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Le blog de Lucien PONS

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La Syrie: Cap à l'est! Rédigé par Observatus geopoliticus

16 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Cap à l'est

16 Mai 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

En Syrie, 2016 fut marquée du sceau septentrional (Alep, Al Bab). Désormais, les regards se tournent vers l'Orient où la grande explication devrait avoir lieu cette année.

Comme prévu, la poche rebelle de Qaboun a été résorbée près de Damas, ne laissant comme dernier point d'abcès dans la région que l'enclave de la Ghouta orientale, où la guerre civile inter-barbue a comme de bien entendu repris. Les combats pour la capitale ou le condensé des évolutions de la longue guerre syrienne. Deux cartes qui disent tout :

A l'est d'Alep et au sud d'Al Bab, la base de Jirah a été définitivement prise à Daech. Les opérations devraient continuer sur Maskaneh avant la jonction - amicale ou inamicale ? - avec les forces kurdes à Taqba.

Mais surtout, l'accord sur les zones dites de désescalade est tombé à point nommé - et connaissant Poutine, ce n'est sans doute pas un hasard - pour faire redescendre la tension en Syrie occidentale et profiter du cessez-le-feu provisoire afin de lancer les cohortes loyalistes vers l'est du pays. De gros renforts affluent depuis plusieurs jours à Palmyre et les Russes mettent un point d'honneur à contrôler le ciel jusqu'à Deir ez-Zoor et au-delà. 

Car l'objectif (flèches rouges) est Deir ez-Zoor, assiégée par l'EI depuis trois ans, et la frontière syro-irakienne. En filigrane, il s'agit évidemment de maintenir un continuum est-ouest (arc chiite, quand tu nous tiens) et empêcher sa coupure nord-sud par l'avancée de groupes rebelles soutenus par Washington (flèches noires).

A noter que l'armée syrienne concentre des forces et a commencé les opérations sur le chemin d'Al Tanaf, plus au sud, pour couper en deux le vaste mais désertique territoire des rebelles "américano-jordaniens".

Là, nous entrons dans le maelstrom géopolitique et il est bien difficile d'y voir clair, d'autant que les intox abondent. Il y a quelques jours, la nouvelle d'une grosse concentration de blindés US, massés en Jordanie et prêts à entrer en Syrie, a fait l'effet d'une bombe et a été reprise un peu partout. En réalité, c'est la base militaire jordanienne d'Az-Zarqa et les blindés y stationnaient déjà en 2015...

L'administration Trump a-t-elle l'intention de recréer la fameuse principauté salafiste sunnite en Syrie orientale, coupant l'arc chiite ? C'était, on s'en rappelle, l'objectif de Barack à frites et de ses amis turco-pétromonarchiques dès 2013. Les signaux sont une fois de plus contradictoires.

Le Donald a apparemment ôté le bâton de la politique syrienne des mains de ses généraux néo-cons pour le passer à Tillerson, plus russo-compatible. Moon of Alabama, pourtant généralement pessimiste, parfois exagérément, suggère également que les Américains travaillent de facto pour Assad. D'un autre côté, les Follamour du système impérial viennent d'accuser il y a quelques heures Damas de tuer et brûler des milliers de prisonniers. Notez le "crématorium", toujours susceptible de frapper les imaginations et de rappeler les z'heures les plus sombres...

Un Donald adepte du double jeu ou dépassé, incapable de contrôler son administration ? A moins que nous ne soyons ici encore dans un false flag au carré : donner des gages de fermeté aux néo-cons tout en s'entendant avec les Russes par derrière (il n'aura échappé à personne que Lavrov vient de faire une petite visite apparemment fructueuse à Washington).

Se dirige-t-on vers un choc entre forces spéciales russes et américaines vers Al Tanaf ou, au contraire, une entente secrète sur le dos de tout le monde ? Mystère, mystère... D'autant qu'entre en compte l'inconnue irakienne.

Que se passe-t-il de l'autre côté de la ligne Sykes-Picot ? L'étau se resserre autour de Mossoul, ou plutôt désormais de son centre-ville, mais ce front n'a pas d'incidence sur notre problème. On voit que la zone qui nous occupe, entre Al Tanaf et Deir-ez-Zoor, est toujours contrôlée du côté irakien par les petits hommes en noir de Daech.

Après la libération de Mossul et de la poche à l'ouest de Kirkouk, l'armée irakienne et les milices chiites  (les Unités de Mobilisation Populaire ou UMP) se dirigeront vers la frontière. La franchiront-elles ? C'est LA grande question qui risque de redéfinir la situation générale du Proche-Orient.

Si l'on répond par l'affirmative, alors la partie est finie. L'EI syrien et les djihadistes modérément modérés seront broyés, l'arc chiite totalement reconstitué et renforcé. On peut d'ailleurs se demander quelle sera la réaction des pétromonarchies et de la Turquie devant ce fait accompli cauchemardesque pour eux...

Cependant, l'affaire n'est pas encore pliée. Nous avons vu le mois dernier que Moqtadra Sadr avait apporté une note pour le moins discordante dans la symphonie chiite :

Moqtada Sadr fait encore des siennes. Nous avions parlé de ce personnage sulfureux :

En Irak, le fameux Moqtada Sadr, influent prêcheur chiite, a appelé à attaquer les troupes US. Quand on sait que les brigades "sadristes" comptent plusieurs dizaines de milliers de combattants et qu'elles ne jettent pas leur part au chien dans la guerre contre Daech, cela complique quelque peu la situation. Cette déclaration incendiaire est sans doute à relier aux grandes manoeuvres préparant l'après-guerre. (...)

Pour qui roule Moqtada ? Sans doute pour personne. On aurait tort de le considérer comme l'homme des Iraniens ; depuis treize ans, plusieurs points de tension ont éclaté entre Téhéran et cet électron libre. Le gouvernement irakien, chiite comme lui, en a une peur bleue : on se souvient de l'invasion du parlement en avril, en pleine zone verte, pour réclamer la fin du népotisme, de la corruption et mettre en place un "gouvernement de technocrates" sans affiliation politique ou religieuse (nouvelle preuve de la complexité du personnage, religieux à la politique laïque).

Nos pressentiments ne pouvaient pas être mieux illustrés, car l'ami Motqada vient encore de mettre les pieds dans le plat en appelant Assad à démissionner :

«Il serait juste que le président Bachar al-Assad démissionne (…) et évite au cher peuple de Syrie le fléau de la guerre et l’oppression des terroristes», a-t-il déclaré, dans un communiqué rendu public le samedi 8 avril 2017.
 
Trois jours plus tard, depuis la ville sainte de Najaf où il est basé, à 200 km au sud de Bagdad, il persiste et signe. «J’ai exhorté Assad à partir pour préserver l’axe de la résistance et afin de lui éviter le sort de Kadhafi», a-t-il prédit dans un nouveau communiqué.
 
Même s’il prend ses précautions en défendant «l’axe de la résistance» contre Israël, qui comprend l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais, Moqtada al-Sadr est le premier haut responsable chiite à contester ainsi la légitimité du président syrien.
 
Une surprenante offensive frontale contre un des piliers de la stratégie iranienne d’exportation de la révolution islamique. Bien que formé en Iran, Moqtada al-Sadr, dont les miliciens ont combattu les forces américaines en Irak, joue en effet de plus en plus la carte nationaliste.

Il en a même profité pour condamner les représailles américaines contre Bachar al-Assad et exhorter les Etats-Unis et la Russie à se retirer du théâtre syrien.
 
Engagé à la tête d’un vaste mouvement populaire contre la corruption et en faveur de réformes dans le pays, il organise régulièrement des manifestations dans la Zone verte ultra-sécurisée de Bagdad, siège du pouvoir et du parlement irakien dominés par Téhéran.
 
Moqtada al-Sadr mobilise également ses partisans contre les milices chiites du Hachd al-Chaabi (les Forces populaires de mobilisation), alliées de l’Iran. Il s’en démarque tant en raison de leur engagement auprès d’Assad en Syrie que pour leurs exactions contre les populations sunnites en Irak, sous couvert de lutte contre les djihadistes de l’Etat islamique.
 
Selon le site libanais AlKalima Online, de jeunes Irakiens ont même repris à l’université Al-Diwaniya dans le sud du pays le slogan "Iran, dehors, dehors !" contre Kaïs al-Khazaali, le chef de Aasaeb ahl al-Hak (la ligue des vertueux), venu mobiliser en faveur des milices pro-iraniennes. Un slogan que les partisans de Moqtada scandaient lors des occupations de la Zone verte.

Il ne peut pas ignorer qu'Assad n'est très certainement pour rien dans l'événement de Khan Cheikhoun. Aussi, l'explication est ailleurs et corrobore ce que nous disions de lui l'année dernière. Sa sortie a tout à voir avec des considérations intérieures :

Moqtada al-Sadr cherche à se démarquer du gouvernement irakien et des autres partis chiites au pouvoir depuis 2003. Il  est engagé depuis plus de deux ans dans une campagne anti-corruption et pro-réforme. A coup de déclarations tonitruantes ou de manifestations monstres, il critique la politique irakienne, très alignée sur Téhéran. Le chef chiite se veut Irakien. Et avec cette déclaration, il veut montrer que l'Irak peut être allié de Téhéran mais ne doit pas être son vassal. Un discours nationaliste, son fond de commerce.

Si on compare, le gouvernement irakien a appelé à une enquête internationale sur les évènements de Khan Cheikhoun... sans critiquer Bachar el-Assad. Al-Sadr va même plus loin, il cherche à incarner la voix de la réconciliation chiite-sunnite en osant critiquer un allié de l'Iran, un dirigeant soutenu par Bagdad. C'est un leitmotiv chez lui ces dernières années.

Le mois dernier, il osait déclarer que les milices sectaires n'ont pas leur place en Irak. Du miel aux oreilles des sunnites et une provocation pour les milices chiites qui participent à la lutte contre l'organisation de l'EI mais qui ont été accusées de crimes de guerre, comme des kidnappings, des exécutions sommaires et des tortures.

Moqtada al-Sadr ajoutait même qu'il craignait des tensions entre communautés après que l'organisation de l'EI a été vaincue. Car le problème politique irakien reste entier. Il y a un fossé entre les communautés. Moqtada al-Sadr suggère qu'il pourrait faire partie de la solution.

Ainsi, s'il venait à arriver au pouvoir, l'ennemi historique des Américains pourrait paradoxalement compliquer sérieusement l'après-conflit syrien et la reconstitution de l'arc chiite. Quand nous vous disons et répétons que les facétieux Dieux de la géopolitique s'amusent...

Or la position de Moqtada, faisant primer le nationalisme sur le religieux (solidarité chiite), n'est pas isolée en Irak, très divisé sur la question. D'un côté, l'ex-Premier ministre Maliki, qui a passé quinze ans en exil à Damas du temps de Saddam, déclarait en octobre : "Nous arrivons, Raqqa, nous arrivons, Alep, nous arrivons, Yémen !" Il est rejoint en cela par plusieurs puissantes milices pro-iraniennes prêtes à en découdre pour aider Assad : Asaib Ahl al-Haq, Saraya al-Kharasani, al-Nojaba et Kataib Hezbollah. De l'autre côté, outre Sadr, l'actuel Premier ministre Abadi et de grands clercs chiites dont la plus haute autorité spirituelle d'Irak, l'ayatollah al-Sistani. Quant aux commandants des UMP, comprenant l'un et l'autre courant, ils sont obligés de ménager la chèvre et le chou.

Parmi les facteurs de cette profonde fracture, il y a évidemment la position ambivalente vis-à-vis de Téhéran. Chez certains, le bon vieil antagonisme entre Arabes et Perses prend le pas sur l'appartenance religieuse et un excellent article du Monde Diplomatique l'évoquait déjà en 2006 :

Une autre école dénonce cette thèse [la tentation de concevoir les chiites comme une entité homogène, ndlr], à laquelle elle oppose celle d’un «nationalisme irakien» à toute épreuve. Tel cet observateur iranien avisé qui nous confie par exemple : «Les solidarités intrachiites ne transcenderont pas la ligne de fracture fondamentale qui sépare les Arabes des Perses. Tout le monde semble avoir oublié que les chiites irakiens ont combattu les chiites iraniens pendant les huit longues années de la guerre Iran-Irak, l’une des guerres les plus sanglantes de la seconde moitié du XXe siècle. Des informations qui nous viennent d’Irak indiquent que les Irakiens, même ceux qui ont vécu en exil en Iran, n’apprécient pas l’influence iranienne dans leur pays.» (...)

Cette situation ne transforme pas pour autant l’Iran en nation «par défaut» ou «par adoption» pour les chiites irakiens. Dans le sud du pays, on conserve des sentiments partagés à l’égard du voisin perse. M. Al-Sadr joue par exemple sur les origines iraniennes de l’ayatollah Ali Al-Sistani pour le dénigrer. Les résidents de la ville d’Al-Amara se plaisent à qualifier ceux d’Al-Kout de « Perses », un terme très péjoratif à leurs yeux. Si les portraits de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny et de son successeur Ali Khamenei foisonnent, seuls de rares acteurs de la scène politique chiite reconnaissent la conception iranienne de velayat-e-faqih («gouvernement du docte»), pilier de la République islamique. Les positions de l’ayatollah Al-Sistani vis-à-vis de ses pairs iraniens ont toujours été à la fois diplomatiques – évitant de franchir certaines lignes rouges – et farouchement indépendantes. Il semblerait du reste que, en tant que source d’interprétation des écritures, il soit davantage considéré en Iran que le «guide», l’ayatollah Khamenei lui-même.

Au-delà de la pierre d'achoppement iranienne, il y a aussi, il faut le dire, le comportement très ambigu de Damas dans les années 2000, après l'invasion de son voisin irakien. Pour une fois, les accusations américaines étaient fondées - confirmées par des officiels irakiens mais aussi par des sources bien placées à votre serviteur : Assad a, dans un dangereux coup de poker-boomerang, délibérément laissé passer (en les libérant des prisons syriennes ?) des centaines de djihadistes pour rejoindre l'insurrection sunnite en Irak. Le but : "occuper" les troupes américaines et surtout dissuader Washington d'envahir la Syrie.

Si certains - dont Maliki, le Premier ministre de l'époque et la victime directe des agissements de Damas - ont passé l'éponge et sont maintenant prêts à mettre sur pied une coalition chiite pour aider le gouvernement syrien, d'autres à Bagdad ont la mémoire plus rancunière...

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Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, par Robert Parry

14 Mai 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Ukraine, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre

Source : Consortium News, le 15/03/2017

Le 15 mars 2017

Exclusif: La famille “royale” néoconservatrice des Kagan compte sur les Démocrates et les prétendus progressistes pour jouer les fantassins dans la nouvelle campagne néoconservatrice qui vise à pousser les Républicains et le président Trump à engager d’autres guerres de « changement de régime ».

Par Robert Parry

La famille Kagan, fleuron de l’aristocratie néoconservatrice de l’Amérique, refait surface après s’être remise de n’avoir pas vu s’accroître son influence – ce que lui aurait offert l’élection d’Hillary Clinton – et d’avoir perdu son pouvoir officiel au début de la présidence Trump.

L’ancienne Secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes, Victoria Nuland, qui a milité pour le coup d’État en Ukraine et qui a contribué à choisir les dirigeants de l’après coup d’État. (Elle est l’épouse du théoricien néoconservateur Robert Kagan.)

La famille Kagan est de retour, pontifiant dans les tribunes des plus grands journaux. Elle incite maintenant à un élargissement de l’intervention militaire étatsunienne en Syrie et elle harcèle les Républicains pour qu’ils participent avec un peu plus d’enthousiasme à la chasse aux sorcières antirusse au sujet de la contribution présumée de Moscou à l’élection de Trump.

Dans une tribune du Washington Post datée du 7 mars, Robert Kagan, cofondateur du Project for the New American Century et l’un des principaux cerveaux de la guerre d’Irak, a attaqué les Républicains dont le peu d’empressement à enquêter faisait d’eux « des complices après coup de la Russie. »

Puis Frederick Kagan, directeur du Critical Threats Project à l’American Enterprise Institut néoconservateur et sa femme, Kimberly Kagan, qui a son propre groupe de réflexion, l’Institute for the Study of War (Institut pour l’étude de la guerre), vantaient, dans une tribune du Wall Street Journal du 15 mars, les avantages d’un renforcement de l’intervention américaine en Syrie.

Pourtant, quelle que soit l’influence que gardent les Kagan à Washington, dans le monde des groupes de réflexion et des tribunes libres, ils demeurent presque totalement à l’écart des centres du pouvoir de la nouvelle ère Trump, même si, semble-t-il, ils ont vu une porte qu’on pouvait forcer.

Il y a un an, cependant, leurs perspectives avaient l’air bien plus exaltant. Ils pouvaient faire leur choix parmi un grand nombre de candidats républicains néoconservateurs à la présidence ou, comme Robert Kagan, ils pouvaient soutenir la candidate de l’establishment démocrate, Hillary Clinton, dont « l’interventionnisme progressiste » se confondait quasiment avec le néo conservatisme et n’en différait que par les explications rationnelles invoquées pour justifier toujours davantage de guerres.

Il y avait aussi l’espoir qu’Hillary Clinton présidente reconnaîtrait sa communauté de vues avec les faucons progressistes et les néoconservateurs en donnant une promotion à la femme néoconservatrice de Robert Kagan, Victoria Nuland, qui passerait du poste de secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes à celui de secrétaire d’État.

Alors ils auraient bénéficié d’un formidable élan pour à la fois augmenter l’intervention militaire américaine en Syrie et accroître l’escalade de la nouvelle guerre froide avec la Russie, remettant l’idée de « changement de régime» pour ces deux pays à l’ordre du jour. Ainsi, au début de l’an dernier, les opportunités semblaient infinies pour la famille Kagan qui allait pouvoir montrer sa force et engranger beaucoup d’argent.

Une affaire de famille

Comme je l’ai fait remarquer il y a deux ans dans un article intitulé “Une affaire de famille de guerre sans fin” : « Le commentateur néoconservateur Robert Kagan et sa femme, la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes Victoria Nuland, sont à la tête d’une affaire de famille remarquable : elle, elle a déclenché une vraie guerre en Ukraine et elle a contribué à provoquer une seconde Guerre froide avec la Russie, et lui, il intervient pour exiger que le Congrès augmente le budget de l’armée afin que l’Amérique puisse faire face à ces nouvelles menaces contre la sécurité.

L’intellectuel néoconservateur bien connu Robert Kagan. (Photo credit: Mariusz Kubik, http://www.mariuszkubik.pl)

« Cet extraordinaire duo conjugal représente, pour le complexe militaro-industriel, deux forces qui s’unissent, une équipe dedans-dehors qui crée le besoin d’un budget militaire plus important, use de pressions politiques pour assurer des dotations plus élevées et regarde avec reconnaissance les marchands d’armes offrir de généreuses donations aux groupes de réflexion bellicistes de Washington.

« Non seulement la communauté des néoconservateurs dans son ensemble bénéficie de ces largesses, mais c’est le cas aussi d’autres membres du clan Kagan, y compris celui du frère de Robert, Frederick de l’American Enterprise Institute, et de sa femme Kimberly qui dirige sa propre agence, l’Institute for the Study of War. »

Cependant, les événements ne se sont pas déroulés tout à fait comme les avaient imaginés les Kagan. Les Républicains néoconservateurs ont trébuché lors des primaires et c’est Trump qui a gagné, et après qu’Hillary Clinton a renvoyé le sénateur Bernie Sanders dans les cordes et qu’elle a été nommée candidate pour les Démocrates, elle a perdu devant Trump lors de la présidentielle.

A la suite de sa surprenante victoire, Trump, en dépit de ses nombreuses lacunes, a reconnu ne pas être proche des néoconservateurs et les a laissés, pour la plupart, à la porte. Nuland a non seulement perdu son poste de secrétaire d’État adjointe mais elle a aussi démissionné du département d’État.

Trump à la Maison-Blanche, l’establishment de la politique étrangère de Washington, dominé par les néoconservateurs, avait pris un coup, mais il n’était pas au tapis. Les néoconservateurs ont reçu alors une bouée de sauvetage de la part des Démocrates et des progressistes qui détestaient Trump à un point tel qu’ils ont été ravis de reprendre le flambeau de la nouvelle Guerre froide de Victoria Nuland avec la Russie. Participant à un plan douteux pour écarter Trump du pouvoir, les Démocrates et les progressistes ont monté en épingle des accusations sans preuve selon lesquelles la Russie se serait entendue avec l’équipe de Trump afin de truquer l’élection américaine.

L’éditorialiste du New York Times, Thomas L. Friedman, a parlé pour nombre d’entre eux quand il a comparé la présumée « ingérence » de la Russie dans les élections avec le bombardement de Pearl Harbour et les attentats du 11-Septembre par al-Qaïda.

Dans l’émission Morning Joe sur MSNBC, il a exigé que les accusations de piratage contre la Russie soient traitées comme un casus belli. « C’était un événement de la même ampleur que le 11-Septembre, a-t-il déclaré. Ils ont attaqué le cœur de notre démocratie. C’était un événement de l’ampleur de Pearl Harbour. » Aussi bien Pearl Harbour que le 11-Septembre ont mené à des guerres.

Ainsi beaucoup de progressistes, aveuglés par leur haine de Trump, ont-ils favorisé le retour des néoconservateurs.

Le harcèlement des Républicains

Robert Kagan a choisi la page des tribunes libres du Washington Post pour harceler des Républicains qui comptent, comme le représentant Devin Nunes, président du House Intelligence Committee, qui se trouvait en photo au-dessus de l’article et de son titre « Roulant pour une ingérence de la Russie ».

Le général David Petraeus devant le Capitole avec Kimberly Kagan, fondatrice et présidente de l’Institute for the Study of War. (Photo credit: ISW’s 2011 Annual Report)

« Il aurait été impossible d’imaginer il y a un an, » écrit Kagan, « que des dirigeants du Parti républicain aideraient effectivement les Russes à s’ingérer dans le système politique de notre pays. Pourtant, et c’est incroyable, c’est le rôle que joue le Parti républicain. »

Kagan a alors repris la doxa des responsables de Washington qui acceptaient, sans émettre le moindre doute, les allégations des directeurs sortants des services de renseignement de la présidence Obama, à savoir que la Russie avait piraté les mails des Démocrates et les avait publiés via WikiLeaks pour gêner la campagne de Clinton.

Bien que les responsables du renseignement d’Obama n’aient fourni aucune preuve pour étayer ce qu’ils avançaient et que WikiLeaks ait nié avoir reçu ces deux liasses de mails des Russes, les officiels de Washington ont largement admis ces allégations, les considérant comme des motifs pour discréditer Trump et essayer de le destituer.

Passant sous silence le conflit politique d’intérêts de ceux qui avaient été nommés par Obama, Kagan a estimé que « vu l’importance de cette découverte particulière [l’ingérence de la Russie], les preuves doivent être déterminantes » et cela justifie « une enquête sérieuse, d’une grande ampleur et transparente. »

Kagan, cependant, doit aussi avoir compris quelle opportunité de revenir au pouvoir constituait pour les néoconservateurs ce rideau de fumée d’une nouvelle Guerre froide avec la Russie.

Il a déclaré : « La question la plus importante concerne la capacité de la Russie à manipuler les élections des États-Unis. Ce n’est pas un problème politique. C’est un problème de sécurité nationale. Si le gouvernement russe s’est effectivement ingéré dans les processus électoraux des États-Unis l’an dernier, alors il a la capacité de le faire dans toutes les autres élections à partir de maintenant. C’est une arme puissante et dangereuse, plus redoutable que des vaisseaux de guerre, des chars ou des bombardiers.

« Ni la Russie ni aucun autre adversaire éventuel n’a le pouvoir de mettre à mal le système politique étatsunien avec des armes de guerre. Mais en instillant des doutes sur la validité, l’intégrité et la fiabilité des élections des États-Unis, elle peut saper les bases de ce système. »

Une réalité différente

Le ton de la tribune de Kagan était alarmiste, mais la réalité était bien différente. Même si les Russes ont effectivement piraté les mails des Démocrates et les ont, d’une façon ou d’une autre, fait passer à WikiLeaks, affirmation non étayée et controversée d’ailleurs, ces deux séries de mails n’ont pas joué un rôle si important dans le résultat de l’élection.

L’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et le sénateur Bernie Sanders. (NBC photo)

Selon Hillary Clinton, le responsable de sa défaite surprise, c’est le directeur du FBI James Cormey qui a ré-ouvert brièvement l’enquête sur le serveur privé dont elle se servait quand elle était secrétaire d’État.

En outre, tout porte à croire que les mails publiés par WikiLeaks étaient authentiques et révélaient les agissements illicites des dirigeants des Démocrates, comme la manière dont le Comité national du Parti démocrate a lésé Bernie Sanders et favorisé Hillary Clinton. Dans les mails du directeur de campagne de Clinton John Podesta, on a pu lire les discours rétribués que Clinton avait prononcés devant les financiers de Wall Street et qu’elle essayait de cacher aux électeurs, sans oublier quelques exemples d’octroi de marchés aux donateurs de la Fondation Clinton.

En d’autres termes, la publication de WikiLeaks a contribué à informer les électeurs américains à propos des irrégularités du processus démocratique dans leur pays. Les mails n’étaient pas de la « désinformation » ni des « fausses nouvelles », ils contenaient de vraies informations.

On a eu cette semaine une communication d’informations semblable à celles qui s’étaient produites avant l’élection. On a fait fuiter, en effet, des informations sur les feuilles d’impôts de Trump, lesquelles sont protégées par la loi. Cependant, à part le camp Trump, presque personne n’a jugé que la publication illicite des feuilles d’impôts d’un citoyen constituait, quelque part, une menace contre la démocratie américaine.

Les Américains ont le droit de connaître ce genre de détails à propos d’un candidat à la Maison-Blanche, c’était le sentiment général. Je suis tout à fait d’accord, mais est-ce qu’il ne s’ensuit pas également que nous avions le droit de savoir que le Comité du Parti démocrate abusait de son pouvoir pour faciliter la nomination de Clinton, le droit de savoir ce que contenaient les discours prononcés devant les banquiers de Wall Street et le droit de savoir que des gouvernements étrangers cherchaient à se faire attribuer des marchés en faisant des donations à la Fondation Clinton ?

Pourtant, parce que les hauts fonctionnaires nommés par Obama dans la communauté du renseignement « estiment » que la Russie était la source des mails de WikiLeaks, cette attaque contre la démocratie des États-Unis justifie une Troisième Guerre mondiale.

Toujours plus de propos inconsidérés

Accuser cependant, sans preuve, la Russie de fragiliser la démocratie des États-Unis n’était pas suffisant pour Kagan. Il a affirmé comme un « fait », bien que, une fois de plus, il n’ait pas présenté de preuves, les éléments suivants : la Russie « s’ingère dans les élections à venir de la France et de l’Allemagne, et elle s’est déjà ingérée dans le récent référendum italien et dans de nombreuses autres élections en Europe. Elle utilise cette arme contre autant de démocraties qu’elle peut pour saper la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques. »

Le Secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, accompagné de la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes et eurasiennes Victoria « Toria » Nuland, s’adresse au président russe Vladimir Poutine lors d’une réunion au Kremlin à Moscou, en Russie, le 14 juillet 2016. [Photo du Département d’État]

Les dirigeants à Washington et les médias traditionnels ont beaucoup déploré leur impuissance au sujet de l’ère « post-vérité », mais ces prétendus avatars de la vérité sont aussi coupables que quiconque, agissant comme si la répétition constante d’une allégation non étayée de faits revenait à la prouver.

Mais ce que Kagan et d’autres néoconservateurs ont à l’esprit est clair : c’est une escalade des hostilités avec la Russie et une augmentation substantielle des dépenses consacrées au matériel militaire américain et à la propagande occidentale pour « contrer » ce qui est considéré comme une « propagande russe ».

Kagan l’admet, il a déjà beaucoup de Démocrates et de progressistes de premier plan de son côté. Donc, il cherche à forcer les Républicains à se joindre à cette campagne hystérique de dénigrement contre la Russie, quand il écrit :

« Mais ce sont les Républicains qui les couvrent. Le chef actuel du parti, le président, remet en cause les découvertes, les motivations et l’intégrité de la communauté du renseignement. Les dirigeants républicains au Congrès se sont opposés à la création d’un comité spécial d’enquête, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Congrès. Ils ont insisté pour que les enquêtes soient menées par les deux comités de renseignement.

« Pourtant, le président républicain du comité à la Chambre a indiqué que cette enquête n’était pas bien urgente et il a même mis en cause la gravité et la validité des accusations. Le président républicain du comité au Sénat a abordé cette tâche à contrecœur.

« En conséquence, on a l’impression que les enquêtes avancent avec une lenteur délibérée, produisant peu d’informations et en fournissant encore moins au public. Il est difficile de ne pas conclure que c’est précisément l’intention de la direction du Parti républicain, à la fois à la Maison-Blanche et au Congrès. …

« Lorsque les Républicains s’opposent à des enquêtes approfondies, transparentes et immédiates, ils deviennent complices de la Russie après coup. »

Mentir avec les néoconservateurs

Beaucoup de démocrates et de progressistes peuvent trouver encourageant qu’un néoconservateur de premier plan, qui a contribué à ouvrir la voie de la guerre en Irak, soit désormais de leur côté pour dénigrer les Républicains coupables de ne pas se joindre avec enthousiasme à la dernière chasse aux sorcières russe. Mais ils pourraient également réfléchir un instant et se demander comment ils ont pu laisser leur haine de Trump les conduire à s’allier avec les néoconservateurs.

Le président russe Vladimir Poutine, après son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2015. (Photo de l’ONU)

Mercredi, dans The Wall Street Journal, Frederick, le frère de Robert Kagan, et sa femme, Kimberly, sont allés plus loin en présentant le vieux rêve des néocons d’une invasion américaine à grande échelle en Syrie, projet qui a été mis en attente en 2004 à cause des échecs militaires des États-Unis en Irak.

Cependant, les néoconservateurs sont avides, depuis longtemps, d’un « changement de régime » en Syrie et n’ont pas été satisfaits par ce qu’a fait Obama en armant les rebelles antigouvernementaux et par l’implication limitée de forces spéciales dans le nord de la Syrie afin de contribuer à la reconquête de la « capitale » de l’EI, Raqqa.

Dans leur tribune du Wall Street Journal, Frederick et Kimberly Kagan appellent à l’ouverture d’un nouveau front dans le sud-est de la Syrie.

« Les forces armées américaines seront nécessaires. Mais les États-Unis peuvent recruter de nouveaux partenaires sunnites en combattant avec eux dans leur pays. Au départ, le but doit être de se battre contre l’EI parce qu’il contrôle, en Syrie, les dernières zones où les États-Unis peuvent raisonnablement espérer trouver des alliés sunnites qui ne soient pas sous l’influence d’al-Qaïda. Mais après la défaite de l’EI, il faudra lever une armée arabe sunnite capable de vaincre al-Qaïda et de contribuer à négocier un règlement de la guerre.

« Les États-Unis devront faire pression auprès du régime d’Assad, de l’Iran et de la Russie pour mettre fin au conflit dans des conditions que les arabes sunnites accepteront. Ce sera plus facile si on dispose d’une base sûre, indépendante et influente à l’intérieur de la Syrie. Le président Trump devrait s’affranchir des raisonnements erronés et de la planification inadaptée hérités de son prédécesseur. Il peut transformer cette lutte, mais seulement en transformant l’approche qu’en a l’Amérique »

Un nouveau plan pour la Syrie

En d’autres termes, les néoconservateurs sont de retour avec leur habileté à jouer avec les mots et leurs manœuvres stratégiques pour amener les forces armées étatsuniennes à accomplir un projet de « changement de régime » en Syrie.

Ils pensaient avoir quasiment atteint ce but en faisant porter au gouvernement syrien la responsabilité de la mystérieuse attaque au gaz sarin qui a eu lieu dans la banlieue de Damas le 21 août 2013 et en piégeant ainsi Obama qui se serait trouvé forcé de lancer une attaque aérienne d’envergure contre l’armée syrienne.

Mais le président Vladimir Poutine est intervenu et il a réussi à ce que le président syrien Bachar el-Assad livre toutes ses armes chimiques, même si ce dernier continuait à nier avoir joué le moindre rôle dans l’attaque au sarin.

L’intercession de Poutine, en mettant en pièces le rêve des néoconservateurs d’un « changement de régime » en Syrie, l’a propulsé en haut de la liste de leurs ennemis. Des néoconservateurs importants, comme Carl Gershman, président du National Endowment for Democracy, n’ont pas tardé alors à prendre l’Ukraine pour cible, ce qui, pour Gershman, constituait « la plus belle récompense » et une première étape qui devait aboutir à la destitution de Poutine à Moscou.

C’est à la secrétaire adjointe Victoria « Toria » Nuland qu’est revenu de superviser le « changement de régime » en Ukraine. L’un des coups de fil qu’elle a donné sur une ligne non sécurisée fin janvier ou début février 2014 a été intercepté, et on l’y entend parler avec l’ambassadeur en Ukraine, Geoffrey Pyatt, d’« arranger » ou d’« accoucher » un changement dans le gouvernement élu du président Viktor Ianoukovitch.

Quelques semaines plus tard, les combattants néonazis et ultranationalistes étaient en première ligne de l’attaque violente contre les bâtiments gouvernementaux et ont forcé Ianoukovitvh et d’autres responsables à s’enfuir pour sauver leur vie tandis que le gouvernement étatsunien se dépêchait de saluer le gouvernement issu du coup d’État comme « légitime ».

Mais le putsch ukrainien a conduit à la sécession de la Crimée et à une sanglante guerre civile dans l’est de l’Ukraine contre la minorité ethnique russe, des événements que le département d’État et les médias occidentaux ont qualifié d’« agression russe » ou d’« invasion russe ».

Ainsi, depuis les dernières années de l’administration Obama, tout était en place pour que les néoconservateurs et la famille Kagan mènent à bien la dernière étape de leur plan stratégique qui consistait à acculer la Russie et à instituer un « changement de régime » en Syrie.

Tout ce qu’il fallait, c’était qu’Hillary Clinton soit élue présidente. Pourtant, étonnamment, ces plans si bien conçus ont échoué. Bien qu’il ne soit pas, d’une manière générale, apte à la présidence, Trump a battu Clinton, amère déception pour les néoconservateurs et leurs alliés progressistes interventionnistes.

Pourtant, la prétendue #Resistance à la présidence de Trump et l’utilisation sans précédent par le président Obama de ses agences de renseignement pour dépeindre Trump comme un « candidat vendu aux Russes » a donné un nouvel espoir aux néoconservateurs pour la mise en œuvre de leur ordre du jour.

Il ne leur a fallu que quelques mois pour se réorganiser et se regrouper, mais ils ont maintenant l’espoir d’exercer sur Trump, à propos de la Russie, une pression si forte qu’il n’aura plus d’autre choix que de se laisser convaincre par leurs plans bellicistes.

Comme c’est souvent le cas, la famille Kagan a défini la stratégie : forcer les républicains à se joindre à la campagne de dénigrement de la Russie et à persuader un Trump radouci de lancer une invasion à grande échelle de la Syrie. Et dans cette entreprise, les Kagan utilisent Démocrates et progressistes comme fantassins.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a dévoilé une grande partie des scandales Iran-Contra pour l’Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortium News, le 15/03/2017

 

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

 

 

Réponse à Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, par Robert Pa Le 14 mai 2017 à 07h57Il “faut” au moins lire un résumé de la pensée de R Kagan exposée dans son livre “La puissance et la faiblesse” ((Of Paradise and Power : America and Europe in the New World Order) paru au début des années 2000.
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Puissance_et_la_Faiblesse
http://www.lemonde.fr/international/article/2002/07/26/puissance-americaine-faiblesse-europeenne-par-robert-kagan_285878_3210.html

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Le Pentagone – et Daech – ciblent l’Iran Pepe ESCOBAR

11 Avril 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Terrorisme

Le Pentagone – et Daech – ciblent l’Iran  Pepe ESCOBAR

9 avril 2017

Le Pentagone – et Daech – ciblent l’Iran

Pepe ESCOBAR

Le commandant du CENTCOM (Commandement central des États-Unis, le Pentagone), le général Joseph Votel, s’est pris pour la réincarnation du Docteur Folamour devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants des États-Unis, mercredi dernier. « Nous devons chercher des opportunités de déstabiliser l’Iran, que ce soit à travers des moyens militaires ou d’autres méthodes. »

Si orwellienne notre époque soit-elle, cette phrase se classe au rang des déclarations de guerre. Avec pour conséquence la destruction par le vide de l’accord sur le nucléaire passé avec l’Iran, à l’ONU, à l’été 2015.

Joseph Folamour ne s’est pas donné la peine de mâcher ses mots.

L’Iran est une des plus grandes menaces auxquelles les USA sont confrontés aujourd’hui (c’est la doctrine officielle du Pentagone qui le dit ; il vient en quatrième position, après la Russie, la Chine et la Corée du Nord). L’Iran a développé son « rôle déstabilisateur » et constitue « la plus grande menace de long terme à la stabilité » de tout le Moyen-Orient.

L’Iran est perfide ; « Je pense que l’Iran opère dans ce que j’appelle une zone grise ». Et c’est « une zone située entre la concurrence normale entre pays – qui s’arrête juste aux portes de conflits ouverts ».

L’Iran est impliqué dans des « mesures de facilitation d’aides létales » ; l’utilisation de « forces par procuration » ; et nombre de « cyber-activités ».

Les USA n’ont pas « vu d’amélioration dans le comportement de l’Iran ». Le garçon/pays turbulent en question pose encore « des menaces crédibles » à travers « son potentiel nucléaire » et son « robuste » programme de missiles balistiques.

Donc, en voilà assez ; nous allons les dégager.

Le djihad sans fin du CENTCOM

Une réponse simple consisterait à caractériser cette crise de colère infantile d’homme de main mafieux, comme un cadeau offert au monde par le fonds en pétrodollars de la Maison des Saoud.

Ou de se rappeler que Joseph Folamour s’adressait précisément à ceux-là même qui, malgré les rapports accumulés au fil des années des dix-sept agences de renseignements des USA selon lesquels l’Iran n’a pas, et ne prévoit pas d’avoir d’armes nucléaires, dénoncent quand même « la menace nucléaire » iranienne.

Mais la réalité dépasse toujours la fiction. État islamique/Daech en personne a sorti une vidéo en farsi – avec un message destiné au guide suprême, l’ayatollah Khamenei – déclarant la guerre à l’Iran parce que ce sont des apostats chiites et parce qu’ils « tolèrent » les juifs.

Non, ce n’est pas un sketch des Monty Python. En fait, nous dérivons vers une situation de plus en plus curieuse, celle d’un CENTCOM qui a envahi et occupé l’Afghanistan et l’Irak ; qui a distribué la mort et la destruction gratuitement ; qui a provoqué une crise monumentale, avec des myriades de réfugiés à la clé ; qui est de nouveau en guerre en Irak ; qui cherche encore à tout prix un changement de régime en Syrie ; qui « dirige en arrière-plan » la destruction du Yémen par l’Arabie saoudite, et qui se retrouve aujourd’hui, de facto, ouvertement, l’allié objectif de Daech – qu’il a laissé suppurer pendant des années – contre l’Iran.

Appelez ça le djihad du CENTCOM, si vous voulez.

La performance de Joseph Folamour a eu lieu juste au moment où l’axe néocon/libéralcon, qui colporte sa russophobie hystérique – et son iranophobie – dans tous les couloirs de Washington DC et au delà, venait de savourer un bonbon géopolitique : le président iranien Hassan Rohani rencontrant le président russe Vladimir Poutine, dans le magnifique Grand Palais du Kremlin à Moscou. En termes néocon, traduisez par « les mollahs » rencontrent « Hitler ».

Certains développements étaient prévisibles ; le ministre des affaires étrangères Javad Zarif a confirmé que l’armée russe a l’autorisation d’utiliser des bases iraniennes « au cas par cas » – essentiellement contre des djihadistes en Syrie, comme en août dernier, quand des bombardiers à long rayon d’action Tu-22M3 et des Su-34 ont conduit des missions à partir de la base de Hamadan.

Mais, comme Rohani et Poutine l’ont clarifié, les rencontres ont dépassé la simple coopération militaire dans une vraie guerre de terrain contre la terreur.
Le partenariat comprend aujourd’hui une augmentation du volume des échanges commerciaux ; des échanges scientifiques ; la construction par la Russie de deux nouvelles centrales nucléaires civiles à Bushehr, le site du premier réacteur iranien ; l’adhésion prochaine de l’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai (SCO) ; et dans un avenir proche, la possibilité d’une aide russo-chinoise aux institutions bancaires iraniennes.

Alors que l’équipe de la Maison-Blanche tente de se mettre d’accord avant la première visite officielle du Secrétaire d’État « T-Rex » Tillerson en Russie, dans deux semaines, les ouvertures russes à l’Iran sont présentées comme un des obstacles-clés à un accord – avec le vieux slogan de l’« agression russe » en Ukraine, en Europe de l’Est et dans le cyberespace.

Pour le Pentagone, la coopération russo-iranienne est une abomination – en Syrie ou ailleurs, particulièrement après la bataille d’Alep. De plus, il se trouve que cela se raccorde particulièrement bien à la vision du monde du Richelieu/Machiavel de la Maison-Blanche, Steve Bannon ; Bannon était officier naval à l’époque de la crise des otages américains en Iran, et considère autant l’Iran comme une menace existentielle que les huiles du Pentagone.

Ainsi, le tableau vendu aujourd’hui à l’opinion publique américaine ne pourrait pas être plus effrayant ; l’Iran « déstabilise » l’intégralité du Moyen-Orient pendant que la Russie « déstabilise » l’Europe de l’Est, l’ouest des Balkans, l’Ukraine, en fait la planète entière.

Quel accord sur le nucléaire ?

Au moins, la feuille de route de Washington sur l’Iran est étalée au grand jour ; plus – et de très lourdes – sanctions ; un harcèlement non-stop couplé à une propagande constante, à destination de l’opinion publique occidentale ; des opérations secrètes et enfin, la possibilité d’une guerre ouverte.

Le sénateur Bob Corker, secrétaire du Comité des affaires étrangères du Sénat des États-Unis, soutient avec zèle le projet de loi intitulé « Contrer les activités de déstabilisation de l’Iran » qui, s’il est approuvé, annulera l’engagement des USA dans l’accord sur le nucléaire avec l’Iran parrainé par l’ONU ; requalifiera le Corps des Gardiens de la révolution islamique d’Iran en organisation terroriste, et ouvrira les vannes d’une nouvelle salve de sanctions.

Mais tout cela pourrait tout aussi bien se résumer au cas du chien qui aboie, mais ne mord pas. Tous ceux qui ont compris la direction du vent, à Washington, savent que le partenariat stratégique russo-iranien est l’un des trois points-clés, avec la Chine, de la plus grande aventure du jeune XXIe siècle : l’intégration eurasienne, avec la Russie et l’Iran en pièces maîtresses de l’échiquier énergétique et la Chine en locomotive d’investissements. Et il n’y a pas grand-chose que les USA puissent faire pour empêcher cela.

Encore cette fois, les chiens de la diabolisation aboient, la caravane eurasienne passe.

Pepe Escobar

Le 16 mars 2017

© Sputnik/ Vladimir Fedorenko https://sputniknews.com/columnists/201703311052129206-pentagon-daesh-war-iran/

Note du traducteur

Ajoutons à ce qui précède une information donnée par Pepe Escobar sur Facebook le 31 mars :

La Russie et l’Iran contournent le dollar

« Le système de paiements russe Mir va être connecté au Shetab iranien (Interbank Information Transfer Network, un réseau concurrent du système Swift) ’pour que les touristes puissent tranquillement utiliser les distributeurs automatiques de billets pendant leur visite de l’autre côté’, selon les mots du gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Valiollah Seif.

La Russie et l’Iran commenceront bientôt à régler des transactions en rials et en roubles, contournant le dollar américain et ’stimulant les échanges commerciaux et les volumes d’imports-exports’.

Tout cela est inscrit dans la déclaration jointe de 16 pages – ’Vers une coopération stratégique générale’ – signée par Poutine et Rohani à Moscou.

Rien d’étonnant à ce que le Pentagone veuille la guerre. »

Traduction Entelekheia http://www.entelekheia.fr/pentagone-daech-ciblent-liran/

»» http://www.entelekheia.fr/pentagone-daech-ciblent-liran/

URL de cet article 31730

 

 

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[Vidéo]Trump dans le bourbier syrien, par Bassam Tahhan

9 Avril 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

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Syrie: La surprenante offre de Donald Trump à Bachar Al Assad. Par René Naba

4 Avril 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

Syrie: La surprenante offre de Donald Trump à Bachar Al Assad. Par René Naba

Syrie: La surprenante offre de Donald Trump à Bachar Al Assad

Tulsi Gabbard: «Si le président vous appelle, décrocherez vous le téléphone ?»
Bachar Al Assad: «S’agit il d’une hypothèse ou d’une proposition ?»
Tulsi Gabbard: «Décrocherez-vous le téléphone pour répondre à son appel ?»
Bachar Al Assad: «S’agit-il d’une proposition de votre part?»
Tulsi Gabbard: «Non, la proposition vient du président»

A ce moment, le président syrien sourit et remis à l’émissaire américain un numéro de téléphone où il pouvait être joint directement.

Les déclarations du secrétaire d’Etat Rex Tillerson jeudi 30 mars 2017 à Ankara selon lesquelles «Le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien», ne relèvent pas du hasard, mais d’une décision mûrement réfléchie de la nouvelle administration républicaine, désireuse de conférer la priorité au combat contre le terrorisme islamique.

Ci joint le récit intégral de ce surprenant dialogue entre le président syrien Bachar Al Assad et l’émissaire américain Tusli Gabbard, sénatrice démocrate de Hawaï, ainsi que cela a été rapporté lundi 3 avril 2017 par le directeur du quotidien libanais «Al Akhbar», Ibrahim Al Amine, auteur du scoop, consultable sur ce lien pour les locuteurs arabophones :

Tulsi Gabbard

Démocrate de Hawaï, hostile à Hillary Clinton, ancienne secrétaire d’État et candidate malheureuse à la présidentielle américaine 2016, Tulsi Gabbard avait voté en faveur de Bernie Sanders, le candidat de l’aile gauche du parti démocrate, lors des primaires de ce parti en 2016. Membre du House Armed Service Committee, Major dans la garde nationale, Tulsi Gabbard a effectué deux périodes de service au Moyen-Orient. En Octobre 2015, sur CNN, elle déclare: les États-Unis et l’Union Européenne doivent cesser cette guerre illégale et contre-productive visant à renverser le gouvernement d’Assad et se concentrer plutôt à combattre les groupes islamistes extrémistes».

L’interrompant, le journaliste lui pose alors la question suivante: «Cela ne vous importe-il pas que le régime brutal d’Assad ait tué 200.000 personnes au moins ou peut-être 300.000 personnes de son propre peuple».

La réponse fuse: «Les choses qu’on dit à propos d’Assad, ce sont les mêmes que l’on disait à propos de Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi par ceux qui poussaient les États-Unis à renverser leurs régimes. Si cela devait arriver en Syrie, nous nous retrouverons devant une situation de plus grande souffrance, des persécutions plus importantes des Chrétiens en Syrie. En prime notre ennemi en sortira renforcé».

  1. http://www.madaniya.info/2016/02/17/la-coordination-secrete-syro-americaine-contre-le-djihadisme-en-syrie-1/
  2. http://www.madaniya.info/2016/02/19/la-coordination-secrete-syro-americaine-contre-le-djihadisme-en-syrie-2/

Le dialogue entre Donald Trump et Tulsi Gabbard le 21 novembre 2016

Les contacts entre Donald Trump et Tusli Gabbard se sont noués à l’automne 2016. celui qui n’était alors que le candidat républicain à la présidentielle avait relevé le positionnement de la sénatrice démocrate et son entourage songeait même à lui proposer un poste ministériel au sein de la nouvelle administration qui devait succéder au démocrate Barack Obama.

L’entretien entre le président élu et la démocrate a eu lieu le 21 novembre 2016 et a duré 2H30, au cours duquel la sénatrice a informé d’emblée son interlocuteur que son voyage prévu de longue date ne pouvait être indéfiniment retardé du fait qu’il avait été fixé à la mi janvier 2017.

Donald Trump a admis partagé l’opinion de Tulsi Gabbard sur la Syrie, et, en réplique, la sénatrice a informé Donald Trump qu’elle songeait à forger une loi interdisant à tout américain de collaborer avec quiconque entretenant un lien direct ou indirect avec les organisations terroristes, particulièrement Daech.

La suite du dialogue Donald Trump-Tulsi Gabbard :

Donald Trump (DT): « Allez vous rencontrer Assad ? »
Tulsi Gabbard (TG): « Probablement »
Donald Trump (DT): « Parfait. Demandez lui s’il est disposé à entretenir des contacts avec nous. »

L’homme a tenu bon

Je suis disposé à entrer en contact téléphonique avec lui. Mais qu’il soit clair que la coopération portera sur le combat contre Daech. Il constatera que son éviction du pouvoir ne figure pas à l’ordre du jour de mes préoccupations. C’est d’ailleurs un thème qui va disparaître progressivement du débat public.

Toutefois, le contact direct et l’abolition des sanctions sont des sujets qui demandent du temps.

L’important est que l’on sache comment il se comporte et dans quelle mesure il est disposé à coopérer avec nous en dehors des Russes et des Iraniens. Nous devons changer de politique vis à vis d’Assad.

L’Homme a tenu bon. Le contenir directement pourra se révéler utile. Les faits nous commandent de coopérer avec lui s’il l’on veut combattre effectivement Daech.

Donald Trump, pragmatique et empirique, part du constat que Barack Obama a sapé l’influence américaine au Moyen-Orient et rend responsable son prédécesseur démocrate de la percée russe. Il considère qu’il incombe à son administration de rétablir une cogestion, particulièrement en Syrie et en Irak et que la Syrie peut constituer un terrain d’entente entre Russes et Américains.

L’Iran, le pays le plus sérieux dans son combat contre Daech.

Donald Trump considère en outre que Daech représente le plus grand danger. Il est convaincu du soutien de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie à Daech et à toutes les déclinaisons d’Al Qaida. En dépit de détestation de l’Iran, il est convaincu que Téhéran est le plus sérieux dans son combat contre Daech.

Son objectif n’est pas d’opérer un bouleversement fondamental de la politique américaine, mais juste d’infléchir sa stratégie, en focalisant sur Daech, et en mettant de côté les autres objectifs, tels l’éviction du président syrien.

Le rôle d’obstruction de l’ambassadrice américaine au Liban, Elizabeth Richard.

Lors de sa confirmation par la commission des affaires étrangères du Sénat américain comme nouvel ambassadeur des Etats Unis au Liban, Elizabeth Richard avait affirmé que sa mission prioritaire sera de faire front à la Syrie et au Hezbollah. Aussi n’a-t-elle pas été avisée de la mission de Tulsi Gabbard ni de ses objectifs. Elle estimait néanmoins qu’elle devait avoir la haute main sur cette visite, fixant les rendez vous de la sénatrice, écartant au besoin ce qu’elle considérait comme indésirable.

Le Liban divisé par l’ambassade américaine en trois zones selon le degré de risques.

Elizabeth Richard a voulu circonvenir les choses, demandant à s’entretenir avec l’équipe de la sénatrice, à son arrivée à Beyrouth. A l’ambassade, le responsable de la sécurité a fait un topo sur la situation sécuritaire en dotant ses interlocuteurs d’instructions adéquates.

L’officier chargé de la sécurité de l’ambassade a proposé que Tulsi Gabbard soit logée à la résidence de l’ambassadrice.

L’équipe de la sénatrice a décliné les offres, spécifiant qu’elle souhaitait que la visite de Tulsi Gabbard se déroule en dehors de tout protocole, que l’émissaire de Donald Trump choisira elle-même ses interlocuteurs libanais, de même que la date et le lieu de ses rendez-vous.

Le responsable de la sécurité de l’ambassade a alors insisté pour connaître l’identité du service libanais chargé de la protection de la sénatrice, exposant les zones à risques au Liban. Selon lui, le Liban est divisé en trois zones: Zone Rouge, frappée d’une interdiction absolue d’accès de jour comme de nuit; Une Zone Jaune, avec libre accès uniquement le jour; Une Zone Verte, avec libre accès de jour comme de nuit.

Des unités spéciales américaines au Liban prêtes à intervenir à tout moment.

Au terme de son exposé le responsable a confié à l’équipe de la sénatrice des numéros de téléphone pour an faire usage en cas d’urgence, l’assurant que les États Unis disposaient de diverses unités déployées sur l’ensemble du territoire libanais prêtes à intervenir à tout moment en cas de nécessité.

14 Janvier 2017, l’arrivée à Beyrouth de Tulsi Gabbard.

Tusli Gabbard est arrivée le dimanche 14 Janvier 2017 à Beyrouth, en compagnie de son époux, Abraham William, un riche homme d’affaires originaire de l’Inde. A l’aéroport de Beyrouth-Khaldé, elle a été accueillie par un détachement de l’unité chargée de la protection des ambassades, relevant des Forces de Sécurité Intérieures (FSI), mis à sa disposition par le ministre de l’Intérieur Nihad Machnouk.

La traversée dans la zone Hezbollah

Le convoi s’est dirigé directement vers Yarzé, colline surplombant Beyrouth siège de la Présidence de la République libanaise, du ministère de la défense et de l’ambassade de Syrie au Liban, notamment, où elle a été accueillie par l’ambassadeur syrien Ali Abdel Karim.

Le convoi a emprunté un court trajet, ce qui signifie qu’il a immanquablement traversé la banlieue sud de Beyrouth, en pleine «zone rouge», de l’ambassade américaine, la fameuse ville de Dayeh des journalistes français, autrement dit le fief du Hezbollah.

A la question de savoir où elle se trouvait, il lui fut répondu, laconiquement: «Dans la zone du Hezbollah».

Tulsi Gabbard: «Où sont donc les bases militaires et les hommes en armes»?
Réponse: «Pas de présence de toutes ces choses ici».
Tuslsi Gabbard: Êtes vous surs que nous traversons une zone sous contrôle du Hezbollah»?
Réponse: Oui absolument et dans quelques minutes nous serons dans une zone sous contrôle total de l’armée libanaise, où se trouve le bureau de l’ambassadeur syrien.

A son arrivée dans le secteur de Yarzé, le convoi a été pris en charge par les «Fouhouds» (Les Panthères), troupes de chocs des forces de sécurité libanaise. Les officiels de l’ambassade américaine avaient peu apprécié que le service de protection des ambassades aient été chargé de la protection de la sénatrice américaine, considérant que ce service était sous influence du Hezbollah.

A son arrivée à son hôtel,l’ambassadrice des États Unis à Beyrouth, Elizabeth Richard, a demandé à rencontrer l’émissaire du président Donald Trump. Tulsi Gabbard a refusé, lui précisant qu’elle ne souhaitait rien de l’ambassade.

Le séjour à Damas de Tulsi Gabbard et le récit de sa première rencontre avec le président Bachar Al-Assad

Lundi 15 janvier à 008 H du matin, le convoi américain se dirige directement vers Damas. A son arrivée au poste frontière de Masnah, le convoi est accueilli par une délégation officielle syrienne qui prend en charge la protection de l’émissaire américain, abandonnant le convoi libanais dans le secteur libanais de la zone frontalière.

Le premier échange Bachar A-Assad-Tulsi Gabbard

Accueillie par un sourire du président syrien, Tusli Gabbard entre d’emblée dans le vif du sujet:

Tusli Gabbard: Je suis là pour une mission de collecte d’informations. Je souhaite visiter plus d’une région si possible, aller à la rencontre des gens. Je souhaite aussi que vous nous fournissiez des informations fiables sur ceux qui apportent leur soutien à Daech et à al Qaida. Je suis là avec l’accord du Congrès américain. Je devais venir il y a un mois, mais j’ai retarde mon voyage à la demande du président Trump en personne.

J’ai rencontré Donald Trump avant ma venue. Je suis porteuse d’un message de sa part. Je suis chargé de vous soumettre ses vues sur la zone. Il m’a en plus chargé d’une demande directe à vous.

L’émissaire américain se livre alors à un exposé des vues de la nouvelle présidence américaine, mettant l’accent sur la position des alliés des États Unis dans la zone, de l’Arabie saoudite, à la Turquie, en passant par ls autres pays du Golfe.

La priorité de Donald Trump est le combat contre Daech. Dans son approche, il prend en considération le dossier iranien, un pays très sérieux dans son combat contre Daech. Donald Trump veut une modification radicale de la politique des États Unis à l’gard de la Syrie et de la zone.

Donald Trump: admiratif de l’intelligence de la Russie dans sa gestion du dossier syrien.

Bachar Al-Assad: « S’agit il des impressions que vous avez recueillies de votre entretien avec votre président ? »
Tulsi Gabbard : « Non, ce sont ces idées. Il m’a demandé de vous les soumettre. En résumé, nous voulons coopérer avec vous pour combattre Daech. Il (Donald Trump) est admiratif de l’intelligence de la Russie dans sa gestion du dossier syrien. Il entend bâtir une entente avec les Russes en Syrie. »

Puis, soudainement, Tulsi Gabbard s’adresse directement au président syrien en ces termes :

Tulsi Gabbard : « Si le Président Trump vous contacte, répondrez-vous ? »
Assad esquisse un sourire et répond par une autre question: « S’agit-il d’une suggestion ou d’une proposition ? »
Tulsi Gabbard : « Non, pas une supposition ».
Bachar Al-Assad: « Donc s’agit-il d’une proposition de votre part ? »
Tulsi Gabbard : « Non il s’agit d’une proposition directe du Président Trump et c’est lui qui l’a demandé de vous la transmettre. Et je répète la question: S’il vous contacte, allez vous décrocher ? »
Bachar Al-Assad: « Naturellement. Je vous donnerai un numéro de téléphone où vous pourrez me joindre rapidement. »

Tulsi Gabbard a été surprise par la rapidité de la réponse du président syrien. Sous l’effet d’une campagne d’intoxication, elle était convaincue que Bachar Al-Assad demanderait un délai avant de répondre à la proposition de Donald Trump. Le temps de consulter ses amis Russes et Iraniens. Les Américains pensaient sérieusement qu’«Assad n’oserait pas nouer un contact avec les États Unis ans l’accord préalable de ses alliés».

Avant la fin de l’entretien, Tulsi Gabbard a insisté pour effectuer une tournée à l’intérieur de la Syrie, notamment Alep de nouveau sous l’autorité du pouvoir central, afin d’établir un rapport circonstancié sur la situation.

Au terme de son exposé de deux heures, le président syrien a pris la parole à son tour pour exposer à son interlocutrice le rôle des États Unis dans leur soutien aux organisations terroristes.

A l’issue de cette rencontre, Tulsi Gabbard a rencontré l’épouse du chef de l’état syrien, Mme Asma Al-Assad. Cet entretien de deux heures également a porté sur les aspects sociaux et les effets négatifs de la guerre sur la population syrienne.

Puis, Tulsi Gabbard a rencontré successivement, le Mufti de Syrie, Badreddine Hassoune, le Patriarche Ignace Ephrem (Syriaques), des hommes d’affaires et des académiciens. Elle a également visité la grande Mosquée de Damas, La Mosquée des Ommeyades.

La délégation américaine a résidé au palais des hôtes de Damas et a dîné avec Mme Bouthaina Chaabane, conseiller du président Assad chargé de l’Information, en présence de M. Bachar Jaafari, délégué de la Syrie aux Nations Unies et Chef de la délégation gouvernementale syrienne aux négociations de Genève. Au cous de ce dîner, les modalités d’un entretien Tulsi Gabbard avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Al Mouallem, ont été arrêtées.

Alep, mardi 16 janvier 2017

A Alep, Tulsi Gabbard a longuement parcouru la ville, rencontrant l’administrateur de la ville, des parlementaires, des académiciens, des hommes de religion, des activistes de la société civile avant de visiter un camp de personnes déplacées.

Avant son départ d’Alep, la délégation américaine a reçu un appel de Damas souhaitant revoir l’émissaire du président Trump pour un entretien approfondi et détaillé qui sera entrecoupé d’un déjeuner de travail. La présidence syrienne proposait en outre à Tulsi Gabbard de lui confier des documents irréfutables concernant l’implicaiton directe des hommes de la sécurité américaine dans leur soutien aux terrorisme en Syrie. A la suite de cet appel, Tulsi Gabbard décida alors de reporter son départ de Syrie de 24 heures.

Retour à Damas, mercredi 17 janvier et la remise des documents officiels syriens

Ce jour là, Tulsi Gabbard rencontra à deux reprises le Président Bachar Al Assad en présence des responsables syriens des services de sécurité, munis de documents. L’émissaire américain a été saisi par le choc à la vue de ses documents que les Syriens lui ont remis, ce jour là, afin de lui permettre son enquête aux États Unis même.

Jeudi 18 janvier Beyrouth

Entretien surprise avec l’ancien président Emile Lahoud et le ministre irakien des Affaires étrangères Ibrahim Jaafari.

Jeudi 18 janvier à Beyrouth a été une journée d’entretiens intensifs avec des personnalités choisies par Tulsi Gabbard, elle même: Les trois présidents, le président de la République Michel Aoun, le premier ministre Saad Hariri, le président de la chambre des députés Nabih Berry, le Commandant en chef de l’armée et le directeur général de la Sûreté Générale, le patriarche maronite Mgr Bichara Ar Rahi, et l’ancien président de la République Emile Lahoud, seul ancien président libanais à avoir eu droit à un tel traitement, pourtant jadis ostracisé par Jacques Chirac l’ancien partenaire du milliardaire libano saoudien Rafic Hariri.

Un incident est révélateur du parasitage déployé par l’ambassadrice américaine à Beyrouth, Elizabeth Richard, hostile à cette visite.
Comme un rendez vous était sollicité auprès des services de la présidence de la chambre pour un entretien avec M. Nabih Berri, la demande a été refusée au prétexte que l’émissaire américain entreprenait ses démarches sans l’aval du du Département d’état. Les collaborateurs de M.Berri ont soutenu avoir eu cette explication directement par l’ambassade américaine.

Alertée sur cette mauvaise manière, Tulsi Gabbard a chargé son adjoint d’aviser l’ambassadrice, Mme Elizabeth Richard, qu’elle devra rendra compte de son comportement illégal devant l’administration américaine

Avant son départ de Beyrouth, M. Tulsi Gabbard a rencontré le ministre irakien des Affaires étrangères Ibrahim Jaafari, qui se trouvait fortuitement dans la capitale libanaise.

Épilogue du signataire de ce texte

Et pendant ce temps là, les hiérarques de l’Élysée et du Quai d’Orsay t leurs amplificateurs médiatiques, les éditocrates de France, continuent de se lamenter……

-Ah si Obama avait bombardé la Syrie, nous n’en serions pas là, oubliant que la Chambre des Communes avait refusé un engagement militaire du Royaume Uni en Syrie et que de sérieux doutes subsistaient sur les responsables de l’usage des armes chimiques en Syrie.

A propos de l’usage des armes chimiques en Syrie

-Ah, si la France n’était pas aussi dépendante militairement des États Unis nous n’en serions pas là.

-Ah si la France était une véritable démocratie présupposant une autorisation du parlement avant un engagement militaire extérieur, nous n’en serions pas là.
Ah, si la France cessait son état de lévitation permanent pour se livrait, pour une fois, à son autocritique, nous n’en serions pas là.

-Ah, si la France avait soutenu l’opposition démocratique syrienne et non les mercenaires des pétromonarchies, compagnons de route du terrorisme islamique, nous n’en serions pas là.

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Détruire Daesh ? Par Thierry Meyssan

30 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme

Détruire Daesh ?

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/03/1-5338-de192-1728x800_c.jpg

Détruire Daesh ?

Alors que Washington multiplie les signaux confirmant son intention de détruire Daesh, les Britanniques et les Français, suivis par l’ensemble des Européens, envisagent de faire bande à part. Londres et Paris auraient coordonné l’attaque de Damas et d’Hama pour contraindre l’armée arabe syrienne d’aller les défendre et de la sorte pour affaiblir sa présence autour de Rakka. Les Européens espèrent organiser la fuite des jihadistes vers la frontière turque.

La réunion de la Coalition anti-Daesh à Washington, les 22-23 mars, s’est très mal passée. Si en apparence les 68 membres ont réaffirmé leur volonté de lutter contre cette organisation, ils ont en réalité étalé leurs divisions.

Le secrétaire d’État états-unien, Rex Tillerson a rappelé l’engagement du président Trump devant le Congrès de détruire Daesh et non plus de le réduire comme l’affirmait l’administration Obama. Ce faisant, il a placé sans débat les membres de la Coalition devant le fait accompli.

Premier problème : comment les Européens en général et les Britanniques en particulier pourront-ils sauver leurs jihadistes, s’il ne s’agit plus de les déplacer, mais de les supprimer ?

Rex Tillerson, et le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, ont rendu compte de la bataille de Mossoul. Malgré les satisfecit, il est évident pour tous les experts militaires qu’elle ne sera pas terminée avant de très longs mois. Car à Mossoul, chaque famille ou presque a un de ses membres engagé dans Daesh.

Au plan militaire, la situation de Rakka est beaucoup plus simple. Les jihadistes y sont des étrangers. Il convient donc prioritairement de couper leur approvisionnement, puis de les séparer de la population syrienne.

Deuxième problème : l’armée des États-Unis doit préalablement obtenir l’autorisation du Congrès, puis de Damas, pour se déployer en territoire syrien. Les généraux James Mattis (secrétaire à la Défense) et John Dunford (chef d’état major interarmées) ont tenté de convaincre les parlementaires, mais ce n’est pas gagné. Il faudra alors négocier avec Damas et donc clarifier ce qui doit l’être.

À la question des Européens sur ce que Washington ferait de Rakka libérée, Rex Tillerson a étrangement répondu qu’il y ferait revenir la population déplacée ou réfugiée. Les Européens en ont conclu que cette population étant massivement favorable à Damas, Washington a l’intention de restituer ce territoire à la République arabe syrienne.

Prenant la parole, le ministre des Affaires étrangères portugais, Augusto Santos Silva, a souligné que cette proposition allait à l’encontre de ce qui avait été décidé précédemment. Les Européens ont le devoir moral, a-t-il souligné, de poursuivre leur effort de protection envers les réfugiés qui ont fui la « dictature sanguinaire ». Or, même libérée, Rakka ne sera pas une zone sûre, du fait de l’armée arabe syrienne qui serait pire que Daesh.

Le choix par les Européens de confier cette intervention au Portugal n’est pas neutre. L’ancien Premier ministre portugais dont Santos Silva a été ministre, António Guterres, est l’ancien haut-commissaire pour les Réfugiés et l’actuel secrétaire-général de l’Onu. Il avait été aussi président de l’Internationale socialiste, une organisation entièrement contrôlée par Hillary Clinton et Madeleine Albright. Bref, il est aujourd’hui le paravent de Jeffrey Feltman à l’Onu et du clan belliciste.

Troisième problème : libérer Rakka de Daesh, certes, mais, selon les Européens, pas pour la restituer à Damas. D’où la surenchère française.

Immédiatement, on a vu les jihadistes de Jobar attaquer le centre de la capitale et ceux d’Hama attaquer des villages isolés. Peut-être s’agit-il pour eux d’une tentative désespérée afin d’obtenir un lot de consolation à Astana ou à Genève avant la fin de la partie. Peut-être s’agit-il d’une stratégie coordonnée par Londres avec Paris.

Dans ce cas, on devrait s’attendre à une vaste opération des puissances coloniales à Rakka. Londres et Paris pourraient attaquer la ville avant qu’elle ne soit encerclée de manière à contraindre Daesh à se déplacer et ainsi le sauver. Daesh pourrait se replier à la frontière turque, voire en Turquie même. L’organisation deviendrait alors le liquidateur des Kurdes pour le compte de Recep Tayyip Erdoğan.

Thierry Meyssan

Source : Al-Watan (Syrie)

via: http://www.voltairenet.org/article195783.html

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Que se passerait-il si Washington renonçait au jihad ? par Thierry Meyssan

23 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch

Que se passerait-il si Washington renonçait au jihad ?

La volonté du président Trump de combattre Daesh et d’en finir avec le terrorisme international est extrêmement difficile à mettre en œuvre. En effet, elle porte préjudice aux États qui l’ont organisé et implique une réorientation de la politique internationale. Le nouveau président états-unien ne semble pas en mesure de donner ordre à ses troupes de passer à l’attaque tant qu’il n’a pas trouvé et scellé de nouvelles alliances.

Le 21 mars 2017
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L’opposition que rencontre le président Donald Trump est si forte que le plan de lutte contre Daesh, qui devait être présenté le 22 mars lors d’un sommet de la Coalition à Washington, n’est toujours pas prêt. Sa ligne politique est toujours aussi floue. Seul l’objectif d’éradication du jihadisme a été acté, mais aucune de ses implications n’a été résolue.

Le général Joseph Votel, le patron du CentCom, n’a toujours pas présenté les options sur le terrain. Il devrait le faire uniquement début avril.

Sur le terrain, on se contente donc d’échange d’information entre États-uniens d’un côté, Russes et Iraniens de l’autre. Pour maintenir les choses en l’état, les trois puissances sont convenues de prévenir un affrontement entre Turcs et kurdes. Et des bombardements intenses sont menés contre Al-Qaïda au Yémen et contre Daesh en Irak. Mais rien de décisif. L’attente est de rigueur.

Pour le compte de Londres et de Washington, l’arme du terrorisme international est gérée par la Ligue islamique mondiale depuis 1962. Elle comprend à la fois la Confrérie des Frères musulmans (composée d’arabes) et l’Ordre des Naqchbandis (surtout composé de turco-mongols et de caucasiens).

Jusqu’à la guerre du Yémen, le budget militaire de la Ligue était plus important que celui de l’armée saoudienne, de sorte que la Ligue est la première armée privée au monde, très loin devant Academi/Blackwater. Même s’il s’agit uniquement d’une armée de Terre, elle est d’autant plus efficace que sa logistique dépend directement du Pentagone et qu’elle dispose de nombreux combattants suicides.

C’est la Ligue —c’est-à-dire les Séoud— qui fournit à Londres et à Washington le personnel qui organisa la seconde « Grande Révolte arabe », en 2011, sur le modèle de celle de 1916, mais sous la dénomination de « Printemps arabe ». Dans les deux cas, il s’agissait de s’appuyer sur les wahhabites pour redéfinir les frontières régionales au profit des Anglo-Saxons.

Il ne s’agit donc pas simplement d’abandonner l’arme du terrorisme, mais aussi :
 de rompre l’alliance entre Londres et Washington pour le contrôle du Moyen-Orient élargi ;
 de priver l’Arabie saoudite et la Turquie de l’arme qu’ils développent pour le compte de Londres et de Washington depuis un demi-siècle ;
 de déterminer le futur du Soudan, de la Tunisie et de la Libye.
En outre, il faut également trouver un accord avec l’Allemagne et la France qui ont abrité des dirigeants de la Confrérie depuis 1978 et ont financé le jihad.

D’ores et déjà, nous voyons que le Royaume-Uni ne l’entend pas de cette oreille. Il s’avère que c’est le GCHQ (service d’interception satellitaire britannique) qui a placé la Trump Tower sous écoutes durant la campagne électorale et la période de transition. Tandis que, selon l’Agence jordanienne Petra, l’Arabie saoudite a secrètement financé un tiers de la campagne électorale d’Hillary Clinton contre Donald Trump.

C’est pourquoi le président Trump semble chercher de nouveaux alliés pour lui permettre d’imposer ce changement.

Il organise actuellement une rencontre avec le président Xi Jinping au cours de laquelle il pourrait planifier l’adhésion de son pays à la Banque d’investissement chinoise. Il placerait alors ses alliés devant le fait accompli : si les États-Unis participent à la construction des routes de la soie, il deviendrait impossible au Royaume-Uni, à l’Arabie saoudite et à la Turquie, à l’Allemagne et à la France de poursuivre le jihad en Irak, en Syrie et en Ukraine.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Arrêtons d’armer des terroristes. Le projet de loi de la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard arrive devant le Sénat des USA

18 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Arrêtons d’armer des terroristes


Le projet de loi de la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard arrive devant le Sénat des USA


Par Tulsi Gabbard– Le 10 Mars 2017 – Gabbard.house.gov via entelekheia.fr

Washington, DC— Le projet de loi « Arrêtons d’armer des terroristes » de la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard a été présenté au Sénat par le Sénateur Rand Paul. La législation bipartisane (H.R.608 et S.532) interdirait à toutes les agences fédérales des USA d’utiliser l’argent des contribuables pour fournir des armes, des fonds, des renseignements ou tout autre soutien à al-Qaïda, Daech et autres groupes terroristes, et il interdira au gouvernement d’acheminer des fonds et des armes à travers des pays tiers qui soutiennent directement ou indirectement des terroristes.

 

Le projet de loi est actuellement coparrainé par les Représentants John Conyers (Dém-MI), Scott Perry (Rép-PA), Peter Welch (Dém-VT), Tom Garrett (Rép-VA), Thomas Massie (Rép-KY), Barbara Lee (Dém-CA), Walter Jones (Rép-NC), Ted Yoho (Rép-FL) et Paul Gosar (Rép-AZ), et soutenu par les Démocrates Progressistes d’Amérique (PDA), les Vétérans pour la Paix, et l’US Peace Council.

« Pendant des années, le gouvernement a soutenu des groupes militants armés qui travaillaient directement pour, et étaient souvent sous le commandement de groupes terroristes comme Daech et Al-Qaïda, dans leur combat pour abattre le gouvernement syrien. Plutôt que dépenser des milliards de dollars dans des guerres de changement de régime au Moyen-Orient, nous devrions nous concentrer sur l’éradication de terroristes comme Daech et al-Qaïda, et utiliser nos ressources pour investir dans la reconstruction de nos communautés ici, chez nous », a dit la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard. « Le fait que des dollars du contribuable soient utilisés pour renforcer les groupes terroristes mêmes que nous devrions être occupés à combattre devrait alarmer chaque membre du Congrès et chaque Américain. Nous en appelons à nos collègues et à l’Administration présidentielle pour qu’ils se joignent à nos efforts pour faire adopter ce projet de loi. »

« Une des conséquences indésirables des interventions illimitées est que des fonds et des armes américains bénéficient à ceux qui nous haïssent », a dit le Sénateur Rand Paul. « Ce projet de loi renforcera notre politique étrangère, améliorera notre sécurité, et sauvegardera nos ressources. »

Contexte : Le projet de loi « Arrêtons d’armer des terroristes » vise à interdire que des fonds gouvernementaux soient utilisés pour soutenir Al-Qaïda, Daech ou d’autres groupes terroristes. De la même façon que l’amendement Boland a été voté pour interdire le financement et l’assistance aux Contras du Nicaragua soutenus par la CIA au cours des années 80, ce projet de loi interdira la CIA ou d’autres activités gouvernementales fédérales dans des lieux comme la Syrie, en s’assurant que des fonds américains ne pourront pas être utilisés pour soutenir al-Qaïda, le Front al-Nosra, Daech ou d’autres groupes terroristes travaillant avec les précités. Il interdira également au gouvernement fédéral de financer une assistance à des pays qui soutiennent directement ou indirectement ces groupes terroristes. Dans ce but, ce projet de loi se propose de :

  • Rendre illégale toute utilisation de fonds fédéraux gouvernementaux à des fins d’assistance à des groupes terroristes couverts par ce projet de loi. Cette assistance comprend les armes, les munitions, les plate-formes d’armes, les renseignements, la logistique, l’entraînement et les financements.
     
  • Rendre illégal pour le gouvernement des USA d’apporter toute assistance couverte par le projet de loi à tout pays qui a accordé ou qui continue d’accorder cette assistance à des terroristes.
     
  • Demander au Directeur des renseignements nationaux (DNI) 1. de déterminer les groupes et individus qui doivent être considérés comme terroristes, pour servir le dessein de ce projet de loi, en déterminant (a) les individus et groupes associés avec, affiliés à, adhérents de, ou coopérant avec al-Qaïda, le Front al-Nosra, ou Daech ; (b) les pays qui apportent toute assistance couverte par ce projet de loi à ces individus et groupes.
     
  • Demander au DNI d’examiner et de mettre à jour la liste des pays et des groupes interdits d’assistance tous les six mois, en consultation avec le Comité des Affaires étrangères et les Comités des forces armées, ainsi que de la Commission de la Chambre des représentants sur le renseignement.
     
  • Demander au DNI de rapporter ses conclusions au Congrès.
Note du Traducteur

Après être allée en Syrie pour évaluer elle-même la situation sur place et avoir écrit son rapport « Le peuple de Syrie veut désespérément la paix » avec la plus grande honnêteté, la politicienne démocrate, membre du Congrès et vétéran de l’armée des USA anti-guerre Tulsi Gabbard voit l’arrivée de son projet de loi antiterroriste devant le Sénat – un projet de loi dont le texte implique clairement l’existence de financements de groupes terroristes islamistes par les USA. Que dire de plus sinon bravo, Madame !
Note du Saker Francophone

Cela veut dire que la France serait sur la liste des pays avec l'Arabie Saoudite ou encore Israël ...

Traduction entelekheia.fr

Liens

 
  1. NdT, Le DNI, Director of national intelligence, est le bureau directeur qui supervise les 17 agences de renseignements américaines. Il a été créé après les attentats du 11 septembre 2001
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La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie III. (Fin)

13 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Terrorisme

La révolution syrienne qui n’existait pas

 

 

 

Par Stephen Gowans, le 22 octobre 2016

Source : What’s Left

Traduction : Le Saker Francophone

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie III. (Fin)

Notes

  1. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, 4 février, 2011
  2. Rania Abouzeid, The Syrian style of repression : Thugs and lectures, Time, 27 février 2011
  3. Rania Abouzeid, Sitting pretty in Syria : Why few go backing Bashar, Time, 6 mars 2011
  4. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, March 6, 2011
  5. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, 6 mars 2011
  6. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  7. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ?, Time, 9 avril 2011
  8. Robert Fisk, Welcome to Dera’a, Syria’s graveyard of terrorists, The Independent, 6 juillet 2016
  9. Le président Assad à la chaîne de télévision ARD : « Les terroristes ont rompu l’accord de cessation des hostilités dès la toute première heure, l’Armée syrienne s’est abstenue de prendre des mesures de représailles », SANA, 1er mars 2016
  10. Ibid.
  11. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  12. Rania Abouzeid, Arab Spring : Is a revolution starting up in Syria ?, Time, 20 mars 2011 ; Rania Abouzeid, Syria’s revolt : How graffiti stirred an uprising, Time, 22 mars 2011
  13. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  14. Rania Abouzeid, Arab Spring : Is a revolution starting up in Syria ?, Time, 20 mars 2011
  15. Thousands march to protest Syria killings, The New York Times, 24 mars 2011
  16. Rania Abouzeid, Assad and reform : Damned if he does, doomed if he doesn’t, Time, 22 avril 2011
  17. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  18. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, 4 février 2011
  19. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  20. Alfred B. Prados and Jeremy M. Sharp, Syria : Political Conditions and Relations with the United States After the Iraq War, Congressional Research Service, February 28, 2005
  21. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  22. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  23. Syrie : un autre éclairage du conflit qui dure depuis 5 ans, BeCuriousTV, May 23, 2016, http://www.globalresearch.ca/syria-aleppo-doctor-demolishes-imperialist-propaganda-and-media-warmongering/5531157
  24. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  25. Jay Solomon, To check Syria, U.S. explores bond with Muslim Brothers, The Wall Street Journal,July 25, 2007
  26. Ibid.
  27. Liad Porat, The Syrian Muslim Brotherhood and the Asad Regime, Crown Center for Middle East Studies, Brandeis University, December 2010, No. 47
  28. Ibid.
  29. http://www.judicialwatch.org/wp-content/uploads/2015/05/Pg.-291-Pgs.-287-293-JW-v-DOD-and-State-14-812-DOD-Release-2015-04-10-final-version11.pdf
  30. Alfred B. Prados and Jeremy M. Sharp, Syria : Political Conditions and Relations with the United States After the Iraq War, Congressional Research Service, February 28, 2005.
  31. Anthony Shadid, Security forces kill dozens in uprisings around Syria, The New York Times, April 22, 2011
  32. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  33. Fabrice Balanche, The Alawi Community and the Syria Crisis, Middle East Institute, May 14, 2015
  34. Anthony Shadid, Syria broadens deadly crackdown on protesters, The New York Times, May 8, 2011
  35. Rania Abouzeid, Meet the Islamist militants fighting alongside Syria’s rebels, Time, July 26, 2012
  36. Rania Abouzeid, Interview with official of Jabhat al-Nusra, Syria’s Islamist militia group, Time,Dec 25, 2015
  37. Robert Fisk, Syrian civil war : West failed to factor in Bashar al-Assad’s Iranian backers as the conflict developed, The Independent, March 13, 2016
  38. Anthony Shadid, Syria broadens deadly crackdown on protesters, The New York Times, May 8, 2011
  39. Nada Bakri, Syria allows Red Cross officials to visit prison, The New York Times, September 5, 2011
  40. Nada Bakri, Syrian opposition calls for protection from crackdown, The New York Times, October 25, 2011
  41. President al-Assad to Portuguese State TV : International system failed to accomplish its duty… Western officials have no desire to combat terrorism, SANA, March 5, 2015
  42. Patrick Seale, Syria’s long war, Middle East Online, September 26, 2012
  43. Ibid.
  44. Rania Abouzeid, Sitting pretty in Syria : Why few go backing Bashar, Time, March 6, 2011
  45. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, March 6, 2011
  46. Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  47. Anthony Shadid, Security forces kill dozens in uprisings around Syria, The New York Times, April 22, 2011
  48. Ben Fenton, Macmillan backed Syria assassination plot, The Guardian, September 27, 2003
  49. Robert Fisk, Conspiracy of silence in the Arab world, The Independent, February 9, 2007
  50. Robert Dreyfus, Devil’s Game : How the United States Helped Fundamentalist Islam, Holt, 2005, p. 205
  51. William R. Polk, Understanding Syria : From pre-civil war to post-Assad, The Atlantic, December 10, 2013
  52. Dreyfus
  53. Dreyfus
  54. William R. Polk, Understanding Syria : From pre-civil war to post-Assad, The Atlantic, December 10, 2013
  55. Quoted in Nikolas Van Dam, The Struggle for Power in Syria : Politics and Society under Asad and the Ba’ath Party, I.B. Taurus, 2011
  56. Patrick Cockburn, Confused about the US response to Isis in Syria ? Look to the CIA’s relationship with Saudi Arabia, The Independent, June 17, 2016
  57. National Security Strategy, February 2015
  58. Robert Baer, Sleeping with the Devil : How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude, Three Rivers Press, 2003, p. 123
  59. US State Department website. http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/3580.htm#econ. Accessed February 8, 2012
  60. The National Security Strategy of the United States of America, September 2002
  61. National Security Strategy, February 2015
  62. The National Security Strategy of the United States of America, March 2006
  63. Henry Fountain, Researchers link Syrian conflict to drought made worse by climate change, The New York Times, March 2, 2015
  64. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, February 4, 2011
  65. Jonathan Steele, Most Syrians back President Assad, but you’d never know from western media, The Guardian, January 17, 2012
  66. Full transcript : Classic video interview with Comrade Ghassan Kanafani re-surfaces, PFLP, October 17, 2016, http://pflp.ps/english/2016/10/17/full-transcript-classic-video-interview-with-comrade-ghassan-kanafani-re-surfaces/

 

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La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie II. (A suivre)

13 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient

La révolution syrienne qui n’existait pas

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie II. (A suivre)

La partie II

(La suite)

La brutalité comme déclencheur ?

 

Est-il raisonnable de penser que l’usage de la force par l’État syrien a déclenché la guerre de guérilla qui a éclaté peu après ?

Cela incite à croire qu’une sur-réaction des forces de sécurité à une contestation de l’autorité du gouvernement dans la ville syrienne de Daraa (s’il y a eu en effet une sur-réaction) pourrait déclencher une guerre majeure impliquant de nombreux autres États, et mobilisant des djihadistes de nombreux pays. Il faudrait ignorer une foule de faits discordants pour commencer à donner même un soupçon de crédibilité à cette théorie.

Premièrement, nous devrions ignorer la réalité que le gouvernement d’Assad était populaire et considéré comme légitime. On pourrait soutenir qu’une réponse autoritaire par un gouvernement hautement impopulaire à une contestation banale à son autorité aurait pu fournir l’étincelle nécessaire au déclenchement d’une insurrection populaire, mais nonobstant l’insistance du président américain Barack Obama sur le manque de légitimité d’Assad, il n’y a aucune preuve que la Syrie, en mars 2011, était une poudrière de ressentiment populaire contre le gouvernement, prête à exploser. Comme Rania Abouzeid du Time l’a rapporté à la veille des émeutes de Daraa, « même les critiques concèdent qu’Assad est populaire » 44 et que « personne ne s’attend à des soulèvements de masse en Syrie, et en dépit d’une manifestation de dissidence de temps en temps, très peu veulent y participer » 45.

Deuxièmement, nous devrions écarter le fait que les émeutes de Daraa n’impliquaient que quelques centaines de participants, à peine un soulèvement de masse, et que les manifestations suivantes ont également échoué à rassembler une masse critique, comme l’a rapporté Nicholas Blanford du Time46. De même, Anthony Shadid du New York Times n’a pas trouvé de preuve qu’il y avait de l’agitation populaire en Syrie, même plus d’un mois après les émeutes de Daraa 47. Ce qui s’est passé, contrairement à la rhétorique propagée par Washington sur le Printemps arabe éclatant en Syrie, était que des djihadistes étaient engagée dans une guerre de guérilla contre les forces de sécurité syriennes et qu’ils avaient, en octobre, ôté la vie à plus de mille policiers et soldats.

Troisièmement, nous devrions fermer les yeux sur le fait que le gouvernement des États-Unis, avec son allié britannique, avait conçu des plans en 1956 pour provoquer une guerre en Syrie en recrutant les Frères musulmans pour fomenter des soulèvements internes 48. Les émeutes de Daraa et les affrontements armés avec la police et les soldats qui ont suivi ressemblaient au plan que le spécialiste des changements de régime Kermit Roosevelt avait préparé. Cela ne veut pas dire que la CIA a dépoussiéré la proposition de Roosevelt et l’a recyclée pour l’utiliser en 2011 ; seulement que le complot a montré que Washington et Londres étaient capables de planifier une opération de déstabilisation impliquant une insurrection dirigée par les Frères musulmans, pour provoquer un changement de régime en Syrie.

Nous devrions aussi ignorer les événements de février 1982, lorsque les Frères musulmans ont pris le contrôle de Hama, la quatrième plus grande ville de Syrie. Hama était l’épicentre du fondamentalisme sunnite en Syrie et une importante base d’opération pour les combattants djihadistes. Galvanisés par la fausse nouvelle qu’Assad avait été renversé, les Frères musulmans se sont livrés à un carnage jubilatoire et sanguinaire dans la ville, attaquant les postes de police et assassinant les dirigeants du Parti Baas et leurs familles, ainsi que des responsables gouvernementaux et des soldats. Dans certains cas, les victimes ont été décapitées49, une pratique qui serait ressuscitée des décennies plus tard par les combattants d’État islamique. Tous les responsables du Baas de Hama ont été assassinés50.

Les événements de Hama en 1982 sont généralement rappelés en Occident (s’ils le sont), non pas pour les atrocités perpétrées par les islamistes, mais pour la réponse de l’armée syrienne, une réponse comme on l’attendrait de n’importe quelle armée recourant à l’usage de la force pour restaurer un contrôle souverain sur le territoire saisi par les insurgés. Des milliers de soldats ont été déployés pour reprendre Hama aux Frères musulmans. L’ancien fonctionnaire du Département d’État américain William R. Polk a décrit les conséquences de l’assaut de l’armée syrienne sur Hama comme semblable à l’assaut des Américains sur la ville irakienne de Falloudjah en 200451, (la différence étant, bien sûr, que l’armée syrienne intervenait en toute légitimité sur son propre territoire tandis que l’armée étasunienne agissait de manière illégitime comme force d’occupation pour réduire la résistance à celle-ci). Le nombre de morts dans l’assaut de Hama reste cependant un sujet de discussion. Les chiffres varient. « Un article précoce dans le Time a dit qu’il y avait eu 1 000 tués. La plupart des observateurs estiment que 5000 personnes sont mortes. Des sources israéliennes et les Frères musulmans » – ennemis jurés des nationalistes arabes laïcs qui avaient donc intérêt à exagérer le nombre des victimes – « ont prétendu que le nombre de morts dépassait les 20 00052. » Robert Dreyfus, qui a écrit sur la collaboration de l’Occident avec l’islam politique, soutient que les sources occidentales ont délibérément exagéré le nombre de morts, dans le but de diaboliser les baasistes comme des tueurs sans pitié et que les baasistes ont accepté le mensonge pour intimider les Frères musulmans53.

Lorsque l’armée syrienne a trié les décombres de Hama au lendemain de l’assaut, elle a trouvé la preuve que des gouvernements étrangers avaient fourni aux insurgés de l’argent, des armes et du matériel de communication. Polk écrit :

« Assad a vu des fauteurs de troubles étrangers travailler au sein de sa population. Cela, après tout, était l’héritage émotionnel et politique de la domination coloniale – un héritage douloureusement évident dans la plus grande partie du monde post-colonial, mais qui passe presque inaperçu dans le monde occidental. Et cet héritage n’est pas un mythe. C’est une réalité que nous pouvons souvent vérifier sur des documents officiels, des années après les événements. Hafez al-Assad n’a pas eu besoin d’attendre que ces documents fuitent : ses services de renseignement et des journalistes internationaux ont révélé des douzaines de tentatives des riches pays pétroliers conservateurs arabes, des États-Unis et d’Israël de subvertir son gouvernement. La plupart ont utilisé les« mauvais coups », la propagande ou des injections de fonds, mais il est intéressant de noter que lors du soulèvement de Hama en 1982, plus de 15 000 mitrailleuses fournies par l’étranger ont été saisies, ainsi que des prisonniers incluant des forces paramilitaires formées par les forces jordaniennes et la CIA (tout comme les djihadistes qui apparaissent tellement dans les récits des médias de 2013 sur la Syrie). Et ce que nous avons vu en Syrie a été confirmé par ce que nous avons appris des changements de régime par les Occidentaux ailleurs. Il connaissait certainement la tentative de la CIA d’assassiner le président égyptien Nasser et le renversement du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh par les Anglais et les Américains. »54

Dans son livre From Beirut to Jerusalem, le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman écrit que « le massacre de Hama peut être compris comme ‘la réaction naturelle d’un politicien moderniste dans un État-nation relativement nouveau, tentant d’éviter les éléments rétrogrades – dans ce cas, les fondamentalistes islamistes – visant à saper tout ce qu’il a réalisé pour faire de la Syrie une république laïque du XXe siècle’. » C’est aussi pourquoi, poursuit Friedman, « si quelqu’un avait été en mesure de réaliser un sondage d’opinion objectif en Syrie après le massacre, le traitement par Assad de la rébellion aurait aurait été largement approuvé, même parmi les musulmans sunnites. »55

Le déclenchement d’un djihad islamiste sunnite contre le gouvernement syrien dans les années 1980 remet en question la vision que l’islam sunnite militant au Levant est un résultat de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et des polices sectaires pro-chiites des autorités d’occupation étasuniennes. Cette vision est myope historiquement, aveugle à l’existence depuis des décennies de l’islam politique sunnite comme force importante dans la politique levantine. Depuis le moment où la Syrie a été formellement indépendante de la France après la Seconde Guerre mondiale, pendant les décennies suivantes au XXe siècle et jusqu’au siècle suivant, les forces principales en présence en Syrie étaient le nationalisme arabe laïc et l’islam politique. Comme le journaliste Patrick Cockburn l’a écrit en 2016, « l’opposition armée syrienne est dominée par ISIS, al-Nusra et Ahrar al-Sham. » La « seule alternative au gouvernement (nationaliste arabe laïc), ce sont les islamistes »56. Et c’est le cas depuis longtemps.

Enfin, nous devrions aussi ignorer le fait que les stratèges étasuniens avaient planifié depuis 2003, et peut-être déjà en 2001, d’écarter Assad et son idéologie nationaliste arabe laïque du pouvoir, finançant l’opposition syrienne, y compris les groupes liés aux Frères musulmans, depuis 2005. En conséquence, Washington s’est dirigé vers le renversement d’Assad avec le but de dé-baasifier la Syrie. Une guérilla islamiste contre les nationalistes arabes laïcs aurait eu lieu, indépendamment du caractère excessif ou non de la réponse du gouvernement syrien à Daraa. Le jeu était déjà en cours, et on cherchait un prétexte. Daraa l’a fourni. Donc l’idée que l’arrestation de deux garçons à Daraa pour avoir peint des graffitis anti-gouvernement sur un mur puisse provoquer un conflit majeur est aussi crédible que celle de la Première Guerre mondiale causée uniquement par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand.

Syrie socialiste

Le socialisme peut être défini de plusieurs manières, mais s’il l’est comme la propriété publique des secteurs clé de l’économie jointe à une planification économique, alors la Syrie, en vertu de ses Constitutions de 1973 et de 2012, correspond clairement à la définition du socialisme. Cependant, la République arabe syrienne n’a jamais été un État socialiste ouvrier du genre de celle que les marxistes reconnaissent. Il a été, plutôt, un pays arabe socialiste animé par le but de parvenir à l’indépendance politique arabe et de surmonter l’héritage du sous-développement de la nation arabe. Les rédacteurs de la Constitution voyaient le socialisme comme un moyen de parvenir à la libération nationale et au développement économique. « La marche vers l’établissement d’un ordre socialiste », écrivaient les rédacteurs de la Constitution de 1973, est une « nécessité fondamentale pour mobiliser les potentialités des masses arabes dans leur lutte contre le sionisme et l’impérialisme ». Le socialisme marxiste se préoccupait de la lutte entre une classe exploitante de possédants et la classe ouvrière et les pays exploités, alors que le socialisme arabe menait la lutte entre pays exploiteurs et pays exploités. Alors que ces deux socialismes différents agissent à des niveaux d’exploitation différents, ces distinctions n’avaient aucun intérêt pour les banques, les entreprises ou les grands investisseurs occidentaux qui portent leurs regard sur l’ensemble du globe, à la poursuite du profit. Le socialisme s’oppose aux intérêts lucratifs du capitalisme industriel et financier américain, qu’il s’agisse de mettre fin à l’exploitation de la classe ouvrière ou de surmonter l’oppression impérialiste sur des groupes nationaux.

Le socialisme du Baas a longtemps irrité Washington. L’État baasiste avait exercé une influence considérable sur l’économie syrienne, à travers la propriété d’entreprises, des subventions à des sociétés nationales privées, des limites à l’investissement étranger et des restrictions sur les importations. Les baasistes considéraient ces mesures comme des outils nécessaires pour un État post-colonial tentant d’arracher sa vie économique des griffes des anciennes puissances coloniales et de tracer une voie de développement libre de la domination d’intérêts étrangers.

Les buts de Washington, cependant, étaient évidemment antagoniques. Ils ne voulaient pas que la Syrie alimente son industrie et garde jalousement son indépendance, mais serve les intérêts des banquiers et des grands investisseurs qui comptaient vraiment pour les État-Unis en ouvrant son marché du travail à l’exploitation ainsi que sa terre et ses ressources naturelles à la propriété étrangère. Notre programme, a déclaré l’administration Obama en 2015, « vise la baisse des tarifs sur les produits américains, la suppression des barrières à nos biens et services et la détermination de normes plus strictes pour parvenir à une concurrence équitable pour […] les entreprises américaines. »57 Ce n’était pas vraiment un nouvel agenda, c’était celui de la politique étrangère des États-Unis depuis des décennies. Mais Damas ne s’alignait pas derrière un Washington qui insistait sur le fait qu’il pouvait « diriger l’économie mondiale » et le ferait [58 Ibid.].

Les partisans de la ligne dure à Washington avaient considéré Hafez al-Assad comme un communiste arabe58 et les responsables américains considéraient son fils, Bachar, comme un idéologue qui ne pouvait se résoudre à abandonner le troisième pilier du programme du Parti socialiste arabe Baas : le socialisme. Le Département d’État américain s’est aussi plaint de ce que la Syrie « avait échoué à se rallier à une économie de plus en plus intégrée à l’échelle mondiale », autrement dit qu’elle avait échoué à vendre ses entreprises publiques aux investisseurs privés, parmi lesquels les intérêts de Wall Street. Le Département d’État américain a aussi exprimé son mécontentement sur le fait que des « raisons idéologiques » ont empêché Assad de libéraliser l’économie de la Syrie, que « la privatisation des entreprises gouvernementales ne soit pas encore répandue » et que l’économie « reste strictement contrôlée par le gouvernement » 59. À l’évidence, Assad n’avait pas appris ce que Washington appelait les « leçons de l’Histoire », notamment que « les économies de marché, et non les économies planifiées placées sous la poigne du gouvernement, sont les meilleures »60. En rédigeant une Constitution donnant mandat au gouvernement de maintenir son rôle de guide de l’économie au nom des intérêts syriens, et de ne pas faire travailler les Syriens pour les intérêts des banques, des entreprises et des investisseurs occidentaux, Assad affirmait l’indépendance de la Syrie contre le programme de Washington visant à « ouvrir les marchés et à aplanir le terrain pour les entreprises américaines à l’étranger61 ».

En plus, Assad a souligné son attachement aux valeurs socialistes contre ce que Washington avait appelé un jour les « impératifs moraux » de la « liberté économique62 ». en inscrivant les droits sociaux dans la Constitution : la sécurité contre la maladie, le handicap et la vieillesse ; l’accès aux soins de santé ; et l’instruction gratuite à tous les niveaux. Ces droits continueraient à être placés hors d’atteinte des législateurs et des politiciens qui pourraient les sacrifier sur l’autel de la création d’un climat d’affaires favorable à une fiscalité basse et aux investissements étrangers. Affront supplémentaire à l’orthodoxie pro-business de Washington, la Constitution engageait l’État à instaurer des impôts progressifs.

Enfin, le dirigeant baasiste a inclus une disposition dans la Constitution révisée introduite par son père en 1973, un pas de plus en direction d’une démocratie véritable, authentique – une disposition que les décideurs à Washington, avec leurs innombrables liens avec le monde des banques et des entreprises, pouvaient difficilement tolérer. La Constitution exigeait qu’au moins la moitié des membres de l’Assemblée du peuple soit issue des rangs des paysans et des ouvriers.

Si Assad était un néolibéral, il était certainement l’un des plus étranges dévots de cette idéologie.

Sécheresse ?

Un dernier point sur les origines du soulèvement violent de 2011 : certains spécialistes en sciences sociales et des analystes se sont appuyés sur une étude publiée dans la revue Proceedings de l’Académie nationale des sciences pour suggérer que « la sécheresse a joué un rôle dans les troubles syriens ». Selon ce point de vue, la sécheresse « a provoqué de mauvaises récoltes qui ont entraîné la migration de plus de 1.5 million de personnes des zones rurales aux zones urbaines ». Cela, combiné à un afflux de réfugiés venant d’Irak, a fait de la Syrie un chaudron de tension économique et sociale prêt à déborder63. L’argument paraît sensé, et même « scientifique », mais le phénomène qu’il cherche à expliquer – un soulèvement de masse en Syrie – n’a jamais eu lieu. Comme nous l’avons vu, une revue de la couverture médiatique occidentale n’a trouvé aucune référence à un soulèvement de masse. Au contraire, les journalistes qui espéraient le trouver ont été surpris de ne pas en découvrir. Ils ont trouvé que la Syrie était étonnamment calme. Les manifestations appelées par les organisateurs de la page Facebook Révolution syrienne 2011 ont avorté. Des gens critiques ont admis qu’Assad était populaire. Les journalistes n’en ont pas trouvé un seul qui pensait qu’une révolte était imminente. Même un mois après l’incident de Daraa – qui n’a impliqué que quelques centaines de manifestants, éclipsés par les dizaines de milliers de Syriens qui manifestaient à Damas pour soutenir le gouvernement –, le journalistes du New York Times sur place, Anthony Shadid, n’a pu trouver aucun signe en Syrie des soulèvements massifs de la Tunisie et de l’Égypte. Au début février 2011, « Omar Nashabe, observateur de longue date de la Syrie et correspondant pour le quotidien arabe basé à Beyrouth, Al-Ahkbar », a dit au Timeque « les Syriens peuvent être affligés par la pauvreté qui touche 14% de sa population, jointe à un taux de chômage estimé à 20%, mais Assad jouit toujours de sa crédibilité64 ».

On a dit que le gouvernement avait commandé le soutien populaire lorsque la société d’enquête britannique YouGov a publié un sondage montrant que 55 % des Syriens voulaient qu’Assad reste. Le sondage n’a presque pas été mentionné dans les médias occidentaux, ce qui a incité le journaliste britannique Jonathan Steele à poser la question : « Supposons qu’un sondage d’opinion respectable ait révélé que la plupart des Syriens soient favorables au maintien de Bachar al-Assad à la présidence, ne serait-ce pas une nouvelle importante ? ». Steele a décrit les résultats du sondage comme des « des faits dérangeants » qui ont été « omis » parce que la couverture des événements en Syrie par les médias occidentaux avait cessé d’« être honnête » et s’était transformée en « arme de propagande65 » .

Des slogans au lieu de la politique et de l’analyse

On peut reprocher à Draitser non seulement d’avoir propagé un argument fondé sur des affirmations et non sur des preuves, mais aussi d’avoir remplacé la politique et l’analyse par des slogans. Dans son article pour CounterPunch du 20 octobre, Syria and the Left : Time to Break the Silence [La Syrie et la Gauche : il est temps de briser le silence],il soutient que les objectifs de la Gauche devraient être la poursuite de la paix et de la justice, comme si celles-ci était deux qualités inséparables, qui ne sont jamais en opposition. Que la paix et la justice puissent, parfois, être antagoniques, est illustré par la conversation suivante entre le journaliste australien Richard Carleton et Ghassan Kanafani, un écrivain palestinien, romancier et révolutionnaire66.

Carleton : – Pourquoi votre organisation n’entreprend-elle pas des pourparlers de paix avec les Israéliens ?

Kanafani : – Vous ne pouvez pas vraiment dire « pourparlers de paix ». Vous voulez dire capitulation. Reddition.

C : – Pourquoi ne pas parler ?

K : – Parler à qui ?

C : – Parler aux dirigeants israéliens ?

K : – Un genre de conversation entre l’épée et le cou, vous voulez dire ?

C : – Bon, s’il n’y a ni épées ni fusils dans la chambre, vous pourriez quand même parler.

K : – Non. Je n’ai jamais vu une conversation entre un colonialiste et un mouvement de libération nationale.

C : – Mais malgré tout, pourquoi ne pas parler ?

K : – Parler de quoi ?

C : – Parler de la possibilité de ne pas se battre.

K : – Ne pas se battre pour quoi ?

C : – Ne pas se battre du tout. Peu importe pour quoi.

K : – D’habitude, les gens se battent pour quelque chose. Et ils arrêtent de se battre pour quelque chose. Donc vous ne pouvez même pas me dire pourquoi nous devrions parler et de quoi. Pourquoi devrions-nous parler de cesser de nous battre ?

C : – Parler de cesser de combattre pour arrêter la mort et la misère, la destruction et la souffrance.

K : – La misère et la destruction, la douleur et la mort de qui ?

C : – Des Palestiniens. Des Israéliens. Des Arabes.

K : – Des Palestiniens déracinés, jetés dans des camps, souffrant de famine, tués depuis vingt ans et interdits d’utiliser même le nom de « Palestiniens » ?

C : – Ils sont mieux comme ça que morts, pourtant.

K : – Peut-être pour vous, Mais pour nous, non. Pour nous, libérer notre pays, avoir la dignité, le respect, nos droits de l’homme est aussi essentiel que la vie même.

Quelles valeurs la Gauche américaine devrait-elle promouvoir lorsque la paix et la justice sont en conflit ? Draitser ne le dit pas. Son invocation du slogan « paix et justice » en tant que mission de la Gauche américaine semble n’être rien de plus qu’une invitation aux gens de gauche d’abandonner la politique pour se consacrer à la mission de devenir de belles âmes, au-dessus des conflits sordides qui tourmentent l’humanité – ne jamais prendre parti, excepté celui des anges. Son affirmation qu’« aucun État ou groupe n’a les meilleurs intérêts des Syriens à cœur » est presque trop stupide pour justifier un commentaire. Comment le sait-il ? On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression qu’il croit que lui, et la Gauche américaine, parmi les groupes et les États dans le monde, sont les seuls à savoir ce qui est le mieux pour le « peuple syrien ». C’est peut-être pourquoi il estime que la responsabilité de cette Gauche américaine « est envers le peuple de Syrie », comme si le peuple de Syrie était une masse indifférenciée avec des intérêts et des programmes uniformes. Les Syriens en masse [en français dans le texte, NdT] comprennent des laïcs et des islamistes politiques qui ont des points de vue irréconciliables sur la manière dont l’État devrait être organisé, qui ont été pris dans une lutte à mort depuis plus d’un demi-siècle – l’un favorisé par son propre gouvernement. Les Syriens en masse comprennent ceux qui favorisent l’intégration à l’Empire US, et ceux qui y sont opposés ; ceux qui collaborent avec les impérialistes américains et ceux qui s’y refusent. Dans cette perspective, qu’est-ce que cela signifie de dire que la Gauche américaine a une responsabilité envers le peuple de Syrie ? Quel peuple de Syrie ?

J’aurais pensé que la responsabilité de la Gauche américaine allait aux travailleurs des États-Unis, non au peuple de Syrie. Et j’aurais imaginé, également, que la Gauche américaine considérerait comme de sa responsabilité d’inclure la propagation d’une analyse politique fondée sur des preuves de la façon dont l’élite économique étasunienne utilise l’appareil d’État pour faire avancer ses intérêts aux dépens des populations tant nationales qu’étrangères. Comment la longue guerre de Washington à la Syrie affecte-t-elle la classe ouvrière d’Amérique ? C’est ce dont Draitser devrait parler.

Mon livre, Washington’s Long War on Syria, paraîtra en avril 2017.

 

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Nadine pour le Saker francophone.

 

Fin de la partie II

A suivre 

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