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Le blog de Lucien PONS

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SYRIE : CINQ ANS DE METAPHYSIQUE DIAFOIRUS …

17 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch, #Politique étrangère

SYRIE : CINQ ANS DE METAPHYSIQUE DIAFOIRUS …

En France plus qu’ailleurs, certaines questions internationales finissent par confiner au religieux. Il en va ainsi du conflit israélo-palestinien et du génocide rwandais qui déclenchent – aussitôt évoqués – postures mystiques, déferlements de propagande et noms d’'oiseaux. N’ayant pas échappé à la boulimie commémorative de la presse parisienne, la crise syrienne qui vient d'’entrer dans sa sixième année, provoque encore toutes sortes de transes chez toutes sortes de belles âmes, de redresseurs de pensées courbes et de toutous de garde aux aboiements sélectifs.

Si nul ne conteste la gestion désastreuse de l’'emprisonnement des enfants de Deraa, ayant écrit sur les murs : « Bachar dégage ! » – affaire qui a constitué le facteur déclencheur de la crise en mars 2011 – ; si chacun pouvait s’'inquiéter de la lenteur des réformes de structures, qui étaient pourtant engagées avec l’'aide de la France depuis le début des années 2000 ; enfin, si personne ne pouvait comparer la Syrie avec la Confédération helvétique, il paraissait tout aussi stupide de la confondre avec la Corée du nord…

Deraa : une troisième année de sécheresse avec plusieurs milliers d’'ouvriers agricoles impayés, des armes de guerre qui rentrent impunément depuis la Jordanie et l'’Irak voisins par les caravanes des tribus transfrontalières sunnites et les activistes des Frères musulmans jordaniens qui chauffent à blanc la prière du vendredi… ça fait beaucoup ! L'’auteur de ces lignes a vu – de ses yeux vus – des snippers masqués tirer depuis les toits des maisons sur les forces de l'’ordre locales. Ciblées, évidemment celles-ci se sont mises à riposter, causant ainsi les premières dizaines de morts d'’une guerre civilo-internationale qui en ferait plus de 300 000.

D’'entrée de jeu, les rédactions parisiennes qui n’avaient personne sur place et dépourvues de bons experts, commencèrent à marteler la fable des manifestations « pacifistes », unilatéralement réprimées dans le sang. D'’entrée de jeu ! Ce pauvre Jean-Pierre Filiu écrivait sans ciller dans Le Monde1 que les jihadistes étaient littéralement paniqués, submergés qu'’ils étaient par un tsunami « démocratique » en train de déferler sur l’'ensemble du monde arabe ! Par conséquent et dès le départ, la crise syrienne a bénéficié d'’un traitement particulier, subjectif et idéologique : Hafez Al-Assad avait été l’'allié de Brejnev même s'’il avait participé à la première guerre du Golfe contre Saddam ; le Baath restait un parti socialiste et laïc particulièrement détesté des monarchies pétrolières (nos grand amis) ; enfin, Bachar – même s'’il avait multiplié les ouvertures internationales et domestiques depuis juin 2000 -, avait aussi reconduit son alliance avec le camp des Méchants : la Russie, l'’Iran, le Hezbollah libanais et les organisations palestiniennes qui n'’avaient jamais cru à camp David…

A Paris, les classes politique, diplomatique et médiatique avaient copieusement loupé le coche de la révolte tunisienne. On se souvient des brillantes prestations de Mme Alliot-Marie, qui proposait au Parlement de partager notre savoir faire sécuritaire avec les nervis de Ben Ali, d’'Alain Juppé qui amènait des oranges aux manifestants de la place Tahrir au Caire et de Nicolas Sarkozy qui lançait une nouvelle grande guerre « humanitaire », le 19 mars 2011 en Libye. Un an plus tard, le même Juppé – qui venait de manger son chapeau sur le retour de la France dans le Commandement intégré de l’OTAN -, décidait de fermer l’'ambassade de France à Damas.… Décision des plus hasardeuses, nous privant ainsi de bouches et d'’oreilles précieuses, notamment sur le front de la lutte anti-terroriste !

En juillet 2011, Eric Chevallier, que son copain Kouchner a bombardé ministre plénipotentiaire en passant devant tous les diplomates du Quai, est rappelé à Paris. Quelques mois auparavant, Kouchner l’'a nommé ambassadeur de France… en Syrie. Malin, ce médecin – précédé de son CV d'’ancien French Doctor -, sent très bien qu'’il ne va pas être accueilli avec des fleurs dans la capitale syrienne. A peine nommé donc, il en fait des tonnes dans le genre : Bachar, phare planétaire de la civilisation.… Peu rompu aux ficelles du métier diplomatique, même s'’il apprend vite, il se fait proprement engueuler. Les éminences du cabinet de Juppé lui expliquent que s'’il veut poursuivre sa brillante carrière diplomatique, il a tout intérêt à se contorsionner à 360 degrés afin de prendre clairement fait et cause pour la « Révolution syrienne », d’'autant que certaines et certains de ses plus brillants thuriféraires vivent à Paris depuis plus de trente ans et que… miracle ! Ils parlent français.

Ainsi, comme on l'’a fait de la reconnaissance précipitée d’'un Conseil national de transition en Libye avec les résultats que l’'ont connaît, la France éternelle adoube quelques happy fews, plutôt improbables : deux sœurs un peu fofolles qui ont toujours dégusté à tous les râteliers, un prof de socio sans étudiant et un économiste qui ne comprend toujours pas pourquoi il n'’a jamais été ministre dans son pays d’'origine. Du lourd ! D’'autant que le Qatar commence joyeusement à arroser ce « gouvernement en exil » de tombereaux de dollars. Dans les hôtels cinq étoiles de Paris, du Caire, d'’Istanbul et de Doha, on retrouve désormais le pragmatique Eric Chevallier – sur la photo – au milieu de cette joyeuse bande. Problème : la plupart de ses histrions n'’ont pas mis les pieds au pays depuis belle lurette. Quant aux membres des Comités de coordination nationales – qui, eux travaillent sur le terrain et récusent toute ingérence étrangère, envisageant d’'entreprendre une négociation avec le gouvernement syrien -, la diplomatie française ne veut, tout simplement pas les voir !

En juillet 2011, durant l'’engueulade de Chevallier, les experts du Quai d'’Orsay affirment le plus sérieusement du monde que Bachar ne passerait pas Noël. Bien vu ! Amateurisme, incompétence et métaphysique de Diafoirus, ces chapeaux pointus décrètent que l’'affaire est d’ores et déjà pliée comme le furent celles de Tunisie, d’'Egypte et de Libye ! Avec l'’arrivée de François Hollande à l’'Elysée, on se prend à rêver qu'’il va enfin être possible de revenir à de plus sérieux diagnostics. Que nenni ! Laurent Fabius décrète que « Bachar ne mériterait pas d’'être sur terre » et que « les petits gars de Jabhat al-Nosra font du bon boulot ! » La métaphysique Diafoirus s’'épaissit et produit trois brillants théorèmes : Bachar est personnellement responsables des 300 000 morts de la guerre ; il a crée Dae’ch ; il doit partir et tout sera réglé….

L'’un des plus beaux spécimens de cette métaphysique Diafoirus est paru dans « Les carnets du CAPS – Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires étrangères et du Développement international »2, document à diffusion restreinte. Sous la plume de Michel Duclos, qui fut ambassadeur de France en Syrie de 2006 à 2009, son titre annonce la couleur : « Bachar al-Assad – portrait d’'un dictateur »… En ouverture est cité un article de la revue Commentaire – « Le régime d'’Assad : le sabre du Mamelouk et le secret de la Mafia » – de Gérard Araud, l'’un des porte-voix de 'l’école néo-conservatrice française.

Le portrait se poursuit par l'’évocation des études d’'ophtalmologie du jeune Assad à Londres où, « il n’est guère sorti, lors de ce séjour, d'’un milieu très étroit ». La suite est plus curieuse : « à la différence de Michael Corleone dans le film de Coppola, Le Parrain, Assad recevra entre 1994 et 2000 une véritable formation de pouvoir suprême, sous l’œ' oeil vigilant de son père et de quelques mentors désignés par celui-ci »… De retour en Syrie Bachar se voit confier la responsabilité du dossier libanais au sujet duquel notre biographe écrit ceci : « Isabelle Hausser, dans son roman-portrait Les couleurs du Sultan (il indique la maison d’'éditions3) qui est sans doute la meilleure introduction au drame actuel de la Syrie, a mis en relief la signification profonde de cet épisode »…

En lisant ce roman, qui n’est pas à tomber par terre, chaque habitué de la lecture des TD (télégrammes diplomatiques) pourra y reconnaître les tics de langage de la correspondance diplomatique (descriptif des faits et commentaires). En l'’occurrence, il s’agit du récit circonstancié de la défection du général Manaf Tlass – le fils de l’'ancien ministre de la Défense d’'Hafez, ancien confident de Bachar -, exfiltré de Syrie par les services français ! Mais ce que ne dit pas notre biographe un peu cachotier… c'’est que la romancière exceptionnelle en question n’'est autre que sa propre compagne. Assez moyen !

 

Richard Labévière
14 mars 2016

 
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Réaction du SAKER à l’annonce du retrait des troupes russes de Syrie.

15 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Russie, #La France, #La Turquie, #AMERIQUE, #Terrorisme, #Daesch, #L'OTAN., #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

 

Réaction du SAKER à l’annonce du retrait des troupes russes de Syrie.

(En attendant la traduction de l’analyse complète par le Saker Francophone)

Poutine a accompli exactement ce qu’il avait annoncé dans l’interview accordée le 11 octobre à Vladimir Soloviev sur la chaîne TV Russia 1 : « Notre objectif est de stabiliser l’autorité (du gouvernement syrien, NdA) et de créer les conditions d’un compromis politique ».

La situation est stabilisée et les conditions qui devraient permettre un compromis politique sont établies. Elles le sont à temps pour que les négociations évoquées ci-dessus puissent commencer. Chose rien moins qu’admirable, dit le Saker, avec la très petite force d’intervention impliquée.

Il pense que Poutine donne ainsi aux Américains l’occasion de montrer ce qu’ils savent faire. Contre un Daech qui n’est de toute façon plus en état d’accomplir son but initial, lequel était de renverser le gouvernement légitime. Mais c’est peut-être aussi un piège… Si les USA veulent y aller « à pied », c’est-à-dire faire intervenir des troupes au so comme il en a été plusieurs fois question, le risque est grand, pour eux, de s’embourber dans une situation à l’afghane ou à l’irakienne : sans issue.

Donc : mission accomplished. Mais le Saker pense quand même que beaucoup de questions restent sans réponse. Car qu’en est-il de la partition de la Syrie, qui est le but poursuivi depuis toujours par Israël ? Les risques ne sont pas minces, là non plus, de voir les USA obtempérer docilement, surtout avec les néo-cons au pouvoir et pire encore si celui-ci échoit à Hillary. De jure, ils n’en ont pas le droit, mais de facto, ils pourraient tenter de le faire, s’assoyant une fois de plus sur les lois internationales. Avec la Turquie et l’Arabie Saoudite en renfort de Daech, le risque est exponentiel. Wait and see.

« La Russie a-t-elle quelque obligation morale d’empêcher un tel développement ? » demande encore le Saker. La réponse est : non. La Russie a rempli la tâche que la Syrie l’avait priée d’entreprendre.

Analysant finement la déclaration de retrait de Poutine (encore une fois, à voir en détail quand la traduction intégrale sera disponible) le Saker pense que les Russes, en se retirant, n’ont fermé la porte à rien, même pas à un retour dans le jeu si nécessaire. Ce que son expérience lui suggère, c’est qu’ils vont poursuivre leur aide sur le plan diplomatique. Maintenant qu’une « opposition modérée » a été créée et reconnue, M. Lavrov et les siens ne vont laisser passer aucune occasion de rappeler, toutes les fois et dans tous les lieux où ce sera utile, qu’il est impératif qu’un accord sérieux soit négocié entre les parties, à défaut de quoi la guerre devrait reprendre avec une intensité accrue. À bons entendeurs, salut.

Tout ceci est, très caricaturalement résumé, ce que nous avons compris.

Dernier mot : l’annonce du retrait par le RÉSEAU VOLTAIRE se termine sur une phrase qu’on ne trouve pas ailleurs : « La plupart des jihadistes originaires du Caucase ont été tués ». Gageons que, sans cela, l’armée russe serait encore en Syrie, quelque vaillante – et capable ! – que soit l’Armée Arabe Syrienne, et quelque confiance qu’on puisse faire à la détermination du gouvernement de M. Bachar Al-Assad.

c.l.

Source : http://thesaker.is/analysis-of-the-russian-military-pullo...

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La Syrie, Al-Mouallem à De Mistura : « Nous n’accepterons plus votre transgression de l’objectivité pour satisfaire telle ou telle partie »

15 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL, #La France, #AMERIQUE, #La Turquie, #L'OTAN.

Al-Mouallem à De Mistura :
« Nous n’accepterons plus votre transgression de l’objectivité pour satisfaire telle ou telle partie »

mardi 15 mars 2016, par Comité Valmy

Al-Mouallem à De Mistura :
« Nous n’accepterons plus votre transgression de l’objectivité pour satisfaire telle ou telle partie »

Conférence de presse de Monsieur Walid al-Mouallem, vice-premier ministre et ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés

Mes frères et sœurs,

Nous nous réjouissons de la présence parmi nous du Docteur Bachar al-Jaafari, chef de la délégation arabe syrienne, ainsi que des membres de cette délégation qui quittera demain [Dimanche 13 mars] pour Genève. Naturellement, que Dieu les protège, car leur mission est nationale.

 

Nous avons reçu une lettre de Stephan de Mistura nous informant que la date de sa réunion avec notre délégation, dans les locaux des Nations Unies, est fixée au lundi matin, 14 mars, et que la session débutera par cette première rencontre.

 

C’est une bonne chose, mais notre délégation ne répétera pas les erreurs de la session précédente, c’est-à-dire qu’elle ne restera pas à attendre, à Genève, l’arrivée des autres délégations au siège des Nations Unies plus de 24H avant d’entamer le dialogue.

 

Nous espérons que ce dialogue aura lieu avec la plus grande participation « des oppositions » conformément au mandat confié à M. de Mistura par le Conseil de sécurité et les communiqués de Vienne et Munich, notamment avec la participation des représentants de l’ « opposition nationale », lesquels n’ont pas élu domicile dans les hôtels cinq étoiles à l’étranger et ne sont pas tenus par des agendas étrangers. Raisons pour lesquelles nous espérons leur présence, d’autant plus que nulle opposition ne peut prétendre représenter, à elle seule, toutes les autres.

 

La semaine dernière a vu un flot de déclarations émanant de M. de Mistura, dont sa conférence de presse du 9 courant où il a précisé le programme de la session qui débutera donc le 14 mars, en disant qu’elle concernera le gouvernement, la Constitution, les élections parlementaires et présidentielles, lesquelles devront avoir lieu dans les 18 mois à partir de cette date.

 

Premièrement, les documents des Nations Unies n’accordent pas à M. de Mistura le droit de proposer l’ordre du jour des réunions, car c’est sur ce sujet que doivent s’entendre les interlocuteurs, le dialogue étant censé se dérouler entre Syriens et sous direction syrienne. Notre délégation est prête pour en discuter.

 

Ensuite, lorsque M. de Mistura parle de la Constitution, il sait que c’est au futur « gouvernement d’union nationale » d’en discuter et que c’est à lui de désigner le comité chargé de rédiger une nouvelle Constitution ou de modifier la Constitution actuelle, avant de la soumettre à l’approbation effective du peuple syrien par referendum.

 

L’autre point sur lequel je voudrais revernir concerne ce que M. de Mistura a déclaré à propos des élections dans les 18 mois à venir. S’agissant des élections parlementaires, elles sont prévues dans les textes des communiqués de Vienne et de la résolution du Conseil de sécurité. En revanche, nul n’a le droit, ni M. de Mistura, ni qui que ce soit d’autre, de parler des élections présidentielles. C’est un droit réservé exclusivement au peuple syrien et, par conséquent, je répète que ce qu’a déclaré M. de Mistura constitue une transgression à l’ensemble des textes des Nations Unies et des communiqués de Vienne et de Munich, lesquels précisent que c’est au peuple syrien de décider de l’avenir de la Syrie.

 

C’est pourquoi, je dis à M. de Mistura : « Dorénavant, nous refuserons que vous transgressiez l’objectivité pour satisfaire telle ou telle partie et que notre délégation rejettera toute tentative visant à mettre cette question des élections présidentielles à l’ordre du jour. Notre délégation n’est pas autorisée à le faire. Ce droit n’appartient qu’au peuple syrien et à lui seul ».

 

Quant aux élections parlementaires, actuellement en cours de préparation, elles répondent à une échéance constitutionnelle qui doit être respectée et ne contreviennent pas au « dialogue » de Genève. C’est pourquoi nous n’acceptons pas les réserves de quiconque sur ce sujet, étant donné que nous attendons de la part de ceux qui préconisent la démocratie de respecter l’application des exigences constitutionnelles, non de s’en offusquer. Nous sommes heureux de constater la motivation populaire avec plus de 11 000 candidats inscrits. Ce qui prouve que les Syriens tiennent à la vie et à façonner l’avenir de leur pays. J’invite donc nos concitoyens à voter massivement lors de cette échéance pour que nous puissions offrir à la communauté internationale une image claire de la nature de notre peuple.

 

Concernant « l’arrêt des combats », nous nous y sommes engagés à partir du 27 février dernier. Nous le sommes toujours. Vous vous rappelez qu’au moment où nous avons cessé les combats, nos Forces armées progressaient sur tous les fronts. Par conséquent, la raison de cet accord consenti par la direction syrienne ne peut être interprétée autrement que par son souci d’arrêter l’effusion du sang syrien. Il n’empêche que des violations de la part des groupes armés ont eu lieu ; certaines violations contre lesquelles l’Armée syrienne a riposté, d’autres qu’elle a négligées.

 

Ici, il nous faut réaffirmer le droit de nos Forces armées de répondre à ces violations et je dis aux membres de la commission compétente à Genève -laquelle, à notre grand regret, compte une majorité de représentants d’États qui ont conspiré et continuent de conspirer contre la Syrie- que le droit de réponse à de telles violations est légitime. Il ne peut être considéré comme une violation par lui-même et c’est ce que notre Armée est amenée à faire.

 

À cette occasion, j’invite tous ceux qui portent illégalement des armes à profiter de l’arrêt des combats et à prendre le chemin de la « Réconciliation » et du règlement de leur situation. Tous ceux qui ont été dupés doivent réaliser que l’arrogance n’est plus de mise et que la crise se dirige vers sa fin. Nous accueillerons donc favorablement tous ceux qui souhaitent participer, aux côtés de notre Armée, à la lutte contre le terrorisme de Daech, du Front al-Nosra et des organisations qui leur sont liées.

 

Ces deux derniers mois nous avons assisté à une guerre médiatique particulièrement féroce. Elle a commencé par des annonces d’intervention militaire au sol, puis est passée aux projets de partition. Je vous dis que nul n’ose prendre le risque d’une intervention terrestre, d’où le recul sur ces propos.

 

Ils ont dit : « Nous voulons que toutes les forces de la Coalition interviennent… », et la dernière déclaration du Président Obama a prouvé qu’il n’interviendra pas. Que ceux qui veulent intervenir seuls, commencent donc par l’emporter au Yémen. De même, ils ont parlé d’un plan B, et il y a deux jours John Kerry a déclaré qu’il n’y avait pas de plan B.

 

Ces propos sont sans fondement. Ils n’existent que dans l’esprit de certains. Certains à qui je rappellerai l’Histoire et plus particulièrement ce qui s’est passé en Syrie en 1925, lorsque la Grande Révolution syrienne a éclaté parce que le colonialisme français projetait la partition de la Syrie en mini-États.

 

C’est donc en toute confiance que je vous dis que notre peuple refusera toute tentative de partition. D’ailleurs, le Président Al-Assad n’a cessé de dire dans tous ses discours que nous libérerons chaque pouce de la terre syrienne du terrorisme takfiri.

 

Quant à la piste du fédéralisme promue par les médias étrangers citant le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, sachez qu’ils en ont fait une lecture irréaliste, étant donné qu’il a bien dit : « à condition que les Syriens soient d’accord… ».

 

Et moi, je dis en ma qualité de citoyen syrien ma conviction que vous êtes tous d’accord avec moi pour refuser le discours sur le fédéralisme.

 

Nous sommes tous pour l’unité de la Syrie, de sa géographie et de son peuple. Nous sommes tous pour son indépendance, sa souveraineté et son intégrité territoriale. C’est du moins ce qu’affirment tous les documents internationaux concernant la Syrie, y compris ceux qui tentent de remédier à la situation actuelle.

 

Je vous remercie.

Walid al-Mouallem
Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères et des Expatriés
Damas, le 12/03/2016

Source : Vidéo / Al-Fadaiya [Syrie]
https://www.youtube.com/watch ?v=OMDSvjs3WvA&feature=youtu.be&app=desktop

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

« C’est à vous, s’il vous plaît que ce discours s’adresse »…

 

4. Staffan_de_Mistura_September_2015_(21108901363).jpgStaffan de Mistura, est un diplomate suédois né à Stockholm en 1947, et naturalisé italien en 1999. (Mère suédoise, père italien originaire de Šibenik en Croatie).

En Italie, il a été ministre délégué aux Affaires étrangères pendant un mois en 2013, après avoir été secrétaire d’État depuis fin 2011.

C’est tout ce qu’on sait de lui, sauf que, en juillet 2014, Ban Ki-moon, secrétarire général de l’ONU, a annoncé l’avoir nommé « nouvel envoyé spécial chargé de la recherche d’une résolution pacifique au conflit en cours en Syrie ».

À quel titre ? Mais, ils vont les chercher où, tous ces gens ? Quelle est leur légitimité - en dehors du bon vouloir de M. Ban-ki-moon sélectionné de même - et quelles sont leurs compétences ? Ne faudrait-il pas qu’on s’en inquiète ?

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USA : les heures supplémentaires d’Hillary et ses proches conseillers

15 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France

USA : les heures supplémentaires d’Hillary et ses proches conseillers
 

histoireetsociete

DIEU ME PARDONNE C'EST SON MÉTIER…
 

 

Cette publication édifiante des E-mails entre des conseillers très proches et Hillary Clinton sur son serveur personnel doivent être mis en relation selon nous avec d’autres révélations parues dans la presse américaines et publiées sur notre blog (et dans note livre URSS vingt ans après en épilogue) concernant les avantages financiers entre la famille Clinton, sa fondation, certains proches comme Kagan et Nuland avec des intérêts capitalistes étrangers, voire avec des monopoles de l’énergie et de l’armement. Ce qui est clair c’est que partout c’est en toute lucidité sur qui les Etats-Unis mettaient au pouvoir, la guerre civile qu’ils étaient prêts à provoquer qui apparaît.

Ce n’est pas l’innocence surprise c’est un choix du pire (note de Danielle Bleitrach)

Les E-mails envoyés à et en provenance de l’ancienne Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, publiés par le département d’Etat, nous révèlent des agents qui font des heures supplémentaires pour orchestrer la chute d’un gouvernement étranger.

WASHINGTON  —  296 messages envoyés à et en provenance de l’ancienne Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, vendredi ont été publiés par le département d’Etat ils nous  révèlent que des fonctionnaires font des heures supplémentaires pour orchestrer la chute d’un gouvernement étranger.

Le 27 mars 2011, le proche conseiller de longue date de Clinton, Sidney Blumenthal l’a informé sur les activités des forces spéciales alliées visant à saper le dirigeant libyen Muammar Gaddafi.

« Une source extrêmement sensible a ajouté que les rebelles sont bénéficiaires de l’aide directe et de la formation d’un petit nombre d’unités des Forces spéciales égyptiennes, alors que les soldats français et britanniques des opérations spéciales travaillent hors de leurs bases en Egypte, le long de la frontière libyenne, » écrit Blumenthal  à Clinton.

UN courriel révèle que Clinton savait que la vie de l’émissaire américain en Libye était menacé 18 mois avant sa mise à mort

Les E-mails de Clinton, publiés par le département d’Etat américain ont également révélé qu’elle était au courant des dangers pour la vie de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Benghazi 18 mois avant son assassinat.

 « La situation à Ajdabiyah a empiré au point que Stevens envisage son départ de Benghazi, »  lit-on dans un document du 10 avril 2011 envoyé par un fonctionnaire anonyme de département d’Etat.

Cependant, le message du 10 avril 2011 a révélé que le département d’Etat n’envisageait pas d’évacuer Stevens de Benghazi même dans ce cas.

« Le message a indiqué que le département d’Etat ne voulait pas que Stevens quitte Benghazi pour des raisons politiques.

« Le départ enverrait un signal politique important et il serait interprété comme une perte de confiance des Etats-Unis dans le CNT [Conseil National de transition — gouvernement provisoire de la Libye], »

Blumenthal n’a jamais été engagé par le département d’Etat à quelque titre officiel, mais il fut l’un des plus proches et plus influents conseillers de Clinton, c’est ce que révèlent les courriels publiés .

« Ces troupes supervisent le transfert des armes et des fournitures aux rebelles », a-t-il ajouté.

Blumenthal n’était engagé dans aucune expertise spécialisée ou expérience qui couvre le Moyen-Orient, mais il a envoyé à Clinton de nombreux, longs et détaillés rapports sur la Libye, qui mêlent les évaluations du renseignement, les analyses politiques et les rumeurs.

Tous les courriels sont adressée « Sid » [ney Blumenthal] et « Hillary » [Clinton].

Sont discutés de la même manière des plans visant à renverser le Président ukrainien Viktor Yanukovych avec des détails et une  franchise égale.

En 2014, le Secrétaire d’Etat adjoint américain Victoria Nuland et l’ambassadeur américain en Ukraine Geoffrey Pyatt sont enregistrés comme discutant le successeur de m. Ianoukovitch Arseniy Yatsenyuk avant que m. Ianoukovitch ait été renversé le 22 février 2014 par un coup d’Etat.

Ces e-mails font partie d’un ensemble de 30 000 messages que Clinton a reçu ou envoyé sur son serveur personnel, en plus de ses communications officielles au sein du département d’Etat pendant son mandat de 2009 à 2013.

 

 

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Syrie : grâce à la coopération russe, l'armée régulière, celle de Bachar al-Assad, converge vers Palmyre

15 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch, #L'OTAN.

Syrie : grâce à la coopération russe, l'armée régulière, celle de Bachar al-Assad, converge vers Palmyre

francetvinfo

C'est une technique de guerre russe : à Palmyre, l'armée syrienne frappe l'adversaire avec tous les calibres en même temps pour le forcer à se retirer. L'opération a permis aux troupes syriennes de progresser de quatre kilomètres en quatre jours. Les carcasses de véhicules blindés témoignent de la violence des combats. 

Pour l'armée syrienne, la bataille de Palmyre est un objectif majeur. "C'est essentiel, car c'est une porte vers l'est. C'est un carrefour qui nous permettra de progresser vers Raqqa et Deir ez-Zor", explique un général de l'armée syrienne.

 
En plus de sa dimension stratégique, c'est une ville symbole, connue du monde entier pour son site archéologique. Un site en partie détruit par les troupes de de l'organisation Etat islamique. Daech avait fait de la conquête de Palmyre en 2005 un symbole de son avancée. Cette bataille confirme le recul du groupe jihadiste en Syrie.
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Comment la Turquie exporte le pétrole de Daech dans le monde : la preuve scientifique

15 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Terrorisme, #Daesch, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #l'Allemagne

Source : Zero Hedge, le 28/11/2015

Au cours de ces quelques dernières quatre semaines, les médias ont prêté une attention particulière au commerce lucratif de pétrole brut “volé” de l’État islamique.

Le 16 novembre, dans un effort largement couvert par les médias, les avions de guerre américains ont détruit 116 camions citernes de Daech en Syrie. 45 minutes avant, des tracts avait été lâchés pour conseiller aux chauffeurs (dont Washington était totalement sûr qu’ils n’étaient pas eux-mêmes membres de Daech) de “sortir de leurs camions et de s’échapper.”

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Ce qu’il y a de bizarre quant à ces frappes américaines est que le Pentagone ait mis presque quatorze mois à réaliser que la façon la plus efficace de paralyser le commerce de pétrole de Daech est de bombarder… le pétrole.

Avant novembre, la “stratégie” américaine tournait autour de bombardements de l’infrastructure pétrolière du groupe. Il s’avère que cette stratégie était, au mieux, d’une efficacité médiocre et il n’est pas certain qu’un effort d’information ait été fait auprès de la Maison-Blanche, du Congrès ou du public sur l’inefficacité des frappes. Il y a deux explications possibles aux raisons pour lesquelles Centcom a tenté de faire croire à une campagne plus réussie qu’elle ne l’était en réalité, I) le directeur des services secrets nationaux, James Clapper, a joué les Dick Cheney et fait pression sur le major-général Steven Grove pour qu’il fournisse des rapports triomphaux, ou II) le Pentagone et la CIA étaient satisfaits de bombardements inefficaces parce que les officiels des renseignements voulaient préserver les revenus pétroliers de Daech pour que le groupe puisse continuer à opérer comme élément déstabilisant majeur vis-à-vis du régime d’Assad.

En fin de compte, la Russie a crié à la triche au vu de la facilité avec laquelle Daech transportait son pétrole illégal et, quand il est devenu clair que Moscou était prêt à frapper les convois de pétrole du groupe, les É-U n’ont pratiquement pas eu d’autre choix que de se raccrocher à la locomotive. Les avions de guerre de Washington ont détruit 280 camions citernes supplémentaires plus tôt cette semaine. La Russie affirme avoir pulvérisé plus de 1000 véhicules de transport en novembre.

Bien sûr, la question la plus intéressante, sur les rentrées pétrolières de plus de 400 millions de dollars annuels de Daech, est : où ce pétrole finit-il et qui en facilite les livraisons ? Dans une tentative de commencer à répondre à ces questions, nous avons écrit :

Le rôle de la Turquie dans l’aide à la vente du pétrole de Daech a été débattu depuis quelque temps. Extrait de “L’OTAN est en train d’héberger l’État Islamique : pourquoi la meilleure des guerres de la France contre Daech est une mauvaise blague, et une insulte aux victimes des attaques de Paris,” par Nafeez Ahmed :

“La Turquie a joué un rôle-clé dans l’aide au nerf de la guerre de l’expansion de Daech : les ventes de pétrole sur le marché noir. Des sources politiques et du renseignement haut placées en Turquie et en Irak confirment que les autorités turques ont activement soutenu les ventes de pétrole de Daech à travers le pays. L’été dernier, Mehmet Ali Ediboglu, un député du premier parti d’opposition, le Parti républicain du peuple, a estimé les ventes de pétrole de Daech à environ 800 millions de dollars – et c’était il y a plus d’un an. Aujourd’hui, ceci implique que la Turquie a facilité la vente de plus d’un milliard de dollars de pétrole de Daech sur le marché noir.”

Voici ce que l’ex-parlementaire Ali Ediboglu a dit l’année dernière :

“Les 800 millions de dollars dont l’ÉI a disposé dans les régions qu’il occupait cette année (les champs pétroliers de Rumeilan dans le nord de la Syrie – et plus récemment à Mossoul) proviennent de la vente en Turquie. Ils ont installé des oléoducs depuis des villages proches de la frontière turque à Hatay. Des conduites similaires existent aussi dans les régions (frontalières turques) de Kilis, Urfa et Gaziantep. Ils transfèrent le pétrole en Turquie et le convertissent en argent liquide. Ils retirent le pétrole des raffineries à un coût nul. Ils utilisent des moyens ultra simples, ils raffinent le pétrole dans des zones proches de la frontière turque et le vendent ensuite via la Turquie. Tout celà à hauteur de 800 millions de dollars.

Plus tôt ce mois-ci, Ediboglou déclara aux médias russes que “L’ÉI détient la clé de ces ventes et en commun avec un certain groupe de personnes, notamment de ceux qui sont proches de Barzani et quelques hommes d’affaires turcs, ils s’occupent de vendre ce pétrole” (“Barzani” est une référence à Massoud Barzani, le président de la région kurde d’Irak).

Mais alors que les liens entre la Turquie et le commerce pétrolier de l’ÉI sont restés cachés au vu et au su de tous pendant quasiment deux ans, les médias occidentaux ignorent largement la question (ou du moins son importance et le degré de complicité du gouvernement Erdogan) car, après tout, la Turquie est membre de l’OTAN.

Malheureusement pour Ankara, la décision d’Erdogan de descendre un SU-24 russe à proximité de la frontière syrienne mardi a déclenché la colère de Vladimir Poutine, et l’a décidé à dévoiler la combine de la Turquie avec l’ÉI aux yeux du monde. Voici ce que Poutine a dit hier après une rencontre à Moscou avec le président français François Hollande :

“Des véhicules, transportant du pétrole, formaient une colonne qui s’étendait au-delà de l’horizon. Les vues ressemblent à un oléoduc vivant, s’étendant depuis les zones de Syrie contrôlées par les rebelles jusqu’en Turquie. Nuit et jour, ils roulent vers la Turquie. Les camions partent là-bas chargés et reviennent à vide. Nous parlons d’un approvisionnement en pétrole à échelle commerciale depuis les territoires syriens occupés par les terroristes. C’est depuis ces zones (que vient le pétrole) et non d’aucune autre. Et nous pouvons voir depuis le ciel, où se rendent ces véhicules.”

“Nous considérons que le pouvoir politique au sommet de la Turquie ne peut ignorer quoi que ce soit au sujet (de ce commerce de pétrole illégal) ou bien c’est très difficile à imaginer,” poursuit Poutine, qui ajoute “si le pouvoir politique au sommet n’en sait rien, ils devraient se renseigner.”

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Poutine est de toute évidence ironique. Il est fortement convaincu que le gouvernement d’Erdogan est lourdement compromis dans le transport et la vente du pétrole par l’ÉI. Juste après l’incident du Su-24, Poutine déclara la chose suivante à propos d’Ankara :

  • POUTINE : DU PÉTROLE DE L’ÉTAT ISLAMIQUE EST EXPÉDIÉ EN TURQUIE
  • POUTINE DIT QUE L’ÉTAT ISLAMIQUE OBTIENT DE L’ARGENT LIQUIDE POUR LA VENTE DE PÉTROLE A LA TURQUIE

Comme contribution à notre effort pour repérer et informer sur le commerce de pétrole par l’ÉI, nous présentons des extraits d’une étude de Georges Kiourktsoglou, professeur invité à l’Université de Greenwich à Londres et du Dr Alec D Coutroubis, professeur à l’Université de Greenwich à Londres. L’article intitulé “La porte d’entrée de l’ÉI sur les marchés mondiaux de pétrole brut” examine les courbes d’enlèvement  depuis le port de Ceyhan en vue de déterminer si le pétrole brut de l’ÉI est expédié depuis le sud-est de la Turquie.

*  *  *

De “La porte d’entrée de l’ÉI sur les marchés mondiaux de pétrole brut

Les commerciaux/intermédiaires responsables du transport et de la vente de l’or noir affrètent des convois comprenant jusqu’à trente camions vers les sites d’extraction du produit. Ils concluent leurs accords avec l’ÉI sur le site, encouragés par les rabais aux acheteurs et les facilités de paiement. De la sorte, le brut quitte les puits de l’ÉI rapidement et traverse les zones de Syrie tenues par les insurgés, l’Irak et la Turquie.

Dès lors que les raids aériens des É-U et ses alliés ne visent pas les camions de peur de provoquer des réactions de la part des populations locales, les opérations de transport se déroulent efficacement, le plus souvent en plein jour. Les acheteurs attirés par les profits élevés sont actifs en Syrie (même dans les territoires tenus par le gouvernement), en Irak et dans le sud-est de la Turquie.

Le parcours d’approvisionnement comprend les localités suivantes: Sanliura, Urfa, Hakkari, Siirt, Batman, Osmaniya, Gaziantep, Sirnak, Adana, Kahramarmaras, Adiyaman et Mardin. Ces différentes filières commerciales se terminent à Adana, domicile du principal port d’expédition pour les pétroliers du port de Ceyhan.

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Ceyhan est une ville au sud-est de la Turquie, peuplée de 110 000 habitants dont 105 000 vivent dans la principale zone urbaine. C’est la deuxième ville de la province d’Adana par sa population, après la capitale Adana qui compte 1 700 000 habitants. Elle est traversée par la rivière Ceyhan et se trouve à 43 km à l’est d’Adana. Ceyhan est le point de convergence des oléoducs et gazoducs du Moyen-Orient, et d’Asie Centrale et de Russie (d’après la municipalité de Ceyhan 2015).

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Le port de Ceyhan est l’hôte d’un terminal pétrolier maritime situé sur la partie méditerranéenne de la Turquie qui est en fonctionnement depuis 2006. Il reçoit des hydrocarbures qui sont ensuite chargés dans des tankers qui transportent les marchandises aux marchés mondiaux.

De plus, le port est pourvu d’une jetée à cargos et d’un terminal pétrolier, chacun de 23,2 m de profondeur qui peuvent charger des tankers de plus de 500 pieds de long (Ports.com 2015). La capacité d’exportation annuelle du terminal s’élève à 50 millions de tonnes de pétrole. Le terminal est géré par Botas International Limited (BIL), une entreprise d’état turque qui gère également le pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan sur le territoire turc.

Les quantités de pétrole brut qui sont exportées au terminal de Ceyhan dépassent le volume d’un million de barils par jour. En prenant la mesure de ce contexte et étant donné que l’ÉI n’a jamais été capable d’échanger plus de 45 000 barils par jour (voir Section 2 : “Le montant du commerce de pétrole de l’ÉI”), il devient évident que la détection de quantités similaires de pétrole de contrebande ne peut avoir lieu en utilisant une méthode de comparaison comptable des stocks. Cependant les auteurs de ce papier pensent qu’il existe un autre indicateur documentaire, bien plus sensible aux quantités de pétrole de contrebande très bon marché. Ce sont les tarifs d’affrètement pour les tankers chargeant à Ceyhan.

Le Baltic Exchange (2015 a) piste les tarifs d’affrètement sur les routes de transport maritime du pétrole brut. Pour rendre son service plus efficace et facilement compréhensible, il utilise le système des Indices “Baltic Dirty Tanker” (Baltic Exchange 2015 b). Un de ces indices fut le BDTI TD 11, 80 000 à travers la Méditerranée depuis Banias en Syrie (entre Tartous et Lataquié sur la côte Syrienne) jusqu’à Lavéra en France (Étang de Berre) – Voir la Carte VI. La route 11 a été interrompue en septembre 2011, en raison de la guerre civile en Syrie et rapidement par la suite il a été remplacé par le BDTI TD 19 (TD19-TCE_Calculation 2015), avec exactement les mêmes spécifications que le BDTI TD 11, à l’exception que le port de chargement était Ceyhan au lieu de Banias.

Depuis juillet 2014 jusqu’à février 2015, la courbe de TD 19 comprend trois pics inhabituels qui ne correspondent pas aux tendances généralement observées par les autres routes maritimes commerciales du Moyen-Orient (voir graphique IV) :

  1. Le premier pic se développe du 10 au 21 juillet 2014, s’étendant sur environ 10 jours. Il coïncide avec la chute du plus grand champ de Syrie, Al Omar, aux mains d’ISIS (Reuters 2014) ;
  2. Le second pic a lieu de la fin d’octobre à la fin de novembre 2014, sur environ un mois. Il arrive en même temps que des combats acharnés entre les fondamentalistes et l’armée syrienne pour le contrôle des gisements gaziers de Jhar et Mhar, ainsi que ceux de la société Hayyan gaz dans l’est de la province d’Homs (International Business Times 2014; Albawada News 214) ;
  3. Le troisième pic s’étend de la fin janvier jusqu’au 10 février 2015, sur environ 10 jours. Il arrive simultanément à une campagne intense d’attaques aériennes menée par les États-Unis martelant les bastions d’ISIS dans et autour de la ville de Hawija à l’est de Kirkuk riche en pétrole (Rudaw 2015) ;

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Les auteurs de cet article voudraient préciser tout d’abord qu’il ne s’agit pas d’une preuve irréfutable. La démonstration est insuffisante. Mais même si les volumes de brut d’ISIS ont trouvé accès, au-delà de tout doute raisonnable, aux marchés de pétrole brut internationaux via le terminal Ceyhan, ce fait n’indiquerait pas de façon concluante la collusion entre les autorités turques et le réseau fantôme de contrebandiers, sans parler des agents secrets d’ISIS.

Cependant, ayant clarifié une question si sensible politiquement, les auteurs croient qu’il y a de fortes présomptions pour qu’une chaîne d’approvisionnement illicite expédie le brut d’ISIS à partir de Ceyhan. La recherche principale indique un réseau fantôme extrêmement actif de contrebandiers et de commerçants de pétrole brut (voir section 2.1, page 3), qui transporte le brut d’ISIS vers le sud-est de la Turquie à partir du nord-est de la Syrie et du nord-ouest de l’Irak. Compte tenu de l’existence de la route E 90, le transport correspondant du pétrole ne pose pas de défis géographiques et topologiques insurmontables.

Une manifestation supplémentaire du lien invisible entre Ceyhan et ISIS est devenue évidente par l’étude simultanée des tarifs de charter de navire-citerne du port et la chronologie des engagements militaires des terroristes (voir la section 3.4 à cette page). Il semble que quand l’État Islamique se bat aux alentours d’une zone accueillant des actifs pétroliers, les 13 exportations de Ceyhan explosent promptement. Ceci est peut-être dû à une augmentation supplémentaire de la contrebande du pétrole afin de produire immédiatement des fonds supplémentaires, absolument nécessaires à l’approvisionnement en munitions et en équipement militaire. Malheureusement, dans ce cas aussi, les auteurs ne peuvent pas être catégoriques.

*  *  *

Non, on ne peut être catégorique et franchement, si les auteurs avaient revendiqué avoir découvert une preuve indiscutable, nous aurions été immédiatement sceptiques. Ce qu’ils ont fait cependant, c’est identifier une anomalie statistique et développer une théorie plausible pour l’expliquer.

La chose clé à noter est que c’est un terminal d’État et il semble certain que les tarifs d’affrètement présentent des pics en liaison avec des évènements pétroliers impliquant l’État Islamique. En effet, le fait que les auteurs mentionnent la collusion entre des autorités turques et des agents secrets d’ISIS (même s’ils font cela afin de protéger leurs conclusions) indique que les chercheurs pensent qu’un tel partenariat est possible.

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Pour finir, notez que Ceyhan est à moins de deux heures de voiture de la base aérienne de Incirlik à partir de laquelle les É-U pilotent leur sorties anti-ISIS. En d’autres termes, le pétrole d’ISIS est expédié vers le monde juste aux pieds de la base opérationnelle préférée de Washington pour le Moyen-Orient.

Maintenant que nous pouvons ajouter ce qui ressemble à une preuve quantitative que le pétrole d’ISIS est expédié de Turquie à l’énorme preuve qualitative fournie par des ex-législateurs turcs, des journalistes d’investigation, et le gouvernement russe (pour ne citer que quelques sources), nous pouvons maintenant passer à l’examen d’une question finale : où le brut qui aide à financer le califat de Bakr al-Baghdadi arrive-t-il en fin de compte ? Plus sur cela pendant le week-end.

Source : Zero Hedge, le 28/11/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

 réponses à Comment la Turquie exporte le pétrole de Daech dans le monde : la preuve scientifique

Commentaires recommandés

Paul Le 13 mars 2016 à 04h55
 
 

En gros, si on comprend bien la démonstration, la Turquie vole le pétrole de la Syrie et spolie le peuple syrien de sa richesse naturelle. Hallucinant ! Et cela depuis plusieurs années.

Avec la complicité des USA et de l’U.E qui n’a bougé le petit doigt que depuis quelques semaines, depuis que la Russie a décidé de ne pas se faire avoir une seconde fois, comme avec la guerre fomentée en Libye sous le gouvernement Sarkozy-BHL.

Je rappelle au passage que la guerre déclenchée par M.Sarkozy a fait 55 000 morts libyens. La très grande majorité, des civils. Comment se fait -il que M.Sarkozy ne soit pas encore convoqué par la Cour Pénale Internationale pour crime contre l’Humanité ?

Idem pour BHL ou M.Alain Juppé pour sa participation au Génocide Rwandais sous le gouvernement de M.Balladur – Que font-il donc à la CPI ? Ils font la chasse au “Tiers-Monde” ?

Et l’on apprend que Madame Merkel vient de verser au gouvernement Erdogan – L’homme qui fait la chasse à ses opposants politiques, qui musèle la Presse Indépendante et qui fait la guerre au peuple Kurde – Trois Milliards d’ Euros ? Trois Milliards d’ Euros qu’elle ne veut pas verser au peuple Grec pour une politique solidaire et qu’elle tue à petit feu ?

Mais quelle est donc cette “Europe” qui nous fait honte ?

(…)

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Les Kurdes - Daech, même combat ? (vidéo) Chris den Hond, INfocus

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #Terrorisme, #Daesch, #La France, #l'immigration

 

11 mars 2016

Article en PDF : Enregistrer au format PDF
 

"Pour l'Etat turc, le "danger" kurde est toujours plus important que le danger de Daech." Dans ce reportage éclairant, le documentariste Chris den Hond et l'équipe d'InFocus, vont à la rencontre des progressistes kurdes persécutés avec acharnement par le gouvernement d'Erdogan.

Production : Johnny Miller

Cameraman : Chris Den Hond

Traduction : Berivan Akyol

Traduit de l’anglais par Lucas Courtin

Sous-titres : Ronan Dereuder pour Investig’Action

Source : Chris den Hond / INfocus © Tous droits réservés

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur

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Quand la Turquie devient la Syrie: Cizre ravagée par l'armée turque (vidéo)

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Quand la Turquie devient la Syrie: Cizre ravagée par l'armée turque (vidéo)

Quand la Turquie devient la Syrie: Cizre ravagée par l'armée turque (vidéo)

© AFP 2016 Yasin Akgul
International
Opération turque contre les Kurdes (47)
 

Entre 300 et 500 personnes ont trouvé la mort dans l'opération menée par les forces armées turques: des massacres de masse, des gens brulés vifs et des décapitations de Kurdes ont eu lieu dans les sous-sols des immeubles. Un correspondant de la chaîne RT a vu la ville en ruines de ses propres yeux.

L'opération spéciale de l'armée turque a infligé d'énormes pertes à la ville de Cizre (sud-est de la Turquie) peuplée essentiellement par des Kurdes, déclarent des habitants locaux. La vidéo exclusive de la chaîne RT montre les conséquences terribles des bombardements, il y a là des quartiers en ruines, des bombes non-explosées qui jonchent les rues et des murs éclaboussés de sang.

 

"Ça ressemble bien à Alep, ça ressemble à la Syrie alors que nous sommes en effet en Turquie", raconte le correspondant William Whiteman.

"C'est l'immeuble où, selon nos informations, entre 100 et 150 personnes ont été brulées vives", poursuit-il, pointant du doigt ce qui reste d'un immeuble jadis habité. "Elles étaient dans le sous-sol de l'immeuble incendié, elles cherchaient à s'y abriter".

Des maisons en ruines font suite à d'autres maisons en ruines… Des habitants locaux ont partagé les détails de ce massacre de masse.

"C'était un immeuble habité, il y avait là des femmes et des enfants. Erdogan les a tous tués à l'artillerie lourde, a détruit le bâtiment. Ils disent qu'ils combattent les terroristes, mais où sont les terroristes ici? Toutes les victimes étaient civiles", a fustigé une habitante de Cizre.

Selon cette femme, entre 300 et 500 personnes, dont des vieillards, des enfants et une femme enceinte, ont été victimes des bombardements. Auparavant, un porte-parole du Parti démocratique des peuples (HDP) a fait état de 137 habitants de Cizre brûlés vifs.

La vidéo montre également le sous-sol d'un immeuble où, selon un autre interlocuteur de la chaîne, ont eu lieu des massacres.

"Ils ont été brûlés et décapités", explique-t-il, ajoutant que quelque 45 à 50 Kurdes au total y ont trouvé la mort.

La chaîne a envoyé les films aux organisations internationales des droits de l'homme en demandant si une investigation sur les crimes dans la région serait conduite.

En décembre dernier, les autorités turques ont instauré un couvre-feu dans plusieurs régions kurdes du sud-est du pays en proie à des heurts entre forces de sécurité et militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) notamment dans le quartier Sur de Diyarbakir, dans les villes de Cizre et Silopi dans la province de Sirnak ainsi qu'à Nusaybin et Dargecit dans la province de Mardin. Selon l'état-major de l'armée turque, plus de 1.000 combattants kurdes auraient été abattus dans les régions en question depuis la mi-décembre. La partie kurde affirme pour sa part qu'il s'agit pour la plupart de victimes civiles.

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“Le pire ministre des Affaires étrangères a déguerpi” : hommage de l’Ambassadeur Michel Raimbaud à Laurent Fabius

12 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

« Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices », écrit cet éminent diplomate élevé dans la haute tradition gaulliste. Bien avant le départ de Fabius, Michel Raimbaud disait tout haut ce que les anciens du Quai d’Orsay pensaient tout bas. Sa remarquable rétrospective démontre comment, dans l’affaire syrienne, la diplomatie et la presse françaises ont été au service de la propagande anglo-américaine et comment le gouvernement français s’est mis du mauvais côté de l’Histoire. Michel Raimbaud est l’auteur de “Tempête sur le Grand Moyen-Orient”, publié aux éditions Ellipses en 2015.

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre

Son Excellence Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France, auteur du livre “Tempête sur le Grad Moyen-Orient”, édition Ellipses, 2015.

Le pire ministre des Affaires étrangères jamais offert à la France [Laurent Fabius] a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.

Si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins

Le départ d’un ministre aussi étranger aux Affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.

Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des États membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’Otan sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?

Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’État profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment, vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.

En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « À quoi servent les sanctions contre la Syrie ?» Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al-Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.
Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.

Traitement de choc infligé à la Syrie

Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :

1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».

Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.

2/ Le 10 août 2011, le gouvernement US prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens états-uniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie.

Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole. La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.

3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les États-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs États de l’Union européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’Unesco et qu’il ne peut la contraindre au départ.

4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…

Les parrains des terroristes

Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’État syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains États traînent les pieds au sein de l’Union européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.

Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur État, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.

Des sanctions pour mater un peuple résistant

Le terrible bilan enregistré en Iraq —un million et demi de morts, dont 500 000 enfants— est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter… Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix… Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.

Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?

Maintenant, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates

La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.

Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.

Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

Michel Raimbaud, article initialement publié sous le titre de « Le mensonge, la nausée et les sanctions ». M.Raimbaud est l’ancien Ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe. Ancien directeur de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS).

Source : Tunisie-secret, Michel Rimbaud, 28-02-2016,

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«L'OTAN a transformé la Libye en un Etat en ruines, pas un Etat défaillant»

10 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La France, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme

«L'OTAN a transformé la Libye en un Etat en ruines, pas un Etat défaillant»

28 févr. 2016

«L'OTAN a transformé la Libye en un Etat en ruines, pas un Etat défaillant»

La Libye devrait être qualifiée d’«Etat en ruines» au lieu d’«Etat défaillant» parce qu’elle n’a pas échoué seule, mais a été détruite par les Américains et l'OTAN, a déclaré Sara Flounders, co-directrice du Centre d'action international.

 

RT: John Kerry a averti que la Libye était en train de devenir un État défaillant. Qu’est-ce qui l'a incité à dire ça maintenant, à votre avis ?

Sara Flounders : Les mêmes groupes que les États-Unis ont armé et financé, ces milices qu'ils ont créées, ces «forces rebelles» scandaleuses, ne peuvent bien entendu pas gouverner la Libye, ils ne peuvent même pas se réconcilier entre eux et avoir des relations les uns avec les autres. La véritable cause de l’échec en Libye sont les bombes américaines qui détruisaient systématiquement l'ensemble des infrastructures, en particulier celles de l'eau, de l'irrigation ; le réseau électrique, les services alimentaires – tout ce dont, en Libye, la population a besoin. Et les seuls fonds – l'argent – ont été investis dans les armes.

Donc, c’est un Etat en faillite que les Etats-Unis et l'OTAN ont systématiquement ramené à cette situation, et la destruction de tous les organismes gouvernementaux qui assuraient autrefois le plus haut niveau de vie d’Afrique a aujourd'hui apporté une immense misère. Donc ce n’est pas que de l'hypocrisie. Il s’agit de criminels de guerre et ils devraient être inculpés en tant que tels.

Depuis la guerre, qui a duré sept mois en 2011, on a largué plus de bombes en Libye que pendant la Seconde Guerre mondiale dans toute l’Europe

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RT: la Libye ne dispose pas de gouvernement opérationnel, de contrôle sur ses frontières ou de services publics basiques ; il est déchiré par des groupes armés rivaux. En généralisant, n’est-ce pas déjà un Etat défaillant ?

Sara Flounders : Oui, c’en est un. Il l’est depuis la chute de Kadhafi et de l'ensemble de son gouvernement, le «changement de régime», comme ils l’appellent. Et cela n’a pas marché au cours des cinq dernières années.

Depuis la guerre, qui a duré sept mois en 2011, on a largué plus de bombes en Libye que pendant la Seconde Guerre mondiale dans toute l’Europe. C’est incroyable ce qui a été fait à la Libye, à quel point la destruction a été énorme. Et il n'y a pas eu de gouvernement fonctionnant normalement ni de services sociaux depuis cette époque : je parle des écoles, des services médicaux; des choses les plus élémentaires qui ne fonctionnent pas en Libye aujourd'hui.

RT : John Kerry prétend que les Etats-Unis essaient d’aider les factions rivales à s’unir. Combien de temps ce processus pourrait prendre et à quelles actions de Washington vous attendez-vous ?

Sara Flounders : Les Etats-Unis ont affirmé cela depuis le début et cela a été un échec total, tout comme l’ensemble de toutes leurs autres guerres, chacune d’entre elles a été un échec absolu. Ils n’ont connu aucun succès durant les 15 années en Afghanistan, ils n’ont pas connu de succès en Irak et regardez l’énorme destruction qu’ils créent à présent en Syrie, où un tiers de la population a été déplacée. Donc, il n'y a aucune chance qu'ils contribuent à réconcilier les factions réellement rivales qu'ils ont créées, qu’ils ont armées et qu'ils ont mises au pouvoir. Et plus de bombes et d’attaques de drone ne pourront pas le faire non plus, c’est une certitude.

RT : Selon certaines sources, la France effectue des raids anti-Daesh en Libye, en collaboration avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni... Est-ce que cela peut se muer en un autre bourbier militaire ?

Sara Flounders : Oui, c’est une véritable foire d’empoigne et c’est entièrement vrai que la France, l’Italie et la Grande-Bretagne veulent tous un morceau du gâteau. Tous s’intéressent aux réserves d’or présentes en Libye, sans parler des immenses gisements pétroliers. Et ils ont pensé qu’ils pouvaient juste s’en emparer comme des pirates, que le pillage était autorisé.

L’arrogance des Etats-Unis n’admet pas les erreurs

Et depuis ce moment-là, ils se sont montrés incapables d’apporter aucune sorte de stabilité en Libye et ils n’ont toujours pas de plan aujourd’hui parce que, comme je l’ai dit, le simple fait de larguer des bombes, qu’elles soient de fabrication américaine ou française, ou si elles portent un logo de l’ONU, ne stabilise pas la situation pour la population libyenne, et n’en a aucunement l’intention. Ils veulent créer un gouvernement fantoche, conciliant sur tout. Mais ils n’ont aucun intérêt à assurer la stabilité et des services sociaux pour la population.

RT : Cela fait cinq ans depuis la dernière intervention. Est-ce que la déclaration de Kerry est une sorte d’aveu que les Etats-Unis ont commis une erreur ?

Sara Flounders : Non, je ne pense qu’il admette un jour que les Etats-Unis ont fait une erreur, l’arrogance des Etats-Unis n’admet pas les erreurs. Les gens devraient vraiment exiger que tous ces représentants américains, de l’ONU, de France, d’Italie et de Grande-Bretagne soient jugés pour crimes de guerre. Parce que c’est la façon de qualifier ce qui a été fait en Libye. Il n’y avait aucune raison, aucun but, sauf de la piraterie pure et simple.

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La Libye avait le plus haut niveau de vie et une stabilité à toute épreuve. Il y avait une infrastructure dynamique, des villes modernes. Tout cela a été complétement et systématiquement détruit. Ce qui a été fait aux installations d’eau et à l’irrigation, aux rivières construites par l’homme, à tout cela, c’est un crime inimaginable et on doit exiger des comptes, pas une nouvelle intervention. Parce que «Etat défaillant» signifie que «quelque chose vient juste de se produire», qu’il a failli par lui-même. Ils doivent plutôt le qualifier d’«Etat en ruines», un Etat détruit par les bombardements des Etats-Unis et de l’OTAN.  

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