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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la syrie - la libye - l'iran - tag

Quand le JT de France 2 soutient de facto Al-Nosra, quel combat contre le terrorisme? Par Karine Bechet-Golovko

4 Août 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Les média, #La République, #Terrorisme, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Le fascisme

Quand le JT de France 2 soutient de facto Al-Nosra, quel combat contre le terrorisme?

Le 03 août 2016

Quand le JT de France 2 soutient de facto Al-Nosra, quel combat contre le terrorisme? Par Karine Bechet-Golovko

Après la série d’attentats qui touche la France, plus sanglants et plus barbares les uns que les autres, l’on aurait pu espèrer que la France réalise que soutenir des terroristes, simplement parce qu’ils n’aiment pas un Président étranger que les Etats Unis veulent faire tomber, est un peu léger comme justification d’une politique internationale. Mais non, aucune leçon n’a été tirée, comme le montre le JT de 20h sur France 2 hier soir, qui soutenait ouvertement “l’opposition” contre qui se déchainent les forces de Assad. Rappelons que ces forces “d’opposition” sont des membres de Al-Nusra, organisation reconnue comme terroriste non seulement par la Russie, mais aussi par l’ONU et les Etats Unis. Manifestement pas par la France, qui a l’hypocrisie de sa faiblesse.+

Voici la dernière mouture du “grand reportage” sur Alep qui vous fera comprendre à quel point le peuple syrien souffre, non pas en raison de Daesh, mais de l’armée de Assad et de la Russie, qui en plus ouvre des corridors humanitaires douteux. Livrer de l’aide humanitaire à une population au bord de la catastrophe humanitaire est en effet très douteux.+

Regarder à partir de la 15e minutes: JT de 20H présenté par Julian Bugier sur France 2 le 2 août 2016.+

Ainsi, les journalistes sont conduits par des forces d’opposition à Assad qui, donc très objectivement puisqu’elles sont “indépendantes”, leur livrent leur version des choses. Deux remarques: 1) Les journalistes français ont de bons contacts avec les groupes de cette “opposition modérée” armée contre le Gouvernement régulier syrien; 2) Aucune tentative n’ayant été faite pour chercher des personnes ayant un autre point de vue, France 2 se transforme en organe de propagande des groupes terroristes modérés en Syrie.+

Et d’insister sur le caractère douteux de l’aide humanitaire apportée par la Russie – sans expliquer pourquoi la coalition “démocratique américaine” préfère livrer des armes aux groupes terroristes combattant Assad plutôt que de la nourriture aux populations, alors que chacun est d’accord pour reconnaître que la population d’Alep est dans une situation de crise humanitaire. Selon l’ONU, 300 000 personnes sont en danger.+

Suite à l’intensification des combats autour d’Alep suite à la constante violation du régime de silence par les groupes terroristes, la Russie a décidé le 28 juillet de lancer une grande opération humanitaire pour aider la population de la ville, qui se réduit en deux temps: largage de nourriture, de produits pour bébés et autres produits de premières nécessités et ouverture de corridors humanitaires:+

Les organisations humanitaires internationales ont été proposées de se joindre à cette opération.+

Pour le sauvetage des civils en otage, ainsi que pour les combattants qui veulent mettre bas les armes, le Centre russe pour la réconciliation des parties belligérantes a été ordonné d’ouvrir 3 couloirs humanitaires.+

Près de ces couloirs humanitaires on va installer des centres de premier secours et d’alimentation.+

“En prenant en compte le fait que les partenaires américaines ne nous ont pas accordé les données sur la séparation de Jabhat al-Nusra et des détachements de l’Armée syrienne libre, il faut créer à nord d’Alep dans la direction de la route Kastello la 4ème couloir pour le passage sécurisé des combattants avec l’armement. Il est à noter, que cela n’est effectué qu’afin de garantir la sécurité des habitants d’Alep,». (…) Sergueï Choïgou a exprimé un espoir que « le collègues américaines nous accorderont les données sur les positions des formations de l’Armée syrienne libre et l’information sur l’apparence du détachement de l’opposition modérée – l’armement et le matériel, combien de chars, VCI et pièces d’artillerie on utilise.+

La population va être informée sur les couloirs humanitaires de sortie de la ville à coups de feuilles volantes, messages SMS, haut-parleurs. La tête de département militaire a ordonné d’organiser le parachutage des produits alimentaires, des médicaments et des objets de première nécessité aux civils bloqués par les combattants. L’attention particulière doit être payée à la livraison des objets de soin donné aux enfants et malades.+

Pour éviter les victimes vaines parmi les civils et les combattants qui n’ont pas mis bas les armes mais qui n’ont aussi pas s’entacher en crimes de sang, le Ministre de la Défense de la Russie a appelé le gouvernement syrien à garantir l’amnistie.+

La suite, nous la connaissons. Un hélicoptère russe en mission humanitaire a été abattu le 1er août par missiles par les rebelles modérés de Al-Nusra. 5 morts. Al-Nusra continue a attaquer Alep, ces gentils opposants dont parle France 2, sans les citer bien sûr, bombardent des quartiers de la vieille ville, des centres commerciaux, l’aéroport d’Alep. Et pendant ce temps, la presse parle, sans que l’information ne soit encore confirmée, de bombes chimiques de chlore lancées sur les populations avec morts et blessés par dizaines.
Mais Amnesty International estime que les corridors humanitaires ne servent à rien. Que ça ne résoudra pas le problème. Puisque le régime est responsable de ce que des terroristes aient pris en otage la population. Vouloir libérer cette population semble ne pas plaire à Amnesty.+

Et pour cause, les Etats Unis également condamnent cette opération humanitaire, l’armée syrienne doit tout bonnement cesser d’attaquer … les terroristes. Comme cela, les populations civiles seront libres. Est-ce une plaisanterie?+

Pendant ce temps, des groupes armés se rendent et l’armée syrienne avance, ce qui fait manifestement enrager les “partenaires américains”. Et explique cette campagne de dénigrement ignoble.+

Quel jeu joue France 2, chaîne publique? Aucun. Elle retransmet le message que la France veut faire passer. Seulement il faut choisir: soit pleurer sur les victimes de Nice, soit pleurer sur les terroristes d’Alep.+

Tant que la France soutiendra les terroristes, elle en paiera le prix.+

Karine Bechet-Golovko

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« Poutine est un monstre ! Et son pays aussi ! ». Par Alexandre Artamonov

4 Août 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #La Russie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #l'horreur économique

« Poutine est un monstre ! Et son pays aussi ! »

Le 03 août 2016

« Poutine est un monstre ! Et son pays aussi ! ». Par Alexandre Artamonov

Il y a des jours où la grisaille, pas forcément parisienne, semble s’installer dans les méninges – ceux des gestionnaires, analystes, observateurs et autres plumeux de mon acabit. Eh bien, les médias américains y doivent être soumis en permanence compte tenu de leur ambiance où la fine pluie imprègne l’air des quartiers proches des berges du Potomak et en meuble la routine de tous les jours. Décidément les Etats-Unis ne vont pas bien ou, plus exactement, vont de mal en pis. Non seulement, elles ont dû se révolter contre les sempiternels principes de la libre circulation des biens et des personnes physiques (embargo contre la Russie), mais, à la tête d’autres nations occidentales, elles ont joyeusement opté pour la levée de la présomption d’innocence des athlètes russes. Je m’explique tout de suite.+

Vous savez, aussi bien que moi, que l’embargo contre la Russie a été voté au détriment du bon sens et au grand dam des règles internationales. Je dis bien à l’encontre des intérêts économiques de l’Europe parce qu’en fait, l’Europe y a laissé des plumes avec presque 4% de son PIB annuel et un taux de croissance qui était presque nul avant l’affaire tandis que les Etats-Unis ont presque triplé leur chiffre d’affaires avec Moscou. Les lois internationales ont été, elles aussi, traitées par-dessus la jambe, parce qu’un pays ne peut se rendre responsable de la décision d’une tierce entité juridique. La Crimée a voté son émancipation de l’Ukraine toute seule, c’est-à-dire sans l’ingérence de la Russie. Ensuite la Crimée qui était une autonomie au sein de l’Ukraine a demandé l’adhésion à la Fédération de Russie ce qui, en fait, était une restauration de son statut quo ante légitime, car c’est bien selon la décision du terrible secrétaire général et nationaliste ukrainien Khrouchtchev que la presqu’île a été offerte à Kiev. Cela était aussi contraire même aux us et coutumes aussi bien qu’à la Constitution de la feue URSS. Mais le camarade Nikita a tout bonnement passé outre.+

Donc, en revenant à nos moutons de Panurge, la Russie n’y était strictement pour rien. Ensuite on a fait souffrir Moscou dans sa chair (du moins, on l’espérait) à cause du traité de Minsk dont la Russie se porta garante sans en être pour autant le signataire exécutant. Ceci n’empêcha point l’Occident, en l’absence de toute logique, d’accuser la Russie de ne pas avoir tenu ses engagements (lesquels ?!). Cela se produisit justement au même moment où les troupes du président-chocolatier d’Ukraine Porochenko s’amusaient à pillonner les villes de Donbass. Alors de qui étaient les engagements et qui ne les a pas tenus ?! Tout ça est un dossier à classer et presque de l’histoire ancienne, vous pensez-bien ! L’Union Européenne est connue pour avoir la mémoire courte. Enfin, quelques mois auront suffi pour passer l’éponge. Le sang des Donbassiens aurait, sans doute, une autre couleur que celles des Niçois ! Et puis, c’est loin l’Ukraine, aux marches de l’Europe ! Pourquoi s’en inquiéter ?+

Mais voilà que survient Rio et les JO. Que se passe-t-il ? Comme de bien entendu, les athlètes russes se voient enlever la présomption d’innocence et, pour châtier les sportifs qui se sont dopés, on a décidé de mener une action coércitive contre tout un pays !!! Les Russes sont connus pour consommer des produits hallucinogènes à leur petit-déjeuner et se shooter à la drogue dure tous les après-midi! Cet acte juridique des instances sportives internationales est du jamais vu après les derniers Jeux d’avant la Seconde Guerre Mondiale ! Résultat ? A la différence d’autres nations, les Russes sont soumis à des procédures humiliantes pour prouver qu’ils ne se dopent pas. Saisissez la nuance ! Non ! Ce n’est pas l’Agence Mondiale Antidopage (WADA) qui doit prouver que les Russes se dopent. C’est aux Russes de prouver qu’ils ne se dopent pas ! On revient à des normes médiévales où les peuples n’étaient pas tous égaux devant la loi parce qu’il existait des peuples des seigneurs et des indigènes qui étaient traités en sous-hommes. Quel extraordinaire tournant l’histoire prend cette fois-ci ! Etonnant et contraire à toutes les lois européennes tant prônées à partir du siècle des Lumières ! Mais comme si toutes ces cochonneries, sans parler d’une dizaine de guerres au Proche- et Moyen-Orient aussi bien qu’en Afrique ne suffisaient pas, on s’est mis maintenant à chahuter Poutine sur les bords du Potomak.+

Cathleen Macfaren, ex-adjoint à l’assistant du Secrétaire à la Défense US, a déclaré que les yeux du Président de Russie trahissaient le for intérieur « d’un assassin et d’un bourreau » Sic !+

Comme vous voyez, le procédé est purement hitlérien : on ne se gêne plus parmi les siens. Il serait intéressant de savoir qu’elle serait la réaction de l’Occident si un ex-fonctionnaire haut-placé russe osait des commentaires de ce genre sur les ondes d’une radio ou d’une chaîne de télévision à diffusion nationale à propos de François Hollande ou de Barak Obama. En revanche, Margaret Thatcher aimait bien Gorbatchev, car elle savait qu’il était prêt à tout faire pour plaire à l’Occident, même à en découdre avec son propre pays.+

Je plains beaucoup les Américains qui non plus devant eux un interlocuteur écervelé de type gorbatchévien, ne mauviette avec la doublure d’un petit apparatchik sorti de rien, qui se hissa aux premiers rangs de l’actualité pour perdre son pays (sans parler, bien sûr, du côté idéologique soviétique qui était exécrable et auxquels les Russes ont renoncé de toute façon, à laz différence des Chinois, toujours officiellement communistes). Qui plus est, même Erdogan a commencé à peupler les cauchemards des décideurs américains.+

L’exemple de Vladimir Poutine semble être contagieux. Erdogan refuse de se faire détrôner par le Grand Frère. Il a bien compris qu’après Mouammar Kadhafi, ce grand rêveur de la Jamahiriya, sauvagement empâlé dans son propre pays et au su des troupes occidentales, après Saddam Hussein, pendu dans sa propre capitale par les troupes d’occupation américaines , après Bachar el-Assad qui résiste de toutes ses forces, c’était à son tour de passer à la casserole. Eh bien, quoi d’étonnant qu’il a choisi de vivre ? Je peux rappeler à tous ceux qui désirent entendre que les Américains ont également condamné le Président de Biélorussie. Ils se sont déclarés prêts à le liquider par tous les moyens disponibles. Tout ça prouve, une bonne fois pour toutes, que l’oligarchie occidentale s’est transformée en monstre nazi plutocratique qui a décidé de raser de la terre les peuples indésirables.+

En attendant c’est Poutine, bien sûr, qui est le méchant. Et c’est les Russes qui sont une nation à l’égard de laquelle aucune norme de morale ou de règles internationales n’est censée être respectée. Je répondrai que n’importe quel peuple a le droit à la légitime défense.+

Alors ne soyez point étonnés que la Russie fasse de son mieux pour se défendre aussi bien que d’autres pays du BRICS et du Tiers-Monde!+

Alexandre Artamonov, Pravda.ru

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Assad le tyran ? Par Philip Roddis – Le 23 mai 2016.

3 Août 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme

Assad le tyran ?


Par Philip Roddis – Le 23 mai 2016 – Source Off Guardian

Je connais des hommes et des femmes intelligents, courageux, indépendants et bien intentionnés qui sont sûrs que Bachar al-Assad – le type affable qui ressemble à un gendarme français et qui, s’il n’en tenait qu’à lui, serait le chirurgien ophtamologiste qu’il voulait être et pour quoi il a été formé si l’Histoire ne lui avait pas réservé d’autres projets – est un monstre. Certains disent qu’il est tout aussi mauvais que les coupeurs de tête acharnés à transformer un pays divers et autrefois prospère en un théâtre d’horreurs incroyables : justement l’idée que poursuivent les fanatiques de la volonté d’Allah sur la terre.

Moi, je suis enclin à laisser au gars un peu de mou, et cela pour trois raisons.

UN, l’info sur la prétendue tyrannie d’Assad junior et son impopularité universelle, et sur les incidents de Daara largement mis en avant dans les médias commerciaux et sociaux comme ayant suscité une révolution syrienne, est d’origine louche. Les sources comprennent des topos émanant de Washington, de Whitehall et de politiciens de l’OTAN dont les antécédents sur la région seraient, dans tout monde sain et à peu près alerte, traités avec dédain. Elles incluent aussi Al-Jazeera – propriété de l’Émir du Qatar, dont des décennies d’hostilité envers Damas rendent presque sans valeur le traitement de la Syrie par cette source, par ailleurs utile – et le pompeusement intitulé Observatoire syrien des droits de l’homme. Permettez-moi de vous parler de ces types. Ou plutôt, ce type, puisque même le New York Times – qui n’était pas un porte-parole de Damas la dernière fois que nous avons vérifié – décrit cet Observatoire comme « un homme-orchestre dont le fondateur, Rami Abdul Rahman, a fui la Syrie il y a treize ans et opère à partir d’un appartement (à Coventry) ».

(Veux tu dire que c’est comme pour « steel city scribblings » ? [le blog de l’auteur, NdT] Nous, nous avons des équipes de journalistes sur nos listes de paie…)

Regardez : l’Ukraine et la Grèce… L’Irak, la Libye et la Syrie… La Bolivie, le Venezuela et une série d’autres pays dont les politiques déplaisaient à Washington et à Wall Street. De grands récits généraux sont construits sur le gouvernement de ces pays – avant des interventions ouvertes ou secrètes – à partir de preuves douteuses. À force de répétitions, et à travers le ton sobre des politiciens et des experts impartiaux, ces récits acquièrent le statut d’une vérité inattaquable. J’ai entendu des universitaires expérimentés – des hommes et des femmes qui sanctionnent régulièrement leurs étudiants pour ne pas étayer leurs affirmations dans leurs travaux – réciter de telles opinions inconsciemment pro-impérialistes sans l’ombre d’une preuve. J’ai entendu une militante de gauche aguerrie et courageuse me dire, lorsqu’elle a été mise au défi d’étayer une affirmation selon laquelle Assad est aussi malfaisant qu’EI, qu’elle verrait si elle pouvait « déterrer quelque chose » – puis perdre son sang-froid lorsque j’ai dit que c’était chercher une preuve pour appuyer une conclusion a priori. (Autre qu’un lien vers Al Jazeera, sa propre source était ce type magnifique à l’Observatoire syrien, que je dois réécouter.) Et j’ai rencontré un ami juif qui me disait que les horreurs sur Assad « ne peuvent pas toutes être des inventions ». Des types moins forts que moi pourraient sombrer dans le désespoir lorsque quelqu’un comme lui – apparenté à des gens qui en savent beaucoup sur l’échelle industrielle de la calomnie – parle de cette manière.

Un exemple central de cette authentification par la répétition est l’usage présumé du gaz sarin neurotoxique, élevé par des diffusions répétées au statut de fait avéré. Sur cette question et d’autres s’y rapportant, j’ai vu trop de partis manifestement biaisés prononcer la culpabilité d’Assad sans aucune preuve ou alors infiniment minces ; trop de groupes et d’individus crédules relayant de tels jugements sur Facebook et Twitter. J’ai aussi entendu des amis intelligents, qui devraient en savoir plus, dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu, un proverbe dangereusement complaisant lorsque le poids combiné des médias occidentaux parle d’une voix uniquement et singulièrement non critique. En revanche, je vous recommande cette enquête de Who What Why [Qui, quoi, pourquoi] ;  pas seulement parce qu’elle conseille la prudence mais aussi pour son approche impartiale. Who What Why n’exclut pas la possibilité de la culpabilité d’Assad. Ce qu’il fait est d’exposer les faits connus, en commençant par les multiples usages du sarin en Syrie, avant de peser les preuves médico-légales et balistiques et de poser la question du cui bono ? – Damas, les islamistes et l’OTAN. Le résultat n’est pas seulement un exemple rare d’appréciation sobre sur un aspect important du désastre qu’est la Syrie ; plus généralement, c’est un modèle de ce à quoi ressemble une enquête solide et critique.

Un autre exemple souvent répété de la vilenie d’Assad est l’usage de bombes barils. Damas est-il coupable ? Avec un plus grand degré de certitude que pour le sarin, la réponse est probablement oui. De mauvaises choses, les bombes barils, mais elles sont aussi artisanales et sommaires : au contraire du degré technique de l’armement utilisé – au bénéfice de l’énorme industrie américaine de l’armement – par la coalition des forces en Irak, où les gens meurent encore de l’uranium appauvri laissé par les armes conventionnelles. « Scandaleux, disent Kerry et Obama. Ces gens épouvantables utilisent (gloups) des bombes barils. » Et comme s’ils n’attendaient que ça, les bavards des médias commerciaux et sociaux se précipitent pour relayer le message partout – aucun des deux groupes ne se souciant de vérifier si les bombes barils sont pires que les faucheuses de marguerites et autres panoplies létales couramment utilisées par nos forces. Subitement, l’épreuve de vérité pour séparer les bons types des mauvais est l’usage de bombes barils. Comme nous sommes facilement manipulables !

Mais ce sont des détails, de simples embellissements de récits plus larges qui viennent pour dominer notre compréhension des conflits à l’étranger et notre rôle infailliblement bien intentionné là-dedans. Et les escrocs et les menteurs courent parmi nos classes politiques, bien sûr, mais la plupart des politiciens parviennent à façonner nos points de vue sur les questions étrangères non seulement parce que nous avons tendance à en savoir peu et à peu nous en soucier, mais parce qu’ils s’en convainquent d’abord eux-mêmes. Pour certains, c’est parce qu’ils sont bêtes. (Mémoire pauvre et incapacité à établir des liens y contribuent.) Pour d’autres, c’est parce qu’ils en savent moins que nous. Et pour la plus grande partie, c’est parce que – guidés par le conformisme, la dissonance cognitive, le sens du côté où notre tartine est beurrée et la pure paresse – les humains sont disposés à croire ce qu’il convient de croire. Parce que nous à l’Ouest nous savons, comme dans nous pensons que nous savons, que nos chefs et nos médias sont tenus à des vérifications et à des contrepoids qui fonctionnent plus ou moins, donc que la thèse du mensonge répété qui devient vérité de Hitler n’est plus valable. Soutenez-vous que Assad est le diable que l’on nous a dit qu’il est ? Comment et où l’avez-vous découvert ? Voici une enquête d’opinion internationale – sûrement plus crédible et impartiale que les sources citées ci-dessus – montrant qu’une majorité de Syriens le soutiennent. Vous ne l’aurez pas vu dans le Daily Mail. Vous devriez l’avoir vu dans le Guardian ou l’Independent, mais seulement comme une note dissonante mineure – la quantité comptant ici plus que la qualité – dans une symphonie bien orchestrée, Assad le diable en sol majeur.

DEUX, dans tous les cas où l’Ouest a pesé de tout son poids militaire et financier pour déloger un prétendu tyran au Moyen-Orient, les résultats ont été : chaos meurtrier… privatisation … destruction de la protection sociale… gros bénéfices non seulement pour les marchands d’armes mais pour le grand capital en général, aidé par des politiciens opportunistes – allez vérifier Haliburton-Cheney, Clinton-ExxonMobil. En somme, ceux qui ont le plus à gagner à renverser le tyran sont précisément ceux qui contrôlent le récit sur sa tyrannie. Cela ne disqualifie pas automatiquement le récit, mais cela devrait nous rendre soupçonneux. Alors pourquoi n’est-ce pas le cas ? Pourquoi tant de gens de gauche et du centre-gauche répètent-ils et relaient-ils ce récit sans se soucier de faire un petit bout d’appréciation indépendante des preuves ? Et oui, je sais que certaines gens ont des boulots, des enfants et des vies occupées. Tout le monde ne peut pas passer des heures et des heures à étudier chaque affirmation des médias milliardaires, mais ce que nous pouvons tous faire est de faire de la place pour ménager un espace à un scepticisme à l’ancienne et à cette question perpétuellement utile, cui bono?

(Bien que je ne sois pas prêt à exposer complètement mes vues à ce propos, je vois beaucoup le chaos syrien comme un produit des politiques occidentales, à considérer à la lumière des tensions entre l’Occident et non seulement la Russie, mais aussi la Chine. Ces tensions ont de multiples aspects, fiscaux et économiques autant que géopolitiques et militaires, et il y a des signes que la Chine et la Russie s’unissent – la première amenant son énorme surplus, la seconde ses énormes réserves énergétiques – pour contester une hégémonie du dollar qui a soutenu le monde occidental depuis 1945 et près de la totalité de l’ordre mondial depuis la chute de l’Union soviétique en 1990. Tandis qu’il y a des aspects positifs à cette contestation, en particulier la capacité des pays en développement de résister à l’austérité imposée par le FMI en concluant des accords moins draconiens à Pékin et à Moscou, le résultat est que le monde est plus dangereux. L’Histoire n’offre pas d’exemple de pays le plus puissant sur la terre autorisant que son économie soit contestée, et dans ce contexte, la localisation géographique de la Syrie est importante. Ses ports en eaux chaudes sur la Méditerranée en font la candidate évidente pour transporter le pétrole des producteurs éloignés du littoral jusqu’en Europe, avec des routes concurrentes sur la table. Assad a rejeté l’oléoduc occidental/saoudien/qatari soutenu par l’Égypte passant par Homs (arabe) pour choisir en lieu et place l’oléoduc Iran-Irak (islamique) soutenu aussi par la Russie. Étant donné cela, une compréhension du conflit syrien comme une guerre des oléoducs – Washington ayant une fois de plus inventé ou exacerbé un soulèvement populaire qui doit être soutenu au nom de la Démocratie – ne peut pas être rejetée facilement. Ni le contexte plus large tel qu’il est brièvement esquissé.)

TROIS, supposons que certaines au moins des choses dites sur la brutalité d’Assad puissent être prouvées. Je n’ai pas encore vu de preuves crédibles, mais cela ne signifie pas qu’aucune ne pourrait surgir. Où cela nous mènerait-il ? Pour ceux qui à gauche font passer leur noble universalisme au-dessus de la realpolitik, la réponse est claire : tous les côtés sont également et indiciblement vils, donc la peste est partout ! OK, pour les besoins du raisonnement, disons que Assad est aussi mauvais que les coupeurs de tête. (Pire peut-être, puisque ceux-ci ont au moins la courtoisie de fournir les preuves de leur mauvaiseté sur internet.) Pour les champions d’une troisième force islamiste modérée qui s’est réduite à un croupion autour de Londres et de Washington (qui eux-mêmes n’y croient plus mais tiennent la ligne), la conclusion, rarement formulée mais découlant logiquement de cette prémisse, est que c’était à Assad de jeter l’éponge et d’embarquer ce soir pour une clinique suisse où il pourrait pratiquer l’optométrie chère à son cœur, et tout irait pour le mieux. En particulier si les Russes partaient aussi, suivis par le Hezbollah. Trois démons hors du cadre ; quelle joie ! C’est vrai, les fantassins d’Allah aiment chanter Les Alaouites au couteau, les chrétiens à Beyrouth, mais c’est la fougue de la jeunesse, n’est-ce pas ?

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker francophone

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Vaincre la haine christianophobe, en France et en Syrie Par Bruno Guigue

1 Août 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #l'islamisme, #Daesch, #Arabie Saoudite

Vaincre la haine christianophobe, en France et en Syrie

Par Bruno Guigue – le 26 juillet 2016 – Arrêt sur Info

 Des CRS devant l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray

Des CRS devant l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray

Assassiner un prêtre catholique dans son église, c’est frapper cruellement la France, la tétaniser par l’horreur du crime commis. Mais c’est aussi la frapper au plus profond, la blesser, à travers la communauté catholique, dans une de ses traditions spirituelles les plus anciennes. Avec l’ignoble attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, une France qui était déjà meurtrie le 14 juillet vient de subir de plein fouet la haine sectaire, antichrétienne, des émules de Daech.

Les chrétiens d’Orient en savent quelque chose : cette vindicte meurtrière ne fabrique pas ses ennemis au hasard. Au Moyen-Orient, les communautés religieuses minoritaires dressent un obstacle symbolique sur les pas du projet totalitaire mené sous l’emblème de la charia wahhabite. Le pseudo-califat de Mossoul y exige une sanglante épuration confessionnelle qui frappe les chrétiens, les yézidis, les chiites, mais aussi les Kurdes, dont le sunnisme d’inspiration soufie est également suspect à leurs yeux.

 

Si le djihadisme est (notamment) christianophobe, c’est parce que son idéologie sectaire de matrice saoudienne est circulaire : tous ceux qui, en raison de leur confession, sont naturellement enclins à la tiédeur envers l’entreprise purificatrice s’exposent à en faire les frais. Cette règle d’intolérance est valable partout, en France comme au Moyen-Orient. Elle est constitutive de l’entreprise d’asservissement dont Daech est l’avatar contemporain, et l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, après tant d’autres, est l’application de cette doctrine mortifère.

Si les informations communiquées par les enquêteurs sont exactes, l’un des auteurs de ce meurtre, connu des services de police, aurait été refoulé par la Turquie à la fin de l’année 2015 lors d’une tentative de pénétration en Syrie. Ce candidat au djihad n’ayant pu exercer sa violence meurtrière au pays de Cham, il l’a donc déchaînée en France. Frustré de sa dose d’hémoglobine sur le théâtre syrien, il s’est offert une compensation à domicile. Difficile, une fois de plus, de nier le rapport entre la terreur qui s’abat sur nos têtes et la politique moyen-orientale de nos dirigeants.

Avec cet aller-retour France-Turquie, le crime du 26 juillet fournit une illustration saisissante de l’effet boomerang entretenu par une politique française particulièrement perverse. Car les petites frappes du djihad ont été encouragées par le discours officiel à mener leur sanglante équipée en Syrie, et elles y sont parties par centaines, la fleur au fusil, pour tuer en masse les partisans de Bachar-le-boucher, pour reprendre l’expression de Jean-Pierre Filiu, principal conseiller du président français et ministre officieux de cette propagande de guerre contre un État souverain.

Ces desperados de la terreur, les Syriens de toutes confessions en subissent les exactions depuis 2011, et notamment les chrétiens du quartier de Bab Touma, à Damas, où les obus de mortier en provenance de la zone rebelle font régulièrement leur lot de victimes, jusque dans l’enceinte du Lycée français Charles-de-Gaulle ! Mais les rebelles de l’armée de l’islam font partie de l’opposition prétendument modérée reconnue par nos dirigeants, et ils bénéficient du précieux soutien de l’Arabie saoudite, ce pays allié de la France où le culte chrétien est rigoureusement interdit.

Cela n’empêchera pas un exécutif français complètement schizophrène, totalement cynique, ou les deux à la fois, de condamner le crime christianophobe en France au moment où il le cautionne en Syrie en déroulant le tapis rouge devant des chefs rebelles couverts de sang. Manifestement, il s’avère incapable de répondre à la crise gravissime que traverse notre pays autrement que par la persévérance dans une double absurdité, politique et militaire.

En diabolisant l’État syrien, le gouvernement français contribue à prolonger la prolifération du nid de serpents puisqu’il affaiblit la principale force qui l’affronte courageusement sur le terrain. Simultanément, il se livre à des bombardements aériens militairement ineptes qui ont pour principal effet, en tuant des civils, d’alimenter la haine de la France. Pour faire échouer cette tentative de déstabilisation de la société française, ni les discours compassionnels ni les mouvements de menton mussoliniens ne suffiront. Ce qu’il faut, c’est changer radicalement de politique et s’allier avec ceux qui combattent le terrorisme au lieu de distribuer des médailles à ceux qui le financent.

Bruno Guigue

Article original publié dans Arrêt sur Info

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« TERRORISME : Ne pas dire la vérité aux Français ! » (Penser la France)

31 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #l'islamisme, #l'horreur économique

« TERRORISME : Ne pas dire la vérité aux Français ! » (Penser la France)

 

« TERRORISME : Ne pas dire la vérité aux Français ! » (Penser la France)

26 juillet 2016

Face à la vague d’attentats qui vise directement les Français – et dont l’assassinat d’un prêtre dans son Eglise ce matin n’est qu’un point d’orgue particulièrement abject – le temps approche où les Français vont devoir opérer un sursaut important : moral et politique.

Depuis une dizaine d’année, la France a profondément modifié sa politique internationale.

Les interventions de nos services en Libye – grâce à Nicolas SARKOZY – et en Syrie – grâce à François HOLLANDE et Laurent FABIUS – ont placé la France en tête des soutiens aux rebellions islamistes contre des régimes politiques arabes stables : celui de Mouammar Kadhafi et celui de Bachar el-Assad.

Les politiques commerciales et financières agressives menées auprès des Etats du Golfe ont généré de nombreux contrats industriels alors que ces Etats finançaient dans le même temps les mouvements djihadistes.

Cette politique a non seulement entraîné la déstabilisation de régions entières mais également alimenté la concurrence entre les Etats du Golfe et entre les organisations islamistes.

Cette politique hypocrite et ambiguë a également placé en porte-à-faux plusieurs services de renseignements en France comme en Europe ainsi que des services opérationnels militaires et policiers.

Des services français ont formé des groupes islamistes (en Libye comme en Syrie) qui se sont trouvés combattre d’autres services français quelques mois après.

En Europe même, et ce depuis les années « 1990 », certains services anglais, français, allemands, américains et israéliens ont alimenté des mouvements djihadistes, les ont financés et formés.

La guerre en Yougoslavie a bien sûr été le lieu initial de cette politique catastrophique.

Dans le même temps, plusieurs services français luttent d’arrache pied contre le terrorisme et ce, au péril de la vie de leurs agents.

Certains policiers et certains militaires s’étonnent de coïncidences, écrivent et les dénoncent, puis crient leur écœurement.

Nous n’avons eu de cesse depuis dix ans de les relayer et d’informer le public français et étranger.

Les médias français sont pour la plupart fermés à cette réalité complexe. Les journalistes ne font plus leur travail. Et les intellectuels médiatisés comme Bernard-Henri Levy jouent un rôle absolument criminel.

Cette politique qui mêle des intérêts nombreux met en lumière la complexité de la situation sécuritaire française : la France ne maitrise plus sa propre politique internationale ni sa propre sécurité.

Des réseaux étrangers opèrent sur le sol français et peuvent aujourd’hui déstabiliser gravement la société française.

Aussi, et d’urgence, une politique s’impose : la France doit reprendre en main sa propre sécurité.

Pour cela, il faut que les Français osent s’informer pour comprendre la réalité complexe de notre situation nationale.

Les Clubs « Penser la France » appellent les Français à rester vigilants et à rechercher les véritables enjeux dissimulés derrière l’actuelle vague de terrorisme.

Depuis dix ans, le combat des Clubs « Penser la France » est limpide : il faut « Libérer la France » !

Pour cela, il faut : Sortir de l’OTAN ! Sortir de l’UE et Sortir de l’Euro.

 

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Pour aller plus loin, nous vous invitons à lire et relire les travaux suivants :

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« CRIMES SANS CHATIMENT » de Jean-Loup Izambert – Note de lecture et présentation de Jean-Luc Pujo (Café hyper-républicain du 30 mars 2013)

http://www.politique-actu.com/actualite/crimes-sans-chatiment-jean-loup-izambert-note-lecture-presentation-jean-pujo-cafe-hyper-republicain-mars-2013/706507/

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“Comment le Djihad est arrivé en Europe » par Jürgen Elsässer – préface de JP Chevènement

http://www.politique-actu.com/actualite/comment-djihad-arrive-europe-juergen-elsaesser/517386/

dulas-livre-cafe-1,bWF4LTY1NXgw

« Mort pour la Françafrique » de Robert Dulas, Marina Ladous, Jean-Philippe Leclaire

http://www.politique-actu.com/actualite/mort-pour-francafrique/1202102/

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#penserlafrance

CONTACT: penserlafrance@penserlafrance.fr – 01.73.64.98.68

Les Clubs « Penser la France » travaillent au soutien de plusieurs initiatives politiques de refondation autour d’un « nouveau Conseil National de la Résistance » réunissant communistes authentiques et gaullistes authentiques.

 

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Le peuple syrien ne permettra pas de se laisser transformer en une autre copie de ce qui est arrivé en Libye… Par Bachar al-Jaafari

30 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #L'OTAN., #l'ONU, #AMERIQUE, #Terrorisme, #l'islamisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

 

Le peuple syrien ne permettra pas de se laisser transformer en une autre copie de ce qui est arrivé en Libye…

« … La ville d’Alep est désormais assiégée. La route de Castello, sa dernière voie d’approvisionnement en eau, en vivres et en médicaments, a été coupée par les forces alliées au régime… À bien des égards, Alep est à la Syrie ce que Sarajevo était à la Bosnie : une ville symbole, une ville carrefour, une ville martyre. Alep, cette ville symbole plusieurs fois millénaire classée au patrimoine mondial de l’humanité, cette ville carrefour où se sont entrechoquées et entremêlées tant de cultures qui ont laissé sur la ville une empreinte profonde et diverse, est aujourd’hui une ville martyre. Ce symbole de la civilisation est l’objet d’un siège de type médiéval. Quelle régression, et franchement, quelle honte !... La mécanique du GISS, les taskforces à Genève, l’action de Staffan de Mistura que nous appuyons, les appels à réunir l’opposition, tout ceci est réduit à néant par le siège d’Alep… ».

C’est là un extrait du discours du 25 juillet de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies [*], que les Aleppins apprécieront à sa juste valeur. Monsieur Delattre pleure sur Alep, parce que les espoirs de partition de la Syrie sont réduits à néant devant l’avancée de l’Armée nationale syrienne et que la route du Castello qui alimentait les terroristes venus de Turquie, en hommes, en armes et en argent, pour martyriser ses habitants et les obliger à remettre les clés de leur ville aux prétendus opposants révolutionnaires, couvés par le gouvernement français, « a été coupée par les forces alliées du régime ». Comprenez, par l’Axe de la Résistance et la Russie car, pas question de saluer l’exploit de l’Armée syrienne. Comprenez que les terroristes et leurs maîtres sont le type même de la modernité, tandis que les Syriens qui leur résistent sont de type médiéval.

Voici le texte intégral de l’intervention du Dr Bachar al-Jaafari, représentant permanent de la Syrie, suite à son discours calqué sur celui des représentants des États-Unis et de la Grande Bretagne.

Nous nous autoriserons une simple question : « M. Delattre, si Alep est ce bijou que vous décrivez, pourquoi collaborez-vous avec ceux qui s’acharnent à la transformer en un Sunnistan ? ». [NdT].

* * *

Aujourd’hui, le Conseil de sécurité discute du 28ème rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la situation humanitaire en Syrie. Dans ce but, il s’est appuyé sur quatre résolutions successives adoptées depuis ce qu’il est convenu de désigner par « la crise syrienne » : les résolutions 2139, 2165, 2191 et 2258.

Cependant, malgré ces résolutions, la situation humanitaire en Syrie n’a pas progressé dans le sens espéré et les Syriens sont donc en droit de s’interroger sur les raisons qui empêchent de mettre fin aux souffrances qu’ils endurent, après presque cinq ans et demi d’une guerre terroriste internationale menée contre mon pays par les gouvernements de plusieurs pays, dont certains sont des États membres de ce Conseil.

Le représentant de l’Angola a vu juste lorsqu’il a posé la question de savoir : « Pourquoi ne pas interroger les parties prenantes régionales et internationales sur leur responsabilité dans la pérennisation de cette crise humanitaire ? » ; la question clé en l’occurrence !

Monsieur le Président,

Mettre fin à la souffrance des Syriens d’une manière durable ne peut se concrétiser en la laissant s’éterniser et soumise au chantage politique exploité par certaines capitales pour imposer au peuple syrien le choix entre deux maux : soit continuer à subir le terrorisme, soit se résoudre à confier le pays au chaos.

Mettre fin à cette souffrance ne peut se concrétiser ni par la rédaction de dizaines de rapports ; ni par la tenue de réunions régulières ; ni par l’organisation de congrès spectaculaires ; ni même par la fourniture d’aides humanitaires à telle ou telle région, bien que nous reconnaissions leur utilité et que le gouvernement syrien participe à leur acheminement vers toutes les régions du pays ; ni par les actions de ladite « Coalition » menée par les États-Unis, aboutissant à la destruction des silos de grains, des infrastructures et des installations électriques qui ont coûté au peuple syrien des dépenses et des efforts difficilement indemnisables ; ni en jouant sur la géographie du sang syrien ; ni encore, par la formation de coalitions douteuses pour prétendument éradiquer le terrorisme ; mais passe par un combat sérieux contre le terrorisme comme le font le gouvernement syrien en coopération avec la Fédération de Russie, et d’autres amis, suite à une demande officielle des autorités syriennes, ce qui a contribué à améliorer la situation dans nombre de régions en Syrie.

La solution est parfaitement connue de tous, aussi bien par ce Conseil que par Monsieur O’Brien, et consiste à traiter les raisons fondamentales de cette crise imposée au peuple syrien, car c’est bien une « crise imposée » et non l’œuvre du peuple syrien.

Certains membres de ce Conseil persistent sciemment et avec arrogance à ignorer la vraie raison ayant mené à l’émergence de cette crise humanitaire et à son aggravation, comme ils persistent à prétendre ignorer les raisons de la fuite d’un nombre effarant de Syriens vers les régions contrôlées par l’État syrien ou vers l’étranger. La raison est le terrorisme, Mesdames et Messieurs. Le terrorisme !

S’agissant d’Alep, dès les débuts de cette crise nous avions informé ce Conseil que cette ville n’avait subi aucun acte terroriste durant la première année et demie. Au nom du gouvernement syrien, nous avions sollicité votre aide pour exercer vos pressions sur le gouvernement turc afin qu’il interdise aux terroristes de se rendre dans cette ville. Mais nul n’a répondu. Ce qui a conduit à l’irruption de dizaines de milliers de terroristes « génétiquement modérés » venus de tous les pays du monde et baptisés « opposition modérée » ou encore, « groupes armés non étatiques ». Quant à la route du Castello, j’aimerais préciser que le gouvernement syrien ne l’a pas « coupée », mais tente de l’ouvrir et de la libérer des terroristes qui empêchent l’acheminement de l’aide humanitaire par cette voie et continuent de l’emprunter à partir de la Turquie.

Le terrorisme est la principale raison de cette crise humanitaire, l’autre raison étant la paralysie de la vie économique du pays du fait desdites « mesures coercitives unilatérales ». C’est pourquoi, la solution durable réside dans la lutte contre le terrorisme passant par l’exécution des résolutions prises par ce même Conseil et la coordination ainsi que la pleine coopération avec le gouvernement syrien, loin des politiques à double standard et de l’hypocrisie pratiquées par certains dans leur prétendu combat contre le terrorisme, loin des tentatives de transformation de la Syrie en un aimant attirant le terrorisme international takfiriste.

La déléguée des États-Unis a parlé de l’enfant de douze ans, réfugié palestinien du camp de Handarat à Alep, égorgé par des éléments de « Harakat Nour al-Din al-Zenki », un mouvement dont le nom indique, à ceux qui connaissent l’histoire de la région, son origine turque. Elle a qualifié les égorgeurs de « Rebels fighters ». Elle ne les a pas qualifiés de terroristes, mais de combattants rebelles ! Idem pour les autres organisations terroristes telles que Jaïch al-Islam, Ahrar al-Cham, Jaïch al Fath, etc.

Il faut arrêter le soutien accordé par les gouvernements turc, saoudien, qatari et d’autres pays aux organisations terroristes armées, lesquelles ont étendu leur terrorisme sur des villes et des villages syriens, commettant les plus horribles crimes contre leurs habitants, les utilisant comme boucliers humains.

Tout comme il faut cesser d’essayer de légitimer les exactions de ces organisations terroristes en usant d’appellations telles que « organisations pacifiques », « organisations armées modérées » ou « groupes armés non étatiques » ; lesquelles, comme vous le savez, sont d’une extrême neutralité et ne correspondent absolument pas aux prescriptions de vos propres résolutions en matière de lutte contre le terrorisme.

Ne pas nommer le terrorisme par son vrai nom envoie à des milliers de terroristes un message d’erreur, leur disant que leur terrorisme est légitime tant qu’il consiste à défier l’autorité de l’État syrien, à détruire ses infrastructures et ses institutions ; ce qui ne peut qu’ouvrir la porte à encore plus de drames humains et matériels.

Dernièrement [le 19 juillet], l’aviation militaire française a bombardé le village d’Al-Tokhar dans le gouvernorat d’Alep, tuant 164 civils pris en otage par Daech. En fait, les terroristes avaient reçu l’ordre de déguerpir du village dès qu’ils ont entendu que le Président français voulait se venger de ce qui s’était passé à Nice. Et le Président français a voulu se venger de ce qui est arrivé à Nice, tuant 164 civils du village d’Al-Tokhar en Syrie. Deux fois plus de victimes que le terroriste de Nice ! Mais qui détenaient ces civils en tant que boucliers humains ? N’est-ce pas Daech ? Et qui a tué des civils sous prétexte de lutter contre Daech ? N’est-ce pas l’aviation militaire française ?

Les forces de l’air étatsuniennes agissent de même et il y a des dizaines d’autres exemples que nous avons confiés à votre attention par des lettres officielles distribuées et redistribuées à maintes reprises. Je ne suis pas aussi doué que la déléguée des États-Unis pour vous citer des noms. Nous avons des millions de noms et, si je devais vous en donner lecture, cela nous prendrait des semaines avant que je ne puisse vous donner la liste de toutes les victimes syriennes du fait des exactions des organisations terroristes.

Pourquoi ne qualifie-t-on pas d’opposition armée modérée ceux qui ont attaqué le Bataclan, Nice ou Charlie Hebdo, à Paris ? Pourquoi le terroriste qui sévit en Syrie est-il qualifié d’opposant modéré, alors qu’il est nommé terroriste lorsqu’il commet des actes terroristes, que nous condamnons, en France, aux États-Unis ou ailleurs ?

Le terrorisme est du terrorisme ! Nous l’avons dit il y a cinq ans et nous le répétons. Il n’y a pas un terrorisme hallal et un terrorisme haram.

Le terrorisme est du terrorisme ! C’est nous qui endurons ce terrorisme. C’est notre peuple qui endure ce terrorisme.

Monsieur le Président,

La meilleure preuve de ce que je dis est justement le fait que ce mouvement de Nour al-Din al-Zinki -lequel a donc horriblement et publiquement décapité cet enfant palestinien de 12 ans il y a quelques jours- soit qualifié d’opposition armée modérée par des gouvernements dont certains sont membres de ce Conseil, en plus d’être soutenu par ces mêmes gouvernements en armes, en argent et en couverture médiatique depuis fin 2011.

Les pratiques de ce mouvement terroriste ne diffèrent en rien de celles d’autres organisations terroristes qu’il a plu à certains membres de l’ONU, à l’extérieur et à l’intérieur de ce Conseil, de qualifier d’opposition armée modérée, telles Jaïch al-Islam, Ahrar al-Cham, Jaïch Mouhammad, Liwa’ al-Tawhid, Liwa’ Chouhada’ Badr, liwa’ al-Mouhajirine, Al-jabhat al-Islamiya, Jaïch al-Fath, Liwa’ du Sultan Mourad, le Parti de l’Union du Turkestan islamique, et bien d’autres organisations qui ont commis et commettent encore des crimes indescriptibles. Imaginez-vous que certains membres de ce Conseil en sont arrivés à prétendre que la dernière organisation citée, qui est celle d’un mouvement au Turkestan, est une opposition syrienne modérée !

Certains ont créé ces monstres cannibales et amateurs de selfies décapitant leurs victimes, ces monstres qui balancent leurs victimes vivantes du haut des immeubles, les grillent dans les fours à pain comme à Adra ou les massacrent par projection de bonbonnes de gaz comme à Alep, ces monstres qui enlèvent et emprisonnent des milliers de femmes et enfants des villages de Lattaquié, Hama et Homs… Autant d’horreurs que les Syriens ne pardonneront pas. Autant de crimes contre l’humanité. Désormais, vous n’avez nul besoin d’enquêteurs, de preuves ou de chiens policiers pour en découvrir les auteurs. Le criminel est notoirement connu ainsi que son souteneur.

Ce qui reste inexplicable et inadmissible est comment est-il possible que certains États membres de ce respecté Conseil puissent toujours refuser de porter certains de ces groupes sur la liste des organisations terroristes de l’ONU, alors qu’ils prétendent porter la bannière des droits humains et de l’autorité du droit ? Comment est-ce encore possible, alors que ces États réalisent parfaitement que ce refus autorise les terroristes à poursuivre leurs crimes et décapitations, prouve le manque de sérieux de leurs gouvernements dans la lutte contre le terrorisme, en plus de prouver leur utilisation du terrorisme comme instrument politique pour faire pression sur le gouvernement syrien ?

Monsieur le Président,

Le gouvernement syrien assume son obligation constitutionnelle de protéger ses citoyens et de combattre le terrorisme, mais nous ne pouvons le combattre tout seuls afin de minimiser son danger pour nous, pour la région et pour le monde. C’est un danger qui a commencé à menacer vos États et je suis convaincu, Monsieur le Président, que tous les citoyens des pays qui se sont vus dernièrement submergés par la vague des actions terroristes ont le droit de s’interroger sur les raisons ayant poussé leurs dirigeants à fermer les yeux sur les départs de leurs concitoyens vers la Syrie pour s’exercer au terrorisme, avant de revenir et de le pratiquer dans leur pays d’origine.

Combattre le terrorisme et lever les mesures coercitives unilatérales m’amènent à parler de la démarche suivante nécessaire à la résolution de la crise humanitaire, qui n’est autre que le soutien de la solution politique, car le combat contre le terrorisme augmentera les chances de réussite d’une telle solution, laquelle doit garantir la souveraineté de la Syrie, son indépendance, son unité territoriale et sa sécurité, conformément à toutes vos résolutions relatives à la Syrie.

Le peuple syrien ne permettra absolument pas de se laisser transformer en une autre copie de ce qui est arrivé en Libye, en Irak, en Somalie, au Soudan, en Afghanistan et d’autres pays, d’autant plus que cette volonté est conforme aux principes du Droit international, et afin que ces principes ne soient plus dépassés par certains pour recommencer ce qu’ils ont infligé à l’Irak, à la Libye et ailleurs.

C’est dans ce but que mon gouvernement a suivi avec attention les déclarations consécutives à la visite du Secrétaire d’État des États-Unis à Moscou, ce 10 juillet, lesquelles ont assuré l’accord des deux parties, américaine et russe, sur la lutte contre le terrorisme, Daech et le Front al-Nosra.

La République arabe syrienne qui se trouve en première ligne face à ce mal global accueille favorablement ces déclarations et en même temps déclare, encore une fois, qu’elle tient à une solution politique qui devra répondre aux aspirations du peuple syrien et obtenir son assentiment, tout comme elle est prête à poursuivre le dialogue entre Syriens, sans conditions préalables, dans l’espoir que cette solution relève des seuls Syriens, sans ingérences étrangères, mais avec le soutien des Nations Unies et de la Communauté internationale.

Monsieur le Président,

J’affirme, une fois de plus, que le gouvernement syrien est déterminé à respecter ses obligations et à assumer ses responsabilités dans le but d’alléger le fardeau pesant sur son peuple. Dans cet objectif, nous sommes toujours prêts à prendre toutes les dispositions nationales nécessaires. Ainsi, nous poursuivrons notre coordination avec l’Organisation des Nations Unies et faciliterons ses missions, en sachant que cette coopération n’est pas à sens unique. En retour, l’ONU devra coordonner, coopérer et dialoguer avec nous sur toutes les questions humanitaires, au lieu de recourir à la suspicion et aux critiques injustifiées.

L’ONU et d’autres organisations travaillant en Syrie n’auraient jamais réussi à aider des millions de Syriens, ces dernières cinq années, sans le concours, le soutien et la protection du gouvernement syrien. Nous continuerons à ce faire, tant que le bénéfice concernera l’ensemble des Syriens dans le besoin, tant que la distribution des aides respectera la souveraineté de l’État et s’accordera avec les clauses de la Résolution 46/182 qui ont institué l’OCHA [Office for the Coordination of Humanitarian Affairs].

Monsieur le Président,

Avant de conclure, j’aimerais vous rappeler ce qu’a déclaré l’ex-ministre français des Affaire étrangères, Fabius, à Marrakech le 12 décembre 2012 lorsqu’avec ses amis ils cherchaient à créer une opposition syrienne : les jihadistes « font du bon boulot » en Syrie, tandis que l’ex-premier ministre français de l’époque, devenu aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, disait : « je ne peux rien faire pour empêcher les jihadistes français d’aller en Syrie ». Et maintenant que le « terrorisme jihadiste français » a frappé le Bataclan, Charlie Hebdo et Nice, le Président français bombarde un village près de Manbej et tue 164 civils !

Je pourrais vous citer beaucoup d’autres exemples, mais je respecte le temps qui m’est imparti et vous remercie.

Reprise de parole en fin de séance, suite aux conclusions de M. O’Brien [Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonateur des secours d’urgence]

Monsieur le Président,

Je ne serai pas long, mais je voudrais partager avec les membres du Conseil des informations non abordées dans cette session.

Premièrement : il est regrettable que nul n’ait mentionné l’exploit des terroristes installés à Wadi araba, une localité menant vers Madaya que beaucoup ont prétendu encerclée par « le régime ». Ils ont fait exploser la source principale d’eau potable nourrissant Damas. Résultat : sept millions de civils syriens privés d’eau potable à Damas !

Deuxièmement : à Raqqa, les terroristes de Daech ont brûlé sur la place publique, trois membres vivants d’une même famille parce qu’ils avaient tenté de fuir la ville : le père, la mère et une enfant de deux ans. Je n’ai pas entendu M. O’brien en parler, non plus.

Troisièmement : Concernant les bombardements d’Alep, certains ont parlé d’Alep est et d’Alep ouest en disant que les frappes fusent de l’est et de l’Ouest, mais M. O’Brien ne nous a pas qui bombarde les civils. Il ne nous a pas dit qui sont les terroristes que la Coalition internationale prétend combattre. Il ne nous a pas dit qu’ils sont nourris par la Turquie et les régimes de la corruption des Pays du Golfe : l’Arabie saoudite et le Qatar. Nous souhaiterions que lorsque Monsieur le Secrétaire adjoint nous reparlera de ce qui se passe en Syrie, il précise qui sont ceux qui bombardent délibérément nos civils.

Quatrièmement : Hier, plus de 100 victimes, entre tués et blessés, à Damas. Je vous notifierai leurs noms par courriers officiels. Des femmes et des enfants tombés à Damas et à Alep dans des restaurants et des jardins publics. Qui les a bombardés ? Pourquoi M. O’Brien n’en a pas parlé ?

Merci, Monsieur le Président.

Dr Bachar al-Jaafari

Envoyé permanent de la Syrie auprès des nations Unies

25/07/2016

Source : Vidéo / Syria - Security Council, 7744th meeting

http://webtv.un.org/meetings-events/security-council/watch/syria-security-council-7744th-meeting/5049333063001

[*] La France appelle à une trêve humanitaire à Alep. Situation humanitaire en Syrie - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 26 juillet 2016

http://www.franceonu.org/La-France-appelle-a-une-treve-humanitaire-a-Alep

Transcription et traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

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Un homme dépassé. par Jacques Sapir.

30 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Terrorisme, #l'islamisme, #Daesch, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Jacques Sapir est directeur d’Études à l’ École des Hautes Études en Sciences Sociales, dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS), le groupe de recherche IRSES à la FMSH

Un homme dépassé

© Clodagh KilcoyneSource: Reuters
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Dans un discours prononcé après l'attentat de Rouen, François Hollande «se voulait martial» ; un discours qui fait «plus penser à Paul Reynaud (nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts) qu’à de Gaulle», estime l'économiste Jacques Sapir.

Le président de la République a fait, hier soir, une courte allocution télévisée à la suite du crime atroce commis par deux djihadistes, l’un et l’autre fichés «S» en l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray. L’instant était particulièrement solennel. Les mots utilisés par François Hollande sont importants. On connaît en effet la formule «le style c’est l’homme». Et ces mots, comme ce style, sont révélateurs des manques et des limites du personnage.

Сe nouveau crime appelait d’autres mots et les français attendaient autre chose

«Françaises, Français,

Un prêtre, le père Jacques HAMEL, un homme plein de bonté, a été sauvagement assassiné, égorgé dans une église à Saint-Étienne-du-Rouvray, au milieu de ses fidèles, eux-mêmes pris en otage. Les deux terroristes ont été abattus par la police. Je salue le courage de ces policiers qui sont intervenus dans un délai très court.

Cet acte abominable est une nouvelle épreuve pour la Nation alors que nous portons encore le deuil des 84 victimes de l’attentat de Nice et que Paris, l’année dernière, avait été si durement frappée

Si l’attaque de cette déclaration porte bien la solennité du moment, si François Hollande nous a épargné le «mes chers concitoyens» d’usage depuis Jacques Chirac, les deux paragraphes qui suivent retombent dans l’un des travers du président actuel. L’usage du registre compassionnel pose problème. Non que la compassion ne soit une valeur hautement respectable. Mais ce nouveau crime appelait d’autres mots et les français attendaient autre chose. On ne peut, en effet, rester en permanence dans ce registre. Il le dit lui-même, ce crime survient après celui de Nice. Et, déjà, l’attentat de Nice était l’attentat de trop, celui qui exige des autorités un autre discours. Les dirigeants qui ont fait l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, Churchill, de Gaulle, ont-ils usés et abusés du registre compassionnel ? Ce passage révèle en réalité la profonde inadéquation tant du discours que du personnage de François Hollande dans la situation actuelle. Et le mot cruel, mais hélas si juste, de Jean-Luc Mélenchon à l’égard de François Hollande revient à la mémoire : capitaine de pédalo. Nous n’exigeons pas de tout dirigeant qu’il se hisse à la hauteur de ses illustres prédécesseurs. Mais les Français sont en droit d’attendre que ceux qui n’en sont pas capables cèdent la place à ceux qui – eux – sauront faire face à cette situation à la fois dramatique et exceptionnelle.

Est-ce par peur que le président a évité le mot laïcité ?

«Les catholiques de France et du monde sont meurtris, mais ce sont tous les Français, quelles que soient leurs convictions et leur confession, qui se sentent atteints au fond d’eux-mêmes. Attaquer une église, tuer un prêtre, c’est profaner la République qui garantit la liberté de conscience. C’est semer l’effroi car ce que veulent les terroristes, c’est nous diviser, nous séparer, nous opposer, nous déchirer.»

Le président de la République ici se trompe, soit par ignorance – ce qui est peu probable – soit à dessein, ce qui est pire. La République garantit la liberté des cultes, dans le cadre de la laïcité et non la seule «liberté de conscience » qui est un principe restrictif au regard de la laïcité. Ce que les djihadistes et leurs complices dans une fraction de l’Islam politique remettent en cause c’est bien la laïcité. C’était ce mot, devenu un marqueur politique important, qu’il fallait employer. Le fait qu’il ne l’ait pas été soulève alors des questions fondamentales : est-ce par peur que le président a évité ce mot ou bien est-ce pour signifier qu’il entend reculer de la laïcité, qui – on le rappelle – implique le cantonnement des religions dans la sphère privée vers la notion de simple «tolérance» qu’implique la «liberté de conscience» ? Est-ce qu’il ne se souvient donc pas que la République est dite «laïque» dans notre Constitution ?

Honte à notre Président d’avoir choisi des mots qui laissent à penser qu’il est prêt à reculer

En parlant de «conscience», François Hollande se place sur le versant individuel. Or, ce qui est mis en cause par ce crime, c’est un principe d’action collective, la laïcité. La laïcité est un principe d’organisation politique alors que la tolérance est une valeur individuelle. Rappelons que quand Bodin se décide à écrire le Colloque des sept savants ou Heptaplomeres (Bodin J., Colloque entre sept savants qui sont de différents sentiments des secrets cachés des choses relevées, traduction anonyme du Colloquium Heptaplomeres de Jean Bodin, texte présenté et établi par François Berriot, avec la collaboration de K. Davies, J. Larmat et J. Roger, Genève, Droz, 1984, LXVIII-591, désormais Heptaplomeres), sa conclusion tient en trois points : il faut que nous restions ensemble plutôt que de retourner chacun dans sa communauté religieuse ; il nous faut travailler au bien commun ; il faut limiter la religion à la sphère privée. Ces points sont essentiels. Ils définissent le périmètre de la République sur la question religieuse. Reculer sur ces points, c’est reculer sur les principes les plus fondamentaux. Honte à notre président d’avoir choisi des mots qui laissent à penser qu’il est prêt à reculer.

Le Président prend le contrepied de ceux qui, chez les «Républicains», appellent à des actes d’exception

«Face à cette menace qui n’a jamais été aussi grande en France comme en Europe, le gouvernement fait preuve d’une détermination absolue dans la lutte contre le terrorisme. Il mobilise tous les moyens humains et matériels, avec une présence à un niveau jamais atteint sous la Ve République de nos policiers, de nos gendarmes et de nos militaires sur l’ensemble de notre territoire.

Le gouvernement applique et appliquera avec la plus extrême fermeté les lois que nous avons fait voter et qui donnent à la justice, aux préfets, aux forces de l’ordre et aux services de renseignement la capacité d’agir, amplifiée par la prolongation et le renforcement de l’état d’urgence.

Mais je le dis clairement, restreindre nos libertés, déroger à nos règles constitutionnelles n’apporterait pas d’efficacité dans la lutte contre le terrorisme et affaiblirait à coup sûr la cohésion si précieuse de notre Nation.»

Le président prend ici le contrepied de ceux qui, chez les «Républicains», appellent à des actes d’exception. Il est vrai que la situation, pour grave qu’elle soit, ne le nécessite pas. Mais, quand bien même elle le nécessiterait, cela ne signifierait pas la fin de la démocratie et de la République. On sait que les études de cas proposées dans l’ouvrage de David Dyzenhaus, The Constitution of Law, aboutissent, à une critique du positivisme. Cette dernière est fondamentale. Elle permet de comprendre comment l’obsession pour la rule by law (i.e. la légalité formelle) et la fidélité au texte tourne bien souvent à l’avantage des politiques gouvernementales quelles qu’elles soient. A quelques reprises, l’auteur évoque ses propres analyses des perversions du système légal de l’Apartheid (Dyzenhaus D, Hard Cases in Wicked Legal Systems. South African Law in the Perspective of Legal Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 1991) en rappelant que cette jurisprudence avilissante tenait moins aux convictions racistes des juges sud-africains qu’à leur «positivisme» ( Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, op.cit., p. 22).

L’état de droit n’est pas l’alpha et l’oméga de la République. Il faut par contre se demander si les lois existantes ont été appliquées avec la rigueur nécessaire. Et, sur ce point, qu’il nous soit permis d’en douter.

«Notre pays doit éviter les surenchères, les polémiques, les amalgames, les suspicions. Notre pays fait la guerre. Une guerre à l’extérieur – c’est le sens des décisions que j’ai prises en Syrie et en Irak –, fait la guerre à l’intérieur en lutte contre la radicalisation, en traquant les individus djihadistes, en éradiquant les réseaux criminels et nous continuerons.»

L’état d’urgence est aujourd’hui bien plus un acte de communication qu’un acte de nécessité

Le président reprend le thème de la guerre. Mais ce n’est pas une guerre que la France mène mais bien deux. On ne reviendra pas ici sur les errements de notre intervention en Irak ou en Syrie. Ce qui est fait devrait l’être différemment. Mais, dans notre pays, les mesures d’urgences qui s’imposent n’ont pas été prises. On les rappelle car elles sont simples :

  • Interdiction du financement étranger direct des lieux de culte et associations cultuelles.
  • Contrôle par le ministère de l’Intérieur des prêches et expulsion des prédicateurs refusant les principes figurant dans le préambule de la Constitution (et en particulier de l’article premier du préambule de notre Constitution), ainsi que ceux appelant à la haine (et ceci sans entrer dans les arguties théologiques qu’impliquerait une interdiction spécifique des mosquées «salafistes» ; la République n’a pas à prendre partie entre courants et chapelles au sein d’une religion).
  • Interdiction aux Français étant allés combattre dans une organisation terroriste et génocidaire de revenir sur le territoire national. Cette mesure de bannissement, qui n’implique pas la perte de la nationalité, aurait pu être employée contre l’un des auteurs du crime de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Ces mesures ne nécessitent pas l’état d’urgence et peuvent être prises dans le cadre législatif normal. Elles montrent que l’état d’urgence est aujourd’hui bien plus un acte de communication qu’un acte de nécessité.

«C’est dans la persévérance que nous l’emporterons. Je vous dois aussi cette vérité, cette guerre sera longue. Ce qui est visé, c’est notre démocratie. Elle est la cible, elle sera notre bouclier. C’est notre unité qui fait notre force.

Alors, Françaises, Français, faisons bloc, c’est ainsi que nous gagnerons la guerre contre la haine et contre le fanatisme car je vous l’assure, cette guerre, nous la gagnerons. Vive la République et vive la France !»

Le président se veut martial. Hélas, les mots, comme le ton utilisé, font plus penser à Paul Reynaud (Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts) qu’à ceux de de Gaulle ou de Churchill. Certes, on devine que François Hollande n’est ni l’un ni l’autre. Mais on peut légitimement se demander s’il est à sa place.

Du même auteur : Cinq questions sur Nice

Sourcerusseurope.hypotheses.org

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Le nounours contre-attaque

27 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

Le nounours contre-attaque

27 Juillet 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus

Si de charmantes demoiselles sont capables d'amadouer le roi de la taïga, l'aigle américain manque, lui, cruellement de charme. Aussi n'est-il pas étonnant que l'ours ait tendance à lui voler dans les plumes ces derniers temps, que ce soit dans les travées du pouvoir à Washington ou sur le terrain syrien.

L'affaire du piratage informatique du Parti démocrate continue de faire parler. Moscou nie totalement son implication et parle de petits jeux politiciens internes. Lavrov s'est même fendu d'un commentaire pour le moins tranchant quand, interrogé par une journaliste, il a répondu en ces termes : "Je n'ai pas envie d'utiliser un mot en quatre lettres" [pour les non anglophones, il s'agit de "f.u.c.k"]

Point final, donc, nous ne serions qu'en présence d'une pauvre échappatoire du sérail démocrate afin de cacher ses turpitudes ? mmm, pas si simple... Les avis sont très divergents, l'affaire commence à prendre des proportions importantes et à partir dans tous les sens.

Pour Moon of Alabama, il ne faut y voir qu'une (habituelle) cabale anti-russe, le site rappelant d'ailleurs que l'hilarante a elle-même bénéficié de largesses financières du Kremlin : plus de 2 millions de dollars pour la Fondation Clinton et 500 000 pour le désœuvré Bill, sans doute jaloux de sa femme. Notons d'ailleurs que voilà Poutine en quelque sorte maître de l'élection américaine, les deux candidats étant d'une certaine manière ses obligés.

Zero Hedge n'est plus tout à fait sûr de la non-implication de Moscou, relevant que le fameux Guccifer 2.0 utilise plusieurs programmes en langue russe alors qu'il assurait ne pas la connaître. Barack à frites lui-même a lancé quelques insinuations. Quant aux secteurs conservateurs du spectre politique états-unien, ils sont eux aussi convaincus de la participation russe... et s'en félicitent ! Buchanan propose même le Pulitzer pour Poutine.

Décidément, il est difficile d'y voir clair. Il est assez évident que Trump a la préférence du Kremlin. Son refus de soutenir les djihadistes syriens, le réalisme de son entourage (visite de son conseiller en politique étrangère à Moscou, critique de Flynn sur la folle politique de Washington), sa prise de distance avec l'OTAN, son isolationnisme... tout cela ne peut que plaire à Moscou (et ailleurs, soit dit en passant). Surtout qu'en face, l'hilarante fiancée de Goldman Sachs et des néo-conservateurs serait plutôt sur la lancée d'un George Bush Jr. Alors, Vladimirovitch a-t-il décidé de donner un petit coup de pouce à Donald ?

Syrie justement. Nous avions évoqué en juin le curieux et culotté bombardement russe sur une base près de la frontière jordanienne :

F18 américains et Sukhois russes se sont retrouvés presque nez-à-nez dans le sud du pays. Pour être tout à fait honnête, la responsabilité de l'incident incombe surtout aux Russes qui ont pris les Américains à leur propre jeu. C'est le bien informé Moon of Alabama qui nous en offre l'explication.

Depuis des mois, Washington tente de dissuader Moscou de bombarder Al Qaeda arguant du fait que rebelles "modérés" soutenus par les Etats-Unis et djihadistes combattent côte à côte et que les premiers pourraient être malencontreusement tués, les pauvres choux. Passons sur le fait que les Américains admettent ouvertement soutenir les alliés du groupe de Ben Laden ; les victimes du 11 septembre doivent se retourner dans leur tombe, mais plus rien ne nous étonne désormais de ce qui vient d'outre-Atlantique...

Le pathétique argument de Washington - Il est difficile de séparer les modérés des djihadistes, laissez-nous plus de temps - fait perdre patience aux Russes qui voient dans ces manoeuvres dilatoires un moyen de sauver les djihadistes syriens. Aussi sont-ils allés, sans crier gare, bombarder les seuls rebelles vraiment modérés du pays, tout au sud près de la frontière jordanienne, au nez et à la barbe de leurs protecteurs. Aux cris d'orfraie américains, le facétieux Kremlin a ironiquement répondu en reprenant presque mot pour mot les propres explications de Kerry : "Des airs, il est difficile de distinguer les différents groupes rebelles". Le message est-il passé ?

Nous en savons un peu plus maintenant. C'était apparemment une base américaine utilisée par les forces spéciales US et britanniques ! S'il n'y a pas eu de morts autres que quelques rebelles entraînés par lesdites forces, il semble qu'une vingtaine de soldats anglais aient été présents seulement la veille. Bref, on est passé tout prêt d'une crise majeure.

Or il est intéressant de noter la sécheresse de la réponse russe : "La coalition [sous direction US] est la seule responsable du risque couru par ses soldats puisqu'elle refuse de partager les informations". Emballez c'est pesé, on voit qui est le patron en Syrie désormais...

Le bombardement a creusé un peu plus les divisions déjà béantes au sommet du pouvoir américain : la Maison blanche et le Département d'Etat ont décidé d'ignorer l'incident et de continuer les discussions avec Moscou, ce qui a rendu furieux la CIA et le Pentagone qui crient à la capitulation. De fait, il semble bien que Washington laisse désormais les mains libres aux Russes en Syrie, ce qui pourrait expliquer la tentative un peu désespérée et assez grossière des Seoud proposant à Poutine monts et merveilles ("la Russie sera encore plus puissante que l'URSS") s'il lâche Assad.

S'il se confirme qu'Obama a définitivement jeté l'éponge, Moscou, Damas et Téhéran ont six mois pour finir la guerre, avant la prise de fonction du prochain occupant de la Maison blanche. Avec Trump, Poutine aura carte blanche de toute façon. Si c'est Clinton, les néo-cons ressortiront la tête de l'eau mais il sera un peu tard.

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Des rebelles syriens «modérés» se seraient filmés en train de décapiter un enfant à Alep. Le 19 juil. 2016.

25 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #l'islamisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Politique étrangère, #Terrorisme, #Daesch

Des rebelles syriens «modérés» se seraient filmés en train de décapiter un enfant à Alep. Le 19 juil. 2016.

Selon des vidéos diffusées sur internet, des rebelles syriens auraient égorgé un enfant d'une dizaine d'années dans la ville d'Alep, au motif qu'il serait un combattant palestinien pro-gouvernement.

Dans une vidéo mise en ligne dans la journée du 19 juillet, cinq hommes peuvent être observés en train de poser à l'arrière d'un pick-up rouge, aux côtés d'un enfant d'environ 10 ans, visiblement effrayé et dont une main est ensanglantée.

L'un des adultes, qui saisit le garçon par les cheveux dans cette vidéo, affirme que celui-ci est un combattant de Liwa al-Quds (La Brigade de Jérusalem), une milice palestinienne soutenant le gouvernement syrien. Le même homme apparaît dans une autre vidéo diffusée dans la journée, où on le voit décapiter l'enfant à l'arrière du pick-up, alors que celui-ci est allongé sur le ventre.

D'après le site pro-rebelles Enab Baladi cité par la BBC, l'enfant aurait été capturé à Handarat, dans le nord de la ville syrienne d'Alep, par les combattants d'un groupe insurgé appelé Mouvement Nour al-Din al-Zinki (ou Harakat Nour al-Din al-Zenki). La zone, qui abrite un camp non-officiel de réfugiés palestiniens du nom d'Ein El Tal, a été le théâtre d'intenses combats entre les forces pro-gouvernementales et les rebelles le 19 juillet.

Le site a également rapporté les propos publiés sur Facebook par Yasser Ibrahim Youssef, un membre du bureau politique du Mouvement Nour al-Din al-Zinki, assurant qu'une commission de justice indépendante avait été chargée d'enquêter sur cet événement sinistre.

Un groupe rebelle financé par la coalition internationale menée par les Etats-Unis

Le groupe rebelle est, déjà, dans le collimateur des ONG de défense des droits de l'Homme. Début juillet, un rapport d'Amnesty International avait fait état d'un certain nombre d'exactions commises par le Mouvement Nour al-Din al-Zinki, parmi lesquelles des actes de torture.

Dans le cadre de sa lutte contre le gouvernement syrien, la faction antigouvernementale a reçu une aide financière et militaire de la coalition internationale menée par les Etats-Unis. Le groupe avait notamment reçu des missiles anti-chars américains.

Interrogé en conférence de presse suite à la diffusion de ces vidéos choquantes, le porte-parole du département d'Etat américain – l'équivalent du ministère des Affaires étrangères en France – Mark Toner a annoncé que les Etats-Unis feraient à tout le moins une «pause», si ce n'est un arrêt permanent de l'appui octroyé à ce groupe, si l'enquête déterminait la responsabilité de membres de cette faction dans cette exaction.

 

Lire aussi : Syrie : Amnesty dénonce des crimes de guerre commis par des rebelles soutenus par les Etats-Unis

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«Les «islamistes modérés», cela ne veut rien dire». Le 22 juil. 2016

25 Juillet 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #L'armée française, #Politique étrangère, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

«Les «islamistes modérés», cela ne veut rien dire». Le 22 juil. 2016

Que trouve-t-on derrière la fameuse idée d'«opposition syrienne modéré»? Est-elle vraiment si loin du djihadisme ? Randa Kassis, co-auteur avec Alexandre del Valle du livre «Le Chaos Syrien», se penche sur la question pour RT France.

RT France : Un jeune garçon a été décapité par l’opposition syrienne considérée comme modérée. La vidéo de cet acte a été publiée le 19 juillet sur internet. Comment peut-on définir ce qu'est l’opposition syrienne modérée et ce qui ne l’est pas ?

Un islamiste signifie un djihadiste potentiel

Randa Kassis (R. K.): D’abord, l’appellation de «rebelles modérés» ou d’«opposition modérée» a été donnée à l’époque aux rebelles islamistes et à la coalition nationale syrienne soutenue par l’Occident. Cela voulait dire «islamistes modérés» et pas laïques ou opposants modérés. Désormais, «modéré», cela ne veut rien dire, parce que malheureusement cela a été utilisé de telle façon qu’aujourd’hui moi, franchement, j’ai honte de dire que je suis une opposante modérée. Je suis une opposante laïque, politique, qui lutte pour un changement progressif en Syrie, de concert avec la Russie. «Modéré» n’a aucun sens aujourd’hui, parce que tous les islamistes «modérés», qui ont été soutenus et armés par les Etats-Unis et l’Occident sont islamistes avant d’être modérés. Nous avons vu l’égorgement - l’enfant n’a pas été décapité, mais égorgé - par un mouvement soi-disant islamiste modéré, soi-disant une branche de l’Armée syrienne libre qui démontre encore une fois qu’il en s'agit pas là de personnes avec qui on peut négocier. Ca fait des années que je le dis, il n’y a pas de rebelles armés islamistes modérés, cela n’existe pas. Un islamiste signifie un djihadiste potentiel, il faut le dire clairement aujourd’hui et être suffisamment courageux pour le dire.

Je ne crois pas qu’il y ait une vraie volonté des Etats-Unis de combattre les islamistes modérés 

 

 

RT France : Il y a eu récemment une rencontre entre John Kerry et Sergueï Lavrov lors de laquelle leurs positions se sont rapprochées concernant l’opposition dite modérée. Pensez-vous que ce rapprochement puisse avoir un certain effet dans la lutte contre l’Etat Islamique et les islamistes dits modérés ?

R. K. : Je ne crois pas qu’il y ait une vraie volonté des Etats-Unis de combattre les islamistes modérés. Nous avons vu des exactions de la part de ses islamistes modérés, il y a eu l'égorgement de cet enfant. Malheureusement, les Etats-Unis, à mon avis, ne vont pas arrêter, ils n’ont pas de volonté de trouver une solution progressive pour la Syrie. J’ai beaucoup de confiance en la politique russe, j’ai toujours cru que la Russie était un espoir pour le peuple syrien, elle peut présenter un changement progressif, il faut le faire par étapes.

La coalition occidentale n'est pas pour une solution politique mais pour une solution militaire, ils ne savent pas négocier

Pour commencer un processus politique, il faut être réaliste. |...] Il faut y aller tout doucement pour protéger aussi la population syrienne de ces islamistes-là. C’est ce que signifie le processus politique. Jusqu’à aujourd’hui, l’Occident soutient farouchement la coalition qui n’est pas, en réalité une coalition, mais une délégation de Ryad appelée le Haut Comité des négociations. Ces gens-là ne peuvent pas représenter ou défendre de solution progressive et de solution politique, parce qu’ils veulent voir Bachar el-Assad tomber à n’importe quel prix et n’ont même pas un programme, pas de vision, pour savoir qui sera à la place. Ils veulent la chute du régime syrien, mais ils sont tellement faibles que les islamistes, et les autres rebelles qui sont sur le terrain prendront la place. Cette délégation de Ryad est ailleurs, elle ne pourra même pas diriger le pays. Ces gens-là ne sont pas pour une solution politique, ils sont pour une solution militaire, ils ne savent pas négocier. L’Europe s’aligne sur la position de l’Arabie Saoudite, la Turquie est incapable de faire quelque chose pour une solution politique en Syrie.

A chaque fois que les Etats-Unis interviennent dans nos régions, ils y créent le chaos, ce qui les intéresse c’est le chaos avant tout

RT France : Après ce drame du jeune garçon décapité, le département d’Etat américain a déclaré qu’il n'allait pas suspendre son soutien à cette opposition parce qu’il n’y avait pas assez de preuves. Les preuves obtenues, ce groupe islamiste a dit qu'il s'agissait d'une faute, en prétendant avoir cru que ce garçon était un soldat. Pensez-vous que cette explication suffise dans le cadre du soutien aux rebelles de la part des Etats-Unis ?

R. K. : Même si cet enfant travaillait vraiment pour le régime, l’exécuter d’une telle façon est inacceptable, c’est un crime. Il faut quand même être fidèle à ses propres principes : on est contre l’exécution des enfants. En plus, il a été exécuté sans preuve et par égorgement, pour moi c’est un double crime. Nous ne devons pas négocier avec des personnes pareilles. La seule réponse à ces rebelles, c’est tout simplement le combat avec eux, l’extermination, il n’y a pas de dialogue avec des djihadistes potentiels, avec des criminels. Les Etats-Unis peuvent soutenir même les extrémistes islamistes, on l’a vu dans l’histoire, ce n’est pas la première fois, les Etats-Unis ont déjà collaboré avec des islamistes. Les islamistes n’ont pas de principes, ils ne cherchent pas une vraie solution en Syrie, ce n’est pas le cas de tous les Syriens laïques qui veulent quand même un pays capable de protéger la population syrienne et ses minorités. Il faut protéger ces populations-là, mais, malheureusement, ce n’est pas avec les Etats-Unis. A chaque fois que les Etats-Unis interviennent dans nos régions, ils y créent le chaos, ce qui les intéresse c’est le chaos avant tout.

Il faut être encore plus ferme, sinon la France aura un autre attentat, parce que, face à ce laxisme du gouvernement français, les islamistes tenteront encore une fois d’attaquer la France. 

 

RT France : Après l’attentat de Nice, François Hollande a promis d’intensifier la lutte contre l’Etat Islamique. Il y a eu une série de frappes aériennes à Minbej et 30 frappes où les forces militaires se seraient trompées, ayant visé les quartiers majoritairement habités par les civils. Ces frappes sont-elle une sorte de réaction à l’attentat de Nice ?

R. K. : Il faut savoir que, il y a pas mal de temps, ont eu lieu des combats entre les Kurdes et l’Etat Islamique autour de Minbej. Les Kurdes sont soutenus par François Hollande personnellement, ce qui a poussé le président Hollande à bombarder Minbej pour aider les Kurdes à le prendre. Ce n’est pas vraiment une réponse à l’attentat de Nice. La position du gouvernement français, à mon avis, est très mauvaise, parce qu’aujourd’hui on ne parle même pas de l’islamiste qui a fait cet attentat et a été radicalisé, on parle toujours d’un perturbé mental, d’une personne qui n’a rien à voir avec l’islam. Je crois qu’il faut avoir à un moment donné le courage de dire les choses comme elles sont : oui, il y a de l’islam radical, oui, l’islam a besoin d’une réforme, oui, celui qui a commis cet attentat s’est radicalisé et est devenu islamiste djihadiste. Il faut être encore plus ferme, sinon la France aura un autre attentat, parce que, face à ce laxisme du gouvernement français, les islamistes tenteront encore une fois d’attaquer la France.

Frapper après l’attentat, c’était un symbole

RT France : Pourquoi alors bombarder en Syrie si l’auteur de cet attentat s’est radicalisé en France et se trouvait sur le territoire de la France ?

R. K. : Frapper après l’attentat, c’était un symbole, mais la vraie raison c’est quele président français est très proche des Kurdes qui combattent l’Etat Islamique sur le terrain en Syrie. Il a juste trouvé le bon moment de soutenir les Kurdes par un bombardement français à Minbej.

Lire aussi : Syrie : Amnesty dénonce des crimes de guerre commis par des rebelles soutenus par les Etats-Unis

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