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Le blog de Lucien PONS

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[VIDÉO] Tentatives de LIQUIDATION du DROIT INTERNATIONAL [par Robert CHARVIN, Professeur émérite de l'Université de Nice]

26 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #l'ONU, #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Russie

 

 

 

 

[VIDÉO] Tentatives de LIQUIDATION du DROIT INTERNATIONAL [par Robert CHARVIN, Professeur émérite de l'Université de Nice]

TENTATIVES DE LIQUIDATION DU DROIT INTERNATIONAL

 

par le Parti de l'émancipation du peuple (ex-M-PEP).
 
Le 22 février 2016.

Robert CHARVIN est docteur en droit, diplôme d'études supérieures de sciences politiques et agrégé des facultés de droit. Il est Doyen honoraire de la faculté de droit et de sciences politiques de Nice et Professeur émérite de l'Université de Nice. Il a participé à l'Université d'automne du Parti de l'émancipation du peuple qui se tenait à Nice, et a alerté sur les tentatives de liquidation du droit international.

Le droit international est un ensemble de normes réglant les relations entre états, relevant du monde des croyances (la " légitimité juridique ") et objet d'une méconnaissance presque totale (les citoyens n'en font pas un point d'appui politique). On l'invoque parfois lorsqu'un état y trouve un intérêt. On le passe le plus souvent sous silence, parce qu'il entrave une puissance (publique ou privée). Aujourd'hui, à l'instigation surtout des États-Unis, qui ont tous les moyens à leur disposition, le droit international fait l'objet de manipulations : il est instrumentalisé pour des causes qui lui sont contraires. Il est même victime d'une tentative de liquidation, du moins dans tous les secteurs qui handicapent la liberté de manœuvre des grandes puissances, particulièrement les états-Unis. C'est ainsi, par exemple, que la " non-ingérence " dans les affaires intérieures des états et des peuples, disposition centrale de la Charte des Nations unies, devient par la grâce " étasunienne " sont contraire avec l'ingérence dite " humanitaire " et le " devoir de protéger " les peuples contre leur propre état. La pratique de quelques Puissances, désireuses de produire à elles seules un " droit coutumier ", devient une source fondamentale en lieu et place de l'accord entre états. Cette pratique présente les caractères les plus arbitraires, les plus discriminatoires et les plus contradictoires : elle ne relève d'aucun principe, quel que soit le discours officiel, mais d'une simple évaluation des rapports de force et des possibilités qu'ils ouvrent. Seules, pourtant, les organisations populaires peuvent prendre en charge le Droit international, après avoir pris conscience de l'importance politique de ses principes et de ses normes aptes à limiter tous les pouvoirs publics et privés.

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Evolution du droit international - Echanges 1/2 avec la salle et Robert Charvin

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[Pépite] Que l’Europe remette Poutine à sa place, par Guy Verhofstadt

26 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #Europe supranationale, #La Russie, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine

La PÉPITE du jour, dans le quotidien économique français.

Bien entendu, une telle charge coordonnée contre Poutine, venant de plusieurs endroits avec les mêmes éléments de langage (c’est pour cela que je les reprends ici) n’est pas anodine.

Source : Les Echos, Guy Verhofstadt, 23-02-2016

Morgestraich carnival parade, Basel, Switzerland - 15 Feb 2016

Pour Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE au Parlement européen, Vladimir Poutine exacerbe les crises qui frappent l’Europe. L’heure est venue de contrer l’agressivité du président russe.

La stabilité de l’Europe est actuellement mise à l’épreuve au travers d’au moins six crises majeures : chaos régional principalement lié à la guerre en Syrie, risque de sortie britannique hors de l’UE , afflux de réfugiés d’une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, difficultés financières non résolues, expansionnisme russe, et retour du nationalisme dans la vie politique.

Or, c’est tout à fait sciemment que le président russe Vladimir Poutine vient exacerber au moins quatre de ces crises. Outre le comportement aventuriste dont il fait preuve en Ukraine, Poutine ne cesse d’instiller de l’obstructionnisme dans la politique européenne en soutenant les partis populistes et eurosceptiques, d’ attiser le conflit au Moyen-Orient via son intervention militaire en Syrie, et par voie de conséquence d’aggraver la crise des réfugiés. L’heure est venue pour l’UE d’ouvrir les yeux face à la menace que représente Poutine, et de commencer à contrer l’agression initiée par le président russe.

En effet, cette propagation du nationalisme à laquelle nous assistons aujourd’hui en Europe s’explique notamment par le fait que la Russie finance les partis politiques d’extrême droite, dont la montée en puissance empêche l’Europe d’élaborer une réponse collective à la crise des réfugiés. Au Royaume-Uni, cette formation pro-Poutine qu’est le Parti pour l’indépendance vient talonner de très près le Premier ministre David Cameron, ce qui conduit le gouvernement à refuser de prendre en charge sa juste part de réfugiés. De même, la Suède a pris la décision de fermer ses frontières, en réaction à des sondages de plus en plus favorables à l’extrême droite des Démocrates de Suède. Et ce malheureux constat s’observe sur tout le continent.

Ah pardon, je pensais que c’était juste que les citoyens n’avaient pas envie d’accueillir des immigrés…

Vladimir Poutine entrave le processus de paix

Dans le même temps, Poutine veille à saboter les efforts de la communauté internationale visant à négocier une solution politique au conflit syrien, principale cause de la crise des réfugiés. L’appui de la Russie aux interventions militaires du gouvernement syrien à Alep vient entraver le processus de paix, qui dépend d’une coopération entre acteurs mondiaux, puissances régionales et forces d’opposition modérées, que Poutine ne cesse de bombarder.

Qu’est ce que je rirais si ces crétins ne poussaient pas au conflit…

Amis jeunes, c’est à cause de gens comme ça que vous ne connaitrez pas la paix toute votre vie – observez bien.

Le 15 février, d’après les Nations Unies, au moins 50 personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants auraient perdu la vie dans plusieurs frappes de missiles sur des écoles et des hôpitaux dans le nord de la Syrie. Le gouvernement français a qualifié à juste titre ces attaques de « crime de guerre ». La Russie a pour sa part nié toute implication, bien que des fragments de missiles de fabrication russe aient été retrouvés sur place. L’association humanitaire Médecins Sans Frontières a expliqué que seuls la Russie ou le gouvernement syrien pouvaient être derrière ces attaques.

Je n’ai pas le temps de vérifier, mais il faudra qu’on m’explique depuis quand un type bombardé au sol peut savoir qui l’a bombardé – j’aurais pensé que des AWACS ou satellites auraient pu fournir des informations fiables, mais je pense (et comme pour le MH17) qu’au XXIe siècle, on va finir par demander à tout le monde de mettre une webcam à sa fenêtre, les militaires n’ayant a priori jamais les moyens de savoir quoi que ce soit.

Par ailleurs, d’après le Comité international de la Croix-Rouge, les combats menés autour d’Alep aurait contraint au déplacement environ 50.000 personnes. Beaucoup de ces Syriens désespérés – ceux qui pour la plupart ne pouvaient pas financièrement se permettre de fuir jusqu’à présent – prendront la route de la Turquie et de l’Europe.

La Russie largue ses bombes aux endroits mêmes où Poutine affirme soutenir un cessez-le-feu. De toute évidence, la parole du président russe n’a aucune valeur, comme l’illustrent les antécédents du Kremlin en Ukraine.

À l’heure où l’attention des États-Unis se trouve captée par la campagne présidentielle , les dirigeants de l’Europe se retrouvent esseulés tandis que l’Ours russe ronge la porte du continent.

Pôvre petit chou qui n’a pu papa pour le protéger !

Ca, c’est de l’Europe puissance !

L’heure est venue de prendre des mesures immédiates.

Aux aaaaaaaaaaaaaaaarmes citoyens; formeeeeeeeeeez…

Des mesures fortes

Il s’agirait tout d’abord pour les gouvernements européens de mettre rapidement un terme à ce mécanisme par lequel la Russie finance un certain nombre de partis politiques en Europe, en sollicitant si nécessaire l’aide de la CIA pour déterminer la manière dont ces fonds sont transférés.

Celle là, c’est cadeau tant c’est énorme, ne me remerciez pas.

(au passage, je rappelle que l’histoire du FN, c’est un parti politique français à qui les v=babques françaises refusent de preter de k’a

Cet effort devra se poursuivre jusqu’à ce que ces pipelines qui approvisionnent les partis européens en argent russe soient coupés une bonne fois pour toutes.

Deuxièmement, l’UE doit se préparer à imposer de plus lourdes sanctions économiques à la Russie. La résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui fixe la feuille de route du processus de paix en Syrie, contraint l’ensemble des acteurs, y compris la Russie, à cesser toute frappe aveugle à l’encontre de civils. Si la Russie manque à cette obligation, ces sanctions devront être déclenchées.

Si c’est les occidentaux, aussi.

Troisièmement, il est nécessaire que l’UE œuvre aux côtés de la Turquie et d’autres acteurs régionaux

Non, je rêve, il n’a pas écrit ça ? Pas les parrains de Daech qui sont en train de bombarder la Syrie là ? On peut le tondre ?

Troisièmement, il est nécessaire que l’UE œuvre aux côtés de la Turquie et d’autres acteurs régionaux afin d’établir des zones de refuge au niveau de la frontière turco-syrienne, en direction desquelles se dirigent les populations déplacées d’Alep et d’ailleurs. Bien que cette démarche présente un certain risque, elle n’offre actuellement aucune alternative crédible.

Si, on arrête de soutenir les barbares, et on laisse le gouvernement syrien reprendre la ville en quelques jours – après on verra, mais les afflux de réfugiés cesseront.

Enfin, l’Europe doit cesser de faciliter la tâche de Poutine,

C’est vrai que je sentais l’UE un peu molle du genou là, avec toute cette russophilie ambiante…

et appliquer une approche collective face à l’afflux de réfugiés. Dans le cadre de cette réponse d’urgence, garde-côtes et police aux frontières européennes doivent être mis en place, avec pour mission d’aider la Grèce à gérer ses propres frontières, ainsi que de sauver des vies humaines et de traiter les nouvelles arrivées.

Dans le même temps, les fonds de l’UE doivent être utilisés afin d’améliorer les conditions de vie dans les camps de réfugiés en Turquie, en Jordanie et ailleurs, afin d’offrir aux résidents de ces camps un minimum d’espoir de satisfaction de leurs besoins essentiels. Et effectivement, les dirigeants européens doivent consentir à prendre en charge leur juste charge d’individus dans le besoin, en permettant aux réfugiés de demander asile dans l’UE directement à partir du pays dans lequel ils résident actuellement.

George Soros a eu raison d’affirmer récemment que le plus grave menace à long terme pour la stabilité de l’UE n’était autre que la Russie. Il est toutefois dans l’erreur lorsqu’il annonce un scénario dans lequel l’UE serait vouée à fléchir, pour finalement s’effondrer sous les poids des multiples crises auxquelles elle est confrontée. Il est temps que l’Europe s’affirme, qu’elle tire parti de sa puissance économique, et qu’elle en fasse bon usage afin de remettre Poutine à sa place.

bah, après tout, ces gens prenant sans cesse les USA comme modèle, il est clair que la guerre est au bout de chemin.

Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2016 – Que l’Europe remette Poutine à sa place

Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE au Parlement européen et ancien Premier ministre belge

Source : Les Echos, Guy Verhofstadt, 23-02-2016

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La vision de Kissinger sur les relations américano-russes

26 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Source : The National Interest, le 04/02/2016

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La Russie devrait être perçue comme un élément essentiel de tout nouvel équilibre global.

Henry A. Kissinger

Le 4 février 2016

Entre 2007 et 2009, Evgueni Primakov et moi-même avons présidé un groupe composé de ministres d’État à la retraite, de hauts fonctionnaires et de chefs militaires de Russie et des États-Unis, incluant certains d’entre vous présents aujourd’hui. Son objectif était d’atténuer les aspects antagonistes des relations États-Unis-Russie et d’étudier les opportunités d’approches coopératives.

En Amérique, il était décrit comme un “Track II group”, ce qui signifie qu’il était bipartite et encouragé par la Maison-Blanche à explorer mais non à négocier en son nom. Nous avions alterné des réunions dans chacun des pays. Le président Poutine a reçu le groupe à Moscou en 2007, et le président Medvedev en 2009. En 2008, le président George W. Bush a rassemblé une grande partie de son équipe pour la sécurité nationale dans la salle du Cabinet pour un dialogue avec nos invités.

Tous les participants avaient occupé des postes à responsabilité durant la Guerre Froide. Pendant les périodes de tension, ils avaient fait valoir l’intérêt national de leur pays comme ils le comprenaient. Mais ils avaient aussi appris par l’expérience des périls d’une technologie menaçant la vie civilisée et évoluant dans une direction qui, en période de crise, pourrait perturber toute activité humaine organisée. Des soulèvements surgissaient tout autour du globe, amplifiés en partie par différentes identités culturelles et la confrontation d’idéologies. Le but de l’initiative Track II était de surmonter les crises et d’explorer des principes communs à l’ordre mondial.

Evgueni Primakov était un partenaire indispensable dans cette initiative. Son esprit analytique aiguisé combiné à une large compréhension des tendances mondiales acquise au cours des années qu’il a passées à proximité et finalement au centre du pouvoir, et sa grande dévotion à son pays ont amélioré notre réflexion et aidé à la quête d’une vision commune. Nous n’étions pas toujours d’accord, mais nous nous respections toujours. Nous le regrettons tous et moi personnellement en tant que collègue et ami.

Je n’ai pas besoin de vous dire que nos relations aujourd’hui sont bien pires que ce qu’elles étaient il y a une décennie. En effet, elles sont certainement le pire de ce qu’elles ont été avant que ne se termine la guerre froide. La confiance mutuelle s’est dissipée de part et d’autre. La confrontation a remplacé la coopération. Je sais que ces derniers mois, Evgueni Primakov cherchait des moyens de surmonter cette inquiétante situation. Nous honorerions sa mémoire en faisant nôtre cette démarche.

A la fin de la guerre froide, les Russes et les Américains avaient une vision d’un partenariat stratégique modelé par leurs récentes expériences. Les Américains espéraient qu’une période de réduction des tensions conduirait à une coopération productive sur les enjeux planétaires. La fierté russe dans leur rôle de modernisation de leur société fut tempérée par leur malaise face à la transformation de leurs frontières et par la constatation des tâches monumentales à venir en termes de reconstruction et redéfinition. Des deux côtés, beaucoup comprenaient que les destins de la Russie et des États-Unis restaient étroitement entrelacés. Maintenir une stabilité stratégique et empêcher la prolifération des armes de destruction massive devenaient une nécessité grandissante, tout comme l’était la construction d’un système de sécurité pour l’Eurasie, spécialement le long des contours étirés de la Russie. De nouvelles perspectives s’ouvraient en matière de commerce et d’investissement ; la coopération en matière d’énergie était en haut de la liste.

Malheureusement, le rythme du bouleversement mondial a dépassé les capacités de la diplomatie. La décision d’Evgueni Primakov en tant que Premier ministre, durant un vol au-dessus de l’Atlantique en direction de Washington, d’ordonner à son avion de faire demi-tour et de retourner à Moscou pour protester contre le début des opérations de l’OTAN en Yougoslavie était symbolique. Les espoirs initiaux qu’une étroite coopération dans les premières phases de la campagne contre al-Qaïda et les Talibans en Afghanistan pourraient mener à un partenariat sur un éventail plus large de problèmes s’affaiblissaient dans le tourbillon des disputes sur la politique au Moyen-Orient, puis se sont effondrés avec les manœuvres militaires russes dans le Caucase en 2008 et en Ukraine en 2014. Les efforts les plus récents pour trouver un terrain d’entente sur le conflit en Syrie et pour réduire les tensions en Ukraine ont peu changé l’accroissement du sentiment d’éloignement.

Le récit prévalant dans chaque pays rejette la totalité du blâme sur l’autre, et dans chaque pays il y a une tendance à la diabolisation, si ce n’est de l’autre pays, du moins de ses dirigeants. Comme les problèmes de sécurité nationale dominent le dialogue, une partie de la méfiance et des suspicions provenant de la lutte acharnée durant la guerre froide a resurgi. Ces sentiments ont été exacerbés en Russie par la mémoire de la première décennie post-soviétique lorsque la Russie souffrait d’une vertigineuse crise politique et socio-économique, alors que les États-Unis bénéficiaient de leur plus longue période ininterrompue de développement économique. Tout cela causa des divergences politiques sur les Balkans, l’ancien territoire soviétique, le Moyen-Orient, l’expansion de l’OTAN, les ventes d’armes et de défense anti-missile au point de submerger les perspectives de coopération.

Peut-être plus important encore a été le fossé fondamental entre les conceptions historiques. Pour les États-Unis, la fin de la guerre froide représentait une justification de sa foi traditionnelle en une inévitable révolution démocratique. Ils visualisaient l’expansion d’un système international gouverné essentiellement par des règles juridiques. Mais l’expérience passée de la Russie est plus compliquée.

Pour un pays sur lequel avaient marché des armées étrangères depuis des siècles venant aussi bien de l’Est que de l’Ouest, la sécurité nécessitera toujours d’avoir une fondation géopolitique aussi bien que légale. Lorsque sa frontière de sécurité se déplace de 1 000 miles de l’Elbe vers Moscou, à l’est, la perception par la Russie de l’ordre mondial renfermera une inévitable composante stratégique. Le défi de notre époque est de fusionner deux points de vue – le juridique et le géopolitique – dans une conception cohérente.

De cette manière, paradoxalement, nous nous trouvons confrontés à nouveau à un problème essentiellement philosophique. Comment pour les États-Unis travailler avec la Russie, un pays qui ne partage pas l’ensemble de ses valeurs mais est une indispensable composante de l’ordre international ?

Comment pour la Russie mettre en pratique ses intérêts en matière de sécurité sans déclencher des alarmes dans sa périphérie et accumuler les adversaires. La Russie peut-elle gagner une place respectée dans les affaires mondiales avec lesquelles les États-Unis sont à l’aise ? Les États-Unis peuvent-ils poursuivre leurs valeurs sans être perçus comme menaçant de vouloir les imposer ? Je n’essaierai pas de proposer des réponses à toutes ces questions. Mon objectif est d’encourager une initiative pour les explorer.

Beaucoup de commentateurs, russes et américains, ont rejeté la possibilité que les É-U et la Russie collaborent à un nouvel ordre mondial. Selon eux, les États-Unis et la Russie sont entrés dans une nouvelle guerre froide.

Le danger aujourd’hui est moins le retour à une confrontation militaire que la consolidation dans les deux pays d’une prophétie en cours de réalisation. Les intérêts à long terme des deux pays appellent à un monde qui transforme les actuelles turbulences et fluctuations en un nouvel équilibre de plus en plus multipolaire et globalisé.

La nature de la tourmente est en soi sans précédent. Jusque récemment, les menaces internationales mondiales étaient identifiées grâce à l’accumulation de pouvoir par un État dominant. Aujourd’hui les menaces proviennent plus fréquemment de la désintégration de pouvoir étatique et du nombre grandissant de territoires non gouvernés. Cette propagation du vide de pouvoir ne peut être gérée par aucun État, peu importe sa puissance, sur une échelle exclusivement nationale. Cela requiert une coopération durable entre les États-Unis et la Russie, et d’autres grandes puissances. Par conséquent, les éléments de compétition, dans le cadre des conflits traditionnels du système interétatique, doivent être contenus afin que la compétition soit maintenue dans certaines limites et crée les conditions qui empêchent que cela ne se reproduise.

Il y a, comme nous le savons, de nombreux problèmes décisifs devant nous, l’Ukraine et la Syrie sont les plus immédiats. Durant ces dernières années, nos pays ont engagé des discussions épisodiques sur ces questions sans progrès notable. Ce n’est pas surprenant, car les discussions se sont déroulées en dehors du cadre d’un accord stratégique. Chacun de ces problèmes spécifiques est l’expression d’un autre problème stratégique plus large. L’Ukraine a besoin d’être incorporée à la structure de l’architecture internationale et européenne de sécurité de telle façon qu’elle serve de pont entre la Russie et l’Occident, plutôt que de poste avancé de chaque côté. Concernant la Syrie, il est clair que les factions locales et régionales ne peuvent trouver une solution par elles-mêmes. Des initiatives russo-américaines compatibles coordonnées avec d’autres grandes puissances pourraient créer un modèle de solutions pacifiques au Moyen-Orient et peut-être ailleurs.

Toute initiative pour améliorer les relations doit inclure un dialogue sur l’ordre mondial émergent. Quelles sont les tendances qui érodent l’ancien ordre et formatent le nouveau ? Quels défis les changements posent aux intérêts nationaux et russes et américains ? Quel rôle chaque pays veut-il jouer dans la mise en forme de cet ordre, et quelle position peut-il raisonnablement et finalement espérer occuper dans ce nouvel ordre ? Comment concilions-nous les conceptions très différentes de l’ordre mondial qui se sont développées en Russie et aux États-Unis – et chez d’autres grandes puissances – en fonction de l’expérience historique ? Le but devrait être de développer une conception stratégique des relations russo-américaines dans laquelle les points de discorde pourraient être gérés.

Dans les années 60 et 70, je percevais les relations internationales comme une relation essentiellement antagoniste entre les États-Unis et l’Union soviétique. Avec l’évolution de la technologie, une conception de stabilité stratégique que les deux pays pouvaient mettre en œuvre s’est développée, même lorsque leur rivalité continuait dans d’autres domaines. Le monde a considérablement changé depuis. En particulier, dans l’émergence de l’ordre multipolaire, la Russie devrait être perçue comme un élément essentiel de tout nouvel équilibre mondial, non en premier chef comme une menace pour les États-Unis.

J’ai passé la majeure partie des soixante-dix dernières années engagé d’une façon ou d’une autre dans les relations américano-russes. J’étais dans les centres de décision lorsque les niveaux d’alerte ont été relevés, et aux célébrations conjointes de succès diplomatiques. Nos pays et les peuples de par le monde ont besoin de perspectives qui soient plus dans la durée.

Je suis ici pour débattre de la possibilité d’un dialogue qui cherche à fusionner nos avenirs plutôt que de discourir sur nos désaccords. Cela requiert respect des deux côtés pour les valeurs vitales et de l’intérêt pour l’autre. Ces objectifs ne peuvent être atteints dans le temps qu’il reste à l’administration actuelle. Mais leur poursuite ne devrait pas pour autant être différée en raison de politiques intérieures américaines.

Cela résultera seulement d’une volonté commune de Washington et de Moscou, au sein de la Maison-Blanche et du Kremlin, de dépasser les griefs et le sentiment de persécution pour affronter les défis majeurs qui attendent nos deux pays dans les années à venir.
Henry A. Kissinger a servi en tant que conseiller en sécurité nationale et Secrétaire d’État sous les présidents Nixon et Ford. Ce discours a été prononcé à la Fondation Gorchakov de Moscou durant la conférence Primakov.

Image: Wikimedia Commons/World Economic Forum.

Source : The National Interest, le 04/02/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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VIDEO : Mélenchon soutient Poutine pour ce que fait la Russie en Syrie contre Daesh

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #ISIL, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Turquie

23 Février 2016

Publié par Jean Lévy

VIDEO : Mélenchon soutient Poutine pour ce que fait la Russie en Syrie contre Daesh

Il ne l'avait jamais dit aussi directement. Invité de l'émission "On n'est pas couché", samedi 20 février sur France 2, l'eurodéputé Jean-Luc Mélenchon a "félicité" le président russe Vladimir Poutine pour son action en Syrie. A la journaliste Léa Salamé, qui lui demandait s'il était "pour ce que Vladimir Poutine est en train de faire en Syrie", le coprésident du Parti de Gauche a répondu "oui". "Je pense qu'il va régler le problème", a-t-il ajouté.

"Je souhaite que Daech soit frappé à mort"

"Je suis pour que Daech soit vaincu, écrabouillé", a-t-il poursuivi, estimant qu'il n'était "pas vrai" que l'armée russe frappe davantage l'opposition syrienne au régime de Bachar Al-Assad que les positions de Daech. "Ce sont les Russes qui ont coupé les communications qui sortaient le pétrole de Daech pour faire de la contrebande par la Turquie", a insisté Jean-Luc Mélenchon, "félicitant" à ce titre Vladimir Poutine et la Russie.

Et de marteler : "Daech va être étranglé. Et comme c'est Daech qui nous a frappé, je souhaite qu'ils soient frappés à mort". "Je suis pour qu'on revienne à la paix le plus vite possible", a-t-il conclu, appelant à une "coalition militaire internationale [avec la Russie] pour battre Daech".

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Syrie : une course contre la montre décisive ?

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La France, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Daesch, #Terrorisme, #ISIL

Syrie : une course contre la montre décisive ?

Syrie : une course contre la montre décisive ?

Le 23 février 2016

L’heure la plus sombre vient toujours avant l’aube. Simplement, quelle sera donc cette aube ? Terrible à vomir ou rassurante, claire, porteuse d’espoir ? Comme celui qui rit bien est toujours celui qui rit le dernier, il se fait que Fabius est parti alors donc qu’Assad est toujours là où il est. Il se fait que Yann Moix et co continuent à verser dans le ridicule le plus abject en accusant la Russie de bombarder une opposition syrienne armée/modérée alors même qu’Obama avait reconnu – avant de retourner sa veste pour une énième fois – que cette opposition aux vertus tant vantées par l’Occident n’était rien de plus que les filiales d’Al-Qaïda, gentilles en Syrie contre Assad, méchantes en Afghanistan où elles se font récuremment taper après y avoir été formées contre l’URSS. Biden, m’en souvient-il, avait lui aussi confirmé que l’opposition modérée était une chimère.

N’empêche, dès lors que la Russie a proposé un projet de résolution pour la Syrie insistant, primo, sur la non-intervention de puissances étrangères, secundo, sur la nécessité de conserver coûte que coûte la souveraineté du pays, le couple USA/France s’est empressé de la rejeter en tenant Moscou pour responsable de la dégringolade … de l’EI, je présume, quoiqu’il soit question d’ « escalade » lato sensu.

Voici ce qui intrigue :+

  • La résolution russe ne diffère en rien de la Résolution 2254 formulée en décembre 2015. C’est du réchauffé. Il y est entre autres question d’élections anticipées ce qui rend seul valide le choix des Syriens eux-mêmes. Il n’y est pas question d’intervention étrangère non cautionnée par Damas comme le sont les ingérences conjointes turque et saoudienne. Il n’y est pas question d’un groupe de travail pour la Syrie rassemblé par Riyad dont on connaît les véritables ambitions et les nobles méthodes malgré une place d’honneur au Conseil des droits de l’homme ! Si Jayche el-Islam et Ahrar al-Cham sont modérés, je suis la reine d’Angleterre.Il est frappant à quel point est-ce que le conflit OTANO-Salafiste/Syrien à progression sinusoïdale depus cinq ans part en vrille engageant de plus en plus d’acteurs régionaux de taille qui eux n’aspirent pas à une solution diplomatique répondant aux intérêts et du peuple syrien et des Kurdes dont la quasi-totalité a enfin fait un choix d’alliances. Ce dernier fait qui tient lieu d’évidence n’en est pourtant pas une pour une coalition chapeautée par les USA et qui en 18 mois semble avoir bombardé un désert parsemé de fantômes.
  • On s’accorde à dire que l’ennemi numéro 1 c’est Daesh, une synthèse de délinquants libérés par les monarchies du Golfe, d’anciens officiers revanchistes d’Hussein et d’individus adhérant initialement à l’idéologie salafiste. Or, à bien analyser les débats passant sur les grandes chaînes atlantistes, on s’aperçoit que la réalité est différente. On apprend ainsi que la majeure partie des réfugiés syriens fuient non pas la terreur takfirisite mais les frappes russes. On apprend ainsi que sur 8000 sorties aériennes 300 seulement auraient concerné Daesh. Ces chiffres dédaigneux des réalités du terrain font penser à cette autre ineptie de la propagande atlantiste selon laquelle les Syriens fuiraient l’AAS alors que, à l’inverse, on s’aperçoit qu’ils fuient les régions contrôlées par les fameux « modérés » pour se placer sous la protection de l’armée gouvernementale. Sur fond de critiques permanentes des activités russes en Syrie, on se rend compte que Daesh, quoiqu’ingérable depuis quelques temps, n’est pas la bête noire à abattre forcément. Ou alors, même si elle est à abattre, elle l’est en tant qu’Etat en gestation sorti de sous le contrôle comme Al-Qaïda à l’époque ce qui explique la curieuse fidélité des puissances atlantistes aux franges salafistes non moins sulfureuses dans les faits mais dont la réputation médiatique est moins entachée. J’en veux également pour preuve l’interruption des pourparlers, début février, au moment où l’AAS a notablement percé avec l’appui aérien russe. Comme par hasard, alors donc qu’il aurait fallu s’en réjouir et redoubler d’efforts – cette fois en symbiose avec la coalition russo-irano-kurdo-syrienne – Munich ordonne l’arrêt des combats qui n’est cependant pas un cessez-le-feu et qui s’interprète sans équivoque quand on sait que la Turquie a tout intérêt à faire capoter cet accord et prépare, avec les Séoudes, une opération au sol alors donc que Damas ne leur a rien demandé.
  • D’une manière générale, le mainstream occidental carbure aux provocations. Celles-ci sont insensées parce que patentes. Suintant la mauvaise foi, elles concourent à redorer le blason de puissances complices de morts abominables et indénombrables. C’est plus fort que moi, je pense à France 2 qui a fait un sacré travail d’investigation en piquant au ministère de la Défense russe des vidéos montrant les frappes russes contre l’EI et en les faisant passer pour celles de la coalition occidentale. Comme quoi, la guerre des images va aussi loin que le jeu des priorités et des faux-semblants déployé par une coalition anti-souverainiste alliée des pétromonarchies et de la Turquie.

Schématiquement, que peut espérer Ankara et ses soutiens de l’OTAN ? Deux choses.+

  • Premièrement, Ankara rêverait de se faire rosser d’importance par les forces armées russes, de préférence à quelque kilomètres de la frontière syrienne où elle excelle en provocations. C’était déjà très clair lorsqu’Erdogan ordonna la liquidation d’un SU-24 et que la réaction de Moscou – comme d’ailleurs celle des Américains – ne fut pas vraiment celle à laquelle le nouveau Sultan s’attendait. Erdogan peut toujours rêver. Si le Kremlin a déjà su résister à plusieurs tentations fort naturelles, il y résistera cette fois encore. Par contre, s’il arrive que l’ingérence au sol turque – tout comme saoudienne – devienne massive, donc aberrante, il est certain que l’armée russe frappera la Turquie qui d’un pays membre de l’OTAN éventuellement agressé par Moscou sur son territoire souverain se transformera en pays agresseur bon à être réprimé par tous les moyens disponibles. Idem pour le dossier kurde. Est-ce la hasard si une heure à peine après l’attentat à la voiture piégée du 19 février Erdogan désigna immédiatement les coupables … pour qui douterait, le PKK qui certainement a bien des raisons de se venger après le récent massacre par le feu de 150 de ses membres à Cizra mais dont l’implication catégoriquement affirmée avant même que l’enquête ne soit lancée sert tout à fait les ambitions expansionnistes d’Erdogan et consors ? Voilà que nous y sommes.
  • Nous y sommes, en effet, car la reconquête de la Syrie par, si j’ose dire, la majorité légitime syrienne passe actuellement, d’abord, par la reprise intégrale d’Alep et de ses environs, ensuite, par la reprise à la fois stratégique et symbolique de Raqqa. On sait depuis le 11 février que les milices kurdes de Syrie ont arraché aux salafistes la base de Minnigh jouxte Alep. En parallèle, l’AAS avance à grands pas vers Raqqa qui se trouveau nord-est d’Alep et qui côtoie, au niveau d’une autre ville martyre bien connue qu’est Mossoul, l’Irak. Si donc l’armée gouvernementale parvient à reprendre ce point de jonction capital qu’est Raqqa, je ne suis pas sûre que la coalition occidentale apprécierait. En ce sens, sans être toujours approuvés par ses collègues (et précepteurs) de l’OTAN, les caprices et folies apparents d’Erdogan trahissent plus ou moins les états d’esprit de ces derniers. On sait ainsi que les USA sont en train de réanimer l’aérodrome agricole de Tal Hajar situé en plein milieu des champs pétrolifères syriens dans la province orientale d’Hassaké. Laisseront-ils l’AAS remettre la main sur SON pétrole qui est l’une des raisons fondamentales de cette guerre qui est tout ce qu’on veut sauf syro-syrienne ? Bien sûr que non. Ce qui compte pour eux, à l’heure ô combien avancée qu’il est et eu égard à l’avancée spectaculaire de l’armée, c’est de gérer deux axes cruciaux : l’axe Alep-Raqqa et l’axe Hassaké-Raqqa. S’il advient donc que les Américains, appuyés par l’intervention turco-saoudienne, « débarquent » à Raqqa les premiers, la donne se compliquera considérablement. Toutes les conditions seront alors réunies pour la création d’un Sunistan à la frontière irako-syrienne.

D’après une récente analyse de Bassam Tahhan, les USA voudraient entraîner la Russie dans une guerre d’usure. Si je comprends bien, celle-ci serait encore et toujours poussée à intervenir vu ses engagements et intérêts mais elle ne saurait le faire qu’à échelle réduite ce qui revient à la précipiter dans un piège qu’on avait déjà essayé de lui tendre dans le Donbass où elle aurait été amenée à combattre en cas d’intervention, outre l’armée et les milices ukrainiennes, des pays de l’OTAN tels que les Pays Baltes, la Pologne ou la Roumanie. Je vois mal une confrontation directe de la Russie avec les States à Raqqa d’où la nécessité pour l’AAS de mettre le turbo, préférentiellement avant le 27.02, date à laquelle l’accord russo-américain sur la suspension des hostilités entre en vigueur et date au-delà de laquelle il pourrait y avoir de lourdes provocations de la part de la coalition US via son allié turc et ses alliés de salafistes « modérés » éparpillés à travers la Syrie.

Supposer envisageable une guerre d’usure serait supposer que le conflit syrien à tendance mondiale reste contrôlable. Or, il y a trop de protagonistes pour qu’il le soit. Qui plus est, leurs intérêts divergent. Il y a donc urgence à ce que les principaux axes stratégiques de Syrie soient repris par l’armée et que des élections anticipées confirment une fois de plus la légitimité d’Assad.+

Ce qui se joue ces mois-ci est d’une extrême gravité. Si le Pape et le Patriarche se sont décidés à mettre fin à une rupture millénaire et que le primat de l’église syriaque orthodoxe a solennellement demandé aux puissances occidentales d’arrêter d’armer des « terroristes », c’est qu’en plus d’une guerre de pipelines nous voyons, sans précédent, une guerre civilisationnelle alimentée par ceux qui demain pourraient commencer à en payer les frais chez eux.+

Françoise Compoint

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Pourquoi il ne faut pas négocier avec la Russie de Poutine par Nicolas Tenzer (Sciences Po)

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Bel exemple de propragande (bis)

Source : Sud Ouest, Nicolas Tenzer, 17/02/2016

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Vladimir Poutine aux Nations Unies à New York en septembre 2015 © AFP TIMOTHY A. CLARY

Géorgie, Ukraine, Syrie : négocier avec la Russie de Vladimir Poutine est stérile et risque de mettre en danger nos propres idéaux. Les explications de Nicolas Tenzer, professeur à Sciences Po

L’idée que la négociation est toujours possible fait partie des croyances diplomatiques communes. Certes, en principe, la négociation est toujours préférable à la guerre. Cette idée connaît toutefois de nombreuses exceptions, et la Russie de Vladimir Poutine en est une, particulièrement dramatique.

Depuis la crise géorgienne en 2008, l’agression russe contre l’Ukraine, qui a débuté en 2014, et le soutien sans faille au régime criminel de Bachar al-Assad, suivi par l’intervention directe en Syrie, les pays occidentaux n’ont cessé de prétendre négocier avec la Russie. Or, ces négociations n’ont abouti à rien, ou presque, et n’ont fait que conforter la puissance russe dans sa politique d’agression.

Cette erreur provient à la fois d’un oubli des principes de la négociation et d’une méconnaissance – ou d’une mise entre parenthèses volontaire – de la nature du régime russe qui explique sa stratégie. Elle met en cause la crédibilité des puissances censées défendre le droit international, la liberté et les droits fondamentaux.

Les illusions de la négociation

Les prétendues négociations avec la Russie se sont soldées par un marché de dupes. En 2008, après l’attaque contre la Géorgie, la négociation s’est soldée par l’annexion de fait de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, sans contrepartie autre que la fin des hostilités : la Russie avait atteint ses buts de guerre. En 2015, les accords dits de Minsk 2 ont conduit, de facto, à geler la sphère d’influence russe à l’Est de l’Ukraine, limitant la souveraineté du gouvernement de Kiev. Certes, ils ont permis de diminuer l’intensité des combats et donc d’épargner des vies humaines dans un conflit qui avait déjà coûté plus de 9 000 vies.

Or, outre que le cessez-le-feu n’est pas entièrement respecté par les Russes, ces accords ne traitent pas de la Crimée, annexée illégalement par la Russie et où le nouveau gouvernement se livre à une politique d’épuration ethnique à l’encontre de la minorité tatare. De surcroît, Minsk 2 ne règle pas la situation de l’Ukraine et n’apporte aucune garantie de sécurité durable.

La situation en Syrie est plus tragique encore : outre que la Russie a, depuis 2011, toujours soutenu Assad, faisant obstacle, avec la Chine, à toute résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui aurait permis d’éviter le génocide, elle a à nouveau « sauvé » le gouvernement syrien en 2013, négociant une fin de l’utilisation de certaines armes chimiques contre une absence d’intervention occidentale. Les crimes d’Assad, depuis lors, se sont élevés à plus de 100 000 victimes.

À la suite de son intervention militaire en Syrie, la Russie a fait échouer les négociations de Genève en janvier 2016 et l’accord de cessez-le-feu obtenu à Munich le 12 février dernier confortera les avancées du régime soutenu par la Russie et l’Iran, ne mettra pas un terme aux bombardements indiscriminés sur les civils et les rebelles modérés et vise à prolonger un régime coupable de génocide.

Les règles de base de la bonne négociation

Ce rappel conduit à rappeler quelques règles. D’abord, on ne négocie pas avec celui qui dispose des moyens d’imposer sa paix faute de puissance en face résolue à intervenir. Ce n’est pas alors une négociation, mais une capitulation. Certes, le Munich de 2016 n’est pas celui de 1938, mais il met aux prises deux acteurs dont l’un est assuré de sa puissance, l’autre prêt à tout pour ne pas s’engager dans une guerre. Les États-Unis, à Genève comme à Munich, et depuis le début du conflit, ont voulu un accord à tout prix, ce qui est la première ligne de faiblesse.

En Géorgie déjà, nul n’était prêt à intervenir pour rétablir les frontières officielles. À Minsk, la France et l’Allemagne ont pris l’initiative de la négociation parce que ni les États-Unis, ni l’Europe n’étaient prêts à s’engager militairement pour protéger l’intégrité de l’Ukraine. Première règle donc : une négociation ne peut aboutir à un résultat équilibré lorsqu’une des parties ne montre pas de manière crédible qu’elle peut recourir à la force. La négociation est le résultat de rapports de forces et, au-delà de la puissance réelle, de la détermination à agir.

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Vladimir Poutine et François Hollande, le 6 juin 2014, lors des commémorations du 70ème anniversaire du Débarquement. France Diplomatie/Flickr, CC BY-NC-SA

Ensuite, une négociation n’est valide que lorsque les deux parties ont intérêt à recourir à un compromis. Cela peut être le cas dans une guerre civile qui dure infiniment, si un médiateur a suffisamment de poids pour imposer un compromis. On peut l’imaginer pour un conflit entre deux États également de bonne foi – ce fut le cas, un bref moment, à Oslo, entre Israël et l’autorité palestinienne. Mais la Russie n’a jamais eu intérêt à un compromis.

Elle a toujours considéré ses avancées comme non négociables : l’« indépendance » des deux provinces géorgiennes, le « retour » de la Crimée à la Russie, le maintien d’Assad ou de ses fidèles au pouvoir. Les puissances occidentales ont utilisé le mantra diplomatique classique : « nous condamnons », « exprimons notre très vive préoccupation », « demandons instamment », « exigeons », et ont mis en place un appareil de sanctions – rien de suffisamment convaincant pour le Moscou.

Enfin, que signifie, du point de vue des exigences de la loi internationale, du droit de la guerre et des droits de l’Homme, une négociation qui entérinerait leur abandon ? C’est ce qui est arrivé en Géorgie, est en train de se passer en Ukraine et se démontre avec abjection en Syrie. Sur les territoires comme sur la protection des populations, il n’y a rien à négocier avec la Russie. Cela signifierait abandonner toute volonté de rétablir la loi et d’utiliser pour ce faire les instruments de la puissance. Si l’on continue ainsi, demain, d’autres pays seront menacés.

Moscou : un régime, une stratégie

Prétendre négocier avec Poutine serait se méprendre sur la nature de sa stratégie, pourtant de plus en plus explicite avec la publication, fin décembre, de sa stratégie de sécurité nationale. Celle-ci est liée à la nature de son régime et à son fonctionnement.

Premièrement, l’agression contre la liberté n’est pas que physique, mais aussi idéologique. Au nom de la spiritualité russe, Poutine pourfend les valeurs de liberté dans leur principe et il craint que les « révolutions de couleur » et toute avancée d’un pays, a fortiori voisin comme l’Ukraine, vers plus de démocratie n’ait un effet de contagion en Russie. Dans son pays, la répression contre les défenseurs de droit, de l’intimidation à l’assassinat, se renforce. Démanteler l’Europe, comme il en exprime le projet, finançant pour ce faire tous les partis ou groupes pouvant saper les valeurs européennes, est autant un projet idéologique que géopolitique.

En deuxième lieu, et il en use systématiquement dans sa communication internationale et lors de négociation, le régime vise à saper toute distinction entre le vrai et le faux, appliquant à la lettre la stratégie orwellienne déjà mise en œuvre en Union soviétique : il n’y a pas de soldats russes en Ukraine (démenti ensuite), la Russie ne bombarde pas les civils en Syrie, nous n’avons pas assassiné Litvinenko, etc. Elle refuse tout régime de la preuve, d’où son blocage de toute enquête internationale sur la destruction du vol MH17.

Enfin, ses outils de propagande visent à réécrire l’histoire afin de créer sinon un environnement plus favorable à la négociation, du moins à entretenir un doute. La Russie ne cible pas ainsi que les extrémistes, mais aussi les modérés. Voyons comment se diffuse le mythe de l’humiliation dont la Russie aurait été victime…

Est-il possible de négocier avec un partenaire qui utilise systématiquement le mensonge et la fausseté et dont toute l’entreprise consiste à dissimuler le réel ?

La légitimité du monde libre

Continuer prétendre négocier avec la Russie serait faire courir aux idéaux de liberté et à ceux qui la propagent un risque considérable. Si nous voulons aider les dissidents russes qui luttent contre l’oppression, nous n’avons pas le droit de renforcer le régime en lui cédant sur tout et en faisant mine de considérer que c’est un partenaire responsable. Pour la même raison, nous devons renforcer les sanctions, non pas les lever.

Ensuite, si nous entendons marquer un coup d’arrêt à l’expansion russe et à sa guerre idéologique, les négociations doivent s’arrêter et nous devons être résolus à nous engager dans une épreuve de force. Pour l’Europe et les États-Unis, c’est une question de crédibilité vis-à-vis de leurs alliés. C’est plus encore une question de légitimité pour le monde libre.

Enfin, arrêter les négociations c’est faire droit aux victimes et les respecter. En se prêtant à des simulacres de négociation, les États-Unis ont non seulement entériné le droit de massacrer des centaines de milliers de personnes, mais ils ont aussi barré tout espoir pour que cesse l’oppression. Les mascarades de Genève et de Munich sont indignes et insupportables pour les victimes des crimes de guerre du régime syrien et de la Russie.

Sans doute, à long terme, faut-il cultiver un espoir. L’intérêt bien compris tant de l’Europe que de la Russie n’est pas celui de la confrontation mais de la coopération. Avant 2000, cet espoir était réel. Mais pour qu’adviennent des dirigeants russes qui comprennent que la politique d’agression joue contre la Russie et font autant le malheur des peuples voisins que du leur, il faut une autre politique. Les négociations avec la Russie doivent s’arrêter aujourd’hui.The Conversation

Nicolas Tenzer, professeur associé International Public Affairs, Sciences Po

Source : Sud Ouest, Nicolas Tenzer, 17/02/2016

Nicolas Tenzer : Nicolas Tenzer est un haut fonctionnaire, écrivain et directeur de revue français. Il est actuellement directeur de la publication et de la rédaction de la revue Le Banquet et président fondateur du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP)1. Il a présidé d’avril 2009 à janvier 2015 Initiative pour le développement de l’expertise française à l’international et en Europe (IDEFIE)2. Il en est aujourd’hui le président d’honneur. Il a été entre décembre 2010 et le 13 octobre 2015 membre du directoire de l’Institut Aspen France3, dont il a assuré successivement les fonctions de trésorier et de président.

Il est né en 1961, a fait ses études à l’École Normale Supérieure (1980-1982), à Sciences-Po (1980-1982) et à l’École Nationale d’Administration (1984-1986). Il est aussi titulaire d’une maîtrise d’histoire obtenue à l’Université de Nanterre4.

Il a été maître de conférences en philosophie politique à Sciences-Po (1986-2004) et y enseigne à nouveau depuis 2014, au sein de la Paris School of International Affairs5. Il est administrateur civil hors classe, ancien chef de service au Commissariat général du Plan (1994-2002), ancien membre du cabinet du ministre de l’Économie et des Finances (1987-1988), rapporteur à la Cour des comptes (1991-1993) et ancien responsable d’une mission interministérielle sur l’expertise internationale (2007-2008).

Il est chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur et chevalier des Arts et Lettres.

Source : Wikipédia

 

51 réponses à Pourquoi il ne faut pas négocier avec la Russie de Poutine par Nicolas Tenzer (Sciences Po)

 

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Gregorios III : La colère du patriarche grec-catholique

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #Politique étrangère, #L'OTAN., #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Gregorios III : La colère du patriarche grec-catholique

SB-Gregorios

Ses 82 ans, qu’il a fêté le 13 décembre 2015, ne semblent pas peser sur sa personne. A la résidence de Raboué au Liban, qu’il partage avec son patriarcat à Damas, Grégorios III, Patriarche de l’Église Grecque-catholique (melkite) depuis le 29 novembre 2000, épuise ses collaborateurs. “ Il a trois idées à la minute, et j’ai du mal à le suivre dans les escaliers ”, prévient un prêtre de son entourage, dans le salon d’attente.

Sa Béatitude apparaît enfin au bout d’un long couloir. Le pas est vif, la poignée de main ferme: “Je vous ai fait attendre. Excusez-moi, mais je devais recevoir une délégation de fidèles. “ Nous entrons dans son bureau. Il prend place. Derrière lui, une photo géante de Jérusalem, où il résida durant de nombreuses années. Une première question sur sa Syrie natale, et le Patriarche embraye. Il ne s’arrêtera plus. Sur un ton enflammé, il évoque le martyr de ce pays, où il a vu le jour dans la banlieue de Damas, en 1933. Un flot de paroles ininterrompues, qui expriment la compassion pour ce peuple victime et la colère envers les grandes puissances, qui refusent, selon lui, «  de combattre L’État islamique avec les moyens qu’il faut, renvoyant dos à dos le régime en place et les combattants jihadistes. » …  “ On m’accuse en Occident de soutenir Bachar al Assad, poursuit-il, mais que les donneurs de leçons viennent sur place, pour se rendre compte de la terreur que nous impose les islamistes.

“ Tout le monde nous bombarde ”

SB Gregorios à son bureauJe ne m’angoisse pas seulement pour les chrétiens, mais pour toute la population syrienne. Les bombes tombent de partout. Les Américains, les Russes, les Anglais, les Français, les Turcs, et même Israël nous bombardent, comme ce fut le cas en décembre dernier pour éliminer un membre du Hezbollah, présent à Damas. Tout cela, disent-ils, pour nous débarrasser de Daech, et nous apporter la paix. Mais en attendant cette paix qui ne vient pas, ce sont des civils syriens qui sont tués. Des hommes, des femmes, des enfants qui meurent chaque jour par dizaines …

“ Je ne défends que la Syrie et les Syriens ”

Les grandes puissances nous reprochent de soutenir une dictature, mais ce n’est pas Bachar Al Assad l’ennemi, c’est Daech… Daech et ses légions d’étrangers, des Tchétchènes, des Jordaniens, des Tunisiens, des Saoudiens, et même des Européens qui viennent occuper nos terres. C’est d’eux qu’il faut nous débarrasser.

Le peuple syrien souffre le martyr. Bientôt cinq ans de guerre (*1), et le bilan est lourd : entre 250 000 et 300 000 morts, des milliers de blessés, de déplacés, d’orphelins, et l’Occident discute encore et toujours du départ d’Assad. Mais jamais de celui des terroristes. Ce sont pourtant eux qui chassent les chrétiens de leurs maisons, eux qui égorgent tous les Syriens qui osent les affronter. Combien de temps encore allons-nous devoir vivre sous le joug de ces sanguinaires ?

“ Quel avenir pour les Syriens ? ”

Les jeunes quittent la Syrie, émigrent, 20 000 écoles ont été détruites, ce ne sont pas seulement les hommes et les pierres qui sont pulvérisés mais l’âme de la Syrie. Il n’y a plus de relations humaines entre les hommes. Chacun se méfie de son voisin, de son entourage ; les familles sont disloquées, les hommes sont morts, ou ont émigré. Les femmes et les enfants sont abandonnés, vivent dans des ruines. Tout est disloqué. La Syrie est devenu un champ immense de pauvreté. Les Syriens, chrétiens comme musulmans, n’ont plus de valeurs, plus d’honneur. Ils se volent entre eux, ils se mentent. Avec quoi demain allons nous rebâtir notre pays ? Voilà la question qui me hante. Si les chrétiens sont menacés, l’islam l’est tout autant. Dans la guerre, l’homme vit sans Dieu. Les Syriens pourront-ils encore se regarder encore en face lorsque la guerre sera terminée ?

“ Laissez-nous ! N’intervenez pas !”

SB-Gregorios-à-son-bureauPour les minorités chrétiennes, vivre dans les pays arabes, majoritairement musulmans, n’a jamais été facile. Avec les musulmans, il y a toujours eu des hauts et des bas. Mais nous arrivions à négocier, à parvenir à une entente. Les musulmans dirigeaient, et nous avions nos églises, nos institutions, nos écoles. Avec l’arrivée des Américains en Irak en 2003, venus, eux aussi, apporter “la démocratie”, le sort des chrétiens, considérés par les musulmans comme des alliés des États-Unis, a empiré. Les chrétiens sont chassés de partout. Que l’Occident nous laisse nous arranger entre nous, qu’il laisse les Syriens décider eux-mêmes de leur avenir. N’intervenez pas dans nos affaires. Vos avions et votre diplomatie sont en train de nous détruire.”

“Je dois aider tous les Syriens…”

A Damas, siège de mon patriarcat, j’essaie de maintenir l’espérance. En décembre dernier, L’Unicef m’a alloué une aide annuelle de 50 000 dollars. Avec cette somme, j’ai pu soutenir de nombreuses familles, chrétiennes comme musulmanes. Je dois aider tous les Syriens, peu importe leur religion. Il faut préparer l’après guerre, et retrouver l’envie de reconstruire la Syrie ensemble.

Propos recueillis par Luc Balbont


(*) En Syrie la révolution a commencé le 15 septembre 2011, à Deraa, au sud, et a peu gagné l’ensemble du pays.

Luc Balbont

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Poutine contre l’Europe, par George Soros

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Ukraine, #le nazisme, #Daesch

Bel exemple de propagande… Il est intéressant de voir ce que ces gens ont dans la tête.

Source : Project Syndicate, George Soros, 10-02-2016

MUNICH – Les dirigeants américains et européens font une grave erreur s’ils croient que Poutine est un allié potentiel dans la lutte contre l’Etat islamique (EI). Les faits le démentent. Poutine veut maintenant encourager la désintégration de l’UE et il considère que le meilleur moyen pour cela est d’inonder l’Europe sous un flot de réfugiés syriens.

Ils ont quand même extraordinaires. L’Occident a décidé de déstabiliser la Syrie pour virer Assad, mais c’est la faute de Poutine si les Syriens fuient maintenant…

Les avions russes ont bombardé la population civile du sud du pays pour contraindre les habitants à fuir vers la Jordanie et le Liban. Quelques 20 000 réfugiés syriens campent aujourd’hui dans le désert dans l’attente d’être admis en Jordanie. Un plus petit nombre attend d’entrer au Liban, mais les deux groupes grossissent de jour en jour.

 

La Russie a également lancé une attaque aérienne de grande envergure contre les civils au nord de la Syrie, ce qui a entraîné la fuite de 70 000 civils vers la Turquie. Cet épisode a été suivi d’une attaque au sol des forces de Bachar Al-Assad, le président syrien, contre Alep (une ville qui comptait 2 millions d’habitants), ce qui pourrait aussi conduire à des départs massifs.

Les réfugiés syriens ne s’arrêteront peut-être pas en Turquie. La chancelière Angela Merkel s’est rendue à Ankara le 9 février pour prendre des décisions d’urgence avec le gouvernement turc afin d’inciter ceux déjà sur place à prolonger leur présence en Turquie. Elle a proposé le transfert de 200 000 à 300 000 réfugiés par voie aérienne en Europe à condition que la Turquie les empêche de rejoindre la Grèce et les réadmette s’ils y réussissaient.

Le président russe est un habile tacticien, mais pas un très bon stratège. Son intervention est une erreur, car elle l’a entraîné dans un conflit avec le président turc Erdogan, contraire à la fois aux intérêts de leurs deux pays.

 Il n’y a aucune raison de croire que Poutine est intervenu en Syrie pour aggraver la crise des réfugiés en Europe. Mais quand il y a vu l’occasion de précipiter la désintégration de l’UE, il n’a pas hésité. Il a camouflé son objectif en parlant de coopération dans la lutte contre un ennemi commune, l’EI. Il a fait la même chose avec l’Ukraine : il a signé l’accord de Minsk, pour ensuite ne pas l’appliquer.

Il est difficile de comprendre pourquoi les dirigeants américains et européens font confiance à Poutine plutôt que de le juger sur ses actes. La seule explication est qu’ils cherchent à rassurer leur opinion publique en affichant un excès d’optimisme. Le fait est que la Russie de Poutine et l’UE sont engagé dans une course contre la montre : la question est de savoir qui va s’effondrer en premier.

Moi je sais, moi je sais, moi, je sais…  :)

Une grande partie de la dette étrangère russe arrivant à maturité en 2017, Poutine sera confronté au risque de faillite, mais on ne peut exclure des troubles politiques avant cette échéance.

La dette de 20 % du PIB ?

La popularité du président russe est encore élevée, mais elle repose sur un contrat social qui suppose que le gouvernement veille à la stabilité financière et assure une augmentation lente mais régulière du niveau de vie. Or le régime est appelé à échouer sur ces deux fronts en raison de la concomitance des sanctions occidentales et de la chute du prix du pétrole.

Le déficit budgétaire de la Russie s’élève à 7% de son PIB et le gouvernement doit le ramener à 3% afin d’éviter une inflation hors contrôle. La sécurité sociale russe est à cours d’argent et pour la sauver, son budget doit être fusionné avec celui consacré aux infrastructures publiques. Tout cela va porter atteinte au niveau de vie et déteindre sur l’opinion des électeurs avant les élections législatives qui auront lieu en automne.

Pour Poutine, le moyen le plus efficace d’éviter l’effondrement est de provoquer auparavant celui de l’UE.

Y-a-t-il un psychiatre parmi vous, amis lecteurs ?

Etant donné les difficultés dans laquelle cette dernière est engluée, elle ne pourra maintenir les sanctions imposées à la Russie après son incursion Ukraine. Sur le plan économique, Poutine sera gagnant s’il parvient à diviser l’Europe en exploitant les intérêts commerciaux et les liens qu’il a soigneusement entretenus avec les partis anti-européens.

Aujourd’hui l’UE est sur la voie de la désintégration. Depuis la crise financière de 2008 et les plans de secours ultérieurs en faveur de la Grèce, elle a appris à se débrouiller tant bien que mal pour passer d’une crise à l’autre sans trop de dommages. Mais elle est confrontée aujourd’hui à 5, voire 6 crises simultanément, ce qui est sans doute trop. Ainsi que Merkel l’a prévu, la crise des réfugiés peut faire éclater l’UE.

Quand un pays ou un ensemble de pays est confronté à un danger mortel, il est préférable pour ses dirigeants de faire face à la réalité, aussi dure soit-elle, plutôt que de l’ignorer. Une course à la survie oppose l’UE à la Russie de Poutine. L’EI constitue une menace tant pour l’une que pour l’autre, mais il ne faut pas la surestimer. Les actes des terroristes jihadistes, aussi terrifiants soient-ils, ne se comparent pas avec la menace russe.

L’EI (et Al Qaïda auparavant) ont identifié le talon d’Achille de la civilisation occidentale – la peur de la mort – et il a appris à l’exploiter. En réveillant l’islamophobie latente de l’Occident et en attisant la méfiance de l’opinion publique et des autorités à l’égard des musulmans, l’Etat islamique espère convaincre les jeunes musulmans qu’il n’y a aucune alternative au terrorisme. Une fois que l’on a compris cette stratégie, l’antidote est simple : ne pas se comporter comme l’ennemi le voudrait.

La menace émanant de la Russie de Poutine sera plus difficile à contrer. Et elle le sera d’autant plus si l’on n’en a pas conscience.

Et encore plus si elle n’existe pas, hein…

(non mais la Russie plus grave menace que Daech, il faut le faire…)

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

Source : Project Syndicate, George Soros, 10-02-2016

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Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie (The Huffington Post)

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch, #ISIL

 
 

Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie (The Huffington Post)

L’article que je vous propose est signé Jeffrey Sachs. Jeffrey Sachs n’est pas exactement n’importe qui : c’est un universitaire de renom qui dirige un institut à la Columbia University (New York) et est consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

Eh bien dans cet article Jeffrey Sachs balance tout sur la Syrie. Dans le meilleur esprit complotiste, il pointe le rôle des services secrets américains dès le début de la crise en Syrie et il souligne l’obstination de la diplomatie américaine, de Hillary Clinton en particulier, à empêcher tout règlement politique qui ne passerait pas par le préalable d’une reddition du président Bachar al-Assad quitte à aggraver et à prolonger l’effusion de sang.

Il est , je pense, une des premières signatures dans la presse grand public américaine à relever le rôle de l’entité sioniste dans la situation en Syrie et le partenariat entre cette même entité et deux puissances régionales qu’il qualifie de "sunnites", la Turquie et l’Arabie Saoudite.

Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie

par Jeffrey Sachs, The Huffington Post (USA) 14 février 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant le débat de Milwaukee [avec Bernie Sanders] , Hillary Clinton s’est flattée de son rôle dans une récente résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU pour un cessez-le-feu en Syrie :

Mais je voudrais ajouter ceci. Vous le savez, le Conseil de Sécurité a finalement adopté une résolution. Au coeur de cette résolution se trouve un accord que j’avais négocié en juin 2012 à Genève qui prônait un cessez-le-feu et la marche vers une solution politique en essayant d’amener les parties prenantes en Syrie à se parler.

C’est là le genre de déclarations compulsivement trompeuses qui rendent Clinton inapte à la fonction présidentielle. Le rôle de Mme Clinton en Syrie a été de contribuer à provoquer et à prolonger le bain de sang en Syrie, pas d’y mettre un terme.

En 2012, Mme Clinton était l’obstacle, pas la solution, à un cessez-e-feu qui était négocié par l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan. C’est l’intransigeance des Etats Unis - l’intrnsigeance de Mme Clinton - qui avait abouti à l’échec des démarches pour la paix de M. Annan au printemps 2012, un fait bien connu des diplomates. En dépit de l’insinuation de Mme Clinton pendant le débat de Milwaukee, il n’y eut (évidemment) pas de cessez-le-feu en 2012, mais seulement une escalade dans le carnage. Mme Clinton porte une lourde responsabilité pour le carnage qui a causé la mort de 250 000 Syriens et en a déplacé plus de dix millions.

Comme tout observateur averti l’a bien compris, la guerre en Syrie n’avait pas tellement rapport avec Bachar al-Assad, ni même avec la Syrie. C’est surtout une guerre par procuration avec l’Iran.Et le bain de sang n’en est que plus tragique et malheureux pour cette raison.

L’Arabie Saoudite et la Turquie, les principales puissances sunnites au Moyen Orient perçoivent l’Iran, la grande puissance chiite, comme un concurrent en termes d’influence et de pouvoir dans la région. La droite israélienne voit l’Iran comme un ennemi implacable qui contrôle le Hezbollah, une organisation militante chiite qui opère au Liban, un Etat limitrophe d’Israël. C’est pourquoi la Turquie l’ Arabie Saoudite et Israël ont tous réclamé l’élimination de l’influende iranienne en Syrie.

Cette idée est d’une naïveté incroyable. L’Iran est présent en tant que puissance régionale depuis longtemps - en fait depuis près de 2700 ans. Et l’Islam chiite ne va pas disparaître comme par enchantement. Il n’ y a aucun moyen, et aucune raison, de "vaincre" l’Iran. Les puissances régionales doivent forger un équilibre géopolitique qui reconnaît les rôles mutuels et d’équilibration des pays arabes du Golfe de l’Iran et de la Turquie. Et la droite israélienne est naïve et profondment ignorante de l’histoire pour regarder l’Iran comme son ennemi implacable, particulièrement quand cette façon de voir erronée pousse Israël à se ranger du côté des djihadistes sunnites.

Pourtant Mme Clinton n’a pas suivi cette voie. Elle a au contraire rejoint l’Arabie Saoudite la Turquie et le droite israélienne pour essayer d’isoler et même de vaincre l’Iran. En 2010, elle avait encouragé des négociations secrètes entre Israël et la Syrie pour essayer de soustraire la Syrie à l’influence de l’Iran. Ces discussions avaient échoué. Alors la CIA et Mme Clinton avaient poussé avec succès en faveur d’un Plan B : renverser Assad.

Quand les troubles du Printemps Arabe ont éclaté début 2011, la CIA et le font anti-iranien constitué par la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël y virent une opportunité pour renverser rapidement Assad et de s’assurer ainsi une victoire géopolitique. Mme Clinton se fit la principale promotrice de l’entreprise menée par la CIA pour un changemet de régime en Syrie.

Début 2011 la Turquie et l’Arabie Saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. Vers le printemps 2011, la CIA et les alliés des États Unis organisaient une insurrection armée contre le régime. Le 18 août 2011, le gouvernement des États Unis rendait publique sa position :"Assad doit partir."

Depuis, et jusqu’au récent et fragile accord de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l’ONU, les États Unis ont refusé d’accepter tout cessez-le-feu tant qu’Assad n’était pas écarté du pouvoir. La politique américaine - sous Clinton et jusqu’à récemment - a été celle du changement de régime d’abord et du cessez-le-feu ensuite. Après tout, ce ne sont que des Syriens qui meurent. Les efforts de paix d’Annan avaient été sabotés par l’exigence inflexible des États Unis pour qu’un changement de régime contrôlé par les USA précède ou au moins accompagne un cessez-le-feu. Comme l’avait observé en août 202 la rédaction de The Nation [hebdomadaire progressiste américain] ::

L’exigence par les États Unis d’un départ d’Assad et de l’imposition de sanctions avant même que débutent des négociations sérieuses, tout comme le refus d’inclure l’Iran dans le processus condamnaient la mission [d’Annan].

Clinton n’a pas été un acteur mineur dans la crise syrienne. Son représentant diplomatique à Benghazi, Chris Stevens, avait été assassiné alors qu’il s’occupait d’une opération de la CIA pour expédier des armes lourdes libyennes en Syrie. Clinton elle-même a été à la pointe de l’organisation des soi-disant "Amis de la Syrie" pour soutenir l’insurrection dirigée par la CIA.

La politique américaine a été un échec massif et terrible. Assad n’est pas parti, et il n’a pas été vaincu. la Russie est venue l’aider, l’Iran est venu l’aider. Les mercenaires envoyés pour le renverser étaient eux-mêmes des djihadistes extrémistes avec leurs propres agendas ? Le chaos a ouvert la voie à l’Etat Islamique, bâti avec des officiers de l’armée irakienne mécontents (exclus de l’armée par les États Unis en 2003) des armes américaines et avec le soutien considérable de fonds saoudiens. Si la vérité devait être entièrement connue, les nombreux scandales associé rivaliseraient certainement avec le Watergate dans leurs ébranlement des fondations de la classe dirigeante des États Unis.

L’arrogance des États Unis dans cette approche semble ne connaître aucune limite. Le procédé du changement de régime fomenté par la CIA est si profondément inscrit comme un instrument "normal" de la politique étrangère américaine qu’elle est à peine remarquée par l’opinion publique ou les médias aux États Unis. Renverser le gouvernement d’un autre pays est contraire à la charte de l’ONU et au droit international. Mais a-t-on besoin de telles subtilités entre amis ?

L’instrument [la déposition d’Assad] de la politique étrangère des États Unis n’a pas été seulement en violation flagrante du droit international mais a aussi été un échec massif et répété. Au lieu d’un coup d’état rapide et décisif pour résoudre un problème de politique étrangère, chaque changement de régime ourdi par la CIA a été, presque inévitablement, le prélude à un bain de sang. Comment pouvait-il en être autrement ? Les autres sociétés n’aiment pas que leur pays soit manipulé par des opérations secrètes des États Unis.

Écarter un dirigeant, même quand l’opération est un "succès" ne résout aucun des problèmes géopolitiques sous-jacents, et encore moins les problèmes de nature écologique, sociale ou économique. Un coup d’état invite à la guerre civile, du genre de celles qui secouent aujourd’hui l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. Il invite une réaction internationale hostile, comme celle de la Russie en appui à son allié syrien pour faire face aux opérations dirigées par la CIA. Nous en sommes au point où la somme des malheurs causés par es opérations secrètes de la CIA peut littéralement remplir des volumes. Sera-t-on dès lors surpris de voir Mme Clinton reconnaître en Henry Kissinger un mentor et un guide ?

Et où en sont les médias de l’establishment dans cette débâcle ? Le New York Times a fini par parler d’une partie de cette histoire le mois dernier en présentant la connexion entre la CIA et l’Arabie Saoudite, dans laquelle l’argent saoudien sert à payer les opérations de la CIA afin de contourner le Congrès et le peuple américain. Après cette première publication, il n’y a pas eu de suite. Pourtant le financement saoudien d’opérations de la CIA est fondamentalement le même procédé que celui utilisé par Ronald Reagan et Peter North dans le scandale Iran-Contra des années 1980 (avec des ventes d’armes à l’Iran utilisées pour financer des opérations secrètes de la CIA en Amérique Centrale sans le consentement ou la supervision du peuple américain).

Mme Clinton elle-même n’a jamais montré la moindre réserve ou le moindre scrupule à mettre en oeuvre cet instrument de la politique étrangère américaine. A son actif en matière de soutien enthousiaste à des changements de régime sous l’impulsion des Etats Unis, on inclura (liste non exhaustive) le bombardement de Belgrade en 1999 l’invasion de l’Afghanistan en 2001 la guerre contre l’Irak en 2003, le coup de force au Honduras en 2009, l’assassinat du Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l’insurrection contre Assad coordonnée par la CIA de 2011 à ce jour.

Libye octobre 2011 -Pour une Hillary Clinton radieuse, c’est comme si Mouammar Kadhafi était déjà mort

Il faut un grand leadership présidentiel pour résister aux malheureuses aventures de la CIA. Les présidents finissent par s’entendre avec les entreprises du secteur de la défense, les généraux et les cadres de la CIA. Ils se protègent ainsi des attaques venues de la droite extrémiste dure. Ils réussissent en exaltant la puissance militaire des États Unis, pas en la contenant. Beaucoup d’historiens pensent que JFK [John Fitzgerald Kennedy] a été assassiné suite à ses ouvertures de paix en direction de l’Union Soviétique des ouvertures qu’il avait faites contre les objections d’une opposition de droite tenante d’une ligne dure au sein de la CIA et d’autres secteurs de l’appareil d’état américain.

Hillary Clinton n’a jamais fait montre d’un iota de courage, ou même de compréhension , dans la confrontation avec la CIA. Elle a été un inlassable partisan de la CIA et jubilait à montrer sa fermeté en soutenant chacune de ses opérations malavisées. Les échecs sont bien sûr constamment dissimulés à notre vue. Clinton est un danger pour la paix mondiale. Elle doit répondre de beaucoup de choses en ce qui concerne le désastre en Syrie.

Jeffrey Sachs

Jeffrey Sachs est le Directeur de l’Earth Institute (Institut de la Terre) à la Columbia University

http://www.huffingtonpost.com/jeffrey-sachs/hillary-clinton-and-the-s_...

»» http://dzmounadill.blogspot.fr/2016/02/syrie-jeffrey-sachs-balance-tout-ou.html
 
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Avancée de l’Otan à l’Est et au Sud par Manlio Dinucci

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #L'Italie., #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale

Avancée de l’Otan à l’Est et au Sud

Sous divers prétextes, l’Otan se déploie en Europe. Il s’agit officiellement de résister à une poussée russe et de lutter contre Daesh, mais officieusement, l’Alliance tente de sauver par tous les moyens un espace pour le groupe terroriste et se prépare à une invasion de la Libye.

| Rome (Italie)
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Arrivée d’Ashton Carter au sommet des ministres de la Défense de l’Otan (Bruxelles, 11 février 2016).

Les ministres de la Défense de l’Otan ont décidé de « renforcer la présence avancée dans la partie orientale de notre Alliance ». Cela sert à « nous défendre des menaces élevées provenant de la Russie », a clarifié le secrétaire états-unien à la Défense, Ashton Carter. Dans ce but, les USA quadruplent les financements pour l’ « Initiative de réassurance de l’Europe » qui, avec une rotation de forces (environ 6 000 soldats), permettra davantage d’exercices militaires de l’Otan (les plus de 300 effectués en 2015 n’ont pas suffi), la potentialisation d’aéroports, le pré-positionnement d’armements lourds, le déploiement permanent à l’Est d’unités cuirassées. Cela, a souligné Carter, « permettra aux USA de former en Europe une force armée à haute capacité, à déployer rapidement dans le théâtre régional ».

En accusant la Russie de « déstabiliser l’ordre de la sécurité européenne », les USA et l’Otan ont rouvert le front oriental, entraînant l’Europe dans une nouvelle Guerre froide, voulue surtout par Washington pour briser les rapports Russie-UE dommageables aux intérêts états-uniens.

En même temps les USA et l’Otan préparent d’autres opérations sur le front méridional. À Bruxelles le chef du Pentagone a « accueilli » (en considérant l’Europe comme chez lui) les ministres de la Défense de la « Coalition globale contre Daesh », dont font partie sous commandement états-unien —avec l’Italie— l’Arabie Saoudite et autres sponsors du terrorisme de « marque islamiste ». La réunion a lancé un non plus précisé « plan de la campagne militaire » en Syrie et Irak. Là-bas les choses vont mal pour la coalition, non pas parce que Daech est en train de vaincre, mais parce qu’il est en train de perdre : soutenues par la Russie, les forces gouvernementales syriennes sont en train de libérer des parties croissantes du territoire occupé par Daesh et d’autres formations, qui reculent aussi en Irak. Après avoir fait semblant pendant des années de combattre l’Émirat islamique, tout en l’approvisionnant en sous-main en armes à travers la Turquie, les USA et leurs alliés demandent à présent un cessez-le-feu pour des « raisons humanitaires ». En substance ils demandent que le gouvernement syrien cesse de libérer son propre territoire de Daesh, parce que —a déclaré le secrétaire d’État John Kerry en renversant les faits— « plus Assad conquiert de territoire, plus il arrive à créer de terroristes ». En même temps l’Otan renforce les « mesures de réassurance » de la Turquie, qui vise à occuper une bande de territoire syrien dans la zone frontalière.

En Afrique du Nord, la coalition sous conduite US se prépare à occuper, sous prétexte de les libérer de Daesh, les zones côtières de la Libye les plus importantes économiquement et stratégiquement. L’intensification des vols depuis le hub aérien de Pise, limitrophe à la base états-unienne de Camp Darby, indique que l’opération « sous conduite italienne » a déjà commencé avec le transport d’armes dans les bases d’où elle sera lancée.

Dans le même cadre stratégique se place la décision des ministres de la Défense, « sur requête conjointe de l’Allemagne, de la Grèce et de la Turquie », de déployer en mer Egée le Second groupe naval permanent de l’Otan, aujourd’hui sous commandement allemand, qui vient à peine de conclure « des opérations étendues avec la marine turque ».

La mission officielle de la flotte de guerre « n’est pas d’arrêter ou repousser les embarcations des réfugiés, mais de fournir des informations contre le trafic d’êtres humains », en collaborant avec l’agence Frontex de l’UE. Dans le même objectif « humanitaire », sont aussi envoyés, à la demande des USA, des avions radar Awacs, centres de commandement volants pour la gestion du champ de bataille.

« La mobilisation atlantique est un bon signe », commente Il Fatto Quotidiano [1], en rappelant que « ce n’est pas la première fois que l’Alliance s’engage dans une action humanitaire ». Exactement comme en Yougoslavie, Afghanistan et Libye.

 

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] Il Fatto Quotidiano est uh quotidien italien réputé de gauche.

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013 ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, Ed. DeriveApprodi 2005.

 
 
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