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Le blog de Lucien PONS

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Le "False flag US" en Syrie?

12 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #Daesch

Le "False flag US" en Syrie?

Le "False flag US" en Syrie?

Un déguisement à grande échelle est en train d’être mis en place au sein des troupes aériennes des États-Unis: ils changent la panoplie de couleurs de leurs chasseurs F-18 en celles que portent les appareils russes Su-34. Dorénavant, seuls les spécialistes pourront distinguer les aéronefs américains des russes…

Un avion de combats des États-Unis en Syrie a été repeint aux couleurs de camouflage typique russe. C'est le journaliste canadien Christian Borys qui a publié les images du chasseur américain « rénové » et coloré en camouflage russe. Il se demande ce que veut dire ce déguisement inattendu : une pratique ordinaire au sein de l'armée, une simple coïncidence ou un moyen de comploter ?

« Les États-Unis utilisent "des appareils de l'agresseur" pour entraîner leurs pilotes. Les couleurs utilisées font que les chasseurs ressemblent à leurs équivalents russes. Arrêter avec les complots », écrit le journaliste canadien qui a remarqué ce « jeu de couleurs » à l'américaine. « Les États-Unis repeignent leurs F/A-18 afin que leurs couleurs coïncident avec celles des avions russes en Syrie. La formation standard, mais quand même intéressante », note-il.

Des bombardiers russes Su-34 imitent un combat dans la stratosphère Le fait est que l'on peut voir les ailes repliables de l'aéronef américain seulement quand il est au sol, et les bouts verticaux de la queue du F-18 diffèrent de l'appareil russe par leur pente sur les côtés. Ainsi, si l'on enregistre l'appareil américain à l'aide d'une caméra semi-professionnelle alors qu'il nous survole, il sera impossible de le distinguer du Su-34.

Le seul signe distinctif que le F-18 « rénové » a gardé est l'étoile blanche sur fond sombre. Pourtant, sur sa queue on trouve aussi une étoile rouge, la même que portent les avions russes. Il est à noter que « les travaux de peinture » ont commencé justement après que le chef de la diplomatie américaine John Kerry a demandé à l'opposition syrienne de fournir des vidéos prouvant les « crimes russes contre la population civile (syrienne, ndlr) ».

Cette information est apparue suite à une « fuite » de la conversation audio entre le secrétaire d'Etat américain et des opposants (les casques blancs). Y aurait-il un lien de causalité, se demande M.Borys… Un utilisateur de Twitter a déjà une réponse assez claire à cette question: "les Américains peuvent frapper les convois d'aide et en accuser la Russie", affirme-il. Source : Sputnik 

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Alep, Al-Bab, Raqqa : un état des lieux du conflit en Syrie. Par Caroline Galactéros

11 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Politique étrangère

Alep, Al-Bab, Raqqa : un état des lieux du conflit en Syrie

 

Publié le par Caroline Galactéros

Situation du conflit en Syrie : en rouge le régime de Damas ; en vert les "rebelles" ; en noir l'Etat islamique ; en jaune les kurdes. Carte Wikipédia du 6 octobre 2016

Situation du conflit en Syrie : en rouge le régime de Damas ; en vert les "rebelles" ; en noir l'Etat islamique ; en jaune les kurdes. Carte Wikipédia du 6 octobre 2016

Les lignes bougent à grande vitesse en Syrie alors que les médias pointent leurs objectifs vers la capitale économique du pays, Alep, où les forces de l’Etat syrien, appuyées par les milices chiites, les troupes iraniennes et l’aviation russe, mènent une campagne terrestre pour reprendre quartier par quartier l’Est de la ville sous contrôle des rebelles islamistes dominés par l’ex-Front al-Nosra.

 

La reprise complète de la ville d’Alep serait une consécration pour le régime de Damas qui s’en servirait comme d’un levier diplomatique dans le cadre de futures négociations internationales : il s’agit pour Bachar el-Assad de montrer qu’il contrôle bien la « Syrie utile » et que sa guerre de contre-insurrection, certes lente et très meurtrière pour les populations civiles prises en otage par les islamistes qui s’en servent comme de boucliers humains dans cette partie de la ville, est efficace contre tous ceux qu’il dénomme les « terroristes ». Comme le disait récemment Fabrice Balanche, une guerre de contre-insurrection est une guerre d’usure qui consiste, sur le terrain, à démontrer qu’on est l’acteur qui fait le plus peur à tous les autres et qui est insensible à la pression médiatique, bref, que rien en peut faire déroger de sa ligne stratégique et de son approche tactique. En d’autres termes, on pourrait dire qu’il s’agit pour Bachar el-Assad de rappeler que l’Etat est celui qui dispose du monopole de la violence (son caractère légitime étant évidemment sujet à caution dans le cadre d’une guerre civile…). et que « L’Etat, c’est moi » pour sortir justement son pays de l’état d’anarchie. Si le régime de Damas parvient à contrôler ainsi l’ensemble des grandes villes de Damas, de Lattaquié, de Homs, de Hama, d’Alep et, plus symbolique qu’autre chose, de Palmyre, il pourra considérer que l’essentiel de cet objectif aura été réalisé.

Il restera à la myriade de rebelles islamistes quelques zones dispersées autour de Damas, de Homs, de Hama, mais aucun bloc stable sinon le gouvernorat d’Idleb qui, au Nord, jouxte la Turquie. Si les forces gouvernementales syriennes sont passées à l’offensive à Alep, c’est aussi qu’un grand nombre de rebelles présents autour de cette ville sont partis plus au Nord pour participer dans le cadre d’une Armée Syrienne Libre (ASL), remise au goût du jour, à l’opération turque « Bouclier de l’Euphrate ». Trois nouveaux groupes de rebelles syriens ont été créés dans le cadre de cette opération : Liwaa thouar al-Haraka ; Liwaa el-Qadissiya ; Liwaa thouar al-Jazira. De quoi s’agit-il ? A la suite d’un accord entre Ankara et Moscou, il s’est agi d’autoriser la Turquie à mener une opération de nettoyage de la frontière Turco-syrienne de la présence de Daech, notamment dans la ville de Jarabulus. D’après le quotidien libanais L’Orient le Jour, « le compromis trouvé avec les Russes était d'opérer dans les limites d'une zone de 90 km de largeur et de 12 km de profondeur ». Il s’agissait donc d’empêcher le passage d’armes, de pétrole et de djihadistes de l’Etat islamique, mais aussi d’empêcher la constitution d’un corridor kurde qui aurait pu se constituer à partir de la reprise de la ville de Manbij cet été par les Forces Démocratiques Syriennes, dominées par les YPG, branche armée du parti politique kurde PYD, qui souhaite créer une Rojava (Kurdistan syrien) unitaire réunissant les trois cantons historiquement kurdes d’Afrin, de Kobané et de Djéziré (d’Ouest en Est). Pour les Turcs, le nom même de « Bouclier de l’Euphrate » est une mise en garde aux Kurdes de Kobané de ne pas franchir l’Euphrate vers l’Ouest pour rejoindre le canton d’Afrin. Pour l’instant, l’étape primordiale des forces turques et des rebelles qui les accompagnent est de reprendre le village très symbolique de Dabiq actuellement aux mains de Daech. Symbolique car dans sa propagande, l’Etat islamique considère que Dabiq (qui est aussi le nom de l’un de ses magazines ) sera le lieu de l'ultime bataille avant l'Apocalypse entre musulmans et infidèles.

Les Turcs iront-ils plus loin ? S’ils veulent définitivement empêcher les Kurdes de constituer un corridor, ils devront aller plus au Sud … jusqu’à rejoindre les lignes de défense contrôlées par le régime de Damas juste au-dessus d’Alep. Dans cette hypothèse, les Turcs devront reprendre la ville d’Al-Bab (100 000 habitants) qu’ils ont déjà commencé à bombarder. Qui prendra Al-Bab ? Il est possible que les Kurdes puissent l’atteindre mais Ankara aura du mal à le tolérer et pourrait donc tout faire pour ne pas permettre aux Kurdes de prendre Al-Bab, ce que craignait déjà en juillet dernier Patrice Franceschi dans une interview accordée au Figaro. Le sort de la ville dépendra sans doute d’un compromis éventuel d’Ankara avec Moscou et Damas, et donc de contreparties turques données sur d’autres dossiers ou fronts. Sans oublier l’Iran qui voit d’un fort mauvais oeil la présence des troupes turques en Syrie et en Irak et commence à le faire savoir. Sans oublier l’Iran qui voit d’un fort mauvais oeil la présence des troupes turques en Syrie et en Irak et commence à le faire savoir. D’une manière générale, c’est désormais le triangle Moscou-Ankara-Téhéran qui est à la manoeuvre face à la coalition internationale.

Pour revenir à Al-Bab, les forces du régime, qui en sont aujourd’hui les plus proches (10km seulement) tentent elles aussi de reprendre Al-Bab mais Damas pourrait avoir intérêt à favoriser aussi les Kurdes car le corridor que ces derniers constitueraient pourrait servir de « bouclier » face aux Turcs. Côté turc enfin, une offensive vers Al-Bab dépendra en partie de la facilité avec laquelle les rebelles syriens de l’ASL qu’ils soutiennent prendront le village de Dabiq où Daech a envoyé des hommes en renfort. Fabrice Balanche expliquait récemment que ces rebelles islamistes soutenus par l’Armée turque pourraient ne pas être assez nombreux pour avancer davantage au Sud. Bref, sur ce point aussi, tout va encore dépendre de la position russe.

 

Mais les choses se compliquent : la route qui part d’Al-Bab vers le Sud mène… à Raqqa (200 kilomètres plus loin). Cette ville n’est donc pas de mineure importance pour la suite des événements ! Même si une partie de cette route à quelques dizaines de kilomètres d’Al-Bab est déjà sous le contrôle du régime… La route longe ensuite le lac el-Assad qui se termine par la ville de Tabqa (où se situe un important barrage hydraulique), qui n’est distante que de quelques dizaines de kilomètres de Raqqa. On se souvient que l’Armée syrienne avait essayé cet été de reprendre Tabqa en partant de l’Ouest (la route d’Homs), mais l’opération s’était soldée par une débandade.

Pour résumer : qui veut reprendre la “capitale” syrienne de l’Etat islamique par l’Ouest doit d’abord prendre Tabqa. Pour y arriver, les Turcs et leurs “rebelles” peuvent passer par la route d’Al-Bab mais risquent de se heurter aux forces de Damas qui en contrôlent une partie. Les forces du régime, quant à elles, peuvent emprunter cette route, éventuellement depuis Al-Bab s’ils parviennent à reprendre la ville avant les Turcs, mais peuvent aussi (ré)emprunter la route venant de l’Ouest de Tabqa et qui part de Homs. Les Syriens contrôlent cette route jusqu’à Ithriyah, qui est situé à 100 km de Tabqa (précisons néanmoins qu’on est en plein désert : comme l’ont montré les Syriens cet été, une offensive peut aller très vite … tout autant qu’une contre-offensive !).

N’oublions pas un troisième protagoniste, les Forces Démocratiques Syriennes, dominées par les Kurdes et parrainées par les Etats-Unis. Ce sont les 14 000 combattants des FDS qui sont géographiquement les plus proches de Raqqa. Contrôlant tout le Nord-Est de la Syrie, les Kurdes n’en sont qu’à 50 kilomètres et pourraient quant à eux attaquer la capitale régionale de Daech par le Nord. Néanmoins, Raqqa est une ville arabe. Une opération kurde y serait considérée comme une invasion, d’autant que les Kurdes n’ont pas forcément envie de verser leur sang pour une ville qu’ils ne pourront pas contrôler longtemps et qui ne se situe pas dans les territoires qu’ils convoitent. Les Kurdes ont récemment expliqué qu’ils accepteraient de s’engager vers Raqqa si les Américains reconnaissaient officiellement le Rojava et armaient directement les YPG. L’Orient le Jour fait d’ailleurs état de pressions américaines sur la Turquie en annonçant que le Pentagone fournirait des armes aux FDS pour reprendre Raqqa… Même son de cloche chez les Kurdes et chez les Américains… Colère à Ankara ! C’est pour les Etats-Unis un moyen de faire pression sur l’opération « Bouclier de l’Euphrate » qu’ils jugent avec suspicion dans la mesure où elle est le fruit d’un accord entre Moscou et Ankara. Il en va de même de l’opération sanglante à Deir Ezzor quand l’aviation américaine a (malencontreusement…) bombardé une position du régime, tuant plus de 80 soldats loyalistes. Une opération qui pourrait d’ailleurs se répéter..

L’Orient le Jour l’explique ainsi : « La difficulté à lire la stratégie américaine pourrait s'expliquer par l'absence de consensus stratégique aujourd'hui sur ce dossier. L'opération de Deir Ezzor a été, selon un grand nombre d'acteurs, voulue par le Pentagone, la ligne la plus dure de l'establishment américain, afin de remettre en cause l'accord conclu avec la Russie. Cette lutte sourde au sein de l'Administration pour la réorientation de la politique étrangère américaine a été longuement traitée dans un article de l'intellectuel libanais Ziyad Hafez : « L'État profond aux États-Unis est le parti de la guerre ». Ziyad Hafez voit dans les contradictions entre Pentagone et l'administration Obama l'illustration d'un véritable « coup d'État » qui marque le retour à la direction des affaires « du parti de la guerre », la Syrie apparaissant comme le champ de compétition et de guerre d'usure avec la Russie ». C’est bien ce qui inquiète les Faucons américains : profitant de la fin de règne de Barack Obama et de la priorité que celui-ci a donné à la reprise de Mossoul en Irak, Vladimir Poutine est celui qui, en Syrie, donne le rythme aux événements. Si l’année 2015 a consisté pour le Kremlin à sauver le régime de Damas menacé d’implosion, l’année 2016 est marquée par une phase beaucoup plus offensive : reprise symbolique de Palmyre en mars suivie d’une longue phase d’offensive pour reprendre Alep, laquelle semble bien engagée pour le régime. Pour l’instant, loin d’un bourbier, la Russie mène avec succès son grand retour dans les affaires du Moyen-Orient. Un exemple est assez frappant. En Syrie, les Russes parlent avec presque tous les acteurs, avec l’axe chiite évidemment (Iran ; Irak ; régime de Damas), mais aussi avec les Kurdes (qui s’appuient sur Moscou pour se protéger des Turcs), avec la Turquie (qui s’appuie sur Moscou pour prendre un peu d’indépendance par rapport à Washington). La Russie, malgré son alliance avec Téhéran, est même loin d’avoir rompu tout dialogue avec l’Arabie Saoudite et le Qatar : un dialogue fondé sur les questions économiques, financières et énergétiques se maintient malgré leurs divergences géostratégiques. Moscou n’exclut même pas de vendre des armes à Riyad… On pourrait encore citer l’Egypte, Israël ou la Jordanie qui, chacun à leur manière, entretiennent des relations cordiales voire chaleureuses avec Moscou. On voit ainsi que, diplomatiquement, Moscou n’est pour l’instant aucunement prisonnier de la rivalité des axes chiite/sunnite et que, militairement, la Syrie n’est pas l’Afghanistan.

En 2017, on voit donc se dessiner une Syrie quadripartite :

  • “La Syrie utile” (Lattaquié, Damas, Homs, Hama, Alep) acquise au régime de Bachar el-Assad, progressivement consolidée et placée sous l’influence de la Russie et de l’Iran ;
  • La Syrie des rebelles islamistes sunnites soutenus par la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar, laquelle ne se limiterait plus qu’à quelques poches près des grandes villes, au gouvernorat d’Idleb et à une zone tout au Nord issue de l’opération turque « Bouclier de l’Euphrate » (notons bien que la Russie force le bras turc depuis leur « réconciliation ») ;
  • La Syrie des Kurdes dite « Rojava » avec l’incertitude de sa continuité territoriale dépendant de la création d’un corridor entre l’Ouest (Afrin) et l’Est (Kobané & Djéziré). Soutenus par les Etats-Unis (mais avec des hauts et des bas car Washington ne veut pas se froisser avec son allié stratégique turc), les Kurdes sont historiquement proches de la Russie (qui a été le premier pays à ouvrir un bureau de représentation du Rojava sur son territoire) même s’ils se méfient du deal entre le Tsar et le Sultan…
  • La Syrie de l’Etat islamique le long de la vallée de l’Euphrate, dont le territoire se réduit peu à peu pour se concentrer autour de la capitale régionale, Raqqa. L’une des questions encore en suspens sera de savoir qui s’emparera de cette quatrième Syrie, la diabolique. Rien ne se profile à l’horizon : le régime n’a pas pour priorité de reprendre Raqqa, mais de consolider son territoire en brisant les « rebelles » autour d’Alep (avec l’interrogation autour du gouvernorat d’Idleb…) ; les FDS dominées par les Kurdes n’ont pas les moyens aujourd’hui d’entrer dans une telle offensive et les Américains sont tournés vers Mossoul en Irak ; l’intervention turque ne peut pour l’instant pas aller trop loin sans froisser Moscou et Téhéran. Et puis, tout dépendra évidemment des élections américaines entre le faucon Hillary Clinton et la colombe Donald Trump (à moins que ce ne soit l’inverse…).

 

Dans cette partie du territoire syrien comme à Alep, force est de constater que Moscou poursuit son oeuvre de réduction sans pitié des positions islamistes. Les civils aux mains des gens de l'Etat islamique, d’Al Nosra et ses innombrables avatars ou ramifications, quels que soient leurs noms, en font les frais. L’indignation internationale monte devant les horreurs de la guerre mais de manière bien sélective faut-il le rappeler... Quoi qu’il en soit, ni les menaces, ni le chantage, ni les intimidations américaines, ni l’opprobre international relayé médiatiquement ni d’ailleurs les cris d’orfraie de notre propre diplomatie n’entameront la détermination russe à mener une lutte élargie contre les islamistes qui ont pris la Syrie à la gorge et à pousser ses feux pour prendre l’ascendant militaire et politique en vue d’une négociation ultime sérieuse avec Washington. Washington qui n’en peut mais et semble se rendre progressivement à l’évidence d’un compromis inéluctable sur lequel il n’aura pas la main tout en poursuivant son soutien aux “rebelles” et en se répandant en anathèmes moralisateurs qui ne trompent plus grand monde.

48h après avoir dit qu’ils jugeaient l’attitude russe insupportable et rompaient le dialogue, les Américains reprennent langue avec Moscou. Ils nous utilisent pour cela en guise de missi dominici. Paris dont la parole ne compte plus depuis longtemps et qui cherchait fébrilement l’occasion de donner l’illusion de reprendre l’initiative, ... au nom d’une vision qui demeure à la fois irréaliste, dogmatique et idéaliste. Un os à ronger pour notre diplomatie qui a perdu contact avec la réalité et oscille entre aveuglement aggravé et cynisme pur. Cela aussi fait des morts, aussi sûrement que les bombes qui tombent sur Alep Est. De cela aussi il faudra un jour rendre compte.

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Désespérée, l’Administration Obama se raccroche à des inventions, et peut-être pire… Par Moon of Alabama

11 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme

Désespérée, l’Administration Obama se raccroche à des inventions, et peut-être pire…

Par Moon of Alabama le 10 octobre 2016

Le 28 septembre la mission française à l’ONU a affirmé que deux hôpitaux d’Alep-est avaient été bombardés. Elle a montré dans un tweet une photo de bâtiments détruits à Gaza. Plus tard, les Français ont supprimé ce tweet.

Désespérée, l’Administration Obama se raccroche à des inventions, et peut-être pire…  Par Moon of Alabama

Ce n’est pas la première fois que des officiels « occidentaux » se rendent coupables d’allégations mensongères et de falsification volontaires de la vérité, mais en général, ils évitent les mensonges trop voyants.

Pas John Kerry, le secrétaire d’État des États-Unis. Hier, pendant la conférence de presse qui a précédé son entretien avec le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, au sujet d’une nouvelle résolution de l’ONU, il a dit ceci ( vidéo @ 1 : 00) sur la Syrie :

Hier soir, le régime a attaqué un autre hôpital, 20 personnes ont été tuées et 100 ont été blessées. La Russie et le régime doivent plus qu’une explication au monde sur la raison pour laquelle ils ne cessent de frapper les hôpitaux, les installations médicales et les enfants et les femmes. Ce sont des actes qui exigent une enquête pour crimes de guerre. Et ceux qui commettent ces crimes doivent et devront rendre des comptes .

Aucun groupe d’opposition n’a dit qu’une telle chose, qui serait extrêmement grave, était arrivée. Aucun. Aucune agence de presse ne l’ a mentionnée. Le SOHR, l’organe de désinformation du MI-6 en Grande-Bretagne, qui recense de manière très fiable tous les dégâts signalés et qui est fréquemment cité dans les médias « occidentaux », n’en a pas parlé non plus.

Le grave incident que Kerry dénonce n’a pas eu lieu. Kerry l’a inventé. (Était-il censé se produire, a-t-il été annulé et Kerry a-t-il raté la note de service ?) Kerry a utilisé ce mensonge pour appeler à une enquête pour crimes de guerre et à des sanctions. Cela devant les caméras, lors d’un événement officiel avec un hôte étranger dans le cadre d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies.

C’est grave. C’est presque aussi grave que les fausses déclarations de Colin Powell sur les armes de destruction massive en Irak devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Les premiers rapports, comme celui de CBSNews, relaient l’accusation de Kerry :

Kerry a déclaré que les forces syriennes avaient frappé un hôpital pendant la nuit, tuant 20 personnes et en en blessant 100, ce qui constituerait la dernière frappe de Moscou ou de son allié à Damas sur une cible civile.

Cependant l’ article du New York Times sur l’événement indique bien que Kerry a demandé l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre, mais il ne mentionne pas le bombardement de l’hôpital. Il n’en parle pas du tout. Pour le « journal de référence » autoproclamé, le mensonge de Kerry n’a pas eu lieu. De même, le Washington Post, dans son propre article, ne faitaucune mention de l’accusation mensongère de Kerry.

Le dernier article Matthew Lee d’AP omet également le mensonge. C’est curieux parce que Matt Lee sait très bien ce que Kerry a dit. Le briefing du Département d’État d’hier y a consacré un long chapitre. Sur la vidéo (@ 3 : 30) on voit que c’est Matt qui pose les questions :

QUESTION : D’accord. Sur la Syrie et les commentaires du Secrétaire plus tôt ce matin, ma question est : Savez-vous de quelle frappe il parlait dans ses commentaires cette nuit concernant un hôpital à Alep ?

M. KIRBY : Je pense que le Secrétaire faisait référence en fait à une frappe que nous avons vu se produire hier sur un hôpital de campagne dans le gouvernorat de Rif Dimashq. Je ne suis pas tout à fait sûr que c’est ce à quoi il faisait allusion, mais je crois bien qu’il parlait de celle qui a eu lieu à –

QUESTION : Pas à Alep ?

M. KIRBY : Je crois que c’était – je pense que c’était – je pense qu’il – je suppose – il me semble qu’il a fait une petite erreur sur le lieu en se référant à une –

… QUESTION : Mais vous n’êtes pas sûr ?

M. KIRBY : Non. Tout ce que je peux vous dire, au mieux de mes connaissances, c’est qu’il faisait très probablement référence à une frappe hier dans ce gouvernorat, mais il probablement fait cette erreur en toute bonne foi.

QUESTION : Si nous pouvions – si nous pouvions savoir avec précision ce dont il parlait –

M. KIRBY : Je vais faire de mon mieux, Matt. …

Et ça continue comme ça encore un moment. Mais il n’y a pas d’attaque d’hôpital ni à Rif Dimashq, ni à Alep. Plus tard, Kirby, le porte-parole du Département d’Etat, a pratiquement reconnu que Kerry avait menti en disant : « Je ne peux pas confirmer cela. »

Il apparaît également que Kerry n’a pas de preuve du moindre crime de guerre ni aucune possibilité de lancer une procédure internationale officielle à ce sujet. Et à quelle fin de toute façon ? Intimider la Russie ? Il n’y a aucune chance d’y parvenir, ce serait parfaitement inutile d’essayer, et Kerry devrait le savoir.

Kerry est désespéré. Il a complètement perdu la direction des opérations en Syrie. La Russie mène l’affaire et elle fera tout ce qui doit être fait. En dehors d’entamer une guerre mondiale, l’administration Obama n’a plus aucun moyen d’influencer de manière significative le cours des choses.

Kerry est seulement un des outils de l’administration Obama. Plus tard dans la même journée, le directeur du renseignement national américain, James Clapper, a porté d’autres accusations contre la Russie :

La communauté du renseignement américain (USIC) pense pouvoir dire que le gouvernement russe est à l’origine des récents piratages d’e-mails de citoyens et d’institutions des États-Unis, y compris des organisations politiques étasuniennes. Les récentes diffusions d’e-mails, vraisemblablement piratés, sur des sites comme DCLeaks.com et WikiLeaks, et par Guccifer 2.0, cadrent avec des méthodes et des motivations d’inspiration russe. Ces vols d’informations ont pour but d’interférer avec le processus électoral américain. Cela n’est pas nouveau pour Moscou – les Russes ont utilisé des tactiques et des techniques similaires en Europe et en Eurasie, par exemple, pour influencer l’opinion publique. Nous croyons que, du fait de l’importance et de la sensibilité de l’entreprise, seuls les officiels les plus haut-gradés de la Russie auraient pu autoriser ces activités.

Traduction : « ON NE SAIT PAS du tout (« pense pouvoir dire », « nous croyons », « d’inspiration ») qui est responsable de ces piratages et nous N’AVONS PAS la moindre preuve (cadre avec », « du fait de l’importance et de la sensibilité ») que la Russie est impliquée, alors il ne nous reste plus qu’à essayer de vous embrouiller et de vous embobiner. »

L’ancien ambassadeur britannique Craig Murray a appelé ça un flagrant mensonge néoconservateur. C’est clairement le Comité national démocrate qui a manipulé l’élection américaine en faisant, contrairement à son mandat, la promotion de Clinton aux dépens de Sanders. C’est cela seulement que les pirates ont montré. Il est également facile de comprendre pourquoi ces accusations sont portées maintenant. Murray :

Le fait que l’administration Obama ait porté une accusation officielle contre la Russie qui ne soit fondée sur aucune preuve est, d’une certaine manière, étonnant. Mais c’est un acte de désespoir. WikiLeaks a déjà annoncé qu’ils avaient une énorme quantité d’autres documents secrets sur les manigances d’Hillary. La Maison Blanche cherche simplement à les discréditer par avance en les reliant mensongèrement aux services secrets russes.

L’administration Obama est en train de perdre. Elle n’arrive plus à imposer ses désidératas, ni en Syrie, ni pour les élections. Trump, malgré ses gros mots de sale gamin, a une très bonne chance d’emporter la présidence. Lui (-44%) et Clinton (-41%) sont plus détestés de l’électorat étasunien que Poutine (-38%). N’importe quelle solution en Syrie sera plus avantageuse pour la Russie que pour Washington.

Un tel désespoir peut être dangereux. Kerry est aux abois quand il ment sur la Russie. Mais le président et ses collègues du Pentagone et de la CIA ont des moyens plus concrets de s’exprimer. Espérons qu’ils ne se lanceront pas dans quelque chose de vraiment insensé !

Moon of Alabama| 8 octobre 2016

Traduction : Dominique Muselet

Source: http://arretsurinfo.ch/desesperee-ladministration-obama-se-raccroche-a-des-inventions-et-peut-etre-pire/

Les assertions et opinions exprimées ici sont le fait de leur auteur

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FIGAROVOX - « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française ». Par Caroline Galactéros

11 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Politique étrangère, #Terrorisme

FIGAROVOX - « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »

Publié le par Caroline Galactéros

FIGAROVOX - « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »

Voici ma dernière tribune pour le FigaroVox.

 

FIGAROVOX/TRIBUNE - Vladimir Poutine a annoncé qu'il reportait sa visite à Paris où il devait rencontrer François Hollande. Pour Caroline Galactéros, cette décision n'est que la suite logique d'un amateurisme complet de la France en Syrie et ailleurs dans le monde.

 

Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame - à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation.

Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d’Alep-Est, à un moment où la tension russo-américaine monte dangereusement et peut faire craindre un dérapage militaire sur le terrain que certains, à Washington et à l’OTAN, appellent ouvertement de leurs vœux ? S’agit-il d’une nouvelle salve d’irénisme aveugle et de « pensée magique », funeste version 2016 de « Boucle d’or au Pays des trois ours » découvrant une intrusion dans sa maisonnette idyllique ? Ou d’une gesticulation habile mais dangereuse qui n’a pour but, en prétendant débloquer la situation, que de jouer les utilités au profit de Washington en fossilisant un peu plus les positions des deux camps qui s’affrontent désormais ouvertement sur le corps exsangue de la nation syrienne ? Difficile de démêler la part de négation du réel de celle de l’alignement sur ce que l’on présente comme « le camp du Bien » …et de nos intérêts nationaux, si mal évalués pourtant.

Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du cœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. « L’Occident » ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle : il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste « respectable » l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme « légitimes » et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré.

Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter « à la source » le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie.

Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi - qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart facial stratégique... aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad...tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu ? C’est de l’opportunisme à très courte vue, mais plus encore un hiatus stratégique béant et la manifestation d’une totale incompréhension du réel.

De telles contradictions ne peuvent s’expliquer que par notre entêtement à vouloir en finir avec le régime syrien actuel dont nul n’imaginait qu’il résisterait si longtemps aux feux croisés de l’Amérique et de ses alliés sunnites. L’exigence américaine -reprise à son compte par Paris- d’une cessation des bombardements aériens sur Alep-Est « pour raisons humanitaires » aurait permis en fait de laisser les islamistes de la ville (soit rien moins qu’Al Nosra et consorts) se refaire une santé militaire en se servant des civils comme de boucliers humains, de poursuivre leurs tirs d’obus sur la partie ouest de la ville et d’empêcher Damas et Moscou de faire basculer décisivement le rapport de force militaire en faveur de l’Etat syrien dans le cadre d’une négociation ultime. Qui a d’ailleurs fait échouer le cessez le feu signé le 9 septembre dernier à Genève ? Les groupes terroristes qui n’en voulaient pas (et ont très probablement bombardé le convoi humanitaire du Croissant rouge aux portes d’Alep) et les Etats-Unis qui ont bombardé les forces syriennes à Deir el Zor et ouvert la voie aux forces de l’Etat Islamique. Encore un accord de dupes.

Temps court versus temps long, individu versus groupe, froideur politique versus empathie médiatique (sélective) : On se refuse à voir, dans nos démocraties molles, que la véritable action stratégique, pour être efficace, ne peut prendre en compte que des nombres, des masses, des ensembles, des mouvements, des processus, quand toute l’attention médiatique et la gestion politicienne des crises, elles, veulent faire croire que l’individu est central et se concentrent sur la souffrance et le sort des personnes, alors que celles-ci sont depuis toujours et sans doute pour encore longtemps sacrifiées à la confrontation globale et brutale entre Etats. Les images terrifiantes de la guerre au quotidien masquent la réalité d’un affrontement sans scrupules de part et d’autre, dont en l’espèce les malheureux Syriens ne sont même plus les enjeux mais de simples otages.

L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant : Si Assad, « bourreau de son propre peuple » selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer ? A qui sera livrée la Syrie, « utile » ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement « exfiltré » vers d’autres macabres « territoires de jeu », en Libye par exemple ? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat ? Quels individus veut-on mettre au pouvoir ? Les pseudo « modérés » qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève ? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom - Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu ? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un « go » pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, « par erreur » naturellement ? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de « l’Armée de la Conquête » qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles - apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps ?

Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux « patrons » du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences « démocratiques » ? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel ? … « Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? je ne vois que l’herbe qui verdoie et la terre qui poudroie » … Quelle naïveté, quelle ignorance, quelle indifférence en fait !

L’interview accordée le 5 octobre dernier par notre ministre des Affaires étrangères à la veille de son départ pour Moscou à Yves Calvi sur LCI est à cet égard, un morceau de bravoure édifiant, qui escamote la réalité et brosse un paysage surréaliste du conflit et de ce qu’il faudrait y comprendre et en attendre.

Florilège et exégèse….

 « La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes » - Jean-Marc Ayrault

Est-ce à dire qu’il faut les laisser faire, leur donner les clefs du pays et prier peut-être, pour qu’ils ne massacrent pas les minorités qui y demeurent encore et instaurent la démocratie ? Faut-il ne plus agir en espérant qu’ils vont s’arrêter ?!!! De qui se moque-t-on ? Adieu Boucle d’Or. Nous sommes au Pays des rêves bleus de Oui-Oui…

Les Russes, qui se disent satisfaits de l’efficacité de leurs frappes contre les terroristes d’Alep-Est « sont cyniques » … - Jean Marc Ayrault

Qui est cynique ici ? Celui qui déforme la réalité d’un affrontement pour ne pas avouer qu’il est (avec d’autres) à la manœuvre d’une déstabilisation d’Etat par des groupuscules terroristes liés à Al Qaida (matrice de DAECH) sous couvert d’aspiration à la démocratie ? Ou ceux qui cherchent à réduire l’emprise djihadiste et à renforcer des structures d’Etat laïques avec ou sans Bachar ?

« La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision. »  - Jean-Marc Ayrault

Ah ?! Laquelle ? Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets : action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire : les Syriens.

En dépit de l’excellence de nos forces armées, de la présence du Charles de Gaulle sur zone et de nos missions aériennes soutenues, Paris n’est diplomatiquement et stratégiquement plus nulle part en Syrie, et depuis longtemps. Par dogmatisme, par moralisme, par notre parti pris immodéré pour les puissances sunnites de la région, nous nous sommes engouffrés dans un alignement crédule sur la politique américaine qui s’est en plus retourné contre nous dès l’été 2013, lorsque Barack Obama a dû renoncer à frapper directement Damas au prétexte d’un usage d’armes chimiques qui n’a d’ailleurs jamais été confirmé. Un camouflet d’autant plus lourd à porter que notre ancien ministre des affaires étrangères avait jugé bon, dès août 2012, de dire que « Bachar el Assad ne méritait pas d’être sur terre » et, en décembre 2012, « qu’Al Nosra faisait du bon boulot ». L’Etat Français a d’ailleurs été poursuivi - en vain à ce jour -pour ces déclarations ministérielles qui ont de facto encouragé le prosélytisme islamiste et le terrorisme en présentant le départ pour la Syrie à des apprentis djihadistes français comme une œuvre politique salutaire, avec les résultats que l’on connait sur le territoire national. N’en déplaise à Monsieur Ayrault, la France n’est ni écoutée, ni considérée, ni attendue sur le dossier syrien. Elle en est réduite à servir de go between entre Washington et Moscou lorsque ceux-ci ne peuvent plus se parler et qu’il faut faire semblant, une fois encore, de rechercher un compromis et d’amener Moscou à lever le pied d’une implication trop efficace à notre goût.

« Si le choix est entre Bachar et DAECH, il n’y a pas de choix. » - Jean-Marc Ayrault

Mais c’est pourtant le cas, ne nous en déplaise. Nous combattons l’Etat islamique pour la galerie, sans grande conviction ni détermination politique, de très haut, par des frappes qui sans présence terrestre demeurent symboliques. Pour Moscou, au contraire, il n’existe pas « d’islamistes modérés » ; combattre le terrorisme revient à combattre l’EI mais aussi ses avatars locaux innombrables à tout prix, y compris au prix de pertes civiles importantes. Et c’est aujourd’hui la Russie qui, dans les airs mais aussi au sol, avec l’Iran et le régime syrien, « fait la guerre », se bat contre le terrorisme islamiste qui menace tout l’Occident, gangrène nos vieilles sociétés repues et pacifiques et nous prend pour cible. Ils « font le job ». Un horrible job. Dans l’immédiat, il faut choisir entre le soutien à l’Etat syrien - que le régime d’Assad incarne-, et DAECH et Cie.

Le sommet est atteint à la fin de l’intervention ministérielle, lorsque l’on apprend que « la Syrie future devra être unitaire, avoir des structures étatiques stables, être protectrice de toutes ses minorités, mettre en place des institutions solides, contrôler son armée et ses Services… » (sic) ! Les bras nous en tombent. Voilà décrite…la Syrie d’avant la guerre !  Ce terrifiant carnage n’aurait-il donc été qu’un coup d’épée dans l’eau ?

Mais le pire était à venir. Ce matin, nous avons franchi un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique. Au moment où il est d’une extrême urgence de se parler enfin à cœur ouvert, de dire la vérité, d’abandonner les poses et les anathèmes, de ne plus se tromper d’ennemi, de faire front commun -comme l’ont proposé les Russes depuis des lustres-, contre l’islamisme qui a décidé notre perte et s’esclaffe de notre ahurissante naïveté et de notre faiblesse, le président de la République française s’interroge publiquement, de bon matin, dans une émission de divertissement, devant l’animateur Yann Barthes sur TMC, sur l’opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris le 19 octobre prochain !!!! « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non … » La réponse de Moscou à cette insulte ne s’est pas fait attendre : le Président russe ne viendra pas. Nous sommes au fond du fond du fond de l’impuissance politique et l’on se laisse couler, saisis par l’ivresse des profondeurs en croyant surnager.

Hauteur de vue et profondeur de champ, véritable souci pour la souffrance humaine : la realpolitik est la solution, pas le mal. La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir ?

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Alep, Al-Bab, Raqqa : un état des lieux du conflit en Syrie. Par Caroline Galactéros

11 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Politique étrangère

Alep, Al-Bab, Raqqa : un état des lieux du conflit en Syrie

 

Publié le par Caroline Galactéros

Situation du conflit en Syrie : en rouge le régime de Damas ; en vert les "rebelles" ; en noir l'Etat islamique ; en jaune les kurdes. Carte Wikipédia du 6 octobre 2016

Situation du conflit en Syrie : en rouge le régime de Damas ; en vert les "rebelles" ; en noir l'Etat islamique ; en jaune les kurdes. Carte Wikipédia du 6 octobre 2016

Les lignes bougent à grande vitesse en Syrie alors que les médias pointent leurs objectifs vers la capitale économique du pays, Alep, où les forces de l’Etat syrien, appuyées par les milices chiites, les troupes iraniennes et l’aviation russe, mènent une campagne terrestre pour reprendre quartier par quartier l’Est de la ville sous contrôle des rebelles islamistes dominés par l’ex-Front al-Nosra.

 

La reprise complète de la ville d’Alep serait une consécration pour le régime de Damas qui s’en servirait comme d’un levier diplomatique dans le cadre de futures négociations internationales : il s’agit pour Bachar el-Assad de montrer qu’il contrôle bien la « Syrie utile » et que sa guerre de contre-insurrection, certes lente et très meurtrière pour les populations civiles prises en otage par les islamistes qui s’en servent comme de boucliers humains dans cette partie de la ville, est efficace contre tous ceux qu’il dénomme les « terroristes ». Comme le disait récemment Fabrice Balanche, une guerre de contre-insurrection est une guerre d’usure qui consiste, sur le terrain, à démontrer qu’on est l’acteur qui fait le plus peur à tous les autres et qui est insensible à la pression médiatique, bref, que rien en peut faire déroger de sa ligne stratégique et de son approche tactique. En d’autres termes, on pourrait dire qu’il s’agit pour Bachar el-Assad de rappeler que l’Etat est celui qui dispose du monopole de la violence (son caractère légitime étant évidemment sujet à caution dans le cadre d’une guerre civile…). et que « L’Etat, c’est moi » pour sortir justement son pays de l’état d’anarchie. Si le régime de Damas parvient à contrôler ainsi l’ensemble des grandes villes de Damas, de Lattaquié, de Homs, de Hama, d’Alep et, plus symbolique qu’autre chose, de Palmyre, il pourra considérer que l’essentiel de cet objectif aura été réalisé.

Il restera à la myriade de rebelles islamistes quelques zones dispersées autour de Damas, de Homs, de Hama, mais aucun bloc stable sinon le gouvernorat d’Idleb qui, au Nord, jouxte la Turquie. Si les forces gouvernementales syriennes sont passées à l’offensive à Alep, c’est aussi qu’un grand nombre de rebelles présents autour de cette ville sont partis plus au Nord pour participer dans le cadre d’une Armée Syrienne Libre (ASL), remise au goût du jour, à l’opération turque « Bouclier de l’Euphrate ». Trois nouveaux groupes de rebelles syriens ont été créés dans le cadre de cette opération : Liwaa thouar al-Haraka ; Liwaa el-Qadissiya ; Liwaa thouar al-Jazira. De quoi s’agit-il ? A la suite d’un accord entre Ankara et Moscou, il s’est agi d’autoriser la Turquie à mener une opération de nettoyage de la frontière Turco-syrienne de la présence de Daech, notamment dans la ville de Jarabulus. D’après le quotidien libanais L’Orient le Jour, « le compromis trouvé avec les Russes était d'opérer dans les limites d'une zone de 90 km de largeur et de 12 km de profondeur ». Il s’agissait donc d’empêcher le passage d’armes, de pétrole et de djihadistes de l’Etat islamique, mais aussi d’empêcher la constitution d’un corridor kurde qui aurait pu se constituer à partir de la reprise de la ville de Manbij cet été par les Forces Démocratiques Syriennes, dominées par les YPG, branche armée du parti politique kurde PYD, qui souhaite créer une Rojava (Kurdistan syrien) unitaire réunissant les trois cantons historiquement kurdes d’Afrin, de Kobané et de Djéziré (d’Ouest en Est). Pour les Turcs, le nom même de « Bouclier de l’Euphrate » est une mise en garde aux Kurdes de Kobané de ne pas franchir l’Euphrate vers l’Ouest pour rejoindre le canton d’Afrin. Pour l’instant, l’étape primordiale des forces turques et des rebelles qui les accompagnent est de reprendre le village très symbolique de Dabiq actuellement aux mains de Daech. Symbolique car dans sa propagande, l’Etat islamique considère que Dabiq (qui est aussi le nom de l’un de ses magazines ) sera le lieu de l'ultime bataille avant l'Apocalypse entre musulmans et infidèles.

Les Turcs iront-ils plus loin ? S’ils veulent définitivement empêcher les Kurdes de constituer un corridor, ils devront aller plus au Sud … jusqu’à rejoindre les lignes de défense contrôlées par le régime de Damas juste au-dessus d’Alep. Dans cette hypothèse, les Turcs devront reprendre la ville d’Al-Bab (100 000 habitants) qu’ils ont déjà commencé à bombarder. Qui prendra Al-Bab ? Il est possible que les Kurdes puissent l’atteindre mais Ankara aura du mal à le tolérer et pourrait donc tout faire pour ne pas permettre aux Kurdes de prendre Al-Bab, ce que craignait déjà en juillet dernier Patrice Franceschi dans une interview accordée au Figaro. Le sort de la ville dépendra sans doute d’un compromis éventuel d’Ankara avec Moscou et Damas, et donc de contreparties turques données sur d’autres dossiers ou fronts. Sans oublier l’Iran qui voit d’un fort mauvais oeil la présence des troupes turques en Syrie et en Irak et commence à le faire savoir. Sans oublier l’Iran qui voit d’un fort mauvais oeil la présence des troupes turques en Syrie et en Irak et commence à le faire savoir. D’une manière générale, c’est désormais le triangle Moscou-Ankara-Téhéran qui est à la manoeuvre face à la coalition internationale.

Pour revenir à Al-Bab, les forces du régime, qui en sont aujourd’hui les plus proches (10km seulement) tentent elles aussi de reprendre Al-Bab mais Damas pourrait avoir intérêt à favoriser aussi les Kurdes car le corridor que ces derniers constitueraient pourrait servir de « bouclier » face aux Turcs. Côté turc enfin, une offensive vers Al-Bab dépendra en partie de la facilité avec laquelle les rebelles syriens de l’ASL qu’ils soutiennent prendront le village de Dabiq où Daech a envoyé des hommes en renfort. Fabrice Balanche expliquait récemment que ces rebelles islamistes soutenus par l’Armée turque pourraient ne pas être assez nombreux pour avancer davantage au Sud. Bref, sur ce point aussi, tout va encore dépendre de la position russe.

 

Mais les choses se compliquent : la route qui part d’Al-Bab vers le Sud mène… à Raqqa (200 kilomètres plus loin). Cette ville n’est donc pas de mineure importance pour la suite des événements ! Même si une partie de cette route à quelques dizaines de kilomètres d’Al-Bab est déjà sous le contrôle du régime… La route longe ensuite le lac el-Assad qui se termine par la ville de Tabqa (où se situe un important barrage hydraulique), qui n’est distante que de quelques dizaines de kilomètres de Raqqa. On se souvient que l’Armée syrienne avait essayé cet été de reprendre Tabqa en partant de l’Ouest (la route d’Homs), mais l’opération s’était soldée par une débandade.

Pour résumer : qui veut reprendre la “capitale” syrienne de l’Etat islamique par l’Ouest doit d’abord prendre Tabqa. Pour y arriver, les Turcs et leurs “rebelles” peuvent passer par la route d’Al-Bab mais risquent de se heurter aux forces de Damas qui en contrôlent une partie. Les forces du régime, quant à elles, peuvent emprunter cette route, éventuellement depuis Al-Bab s’ils parviennent à reprendre la ville avant les Turcs, mais peuvent aussi (ré)emprunter la route venant de l’Ouest de Tabqa et qui part de Homs. Les Syriens contrôlent cette route jusqu’à Ithriyah, qui est situé à 100 km de Tabqa (précisons néanmoins qu’on est en plein désert : comme l’ont montré les Syriens cet été, une offensive peut aller très vite … tout autant qu’une contre-offensive !).

N’oublions pas un troisième protagoniste, les Forces Démocratiques Syriennes, dominées par les Kurdes et parrainées par les Etats-Unis. Ce sont les 14 000 combattants des FDS qui sont géographiquement les plus proches de Raqqa. Contrôlant tout le Nord-Est de la Syrie, les Kurdes n’en sont qu’à 50 kilomètres et pourraient quant à eux attaquer la capitale régionale de Daech par le Nord. Néanmoins, Raqqa est une ville arabe. Une opération kurde y serait considérée comme une invasion, d’autant que les Kurdes n’ont pas forcément envie de verser leur sang pour une ville qu’ils ne pourront pas contrôler longtemps et qui ne se situe pas dans les territoires qu’ils convoitent. Les Kurdes ont récemment expliqué qu’ils accepteraient de s’engager vers Raqqa si les Américains reconnaissaient officiellement le Rojava et armaient directement les YPG. L’Orient le Jour fait d’ailleurs état de pressions américaines sur la Turquie en annonçant que le Pentagone fournirait des armes aux FDS pour reprendre Raqqa… Même son de cloche chez les Kurdes et chez les Américains… Colère à Ankara ! C’est pour les Etats-Unis un moyen de faire pression sur l’opération « Bouclier de l’Euphrate » qu’ils jugent avec suspicion dans la mesure où elle est le fruit d’un accord entre Moscou et Ankara. Il en va de même de l’opération sanglante à Deir Ezzor quand l’aviation américaine a (malencontreusement…) bombardé une position du régime, tuant plus de 80 soldats loyalistes. Une opération qui pourrait d’ailleurs se répéter..

L’Orient le Jour l’explique ainsi : « La difficulté à lire la stratégie américaine pourrait s'expliquer par l'absence de consensus stratégique aujourd'hui sur ce dossier. L'opération de Deir Ezzor a été, selon un grand nombre d'acteurs, voulue par le Pentagone, la ligne la plus dure de l'establishment américain, afin de remettre en cause l'accord conclu avec la Russie. Cette lutte sourde au sein de l'Administration pour la réorientation de la politique étrangère américaine a été longuement traitée dans un article de l'intellectuel libanais Ziyad Hafez : « L'État profond aux États-Unis est le parti de la guerre ». Ziyad Hafez voit dans les contradictions entre Pentagone et l'administration Obama l'illustration d'un véritable « coup d'État » qui marque le retour à la direction des affaires « du parti de la guerre », la Syrie apparaissant comme le champ de compétition et de guerre d'usure avec la Russie ». C’est bien ce qui inquiète les Faucons américains : profitant de la fin de règne de Barack Obama et de la priorité que celui-ci a donné à la reprise de Mossoul en Irak, Vladimir Poutine est celui qui, en Syrie, donne le rythme aux événements. Si l’année 2015 a consisté pour le Kremlin à sauver le régime de Damas menacé d’implosion, l’année 2016 est marquée par une phase beaucoup plus offensive : reprise symbolique de Palmyre en mars suivie d’une longue phase d’offensive pour reprendre Alep, laquelle semble bien engagée pour le régime. Pour l’instant, loin d’un bourbier, la Russie mène avec succès son grand retour dans les affaires du Moyen-Orient. Un exemple est assez frappant. En Syrie, les Russes parlent avec presque tous les acteurs, avec l’axe chiite évidemment (Iran ; Irak ; régime de Damas), mais aussi avec les Kurdes (qui s’appuient sur Moscou pour se protéger des Turcs), avec la Turquie (qui s’appuie sur Moscou pour prendre un peu d’indépendance par rapport à Washington). La Russie, malgré son alliance avec Téhéran, est même loin d’avoir rompu tout dialogue avec l’Arabie Saoudite et le Qatar : un dialogue fondé sur les questions économiques, financières et énergétiques se maintient malgré leurs divergences géostratégiques. Moscou n’exclut même pas de vendre des armes à Riyad… On pourrait encore citer l’Egypte, Israël ou la Jordanie qui, chacun à leur manière, entretiennent des relations cordiales voire chaleureuses avec Moscou. On voit ainsi que, diplomatiquement, Moscou n’est pour l’instant aucunement prisonnier de la rivalité des axes chiite/sunnite et que, militairement, la Syrie n’est pas l’Afghanistan.

En 2017, on voit donc se dessiner une Syrie quadripartite :

  • “La Syrie utile” (Lattaquié, Damas, Homs, Hama, Alep) acquise au régime de Bachar el-Assad, progressivement consolidée et placée sous l’influence de la Russie et de l’Iran ;
  • La Syrie des rebelles islamistes sunnites soutenus par la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar, laquelle ne se limiterait plus qu’à quelques poches près des grandes villes, au gouvernorat d’Idleb et à une zone tout au Nord issue de l’opération turque « Bouclier de l’Euphrate » (notons bien que la Russie force le bras turc depuis leur « réconciliation ») ;
  • La Syrie des Kurdes dite « Rojava » avec l’incertitude de sa continuité territoriale dépendant de la création d’un corridor entre l’Ouest (Afrin) et l’Est (Kobané & Djéziré). Soutenus par les Etats-Unis (mais avec des hauts et des bas car Washington ne veut pas se froisser avec son allié stratégique turc), les Kurdes sont historiquement proches de la Russie (qui a été le premier pays à ouvrir un bureau de représentation du Rojava sur son territoire) même s’ils se méfient du deal entre le Tsar et le Sultan…
  • La Syrie de l’Etat islamique le long de la vallée de l’Euphrate, dont le territoire se réduit peu à peu pour se concentrer autour de la capitale régionale, Raqqa. L’une des questions encore en suspens sera de savoir qui s’emparera de cette quatrième Syrie, la diabolique. Rien ne se profile à l’horizon : le régime n’a pas pour priorité de reprendre Raqqa, mais de consolider son territoire en brisant les « rebelles » autour d’Alep (avec l’interrogation autour du gouvernorat d’Idleb…) ; les FDS dominées par les Kurdes n’ont pas les moyens aujourd’hui d’entrer dans une telle offensive et les Américains sont tournés vers Mossoul en Irak ; l’intervention turque ne peut pour l’instant pas aller trop loin sans froisser Moscou et Téhéran. Et puis, tout dépendra évidemment des élections américaines entre le faucon Hillary Clinton et la colombe Donald Trump (à moins que ce ne soit l’inverse…).

 

Dans cette partie du territoire syrien comme à Alep, force est de constater que Moscou poursuit son oeuvre de réduction sans pitié des positions islamistes. Les civils aux mains des gens de l'Etat islamique, d’Al Nosra et ses innombrables avatars ou ramifications, quels que soient leurs noms, en font les frais. L’indignation internationale monte devant les horreurs de la guerre mais de manière bien sélective faut-il le rappeler... Quoi qu’il en soit, ni les menaces, ni le chantage, ni les intimidations américaines, ni l’opprobre international relayé médiatiquement ni d’ailleurs les cris d’orfraie de notre propre diplomatie n’entameront la détermination russe à mener une lutte élargie contre les islamistes qui ont pris la Syrie à la gorge et à pousser ses feux pour prendre l’ascendant militaire et politique en vue d’une négociation ultime sérieuse avec Washington. Washington qui n’en peut mais et semble se rendre progressivement à l’évidence d’un compromis inéluctable sur lequel il n’aura pas la main tout en poursuivant son soutien aux “rebelles” et en se répandant en anathèmes moralisateurs qui ne trompent plus grand monde.

48h après avoir dit qu’ils jugeaient l’attitude russe insupportable et rompaient le dialogue, les Américains reprennent langue avec Moscou. Ils nous utilisent pour cela en guise de missi dominici. Paris dont la parole ne compte plus depuis longtemps et qui cherchait fébrilement l’occasion de donner l’illusion de reprendre l’initiative, ... au nom d’une vision qui demeure à la fois irréaliste, dogmatique et idéaliste. Un os à ronger pour notre diplomatie qui a perdu contact avec la réalité et oscille entre aveuglement aggravé et cynisme pur. Cela aussi fait des morts, aussi sûrement que les bombes qui tombent sur Alep Est. De cela aussi il faudra un jour rendre compte.

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[PÉTITION] Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

10 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #L'armée française, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La guerre, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Russie, #Europe supranationale, #Ukraine, #le nazisme

[PÉTITION] Pour la dénonciation par la France du   traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Publié par El Diablo

[PÉTITION] Pour la dénonciation par la France du

traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées

du commandement intégré

Appel pluraliste :

Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Le 21 mai 2015 à l’Assemblée Nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’OTAN n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie.

Les initiateurs du présent appel de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement, qu’en effet aujourd’hui, cette organisation n’a plus de raison d’être.

L’OTAN s’est en réalité élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays.

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique.

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-Unis et soutenue par l’UE, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement hostile à la Russie avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique antirusse provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale éventuellement nucléaire.

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les Etats Unis avec la complicité des Etats vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne.

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive et l’usage d’armement nucléaire en premier, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur tout le globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington.

En réalité, les États-Unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français.

Nous appelons à la dénonciation par la France de son appartenance au traité de l’Atlantique Nord et au retrait de ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être !

Paris le 1er juin 2015

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Cet appel est ouvert à la signature des citoyens et organisations qui souhaitent contribuer à cette initiative. Il est initié par le Comité Valmy ainsi que par des militants, des personnalités et des organisations de sensibilités diverses de l’arc républicain.

POUR SIGNER LA PÉTITION SUR LE SITE DU COMITÉ VALMY

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Pour la dénonciation par la France du traité de l'Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré Appel pluraliste (pétition) - COMITE VALMY

Appel pluraliste : Pour la dénonciation par la France du traité de l'Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré Le 21 (...)

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6031

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10 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #l'Allemagne, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #L'Italie., #La guerre, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine

Publié par El Diablo

<a title="Le général Mark Milley, chef d'État-Major de l'Armée de Terre américaine (source :Fawkes News ) Le Chef d'État-Major de l'armée américaine menace violemment la Russie: " class="permalink" data-cke-saved-href="http://www.communcommune.com/2016/10/danger-de-guerre-le-chef-d-etat-major-de-l-armee-us-menace-la-russie.html" href="http://www.communcommune.com/2016/10/danger-de-guerre-le-chef-d-etat-major-de-l-armee-us-menace-la-russie.html" l'avez..."="" ne="" vous="" que="" durement="" plus="" battre="" allons="" nous="" et="" stopper=""> DANGER DE GUERRE – Le Chef d'État-Major de l'armée US menace la RUSSIE

 

Le général Mark Milley, chef d'État-Major de l'Armée de Terre américaine (source :Fawkes News )

Le général Mark Milley, chef d'État-Major de l'Armée de Terre américaine (source :Fawkes News )

Le Chef d'État-Major de l'armée américaine menace violemment la Russie: "nous allons vous stopper et nous allons vous battre plus durement que vous ne l'avez jamais été auparavant"

https://www.youtube.com/watch?v=-wCwJ8pfXXo&feature=youtu.be

La rhétorique anti-russe est très en vogue ces derniers temps, surtout Outre-Atlantique mais aussi en Europe. Mais celle-ci est sans précédant et dépasse tout entendement. A défaut de sortir de la bouche d'un président sortant, cette déclaration sonne en tout point comme une réelle déclaration de guerre de l'armée américaine à l'attention de la Russie.

Ces mots ont été prononcés dans ce discours prétentieux et va-t-en-guerre du Chef d'État-Major de l'Armée américaine qui voudrait clairement embarquer la Russie dans un conflit ouvert. Il cite également une déclaration qu'aurait fait un ambassadeur russe que je n'ai pourtant trouvé nulle part sur la toile (intox?). Milley ne cite aucune référence précise sur les circonstances de cette déclaration choc. Il s'en sert néanmoins pour justifier sa rhétorique guerrière bien rodée.

Aujourd'hui, « Nous n'avons jamais été aussi proche d'une 3ème guerre mondiale », c'est un fait. Si la tension ne redescend pas rapidement, nous aurons beaucoup de chance si l'année se termine sans encombre. Les mondialistes veulent une guerre mondiale à tout prix et ils semblent très décidés à l'obtenir. Bien évidemment, en cas de guerre avec la Russie et en vertus des traités de l'OTAN, la France devra sans sourciller se ranger du côté des Etats-Unis et ses citoyens devront se résoudre à mourir pour la gloire de l'impérialisme américain et quelques psychopathes mondialistes. Sentez-vous venir l'odeur du souffre?

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Mardi (04/10/2016), le Chef d'État-Major de l'armée américaine a émis un avertissement sévère à l'encontre des menaces potentielles comme la Russie et a promis que l'armée vaincra tout ennemi dans un combat au sol.

"La volonté stratégique de notre nation, les États-Unis, est remise en cause et nos alliances sont testées de manières auxquelles nous n'avons pas été confrontées depuis de nombreuses décennies", a déclaré le général Mark Milley, Chef d'État-Major de l'Armée de Terre à son auditoire lors de la réunion annuelle de l'Association of the United States Army à Washington, DC.

«Je veux être bien clair avec ceux qui veulent nous faire du mal ... l'armée des États-Unis - en dépit de tous nos défis, en dépit de notre tempo opérationnel, en dépit de tout ce que nous avons fait, nous allons vous stopper et nous allons vous battre plus durement que vous ne l'avez jamais été auparavant. Ne vous méprenez pas à ce sujet".

Les commentaires de Milley viennent au cours d'une année électorale où les électeurs vont décider d'un nouveau président et d'un commandant en chef et une période d'augmentation de l'activité militaire des concurrents quasi-pairs, y compris la Russie et la Chine.

L'armée a lutté pour reconstruire sa volonté après plus d'une décennie d'opérations de combat prolongées en Irak et en Afghanistan. Le service a considérablement réduit la taille de sa force depuis la guerre froide et a diminué son budget de modernisation dans la dernière décennie, affirme Milley.

"Alors que nous nous sommes concentrés sur la lutte anti-terroriste, d'autres pays comme la Russie, l'Iran, la Chine, la Corée du Nord nous ont étudié" a-t-il dit. "Ils ont étudié notre doctrine, nos tactiques, nos équipements, notre organisation, notre formation, notre leadership. Et, à leur tour, ils ont révisé leurs propres doctrines, et ils modernisent rapidement leurs armées aujourd'hui pour éviter nos forces dans l'espoir de nous vaincre à un certain moment dans l'avenir. "

Milley a également cité un haut responsable russe qui aurait déclaré publiquement: «L'ordre mondial établi subit un bouleversement fondamental" et que "la Russie peut maintenant mener une guerre conventionnelle en Europe et la gagner."

Le général a averti que la guerre future avec un adversaire quasi-pair sera "hautement létale, contrairement à ce que notre armée a connu au moins depuis la Seconde Guerre mondiale."

"Nos formations devront probablement être petites; nous devrons nous déplacer constamment," a-t-il dit. "Sur le champ de bataille future, si vous restez dans un endroit pendant plus de deux ou trois heures, vous serez mort."

Malgré les défis, Milley a déclaré que l'Armée de Terre s'adaptera pour survivre sur un champ de bataille aussi dangereux.

« C'est un défi de taille, pour sûr, de projeter sa puissance dans des théâtres contestés, combattre dans des zones urbaines très peuplées, pour survivre et gagner sur des champs de bataille intensément létaux et éparpillées et de créer des meneurs et des soldats qui peuvent l'emporter. Ce sera difficile? Oui, mais impossible? Absolument pas ", a déclaré Milley.

"Ne vous méprenez pas à ce sujet, nous pouvons maintenant et nous allons ... conserver la capacité de nous déployer rapidement," a-t-il dit, "et nous allons détruire tout ennemi ou qu'il se trouve et en tout temps."

SOURCE:

Le Chef d'État-Major de l'armée américaine menace violemment la Russie: "nous allons vous stopper et nous allons vous battre plus durement que vous ne l'avez jamais été auparavant"

http://www.fawkes-news.com/2016/10/le-chef-detat-major-de-larmee.html

VISIONNEZ AUSSI CETTE VIDÉO :

Vladimir POUTINE: « L'OTAN nous pousse vers un conflit nucléaire »

Le président russe Vladimir Poutine parle aux journalistes des agences de presse du monde, lors de la deuxième journée (le 17 juin 2016) de St. Petersburg International Economic Forum de la Russie (de SPIEF).

https://www.youtube.com/watch?v=3Cme9Ur579s&feature=you

[PÉTITION] Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

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Syrie: un véto russe à la résolution française au nom des valeurs européennes

9 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #l'ONU, #Terrorisme, #Daesch

dimanche 9 octobre 2016

Syrie: un véto russe à la résolution française au nom des valeurs européennes

 
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Alors que la France avait tout fait pour atteindre ce résultat, à savoir un véto de la Russie contre son projet de résolution, elle joue les ingénues, s'indigne comme une vierge effarouchée qui a soudain peur de se brûler. Comme l'affirme F. Hollande, à Tulle, en Corèze: 
"Un pays qui mettrait le veto à cette résolution serait discrédité aux yeux du monde." 
La Russie a mis son véto contre un texte inique, politisé qui veut protéger les groupes terroristes d'Al Nusra. La Russie s'est prononcée pour la protection de la population syrienne et non pour celle des groupes terroristes. La Russie s'est donc discréditée ... à Tulle. Il est parfois important d'être minoritaire. Mais si la presse française s'égosille sur le véto russe, les médias oublient de publier les explications fournies par le ministère des affaires étrangères russes. Comblons cette lacune.
 

 
Le projet de résolution présenté par la France a été voté par les membres du Conseil de sécurité, sauf par la Russie (qui est membre permanent et dont le vote est donc obligatoire pour faire passer un texte) et le Vénézuéla. La Chine et l'Angola se sont abstenus. Contre la position française, la Russie a également proposé sa version de résolution, mais qui ne prévoit pas d'arrêter de bombarder les groupes terroristes:
Mais le Conseil de Sécurité de l'ONU a rejeté le texte présenté par la Russie. Neuf des 15 pays membres du Conseil de sécurité ont voté contre le texte, dont la France, les États-Unis et le Royaume-Uni. Le Venezuela, l'Égypte et la Chine ont voté avec la Russie pour soutenir son texte, tandis que l'Angola et l'Uruguay se sont abstenus.
Conclusion d'un des portes-paroles de notre belle coalition pour le terrorisme :
L'ambassadeur britannique à l'ONU, Matthew Rycroft, n'a pas hésité à parler de «veto solitaire» de la Russie et de vote «cynique».
Rappelons qu'il ne suffit pas d'être nombreux pour avoir raison. Et les raisons pour lesquelles la Russie a voté contre ce projet de résolution sont celles qui défendent les valeurs européennes historiques. Des valeurs humanistes, des valeurs de courage, des valeurs qui font que l'on ne sauve pas l'ennemi. C'est la Russie de Léningrad prête à se battre jusqu'à la mort, mais à emporter avec elle les nazis. Ce n'est pas un pays qui a créé le culte de la reddition.
 
Si ces valeurs sont devenues minoritaires, elles n'en sont pas moins justes. Voici la traduction intégrale de l'explication officielle donnée par le ministère des affaires étrangères russe. Bien loin du "cynisme".
 
Le 8 octobre, la Russie a voté contre le projet de résolution sur la Syrie présenté par la France au Conseil de sécurité de l'ONU.
 
Son texte, manifestement présenté sous incitation de Washington immédiatement après le refus des Etats Unis de remplir les accords russo-américains sur le règlement du conflit syrien, a profondément déformé la réalité de la situation, était politisé, déséquilibré et partisan. Toute la responsabilité quant à l'escalade des tensions en Syrie est en bloc attribuée au pouvoir du pays. Dans le même temps, en voulant interdir l'aviation dans la région d'Alep, il y a une réelle tentative de garantir une protection à Al Nusra et aux groupes terroristes affiliés malgré l'obligation des pays membres de l'ONU de mettre tous les moyens en oeuvre pour lutter contre la menace terroriste. Le projet français taisait totalement le fait que la crise humanitaire à Alep ait été artificiellement provoquée quand, en août et en septembre, les groupes terroristes ont refusé de laisser passer les convois humanitaires et ont menacé de tirer dessus. Dans le même temps, le projet ignore les enjeux d'un début, le plus rapide possible, du processus politique entre les forces syriennes, processus qui a été justement saboté par ces mêmes opposants que l'Occident protège et couvre envers et contre tout.
 
Lors de la discussion du projet, la partie russe a proposé toute une série d'amendements constructifs, dans le but de le rendre plus objectif. Nous avons insisté sur l'intégration du principe aujourd'hui essentiel d'une distinction claire et nette des forces ressortant d'une opposition "modérée" des terroristes. Nous avons rappelé les enjeux d'un déblocage de la route de Castello par les groupes combattant, qui est l'une des artères principales d'accès à l'est d'Alep. Nous avons défendu des mécanismes de cessez-le-feu, qui avaient été acceptés par le Groupe international de soutien à la Syrie, nous avons insisté pour une confirmation absolue des fondements négociés de la régulation de la crise syrienne dans les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU.
 
Afin de ne pas permettre une scission du Conseil de sécurité, nous avons proposé un compromis de projet de résolution.
 
Toutefois, les co-auteurs du projet français, encouragés par des critiques déchaînées de Damas, n'ont pu faire preuve de sagesse politique. A des négociations orientées vers des résultats positifs concrets, ils ont préféré la langue de l'ultimatum, une forte opération de communication, l'exploitation de la problématique humanitaire dans des buts politiques, éloignés des intérêts réels du peuple de Syrie, et également des autres peuples de la région. Il est significatif que notre refus de partager une telle ligne soit partagé par toute une série de membres du Conseil de sécurité.
 
L'échec de la tentative d'abus de l'autorité du Conseil de sécurité montre l'obsession des initiateurs de la résolution française pour l'idée d'un changement inconstitutionnel du régime en Syrie par l'implication des ressources de l'internationale terroriste, largement alimentée depuis l'étranger.
 
Il est parfaitement connu que la Russie n'est pas intervenue dans le conflit syrien pendant les quatre années durant lesquelles les gouvernements occidentaux ont alimenté les groupes armés terroristes et elle n'est entrée en Syrie sur demande de son gouvernement légitime que lorsqu'il y a eut un réel risque pour Damas d'être pris par les terroristes. Il était inadmissible que la Syrie encoure le même sort que l'Irak ou la Libye, avec le renversement desquels a commencé la destabilisation du Moyen Orient, engendrant et l'état islamique et de nouvelles réincarnations d'"Al Qaïda" comme "Nusra". Il est regrettable que certains de nos partenaires ne tirent pas les leçons de l'histoire.
 
En regrettant profondément le préjudice qui a été porté aux efforts pour la régulation du conflit syrien par les tenants de l'intensification de la confrontation, la Russie reste fidèle à sa position de la recherche d'une solution politique à long terme du conflit syrien. Nous sommes prêts à un travail collectif constructif dans l'intérêt de l'exécution volontaire des engagements déjà pris et à la discussion concernant des pas supplémentaires, qui permettraient aux syriens eux-mêmes, par le dialogue de tous les groupes politiques et confessionnels, de déterminer l'avenir de leur pays sans intervention étrangère.
 
Peut-être J.-M. Ayrault aurait pu nous épargner cette humiliation? La France directement montrée comme un simple porte-parole qui n'a plus sa voix, mais une sorte de marionnette que l'on fait parler avec d'autres mots, d'autres idées, défendants d'autres intérêts. Un texte rédigé "sous incitation de Washington", les "co-auteurs" de la résolution française, etc. Bref, un pays qui n'a plus de voix. Belle victoire diplomatique de la France. Sur le fond, ce projet de résolution ne mérite même pas la peine d'en parler. Le pouvoir français a manifestement trop bien pris l'habitude de laisser passer l'ennemi, de ne pas se battre, de baisser les armes et de s'en remettre à d'autres. Faut-il donc remettre les syriens à Al Nusra?
 
 
 
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ALEP : DÉLUGE de PROPAGANDE… Par Richard Labévière.

9 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Les média, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #La Turquie, #La Russie

Publié par El Diablo

ALEP : DÉLUGE de PROPAGANDE…

Depuis plusieurs semaines, radios, télévisions et journaux parisiens se déchaînent pour tenter de sauver Alep de l’horreur : une reconquête par l’armée gouvernementale syrienne. Quotidiennement, un déluge de propagande pilonne nos oreilles, nos yeux et notre intelligence collective. La première figure de cette orwellisation collective consiste à inverser la situation militaire opérationnelle : Alep n’est pas occupée par des groupes salafo-jihadistes (les mêmes qui commanditent les attentats à Paris et ailleurs), mais est assiégée par les forces nationales du « régime de Bachar la-Assad » ! Deuxième torsion du réel : la rébellion « modérée », voire « laïque » et « démocratique » – à savoir les égorgeurs de la Qaïda en Syrie – résiste vaillamment à Gengis Khan, ses Tartares syriens, russes, iraniens et hezbollahiz. Enfin, des dizaines de milliers de femmes et d’enfants meurent, tous les jours, sous les tapis de bombes… Bigre, voilà qui est effectivement préoccupant !

Dans ce concert de propagande et de désinformation, une fois de plus Le Monde tient la corde(1). Depuis les beaux quartiers de Beyrouth, son correspondant Benjamin Barthe témoigne : « Déluge de feu russo-syrien pour briser Alep – Très meurtriers, les bombardements visent à anéantir la rébellion et à décourager la population ». Chapeau : « Bombarder, encercler, affamer. Pendant des mois, des années, sans discontinuer. Jusqu’à ce que l’ennemi, à bout de forces, décide de baisser les armes et d’évacuer la zone qu’il défendait ».

Première « information » du Monde : les mêmes groupes terroristes, qui égorgent Chrétiens, Alaouites, Kurdes, Druzes, Sunnites loyalistes et autres en Syrie depuis plus de quatre ans, « défendent » Alep. C’est une nouvelle ! Remarquons au passage, que si chasseurs et drones de la Coalition américaine mènent des « frappes », le plus souvent « chirurgicales » et « ciblées », comme ce fût le cas dernièrement sur l’aéroport de Deir ez-Zor, tuant plus de 90 soldats syriens quelques heures seulement après la signature du cessez-le-feu, les avions russes et syriens – quant à eux – bombardent avec une cruauté sadique indifférenciée et sans limite, comme l’aviation alliée le fît sur les villes et villages de Normandie en 1944, puis sur Dresde et d’autres villes allemandes dénuées de tout intérêt stratégique…

Deuxième affirmation du Monde : « le régime syrien mène (…) une guerre d’étouffement, lente et cruelle, qui convient bien à l’armée loyaliste, patchwork de milices et d’unités régulières, aux capacités offensives limitées ». Benjamin Barthe connaît-il des guerres qui soient rapides, non cruelles, sinon douces et généreuses ? Sait-il seulement ce qu’est vraiment une guerre civile, civilo-régionale, civilo-internationale ? Quant aux « capacités offensives limitées », il devrait aller plus souvent sur le terrain pour constater la reconfiguration technique des trois corps de l’armée nationale syrienne, équipée des matériels russes et chinois les plus modernes. Du reste, quelques paragraphes plus bas, Benjamin Barthe cite des « armes sophistiquées »… Faudrait savoir !

Effectivement, l’armée syrienne a des alliés qui ont décidé de l’aider – quelle horreur ! – à reconquérir la totalité de son territoire nationale. Quant aux mercenaires tchétchènes, chinois, maghrébins, européens et particulièrement français : pas un mot. Silence absolu aussi sur l’acheminement d’armes et de mercenaires financés par l’Arabie saoudite et d’autres ploutocraties du Golfe avec l’aide de plusieurs services-actions occidentaux !

Troisième appréciation du Monde, très symptomatique du niveau culturel de la corporation des « journalistes » modernes : « la technique aux relents moyenâgeux… » Ignorance ou précipitation, notre envoyé spécial permanent à Beyrouth emploi – ici – le qualificatif scabreux de… « moyenâgeux » pour mieux nous persuader que la guerre de libération menée par l’armée syrienne et ses alliés nous fait régresser vers l’une des périodes les plus obscures de l’humanité ! Période de mille ans qui s’étend du Vème au XVème siècle, le Moyen-âge porte certainement mal son nom, mais un honnête homme un tant soit peu cultivé devrait savoir que cette époque charnière connût plusieurs révolutions techniques et intellectuelles essentielles à l’histoire du monde. Les médiévistes Jacques Le Goff et Johan Huizinga ont écrit là-dessus quelques livres définitifs que Benjamin Barthe ferait bien de se procurer…

Enfin, la fiction la plus malhonnête du Monde : « Alep-Est, le fief des insurgés (…) peuplé de 250 000 habitants ». Les experts militaires occidentaux les plus sérieux estiment le nombre des « insurgés » des quartiers Est de la ville à environ… 15 000. Les mêmes sources confirment que les civils sur place n’excèdent pas le nombre de 20 000 et se composent de deux catégories : ceux qui se sont ralliés aux jihadistes et ceux qui sont retenus contre leur volonté afin de servir de boucliers humains aux vaillants « insurgés ». Lorsque 49 d’entre eux ont voulu dernièrement emprunter les couloirs humanitaires ouverts par l’armée syrienne, ces derniers ont été froidement exécutés par les mêmes « insurgés ». Pour nombre de ces « civils », affirme un officier supérieur d’un service européen de renseignement, « il serait plus juste de parler d’otages… » C’est tout dire.

Alors pourquoi tant d’énergie à vouloir nous vendre cette imposture d’une bataille de « Stalingrad à l’envers », pour reprendre les termes d’un ambassadeur de France ? Ce dernier commence à douter – mieux vaut tard que jamais – des bienfaits des orientations de la politique étrangère de François Hollande, dont « tout le monde dans la région, se soucie comme d’une guigne… », ajoute-t-il dubitatif. Vu dernièrement dans les étranges lucarnes, notre ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault répondant à l’équipe d’une chaine audiovisuelle de service public : « il faut que cesse cette tuerie dont les images vues à la télévision sont insupportables ! » Depuis quand un ministre de la République fonde-t-il ses propos sur « des images vues à la télévision ». S’il restait à s’en convaincre, on atteint le fond…

Trois raisons fondamentales peuvent expliquer cette propagande panique, bête et méchante. Alep, cette bataille de Stalingrad remise sur ses pieds, où l’armée syrienne poursuit courageusement la reconquête de son territoire national, anticipe une double défaite : celle des mal nommées « révolutions arabes » à travers lesquelles Washington espérait mettre au pouvoir les Frères musulmans dans plusieurs capitales arabes ; celle de l’axe OTAN, Israël et pays du Golfe cherchant à faire de la Syrie ce qu’il a fait de l’Irak et de la Libye notamment, en fragmentant les Etats-nations de la régions en autant de micro-Etats purifiés ethniquement et religieusement. C’est tout le « Grand-Moyen-Orient » de Condoleezza Rice, l’ancienne secrétaire d’Etat de George W. Bush – repris par les administrations Obama successives – qui se retrouve par terre.

Au bout du compte, le bilan s’avère particulièrement désastreux pour les pays occidentaux, à commencer pour les Etats-Unis. Le néo-sultan Recep Erdogan se détache progressivement de l’OTAN et lorgne en direction du Groupe de Shanghai ; la Méditerranée n’est plus une mer occidentale (prochetmoyen-orient.ch du 12 septembre). Comme elle vient de la faire à Djibouti, la marine de guerre chinoise s’installe durablement à Tartous ; enfin, Vladimir Poutine impose son agenda et un « Yalta régional » au monde entier sans que personne ne soit en mesure de faire quoi que ce soit. Last but not least, l’Iran peut se targuer d’être redevenue la grande puissance régionale aux Proche et Moyen-Orient.

Encore bravo Messieurs Obama, Cameron, Juppé, Fabius et Hollande ! Quant au Monde, on comprend qu’il perde quotidiennement annonceurs, abonnés et lecteurs. Hubert Beuve-Méry, André Fontaine, Jacques Fauvet, réveillez-vous, ils sont devenus fous ! Tout cela est proprement pathétique, ouvrant des boulevards à d’autres Brexit, Trump et compagnie… Pour ne pas sombrer dans un complet désenchantement, on ne saurait que trop conseiller de lire et relire Jacques Le Goff, les autres grands médiévistes et les Pères de l’Eglise, de même que l’une des dernières livraisons de l’éditeur Pierre-Guillaume de Roux : De l’influence des intellectuels sur les talons aiguilles, du merveilleux Roland Jaccard. Bonne lecture et à la semaine prochaine…

Richard Labévière
3 octobre 2016

 

(1) Le Monde du 29 septembre 2016

 

SOURCE:

 

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Le discours de POUTINE à l’ONU: jugez sur pièces

9 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'ONU, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme

Publié par El Diablo

 

Le discours de Vladimir POUTINE à la tribune de l'ONU 

 

Vladimir ‪‎Poutine à la tribune de l'ONU

Vladimir ‪‎Poutine à la tribune de l'ONU

TRADUCTION SIMULTANÉE EN FRANÇAIS

Le président russe Vladimir Poutine a prononcé lundi 28 septembre 2015 un discours historique lors de la 70e session de l'Assemblée générale de l'Onu. Après dix ans d’absence, le dirigeant russe est de retour à la tribune de marbre vert.

Le 5 Octobre 2016

 

Ce que dit Poutine mérite d’être entendu, discuté, c’est une proposition basée sur ce qui fonde le droit international, c’est-à-dire la souveraineté des nations. C’est la vision fondatrice de Kant, de la modernité, et effectivement notre système qui est celui des croisades (avec des prétextes faussement humanitaires) est en contradiction avec ce droit international, donc un danger pour la paix. L’appel répété à une morale dont nous serions nous occidentaux les juges, les gendarmes et in fine les gangsters, s’appuie sur un système de propagande qui mène au désastre. On peut penser ce que l’on veut de Poutine, il est clair que son discours direct, prononcé après un entretien avec le président des Etats-Unis, est réaliste et l’accuser de volonté de domination c’est faire bon marché de l’histoire des agressions mondiales réelles. Le fait par exemple que ceux qui bombardent en Syrie sans accord avec le pays bombardé ce ne sont pas les Russes mais bien les Etats-Unis et la coalition qui viennent de faire échouer un cessez le feu en bombardant l’armée syrienne et en tuant une soixantaine de ses soldats dans leur pays.

Ce discours a été prononcé le lundi 28 septembre (2015) lors de la 70e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, en fin d’après-midi, alors que Barak Obama avait prononcé le sien en début d’après-midi. Cela faisait 10 ans que le président de la Russie ne s’était pas exprimé à l’ONU. Le sujet principal de son intervention concerne la crise du Proche-Orient et la lutte contre le terrorisme islamique.

« Le 70e anniversaire de l’ONU est l’occasion d’évoquer le passé mais aussi de réfléchir à notre avenir commun. En 1945, les pays vainqueurs du nazisme ont uni leurs efforts pour poser des fondements solides à l’ordre mondial de l’après-guerre. Je rappellerai que c’est dans mon pays en Crimée, à Yalta que se sont réunis les dirigeants de la coalition anti-hitlérienne pour décider de la création de l’ONU et des principes régissant les relations entre les États. 

Le traité de Yalta est donc né d’énormes souffrances, il incarne le pris payé par des millions de gens qui ont perdu la vie pendant la guerre; deux guerres mondiales qui ont ravagé la planète au XXème siècle. Et soyons ici objectif, c’est ce système qui a aidé l’humanité à traverser des événements turbulents aux suites parfois dramatiques et qui a préservé le monde de bouleversements plus grands encore.

L’Organisation des Nations-Unies est sans pareil pour ce qui est de son universalité et de sa représentativité. Or ces derniers temps l’ONU est le plus souvent critiquée parce qu’elle manquerait d’efficacité (…)

V.Poutine

« Ceux qui sont au sommet de la pyramide »

Nous savons tous qu’après la fin de la guerre froide, il n’y a eu plus qu’un centre de domination dans le monde entier et ceux qui étaient au sommet de la pyramide se sont dit: puisque nous sommes aussi forts et exceptionnels, personne ne sait mieux que nous ce qui est possible, ce qu’il faut faire et par conséquent il n’y a plus à rendre compte aux Nations-Unies, puisqu’il arrive très souvent que cette organisation gêne et ne fasse que mettre des bâtons dans les roues au lieu de faire adopter des décisions afin de légitimer les actes nécessaires. Des rumeurs ont surgi alors, disant que l’Organisation des Nations Unies dans la forme sous laquelle elle avait été créée a déjà rempli sa mission historique et était devenue obsolète. Naturellement le monde change et l’ONU doit aussi s’adapter à cette transformation. La Russie est prête à contribuer à cet effort avec ses partenaires sur la base d’un large consensus, mais nous considérons comme étant extrêmement dangereuses les tentatives qui visent à ébranler l’autorité et la légitimité des Nations unies. Cela risque à conduire à l’effondrement de toute l’architecture des relations internationales. Dans ce cas il ne resterait plus aucune règle sinon le droit du plus fort. Ce serait un monde dans lequel l’égoïsme se substituerait au travail d’équipe. Un monde dans lequel il y aurait de plus en plus d’oppression,  et de moins en moins d’égalité des droits, de démocratie réelle et de liberté, un monde dans lequel au lieu d’États véritablement indépendants existeraient des régimes qui, de facto seraient des protectorats et des territoires contrôlés de l’extérieur.

Pour un nouvel ordre mondial multipolaire

Comment définir la souveraineté nationale dont mes collègues ont déjà parlé ? Avant tout la question de la liberté, liberté de choix pour chaque individu et chaque État. Il se pose aussi la question de la légitimité étatique. Il ne faut pas jouer ici avec les mots. Chaque terme de droit international, chaque dossier de droit international doit être clair, transparent et se fonder sur des critères qui sont compris de manière uniforme.  Nous sommes tous différents et c’est là quelque chose qu’il faut respecter. Personne n’est obligé de s’adapter à un mode de développement unique qui serait reconnu une fois pour toutes par quelqu’un comme étant le seul valable. Nous devons tous garder présent à l’esprit le passé.

« L’histoire de l’Union soviétique n’a pas servi de leçon »

Ainsi il faut se souvenir de l’histoire de l’Union soviétique. Lorsque l’on exporte des expériences sociales, lorsque l’on exporte ses propres clichés idéologiques pour obtenir des changements dans tel ou tel pays on débouche très souvent sur des conséquences dramatiques, et sur un recul plutôt que sur un progrès. Pourtant on a l’impression que certains préfèrent répéter les fautes des autres plutôt que d’en tirer les leçons.

Aujourd’hui il s’agit de l’exportation des soi-disant révolutions démocratiques. Une exportation qui se poursuit. Il suffit de voir de plus près ce qui se passe au Proche-Orient et en Afrique du Nord dont ont aussi parlé les interlocuteurs précédents. Naturellement dans ces régions se posent des problèmes d’ordre politique et social et les populations souhaitaient un changement. Mais que s’est-il passé ?

« Les soi-disant révolutions démocratiques »

L’intervention agressive extérieure n’a guère débouché sur des réformes des institutions de l’État, le mode de vie tout entier a été anéanti et plutôt que le triomphe de la démocratie et du progrès, on a pu voir la pauvreté, la violence et la catastrophe sociale. Et les droits de l’homme, y compris le droit à la vie ont été gravement oubliés. On a envie de demander à ceux qui sont à l’origine de tout cela : est-ce que vous prenez au moins conscience de ce que vous avez fait ? Mais je crains que cette interrogation ne reste lettre morte, car les politiques qui se basent sur la confiance en soi excessive, le principe d’exclusivité et la certitude d’impunité, perdurent.

Il est alors évident que la vie politique qui s’est instaurée dans certains pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord ont eu comme répercussion la création de zones d’anarchie qui ont immédiatement commencé d’attirer extrémistes et terroristes. Des dizaines de milliers de terroristes sont déjà venus combattre sous les drapeaux de ce qu’on appelle l’Etat islamique. Avec parmi eux d’anciens soldats irakiens qui en 2003 se sont trouvés à la rue à la suite de l’invasion militaire en Irak.

Le recrutement était même organisé par le biais de la Libye dont les structures étatiques ont été démantelées suite à la violation flagrante de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. En ce moment des membres de l’opposition syrienne dite modérée et soutenue par l’Occident adhèrent à  ces mouvements radicalisés. On leur donne des armes, on leur fournit une formation militaire et ensuite ils se retrouvent du côté de l’Etat islamique.

« L’Etat islamique lui-même n’a pas surgi de nulle part »

L’Etat islamique lui-même n’a pas surgi de nulle part. Il a été au départ nourri et choyé car apparaissant comme outil de lutte contre des régimes laïcs indésirables. Une fois sa ligne de déploiement acquise en Syrie et en Irak, l’Etat islamique continue inexorablement sa progression vers d’autres territoires pour assurer sa domination sur le monde islamique et au-delà. Son intention est manifestement loin de se borner à ces projets. L’état de chose actuel est donc plus que dangereux. Il est hypocrite et irresponsable de dénoncer solennellement la menace du terrorisme international tout en fermant les yeux par ailleurs sur ses canaux de financement et les soutiens au terrorisme. Notamment le trafic de drogue, la contrebande de pétrole et d’armes. Il est aussi irresponsable de manipuler ces réseaux extrémistes afin de les engager à ses propres services pour défendre ses propres fins politiques, tout en espérant ensuite leur régler leur compte et les anéantir.

Ceux qui se comportent ainsi doivent l’entendre mesdames et messieurs, vous avez affaire là à des gens cruels, mais absolument pas stupides pour autant et pas primaires. Ils ne sont pas plus bêtes que vous et on ne sait pas en définitive qui manipule qui ?

Les données récentes sur les transferts d’armes à l’opposition « modérée », entre guillemets, en sont la meilleure preuve.

« Flirter avec les terroristes »

Nous considérons que toute tentative de flirter avec les terroristes ou de les armer est une approche myope qui risque de provoquer l’incendie et de faire déborder la menace terroriste qui pourrait se propager à de nouvelles régions de la planète. D’autant plus que dans les camps d’entrainement de l’Etat islamique se retrouvent des combattants en provenance d’un peu partout, y compris de pays européens.

Malheureusement et je le dis très clairement, la Russie ne fait pas exception, on ne doit pas tolérer que les criminels qui ont déjà flairé le sang puissent aussitôt revenir chez eux et continuer leur œuvre sinistre. Nous ne souhaitons pas que cela se passe ainsi et je pense que personne ne le souhaite.

La Russie soutient « l’Irak, la Syrie et d’autres pays »

La Russie s’est toujours prononcée de manière ferme et conséquente contre le terrorisme sous toutes ses formes. Aujourd’hui nous apportons notre soutien militaire et technique à l’Irak, à la Syrie et à d’autres pays de la région qui mènent le combat contre les groupements terroristes. Nous pensons que c’est une grave erreur de refuser de coopérer avec les autorités et l’armée gouvernementale syrienne, alors qu’ils font preuve de beaucoup de courage en affrontant la terreur. Il faut dire aussi qu’il n’y a plus personne d’autre en Syrie qui mène le combat contre l’État islamique et autres organisations terroristes, sinon l’armée gouvernementale du président Assad.

Nous savons les problèmes de la région, nous savons ses contradictions, il faut partir de ces réalités. Chers collègues, je dois aussi souligner que cette approche honnête et directe a été récemment utilisée comme un prétexte pour accuser la Russie de faire montre d’ambitions croissantes, comme si ceux qui le disaient n’avaient pas eux-mêmes des ambitions [dit-il d’un air ironique]. De fait il ne s’agit pas ici des ambitions de la Russie, chers collègues, mais du fait qu’on ne peut tolérer la situation qui est en train de se développer dans le monde.

« Création d’une véritable  coalition contre le terrorisme »

Dans la réalité nous proposons de suivre les valeurs et les intérêts communs et non pas de nous inspirer d’ambitions quelconques et d’unir nos efforts sur la base du droit international pour résoudre les problèmes qui se posent et pour créer une véritable coalition à portée mondiale contre le terrorisme qui pourra rallier des forces prêtes à agir comme on l’a fait contre le nazisme.

Naturellement les pays musulmans sont les pays clef de cette coalition car non seulement l’État islamique représente une menace directe, mais bien au-delà par leurs crimes sanglants, ils sont les terroristes profanes d’une des plus grandes religion qui soit, l’Islam. Les idéologues et combattants islamiques se moquent de l’Islam et le dénaturent. J’en profite pour lancer un appel aux maîtres spirituels du monde musulman. Plus que jamais aujourd’hui nous avons besoin de votre autorité et de vos prêches pour prévenir la démarche inconsciente de ceux qu’on essaye de recruter, mais aussi pour essayer de venir en aide à ceux qui se font duper et qui, dans certaines circonstances, se sont retrouvés dans les rangs terroristes. Il faut les aider à revenir à la vie normale, à déposer les armes et à mettre fin à leur (?). Dans quelques jours la Russie va présider une réunion du  Conseil de sécurité qui sera consacrée à l’analyse en profondeur des menaces qui existent dans l’espace du Proche-Orient. L’idée est avant tout de discuter d’une nouvelle résolution visant à coordonner les démarches de toutes les forces qui font face à l’Etat islamique et à d’autres structures terroristes.

Je le répète une telle coordination doit se fonder sur le respect des principes inscrits dans la Charte des Nations-unies. Nous comptons que la communauté internationale saura élaborer une stratégie globale de stabilisation politique et de redressement social et économique du Moyen-Orient.

« Il ne sera plus nécessaire de construire des camps pour les réfugiés »

Alors, mesdames et messieurs, il ne sera plus nécessaire de construire des camps pour accueillir les réfugiés. Aujourd’hui une personne sur cinq a quitté son pays d’origine déferle sur les pays voisins et d’abord dans l’Europe et on les compte déjà par centaine de milliers et bientôt par millions. Il s’agit d’une nouvelle et tragique grande vague de migration et des leçons à tirer notamment pour les européens.

Je voudrais souligner que les réfugiés sans aucun doute ont besoin de compassion et de soutien, mais pour venir à bout de ce problème il n’y a d’autres remèdes que de rétablir les structures de l’Etat là où elles ont été anéanties. Ceci par le renforcement des institutions étatiques encore intactes ou en cours de reconstitution. Grâce aussi à la fourniture de l’assistance militaire, économique et matérielle pour les pays en difficulté et naturellement  par une assistance apportée aux personnes qui malgré les épreuves ne quittent pas leurs pays.

« Assistance aux personnes qui ne quittent pas leurs pays »

Il va de soi que toute assistance apportée aux états souverains ne doit pas leur être imposée, mais doit être proposée en pleine conformité avec la charte des nations unies. En d’autres termes, tout ce qui est fait, tout ce qui sera fait doit l’être conformément aux normes du droit international et doit être approuvé et doit être appuyé par l’ONU. Tout ce qui va à l’encontre de la charte universelle doit être rejeté.

Et avant cela il est essentiel de reconstituer les structures gouvernementales en Libye et soutenir le gouvernement. (…) »

Le retour de la guerre froide et Ukraine

Ensuite Vladimir Poutine déplore la manière de penser bloc contre bloc comme au temps de la Guerre froide qui domine actuellement avec l’élargissement de l’OTAN. Tôt ou tard, selon lui, cette logique devait mener à une crise géopolitique, comme avec l’Ukraine où une guerre civile a été déclenchée. Il traite rapidement le sujet de l’Ukraine et de la révolution Orange orchestrée depuis l’extérieur, avec la volonté manifestée du respect des accords de Minsk et de tenir compte des droits des populations du Donbass pour que l’Ukraine soit un Etat civilisé, un maillon entre l’Europe et l’Asie.

« Un petit cercle d’amis décident en cachette »

Il déplore la façon sournoise qui transgresse les lois internationales concernant les sanctions unilatérales qui sont devenues la norme et servent à supprimer des concurrents. Des unions se créent, dit-il, sans consulter les habitants des différents pays. Tout se fait en cachette, on nous met devant le fait accompli. « Il s’agit d’un réel petit cercle d’amis qui décide »

La Russie propose d’harmoniser les différents projets économiques fondés sur des règles uniques.

Quant au changement climatique, nous voulons que la conférence sur le climat de Paris porte ses fruits, dit-il.(…)

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Ce discours de Vladimir Poutine, a été retranscrit au mot-à-mot, pour sa majeure partie, tel qu’il a été diffusé en direct selon la traduction orale instantanée de l’ONU. E.D.

 

SOURCE:

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