Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

la syrie - la libye - l'iran -

Aphatie et Besancenot sont dans un bateau (sur France-info)

5 Mai 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Aprés la sortie de Pautou justifiant implicitement les dégâts du 1 Mai, voilà un babille édifiant qui posera question à certains... pas à moi en tout cas qui ait notamment assisté aux spectacles Laguiller "révolutionnaire" FO du Crédit lyonnais et alors égérie de Bergeron dont de méchantes langues affirmaient qu'il avait la double nationalité franco-américaine...

D'ailleurs les fréquents passages de ces 2 là sur les médias des milliardaires alors que d'autres en sont écartés ou y sont agrècés ou caricaturés se passent trés gentiment...mais chez Apathie ils va falloir paxer  le tend d'aime, d'autant que ce bateau peut du  jour hollande mains se  retrouver quille en l'air, auquel cas l'apathie n'est pas de mise quand d'aucuns baisent en scène...oh!

Bons baisers à bientôt! ne voyez en tout cas aucune allusion là au rôle de l'"idiot utile" rejoué  à chaque résurgence d'une lutte des classes qui a la peau dure...

PP

 

(source El Diablo Librairie Tropiques)

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lire la suite

Transcription : Journaliste..."> [Transcription] Interview de Sergueï Lavrov par la BBC

23 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

[Transcription] Interview de Sergueï Lavrov par la BBC

Source : S. Hasan, 19-04-2018

Transcription :

Journaliste : Sergueï Lavrov, bienvenu à Hard Talk. La semaine dernière, le monde entier était profondément préoccupé par l’éventualité d’un conflit armé direct entre les USA et la Russie. D’après vous, dans quelle mesure avons-nous frôlé un tel scénario ?

Sergueï Lavrov : Je ne pense pas que nous ayons été très proches. Je pense que cette situation a été créée par nos collègues occidentaux qui se sont comportés de manière très irresponsable. Ils ont accusé les autorités syriennes d’avoir utilisé des armes chimiques contre la population civile et en même temps ils nous ont accusés en tant qu’alliés du gouvernement syrien. Sachant qu’ils l’ont fait sans attendre que les inspecteurs de l’OIAC visitent les lieux. En réalité, c’est au moment précis où les représentants de l’OIAC étaient prêts à se rendre du Liban en Syrie que ces frappes ont eu lieu. Comme l’ont expliqué nos militaires, le canal de liaison pour empêcher des incidents imprévus (ce qu’on appelle le ‘deconflicting’) fonctionne en permanence.

Journaliste : Donc pour être clair et éviter le jargon, ai-je bien compris que les Etats-Unis et leurs alliés vous ont préalablement informés des frappes en préparation, et vous, de votre côté, vous avez assuré que la Russie ne riposterait pas ?

Sergueï Lavrov : Je préférerais ne pas entrer dans les détails concernant ces contacts de travail entre nos militaires. Les militaires russes et américains ont un canal de liaison aussi bien entre les deux capitales qu’en Syrie même, et nos militaires discutent très professionnellement entre eux toutes ces questions. Ils se comprennent très bien. Ils comprennent probablement mieux que personne tout le risque de telles aventures.

Journaliste : Monsieur Lavrov, cette crise n’est pas terminée, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Cela dépend de ceux qui ont organisé toute cette crise.

Journaliste : En regardant les déclarations de vos diplomates, la conclusion s’invite d’elle-même. Par exemple, votre ambassadeur aux USA a déclaré que ces frappes aériennes ne resteraient pas sans conséquences. Vladimir Poutine l’a qualifié d’acte illégal d’agression. Le monde veut savoir ce que la Russie a l’intention de faire ?

Sergueï Lavrov : C’est un constat des faits. Et il y a forcément des conséquences. Je dirais que nous avons perdu les restes de confiance à nos amis occidentaux qui préfèrent s’appuyer dans leurs actions sur une logique très étrange – ‘il n’y a pas de punition sans culpabilité’. Par exemple, ils nous punissent d’abord pour Salisbury et ensuite attendent que Scotland Yard termine l’enquête. D’abord ils punissent pour Douma en Syrie et ensuite ils attendent que les experts de l’OIAC viennent et examinent les lieux. Autrement dit, cette ‘troïka’ de pays occidentaux agit selon le principe ‘si vous êtes punis, vous êtes coupables’.

Journaliste : En ce qui concerne les incidents que vous avez mentionnés – Douma et l’affaire Skripal – nous en reparlerons en détail avec vous. Mais d’abord je voudrais encore parler avec vous de l’état de nos relations diplomatiques. La Représentante permanente des USA auprès de l’ONU Nikki Haley a déclaré que les Etats-Unis restaient ‘en état opérationnel’. Comment pouvez-vous réagir à ce genre de déclarations ?

Sergueï Lavrov : Il me semble qu’il leur faudrait d’abord remettre de l’ordre à la maison, à Washington. Nous pensons que les déclarations de ce genre peuvent être faites seulement par le chef des armées ou la direction militaire. Comme je l’ai dit, les militaires russes et américains disposent d’un canal de liaison pour prévenir les incidents imprévus, mais c’est une information confidentielle.

Journaliste : Vous parlez de déficit de confiance, plus exactement vous parlez d’une absence totale de confiance entre la Russie et les Etats-Unis.

Sergueï Lavrov : J’ai dit que nous sommes en train de perdre les restes de confiance, nous ne sommes pas encore à 0.

Journaliste : Pas encore 0. Je me demande simplement, au niveau le plus basique, quand vous, Ministre russe des Affaires étrangères, vous vous levez le matin et vous lisez sur Twitter que le Président américain et chef des armées vous menace de facto et vous dit : ‘La Russie, tiens-toi prête ! Des missiles beaux neufs et intelligents arrivent !’, que pensez-vous à ce sujet ?

Sergueï Lavrov : Eh bien je me dis que le Président américain a publié un Tweet.

Journaliste : Et comment réagissez-vous à ses Tweets ?

Sergueï Lavrov : Comme on dit, il faut juger sur pièces. Nous avons décidé de voir comment ces missiles ‘beaux, neufs et intelligents’ se montreront pendant les frappes, et nous avons calculé que les deux tiers des missiles n’ont pas atteint leur cible parce qu’ils ont été interceptés.

Journaliste : Mais vous n’avez aucune preuve, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Le Ministère russe de la Défense a présenté son appréciation et il est prêt pour une discussion professionnelle à ce sujet.

Journaliste : Nous reviendrons encore sur la véracité de l’information fournie par tous les acteurs de ce conflit, mais à présent parlons un peu de diplomatie. La Première ministre britannique Theresa May et le Président français Emmanuel Macron ont très clairement souligné dans leurs déclarations que l’unique objectif de cette opération était de diminuer et d’empêcher l’usage de l’arme chimique par les autorités syriennes. L’opération n’avait pas pour but d’influencer le déroulement du conflit syrien et ne visait certainement pas à renverser le régime syrien à Damas.

Sergueï Lavrov : C’est ce qu’ils disent.

Journaliste : Et vous n’êtes pas d’accord ?

Sergueï Lavrov : Non, nous ne sommes pas d’accord. Votre émission s’appelle ‘Hard talk’ (discussion difficile), or nous avons besoin de ‘hard facts’ (des faits concrets). Et toutes ces déclarations sur le ‘highly likely’ (très probablement) sont tout simplement ridicules.

Journaliste : Pardon, quand vous dites ‘très probablement’, vous faites allusion à l’analyse selon laquelle les forces gouvernementales d’Assad ont utilisé l’arme chimique à Douma ?

Sergueï Lavrov : Non, quand je parle de l’expression ‘highly likely’, je veux dire que c’est une nouvelle invention de la diplomatie britannique derrière laquelle se cache le Royaume-Uni quand il punit les gens. Il déclare que ces gens sont ‘très probablement’ coupables. Vous savez, dans Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll il y a la scène du procès, et quand le roi demande : ‘Faut-il d’abord écouter les jurés ?’, la reine crie : ‘Non ! D’abord la condamnation et le verdict des jurés ensuite !’ Voilà ce qu’est la logique du ‘très probablement’.

Journaliste : D’accord, c’est votre avis. Parlons de ce qui s’est passé à Douma. Permettez-moi de commencer d’abord par une question très simple. La Russie s’oppose à l’usage de l’arme chimique et pense que ceux qui utilisent l’arme chimique doivent être sanctionnés, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Est-ce une question ? Je pensais que vous étiez bien mieux informé concernant la position russe à ce sujet. Vous posez une question avec une réponse évidente.

Journaliste : C’est évident, vous êtes d’accord. Parce que vous avez signé des accords appropriés, vous partagez la détermination de la communauté internationale à faire interdire et à éliminer complètement les armes chimiques.

Sergueï Lavrov : Oui, et bien plus, en 2017, nous avons terminé le programme de destruction de l’arme chimique en Russie, et cela a été officiellement confirmé par l’OIAC. Tout le Comité exécutif de l’OIAC a salué cette démarche. Alors que les USA, malheureusement, n’ont pas encore tenu leurs engagements, et au lieu de cela ils préfèrent le repousser éternellement.

Journaliste : Mais si je viens d’affirmer une évidence et que l’engagement de la Russie à ce sujet est clair, vous voulez donc certainement que les coupables de l’usage des armes chimiques à Douma (et leur usage est confirmé par des preuves accablantes) soient punis ?

Sergueï Lavrov : Attendez, attendez. Vous allez trop vite en besogne concernant les ‘faits’, encore une fois.

Journaliste : Je ne pense pas.

Sergueï Lavrov : Il n’y a aucune preuve de l’usage des armes chimiques à Douma le 7 avril, et vous avez déjà…

Journaliste : Mais il y a des preuves

Sergueï Lavrov : Pouvez-vous… Pouvez-vous [arrêter de m’interrompre] ?

Journaliste : Emmanuel Macron et les Français ont clairement dit qu’ils disposaient d’informations sur les vols d’hélicoptères syriens gouvernementaux au-dessus de Douma. Ils ont des photos de bouteilles de gaz retrouvées sur les lieux de l’attaque. Ils ont également enregistré tous les usages d’armes chimiques par le gouvernement syrien durant les dernières années. Si vous combinez tout ces éléments, dans la mesure ou les Français, les Américains, les Britanniques…

Sergueï Lavrov : Je ne peux pas me permettre d’être impoli envers d’autres chefs d’Etat (ni envers le chef de mon Etat, évidemment), mais vous avez cité des dirigeants de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Mais franchement, toutes les preuves auxquelles ils se réfèrent sont tirées des médias et des réseaux sociaux. Par exemple, les bouteilles de gaz. J’ai vu cette photo – une bouteille de gaz sur un lit, alors que le lit est intact, la vitre de la fenêtre n’est pas brisée. Ecoutez, vous devez être un peu plus sérieux. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi frapper (la Syrie) si le lendemain, les inspecteurs de l’OIAC vont se rendre sur les lieux pour examiner ce qu’ils affirment s’être passé ?

Journaliste : Le représentant américain de l’OIAC dit qu’il y a de sérieuses raisons de craindre que la Russie tentait de détruire les preuves à Douma. Pouvez-vous affirmer de votre côté que la Russie ne faisait rien de tel ?

Sergueï Lavrov : Oui, je peux le garantir, mais vous savez, c’est absolument la même logique que Theresa May concernant Salisbury. Quand nous avons posé des dizaines de questions, quand nous avons demandé d’organiser une enquête conjointe, quand nous avons demandé un accès au processus de prélèvement d’échantillons, elle a répondu non, qu’ils ne répondront à aucune question tant que la Russie ne répondra pas aux leurs. Or la seule question qui nous était posée était celle-ci : “Expliquez nous comment vous l’avez fait. Est-ce Vladimir Poutine qui a ordonné d’empoisonner ces deux malheureuses personnes ? Ou est-ce dû au fait que vous avez perdu le contrôle de vos réserves d’armes chimiques ?” Pour toute personne raisonnable, c’est une situation particulièrement étrange… Mais revenons à Douma.

Journaliste : Oui, je reviendrai aux Skripal, mais revenons à Douma et à la question de la crédibilité. Vous avez d’abord déclaré que l’incident (chimique) à Douma n’avait pas eu lieu. Puis la Russie a changé de position et déclaré que quelque chose s’est effectivement produit, mais que c’était une mise en scène fabriquée par des pays russophobes.

Sergueï Lavrov : En effet, il n’y a pas eu d’incident (chimique). Ce qu’il y a eu, c’est une mise en scène. Aucune arme chimique n’a été utilisée.

Journaliste : Vous pensez que le Royaume-Uni est impliqué dans cette fausse attaque à l’arme chimique à Douma, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : L’Histoire a connu plusieurs tels précédents de ces dernières décennies. Ce que nous pensons effectivement, et nos renseignements pourraient partager les informations nécessaires avec leurs collègues britanniques, c’est…

Journaliste : Mais vous dites que vous avez des preuves irréfutables que c’est un faux, une mise en scène. Vous dites que les volontaires des Casques blancs y sont impliqués. Où sont vos preuves irréfutables ?

Sergueï Lavrov : Pour obtenir les preuves irréfutables il faut se rendre sur les lieux, et le…

Journaliste : Où sont les preuves irréfutables que tout cela a été mis en scène par les Casques blancs avec le soutien du gouvernement britannique ? Nous parlons de crédibilité. Où est votre crédibilité ?

Sergueï Lavrov : Ce que j’ai dit, c’est que les Casques blancs, on le sait, travaillent uniquement sur le territoire contrôlé par l’opposition, notamment le groupe Front al-Nosra. On sait que les Casques blancs tirent (régulièrement) la sonnette d’alarme concernant des prétendus incidents chimiques, comme il y a un an à Khan Cheikhoun, qui s’est avéré être un faux du début à la fin. Tout le monde sait que les Casques blancs sont financés par plusieurs pays, le Royaume-Uni y compris.

Journaliste : Mais ce ne sont pas des preuves irréfutables.

Sergueï Lavrov : Une seconde. Des preuves irréfutables de quoi ?

Journaliste : Vous avez dit avoir des preuves irréfutables qu’un pays russophobe, et vous vouliez dire le Royaume-Uni, travaillait conjointement avec les Casques blancs pour mettre en scène l’incident.

Sergueï Lavrov : Une seconde. Pourquoi dites-vous que j’ai désigné les Royaume-Uni ? Il ne faut pas me faire dire ce que je n’ai pas dit. J’ai dit ‘un Etat qui cherche à être le premier dans les rangs de la campagne russophobe’. Alors essayez de me citer sans déformer, sinon ce n’est pas très professionnel.

Alors, en parlant de preuves irréfutables, les inspecteurs de l’OIAC ont accepté de mener une enquête pour savoir ce qui s’est passé à Douma. Ils sont venus au Liban. Les autorités syriennes leur ont dit qu’ils obtiendraient immédiatement leur visa en arrivant à la frontière. Sept heures après cela la Syrie a été frappée. Pourquoi le faire à la veille de l’arrivée des inspecteurs ?

Journaliste : S’il s’avérait que les gouvernements de la France, du Royaume-Uni et des USA avaient raison et que vous aviez tort, et si le Président syrien Bachar al-Assad continuait d’utiliser l’arme chimique, comme il l’a fait en 2013 dans la Ghouta faisant jusqu’à un millier de morts, comme il l’a fait il y a un an à Khan Cheikhoun ou comme il vient de le faire à Douma, selon les Américains et leurs alliés. S’il s’avérait qu’ils ont raison et que vous avez tort, reconnaitrez-vous que le Président Bachar al-Assad doit être puni ?

Sergueï Lavrov : Vous savez, vous ne m’entendez pas. Plus exactement vous ne m’écoutez pas. Je viens de dire que l’acte d’agression a été commis moins d’une journée avant l’arrivée sur les lieux de l’attaque chimique supposée des inspecteurs internationaux, dont des citoyens américains, si je comprends bien.

Maintenant, en ce qui concerne ce qui s’est passé il y a un an à Khan Cheikhoun. C’était le 4 avril. Le lendemain le Secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson m’a téléphoné et a demandé d’obtenir des autorités syriennes un accord pour permettre aux inspecteurs internationaux d’examiner la base aérienne d’où a décollé l’avion qui aurait embarqué cette bombe chimique. Le lendemain matin nous avons dit aux Américains que l’accord était obtenu. Ils ont répondu, ‘non, merci’ et ont frappé le lendemain. Nous avons demandé que les inspecteurs de l’OIAC se rendent sur les lieux, mais on nous a répondu que c’était très dangereux et que dans tous les cas ce n’était pas nécessaire parce que les Britanniques et les Français possédaient déjà tous les échantillons nécessaires. Nous avons alors demandé aux Britanniques et aux Français de nous expliquer comment ils avaient réussi à obtenir les échantillons dans un endroit aussi dangereux. Peut-être qu’ils ont des contacts avec les Casques blancs qui contrôlent ce territoire. Ils ont répondu que ces informations étaient confidentielles.

Il y a bien plus de faits que nous voudrions éclaircir et bien plus de questions légitimes en réponse de la seule question que nous entendons de la part des dirigeants et des médias occidentaux : ‘Pourquoi l’avez-vous fait ? Pourquoi avez-vous utilisé l’arme chimique au Royaume-Uni ? Pourquoi couvrez-vous Bachar al-Assad ?’ Et maintenant vous vous appuyez sur ces déclarations pour dire : ‘Et s’il s’avérait que vous aviez tort, alors quoi ?’ C’est très intéressant comme…

Journaliste : Vous êtes le chef de la diplomatie russe. Si d’autres incidents chimiques se produisaient et que les USA, le Royaume-Uni, la France et d’autres pays considéraient que c’est l’œuvre de Bachar al-Assad, il est certain qu’il y aurait de nouvelles frappes encore plus massives. Quel pourrait être le résultat ? Est-ce que la Russie prendra des contremesures ?

Sergueï Lavrov : Avant de parler de ‘nouveaux incidents’ il faut d’abord prouver que Bachar al-Assad a effectivement utilisé l’arme chimique. Puis-je vous donner un bref…

Journaliste : J’ai seulement posé une question très simple parce que le monde veut savoir. Selon Nikki Haley, les USA sont “chargés et prêts à faire feu”, et s’ils estiment – peu importe ce que vous pouvez penser de votre côté – que Bachar al-Assad a à nouveau utilisé des armes chimiques, il est clair qu’il y aurait une réponse militaire de leur part encore plus massive. Comment réagirait la Russie face à cela ?

Sergueï Lavrov : Vous savez, je ne travaille pas dans la voyance. Ce que je sais, c’est qu’il y a quelque temps, trois pays occidentaux, qui dirigent actuellement cette campagne hystérique, ont averti qu’en cas d’utilisation par Bachar al-Assad de l’arme chimique, ils utiliseraient la force. Je le considère comme un signal aux ‘méchants’, notamment aux Casques blancs, pour organiser des provocations. Maintenant, après la frappe aérienne du 14 avril, ils disent à nouveau qu’en cas de nouvel incident, ils réutiliseront la force. Et cela constitue un autre signal adressé aux combattants et aux extrémistes pour qu’ils relancent les activités militaires, ce qu’ils ont déja fait. Immédiatement après la frappe aérienne, ils ont tenté de lancer une offensive contre Damas. Ce que je veux dire, c’est que lorsque certains disent que la Russie est responsable de (l’accomplissement des engagements) de Bachar al-Assad dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, c’est tout simplement révoltant. Nous avons mené ce travail conjointement avec les USA.

 

Journaliste : Une dernière question sur la diplomatie avant d’aborder d’autres thèmes. Aujourd’hui les USA proposeront au Conseil de sécurité des Nations unies d’examiner une nouvelle résolution qui est selon eux nécessaire pour avertir Bachar al-Assad au nom de la communauté internationale qu’il ne peut pas utiliser à nouveau des armes chimiques. Êtes-vous prêt à coopérer avec les USA à l’ONU ? Cesserez-vous d’opposer votre veto à toutes les résolutions proposées par les USA et leurs alliés ?

Sergueï Lavrov : Pas toutes les résolutions. S’il est question de la reprise du mécanisme d’enquête qui n’est pas transparent ni indépendant et qui lui-même émet la sentence sans attendre le verdict du Conseil de sécurité des Nations unies, alors nous ne pourrons évidemment pas l’accepter. D’ailleurs, …

Journaliste : Vous n’accepterez pas.

Sergueï Lavrov : Vous savez ce que je pense ? Steve, s’il vous plaît, laissez-moi m’exprimer. Je pense que le seul but de cette résolution et de donner l’apparence, si la Russie et la Syrie acceptent de coopérer, ce qui est impossible du fait du contenu, mais si nous acceptions ils voudraient le présenter de sorte que ce sont les bombes nous ont contraint à négocier. C’est pourquoi la résolution exige que les autorités syriennes doivent accepter les négociations. Tout en faisant l’impasse sur le fait que le principal groupe d’opposition qu’ils soutiennent, ce qu’on appelle le groupe de Riyad en la personne de son président Nasser al-Hariri, qui a récemment appelé les USA à utiliser la force pas seulement en cas d’utilisation de l’arme chimique, mais partout où l’opposition lutte contre les forces gouvernementales.

Journaliste : Quelques brèves questions. Premièrement, pensez-vous que Bachar al-Assad est sorti vainqueur de cette interminable guerre syrienne ?

Sergueï Lavrov : Il ne faut pas penser aux vainqueurs et aux vaincus, ni à Bachar al-Assad ou ses opposants. Il faut penser avant tout au peuple syrien qui a besoin d’un répit des horreurs de 8 ans de conflit.

Journaliste : Quel est l’objectif final de la Russie en Syrie ? Ces derniers temps Moscou y envoie de plus en plus de matériel et d’effectifs. Est-ce que cela signifie que vous avez l’intention d’aider Bachar al-Assad tant qu’il ne contrôlera pas chaque centimètre du territoire syrien ?

Sergueï Lavrov : Notre objectif consiste à protéger la Syrie contre l’agression qui a commencé le 14 avril et laquelle ces trois pays, comme ils déclarent, ont l’intention de poursuivre.

Journaliste : Avez-vous l’intention de livrer au Président syrien Bachar al-Assad votre tout nouveau système antiaérien S-300 ? Si oui, cela pourrait préoccuper sérieusement Israël.

Sergueï Lavrov : Le Président russe Vladimir Poutine a déjà répondu à cette question. Il a rappelé qu’il y a quelques années, à la demande de nos partenaires, nous avions décidé de ne pas livrer les S-300 à la Syrie. A présent, après un acte d’agression révoltant des USA, de la France et du Royaume-Uni, nous étudierons les options pour assurer la sécurité de l’Etat syrien.

Journaliste : Si je comprends bien, les événements de ces derniers jours vous ont poussé à revoir votre position et maintenant vous êtes enclins à fournir ces systèmes de défense antiaérienne modernes en Syrie ?

Sergueï Lavrov : Cela nous convainc que nous devons fournir à la Syrie tout ce qui est nécessaire pour aider aider l’armée syrienne à prévenir toute agression.

Journaliste : Au moins 500 000 personnes ont été tuées en sept ans de guerre en Syrie. Au moins 12 millions de personnes ont dû quitter leur foyer. Au moins 5 millions d’entre elles se sont retrouvés en dehors de la Syrie. Vous pensez sérieusement que Bachar al-Assad est vraiment capable d’unir le pays, de guérir les blessures et de diriger la Syrie ?

Sergueï Lavrov : Nous n’avons jamais rien dit de tel. Notre approche se reflète dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies – ce sont les Syriens eux-mêmes qui doivent décider du sort de la Syrie. Il faut une nouvelle Constitution, des élections, et que les Syriens décident eux-mêmes. Les tentatives incessantes de faire éclater la Syrie en morceaux vont à l’encontre de ce qui est dit publiquement et au niveau officiel. D’ailleurs la Syrie n’est pas la seule à souffrir des terribles conséquences de la guerre civile. Regardez l’Irak et la Libye. Et maintenant ceux qui ont mis ces pays dans un tel état veulent que la même chose soit faite en Syrie.

Journaliste : Maintenant parlons un peu de l’affaire de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia qui ont été empoisonnés dans la ville de Salisbury au sud de l’Angleterre. Aujourd’hui, dans cette interview, vous avez dit que la confiance était importante. Vous, Ministre russe des Affaires étrangères, affirmez que les services britanniques connus pour leur ‘autorisation de tuer’ sont impliqués dans cet incident. Peut-être que ces derniers propos étaient une plaisanterie de votre part. Dites, vous pensez vraiment que votre version sera prise au sérieux ?

Sergueï Lavrov : On nous a dit que ‘très probablement’ les Skripal ont été empoisonnés par les Russes parce qu’il n’existe aucune autre explication plausible. C’est pourquoi nous avons répondu qu’il existait d’autres versions plausibles.

Journaliste : Mais votre version n’est pas crédible.

Sergueï Lavrov : Et pourquoi donc ?

Journaliste : Avez-vous le moindre soupçon de preuve que les services britanniques ont essayé de tuer Sergueï Skripal ?

Sergueï Lavrov : Les Romains avaient déjà un critère : ‘Cherchez à qui profite le crime’. Je pense que la provocation aussi bien en Syrie que sur le territoire britannique a été on ne peut plus bénéfique pour le Royaume-Uni. Aujourd’hui le Royaume-Uni se retrouve sur le devant de la scène de la politique mondiale par un tel moyen très négatif, agressif et étrange.

Journaliste : Permettez-moi de relever l’incohérence de votre position. Pendant l’interview vous avez souligné avec force l’attachement de la Russie à toutes les conventions et accords internationaux sur l’interdiction des armes chimiques, y compris en soutenant l’activité de l‘OIAC.

Sergueï Lavrov : C’est exact.

Journaliste : Et vous soutenez notamment l’activité de l‘OIAC

Sergueï Lavrov : C’est exact

Journaliste : Vous savez mieux que moi que l’OIAC a envoyé les échantillons de la substance neuro-paralytique utilisée à Salisbury à quatre laboratoires différents, et tous ont confirmé qu’il s’agissait de ‘Novitchok’ (comme le disait le gouvernement britannique) de niveau de pureté élevé.

Sergueï Lavrov : Et c’est précisément le problème. La présence même de la substance A-234 à un niveau de pureté élevé et à très forte concentration est suspecte car…

Journaliste : Il est clair qu’elle vient de Russie, de l’ex-URSS. Tout le monde sait que c’est vous qui avez inventé ce gaz neuro-paralytique.

Sergueï Lavrov : Restons-en aux faits. Vous êtes peut-être un as pour poser des questions dures, mais il faut aussi savoir écouter ! En effet, cette substance a été élaborée en Union soviétique, mais ensuite l’un de ses inventeurs s’est enfui aux USA et a publié la formule en accès libre. Vous devriez vous-même vérifier cette information d’évoquer la question. Les USA ont même breveté cette formule et cette substance est officiellement en service dans les renseignements américains ou l’armée, je ne sais plus. L’A-234 est une substance qui tue rapidement et ensuite elle s’évapore rapidement. C’est pourquoi nos chercheurs disent que les échantillons prélevés deux semaines plus tard ne peuvent en aucun cas contenir une ‘très forte concentration’ de cette substance.

Journaliste : Nous revenons à nouveau à la question de savoir qui l’on croit ou non. Peut-être que ce que vous dites est crédible en Russie, mais en aucun cas dans le reste du monde. Plus de 100 diplomates russes ont été expulsés de plus de 20 pays occidentaux parce qu’ils estiment que c’est la Russie qui est coupable.

Sergueï Lavrov : Si vous voulez tout de même parler sur le fond, permettez-moi d’ajouter ceci. Samedi nous avons présenté un document avec les conclusions du Centre suisse d’analyse radiologique et chimico-biologique de Spiez (l’un des laboratoires que vous avez mentionnés) qui a effectivement découvert une ‘forte concentration’ d’A-234, mais hormis ça…

Journaliste : Je vous demande : faites-vous ou non confiance à l’OIAC ? La question est très simple. Vous semblez ne pas leur faire confiance.

Sergueï Lavrov : Mince ! Pour un Britannique vous avez d’horribles manières. Le rapport du laboratoire suisse affirme aussi qu’ils ont d’abord découvert la substance BZ, inventée, si je ne m’abuse, en 1955 aux USA, et mise en service dans les armées américaine et britannique. Nous avons envoyé à l’OIAC, à laquelle nous faisons confiance, une requête pour confirmer ou réfuter qu’en plus de l’A-234, le laboratoire suisse aurait découvert dans les échantillons du BZ. Maintenant nous attendons une réponse de l’OIAC, à laquelle nous faisons confiance, évidemment. Mais comme on dit, faisons confiance mais vérifions quand même.

Journaliste : Il ne nous reste pratiquement plus de temps et je dois encore vous poser une question sur les sanctions. Le ministère américain des Finances s’apprête à annoncer de nouvelles sanctions contre des personnes et des compagnies russes qui, estime-t-on, sont liées à l’armée syrienne. Le marché boursier russe avait sérieusement fléchi à cause des sanctions précédentes décrétées par le gouvernement américain. La Russie est au pied du mur.

Sergueï Lavrov : Merci pour votre compassion. Mais ne vous inquiétez pas, nous allons nous en sortir. Et ce n’est pas…

Journaliste : Le marché boursier s’est effondré de 10%, le rouble a chuté par rapport au dollar.

Sergueï Lavrov : N’avez-vous pas connu de périodes difficiles par le passé ? Vous vous souvenez, George Soros avait joué contre votre marché boursier et avait fait effondrer la Livre Sterling ? Mais ils ne s’agit pas simplement des menaces de punir ceux qui ont des contacts avec le gouvernement syrien. En fait, ils veulent punir tout le peuple russe pour avoir fait le ‘mauvais’ choix à l’élection présidentielle. Ils déclarent qu’ils ne nuiront jamais aux Russes du quotidien, mais seulement aux oligarques, aux politiciens et aux militaires qui déstabilisent soi-disant le monde, mais ils mentent. Leur véritable souhait consiste à causer des problèmes aux centaines de milliers de Russes, ceux qui ont été employés à…

Journaliste : Et c’est votre point faible.

Sergueï Lavrov : Oui, oui.

Journaliste : Et c’est votre point faible. Vous disposez peut-être du plus puissant arsenal nucléaire au monde, comme s’en vantait le Président russe Vladimir Poutine, mais votre économie est faible et vulnérable.

Sergueï Lavrov : Oui, c’est le cas et nous le savons. Mais notre économique a traversé de nombreuses épreuves depuis la Seconde Guerre mondiale. Je peux vous assurer que le gouvernement et le Président veillent attentivement à mettre en place les réformes nécessaires, et c’était le thème principal de la première partie de l’allocution du Président russe à l’Assemblée fédérale. Dans la deuxième partie, lorsqu’il a parlé de nouveaux armements, il a conclu par l’idée que nous sommes toujours prêts au dialogue sur la base du respect réciproque et de l’équilibre des intérêts.

Journaliste : Et dernière question. Le Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres a déclaré récemment que le monde était à nouveau plongé dans une guerre froide, mais si auparavant il existait des mécanismes qui prévenaient la possibilité d’escalade entre les USA et l’URSS, aujourd’hui ces mécanismes semblent absents. Cette conclusion est terrifiante. Vous travaillez à votre poste depuis 13 ans. Peut-on qualifier la période actuelle de la plus terrible dans votre mémoire ?

Sergueï Lavrov : L’un des mécanismes est d’avoir des canaux de communication normaux. Les canaux de communications entre Moscou et Londres ont été fermés à l’initiative britannique. Les contacts entre les militaires et entre toutes les agences chargées de la lutte antiterroriste ont été stoppés il y a longtemps, toujours à l’initiative de Londres. Le Conseil OTAN-Russie, qui était un mécanisme très utile pour promouvoir la confiance et la transparence dans les relations, a de facto été fermé par l’OTAN. A présent l’OTAN ne veut parler que de l’Ukraine sur cette plateforme. L’UE a également fermé toutes les voies de coopération avec la Russie et communique avec nous uniquement sur la Syrie et d’autres…

Journaliste : Mais avez-vous le sentiment qu’une nouvelle guerre froide a commencé ?

Sergueï Lavrov : Selon moi, la situation actuelle est pire que pendant la Guerre froide parce qu’à l’époque, il y avait au moins des canaux de communication, et il n’y avait pas une telle russophobie hystérique, qui ressemble à une sorte de génocide par les sanctions.

Journaliste : Vous pensez qu’aujourd’hui la situation est pire qu’à l’époque de la Guerre froide ?

Sergueï Lavrov : Oui, précisément à cause de l’absence de canaux de communication. Du moins il n’en reste pratiquement plus.

Journaliste : Cela rend la situation très dangereuse.

Sergueï Lavrov : J’espère que vous ne serez pas le seul d’entre vos compatriotes à s’en rendre compte, et que votre gouvernement en particulier le reconnaitra.

Journaliste : C’est difficile d’imaginer ou de se rappeler une période historique où la Russie ressemblait plus à un pariah et était aussi isolée qu’aujourd’hui. Vous avez la Coupe du monde de football cet été, et le Ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson l’a déjà comparée à l’organisation par Adolf Hitler en 1936 des Jeux olympiques à Berlin.

Sergueï Lavrov : En 1938, c’est-à-dire après cette Olympiade, a été joué le match entre le Royaume-Uni et l’Allemagne. Vous pouvez trouver sur internet la photo de ce match où avant le jeu les joueurs allemands et britanniques font le salut nazi.

Journaliste : Que voulez-vous dire ?

Sergueï Lavrov : Je n’ai pas l’intention de parler de Boris Johnson. Nous avons déjà parlé avec lui pendant sa récente visite à Moscou. Qu’il se divertisse.

Journaliste : Notre temps est écoulé. Sergueï Lavrov, merci beaucoup d’avoir participé à l’émission ‘Hard Talk’.

Source : S. Hasan, 19-04-2018

Lire la suite

Après les frappes sur la Syrie, les appels à une guerre plus vaste des États-Unis se font plus insistants

23 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Après les frappes sur la Syrie, les appels à une guerre plus vaste des États-Unis se font plus insistants

 

Après les frappes sur la Syrie, les appels à une guerre plus vaste des États-Unis se font plus insistants

À la suite des frappes de missiles américains, britanniques et français du week-end dernier contre la Syrie, une campagne de plus en plus insistante est menée dans l’establishment politique, l’armée et les renseignements américains pour une guerre plus vaste qui menacerait un conflit nucléaire avec la Russie.

Mardi, les législateurs démocrates et républicains ont attaqué l’administration Trump pour la nature «limitée» de l’attaque et ont exigé que la Maison-Blanche s’engage à une opération militaire bien plus vaste pour renverser le gouvernement Assad et affronter l’Iran et la Russie.

Après un briefing privé au Sénat par le secrétaire à la Défense James Mattis et le général Joseph Dunford, le sénateur républicain Lindsey Graham a déclaré aux journalistes que l’administration n’avait aucune stratégie et semblait prête à «donner la Syrie à Assad, à la Russie et à l’Iran». Il a dit: «Je pense qu’après cette frappe, Assad croit qu’on tweet beaucoup, mais qu’on ne fait pas grand-chose».

Graham a appelé à l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne permanente sur certaines parties de la Syrie. Cela obligerait les États-Unis à abattre les avions russes et de déployer davantage de troupes américaines sur le terrain pour orchestrer leurs forces mandataires kurdes et celles liées à Al-Qaïda. Il a déclaré que la Russie et l’Iran ne devraient pas être autorisés à continuer à «dominer le champ de bataille sans contestation».

Le sénateur démocrate Chris Coons a critiqué la menace récente de Trump de retirer les troupes américaines, déclarant aux journalistes: «Il est important pour nous de rester engagés en Syrie.» Il a ajouté: «Si nous nous retirons complètement, notre influence dans toute résolution diplomatique ou reconstruction, ou même tout espoir d’une Syrie post-Assad va disparaître.»

L’insouciance de l’élite dirigeante américaine a été exprimée dans une tribune éditoriale publiée mercredi dans le New York Times par Susan Rice, qui a servi comme ambassadrice à l’ONU puis conseillère à la sécurité nationale sous la direction d’Obama.

Dans la tribune, Rice s’oppose catégoriquement à tout retrait des troupes américaines. Elle appelle l’administration Trump à maintenir indéfiniment son occupation d’environ un tiers du territoire syrien le long des frontières nord et est du pays avec la Turquie et l’Irak, une région qui comprend les ressources pétrolières du pays. Cela concorde avec les appels de plus en plus fréquents et directs dans les médias américains pour un morcellement permanent du pays.

Rice écrit que Washington et ses alliés doivent «aider à sécuriser, reconstruire et établir une gouvernance locale efficace dans les zones libérées». Ce sont des mots de code pour établir le contrôle néocolonial sur le territoire et l’utiliser comme base pour les opérations contre le régime Assad et les forces russes et iraniennes.

Faisant fi du prétexte frauduleux des armes chimiques utilisé pour justifier les bombardements américains et alliés, Mme Rice souligne les objectifs d’une telle intervention: «Cela permettra aux États-Unis de contrecarrer les ambitions iraniennes de contrôler le territoire irakien, syrien et libanais; conserver leur influence dans les principales régions productrices de pétrole et priver M. Assad d’une partie substantielle du territoire syrien, en attendant une solution diplomatique.»

Cette stratégie est en accord avec un éditorial du Wall Street Journal du 16 avril qui appelle Trump à établir des «zones de sécurité» dans le nord de la Syrie, à la fois dans le territoire occupé par les États-Unis à l’est de l’Euphrate et dans la région qui borde la Jordanie. Ceci, écrit le Journal: «ne menacerait pas le contrôle d’Assad sur le reste de la Syrie», mais «enverrait un signal que les États-Unis n’abandonnent pas la région à l’Iran et la Russie». L’éditorial appelle à une «paix basée sur la division du pays en enclaves ethniques».

Ce qui est discuté est le démembrement et la restructuration de façon permanente de la Syrie et de l’ensemble du Moyen-Orient, en partie pour fournir à l’impérialisme américain une base avancée pour ses préparatifs de guerre contre l’Iran et la Russie.

Ryan Crocker, ancien ambassadeur des États-Unis en Syrie, et Michael O’Hanlon, membre important de la Brookings Institution qui est alignée sur le Parti démocrate, ont commenté le 15 avril dans le Journal pour conseiller que de futures frappes aériennes devaient «faire monter les enchères, en ciblant les commandements et les centres de contrôle militaires, la direction politique, et peut-être même M. Assad lui-même… Il ne faudrait pas rejeter d’emblée des cibles en Iran, dépendamment de la provocation.»

Mardi, le Times a publié un reportage basé sur des déclarations de responsables militaires et administratifs anonymes selon lesquels le secrétaire à la Défense, Mattis, avait demandé à Trump de demander l’approbation du Congrès pour la frappe, mais cela a été rejeté par le président. L’article stipule que «lors de plusieurs réunions à la Maison-Blanche la semaine dernière, il [Mattis] a souligné l’importance de lier les opérations militaires au soutien public – une opinion que M. Mattis défend depuis longtemps».

Dans un éditorial récent, le Times a également souligné la nécessité pour le Congrès d’adopter une législation autorisant d’autres opérations militaires en Syrie et ailleurs.

Mattis aurait également conseillé la sélection des cibles syriennes de manière à minimiser les risques de représailles russes. Ce qui sous-tend ces considérations, à la fois militaires et politiques, est la nécessité de se préparer à une guerre prolongée et sanglante qui impliquerait probablement un grand nombre de troupes américaines et conduirait à un conflit militaire avec la Russie ou l’Iran. Cela nécessitera une répression contre l’opposition antiguerre aux États-Unis, pour laquelle la feuille de vigne juridique d’une sanction par le Congrès est jugée nécessaire.

Dans son éditorial indépendant du Times, Rice demande aux États-Unis de «continuer d’éviter les conflits directs avec la Russie», tout en ne laissant pas «le champ libre à la Russie et à l’Iran». Washington doit «repousser fermement et intelligemment» la Russie, écrit-elle, «en ce qui a trait aux armes chimiques ou autres offenses».

En d’autres termes, la CIA doit continuer à fabriquer une série interminable de provocations et de prétextes afin de justifier la campagne de Washington visant à se débarrasser de la Russie comme obstacle à l’établissement de l’hégémonie des États-Unis au Moyen-Orient et dans toute l’Eurasie.

L’un de ces prétextes a été fourni par la publication lundi d’un rapport conjoint du gouvernement américain et du Royaume-Uni accusant la Russie de vagues actes de «guerre cybernétique» contre l’Occident. Bien que le document ne fournisse aucun accusation ou élément de preuve précis contre la Russie, il a été largement répété dans tous les médias dans le but de créer un climat d’hystérie aux États-Unis et de légitimer une confrontation avec Moscou.

Les réseaux de télévision américains ont commencé mercredi à attirer l’attention sur des reportages sur la mort du journaliste d’investigation russe Maksim Borodin, dont les enquêtes ont porté sur l’entrepreneur militaire privé russe Wagner. Borodin est tombé d’un balcon du cinquième étage à Ekaterinbourg dimanche. De manière typique, avant toute enquête et sans aucune preuve, les médias rapportent largement que la mort de Borordin est la dernière d’une longue série d’assassinats prétendument ordonnés par le président russe Vladimir Poutine.

L’intensité de la campagne anti-Russie croît proportionnellement aux révélations des prétextes officiels au bombardement de la Syrie comme des mensonges. Cinq jours après l’attaque, aucune preuve n’a été fournie pour étayer l’affirmation selon laquelle le régime d’Assad aurait mené une attaque au gaz dans la ville de Douma, dans l’est de la Ghouta, alors que les preuves continuent de s’accumuler que la fameuse attaque n’était en fait qu’un coup monté par les agences des renseignements occidentaux pour fournir un prétexte à des frappes.

Les agences de renseignement ont été aidées par des médias corrompus et serviles. Une étude publiée mercredi par «Fairness in Accuracy and Reporting», un organisme de surveillance des médias, révèle que parmi les 100 plus grands journaux américains par diffusion, pas un comité de rédaction ne s’est opposé au bombardement de la Syrie.

Sky News coupe l’entrevue avec le général britannique Shaw parce qu’il a osé remettre en question le prétexte de l’attaque au gaz en Syrie.

 Le rôle des médias occidentaux en tant que diffuseur des mensonges du gouvernement a été démontré dans une interview de Sky News, en Grande-Bretagne, avec l’ancien major général britannique Jonathan Shaw, le 13 avril, à la veille du bombardement. Lorsque Shaw a détourné une question afin de mettre en doute la motivation qu’aurait pu avoir le gouvernement d’Assad à mener une attaque chimique, étant donné que ses forces étaient sur le point de vaincre les «rebelles» soutenus par les États-Unis à Douma et qu’une attaque au gaz risquait fort de déclencher une intervention occidentale, l’animatrice Samantha Washington l’a coupé brusquement en milieu de phrase et a mis un terme à l’interview.

Will Morrow

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 19 avril 2018

La source originale de cet article est wsws.org

-------------------------------

Lire la suite

Hélas, ce n’est pas fini ! Par le Saker.

21 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Hélas, ce n’est pas fini !

2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 15 avril 2018 – Source The Saker

Commençons par un bref résumé des événements.

  • Il y a environ un mois, Nikki Haley annonce au Conseil de sécurité de l’ONU que les États-Unis sont prêts à violer les règles de ce même Conseil de sécurité en cas d’attaque chimique en Syrie
  • Puis les Russes ont annoncé qu’ils avaient la preuve qu’une attaque chimique sous fausse bannière est en préparation en Syrie ;
  • Puis une attaque chimique (supposée) se produit (dans un endroit encerclé et essentiellement contrôlé par les forces gouvernementales !) ;
  • L’OIAC envoie des enquêteurs (même si les puissances occidentales clament haut et fort qu’aucune enquête n’est nécessaire) ;
  • Les Anglosionistes bombardent la Syrie ;
  • Puis le Conseil de sécurité de l’ONU refuse de condamner la violation de ses propres règles et décisions ;
  • Enfin, les États-Unis d’Amérique parlent d’une « frappe parfaite ».

 

Maintenant, dites-moi : avez-vous l’impression que c’est terminé ?

Si vous me dites que 32 sur 103 n’est pas parfait, je vous répondrais que vous êtes à côté du sujet. En fait, 32 sur 103 est une incitation supplémentaire à bombarder de nouveau !

Examinons les choses différemment pendant une seconde et posons-nous la question : qu’a démontré l’attaque anglosioniste, en fait ?

  • Le grand public occidental est si définitivement zombifié que les attaques sous fausse bannière peuvent désormais être annoncées quatre semaines à l’avance ;
  • Les Européens vivent maintenant selon la devise « mon honneur s’appelle solidarité » (une variante de la devise SS « mon honneur s’appelle fidélité ») ;
  • Emmenés par les États-Unis, les pays occidentaux n’ont pas d’objection à des guerres déclenchées en violation de leurs propres lois nationales ;
  • Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas d’objection à des guerres déclenchées en violation de la Charte des Nations unies et du droit international ;
  • Les dirigeants de la République populaire de Chine, dans leur infinie sagesse, agissent comme s’ils n’avaient rien de personnel en jeu et agissent comme des spectateurs ;
  • Les Israéliens, par l’intermédiaire des néocons de l’ONU, contrôlent maintenant totalement l’Empire et l’utilisent pour « nettoyer la maison d’à côté ».

J’entends déjà les objections. Elles ressemblent à peu près à ça :

– Mais l’attaque a été un échec lamentable !
– Et alors ? L’Empire n’a rien payé pour la mener.
– Mais les Américains ont cillé ! Ils ont attaqué depuis l’espace aérien jordanien et depuis la mer Rouge ! Ils ont totalement évité les Russes ! Ils ont peur d’eux !
– Et alors ? Ils ont encore bombardé un allié russe en totale impunité.
– Mais vous ne suggérez quand même pas que les Russes auraient dû déclencher une guerre contre les États-Unis à partir d’une attaque qui n’a même pas tué une seule personne ?
– Non, bien sûr que non, mais en ne prenant aucune mesure, les Russes n’ont pas non plus réussi à dissuader de futures attaques.
– Mais qu’auraient pu faire les Russes ?

ÇA, c’est la bonne question !

Examinons les choses d’un peu plus près. Grosso modo, les Russes ont le choix entre trois types de mesures de représailles : politique, économique et militaire. Cependant, chacune d’elle a un ensemble spécifique de prérequis qui sont actuellement problématiques, pour le moins :

MesuresPolitiqueÉconomiqueMilitaire
PrérequisSuppose un minimum de décence, d’intégrité et de respect de la loi par le reste de la planète.Suppose que d’autres pays, en particulier la Chine, seraient prêts et en mesure de soutenir ces mesures.Suppose que la Russie a la capacité militaire de vaincre la « coalition » anglosioniste.
Réalité actuelleLa Russie peut gémir, tempêter, se plaindre, protester, faire appel à des valeurs plus élevées,  à la logique ou au faits – tout le monde s’en fout.Les Chinois et les autres ne sont pas prêts pour l’instant à faire quoique ce soit pour soutenir la Russie.La Russie peut vaincre militairement les Anglosionistes, mais seulement en risquant l’avenir de notre planète.

Cela peut se résumer en une phrase simple : l’hégémonie anglosioniste est une menace pour l’ensemble de la planète, mais personne à part la Russie et l’Iran n’est prêt à l’affronter. Quel paradoxe !

Le soi-disant « Occident chrétien » est devenu un parasite volontaire pour son hôte sioniste et les seuls qui ont le courage et l’intégrité morale de l’affronter sont les chrétiens orthodoxes et les musulmans. Sic transit gloria mundi en effet…

Mais ce qui est encore plus important, c’est que s’il est vrai que les néocons américains n’ont pas réussi à lancer le genre d’attaque massive qu’ils auraient voulu et s’il est vrai que l’attaque américaine a été à peu près aussi boiteuse que possible, il faut complètement oublier ces faits. Les faits ne comptent simplement pas. Ni la logique. Tout ce qui compte, ce sont les perceptions !

Et la perception est que « nous » (les dirigeants anglosionistes et leurs serfs) avons « botté le cul » d’Assad et que « nous le referons » si « nous » en avons envie. C’est tout ce qui importe dans L’Empire des illusions que l’hégémonie anglosioniste est devenue.

Dès que vous comprendrez cela, vous devrez aussi accepter que Trump avait raison : c’était une « frappe parfaite » (de nouveau, pas dans la réalité mais dans le monde d’illusions créé autour d’elle).

La boucle est bouclée.

L’hégémonie anglosioniste exige que la planète entière s’incline et la vénère.  À l’exception de la Russie et de l’Iran, tout le monde se met à genoux ou, au mieux, détourne les yeux. Dans leur réalité illusoire, les « Méricains » se sentent autorisés à frapper la Russie ou l’Iran à n’importe quel instant.  Il n’y a rien que l’Iran puisse faire pour les arrêter et alors que la Russie le peut, elle ne peut le faire qu’au risque de l’avenir de notre planète entière.

Maintenant, dites-moi : pensez-vous réellement que ce soit terminé ?

The Saker

Traduit par Diane, vérifié par Wayan relu par Cat pour le Saker francophone

Lire la suite

“Toc, toc ! Qui c’est ? C’est la frappe chirurgicale !” Par Jacques-Marie Bourget

21 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

 
21.avril.201821.4.2018 // Les Crises
 
“Toc, toc ! Qui c’est ? C’est la frappe chirurgicale !” Par Jacques-Marie Bourget

Source : Le Grand Soir, Jacques-Marie Bourget, 17-04-2018

L’horreur des bavures, décrite par un grand reporter

D’être vieux comme un naufrage me vaut d’avoir vécu quelques “représailles” de l’histoire. Ces opérations du genre bistouri à la Kouchner sont toujours des catastrophes qui s’empilent. Souvenirs.

Le 23 octobre 1983 à Beyrouth, à une heure si matinale que les rues ne sont occupées que par des plastiqueurs et les petits marchands de café, l’ami libanais, le frère, qui m’aide dans mon travail me téléphone : « Vite, le PC des français vient de sauter… je viens te chercher ». Je n’ai pas le temps de me raser, mais de faire un tour par le toit-terrasse de l’hôtel Commodore. Le pied à peine posé sur les dalles de bitume, un bruit d’apocalypse et une fumée de diable me bouchent l’horizon. Visiblement une seconde bombe vient d’exploser… Mohamed, mon homme essentiel, est déjà devant l’entrée de l’hôtel avec sa vieille Mercedes bleu ciel, toujours lustrée. Quelques mois plus tard Mohamed sera assassiné par les troupes israéliennes.

Peu de temps après les premiers nous arrivons au Drakkar, immeuble au sud de la ville. « Tu sais qu’ils ont aussi fait sauter les Américains à l’aéroport ? ». « Ben non ! Alors on y va ». Là-bas, un grand bâtiment annexe qui sert au stockage et la maintenance des avions n’est plus qu’un millefeuille très à plat. Etonnant changement de cap, la guerre n’est plus une affaire entre Arabes, entre Israéliens et musulmans, voilà qu’elle liquide les forces vives de la « coalition internationale », des Français et des Étasuniens. Cinquante-huit soldats tricolores meurent au Drakkar, deux cent quarante un GI à l’aéroport. Mitterrand se précipite pour montrer « la détermination de la France », tandis que Reagan ordonne à ses survivants de rentrer au pays

Le 17 novembre suivant dans la Bekaa, en représailles, la France bombarde la caserne Cheikh Abdallah occupée par des Gardiens de la Révolution iranienne et des miliciens du Hezbollah. Bilan deux morts, un berger et son âne.

Quelques temps plus tard, afin de châtier aussi les Syriens – quand on n’aime pas on ne compte pas – c’est le futur commandant Mafart, héros de l’affaire Greenpeace qui dirige à Damas un commando chargé de faire exploser le siège du parti Baas. Manque de lunettes ? L’équipe se trompe d’adresse et envoie au ciel une kyrielle de citoyens sans histoire. Deux ans plus tard, à Beyrouth, la CIA venge elle aussi ses pioupious étoilés, et tente de faire sauter le cheikh Fadlallah, chef caché du Hezbollah… Le religieux n’est même pas ébouriffé par le souffle, mais 80 de ses voisins trouvent la mort.

Tout cela pour vous dire que les représailles, type Macron-Le Drian, et autres experts du biniou, c’est d’abord dangereux pour les équidés et les voisins.

En 1991 les Étasuniens bombardent l’abri d’Amiriya à Bagdad. Là encore c’est un ami indigène qui me sort du lit : « Vite, ils ont bombardé un abri… ». Dix minutes plus tard nous sommes devant le cube de béton chauffé par le feu des missiles. De l’intérieur on va sortir 408 corps d’enfants de femmes et de vieillards. La « bavure » de la « frappe » dite « chirurgicale » est énorme, un crime de guerre. Et je ne suis pas très fier d’avoir en poche un passeport de la Communauté bombardeuse.

Heureusement, depuis ma radio ondes courtes je peux capter la vérité venue de Paris, Londres ou Washington. Les journalistes et experts sont d’accord. L’abri d’Amiriya était un objectif militaire utilisé par Saddam Hussein pour se cacher ! A entendre cela, les oreilles m’en tombent. Même le « Jane’s », le super dico qui vous détaille les outils liés à la guerre, est formel, cet abri de Bagdad est bien un « shelter », l’un des 17 édifices civils qui permettent à la population de la capitale irakienne de se protéger des missiles venus d’Iran. Ici donc ni Saddam ni rien de militaire. Mais pas d’excuses, pas de procès, pas de vengeance… N’est-ce pas une chance que de mourir sous le feu de la liberté et de la justice. OTAN en emporte de vent.

Et pourtant, ça bégaie, sa radote sur les ondes. « Saddam caché entre les femmes et les enfants ». « Bullshit » comme on dit au Texas. L’US Air Force, soit intoxiquée, soit froidement, pour tester un missile face à deux mètres de béton, a cyniquement assassiné 408 irakiens qui, signalons-le, étaient aussi des êtres humains !

En 1998 le grand bombing circus de la Communauté internationale plante sa toile au Kosovo. Allons-y gaiment dans les représailles. Contre des ennemis de BHL et de Plenel, donc des ennemis de l’Humanité. Près d’un pont voisin de Pristina, dans la nuit, je crapahute dans un pâturage. Là-haut un bus se rendant à Nis a été confondu avec un char serbe (26 morts). Et j’éprouve alors, dans l’herbe, l’étrange sensation qu’il y a à marcher sur le bras arraché d’un enfant.

Autres représailles plus au sud du Kosovo. Cette fois, les pilotes d’élite ont pris une colonne de tracteurs pour un défilé de chars. Les engins agricoles sont réduits en mâchefer et la soixantaine de corps en boulets de charbon. Le principal étant que la démocratie naisse enfin dans la poussière d’uranium appauvri. Ce qui, à la longue, doit donner de bien jolies fleurs.

Jacques-Marie BOURGET

Lire la suite

Le Fake de l'attaque chimique de Douma que la presse française ne veut pas voir. Par Karine Bechet Golovko.

20 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

jeudi 19 avril 2018

 
Le Fake de l'attaque chimique de Douma que la presse française ne veut pas voir
 
 
 
Alors que de plus en plus de voix s'élèvent pour remettre très sérieusement en cause l'existence même de la soi-disant attaque chimique à Douma dans la Ghouta Orientale, les experts de l'OIAC semblent être les seuls à ne pas entrer dans la zone concernée, l'ONU ne leur donnant pas le feu vert pour des raisons de sécurité - qui tombent à pic. 
 

Remise en question de l'existence même d'une attaque chimique à Douma
 
Les journalistes russes, qui eux se sont rendus sur place les premiers, sans aucune complication pour leur santé, après avoir discuté avec les habitants, ont pu déclarer que personne n'était au courant d'une quelconque attaque chimique.
 
En faisant des recherches, ils ont retrouvé des personnes travaillant à l'hôpital, dénonçant la mise en scène par des caméramans et des inconnus criant à l'attaque chimique, versant de l'eau sur les patients présents, mettant à l'écart les médecins de l'hôpital et partant ensuite lorsque ceux-ci devinrent trop insistants pour examiner les soi-disantes victimes. Pas de corps, pas de victimes. La Russie a promis de faire venir ces témoins à la prochaine réunion de l'OIAC.
 
Mais cela va encore plus loin. Les journalistes russes ont retrouvé le petit garçon, Hassan, qui nous a été présenté comme la victime innocente du "boucher-Assad". Or, rassurez-vous, lui aussi se porte à merveille, il n'a jamais été victime. Sauf de troubles intérêts Occidentaux. 
 
 
 
Il a entendu qu'il fallait se rendre à l'hôpital, il y est allé, on lui dit de participer à la mise en scène en contre-partie de nourriture. La bonne conscience occidentale appréciera le cynisme.
«Nous étions dans un sous-sol. Maman m’a dit qu’il n’y avait rien à manger et qu’on mangerait demain. Nous avons entendu des cris dans la rue, on criait "Allez à l’hôpital". Nous avons accouru à l’hôpital et dès que j’y suis entré, on m’a attrapé et on a commencé à m’asperger d’eau. Ensuite, on nous a mis sur des lits à côté d’autres personnes»
Quand le père a su que son fils était hospitalisé, il a accouru et a appris la vérité:
«Quand j’ai appris que mon enfant était à l’hôpital, j’ai demandé de m’absenter de mon travail pour y aller. J’ai fumé dehors, je n’ai rien senti. Je suis entré à l’hôpital et j’ai vu ma famille. Les extrémistes ont donné des dattes, des biscuits et du riz aux participants à ce tournage avant de nous laisser rentrer chez nous. Mon enfant se portait parfaitement bien», a indiqué l’homme.
 
Même les journalistes américains qui se rendent, eux, à la différence des experts de l'OIAC, à Douma doivent bien reconnaître que selon les témoignages de la population, il n'y a eu aucune attaque chimique. Voir sur Fox News.
 
Où sont les journalistes français?
 
Des experts de l'OIAC qui ne se pressent pas
 
Pendant ce temps-là, on apprend que les experts devant déterminer s'il y a ou non eu une attaque chimique ne peuvent arriver à Douma, sont bloqués à Damas, car il y a eu des tirs (quel hasard!) sur les envoyés de l'ONU devant vérifier la sécurité sur place et donner le feu vert. Que, évidemment et O surprise, ils ne donnent pas.
 
Ce qui n'empêche pas la presse française de répéter à loisir la même fable des 40 morts, il faut bien justifier l'activisme de notre grand Jupiter national. Et sans un mot sur ces témoins dérangeants, remettant directement en cause l'existence de l'attaque chimique, l'on apprend que les metteurs en scène, à savoir les Casques blancs, sont en contact avec ces experts de l'OIAC et leur ont même indiqué où se trouvaient les "corps". Et les déclarations de ces ONG sont très importantes pour pouvoir envers et contre tout affirmer la culpabilité d'Assad, puisqu'ils commencent à affirmer que de toute  façon la Russie et la Syrie font disparaître des preuves et que de toute manière les prélèvements sur place ne sont pas si importants que cela ... 
 
Ainsi, sans le dire, c'est la Russie et la Syrie qui sont accusées d'empêcher les experts de venir faire leur travail et non pas les extrémistes, dont les Casques blancs font partie, et leurs protecteurs Occidentaux, qui ont peur que la vérité n'éclate au grand jour. Ils préparent donc le terrain: si les experts ne trouvent rien, c'est parce que le terrain a été "nettoyé", mais nous avons les déclarations des "médecins" de ces ONG, donc tout va bien. Même si les médecins de l'hôpital ont déjà déclaré qu'il n'y avait aucune trace chez les patients d'attaque au chlore ou à toute autre substance.
 
Si des corps sont retrouvés, à l'endroit indiqué par les Casques blancs qui travaillent avec les extrémistes, sachant que des laboratoires souterrains chimiques ont été retrouvés dans les sous-sols d'immeubles à Douma après leur libération par l'armée syrienne, il serait intéressant de savoir d'où ils viennent ... Les Occidentaux iraient-ils jusqu'à massacrer massivement aux substances chimiques des civils pour justifier la chute d'Assad et l'avènement des extrémistes pro-occidentaux en Syrie?
 
PS: Un nouveau groupuscule islamiste se renforce sur les ruines de l'état islamique dans le Nord-Ouest de la Syrie, pendant que l'attention est détournée par le scandale des armes chimiques.
 
PPS: Des groupes extrémistes dans le Sud de la Syrie, liés à Al Nusra, veulent créer une enclave autonome sous le Haut Patronage des Etats-Unis.
 
 
 
 
Lire la suite

Damas rend la légion d’honneur d’Assad à la France, «esclave» de Washington

20 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Damas rend la légion d’honneur d’Assad à la France, «esclave» de Washington

Par AFP — 19 avril 2018 à 20:51 (mis à jour à 22:28)

Damas rend la légion d’honneur d’Assad à la France, «esclave» de Washington

 

Un représentant du ministère syrien des Affaires étrangères rend la légion d'honneur octroyée par la France au président Bachar al-Assad, par le biais de l'ambassade de Roumanie à Damas, qui parraine les intérêts français en Syrie. Photo fournie par la présidence syrienne sur sa page Facebook, le 19 avril 2018Un représentant du ministère syrien des Affaires étrangères rend la légion d'honneur octroyée par la France au président Bachar al-Assad, par le biais de l'ambassade de Roumanie à Damas, qui parraine les intérêts français en Syrie. Photo fournie par la présidence syrienne sur sa page Facebook, le 19 avril 2018 Photo HO. AFP

  • Damas rend la légion d’honneur d’Assad à la France, «esclave» de Washington

La présidence syrienne a annoncé jeudi avoir rendu la Légion d’honneur attribuée par la France en 2001 au président Bachar al-Assad qui ne portera pas une décoration remise par «l’esclave» des Etats-Unis.

L’entourage du président français Emmanuel Macron avait indiqué lundi que la France avait engagé une procédure de retrait de la Légion d’honneur au président Assad, deux jours après la participation de Paris à des frappes contre des sites du régime syrien.

«Le ministère des Affaires étrangères et des Expatriés a officiellement rendu à la République française, par le biais de l’ambassade de Roumanie à Damas, qui parraine les intérêts français en Syrie, la décoration de grand-croix de la Légion d’honneur accordée au président Assad par l’ancien président français Jacques Chirac», indique la présidence dans un communiqué.

La décision de rendre la légion d’honneur a été prise après «la participation de la France à l’agression tripartite aux côtés des Etats-Unis et du Royaume Uni contre la Syrie le 14 avril», selon le communiqué.

Washington, Paris et Londres ont effectué samedi à l’aube des frappes contre des sites présentés comme liés au programme d’armement chimique syrien en représailles à une attaque chimique présumée le 7 avril à Douma, qui était alors le dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale, près de Damas.

Le régime syrien dément toute implication dans l’attaque chimique présumée.

«Il n’est point d’honneur pour le président Assad de porter une décoration attribuée par un régime esclave (...) des Etats-Unis qui soutient les terroristes», indique encore la présidence.

Le président syrien avait été fait grand-croix (le plus haut grade) de la Légion d’honneur par le président Jacques Chirac en 2001, peu après avoir succédé à son père Hafez al-Assad à la tête du pays.

 

Lire la suite

MÉLENCHON SUR LA SYRIE A L’ASSEMBLÉE NATIONALE Magistral !

18 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Lire la suite

Quel prix l’humanité devra-t-elle payer pour l’effondrement de l’Empire ? Par le Saker

18 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #le nazisme

Quel prix l’humanité devra-t-elle payer pour l’effondrement de l’Empire ?

2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 13 avril 2018 – Source The Saker

« Je suis encerclé, ils sont dehors, je ne veux pas qu’ils me prennent et me fassent défiler, lancez la frappe aérienne, ils se moqueront de moi et de cet uniforme. Je veux mourir dignement et emmener tous ces salauds avec moi. S’il vous plaît, conduisez l’attaque aérienne, ils me tueront de toute façon. C’est la fin mon commandant, merci, dites à ma famille et à mon pays que je les aime. Dites-leur que j’ai été courageux et que je me suis battu jusqu’à la fin. S’il vous plaît, prenez soin de ma famille, vengez ma mort, au revoir, commandant, dites à ma famille que je les aime. »

Alexandre Prokhorenko

« C’est pour nos gars »

Roman Filipov

Nous vivons actuellement les jours les plus dangereux dans l’histoire humaine. Vous pensez que c’est une hyperbole ?

Réfléchissez encore.

Nous risquons un Armageddon nucléaire

La premier chose à comprendre, c’est que cela ne concerne pas, je répète, ne concerne pas la Syrie ou les armes chimiques, ni à Salisbury, ni à Douma. Ce genre de non-sens n’est que « du foin mental pour les prolétaires » à destination des drones idéologiques débiles mentaux, politiquement aveugles ou autrement zombifiés qui, du Maine au golfe du Tonkin, à l’attentat de la gare de Bologne perpétré par le Gladio de l’OTAN  et jusqu’au meilleur et au plus grand d’entre eux – le 9/11 bien sur – croiront tout ce que « leur » camp (comme ils le pensent) leur dit. La vérité est que les Anglosionistes sont les principaux multiplicateurs d’armes chimiques dans l’histoire (et les premiers assassins d’Arabes et de musulmans aussi !). Donc leurs larmes de crocodile ne sont que ça – des larmes de crocodile, même si leur machine de propagande dit autre chose.

Quelqu’un croit-il sérieusement que Trump, May, Macron ou Netanyahou seraient prêts à risquer une guerre thermonucléaire apocalyptique qui pourrait tuer plusieurs centaines de millions de gens en quelques heures seulement uniquement parce que Assad a utilisé des armes chimiques contre des dizaines, des centaines ou même des milliers de civils syriens innocents ? (en supposant, pour les besoins de l’argumentation, que cette accusation est fondée). Depuis quand les Anglosionistes se soucient-ils des Arabes ? Ça n’a aucun sens !

À ceux qui diraient que parler de « plusieurs centaines de millions de gens » tués est une hyperbole, je recommanderais de regarder les précédents plans occidentaux pour « résoudre le problème russe » dont :

  • Le Plan Totality (1945) destinait 20 villes soviétiques à l’anéantissement dans une première frappe : Moscou ; Gorki ; Kouïbychev ; Sverdlovsk ; Novossibirsk ;  Omsk ; Saratov ; Kazan ; Leningrad ; Bakou ; Tachkent ; Tchelyabinsk ; Nijny Taguil ; Magnitogorsk ; Molotov ; Tbilissi ; Stalinsk ; Grozny ; Irkoutsk et Iaroslavl.
  • Operation Unthinkable (1945) prévoyait une attaque surprise par plus de 47 divisions britanniques et américaines dans la région de Dresde, au milieu des lignes soviétiques. Cela représentait presque la moitié de 100 divisions (environ 2.5 millions d’hommes) dont disposaient à l’époque les quartiers généraux britannique, américain et canadien. (…) La plus grande partie des opérations offensives aurait été entreprise par les forces américaines et britanniques ainsi que par des forces polonaises et plus de 100 000 soldats allemands de la Wehrmacht.
  • Operation Dropshot (1949) comprenait des profils de mission qui auraient utilisé 300 bombes nucléaires et 29 000 bombes hautement explosives sur 200 cibles dans 100 villes et villages pour anéantir 85% du potentiel industriel de l’Union soviétique d’un seul coup. Entre 75 et 100 des 300 armes nucléaires étaient destinées à détruire les avions de combat soviétiques au sol.

Des articles comme celui-ci, celui-ci, et celui-là sont également de bons indicateurs (ce sont tous des estimations, bien sûr, personne ne sait rien avec certitude : tout ce qui compte, c’est un ordre de grandeur approximatif).

D’ailleurs, je ne suggère pas qu’à ce stade les Anglosionistes voudraient délibérément déclencher une guerre thermonucléaire avec la Russie. Ce que je suggère, c’est qu’il y a une asymétrie très simple et de base entre les forces russes et anglosionistes au Moyen-Orient qui pourrait conduire à un tel résultat, indépendamment des intentions de départ. Voici comment :

Comment risquons-nous un Armageddon nucléaire ?

Première étape : les Anglosionistes frappent la Syrie assez fort pour forcer les Russes à riposter.
Deuxième étape : outragés par la réponse russe, les Anglosionistes ripostent contre les forces russes en Syrie.

À ce stade, il est essentiel de se rappeler que si les Russes ont un meilleur équipement et de bien meilleurs soldats que leurs adversaires « occidentaux » (les exemples d’ Alexander Prokhorenko ou Roman Filipov vous diront tout ce que vous devez savoir sur la façon dont les Russes combattent en Syrie, en particulier comparé au genre de personnel déployé par les États-Unis et l’OTAN)  les CENTCOM + NATO + Israël + Arabie saoudite ont un avantage numérique énorme. Peu importe l’efficacité des défenses aériennes russes ou leur (minuscule) supériorité aérienne lorsqu’elles sont tout simplement submergées par le nombre. Tout ce que l’Empire doit faire, c’est de tirer en premier un grand nombre de vieux missiles de croisière Tomahawk, de laisser les Russes utiliser leurs stocks de missiles de défense aérienne puis de suivre avec leurs armes plus avancées. La vérité est que si l’Empire le voulait, il pourrait même instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie et complétement anéantir la force d’intervention russe. Bien sûr, il y aurait des pertes des deux côtés, les Russes combattraient héroïquement mais ils perdraient. À moins, bien sûr, qu’ils n’aient reçu de l’aide de la Mère patrie, en particulier sous la forme d’attaques de missiles de croisière depuis la Flotte de la mer Noire, de la flottille de la Caspienne, des avions stationnés au sud de la Russie (en Crimée) ou même de l’Iran. La Russie frappe aussi avec des missiles basés au sol et en mer. Donc elle a la capacité d’atteindre de nombreuses cibles importantes (et plus ou moins sans défense) des États-Unis et de la « coalition » dans tout le Moyen-Orient. Mais quelles seraient les conséquences ?

Troisième étape : les frappes russes sur des cibles du CENTCOM obligeraient l’Empire à riposter et à attaquer des navires de la Marine russe et, encore pire, des installations militaires en Russie même.
Quatrième étape : les attaques des US/OTAN sur le territoire russe déclencheraient inévitablement une réponse russe sur les États-Unis eux-mêmes.

Cette réponse serait d’abord conventionnelle mais comme les pertes des deux côtés augmenteraient, l’utilisation d’armes nucléaires serait presque inévitable.

Oui, en théorie, à n’importe quel moment de ce cycle d’escalade, les deux camps pourraient décider de faire baisser les enchères. En théorie. Mais dans le monde réel, je ne vois pas cela se produire ni n’ai jamais vu aucun modèle qui expliquerait de manière convaincante comment une telle désescalade pourrait arriver (en particulier avec le genre d’individus narcissiques et psychopathes de qualité exceptionnellement mauvaise aux commandes aux États-Unis – pensez à Trump ou à Bolton ici – et leur pseudo-patriotisme insensé « nous sommes les meilleurs et les plus grands et les plus géniaux »).

Je ne suis pas en train de prédire que c’est ce qui se passera effectivement, mais je dis que c’est le risque que l’Empire anglosioniste est prêt à prendre afin de réaliser… Quoi, exactement ? Qu’est-ce qui vaut la peine de prendre un tel risque ?

Je pense que c’est le ministre britannique de la Défense qui l’a le mieux exprimé : les Anglosionistes veulent que la Russie « s’en aille et se taise ».

Pourquoi nous risquons un Armageddon nucléaire (va-t-en et tais-toi !)

« Va-t-en et tais-toi » a été le rêve de tous les dirigeants occidentaux depuis au moins un millénaire (entrecoupé et renforcé par des tentatives régulières (et ratées) de conquérir et/ou de convertir les Russes). Pensez seulement combien il a été frustrant pour une civilisation qui a établi des colonies dans le monde entier, y compris dans les régions les plus reculées de notre planète, d’avoir cette nation irréductible juste à côté et qui non seulement refusait de se soumettre  mais qui les vainquait régulièrement sur le champ de bataille même s’ils unissaient tous leurs forces, dirigées par leurs chefs « les meilleurs et les plus brillants » (Napoléon, Hitler et… Trump ?). Imaginez seulement comment une civilisation centrée et dirigée par des banquiers deviendrait folle en réalisant que ces immenses richesses étaient littéralement « juste à côté » mais que ceux qui vivaient sur ce territoire refuseraient, pour des raisons incompréhensibles, de leur permettre de les exploiter ! L’existence même d’une « Russie russe » est un affront à toutes les véritables valeurs (par opposition aux valeurs officielles) occidentales et ce n’est tout simplement pas quelque chose que les dirigeants de l’Empire sont prêts à tolérer. D’où la Syrie, d’où l’Ukraine, d’où toutes les accusations idiotes d’attaques au « Novitchok ». Ce sont toutes les expressions de la même politique :

  1. Dépeindre la Russie comme une sorte de Mordor et créer une autre « grande coalition » contre elle ;
  2. Forcer la Russie à se soumettre à l’hégémonie anglosioniste ;
  3. Vaincre la Russie politiquement, économiquement ou militairement.

Ce sont des objectifs pour lesquels il vaut la peine de tout risquer, en particulier lorsque votre propre Empire s’effondre et que le temps ne joue pas en votre faveur. Ce à quoi nous assistons depuis au moins 2015, c’est à une nouvelle Croisade occidentale contre la Russie, une sorte de guerre sainte menée au nom de tout ce que l’Occident tient pour sacré (l’argent, le pouvoir, l’hégémonie mondiale, la laïcité, etc.) contre tout ce qu’il abhorre (la souveraineté, l’indépendance, la spiritualité, les traditions).

La vérité est simple : sans les capacités militaires de la Russie, l’Occident aurait « rayé la Russie de la carte » il y a longtemps et l’aurait remplacée par quelque chose de similaire à un certain nombre de « mini-Polognes » gouvernées par une élite compradore libérale exactement comme celle actuellement chargée de l’Union européenne. Le cri désespéré « va-t-en et tais-toi » n’est que l’expression de ce « rêve occidental » frustré par la puissance des forces armées russes et par l’unité du peuple russe derrière son actuel dirigeant. Mais même l’existence  certes frustrante, de la Russie n’est pas une raison suffisante pour tout risquer ; beaucoup plus de choses sont en jeu ici.

La Russie comme la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus grand

Pour des facteurs géographiques, historiques, culturels, religieux et militaires, la Russie est aujourd’hui le chef de file objectif de la résistance mondiale à l’Empire, au moins en termes moraux, psychologiques et politiques. Mais cela ne signifie pas qu’elle soit « anti-USA » pas du tout. D’une part, la Russie ne mène ni ne contrôle la résistance mondiale à l’Empire. En fait, selon une analyse superficielle, la Russie semble souvent assez seule dans sa position (comme l’a montré la récente attitude chinoise au Conseil de sécurité de l’ONU). En vérité, d’autres pays qui veulent mettre fin à l’hégémonie anglosioniste ne sont absolument pas incités à rejoindre la Russie au haut de la « liste de merde » américaine et à s’exposer au courroux de l’hégémon et notamment pas lorsque la Russie semble plus que disposée à supporter le poids de la haine de l’Empire. En outre, comme tous les pays grands et puissants, la Russie manque de vrais amis et la plupart des pays sont plus qu’heureux de demander qu’elle règle tous leurs problèmes (comme le montre le flot constant d’accusations que la Russie n’a pas fait assez pour cet endroit ou cet autre de la planète). Et pourtant tous ces pays ne font pas vraiment la queue pour montrer leur solidarité avec la Russie lorsqu’elle en aurait besoin. Donc lorsque je dis que la Russie mène la résistance, je ne suggère pas qu’elle doit le faire à la manière dont les États-Unis dirigent l’OTAN ou quelque « coalition de la bonne volonté ». Elle la dirige simplement par le fait qu’elle ne « s’en va » pas ou, mieux encore, qu’elle ne « se tait » pas.

La Russie est le seul pays sur la terre, à l’exception peut-être de l’Iran, qui ose dénoncer ouvertement et sans complaisance l’hypocrisie de l’Empire et qui est prête à soutenir ses paroles par sa puissance militaire si nécessaire. La RPDC est un cas unique et local. Quant aux divers pays bolivariens en Amérique latine, ils sont maintenant vaincus par l’Empire. En théorie, le monde musulman a certainement le potentiel de jouer un rôle plus grand dans la résistance à l’Empire mais le virus wahhabite injecté chez lui par les USA + Arabie saoudite + Israël a, au moins jusqu’à présent, empêché l’émergence d’un modèle réussi et véritablement islamique en plus de celui de la République islamique d’Iran (d’où la diabolisation de cette dernière par les Anglosionistes).

Et pourtant…

L’Empire est en train de perdre tout le Moyen-Orient. Pas tant à cause de certaines politiques russes et iraniennes brillantes et machiavéliques, mais plutôt grâce à sa politique infiniment arrogante, stupide et suicidaire. Le renversement de Saddam Hussein entrera probablement dans l’Histoire comme l’une des décisions politiques les plus idiotes jamais prises (Bolton était derrière aussi, d’ailleurs). C’était une catastrophe totalement auto-infligée. Comme l’a été l’invasion presque tout aussi désastreuse de l’Afghanistan. Un autre désastre auto-infligé pour les Anglosionistes était leur soutien au coup d’État mené par les États-Unis/Union européenne en Ukraine, qui a non seulement débouché sur une calamité que les Européens devront payer pendant les décennies à venir (pensez-y comme à une grande Somalie aux portes de l’UE) mais a également fait un boulot incroyable pour réunir le peuple russe derrière ses dirigeants et a diminué les sentiments pro-occidentaux dans l’opinion publique russe à quelque chose de l’ordre de 2% à 5% au plus. « Avoir » l’Ukraine ne valait sûrement pas la peine de « perdre » la Russie.

Et puis il y a la Chine, que les États-Unis ont grossièrement mal gérée depuis la prétendue Troisième crise du détroit de Taïwan en 1996, lorsque Clinton a menacé militairement la Chine (voir ici pour les détails) et avec qui Trump a maintenant lancé une guerre commerciale pour MAGA (Make America Great Again) (bonne chance !).

En revanche, toute « action » réelle est maintenant centrée sur le projet de Nouvelle route de la soie, ou OBOR, dans lequel la Chine et la Russie jouent les rôles principaux et dans lequel l’anglosphère ne jouera pas de rôle du tout. Ajoutez le petro-yuan à l’équation et vous avez l’émergence d’un nouveau modèle eurasiatique qui menace de rendre l’Empire tout entier simplement insignifiant.

Et puis il y a la Turquie (le deuxième État membre de l’OTAN le plus puissant). Et le Pakistan, d’ailleurs. Ou l’Afghanistan. Ou l’Irak. Ou le Yémen. Partout, l’Empire est en pleine retraite, ne laissant derrière lui que le chaos.

La vérité, c’est que la Russie ne serait jamais une menace crédible pour l’hégémonie anglosioniste s’il n’y avait pas les innombrables désastres auto-infligés que l’Empire a absorbés année après année. En réalité, la Russie n’est une menace pour personne. Et même la Chine ne serait pas une menace pour l’Empire si celui-ci n’était pas si arrogant, si tendu, si ignorant, imprudent et incompétent dans ses actes. Permettez-moi de ne donner qu’un simple exemple, mais puissant : non seulement les États-Unis n’ont pas ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à une politique étrangère cohérente, mais ils n’ont même pas de ministre des Affaires étrangères. Le département d’État ne s’occupe pas de diplomatie simplement parce que les dirigeants américains ne croient pas à la diplomatie comme concept. Tout ce que fait le département d’État, c’est d’émettre des menaces, des sanctions, des ultimatums, d’avancer des revendications, de publier des tableaux de records (sur les droits de l’homme et autres !) et expliquer au public pourquoi les États-Unis sont presque constamment en guerre avec quelqu’un. Ce n’est pas de la « diplomatie » et les gens comme Nikki Haley ne sont pas des diplomates. En fait, le droit international n’a pas non plus d’utilité pour les États-Unis, d’où la déclaration publique de la même Nikki Haley à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU que les États-Unis sont prêts à ignorer les décisions de ce Conseil et à agir en complète violation de la Charte des Nations unies. Bref : les voyous n’ont pas besoin de diplomatie. Ils ne comprennent pas le concept.

Tout comme leurs maîtres et mentors israéliens, les Américains se sont convaincus eux-mêmes que tout ce dont ils ont besoin pour réussir sur la scène internationale est soit de menacer de recourir à la force soit d’y recourir effectivement. Ce qui marche bien (ou du moins semble bien marcher) à Gaza ou à Grenade, mais lorsqu’on fait face à la Chine, à la Russie ou à l’Iran, cette approche monomaniaque montre rapidement ses limites, en particulier lorsque votre force se réduit à tirer des missiles de loin ou à assassiner des civils (ni les États-Unis ni Israël, ni d’ailleurs l’Arabie saoudite n’ont une capacité crédible d’envoyer des « bottes sur le terrain » d’où leur dépendance à l’égard des mercenaires).

L’Empire est en train d’échouer rapidement et malgré tous les discours sur l’ « animal Assad » ou « Rocket Man » qui ont besoin d’une punition anglosioniste, les enjeux sont la survie de l’hégémonie imposée à l’humanité à la fin de la Seconde Guerre mondiale et, de nouveau, à la fin de la Guerre froide, ainsi que l’avenir de notre planète. Il ne peut y avoir un seul hégémon mondial et un monde multipolaire régi par le droit international. C’est une situation ou bien ou bien. Et dans ce sens, c’est beaucoup plus grand que la Syrie ou même la Russie.

De Douma à Donetsk ?

Il y a encore une chance que les Anglosionistes décident de frapper symboliquement la Syrie, comme ils l’ont fait l’an dernier après la précédente attaque chimique sous fausse bannière à Khan Cheikhoun (Trump s’est probablement envoyé un tweet à lui-même dans un coin ce qui rend une attaque presque inévitable). Si cela devait se produire, nous ne devrions pas nous réjouir trop tôt car ce ne sera qu’un changement de direction mineur, la croisade anti-russe version XXIe siècle continuera, très probablement sous la forme d’une attaque ukronazie contre le Donbass.

Rappel rapide : le but d’une telle attaque ne sera pas de reconquérir puis de nettoyer ethniquement le Donbass mais de forcer la Fédération de Russie à empêcher ce résultat en intervenant ouvertement. Une telle intervention russe arrêtera bien sûr rapidement la guerre et écrasera les forces ukronazies mais à ce stade, les tensions en Europe crèveront le plafond, signifiant que l’OTAN se trouvera (enfin !) une mission à peu près crédible, que les Allemands devront renoncer au North Stream II, que la Pologne et les mini-États baltes gagneront de l’argent en devenant la version est-européenne d’Okinawa et que les puissances anglos (États-Unis et Royaume-Uni) rétabliront fermement leur contrôle sur l’UE, malgré le Brexit. En outre, la Russie deviendra la cible d’une guerre économique totale, comprenant un blocus énergétique (les États-Unis seront plus qu’heureux d’imposer leur gaz atrocement cher aux Européens) une déconnexion de SWIFT, la saisie des avoirs russes, une interdiction des opérations financières russes dans l’UE, etc. Ce pourrait être risqué, bien sûr, en particulier s’il y a une guerre commerciale avec la Chine, mais ce ne sont que des options. Ce qui est certain, c’est que tant que Poutine ou quelqu’un comme lui reste au pouvoir en Russie, le Congrès continuera à d’imposer sanctions après sanctions à la Russie. En fait, pendant la plus grande partie de son histoire, même avant la Révolution, la Russie a été sous un genre ou un autre de sanctions occidentales. Ce n’est absolument pas nouveau et, comme j’aime à le rappeler aux gens ces jours ci, le meilleur prédicteur d’un comportement futur est le comportement passé, en particulier pour des régimes et des dirigeants psychopathes.

En plus, comme je l’ai déjà mentionné dans le passé, et contrairement à l’actuelle confrontation en Syrie, une guerre en Ukraine est un pari très sûr pour l’Empire. Premièrement, lorsque le but est la défaite de « votre » camp, presque toute l’aventure militaire est assez sûre. Deuxièmement, une fois que les Russes sont en Novorussie, ils en seront « propriétaires » ce qui signifie qu’ils devront porter l’immense fardeau financier de sa reconstruction. Troisièmement, une telle présence russe consoliderait et même encouragerait les nationalistes ukies qui, soit dit en passant, auront une occasion en or d’accuser les Russes de ce qu’eux-mêmes ont fait de mal au cours de ces quatre dernières années. Quatrièmement, toute opération de ce genre entraînera la mort d’un grand nombre des pires et des plus enragés Ukronazis et cela éliminera un problème potentiel pour ceux du genre Porochenko que les États-Unis préfèrent, et de loin. Enfin, comme je l’ai dit, cela donnera à l’OTAN la mission sacrée de « défendre l’Europe contre un État voyou russe revanchard » écrasant ainsi tout espoir européen d’indépendance, à un degré même modeste, à l’égard de l’anglosphère. Et le cas le pire ? Le cas le pire serait si les Novorusses peuvent bloquer l’attaque ukronazie sans intervention russe patente. Mais même si cela se produisait et même si les Novorusses lançaient une sorte de contre-offensive libérant Marioupol ou Slaviansk, ce sont des pertes sans importance du point de vue de l’Empire qui voit tant les Russes que les Ukrainiens comme de la chair à canon. Tout comme l’Empire veut que les Arabes et les musulmans s’entretuent au nom d’Israël au Moyen-Orient, l’Empire ne veut rien de plus que de voir les Ukrainiens et les Russes s’entretuer le plus possible et aussi longtemps que possible.

Aparté
Certains pourraient suggérer que les Novorusses pourraient non seulement battre les forces ukronazies mais aussi libérer le reste de l’Ukraine, y compris Kiev. Je pense que c’est extrêmement peu probable. Voici pourquoi : premièrement, malgré tout le non-sens patriotard, il y a de bonnes raisons, objectives, pour lesquelles les Novorusses n’ont pas pu libérer Marioupol la première fois (il y avait un risque majeur pour la force novorusse d’être encerclée par les Ukrainiens) ou pourquoi il leur a fallu si longtemps pour reprendre le contrôle de l'aéroport de Donetsk : au cours de la plus grande partie de leur existence, les forces novorusses étaient composées d’un mélange de différentes sortes d’unités qui, malgré tout leur courage personnel, n’étaient pas capables d’offensives au niveau opérationnel. Elles étaient limitées à des engagements tactiques qui, même réussis, ne conduisent pas nécessairement à des développements au niveau opérationnel. Il semble y avoir eu de grands changements dans la structure de commandement des forces novorusses. La libération de l’aéroport de Donetsk et, plus encore, du « chaudron de Debaltsevo »  était due aux efforts conjoints de la RPD et de la RPL, mais même si, comme je le soupçonne, les Novorusses sont maintenant capables de contre-offensives au niveau opérationnel, ce n’est encore pas ce qu’il faudrait pour libérer Kiev, En outre, comme un commandant novorusse l’a dit : « Plus nous poussons à l’Ouest, moins nous sommes vus comme des libérateurs et plus nous sommes considérés comme des occupants. » Enfin, la Russie ne permettra pas aux Novorusses de libérer la plus grande partie de l’Ukraine même s’ils le pouvaient, parce qu’ensuite la Russie devrait assumer les coûts faramineux de la réparation de cette « Somalie européenne » et c’est une tâche bien au-dessus de ses moyens actuels. Pour toutes les hallucinations est-européennes sur une invasion russe, la Russie n’a ni le désir ni même les moyens d’envahir qui que ce soit. La douloureuse réalité est celle-ci : les Ukrainiens paieront le prix fort pour leurs délires russophobes et la plus grande partie de la facture pour réparer ces dégâts devra être payée par le reste de l’Europe. Ils ont créé ce cauchemar, qu’ils le réparent maintenant.

Conclusion : retour à la Syrie

Rien de ce qui précède ne devrait nous distraire de ce qui est de loin le plus grand danger auquel nous sommes tous confrontés aujourd’hui – les risques d’une guerre russo-américaine en Syrie. En fait, cette réalité semble apparaître même aux plus obtus des presstitués qui s’inquiètent maintenant d’un effet d’entraînement. Non, pas en Europe ou aux États-Unis, mais en Israël, bien sûr. Pourtant, le fait qu’il y ait des gens qui comprennent qu’Israël pourrait ne pas survivre à un affrontement entre superpuissances sur le pas de sa porte est une bonne chose. Peut-être que le lobby israélien aux États-Unis, ou au moins sa partie qui se soucie d’Israël (beaucoup/la plupart font seulement semblant) sera beaucoup plus bruyante que tous les silencieux shabbos-goyim anglos qui ne semblent pas capables de manifester même un minimum d’instinct de conservation ? Bibi Netanyahou a ressenti le besoin d’appeler Poutine après que l’ambassadeur israélien en Russie s’est fait faire la morale par des officiels russes à la suite de la frappe aérienne israélienne (certes assez faible) contre la base aérienne syrienne T-4. Pas beaucoup d’espoir, je le concède…

Il ne s’agit plus d’opposer les bons et les méchants. Il s’agit de l’opposition entre la raison et la folie. Je pense que nous pouvons placer Trump, Bolton, Haley et tous les autres dans le camp des « incurablement délirants ». Mais qu’en est-il des grands généraux américains ? J’ai posé la question à deux amis bien informés et tous deux m’ont dit qu’il n’y a probablement personne au-dessus du grade de colonel avec assez de courage pour s’opposer à la folie des néocons, même si cela signifie la Troisième Guerre mondiale. De nouveau, il n’y a pas beaucoup d’espoir ici non plus…

Il y a une sourate (Al-Anfal 8:30) du Coran que Sheikh Imran Hosein évoque souvent et que je veux citer ici : « Et [rappelle-toi, ô Mohamed, le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner ou t’assassiner ou te bannir [de la Mecque]. Mais ils ont des plans et Allah a des plans. Et Allah est le meilleur en stratagèmes ». Et puisque nous parlons de la Syrie, où l’Iran et le Hezbollah sont tout autant (ou plus) des cibles que les Russes, il convient ici de citer un slogan chiite très populaire qui appelle à se rappeler que la lutte contre l’oppression doit se mener sans cesse et partout : « Chaque jour est Achoura et chaque terre est Karbala. » et bien sûr, il y a les mots du Christ lui-même : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme : craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » (Mathieu 10:28).

De telles références religieuses vont sans doute irriter les nombreux Occidentaux « éclairés » pour qui ce langage pue l’obscurantisme, le fanatisme et le sectarisme. Mais en Russie ou au Moyen-Orient, de telles références font partie intégrante de l’éthos national ou religieux. Pour illustrer mon propos, je citerai le Discours de la divine victoire prononcé par Sayyed Hassan Nasrallah en 2006 après la victoire écrasante de la relativement petite force du Hezbollah contre la puissance combinée des forces terrestres, aériennes et navales d’Israël :

« Nous célébrons aujourd’hui une grande victoire stratégique, historique, et divine. Comment l’esprit humain peut-il imaginer que quelques milliers de fils de notre résistance libanaise – si je voulais, je vous donnerais leur nombre exact – ont tenu 23 jours sur un terrain exposé au ciel contre la plus puissante force aérienne du Moyen-Orient, qui avait un pont aérien transportant des bombes intelligentes depuis l’Amérique, par la Grande-Bretagne, jusqu’à Israël ; contre 40 000 officiers et soldats – quatre brigades de forces d’élite, divisions de l’armée de réserve ; contre les plus puissants blindés au monde ; et contre l’armée la plus puissante dans la région ? Comment quelques milliers de personnes ont-elles pu tenir et combattre dans des conditions si difficiles, et [comment] leur combat a-t-il pu forcer les navires de guerre à sortir de nos eaux territoriales ? D’ailleurs l’armée et la résistance sont capables de protéger les eaux territoriales contre la profanation par n’importe quel sioniste. [Applaudissements.] [Et comment leur combat] a-t-il aussi pu conduire à la destruction des chars Merkava, qui sont un objet de fierté pour l’industrie israélienne ; endommager les hélicoptères israéliens jour et nuit ; et transformer les brigades d’élite – je n’exagère pas et vous pouvez regarder et lire les médias israéliens – en rats effrayés par nos fils [Comment est-ce arrivé] alors que vous étiez abandonnés par les Arabes et le monde à la lumière de la division politique (la solidarité humaine était cependant profonde) autour de vous ?

Comment ce groupe de moudjahidines a-t-il pu vaincre cette armée sans le soutien et l’aide de Dieu tout-puissant ? Cette expérience de résistance, qui doit être transmise au monde, dépend – sur le plan moral et spirituel – de la foi, de la certitude, de la confiance [en Dieu] et du désir de faire des sacrifices. Elle dépend aussi de la raison, de la planification, de l’organisation, de l’armement et, comme on l’a dit, de toutes les mesures de protection possibles. Nous ne sommes ni une résistance désorganisée et sophiste, ni une résistance clouée au sol et qui ne voit que ce sol devant elle, ni une résistance dans le chaos. La résistance pieuse, qui dépend de Dieu, aimante et compétente est aussi la résistance consciente, sage, formée et équipée qui a des plans. C’est le secret de la victoire que nous célébrons aujourd’hui, mes frères et sœurs. »

Ces mots pourraient aussi être utilisés pour décrire la relativement petite force d’intervention russe en Syrie. En fait, on pourrait faire de nombreux parallèles entre le rôle du Hezbollah et sa position au Moyen-Orient et le rôle et la position de la Russie dans le monde. Et bien que tous deux soient bien entraînés, bien armés et bien commandés, c’est leur puissance spirituelle qui décidera du résultat des guerres menées contre eux par l’hégémon. Les laïques anglosionistes ne le comprendront jamais – ils ne peuvent pas – et cela entraînera leur chute inévitable. La seule question est celle du prix que l’humanité devra payer pour que le dernier Empire finisse par mordre la poussière.

The Saker

Cette analyse a été écrite pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker fancophone

Lire la suite

Demandez-vous :  » Sommes-nous les méchants ? ». Par R.Lesnoix

18 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Demandez-vous :  » Sommes-nous les méchants ? »

image: https://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2018/04/mechants-disney-carriere-1728x800_c.jpg

Demandez-vous :  » Sommes-nous les méchants ? »

Par R.Lesnoix

On peut reprocher aux Britanniques beaucoup de choses mais pas leur sens de l’humour. Il y a quelque temps, j’ai vu un sketch des comédiens Mitchell et Webb. Ils ont joué deux soldats allemands, assis dans une place fortifiée, appréciant le calme relatif du moment. Ils étaient habillés en uniformes SS. Dans cette manière typiquement britannique d’entamer une conversation embarrassante, l’un d’entre eux commence à parler de leurs uniformes. Il a remarqué quelque chose d’étrange, quelque chose d’anormal. Leurs uniformes ont des crânes accrochés dessus. Alors il demande à l’autre pourquoi cela. Dans la discussion qui suit, ils essaient de trouver des associations positives avec les crânes. Ils essaient de trouver une raison valable pour laquelle leurs uniformes auraient des crânes accrochés. Quand ils ne parviennent pas à le faire et ne pouvant que créer des associations négatives, le premier regarde l’autre dans les yeux et demande avec hésitation « Sommes-nous les méchants (ou les mauvais gars) ? »

C’est un sketch drôle, en partie parce qu’avec notre connaissance et la morale d’aujourd’hui, l’idée de deux SS se demandant s’ils sont les méchants est presque grotesque. Bien sûr, ils sont les méchants ! « Comment pouvaient-ils ne pas savoir qu’ils étaient les méchants ? » Beaucoup auront cette pensée dans leur cerveau d’une manière ou d’une autre. Cette pensée est généralement posée comme une question rhétorique car c’est si évident que ceci ne nécessite aucune autre délibération. C’est une erreur cependant. C’est une question très sérieuse. Elle a besoin d’être explorée parce qu’elle touche à la racine de la raison pour laquelle les hommes de bien sont capables de faire ou de soutenir le mal. Alors explorons-la. Pourquoi les Allemands ne se considéraient-ils pas comme les méchants ?

Commençons par les crânes. Mettre des crânes sur des uniformes n’était pas une pratique réservée aux SS. C’était une vieille coutume dans l’armée allemande et avant cela dans l’armée prussienne. Les hussards, par exemple, en mettaient sur leurs chapeaux. Une des raisons pour lesquelles les SS l’utilisaient était de puiser dans cette Histoire, afin de ne pas se présenter comme un phénomène complètement nouveau, mais plutôt comme une perpétuation de vieilles traditions allemandes, ou en quelques sortes, c’était une façon pour eux de se donner une légitimité dans la société allemande. Gardez en mémoire cette astuce qu’est d’essayer de ressembler à quelque chose que vous n’êtes pas. Les Allemands n’étaient pas les seuls à utiliser cela ; ce n’était pas non plus une pratique purement militaire. Car si les crânes, à eux tout seul, dénotent le « mal », que dire alors de la société « Skull and Bones » (Crâne et Os), qui comptait parmi ses membres de nombreux élément de l’élite américaine, voire mêmes d’anciens présidents ? Les crânes ont eu de nombreuses significations symboliques tout au long de l’histoire humaine. Juger l’utilisation historique avec une vision étroite et contemporaine conduirait à des conclusions erronées. Ainsi, la présence de crânes sur leur uniforme n’était pas pour leur signifier être les méchants. Malheureusement, cette vision simpliste, en particulier celle qui juge l’autre avec son propre point de vue limité, est courante. Il vous suffit de pointer un aspect très spécifique et facilement identifiable, comme « mauvais » de votre point de vue, en ignorant le contexte, et hop vous obtenez vos méchants. Étant donné que nous sommes conditionnés par une vision dichotomique du monde, cela vous permet aussi d’avoir vos bons gars. Car si un côté est mauvais, l’autre doit être bon, n’est-ce pas ?

Pour les Allemands dans les années 1930, il était loin d’être évident qu’ils étaient les méchants. Ils avaient perdu la première guerre mondiale, une guerre qui, selon eux, leur avait été imposée par d’autres pays. Ils avaient demandé un armistice et avaient cru à la promesse d’un règlement équitable mais avaient ensuite été trahis à Versailles. Certains, peut-être la plupart, croyaient que la guerre n’avait pas été perdue au front par l’armée mais plutôt à cause des politiciens sans scrupules. Après tout, l’armée n’avait-elle pas défait les Russes sur le front Est ? L’Allemagne a perdu définitivement des parties significatives de ce qu’elle considérait comme son ‘Heimat’ (patrie) tandis que d’autres parties étaient occupées par les alliés. Les réparations exorbitantes qu’ils ont été forcés à payer ont conduit le pays vers la misère économique. En d’autres termes, les Allemands se sentaient en grande partie victimes de l’injustice. Ils se sentaient volés, menacés, trahis et lésés. Donc, quand quelqu’un est venu et a œuvré pour corriger les choses, ils ont alors marché avec lui. L’économie s’est améliorée, le chômage a baissé, la stabilité politique est revenue, l’armée a été renforcée, les parties perdues du ‘Heimat’ ont été retrouvées et un règlement avec les Soviétiques a été conclu. De leur point de vue, c’étaient de bonnes choses, des réalisations dignes, même si elles avaient des aspérités. Lorsque la deuxième guerre mondiale a éclaté, il est également facile d’imaginer que cela a été perçu par les allemands comme une réaction des puissances occidentales à la résurgence de l’Allemagne en tant que puissance continentale. C’était juste une nouvelle phase dans un jeu politique vieux de plusieurs siècles. Cette fois-ci cependant, la manière dont le conflit s’est déroulé était beaucoup plus sombre, les civils devenant la cible de manière très directe. Je vous ferais grâce de développer la suite car l’Histoire est connue de tous.

Quand la guerre s’est enfin arrêtée, les Allemands ont été, collectivement, blâmés pour les crimes et les atrocités de leur gouvernement. Pour la plupart d’entre eux, ils ont été choqués. Certains étaient même dans le déni et ont refusé d’accepter ces crimes comme vrais. Pourtant, la plupart les acceptèrent, surtout quand se sont répandues les histoires de soldats qui avaient servi sur le front de l’Est ou comme troupes d’occupation. Compte tenu de ce qu’ils avaient vu et fait, les camps ne semblaient pas si farfelus. Quoique que certains se sont disputés sur les détails de ce qui s’est passé là-bas et sur les chiffres exacts, et certains le font encore, cependant il n’y a aucun doute sur la brutalité et le meurtre à grande échelle qui ont eu lieu. Le traitement réservé aux citoyens soviétiques ordinaires et aux prisonniers de guerre soviétiques, témoigne de la nature perverse du régime nazi. Notez que cela ne signifie pas que leurs adversaires étaient purs comme la neige. Quels que soient les méfaits et les crimes commis par les Alliés et les Soviétiques, ceux-ci ne justifient pas ou n’excusent pas ce que les Allemands ont fait, de quelque manière que ce soit. Cependant, il était plus facile de les voir comme les méchants et par inférence, eux-mêmes comme les gentils.

Les Allemands ont fait valoir qu’ils ne savaient pas ce qui se passait, et que ce sont d’autres Allemands qui sont à blâmer, «Wir haben es nicht gewusst». Mais en regardant à l’échelle de ce qui s’est passé, nous nous demandons comment ils ne pouvaient pas savoir. Il y avait beaucoup de signes, beaucoup de preuves, sans parler de toute la rhétorique publique que leurs dirigeants avaient utilisée. Comment pouvaient-ils ne pas réaliser ce qui se passait ? Comment pouvaient-ils ne pas connaître la nature meurtrière de leur état ? Le contre-argument contre le peuple allemand peut être paraphrasé ainsi : »vous auriez pu savoir et vous auriez dû savoir » en ajoutant ceci : « regarder ailleurs pour ne pas voir ce qui se passe, n’absout pas de la culpabilité. » Et à vrai dire, après la guerre, le peuple allemand a porté collectivement cette culpabilité. Ils ont réalisé à quel point ils avaient été mauvais. Mais ils ont aussi lutté avec la question de savoir comment cela s’était glissé sur eux. Comment ont-ils pu être si aveugles ? Les individus qui s’étaient toujours considérés comme de bonnes personnes avaient été égarés et étaient devenus plus que des méchants, ils avaient soutenu et facilité le mal. Et cette question est cruciale. Si cela peut arriver aux Allemands, cela peut arriver à d’autres aussi. Comme l’a dit Herman Goring, « vous n’avez pas besoin de l’appui de la majorité de la population, vous n’avez besoin que d’environ 5% d’entre eux du moment où c’est le bon 5% ». Cela vous semble-t-il familier ?

Il est facile de pointer du doigt quelques individus coupables mais finalement il faut un état avec tous ses attributs pour commettre des atrocités à cette échelle. Et ce ne sont pas seulement les Allemands qui ont été pris au dépourvu. Regardez comment les autorités locales des pays conquis ont coopéré avec les autorités d’occupation. La police locale a appliqué les politiques allemandes sans trop de résistance. Ils ont coopéré pour combattre les mouvements de résistance et pour arrêter ceux que les Allemands voulaient. Les gens ont tendance à suivre l’autorité institutionnalisée sans remettre en question sa légitimité morale. Sa légitimité morale est assumée car presque tout le monde se considère, individuellement et collectivement, comme le bon gars, quel que soit le collectif spécifique avec lequel s’identifier. Étant donné que nous sommes tous membres de collectifs différents à un moment donné, il est facile d’utiliser, consciemment ou inconsciemment, un collectif dont l’autorité morale est évidente pour nous-mêmes. Nous confondons alors l’image que nous avons de notre moralité avec la moralité des institutions qui régissent notre vie quotidienne.

Beaucoup dans le monde occidental s’admettent comme chrétiens par exemple ; et la croyance et la moralité chrétiennes sont au-delà de tout doute pour eux. Il devient donc facile de se dire : « En tant que chrétiens, nous avons la haute morale. Alors évidemment, nous (nos institutions / gouvernements) sommes les bons gars ». En Occident, nous nous considérons aussi comme des démocraties et nous élevons cela sur le plus haut des piédestaux. « Nous sommes des démocraties, la forme de gouvernement la plus juste et par conséquent, nous détenons la haute morale, donc nous (nos institutions / gouvernements) sommes les bons gars ». Plus abstraite encore est la notion, qu’en Occident, nous sommes «libres» et avons donc l’autorité morale sur les pays où «le peuple» n’est pas «libre». Nous croyons que cela nous donne un haut niveau moral, alors évidemment, nous (nos institutions / gouvernements) sommes les bons. Nous sommes devenus des chiens de Pavlov de la morale.

 Planter une soi-disant noble cause devant nous et alors toute action, toute action entreprise par nous (nos institutions / gouvernements) devient instantanément justifiée quelle que soit la moralité de cette action elle-même. Nous avons tué, directement ou indirectement, des enfants non pas par centaines, non pas par milliers, non pas par dizaines de milliers mais par centaines de milliers au cours des dernières décennies pour rendre le monde «libre» et «sans danger pour la démocratie». D’une manière ou d’une autre, cela nous convient. Mais quand notre propre gouvernement nous dit qu’Assad a tué des enfants avec des armes chimiques, alors, aucune preuve (réaction de Pavlov) n’est requise et nous acceptons que quelque chose soit fait. Pourquoi ? Parce que nous (nos institutions / gouvernements) sommes les bons et nous avons été conditionnés à penser que les bons ne mentent pas. Malgré tous les mensonges dont nous avons été témoins, nous les considérons toujours comme des incidents, et non comme la règle. Nous continuons à considérer que ce sont des individus qui ont menti ou mal fait. « Tony Blair a menti au Royaume-Uni dans la guerre en Irak ». Non, en vérité, tout le monde a menti. Tout le système est corrompu, pas seulement les individus. Le système règle et change les individus, et non l’inverse. Nous justifions notre croyance en nos autorités en disant que si ce n’était pas vrai, quelqu’un parlerait ; des mensonges si gros ne peuvent pas tenir le coup. Mais quand des gens parlent, nous les ignorons ou les ridiculisons, les qualifiant de « complotistes ». Et d’une manière suspecte, un certain nombre d’entre eux ont des accidents de voiture, se suicident, sont à bord des avions qui s’écrasent, subissent un cancer ou sont victimes de vols qui tournent mal. L’échelle de notre auto-illusion est époustouflante.

Pour les Allemands pendant et avant la seconde guerre mondiale, une association similaire a pris racine. Ils ont eu l’impression d’avoir été lésés à bien des égards après la première guerre mondiale et, en tant que victimes de cette guerre, ils essayaient seulement de redresser ces torts. Donc, pour eux, l’autorité morale leur appartenait évidemment, peu importe ce qu’ils faisaient (leurs institutions / gouvernement). Ils se voyaient comme les gentils. Pour une période, tout au plus, ils ont reconnu des limites, mais pas assez pour remettre en question l’autorité morale de ce qu’ils (leurs institutions / gouvernement) faisaient. Attachez à quelqu’un ou à une institution l’autorité morale absolue et les portes aux meurtres de masse et les atrocités deviennent grandes ouvertes. L’observation la plus connue de Machiavel est le mécanisme de «l’objectif justifie les moyens» en tant qu’outil politique. Mais cela s’applique également à la moralité. Si les gens sont convaincus de leur propre supériorité morale, ils cessent de s’interroger sur leurs actions. Toute action est alors autorisée. Or l’autorité morale ne repose jamais sur une simple croyance, un jugement ou une conviction. Ce n’est pas absolu, ce n’est pas indiscutable. La morale d’une personne est révélée par ses actions et par ses inactions, et non par sa croyance. Rappelez-vous que détourner les yeux pour ne pas être confronté à des réalités désagréables n’est pas une excuse valable pour revendiquer l’innocence. Ne pas agir est aussi un choix moral. Ne pas remettre en question vos hypothèses est également un choix moral. «Dieu est de notre côté», ou son équivalent, a été prononcé par à peu près tous les protagonistes d’une guerre à un moment donné, même lorsque les parties belligérantes étaient exactement de la même religion. Maintenant, en regardant en arrière, cela semble aussi absurde que nos deux membres de la SS se demandant s’ils sont les m    chants. Mais quand vous ne remettez pas en question l’autorité morale, quand vous l’assumez simplement, les deux font parfaitement sens.

Cela soulève la question du comment les gens à l’avenir porteraient-ils leur regard sur nous et sur notre époque historique ? Je suis un citoyen d’un des pays occidentaux qui se considère comme libre, démocratique et fondé sur l’autorité morale judéo-chrétienne. Mes concitoyens et concitoyennes se considèrent comme les gentils. C’est tellement enraciné dans la conscience nationale que cela ressemblerait à un super-dogme. Par implication, ils considèrent ce que fait leur gouvernement, surtout à l’international, comme moralement bon. « Ils sont nous et puisque nous sommes bons, il en est de même pour eux ». Et pourtant, au niveau national, ils dénoncent, en grand nombre, les hommes politiques et les partis politiques, comme étant corrompus, égoïstes et élitistes. Les partis politiques traditionnels dans la plupart des pays occidentaux sont en train de chuter dans les sondages car ils ne représentent pas le peuple, mais roulent pour leurs propres poches et leurs intérêts supranationaux. Les électeurs affluent «en masse» vers les partis dits populistes qu’ils soient à gauche ou à droite du spectre politique. Nous dénonçons l’Union Européenne comme totalement antidémocratique et dirigée par des technocrates qui sont à la merci des grandes entreprises. De moins en moins de gens parmi nous, se considèrent comme des chrétiens ; et même quand nous le faisons, c’est une sorte de transposition édulcorée et vague sans beaucoup de substance ou de moralité claire. La tendance consiste à se fondre dans la masse et à épouser ses convictions. Toutes les croyances et convictions sont supposées égales. Dites cela aux adeptes de Kali (et vous entendrez du pas). Et bien que nous remettions en question les fondements mêmes de nos propres libertés, notre propre démocratie et notre propre moralité chrétienne, nous croyons toujours que nos gouvernements nationaux et supranationaux et leurs institutions représentent en quelque sorte la liberté, la démocratie et l’autorité morale. Nous pensons toujours que nous sommes, individuellement et collectivement, les bons. Nous semblons incapables de séparer l’image morale de l’individu et la moralité de l’État. Et pourtant, cela nous saute déjà à la figure.

Le nombre de personnes qui sont mortes en Irak, depuis l’agression de l’Occident qui a commencé en 1990, a été estimé à plusieurs millions. Les sanctions économiques imposées par l’Occident entre la première et la seconde guerre du Golfe ont coûté environ 1,5 million de vies irakiennes, dont environ 500 000 enfants. Face à ces chiffres, Madeline Albright, ancienne représentante des États-Unis à l’ONU, a déclaré que «cela en valait la peine». Hillary Clinton a eu un commentaire similaire. Je ne connais aucun leader occidental qui à l’époque a condamné ou dénoncé cela et qui a reconnu nos actions comme immorales et fausses. Je pourrais continuer avec de nombreux exemples de la façon dont nos politiques occidentales ont entraîné des pertes massives de civils, y compris des enfants, au cours des dernières décennies. Si cela ne vous amène pas à remettre en question la morale, rien ne le fera. Donc, si vous ne posez pas de questions maintenant, vous devriez peut-être vous demander pourquoi et prendre le temps d’examiner la question.

Quant à moi, je me considère doté d’un caractère moral élevé. J’y ai réfléchi longuement et durement. Je sais démêler le vrai du faux ou du moins je pense que je le peux. Il est toujours délicat de confronter ses propres hypothèses. Je considère que ce que font nos gouvernements occidentaux est très, très mauvais. Je perçois ce conflit entre moi en tant qu’individu et moi en tant que membre d’une société heureuse qui pourtant, selon mon sens individuel de la moralité, fait le mal. Mais quand je regarde autour de moi dans ma vie de tous les jours, je ne le vois pas. La plupart des gens sont comme moi. J’ai l’impression de m’y intégrer. La vie est belle et fascinante. Pain et jeux pour tous. Mais quand j’élargie le scope et vois ceux que nous laissons nous représenter, je frémis. Et j’ai mal à l’estomac. Pour moi, il n’y a aucun doute. Les futurs historiens nous regarderont et s’interrogeront avec étonnement. Ils nous demanderont pourquoi nous avons enfoui notre tête dans le sable si profondément, pourquoi nous n’avons pas reconnu les signes que nous voyions. Pourquoi nous n’avons pas interpelé nos dirigeants sur leurs actions et attitudes immorales. Ils vont demander « comment n’ont-ils pas pu savoir qu’ils étaient les méchants? ». Parce que nous le sommes. Tant que nous regardons ailleurs et ne faisons rien, nous sommes aussi coupables. Nous cautionnons le système et cela me comble de honte. Tant que nous maintenons notre illusion et refusons de reconnaître que nous ne sommes en fait pas les sociétés libres et démocratiques que nous prétendons être et tant que nous ne faisons rien à ce sujet, nous sommes aussi blâmables que nos gouvernements.

_________________________________________________

  1. Lesnoix est un citoyen engagé qui a grandi pendant la guerre froide sous la peur constante des armes nucléaires. Il est consterné par la direction que prennent les démocraties occidentales.

_____________________________________________

En réponse à une lectrice qui écrit :

«Bravo! Merci d’avoir si bien exprimé ce que je ressens. Mais quand je regarde autour de moi, je ne m’y retrouve pas. J’essaie d’inciter les gens à voir les choses et à en assumer la responsabilité et je finis par être cataloguée et considérée comme une conspirationniste, ou pire comme une hideuse et mauvaise compagnie « , R. Lesnoix répond :

« En relisant mon texte, je vois que je n’étais pas clair sur ce point. Quand je mentionne que les gens autour de moi sont comme moi et que je sens que cela correspond à ma vie quotidienne «normale». Quand je m’occupe de mes affaires quotidiennes, tout ce dont j’ai parlé semble loin et facile à ignorer. Vous ne le voyez tout simplement pas autour de vous, alors vous avez l’impression que tout va bien dans nos occidentales « terres de lait et de miel ». Pour moi, le contraste entre ici et ce que nous faisons à l’étranger est si sévère que cela me rend très mal à l’aise. Je suis devenu si alerte qu’il me semble qu’autour de moi dans ma vie quotidienne, je ne vie que dans une illusion. C’est difficile à décrire exactement. Disons que c’est mal en quelque sorte.

Mais vous avez raison de dire qu’il est difficile de parler de choses de cet ordre. Il y a très peu de personnes dans ma vie personnelle avec qui je peux parler ouvertement de cela sans une sorte de répercussion. Qu’on le veuille ou non, le porteur de mauvaises nouvelles, a tendance à être quelque peu blâmable de confronter quelqu’un avec ce qu’il préfère ignorer. Tout ce que je peux dire est que vous devriez choisir vos batailles et de commencer par des petites. Ne montrez pas tout, tout de suite. Soulignez les petites contradictions et les hypocrisies. Ne raconter pas aux gens ce que vous savez mais demandez-leur. Posez des questions comme « Pourquoi critiquez-vous tout ce que nos politiciens / médias font au niveau national, mais les croyez toujours quand ils blâment les autres pays ? » C’est déjà beaucoup que de pouvoir initier les gens à cela. Essayez de les amener à réfléchir par eux-mêmes et à poser leurs propres questions. Ils doivent commencer par le doute. Vous ne pouvez pas les jeter dans l’eau profonde puis attendre qu’ils flottent tout de suite, et encore moins à nager seuls. Amenez-les à douter d’une chose qu’ils ont toujours supposée comme étant hors de doute et à partir de là, travaillez-les étape par étape. Prenez votre temps et donnez-leur le temps de méditer et de travailler leurs propres opinions dans leur propre tête. Ce sont des choses auxquelles la plupart des gens ne pensent généralement pas. Et ne supposez pas que vous avez raison à propos de tout. Après tout, quand il s’agit de la moralité ou du bien et du mal, une grande partie repose sur des opinions et non sur des faits. Essayez d’établir un dialogue et soyez prêt à accepter d’être en désaccord sur certaines questions. »

 source : http://thesaker.is/ask-yourselves-are-we-the-bad-guys/

Traduit par Eva PSALOM pour Réseau International


En savoir plus sur https://reseauinternational.net/demandez-vous-sommes-nous-les-mechants/#sfX5gfvVfvbspi5k.99
Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>