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Le blog de Lucien PONS

la syrie - la libye - l'iran -

"La future Constitution est affaire du peuple syrien", par le Président Bachar al-Assad

6 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #La finance dérégulée, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Daesch, #La Turquie, #Terrorisme

Publié par Jean Lévy

 

 "La future Constitution  est affaire du peuple syrien",  par le Président Bachar al-Assad

COMITE VALMY

1ère partie de l’entrevue accordée par le Président syrien au Directeur général de l’agence russe Sputnik [Texte intégral]


Question 1 : On parle beaucoup des réfugiés syriens, la majorité des migrants en Europe se présentant comme des Syriens, même les Pakistanais. Selon les évaluations allemandes, 77% sont sans papiers d’identité. Nous aimerions comprendre comment vous évaluez le nombre de déplacés à l’intérieur de la Syrie, ainsi que le nombre de ceux qui ont été forcés à quitter le pays et les raisons de leur fuite. Nous aimerions mettre les points sur les « i » en ce qui concerne ce sujet.

 

Le Président Al-Assad : Il n’y a évidemment pas de chiffres précis. Les chiffres sont approximatifs. Ainsi, ceux qui se déplacent à l’intérieur du pays pour se rendre chez des proches, dans d’autres villages, ne se déclarent pas en tant que réfugiés. La plupart, en quête de sécurité, quittent des zones infiltrées par des terroristes pour aller dans les zones contrôlées par l’État.

 

Ceci dit, je ne crois pas que le problème réside dans les chiffres. Le problème est que, jusqu’à présent, il n’y a eu aucun travail sérieux de la part de nombreux États. Ils traitent la question des réfugiés comme si elle ne concernait que l’étranger.

 

Certains pays européens veulent bien les accueillir pour leur assurer le gîte et des aides. Il arrive même qu’ils envoient des aides aux personnes déplacées à l’intérieur du pays. Mais cela ne résout pas le problème. Le problème fondamental est le terrorisme. Nous devons le combattre au niveau international car il n’est pas uniquement lié à la Syrie. Il sévit aussi en Irak. Il est directement soutenu par la Turquie, la famille des Al-Saoud et une partie des pays occidentaux, notamment la France et la Grande-Bretagne, tandis que d’autres se contentent de regarder sans agir sérieusement. Je pense que plus qu’une question de chiffres c’est là que réside le problème.

 

Question 2 : Je suis persuadé que vous attendez le retour des Syriens dans leur pays, ce qui pourra se faire à partir du moment où vous aurez démarré la reconstruction. Avez-vous déjà estimé l’étendue des destructions et des dommages subis par la Syrie ces dernières années ?

 

Le Président Al-Assad : Les dommages portant sur l’économie et les infrastructures dépassent deux cents milliards de dollars. Le secteur économique pourra être relevé dès que la Syrie retrouvera sa stabilité, mais la reconstruction des infrastructures exigera plus de temps.

 

Nous avons initié le processus de la reconstruction avant que la crise ne soit résolue afin de soulager, autant que possible, le citoyen syrien des dommages subis par l’économie et les infrastructures et, en même temps, diminuer l’émigration vers l’étranger, car il se peut que ceux qui souhaitent revenir soient encouragés au retour par l’espoir d’une amélioration de la situation.

 

L’émigration n’est pas uniquement due au terrorisme et à l’insécurité, mais aussi au blocus et aux sanctions occidentales imposées à la Syrie. Beaucoup de gens résidant en zones sécurisées, indemnes de terrorisme, ont émigré parce que le citoyen ne peut plus assurer les nécessités de sa vie quotidienne.

 

Par conséquent, en tant qu’État, il est impératif que nous agissions pour offrir les moyens, mêmes élémentaires, pouvant améliorer la situation économique et les services à la population. C’est ce que nous faisons en travaillant dès maintenant à la reconstruction.

 

Question 3 : La Syrie devra évidemment compter sur l’aide de la communauté internationale. Sur l’aide de qui compterez-vous pour la reconstruction du pays et comment envisagez-vous le rôle des sociétés et entreprises russes ?

 

Le Président Al-Assad : Dans tous les cas, le processus de reconstruction est un processus gagnant pour les entreprises qui y contribueront, surtout si leurs États les soutiennent en leur accordant les crédits nécessaires. Bien sûr, il est à prévoir que ce processus repose sur les trois États qui se sont tenus à nos côtés tout au long de cette crise : la Russie, la Chine et l’Iran.

 

Mais je pense que nombre d’États qui se sont positionnés contre la Syrie, et en premier lieu les États occidentaux, tenteront d’envoyer leurs propres entreprises pour participer à ce processus. Cela dit, il ne fait aucun doute qu’en ce qui nous concerne, nous nous adresserons principalement aux pays amis. D’ailleurs, ce serait assurément la réponse, politique et affective, de n’importe quel citoyen syrien que vous questionneriez à ce sujet. Il vous dira que nous réserverons le meilleur accueil aux entreprises de ces trois pays, à commencer par la Russie.

 

Quant aux infrastructures en question, elles nécessitent la collaboration de centaines de spécialités et de compétences. C’est pourquoi je crois que le champ d’action sera très large pour toutes les entreprises russes qui participeront à la reconstruction.

 

Question 4 : Monsieur le Président, nous passons aux questions politiques. Comment évaluez-vous les résultats des « négociations » à Genève sur la Syrie, lesquelles ont eu lieu la semaine dernière ?

 

Le Président Al-Assad : Jusqu’ici, nous ne pouvons certainement pas dire que quelque chose ait abouti suite à ces derniers « pourparlers » de Genève, si ce n’est que nous avons abordé des sujets fondamentaux en posant les principes de base des futures négociations, car des négociations sans principes sous-jacents se transforment en palabres chaotiques improductives, autorisant chaque partie à camper sur ses positions et d’autres États à s’ingérer indûment.

 

Nous avons donc commencé par présenter un « document de principes », mais nous n’avons encore travaillé qu’avec M. De Mistura sans entrer en contact avec la partie censée négocier avec nous. Nous devrions poursuivre les discussions et le dialogue autour de ce document lors de la prochaine session. Par conséquent, je peux dire à propos de la dernière session que nous avons initié une méthodologie susceptible d’aboutir au succès des futures négociations et que si nous la respectons, les prochaines sessions seront bénéfiques.

 

Question 5 : Je voulais justement aborder le positionnement de la Syrie lors des prochaines sessions. Quand est-ce qu’elle discutera de ladite « transition politique », laquelle amènera le sujet d’un « organe de transition » qui gouvernerait le pays ? Quel est votre point de vue sur le mécanisme adopté à cet égard ?

 

Le Président Al-Assad : Premièrement, il n’existe pas de définition d’une « période transitoire ». Ensuite, en Syrie, nous pensons que ce concept implique une transition d’une Constitution à une autre, car c’est la Constitution qui définit le système politique souhaité.

 

Par conséquent, la période transitoire doit nécessairement courir sous la Constitution actuelle. Nous ne passerons à une nouvelle Constitution qu’une fois que le peuple syrien l’aura approuvée par son vote.

 

D’ici là et selon notre perception en tant que Syriens, ce que nous pouvons faire est de veiller à la formation d’un gouvernement regroupant les diverses forces politiques syriennes, y compris celles de l’opposition et des indépendants. Une structure transitoire ou un gouvernement momentané, dont le but principal sera de travailler à la nouvelle Constitution avant de la soumettre au suffrage des Syriens et qui ne sera applicable qu’après leur approbation.

 

Rien dans la Constitution syrienne, ni dans aucune autre, ne correspond à un « organe de transition ». C’est un discours illogique et inconstitutionnel. Quels seront les pouvoirs d’un tel organe ? Comment pourrait-il gérer le quotidien des citoyens ? Qui évaluera leurs besoins ? Aujourd’hui, nous disposons d’une Assemblée du peuple [le Parlement syrien] et d’une Constitution qui dirigent le gouvernement et l’État. C’est pourquoi la solution est celle d’un « gouvernement d’union nationale » qui préparera la nouvelle constitution.

 

Question 6 : À ce stade et concernant ce gouvernement, je souhaitais vous interroger sur les modalités de sa formation. Qui le composera ? Serait-ce le Parlement élu le 13 avril prochain ou bien vous-même ? Accepteriez-vous une participation internationale à sa formation ?

 

Le Président Al-Assad : Tel est l’objectif des pourparlers de Genève, un dialogue entre Syriens pour que nous nous mettions d’accord sur la composition de ce gouvernement. Nous n’avons pas encore d’idée définitive étant donné que, mis à part certaines personnes, les autres parties n’ont toujours pas accepté ce principe.

 

Une fois que nous nous serons tous entendus sur ce principe, nous dirons comment il nous faudra l’exécuter. La logique voudrait que soient représentées les forces indépendantes, les forces de l’opposition et les forces en accord avec l’État actuel. Théoriquement, cela pourrait se faire rapidement.

 

Quant aux modalités techniques devant aboutir à la formation de ce gouvernement, comme vous le savez, existent des ministères avec ou sans portefeuille et certains y entreront sans avoir l’expérience du travail gouvernemental. Dès lors, nombre de questions devront être discutées et détaillées à Genève. Je ne pense pas qu’elles seront sources de complications insolubles, car elles sont toutes susceptibles de trouver un règlement.

 

Concernant le Parlement, il n’a aucun rôle à jouer dans ce processus qui doit être réglé entre nous et l’ « opposition à l’étranger ». Il supervise le gouvernement syrien mais ne le nomme pas.

 

Question 7 : Pensez-vous que le prochain Parlement sera de toutes les couleurs ?

Le Président Al-Assad : Cela dépend des électeurs syriens. Y’aura-t-il de nouvelles couleurs dans la société syrienne ? Il ne suffit pas qu’il y’ait de nouveaux partis, comme cela fut le cas lors des élections législatives en 2000, car il est possible qu’existent une centaine de partis sans qu’ils aient tous leurs représentants aux élections. Que souhaitera le citoyen syrien pour aller voter ? Comme vous le savez, ce sont des questions qui demandent du temps. N’importe quel nouveau parti en a besoin pour prouver le bien-fondé de son programme politique aux citoyens. Actuellement, étant donné les circonstances difficiles, il est possible qu’ils ne souhaitent pas tenter trop de nouveautés, comme il est probable que ce soit le cas quand la situation sécuritaire ira vers le mieux et que les préoccupations politiques du citoyen prendront le pas sur ses préoccupations vitales. Aujourd’hui, le citoyen syrien pense d’abord à sa vie, à sa sécurité, ensuite aux nécessités de son quotidien, aux études de ses enfants et à sa santé ; le reste est du domaine du secondaire. C’est pourquoi je ne m’attends pas à un changement radical dans l’immédiat.

 

Question 8 : Vu la situation dans sa globalité, comment croyez-vous que vos succès sur le terrain et les victoires des forces gouvernementales pourront aider la transition politique, certains étant convaincus que ces victoires consolideront vos positions lors des pourparlers de Genève, d’autres déclarant qu’elles menacent le processus politique ?

 

Le Président Al-Assad : C’est une question très importante. Il y a, en effet, ceux qui présentent le positionnement de la Russie contre le terrorisme comme un simple soutien au Président, ou au gouvernement, et donc comme un obstacle au processus politique. Ce serait vrai si nous n’avions pas été souples dès le départ et si nous nous étions vraiment butés.

 

Or, si vous reveniez sur la politique suivie par l’État syrien depuis cinq ans, vous constateriez que nous avons tenu compte de toutes les initiatives avancées par toutes les parties, sans exception, même lorsqu’elles n’étaient pas sincères ; notre but étant de ne rater aucune occasion susceptible de résoudre la crise.

 

C’est pourquoi, ma réponse à ce sujet se résumera à dire que le soutien militaire russe et le soutien des amis de la Syrie, ainsi que les victoires militaires syriennes, mèneront à l’accélération de la solution politique, non l’inverse. Nous n’avons pas modifié nos positions, ni avant, ni après le soutien russe. Nous nous sommes rendus à Genève avec toujours autant de souplesse.

 

En même temps, je dirai que ces victoires auront leur influence sur les forces et les États qui empêchent la solution, à commencer par l’Arabie Saoudite, la Turquie, la France et la Grande-Bretagne qui parient sur notre échec sur le terrain, afin d’imposer leurs conditions lors des négociations politiques. Raisons pour lesquelles, je pense que ces avancées militaires aboutiront à accélérer la solution politique et non à la menacer.

 

Question 9 : S’agissant de l’avenir, comment envisagez-vous la présence de bases militaires étrangères sur le territoire syrien ? À quelles conditions elles y resteront et est-ce que la Syrie en a besoin ?

 

Le Président Al-Assad : Si nous parlons de la période actuelle, oui, nous en avons certainement besoin, parce qu’elles sont efficaces dans la guerre contre le terrorisme. Et même si la situation sécuritaire se normalisait, la lutte contre le terrorisme ne sera ni rapide, ni éphémère. Le terrorisme s’est répandu dans cette région sur des décennies et il faudra le combattre sur une longue période. D’un autre côté, ces bases ne sont pas uniquement liées à la lutte contre le terrorisme, mais sont aussi liées à la situation internationale générale.

 

À notre grand regret, l’Occident, tout au long de la guerre froide, au-delà et jusqu’aujourd’hui, n’a pas changé sa politique. Il veut étendre son hégémonie et décider pour les autres nations. Malheureusement, les Nations Unies n’ont pas été en mesure de jouer leur rôle dans le maintien de la paix internationale. Par conséquent, tant qu’elles ne retrouveront pas leur véritable rôle, ces bases militaires seront nécessaires, pour nous, pour vous et pour l’équilibre du monde. C’est un fait. Que nous soyons d’accord ou pas, c’est actuellement une nécessité.

 

Question 10 : Des bases militaires de quels États parlez-vous exactement ?

Le Président Al-Assad : Je parle uniquement des bases russes. Nous n’avons pas de bases d’un autre État. D’une part, parce que nos relations avec la Russie datent d’une soixantaine d’années et sont fondées sur la confiance et la transparence. D’autre part, parce qu’en matière de politique la Russie s’appuie sur des principes et que nous respectons ces mêmes principes. C’est pourquoi, la présence de bases militaires russes en territoire syrien n’est pas une occupation. Bien au contraire, elle renforce nos relations, notre amitié, la stabilité et la sécurité. Et c’est ce que nous voulons.

 

Question 11 : Pouvez-vous imaginer ou accepter l’idée que le système de gouvernance de l’État syrien se transforme en un système fédéral ? Si oui, quelle forme prendrait l’autonomie kurde et quelle en serait l’étendue ?

 

Le Président Al-Assad : Du point de vue géographique, la Syrie est trop petite pour se transformer en État fédéral, elle est probablement moins étendue que la plupart des Républiques de Russie. En principe, la Syrie ne me paraît pas destinée au fédéralisme, faute de facteurs naturels pouvant justifier un tel système. Mais naturellement, en tant qu’État, nous approuvons ce que le peuple approuve, et le fédéralisme dépend de la Constitution, laquelle est soumise à l’approbation de ce même peuple.

 

Ceci étant dit, le concept de fédération kurde aurait besoin d’être corrigé. La majorité des Kurdes de Syrie veulent vivre au sein d’un État unitaire dirigée par un gouvernement central non fédéral. Il ne faut donc pas confondre certains Kurdes qui réclament un système fédéral et tous les autres Kurdes. D’ailleurs, d’autres composantes non-kurdes, aussi peu représentatives quantitativement, cherchent la même chose. Ce n’est pas pour autant que l’idée du fédéralisme soit acceptée par la majorité du peuple syrien. C’est pourquoi, je ne pense pas qu’au cas où cette idée serait soumise à son suffrage direct, elle aurait son approbation.

 

Question 12 : Mais maintenant, on parle d’une nouvelle Constitution. Êtes-vous d’accord sur le fait que la nouvelle Constitution devrait être prête en août, une date fixée par John Kerry après ses entretiens au Kremlin, alors que la position de la Russie n’a pas encore été annoncée ?

 

Le Président Al-Assad : La rédaction de la constitution pourrait être prête en quelques semaines, les experts en la matière et les propositions ne manquent pas. Ce qui prend du temps ce sont les discussions. La question devient donc : quel est le processus politique qui devrait nous mener à débattre de la Constitution ?

 

En tant qu’État, nous pouvons aujourd’hui rédiger une Constitution et la soumettre aux citoyens, mais lorsque nous parlons de « forces politiques », quelles sont-elles ? Nous ne le savons toujours pas. Nous posons la question à M. De Mistura, il ne le sait pas ! Même les Américains ne savent pas, tandis que l’Occident, par moments, ainsi que certains autres États, notamment l’Arabie saoudite, veulent restreindre toutes les autres parties au seul « groupe d’opposants de Riyad », lequel comprend des membres terroristes, dans le but de donner une image unique de l’opposition avec laquelle nous serions censés négocier une Constitution. C’est une opposition qui n’existe pas en Syrie. À part cela, le délai du mois d’août est correct et suffisant.

 

Docteur Bachar al-Assad
Président de la République arabe syrienne
30/03/2016

Source : SANA [Syrian Arab News Agency], 1ère partie.
http://sana.sy/ ?p=361365

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal

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Syrie : une Lutte qui annonce la fin des Temps. Par Françoise Compoint.

3 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La République, #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch, #l'immigration

Syrie : une Lutte qui annonce la fin des Temps. Par Françoise Compoint.

Syrie : une Lutte qui annonce la fin des Temps.

Le 03 avril 2016

Je n’ai jamais beaucoup apprécié le manichéisme. Réducteur jusqu’à exclure tout ce qui est entre le Noir et le Blanc, il m’a longtemps semblé que le monde était infiniment plus complexe que cela. La lecture en classe de Terminale du Prince de Machiavel m’en avait définitivement convaincu. La politique ne puit être fondée que sur le realpolitik, nos prises de position individuelles ne sont dignes d’intérêt que si elles prennent en compte le Gris et ses 50 nuances. Qu’importe, au fond, que certains principes moraux édifiants en pâtissent, de toute façon, notre vie n’est qu’un combat harassant que se livrent le Bien et le Mal et en plus, dans une optique dialectique, ces deux entités produisent de petits démons souvent bien sympathiques. Les années ont vite passé. L’expérience personnelle mariée à mes activités de journaliste m’ont démontrée que le manichéisme avait non seulement droit d’existence mais que, dans un cadre bien défini, il avait le devoir de régner en politique à côté du realpolitik qui lui fonctionne avec des nuances morales marquées. Le drame ukrainien et, simultanément, le drame syrien, ont conforté ce point de vue. J’ai alors commencé à mieux comprendre ce que sous entendait l’Apocalypse selon Saint Jean par la fin des Temps, ce que sous-entendaient les révélations faites à Léon XIII où Satan parle de détruire l’Eglise du Christ 75-100 ans plus tard (c’était vers la fin du XIXème siècle) et les révélations faites à Pie XII dans le même esprit. Le Bien et le Mal interagissent en se livrant un combat acharné. Aucun combat ne dure indéfiniment. Tôt ou tard, l’un des partis va l’emporter. Il n’y a donc pas de place pour les nuances auxquelles nous, hommes doués de raison, sommes habitués, et qui nous arrangent tant.+

Il y a peu, un journaliste russe dont je ne retrouve plus le nom avait remarqué que la position souverainiste russe différait en cela de celle de l’opposition libérale genre Echo de Moscouque même quand elle commettait des erreurs tactiques, elle croyait bien faire. Ce trait de probité est aux antipodes d’une hypocrisie qui devrait être indigeste mais que nous nous contentons de critiquer mollement considérant que le drame des Autres (Syriens, Irakiens, Ukrainiens, etc.) n’est pas spécialement le nôtre. Nous restons tièdes. Cette déclaration avait été faite lors d’une émission-débat entre souverainistes et libéraux. Curieusement, ces derniers ne trouvèrent rien à répondre. Pourquoi donnerais-je raison aux premiers et non pas aux seconds ? Serait-ce par sympathie pour Poutine ? Non. C’est simplement que je m’appuie sur les faits. Tout comme l’analyse politique, les choix moraux s’appuient sur des faits. Ils sont empiriques.+

Lorsque des enfants syriens se font massacrer par les ordures de l’EI dont nous connaissons pertinemment les sources de financement, c’est à peine si les peuples occidentaux ou les libéraux russes se prononcent. Au mieux, quelques organisations du type SOS Chrétiens d’Orient dont j’admire le courage essayent d’attirer l’attention du grand public après s’être rendues sur place. Autrement, RIEN. 13 novembre 2015. Paris vit en un soir « le quotidien des Syriens ». Quelques médias commencent à se réveiller en se disant que peut-être, finalement, le Président syrien démocratiquement élu est un moindre mal. Et si le Bataclan se reproduisait ? Après s’être adressé, voix tremblante, aux Français, François Hollande revient à son engagement auprès d’Erdogan qui est de contribuer à la création d’une espèce de Kurdistan au nord de la Syrie. La famille d’Erdogan achète et revend le pétrole syrien volé par Daesh.Cherchez l’erreur.+

Le 22 mars, Bruxelles vit lui aussi le quotidien des pays en voie de démocratisation. Peu avant cet-te tragédie, l’UE entendait réviser sa position vis-à-vis du conflit syrien. Assad n’était plus tenu de se retirer sans conditions. La Belgique est même allée jusqu’à accueillir des leaders du PKK. Le 5 mars, un attentat est perpétré en plein centre d’Ankara. S’ensuit le discours en fait menaçant d’Erdogan qui déclare, lors du sommet UE/Turquie, que la bombe qui a explosé à Ankara pourrait exploser dans n’importe quel pays de l’UE. La façon dont la mise en garde est formulée est absolument fabuleuse : l’Europe accueillerait et subventionnerait des organisations terroristes qui ne manqueront pas de se retourner contre elle. S’agirait-il du PKK allié au PYG contre Daesh ? Il n’en demeure pas moins que la « prophétie » d’Erdogan se vérifie très vite. Bruxelles pleure toujours ses morts, le gouvernement d’Erdogan vit les heures les plus noires de son existence mais il n’est pas question de virer la Turquie de l’Alliance, quant à Assad, réélu ou pas réélu, finalement, il doit partir.Ah, j’oubliais ! La Turquie est allée jusqu’à abattre, en février 2016, des réfugiés (enfants y compris) à la frontière syrienne. C’est peut-être fort regrettable mais, que faire, un membre de l’Alliance n’a rien à se refuser. Le maximum de ce qu’il risquerait, c’est d’aller récolter une formidable raclée chez l’oncle Sam. Ce qui vient de se faire avec ordre de reprendre contact avec le Kremlin, cela, le hasard a porté ses fruits, après la visite du chef de la CIA, John Brennan, à Moscou.Entre-temps, Vitaly Tchourkine, ambassadeur russe auprès de l’ONU, présente au Conseil de sécurité des documents fiables faisant état des sommes coquettes déboursées durant l’année 2015 par Ankara à ses partenaires de Daesh, quelque chose comme 1.909.800 de dollars si bien sûr ma calculette ne délire pas.+

L’UE paye les pots cassés. Un attentat d’envergure imminent vient d’être déjoué à Argenteuil, mais … Assad est méchant. Il doit partir. Les Molenbeek en acte et en puissance menacent réellement la France et l’ensemble de l’UE mais … Assad est méchant. Il doit partir. Sauf que ! La France se met le doigt dans l’oeil croyant peut-être (ou du moins feignant) contrôler quoi que ce soit non pas seulement en Syrie mais sur l’ensemble du Moyen-Orient. On sent bien ce mélange infernal d’égarement et de mauvaise foi à la lumière d’une interview recueillie le 28 mars par BFM TV auprès du député et ancien ministre Thierry Mariani : « Vous avez donc fait votre choix entre le régime insupportable d’Assad et les djihadistes? », demande le journaliste, imbu de cette suffisance malsaine caractéristique des donneurs de leçon atlantistes. OUI, répond, sans ciller, le député. Il en va des intérêts nationaux, dit-il, mais ilen va aussi, compléterais-je de mon côté sachant qu’il revient de Syrie, d’un choix moral. L’on ne peut et l’on ne doit en faire abstraction.+

Face au sommeil de la raison et à l’ébat des monstres, le choix de Mariani a donc à sa façon une dimension morale. Comme celui, à sa façon à elle, périlleux, de Mère Agnès-Mariam de la Croix, supérieure du monastère Saint-Jacques le Mutilé sis Qâra. Comme celui de Daniel Maes, père Prémontré de l’abbaye flamande Postel-Mol parti servir le Christ à Qâra, al-Qalamoun, et qui a écrit une lettre ouverte au ministre des Affaires étrangères belge. Je pourrais poursuivre cette énumération jusqu’à l’infini. Cependant, s’il y a nom sur lequel je voudrais m’arrêter, une âme vers laquelle vont souvent mes pensées de ces derniers jours, c’est bien celui du jeune officier russe,Alexandre Prochorenko, tombé lors de la reprise de Palmyre. Piégé par Daesh et se sachant perdu, il a appelé des frappes aériennes sur sa position. Très franchement, plus j’en apprends sur des gens de cet acabit, plus les élites atlantistes et les pseudo-libéraux criards de Russie me donnent la nausée. Plus j’en apprends, plus je conçois que la Syrie, au bout de cinq années de cauchemar abyssal, est devenue le terrain, direct et/ou médiatique, d’une Lutte ultime dont le dénouement annoncera le début de la fin d’un Monde. Duquel ? Le longuissime dossier syrien n’étant qu’une case départ, je pense que l’alternance des défaite/victoires du Bien et du Mal durera pendant quelques années encore s’étendant progressivement, comme le feu gagne un immeuble. Les délais se préciseront après la reprise (ou la perte, Dieu en préserve Damas) de Raqqa, l’attitude ultérieure d’Erdogan après sa reprise en main, le degré d’impatience du salafisme à soumettre l’Occident, enfin, les présidentielles US qui approchent. J’espère alors, de tout coeur, qu’il se trouvera en UE plus d’Alexandre Prochorenko que de journalistes de BFM TV. Car je désire vivement la survie et le triomphe de l’Europe comme je désire le triomphe de cet élément transcendant que nous appelons Moraleet sans lequel le droit international, garant de la stabilité dans le monde, n’aurait aucun fondement.+

Françoise Compoint

Alexandre Prokhorenko

Alexandre Prokhorenko

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Les derniers mots de l’officier russe mort en héros à Palmyre (Syrie) - Alexandre Prokhorenko

3 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #La Turquie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

Bonjour.

Nous devons rendre hommage à ceux qui combattent efficacement cette armée du diable qui a ensanglanté la France en 2015, la Belgique en 2016, le Pakistan (Lahore) le jour de Pâques, etc…

Le 24 mars 2016 l‘armée régulière de l’état syrien appuyée par l’aviation russe a nettoyé Palmyre.

Je vous transmets la vidéo relatant la communication d’un officier russe avec son commandement.

Il a donné sa vie pour notre liberté pour que nous puissions nous aussi éliminer Daesch dans nos pays.

Le 24 mars 2016, encerclé par les djihadistes à Palmyre, en Syrie, Alexandre Prokhorenko, 25 ans, officier des forces spéciales russes, a ordonné un tir sur sa position afin d’emporter ses assaillants avec lui. Voici la retranscription des derniers mots, traduits du russe par le Comité Valmy, échangés par radio avec son commandant .

Lucien Pons

Le 24 mars 2016, encerclé par les djihadistes à Palmyre, en Syrie, Alexandre Prokhorenko, 25 ans, officier des forces spéciales russes, a ordonné un tir sur sa position afin d’emporter ses assaillants avec lui. Voici la retranscription des derniers mots, traduits du russe par le Comité Valmy, échangés par radio avec son commandant :

Officier : Commandant je suis piégé, je répète je suis piégé.
Commandant : S’il vous plaît, répétez et confirmez.
Officier : Ils m’ont vu, il y a des tirs partout, je suis coincé. Je demande l’évacuation immédiate.
Commandant : Demande d’évacuation reconnue.
Officier : S’il vous plaît dépêchez-vous, il me reste peu de munitions, ils semblent partout, je ne peux pas tenir très longtemps, s’il vous plaît dépêchez-vous.
Commandant : Confirmé, retenez-les, continuez à riposter, allez dans une position sûre, l’appui aérien suit, donnez vos coordonnées.
Officier : (il donne les coordonnées, qui sont floues dans la traduction)
Commandant : (le Commandant répète les coordonnées) Confirmez.
Officier : Confirmé, s’il vous plaît dépêchez-vous, j’ai peu de munitions, ils m’encerclent, les salauds.
Commandant : Douze minutes jusqu’à l’évacuation, retournez à une position sûre. Je répète : retournez à une position sûre.
Officier : Ils sont proches, je suis encerclé, c’est peut-être la fin, dites à ma famille que je les aime tendrement.
Commandant : Retournez à la ligne verte, continuez le feu, l’aide est en route, suivie d’un appui aérien.
Officier : Négatif, je suis encerclé, il y a tant de ces salauds.
Commandant : Dix minutes, retournez à la ligne verte.
Officier : Je ne peux pas. Ils m’ont encerclé et se rapprochent. S’il vous plaît dépêchez-vous.
Commandant : Allez à la ligne verte, je répète allez à la ligne verte.
Officier : Ils sont là dehors, menez l’attaque aérienne maintenant s’il vous plaît. Dépêchez-vous, c’est la fin, dites à ma famille que je les aime et meurs en me battant pour ma patrie.
Commandant : Négatif, retournez à la ligne verte.
Officier : Je ne peux pas. Commandant, je suis encerclé. Ils sont là dehors. Je ne veux pas qu’ils me prennent et me paradent. Menez l’attaque aérienne. Ils vont faire une mascarade de moi et de cet uniforme. Je veux mourir avec dignité et que tous ces salauds meurent avec moi. S’il vous plait ma dernière volonté, menez l’attaque aérienne. De toute façon, ils vont me tuer.
Commandant : S’il vous plaît confirmez votre demande.
Officier : Ils sont là dehors, c’est la fin commandant, je vous remercie. Dites à ma famille et à mon pays que je les aime. Dites-leur que j’ai été courageux et que je me suis battu jusqu’à ce que je n’en puisse plus. S’il vous plaît prenez soin de ma famille, vengez ma mort, au revoir commandant, dites à ma famille que je les aime.
Commandant : (pas de réponse, ordonne la frappe aérienne)

Il n’avait que 25 ans. Marié depuis 18 mois, il allait bientôt être papa. Alexandre va prochainement recevoir la distinction de Héros de la Russie à titre posthume, la récompense la plus élevée du pays.
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Le Syria-express à pleine vapeur

2 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La France, #La Turquie, #Daesch, #Terrorisme, #L'OTAN.

Le Syria-express à pleine vapeur

1 Avril 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

Le Syria-express à pleine vapeur

Face aux Cassandre ou aux propagandistes stipendiés par Seoud qui prédisaient le lâchage d'Assad par Moscou (j'en ris encore), nous avions averti que le retrait partiel russe de Syrie n'était qu'un trompe-l’œil qui n'allait guère changer l'équation stratégique sur le terrain. Le départ de quelques Sukhois ainsi que des milliers de troupes protégeant désormais inutilement les bases de Tartous et Khmeimim ne présageait en rien un adoucissement de la campagne contre les terroristes modérés et surtout immodérés, les premiers étant maintenant neutralisés par la trêve.

Or, non seulement les Russes restent fermement dans leurs bases syriennes et continuent à pilonner Daech, mais ils semblent même en réalité renforcer leur présence ! Le Syria-express tourne à plein régime, ce qui est une bien mauvaise nouvelle pour Ankara et Riyad...

Un intéressant article de Haaretz (résumé en français ici) montre que les navires russes font le voyage à plein vers la Syrie et reviennent à vide vers Novorossiysk. La ligne de flottaison bateaux est scrutée à la loupe et l'on imagine la rage impuissante du sultan à voir passer dans le Bosphore le Caesar Kounikov, le Saratov et le Yauza, les cales bourrées d'équipement. Sur le chemin retour, l'Alexandre Otrakovski, le Minsk et le Dvinitsa-50, eux, n'avaient aucun chargement lourd, contrairement à l'aller...

Comme le note un observateur : "Puisque la majeure partie des forces russes est de facto restée, il n'y a aucune raison de réduire le trafic". OK, c'est noté, une baffe en passant aux djihadistes et à leurs parrains de l'autoproclamé camp du Bien qui se réjouissaient de la "fuite" des Russes. Quant au trafic, non seulement il n'est pas réduit mais il semble même augmenter.

Malgré le goût d'Assad pour la cuisine russe, on imagine que Poutine ne lui envoie pas du bortsch... Le mystère plane sur le type d'armes ainsi que les destinataires : l'armée syrienne bien sûr, sans doute le contingent russe lui-même et peut-être le Hezbollah.

Indice : un système de missiles balistiques Iskander-M à capacité nucléaire a été vu sur la base de Khmeimim. Apparemment, il a été déployé le 25 mars, soit dix jours après l'annonce du retrait partiel. Pour mémoire, ce missile tactique à trajectoire changeante et volant à 5 000 km/h est à peu près invulnérable. Les colonnes turques qui voudraient faire du tourisme en Syrie sont prévenues... Notons en passant que ces terribles Iskander sont déjà présents en Arménie depuis 2013 - sans que l'on sache d'ailleurs très bien s'ils ont été livrés aux forces arméniennes ou à la base russe de Gyumri -, participant du lent mais implacable encerclement de la Turquie par Moscou.

Mais revenons à la Syrie. Avec les S-400 et les Iskander, la voilà quasiment sanctuarisée. Pour le reste, si des Sukhois sont partis (combien ?), les hélicoptères semblent plus nombreux que jamais (arrivage par bateau ?) et ont participé allègrement aux combats de Palmyre. Notons que durant l'opération pour reprendre la cité de Zénobie, l'aviation russe a effectué 500 sorties et frappé 2 000 objectifs (!), chiffres qui laissent pour le moins rêveur et circonspect sur la réalité du retrait. Poutine a eu l'élégance (et l'intelligence politique) de féliciter Assad mais ce sont bien les Russes qui ont gagné la bataille de Palmyre. Et ils ne s'arrêtent pas en si bon chemin...

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Mission aérienne russe en Syrie terminée : raisons et implications

2 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Europe supranationale, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #La Turquie, #Daesch

Source : Oriental Review, le 16/03/2016

Mercredi 16 mars 2016

Par Oriental Review

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Le 14 mars la Russie a annoncé que ses troupes allaient prochainement se retirer de Syrie – l’opération militaire lancée le 30 septembre de l’année dernière à la demande du président Bachar el-Assad va bientôt se terminer. La Russie a fait tout son possible pour ramener la situation à la normale dans un pays qui fut submergé par le chaos durant les cinq dernières années.

Tout s’est mis en place pour rendre cette étape faisable : le nouveau traité de paix entre les troupes du gouvernement d’Assad et les forces d’opposition, qui a été négocié par la Russie et les États-Unis le 27 février ; les avancées victorieuses des troupes syriennes (y compris celles de l’opposition et des Kurdes) ; la récupération par le gouvernement de certaines régions détenues par les terroristes de Daesh et Jabhat al-Nosra. La Russie a donc réalisé les objectifs militaires qu’elle s’était fixés.

Depuis le 30 septembre 2015, lorsque le président russe a ordonné aux forces aéronautiques russes de mener des frappes contre Daesh et d’autres groupes terroristes, des provinces entières ont été libérées des miliciens ; les personnes qui jusque récemment prévoyaient de partir pour l’Europe ont maintenant décidé de rester chez elles ; et il y a maintenant un espoir de paix. Cet espoir n’a pas seulement été inspiré par le succès des pilotes russes qui ont effectué des douzaines de sorties chaque jour mais aussi par le succès des diplomates qui finalement – et seulement après l’intervention de la Russie – ont attiré l’attention sur le problème de la menace du terrorisme mondial, problème sur lequel le président russe avait alerté l’Occident depuis 2007 lors de la Conférence de Munich sur la sécurité. Comme nous le savons, à cette époque, ses paroles furent tout simplement ignorées.

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Cependant, il n’était plus possible d’ignorer les opérations militaires des troupes russes : malgré les efforts de façade de la coalition occidentale menée par les États-Unis pour combattre Daesh (ils ont mené cette opération depuis août 2014) et l’intervention active de l’Arabie Saoudite, ces deux forces combinées n’ont pu stopper l’avancée des terroristes – au contraire, les miliciens ont réussi à s’emparer de plus en plus du territoire syrien. La vraie bataille contre le terrorisme sur le sol syrien a seulement débuté le 30 septembre dernier, après que le président Bachar el-Assad a demandé à la Russie son aide pour soutenir les opérations au sol des forces gouvernementales. Depuis lors, l’Occident a reconnu, bien qu’avec réticence, la contribution décisive de la Russie pour ramener la situation à la normale dans le pays.

“Etant donné ces circonstances, nous n’avons naturellement pas l’intention de nous enliser complètement dans ce conflit. Nous agirons strictement en accord avec la mission fixée. Premièrement, nous soutiendrons l’armée syrienne uniquement dans son combat légitime contre les groupes terroristes. Deuxièmement, notre soutien sera limité à des frappes aériennes et n’impliquera pas d’opérations au sol. Troisièmement, notre soutien aura une durée limitée et ne continuera tout autant que l’armée syrienne mènera des offensives antiterroristes.” – Vladimir Poutine, le 30 septembre 2015.

Lorsqu’on revient sur les déclarations faites par les autorités russes et les chefs militaires concernant le calendrier de leurs opérations militaires en Syrie, leurs principaux objectifs étaient de porter un coup sans équivoque dans le cœur du terrorisme international et de préparer le terrain à un dialogue entre les différentes parties syriennes qui s’opposent – l’armée gouvernementale et l’opposition “modérée”. Maintenant que les terroristes perdent le contrôle des villes syriennes presque chaque jour et que les rebelles se rendent massivement au gouvernement légitime, les objectifs militaires sont assurément remplis. Créant ainsi les conditions politiques nécessaires pour qu’un dialogue se mette en place. De plus, chaque jour de plus en plus de villes – actuellement plus de 100 – rendent les armes et respectent le cessez-le-feu. Plus récemment, les civils ont pu retourner en sécurité chez eux sans risquer leur vie à Bir Abou Ali, Wadi za Zaydi, Nahtah, Atbah, Darayya et Tell Maraq.

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Carte de la situation en Syrie le 14 mars 2016 – Source: http://syria.liveuamap.com/

Au total, durant les 5 mois et demi qu’ont duré les frappes aériennes, les forces aéronautiques russes ont réalisé plus de 9 000 vols, 26 000 infrastructures terroristes ont été frappées. Parmi elles : 2584 unités de commandement et de communication, 401 camps d’entraînement, 181 lieux de fabrication de munitions, 2043 dépôts de carburant et de munitions, 9318 fortifications de toutes sortes, 287 infrastructures pétrolières, 2912 camions citernes. 400 villes et plus de 10 000 kilomètres carrés de territoire libérés par l’Armée Arabe Syrienne. La province de Lattaquié complètement libérée, les communications avec Alep restaurées. Palmyre est assiégée, le contrôle des champs de pétrole et de gaz a été rétabli. La majorité du territoire des provinces de Hama et Homs a été libérée, l’encerclement  de la base aérienne de Kuweires supprimé. Nombre total des victimes au sein du personnel russe durant les opérations : 5.

Après tant d’années, le processus de réconciliation nationale en Syrie a finalement commencé, comme mis en évidence par le travail de toutes les parties prenantes pour se diriger vers un projet collaboratif de nouvelle constitution pour le pays. De plus, les parties belligérantes se réunissent de plus en plus dans les provinces syriennes pour discuter des problèmes immédiats et pour déterminer une stratégie de développement pour la république. Il aurait été possible d’accomplir cela il y a longtemps déjà et avec moins de victimes civiles, si le combat contre le terrorisme, sous le prétexte duquel l’Occident a envahi l’État souverain, avait bien été le but recherché.

La Russie se retire après avoir accompli son devoir pas seulement envers le peuple syrien mais aussi envers la communauté internationale. Il est maintenant temps pour l’Occident et ses alliés de trouver une solution à l’amiable afin de continuer le travail et résoudre la situation. Les Américains et les Saoudiens – qui ont un grand intérêt à garder la mainmise sur le Moyen-Orient – ont déjà réalisé ce que jouer avec les terroristes causera à leur réputation. Par le retrait de ses troupes, la Russie permet aux Américains et à leurs partenaires de sauver la face – tout comme ils l’ont fait en 2013 lorsque Obama s’apprêtait à bombarder Damas. Et les indices semblent montrer que cette fois l’administration présidentielle ne prendra pas ce risque.

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Quelles seront les conséquences de la décision du président russe ?

1) Il n’y a pas de raison de penser que la situation militaire de l’armée de la République arabe syrienne va s’affaiblir. Les équipements fournis par la Russie, les deux bases militaires (une navale et une aérienne) et le reste des forces aéronautiques laissées sur place pour surveiller le cessez-le-feu, plus les conseillers militaires russes, resteront en Syrie. Les infrastructures de Daesh ont largement été détruites et le cessez-le-feu sécurisé.

2) Les négociations entre la Russie et les États-Unis sont imminentes, et à en juger par la réaction de la Maison-Blanche, le retrait de la majeure partie des forces russes s’est avéré un choc total.

3) La machine de propagande qui a activement alerté l’Europe sur comment “la Russie conduit les réfugiés dans l’Union européenne” est subitement tombée en panne – tout comme l’entière stratégie de “couverture” du conflit syrien par les médias mondiaux, dont les reporters ont fait preuve d’une partialité politique sans vergogne ces derniers mois.

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Principaux résultats de l’opération aérienne russe en Syrie, septembre 2015 – mars 2016. Source: RIA

Source : Oriental Review, le 16/03/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Bachar al-Assad évoque sa vision du processus de paix en Syrie (interview exclusive)

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #La Turquie, #La finance dérégulée

Dans une interview exclusive accordée à Sputnik, le président syrien Bachar al-Assad évoque sa vision du processus de paix en Syrie, la coopération russo-syrienne et son appréciation du rôle de la Russie dans la lutte contre le terrorisme.

LIRE L'INTERVIEW COMPLÈTE: http://sptnkne.ws/aW3r

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La Russie "menace", les Etats-Unis réagissent...

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #La Turquie, #Daesch

01/04/2016

La Russie "menace", les Etats-Unis réagissent...
La Russie "menace", les Etats-Unis réagissent...

Aïe, voici que la Russie menacerait...

Il est vrai qu'à la suite des attentats qui ont frappé en France, en Belgique mais aussi dans tant d'autres pays du monde, un déploiement de brigade américaine s'impose.

A en croire L'Express, et BFMTV, les Etats-Unis auraient donc pris les mesures ad hoc:

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/face-a-la-menace-r...

http://www.bfmtv.com/international/europe-une-brigade-ame...

Ouf!

Nous voici enfin protégés des agressions russes.

Pour Palmyre, on oublie, les Russes n'y sont pour rien. 

Ni l'un des leurs qui y a sacrifié sa vie et permis la libération de ce joyau de la culture.

Honneur à lui qui a rejoint pour l'éternité Khaled al Assaad, mort décapité.

C'était en août 2015:

http://voix.blog.tdg.ch/archive/2015/08/19/khaled-al-assa...

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En vrai, le droit international humanitaire, ça existe ? Par Corinne Roussel

1 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Merci à Corinne pour cette synthèse réalisée pour le site1

Le 27 mars 2016

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Le droit international est-il en train d’agoniser, ces derniers temps, quelque part sur un lit d’hôpital dans une zone de conflit ensanglantée du Moyen-Orient ? Le célèbre “selon que vous serez puissant ou misérable…” n’est pourtant pas prévu par les termes des Conventions de Genève, qui soumettent tous les pays aux mêmes responsabilités et limites : les guerres doivent impérativement épargner les structures civiles dont au premier chef, les structures sanitaires vitales. Malgré tout, passés les caps de la théorie et des bonnes intentions, sur le terrain, les choses se compliquent par un manque de moyens de faire appliquer la loi. Par exemple, les organismes d’enquête sur les présomptions de crimes de guerre soutenus par l’ONU tels que la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits ont besoin de l’accord des pays concernés, y compris des parties soupçonnées de crimes de guerre, pour pouvoir enquêter. Autre obstacle, les tribunaux dotés de pouvoirs suffisants manquent : la CPI peut uniquement poursuivre les ressortissants des pays signataires du Statut de Rome (sur les 193 pays membres de l’ONU, 124 États dont ni la Russie, ni les États-Unis, ni l’Arabie Saoudite, ni le Qatar, ni la Turquie, ni Israël ne font partie), et n’a de toutes façons pas compétence pour juger des États. Ces derniers relèvent de la Cour internationale de justice, mais là encore, ses compétences se limitent aux parties acceptant de se soumettre à sa juridiction. Et même dans les cas de pays signataires, la jungle des législations et leurs nombreux vides juridiques paralysent généralement les velléités de procédures de poursuites – une confusion qui, au fil des années, a conduit les pays les plus puissants à une désinvolture grandissante.

Des décennies de violations répétées des Conventions de Genève

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Depuis 92, des violations du droit humanitaire allant jusqu’à des crimes de guerre potentiels se sont multipliées sur quasiment toutes les zones majeures de conflits. On peut citer, entre de multiples autres exemples, la récente catastrophe humanitaire déclenchée par l’Arabie Saoudite au Yémen, les hôpitaux du Donbass pris pour cibles par l’armée ukrainienne, la maternité du Croissant-Rouge bombardée à Bagdad par les USA en 2003, l’invasion d’un hôpital de Ramadi, toujours en Irak et toujours par les USA en 2006, le bombardement par l’OTAN d’un hôpital de Belgrade le 21 mai 1999, les bombes à fragmentation lâchées sur un marché et un hôpital à Nis, en Serbie, le 7 mai 1999 ou encore le bombardement par les Turcs et les Américains, sous couvert d’une mission de pacification de l’ONU, de l’hôpital somalien de MSF Digfer à Mogadiscio, le 17 juin 1993.

Mogadiscio, 2011. Les attaques contre les locaux de MSF se sont tellement multipliées qu'en 2014, l'ONG a été contrainte de fermer tous ses programmes en Somalie et de quitter le pays.

Mogadiscio, 2011. Les attaques contre les locaux de MSF se sont tellement multipliées qu’en 2014, l’ONG a été contrainte de fermer tous ses programmes en Somalie et de quitter le pays.

Le cas de l’hôpital Digfer a dévoilé l’ignorance pure et simple des lois internationales par certains belligérants. Dans un rapport de MSF, la juriste de l’ONG Francoise Bouchet-Saulnier relatait cet échange, “Joëlle [la coordinatrice] avait dit au général américain, ‘vous avez attaqué un hôpital, notre maison, qui sont protégés par la Convention de Genève.’ Il a répondu que dans une opération de pacification, il n’y a pas de limites à la force qui peut être déployée. Cet hôpital était une cible militaire parce qu’il y avait des soldats à l’intérieur. L’usage de la force par les pacificateurs n’est pas soumise aux Conventions de Genève. Nous sommes ici pour ramener la paix donc il n’y a pas de restrictions quant à l’usage de la force que nous utilisons.” 

Dans le même rapport, les propos d’une autre coordinatrice se faisaient encore plus précis : “Les militaires ont annoncé qu’ils voulaient que les humanitaires quittent la capitale parce que ” ce territoire va devenir une zone de guerre, vous n’avez pas votre place ici.”  J’ai pris contact avec eux et je leur ai demandé: ” Quels sont les hôpitaux prévus pour les blessés, quel est votre plan médical ?”  Ils n’avaient pas de plan médical. Ils ne connaissaient pas les hôpitaux. (…) Ils ne connaissaient rien, même pas le B-A BA des conventions de Genève. Il y avait bien une juriste dans l’équipe de l’armée américaine qui comprenait, mais sa voix ne devait pas porter très loin. En revanche, par la suite, elle sera une personne-clé pour faire comprendre aux Américains quel bourbier ils ont créé. (…) A Mogadiscio, on s’attendait à chaque instant à se prendre un coup de kalachnikov. C’était le climat ambiant. Mais se prendre un bombardement de la part des militaires alors qu’on a tout fait dans les règles, ça, on ne l’avait pas imaginé… Si on s’attend à ce que quelqu’un respecte les conventions de Genève c’est bien les militaires, qui ont des budgets de formation et sont censés connaître ces règles !”

Yémen aujourd’hui, une zone de non-droit

Hôpital Al-Thawra , Taïz, Yémen, bombardé quelques semaines après l'hôpital Haydan de MSF. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, depuis le mois de mars 2015, la coalition saoudienne a bombardé plus de cent lieux de soins au Yémen.

Hôpital Al-Thawra , Taïz, Yémen, bombardé quelques semaines après l’hôpital Haydan de MSF. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, depuis le mois de mars 2015, la coalition saoudienne a bombardé plus de cent lieux de soins au Yémen.

En septembre 2015, un communiqué de presse du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme rapportait, “il a été allégué que presque les deux-tiers des décès de civils constatés ont été causés par les frappes aériennes de la coalition, qui seraient également responsables de presque les deux-tiers des destructions ou des dégâts infligés à des bâtiments publics civils”.  Dans une longue enquête intitulée En quoi la maison de mon frère était-elle une cible militaire ? publiée deux mois plus tard, l’ONG Human Rights Watch renchérissait avec la dénonciation d’une avalanche de frappes illégales saoudiennes au Yémen, dans ce qu’elle a décrit comme une véritable guerre contre les civils couverte par un silence de plomb : ni l’Arabie Saoudite, ni les autres membres de sa coalition (EAU, Bahreïn, Koweït, Qatar, Jordanie, Soudan, Égypte), ni aucun de leurs alliés occidentaux n’avaient – ou n’ont à ce jour –  commandé d’enquête sur les violations des droits de l’homme perpétrées dans ce pays martyr où même les services humanitaires de l’ONU voient leurs actions freinées, voire détournées, par les forces en présence.

Pour MSF au Yémen, la situation n’a guère été plus brillante que pour les autres organismes humanitaires : le 27 octobre dernier, une attaque de la coalition saoudienne à Saada s’est soldée par six morts et dix blessés ; le 2 décembre suivant, l’ONG a déploré un mort et huit blessés, dont deux membres de l’équipe soignante, lors d’une frappe aérienne dirigée contre une de ses cliniques mobiles, à Taiz ; le 10 janvier, un autre bombardement contre l’hôpital Shiara, un centre de soins d’urgence soutenu par l’organisation humanitaire faisait six morts et sept blessés dans la province de Saada et le 21 du même mois, dans la même région, une série de frappes contre le service ambulancier de l’hôpital de Gomhoury blessait des douzaines de personnes et en tuaient six, dont un chauffeur d’ambulance.

En attendant des explications qui tardent à venir, Raquel Ayora, directrice d’opérations de MSF, constate “de plus en plus, nous voyons des attaques contre des structures médicales minimisées comme “erreurs”. La semaine dernière encore, le Secrétaire aux Affaires étrangères britannique a déclaré qu’il n’y avait pas de violations du droit humanitaire international au Yémen par le royaume d’Arabie Saoudite. Ceci implique que les bombardements par erreur d’hôpitaux protégés seraient tolérables. Cette logique est très déplaisante et irresponsable”.

Dans un rappel au droit international auquel même des bastions de l’alliance atlantique comme le Guardian ont fait un écho indigné, la présidente internationale de MSF Joanne Liu a ajouté “Le bombardement mensuel d’un hôpital de MSF est-il la nouvelle norme ? Combien d’autres hôpitaux dirigés par des équipes médicales qui n’ont pas de plate-forme pour s’exprimer comme celle que MSF possède sont-ils attaqués au Yémen et dans d’autres zones de conflit ? Nous refusons d’accepter que cette tendance se poursuive, avec cette impunité totale. Nous avons besoin de garanties urgentes, de la part des belligérants, qu’ils ne prendront jamais les hôpitaux pour cibles légitimes” . 

Kunduz en Afghanistan, un bombardement américain inexpliqué 

Kunduz, Afghanistan. Sur le mur face à l'hôpital bombardé, un seul mot tagué :

Kunduz, Afghanistan. Sur le mur face à l’hôpital bombardé, un seul mot tagué : “Pourquoi ?”

Le 3 octobre 2015 entre 2h08 et 3h15 du matin, l’hôpital de MSF de Kunduz était frappé à plusieurs reprises par une série de raids aériens américains menés à 15 minutes d’intervalle. Selon MSF, les frappes ciblaient certains bâtiments avec une grande précision, dont le service de soins intensifs et les salles d’urgences. Elles ont fait au moins 42 morts. L’ONG, qui déclare avoir respecté les règles censées assurer sa protection en transmettant dès son installation les coordonnées GPS de l’hôpital à Washington, à la Coalition et aux autorités civiles et militaires afghanes, a alerté Washington et Kaboul dès le début des bombardements. Les frappes ont malgré tout continué pendant plus d’une demie-heure. A ce jour, MSF attend toujours  les conclusions de l’enquête interne que le Pentagone a assuré mener.

Si le cas de Kunduz souligne le sentiment d’impunité qui domine désormais les guerres, la Syrie est encore plus révélatrice de l’effondrement du droit international humanitaire : le15 février dernier, quatre missiles lancés lors de deux attaques espacées de quarante minutes détruisaient un hôpital dirigé par MSF en Syrie, à Ma’arat Al Numan, dans la province d’Idlib, faisant un nombre de victimes récemment porté à au moins vingt-cinq morts. Quinze maisons et structures de ces lieux densément peuplés et d’autres hôpitaux situés 100 kilomètres plus loin, à Azaz, ont également été frappés. Un tweet de l’ONG en date du 16 février donne le nombre exact des hôpitaux atteints lundi dernier : quatre avec celui de de Ma’arat Al Numan. Il ajoute qu’en tout, au moins 17 hôpitaux ont été pris pour cibles de bombardements en 2016. D’après le décompte d’un rapport publié le 18 février, c’est la 94ème attaque essuyée par MSF en Syrie depuis le 1er janvier 2015. Sans compter les nombreuses autres structures de soins syriennes non soutenues par MSF, dont on ignore le nombre des destructions subies.

Ma’arat Al Numan et l’instrumentalisation politique de la loi de la jungle

Alors que dans l’affaire de Kunduz, les responsabilités étaient clairement établies depuis le début avec un bombardement avéré des USA, le bombardement de l’hôpital d’Idlib, conjointement à ceux des autres hôpitaux non liés à MSF de cette région du nord de la Syrie, a vu un tir de barrage d’accusations réciproques entre les parties en présence, dont les USA, la Turquie, la Russie et la Syrie. Le chœur des médias occidentaux accuse la Russie, qui a fermement nié toute implication et répliqué en publiant les propos de l’ambassadeur de Syrie en Russie Riad Haddad, pour qui “C’étaient les forces aériennes américaines qui ont détruit l’hôpital. L’aviation russe n’a rien à voir avec cela, ce qui est confirmé par des renseignements reçus.” Dans une déclaration à RIA Novosti, le sénateur russe Igor Morozov a ajouté “Les données de reconnaissance démontrent que les avions coupables de ces frappes contre des infrastructures civiles ont décollé de la base américaine d’Incirlik, en Turquie, où les avions de la coalition menée par les USA et de la Turquie sont basés.”

Par ailleurs, MSF reconnaît ne pas avoir transmis les coordonnées de l’hôpital de Ma’arat Al Numan à la Russie ou à la Syrie, par crainte pour sa sécurité. “Le personnel de l’hôpital et son directeur ne savaient pas s’ils seraient mieux protégés en fournissant leurs coordonnées GPS ou pas”, a expliqué Isabelle Defourny, directrice des opérations de MSF France, pour qui le bombardement vient “probablement des Russes”. Une erreur ? Coordonnées communiquées ou non, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a répondu en niant catégoriquement un possible bombardement russe.
Quoi qu’il en soit, la question du délabrement actuel du droit humanitaire tient-elle à  l’identité de l’attaquant de Maarat Al-Numan ou plus largement, d’une part au mépris des lois affiché par les différents belligérants et d’autre part, au cynisme des instrumentalisations politiciennes des violations du droit international ?

En attendant les conclusions de la possible enquête future sur Maarat Al-Numan qu’elle s’époumone à réclamer et dont les précédents indiquent qu’elle restera probablement bloquée au stade des intentions, la présidente internationale de MSF Joanne Liu a publié une déclaration amère selon laquelle, “Aujourd’hui, en Syrie, l’anormal est désormais la norme. L’inacceptable est accepté.(…) En Syrie, le système de santé, dans le viseur des bombes et des missiles, s’est effondré.(…) Aujourd’hui, la Syrie est une machine à tuer. Nous sommes des témoins d’un échec collectif et global.”

Ce qui nous laisse face à une seule question : à quoi sert l’ONU ?

Corinne Roussel pour www.les-crises.fr

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Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan

31 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La Turquie, #Europe supranationale, #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Grèce, #Terrorisme, #Daesch

Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan
Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan

BREIZATAO – ETREBROADEL (30/03/2016) La tension monte de plus en plus fortement entre les USA et la Russie d’une part et la Turquie sous direction islamiste de l’autre. De nombreux signaux indiquent que Washington et Moscou, après s’être entendus sur la Syrie, veulent se débarrasser du président turc, Recep Tayyip Erdogan, dont les projets expansionnistes sont désormais considérés comme un obstacle.

L’émancipation kurde se précise

Parmi ces signaux, le soutien russo-américain aux Kurdes de Syrie. Un appui violemment dénoncé par le président turc qui considère qu’il s’agit d’un appui indirect aux kurdes du PKK de Turquie, celui-ci étant lié aux “Unités de Protection du Peuple”, une organisation sœur agissant au Kurdistan syrien.

Les Kurdes de Syrie, situés au nord tout le long de la frontière turque, sont armés et conseillés par les Russes et les Américains (source). Ces derniers les considèrent, depuis la défaite de l’État Islamique à Kobané, comme des alliés incontournables face aux djihadistes.

A contrario, le gouvernement islamiste turc soutient, au moins logistiquement, l’État Islamique dans sa lutte contre les Kurdes et contre Bashar al Assad.

En Irak, le Kurdistan autonome est considéré comme une force indispensable pour vaincre l’État Islamique. Lui aussi reçoit l’aide des Américains, des Européens et des Russes (source).

Sur le plan diplomatique, les Russes ont reconnu officiellement les Kurdes de Syrie comme un entité indépendante de Damas (voir ici).

Plus encore, depuis quelques temps, le Kurdistan syrien a entrepris d’établir son autonomie formelle, sur le modèle du Kurdistan irakien (source).

En parallèle, le président Masoud Barzani du Kurdistan irakien a annoncé un référendum d’autodétermination avant octobre (source).

Dans les deux cas, il est difficile de croire à un hasard de calendrier. Impossible pour les Kurdes de Syrie et d’Irak de prendre de telles initiatives sans avoir reçu des encouragements de la part de la Russie et d’Israël et, d’une façon ou d’une autre, un consentement au moins passif des États-Unis.

L’échec de la stratégie turque

Recep Tayyip Erdogan et son parti, l’AKP, forment la seule organisation des Frères Musulmans actuellement à la tête d’un état musulman. En 2011 lors des “Printemps arabes”, la Secrétaire d’État Hillary Clinton – liée à cette confrérie islamiste – avait soutenu les efforts d’Erdogan en Syrie, en Égypte, en Tunisie et en Libye afin d’y installer des partis liés à cette organisation.

Cinq ans plus tard, le président américain, Barack Obama, est parvenu à un accord avec l’Iran et la Russie sur une aire de répartition des influences respectives. Les USA ont abandonné l’idée de prendre le contrôle de la Syrie tandis que la Libye a implosé. L’armée égyptienne a repris le pouvoir et entamé la destruction des Frères Musulmans comme force politique.

Pire encore pour Ankara, l’intervention de la Russie en Syrie a stabilisé le pays, infligeant une défaite majeure à la Turquie pour qui le renversement de Bachar al Assad était un but stratégique. La destruction du SU-24 russe par des miliciens turcs, en novembre dernier, a déclenché une réorientation des priorités de Moscou qui entend désormais utiliser Arméniens et Kurdes contre la Turquie.

En somme, les projets de restauration de l’Empire Ottoman nourris par Erdogan se sont transformés en guerre défensive sur le sol turc. Avec la question kurde, la Turquie joue ni plus ni moins que sa survie en tant que puissance régionale.

Les intérêts américains et turcs divergent désormais totalement : d’un côté la Turquie islamiste lutte pour préserver son intégrité territoriale, de l’autre les USA perçoivent cette dernière comme un obstacle majeure à la conclusion d’un accord de paix avec la Russie et l’Iran.

Rumeurs de coup d’état

Le gouvernement américain semble envisager une solution radicale au problème posé par Erdogan, ce dernier ne semblant visiblement pas disposé à “rentrer dans le rang”.

La presse états-unienne diffuse depuis quelques jours des articles “opportuns” sur la possibilité d’un coup d’état contre le président islamiste.

Ainsi, dans le magazine Newsweek paraît un texte de Michael Rubin (voir ici) pour l’American Enterprise Institute, un puissant groupe de réflexion proche du Parti Républicain (voir ici).

Rubin écrit :

Erdogan cherchait depuis longtemps à casser les reins de l’armée turque. Pendant la première décennie de son règne, les USA et l’Union Européenne le soutenait. Mais c’était avant que jusqu’aux soutiens étrangers les plus déterminés d’Erdogan ne reconnaissent la profondeur de sa descente dans la folie et l’autocratie. Donc si l’armée turque bouge pour sortir Erdogan et mettre son entourage derrière les barreaux, pourrait-elle s’en sortir sans dommage ?

Dans le domaine de l’analyse bien plus que dans celui de l’opinion, la réponse est oui. A ce stade de la campagne électorale [américaine, NDLR], il est douteux que l’administration Obama ferait plus que dénigrer n’importe quels meneurs de coup d’état, surtout s’ils entreprennent une restauration sans ambiguité de la démocratie.

Et propose un processus à l’armée turque pour détruire l’AKP islamiste susceptible de recevoir l’appui des opinions publiques européenne et américaine :

Les chefs du coup d’état pourraient faire taire les critiques des avocats européens et américains des droits de l’homme en libérant immédiatement tous les journalistes et universitaires, puis en redonnant les journaux et télévisions saisies à leurs légitimes propriétaires. L’appartenance de la Turquie à l’Otan n’est pas de nature à empêcher une telle action : pas plus la Turquie que la Grèce n’ont perdu leur adhésion lors des coups précédents. Si une nouvelle direction s’engageait sincèrement en faveur des Kurdes de Turquie, les Kurdes pourraient rejoindre ce processus.

L’opinion publique européenne ni l’opinion publique américaine n’auraient de sympathie pour l’exécution d’Erdogan, son fils et son neveu, ou ses conseillers clefs comme Egemen Bağış et Cüneyd Zapsu, mais accepteraient un procès pour corruption et une longue détention… Une fois sorti de son palais, il pourrait se retrouver très seul… comme Saddam Hussein à son propre procès.

Cet article – qui constitue une menace en bonne et due forme – a été suivi de l’annonce du retrait intégral des familles de militaires américains du territoire Turc. De la même façon, Israël a demandé à ses ressortissants de quitter immédiatement le pays (source).

Les explications officielles sont liées aux “menaces” d’attaques terroristes menées par l’Etat Islamique. D’autres y voient, au minimum, un accroissement des tensions avec le gouvernement turc. Quoiqu’il en soit, la presse officielle russe était très enthousiaste à la lecture de l’article qu’elle a immédiatement relayé (voir ici).

Confrontation entre Obama et le gouvernement turc

Furieux de l’évolution de la diplomatie américaine, le gouvernement turc lance désormais des campagnes incendiaires contre le président américain.

Dernier rebondissement, l’arrestation par le gouvernement US d’un homme d’affaires turco-iranien lié au financement occulte de l’AKP, le parti islamiste turc au pouvoir.

Zamman France (source) :

Le site du ministère de la Justice américain a indiqué que le Turco-iranien Reza Zarrab et les Iraniens Camelia Jamshidy et Hossein Najafzadeh avaient été mis en examen pour violation de l’embargo américain sur l’Iran sur la période allant de 2010 à 2015. Le premier, arrêté samedi 19 mars à son arrivée à Miami, a été présenté au tribunal fédéral de la ville et écroué. Les deux autres sont pour l’heure en liberté.

Reza Zarrab est particulièrement connu des Turcs. L’homme d’affaires de 33 ans avait en effet été arrêté et détenu durant deux mois après le lancement, en décembre 2013, des opérations de corruption touchant quatre ministres du gouvernement de Tayyip Erdogan, aujourd’hui président de la République. Celui-ci s’était tiré d’embarras en clamant qu’une «structure parallèle », dirigée par l’imam Fethullah Gülen, voulait le renverser.

La presse gouvernementale accuse la Maison Blanche de comploter contre le président turc avec l’aide de Fethullah Gülen, un islamiste turc dissident réfugié aux USA.

Turquie : Moscou et Washington veulent se débarrasser du président islamiste Erdogan

Tout aussi opportunes, les révélations de la presse britannique ces derniers jours (voir ici). Elle rapporte les propos du roi Abdallah de Jordanie à des parlementaires américains selon lesquels Erdogan soutient l’islamisme radical au Proche-Orient et expédie des terroristes en Europe. Ces révélations ont été publiées immédiatement après les attentats de Bruxelles.

Le président turc, en visite à partir de mercredi 30 mars aux USA, a d’ores et déjà été prévenu de la fraîcheur de l’accueil qui lui sera réservé. Le président américain a refusé de le rencontrer alors que l’inauguration conjointe de la plus grande mosquée des USA était prévue (source).

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Syrie : un officier russe mort lors de la libération de Palmyre

31 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme, #La Turquie

Syrie : un officier russe mort lors de la libération de Palmyre

« Il est mort en héros »


Un officier russe a été tué lors des combats pour la reprise de Palmyre, a annoncé à la presse le représentant des forces armées de la Fédération pour la base, en Syrie, le 24 mars.

Armée de l’air russe. Crédits : ministère de la défense russe

Armée de l’air russe. Crédits : ministère de la défense russe

« Cet officier des forces spéciales était en mission de renseignement pour une semaine. Il repérait les sites importants de l’État islamique et en précisait les coordonnées en vue de frappes aériennes futures », a expliqué le représentant de l’armée russe pour la base aérienne de Khmeimim, cité par l’agence de presse RIA Novosti. Selon ce dernier, dont l’agence ne précise pas le nom, l’officier a été repéré et encerclé par des djihadistes de Daesh et, se sentant condamné, a aiguillé un bombardement sur sa propre position. « Il est mort en héros », souligne le représentant militaire.

L’interlocuteur n’a toutefois précisé ni le nom de l’officier, ni le moment exact de sa mort.

Selon le site d’informations Orenday.ru, il s’agirait d’Alexandre Prokhorenko, 25 ans, officier des forces spéciales russes originaire de la région d’Orenbourg, au sud de l’Oural.

Пальмир офицер
Alexandre Prokhorenko. Crédits : réseaux sociaux

Il s’agit du sixième soldat russe officiellement tombé en Syrie depuis le début de la campagne, lancée le 30 septembre 2015. Le premier était Vadim Kostenko, un technicien de 19 ans, retrouvé mort sur la base aérienne de Khmeimim, le 27 octobre. Fedor Jouravlev, capitaine des forces spéciales, a été tué dans un tir de roquette le 19 novembre. Le pilote Oleg Pechkov et le fantassin de marine Aleksander Pozynitch ont perdu la vie suite à l’attaque de leur bombardier Su-24 par un F-16 turc au-dessus de la frontière turco-syrienne, le 24 novembre. Enfin, le conseiller militaire Ivan Tcherimissine a perdu la vie le 3 février, dans une attaque du groupe terroriste État islamique.

Le ministère russe de la défense précise qu’entre les 20 et 23 mars, les avions russes ont effectué 41 sorties aériennes dans la région de Palmyre, lançant 146 frappes contre des sites militaires de l’EI, tuant plus de 320 terroristes et anéantissant six points de commandement, cinq tanks et deux entrepôts d’armements.

L’armée syrienne, appuyée par l’aviation russe, a finalement repris le contrôle total de Palmyre le 27 mars. La ville, riche en ruines architecturales et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, était aux mains de l’État islamique depuis mai 2015.

Rappelons que le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné lundi 14 mars le début du retrait de « la majeure partie » des forces russes présentes en Syrie, estimant que « les objectifs fixés au ministère de la défense ont été atteints ».

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