ont beuglé l’histoire à travers l’Allemagne, sans s’inquiéter de l’absence de preuve. L’agence de presse Reuters, également sans enquêter, a relayé l’histoire. Des lecteurs me précisent que la chaîne CNN a diffusé cette fausse histoire 24h/24, 7jours/7. Bien que je ne puisse pas supporter de la regarder, je soupçonne que Fox “news” s’est également jetée sur ce canard boiteux. Des lecteurs me signalent que mon ancien journal, le Wall Street Journal, qui est tombé si bas qu’il en est devenu impossible à lire, a aussi répandu cette fausse information. J’espère qu’ils se trompent. Personne n’aime voir son ancienne maison tomber en ruine.

La version médiatique est grotesque pour plusieurs raisons qui devraient être évidentes aux yeux de toute personne normale.

La première raison est que le gouvernement russe a indiqué clairement que son but est la désescalade. Quand d’autres anciens territoires russes qui font aujourd’hui partie de l’Ukraine ont suivi la Crimée, ont voté leur indépendance et ont demandé la réunification avec la Russie, le président Poutine a refusé. Pour souligner sa volonté d’apaisement, le président Poutine a demandé à la Douma russe d’abroger son autorisation d’intervenir militairement en Ukraine pour le compte des anciennes provinces russes. Comme le gouvernement russe qui, contrairement à Washington ou aux gouvernements de l’UE, met en avant la légalité et l’Etat de droit, les forces militaires russes ne pourraient pas être envoyées en Ukraine avant que la Douma n’accorde à nouveau à Poutine le droit de le faire.

La deuxième raison pour laquelle cette histoire est évidemment fausse est que si le gouvernement russe décidait d’envahir l’Ukraine, la Russie n’enverrait pas un petit groupe de blindés, sans couverture aérienne ou d’autres troupes. Si la Russie envahit l’Ukraine, ce sera avec une puissance capable de terrasser les forces désorganisées ukrainiennes, pour la plupart des milices semi-privées menées par des néonazis. La « guerre » durerait quelques heures, après quoi l’Ukraine tomberait aux mains de la Russie, là où elle se trouvait durant des siècles jusqu’à l’éclatement de l’Union Soviétique et jusqu’aux efforts fructueux de Washington en 1991, qui a profité de la faiblesse russe pour en démembrer les provinces constitutives.

La troisième raison pour laquelle l’histoire est évidemment fausse est qu’aucune des agences de presse occidentales qui se sont enflammées sur cette histoire n’a présenté le moindre début de preuve.

Ce dont témoigne cette histoire montée de toutes pièces, c’est du manque total d’intégrité de l’ensemble des médias occidentaux.

Une histoire totalement dépourvue de preuve a été diffusée dans le monde entier. La Maison-Blanche a diffusé un communiqué mentionnant qu’elle ne pouvait pas confirmer cette information, mais la Maison-Blanche continue néanmoins à lancer des accusations contre la Russie, accusations que la Maison-Blanche ne peut étayer d’aucune preuve. Par conséquent, la répétition par l’Occident de mensonges éhontés s’est transformée en vérité pour un grand nombre de personnes. Comme je l’ai mis en avant dans mes articles, ces mensonges occidentaux sont dangereux, car ils poussent à la guerre.

Le même groupe à Washington et les mêmes « médias » occidentaux racontent des mensonges du même type que ceux qui ont justifié les guerres de Washington en Irak (armes de destruction massive), en Afghanistan (talibans = Al Qaïda), en Syrie (utilisation d’armes chimiques), en Libye (tout un assortiment d’accusations ridicules) et au Pakistan, au Yémen et en Somalie, où l’armée américaine continue ses meurtres à ce jour. La ville sur la colline, la lumière du monde, la maison du peuple exceptionnel et indispensable est la demeure des mensonges de Satan, où la vérité est interdite et où la guerre est la dernière manche.

Mise à jour : Après avoir prétendu que le convoi humanitaire russe contenait des troupes d’invasion dissimulées, le gouvernement-larbin de Kiev a été forcé par les faits d’admettre officiellement que les camions ne contenaient que de l’aide humanitaire pour les populations qu’il bombarde à l’artillerie lourde. http://rt.com/news/180844-ukraine-recognizes-russia-humanitarian-aid/

Source : Paul Craig Roberts, le 17/08/2014

Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr/. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Rafale, Mistral, et autres vents...par Valentin Martin et Jacques Maillard. Publié par le Comité Valmy.

27 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La République, #La nation ., #La France, #L'armée française, #Europe supranationale, #La Russie, #La guerre

Rafale, Mistral, et autres vents...par Valentin Martin et Jacques Maillard. Publié par le Comité Valmy.

Rafale, Mistral, et autres vents...

par Valentin Martin et Jacques Maillard

mardi 25 novembre 2014,

par Comité Valmy

Rafale au catapultage.

Rafale au catapultage.

Rafale, Mistral, et autres vents...
Les origines

En 1952, l’armée américaine implanta un commandement permanent en Europe (EUCOM). Plusieurs centaines de milliers d’hommes furent déployés de façon permanente sur le territoire européen. Mais après la « destruction » de l’URSS et jusqu’à ce jour, l’EUCOM resta implanté en Europe. Une de ses missions affichée était la vente d’armes à l’étranger (1).

Les industriels de l’armement étatsuniens n’ont jamais caché leur volonté d’hégémonie totale sur l’industrie européenne (2) . Néanmoins, au lendemain de la guerre froide, ils comprirent vite qu’un monopole total dans ce secteur n’était pas sans danger et qu’il pouvait entraîner un phénomène de rejet de la part de certains pays européens eux-mêmes dotés d’industries indépendantes. Ils mirent aussi en place un système plus subtil de dite « coopération » avec les industriels européens. Un cadre politique particulier leur permit de conserver leur domination, sous l’apparence d’une concurrence libre et non faussée entre Europe et Etats-Unis. En 1991, ils mirent en place le Conseil de la Coopération Nord-Atlantique (NACC), auquel succéda en 1997 le Conseil pour le Partenariat Euro-Atlantique (EAPC). Celui-ci faisait de la coopération en matière d’armement une priorité. Il était admis, tacitement puis explicitement, que les projets de coopération devaient être dirigés par les Etats-Unis, lesquels jouaient le rôle de « pays dirigeant » (« pilot nation »)(3) .

Au même moment, à travers l’intégration supranationale européenne, véritable corollaire politique de l’OTAN, avec le traité de Maastricht, une « Europe de la défense » biaisée voyait le jour : elle devait s’inscrire, selon son traité de fonctionnement, dans le « respect de l’alliance atlantique(3) », ce qui ne fut jamais démenti par la suite. En 1992 furent créés les Eurocorps, présentés comme une « force d’intervention spéciale de l’OTAN », structure ayant elle-même systématiquement été sous commandement américain.

La « coopération »

Les industries nationales de défense, notamment françaises, étaient alors considérées comme des industries excessivement politiques par les Américains. Souvent nationalisées, elles étaient contrôlées par l’Etat, dans le but d’équiper la Défense de la patrie et des nations alliées. En 1996, l’Union Européenne se dota d’une Organisation de coopération conjointe d’armement, l’OCCAR, afin de développer des projets d’armement dans un cadre européen. A une époque où la France était encore en dehors de l’organisation intégrée militaire de l’OTAN, cela permettait de renforcer les liens entre l’industrie de l’armement et l’OTAN. L’OCCAR développa plusieurs projets, comme le COBRA, le TIGRE ou l’A400M en coopération directe avec l’agence spécialisée de l’OTAN (NSPA (4) ).

En 2000, les grandes entreprises nationales d’aéronautique furent fusionnées en une société européenne, (European Aeronautic Defence and Space Company, EADS). Cela permit de marginaliser la production d’avions de chasse français. En effet, dans les années 80, 80% du budget de Dassault était consacré au militaire, aujourd’hui, 75% de son budget est consacré à la fabrication de jets privés destinés aux Etats-Unis ou aux Pays du Golfe. A plusieurs reprises la direction d’EADS manifesta un alignement sur les positions américaines, indépendamment des choix des dirigeants français (levée de l’embargo de vente d’arme à la Chine)(5) . En 2000, l’entreprise française d’électronique Thomson CSF devint Thales à l’occasion de son alliance avec l’américain Raytheon. L’armée américaine put tirer profit de nos systèmes électroniques et particulièrement de nos systèmes de détection sous-marine. Thalès Brest a produit presque tous ses sonars Flash pour l’armée américaine. Thales Underwater Systems a travaillé en collaboration avec Raytheon(6) .

En 2010, c’est DCNS qui se met « à l’heure européenne ». Un des cadres qui s’était occupé de l’intégration européenne d’EADS est nommé à la « Stratégie et Perspective ». Celui-ci préside une association réunissant les industriels de l’aéronautique américains et europeéns (USAIRE). Un poste des Affaires Européennes de DNCS fut créé à Bruxelles, siège de l’UE et de l’OTAN. Nouvel « Airbus naval », DCNS internationalisa la fabrication de ses navires et de ses sous-marins, en s’alliant avec la Grande-Bretagne (BAE Systems), laquelle constitue un des cinq yeux (« five eyes ») du Pentagone. Au choix qui aurait dû s’imposer, tant du point stratégique, qu’industriel et écologique, de construire un deuxième porte-avions à propulsion nucléaire, DCNS préféra payer des centaines de millions d’euros d’études aux Anglais, pour fabriquer un porte-avions à propulsion classique. De même pour les sous-marins : les Barracudas sont construits en collaboration avec les équipementiers anglais. Rappelons que le SNA « HMS Astute » s’était distingué en 2011 par une tuerie survenue à son bord. A cause des locaux de vie trop petits, trop chauds et trop humides, en dépit de l’augmentation du tonnage du bâtiment et de son automatisation, un des sous-mariniers était devenu fou.

Les importations outre-atlantiques

La constitution de l’Europe de l’armement a permis aux industriels américains d’y exporter leurs produits et de réduire la part de l’industrie des pays d’Europe dans les exportations mondiales (7). Les missiles sol-sol MILAN furent remplacés par les Javelin de Lockheed pour les troupes françaises en Afghanistan. Les avions JSF de Lockheed envahirent le marché européen. La vieille tradition de lobbying de la compagnie qui avait débuté dans les années 70 avec l’affaire Lockheed culmina. Neelie Kroescommissaire européen à la concurrence vient du directoire de Lockheed. Pourtant, les F35 sont très contestés, même au sein de l’armée américaine. L’armée française s’approvisionna en drônes MALE Reapers exclusivement auprès de Lockheed. Enfin, tous les projets dits « européens » qui firent doublon avec ceux de l’industrie américaine, comme Galileo, connurent des déboires, un surcoût et un retard important.

La recherche

Aujourd’hui, tous les corps de l’US Army ont leurs services de recherche chargés de « surveiller » (« monitoring ») la recherche en Europe. Pour la Marine, c’est l’Office of Naval Research, dont les bureaux sont à Londres et à Prague (ouvert en 2010). Les envoyés de l’ONR multiplient les visites dans les écoles publiques françaises comme l’Ecole Navale où elle finance des projets (NICOP), ou dans les industries en lien avec l’armement. Il existe les mêmes antennes européennes pour l’armée de terre (European Research Office) et l’armée de l’air (EOARD). Des agents de l’armée américaine, chargés de surveiller la recherche en France et dans les pays voisins, sont attachés au ministère de la défense. La nouvelle stratégie (8) du Department of Defence est la suivante : au lieu de financer des recherches nationales aux Etats-Unis, il faut tirer profit des découvertes à l’étranger, et pour se faire, accroître son emprise (« authoritative awareness ») sur les centres de recherche. C’est sans doute pourquoi le CNRS a vu la création de « zones à régime restrictif » militarisées dans la quasi-totalité de ses départements.

L’affaire des Mistral
Mistral 7

Mistral 7

Les choix d’exportation de matériel militaire ne constituent plus des décisions souveraines. Ainsi du refus de livraison des Mistral. Pour la France, il s’agit d’une aberration technologique car le savoir-faire est déjà transmis, économique puisque nous risquons de perdre 6 milliards d’euros à minima, et diplomatique. Six milliards d’euros, c’est cent euros environ par français, c’est la moitié du budget de la recherche et de l’université. Le précédent de la vente annulée de missiles de DCA S300 de la Russie à l’Iran porte à réfléchir : le contrat initial portait sur 800 millions de dollars, et l’indemnité que devait recevoir l’Iran était de 4 milliards de dollars, selon l’agence russe Novosti. De plus une partie des Mistral est construite en Russie : devrons-nous le couper à nouveau en deux pour le rendre aux Russes ? Enfin, nous risquons de perdre les contrats de Rafales avec l’Inde, qui attend pour signer le contrat définitif de constater la fiabilité de la signature de la France.

La destruction actuelle

Le cas des Mistral s’insère dans la destruction de notre « base industrielle et technologique de défense ». Par exemple :

1) en 2015, malgré les protestations au sein de l’Etat-major, nos chaînes satellitaires de télécommunications (COMSAT NG, ex-Syracuse) seront privatisées.

2) nous fermons les manufactures d’armes pour l’armée de terre, et les appels d’offre pour les futurs fusils d’assaut sont rédigés de manière à exclure les fabricants français (9).

FAMAS F1

FAMAS F1

le nouveau fusil d’assaut de l’armée, remplaçant du FAMAS, a peu de chances d’être français

3) La fabrication de chars lourds (Nexter) est stoppée, et la fusion-absorption par les industriels allemands est mise en place. Le GIAT privatisé ne sera plus qu’une succursale allemande (rêve d’outre Rhin).

4) La fermeture des hôpitaux militaires a pour effet, en dehors de faciliter la privatisation de notre appareil de santé national, livré aux compagnies privées telle General Electric (PDG Mme Gaymard), de détruire et vendre par appartement le patrimoine national, mais aussi d’affaiblir une part essentielle du système de défense.

5) L’abandon systématique de la langue française imposé par le gouvernement et l’Europe dans nos laboratoires, nos universités et nos écoles a pour but de faciliter notre intégration dans le système guerrier occidental et de supprimer notre autonomie intellectuelle scientifique et technique, capitale pour élaborer une souveraineté militaire.

6) Il est clair que la destruction ou la mise sous tutelle de l’appareil de production industrielle, agricole, accompagnée de celle des systèmes de transports et de communication, passant sous contrôle étranger, renforce cette politique d’intégration atlantique strictement militaire.

7) Le Traité transatlantique UE-USA (TAFTA), en cours de négociation secrète par la Commission de Bruxelles et qui jusqu’ici, a reçu à cet égard un chèque en blanc des gouvernements, imposerait sous hégémonie étasunienne, des appels d’offre, des normes, et donc des politiques industrielles de défense totalement intégrées aux pays signataires du TAFTA. Cette même réalité de renoncement national s’imposerait également, aux pays signataires de l’Accord de Partenariat Trans pacifique (Japon, Taiwan et Corée).

Conséquences

Cette politique a quatre conséquences immédiates :

1) Création de conditions matérielles devant empêcher le peuple français de pouvoir se défendre face à un coup d’état ou une invasion aidée par un pouvoir traître. Ceci est renforcé par l’abandon de la conscription. C’est aussi empêcher face à des troubles (guerre civile incitée par l’étranger mettant en cause communauté ou territoire), la capacité de répondre d’un gouvernement souverain. Sans armes, la notion de souveraineté est vidée de son contenu. Ainsi la limite des eaux souveraines fut autrefois fixée à 3 milles nautiques, distance qui correspondait à la portée d’un canon.

2) Empêcher la possibilité pour le peuple français de conserver son indépendance de décision, en particulier de refuser d’entrer dans un conflit qui n’est pas le nôtre (Irak, Syrie, Russie, Iran...).

3) Provoquer une perte importante d’emplois, de compétences, de savoirs et de savoir-faire. En particulier, les savoirs les plus importants concernent la synthèse des informations et l’intégration des compétences. En abandonnant la construction de systèmes complets (ex. Rafale, Famas) et en s’intégrant dans un « grand système mondial d’armement », même si le nombre d’emplois peut augmenter dans un premier temps, à terme c’est une perte sèche qui se produit.

4) Cette « vente par appartement » permet de briser toute synergie entre les acteurs français, et d’annihiler la liberté de recherche et d’expression dans les laboratoires concernés. Ainsi s’explique sans aucun doute la création de « Zones à Régime Restrictifs » dans tous nos laboratoires civils, publics et universitaires, imposant sous le prétexte ridicule de « protection du patrimoine », un régime de couvre-feu et de secret paranoïaque incompatible avec toutes les traditions et principes académiques et scientifiques.

Prospectives

De nombreuses personnes, pensent que le démantèlement du « complexe militaro-nucléaro-industriel français » est une politique pacifique et anti-impérialiste.
Il s’agit exactement du contraire .

1) Si le système actuel n’est pas sans défaut, il permet encore de refuser un conflit. Le peuple français peut, par exemple grâce à référendum prendre des décisions. En Suisse les Grippen, le concurrent du Rafale, ont été renvoyés en Suède par un tel référendum suite à la constatation de surcoût de maintenance inacceptable. Si les conditions politiques ne sont pas actuellement réunies, nous ne devons pas pour autant supprimer les conditions matérielles de la souveraineté populaire qui existent encore.

2) Le système français n’est pas aussi puissant que le système US (heureusement), et donc il est ouvert à des coopérations sur un plan plus égal avec la Russie, le Brésil ou d’autres. Toute coopération non atlantique éloigne la politique française de la politique de l’OTAN. Toute coopération atlantique, et en particulier avec les USA, engage la France dans la politique des USA. C’est la raison pour lesquels les atlantistes français, déclarés (UMP, PS, Modem) ou cachés (Verts, trotskystes) dénigrent systématiquement l’appareil industriel français, par exemple quand le ministre Hervé Morin dénigrait le Rafale lors de sa visite officielle au Maroc.

3) Aux gouvernements des nations occidentales, ou dans leur très proche entourage, se trouvent un certain nombre de personnages désirant ouvertement la guerre, pour maintenir leur prédominance. George Soros aux côtés de Moscovici, Lamy, Piketty, Verhoefstadt, et Enrico Letta a récemment développé la thèse suivante :
la guerre avec la Russie permettra de redonner une « nouvelle vie » à l’Union Européenne en crise (10). La nouvelle « guerre froide » ou « guerre hybride »(11) déclarée à la Russie dans l’est de l’Europe par les USA, l’OTAN et l’UE permettrait de mettre en place cette « économie de guerre ». Le problème de la dette se résoudrait par des investissements massifs dans la production d’armes, les profits en retour étant assurés et massifs car la guerre, même hybride ou froide, ne permet pas de restriction. Par contre, ceux qui sont en dehors de cet effort n’ont aucun droit, et perdront tout.

4) Au sud, parallèlement c’est le chaos qui règne, en Afrique et au Proche-orient, et si possible en Amérique Latine (Colombie, Mexique...). La France perd toute autonomie politique, au nom de la destruction de la « Françafrique », pour ne devenir qu’un acteur à la fois prédateur et compassionnel de la politique atlantiste. L’armée française devient essentiellement une armée d’accompagnement de l’impérialisme US. La politique énergétique, qui transforme AREVA en fournisseur mondial de minerais (pour les chinois en particulier) tout en abandonnant des parties cruciales de notre indépendance énergétique (l’enrichissement de l’uranium en France, contrat URENCO, est fait par des boites noires US...) est une pierre angulaire de cette politique néocoloniale néfaste pour la France et pour l’Afrique.

5) Il faut en dernier lieu signaler que la guerre froide dans l’est de l’Europe peut se transformer en guerre chaude, voire très chaude :

a) Un exercice de l’OTAN se déroule en Estonie, sur le thème : « défense de l’Estonie par l’OTAN en application de l’article 5, suite à une attaque de la Russie ».

b) Un exercice de « défense civile » a été fait en Russie du 4 au 8 octobre mobilisant la moitié de la population (60 millions) et 300 000 sauveteurs (préparation aux bombardements, éventuellement nucléaires).
-c) La Russie, avec l’accord de 80 % de la population, augmente de 30 % son budget militaire l’année prochaine.

d) de multiples incidents ont lieu entre l’OTAN et la Russie, incidents qui peuvent à tout moment dégénérer.

L’utilisation de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord contre la Russie impliquerait la guerre généralisée en Europe. A terme (4-6 mois), ce serait la mobilisation générale de tous les jeunes, garçons et filles recensés. En Ukraine la mobilisation a été déclarée pour tous les hommes entre 18 et 60 ans. Les gares sont bloquées par la police qui rafle tous les jeunes pour les envoyer au front. La guerre moderne n’est pas la guerre de 14 ou de 40. Les soldats seraient d’abord formés, en particulier au grand jeu vidéo (12) , pendant que l’industrie se reconvertirait en quelques mois de la fabrication de voitures, d’Airbus, d’électroménager, en celle de missiles, avions de chasse, pièces détachées, etc. Dans le cas d’une guerre sous contrôle de l’OTAN, cela permettrait, comme sous l’occupation allemande entre 1940 et 1944, que l’industrie et l’économie française passe sous contrôle total et exclusif des maîtres du moment, à savoir les Allemands et les USA aujourd’hui.
Les jeunes partiraient au front, pas forcément pour une année, mais peut-être pour quelques jours, ou quelques semaines, et ce n’est qu’une fois le processus engagé que le peuple verrait dans quelle horreur les démagogues et les traîtres (13) l’auraient emmené.

Valentin Martin, Jacques Maillard
Comité Valmy
Mis en ligne le 20 novembre 2014

Notes :

(1) Voir les déclarations de Kapstein, Johnson (vice-président de l’Aerospace Industry Association).
(2) Guide pour la coopération en matière d’armement
(3) 17.1 alinéa 3 TUE
(4) OCCAR
(5) « Les menaces américaines …. montrent clairement que nous devons tenir compte des Etats-Unis pour ce qui touche à la Chine et Taïwan. Nous sommes dépendants et vulnérables. » (Rainer Hertrich, co-président du directoire d’EADS).
(6) Projet AN/AQS-22

(7) Selon une étude parue en 2013, de 1992 à 2008, les Etats-Unis ont livré aux pays de l’UE : 1663 chars de combat, 857 véhicules blindés de combat, 321 pièces d’artillerie de gros calibre, 324 avions de combat, 94 hélicoptères d’attaque, 6 navires, 6903 missiles et lanceurs. Inversement, les industriels européens n’ont quasiment rien livré aux Etats-Unis. En Europe, les avions de chasse européens sont quasiment trois fois moins nombreux que les avions de chasse américains. Quant aux exportations européennes, de 2003 à 2008, elles chutèrent de 35% des parts de marché mondial à 14% en direction des pays en voie de développement, et de 34% à 16% en direction des pays développés. Les parts des Etats-Unis, elles, restent constantes à plus de 40%.

(8) Strategic Engagement in Global S&T :: Opportunities for Defense Research » (2014)
(9) DSI, septembre 2014
(10) Paris Match et Nouvel Obs
(11) déclaration du SACEUR, commandement militaire de l’OTAN en Europe
(12) Voir l’utilisation militaire du jeu Call of Duty
(13) Code Pénal article 411-2 et 411-3

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UKRAINE : La crise ukrainienne c’est la vieille idée américaine d'approcher L'OTAN de la FRONTIÈRE RUSSE [Emir Kusturica, réalisateur yougoslave et serbe]

25 Novembre 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Yougoslavie, #La Russie, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La guerre, #La France

Lu sur novorossia.today

Lu sur novorossia.today

La veille de ses 60 ans, le réalisateur yougoslave et serbe Emir Kusturica a rencontré le journaliste de la chaîne "Zvezda" et lui a confié ses projets artistiques et son ressenti de la période complexe, du point de vue de la géopolitique mondiale, qu'on est en train de vivre. Il a dit réfléchir au sens de la vie et à la notion de "l'homme".

- Vous allez avoir 60 ans, que ressentez-vous la veille de cette date ?

- Je ressens de la maturité, à vrai dire. Je réfléchis au sens de la vie, puisque la jeunesse en quelque sorte, peut-être au sens intellectuel du terme, c'est maintenant du passé, mais que compte tenu de ma vivacité et ma vitalité je ne ressens absolument pas ces années. D'ailleurs, j'ai l'impression que tout est pareil qu'il y a 20 ans. Les gens ont la même vie que moi, ils appréhendent beaucoup de choses, mais en général vivent avec un taux d'adrénaline élevé. Ce qui leur garantit une jeunesse. Et voilà ce qui est remarquable. En observant tout cela en moi et, en même temps comme avec un regard extérieur, je peux dire que le passé et ce qui se passe aujourd'hui et ce qu'il y aura demain, tout tourne, malheureusement, constamment au tour du même sujet. Lorsque les américains nous donnent tout le temps des leçons sur comment nous enrichir, c'est toujours la même histoire, ce sont ceux qui ont les moyens qui doivent s'enrichir, et eux, ils (les américains) vont diriger cet enrichissement.

Emir Kusturica

Emir Kusturica

Mais en ce qui concerne les gens pauvres, ils ne se soucient pas du tout de tout ce monde-là et de tout ce qui se trouve sous la ligne dont ils (les américains) font la propagande. C'est-à-dire, tout ceux qui vivent comme ils sont, sans faire de démonstration de leur nature prédatrice, ils sont lancés par eux (les américains) à vau-l'eau, comme on dit. De même, le monde entier, à vrai dire, a compris une dimension métaphysique, sociologique qui, au fond, reste la même qu'il y a mille ans, mais qui a changé grâce à une quelconque preuve apparue grâce au progrès technique.

D'ailleurs, mon idée en tant que sexagénaire consiste à trouver la réponse définitive à la question : "qui est l'homme ?" "D'où il vient, où il va ?" Indépendamment de ses origines ethniques. Mon idée est que l'homme apparaît comme un être plus noble, plus sensé, qui est guidé dans sa vie par des intentions meilleures que ce que lui est "prescrit" par le capitalisme occidental. Il vit en déhors de ce cercle dominant. Je l'appellerais ceci un cercle. Le cercle du mal. Il est composé ainsi : la guerre, le capital, Wall-Street. Encore une fois : la guerre, le capital, Wall-Street. Une bête tricéphale. Elle est particulièrement puissante depuis cette influence dont dispose l'Hollywood et la machine de propagande américaine. Ceci dit, au fond c'est la même chose. Et il s'agit d'un pays qui autrefois possédait une grande idée qui était le rêve Américain. Aujourd'hui, il n'y a plus aucune idée là-bas. Hormis celle de s'approprier, de prendre le contrôle sur toutes les ressources énergétiques partout dans le monde. Alors, en tant qu'un sexagénaire qui comprend beaucoup de choses, je peux dire que le rêve américain, à vous dire vrai, a beaucoup été déformé durant les cinquante dernières années.

- Vous ne regardez pas la télé depuis longtemps, mais suivez les évènements qui ont lieu en Ukraine. Dans ce conflit, comment évaluez-vous les positions des parties et la nature de ce qui se passe ?

- J'essaie d'y voir clair et de comprendre ce qui est derrière ces évènements. C'est la raison pourquoi j'ai arrêté de regarder la télé, puisque la télévision montre quelque chose qui n'est pas l'essence du problème. On n'y montre que la façade. Je pense que l'Ukraine c'est la mise en œuvre d'une vielle idée américaine d'approcher l'OTAN de la frontière russe. C'est comme ça uniquement que je le vois. Ainsi, les évènements qui ont eu lieu au Maïdan ressemblent beaucoup à ce qui s'était passé en Bosnie et Herzégovine. Lorsque la guerre en Bosnie a éclaté, elle a aussi été sporadique, les accrochages survenaient de temps à autre, mais tout a commencé vraiment lorsque, comme par un enchantement des snipers ont apparus sur le toit de l'hôtel "Holiday Inn" et ont tiré sur les gens réunis pour manifester contre la guerre.

Par quelconque inertie, ce sont des Serbes qui y ont été accusés, mais aucune preuve n'en a jamais été fournie. Au Maïdan il a été prouvé que c'étaient des combattants de l'organisation Black Waters, et la conversation entre le ministre des affaires intérieurs de l'Estonie et Catherine Ashton a apporté des preuves qui étaient ces gens qui ont tiré sur des activistes du Maïdan et les forces de l'ordre. Ainsi, il existe une force dans le monde qui considère la guerre comme l'unique et véritable générateur de ce cercle dont j'ai parlé. Dans ce sens, je vois l'Ukraine comme un facteur inquiétant dont nous savons tous qu'il existe depuis encore 1945 des groupes armées spéciaux qui organisent des émeutes dans tous les coins du monde, et le degré que ces émeutes ont atteint depuis l'Irak, la Syrie, le printemps Arabe et Kadhafi, nous fait rentrer dans une phase très critique.

Avec le fait doublement avéré que la crise ukrainienne fait approcher les bases militaires américaines davantage de la Russie. C'est l'objectif principal. Le reste n'est fait que pour l'atteindre. Quand j'ai regardé comment la crise ukrainienne se développait, les putschistes à Kiev ont en réalité trahi cet accord conclu entre la Russie et l'Union Européenne et ont renversé le président, quoi qu'il en soit, c'était bel et bien un putsch qui, en fin du compte, a petit à petit conduit à la guerre.

- A votre avis, la Russie dans cette situation n'a pas eu d'espace de manœuvre ?

- Si la Russie avait été moins humaine, elle aurait dû défendre ses frontières. Et les frontières russes se défendent bien au-delà même de l'Ukraine. La crise ukrainienne a amené des troupes étrangères jusqu'à la frontière de la Russie. Et elle est en danger. C'est une mauvaise situation.Autrefois Gorbatchev s'est entendu avec George Bush aîné que l'OTAN n'allait pas s'étendre. Mais il s'est laissé influencer à l'époque. Cela arrive à des gens bien intentionnés de se faire tromper. George Bush a promis qu'il n'y aurait pas de l'extension, mais c'était dit oralement, il n'existe aucun accord écrit. C'était une erreur. Comme ce qu'il y a eu chez nous. De très nombreux Serbes, et des Croates et des musulmans encore plus, ont cru que c'était Slobodan Milošević qui a démanché la Yougoslavie.

Mais ils oublient qu'à l'époque George Bush a fait une déclaration qui disait qu'aucune ex-république yougoslave n'aurait pas de relations diplomatiques avec les USA si elle reste au sein de la Yougoslavie. Par conséquent, nous ne pouvons pas parler de Slobodan Milošević comme de celui qui a démanché la Yougoslavie comme il l'a été présenté par la propagande, tout en sachant que George Bush a dit qu'il n'y aurait pas de relations diplomatiques avec les républiques yougoslaves. Cela veut donc dire que ce sont EUX qui n'ont pas voulu de Yougoslavie et non pas Slobodan Milošević. C'est pareil chez vous. L'Amérique fait de la propagande et les gens ont beaucoup de mal à creuser pour découvrir la vérité.

- Aujourd'hui, certains réalisateurs russes, y compris ceux qui sont connus comme par exemple Bondartchouk parlent de leur intention de réaliser un film sur l'Ukraine. Vous avez réalisé des films sur la guerre. Sur la guerre qu'il y a eu dans votre pays natal. Comment naissent les films ? Il faut laisser passer du temps ou ce n'est pas obligatoire ?

- Les films naissent en tant que des parts des souvenirs, d'une impulsion, d'une quelconque histoire que la vie amène et qui a une certaine implication shakespearienne. Elle doit être inspirée par un évènement fort, par une émotion qui n'ont pas d'implication idéologique, qui donnent la vérité et sont dramatiques d'elle seules. Cela arrive.

- Dîtes, il a existé une idée de panslavisme. Vous venez d'évoquer une certaine crise des idées en Europe. Que leur conception a été ébranlée. Est-ce que la Russie a tout fait pour promouvoir ses intérêts nationaux en Europe ? Pourriez-vous évaluer de façon objective à quel point la Russie, dans un sens humanitaire, spirituel vise, à être présente en Serbie ? A-t-elle tout faitpour ?

- Il existe un lien fraternel logique. Et je pense qu'il existe d'énormes ressources qui n'ont pas été exploitées jusqu'au bout, et que la Russie nous influence dans un sens culturel et n'importe quel autre. Pourquoi ? Parce que je crois que des libertés minimales, dont nous disposions à l'époque de Tito nous, ne pouvons pas les perdre. Nous étions ce pays dans lequel notre culture était basée sur le fait que nous ne sommes ni l'est, ni l'occident, mais l'est ET l'occident à la fois. Et cela m'a fait très "je-ne-sais-quelle-impression" d'entendre les dernière directives que dispense le ministère de la défense de l'Allemagne où on nous met en garde contre la présence de la Russie en Serbie. Ainsi il est question non plus de la slavophile ou de la russophilie, mais de la liberté qui sous-entend notre passé et des recettes slaves qui viennent de la Russie.

Source : http://tvzvezda.ru/news/mneniyaa/content/201411211159-i75z.htm

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