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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la russie tag

Erwan Castel : "Le Donbass, avant tout une aventure humaine"

13 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #Ukraine, #La guerre, #Terrorisme, #le nazisme

mercredi 13 janvier 2016

Erwan Castel : "Le Donbass, avant tout une aventure humaine"

 

 

Erwan Castel, le chef du bataillon des volontaires internationaux de la République Populaire de Donetsk est interrogé ici par la chaine d'info russe Anna News sur son engagement au service de la population du Donbass et l'expérience de sa rencontre avec celle-ci.

Entretien en français avec traduction russe

Par ailleurs :
Des sources de la milice du Donbass affirment que les forces de Kiev bombardent au mortier l'aéroport de Donetsk
Le bombardement aurait été menée à l'aide de mortiers de 120 mm et certains des obus sont tombés sur le centre Volvo situé non loin de l'aérogare...

Source : http://tass.ru/en/world/849441
 
 
 
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La délégation française de l’espoir dans le Donbass

13 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Ukraine, #La Russie, #La justice, #le nazisme, #Terrorisme

Après plusieurs mois de travail acharné, nous avons réussi avec l’aide des autorités locales de Donetsk, différents ministères et bien des complications de faire venir dans le Donbass une petite délégation française constituée à titre privé, de maître Jean-Josy Bousquet, ancien bâtonnier et président de l’association des avocats de la Ligue des Droits de l’Homme, de sa compagne citoyenne marocaine et enfin de Jacques Clostermann, le fils du légendaire pilote de la France Libre, Pierre Clostermann, l’un des compagnons de la Libération, ancien administrateur de Dassault, as de la chasse, formidable symbole de la Résistance et auteur du fameux livre sur ses aventures dans le ciel en feu de la Seconde Guerre mondiale : Le Grand Cirque.

 

Accompagné du Commandant en second des forces républicaines de Donetsk, Edouard Bassourine, de représentants du Ministère de la Défense et du Ministère des Affaires étrangères, la délégation française a été conduite aujourd’hui dans les ruines enneigées de l’aéroport de Donetsk et des alentours, autre symbole fort mais ce dernier du Donbass, bataille acharnée qui a vu la déroute complète des forces ukrainiennes l’hiver dernier. La délégation a pu ensuite parler à des habitants vivants dans les ruines dévastées du front, notamment Vladimir et son épouse vivant sans eau, gaz et électricité et qui ont accueillis la délégation jusque dans leur logis.

 

L’émotion était aussi au rendez-vous dans les ruines de Debaltsevo et d’Ouglegorsk ou la délégation a été reçue par les autorités municipales, maisons en ruine et défoncées, impacts de balles et d’éclats d’obus, routes défoncées par les bombardements… le plus émouvant a été la discussion qui s’est déroulée entre la délégation et les habitants, des témoignages poignants de braves gens les larmes aux yeux racontant leur survie, les bombardements, la folie meurtrière des « soldats » ukrainiens haineux, les saccages, les pillages sans fin, les meurtres gratuits et les insultes et menaces de mort. La journée aura été riche à tout point de vue, la délégation a pu se rendre compte de la réalité du Donbass et sera demain reçue dans plusieurs lieux, notamment elle pourra prendre la mesure des crimes de guerre ukrainiens pendant une longue consultation des documents rassemblés par les avocats locaux.

 

Maître Jean-Josy Bousquet se disait « prêt à aider pour qu’un jour les criminels soient jugés en bonne et due forme, l’avocat doit se trouver là où l’on a besoin de lui, le terme avocat signifie en effet l’homme que l’on peut appeler (à l’aide) et nous ferons notre possible en France pour retransmettre la vérité ». C’est aussi le sentiment de Jacques Clostermann, Gaulliste convaincu, alors que son compagnon de périple dans le Donbass a une sensibilité plutôt fermement à gauche. Le tandem a pu réellement voir le plus terrible de la guerre ethnique et cruelle que mène l’Ukraine contre les russophones du Donbass. Elle est un signe d’espoir et sera sans doute l’avant-garde d’une prochaine délégation plus forte en nombre, de diverses personnalités politiques ou privées, les projets fleurissant aussi autour de l’aide qui pourrait être apportée à la région et la cause de la Liberté du Donbass. DONi salue le courage de ces deux Français et de la compagne marocaine de Monsieur Bousquet qui à leurs propres frais ont entrepris ce long voyage périlleux et qui sera nous l’espérons la promesse de la destruction future de l’omerta des médias français sur la vraie réalité du drame du Donbass, des massacres et des tueries orchestrées par Kiev et du triste soutien de la France officielle à un régime s’appuyant sur une importante frange néonazie.

 

Soulignons toutefois une autre lueur d’espoir venue de la Maire de Nantes qui a alerté le préfet pour interdire la réunion néonazie qui doit se tenir le 16 janvier avec un criminel de guerre français du bataillon Azov et d’autres sinistres personnages dans la mouvance des supports à l’Ukraine, sympathisant de Pravy Sektor et autres nazillons espérant importer en France le virus du Maïdan et le cauchemar que bien avant eux, l’Allemagne nazie avait répandu dans le Monde entier dans un bain de sang qui jusqu’à présent n’a pas eu d’égal dans l’Histoire de l’Humanité.

 

Laurent Brayard pour DONi.Press

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Rapport de situation de la RPD du 12 janvier 2016. L'Etat Islamique s'installe en Ukraine pour combattre dans le Donbass.

13 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La Russie, #Europe supranationale, #Economie, #le nazisme, #Terrorisme, #Daesch, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #ISIL

Criminels enragés, rafles dans la zone tampon, inspections et maladies chez les FAU - Rapport de situation de la RPD du 12 janvier 2016

"La situation sur la ligne de contact n'a pas changé durant les dernières 24 heures. En violation des accords de Minsk, l'ennemi a tiré quatre fois sur le territoire de la République," a rapporté mardi le commandant en second de l'armée de Donetsk Edouard Bassourine, en soulignant "la préparation par le pouvoir ukrainien de provocations contre les civils" et "les maladies qui se répandent parmi les militaires ukrainiens sur le terrain." "Dans les localités de la "zone tampon" occupées par les FAU, nous avons enregistré des rafles de la population locale qui s'oppose à la puissance occupante", pendant que "des criminels enragés mènent des attaques récurrents contre les positions de la RPD," a indiqué Bassourine.

"Les localités de Kominternovo, Zheleznaya Balka, et Spartak ont été bombardées. Au total, plus de 22 obus d'un calibre de 82 mm ont été tirés sur le territoire de la République, et plus de sept tirs ont été effectués depuis des véhicules de combat d'infanterie et des lance-roquettes antichars.

Les services de renseignement de la République populaire de Donetsk continuent d'enregistrer le redéploiement et la concentration de l'équipement militaire et des soldats ennemis sur la ligne de contact:
- À Dzerzhinsk – à 5 km de la ligne de contact – la présence de la batterie d'artillerie automotrice de la 26e brigade d'artillerie a été enregistrée (deux systèmes d'artillerie automoteurs "Peon" de 152 mm, et quatre systèmes d'artillerie automoteurs "Ghiatsint" de 152 mm);
- À Novoselovka Second – à 8 km de la ligne de contact – deux systèmes d'artillerie automoteurs et jusqu'à 150 soldats ont été enregistrés;
- À Pavlopol (zone tampon) – trois chars d'assaut, quatre véhicules de combat d'infanterie, deux véhicules de transport blindés et huit véhicules avec des munitions et du personnel ont été enregistrés;
- À Artemovsk – l'unité d'artillerie de la 30e brigade mécanisée a été déployée.

Ces faits révèlent la préparation des instances officielles ukrainiennes pour aggraver la situation dans le Donbass, en violation de tous les accords du "Format Normandie".

En outre, nos services de renseignement ont enregistré les faits suivants:

Dans huit localités de la "zone tampon" occupées par les FAU, nous avons enregistré des rafles de la population locale qui s'oppose à la puissance occupante. Les rafles sont menées par les représentants du Service de Sécurité Ukrainien (SSU) avec l'aide d'unités de la 36e brigade d'infanterie navale, en raison de la grande quantité d'informations qui fuite de ces zones. En particulier, concernant la concentration d'armes interdites et de soldats dans la soit-disant "zone grise", et la préparation par le pouvoir ukrainien de provocations contre les civils.

Dans la zone de l'opération anti-terroriste, près de la localité de Lebedinskoe, des désaccords émergeant entre les unités régulières des forces armées ukrainiennes et le corps de volontaires ukrainien "Secteur Droit" menant à des affrontement avec utilisation d'armes à feu ont été enregistrés. Le personnel militaire de la 36e brigade d'infanterie navale a expulsé de la localité les nationalistes radicaux, qui contrôlent maintenant tous les transports de fret.

Le 17 janvier 2016 une rotation du personnel de la 57e brigade d'infanterie motorisée est soi-disant planifiée. En raison du vol massif de biens militaires dans la 57e brigade d'infanterie motorisée, avant la rotation du personnel militaire, des inspections sont menées dans les unités afin d'évaluer les dommages causés par les vols. Parmi d'autres, sont exposés aux inspections les moyens de communication, armes et munitions, dont une partie a été vendue via différents canaux aux unités des forces armées de la RPD.

La 26e brigade d'artillerie a subi le même genre de vérification. À cause des nombreux vols, le personnel du SSU vérifie les stocks d'armes et les entrepôts de munitions.

D'après le personnel médical des unités des FAU, des maladies se répandent parmi le personnel militaire ukrainien sur le terrain. Les médecins ont enregistré un virus inconnu qui provoque chez la personne infectée une forte fièvre qui ne peut être réduite par aucun médicament, et qui en deux jours, mène à l'issue fatale. Jusqu'ici ce virus a tué plus de 20 soldats, ce qui est soigneusement protégé de toute publicité par le commandement des FAU.

L'utilisation par les forces armées ukrainiennes de groupes terroristes formés de combattants qui étaient directement impliqués dans les opérations militaires en Irak, Afghanistan et Syrie a été confirmée. La partie des criminels, qui avaient participé auparavant aux groupes terroristes présents en République de Tchétchénie ont été amnistiés par les dirigeants ukrainiens et nommés commandants d'unités sous la direction de l'état-major des FAU. Maintenant, ces criminels enragés sont près de la localité de Shirokino et mènent des attaques récurrentes contre nos positions.

Sur cette base seront créés des gangs qui seront impliqués dans l'organisation d'attaques terroristes contre la RPD. Mais ensuite, comme cela est déjà arrivé, ils élargiront leurs activités à la déstabilisation de la situation en Ukraine, puis aux autres pays en Europe de l'Est. Autrement dit, l'Ukraine va devenir une nouvelle plate-forme d'expansion pour les groupes terroristes sous l'influence de l’État Islamique," a annoncé Bassourine.

Commandant en second Edouard Bassourine, traduction officielle depuis l'anglais par Úlfdís Haraldsdóttir

Agence DONi News

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Syrie : Qui affame vraiment la population de Madaya ? (MàJ)

12 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France, #La nation ., #La République, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch

lundi 11 janvier 2016

Syrie : Qui affame vraiment la population de Madaya ? (MàJ)

 
 
 
Sa photo a servi pour plusieurs faux articles, tantôt présentée comme une jeune syrienne en Jordanie, tantôt comme une palestinienne bloquée à Madaya
 
Photo de Marianna en 2014
Marianna Aujourd'hui
Parmi les multiples photos diffusées sur les réseaux sociaux sensées prouver la prétendue famine  de Madaya, ville de 40.000 habitant occupée par la rebellion dite "modérée" située à 30 km de Damas près de la frontière libanaise, les médias relayant la propagande anti-Bachar faisaient récemment circuler un fake ignoble pour faire croire que cette petite fille prétendument palestinienne, dont la photo de 2014 avait été très diffusée et faussement présentée comme celle d'une réfugiée syrienne prise en Jordanie, était en train de mourir de faim à Madaya. En réalité, si elle a effectivement bien grandi, elle va bien et se trouve au Sud Liban (elle est en fait libanaise*), région sous la protection des "méchants" alliés du pouvoir syrien, le Hezbollah...
 
 Ses parents ont fait publier une vidéo (voir ci-dessous) pour démentir les rumeurs et montrer que leur petite fille n'a rien à voir dans tout ça...

Vidéo où Marianna dément elle-même etre une victime de la "famine de Madaya"

 
 
Quelques-uns des montages de propagande sur la soit-disant famine de Madaya. (cliquez sur l'image pour l’agrandir)
 
En Réalité,
Les camions d'aide humanitaire du gouvernement syrien, du Croissant Rouge et de l'ONU sont entrés dans la localité de Madaya. Le problème va être de veiller à ce que l'aide atteigne bien la population et ne soit pas détournée par les "rebelles modérés" pour etre revendue à prix d'or aux pauvres civils comme ils l'ont fait avec les convois d'aide précédents du gouvernement de Damas et dont témoignent les habitants de la ville dans la vidéo ci-dessous :

(activer les Sous-titres en français en bas à droite de la vidéo)

Mise A Jour (12.01) :

Les premiers camions d’aide humanitaire sont arrivés dans la ville syrienne assiégée de Madaya. Mais il n’est pas dit que les civils puissent en profiter car les 600 rebelles réfugiés dans la ville pourraient bien faire main basse sur la nourriture. (VOST FR)

Reportage de RT en anglais sur l'arrivée des secours + Débunkage des fakes publiés par la rébellion sur les "affamés de Madaya" (en réalité, affamés par les rebelles)

Publié par Bertrand Riviere

http://gaideclin.blogspot.fr/2016/01/syrie-qui-affame-vraiment-la-population.html

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Nantes Une inquiétante réunion néonazie organisée samedi 16 janvier 2016

12 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Ukraine, #La Russie, #le nazisme

Nantes Une inquiétante réunion néonazie organisée samedi

0 12.01.2016 06:11

Sur la page facebook des organisateurs, l'insigne du régiment Azov qui évoque celui de la division SS Das Reich

Capture d'écran

 

 

Le samedi 16 janvier à Nantes, un groupuscule a invité un vétéran du régiment ukrainien Azov, suspecté par Amnesty International d'avoir commis des crimes de guerre contre les pro-russes.

L'annonce se répand sur le web depuis Noël. « À Nantes, samedi 16 janvier, conférence en présence d'un ancien volontaire du régiment Azov. Uniquement sur réservation ». Suivent une adresse mail et l'insigne de cette unité paramilitaire ukrainienne qui reprend celui de la tristement célèbre division SS Das Reich, responsable des pendaisons de Tulle et du massacre d'Oradour-sur-Glane en juin 1944.

« La ville n'a loué aucune salle »

De nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer la tenue de cette réunion à Nantes, égratignant au passage la ville pour son inaction. Interrogés, les services municipaux se défendent : « La ville n'a rien à voir et n'a loué aucune salle pour accueillir ce type de manifestation ».

La maire de Nantes, Johanna Rolland (PS) a également reçu une lettre de Shimon Samuels, directeur des relations internationales du Centre Simon-Wiesenthal, lui intimant : « Interdisez la réunion de sympathisants du bataillon Azov, suspecté d'être d'obédience néonazie et de recruter de jeunes Français. Ce danger pour la jeunesse de France n'a d'égal que celui du recrutement à l'EI. »

Derrière la rencontre du 16 janvier se cache le groupuscule White Rebels Crew (« équipage des rebelles blancs »). Très actif sur les réseaux sociaux - son compte Facebook enregistre 1 063 « j'aime » - ce groupe reste toutefois très confidentiel. Selon les spécialistes, il compte à peine une vingtaine de militants sur la Bretagne et les Pays de la Loire.

« Les bons leviers juridiques »

La préfecture dit « étudier les différents aspects du dossier pour activer les bons leviers juridiques ». Mais, à ce jour, nul ne sait où aura lieu la conférence, cette précision n'étant donnée aux participants, par mail ou sms, qu'après leur inscription.

Plus d'informations dans Presse Océan du mardi 12 janvier 2016

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L’Otan cherche la destruction de la Russie depuis 1949

12 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #l'ONU, #AMERIQUE, #La Russie, #La France, #La guerre, #Terrorisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Ukraine, #le nazisme

L’Otan cherche la destruction de la Russie depuis 1949

 
NATO-Russia

 

En 1990, après la chute du Mur de Berlin, le président américain George H. W. Bush, par l’intermédiaire de son secrétaire d’État James Baker, promit au Premier secrétaire Mikhaïl Gorbatchev qu’en échange de la coopération soviétique dans la réunification allemande, l’Otan, alliance de la Guerre froide, ne s’étendrait pas d’un pouce vers l’Est, en direction de la Russie. Baker dit à Gorbatchev : «Écoutez, si vous retirez vos 300 000 troupes d’Allemagne de l’Est et permettez la réunification de l’Allemagne dans le cadre de l’Otan, l’Otan ne s’étendra pas d’un pouce vers l’Est.»

L’année suivante, l’Union soviétique se désintégrait officiellement. Son alliance militaire défensive (le Pacte de Varsovie) s’était déjà dissoute. La Guerre froide était finie.

Pourquoi l’Otan ne s’est-elle alors pas dissoute mais au contraire s’est-elle étendue sans cesse, encerclant la Russie européenne ? Pourquoi n’est-ce pas un sujet central de discussion et de débat dans ce pays ?

L’Otan : une alliance anti-russe de la Guerre froide

Certains doutent que l’engagement de Bush ait jamais été pris, bien que Baker l’ait répété publiquement en Russie. Ou prétendent que l’engagement ne fut jamais mis par écrit d’où sa nullité légale. Ou prétendent que toute promesse faite aux dirigeants de l’Union soviétique, qui disparut en 1991, est inapplicable aux relations russo-américaines postérieures. Mais il est clair que les États-Unis, à la consternation des dirigeants russes, ont continué à se confronter à leur ennemi de la Guerre froide, principalement via l’expansion de l’Otan. Cette expansion n’est pas commentée dans les médias de masse américains qui traitent l’entrée d’une nouvelle nation dans l’Otan comme de l’entrée d’un nouvel État dans l’ONU, comme si c’était naturel et non problématique.

Mais rappelez-vous quelques points de l’histoire. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) fut créée le 4 avril 1949 comme une alliance militaire contre l’Union soviétique, principalement contre la Russie, composée initialement des États-Unis, du Canada, de la Grande Bretagne, de la France, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg, du Danemark, de l’Islande, de la Norvège et du Portugal.

Elle se forma quatre ans après que les Soviétiques prirent Berlin d’assaut battant les nazis. (Comme vous le savez, l’Allemagne envahit la Russie six mois avant que le Japon n’attaque Pearl Harbour ; les États-Unis et la Russie furent alliés contre les fascistes ; les victoires clés dans la guerre européenne – Moscou, Stalingrad, Koursk – furent des victoires soviétiques contre les nazis. Les soldats US ne traversèrent le Rhin que le 22 mars alors que l’armée Rouge se rapprochait de Berlin, prenant la ville entre le 16 avril et le 2 mai, au prix de la mort de 80 000 Soviétiques. Si vous ne savez pas cela, vous n’avez pas reçu d’éducation correcte !)

Dans les quatre ans qui séparent la mort de Hitler de la formation de l’Otan, les deux grands vainqueurs de la guerre divisèrent l’Europe en zones d’influence. L’Union soviétique voisine avait contribué de façon écrasante à la défaite fasciste : plus de 8 millions de militaires et 12 millions de civils furent tués, comparés aux pertes des lointains États-Unis, qui subirent 186 000 morts en Europe et 106 000  dans le Pacifique.

Il peut sembler étrange que le moindre des héros de l’histoire (dans ce conflit épique contre le fascisme) ait reçu la plus grosse part du gâteau après la bataille : les États-Unis créèrent un bloc incluant la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, la plus grande partie de l’Allemagne, les Pays-Bas, le Portugal et la plupart de la Scandinavie, alors que les Soviétiques imposèrent leur hégémonie – ou essayèrent – sur leur États clients moins riches. Mais les Soviétiques ne furent en aucun cas principalement intéressés à attirer les nations les plus riches dans leur orbite. Si tel avait été le cas, ils n’auraient pas retiré leurs troupes d’Autriche en 1955.

Au contraire, la Russie qui fut envahie plusieurs fois dans l’histoire depuis l’Ouest – par la Suède, la Lituanie, la Pologne, la France et l’Allemagne –, voulait surtout sécuriser sa frontière occidentale. Pour assurer l’établissement de régimes amis, elle organisa des élections en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie et ailleurs (ces élections avaient autant de légitimité que celles tenues sous occupation américaine de l’Irak ou de l’Afghanistan ces dernières années ou n’importe quand en Amérique latine). Elles engendrèrent les républiques populaires d’Europe de l’Est.

Les États-Unis et les Britanniques grommelèrent contre les avancées géopolitiques de leur allié de guerre. En mars 1946, l’ex-premier ministre Winston Churchill, en visite aux États-Unis, fit allusion à un rideau de fer tombant sur l’Europe (peut être utilisait-il sans le savoir l’expression que Joseph Goebbels avait utilisée 13 mois plus tôt. Le ministre allemand de la propagande avait déclaré à un journal que «si le peuple allemand déposait les armes, les Soviétiques occuperaient toute l’Europe. Un rideau de fer tomberait sur cet énorme territoire»). Très effrayant.

Mais les États-Unis travaillaient dur à l’époque pour consolider leur propre bloc en Europe. En mai 1947, la CIA força les gouvernements italien et français à purger les ministres communistes des cabinets formés après les succès électoraux des années précédentes. (Les États-Unis avaient un énorme pouvoir acheté par les 13 milliards de dollars du Plan Marshall à partir d’avril 1947, destiné à raviver le capitalisme européen et à diminuer l’attractivité du marxisme).

Le chef de la station de la CIA à Rome se vanta plus tard que sans la CIA, qui finança une campagne incitant à la peur des Rouges et fomenta des clashs violents ayant fait parfois des victimes lors de meetings, «le Parti communiste aurait sûrement gagné les élections italiennes en 1948». (Toute personne qui pense que les Soviétiques truquèrent leurs élections alors que par principe, les États-Unis facilitèrent des élections honnêtes est un indécrottable naïf.)

Pendant ce temps – avant l’établissement de l’Otan en avril 1949 – les États-Unis et la Grande Bretagne avaient mené à partir de 1946 une guerre en Grèce, en faveur de la monarchie et contre les forces communistes qui avaient été la colonne vertébrale du mouvement anti-fasciste durant la Seconde Guerre mondiale. Les communistes jouissaient d’un large appui populaire et auraient pu gagner la guerre civile si les Soviétiques les avaient soutenus. Mais en respectant l’accord sur les zones d’influence établi à Yalta et à Potsdam, Staline ignora les appels à l’aide des communistes grecs et yougoslaves. Les partisans grecs capitulèrent en octobre 1949, six mois après la formation de l’Otan. (Mais l’Otan ne fut pas déployée durant cette intervention militaire qui fut considérée comme la première opération militaire de la Guerre froide des États-Unis selon la doctrine Truman, anti-communiste au sens large.)

Exactement un mois après la formation de l’Otan, les dirigeants pro-américains en Allemagne de l’Ouest annoncèrent unilatéralement la formation de la République fédérale d’Allemagne. (La République démocratique allemande, pro-soviétique, fut déclarée seulement six mois plus tard. Comme en Corée, les Soviétiques soutenaient la réunification des territoires occupés. Mais les États-Unis avaient l’intention d’établir des États clients et de diviser des nations, si nécessaire, pour endiguer les percées soviétiques. Ce fut aussi le cas avec le Vietnam.)

Quatre mois après la création de l’Otan, les Soviétiques effectuèrent leur premier test nucléaire avec succès. La Guerre froide commençait pour de bon.

L’Otan fut formée pour se confronter agressivement à l’URSS et exploiter les peurs d’une supposée menace d’attaque soviétique vers l’Ouest (pour imposer le système social soviétique à des peuples qui n’en voulaient pas). Cette menace ne s’est bien sûr jamais matérialisée. Les Soviétiques coupèrent Berlin-Est de la partie Ouest par le mur de Berlin pour éviter des évasions massives embarrassantes. Mais ils n’envahirent jamais l’Allemagne de l’Ouest et ne provoquèrent aucun conflit avec une nation de l’Otan durant la Guerre froide. (En fait, par comparaison avec les carnages qui s’abattirent sur l’Europe depuis 1989, des guerres civiles dans les Balkans et dans le Caucase aux bombardements terroristes de Londres, Madrid et Paris et au putsch néo-fasciste en Ukraine l’année dernière, la Guerre froide apparaît rétrospectivement comme une longue période de prospérité et de paix relative sur le continent.)

Comparons les Agressions US et Russo/Soviétiques durant la guerre froide

L’OTAN s’agrandit en 1952, incorporant la Grèce pacifiée et son rival historique, la Turquie. En 1955, il amena la RFA en son sein. A ce moment seulement, en mai 1956, 7 ans après la formation de l’OTAN, les Soviétiques établirent en réponse leur propre alliance militaire défensive. Le traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle (Pacte de Varsovie) n’incluait que 8 nations (contre 15 pour l’OTAN) : L’URSS, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne de l’Est, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et l’Albanie.

Les forces du Pacte de Varsovie ne se déployèrent qu’une fois durant la guerre froide, pour écraser le mouvement de réforme en Tchécoslovaquie en 1968 (Elles ne furent pas utilisées durant la répression de la « révolution hongroise » de 1956, qui eut lieu cinq mois après la fondation de l’alliance. Cette opération fut effectuée par des troupes soviétiques et des forces loyalistes hongroises.). L’intervention en Tchécoslovaquie provoqua le retrait de l’Albanie du Pacte alors que la Roumanie protesta et refusa d’envoyer des troupes. Pratiquement, le Pacte fut réduit à 6 membres à comparer aux 15 de l’OTAN. L’alliance occidentale s’agrandit à 16 quand l’Espagne la rejoignit en 1982.

Entre 1945 et 1991 (quand le pacte de Varsovie et l’URSS se désintégrèrent), les Etats-Unis se sont engagés dans trois guerres majeures (Corée, Vietnam, Golfe Persique), ont envahi la Grenade et le Panama, sont intervenus militairement au Guatemala, République Dominicaine, Liban, Cuba, Cambodge, Laos, Nicaragua, Haïti et dans d’autres pays.

Durant la même période, les soviétiques ont envahi deux fois des nations est-européennes (la Hongrie 1956 et la Tchécoslovaquie 1968), pour maintenir le statu quo. Ailleurs, il y eut un bref conflit frontalier avec la Chine qui fit 150 morts de chaque coté. Et les Soviétiques ont bien sûr envahi l’Afghanistan en 1979 pour consolider le régime laïque aux prises avec l’opposition islamiste. C’est tout. En fait, si vous comparez avec le bilan américain, le leur est un peu maigre pour une superpuissance.

Cette opposition islamique en Afghanistan, comme nous le savons, s’est transformée en Talibans, al-Qaeda et le groupe fondé en Irak par l’ancien rival de Ben Ladan Abu Moussah al Zarqawi appelé maintenant ISIL ou Etat Islamique. Appelés, presque affectueusement par la presse américaine en 1980 moudjahidines (ceux qui sont engagés dans le djihad), ces militants religieux ont été glorifiés comme des combattants anti communistes sacrés par le conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter Zbigniew Brzezinski.

Brzezinski annonça au président américain six mois avant que les soviétiques n’envoient de troupes qu’en soutenant les djihadistes les US pourraient provoquer une intervention militaire soviétique. Les Etats-Unis, déclara-t-il, ont l’opportunité d’infliger aux Soviétiques leur guerre du Vietnam et peuvent saigner les Soviétiques comme ils ont saigné les Etats-Unis au Vietnam.

Attardons nous un moment sur la moralité de ceci. Les soviétiques ont aidé les vietnamiens à combattre un régime impopulaire soutenu par les Etats-Unis et à confronter l’horreur des assauts américains contre leur pays. Maintenant, en retour, comme Brzezinski le déclara, les Etats-Unis pouvaient aider les extrémistes islamistes à l’esprit médiéval à provoquer une intervention soviétique pour tuer des jeunes conscrits soviétiques et empêcher l’avènement de la modernité.

Les djihadistes anti-soviétiques furent accueillis à la Maison Blanche par le président Ronald Reagan pendant une visite en 1985. Reagan, montrant peut-être les premiers symptômes d’Alzheimer, clama qu’ils étaient « l’équivalent moral des pères fondateurs de l’Amérique ». A cette époque, une grande partie de l’aide américaine (CIA) aux moudjahidines était destinée à Gulbudding Hekmatyar, un féroce chef de guerre maintenant aligné avec les Talibans. Comme de nombreux anciens alliés des US (incluant Saddam Hussein) tombés en disgrâce, il fut la cible d’au moins une frappe ratée par drone en 2002.

Donc le seul et unique conflit militaire prolongé soviétique durant la guerre froide, de décembre 1979 à février 1989 et qui a coûté 14’000 vies soviétiques, fut un conflit avec ce que les experts américains vont appeler « terrorisme islamiste »

Les Soviétiques n’ont sûrement pas affronté des anticommunistes désirant la « liberté » comme cela peut être conceptualisé dans certaines idéologies modernes. L’ennemi incluait des leaders tribaux et des religieux qui s’opposaient à tout changement du statut des filles et des femmes, en particulier leur code vestimentaire et leur soumission à l’autorité patriarcale en matière de mariage.

Les révolutionnaires soutenus par les soviétiques étaient confrontés à des fanatiques ignorants des besoins médicaux des femmes, hostiles à l’idée de cliniques publiques et opposés à l’éducation des femmes. (En fait, les soviétiques ont réussi à augmenter le taux d’alphabétisation des femmes durant les années 80 – un fait non égalé par les nouveaux occupants depuis 2001 – mais ceci était principalement dû au fait qu’ils gardèrent le contrôle de Kaboul, où les femmes purent non seulement recevoir une éducation, mais aussi se déplacer sans foulards.)

Cette époque prit fin quand le régime de Mohammad Najibullah installé par les soviétiques fut renversé par les forces de l’alliance du Nord en Avril 1992. Les choses empirèrent. La guerre civile entre le pachtoune Hekmatyar et ses rivaux tadjiks éclata immédiatement et les forces d’Hekmatyar bombardèrent brutalement la capitale – chose qui n’était jamais arrivée durant les pires jours de la période soviétique.

Pendant que la guerre civile s’aggravait, les Talibans apparurent, se présentant comme des leaders moralement justes inspirés par la Shariah. Acquérant une large base sociale, ils prirent Kaboul en septembre 1996. Un de leurs premiers actes fut de saisir Najibullah, qui s’était réfugié dans un bâtiment des Nations Unis trois ans plus tôt , de le castrer et de le pendre en public, lui refusant un enterrement selon les rites musulmans.

Juste au moment où les néoconservateurs clamaient le triomphe du capitalisme sur le communisme et la supposée fin de l’histoire, le monstre de Frankenstein de l’Islamisme sortait sa vilaine tête. Il n’y eut pas de larmes pour Najibullah dans les capitales occidentales. Mais les Talibans étaient considérés avec inquiétude et dégoût et le siège aux Nations Unies resta aux mains du régime de l’alliance du Nord qui ne contrôlait que 10% du pays.

Comment la Guerre Froide encouragea l’Islamisme Radical

Bien sûr les Etats-Unis- qui ont fait leurs valises et sont partis après le retrait soviétique, laissant les pakistanais avec un problème massif de réfugiés et l’Afghanistan dans le chaos, ont saigné les soviétiques et quiconque osant s’allier avec eux. Et sûrement cette expérience contribua à la réalisation du voeu le plus cher de Brzezinski : l’écroulement de l’Union Soviétique.

Mais elle a aussi produit le terrorisme islamiste, à grande échelle, alors que les Etats-Unis, ayant auparavant organisé le recrutement et l’entraînement de légions de djihadistes provenant de tout le monde musulman pour attaquer l’Union Soviétique, étaient et sont encore obligés d’en gérer les conséquences et leur réponse provoque invariablement plus de terrorisme.

N’est-il pas évident que les actions militaires américaines contre les différentes cibles terroristes dans le Moyen Orient « élargi », incluant l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, le Yemen et la Libye ont grandement gonflé les rangs d’Al Qaeda et de l’Etat Islamique ?

Et est ce que le cours des évènements en Afghanistan – où le gouvernement de Kaboul reste paralysé et stupide, les seigneurs de la guerre gouvernent les cités de province, la Cour suprême condamne des gens à mort pour des offenses religieuses, la plus grande partie de l’arrière pays est aux mains des talibans and les militants pénètrent vers le Nord – ne vous convainc pas que les Etats-Unis n’auraient pas dû s’allier aux djihadistes contre les forces laïques soutenues par les soviétiques il y a 35 ans ?

Dans une interview en 1998 publiée par le Nouvel Observateur, on demanda à Brzezinski s’il regrettait d’avoir donné des armes et des conseils aux futurs terroristes islamistes.

Brzezinski : Qu’est ce qui le plus important dans l’histoire du monde ? Les Talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques musulmans agités ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ?

Q : Quelques musulmans agités ? Mais il a été dit et repété : Le fondamentalisme islamique représente une menace mondiales de nos jours.

Brzezinski : N’importe quoi ! Il a été dit que l’Occident avait une politique globale concernant l’Islam. C’est stupide. Il n’y a pas d’Islam global. Regardez l’Islam de façon rationnelle et sans démagogie ou émotion. C’est la religion dominante dans le monde avec 1.5 milliards de croyants. Mais qu’y a-t-il de commun entre les fondamentalistes saoudiens, les modérés marocains, les militaristes pakistanais, les pro-occidentaux égyptiens et le sécularisme d’Asie Centrale ? Rien de plus que ce qui unit les pays chrétiens.

En d’autres mots, gagner la compétition contre la Russie, la saigner jusqu’à l’effondrement, était plus important que le risque de promouvoir le fondamentalisme musulman militant. Il est évident que cette mentalité demeure, quand, dans le monde post 11 septembre, certains officiels du département d’Etat préfèreraient voir Damas tomber aux mains de l’EI plutôt que de la laisser défendre par les Russes en appui d’un régime laïque.

L’OTAN à la rescousse du monde post guerre froide.

Depuis la chute de l’Union Soviétique et la disparition du Pacte de Varsovie, qu’a manigancé l’OTAN ? Premièrement, elle a rempli un vide de pouvoir dans les Balkans. La Yougoslavie s’écroulait. Elle avait été neutre pendant la Guerre Froide, ni membre de l’OTAN ni du pacte de Varsovie. A mesure que les gouvernements tombaient en Europe de l’Est, les mouvements sécessionistes dans les républiques multi ethniques produisaient des conflits étendus. Le secrétaire d’Etat Baker s’inquiétait de ce que l’écroulement de la Yougoslavie ne provoquât une instabilité régionale et s’opposa à l’indépendance de la Slovénie.

Mais le ministre allemand des affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher et le chancelier Helmut Kohl-grisés par la fierté de la réunification allemande et décidés à jouer un rôle plus important dans le monde – firent pression pour le démantèlement de la Yougoslavie. (Il y avait d’importants intérêts historiques allemands dans ce pays. Les Nazis avaient occupé la Slovénie de 1941 à 1945, établissant une garde slovène de 21’000 hommes et initiant des affaires économiques. L’Allemagne est maintenant de loin le premier partenaire commercial de la Slovénie. La position de Kohl prévalut.

La Yougoslavie, qui était un modèle d’harmonie interethnique,fut déchirée par des conflits ethniques dans les années 1990. En Croatie, les Croates combattirent les Serbes aidés par l’armée populaire yougoslave. En Bosnie Herzégovine, les bosniaques, les croates et les serbes se querellèrent sur la façon de diviser le pays. En Serbie, l’annulation de l’autonomie des provinces du Kosovo et de la Voïvodine provoqua la colère des Albanais. En 1995, les images d’hommes bosniaques émaciés dans des camps de prisonniers serbes furent largement diffusés dans les médias mondiaux alors que Bill Clinton était résolu à ne pas laisser un nouveau Rwanda (lisez génocide) se produire. Pas sous son mandat. L’Amérique allait sauver la situation.

Ou plutôt : L’OTAN allait sauver la situation. Loin d’avoir perdu son utilité après la guerre froide, déclara Clinton, l’OTAN était la seule force capable de relever ce genre de défi. Et donc, l’OTAN bombarda et bombarda , pour la première fois dans une vraie guerre, jusqu’à ce que les Serbes bosniaques implorent pitié. La configuration actuelle de la Bosnie herzégovine, une fédération dysfonctionnelle, incluant une mini république serbe, fut dictée par le secrétaire d’Etat Warren Christopher et son envoyé Richard Holbrooke au meeting de Dayton, Ohio en Novembre 1995.

La Russie, alliée traditionnelle des serbes, fut obligée de regarder passivement pendant que les Etats-Unis et l’OTAN redessinaient les cartes de l’ancienne Yougoslavie. La Russie était elle-même dans les années1990, sous la direction du bouffon alcoolique Boris Yeltsin, en piètre état. L’économie piquait du nez, le désespoir régnait, la longévité masculine avait dégringolé. La nouvelle politique était tout sauf stable. Pendant la crise constitutionnelle de septembre-octobre 1993, le président avait même ordonné à l’armée de bombarder le bâtiment du Parlement, pour forcer les législateurs à se soumettre à son décret de dissolution. Sous la poigne d’oligarques corrompus et du capitalisme sauvage occidental, les Russes étaient sans illusion et démoralisés.

Puis d’autres insultes arrivèrent de l’Occident. Durant la dernière année de Yeltsin, en Mars 1999, l’OTAN accueillit trois nations supplémentaires : la Tchécoslovaquie (plus tard la République tchèque et la Slovaquie), la Hongrie et la Pologne. Ce furent les 3 nations les plus puissantes du pacte de Varsovie, URSS et Allemagne de l’Est mise à part. Ceci était la première expansion de l’OTAN depuis 1982 (quand l’Espagne avait adhéré) et énerva le Kremlin, ce qui était compréhensible. Quelle peut bien être la raison pour l’expansion de l’OTAN à présent ? demandèrent les Russes, qui furent assurés que l’OTAN n’était dirigée contre personne.

Le Sénat a voté pour étendre l’adhésion à la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie en 1998. A l’époque, George Kennan, le fameux diplomate américain qui développa la stratégie d’isolement de l’URSS pendant la guerre froide fut interrogé :

“Je crois que c’est le début d’une nouvelle guerre froide, prévint Kennan, âgé de 94 ans. Je pense que les Russes vont réagir petit à petit et cela va affecter leur politique. Je crois que c’est une erreur tragique. Il n’y avait aucune raison. Cela démontre un manque de compréhension de l’histoire Russe et soviétique. Bien sûr que la Russie va réagir négativement et ensuite les avocats de l’extension de l’OTAN prétendront qu’ils avaient toujours dit que les Russes sont comme cela mais ceci est simplement faux”

L’OTAN contre la Serbie

Dans le même mois de Mars 1999, l’OTAN (y compris ses trois nouveaux membres) bombarda Belgrade, la capitale de la Serbie. C’était la première fois depuis la deuxième guerre mondiale qu’une capitale européenne était victime de bombardements. La raison officielle était que les forces de l’état Serbe persécutaient les albanais de la province du Kosovo. La diplomatie avait échoué et l’intervention de l’OTAN était nécessaire pour remettre les choses en place. Cette justification fut accompagnée de rapports très exagérés de forces serbes tuant des kosovars, perpétrant un génocide.

C’était des bêtises. Les Etats-Unis avaient demandé à la conférence de Rambouillet, France que la Serbie retire ses forces du Kosovo et restaure l’autonomie de la province. Le président Serbe Slobodan Milosevic avait accepté. Mais les Etats-Unis avaient aussi exigé que Belgrade accepte des forces de l’OTAN sur tout le territoire de la Yougoslavie, quelque chose qu’aucun leader d’un état souverain ne peut accepter. Belgrade refusa, soutenu par la Russie.

Un officiel haut placé du Département d’Etat (probablement la secrétaire d’Etat Madeleine Albright) se vanta à des reporters qu’à Rambouillet « Nous avions intentionnellement mis la barre trop haute pour que les Serbes acceptent. Les Serbes avaient besoin d’un petit bombardement pour être raisonnables ». Henry Kissinger, pas un pacifiste, déclara à la presse en juin : « Le texte de Rambouillet, qui appelait la Serbie à admettre des troupes de l’OTAN sur tout le territoire yougoslave, était une provocation et une excuse pour commencer à bombarder. Rambouillet n’est pas un document qu’un Serbe angélique aurait pu accepter. C’était un document diplomatique affreux qui n’aurait jamais du être présenté sous cette forme »

Les Etats-Unis avaient obtenu l’approbation de l’ONU pour les frappes de l’OTAN en Bosnie Herzegovine quatre ans plus tôt. Mais ils ne la cherchèrent pas cette fois, et n’essayèrent pas d’organiser une force des Nations Unis pour résoudre le problème du Kosovo. En effet, ils insistèrent pour que l’OTAN soit reconnue comme le représentant de la communauté internationale.

C’était outrageux. Mais l’opinion publique américaine était largement persuadée que les Serbes avaient refusé de négocier la paix de bonne foi et donc méritaient des bombardements applaudis par la presse, en particulier par la correspondante internationale de CNN Christiane Amanpour, qui avait ses entrées au département d’Etat et n’arrêtait pas de dire à ses spectateurs « Milosevic continue à faire des pieds de nez à la communauté internationale », parce qu’il refusait un ultimatum brutal de l’OTAN que même Kissinger avait qualifié de provocation.

Après que le massacre de masse des Kosovars est devenu une réalité (comme les bombes de l’OTAN commencèrent à tomber sur le Kosovo) et après deux mois et demi de bombardement sur Belgrade, un accord médié par les russes mit fin aux combats. Belgrade put éviter l’occupation de l’OTAN qu’il avait précédemment refusé ( en d’autres termes, l’OTAN n’était parvenu à rien de plus que ce que les Serbes avaient déjà concédé à Rambouillet)

Comme le cessez le feu entrait en vigueur le 21 juin, une colonne d’environ 30 véhicules blindés transportant 250 soldats russes fut déplacée de sa mission de maintien de la paix en Bosnie pour prendre le contrôle de l’aéroport de Pristina au Kosovo (Un petit rappel que la Russie aussi avait un rôle à jouer dans la région)

Ceci prit le commandant américain de l’OTAN Wesley Clark par surprise. Il ordonna que des parachutistes français et britanniques sautent sur l’aéroport mais le général britannique Sir Mike Jackson se déroba prudemment « Je ne vais pas faire commencer la troisième guerre mondiale par mes soldats » déclara-t-il.

Je pense que ce geste dramatique de dernière minute à l’aéroport a été décidé par l’étoile montante Vladimir Poutine, un conseiller d’Eltsin bientôt nommé Vice Président puis successeur d’Eltsine début décembre 1999. Poutine allait devenir un ennemi bien plus coriace pour l’OTAN que son embarrassant prédécesseur.

Coopération rime avec provocation

Rappelez vous comment deux ans plus tard, après le 11 septembre, quand les Etats-Unis invoquèrent la charte de l’OTAN auprès de ses alliés pour s’engager dans la guerre en Afghanistan, Poutine offrit d’autoriser l’alliance à transporter du matériel de guerre à travers le territoire russe (en 2012, le ministre des affaires étrangères Lavrov offrit à l’OTAN l’utilisation d’une base à Ulvanovsk pour transporter de l’équipement hors de l’Afghanistan). Cette invasion de l’Afghanistan était le troisième déploiement des forces de l’OTAN dans une guerre, après la Bosnie et la Serbie, et Moscou l’accepta comme un fait accompli. La Russie passa même sous silence ses inquiétudes quand les Etats-Unis établirent des bases dans les anciennes républiques soviétiques d’Ouzbekistan et du Kirghizistan.

Mais en 2004, l’OTAN s’étendit encore, pour intégrer l’Estonie, la Lettonie et la Lithuanie, qui avaient toutes fait part de l’Union soviétique et avoisinent la Russie. Au même moment, la Bulgarie, la Roumanie et la Slovénie furent admises, avec la Slovaquie qui s’était séparée de la République tchèque. Les Russes demandèrent à nouveau « Pourquoi ? »

En 2007, les Etats-Unis commencèrent à négocier avec les Polonais l’installation d’un complexe anti-missile en Pologne, avec un système radar en République tchèque. En principe, cet armement était destiné à détruire tout futur missile iranien lancé contre l’Europe ! Mais Moscou devint furieux, accusant les Etats-Unis de vouloir lancer une nouvelle course aux armements. En raison des sentiments anti-militaristes chez les Polonais et les Tchèques, les plans furent annulés en 2009. Mais ils pourraient être réactivés à tout moment.

En 2008, les Etats-Unis reconnurent le Kosovo, qui abrite désormais la plus grande base américaine hors des Etats-Unis (camp Bondsteel), comme un pays indépendant. Bien que les Etats-Unis aient considéré jusque là le Kosovo comme une province de la Serbie (et peut-être même avaient-ils compris sa signification profonde comme coeur de l’orthodoxie serbe), ils proclamèrent (par la voix de Condoleezza Rice) le Kosovo un phénomène « sui generis » (seul de son genre). Oubliez la loi internationale, elle ne s’applique pas.

La même année 2008, l’OTAN annonça effrontément que la Géorgie et l’Ukraine « deviendraient membres de l’OTAN ». Là dessus, le président comique de la Géorgie Mikheil Saakasvili bombarda Tskhinvali, capitale de la république autoproclamée d’Ossétie du Sud qui avait résisté à son intégration dans la république de Géorgie depuis la chute de l’Union Soviétique en 1991. Dans ce cas, la Russie défendit l’Ossétie du Sud, envahissant la Géorgie, et elle reconnut ensuite l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de la République d’Abkhazie. (Ceci peut être vu comme une réponse du tac au tac à la décision américaine de reconnaître l’indépendance du Kosovo six mois plus tôt.)

Ce fut une guerre de 6 jours, coûtant la vie à 280 militaires (y compris 100 du coté Ossète du Sud/Russe) et environ 400 morts civils. Et il n’y a plus eu de guerre russe depuis. La Crimée n’a pas été « envahie » l’année dernière mais plutôt saisie par les force russes en place, bénéficiant du soutien populaire général. Et il y a peu d’indices que les forces régulières russes se battent contre les forces d’état ukrainiennes. Des Ukrainiens d’origine ethnique russe le font, recevant sans aucun doute du soutien de leurs cousins à travers la frontière historiquement changeante. Mais l’accusation de l’invasion russe de l’Ukraine est un cheval de bataille du département d’Etat, de la propagande automatiquement reprise par les experts-marionnettes de la presse officielle, pas une réalité contemporaine.

Saakasvili s’attendait peut être à être soutenu par les Etats-Unis lorsqu’il provoqua Moscou en août 2008. Mais alors qu’il recevait un soutien ferme du sénateur John McCain, qui déclara « Nous sommes tous Géorgiens maintenant », il reçut peu d’aide du département d’Etat de George W Bush, soucieux de ne pas provoquer la 3e guerre mondiale. La Géorgie n’était pas encore un état membre de l’OTAN capable d’invoquer la clause de défense mutuelle de la charte de l’OTAN.

Saakasvili quitta ses fonctions en 2010 et est maintenant poursuivi par la justice géorgienne pour abus de fonctions. Après un bref passage à la Fletcher School of International Law and Diplomacy in 2014, il a acquis la nationalité Ukrainienne, perdant par la même occasion sa nationalité géorgienne et (un des nombreux exemples de la folle gouvernance ukrainienne , incluant Yatsenyev et Poroshenko) fut nommé gouverneur d’Odessa en mai dernier !

Etant donné la débâcle de 2008, des pays comme l’Allemagne sont peu enclins à accepter une admission de la Géorgie. Ils voient peu de bénéfices à provoquer la Russie en étendant sans arrêt l’alliance défensive de la guerre froide. Cependant, la Croatie et l’Albanie furent ajoutées à l’OTAN en 2009, la première année de l’administration Obama, juste à temps pour participer à la quatrième guerre de l’OTAN contre la Libye.

A nouveau, il n’y avait aucune raison pour une guerre. Le colonel Kadhafi avait été très amical avec les régimes occidentaux depuis 2003, et coopérait avec la CIA contre le terrorisme islamiste. Mais quand le « printemps arabe » balaya la région en 2011, certains leaders occidentaux (dirigé par le président français Nicolas Sarkozy mais incluant la toujours va-t-en guerre Hillary Clinton) se sont convaincus eux-mêmes que la chute de Kadhafi était imminente et qu’il valait mieux aider l’opposition à le déposer et ainsi rentrer dans les grâces de n’importe quel successeur.

Le conseil de sécurité de l’ONU approuva une résolution pour établir une zone de non-survol pour la protection des civils des troupes supposés génocidaires de Kadhafi. Mais ce que l’OTAN libéra fut quelque chose de différent. Une guerre contre Kadhafi, qui mena à son meurtre brutal et à l’horrible chaos qui règne depuis en Libye, une base fiable pour Al-Qaida et l’EI. La Russie et la Chine protestèrent toute les deux, alors que la guerre était encore en cours, que l’OTAN avait déformé la signification de la résolution de l’ONU. Il est peu probable que ces deux membres permanents du conseil de sécurité se laisseront à nouveau duper dans une telle coopération.

Nous pouvons donc ajouter l’échec de Libye aux états dysfonctionnels de Bosnie, Kosovo et Afghanistan à notre liste des exploits de l’OTAN depuis 1991. Pour résumer : Depuis la chute de l’URSS, les US et certains alliés (souvent en leur qualité d’alliés de l’OTAN) ont mené des guerre contre les Serbes Bosniaques, la Serbie, l’Afghanistan, l’Irak et la Libye tout en frappant des cibles au Pakistan, au Yemen, en Somalie, et ailleurs avec impunité. La Russie est allée en guerre une seule fois : pour 8 jours en août 2008, contre la Géorgie.

Et pourtant, tous les commentateurs des principaux journaux télévisés vous disent, en vous regardant droit dans les yeux, que Poutine est un envahisseur.

Pourquoi l’extension de l’OTAN

Donc pendant que l’OTAN ne cessait d’accueillir de nouveaux membres, elle montrait un penchant grandissant à partir en guerre, d’Asie Centrale à l’Afrique du Nord. On peut se demander pourquoi ?

La raison putative en 1949 était la défense de l’Europe occidentale contre une supposée invasion soviétique. Cette justification est encore utilisée : quand les supporters de l’OTAN parlent aujourd’hui en faveur de l’inclusion de la Lithuanie par exemple, ils vont argumenter, que si la Lithuanie était restée en dehors de l’alliance, les Russes l’auraient sûrement déjà envahie en prétextant la défense des droits des minorités russes.

Il y a en fait très peu d’indices des ambitions russes ou des ambitions personnelles de Poutine de recréer l’empire tsariste ou l’Union soviétique. Poutine s’est plaint il y a quelques jours « Nous ne voulons pas du retour de l’URSS mais personne ne nous croit. » Il a aussi affirmé que les gens qui ne ressentent pas de nostalgie pour l’Union soviétique, comme le disent la plupart des citoyens de l’ancienne URSS assez âgés pour s’en rappeler, n’ont pas de coeur alors que ceux qui veulent la restaurer n’ont pas de cerveau.

Pendant l’expansion inexorable de l’OTAN entre 1999 et 2009, la Russie répondit non pas par des menaces mais avec une calme indignation.

Les remarques de Poutine sur la dissolution de l’Union soviétique comme une tragédie géopolitique et ses affirmations occasionnelles au sujet du droit de la langue et des autres droits des Russes dans les anciennes républiques soviétiques ne constituent pas des menaces militaires. Comme toujours, les néoconservateurs sélectionnent une phrase ici et là quand ils essaient de décrire Poutine comme (encore) un autre Hitler. En fait, les Russes ont, de façon relative, été la voix de la raison ces dernières années. Alarmés par les conséquences des actions américaines dans le Moyen Orient, ils ont cherché à contenir l’impérialisme américain tout en défiant le terrorisme islamiste.

En août 2013, Obama menaça d’attaquer la Syrie, pour punir le régime d’avoir utilisé des armes chimiques contre son peuple (les accusations ont été discréditées par Seymour Hersh entre autres). Une intervention adroite du ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et le refus de la Chambre des communes britannique d’appuyer une attaque (s’assurant que, comme la guerre d’Irak, elle ne recevrait pas le soutien de l’OTAN) et une opposition interne ont contribué à éviter une autre guerre américaine au Moyen Orient.

Mais c’est comme si les va-t-en guerre du département d’Etat dépités par le succès russe à protéger leur allié syrien du destin de Kadhafi, et vexés de leur capacité constante à maintenir des bases aériennes et navales sur la cote Syrienne, redoublaient d’efforts pour provoquer la Russie. Comment le faire mieux qu’en interférant en Ukraine, qui a non seulement fait partie de l’Union soviétique mais aussi de l’Etat Russe depuis 1654 et qui était le centre du Rus de Kiev originel au dixième siecle ?

L’OTAN courtisait l’Ukraine depuis 1994, cinq ans avant que l’alliance ne s’étende pour inclure la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie. Kiev a signé le plan d’action d’adhésion à l’OTAN en 2008, quand Victor Yushchenko était président, mais c’était en suspens quand Victor Ianoukovitch fut élu en 2010. Jouissant du solide soutien de l’Est russophone, Ianoukovitch gagna ce que les observateurs internationaux appelèrent une élection libre et démocratique.

Ianoukovich ne voulait pas que l’Ukraine rejoigne l’OTAN. Il voulait une Ukraine neutre maintenant les relations traditionnelles entre l’Ukraine et la Russie. Cela exaspéra Victoria Nulan, la tête du bureau Eurasie au Département d’Etat qui fit du projet d’attirer l’Ukraine dans l’OTAN le but de sa vie. Ceci serait le prix ultime pour l’OTAN en Europe de l’Est. Un pays de 44 millions d’habitants bien éduqués, de la taille de la France, stratégiquement situé sur la Mer noire historiquement dominée par la flotte russe de la Mer noire. Un pays divisé ethniquement entre l’Est russophone et généralement pro russe et l’Ouest plus orienté vers l’Occident et parlant l’ukrainien, avec un mouvement néofasciste vigoureux et férocement anti-russe- prêt à être utilisé.

Nuland, une ancienne aide de Cheney dont la vision du monde néoconservatrice a attiré favorablement l’attention de Hillary Clinton, et donc sa promotion, est la femme du politologue néoconservateur et avocat de la guerre en Irak Robert Kagan (Kagan fut un membre fondateur du célèbre think tank Project for a New American Century). Le couple représente les deux facettes d’un incessant complot néoconservateur : ceux qui travaillent à la destruction de la Russie et ceux qui travaillent à la destruction du Moyen Orient, utilisant consciemment des mensonges pour embrouiller les masses quant à leur but véritable.

Au National Press Club en Décembre 2013, Nuland se vanta que les Etats-Unis (à travers des ONG comme le « National Endowment for Democracy ») avait dépensé 5 milliards de dollars pour soutenir les « aspirations européennes » de l’Ukraine. Cette formulation délibérément vague est censée faire référence au soutien américain à l’admission de Kiev dans l’Union européenne. Le tort de Ianoukovitch, selon les US, n’était pas qu’il rejetait l’adhésion à l’OTAN, ceci ne fut jamais mentionné. Ianoukovitch avait soi-disant trahi les aspirations pro européennes de son peuple en ayant initié puis rejeté un accord d’association avec le bloc de commerce, craignant que cela ne signifie un régime d’austérité de style grec imposé au pays depuis l’extérieur.

A partir de Novembre 2013, la foule se rassembla sur le Maidan à Kiev pour protester entre autres contre le changement d’avis de Ianoukovitch au sujet de l’adhésion à l’EU. Le département d’Etat américain embrassa leur cause. On peut se demander pourquoi les Etats-Unis auraient des intérêts à promouvoir l’adhésion d’un pays à l’UE alors qu’elle constitue un bloc commercial concurrent. Quelle différence cela fait-il pour vous et moi si l’Ukraine a des liens économiques plus étroits avec la Russie ou l’Union Européenne ?

Le sale petit secret des Etats-Unis est de vouloir tirer profit de cet élan à rejoindre l’Europe pour attirer l’Ukraine dans l’OTAN, ce qui aurait pu être considéré comme la prochaine étape naturelle dans le réalignement de l’Ukraine.

Profitant de la colère populaire contre la corruption de Ianoukovitch mais aussi travaillant avec des politiciens connus pour être favorables à l’admission dans l’OTAN et à l’expulsion des forces navales russes de leur base de Crimée qu’elles occupent depuis 1780, et incluant les forces néofascistes qui haïssent la Russie mais détestent aussi l’Union européenne, Nuland et son équipe, y compris l’omniprésent John Mc Cain, firent leur apparition sur le Maidan, distribuant des cookies et encourageant la foule à destituer le président.

Cela fonctionna bien sûr. Le 22 février, à un jour de la signature d’un accord médié par l’Europe en vue de réformes gouvernementales et de nouvelles élections, et pensant que la situation s’était détendue, Ianoukovitch fut forcé de fuir pour sauver sa vie. Les forces néo-fascistes de Svoboda et du Secteur droit servirent comme troupes d’assaut pour renverser le régime. Les manoeuvres machiavéliques de Nuland avaient triomphé.

Il semblait qu’aprés 14 ans d’expansion, l’OTAN pourrait bientot être capable d’accueillir un énorme nouveau membre dans ses rangs, complétant l’encerclement de la Russie et fichant dehors la flotte russe, transformant la Mer noire en un lac de l’OTAN.

Hélas pour les néoconservateurs et les « interventionistes libéraux », le nouveau régime d’Arseniy Yatsenyuk et de ses alliés du Parti de Svoboda, choisi par Nuland, s’aliéna immédiatement la population russophone, qui demeure en rébellion armée rendant le pays ingouvernable, alors même que son économie s’effondre ; et l’idée d’expulser les russes de Sebastopol est devenue inimaginable.

Mais que veulent les stratèges de l’OTAN ? Où vont cette expansion sans fin et ces provocations irréfléchies ?

La Russie, une menace existentielle ?

Avant tout, les avocats de l’OTAN, bien qu’ils répètent souvent « qu’ils ne sont pas contre la Russie, que ceci n’a rien à voir avec la Russie » prennent en considération effectivement une constante menace russe. Le général Sir Adrian Bradshaw, l’officier britannique le plus gradé de l’OTAN, déclara en février que la Russie pose une évidente menace à notre existence ». Le général Joseph Votel, commandant des opérations spéciales US déclara au forum d’Aspen sur la sécurité en juillet que la « Russie pourrait poser une menace existentielle aux Etats-Unis »

Le président du House Armed Service Committee Mac Thornberry (R-Texas) a conseillé à Obama de signer une loi de financement militaire car la Russie pose une menace existentielle aux Etats-Unis. Le philanthrope George Soros (qui aime financer des révolutions « de couleur ») écrivit dans la New York Review of Books en octobre que l’Europe « est face à un défi russe à sa propre existence »

Ce sont des mots absurdes et stupides venant de personnalités haut placées. N’est-il pas évident que c’est la Russie qui est encerclée, pressée et menacée ? Que son budget militaire est une fraction du budget américain et que sa présence militaire globale est minuscule comparée à l’empreinte américaine ?

Mais quiconque regarde les débats des candidats présidentiels américains et qui peut percevoir la prévalence de la paranoïa au sujet de la Russie, la qualification sans réfléchir de Poutine comme nouveau Hitler, et l’expression obligatoire de la détermination à rendre l’Amérique plus forte peut comprendre pourquoi l’expansion de l’OTAN est horriblement dangereuse.

Les gens qui ne pensent pas rationnellement ou dont l’esprit est tordu par l’arrogance peuvent regarder la carte de l’expansion de l’OTAN et penser fièrement « Les choses doivent être ainsi ! Pourquoi quiconque questionnerait le besoin des nations de se protéger en s’alliant avec les Etats-Unis ? Ce sont des alliances comme l’OTAN qui préservent la paix et la stabilité dans le monde »

(Certains sont capables de penser cela, peut-être, mais le fait est que le monde est devenu moins paisible et beaucoup moins stable qu’il ne l’était pendant la guerre froide, quand les deux superpuissances se contrôlaient l’une l’autre. Les Etats-Unis ont émergé comme, ce qu’un diplomate français a appelé une « hyper-puissance » ou un hyper pouvoir intervenant avec impunité dans de multiples pays et produisant de nouvelles et souvent horribles formes de résistance.)

Les gens regardant une carte de l’OTAN en Europe peuvent aussi mentalement colorier le Montenegro. Cette petite république de l’Adriatique de moins de 650’000 habitants a été formellement invitée par l’OTAN à soumettre sa candidature le 2 décembre. Quels autres pays devront encore signer ?

Comme mentionné en 2008, l’OTAN annonça que la Géorgie et l’Ukraine adhéreraient. Mais leur cas est actuellement en attente. La Biélorussie, coincée entre la Pologne et l’Ukraine, a été sous le contrôle autoritaire du président Alexander Lukashenko depuis 1994. Le régime, considéré comme proche de Moscou, a été visé par une révolution de couleur ratée financée par les Etats-Unis en mars 2006. Le favori américain était Mikhail Marynich, un ancien ambassadeur en Lettonie et supporter de l’adhésion à l’OTAN. (Il participa à une réunion de l’OTAN à huis clos « Guerre et Paix » à Riga en Novembre 2006.)

Puis il y a la Moldavie, l’ancienne République soviétique de Moldavie, située entre la Roumanie et l’Ukraine. A l’est se trouve la république sécessioniste de Transnistrie, où les Moldaves sont une minorité et les Russes et les Ukrainiens représentent presque 60% de la population. C’est une zone de conflit gelé. Le rêve néoconservateurservateur est de changer tous ces régimes et de tous les amener dans le giron de l’OTAN.

Un Anneau pour les gouverner tous, Un Anneau pour les trouver,

Un Anneau pour les ramener tous et dans les ténèbres les lier

Au pays de Mordor où s’étendent les Ombres.

Que faites-vous quand vous avez complété l’encerclement occidental de la Russie ? Mais bien entendu vous déstabilisez le pays lui-même, espérant le scinder ! La Russie reste une nation multi-ethnique, multi-culturelle. Il y a des tensions et des mouvements sécessionistes à exploiter dans le Caucase en particulier, mais aussi en Sibérie et dans la péninsule de Karélie.

Si la Russie est une menace existentielle, sa propre existence est une menace, juste ? Donc pourquoi ne pas la démembrer ? La logique de l’expansion de l’OTAN ne requiert-elle pas un ennemi ? Et l’Amérique ne dirige telle pas le monde en battant des ennemis ?

Et si c’était l’OTAN la vraie menace ? (Après tout, dans son dernier projet majeur, n’a-t-il par détruit totalement l’état moderne de Libye et comme résultat déstabilisé le Mali ?)

Ne devrions-nous pas nous réjouir des tensions dans l’OTAN et de l’échec des états membres à allouer 2% de leur recette aux dépenses militaires ? Ne devrions-nous pas nous réjouir des résistances à l’extension de l’OTAN, des plaintes au sujet des pressions coercitives des Etats-Unis et des appels à plus de coopération avec la Russie plutôt qu’à la confrontation et la destruction ?

Gary Leupp

Article original en anglais :

NATO-Russia

NATO: Seeking Russia’s Destruction Since 1949

source originale : counterpunch.org, le 25 décembre 2015

Traduction : https://beerblogsite.wordpress.com

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En 2016, l’État doit combattre réellement le terrorisme, par Maxime Chaix

12 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #Terrorisme, #Daesch, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Russie, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Source : Maxime Chaix, pour maximechaix.info, le 10 janvier 2016.

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En novembre 2015, moins d’un an après les attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher, la France était à nouveau frappée par le terrorisme. Il est donc légitime de s’interroger sur les réponses de nos gouvernants : sont-elles adaptées pour contrer ce fléau jihadiste et limiter son essor ? Affirmons-le d’emblée : les États occidentaux ne peuvent combattre le terrorisme en bombardant des pays majoritairement musulmans (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie…), en protégeant les parrains étatiques des islamistes (Arabie saoudite, Qatar, Turquie…), et en soutenant secrètement des milices jihadistes pour renverser des dirigeants jugés hostiles (Mouammar Kadhafi, Bachar el-Assad…). Ce fut le principal message de mon article publié au lendemain des attentats du 13-Novembre. Depuis le blog Les-Crises.fr, cette analyse été diffusée sur les réseaux sociaux par des dizaines de milliers de citoyens indignés par ces politiques étrangères aussi dangereuses que schizophrènes. Ce diagnostic étant posé, il est impératif de proposer des remèdes pour combattre réellement le terrorisme, qui menace notre paix sociale et notre sécurité nationale. En effet, il est évident que les solutions mises en oeuvre par nos dirigeants ne sont pas les bonnes, en ce qu’elle ne remettent pas en cause le statu quo qui nous a précipités dans cette impasse. Par conséquent, dans un contexte d’instabilité globale et de tensions exacerbées, il est impératif :

1) que l’État interrompe le processus de constitutionnalisation de l’état d’urgence dans lequel il s’est engagé. Il s’agit d’une grâve dérive qui menace nos libertés fondamentaleset qui n’empêchera pas de nouveaux attentats, mais qui est particulièrement inquiétante au regard des précédents historiques européens. En effet, comme l’a récemment souligné dans Le Monde le philosophe italien Giorgio Agamben, « [o]n ne comprend pas l’enjeu véritable de la prolongation de l’état d’urgence [jusqu’à la fin février] en France, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier. Il faut avant tout démentir le propos des femmes et hommes politiques irresponsables, selon lesquels l’état d’urgence serait un bouclier pour la démocratie. Les historiens savent parfaitement que c’est le contraire qui est vrai. L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Ainsi, dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’urgence (état d’exception, comme on le nomme en allemand), qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé, avant 1933, d’être une démocratie parlementaire. Or le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impunément en Allemagne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfaitement légaux, car le pays était soumis à l’état d’exception et que les libertés individuelles étaient suspendues. On ne voit pas pourquoi un pareil scénario ne pourrait pas se répéter en France  : on imagine sans difficulté un gouvernement d’extrême droite se servir à ses fins d’un état d’urgence auquel les gouvernements socialistes ont désormais habitué les citoyens. Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques. » Ce parallèle historique dérangeant doit nous alerter, nous faire réfléchir et nous mobiliser dans la défense pacifique de nos libertés publiques et de nos droits fondamentaux ;

2) que l’État cesse de surveiller massivement et arbitrairement sa propre population – une politique démocracide, nocive et contre-productive. En effet, la légalisation et l’extension incontrôlée d’une surveillance de masse extrajudiciaire est avant tout favorable à des intérêts privés et étrangers, mais totalement inefficace pour empêcher des attentats – du moins selon la NSA elle-mêmele FBI ou l’ancien responsable du contre-terrorisme à la DGSE. Pour citer à nouveau Giorgio Agamben, « [l]a sécurité dont il est question aujourd’hui ne vise pas à prévenir les actes de terrorisme (…), mais à établir une nouvelle relation avec les hommes, qui est celle d’un contrôle généralisé et sans limites – d’où l’insistance particulière sur les dispositifs qui permettent le contrôle total des données informatiques et communicationnelles des citoyens, y compris le prélèvement intégral du contenu des ordinateurs. Le risque, le premier que nous relevons, est la dérive vers la création d’une relation systémique entre terrorisme et État de sécurité : si l’État a besoin de la peur pour se légitimer, il faut alors, à la limite, produire la terreur ou, au moins, ne pas empêcher qu’elle se produise. On voit ainsi les pays poursuivre une politique étrangère qui alimente le terrorisme qu’on doit combattre à l’intérieur et entretenir des relations cordiales et même vendre des armes à des États dont on sait qu’ils financent les organisations terroristes. » Dans ce contexte, comment pouvons-nous accepter que nos libertés publiques soient inutilement sacrifiées, alors que des réseaux jihadistes pourtant hostiles sont clandestinement soutenus par des puissances occidentales et leurs alliés pour renverser des gouvernements étrangers ;

3) que l’État cesse sans délai d’appuyer secrètement des factions extrémistes en Syrie, qui finissent par attaquer les populations occidentales et qui déstabilisent un nombre grandissant de pays. Diplomate au Quai d’Orsay jusqu’à son limogeage en décembre 2012, Laurent Bigot a récemment déclaré que « [l]e principe même de la diplomatie est de parler avec tout le monde, ce qui ne signifie pas, bien entendu, soutenir tout le monde.Bachar el-Assad est un tyran, mais ce n’est pas une raison pour soutenir le Front al-Nosra, équipé de missiles français notamment. Notre réponse à la barbarie, c’est soutenir une autre barbarie ? » En décembre dernier, le député (LR) et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud m’avait affirmé qu’« il n’est pas sérieusement contesté qu’à un moment ou un autre l’État français a facilité les actions d’al-Nosra qui, je vous le rappelle, est une filiale d’al-Qaïda [en Syrie]. J’ai eu l’occasion de montrer à l’Assemblée Nationale des photos de combattants d’al-Nosra en possession de fusils d’assaut français. Il n’y avait bien évidemment aucune volonté du gouvernement français de voir mis en évidence une telle collaboration avec un groupe terroriste. Ainsi fut rejetée toute idée d’enquête parlementaire. »

L’abandon définitif de ces politiques secrètes aussi dangereuses que scandaleuses doit être décidé non seulement en France, mais également chez nos alliés occidentaux, tels que les États-Unis et la Grande-Bretagne. Et puisqu’ils sont les principaux financeurs du jihadisme, nos « alliés » du Golfe et de Turquie doivent eux aussi stopper ces politiques profondes de soutien clandestin au terrorisme. L’Union européenne autant que les États-Unis disposent de moyens de pression diplomatiques, juridiques, économiques, médiatiques voire militaires pour les contraindre de changer d’attitude à l’égard du jihadisme international. Ces moyens de pression m’ont été confirmés par plusieurs experts, dont un journaliste d’investigation particulièrement bien informé sur ces questions ;

4) que l’État priorise le renseignement humain et les actions judiciaires et policières pour combattre efficacement le fléau jihadiste. La « guerre contre le terrorisme » lancée par l’administration Bush à l’automne 2001 continuera d’enrichir une minorité de multinationales et leurs actionnaires, aux États-Unis comme en France. Néanmoins, cette militarisation obsessionnelle de la lutte antiterroriste ne pourra qu’amplifier le désordre mondial et la haine anti-occidentale. Les trois ouvrages de Peter Dale Scott traduits en français, dont le dernier vient d’être recensé par l’IRIS, le démontrent indiscutablement. Récemment, un expert du prestigieux Council on Foreign Relations a souligné que « [l]e problème avec cette politique de type “tuez-les-tous avec des frappes aériennes” est qu’elle ne fonctionne pas. Les officiels du Pentagone affirment qu’au moins 25 000 combattants de l’État Islamique ont été tués (…) En 2014, l’Agence Centrale de Renseignement (CIA) estima que l’État Islamique comptait dans ses rangs entre 20 000 et 31 000 combattants. Or, mercredi dernier, le colonel Warren a répété cette estimation de 30 000 miliciens. Voici un calcul qui résume cette campagne anti-Daech : 30 000 – 25 000 = 30 000. »

Comme l’a récemment déclaré l’ancien haut-fonctionnaire Pierre Conesa, « [o]n ne combat pas le terrorisme avec des moyens militaires. Un attentat est précisément destiné à provoquer une riposte. Cela ne veut pas dire que l’on ne doit pas répliquer, mais il faut y aller avec un calendrier de retrait. Il faut dire aux pays du Golfe : “La guerre sunnites contre chiites, on ne peut rien y faire. Le massacre des Kurdes, on peut tempérer, mais c’est à vous de régler le problème. Quant à la question d’Assad contre tous les autres, c’est votre problème.” Il faut arrêter de se voir comme des chevaliers blancs qui vont remettre de l’ordre dans une région. On peut accepter d’être facilitateur politique, mais en aucun cas belligérant. On a commencé par être anti-Iraniens, puis anti-Assad et maintenant on est anti-Daech pour défendre l’Arabie saoudite… Soyons sérieux ! Notre diplomatie est ridicule. » Le gouvernement français doit en tirer les conclusions qui s’imposent ;

5) que l’État réévalue ses alliances avec les principaux soutiens étatiques du fléau jihadiste, qui pourraient nous entraîner automatiquement dans de nouvelles guerres au Moyen-Orient. Selon le professeur Jean-François Bayart, « [à] partir des années 1970 ont été signés toute une série d’accords de défense entre la France et les Emirats arabes unis, puis le Qatar et dans une moindre mesure le Koweït, auxquels s’ajoute en outre un partenariat très développé avec l’Arabie saoudite de même qu’avec le Pakistan. Le propos des Français était avant tout commercial. Nous sommes alors dans le contexte des chocs pétroliers et d’un grave déficit de la balance commerciale de la France. Le premier objectif concernait ce que l’on appelle “les grands marchés”, dont l’exportation française est très tributaire, à l’inverse par exemple de l’Allemagne dont les exportations reposent davantage sur un tissu de petites et moyennes entreprises beaucoup plus dense et performant. Dans ces accords de défense, [il existe] certaines clauses secrètes et différées dans le temps. Ces clauses étaient “très engageantes” comme on dit dans le vocabulaire militaire français, c’est-à-dire qu’elles impliquent l’automaticité. Très concrètement, si demain il y a un conflit entre l’Iran et le Qatar, ces accords de défense stipulent l’intervention militaire automatique de la France. »

D’aucuns pourraient alors justifier ces politiques par des intérêts économiques majeurs, qui lient notamment l’Arabie saoudite et la France. Or, comme l’a récemment souligné l’expert en questions militaires Jean-Dominique Merchet, « la France se retrouve prise au piège de son alliance avec l’Arabie saoudite. Ce choix stratégique de première importance, jamais vraiment débattu, s’est renforcé depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée. Cette entente serait, dit-on, le prix à payer pour de mirifiques contrats. Pourquoi pas ? Sauf que ces promesses sont bien souvent comme [des] mirages dans le désert. Les exportations françaises vers l’Arabie saoudite restent dix fois moins importantes que celles vers… la Belgique ! Que l’Élysée, au nom du réalisme (socialiste ?), passe les droits de l’homme par pertes et profits est une chose. Mais son tropisme anti-iranien et pro-sunnite conduit lentement notre pays à l’impuissance diplomatique. Dans le conflit entre Téhéran et Riyad, la France est perçue comme l’adversaire de l’un et l’obligé de l’autre. Autant dire, hors-jeu. » Il est donc urgent que le gouvernement français abandonne ses sanctions économiques contre des États luttant réellement contre le terrorisme salafiste, tels que l’Iran et la Russie. Il faudrait alors se rapprocher de ces pays, notamment au plan commercial. Ce processusa été lancé avec l’Iran, et les perspectives d’une intervention militaire désastreuse contre ce pays s’éloignent durablement. Comme l’avait écrit Montesquieu, « [l]’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » Cette solution, bien qu’imparfaite, est nettement préférable au pillage brutal des nations à travers la « stratégie du choc », comme on a pu l’observer en Irak ou en Libye ;

6) que l’État instaure un état d’urgence économique et social tout en interrompant l’état d’urgence sécuritaire qui détruit notre démocratie de l’intérieur, et dont le bilan est si maigre en termes d’efficacité antiterroriste que François Hollande s’est senti obligé d’engonfler les chiffres. Essentiellement, il faut mobiliser les ressources de l’État dans des plans de relance ambitieux, afin de favoriser l’emploi et de limiter ainsi les risques de radicalisation individuelle ou collective. Le « pacte d’urgence » qu’avait annoncé l’État français est un signe positif en ce sens, mais il sera loin d’être suffisant si l’on maintient des mesures d’austérité détruisant notre avenir au nom du dogme budgétaire des « 3 % », qui est « né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique ». Un état d’urgence socioéconomique – dont François Hollande a lui-même reconnu l’utilité dans ses voeux –, doit être financé par la collectivité, mais aussi en luttant contre l’optimisation et l’évasion fiscales des entreprises et des individus qui fuient la solidarité nationale. Ces pratiques menacent la stabilité de notre société, car elles engendrent un manque à gagner annuel de plusieurs dizaines de milliards d’euros dans les caisses de l’État. Parmi les solutions audacieuses pour lutter contre ces comportements malveillants, le député PS Yann Galut a suggéré « à son groupe de déposer une proposition de loi pour déchoir de la nationalité française les contribuables qui fuient leurs obligations fiscales. Faisant référence au départ de Gérard Depardieu qui rejoint, selon lui, Bernard Arnault et Johnny Hallyday “dans cette triste liste”, ces people “soustraient à la juste contribution leurs patrimoines astronomiques au mépris de la solidarité nationale”. (…) “Notre pays, dans l’effort historique auquel il soumet toutes les forces de la nation, ne peut tolérer un tel abandon de citoyenneté” (…). » À défaut d’adopter une mesure aussi radicale, le gouvernement devrait prendre exemple sur les États-Unis, qui assujettissent à l’impôt leurs expatriés.

Une autre solution innovante pour remédier aux déficits budgétaires chroniques de l’État a été proposée par le professeur de finance Marc Chesney : « Il s’agirait, comme le propose le financier zurichois Felix Bolliger, de taxer tous les paiements électroniques, comme les factures de restaurant… et pas seulement les achats d’actions ou d’obligations. En Suisse ces paiements sont de l’ordre de 100  000 milliards de francs par an. C’est énorme. Il s’agit d’environ 160 fois le PIB du pays. Il suffirait de prendre 0,2% sur chaque transaction pour obtenir 200 milliards, soit davantage que l’ensemble des impôts perçus en suisse, qui est de l’ordre de 170 milliards. Une telle taxe, si elle était introduite, pourrait théoriquement remplacer tous les impôts actuels et permettrait de simplifier le système fiscal. Cela pourrait délester l’économie d’activités qui lui sont néfastes comme le trading à haute fréquence. » Indépendamment de ces solutions, l’État ne peut poursuivre une politique austéritaire qui aggrave nos problèmes économiques et qui encourage la radicalisation de la population, alors que les multinationales du CAC 40 sont jugées « trop généreuses » à l’égard de leurs actionnaires et que l’exil fiscal est toléré. Le gouvernement ne pourra lutter contre l’extrémisme et le terrorisme en menant des politiques qui appauvrissent la majorité des citoyens ;

7) que l’État combatte par voie législative, règlementaire et judiciaire la surmédiatisation des actes de Daech et d’autres groupes ou individus terroristes, afin de mettre un terme au climat d’hystérie collective qui est imposé à la population française. Récemment, un instituteur a simulé une agression par un membre imaginaire de Daech, ce qui a engendré un emballement médiatique immédiat. Cet épisode regrettable doit nous faire réfléchir sur le rôle des médias dans ce climat de tension permanente, qui est préjudiciable à l’ensemble de la société, et qui encourage le passage à l’acte de déséquilibrés cherchant à médiatiser leur folie meurtrière. Comme l’a récemment soulignéle site TheIntercept.com, « [d]ans une interview à NPR (…) cette semaine, le Président Obama se plaint que les médias soient hyper-saturés par la couverture du terrorisme. “Si vous avez regardé la télévision ce dernier mois, tout ce que vous avez vu, tout ce que vous avez entendu concernait ces gars avec des cagoules ou des drapeaux noirs qui vont potentiellement venir vous attaquer”, a déclaré Obama. Les remarques du Président ont été rapidement condamnées par la presse de droite, mais les faits confirment ses déclarations. The Intercept a analysé la couverture de différents sujets par les chaînes d’information (…) et a constaté que le terrorisme est le principal sujet traité dans l’actualité. »

Dans ce même ordre d’idée, le géopoliticien Gérard Chaliand a déclaré que l’« [o]n ne montre pas en boucle, à la télévision, les images des cadavres et les familles, cousin après cousin, pour dire que les victimes étaient formidables. On dit qu’un bus a sauté et qu’il y a quinze morts ; point final. L’autre jour, je suis passé à la pharmacie et la pharmacienne me disait que les clients défilent, depuis le 13 novembre, pour prendre des calmants. Les gens se demandent ce qui va se passer ; ils ont peur. Les médias nous pourrissent la vie avec leur audimat. Ils rendent service à Daech ; ils font leur propagande : si je relaie six fois un crime de guerre de l’ennemi, je lui rends cinq fois service. C’est la société du spectacle. C’est minable. » Il semble donc indispensable de se questionner sur le rôle des médias dans la diffusion irréfléchie de la propagande de Daech, et de prendre des mesures concrètes pour limiter cette couverture médiatique nocive et disproportionnée ;

8) que l’État durcisse parallèlement sa législation pour combattre tout discours incitant à la haine des minorités ethniques, sexuelles ou religieuses, des migrants et des personnes vulnérables en général. Je songe notamment aux propos révoltants de Marine Le Pen, qui a promis d’« éradiquer l’immigration bactérienne ». Je pense également aux déclarations scandaleuses de Georges Bensoussan, qui avait affirmé sur France Culture que « dans les familles arabes en France, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ». De tels propos s’apparentent à des incitations à la haine, qui alimentent les tensions intercommunautaires et qui n’ont pas leur place dans le débat public. Comme l’a expliqué Gilles Kepel, la montée du jihadisme et celle du FN sont « deux phénomènes qui se ressemblent », et qui selon moi s’auto-alimentent du fait de leur surmédiatisation. Or, Monsieur Kepel a manifestement oublié que certains « pompiers pyromanes », qui ont été critiqués par le géopoliticien Pascal Boniface, jouent également un rôle actif dans la dégradation continuelle du débat public. Dans ce contexte de tensions exacerbées, je préconise une forme d’« état d’urgence médiatique » temporaire et encadré par le CSA, qui doit notamment imposer la mise en priorité des informations enrichissantes, positives et apaisantes dans les médias.

Un an après les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, force est de constater que la liberté d’expression, lorsque l’on en abuse à outrance, est une source majeure d’aggravation des problèmes que nous subissons collectivement. Ainsi, la violence psychologique engendrée par la surexposition médiatique de discours haineux et d’actes de terrorisme doit être combattue en priorité, car ce processus amplifie les risques de guerre civile. En France, le droit à la liberté d’expression est garanti par l’article 11 de la déclaration de 1789, mais il est encadré par la loi. En effet, cet article prévoit que « [l]a libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Cet article est le fondement denombreuses dispositions législatives et juridiques qui encadrent cette liberté, dont lesdiscours haineux ou les vidéos de propagande terroristes constituent des abus flagrants. Ces dérives doivent être plus strictement encadrées et limitées, car leur surmédiatisation place les citoyens dans un état de tension permanente. Ce phénomène menace le vivre-ensemble et la paix sociale, donc il est temps que les pouvoirs publics en prennent conscience ;

9) que l’État interdise le salafisme, qui est incompatible avec les fondements de la République et qui constitue le terreau du jihadisme violent. Il s’agit d’une question de sécurité nationale qui doit être considérée comme prioritaire. Comme le préconise l’ancien haut-fonctionnaire Pierre Conesa, « [i]l faut fermer les sites salafistes sans craindre de stigmatiser la communauté musulmane. Quand un boucher assassine sa femme, on ne s’interroge pas pour savoir si on stigmatise tous les bouchers ? Eh bien là, c’est pareil. Ces sites expliquent que l’on peut frapper sa femme ou que l’on devient un chien en écoutant de la musique, il n’y a même pas de question à se poser. C’est comme cela que l’on arrêtera le discours de la victimisation. Parallèlement, il faut adopter les mesures pour normaliser les relations avec la communauté musulmane et encourager, par exemple, la formation des imams et l’étude. » Mais comme Pierre Conesa l’a souligné dans une autre interview, il est impératif de « “désigner la cible”, car “c’est le seul moyen de faire comprendre que la composante musulmane de la société française n’est pas concernée dans sa totalité par ces comportements”. La cible, pour ce spécialiste des questions stratégiques internationales, a un nom : le salafisme. “Le salafisme est une idéologie propagée par l’Arabie saoudite dans les années 1980-90 pour lutter contre les Frères musulmans, qui avaient fait l’erreur de soutenir Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe. Le salafisme, abondé par l’argent de l’Arabie saoudite, a propagé partout des mosquées avec des imams salafistes, y compris en Algérie, et nos amis algériens l’ont payé”. » Lutter sans relâche contre le salafisme en prenant soin de ne pas alimenter les amalgames et l’islamophobie est donc indispensable pour combattre efficacement le terrorisme ;

10) que l’État maintienne l’éducation dans ses priorités budgétaires. Néanmoins, il faut plus que jamais promouvoir une compréhension du monde qui fait défaut dans notre jeunesse, ce qui favorise la radicalisation et l’essor des « théories du complot ». Or, selon l’enseignant Bernard Girard, « [a]lors que les préconisations du socle [commun] faisaient de l’histoire un outil de formation proprement “humaniste” – car l’humanisme, ce n’est pas simplement un point du programme obligatoire à étudier avant la fin de l’année – on en revient aujourd’hui à un triste récit moralisateur, (…) à visée exclusivement identitaire, une sorte d’histoire sainte, en réalité une négation de l’histoire, dont l’objectif est de former des croyants, des fidèles mais sûrement pas des citoyens éclairés. En quelque sorte, une fabrique de l’obscurantisme. » Dans un article plus récent, il fustigeait un enseignement historique « recadré sur le pré carré national et l’histoire purement institutionnelle. (…) [A]rrivé à 15 ans, un jeune n’est donc pas censé savoir que le monde existe. » Un collectif de spécialistes, dont fait notamment partie l’historien Benjamin Stora, défend lui aussi un enseignement de l’Histoire moins romancé : « À cet élitisme conservateur s’ajoutent les peurs identitaires de ceux qui fustigent le dévoiement des programmes d’histoire. Car ce qu’ils redoutent est l’ensevelissement de l’identité française sous la repentance postcoloniale, l’ouverture à l’islam et le culte des pages les plus sombres de notre histoire… Outre qu’elles sont souvent infondées, comme on l’a vu, ces attaques traduisent une étrange conception de l’enseignement de l’histoire. Que recherche-t-on à travers lui ? Le développement de l’enthousiasme patriotique ou l’éducation d’un citoyen capable de s’orienter à la lumière des enseignements du passé ? Dans le premier cas, les programmes d’histoire devraient s’efforcer – et pourraient se contenter – de raconter une belle histoire. Dans le second cas, ils ont vocation à s’approcher de la vérité et à dissiper les fantasmes. C’est, selon nous, cette seconde version qui doit être privilégiée dans l’intérêt de tous. »

Au-delà de cette question de l’enseignement de l’Histoire, ce collectif souligne que l’« on n’accepte toujours pas de prendre en considération les pertes d’opportunité des élèves en difficulté, ou même des élèves moyens. Ce qu’il faudrait valoriser, c’est justement tout ce qui permet de combattre l’échec scolaire. » L’éducation doit donc rester une priorité du gouvernement, et la lutte contre l’échec scolaire doit être repensée et intensifiée. Pour prévenir au plus tôt la radicalisation des jeunes, il faut susciter le développement de l’esprit critique et d’une curiosité intellectuelle permanente. Les risques de basculement vers l’extrémisme en seraient nettement réduits. En effet, toute personne éduquée, lorsqu’elle se retrouve face à des fondamentalistes, est culturellement mieux armée pour résister à leurs manipulations. Alors que la guerre et les politiques sécuritaires sont mises en avant pour répondre au terrorisme, l’éducation doit être une priorité pour combattre efficacement ce fléau.

Je continuerai de développer ces axes de réflexion, étant convaincu que nous subissons de trop nombreuses urgences socioéconomiques, et que celles-ci suscitent différentes formes de radicalisation. Nos gouvernants le reconnaissent mais, au lieu d’agir pour améliorer le sort de leurs administrés, ils maintiennent un état de guerre perpétuelle et ils affaiblissent notre état de droit après chaque attentat. Des solutions plus innovantes, audacieuses et durables doivent être mises en oeuvre. Et il est clair que les discours martiaux et démagogiques de l’Exécutif – pourtant accompagnés d’un faible engagement militaire –, sont des politiques aussi dangereuses qu’inutiles. « Dangereuses », car l’État expose la France à un péril terroriste encore plus grand en répondant à la violence de Daech par une surenchère militariste aux effets limités sur le terrain. « Inutiles », car lutter contre le terrorisme en bombardant des pays lointains dans lesquels nous n’avons aucune légitimité pour intervenir ne fera qu’attiser la haine anti-occidentale, et non tarir les sources de financement du jihadisme. Comme l’a récemment souligné le spécialiste Richard Labévière,

« Pour lutter efficacement contre les dollars de la terreur, inutile de bombarder Raqqa, Mossoul ou Alep. Il faudrait plutôt cibler Genève, Zurich, Lugano, la City, Monaco, les îles anglo-normandes, les Bahamas, les Vierges ou les Caïmans… pas forcément avec des Rafale mais à coup de commissions rogatoires. La difficulté majeure est qu’une fois celles-ci établies en bonne et due forme, les structures financières visées auront changé de forme, de conseil d’administration et de villégiature. Le manque de coopération et de détermination internationales est évident et, malheureusement, la dernière résolution des Nations unies en la matière risque bien de s’avérer aussi inefficace que les textes précédents adoptés, à l’époque, pour lutter contre le financement d’Al-Qaïda… »

J’ajouterais enfin que, pour combattre réellement le terrorisme, il est tout aussi vain et contre-productif de transformer notre démocratie certes imparfaite en un État sécuritaire néolibéral sans cesse plus inégalitaire et autoritaire. Néanmoins, je vais continuer de réfléchir à des solutions, et ne pas me contenter de critiquer ce dangereux triptyque qui nous est imposé par nos gouvernants : état de guerre perpétuelleÉtat profond normaliséétat d’urgence permanent.

Ainsi, je vous encourage à diffuser cet article aux médias, à vos élus et à votre entourage, tout en demandant des comptes à vos députés afin de mettre un terme aux politiques profondes exposées sur mon site, puisqu’elles déstabilisent le monde et menacent nos démocraties. Dans ce contexte difficile, et sachant que d’autres attentats nous menacent, restons unis derrière ce triptyque essentiel : Liberté, Égalité, Fraternité.

 

Source : Maxime Chaix, pour maximechaix.info, le 10 janvier 2016.

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La Pologne explosive au cœur de l’Europe et du Système, par Philippe Grasset

12 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Ukraine

C’est vraiment intéressant, le navire prend l’eau de plus en plus vite…

UK 12/2015 : Les partisans du Brexit sont plus nombreux que les opposants

Italie 6/1/2016 : Conflit ouvert entre l’Italie et Bruxelles

Allemagne : secoué par le scandale des viols du 31/12

Espagne : hier, fin de la crise institutionnelle en Catalogne, les indépendantistes ont élu un nouveau Président de la Région, qui a appelé au démarrage de la sécession. Ca va secouer (les gens rigolent quand je dis parfois qu’on pourrait voir des chars à Barcelone – monde de Bisounours va)…

Et je ne parle pas de la Finlande, du Portugal et de la Grèce…

Et la Pologne donc… (mais le Luxembourg va bien…)

Source : Philippe Grasset, pour De Defensa, le 2 janvier 2016.

Nous avions déjà signalé (le 14 novembre 2015, avec une réaction polonaise aux attentats 11/13 de Paris) la situation nouvelle en Pologne que présentait l’arrivée au pouvoir par verrouillage hermétique du Parti Droit et Justice (PiS), vainqueur des présidentielles en mai et surtout des législatives en octobre (majorité absolue au Parlement). Cela a conduit fin novembre à la formation d’un gouvernement dirigé par Jaroslaw Kaczynski, le rescapé du fameux duo des frères jumeaux, ultranationalistes, catholiques-conservateurs, antirusses et eurosceptiques polonais. (Lech Kaczynski, alors président de la Pologne, est mort dans l’accident de son avion en procédure d’atterrissage, à Smolensk, le 9 avril 2010 [voir notamment le 12 avril 2010], alors qu’il se rendait à une cérémonie à la mémoire des morts de Katyn. Le cas a été et reste l’objet d’une polémique à propos des circonstances et des responsabilités.)

L’événement de l’arrivée du PiS et de Jaroslaw Kaczynski a tenu ses promesses : la Pologne est désormais un pays potentiellement en état “d’insurrection” contre les institutions transnationales faisant office de courroies de transmission du Système, l’UE et l’OTAN. La Pologne est aussi, avec Jaroslaw Kaczynski, plus antirusse que jamais ; cela illustre le paradoxe du désordre complet de la situation générale actuelle. Férocement antiSystème dans un cas (hostilité à l’UE, sinon à l’OTAN, par enchaînement du nationalisme ultra-droitier du PiS), la Pologne est également et viscéralement hostile à une puissance qui développe pourtant une politique qu’on peut sans aucune hésitation qualifier d’antiSystème  (la Russie). On voit bien que la posture antiSystème est absolument relative aux situations diverses où elle se manifeste, jusqu’à la plus complète contradiction.

Nous parlons ici de la position antiSystème de la Pologne, qui s’est manifestée clairement ces dernières semaines. Le PiS, qui dispose partout de la majorité absolue, a pris des mesures institutionnelles (notamment concernant la composition du Tribunal institutionnel) qui réduisent à la quasi-inexistence institutionnelle les partis d’opposition. Ces mesures ont été violemment dénoncées par l’UE comme étant absolument contraires aux grandes valeurs européennes. Eric Frey, éditorialiste du quotidien Standard de Vienne, très libéral et pro-européen, nous instruit à ce propos, selon une pensée parfaitement calibrée et contrôlée :

« Il s’agit d’un parti qui ne respecte ni les valeurs fondamentales de l’UE ni les principes démocratiques. Il reprend les traditions du fascisme polonais de l’entre-deux-guerres et se fixe pour objectif principal la défense des “particularités spécifiques” de la Pologne contre les ennemis intérieurs et extérieurs. [...] Le zloty va s’effondrer, la Bourse de Varsovie aussi, et les investissements étrangers cesseront. Mais Jarosław Kaczynski n’y verra qu’une nouvelle preuve du complot tramé contre lui et son pays. »

• Cette situation de blocage institutionnel par le PiS a conduit à la mi-décembre à deux grandes manifestations de l’opposition auxquelles a répondu une grande manifestation des partisans du même PiS. Certains jugent que cette situation polonaise est pour l’UE une menace bien plus grave que les crises précédentes de 2014-2015 (Ukraine, Grèce, réfugiés-migrants). La situation est extrêmement complexe pour l’UE, notamment à cause de l’importance du pays et de la détermination du Premier ministre, et aussi bien par le facteur très particulier de la haine personnelle de Jarosław Kaczynski, notamment attisée par les circonstances autour de la mort de son frère, pour le président en exercice de l’UE, son compatriote polonais Donald Tusk. Cette situation générale était ainsi commentée le 25 décembre 2015 parSputnik-français :

« L’UE a des moyens très limités pour s’ingérer dans le conflit et faire pression sur Varsovie. En 2000, Bruxelles s’était déjà mis dans l’embarras en tentant d’isoler l’Autriche dans le domaine diplomatique après l’arrivée du parti d’extrême-droite de Jörg Haider au sein de la coalition au pouvoir dans le pays. La législation européenne permet aujourd’hui au Conseil européen de suspendre certaines lois des pays membres qui violent régulièrement les droits fondamentaux. Bruxelles n’a pourtant jamais eu recours à cet outil. Qui plus est, le nouveau gouvernement polonais a déjà fait comprendre qu’il ne se souciait guère de la réaction de qui que ce soit. Le président Kaczynski a par exemple indiqué aux journalistes allemands, critiques envers les nouvelles autorités polonaises, que son pays n’avait pas besoin de “leçons de démocratie” de la part de l’Allemagne. »

• Un incident extraordinaire et sans précédent, datant du 17 décembre, a mis encore plus en évidence la dangerosité et la gravité de la situation du point de vue du Système, en impliquant cette fois la “vache sacrée” du susdit Système, c’est-à-dire l’OTAN elle-même. Il s’agit d’une attaque de nuit, un raid effectué par les services de sécurité polonais (gendarmerie) contre un centre de contre-espionnage impliquant des fonctionnaires polonais et slovaques, établi en septembre sur directive de l’OTAN, sous le contrôle de l’OTAN, et disposant du statut d’un service de l’OTAN. L’affaire,rapportée par la Gazeta Wyborcza de Varsovie le 18 décembre, a été reprise notamment par le Financial Times dont le compte-rendu est donné ici en français par Sputnik-français, le 18 décembre 2015 également.

« Les autorités polonaises ont entrepris une démarche sans précédent dans l’histoire de l’Otan en chassant la direction d’un centre de contre-espionnage à Varsovie lors d’un raid effectué en pleine nuit par un groupe de gendarmes militaires. Des responsables du ministère polonais de la Défense accompagnés de gendarmes militaires ont pénétré la nuit dans les locaux du centre de contre-espionnage parrainé par l’Otan pour y installer une direction bénéficiant du soutien des nouvelles autorités du pays, rapporte le Financial Times. D’après le vice-ministre de la Défense Bartosz Kownacki cité par le journal, ce geste avait pour but “d’assurer le fonctionnement normal des institutions d’Etat qui, malheureusement, ne fonctionnent pas toujours correctement”.

» Le changement radical de la direction du centre marque une tentative du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne de renforcer ses positions en plaçant ses hommes aux postes clés dans les administrations publiques, les structures commerciales et les services de sécurité.

» Selon un communiqué du ministère polonais de la Défense, le raid s’est déroulé sans incident. L’ex-directeur du centre, le colonel Krzysztof Dusza, a qualifié ces actions d’“illégales”. Son avis est partagé par l’ancien ministre de la Défense Tomasz Siemoniak. “C’est visiblement la première fois dans l’histoire de l’Otan qu’un pays membre s’en prend à un établissement de l’Alliance”, a indiqué M. Siemoniak. Le chef de la diplomatie polonaise Witold Waszczykowski a déclaré que les “employés du centre avaient auparavant été privés d’accès aux documents secrets” et qu’ils “devaient donc être remplacés”. »

Mentionnant cette affaire dans RT le 1er janvier, dans un texte général sur la situation de l’Europe par rapport à l’OTAN notamment, le journaliste US travaillant à Moscou Robert Bridge précise, en insistant effectivement sur la dimension extraordinaire de cette intervention du gouvernement polonais : « Un officiel de l’OTAN a tenté d’atténuer l’effet de cet événement sans précédent en définissant l’“attaque” polonaise comme “une affaire qui concerne les seules autorités polonaises”. Il est évident qu’il y a bien plus dans cette affaire que ce dont le public a été informé. »

Cette retenue de l’OTAN autant que le constat de l’impuissance de l’UE à formellement contraindre la Pologne du jumeau survivant Jarosław Kaczynski à s’aligner sur ses “valeurs” dont tout le monde connaît les vertus mesurent la position difficile de ces deux organisations face à un pays dont le dirigeant est connu pour son entêtement, son intransigeance souvent furieuse et sa capacité à ne céder sur rien s’il en a décidé ainsi. Jarosław Kaczynski a les défauts et les qualités de ces natures absolument assurées de leur bon droit, sans le moindre complexe par rapport aux positions extrêmes qu’il adopte, et en plus s’appuyant sur le très fort sentiment religieux (catholiques conservateurs) régnant en Pologne. En 2005-2007, quand les jumeaux et leur parti influençaient ou détenaient le pouvoir, le Système se réjouissait avec une discrétion élégante de cette intransigeance à la limite de la paranoïa. En effet, cette posture des jumeaux était en bonne partie exprimée par une volonté ultranationaliste dirigée contre la Russie perçue comme la menace principale, laquelle volonté se traduisait en termes politiques par une position d’alignement ou d’arrangement par rapport à l’UE et à l’OTAN.

Aujourd’hui, l’intransigeance joue à fond dans le sens contraire, parce que les évènements ont fait grandement évoluer les choses et démontrent que la principale menace contre l’ultranationalisme vient de l’UE principalement, et accessoirement mais de moins en moins accessoirement, de l’OTAN. C’est toujours le même caractère, c’est toujours la même extrémisme, mais cette fois contre les organisations transnationales qui, depuis 2007, ont évolué comme les piliers du bloc-BAO à l’intérieur duquel les notions principielles, souveraines et nationales, sont perçues désormais comme des ennemies du grand arrangement niveleur du Système, – et cela, d’une façon d’autant plus visible que le Système est aux abois et n’a plus ni le temps ni l’opportunité de dissimuler son vrai visage derrière une dialectique convenue. Jarosław Kaczynski, comme l’aurait fait son frère avec lui s’il était encore vivant, a donc évolué en accentuant de plus en plus sa tendance farouchement eurosceptique, renforcé dans ce sens par le surgissement au premier plan des “valeurs sociétales” imposées par le Système et détestées par les ultra-conservateurs (multiculturalisme, effacement des frontières, évolution des mœurs dans le sens de la déstructuration-dissolution, etc.).D’avantage implicite, l’intransigeance de Kaczynski est devenu un problème considérable pour les organismes-Système, et évidemment l’UE en premier.

Pour autant, il faut mettre en évidence combien l’incident gravissime dans le sens symbolique du 17 décembre, événement sans précédent pour l’OTAN, constitue un signal d’avertissement extrêmement préoccupant pour cette Organisation. Là encore, il est question des réflexes principiels de souveraineté des ultranationalistes, qui se trouvent mis en cause par le fonctionnement de la machinerie transnationale de l’OTAN, à l’image du comportement de l’américanisme pour qui la souveraineté des autres peut aisément sa ramener à la satisfaction des ambitions du système de l’américanisme, donc à la souveraineté des USA qui serait la garante (et la remplaçante, pardi) de celle de tous les autres États-membres.

Là-dessus, il faut avoir à l’esprit que la Pologne n’est pas la Grèce ni même la Turquie, pour les USA. C’est le pays-clef de l’approche de la Russie, et sa vassalisation est un impératif stratégique fondamental pour les USA. Les Français et leurRafale ont pu s’en apercevoir en 2003-2004, lorsqu’ils ont concouru contre les USA et leurs F-16 pour le rééquipement des forces aériennes polonaises. Les USA ont littéralement “acheté” le retrait français par des promesses, d’ailleurs tenues, de ventes considérables d’avions civils d’affaires Dassault aux USA. Les Français se retirèrent donc “dans l’honneur”, dans un épisode qui n’est certainement pas à l’honneur des autorités et des industriels de ce pays mais qui démontra l’importance pour les USA, non d’un marché d’avions de combat mais du contrôle stratégique de la Pologne qu’impliquait ce marché. On mesure alors la situation s’il s’avérait que le PiS prend vis-à-vis de l’OTAN la même position qu’il semble prendre vis-à-vis de l’UE. Des esprits complexes et peu arrangeants pourraient aisément imaginer que, dans ces conditions, on pourrait voir ressortir la vénérable stratégie de la “révolution de couleur”, d’ailleurs suggérée d’ores et déjà par le fait que l’opposition ne peut plus se manifester que dans la rue. Mais la Pologne n’est pas l’Ukraine et le teigneux et impossible Kaczynski n’a pas grand’chose à voir avec la mollesse corrompue d’un Ianoukovitch se faisant berner quelques heures après la signature d’un accord avec l’UE par l’incontrôlabilité de la rue (du Maidan).

Le modèle de l’incontrôlabilité de l’antiSystème

Quoi qu’il en soit de ces péripéties à venir qui pourraient occuper notre année 2016, il s’impose à l’esprit que la Pologne constitue, avec les circonstances actuelles, un fascinant exemple du caractère totalement imprévisible et insaisissable de la posture antiSystème. A côté des quelques très rares cas, d’ailleurs plus individuels que collectifs, de positions antiSystème assumées en tant que telle, la posture de l’antiSystème est une variable extrêmement changeante et insaisissable au gré des circonstances, aussi bien dans le chef de celui qui devient antiSystème, que dans le cadre où évolue ce phénomène antiSystème. Un rappel des variations et autres pas de deux entre l’ultra-droite conservatrice des jumeaux Kaczynski et les libéraux européistes de Tusk est significatif à cet égard.

Jusqu’en 2005, la politique de la Pologne était encore informe en ce sens qu’elle n’aspirait qu’à une chose, qui était l’intégration dans le bloc-BAO, achevée formellement en 2004 avec l’intégration dans l’UE, suivant de cinq ans l’intégration dans l’OTAN. Les jumeaux Kaczynski qui jouèrent un rôle essentiel dans le pouvoir polonais à partir de 2005 (élection de Lech à la présidence de la république) poursuivirent cette ligne, mais d’une façon beaucoup plus activiste, c’est-à-dire au nom de l’antirussisme qui est la traduction politique et doctrinale de la russophobie dont on sait qu’elle est un des traits essentiels de la politique de la droite ultranationaliste et catholique conservatrice. Ils manifestaient cette position, notamment en soutenant d’une façon extrêmement ferme sinon agressive le projet des anti-missiles US en Europe (BMDE) que les USA avaient commencé à développer. C’en fut au point où la victoire des libéraux de Tusk, à l’automne 2007, qui privait Jaroslaw Kaczynski de son poste de Premier ministre tandis que son frère Lech restait président mais privé de véritables pouvoirs, fut essentiellement construite sur l’idée d’un rapprochement décisif avec la Russie. Lors de sa première apparition devant les journalistes, une fois nommé Premier ministre, on entendait un Tusk enthousiaste :

« Le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski tiendra une rencontre avec son homologue russe Sergueï Lavrov le 6 décembre à Bruxelles, a annoncé samedi lors d’une conférence de presse au siège de la Diète le nouveau premier ministre Donald Tusk. “Vous serez agréablement surpris par la vitesse avec laquelle les rapports polono-russes s’amélioreront”, a-t-il indiqué s’adressant aux journalistes. Il serait encore tôt d’évoquer la date de la visite du chef du gouvernement polonais à Moscou mais celle-ci “aura lieu sous peu”, a ajouté M. Tusk. »

A cette époque, on pouvait sans la moindre hésitation juger les jumeaux comme étant dans une position objectivement conforme à la ligne du Système, et tout cela avec leur dynamisme hargneux habituel, tandis que Tusk apparaissait comme un antiSystème au vu de cette volonté de rapprochement de la Russie de Poutine. Cette répartition atteignit un paroxysme au printemps 2010 quand Tusk vint à la commémoration russe de la tragédie de Katyn, tandis que le président Lech Kaczynski refusait d’y participer, pour venir à sa propre commémoration en-dehors des cérémonies russes (c’est lors de ce voyage qu’il mourut dans l’accident de son avion lors de la procédure d’atterrissage à Smolensk).

Puis les choses commencèrent à se déliter, à se dissoudre, à devenir plus imprécises. C’était au moment où l’entité euroatlantique devint vraiment ce que nous nommons “bloc-BAO”, avec sa politique d’intervention hors-zone (à commencer par la Libye, puis la Syrie), avec un rôle contraignant de l’UE de plus en plus évident, tant auprès de ses membres qu’auprès de certains pays extérieurs ; ce rôle contraignant allant de pair, et ceci justifiant cela, avec l’évolution de la soi-disant “politique” perdant de plus en plus sa substance politique, justement, au profit des artefacts divers de communication, du droitdel‘hommisme aux “valeurs sociétales” (féminisme, homosexualité, transgenres et autres composants du package LGBT) rajoutés à une doctrine économique hyperlibérale et d’austérité intransigeante. C’est à cette époque que se renforça avec fougue et assurance la politique antirusse du bloc-BAO qui trouva sa concrétisation éclatante dans l’épisode ukrainien (novembre 2013-février 2014). La Pologne de Tusk suivit méticuleusement cette orientation et se trouva par conséquent passant d’une position-antiSystème, prorusse, à une position-Système antirusse dans le sillage de l’UE, voire en éclaireur de cet entité. Le ministre des affaires étrangères polonais Sikorski fut, avec les ministres français et allemand, le négociateur pour l’UE aboutissantà l’accord du 21 février 2014 entérinant le départ de Ianoukovitch prévu pour décembre 2014 ; cet accord aussitôt (quelques heures plus tard) transformé en chiffon de papier par le Maidan, Pravy Sektor, les agitateurs US du groupe Nuland, etc., l’UE bascula dans une position antirusse maximaliste où la Pologne de Tusk se trouva en position de fer de lance. Les Polonais ont certainement fourni beaucoup d’aide militaire clandestine aux Ukrainiens de “Kiev-la-folle” dans un premier temps, avant d’entrer dans un mode de plus en plus passif à mesure que l’équipe Tusk perdait de son poids avec les départs de Sikorski et de  Tusk lui-même pour la présidence de l’UE, et tandis qu’approchaient les élections de 2015. Comme on l’a vu, c’est le parti de Jaroslaw Kaczynski, le PiS, qui l’a emporté sur tous les tableaux.

Le paradoxe est que, pendant que Tusk et son équipe évoluaient comme on l’a vu, le PiS et Kaczynski évoluaient également, essentiellement en sens contraire sans pourtant rien changer de leurs positions idéologiques et politiques. Kaczynski avait certes suivi l’affaire ukrainienne, où il s’était engagé à fond contre les Russes, échafaudant des plans divers, rêvant à l’invasion de la Russie, etc. Tout cela, c’était essentiellement en 2014 ; mais, comme l’on sait, les Ukrainiens ont fini par lasser leurs plus ardents soutiens et ils n’intéressent plus grand’monde aujourd’hui. Arrivé au pouvoir dans l’atmosphère surchauffée de la crise grecque, des grandes interrogations et des grands soupçons concernant le rôle et les pouvoirs de l’Europe-UE, le PiS s’est de plus en plus intéressé à cette question en accentuant le poids de sa dimension eurosceptique dans son orientation politique générale. La présence de Tusk à la tête de l’exécutif européen a facilité cette réorientation des priorités, le PiS retrouvant son vieil ennemi comme emblème et symbole de l’institution détestée. Ainsi est-il devenu entièrement antiSystème, mais lui à cause de son opposition à l’UE tandis que Tusk l’avait été à cause de sa politique prorussequi semble aujourd’hui être complètement de circonstance mais qui était construite à l’époque sur des analyses solides.

Le PiS et Kaczynski restent antirusses, sans le moindre doute, mais dans un temps où la question de l’antagonisme avec la Russie est en train de perdre en Europe même de son importance politique immédiate, notamment en Europe de l’Est, et alors que la Russie s’est placée dans une position très favorable du point de vue de la communication avec son intervention antiterroriste en Syrie ; par contre, la querelle européenne intervient quotidiennement dans la vie de tous les États-membres, et par conséquent dans celle de la Pologne et pas du tout à l’avantage de l’UE. La question de la mise en lumière complète des circonstances de l’accident de l’avion transportant Lech Kaczynski et sa suite continue à être une hypothèque considérable dans le chef du PiS et du Premier ministre polonais par rapport aux relations avec la Russie. Qu’importe puisque  ce qui est en jeu aujourd’hui, ce ne sont plus les relations avec la Russie mais d’abord et essentiellement les relations de la Pologne avec l’UE et l’état de quasi-dissidence de la Pologne par rapport à l’UE qui s’ébauche avec les premières mesures du gouvernement Kaczynski.

La logique antiSystème a changé son champ d’action, et les rôles ont été complètement inversés en Pologne entre les deux courants antagonistes. La logique de l’antiSystème, dans les mêmes espaces géographiques, change constamment selon l’orientation des évènements et les références qui les accompagnent, quelles que soient les idéologies et l’importance qu’on leur prête. D’une certaine façon, on pourrait avancer l’idée paradoxale que l’intégration complète de la Pologne dans le bloc-BAO s’est réalisée d’une façon extrêmement ferme, mais pour parvenir à ce résultat que ce pays puisse y jouer un rôle de trublion en menaçant de devenir le premier État-membre “eurosceptique” activiste, sinon provocateur, et cela à l’échelle d’un entité nationale à l’importance démographique et structurelle qu’on ne peut négliger. Personne n’a ni n’avait vraiment vu venir cela, parce que la Pologne se trouve dans un groupe de pays qu’on juge, ou qu’on jugeait liés pour longtemps à une pesanteur antirusse, y compris dans leurs politiques fondamentales, héritée de l’époque soviétique de l’après-guerre et de la Guerre froide.

Le paradoxe deviendrait complet si, évoluant dans ce sens où il devient eurosceptique et de tendance métahistorique proche d’un courant traditionnaliste, la Pologne se retrouverait sans l’avoir bien entendu voulu et même sans y penser du côté de la Russie qui est de plus en plus perçue comme représentante et défenderesse de cette tendance. Après tout, si une journaliste et excellente experte en théologie, la Danoise Iben Thranholm, estime qu’on peut avancer l’hypothèse, par ailleurs bien loin d’être absurde ni gratuite parce que de plus en plus souvent vérifiée, que “l’Église russe esten train de remplacer Rome comme protectrice du christianisme”, la Pologne catholique, et ouvertement catholique avec le parti PiS au pouvoir, pourrait en arriver à juger que la Russie peut aussi devenir un allié protecteur de sa propre tradition.

Il n’est pas absurde et désormais tout y invite au contraire d’estimer que la posture antiSystème est de moins en moins liée à des choix politiques et idéologiques contingents, et de plus en plus influencée par des prises de position fondamentales sur des questions étiques et ontologiques, ou se référant directement à l’étique et à l’ontologie. On ne fait en cela que suivre le déroulement de notre Grande Crise générale qui est réglée par les soubresauts du Système, – entre surpuissance et autodestruction, – renvoyant de plus en plus à ses propres fondements et de moins en moins aux conséquences politiques de ces fondements.

Source : Philippe Grasset, pour De Defensa, le 2 janvier 2016.

 
 

66 réponses à La Pologne explosive au cœur de l’Europe et du Système, par Philippe Grasset

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En Ukraine, le "Wolfsangel" inversé est toujours là.

11 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La France, #La République, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Terrorisme, #L'OTAN., #le nazisme

En Ukraine, le "Wolfsangel" inversé est toujours là.

Marioupol, 20 décembre 2015 : « Une race, une nation ! Gloire à l'Ukraine ! Gloire aux héros ! Mort aux ennemis ! »...

МАРШ ХОРОБРИХ "ІДУ НА ВИ!" В МАРІУПОЛІ © AZOV media

Marioupol, 20 décembre 2015

Selon les organisateurs de la « Marche des Braves », 5000 activistes ultranationalistes ont défilé dans le centre-ville, encadrés par des miliciens du bataillon Azov et leur "Wolfsangel" inversée : un symbole utilisé par la 2ème division SS « Das Reich » pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

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La marche était conduite par Andreï Biletski, chef du bataillon Azov et député au parlement de Kiev du groupe UKROP.

Le défilé s'est terminé Place de la Liberté (sic), où vient d'être érigé, en lieu et place de la statue de Lénine, un monument à la gloire de Siatovlav Ier, dit Siatovlav le Brave : un prince « Rus' » du Xème siècle qui, de Novgorod aux Balkans et de Kiev à la Volga, mit l'est européen à feu et à sang pour étendre son empire.

 L'objet de cette virile procession était d'affirmer avec force "l'ukranité" de Marioupol, en rappelant que « l'Ukraine de cette époque était crainte et respectée par ses ennemis », dixit l'humaniste Biletski dans son viril discours.

Les slogans ? « Une race, une nation ! Gloire à l'Ukraine ! Gloire aux héros ! Mort aux ennemis ! », etc. : tel est le prêt-à-porter idéologique du régime Porochenko-Iatseniouk-Nuland en guerre contre « les Moskali ».

Rappel historique : les "étudiants" d'EuroMaïdan à Lviv, 01/12/2013...

Autres rappels

Le groupe parlementaire "UKROP" d'Andreï Biletski, que Wikipedia et les médias occidentaux classent au « centre gauche » de l'échiquier politique ukrainien, rassemble des députés "non inscrits" (chez Porochenko) tels Boryslav BerezaBorys FilatovVolodymyr ParasiukDmytro Yarosh, etc.

Cette « Association ukrainienne des Patriotes » a été créée le 8 juin dernier par l'oligarque Ihor Kolomoyskyi (résident suisse et boucher d'Odessa), voir ici et .

Idéologie ? Le "social nationalisme", à ne pas confondre, bien sûr, avec le "national-socialisme" d'Adolf H...

 

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Extrait de la profession de foi : « All our nationalism is nothing — just a castle in the sand — without reliance on the foundation of blood Races. Traditional (postwar, postounivskomu) nationalism has put the cart before the horse – claim that the nation is linguistic, cultural or territorial and economic phenomenon. We certainly do not exclude the value of spiritual, cultural and linguistic factors, as well as territorial patriotism. But our deep conviction is that all this only derivatives from our race, our racial nature. If Ukrainian spirituality, culture and language are unique, it is only because our racial nature is unique. If Ukraine will become paradise on earth, it is only because our Race turned it so. »

Depuis la création de l'UKROP, le chef de son "conseil politique" était Hennadiy Korban, autre oligarque de Dniepropetrovsk, jusqu'à ce que cet individu soit embastillé par la SBU suite à disgrâce De Kolomoyskyi. Acte d'accusation (source ici) : « Suspicion of involvement in organized crime, embezzlement, and kidnapping ».

Embezzlement, ça veut dire détournement de fonds publics, prise illégale d'intérêts, corruption, etc. Bienvenu en Union européenne, camarades ukrainiens !

A propos de lutte anticorruption...

L'Ukraine de « l'EuroMaïdan » est rock & roll, mais chut !

De Marioupol à Homs

En mars 2014, le ministre Laurent Fabius expliquait doctement aux auditeurs de Radio Paris que l'Union Panukrainienne "Liberté" (le "Svoboda" de Tyahnybok, Paroubiy et Yarosh) n'était pas une organisation néonazie, mais un parti honorable, certes « un peu plus à droite que les autres » (voir ici), mais 100 % eurocompatible. Et depuis, le gouvernement français persiste dans son soutien indéfectible à un régime qui a intégré dans ses forces de sécurité les néo-nazis du bataillon Azoz : des "modérés", parait-il.

Idem au Moyen-Orient : le même ministre persiste à qualifier d'« opposition modérée » les djihadistes de l'Armée de la conquête : Jabhat al-Nosra (al Qaïda in Syria), Arhar al-Sham, Ansar Dine, etc. : de gentils Freedom Fighters dont le sectarisme radical apparent ne serait qu'illusion d'optique. Comme ses collègues américains et anglais, Fabius a supervisé les livraisons clandestines d'armement "léthal" à ces « rebelles modérés » -- rebelles au régime du dictateur Assad, seul ennemi de l'Occident dans la région --, et il a déclaré publiquement que ses p'tits gars « font du bon boulot ».

Middle East Eye, 17/11/2015 : « Le Front Al-Nosra soutient les attentats de Paris »...

De Homs à Marioupol, les mercenaires de l'ordre occidental sont des soldats "modérés", dit la télé de la République en état d'urgence. Leurs employeurs estiment qu'ils font du bon boulot, et les victimes seront ravies de l'apprendre.

Etat d'urgence ? J'ai fait le rêve d'une autre France...

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Syrie, Les Russes ont déployé des missiles BUK, panique dans la coalition !

11 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La Russie, #La France

Syrie, Les Russes ont déployé des missiles BUK, panique dans la coalition !

 

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Tout le monde a encore à l’esprit, la lâche agression de la Turquie, détruisant un Sukhoï SU-24. Aucune justification ne pouvait être acceptée, puisque l’attitude turque aurait dû être neutre.

Aujourd’hui, nous savons que c’est de rage que les Turcs ont abattu cet appareil, parce que les Russes avaient découvert le trafic de pétrole entre daesh et la Turquie.

Vladimir Poutine avait été d’un sang-froid admirable. Mais, il avait déclaré que la Turquie paierait cher cette traîtrise.
Il avait donné ordre à son armée d’abattre tout avion turc avion ou tout charroi turc entrant ou sortant de Syrie.

C’est ce qui passé avec des milliers de camions-citernes qui ont déjà été pulvérisés. Les images de convois en feu, ont abondamment circulé.

Afin de ne pas rater les avions turcs, la Russie a achevé de déployer en Syrie, ses redoutables missiles sol-air BUK. Cette famille de missile à longue portée est muni d’un système radar d’acquisition de la cible qui est d’une très grande fiabilité. Certains ont une portée de 30 km à mach 3.

Du coup, c’est la panique parmi l’aviation de la coalition. Ne cherchez pas cette information, dans les médias main Stream. La censure ne permet pas la diffusion de ce genre de renseignement. Vous citoyens, vous n’avez pas le droit de savoir, cela fausserait la propagande que l’on vous assène.

Désormais, l’aviation britannique ose à peine s’aventurer au-dessus de la Syrie. L’engagement des Britanniques se résume jusqu’à présent à trois missions. Des Tornados ont au total, lâché 19 bombes sur le champ pétrolifère d’Omar, entre la date de permission d’attaque, donnée par le parlement britannique et le 16 décembre 2015.

Autrement dit un engagement purement symbolique ou pathétique. C’est selon.

Même les Américains pour lesquels les médias occidentaux sont toujours dithyrambiques, n’ont réalisé que 148 bombardements entre le 1er décembre et le 22 décembre 2015.

Ne parlons pas des frappes françaises, nous n’avons pas d’information. Nous supposons des vols de reconnais
Il suffit de comparer la mollesse de la coalition avec la pugnacité de l’aviation russe.

Au total, depuis leur engagement, les Russes ont réalisé 5.200 sorties aériennes et 164 entre le 25 et le 28 décembre 2015. L’avez- vous l’avez lu dans vos médias ?

Comparer les efforts Russes et ceux de la coalition, démontre sans problème que ceux qui mènent le combat en Syrie que ce soit dans les airs ou au sol sont les Russes et l’armée Syrienne. En Irak, nous sommes d’accord que l’armée Irakienne a réalisé une petite avancée. Pour combien de temps ?

Pourquoi la coalition a-t-elle freiné considérablement freiné son offensive en Syrie ? Officiellement pour ne pas faire de victimes civiles collatérales.

La réalité est tout autre, les avions de la coalition ont été accrochés par les faisceaux radars des systèmes de tirs des BUK. L’affolement s’est emparé des états-majors de la coalition.
Nous l’avions écrit : la coalition utilise tous les prétextes possibles pour éviter de bombarder daesh.

Ceci démontre une fois de plus que tous nos médias sont bâillonnés et ne peuvent relater les véritables événements. Il est grand temps de se poser la question des subsides distribués à des médias hypocrites.

A terme, cela se terminera par une reconquête de la Syrie par les troupes de Bachar appuyé par les Russes.
Une victoire du stratège Vladimir Poutine !

JACQUES D’EVILLE

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