Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la russie tag

Conférence de Xavier Moreau à l'ONU. 21.03.2016

2 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Ukraine, #La Russie, #La mondialisation, #le nazisme, #Terrorisme

Conférence de Xavier Moreau à l'ONU. 21.03.2016

Conférence organisée par l'Agence pour les Droits l'Homme : "Ukraine Maïdan Odessa, 2 ans après".
http://www.humanrightsagency.com/

La conférence compète sera bientôt sous-titrée :
https://www.youtube.com/watch?v=iRzTm...

Lire la suite

Les enfants Russes apprennent à défendre la France !

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La Russie, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #L'armée française, #Le gaullisme

Les enfants Russes apprennent à défendre la France !

Le 01 avril 2016

Les enfants Russes apprennent à défendre la France !

L’Etat Islamique a menacé en 2015 de s’étendre en Europe, dans le Caucase et dans toute l’Afrique du Nord. Poutine a décidé dès septembre 2015 d’envoyer des avions russes en Syrie pour protéger la Russie mais aussi la France, l’Europe avec la Syrie ! Des militaires de l’armée russe avait décidé d’inscrire sur une des bombes un message de soutien aux victimes des attentats du 13 novembre . On lit « Pour les nôtres ! » et « Pour Paris ! ».+

Hier en me promenant dans les rues en Russie, j’ai découvert un magasin qui vend des modèles réduits, des maquettes pour les enfants. Intéressé par les modèles et les avions russes que nous pouvons voir manoeuvrer dans le ciel de Carélie au-dessus des lacs et des forêts, j’ai été surpris de découvrir une maquette d’avion de chasse où il était écrit sur les 2 bombes de l’appareil, « Pour les nôtres ! » et « Pour Paris ! », comme dans la vidéo de guerre réalisée par les pilotes russes !

 

 

Les enfants Russes apprennent à défendre la France !

Le patriotisme en Russie est une chose normale et saine. En plus en Russie les enfants apprennent dès le plus jeune âge à admirer leur armée mais aussi à toujours aimer la France avec Paris ! Cette image de cette maquette d’avion montre à quel point la politique et les média français sont dans la faute. Pendant qu’en Russie la société continue de faire aimer la France (malgré les sanctions et les autres menaces de François Hollande de mener la guerre contre la Russie) aux enfants, les média continuent de déverser un venin contre Poutine et la Russie. Cette maquette est le symbole de la grande amitié entre la France et la Russie et montre que l’amitié dans l’avenir grâce à nos enfants entre le peuple russe et français est garantie !+

Il est même possible de trouver cette maquette sur Internet !

Olivier Renault

Lire la suite

Les massacres d’Odessa sonnent le glas de l’unité ukrainienne par Andrey Fomin

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #le nazisme, #Terrorisme

Les massacres d’Odessa sonnent le glas de l’unité ukrainienne

par Andrey Fomin

Les massacres qui ont ensanglanté Odessa le 2 mai 2014, dans les rues et à la Maison des syndicats, montrent la volonté des autorités putschistes de Kiev d’instaurer un ordre de terreur anti-Russe. Loin de réagir, les membres de l’Otan se sont emmurés dans un silence complice. Ces événements rendent impossible la continuation de l’expérience ukrainienne et marquent l’inévitable fin de cet État artificiel.

Réseau Voltaire | Moscou (Russie) | 12 mai 2014

+
JPEG - 27.4 ko
2 mai 2014, dans la République du Donetsk. Les habitants de Kramatorsk tentent de s’opposer au passage d’un véhicule blindé des forces de la Garde Nationale aux ordres de la junte de Kiev.

Les événements tragiques d’Odessa, où des militants néonazis ont brûlé plus de cinquante personnes, résonnent déjà dans les consciences comme un nouveau Khatyn. Les deux massacres se ressemblent tellement que l’image de Khatyn a immédiatement resurgi dans les esprits. La population n’a pas oublié comment les martyrs de Khatyn furent précipités dans les flammes par le 118ème bataillon de la police nazie, dont les rangs étaient, pour l’essentiel, constitués par les bataillons Roland et Nachtigall, initialement créés en 1939 avec le concours de Stepan Bandera, pour servir dans l’armée nazie, et passés en 1941 sous le commandement de l’Abwehr [1]. Les mêmes criminels étaient à l’œuvre, et aux commandes, lors de ces deux tragédies. Au début de la guerre (1939-1945), le bataillon Nachtigall était placé sous les ordres de Roman Shukhevych. Ce dernier réaffecta ultérieurement sa bande de tueurs dans une autre unité des forces de répression, nouvellement créée. Le 2 mai 2014, les habitants d’Odessa ont péri dans les flammes du brasier allumé par la nouvelle génération de fascistes ukrainiens qui arpente les rues des cités du pays, en brandissant les portraits leurs devanciers, Stepan Bandera et Roman Choukhevytch.

Une page a été tournée avec le massacre d’Odessa. Une nouvelle réalité s’est imposée aux citoyens ukrainiens qui n’aspirent à rien d’autre qu’à défendre leur droit de parler leur langue maternelle, de préserver leur mode de vie et les valeurs auxquelles ils croient, et qui, pour y parvenir, n’ont d’autre choix que de se dresser contre la junte néonazie qui s’est emparée de Kiev, la capitale de leur pays. À la différence du Donbass, où une milice armée s’est constituée, Odessa est restée jusqu’au 2 mai une cité paisible et les manifestations qui s’y sont déroulées étaient tout à fait pacifiques. C’est pourtant là que, le 2 mars, le Rubicon a été franchi. Le tabou, qui interdit à des hommes en armes de massacrer des citoyens paisibles, a été transgressé. Ce n’est pas une coïncidence si, quelques heures à peine après le massacre d’Odessa, la Garde nationale a sauvagement ouvert le feu sur les habitants de Kramatorsk qui tentaient de bloquer des véhicules blindés, en se plaçant sur leur chemin. Beaucoup d’entre eux ignoraient, sans doute, le sort qui venait d’être réservé à leurs concitoyens d’Odessa, brûlés sous les yeux des forces de police indifférentes à leur calvaire, tandis que les néonazis vociféraient leurs anathèmes : « Grillez, sales Russes !  » et « Mort aux diables russes ! ». Ceux des manifestants qui parvenaient à s’extirper des flammes étaient achevés à coups de haches et de matraques, aux sons de l’hymne national ukrainien, à jamais marqué du sceau de l’infamie par le nouveau Khatyn perpétré à Odessa.

Les dernières informations recueillies démontrent que les dirigeants de la junte au pouvoir ont planifié et organisé les provocations qui ont servi de prétextes aux opérations de répression déclenchées contre la population d’Odessa le 2 mai, afin d’intimider les opposants. L’objectif était d’étouffer et d’anéantir un foyer d’agitation susceptible de s’étendre et de conduire à l’organisation, au grand jour, d’une résistance frontale au régime des épigones de Bandera, à l’exemple de ce qui s’est passé à Donetsk, Louhansk, et Slaviansk.

C’est avec cet objectif en tête que les combattants de la force d’intervention spéciale de la région Est (vostok), et les troupes d’assaut qui bénéficient du patronage du multimilliardaire ukrainien Igor Kolomoïsky, ont été expédiés à Odessa, accoutrés en civils. La soi-disant « quatorzième compagnie des forces d’autodéfense de Maidan », venue de Kiev, déjà impliquée dans les émeutes qui se sont déroulées là-bas le 29 avril, a, elle aussi, participé à l’opération.

JPEG - 29.3 ko
Avril 2014. Le camp de tentes installé par les militants antifascistes d’Odessa, dans le quartier de Koulikovo, au lendemain du coup d’État de février dernier.

Le camp de tentes des citoyens d’Odessa qui s’opposent à l’administration illégale mise en place à Kiev, a été installé au centre de la ville, à la fin du mois de février 2014, aussitôt après le coup d’État. Tout au long des mois qui ont suivi, des milliers de citoyens sont venus s’y rassembler et manifester, défendant opiniâtrement leurs droits fondamentaux et leurs libertés, dans l’Ukraine passé sous la coupe de la clique nationaliste de Kiev, pressée d’étendre sa toile sur l’ensemble du pays.

JPEG - 17 ko
Étrange assemblage d’emblèmes contradictoires (le ruban de Saint-George et le drapeau ukrainien) sur le gilet pare-balles de l’un des participants aux tueries dans les rues d’Odessa (Notez la présence du brassard rouge).

Le 2 mai 2014, le FC Tchornomorets, le club de football local, recevait l’équipe du FC Metalist Kharkov pour le match prévu dans le cadre des rencontres organisées par la ligue 1 d’Ukraine. Des foules de supporters sont arrivées de Kharkov et se sont dirigées vers le stade. Elles ont été soudain attaquées par des hommes en armes, masqués, arborant le ruban de Saint-George, (le signe de ralliement des opposants à la junte de Kiev !!!), également affublés d’un brassard rouge. Les mêmes brassards apparaissaient aux bras de certains des policiers ukrainiens.

Diverses photos, aisément disponibles, révèlent que les assaillants ont bénéficié, au minimum, de la neutralité des forces de police. D’autres photos attestent que le déploiement, les assauts, les exactions des agresseurs étaient coordonnés par des individus revêtus d’uniformes de la police. L’un des coordonnateurs identifiés n’est autre que le chef délégué des services du ministère de l’Intérieur à Odessa, le colonel Dmitry Fucheji.

JPEG - 31.6 ko
Le responsable délégué des forces de police (dans le cercle rouge et sur la photo insérée dans le coin droit), supervise les actions et le déploiement d’hommes en armes arborant le ruban de Saint-Georges.
JPEG - 39.1 ko
Odessa, le 2 mai 2014. Un groupe d’hommes, portant des brassards rouges, écoute les instructions données par une personne revêtue d’un uniforme de la police.
JPEG - 31.6 ko
Des hommes en armes, masqués, déambulent tranquillement au milieu des agents des forces de police locales.
JPEG - 30.4 ko
Des hommes armés ouvrent le feu sur les supporters de l’équipe de football.
JPEG - 27.4 ko
Pas un seul agent de la police d’Odessa ne s’intéresse à l’homme qui met en joue et abat les supporters de l’équipe de football.

Il n’est pas surprenant que les supporters de l’équipe de football se soient immédiatement jetés à la poursuite des assaillants, détruisant tout sur leur passage. Après avoir fait mine de « s’interposer », les forces de police se sont repliées, dégageant la voie menant au quartier de Koulikovo, le camp de base des antifascistes qui ont choisi de protester pacifiquement à Odessa.

À ce moment précis, les exécuteurs des basses œuvres de Pravy Sektor se joignirent aux groupes de supporters, après avoir abandonné la Maison des syndicats aux manifestants antifascistes venus, pour la plupart, s’y réfugier. La horde ainsi constituée se rua alors à l’intérieur du bâtiment, tuant tous ceux qui se trouvaient sur son passage, et mit le feu à l’édifice en y projetant de multiples cocktails Molotov .

Au bout du compte, on a relevé plus de 116 victimes à l’issue des affrontements et de l’incendie. Plus de 200 personnes ont été blessées et rendues infirmes, 20 ont été gravement atteintes et sont dans un état critique. 8 personnes se sont tuées en sautant depuis les fenêtres des derniers étages pour échapper aux flammes. Les dernières informations recueillies font état de l’usage de gaz toxiques pour neutraliser les personnes réfugiées à l’intérieur du bâtiment. Le Réseau Voltaire a publié un reportage photographique révoltant sur les atrocités perpétrées à l’intérieur de la Maison des syndicats [2]. Les victimes qui avaient survécu et avaient été extraites du brasier ont été massacrées sur place. Les corps ont ensuite été photographiés devant un parterre de cadavres calcinés planté de panneaux proclamant : « Ici, c’est l’Ukraine ! »

JPEG - 20.5 ko

De toutes les prises de vues rapportées d’Odessa, les pires ne sont pas même les photos des cadavres accumulés sur le seuil de la Maison des syndicats. Ce sont les images video des néofascistes enragés mettant en pièces la jambe droite d’un jeune homme en plein milieu de la rue [3]. Les tortionnaires ne cachent pas leur délectation à l’écoute des cris de la victime et du craquement de ses os, tandis qu’ils barbouillent leurs mains avec son sang en poussant des cris de jubilation. Ils n’ont plus une once d’humanité. Ce sont des barbares de la pire espèce. Le pays qui portait autrefois ce nom a définitivement disparu.

Il apparaît d’ores et déjà clairement que la junte n’a pas obtenu les résultats escomptés. Les citoyens d’Odessa ont renoncé aux manifestations pacifiques et optent désormais pour la guérilla et la contre-attaque des partisans. Les habitants des territoires occupés n’ont pas d’autre alternative pour faire entendre raison aux fascistes qui profanent leur terre, comme ce fut le cas pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Au lieu d’éteindre les braises de la guerre civile qui couvait en Ukraine, la junte a précipité de paisibles citoyens dans les flammes et embrasé le pays tout entier.

Ceux qui militaient pour la préservation de l’identité ukrainienne dans le cadre d’un État fédéral ont été carbonisés. Un seuil fatidique a été franchi. Plus rien ne justifie désormais la prorogation de l’existence de l’État ukrainien dans ses frontières d’aujourd’hui.

Évidemment, l’instauration d’un État néonazi ukrainien intéresse l’Occident à plus d’un titre. Toute la question est de savoir quel en sera le périmètre. Cette affaire n’intéresse pas que la Russie. On peut penser que les Roumains, les Hongrois et les Polonais n’éprouveront guère d’enthousiasme à se voir flanqués d’un voisin aussi peu recommandable.

Il y a plusieurs conclusions à tirer de la tragédie d’Odessa.

- Premièrement, c’est avec le concours de la police locale, restée fidèle aux autorités de Kiev, que les hommes en armes liés à Pravy-Sektor, arborant leurs brassards rouges, ont mis en œuvre la provocation organisée aux dépens des supporters du club de football venus apporter leur soutien à l’équipe des visiteurs de Kharkov à l’occasion du match de championnat.

- Deuxièmement, la question de savoir si le choix de réunir la Crimée à la Fédération de Russie était une bonne décision est définitivement tranchée. Sept millions de personnes se sont prononcées en faveur d’un avenir de sécurité et de prospérité. Elles ont choisi d’inscrire leurs vies dans le projet authentique, respectable, dénué d’artifices, qui leur était proposé, en ayant une claire conscience de la nouvelle vie qui allait être la leur à l’intérieur des frontières de la Fédération de Russie.

- Troisièmement, le Sud-Est n’acceptera jamais de se soumettre à l’autorité d’un gouvernement autorisant des fascistes à siéger sur ses bancs. Ce n’est pas seulement l’accord de Genève qui s’est irrémédiablement vaporisé dans les flammes d’Odessa. L’idée même d’une possible fédéralisation du pays a été anéantie par l’incendie (ou) est devenue obscène.

- Quatrièmement, le choix fait à Donetsk de prendre les devants et de distribuer des armes à la population, se révèle aujourd’hui avoir été une sage décision. La junte a fait la démonstration qu’elle n’avait nullement l’intention d’engager quelque dialogue que ce soit avec les régions du Sud-Est. Elle a montré, au contraire, qu’elle n’hésitait pas à tuer et à brûler vivants tous ceux qui ne partagent pas ses vues.

- Cinquièmement, les Russes peuvent maintenant décider à leur guise du moment opportun pour déployer leurs troupes sur le terrain et porter secours à la population si la situation l’exige, car les milices constituées sur place sont désormais tout à fait capables de combattre efficacement les troupes de la junte. Il appartiendra à la Russie de fournir aux régions du Sud-Est, de la Nouvelle Russie, l’aide humanitaire qui sera nécessaire. Les besoins vont être considérables, vu l’ampleur des destructions et de la famine affectant une grande partie de la population.

- Sixièmement, il est hors de question d’organiser quelque élection présidentielle que ce soit dans une situation de guerre civile. Par conséquent, la junte ne sera pas en mesure de revendiquer la moindre once de légitimité après le 25 mai. Les discours d’Angela Merkel et de Barack Obama n’y pourront rien changer.

Le jour même du drame d’Odessa, il nous a été donné de voir comment les Russes se différencient de ceux qui se disent Ukrainiens :

Des citoyens de souche russe de Louhansk ont abattu un hélicoptère de la junte. Les soldats ukrainiens qui ont répondu à l’appel de détresse du pilote blessé, ont pris soin d’emporter son fusil, et l’ont abandonné en le laissant mourir sur place. Ce sont les citoyens russophones des forces de la milice locale qui l’ont conduit à l’hôpital le plus proche, où il a été sauvé par ceux-là mêmes qu’il s’apprêtait à mitrailler.

 

Traduction
Gérard Jeannesson

Source
Oriental Review (Russie)

[1] L’Abwehr (la défense) : le service de Renseignements de l’état-major allemand. Cette organisation a fonctionné de 1921 à 1944. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Abwehr mit en place de nombreuses antennes dans les pays occupés pour y combattre la résistance au joug nazi.

[2] « Crime à Odessa », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 mai 2014.

[3] « Одесса о*рубили ногу », par Украинский Медведь·, YouTube, 2 mai 2014.

 

Andrey Fomin

Andrey FominFondateur du journal en ligne d’analyse politique Oriental Review. Maître en histoire russe de l’université d’État Lomonosov de Moscou.

 
Lire la suite

Odessa, 2 mai 2014 : un massacre occulté

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La Russie, #AMERIQUE, #Ukraine, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La guerre, #le nazisme, #Terrorisme

Odessa, 2 mai 2014 : un massacre occulté

Par Jean-Pierre Garnier le 29 mars 2016

« Qui ne connaît la vérité n’est qu’un imbécile.
Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge,
celui-là est un criminel ! »

Bertolt Brecht

(La vie de Galilée)

Odessa, 2 mai 2014 : un massacre occulté

Odessa, 2 mai 2014 

Qui s’en souvient en France ? Encerclés par une foule en furie, plusieurs dizaines de membres et partisans du mouvement anti-maïdan réfugiés à la maison des Syndicats, à Odessa le 2 mai 2014, sont brûlés vifs ou asphyxiés, d’autres achevés à coups de barres de fer après s’être jetés par les fenêtres pour échapper à l’incendie. Qualifiés de « prorusses », ils avaient fait l’objet d’une opération de « nettoyage » lancée à l’instigation de groupes néo-nazis qui s’étaient déjà illustrés à Kiev quelques semaines auparavant dans la pseudo-révolution orchestrée dans la capitale pour renverser par la force le gouvernement démocratiquement élu. Or, sans ces groupes, et leur encadrement comme fer de lance des manifestations, il n’y aurait jamais eu de « révolution » sur la place Maidan. Quant à Odessa, non seulement des activistes ukrainiens d’obédience fasciste ont bel et bien constitué les troupes de choc armées, cuirassées et casqués qui ont assailli puis envahi la Maison des Syndicats pour y « liquider la racaille pro-russe », comme en témoignent de nombreuses vidéos filmées par des gens n’ayant rien à voir avec le FSB1, mais le déroulement de cette opération a pu s’effectuer sans que les autorités locales n’interviennent pour y mettre fin, la police, présente sur les lieux faisant preuve d’une remarquable passivité, tandis que les pompiers dont la caserne trouvait à proximité, battaient le record de lenteur pour se rendre sur place.

Sans doute, le gouvernement de Kiev s’est-il vu obligé de procéder à quelques limogeages de responsables locaux, à commencer par le gouverneur de la région d’Odessa, sous peine de perdre aux yeux de l’étranger une légitimité démocratique déjà douteuse. Mais les coupables directs ou indirects du carnage semblent toujours bénéficier, bientôt deux ans après l’événement, d’une totale impunité. Bien plus, certains d’entre eux continuent de patrouiller et parader dans les rues d’Odessa, à pied ou en véhicules, pour poursuive la chasse aux « prorusses » et menacer les habitants de la ville qui trouveraient à y redire, et ce jusque dans les tribunaux. Résultat : les parents et amis des victimes en sont encore à attendre que lumière soit faite sur les conditions de leur disparition, terme à prendre dans les deux acceptions du terme, puisque les cadavres de certaines d’entre elles n’ont pas encore été retrouvés.

C’est afin que justice soit rendue qu’une Association des mères des personnes assassinées s’est constituée pour qu’une enquête sérieuse soit réalisée sur ce qui s’est passé à Odessa le 2 mai 2014. Une justice qui, jusqu’ici, semble malheureusement encore relever de la mission impossible. En ce domaine en effet, c’est la parodie qui prédomine. Seul un activiste « pro-ukrainien » c’est-à-dire antirusse et vraisemblablement sympathisant sinon militant de Pravy Sektpr ou Svoboda, a été poursuivi, alors que les assiégeants et les assaillants de la Maison des Syndicats se comptaient par dizaines. À l’inverse, mais de manière complémentaire, 20 manifestants catalogués comme « pro-russes » étaient mis en examen. « Enquête judicaire opaque » titrait un journaliste du Monde, journal pourtant acquis aux positions pro-européennes et néo-libérales des nouveaux dirigeants ukrainiens2. Effectivement, cette enquête traînait au point d’inciter un certain nombre de personnalités à former un « groupe du 2-mai » qui mènerait ses propres investigations. Néanmoins, bien que composé en principe de personnes de « toutes les opinions politiques » et que son travail ait été « considéré comme objectif et sérieux », selon le même journaliste qui ne précise d’ailleurs pas à qui ledit travail devait cette considération, il ne semble pas que l’éclaircissement des faits survenus le 2 mai 2014 auquel il a abouti ait donné pleine satisfaction.

Il faut dire que la version des faits concoctée par ce « groupe du 2 mai » concordait un peu trop, n’en déplaise à l’envoyé du Monde, avec les attentes de tous ceux qui, à Odessa comme à Kiev, souhaitent que l’affaire honteuse d’un meurtre de masse perpétré par des ultra-nationalistes dans un pays européen dont on se félicite à l’étranger qu’il soit en passe de rejoindre la grande famille des « démocraties », soit au plus vite étouffée, enterrée et oubliée. Ainsi le coup d’envoi des affrontements était-il imputé aux activistes « prorusses » qui auraient attaqué une manifestation pacifique pro-ukrainienne, c’est-à-dire nationaliste, spontanément organisée par les supporteurs de deux équipes de football à l’issue un match. Les deux premiers morts de la journée proviendraient de leurs rangs, atteints par les balles de tireurs « russophiles » sans que cela soit encore prouvé. Un scénario qui n’était pas sans rappeler celui fabriqué après coup dans la foulée de la « révolution de Maïdan » avant que l’on ne découvre qu’en réalité, les snipers qui avaient tiré sur la police aussi bien que sur les manifestants le 20 février 2014 faisaient partie d’un « groupe clandestin » où « se trouvaient impliqués, directement ou indirectement, l’extrême-droite (Pravy Sektor, Svoboda) et un parti oligarchique pro-occidental (Patrie) », avec pour objectif, grâce à un « meurtre de masse perpétré sous une fausse bannière », de « l’emporter dans le conflit assymétrique de Maïdan et prendre le pouvoir en urkraine »3.

La suite du récit ne dépare pas le début. Les « deux camps » auraient ensuite« échangé des cocktails Molotov, provoquant l’incendie ravageur du fait de la quantité de combustible stockée par les anti-Maïdan dans le bâtiment »4. Enfin, les commandos munis de barres ou de battes cernant l’immeuble en flammes auraient « dans leur grande majorité essayé de sauver les personnes pris au piège » au lieu de les achever comme en attestent pourtant les scènes filmées de multiples videos.

Que le « journal de référence » que Le Monde est censé être — de révérence à l’égard des puissants, en fait — se fasse le relais des mensonges et des contre-vérités destinés à dissimuler ou travestir une réalité aussi gênante pour les nouveaux dirigeants ukrainiens que pour leurs alliés euro-atlantistes, n’a rien qui doive surprendre. La présentation unilatérale pour ne pas dire caricaturale qui en est faite, de même que celle de la pseudo-révolution de Maïdan, offre un bon exemple de ce manichéisme primaire auquel cède le complexe médiatico-politico-intellectuel de notre pays pour embrigader une opinion publique qu’ils formatent plutôt qu’ils ne la forment. On a là une fable typique de ce que peut produire ou, dans ce cas, reproduire une presse française mainstream en phase avec la réécriture de l’histoire en temps réel par les autorités officielles ukrainienne ; et ce afin de relativiser l’importance des évènements funestes qui ont endeuillé une partie de la population d’Odessa, en falsifier la signification et nier leur propre implication en plus de celle, avérée, de leurs supplétifs d’extrême-droite.

Si ce conte à dormir debout avait le mérite, comme s’en félicite notre journaliste mondain, d’écarter l’« hypothèse avancée par les médias russes du massacre délibéré »5, il ne pouvait toutefois convaincre que les gens déjà convaincus. Ce qui n’était apparemment pas le cas d’un groupe de membres du Parlement européen qui, préoccupés par l’absence de données fiables relatives au massacre, demanderont en mai 2015 au Premier ministre Arseni Iatseniouk de « tout mettre en œuvre pour rendre publics les résultats des enquêtes sur les meurtres commis sur le Maïdan et les meurtres de masse perpétrés à Odessa ». Peine perdue. Dans un rapport très critique publié en octobre 2015, les experts européens d’un comité consultatif international créé à l’initiative du Secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjorn Jagland, jugeaient que l’enquête menée en Ukraine, censée établir les circonstances exactes du massacre et évaluer le travail des services municipaux d’urgence le jour des troubles, « ne répondait pas aux exigences de la Convention européenne des droits de l’homme ». Bien plus, outre qu’elle ne pouvait pas « être qualifiée d’indépendante et efficace », ils estimaient que le « contexte général » qui régnait en Ukraine empêchait les enquêteurs de « réaliser de sérieux progrès dans l’élucidation de la tragédie d’Odessa ».

On comprend dès lors que les mères des victimes du carnage n’aient plus d’autre recours aujourd’hui que de s’adresser à l’ONU pour qu’il ne demeure pas impuni. D’où leur requête auprès d’une instance compétente de cet organisme en matière de protection des droits humains, mandatée pour les cas de tortures, exécutions sommaires, disparitions forcées et détentions arbitraires, pour qu’une commission internationale réellement indépendante, impartiale et objective puisse faire enfin éclater la vérité sur ce qui s’est passé à Odessa le 2 mai 2014 et que les responsables soient punis.

C’est la raison pour laquelle, une conférence suivie d’un débat s’est tenue dans les locaux de l’ONU à Genève le 21 mars 2015 au Palais des Nations, en marge des travaux du Conseil des Droits de l’Homme, avec la participations de M. Xavier Moreau, co-fondateur du site Stratpol, spécialiste des questions géopolitique, de Mme Victoria Malchulko, fondatrice et présidente de l’Association des mères du 2 Mai, témoin direct des évènements survenus ce jour-là et de Mme Elena Radzikhovskaiya, mère d’André Brazhevsky, tué lors du siège et de l’incendie de la Maison des Syndicats, toutes deux enseignantes, l’une à la retraite, l’autre en activité, et habitantes d’Odessa. Le but de cette conférence était d’une part, de retracer l’évolution de l’Ukraine depuis la «révolution» de la Place Maïdan, d’exposer l’impact sur le pays du changement de régime qui s’en est suivi, de replacer la tuerie d’Odessa dans ce contexte socio-historique, tant national qu’international, et de pointer le rôle des différents acteurs de ce drame. D’autre part, il s’agissait de faire connaître à partir de témoignages, non seulement le déroulement concret des évènements mais aussi les multiples obstacles rencontrés pour que la lumière soit faite sur les responsabilités directes et indirectes des autorités de la ville dans cette violence sans précédent à Odessa.

Il faut croire, cependant, que cette recherche de la vérité ne plaisait pas à tout le monde et encore moins l’idée de créer une commission d’enquête libérée de la pression des pouvoirs en place en Ukraine. Après la tentative d’un certain Mykola Cusin, président d’un Comité de Défense de la Démocratie en Ukraine, branche européenne du Comité des Ukrainiens d’Amérique du Nord, pour faire annuler la conférence, sous prétexte qu’elle offrirait une tribune à l’anti-américanimsme, l’antisémitisme, la russolâtrie et l’extrême droite, trois agents provocateurs dont une journaliste urkrainienne mêlée de très près aux évènements du 2 mai, sont venus jouer les agents d’ambiance à leur manière : interruptions du conférencier accompagnées d’injures à son égard, prises de paroles bruyantes sans y être conviés, discours haineux interminables… L’intention de ces perturbateurs était évidente : saboter la conférence et surtout faire capoter la projet de mise en place d’une commission d’enquête internationale. Il a fallu que je leur explique ainsi qu’à l’assistance que nous étions dans une assemblée de gens de pays civilisés et non dans la jungle qu’était devenue l’Ukraine depuis l’arrivée au pouvoir de leurs commanditaires aidés de leurs acolytes néo-nazis pour les obliger à se taire, tâche rendue aisée par les applaudissements approbateurs de la plupart des gens présents.

Le calme revenu, Mme Elena Radzikhovskaiya a pu exprimer, au nom des mères qui comme elle, ont été privées de leurs fils par ce qu’il faut bien appeler un assassinat collectif, le souhait qu’un maximum de personnes des autres pays se solidarisent avec elles pour que les coupables, quels qu’ils soient, soient identifiés, poursuivis, jugés et châtiés.

Que celles et ceux qui se refusent à rejoindre la cohorte des imbéciles ou des criminels, au sens où Bertolt Brecht les désignait, signent cet appel. Les mères des Ukrainiens assassinés le 2 mai 2014 leur en sauront gré.

 Jean-Pierre Garnier | 28 mars 2016

1] FSB : Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie Service secret chargé des affaires de sécurité intérieure. Principal successeur du KGB soviétique dissous en novembre 1991.

2] Benoît Vitkine, « Odessa, un an après le drame du 2 mai », Le Monde, 02.05.2015

3] Ivan Katchanovski, « The “Sniper’s Massacre ”in the Maidan in Ukraine » september 2015 The “Snipers’ Massacre” on the Maidan in Ukraine | Oriental review. org

4] Ibid.

5] Ibid.

 

 
Lire la suite

Bachar al-Assad évoque sa vision du processus de paix en Syrie (interview exclusive)

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #La Turquie, #La finance dérégulée

Dans une interview exclusive accordée à Sputnik, le président syrien Bachar al-Assad évoque sa vision du processus de paix en Syrie, la coopération russo-syrienne et son appréciation du rôle de la Russie dans la lutte contre le terrorisme.

LIRE L'INTERVIEW COMPLÈTE: http://sptnkne.ws/aW3r

Abonnez-vous à notre chaîne sur YouTube: https://www.youtube.com/channel/UCqwac9xog45LRWMvufXs3hA

Lire la suite

La Russie "menace", les Etats-Unis réagissent...

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #La Turquie, #Daesch

01/04/2016

La Russie "menace", les Etats-Unis réagissent...
La Russie "menace", les Etats-Unis réagissent...

Aïe, voici que la Russie menacerait...

Il est vrai qu'à la suite des attentats qui ont frappé en France, en Belgique mais aussi dans tant d'autres pays du monde, un déploiement de brigade américaine s'impose.

A en croire L'Express, et BFMTV, les Etats-Unis auraient donc pris les mesures ad hoc:

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/face-a-la-menace-r...

http://www.bfmtv.com/international/europe-une-brigade-ame...

Ouf!

Nous voici enfin protégés des agressions russes.

Pour Palmyre, on oublie, les Russes n'y sont pour rien. 

Ni l'un des leurs qui y a sacrifié sa vie et permis la libération de ce joyau de la culture.

Honneur à lui qui a rejoint pour l'éternité Khaled al Assaad, mort décapité.

C'était en août 2015:

http://voix.blog.tdg.ch/archive/2015/08/19/khaled-al-assa...

Lire la suite

En vrai, le droit international humanitaire, ça existe ? Par Corinne Roussel

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Merci à Corinne pour cette synthèse réalisée pour le site1

Le 27 mars 2016

Capture d’écran 2016-03-28 à 01.08.33

Le droit international est-il en train d’agoniser, ces derniers temps, quelque part sur un lit d’hôpital dans une zone de conflit ensanglantée du Moyen-Orient ? Le célèbre “selon que vous serez puissant ou misérable…” n’est pourtant pas prévu par les termes des Conventions de Genève, qui soumettent tous les pays aux mêmes responsabilités et limites : les guerres doivent impérativement épargner les structures civiles dont au premier chef, les structures sanitaires vitales. Malgré tout, passés les caps de la théorie et des bonnes intentions, sur le terrain, les choses se compliquent par un manque de moyens de faire appliquer la loi. Par exemple, les organismes d’enquête sur les présomptions de crimes de guerre soutenus par l’ONU tels que la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits ont besoin de l’accord des pays concernés, y compris des parties soupçonnées de crimes de guerre, pour pouvoir enquêter. Autre obstacle, les tribunaux dotés de pouvoirs suffisants manquent : la CPI peut uniquement poursuivre les ressortissants des pays signataires du Statut de Rome (sur les 193 pays membres de l’ONU, 124 États dont ni la Russie, ni les États-Unis, ni l’Arabie Saoudite, ni le Qatar, ni la Turquie, ni Israël ne font partie), et n’a de toutes façons pas compétence pour juger des États. Ces derniers relèvent de la Cour internationale de justice, mais là encore, ses compétences se limitent aux parties acceptant de se soumettre à sa juridiction. Et même dans les cas de pays signataires, la jungle des législations et leurs nombreux vides juridiques paralysent généralement les velléités de procédures de poursuites – une confusion qui, au fil des années, a conduit les pays les plus puissants à une désinvolture grandissante.

Des décennies de violations répétées des Conventions de Genève

164670747447e770667982c217963889_MidCol

Depuis 92, des violations du droit humanitaire allant jusqu’à des crimes de guerre potentiels se sont multipliées sur quasiment toutes les zones majeures de conflits. On peut citer, entre de multiples autres exemples, la récente catastrophe humanitaire déclenchée par l’Arabie Saoudite au Yémen, les hôpitaux du Donbass pris pour cibles par l’armée ukrainienne, la maternité du Croissant-Rouge bombardée à Bagdad par les USA en 2003, l’invasion d’un hôpital de Ramadi, toujours en Irak et toujours par les USA en 2006, le bombardement par l’OTAN d’un hôpital de Belgrade le 21 mai 1999, les bombes à fragmentation lâchées sur un marché et un hôpital à Nis, en Serbie, le 7 mai 1999 ou encore le bombardement par les Turcs et les Américains, sous couvert d’une mission de pacification de l’ONU, de l’hôpital somalien de MSF Digfer à Mogadiscio, le 17 juin 1993.

Mogadiscio, 2011. Les attaques contre les locaux de MSF se sont tellement multipliées qu'en 2014, l'ONG a été contrainte de fermer tous ses programmes en Somalie et de quitter le pays.

Mogadiscio, 2011. Les attaques contre les locaux de MSF se sont tellement multipliées qu’en 2014, l’ONG a été contrainte de fermer tous ses programmes en Somalie et de quitter le pays.

Le cas de l’hôpital Digfer a dévoilé l’ignorance pure et simple des lois internationales par certains belligérants. Dans un rapport de MSF, la juriste de l’ONG Francoise Bouchet-Saulnier relatait cet échange, “Joëlle [la coordinatrice] avait dit au général américain, ‘vous avez attaqué un hôpital, notre maison, qui sont protégés par la Convention de Genève.’ Il a répondu que dans une opération de pacification, il n’y a pas de limites à la force qui peut être déployée. Cet hôpital était une cible militaire parce qu’il y avait des soldats à l’intérieur. L’usage de la force par les pacificateurs n’est pas soumise aux Conventions de Genève. Nous sommes ici pour ramener la paix donc il n’y a pas de restrictions quant à l’usage de la force que nous utilisons.” 

Dans le même rapport, les propos d’une autre coordinatrice se faisaient encore plus précis : “Les militaires ont annoncé qu’ils voulaient que les humanitaires quittent la capitale parce que ” ce territoire va devenir une zone de guerre, vous n’avez pas votre place ici.”  J’ai pris contact avec eux et je leur ai demandé: ” Quels sont les hôpitaux prévus pour les blessés, quel est votre plan médical ?”  Ils n’avaient pas de plan médical. Ils ne connaissaient pas les hôpitaux. (…) Ils ne connaissaient rien, même pas le B-A BA des conventions de Genève. Il y avait bien une juriste dans l’équipe de l’armée américaine qui comprenait, mais sa voix ne devait pas porter très loin. En revanche, par la suite, elle sera une personne-clé pour faire comprendre aux Américains quel bourbier ils ont créé. (…) A Mogadiscio, on s’attendait à chaque instant à se prendre un coup de kalachnikov. C’était le climat ambiant. Mais se prendre un bombardement de la part des militaires alors qu’on a tout fait dans les règles, ça, on ne l’avait pas imaginé… Si on s’attend à ce que quelqu’un respecte les conventions de Genève c’est bien les militaires, qui ont des budgets de formation et sont censés connaître ces règles !”

Yémen aujourd’hui, une zone de non-droit

Hôpital Al-Thawra , Taïz, Yémen, bombardé quelques semaines après l'hôpital Haydan de MSF. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, depuis le mois de mars 2015, la coalition saoudienne a bombardé plus de cent lieux de soins au Yémen.

Hôpital Al-Thawra , Taïz, Yémen, bombardé quelques semaines après l’hôpital Haydan de MSF. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, depuis le mois de mars 2015, la coalition saoudienne a bombardé plus de cent lieux de soins au Yémen.

En septembre 2015, un communiqué de presse du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme rapportait, “il a été allégué que presque les deux-tiers des décès de civils constatés ont été causés par les frappes aériennes de la coalition, qui seraient également responsables de presque les deux-tiers des destructions ou des dégâts infligés à des bâtiments publics civils”.  Dans une longue enquête intitulée En quoi la maison de mon frère était-elle une cible militaire ? publiée deux mois plus tard, l’ONG Human Rights Watch renchérissait avec la dénonciation d’une avalanche de frappes illégales saoudiennes au Yémen, dans ce qu’elle a décrit comme une véritable guerre contre les civils couverte par un silence de plomb : ni l’Arabie Saoudite, ni les autres membres de sa coalition (EAU, Bahreïn, Koweït, Qatar, Jordanie, Soudan, Égypte), ni aucun de leurs alliés occidentaux n’avaient – ou n’ont à ce jour –  commandé d’enquête sur les violations des droits de l’homme perpétrées dans ce pays martyr où même les services humanitaires de l’ONU voient leurs actions freinées, voire détournées, par les forces en présence.

Pour MSF au Yémen, la situation n’a guère été plus brillante que pour les autres organismes humanitaires : le 27 octobre dernier, une attaque de la coalition saoudienne à Saada s’est soldée par six morts et dix blessés ; le 2 décembre suivant, l’ONG a déploré un mort et huit blessés, dont deux membres de l’équipe soignante, lors d’une frappe aérienne dirigée contre une de ses cliniques mobiles, à Taiz ; le 10 janvier, un autre bombardement contre l’hôpital Shiara, un centre de soins d’urgence soutenu par l’organisation humanitaire faisait six morts et sept blessés dans la province de Saada et le 21 du même mois, dans la même région, une série de frappes contre le service ambulancier de l’hôpital de Gomhoury blessait des douzaines de personnes et en tuaient six, dont un chauffeur d’ambulance.

En attendant des explications qui tardent à venir, Raquel Ayora, directrice d’opérations de MSF, constate “de plus en plus, nous voyons des attaques contre des structures médicales minimisées comme “erreurs”. La semaine dernière encore, le Secrétaire aux Affaires étrangères britannique a déclaré qu’il n’y avait pas de violations du droit humanitaire international au Yémen par le royaume d’Arabie Saoudite. Ceci implique que les bombardements par erreur d’hôpitaux protégés seraient tolérables. Cette logique est très déplaisante et irresponsable”.

Dans un rappel au droit international auquel même des bastions de l’alliance atlantique comme le Guardian ont fait un écho indigné, la présidente internationale de MSF Joanne Liu a ajouté “Le bombardement mensuel d’un hôpital de MSF est-il la nouvelle norme ? Combien d’autres hôpitaux dirigés par des équipes médicales qui n’ont pas de plate-forme pour s’exprimer comme celle que MSF possède sont-ils attaqués au Yémen et dans d’autres zones de conflit ? Nous refusons d’accepter que cette tendance se poursuive, avec cette impunité totale. Nous avons besoin de garanties urgentes, de la part des belligérants, qu’ils ne prendront jamais les hôpitaux pour cibles légitimes” . 

Kunduz en Afghanistan, un bombardement américain inexpliqué 

Kunduz, Afghanistan. Sur le mur face à l'hôpital bombardé, un seul mot tagué :

Kunduz, Afghanistan. Sur le mur face à l’hôpital bombardé, un seul mot tagué : “Pourquoi ?”

Le 3 octobre 2015 entre 2h08 et 3h15 du matin, l’hôpital de MSF de Kunduz était frappé à plusieurs reprises par une série de raids aériens américains menés à 15 minutes d’intervalle. Selon MSF, les frappes ciblaient certains bâtiments avec une grande précision, dont le service de soins intensifs et les salles d’urgences. Elles ont fait au moins 42 morts. L’ONG, qui déclare avoir respecté les règles censées assurer sa protection en transmettant dès son installation les coordonnées GPS de l’hôpital à Washington, à la Coalition et aux autorités civiles et militaires afghanes, a alerté Washington et Kaboul dès le début des bombardements. Les frappes ont malgré tout continué pendant plus d’une demie-heure. A ce jour, MSF attend toujours  les conclusions de l’enquête interne que le Pentagone a assuré mener.

Si le cas de Kunduz souligne le sentiment d’impunité qui domine désormais les guerres, la Syrie est encore plus révélatrice de l’effondrement du droit international humanitaire : le15 février dernier, quatre missiles lancés lors de deux attaques espacées de quarante minutes détruisaient un hôpital dirigé par MSF en Syrie, à Ma’arat Al Numan, dans la province d’Idlib, faisant un nombre de victimes récemment porté à au moins vingt-cinq morts. Quinze maisons et structures de ces lieux densément peuplés et d’autres hôpitaux situés 100 kilomètres plus loin, à Azaz, ont également été frappés. Un tweet de l’ONG en date du 16 février donne le nombre exact des hôpitaux atteints lundi dernier : quatre avec celui de de Ma’arat Al Numan. Il ajoute qu’en tout, au moins 17 hôpitaux ont été pris pour cibles de bombardements en 2016. D’après le décompte d’un rapport publié le 18 février, c’est la 94ème attaque essuyée par MSF en Syrie depuis le 1er janvier 2015. Sans compter les nombreuses autres structures de soins syriennes non soutenues par MSF, dont on ignore le nombre des destructions subies.

Ma’arat Al Numan et l’instrumentalisation politique de la loi de la jungle

Alors que dans l’affaire de Kunduz, les responsabilités étaient clairement établies depuis le début avec un bombardement avéré des USA, le bombardement de l’hôpital d’Idlib, conjointement à ceux des autres hôpitaux non liés à MSF de cette région du nord de la Syrie, a vu un tir de barrage d’accusations réciproques entre les parties en présence, dont les USA, la Turquie, la Russie et la Syrie. Le chœur des médias occidentaux accuse la Russie, qui a fermement nié toute implication et répliqué en publiant les propos de l’ambassadeur de Syrie en Russie Riad Haddad, pour qui “C’étaient les forces aériennes américaines qui ont détruit l’hôpital. L’aviation russe n’a rien à voir avec cela, ce qui est confirmé par des renseignements reçus.” Dans une déclaration à RIA Novosti, le sénateur russe Igor Morozov a ajouté “Les données de reconnaissance démontrent que les avions coupables de ces frappes contre des infrastructures civiles ont décollé de la base américaine d’Incirlik, en Turquie, où les avions de la coalition menée par les USA et de la Turquie sont basés.”

Par ailleurs, MSF reconnaît ne pas avoir transmis les coordonnées de l’hôpital de Ma’arat Al Numan à la Russie ou à la Syrie, par crainte pour sa sécurité. “Le personnel de l’hôpital et son directeur ne savaient pas s’ils seraient mieux protégés en fournissant leurs coordonnées GPS ou pas”, a expliqué Isabelle Defourny, directrice des opérations de MSF France, pour qui le bombardement vient “probablement des Russes”. Une erreur ? Coordonnées communiquées ou non, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a répondu en niant catégoriquement un possible bombardement russe.
Quoi qu’il en soit, la question du délabrement actuel du droit humanitaire tient-elle à  l’identité de l’attaquant de Maarat Al-Numan ou plus largement, d’une part au mépris des lois affiché par les différents belligérants et d’autre part, au cynisme des instrumentalisations politiciennes des violations du droit international ?

En attendant les conclusions de la possible enquête future sur Maarat Al-Numan qu’elle s’époumone à réclamer et dont les précédents indiquent qu’elle restera probablement bloquée au stade des intentions, la présidente internationale de MSF Joanne Liu a publié une déclaration amère selon laquelle, “Aujourd’hui, en Syrie, l’anormal est désormais la norme. L’inacceptable est accepté.(…) En Syrie, le système de santé, dans le viseur des bombes et des missiles, s’est effondré.(…) Aujourd’hui, la Syrie est une machine à tuer. Nous sommes des témoins d’un échec collectif et global.”

Ce qui nous laisse face à une seule question : à quoi sert l’ONU ?

Corinne Roussel pour www.les-crises.fr

Lire la suite

L’ère de la terreur, par Slobodan Despot

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Yougoslavie, #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #Europe supranationale, #Terrorisme, #Daesch

L’ère de la terreur, par Slobodan Despot

Par Slobodan Despot le 27 mars 2016

Droit international International

L’ère de la terreur, par Slobodan Despot

L’ère de la terreur

Le 24 mars dernier, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, siégeant à La Haye, a rendu son verdict contre Radovan Karadžić, président de la République serbe de Bosnie au temps de la guerre civile yougoslave (1992-1995). Quarante années de prison pour un homme de 71 ans.

Ce verdict était attendu. Le TPIY ne pouvait faire moins, mais il aurait pu faire plus. C’est à la fois une tragédie pour l’homme, une déception pour le camp des victimes désignées de cette guerre et de leurs soutiens, et une anomalie juridique. De fait : comment peut-on prononcer moins qu’une réclusion à vie contre un homme qu’on désigne comme un boucher, comme le commanditaire d’un génocide ?

Plus qu’une anomalie, c’est un anachronisme. Pour justifier sa lecture des événements d’il y a vingt ans et maintenir son barème de châtiments, le TPIY a dû arrêter, littéralement, la course du temps.

Cette institution fut instaurée par l’ONU sous l’impulsion des Américains et de leurs alliés en 1993, à une époque où le gendarme U. S. avait le monopole de la force, et donc du droit, sur la planète entière. Elle fut notamment financée par les monarchies sunnites, celles-là mêmes qui aujourd’hui soutiennent l’Etat islamique. Aucun magistrat russe, par exemple, n’a été convié à siéger dans cette kangaroo court créée par la puissance coloniale pour mater ses sujets rebelles. Depuis lors, le TPI a préservé, comme sous une cloche de verre, la représentation manichéenne de la guerre civile yougoslave qu’avaient fabriquée, à coups de millions de dollars, les agences de communication occidentales. Inutile de revenir sur l’ensemble de ses partis pris, le rappel d’un seul suffira. Dans le cas des dirigeants serbes, et d’eux seuls, le TPI applique la responsabilité de commandement stricte. A savoir qu’un chef répond des exactions de chacun de ses subordonnés, qu’il les ait ordonnées ou non, qu’il en ait eu connaissance ou non. Comme si le président américain Johnson avait été jugé pour le massacre de My Lai au Vietnam en 1968. Ce parti pris a permis de décapiter les directions militaires et politiques de toutes les entités serbes issues de l’éclatement de la Yougoslavie : Serbie, République de Krajina serbe et Republika Srpska (ex-Bosnie-Herzégovine). Et par la même, de compromettre moralement et politiquement ces Etats. Qui oserait s’opposer à la destruction d’un Etat dont les chefs ont été condamnés pour génocide ?

Dans le même temps, le TPIY a relaxé Naser Orić, le chef des coupeurs de têtes islamistes de la région de Srebrenica ; les généraux croates Markač et Gotovina, responsables de l’opération Tempête en Krajina, la plus vaste entreprise de nettoyage ethnique de toute la guerre (4-8 août 1995) ; ou encore l’ancien terroriste et futur premier ministre du Kosovo « indépendant », Ramush Haradinaj, « blanchi » par la disparition en série des témoins à charge ! Etre condamné par une cour qui a laissé filer de tels profils constitue une distinction, certains diraient un certificat de bonne conduite. Avant de s’indigner de la « mollesse » du jugement Radovan Karadžić, l’ancienne procureure Carla del Ponte avait violemment mis en cause ces étonnantes clémences du TPI.

Tout ceci ne signifie pas pour autant que Radovan Karadžić soit innocent. Quiconque a exercé des responsabilités de haut niveau au cours de l’éclatement sanglant de la Yougoslavie porte sa part de responsabilité dans l’embrasement — et ceci vaut aussi pour les dirigeants étrangers impliqués. Le problème est que le TPIY n’est pas en mesure d’établir son rôle exact. Cette cour est tellement partiale dès sa création même, et tellement orientée dans ses agissements, qu’elle ne peut que tresser des auréoles à ceux qu’elle condamne. Par sa tenue de bravade face au TPI, par ses contre-interrogatoires dévastateurs, feu le président Slobodan Milоšević а fait oublier les torts immenses qu’il avait causés à son propre peuple. Vojislav Šešеlj, le chef du Parti radical serbe, qui s’était rendu de son propre gré, a crevé le plafond de la plus longue détention préventive de l’histoire : 11 ans. Le TPI l’a piteusement renvoyé chez lui après avoir été tourné en bourrique par l’accusé : les vidéos des confrontations de Šešelj avec ses juges méritent de figurer dans les anthologies de l’humour burlesque. A cause de tous ces antécédents, le procès du psychiatre et écrivain Radovan Karadžić a été extrêmement sous-médiatisé, pour ne pas dire occulté, durant tout son déroulement. Les télévisions ne se sont réveillées que le jour du verdict, en ressortant les mêmes accusations et les mêmes images que celles qui tournaient en juillet 1995, le jour où Radovan Karadžić fut inculpé. Ainsi, le bref montage diffusé par Al Jazeera pour résumer les méfaits de l’accusé réutilise, sur 1 minute 30, plusieurs montages médiatiques ou false flags débusqués de longue date par les enquêteurs sérieux.

Qu’on ait osé ressortir de la naphtaline cette propagande montre le désarroi des institutions occidentales et de leurs relais de communication. Ceux qui ont connu et vécu cette période ont eu l’impression de voir une cour de justice est-allemande, ou bulgare, surgir soudain des cendres du Pacte de Varsovie pour prononcer en 2016 des verdicts contre des traîtres à la cause soviétique. On fait comme si rien n’avait changé, comme si l’internet n’avait pas mis à la disposition du public des milliers de pages et d’heures de vidéo mettant à mal toutes ces thèses, comme si Jacques Merlino, Jürgen Elsässer, Vladimir Volkoff ou Diana Johnstone n’avaient jamais déconstruit les mécanismes de ce « cas d’école » de manipulation — sans compter l’effarant archipel de l’horreur mis à nu par l’enquête du sénateur suisse Dick Marty sur le trafic d’organes dans l’Etat mafieux du Kosovo. Les seules vérités que le TPIY de La Haye soit en mesure de fournir à la conscience universelle concernent son propre fonctionnement et ses finalités en tant que haute institution morale de l’empire occidental, et non la réalité des faits survenus en ex-Yougoslavie.

Une cour d’iniquité

La peine infligée à Radovan Karadžić, de fait, est proportionnée non à ce qu’il a fait à autrui, mais à ce que l’OTAN a fait au peuple dont il était le leader. L’étendue des crimes commis par l’Occident contre la paix en ex-Yougoslavie ne permet aucune mansuétude à l’égard de ceux qui en furent les principales cibles.

J’ai rencontré R. K. à plusieurs reprises, et il m’avait frappé davantage par son indécision et ses scrupules d’intellectuel que par une détermination inhumaine à faire triompher sa cause par tous les moyens. J’ai également fait partie, en novembre 1992, de la mission emmenée par Elie Wiesel dans les fameux camps de prisonniers en Bosnie — mission qui n’a pas confirmé les soupçons d’extermination et qui pour cette raison a été rayée de l’histoire. Elle fut néanmoins le « chemin de Damas » de Jacques Merlino, alors chef des informations à France 2, qui rédigea un ouvrage remarquable et intrépide sur le lavage de cerveaux dont il avait été le témoin. Quelques années plus tard, j’étais convoqué comme « témoin-expert » dans le procès d’un Serbe de Bosnie (« Goran G. ») accusé de crimes contre des musulmans contre toute vraisemblance — il avait quitté la Bosnie avant la guerre — et malgré l’alibi en béton que lui avait fourni la police d’un pays européen. En dépit de l’évidente erreur sur la personne, cet homme avait été détenu au secret en Suisse pendant deux ans sans aucun contact extérieur, sans aucune assistance de son ambassade, et donc au mépris de ses droits humains les plus élémentaires. Il fut jugé sur délégation du TPIY par une cour militaire suisse. Le fait qu’il fût Serbe suffisait à le mettre au ban de l’humanité. Goran G. finit par être libéré avec une modeste compensation pour le tort subi. La rumeur du « tourisme génocidaire » des Serbes expatriés n’en fut pas éteinte pour autant.

La chasse aux sorcières des années 1990 a profondément infléchi ma vision du monde et m’a poussé à remettre en question mes idées reçues sur la démocratie et le « monde libre ». J’ai assisté en temps réel à la destruction de mon pays natal par des forces intérieures et extérieures, au détournement sournois des institutions politiques et militaires de l’Occident et à la mise en place d’un système de terreur dont les populations occidentales, anesthésiées de publicité et de propagande, commencent aujourd’hui seulement à ressentir les effets. La fonction réelle du TPIY aura été de légitimer la destruction de la Yougoslavie par l’OTAN et de blanchir rétroactivement des ingérences qui sont des crimes objectifs contre la paix et le droit. Ainsi, l’on a réussi à faire oublier que la guerre en Bosnie a été déclenchée après que le leader musulman Izetbegović, sur la suggestion des Etats-Unis, eut retiré sa signature de l’accord de paix de Lisbonne patronné par la communauté européenne au printemps 1992. Cet épisode est revendiqué haut et fort par l’ambassadeur Warren Zimmermann dans ses mémoires. La focalisation sur les crimes du leadership serbe a jeté dans l’ombre les agissements des autres parties, en premier lieu du régime fondamentaliste de Sarajevo mis en place avec le soutien massif des Américains et des Séoudiens. De fait, c’est en Bosnie et non dans les sables irakiens que, dès les années 1990, fut créé le prototype de l’Etat islamique. La Bosnie d’Izetbegović (le grand ami de BHL), servit au cours des années 1990-2000 de base arrière et de plaque tournante pour le terrorisme islamique en Europe, comme l’a démontré Jürgen Elsässer. On y a même vu passer un Ben Laden, qui repartit avec un passeport bosniaque.

Dans la stratégie d’installation et de protection de cette tête de pont islamiste, le travail du TPI a joué un rôle non négligeable. Il s’est arrogé le monopole de la vérité historique sur ces événements, décourageant tout examen indépendant des faits. D’une manière générale, le TPIY a sanctuarisé la cause et les agissements des mouvements islamistes dans les Balkans.

Dans le même temps, le tribunal a rejeté les plaintes fondées de la partie serbe, notamment la liste circonstanciée des 3200 victimes civiles serbes des bandes islamistes de Naser Orić, compilée par un médecin légiste. Cette cour, qui a une compétence territoriale et non ethnique ou nationale, a également refusé d’entrer en matière sur les crimes de guerre systématiques et revendiqués de l’OTAN contre les populations civiles lors du bombardement de la Serbie au printemps 1999.

Le prototype du chaos global

Par une ironie du calendrier qui n’est sans doute pas fortuite, l’annonce du verdict Karadžić intervient le jour anniversaire de l’agression de l’OTAN contre la Serbie (le 24 mars 1999), suite aux pourparlers-prétextes orchestrés à Rambouillet. 78 jours durant, l’alliance atlantique, dans un rapport de forces militaires évalué à 800 contre 1, s’est employée à détruire les infrastructures civiles de la Serbie à cause de la « crise humanitaire » au Kosovo — c’est-à-dire de la volonté de Belgrade de maîtriser la rébellion violente de l’UÇK soutenue par les Occidentaux. Les causes invoquées n’avaient évidemment aucun lien avec les causes réelles : prendre le contrôle des importantes ressources minières de la province et installer une base militaire américaine au cœur des Balkans. Le procédé employé pour fractionner la Serbie ressemble en tous points à la rébellion fomentée en Syrie quelque 12 ans plus tard.

Au travers de cette agression, l’alliance atlantique a détaché par la force une province d’un pays souverain avant de favoriser et de reconnaître son indépendance au mépris du droit international ainsi que de la résolution des Nations-Unies encore en vigueur (n° 1244) affirmant la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo. Le pseudo-Etat ainsi créé a été « offert » à l’organisation criminelle qui avait servi de force au sol pour l’OTAN. Son patron Hashim Thaçi, dit « le Serpent », vient d’en être élu président. Des protagonistes de premier plan de la campagne militaire de l’OTAN, tels le général Wesley Clark ou la secrétaire d’Etat Madeleine Albright, sont revenus dans la région à la tête d’entreprises prédatrices visant la prise de contrôle économique du pays. Les innombrables preuves de crimes, de nettoyage ethnique, voire de trafic d’organes prélevés sur des êtres vivants (voir le rapport Marty pour l’OSCE) n’ont aucun impact réel sur l’alliance entre l’Occident et sa plate-forme mafieuse installée au sud de la Serbie.

Depuis le début de cette crise, les opinions occidentales ont été maintenues dans une ignorance totale de la nature réelle des interventions — diplomatiques ou militaires — de leurs propres gouvernements dans le Sud-est européen. Elles n’ont pas conscience que la destruction de la Yougoslavie avec son cortège de montages et de prétextes a servi de prototype aux désastreuses guerres de l’OTAN qui ont embrasé l’Orient de Libye en Afghanistan. Elles ne peuvent même pas imaginer que leurs propres services secrets — au moins dès le sabotage des pourparlers de Lisbonne en avril 1992, mais en réalité depuis bien avant — ont travaillé main dans la main avec les milieux islamistes les plus violents, d’une part afin de déstabiliser et de détruire les régimes laïcs qui leur faisaient obstacle, d’autre part pour justifier l’instauration de lois sécuritaires à domicile et la restriction graduelle des droits et libertés démocratiques. Les quelques mots lâchés à la télévision par Alain Bauer ces derniers jours ne lèvent qu’un coin du voile sur cette vaste manipulation.

Des années après les événements dont R. K. fut l’un des protagonistes, les sociétés ouest-européennes découvrent enfin leurs retombées concrètes. Un flot de migrants auquel l’Occident ne peut opposer aucun argument moral. Un terrorisme proliférant, imbriqué dans la sociologie même de leurs banlieues, et contre lequel les polices et les services se montrent curieusement désarmés. Et, d’un autre côté, la montée d’une opposition inattendue, par sa force et son étendue, à la stratégie du choc euroatlantique, opposition qui transcende les partages nationaux, politiques et confessionnels. Quoi qu’il ait pu faire par ailleurs, Radovan Karadžić contemple aujourd’hui même, du fond de sa cellule, les retombées de la bataille qu’il a livrée et qu’il a perdue.

Par Slobodan Despot  © 2016 Association L’Antipresse  | 27 Mars 2016

1. Troisième événement symbolique de ce 24 mars: l’arrestation de l’ancienne porte-parole Florence Hartmann devant l’entrée du TPI, par les gardes du Tribunal et la police néerlandaise. Les médias ont accordé une attention minime à cet acte violent et arbitraire.

Source: Antipresse

***

Carla del Ponte horrifiée par les verdicts du TPI (débat avec Slobodan Despot sur la RSR)

 

 

Débat Carla del Ponte-Slobodan Despot:

«Le TPIY, un tribunal qui ne sait condamner que les Serbes?»

Présentatrice : C’est un verdict qui est considéré comme une gifle par la Serbie, le Tribunal Pénal International pour l’ex- Yougoslavie acquitte une nouvelle fois l’ancien Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj. L’homme était accusé de crimes de guerre contre les Serbes lors de la guerre d’indépendance du Kosovo en 1998-99, mais le juge a estimé que les témoins de l’accusation n’étaient pas assez fiables. Si la décision réjouit Priština, elle met Belgrade en colère, d’autant que cette libération survient 10 jours seulement après l’acquittement par ce même tribunal de deux généraux croates accusés eux aussi de crimes de guerres. Résultat : ce soir, les Serbes ont le sentiment d’avoir été les seuls condamnés. 

Philippe Revaz : Les deux invités avec nous pour apprécier ce jugement : Carla Del Ponte, tout d’abord, bonsoir !

Carla del Ponte : Bonsoir.

PhR : Vous êtes l’ancienne procureure du Tribunal Pénal International pour l’ex- Yougoslavie, Carla Del Ponte. Et puis avec nous également Slobodan Despot, en direct de Sion, bonsoir !

Slobodan Despot : Bonsoir !

PhR : Vous êtes éditeur, chez Xenia, d’origine Serbe, vous vous exprimez souvent  sur la question,

Slobodan Despot: Carla Del Ponte, quel est votre qualificatif ce soir avec cet acquittement, du poste que vous occupiez. J’imagine que c’est plutôt une déception.

CdP : Mais disons que ce n’était pas une surprise, celle d’aujourd’hui parce que déjà pendant l’enquête on avait eu beaucoup de difficultés à conduire cette enquête. On n’avait aucune coopération, même pas de coopération de la communauté internationale. Donc on y était quand même parvenu. L’acte d’accusation avait été confirmé par un juge, mais on a déjà vu pendant le premier procès, ça a été impossible de porter les preuves, particulièrement les témoins, devant la Cour. Donc pratiquement ça a été une répétition, ce deuxième procès. Donc ici le défaut c’est l’impossibilité de porter les preuves qu’on avait recueilli pendant l’enquête devant le juge. Donc c’était l’acquittement obligatoire.

PhR : Carla Del Ponte vous êtes directement mis en cause par l’avocat de Ramush Haradinaj qui vous demande des excuses publiques. Que lui répondez-vous ?

CdP : Bah… vous savez… Je pense que c’est lui qui doit s’excuser, parce qu’il doit être seulement heureux qu’il a pu obtenir [le fait] que son client a été acquitté. Parce que nous on avait les preuves mais on n’a pas pu les porter devant la Cour. Donc aucune excuse. Il ne manquerait plus que ça !

PhR : Slobodan Despot, quand les témoins se rétractent, quelles qu’en soient les circonstances, si on n’a plus les témoins plus un dossier suffisant, il faut acquitter. C’est la justice, non ?

CdP : Ah mais… évidemment !

PhR : Slobodan Despot peut être, d’abord.

SD : Excusez-moi Madame. Evidemment qu’on est obligés d’acquitter si les témoins disparaissent or il semble qu’il y ait eu plusieurs témoins assassinés. Notamment un témoin clef, qui s’appelait Tahir Zemaj, qui a été bestialement assassiné, donc les autres ont été intimidés et la Cour n’a semble-il pas fourni les moyens de les protéger. Donc on a acquitté les accusés, faute de témoins parce qu’ils étaient morts.

PhR : Carla del Ponte,  dans ces conditions que les témoins disparaissent un peu mystérieusement est ce que ça ne doit pas être pris en compte quand même par le jugement ?

CdP : Mais ils avaient été pris en compte par la Cour d’Appel, en disant il faut répéter le procès. Mais naturellement si on n’a plus les témoins parce qu’ils ont disparu, ou ont été tués, naturellement les miracles on ne peut pas les faire. Et je dois dire, je veux dire, que le seul problème avec les témoins, c’est-à-dire, les témoins qui étaient intimidés où qui étaient même tués, et ce n’est pas seulement dans ce procès  mais dans d’autres aussi, c’était seulement sur le Kosovo. On n’a jamais eu de ces problèmes ni sur la Serbie, ni sur la Croatie, ni sur la Bosnie-Herzégovine. C’était seulement au Kosovo qu’il y avait cette terrible peur pour les témoins.

PhR: Carla Del Ponte vous reconnaîtrez, c’est assez troublant, on l’impression que c’est les Serbes qui se font condamner et jamais les autres.

CdP: Oui, je dois dire que l’Office du procureur a fait son travail. Il a mis en état d’accusation beaucoup de Serbes, parce que beaucoup de Serbes étaient coupables de crimes. Mais il y avait aussi d’autres ethnies et ils ont été aussi mis en état d’accusation et portés devant le Juge. Et puis après, c’est quelqu’un d’autre qui porte la responsabilité. Mais c’est vrai que maintenant les Serbes peuvent penser que c’était seulement contre eux, mais ce n’était pas vrai.

PhR: Slobodan Despot, c’était contre vous, c’est ça que vous pensez ?

SD: Je crois que Madame Del Ponte a raison de faire la distinction entre le travail de l’Office du procureur et les verdicts. Moi ce que j’observe, c’est que cet acquittement n’aurait pas été aussi scandaleux si il n’avait pas suivi un acquittement précédant et qui, dans sa portée, est beaucoup plus important, parce qu’il s’agit de l’acquittement des officiers qui sont directement responsables de l’épuration ethnique des Serbes de Krajina. En une semaine ou un peu moins, l’été 1995, 220 000 personnes environ ont été expulsées de leurs foyers en 4 jours. Et il s’avère que personne n’est responsable. Personne !

CdP: Voilà,

SD: Qu’est-ce qui ce passe ?

PhR: C’est tout le système qui est un peu en cause là, Carla Del Ponte. Certes le Procureur fait son travail mais toute l’architecture juridique, on a l’impression qu’elle vacille.

CdP : Non mais jusqu’au verdict de Gotovina tout allait très bien, ou plus ou moins bien. Mais c’est effectivement le jugement Gotovina qui a porté des troubles et que c’est inexplicable. Ils ont été condamnés en première instance, alors on se demande qu’est-ce qui s’est passé ? Il s’est passé qu’ils ont fait une autre interprétation des fait et du droit, pour dire « on l’acquitte ».  Mais la ce n’était pas, d’après moi, une décision qu’il fallait prendre. D’ailleurs il y a deux juges dissidents.

PhR: Slobodan Despot.

SD:  Justement, moi j’aimerais m’attarder sur ceci. Parce qu’il y a là une composante, peut être que Mme l’ancienne Procureure ne serait pas d’accord, mais il y a une composante politique. Les trois Juges qui ont acquitté sur cinq sont : un Juge américain, un Juge jamaïcain donc britannique, et un Juge turc. Les deux Juges qui se sont opposés au jugement sont un Juge italien et un Juge maltais. Je me permets de citer là ce qu’a dit le Juge italien sur ce verdict. C’est absolument rare, à mon avis, c’est très rare même dans les annales de la justice, que quelqu’un dise ceci : «  Je suis en désaccord fondamental avec l’entièreté du jugement de l’appel qui va à rebours de tout sens de la justice ». Il faut bien se mettre ça dans la tête, ça figure dans le verdict. Ce qui veut dire qu’il y a vraiment une décision qui n’est absolument pas d’ordre juridique dans l’acquittement de ces hommes. Parce qu’imaginez qu’on condamne les hauts responsables militaires et politiques d’un Etat qui demain, l’année prochaine, sera membre de l’Union Européenne! Elle-même d’ailleurs porteuse du prix Nobel de la paix. Imaginez les conséquences politiques que ça pourrait avoir. Donc là il y a eu un raisonnement politique; ça me semble tout à fait évident.

PhR: Carla Del Ponte est-ce que ce soir ce n’est pas toute la légitimité de la justice Internationale qui est remise en question ?

CdP: Je ne vais pas arriver jusque là parce que moi, j’y crois, à la justice internationale. Mais c’est vrai que le jugement Gotovina a quand même porté un coup dur, oui.

PhR: Mais rétrospectivement, Carla del Ponte, vous n’avez pas quelques regrets, quelques doutes, quelques hésitations, du fait d’avoir participé à cette justice qui manifestement a quelques ratés, si je vous entends bien ?

CdP: Ah non ! Pas du tout, alors pas du tout. Parce que quand moi j’étais là, n’est-ce pas, on a travaillé en toute indépendance. On ne s’est pas soumis aux pressions. On a fait notre travail et on peut le voir. Mais comme je disais avant, après, naturellement, le verdict c’est une autre responsabilité.

PhR: Slobodan Despot, vous qui êtes beaucoup intervenu sur ce dossier au fil des années, souvent en désaccord avec Carla Del Ponte d’ailleurs, ce soir on a l’impression que vous êtes assez d’accord sur le constat vis-à-vis de cette justice. Vous, ça vous étonne de vous retrouver dans ce camp la ?

SD: Non ça ne m’étonne pas, les faits sont les faits on ne peut pas les contourner.

CdP: Voilà.

SD: C’est qu’il y a des États, comme les États-Unis par exemple, qui ont toujours rejeté l’idée une justice internationale. Ce verdict présidé par un juge, je vous le rappelle, américain, va complètement bloquer tout développement de cette Justice internationale. On va dire « Mais bien sûr ! Voilà, c’est une Kangaroo Court, c’est un procès politique selon les circonstances et tous les autres procès seront comme ça. » Peut être qu’ils ne seraient pas comme ça s’il n’y avait pas cette pression qui a été exercée ici. Et puis, j’aimerais aussi dire qu’au-delà du problème judiciaire, la Croatie, suite à ce verdict, a fait de cet événement, donc de l’expulsion des Serbes de Krajina, une sorte de fête nationale historique. Imaginez ce que deviendra une nation dont la plus grande fête historique va être l’expulsion de 220 000 de ses propres citoyens de leurs foyers. Imaginez que la Serbie fête l’expulsion des Albanais du Kosovo! Mais imaginez ça ! Et ça, ça va faire partie de l’Union Européenne, demain ! Et on va les accueillir avec les honneurs. C’est ça qui est terrible !

PhR: Mais Carla Del Ponte, en même temps il y a le procès Ségalat, on va en parler, toute proportion gardée, à Lausanne. La défense de l’accusé a dit: c’est tout à l’honneur de la justice et de la démocratie d’oser acquitter parfois, même de dire : on s’est trompé, on acquitte. Dans ce domaine-là, est-ce que vous n’avez pas ce doute qui survient quand même ?

CdP: Non. Non, non pas du tout. Mais je suis tout à fait d’accord que parfois il y a des acquittements. Comme dans le cas Haradinaj on n’a pas pu porter les preuves devant la Cour. Donc, c’est forcement l’acquittement. Mais Gotovina ce n’était pas ça.

SD: Est-ce que je pourrais poser une question à Madame Del Ponte ?

PhR: Allez-y Slobodan Despot, ce n’est pas tous les jours.

SD: Est-ce que vous pensez, Madame, maintenant que vous n’êtes plus en fonction, qu’après l’affaire de la «Maison jaune» que vous-même avez d’ailleurs révélée dans votre livre, donc du trafic d’organes, après l’acquittement de Haradinaj qui était accusé d’avoir torturé et tué des gens dans un camp, qui est un ancien premier ministre du Kosovo — et qui même a annoncé qu’il allait le redevenir d’ailleurs —, est-ce que vous pensez qu’on peut encore obliger les Serbes du Nord du Kosovo à vivre sous ce pouvoir là ?

[un instant de silence]

CdP: Mais écoutez, le Kosovo, c’est un grand problème. Et moi j’étais toujours surprise, mais naturellement c’est une évaluation politique, du fait qu’on avait reconnu l’Etat du Kosovo. Ça en tout cas. Naturellement maintenant, ça devient encore plus difficile, n’est-ce pas ? Parce qu’effectivement ce Monsieur Haradinaj qui était considéré comme un héros, déjà quand on l’avait mis sous enquête, on a eu pas mal de critiques. Le fameux Peterson qui était là-bas comme gouverneur, le traitait comme un grand ami. Donc nous on avait déjà eu beaucoup de difficultés à faire une enquête. Donc je peux bien m’imaginer que les Serbes du Kosovo vont avoir quelques problèmes.

PhR:  Slobodan Despot, satisfait de la réponse, là ?

SD: Écoutez, non, je ne suis pas satisfait, je pense que Madame Del Ponte n’est pas satisfaite non plus. C’est une tragédie. Personne ne peut être satisfait de ce qui se passe là-bas.

CdP: Absolument, absolument, c’est une situation extrêmement difficile.

PhR: En tous les cas je vous remercie tous les deux, Slobodan Despot, Carla Del Ponte de nous avoir accordé ces quelques minutes.

[…]

(Merci à Karl Volfoni Aleksa pour son minutieux travail de transcription!)

PS: Transcript-traduction serbe sur le site du magazine Akter.

Source:  http://despotica.blogspot.ch/2012/12/carla-del-ponte-horrifiee-par-les.html

Lire la suite

Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan

31 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La Turquie, #Europe supranationale, #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Grèce, #Terrorisme, #Daesch

Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan

Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan

BREIZATAO – ETREBROADEL (30/03/2016) La tension monte de plus en plus fortement entre les USA et la Russie d’une part et la Turquie sous direction islamiste de l’autre. De nombreux signaux indiquent que Washington et Moscou, après s’être entendus sur la Syrie, veulent se débarrasser du président turc, Recep Tayyip Erdogan, dont les projets expansionnistes sont désormais considérés comme un obstacle.

L’émancipation kurde se précise

Parmi ces signaux, le soutien russo-américain aux Kurdes de Syrie. Un appui violemment dénoncé par le président turc qui considère qu’il s’agit d’un appui indirect aux kurdes du PKK de Turquie, celui-ci étant lié aux “Unités de Protection du Peuple”, une organisation sœur agissant au Kurdistan syrien.

Les Kurdes de Syrie, situés au nord tout le long de la frontière turque, sont armés et conseillés par les Russes et les Américains (source). Ces derniers les considèrent, depuis la défaite de l’État Islamique à Kobané, comme des alliés incontournables face aux djihadistes.

A contrario, le gouvernement islamiste turc soutient, au moins logistiquement, l’État Islamique dans sa lutte contre les Kurdes et contre Bashar al Assad.

En Irak, le Kurdistan autonome est considéré comme une force indispensable pour vaincre l’État Islamique. Lui aussi reçoit l’aide des Américains, des Européens et des Russes (source).

Sur le plan diplomatique, les Russes ont reconnu officiellement les Kurdes de Syrie comme un entité indépendante de Damas (voir ici).

Plus encore, depuis quelques temps, le Kurdistan syrien a entrepris d’établir son autonomie formelle, sur le modèle du Kurdistan irakien (source).

En parallèle, le président Masoud Barzani du Kurdistan irakien a annoncé un référendum d’autodétermination avant octobre (source).

Dans les deux cas, il est difficile de croire à un hasard de calendrier. Impossible pour les Kurdes de Syrie et d’Irak de prendre de telles initiatives sans avoir reçu des encouragements de la part de la Russie et d’Israël et, d’une façon ou d’une autre, un consentement au moins passif des États-Unis.

L’échec de la stratégie turque

Recep Tayyip Erdogan et son parti, l’AKP, forment la seule organisation des Frères Musulmans actuellement à la tête d’un état musulman. En 2011 lors des “Printemps arabes”, la Secrétaire d’État Hillary Clinton – liée à cette confrérie islamiste – avait soutenu les efforts d’Erdogan en Syrie, en Égypte, en Tunisie et en Libye afin d’y installer des partis liés à cette organisation.

Cinq ans plus tard, le président américain, Barack Obama, est parvenu à un accord avec l’Iran et la Russie sur une aire de répartition des influences respectives. Les USA ont abandonné l’idée de prendre le contrôle de la Syrie tandis que la Libye a implosé. L’armée égyptienne a repris le pouvoir et entamé la destruction des Frères Musulmans comme force politique.

Pire encore pour Ankara, l’intervention de la Russie en Syrie a stabilisé le pays, infligeant une défaite majeure à la Turquie pour qui le renversement de Bachar al Assad était un but stratégique. La destruction du SU-24 russe par des miliciens turcs, en novembre dernier, a déclenché une réorientation des priorités de Moscou qui entend désormais utiliser Arméniens et Kurdes contre la Turquie.

En somme, les projets de restauration de l’Empire Ottoman nourris par Erdogan se sont transformés en guerre défensive sur le sol turc. Avec la question kurde, la Turquie joue ni plus ni moins que sa survie en tant que puissance régionale.

Les intérêts américains et turcs divergent désormais totalement : d’un côté la Turquie islamiste lutte pour préserver son intégrité territoriale, de l’autre les USA perçoivent cette dernière comme un obstacle majeure à la conclusion d’un accord de paix avec la Russie et l’Iran.

Rumeurs de coup d’état

Le gouvernement américain semble envisager une solution radicale au problème posé par Erdogan, ce dernier ne semblant visiblement pas disposé à “rentrer dans le rang”.

La presse états-unienne diffuse depuis quelques jours des articles “opportuns” sur la possibilité d’un coup d’état contre le président islamiste.

Ainsi, dans le magazine Newsweek paraît un texte de Michael Rubin (voir ici) pour l’American Enterprise Institute, un puissant groupe de réflexion proche du Parti Républicain (voir ici).

Rubin écrit :

Erdogan cherchait depuis longtemps à casser les reins de l’armée turque. Pendant la première décennie de son règne, les USA et l’Union Européenne le soutenait. Mais c’était avant que jusqu’aux soutiens étrangers les plus déterminés d’Erdogan ne reconnaissent la profondeur de sa descente dans la folie et l’autocratie. Donc si l’armée turque bouge pour sortir Erdogan et mettre son entourage derrière les barreaux, pourrait-elle s’en sortir sans dommage ?

Dans le domaine de l’analyse bien plus que dans celui de l’opinion, la réponse est oui. A ce stade de la campagne électorale [américaine, NDLR], il est douteux que l’administration Obama ferait plus que dénigrer n’importe quels meneurs de coup d’état, surtout s’ils entreprennent une restauration sans ambiguité de la démocratie.

Et propose un processus à l’armée turque pour détruire l’AKP islamiste susceptible de recevoir l’appui des opinions publiques européenne et américaine :

Les chefs du coup d’état pourraient faire taire les critiques des avocats européens et américains des droits de l’homme en libérant immédiatement tous les journalistes et universitaires, puis en redonnant les journaux et télévisions saisies à leurs légitimes propriétaires. L’appartenance de la Turquie à l’Otan n’est pas de nature à empêcher une telle action : pas plus la Turquie que la Grèce n’ont perdu leur adhésion lors des coups précédents. Si une nouvelle direction s’engageait sincèrement en faveur des Kurdes de Turquie, les Kurdes pourraient rejoindre ce processus.

L’opinion publique européenne ni l’opinion publique américaine n’auraient de sympathie pour l’exécution d’Erdogan, son fils et son neveu, ou ses conseillers clefs comme Egemen Bağış et Cüneyd Zapsu, mais accepteraient un procès pour corruption et une longue détention… Une fois sorti de son palais, il pourrait se retrouver très seul… comme Saddam Hussein à son propre procès.

Cet article – qui constitue une menace en bonne et due forme – a été suivi de l’annonce du retrait intégral des familles de militaires américains du territoire Turc. De la même façon, Israël a demandé à ses ressortissants de quitter immédiatement le pays (source).

Les explications officielles sont liées aux “menaces” d’attaques terroristes menées par l’Etat Islamique. D’autres y voient, au minimum, un accroissement des tensions avec le gouvernement turc. Quoiqu’il en soit, la presse officielle russe était très enthousiaste à la lecture de l’article qu’elle a immédiatement relayé (voir ici).

Confrontation entre Obama et le gouvernement turc

Furieux de l’évolution de la diplomatie américaine, le gouvernement turc lance désormais des campagnes incendiaires contre le président américain.

Dernier rebondissement, l’arrestation par le gouvernement US d’un homme d’affaires turco-iranien lié au financement occulte de l’AKP, le parti islamiste turc au pouvoir.

Zamman France (source) :

Le site du ministère de la Justice américain a indiqué que le Turco-iranien Reza Zarrab et les Iraniens Camelia Jamshidy et Hossein Najafzadeh avaient été mis en examen pour violation de l’embargo américain sur l’Iran sur la période allant de 2010 à 2015. Le premier, arrêté samedi 19 mars à son arrivée à Miami, a été présenté au tribunal fédéral de la ville et écroué. Les deux autres sont pour l’heure en liberté.

Reza Zarrab est particulièrement connu des Turcs. L’homme d’affaires de 33 ans avait en effet été arrêté et détenu durant deux mois après le lancement, en décembre 2013, des opérations de corruption touchant quatre ministres du gouvernement de Tayyip Erdogan, aujourd’hui président de la République. Celui-ci s’était tiré d’embarras en clamant qu’une «structure parallèle », dirigée par l’imam Fethullah Gülen, voulait le renverser.

La presse gouvernementale accuse la Maison Blanche de comploter contre le président turc avec l’aide de Fethullah Gülen, un islamiste turc dissident réfugié aux USA.

Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan

Tout aussi opportunes, les révélations de la presse britannique ces derniers jours (voir ici). Elle rapporte les propos du roi Abdallah de Jordanie à des parlementaires américains selon lesquels Erdogan soutient l’islamisme radical au Proche-Orient et expédie des terroristes en Europe. Ces révélations ont été publiées immédiatement après les attentats de Bruxelles.

Le président turc, en visite à partir de mercredi 30 mars aux USA, a d’ores et déjà été prévenu de la fraîcheur de l’accueil qui lui sera réservé. Le président américain a refusé de le rencontrer alors que l’inauguration conjointe de la plus grande mosquée des USA était prévue (source).

Lire la suite

Syrie : un officier russe mort lors de la libération de Palmyre

31 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme, #La Turquie

Syrie : un officier russe mort lors de la libération de Palmyre

« Il est mort en héros »


Un officier russe a été tué lors des combats pour la reprise de Palmyre, a annoncé à la presse le représentant des forces armées de la Fédération pour la base, en Syrie, le 24 mars.

Armée de l’air russe. Crédits : ministère de la défense russe

Armée de l’air russe. Crédits : ministère de la défense russe

« Cet officier des forces spéciales était en mission de renseignement pour une semaine. Il repérait les sites importants de l’État islamique et en précisait les coordonnées en vue de frappes aériennes futures », a expliqué le représentant de l’armée russe pour la base aérienne de Khmeimim, cité par l’agence de presse RIA Novosti. Selon ce dernier, dont l’agence ne précise pas le nom, l’officier a été repéré et encerclé par des djihadistes de Daesh et, se sentant condamné, a aiguillé un bombardement sur sa propre position. « Il est mort en héros », souligne le représentant militaire.

L’interlocuteur n’a toutefois précisé ni le nom de l’officier, ni le moment exact de sa mort.

Selon le site d’informations Orenday.ru, il s’agirait d’Alexandre Prokhorenko, 25 ans, officier des forces spéciales russes originaire de la région d’Orenbourg, au sud de l’Oural.

Пальмир офицер
Alexandre Prokhorenko. Crédits : réseaux sociaux

Il s’agit du sixième soldat russe officiellement tombé en Syrie depuis le début de la campagne, lancée le 30 septembre 2015. Le premier était Vadim Kostenko, un technicien de 19 ans, retrouvé mort sur la base aérienne de Khmeimim, le 27 octobre. Fedor Jouravlev, capitaine des forces spéciales, a été tué dans un tir de roquette le 19 novembre. Le pilote Oleg Pechkov et le fantassin de marine Aleksander Pozynitch ont perdu la vie suite à l’attaque de leur bombardier Su-24 par un F-16 turc au-dessus de la frontière turco-syrienne, le 24 novembre. Enfin, le conseiller militaire Ivan Tcherimissine a perdu la vie le 3 février, dans une attaque du groupe terroriste État islamique.

Le ministère russe de la défense précise qu’entre les 20 et 23 mars, les avions russes ont effectué 41 sorties aériennes dans la région de Palmyre, lançant 146 frappes contre des sites militaires de l’EI, tuant plus de 320 terroristes et anéantissant six points de commandement, cinq tanks et deux entrepôts d’armements.

L’armée syrienne, appuyée par l’aviation russe, a finalement repris le contrôle total de Palmyre le 27 mars. La ville, riche en ruines architecturales et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, était aux mains de l’État islamique depuis mai 2015.

Rappelons que le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné lundi 14 mars le début du retrait de « la majeure partie » des forces russes présentes en Syrie, estimant que « les objectifs fixés au ministère de la défense ont été atteints ».

Lire la suite