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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la russie tag

Le rapprochement entre Téhéran et Ankara, vu par le Hezbollah

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Turquie, #La France, #Terrorisme, #Daesch

Publié par Jean Lévy

 

 

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars

COMITE VALMY

par Scarlett HADDAD (OLJ)

 

près la visite qualifiée de très importante du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars, c’est au tour du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Jawad Zarif de se rendre à Ankara aujourd’hui. Ces développements interviennent au moment où des groupes kurdes en Syrie ont annoncé la création d’un canton indépendant dans la région de Hassaké dans le nord de la Syrie et où les tensions sont extrêmes entre dirigeants turcs et russes. Dans ce contexte complexe et tendu, comment faut-il interpréter l’intensification des contacts entre Téhéran et Ankara ? La question est importante surtout qu’il est de plus en plus question, dans les coulisses diplomatiques, de changement dans les cartes de la région.

 

Une source proche du Hezbollah révèle à ce sujet que lors de la visite du Premier ministre turc à Téhéran, un dirigeant iranien aurait eu ce commentaire en parlant d’Ahmet Davutoglu : « Ce n’est plus l’homme que nous connaissons ! » Cette source confie que les dirigeants iraniens ont été surpris par l’attitude inattendue du dirigeant turc qui se voulait conciliant à l’extrême, prêt à faire des concessions pour aboutir à des ententes pour préserver la stabilité de son pays. La même source rapporte aussi, en citant les dirigeants iraniens, que le Premier ministre turc a souhaité effectuer cette visite en Iran pour exprimer la crainte de son pays de la menace que représente l’action du PKK et ses attentats terroristes à l’intérieur de la Turquie ainsi que la proclamation éventuelle d’un État kurde indépendant en Syrie. Ahmet Davutoglu aurait ainsi évoqué l’existence de cellules dormantes du PKK à l’intérieur de son pays que l’État ne parvient pas à identifier et à démanteler. Tout en évoquant sa crainte d’une déstabilisation interne de la Turquie et en précisant que dans certaines régions du pays, notamment les provinces à majorité kurde, c’est presque déjà les prémices d’une guerre civile qui ne dit pas son nom, le Premier ministre turc aurait demandé une plus grande coopération avec l’Iran. Les dirigeants iraniens se seraient d’abord contentés de demander à leur interlocuteur turc ce qu’il propose, sachant que le dossier syrien reste un grand sujet de conflit entre les deux pays. Finalement, les deux parties ont trouvé un terrain d’entente en déclarant leur appui à l’unité territoriale et institutionnelle de la Syrie.

 

Pour les Turcs, c’est une question très sensible parce qu’elle porte sur le refus de la création d’un État kurde. Au début de la crise syrienne, Ankara avait mis le paquet pour installer une zone tampon dans le nord de la Syrie qui serait une province sous leur influence et qui leur permettrait de peser et d’intervenir dans les décisions syriennes. Les deux millions de réfugiés syriens ont été accueillis en Turquie dans le but d’être réinstallés dans cette zone tampon, qui serait limitrophe de la région kurde de Syrie et, par conséquent, permettrait aux forces syriennes alliées à la Turquie d’attaquer en permanence les Kurdes et en tout cas de les contrôler. Le projet turc s’est toutefois heurté à la résistance des Kurdes et à l’appui qui leur a été accordé par les Américains lors de la bataille de Kobané. Malgré cela, les Turcs ont maintenu leur plan et c’est dans cette perspective qu’ils ont abattu un avion russe qui survolait le nord de la Syrie à la frontière avec la Turquie. Le plan des dirigeants turcs était donc d’adresser un message clair à la Russie que cette région était leur chasse gardée. Mais ils ont provoqué une réaction contraire chez les dirigeants russes qui ont depuis décidé d’intervenir militairement en Syrie pour mettre un terme « aux appétits » turcs dans ce pays. Aujourd’hui, non seulement le projet turc de créer une zone tampon dans le nord de la Syrie n’est plus envisagé, mais c’est désormais la Turquie qui craint plus que tout un démantèlement de la Syrie qui favoriserait la naissance d’un État kurde.

 

Ahmet Davutoglu aurait donc insisté sur ce point avec ses interlocuteurs iraniens qui auraient à leur tour évoqué la nécessité de maintenir le régime actuel en Syrie et le président Bachar el-Assad en personne pour la période transitoire. À la grande surprise des Iraniens, le Premier ministre turc se serait montré compréhensif, ajoutant toutefois que son pays serait prêt à fermer les yeux sur ce fait à condition que les Iraniens ne lui demandent pas de l’annoncer publiquement.

 

Selon la source proche du Hezbollah, les Turcs auraient promis même d’être plus fermes à leur frontière avec la Syrie avec les combattants de l’opposition et de mieux contrôler l’afflux d’armes vers la Syrie, et de pétrole (dans les régions sous le contrôle de Daech) vers la Turquie, souhaitant toutefois ne pas être amenés à faire des déclarations dans ce sens car cela poserait un problème avec leur opinion publique et mettrait en cause la cohérence de leur politique et leur crédibilité. Mieux encore, les Turcs auraient même promis de tenter d’intervenir auprès des Saoudiens pour les pousser à nouer un dialogue constructif avec l’Iran, comme d’ailleurs l’avait suggéré le président américain aux dirigeants du royaume et comme il compterait le répéter au cours de sa visite à Riyad annoncée pour le mois prochain.

 

De leur côté, les dirigeants iraniens auraient promis de tenter une médiation auprès des Russes pour faire baisser la tension entre Moscou et Ankara, sachant que le principal point de l’entente entre les Américains et les Russes au sujet de la Syrie porte sur la volonté d’éviter toute partition de ce pays, même s’il faut pour cela briser le rêve kurde d’instaurer un État indépendant...

 

Scarlett HADDAD
19 mars 2016

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Du Kosovo au Donbass : Solidarité européenne !

25 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Russie, #Ukraine

Du Kosovo au Donbass : Solidarité européenne !

 

 

 

Du Kosovo au Donbass : Solidarité européenne !

Il y a 17 ans l’OTAN attaquait la Yougoslavie illégalement détruisant toute l’infrastructure civile du pays. Plus de 1 000 personnes ont été tuées dont de nombreux enfants. Vu le contexte actuel il est bien de s’en souvenir.

Nikola Mirkovic est actif depuis plus de 10 ans dans le réseau de solidarité aux populations serbes du Kosovo-Métochie. Par des actions concrètes de terrain, il participe à une chaine durable de soutien aux victimes oubliées de l’OTAN en Europe. Il s’engage aujourd’hui à la mise en place d’une initiative sérieuse pour venir au secours des populations touchées par la guerre en Ukraine.

Du Kosovo au Donbass : Solidarité européenne !

R/ Pouvez-vous revenir sur l’origine du conflit qui a entrainé la situation actuelle des populations serbes du Kosovo ?

Les Serbes du Kosovo et de la Métochie connaissent le conflit de manière quasiment ininterrompue depuis le Moyen-Age. Peu de peuples en Europe ont une histoire aussi tragique mêlée de sang, de révoltes et d’un amour farouche de la liberté. La raison pour laquelle les Serbes sont devenus minoritaires sur leur terre est qu’au XVIIè siècle les Albanais ont commencé à apostasier et à se convertir à l’islam. Les Ottomans s’en sont servi pour exterminer les Serbes. Tous les occupants du Kosovo, que ce soient les Ottomans, les fascistes, les nazis, les communistes ou maintenant l’OTAN, se sont appuyés sur les Albanais pour gouverner localement. C’est le problème fondamental qui explique la situation actuelle.

R/ Comment avez-vous personnellement vécu l’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie ?

Ma grand-mère m’avait toujours dit que le plus grand problème de la Serbie ne serait pas l’éclatement de la Yougoslavie mais la défense du Kosovo et de la Métochie. J’ai été plongé brutalement dans le conflit en 1999 car des bombes étaient lâchées illégalement sur la population civile. Pouvais-je laisser ma famille subir ça ? Pouvais-je rester les bras croisés et regarder cette injustice internationale se dérouler sous mes yeux ? J’ai beaucoup participé aux activités de sensibilisation en France sur l’illégalité des bombardements de l’OTAN , sur la véritable situation des Serbes et des minorités du Kosovo et j’ai même été bouclier humain sur les ponts de Belgrade pour tenter d’empêcher l’OTAN de poursuivre ses frappes assassines.

R/ Vous pointez du doigt le rôle des services secrets occidentaux dans l’émergence du terrorisme de l’UCK. Quels étaient les liens réels entre eux ?

L’UCK est pratiquement une création des pays de l’OTAN qui lui ont donné sa structure, sa formation et ses armes pour lutter contre les Serbes et contre Belgrade. Nous savons aujourd’hui par de nombreuses sources que les services secrets occidentaux ont piloté l’armée de Libération du Kosovo (UCK) alors même qu’officiellement ce mouvement était considéré comme terroriste par quasiment tous les services de renseignements du monde. Le politologue allemand Matthias Küntzel a démontré comment la construction de l’organisation de l’UCK fut encouragée à partir de 1996 par le Bundensnachrichtendiesnt allemand (BND) qui l’aidait financièrement et détachait du personnel en vue de l’encadrer. Tom Walker et Aidan Laverty ont écrit un excellent article dans le Sunday Times en mars 2000 expliquant comment les USA ont formé les terroristes albanais contre l’armée yougoslave dès 1998, un an avant les bombardements. Il y a même eu un excellentissime reportage du journaliste français Pascal Henry, « Services Secrets : la part d’ombre de la république », montrant les liens très étroits entre l’UCK et la DGSE française.

R/ Les dirigeants albanais poursuivent une épuration ethnique visant à chasser les serbes ( mais aussi d’autres populations non-albanaises) du Kosovo. Accusés de crimes de guerre et de trafics sordides, sont-ils les représentants d’un état-mafia au coeur de l’Europe ?

Oui, c’est une évidence qui ne peut plus être cachée et qui éclabousse toute la hiérarchie politique albanaise et ses mentors occidentaux . Le sociologue albanais du Kosovo Dukagglin Gorani a dit récemment dans la presse albanaise que «le Kosovo est un pays à la dérive, contrôlé par des élites prédatrices. » De nombreuses personnalités non-Serbes qui connaissent le Kosovo l’ont dit comme le Général Canadien Lewis Mckenzie, ancien comandant de la FORPRONU qui dit que l’occident a bombardé la mauvais camp. Le Général italien Fabio Mini, commandant de la KFOR (l’OTAN au Kosovo), déclare que le Kosovo est un pays mafieux. L’eurodéputé socialiste spécialisée dans la lutte contre le crime organisé, Giuseppe Arlacchi, dit clairement que l’UE a créé cet Etat mafieux et ne se soucie que de le cacher. Le rapport du suisse Dick Marty, adopté par le Conseil de l’Europe, n’a de mots assez durs pour qualifier le régime criminel que les US et l’UE ont mis en place à Priština. L’actuel ministre des affaires étrangères et ancien premier ministre, Hashim Thaçi, y est cité 26 fois ! Il faut bien garder à l’esprit que les sommes générées par le crime organisé au Kosovo équivaut quasiment au PIB de la région. Le Kosovo est le modèle type de l’Etat mafieux.

R/ Quel est l’intérêt réel des Etats-Unis au Kosovo et plus largement dans les Balkans ? L’extension de l’OTAN à l’Est ( dès 1989) vise-t-elle à un contrôle total de cette zone face à la Russie ?

Les Etats-Unis avaient besoin de la guerre au Kosovo pour continuer à faire plier Milošević dont le crime majeur était de ne pas céder face aux exigences de Washington. A la chute du rideau de fer les Américains se sont déployés avec une célérité étourdissante pour récupérer à la louche tous les anciens pays communistes dans le giron atlantiste. Depuis longtemps Washington avait identifié la Russie comme un frein sérieux au développement de son hégémonie mondiale. La Yougoslavie, amie de la Russie dans la région, a tenté de résister car elle a toujours était dans une optique multipolaire et non alignée et pensait avoir le droit international de son côté. Mal lui en a pris : le pays aujourd’hui n’existe plus. La Croatie et la Slovénie ont déjà rejoint l’OTAN est la plus grande base construite par les US en Europe, Bondsteel, se trouve au Kosovo. La frontière militaire atlantique se rapproche encore de Moscou. C’est la version américaine du drang nach osten.

R/ La volonté de détruire la présence serbe orthodoxe de la région est une constante des albanais. Quelle forme prit cette folie destructrice ?

Depuis la fameuse bataille du Kosovo Polje en 1389 les Serbes résistent grâce à l’aide de l’Eglise. La défense de la foi passe naturellement par la défense de son patrimoine et il est insoutenable de penser que depuis l’arrivée des soldats de l’OTAN au Kosovo plus de 150 églises ont été détruites pendant que 400 mosquées, essentiellement financées par les wahhabites alliés des US, ont vu le jour. Des églises qui ont survécu 5 siècles sous l’empire ottoman n’auront pas résisté 10 ans à l’occupation de l’OTAN et des Albanais. Les Albanais ont été jadis un grand peuple chrétien des Balkans mais ils ont majoritairement apostasié, la présence des chrétiens au Kosovo leur est très pénible car elle leur rappelle qu’ils ont trahi leur foi. Ces églises sont également très difficilement supportables car elles rappellent, à perte de vue, que le Kosovo est une terre serbe et chrétienne depuis des siècles, il n’y a quasiment pas de grands monuments historiques albanais au Kosovo preuve s’il en faut que cette terre est une terre qu’ils ont envahie. Malheureusement aussi pour les Serbes la plupart des Albanais du Kosovo sont musulmans alors qu’on estime à 30% le nombre d’Albanais chrétiens en Albanie. Au Kosovo tous les Albanais ne sont évidemment pas des mangeurs de Serbes mais leurs « élites » encouragent la discrimination et le crime à l’égard des Serbes et des minorités.

Du Kosovo au Donbass : Solidarité européenne !

R/ Dans les enclaves morcelées, un peu plus de 100 000 serbes vivent retranchés. Comment s’organise leur résistance ?

Il y a 50 000 Serbes qui vivent au nord de l’Ibar avec quasiment toute la population albanaise juste au sud. Ces Serbes s’en sortent mieux car ce territoire est contigu à la Serbie et qu’il y a très peu d’Albanais. C’est un bastion de la résistance serbe qui est très hostile à toutes les négociations avec Priština et que l’OTAN n’arrive pas à contrôler. Ce n’est pas du tout la situation pour les quelques dizaines de milliers de Serbes qui vivent au sud ; parfois dans des enclaves de quelques milliers de personnes parfois dans des villages de 100 personnes ou moins. Leur vie est un cauchemar. Ils ne sortent quasiment jamais de leurs enclaves et quand ils le font ils doivent souvent être protégés. Ils survivent avec des dons et ils essayent de vivre sur des lopins de terre de l’agriculture et de l’élevage. Ils sont constamment harcelés par les intimidations, les vols et les violences. Il n’y a pas que les Serbes qui souffrent. D’autres minorités comme les Goranis ou les Roms subissent également des persécutions.

R/ Vous exposez à la fin de votre livre, les options possibles pour libérer le Kosovo. Quelles sont-elles ? Quelle option paraît-elle possible à l’heure actuelle ?

Avant d’être un combat pour la terre j’aime toujours rappeler que le combat pour le Kosovo est un combat avant tout pour la liberté et la justice. Le message du saint roi Lazar avant d’aller affronter le Sultan Mourad Ier provient du songe divin qu’il a eu est qu’il vaut mieux se battre pour le royaume céleste éternel qu’un royaume terrestre périssable. Derrière lui toute sa chevalerie s’est battue et a péri sur le champ de bataille. C’est cette image forte de la confiance et de l’abnégation de ses élites qui a encouragé le peuple serbe à résister tant de siècles et à rester fidèle à sa foi et son droit d’être un peuple libre sur sa terre. C’est ce message du Kosovo qui est le plus important, encore plus important que la défense de la terre. Maintenant il est évident que cette terre gorgée du sang des martyrs et qui est si prégnante dans la culture serbe ne peut pas juste être abandonnée comme ça. Aujourd’hui il existe trois grands axes pour résoudre ce problème: le règlement du problème au sein de la Serbie conformément à la résolution 1244 de l’ONU avec certainement un statut spécial à octroyer à la région. 2. Le partage des terres entre la Serbie et l’Albanie. 3. Et malheureusement la guerre car qui pourrait reprocher aux Serbes de reprendre par la guerre ce que l’OTAN lui a enlevé par la guerre ? Je souhaite une solution pacifique mais il faut être conscient que la situation albanaise et des Balkans en général demeure complexe et explosive. Le nation-building US/UE est un échec total dans l’ensemble des Balkans et ses conséquences, hélas, ne laissent pas présager un avenir pacifique pour la région.

R/ En France, un mouvement de solidarité avec la Serbie existe. Pouvez-vous nous présenter les initiatives à soutenir ?

La France est certainement un des pays au monde qui aide le plus les Serbes par son aide humanitaire et la participation de ses intellectuels au rétablissement de la vérité au sujet du Kosovo. Il faut en être fier car les Serbes ont été très secoués par la participation de la France aux bombardements illégaux de 1999. Pour les Serbes il y a 2 grands peuples frères : les Russes et les Français. En 1999 des hommes et des femmes de tous les bords politiques se sont levés en France pour dénoncer l’agression injuste de l’OTAN et cet esprit perdure encore aujourd’hui. Pour être efficace et concret on peut soutenir l’association Solidarité Kosovo, une association française que j’ai aidée à fonder il y a quasiment 10 ans et que je continue d’aider aujourd’hui . Le but de Solidarité Kosovo est de montrer aux Serbes du Kosovo qu’ils ne sont pas seuls et qu’on peut les aider à rester sur leurs terres grâce à des projets constructifs qui leur permettent de vivre du travail de leurs mains et de rester dignes. Avec plus de 10 000 donateurs français et des antennes en Espagne et en Italie, nous avons financé de nombreux projets qui aident les Serbes à travailler sur place. L’année dernière nous avons participer au financement d’une chèvrerie qui fait travailler des familles et permet de nourrir des centaines de personnes. Cette année nous financerons une ferme dont l’objectif sera le même. On apporte encore des vêtements chauds et des cadeaux aux enfants à Noël mais on ne veut pas développer l’assistanat. Il faut tout faire pour encourager les Serbes à rester au Kosovo malgré le martyre qu’ils y vivent.

R/ Quel parallèle faites-vous avec la situation actuelle en Ukraine ? Assistons-nous au retour des manœuvres secrètes des puissances occidentales ?

J’ai l’impression de revivre les années avant le bombardement de 1999. Ce sont les mêmes ficelles : mensonges médiatiques, surexcitations politiques et, quand on se renseigne mieux, on réalise que la vérité est toute autre. Derrière ces manipulations on retrouve les mêmes acteurs. C’est consternant mais une surprise pour personne. Les US, comme je l’évoquais précédemment, ont la Russie en ligne de mire depuis des décennies et s’en approchent petit à petit. La Russie est redevenue une grande puissance capable de déjouer les tours des US sur l’échiquier politique mondial comme on l’a vu en Syrie et en Ukraine. La Russie est aussi capable de bâtir un monde multipolaire comme on le voit avec la création des BRICs. Ce sont plus que des grains de sable dans l’engrenage américain et si les US perdent leur hégémonie ils devront revoir complètement leur vision unipolaire du monde. Les enjeux pour eux sont colossaux.

R/ Les cinq millions d’habitants des Républiques populaires de Donestsk et de Lougansk sont plongés dans une situation que vous avez dite pire que celle des enclaves serbes du Kosovo. Quelle est la situation sur place ?

Aujourd’hui ces populations vivent un cessez-le-feu globalement respecté. Il y a encore des combats sporadiques de temps à autre mais rien à voir avec ce que cela a été avant. Quand j’y étais en décembre dernier j’ai vu des scènes apocalyptiques d’immeubles éventrés, d’enfants cachés dans les sous-sol et de vieillards affamés. Nous distribuions de l’aide humanitaire sur le front et nous entendions les bombes tomber et les combats se dérouler côté en même temps. Je n’avais encore jamais vécu ça. A l’heure où nous parlons ces peuples veulent tout simplement vivre. Ils ne veulent plus de la guerre et puisque Kiev les a bombardés ils demandent juste le droit de s’organiser et de vivre en dehors de l’orbite de Kiev qui est tombé aux mains de puissances étrangères qui se moquent des intérêts des Ukrainiens en général et qui poursuit une politique suicidaire au nom de l’Europe mais, en réalité, pour les US. Les habitants du Donbass que je connais sont remontés mais il y a un travail incroyable de reconstruction à réaliser. Je ne sais pas si la guerre va reprendre mais il y a des villes et villages entiers à reconstruire et leurs habitants ont besoin de notre soutien et de notre aide.

R/ Le refus de Kiev de reconnaître la spécificité culturelle et l’autonomie de ces deux régions, même après les accord de Minsk 2, laisse quelle marge de manœuvre pour les « russophones » ?

Les Russophones ont, à juste titre, pris peur suite au coup d’Etat organisé à Kiev et ils ont décidé de prendre leur destin en mains. On ne peut pas dire qu’on va construire une nouvelle Ukraine et en même temps interdire le russe comme langue officielle alors qu’il est parlé par une très grande minorité dans le pays. On ne peut pas se déclarer partisan d’un nouveau développement économique et en même temps couper les vivres à une partie de sa population. Finalement on ne peut pas être crédible quand on remplace d’anciens oligarques par de nouveaux et que tout le monde sait que Washington pilote le tout en sous-mains. Les marionnettes américaines à Kiev et leurs supporters néo-nazis se sont tirés une balle dans la tête avec leur stratégie guerrière et les Russophones ont saisi cette opportunité pour montrer qu’ils allaient s’en sortir sans eux. Les défaites militaires infligés à l’armée ukrainienne par des gens ordinaires du Donbass ont aussi permis de galvaniser le sentiment de justice et de fierté des habitants de cette région. Malgré le soutien de l’OTAN, les gueules noires du Donbass ont gagné la bataille sur le terrain jusqu’à Minsk2. Certains aimeraient poursuivre la lutte mais c’est un piège que tend l’OTAN car plus la guerre durera plus elle pourra justifier son intervention et s’approcher de la Russie.

R/ Comment , en France, soutenir concrètement les populations victimes de ce conflit ?

Comme pour le Kosovo nous avons une excellente association française animée par des volontaires issus du Donbass et qui organisent chaque mois des convois humanitaires et des missions pour les victimes du Donbass. L’association s’appelle Vostok France Solidarité Donbass et vous pouvez en savoir plus sur leur site internet www.vostokfrance.org Nous sommes partis ensemble en décembre dernier et y repartirons bientôt. Nous avons de très bons contacts sur place qui nous permettent d’acheminer exactement ce dont les habitants du Donbass ont besoin. Comme pour le Kosovo, on ne peut plus rester les bras croisés devant son écran et vivre cette situation catastrophique à distance. Il faut s’engager.

Du Kosovo au Donbass : Solidarité européenne !

A lire :

Nikola Mirković, Le Martyre du Kosovo, Editions Jean Picollec, novembre 2013, préface de Jean-Louis Tremblais, avec deux cartes, index, 196 pages.

Pour soutenir les serbes du Kosovo :

Solidarité Kosovo BP 1777 – 38220 Vizille

Article paru dans le Rébellion 69 ( Mars/Avril 2015)

Article paru dans le Rébellion 69 ( Mars/Avril 2015)

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Le Donbass en Belgique et la guillotine pour les islamistes. Par Alexandre Artamonov.

24 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La Turquie, #Ukraine, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

Le Donbass en Belgique et la guillotine pour les islamistes. Par Alexandre Artamonov.

Le Donbass en Belgique et la guillotine pour les islamistes. Par Alexandre Artamonov.

Le 23 mars 2016

Lorsque ça a tonné en Belgique, la réaction des politiciens européens a été plus qu’attendue quoique fortement désorganisée. Jacques Myard, bien sûr, s’est expliqué sur le fait qu’il ne fallait pas appliquer des règles républicaines, celles de la démocratie occidentale, aux islamistes pourris venus du Tiers-Monde. François Hollandese veut fort dans ses actes au nom du mandat présidentiel. Angela Merkel, elle, emboîte le pas en jurant fidélité au sacré-saint dogme de la modernité occidentale, à savoir égalité de tous et démocratie contre vents et marées. Les autres comédiens de la vieille avant-scène occidentale sont parfaitement prévisibles à travers leurs paroles et leurs agissements.+

Un sentiment d’un fatigant déjà-vu s’installe de plus en plus et commence à faire place à un désespoir abyssal. A vrai dire toute ma vie je n’entends que les mêmes cantiques que l’on me rabâche, depuis trente ans au moins. Quoi qu’il arrive, quelle que soit la conjoncture économique, sociale, sociétale ou internationale, nous allons rester fidèles et obéissants aux pères fondateurs de la démocratie d’un autre âge… Et tant pis si la vie n’est pas à l’avenant. Nous allons tout faire pour que les moutons de Panurge composant notre troupeau européen ne se réveillent jamais. En tout cas pas avant qu’ils ne se retrouvent en côtelette au fond de l’assiette de DAESH.+

Les jeux sont faits, les bons et les méchants nommés. Et le matraquage idéologique si fort que le chef de sécurité ukrainienne Gritsak a tout de suite désigné sans broncher les vrais coupables des explosions à Bruxelles. C’est, bien sûr, Moscou !!! Il est vrai que quelques heures plus tard, le premier- ministre russe Mledvedev a répondu en traitant cet Ukrainien d’idiot et le chef du Conseil de Sécurité de Russie a fait de même : il a appelé Gritsak « un simple d’esprit ». Cependant, la réaction du laquais Gritsak est programmé par ses chefs occidentraux : quoi qu’il advienne le vrai coupable sera toujours Moscou ! Même si les extra-terrestres attaquaient…+

Pour moi, cela prouve de façon indélébile que l’Europe a vécu et qu’elle est apparentée à l’Union Soviétyique la veille de sa disparition à l’aube des années 90. A cette époque, les vieux princes du Kremlin croyaient l’Occident coupable de n’importe quelle mésaventure qu’il leur arrivait. L’idéologie était figée et les cartes battues depuis belle lurette. A l’instar des Bolcheviques disparus, les technocrates fossilisés de Bruxelles filent vraiment du mauvais coton. Non seulement ils sont en retard de plusieurs guerres mais, qui plus est, ils ne savent que lancer des représailles contre leurs propres citoyens. L’Occident d’aujourd’hui a vraiment l’air d’un cadavre parfumé qu’il est grand temps d’enterrer et les islamistes ne font que jouer aux croque-morts.+

Réfléchissez-y par vous-même ! Au lieu de lancer des razzias, armer l’Europe, instaurer l’état d’urgence et le couvre-feu, remonter les filières terroristes et réinsérer la peine capitale dans le Code Pénal, les politichiens s’amusent à pactiser avec l’ennemi turc à la Marie-Antoinette. C’est que les Turcs ont bien voulu parquer le surplus de migrants chez eux en échange du droit de libre circulation pour leurs citoyens§ En plus, ils appliquent le prorata d’un immigré syrien légalisé en Europe Occidentale contre trois renvoyés en Turquie.+

Mais on se moque vraiment de tous et de toutes ! Les Turcs auront vite fait de délivrer des papiers en bonne et due forme à tous les voyous de l’Asie Mineure qui ont leurs mains trempées dans le sang chrétien. Si vous vous en doutez, souveznez-vous que les mêmes Turcomans c’est à dire Turs ethniques ont combattu en Syrie contre les troupes d’Assad en dévastant les contrées syriennes proches de leur Mère-Patrie ! Et ensuite les mêmes immigrés débarqueront en Europe mais cette fois-ci avec un statut légal. J’allais oublier qu’Erdogan touchera aussi un joli magot de plusieurs milliards d’euros pour avoir conclu ce pacte avec la Communauté Européenne.+

Il ne faut être ni Harry Potter ni Madame Soleil pour comprendre que ces millions d’immigrés mus par la force religieuse et animée par 5 mille islamistes combattants qui ont déjà pris racine en Europe, sauront passer au fil de l’épée tous les résistants locaux. Et la police européenne les aidera au nom de la paix et de la justice sociale !+

Ce qui est tout à fait féerique c’est le silence des agneaux, car les citoyens se taisent. C’est pour cette raison que je veux que le scénario de Donbass éclose en Europe. Le jour où les Européens comprendront qu’ils n’ont qu’une seule voie de salut, c’est-à-dire prendre les armes contre les envahisseurs et les chasser de leur Patrie, ce jour-là on verra de nouveaux De Gaulle , De Lattre de Tassigny et Juin ! Mais pas avant, car les héros n’apparaissent pas dans les abattoirs !+

Il faut commencer par sortir de prostration et torpeur et ne plus être traités en troupeau docile et silencieux ! Et il faut, avant toute autre chose, faire renaître la guillotine contre les terroristes !+

Alexandre Artamonov, Radio Radonezh.ru

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Guerres hybrides : 2. Testons la théorie en Syrie et en Ukraine

23 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine, #Terrorisme, #le nazisme, #Daesch

Guerres hybrides :
2. Testons la théorie en Syrie et en Ukraine


Par Andrew Korybko (USA) – Le 11 mars 2016 – Source Oriental Review

Hybrid Wars 2. Testing the Theory – Syria & Ukraine

Le livre de l’auteur, Les guerres hybrides: L’approche adaptative indirecte pour un changement de régime, fait bien sûr état du fait que la Syrie et l’Ukraine sont les premières victimes de la guerre hybride des États-Unis ; mais la portée de l’article est d’exprimer la façon dont les innovations mentionnées dans la partie 1, et qui ne figurent pas dans la publication originale, ont été importantes tout au long du jeu. Le but est de prouver que les facettes nouvellement découvertes peuvent parfaitement être imbriquées dans la théorie générale et utilisées pour améliorer ensuite sa compréhension et pour permettre aux observateurs de se projeter plus précisément vers les futurs champs de bataille sur lesquels les guerres hybrides sont les plus susceptibles d’être menées.


Cette partie de la recherche suit donc le modèle théorique qui vient d’être exposé. Elle est élaborée à partir des déterminants géostratégiques et économiques qui étaient derrière les guerres en Syrie et en Ukraine, avant d’aborder les vulnérabilités structurelles socio-politiques que les États-Unis tentent d’exploiter avec des degrés de succès divers. La dernière partie incorpore l’idée d’un pré-conditionnement social et structurel et explique  brièvement comment il était présent dans chaque situation.

Déterminants géostratégiques

Syrie :

La République arabe traditionnellement laïque a été aspirée dans un schéma de Révolution de couleur théâtralisée par les États-Unis lorsque les printemps arabes ont été déclenchés en 2011. Pour résumer succinctement les fondements stratégiques de cette grandiose opération, le concept était pour les États-Unis d’aider la clique transnationale des Frères musulmans à arriver au pouvoir de l’Algérie jusqu’à la Syrie via une série d’opérations de changement de régime synchronisées contre des États rivaux (Syrie), des partenaires non fiables (Libye), et des États satellites stratégiques concernés par d’inévitables transitions de souveraineté (Égypte, Yémen). L’environnement stratégique résultant était censé rejouer la Guerre froide en Europe de l’Est, avec chacun des États dirigé par le même parti (les Frères musulmans à la place du Parti communiste) et contrôlé par procuration par un mécène externe, dans ce cas une copropriété conjointe présidée par la Turquie et le Qatar avec les États-Unis en sous-main.

Syrians rally in Damascus in support of President Bashar al-Assad, October 2011
Syriens à Damas ralliés à l’appui du président Bachar al-Assad, octobre 2011

Cette confédération idéologique vaguement organisée aurait été suffisamment disjointe pour être gérable via des tactiques simples de diviser pour mieux régner (empêchant ainsi à jamais toute organisation indépendante de l’Arabie saoudite et des États du Golfe), mais facile à provoquer dans une haine sectaire afin de la mobiliser contre l’Iran et ses intérêts régionaux, ce qui en aurait fait un outil extrêmement flexible pour la promotion de la grande stratégie américaine au Moyen-Orient. Compte tenu des origines chaotiques de ce gambit géopolitique, il a été prédéterminé que des éléments de celui-ci pourraient ne pas se réaliser selon le plan et que seule une réalisation partielle de ce projet pourrait se produire réellement au cours de la première tentative – ce qui est précisément ce qui est arrivé lorsque le peuple syrien a résisté au défi de cet assaut de guerre hybride contre lui et a courageusement combattu pour la défense de son État à la longue civilisation séculière.

On peut affirmer que la Syrie a toujours été considérée comme l’objectif le plus stratégique de tous les États affectés par les printemps arabes, et ceci est prouvé par près de cinq ans de guerre hybride désespérée que les États-Unis ont déclenchée contre elle en réponse à sa première tentative de changement de régime, qui a échoué. En comparaison, l’Égypte, l’État arabe le plus peuplé, a seulement dû faire face à un bas niveau de terrorisme (géré par le Qatar) dans le Sinaï,  depuis qu’il a renversé le gouvernement des Frères musulmans imposé par les Américains. La raison de cet écart flagrant d’importance par rapport aux grands objectifs stratégiques américains est attribuable aux déterminants géo-économiques derrière la guerre contre la Syrie. Ils seront exposés plus bas.

Ukraine :

Les déterminants géostratégiques derrière la guerre en Ukraine sont beaucoup plus simples que ceux derrière la guerre contre la Syrie, et ils ont la plupart du temps déjà été décrits dans la partie 1 en parlant du stratagème du Revers Brzezinski, un piège géopolitique. Une partie de la motivation derrière le renversement du gouvernement ukrainien, inaugurant les pogroms anti-russes qui ont suivi, était d’attirer la Russie dans un piège interventionniste comme en 1979 en Afghanistan ; la guerre contre le Donbass était l’incarnation de cette tentative. Washington n’a pas réussi à atteindre son objectif à cet égard, mais il a beaucoup plus réussi à transformer l’ensemble du territoire de l’Ukraine en arme géopolitique contre la Russie.

Political map of Ukraine before the coup d'etat of February 2014.
Carte politique de l’Ukraine avant le coup d’État de Février 2014.

Le célèbre aphorisme de Brzezinski veut que «sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasien», cependant il avait une conception toute différente à l’esprit quand il l’a énoncé (sa pensée était que la Russie allait essayer de «re-soviétiser impérialement» la région). Géopolitiquement parlant, sa citation contient beaucoup de vérités fondamentales. La sécurité nationale de la Fédération de Russie est dans une large mesure déterminée par les événements en Ukraine, en particulier en ce qui concerne sa large périphérie occidentale et un gouvernement hostile à la Russie, à Kiev, qui serait prêt à héberger une infrastructure de défense antimissile américain (ce qui est un doux euphémisme pour augmenter les chances des États-Unis de neutraliser la capacité de seconde frappe de la Russie et donc de se mettre dans une position de chantage nucléaire), constituerait une menace stratégique majeure. Pour reformuler Brzezinski et rendre sa citation plus précise objectivement, «si l’Occident réussit à manipuler l’Ukraine pour en faire un ennemi à long terme de la Russie, alors Moscou serait confronté à un obstacle géopolitique majeur face à ses ambitions multipolaires futures».

Le scénario catastrophique de l’Ukraine hébergeant des unités de défense antimissile de l’OTAN ou des États-Unis n’a pas encore joué à plein, mais le pays en est encore à faire des petits pas vers une adhésion à l’OTAN comme membre associé, ce qui revient à en faire partie de fait, sans garanties mutuelles formelles de défense. L’augmentation de la coopération militaire entre Kiev et Washington et, par extension, entre l’Ukraine et le bloc atlantiste, est fondée sur une manœuvre agressive contre les intérêts stratégiques russes. Néanmoins, la situation n’est pas aussi mauvaise qu’elle aurait pu l’être, puisque les planificateurs stratégiques américains avaient naïvement supposé que le Pentagone aurait déjà eu le contrôle de la Crimée pour maintenant, et auraient donc été en mesure de positionner leurs unités de défense antimissile et autres technologies déstabilisatrices directement aux portes de la Russie. L’erreur ultime dans la conception de l’Occident au cours des préparatifs de cette guerre hybride, a été de penser que la Russie reculerait sans défendre ses intérêts civilisationnels, humanitaires et géostratégiques en Crimée (ou que si elle le faisait, elle serait attiré dans un bourbier de type Revers de Brzezinski), qui, comme l’atteste l’histoire aujourd’hui, a été une erreur de calcul épique, parmi les pires que les États-Unis aient jamais faites.

Déterminants Géo-économiques

Syrie :

La Syrie est très importante du point de vue de la grande stratégie américaine, car elle était censée être le terminal final pour le Pipeline de l’Amitié partagé entre elle, l’Iran et l’Irak. Cet itinéraire du gaz aurait permis à l’Iran d’accéder au marché européen et d’annuler complètement le régime de sanctions que les États-Unis avaient construit contre lui par le passé. Concomitamment avec ce projet, il y avait un projet concurrent mené par le Qatar pour envoyer son propre gaz à travers l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie vers l’UE, que ce soit par le biais de GNL [Gaz liquéfié, NdT] ou en direct via la Turquie [et la Grèce, NdT]. Le Président Assad a astucieusement rejeté la proposition du Golfe par fidélité de longue date de son pays avec l’allié iranien. La guerre menée contre la Syrie après la guerre hybride du printemps arabe a été soutenue très violemment par les États-Unis et les États du Golfe, spécifiquement dans le but de punir le pays pour son refus de devenir un satellite unipolaire.

"Friendship Pipeline" is labelled "Islamic Pipeline" on this chart.
« Le Pipeline de l’Amitié » est étiqueté «Pipeline islamique» dans ce tableau.

S’il avait été terminé, le Pipeline de l’Amitié aurait été l’un des plus importants projets conjoints multipolaires transnationaux du monde, l’un des plus importants corridors transnationaux, et il aurait révolutionné la géopolitique régionale en fournissant une énergie et un couloir  d’investissement reliant l’Iran à l’UE. Il aurait donc entraîné une modification significative de l’équilibre du pouvoir au Moyen-Orient et joué au détriment absolu des États-Unis et de ses alliés du Golfe. Comprenant la menace aiguë que le Pipeline de l’Amitié posait à leur domination hégémonique depuis des décennies sur la région, les États-Unis se sont engagés à faire en sorte que le projet ne se matérialise jamais, peu importe comment. Cela explique une des raisons partielles derrière la création d’ISIS, le distributeur de claques au milieu de la zone de transit prévue. Vu sous cet angle, le jeu des  États-Unis devient beaucoup plus clair : pourquoi ils ont fait une priorité de la déstabilisation de la Syrie et non de l’Égypte, et pourquoi ils sont prêts à jeter d’innombrables ressources dans cette entreprise, y compris organiser une coalition mondiale par procuration pour les aider à y parvenir.

Ukraine :

La détermination des États-Unis pour capturer l’Ukraine a été inspirée par beaucoup plus qu’une pensée géostratégique, étant donné que ces impératifs se recoupent avec les réalités géo-économiques contemporaines. Au moment où la campagne terroriste urbaine et populaire connue comme Euro-Maïdan a été lancée, l’Ukraine a été forcée par les États-Unis de faire un choix de civilisation artificiel entre l’UE et la Russie. Moscou avait fait progresser trois projets interconnectés conjoints transnationaux multipolaires – ventes de gaz et de pétrole vers l’UE, l’Union eurasienne et le pont terrestre eurasiatique (énergétique, institutionnel et économique, respectivement) – que Washington était désireux d’affaiblir à tout prix. Rappelant la boutade précédemment citée de Brzezinski sur l’Ukraine et la reformulation par l’auteur de celle-ci, les mots font maintenant beaucoup plus de sens : sans l’Ukraine en tant que partie de ce réseau interconnecté de projets, l’ensemble devient sensiblement plus faible.

Le retrait de l’Ukraine de l’équation influe chacun des projets: cela bloque le commerce de l’énergie entre la Russie et l’UE et crée des complications inattendues pour les deux parties ; cela laisse un marché important et une population active en dehors du champ d’application de l’Union douanière ; et cela nécessite un recentrage des infrastructures uniquement sur le Belarus, un espace relativement plus petit et économiquement moins important, qui devient ainsi un goulot d’étranglement géopolitique encore plus significatif qu’auparavant pour les actions anti-russes de l’Occident. Comme un avantage supplémentaire à braconner l’Ukraine hors de l’orbite d’intégration russe, les États-Unis ont été en mesure de mettre en branle une chaîne d’événements thématiques préconçus (à l’exclusion de la réunification de la Crimée, bien sûr), instigatrice de la nouvelle guerre froide, et qu’ils étaient désireux de susciter.

Map of the Ukrainian gas transpostation system.
Carte du système de transport du gaz en Ukraine.

Les États-Unis voulaient le faire dans le but de créer des obstacles apparemment insurmontables entre la Russie et l’UE, sachant que les dilemmes de sécurité attendus (militaire, énergétique, économique et en termes stratégiques) allaient considérablement entraver la coopération entre eux et rendre Bruxelles d’autant plus vulnérable au jeu de pouvoir unipolaire massif des États-Unis qui était planifié. Afin de maintenir sa position hégémonique sur l’Europe, les États-Unis avaient à concevoir un scénario qui diviserait la Russie et l’UE assez longtemps et d’une manière aussi intense que possible afin d’augmenter les chances que les trois projets de contrôle impératifs suivants puissent être imposés à l’Europe : déploiement permanent de l’OTAN en état d’alerte dans l’Est (contrôle militaire); exportations américaines de GNL vers l’UE et appel récent à des routes énergétiques attrayantes non russes tel que le corridor gazier sud (contrôle énergétique) ; et le Partenariat pour le commerce et l’investissement transatlantique (TTIP), qui, parmi tous les privilèges qu’il accorde aux États-Unis, rend impossible pour l’UE de conclure d’autres accords de libre-échange (ALE) sans l’approbation de Washington (contrôle économique).

Au total, ces trois facteurs imbriqués sont destinés à renforcer le plus grand des objectifs stratégiques des États-Unis qui, d’une manière mutuellement interdépendante, augmente également les perspectives de leur propre succès. C’est le choc des civilisations créé artificiellement entre l’Occident et l’Eurasie-Russie, selon lequel les États-Unis attendent désormais de l’UE qu’elle vive dans la crainte de la Russie et que par conséquent, elle se précipite dans les bras de l’Oncle Sam comme «défenseur de la civilisation occidentale». C’est ce plan ultime que les États-Unis veulent accomplir en Europe, et sa mise en œuvre réussie aux côtés de ses trois composantes clés (l’armée, l’énergie et les aspects économiques décrits précédemment) créerait les conditions pour une domination hégémonique multi-générationnelle sur l’Europe, et donc coulerait pour des décennies les chances d’une contre-offensive multipolaire contre les États-Unis.

Vulnérabilités structurelles socio-politiques – Syrie

Origine ethnique :

Au moins 90% de la population de la Syrie est arabe tandis que les 10% restants sont principalement kurdes. Du point de vue de la guerre hybride, on peut supposer que cet état de choses pourrait être utile dans la déstabilisation de l’État, mais plusieurs facteurs ont empêché d’atteindre le potentiel attendu par les Américains. Tout d’abord, la population syrienne est très patriotique en raison de son patrimoine civilisationnel et de l’opposition galvanisée contre Israël. En conséquence, alors qu’il y a de toute évidence une pluralité d’opinions politiques personnelles au sein de la société essentiellement mono-ethnique, il n’y a jamais eu de réelles possibilités qu’elles se retournent violemment contre l’État, d’où la nécessité d’importer un si grand nombre de terroristes et de mercenaires internationaux sur le champ de bataille pour satisfaire aux exigences de cette guerre hybride.

Ethnic map of Syria
Carte ethnique de la Syrie

Concernant les Kurdes, ils n’ont jamais provoqué de rébellion sérieuse contre le gouvernement, contrairement à leurs homologues turcs et irakiens. Cela   implique que leur situation en Syrie était gérable et loin d’être aussi mauvaise que ce que les informations occidentales tentent de dépeindre après coup. Même s’ils avaient pu être coagulés en une masse anti-gouvernementale radicale, leur rôle relativement mineur dans les affaires nationales et la grande distance géographique de tous les centres de pouvoir pertinents les aurait empêchés de devenir un atout significatif de la guerre hybride, bien qu’ils aient pu être un complément stratégique efficace à tous les terroristes arabes basés près des principaux centres de population. Comme on le sait, cependant, les Kurdes sont restés fidèles à Damas et n’ont pas rompu avec le gouvernement, confirmant la thèse selon laquelle ils étaient satisfaits de leur état d’origine, sans envie de devenir des rebelles.

En somme, les composantes ethniques de la planification de la guerre hybride aux États-Unis contre la Syrie ont échoué à répondre à la hauteur du potentiel anticipé, ce qui indique que les évaluations du renseignement avant la guerre ont été déformées, sous-estimant l’attraction unificatrice du patriotisme syrien.

Religion :

La population de la Syrie est majoritairement sunnite, mais possède aussi une minorité alaouite importante qui a traditionnellement occupé divers postes de direction au sein du gouvernement et dans l’armée. Cela n’a jamais été un problème auparavant, mais le pré-conditionnement social géré depuis l’extérieur (en l’occurrence, organisé par les États du Golfe) a acclimaté des parties de la population à la pensée sectaire et a commencé à jeter les bases psychologiques pour qu’une stratégie de la tension takfiriste prenne racine parmi certains éléments intérieurs après qu’une étape de la Révolution de couleur a été mise en route au début de 2011. Par la suite, même si le sectarisme n’a jamais été un facteur dans la société syrienne auparavant et n’est toujours pas une force majeure à ce jour (en dépit de près de cinq ans de provocations terroristes motivées religieusement), il a été utilisé comme un cri de ralliement pour reconstituer les rangs des djihadistes étrangers et comme une couverture plausible pour les États-Unis et leurs alliés pour alléguer que le Président Assad ne «représente pas le peuple» et doit donc être renversé.

[Cette partie est assez réductrice. A vous de vous informer vous même sur l’histoire des composantes ethnico-religieuses en Syrie, NdT]

Histoire :

L’histoire syrienne est millénaire et représente l’une des civilisations les plus riches de tous les temps. Par conséquent, cela imprègne les citoyens du pays, leur donnant un sens inébranlable du patriotisme qui allait plus tard se révéler être l’une des meilleures défenses contre la guerre hybride (solidarité civilisationnelle). Il est évident que cela avait été découvert par les stratèges américains dans leurs recherches préparatoires sur la Syrie, mais ils ont largement sous-estimé son importance, en pensant qu’ils pourraient avec succès provoquer un retour aux années des coups d’Etats successifs et déstabilisateurs qui avaient suivi l’indépendance, avant la Présidence d’Hafez el-Assad [le père de Bachar, NdT]. Au contraire, la grande majorité des Syriens avait appris à apprécier sincèrement les contributions de la famille Assad à la stabilité et la réussite de leur pays, et ils ne voulaient rien faire qui puisse ramener le pays aux années sombres qui avaient précédé l’ascension politique de cette famille au pouvoir.

Administration :

post_war_iraq

Le bref héritage des limites administratives distinctes pendant la période de l’occupation française a fourni le précédent géopolitique aux États-Unis pour ressusciter une division formelle ou fédéralisée de la Syrie. Même si la mémoire historique de ce temps est en grande partie perdue dans le psychisme des Syriens contemporains (sauf pour le drapeau des terroristes anti-gouvernement, qui correspond à celui de l’époque du mandat), cela ne veut pas dire qu’il n’y ait aucune possibilité de la leur appliquer depuis l’extérieur à l’avenir et justifier ce fait historiquement à postériori. L’intervention anti-terroriste russe en Syrie a neutralisé la possibilité de fragmentation formelle du pays, mais la course actuelle pour Raqqa signifie que la force qui capturera la capitale des terroristes tiendra les meilleures cartes pour déterminer la composition interne de l’État d’après-guerre, ouvrant la possibilité pour les États-Unis et leurs mandataires de forcer une solution fédéraliste en Syrie qui pourrait créer des zones largement autonomes acquises au soutien pro-américain.

Disparités socio-économiques :

La Syrie d’avant-guerre avait une répartition relativement équilibrée des indicateurs socio-économiques, en dépit de l’adhésion à la règle stéréotypée des zones urbaines globalement plus développées que les régions rurales. Bien que celles-ci constituent le socle de la plupart des zones géographiques du pays, seule une fraction de la population les habite, la plupart des Syriens vivant le long d’un corridor nord-sud à l’Ouest Alep-Hama-Homs-Damas, tandis qu’une population stratégiquement importante habite globalement  la zone côtière de Lattaquié. Jusqu’en 2011, la Syrie a réussi à maintenir des années de croissance économique soutenue, et il n’y a aucune raison de croire que cela aurait diminué s’il n’y avait pas eu la guerre hybride contre elle [Voir … ses revenus pétroliers ayant fortement chuté, NdT]. Par conséquent, bien que les disparités socio-économiques aient sûrement existé en Syrie avant la guerre, elles ont été bien gérées par le gouvernement (en partie en raison de la nature semi-socialiste de l’État) et n’étaient pas un facteur que les États-Unis pouvaient exploiter.

Géographie :

C’est une des caractéristiques qui fonctionne le mieux à l’avantage de la guerre hybride contre la Syrie. La composante Révolution de couleur a été concentrée dans le corridor nord-sud basé dans l’Ouest densément peuplé dont j’ai parlé ci-dessus, tandis que la partie guerre non conventionnelle a prospéré dans les régions rurales en dehors de cette zone. Les autorités avaient naturellement des difficultés à concilier les besoins de sécurité urbaines et rurales, et la quantité absurde de soutien que les États-Unis et leurs alliés du Golfe ont envoyé aux terroristes par la Turquie a temporairement déséquilibré la situation militaire et a abouti à l’impasse qui a marqué les premières années du conflit (avec quelques va-et-vient de positions et des changements spectaculaires de temps en temps). Pendant ce temps, comme l’armée arabe syrienne axait son attention sur les questions de sécurité à régler en urgence le long du corridor de peuplement, ISIS a été en mesure de faire des avancées militaires conventionnelles rapides dans les plaines et les déserts de l’Est, logistiquement simple à gérer, et a rapidement mis en place son «Califat», dont les conséquences sont le moteur du cours actuel des événements dans le pays.

Vulnérabilités structurelles socio-politiques – Ukraine

Origine ethnique :

La fracture démographique de l’Ukraine entre l’Est et l’Ouest, les Russes et les Ukrainiens, est bien connue et a été largement discutée. Dans le contexte de la guerre hybride, cette répartition géographique presque chirurgicale (à l’exception de la pluralité russe à Odessa et dans la majorité de la Crimée) était une aubaine pour les planificateurs stratégiques américains, car cela a créé une dichotomie démographique enracinée qui a pu être facilement exploitée lorsque le moment est venu.

Religion :

Ici aussi, il y a une fracture géographique presque parfaite entre l’Orient et l’Occident, avec les orthodoxes russes et les églises orthodoxes ukrainiennes qui représentent les deux groupes importants de population dans le pays. Plus à l’Ouest, on trouve les uniates et les églises catholiques, correspondant principalement aux anciennes terres de la Deuxième République polonaise de l’entre-deux-guerres. Le sectarisme chrétien n’a pas été le cri de ralliement le plus visible derrière l’Euro-Maïdan, mais ses partisans radicaux ont utilisé le succès du coup d’État comme couverture pour détruire les Églises orthodoxes russes et d’autres biens religieux dans une campagne nationale qui visait à inciter au nettoyage ethnique et culturel de la population russe.

Histoire :

Ukraine map

L’État ukrainien moderne est un amalgame artificiel de territoires légués par les dirigeants russes et soviétiques successifs. Ses origines intrinsèquement contre nature sont une malédiction, avec une existence perpétuellement remise en cause, et son agrandissement territorial après la Seconde Guerre mondiale complique encore la donne. Le morceau le plus nationaliste de l’Ukraine moderne était une partie de la Pologne de l’entre-deux-guerres et avant cela de l’Empire austro-hongrois, donnant ainsi à ses habitants une mémoire historique diamétralement différente de celles des parties centrales ou orientales de l’État.

Les communautés minoritaires hongroises et roumaines qui vivent dans les zones nouvellement ajoutées (acquises respectivement sur la Tchécoslovaquie et sur la Roumanie) ont également un degré naturel d’identité distincte de l’État qui n’avait besoin que d’un coup de pouce pour refaire pleinement surface.

Comme on l’a soutenu dans la guerre hybride et c’est confirmé par le rapport de Newsweek, quelques jours avant le coup d’État (étonnamment supprimé de leur site Web, mais traçables sur web.archive.org), la région ethnico-religieuse historiquement séparée de l’Ukraine occidentale était totalement en rébellion armée contre le Président Ianoukovitch, et ce n’est pas un hasard si l’aspect de guerre non conventionnelle de cette campagne de changement de régime a commencé dans cette partie spécifique du pays.

Frontières administratives :

Les divisions internes de l’Ukraine coïncident assez nettement avec ses frontières administratives sur de nombreux points, que ce soit la fracture ethnique, le sectarisme chrétien, les régions historiques ou les résultats électoraux, et cela a été le multiplicateur asymétrique ultime qui a convaincu les stratèges américains que la guerre hybride pouvait facilement être déployée en Ukraine. S’il n’y avait pas eu le coup d’État inattendu à la fin de février 2014, il est très possible que les États-Unis auraient cherché à exploiter le chevauchement sans précédent des vulnérabilités socio-politiques en Ukraine afin de séparer physiquement la partie occidentale du pays du reste pro-gouvernemental de l’État croupion, mais seulement dans le cas où Ianoukovitch aurait été en mesure de tenir indéfiniment contre les terroristes du changement de régime et de consolider ses positions dans le reste des zones non rebelles du pays.

Disparités socio-économiques :

ukraine-2010-election
Carte des élections de 2010

L’Ukraine est similaire à la Syrie dans le sens où il y avait aussi une distribution quasi-identique des indicateurs socio-économiques, mais, contrairement à la République arabe et sa modeste richesse, l’État d’Europe orientale a également réparti la pauvreté parmi ses citoyens. La grande quantité d’Ukrainiens qui ont plongé dans la pauvreté ou en sont très proches a créé un énorme bassin de recrutement pour les activistes anti-gouvernementaux recrutés par les cerveaux des ONG de la Révolution de couleur euro-maïdan, et l’absence de tout patriotisme civilisationnel ou national (à part la perversion fasciste incarnée par Pravy Sektor et autres) a signifié qu’il n’y avait pas de garanties sociales pour prévenir l’émergence de multiples groupes d’émeutiers, pouvant être organisés à l’avance et déployés lorsque le temps serait venu.

Géographie physique :

La seule partie de l’Ukraine d’avant-guerre avec une géographie de plaines était la Crimée, qui fonctionnait plus comme une île que comme une péninsule qu’elle est techniquement. Cela a ironiquement désavantagé les États-Unis quand la géographie de la république autonome a aidé ses habitants à se défendre assez longtemps pour voter la séparation d’avec l’État ukrainien défaillant, réparer l’erreur historique de Khrouchtchev et enfin se réunir avec leurs frères en Russie. Les mêmes facteurs géographiques favorables ne sont pas en jeu dans le Donbass, ce qui a ainsi bloqué les mesures de défense prises par les patriotes pour leur territoire et les a rendus beaucoup plus vulnérables aux multiples offensives de Kiev contre eux. Dans l’environnement d’avant le coup, la géographie sans obstacle de l’Ukraine aurait été idéale pour permettre aux révolutionnaires occidentaux de lancer une guerre-éclair, dans le style d’ISIS, une fois que Kiev aurait accumulé assez d’armes volées, d’équipements et de véhicules des nombreux postes de police et des casernes militaires qu’ils avaient saisis à l’époque.

Pré-conditionnement :

C’est un sujet au-delà du cadre de la présente recherche que de discuter des aspects du pré-conditionnement social de la guerre hybride en détail, mais on peut généralement y inclure le triptyque masses/problèmes sociaux et médias-éducation-ONG. Les détails au sujet du pré-conditionnement structurel sont un peu différents, comme ils sont en dehors de la pression des sanctions. L’autre élément largement discuté décrit dans la partie 1 (notamment la désorganisation du marché de l’énergie) n’a pas eu lieu jusqu’à l’année dernière et n’a donc pas été un facteur dans le déclenchement des deux guerres hybrides examinées. Pourtant, d’autres éléments spécifiques étaient certainement en jeu pour chacun des deux États, avec les coffres de l’Ukraine exsangues à cause de la corruption endémique et parasitaire, et la Syrie devant équilibrer perpétuellement ses besoins militaires dans sa défense contre Israël et son engagement social envers sa population (un jeu sur la corde raide qui a assez bien réussi au cours des décennies).

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides: l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride.

Le livre est disponible en PDF gratuitement [en anglais, NdT] et à télécharger ici

Traduit par Hervé, vérifié par Ludovic, relu par nadine pour le Saker francophone

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Les Etats Unis et l’OTAN préparent une guerre totale en Europe par Dimitris Kazakis, Secrétaire Général de l’ EPAM [ ελληνικά], Grèce.

22 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La Russie, #Grèce, #L'OTAN., #La guerre, #Terrorisme, #le nazisme, #Le fascisme, #l'immigration

 Les Etats Unis et l’OTAN préparent une guerre totale en Europe    par Dimitris Kazakis, Secrétaire Général de l’ EPAM [ ελληνικά], Grèce.

Les Etats Unis et l’OTAN préparent une guerre totale en Europe

par Dimitris Kazakis, Secrétaire Général de l’ EPAM

Le Secrétaire Général de l’OTAN J. Stoltenberg vient d’annoncer en date du 2/2/2016 qu’il approuve la proposition du Ministre de la Défense des Etats Unis, A. Carter de quadrupler les armements et les troupes américaines en Europe contre l’ « agressivité russe ».

Un peu plus tôt, le même jour, dans sa déclaration sur l’équipement militaire des Etats Unis pour une éventuelle guerre contre la Russie, Carter a dit :

« Nous renforçons nos positions en Europe pour appuyer nos alliés de l’OTAN dans le but de faire face à l’agressivité russe. En dialecte du Pentagone, ça s’appelle European Reassurance Initiative et alors que l’année dernière ont été demandés 800 millions de dollars, pour cette année nous demandons 4 fois ce montant pour arriver d’ici 2017 à 3,4 milliards de dollars. Cette somme est destinée à financer plusieurs choses : plus de forces armées des Etats Unis en Europe, plus d’entrainements et d’exercices avec nos alliés, plus d’intention et plus de moyens de guerre, l’amélioration des infrastructures et du soutient à tout cela ».

Pourtant la plus choquante des déclarations de Carter est la suivante :

« Quand tout cela se combinera aux forces des Etats Unis déjà déployées en Europe –très importantes elles aussi– nous serons en position de créer rapidement, d’ici 2017, une force terrestre d’armes combinées particulièrement exercée et qui sera en mesure de répliquer si ceci s’avère nécessaire dans le cadre de ce théâtre d’opérations ».

Si à tout cela on ajoute le nouveau dogme de l’OTAN qui consiste en la dénationalisation des forces armées des pays membres, la menace d’un conflit guerrier au sein de la scène européenne ayant comme prétexte la Russie est plus qu’évidente. Le dogme de la dénationalisation ne concerne pas la transformation de tout ou partie des troupes en mercenaires mais leur intégration en une structure unique de gestion et d’entreprises sous administration de l’OTAN.

Nombre de pays ont déjà remis la garde de leurs frontières –ce que l’OTAN appelle officiellement « surveillance policière »– et de leur espace aérien aux forces de l’OTAN. La totalité ou presque des infrastructures militaires, surtout de celles qui sont à la frontière de la Russie, ont déjà été livrées à l’OTAN dans le but de faciliter le développement de ses propres forces. Tel est le cas aussi en Pologne, en Finlande, en Roumanie et aux Pays Baltes. Récemment la Bulgarie a aussi livré son espace aérien à la « surveillance policière » de l’OTAN.

D’ici 2017, les Etats Unis non seulement auront quadruplé leurs forces en Europe (continent entièrement sous leur contrôle) mais chacun de ses alliés aura livré la totalité de son territoire au Quartier Général de l’Alliance et de ses membres pour leurs opérations. Et, bien entendu, les forces armées des pays européens ne seront plus sous les ordres politiques ou militaires nationaux, même pas pour sauver les apparences.

Voici comment est en train de se construire aujourd’hui en territoire européen la plus grande force d’agression militaire jamais vue. Une force américano-européenne qui fonctionnera sous les ordres d’un seul centre : le Quartier Général de l’OTAN.

Et tout cela d’ici la fin 2017. Dans l’hypothèse où les Etats Unis et l’OTAN planifireaient une invasion en Russie, que feraient-ils ? Pas plus de ce qu’ils sont en train de faire actuellement.

Ceci ne veut pas dire que nous serons de nouveau face à une invasion comme celle d’Hitler en ex Union Soviétique. Les méthodes ne seront plus les mêmes. Ce qui était envisagé comme invasion militaire lors de la 2e guerre mondiale aujourd’hui peut très bien se dénommer –et a déjà été dénommé– « intervention humanitaire ».

La création de foyers aux portes de la Russie, comme dans le cas de l’Ukraine, ou même dans son intérieur est une très bonne méthode d’invasion « humanitaire » ou « pacifiste » de l’OTAN. A condition qu’il y ait les crises socio-politiques adéquates.

Et pourquoi devrait-on se préparer à une invasion ? Pour des raisons pas uniquement géostratégiques mais aussi économiques. La Russie, ainsi que la Chine, constituent aujourd’hui des obstacles à la dynamique des marchés des capitaux mondiaux. Ce sont des économies encore protégées, dans une ère où le capital financier exige l’effondrement de toutes les frontières, de toute sorte de protectionnisme, pour qu’il puisse envahir tous les recoins de la planète sans aucune limite, au gré des montées et des descentes du paroxysme spéculatif des marchés.

Alors que l’économie mondiale continue son effondrement, au moment même où le capital virtuel des bourses et des marchés explose à la recherche de nouvelles opportunités de maximalisation des profits, la nécessité d’une guerre devient de plus en plus urgente. Non seulement sous la forme de conflits et d’interventions périphériques, comme c’était le cas jusqu’à présent, mais même sous la forme d’une nouvelle grande guerre européenne.

Voici à quoi nous préparent les Etats Unis et l’OTAN.

Pour la traduction en français : Christina Komi

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Le piège tendu par Poutine en retirant le contingent russe de Syrie

22 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #l'Allemagne, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Daesch, #Terrorisme

Le piège tendu par Poutine en retirant le contingent russe de Syrie

Le piège tendu par Poutine en retirant le contingent russe de Syrie

Les médias occidentaux basés sur une rhétorique russophobe, ont été pris au dépourvu par la décision de Poutine, essuyant un cuisant échec quant à leurs prévisions de propagande liées à la Syrie. Ce n’est plus un secret que la guerre en Syrie a été déclenchée par des mercenaires islamistes provenant de l’extérieur, armés et payés par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et d’autres pays afin de renverser Bachar Al-Assad. Habilement, par la Conférence sur la sécurité à Munich, Sergei Lavrov ministre des Affaires étrangères de la Russie, a forcé la main au secrétaire d’Etat américain John Kerry, pour obtenir un arrêt des hostilités en Syrie qui est entré en vigueur le 27 Février 2015. Les termes de cet accord pouvaient laisser prévoir, du point de vue américain, que les Russes resteraient encore en Syrie.
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Les Russes ont montré qu’ils ont appris des expériences américaines ratées en Irak et en Afghanistan. Ils ont compris qu’ils ne peuvent pas miser que sur une réponse militaire, et qu’ils doivent apporter en Syrie une réponse intelligente, en utilisant habilement la crème de la diplomatie russe, reconnue comme la plus efficace dans le monde. Vladimir Poutine est un leader dont les actions sont imprévisibles par les adversaires, ayant plusieurs atouts dans sa manche avec lesquels il peut surprendre tout le monde. Comme pour un jeu d’échecs, Poutine intensifie le niveau du jeu par le retrait partiel du contingent russe en Syrie, exposant à nouveau intentionnellement Bachar Al-Assad comme appât pour dévoiler les intentions de la Maison Blanche et ses vassaux.

Dans ce contexte, Washington a deux options :

La première est de rallier inconditionnellement la position de la Russie pour une solution pacifique en Syrie, négociée avec les parties engagées dans le conflit, à l’exception des groupes terroristes. Ensuite, suivrait la reconstruction de la Syrie. Les négociations s’annoncent difficiles, parce que la Maison Blanche, par la voix de la soi-disant «opposition syrienne» continue à vouloir écarter Assad du pouvoir, avant de commencer une transition vers un nouveau format politique en Syrie. Un autre obstacle à une solution pacifique en Syrie est, en plus de ce qui précède, lié aux intentions contradictoires des réseaux occidentaux, depuis les événements en Ukraine. La Russie accuse les Etats-Unis de saboter toute tentative pour parvenir à la paix en Syrie, après des discussions confidentielles entre les deux partis aboutissant à des déclarations à la presse de responsables américains qui, aussitôt après que les accords aient été approuvés par les présidents Américain et Russe, s’empressent de le remettre en cause. Le retrait a été ordonné par Poutine le 15 Mars, 2016, le jour même du début des pourparlers de paix à Genève, comme un signal que ceux qui ne suivent pas la voie proposée par la Russie pour que les négociations aboutissent, se discréditeront aux yeux de l’opinion publique.

La deuxième option pour Washington serait catastrophique. Il donnerait l’ordre aux groupes islamistes subordonnés de rompre la trêve et de commencer une offensive à grande échelle contre l’armée arabe syrienne. Jusqu’à l’arrivée du contingent russe en Syrie, le principal avantage des groupes islamistes consistait en un labyrinthe de centaines de kilomètres de galeries, de tunnels, d’abris et de bunkers, creusé pendant cinq ans par les moyens souterrains livrés par les Occidentaux. Ce labyrinthe ne pouvait pas être détecté et détruit par l’armée arabe syrienne à partir de la surface. Ce réseau de tunnels a permis aux islamistes de stocker des armes lourdes, de la nourriture, du carburant, des munitions, des capacités de production de munitions et d’aller derrière les troupes syriennes, les surprendre et causer d’innombrables pertes.

En déployant des bombardiers russes en Syrie, le président Poutine a montré que Moscou est un allié fiable, contrairement à Washington qui a trahi d’anciens partenaires, comme Hosni Moubarak, président de l’Egypte. Durant les cinq mois d’activité en Syrie, les capteurs des satellites militaires et des avions de reconnaissance russes ont localisé la quasi-totalité des réseaux de tunnels et de galeries, qui ont été neutralisés par des avions de bombardiers russes. Les bombardements russes ont également pris pour cibles le parc des véhicules et les principaux centres de commandement et de communication des rebelles dits «modérés» comme le Front Al Nusrat, ce qui a eu pour résultat une incapacité à exécuter des manœuvres, d’organiser leur approvisionnement, de se coordonner et communiquer entre eux [1].

Sur les 40 avions de combat, les deux premiers jours, la Russie en a retiré 20 de la Syrie. Il est possible qu’il ne reste en Syrie que 4 bombardiers Su-25 SM et 4 bombardiers Su-24 M2. Entre temps, 21 bombardiers Su-24 MK de l’armée arabe syrienne avaient été re-motorisés et portés à la norme des Su-24 M2 dans l’usine d’avion N° 514 ARZ de Rzhev. Les avions syriens Su-24 M2 sont équipés de systèmes intégrés de navigation et de guidage d’armes de précision (PNS-M), comme ceux des Russes qui ont opéré à la base aérienne de Hmeymim. En Syrie, au lieu d’avoir 30 bombardiers russes en action, il y a désormais 29 bombardiers russes et syriens [2]. Si nécessaire, la Russie a montré qu’elle peut lancer avec succès en Syrie des missiles de croisière (portée 1500-2500 km) à partir de ses navires de la mer Caspienne et de ses bombardiers à grand rayon d’action décollant des aérodromes Russie.

Les groupes islamistes tels que le Front Al-Nusra sont si faibles qu’ils sont en dessous du niveau à partir duquel il serait encore possible de les remettre à flot pour poser de sérieux problèmes à l’armée arabe syrienne. Ils représentent la variante « ayant échoué » des plans américains visant au retrait du pouvoir de Bachar Al-Assad. Peu importe la façon dont elle investira sur eux, la Maison Blanche ne réussira qu’à prolo

Le seul groupe islamiste en Syrie, qui dispose d’une infrastructure solide et peut être approvisionné avec des armes modernes pour se battre d’égal à égal avec l’armée arabe syrienne, est l’État islamique. La Maison Blanche pourrait ordonner au Pentagone d’armer secrètement l’État islamique pour modifier l’équilibre des forces au détriment de l’armée arabe syrienne.nger les atrocités commises par ses mercenaires islamistes, mais n’obtiendra jamais de victoire contre l’armée arabe syrienne. Donc, pour les rebelles américains «modérés» le chapitre semble fermé.

Seulement, les États-Unis ont créé une coalition de 34 États contre l’État islamique, qui bombardent avec 180 avions de combat depuis presque deux ans les objectifs de ce groupe en Irak et en Syrie. Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas encore de vision claire des lignes directrices suivies par les États-Unis en Syrie, ni ne savons à quelle stratégie obéissent ses actions et pour quels résultats. Mais la Russie a conservé en Syrie un mécanisme de contrôle du respect de la trêve basé sur le complexe C4I, les systèmes S-400, plusieurs dizaines d’avions de reconnaissance sans pilote et une interface d’information fournie par le réseau de satellites de surveillance russes. Ce mécanisme est capable de détecter les livraisons d’armes à l’Etat islamique. Il reste à voir quelle explication donneront les néocons de Washington (en particulier la candidate à la présidentielle Hillary Clinton) quand le monde sera convaincu que l’Etat islamique, est en réalité leur création, et qu’ils les utilisent cyniquement pour satisfaire leurs propres intérêts, dans un contexte où, le 14 Mars 2016, le Congrès a voté (392 pour et 3 contre) une résolution similaire à celle du Parlement européen, selon laquelle l’État islamique est répertorié comme auteur de génocide en Syrie et en Irak [3].

Valentin Vasilescu

Traduction: Avic – Réseau International

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[1]. Le pari de Poutine en retirant les troupes russes de Syrie (http://reseauinternational.net/le-pari-de-poutine-en-retirant-les-troupes-russes-de-la-syrie/).

[2]. Syria’s recently upgraded Su-24s (http://spioenkop.blogspot.ro/2014/01/syria-and-her-recently-upgraded-su-24s-2.html ).

[3]. La Chambre US des représentants accuse Daesh de « génocide » ( http://www.voltairenet.org/article190764.html ).

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[Propagande] Trop fort Bruno Denaes, le médiateur de Radio France !

22 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine, #Les média, #la liberté

Petit coup de gueule du soir.

Radio France dispose d’un médiateur pour “porter votre parole auprès des unités de programmes et des rédactions.”

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Après un nouvel accès de racisme ordinaire anti-russe sur les ondes, un auditeur a réagi en saisissant le médiateur :

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“Depuis un moment déjà une sorte de propagande anti-russie semble régner au sein de la rédaction comme de certaines émissions sur tous les “fronts” (intérieur, personnel/Poutine, Syrie, Crimée, etc.). Celle-ci s’entend dans les tournures des journalistes eux-mêmes mais surtout dans les interventions des correspondants et des “experts” choisis pour intervenir et dont l’orientation est assez systématique. Il n’est pas rare d’entendre deux et même trois de ces dernier(e)s invités en même temps et défendre un point de vue identique, ce qui de surprenant devient ridicule de caricature. On a l’impression d’écouter radio-OTAN… faire son travail de désinformation pour formater l’opinion. Un minimum de pluralité de vues serait bienvenue.”

Demander une pluralité de vues pour mieux comprendre les problèmes complexes actuels ? Quel rêveur !

Voici la réponse de Bruno Denaes, nouveau médiateur de Radio France :

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“Non, il ne s’agit pas de propagande, mais de faits et d’explications de ces faits. A défaut, justement, d’être aveugle ou… militant, il est difficile d’admettre que la Russie soit un havre de démocratie (les médias sont à la solde du gouvernement), qu’elle défend les droits de l’homme en Syrie (elle s’est engagée auprès du dictateur qui dirige ce pays), qu’elle ne soit pas “impérialiste” (elle s’approprie la Crimée, appartenant pourtant à un pays légitime, l’Ukraine)… “

J’avoue avoir été scié – mais bon, après tout, le médiateur ne s’informe-t-il qu’en écoutant Radio France, ce qui doit expliquer tout ceci…

Je précise que Bruno Denaes a été rédacteur en chef en charge de la journée, et qu’il intervient régulièrement à l’Institut de journalisme de Bordeaux-Aquitaine, de l’Ecole de journalisme de Toulouse et de l’ESJ Lille.

 

Je rappellerai que, bien évidemment, comme l’explique Chomsky par exemple (il est enseigné à l’ESJ ?), les médias de chaque pays réalisent une propagande qui va dans le sens de leur gouvernement.

Et que, oui, la propagande en Russie est souvent plus intense que chez nous – la différence étant cependant que les Russes, eux, on facilement accès à des sources alternatives étrangères… Mais la propagande en Russie est le problème des Russes, le nôtre est de limiter au maximum celle que nous subissons en France – a fortiori si elle est subventionnée par nos propres impôts…

Alors pour répondre à cette prose, je rappellerai par exemple :

  • que non, tous les médias en Russie ne sont pas “à la solde du gouvernement”, il existe une presse d’opposition férocement anti-Poutine – et on lira dans ces journaux d’opposition des choses d’une virulence introuvable en France
  • que tous NOS journaux appartiennent à des milliardaires, et qu’il n’en existe aucun d’opposition au Système actuel
  • que je ne sais pas si la Russie est “un havre de Démocratie”. Je sais qu’elle dispose d’un Président élu, populaire à 80/90 %, d’un Parlement élu, à la proportionnelle où tous les partis sont représentés équitablement, etc. Je sais que ce n’est pas parfait, mais quand on voit le parcours en 30 ans, on peut être optimiste.
  • que je sais en revanche que la France n’est pas une Démocratie – qui s’entend comme “le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple” – puisque nous avons “le gouvernement du peuple, par les énarques, pour le compte du 0,1 %”. Bien entendu, seuls les sots penseront que le contraire de la Démocratie est la Dictature, alors que le ce contraire de la Démocratie est la “non-Démocratie”. La Dictature est une non-Démocratie, mais le système de non-Démocratie libérale dans laquelle nous sommes en est une aussi – évidemment bien plus confortable que la Dictature, vu que je peux (pour le moment) écrire ceci sans risquer une balle dans la tête demain. Mais notre combat devrait être d’instaurer la Démocratie chez nous (du genre “réaliser des référendums régulier et les respecter”, “ne pas espionner sa population”, “limiter les inégalités”, “lutter contra la corruption du système politique”, “arrêter d’effrayer la population en parlant sans cesse de terrorisme” etc). Quand on voit le parcours en 30 ans, on peut être très pessimiste
  • que je ne connais aucun gouvernement qui “défende les Droits de l’Homme en Syrie”, ni ailleurs. C’est un conte pour enfants, comme le père Noël. Eh oui, désolé, la géopolitique, c’est un peu plus compliqué que “les gentils contre les méchants”…
  • que je connais un gouvernement, le mien, qui défend des Djihadistes et leur a livré des armes (Hollande l’a lui même reconnu, ce qui est évidemment totalement illégal au niveau du droit international, mais chut), entrainant la mort de dizaines de milliers de troufions syriens (mais l’appelé du contingent syrien étant une “non-personne”, sa mort n’émeut jamais un journaliste occidental), qui décore de la légion d’honneur un prince moyenâgeux d’un pays qui finance le terrorisme (l’Arabie), et négocie l’entrée dans l’UE d’un autre pays sponsor du terrorisme, qui vient d’ailleurs de la rançonner de 6 milliards d’euros (la Turquie)
  • dans notre Démocratie exemplaire, avec des Médias aussi indépendants, j’attends toujours l’enquête sur l’Élysée qui aurait trafiqué le rapport devant nous convaincre de bombarder Assad en 2013, et plus largement sur le rôle de la France dans la guerre en Syrie Je recommande enfin l’écoute de cette formidable émission de France Inter : Daesh : autopsie d’un monstre, dont le reste de l’antenne de Radio France ferait mieux de s’inspirer…
  • qu’oser éructer sur “l’impérialisme” de la Russie en dit long sur les œillères du locuteur – surtout quand on appartient au pays qui a détruit la Libye (avec le soutien de Radio France qui a par exemple ouvert ses ondes à BHL pour qu’il y délivre sa propagande – à quel titre, on ne le saura jamais) , ultime victime d’une litanie de souffrance que nous avons causées dans le monde
  • que, quand la France, ancienne puissance coloniale, s’occupe de la Syrie, en aidant les allahuakbars locaux, c’est juste pour l’aider, hein…
  • que, comme au Kosovo, le Parlement de la République Autonome de Crimée a voté son indépendance (et si ça s’appelle justement République Autonome, cela a des implications, hein…), mais qu’à la différence du Kosovo, la population (majoritairement russe) a voté pour son indépendance (le Parlement avait même demandé des observateurs de l’OCDE, mais l’Occident a refusé). Et que de nombreux juristes contestent le rattachement de la Crimée à l’Ukraine en 1954 (Lire par exemple ici, ici ou ici – ça sert à ça le pluralisme…). L’Ukraine a eu le droit de quitter l’URSS, mais la Crimée n’aurait donc pas le droit de quitter l’Ukraine – pourquoi, on ne le saura pas…
  • et qu’enfin, je ne sais pas ce qu’est “un pays légitime” hein…

Et je re-précise qu’on peut dire ceci sans être le moins du monde un soutien de Vladimir Poutine – il suffit juste d’avoir une certaine idée de l’éthique de la profession de journaliste.

Bref, M. Denaes, n’hésitez pas à demander qu’on invite au hasard, Jacques Sapir, Pascal Boniface, Fabrice Balanche, Frédéric Pichon, Georges Malbrunot – vous allez apprendre plein de trucs ! :)

Sans rancune – on compte vraiment sur vous – il n’y a pas de Démocratie sans Pluralisme…

 

Alors, si vous aussi vous avez des choses à dire au Médiateur, n’hésitez pas, on peut lui écrire ici, ou le contacter sur Twitter ici – c’est important de ne pas laisser passer…

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 [Propagande] Trop fort Bruno Denaes, le médiateur de Radio France !

Commentaires recommandés

Nicolas Le 21 mars 2016 à 22h05
 
 

Ce n’est même pas parce que nos médias sont contrôlés par l’Etat ou des milliardaires que les journalistes sont d’un tel parti pris. C’est parce qu’ils y croient dur comme fer. Bien sûr, la nomination des directeurs de publication et des rédacteurs en chef permet d’orienter l’information. Mais pour Le Monde, Libération, Le Figaro, France Inter, … il n’y en a même pas besoin. C’est un petit milieu où tout le monde pense la même chose. Les auditeurs qui se plaignent sont soit des cons, soit des militants. C’est presque plus effrayant que si les journalistes recevaient réellement des ordres. En même temps, cela peut avoir des aspects comiques. C’est parce qu’il n’y a pas de contrôle “actif” qu’un Paul Moreira peut diffuser son reportage sur l’Ukraine sans problème. Du coup, ce sont ses confrères qui lui sont tombés dessus. Idem pour l’émission de France 2 il y a quelques semaines qui, pour la première fois, donnait un autre son de cloche sur la Syrie.

Bref, l’incompétence des journalistes est bien plus à craindre que leur éventuel contrôle.

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Assad va partir (mais prévoir un délai svp..)

22 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

13 mars 2016 :

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Ah les “modérés”…

Rappels

2011 :

assad-11

On notera la franchise “communauté internationale = UE + USA”

2012 :

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assad-11

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2015 :

assad-11

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assad-11

On appréciera le démocratique “il est hors de question qu’Assad se présente aux élections” – tu m’étonnes…

Encore un “fanatique” :

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Épilogue à propos du livre de Malbrunot :

assad-11

On comprend mieux – quelle importance a la réalité… ?

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Michel Raimbaud contre les Etats voyous et les grandes voyoucraties

20 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch, #La Turquie, #l'immigration

Le mardi 6 octobre 2015

Michel Rimbaud

Michel Rimbaud

Le point de vue de Michel Raimbaud, un ancien ambassadeur de France s’inscrivant dans la tradition de notre diplomatie gaullienne, nous a paru intéressant à faire connaître dans la situation actuelle.

On le savait déjà, il y a désormais deux camps dans la communauté des nations : celui du droit international œuvrant en faveur d’un nouvel ordre mondial multipolaire en gestation, et celui de l’hypocrisie et de l’arrogance qui cherche à préserver son hégémonie en installant le chaos partout où il rencontre de la résistance.

L’univers arabe et musulman et ses abords d’Afrique, d’Asie ou d’Europe sont le lieu d’une entreprise de destruction et d’asservissement conduite conjointement par l’empire atlantiste sous haute influence israélienne et ses clients islamistes radicaux. La Syrie est devenue le centre de gravité et l’enjeu d’une guerre inédite et perverse, mais aussi, pour ses promoteurs criminels, une cible emblématique.

La « mère de la civilisation », qui combat en première ligne les terroristes sauvages du soi-disant « Etat Islamique » et du front Al Nosra/al Qaida, est donc présentée comme « l’Etat voyou » par excellence par ceux-là mêmes qui financent, arment et soutiennent le gangstérisme sanglant des djihadistes. Dans nos « grandes démocraties », l’inversion des rôles est devenu si naturel que nul ne songe plus à s’en offusquer : c’est la base même du « false flag », omniprésent dans la narrative atlantiste.

L’Assemblée Générale des Nations Unies a consacré la journée du lundi 28 septembre dernier à la Syrie. Les puissants de ce monde ont utilisé cette tribune pour réaffirmer leurs positions sur l’interminable conflit. A la lumière des déclarations, il n’y a pas photo.

Obama dénonce la logique (russe) consistant à soutenir un « tyran » sous prétexte que l’alternative « serait pire ». Le tyran, c’est Bachar Al Assad, qui « massacre des enfants innocents ». Kerry, colombe repentie, précise : « Après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d’avant la guerre ».

Le Nobel de la Paix ne manque pas d’air : s’il a peut-être apaisé les relations avec Cuba et anesthésié jusqu’à sa fin de mandat le dossier nucléaire iranien, s’il a renoncé aux « frappes punitives » en Syrie en raison de ses réticences et/ou devant la détermination de l’adversaire, il a allumé ou entretenu au moins autant de conflits que George Debeliou et il est à la tête d’un Etat responsable de la mort de millions d’enfants et d’adultes, de la destruction d’Etats et de sociétés entières, de dizaines de millions de vies brisées, sans même remonter aux centaines de milliers de victimes d’Hiroshima et Nagasaki.

Heureuse Amérique, bienheureuses « grandes démocraties », toujours sûres de leurs valeurs, plus souvent boursières que morales !

41ljf7j6i-l._sx340_bo1_204_203_200_-7db20Il faut le répéter, il n’appartient pas aux maîtres occidentaux, à Erdogan l’apprenti calife, ou aux potentats pétroliers, de prescrire l’avenir de la Syrie après l’avoir détruite : c’est au peuple syrien et à lui seul d’en décider, sans ingérence étrangère. C’est ce principe de souveraineté que rappelle le Président chinois, Xi Jin Ping, clamant haut et fort que l’ère unipolaire est révolue et que le monde est désormais multipolaire.

Vladimir Poutine se place lui aussi dans le cadre de la légalité internationale et soutient l’Etat syrien et son gouvernement, ainsi que « les forces armées du président Al Assad qui sont les seules à combattre réellement l’Etat Islamique”. Il propose une « large coalition antiterroriste » en Syrie et en Irak, dans laquelle les pays arabes « joueraient un rôle clé » et qui devrait inclure le gouvernement syrien et l’Iran, son allié. Les décisions du Président russe suscitent la colère des Occidentaux, qui ont refusé la résolution déposée au Conseil de Sécurité par le Kremlin. Ils sont agacés par la référence appuyée à un droit international qu’eux-mêmes traitent avec légèreté.

Pour perpétuer leur hégémonie, les dirigeants atlantistes avancent à l’ombre des faux drapeaux de la démocratie, de la justice, de la morale et du droit. Ils diabolisent les pays qui font obstacle à leurs ambitions en les reléguant dans la géhenne des Etats « préoccupants » ayant vocation à être dépecés en entités « démocratiques » à la mode de l’Oncle Sam : en bref, les « Etats voyous ». Ce concept a joué un rôle essentiel dans la stratégie américaine plusieurs décennies durant, et c’est en jouant de cet épouvantail que les Etats-Unis, encourageant leurs alliés à faire de même, ont violé et violent systématiquement le droit international.

Ce droit est fondé sur la Charte des Nations-Unies qui, dans son article 51, attribue au seul Conseil de Sécurité le pouvoir de prendre les mesures adéquates qu’il juge nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales « une fois constatée l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression (…) ».

Mais les néocons de Washington se moquent de la légalité onusienne. Seules comptent « les menaces contre nos intérêts », qui sont le fait des « Etats voyous »et rendent nécessaires « des interventions militaires directes » et « le maintien de forces de projection considérables », particulièrement en direction du Proche-Orient. Pour ces faucons, le fondement du droit n’est pas la Charte de l’ONU, mais la Constitution américaine.

Selon Noam Chomski, « ce mépris de la primauté du droit est profondément enraciné dans la culture et les pratiques américaines ». Infiltrés au sein du « pouvoir profond », les néocons vont répandre chez les alliés occidentaux une idéologie dont le fondement reste simple : même si la guerre froide est terminée, les Etats-Unis conservent la responsabilité de protéger le monde face aux « Etats voyous ». En août 1990, Washington et Londres décrètent que l’Irak en est un, et ce ne sera que l’un des premiers d’une longue liste…

Une étude commandée en 1995 par le Strategic Command pose les « principes de base de la dissuasion dans l’après-guerre froide » : depuis que les Etats-Unis ont « remplacé l’Union soviétique par les Etats dits “voyous” », ils doivent projeter une image « irrationnelle et vindicative d’eux-mêmes », « certains éléments » du gouvernement apparaissant « comme potentiellement fous, impossibles à contrôler ». C’est une reprise de la « théorie du fou » de Nixon qui jugeait souhaitable que l’Amérique soit dirigée par « des cinglés au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction, afin de créer ou renforcer les craintes des adversaires ».

Cette prose délirante justifie en quelque sorte la transformation des « grandes démocraties » en « voyoucraties », respectant les trois critères qui, selon l’un des « nouveaux historiens » israéliens, Avraham Shlaim, professeur émérite à Oxford, définissent l’Etat voyou, le « rogue state » des anglo-saxons :

  • Violer régulièrement la légalité internationale,
  • Détenir des armes de destruction massive,
  • Utiliser le terrorisme pour terroriser les populations civiles.

C’est ainsi que Robert McNamara, ex-secrétaire américain à la défense (de 1961 à 1968), estime en juin 2000 (The International Herald Tribune) que les Etats-Unis sont devenus un « Etat voyou ». Noam Chomski fera de même au début des funestes « printemps arabes », constatant que son pays « se place au-dessus du droit international ».

A l’heure où le Grand-Moyen Orient est ravagé par l’extrémisme islamiste, patronné par les Occidentaux et leurs affidés régionaux, le débat sur l’éthique dans les relations internationales est pipé. Le conflit n’est plus entre un monde « libre »et un monde « totalitaire », mais entre les partisans du droit international et du respect mutuel entre nations et ceux qui se comportent en Etats voyous, guidés par la « théorie du fou » et la stratégie du « chaos innovateur ».

Conviction réelle pour les uns, leurre pour les autres, la référence au droit international n’a pas la même valeur pour les deux camps : les prêcheurs de guerre jouent avec l’idée d’un conflit mondial qui assurerait leur triomphe… sauf si l’équilibre militaire des forces rend leur victoire trop incertaine.

La Russie vient donc de bouleverser la donne en proposant sa « grande coalition » et en se lançant dans une lutte globale contre les terroristes, conformément aux résolutions du Conseil de Sécurité et à la demande du gouvernement de Damas, tout en recherchant une solution politique entre Syriens, en application de l’accord de Genève. C’est un pavé dans la mare où depuis un an s’ébat presque seule la coalition US, dont les frappes homéopathiques détruisent la Syrie sans beaucoup nuire aux terroristes de Da’ech. C’est un pas important en direction de la paix, conforme au droit international. Les Européens saisiront-ils la perche ?

On l’a entendu à la tribune onusienne, le représentant du « pays des lumières », François Hollande, est plongé tout entier dans ses menées obscures et nourrit une obsession pathologique qui a nom Bachar, lequel doit être « neutralisé » et exclu de toute transition politique : « On ne peut faire travailler ensemble victimes et bourreau. Assad est à l’origine du problème : il ne peut pas faire partie de la solution ».

Droit dans ses bottes tordues, le grand chef de guerre fait valoir qu’il n’est pas seul sur cette position intenable : « Barack Obama s’y refuse, d’autres dirigeants (on sait lesquels – NDLR) s’y refusent. Les Russes doivent en tirer les conséquences », conclut-il, impérial. Prend-on des gants avec le chef d’un « Etat-voyou » quand on est soi-même aussi populaire ?

Mou face aux problèmes de l’Hexagone, Hollande aura fait preuve d’un activisme forcené face à des affaires qui ne le regardent pas, le conflit de Syrie par exemple, où la France a déjà un bilan accablant : mauvaise évaluation de la solidité de l’État syrien, de la crédibilité de l’opposition offshore, appui inacceptable à la rébellion armée débouchant sur la couverture du terrorisme, obsession de « neutraliser »Bachar Al Assad, volonté manifeste de casser la Syrie rebelle et acharnement dans la destruction de son identité.

Qu’on le veuille ou non, notre pays est partie prenante dans l’entreprise criminelle et prédatrice de ses alliés atlantistes, de ses amis turcs, saoudiens et qataris et des mercenaires qu’ils instrumentalisent. Il est coresponsable du résultat : des millions de réfugiés, déplacés, sinistrés, morts et blessés, des millions de familles dispersées, de vies brisées, le démantèlement du patrimoine, des infrastructures, des entreprises…

Il aura aussi fait preuve d’une approche très floue de la légalité internationale et d’un certain déficit de cartésianisme, les terroristes étant traités en ennemis au Mali et « faisant du bon boulot » en Syrie.

Dans les grands dossiers de ce début de millénaire – la glissade du Moyen-Orient vers le chaos, la déstabilisation de l’ex-glacis soviétique grâce à la sollicitude de l’Occident – la France est affaiblie comme jamais et a perdu sa crédibilité, car elle est en divorce avec les acteurs qui comptent. Son hypocrite diplomatie compassionnelle lui attire le mépris. Les écarts de langage font le reste. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer le départ de Fabius, condition nécessaire mais non suffisante pour se refaire une virginité.

Fabius et Hollande étant ce qu’ils sont, on peut craindre que la France tarde à coopérer avec la Russie, l’Iran et la Syrie pour rétablir une paix juste et durable, dans le cadre d’un ordre mondial nouveau. Mais notre pays devra bien sortir de la triple impasse dans laquelle il s’est enfermé : l’entêtement à rester internationalement hors-la-loi devra céder la place à une politique plus décente et moins destructrice. En d’autres termes, il s’agira de reprendre son rôle traditionnel de faiseur de paix et non pas de fauteur de guerre.

Les citoyens des « grandes démocraties » finiront-ils par s’inquiéter de la dérive « voyoucratique » de leurs élites dirigeantes qui fait peu à peu de l’Occident arrogant une minorité honnie et haïe par le reste de la planète ? Comme on dit : ça urge.

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