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Le blog de Lucien PONS

la syrie - la libye - l'iran -

La prévisible défaite de la France au Moyen-Orient

9 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine, #ISIL, #Daesch, #La France, #L'OTAN., #AMERIQUE

La prévisible défaite de la France au Moyen-Orient

par Thierry Meyssan

Alors que la signature de l’accord entre Washington et Téhéran se rapproche, Thierry Meyssan retrace et analyse la politique de François Hollande au Proche-Orient de soutien aux monarchies du Golfe et à l’apartheid israélien. De manière incontestable, il montre que cette politique, contraire aux valeurs de la République et aux intérêts de la Nation, sert exclusivement les ambitions personnelles de quelques individus et du groupe social qu’ils représentent.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 8 juin 2015

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Le 6 juillet 2012, le criminel de guerre Abou Saleh (Brigade Farouk) était l’invité spécial du président François Hollande (le jeune homme de face, assis sur le côté de la tribune, à la droite de la photo). Il avait dirigé l’Émirat islamique de Baba Amr et fait égorger en public plus de 150 personnes.

Élu en mai 2012 président de la République française, François Hollande aura imposé à son pays une orientation de politique étrangère entièrement nouvelle. Le fait qu’il se soit présenté comme un homme de gauche a masqué aux yeux de ses concitoyens que ce haut-fonctionnaire tournait le dos aux intérêts de la Nation, à son histoire et à sa culture, et plaçait l’État au service d’un groupuscule de grands bourgeois néo-conservateurs.

Le changement du printemps 2012

Alors que durant sa campagne électorale, il avait semblé ouvert à toutes les analyses, s’entourant de plusieurs groupes de réflexion concurrents, il devait mettre bas son masque dès sa prise de fonction, le 15 mai. Ainsi plaçait-il son mandat sous les auspices de Jules Ferry. Avec subtilité, il affirmait honorer le fondateur de l’école laïque et obligatoire et non pas le théoricien socialiste de la colonisation. Pourtant, la laïcité de Ferry ne visait pas à garantir la liberté de conscience, mais à extirper les enfants des mains de l’Église catholique et à les former, sous l’autorité des « hussards noirs », pour en faire la chair à canon de ses expéditions coloniales.

Le 6 juillet, il réunissait à Paris une coalition d’États auto-proclamés « Amis de la Syrie », pour saboter l’accord de Genève et relancer la guerre contre la Syrie. Symboliquement, il saluait les « démocrates » (sic) du Conseil national syrien, une organisation fantoche composée par le Qatar en s’appuyant sur la société secrète des Frères musulmans. Il se pavanait aux côtés du criminel de guerre Abou Saleh qui avait dirigé l’Émirat islamique de Baba Amr et fait décapiter plus de 150 de ses compatriotes. Il prononçait alors un discours, écrit en anglais par ses mentors, puis traduit en français.

Dans la foulée, le 22 juillet, il affirmait solennellement que la France était comptable des crimes commis par le gouvernement illégitime de Philippe Pétain envers les citoyens juifs. En d’autres termes, le haut-fonctionnaire Hollande posait la supériorité de l’État sur la République.

J’écrivais alors que François Hollande, prenant la succession de Philippe Pétain, avait offert la France aux puissants du moment et renouait avec la politique coloniale [1]. Considérant que mon exil politique m’avait fait perdre le sens de la mesure, beaucoup décidèrent d’ignorer ce qu’ils considéraient comme une outrance.

Aussi ai-je été soulagé en lisant le dernier ouvrage du démographe Emmanuel Todd, Qui est Charlie ?, dans lequel il s’emploie à analyser comment et pourquoi l’électorat actuel du Parti socialiste est l’héritier des « Maréchalistes » [2]. J’ai toujours éprouvé une forte admiration pour cet intellectuel qui est parvenu à montrer l’impact inconscient des systèmes familiaux sur l’histoire. Étant étudiant en sciences politiques, j’avais dévoré sa thèse montrant que la division du monde durant la Guerre froide correspondait en réalité aux structures familiales des peuples. Cartes à l’appui, il observe qu’aujourd’hui, l’électorat du Parti socialiste, largement déchristianisé, a perdu ses repères et se replie sur lui-même. Il avait déjà analysé le ralliement de la classe dirigeante autour du culte de l’euro, c’est-à-dire de la loi du plus fort dans l’espace européen. Il conclue que le Parti socialiste a vendu le pays à l’étranger avec l’approbation d’un électorat de possédants.

Jacques Audibert, François Hollande et le général Benoît Puga en réunion à l’Élysée.

L’équipe de François Hollande

Le changement de politique étrangère voulu par le président de la République s’appuie sur une analyse simple : les États-Unis ayant moins besoin du pétrole du Golfe ont annoncé leur intention de faire pivoter leur dispositif militaire vers l’Extrême-Orient. En soutenant Washington à la manière d’un Tony Blair sur la scène internationale, François Hollande pourrait prendre la place que les États-Unis laissent vacante dans le Golfe et bénéficier d’argent facile.

C’est en toute logique que le Qatar —c’est-à-dire Exxon-Mobil, la société des Rockefeller— a largement financé la campagne électorale de François Hollande [3]. Ce don illégal au regard du droit français ayant été négocié par Laurent Fabius, M. Hollande, une fois élu, le désigna ministre des Affaires étrangères malgré leur vieille rivalité.

La cour effectuée par François Hollande auprès de ses généreux mécènes du Golfe s’accompagne d’un soutien appuyé à l’État d’Israël. On se souvient que le président Charles De Gaulle avait rompu avec cet État colonial, en 1967, affirmant que la France, qui s’était alliée avec lui pour contrôler le Canal de Suez et lutter contre l’indépendance de l’Algérie, ne pouvait plus le faire une fois qu’elle avait renoncé à son Empire. Le président Hollande choisit, au contraire, de déclarer en hébreu lors de son arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv, en novembre 2013 : « Tamid écha-èr ravèr chèl Israël, je suis votre ami et je le serai toujours » [4].

Pour mettre en œuvre son virage, le président a constitué une équipe autour de deux personnalités d’extrême-droite : son chef d’état-major privé, le général Benoît Puga, et son conseiller diplomatique, Jacques Audibert.

Le général Benoît Puga est un ancien de « la coloniale » (infanterie de Marine). Chrétien lefebvriste, il ne fait pas mystère de son admiration de l’ancien archevêque de Dakar et de sa détestation de la Révolution française. Entre deux messes à Saint Nicolas-du-Chardonnet, il a dirigé les Opérations spéciales et le Renseignement militaire. Il avait été nommé à l’Élysée par le président Nicolas Sarkozy et, fait sans précédent pour cette fonction, a été incorporé dans son cabinet par son successeur.

Jacques Audibert est souvent qualifié par ses anciens collaborateurs d’« Américain avec un passeport français », sa dévotion à l’impérialisme états-unien et au colonialisme israélien étant bien plus grande que son respect pour la République française. Il a joué un rôle central dans le blocage durant des années des négociations 5+1 avec l’Iran. Il espérait être nommé représentant permanent de la France à l’Onu, mais a finalement rejoint le président Hollande à l’Élysée.

Lorsqu’il était directeur des Affaires politiques au Quai d’Orsay, Jacques Audibert a systématiquement éliminé les diplomates arabisants en commençant par les plus compétents. Les plus prestigieux ont été exilés en Amérique latine. Il s’agissait certes d’éliminer tout soutien aux Palestiniens pour satisfaire les colons israéliens, mais aussi et surtout d’en terminer avec des siècles de « politique arabe de la France » de manière à laisser tomber les alliés traditionnels et à se rapprocher des milliardaires du Golfe, malgré leurs dictatures et leur fanatisme religieux.

Cette évolution, aussi surprenante soit elle, correspond à ce que François Hollande avait annoncé, il y a plusieurs années. Reçu le 30 novembre 2005 par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), il avait alors déclaré, selon le procès-verbal de séance : « Il y a une tendance qui remonte à loin, ce que l’on appelle la politique arabe de la France et il n’est pas admissible qu’une administration ait une idéologie. Il y a un problème de recrutement au Quai d’Orsay et à l’ENA et ce recrutement devrait être réorganisé » [5].

Le fond de la pensée Hollande

François Hollande a exprimé le fond de sa pensée en évoquant la Résistance. Il a défini ce concept lors de la panthéonisation de quatre grandes figures de la Résistance française, le 27 mai dernier, en excluant les communistes de son hommage.

La Résistance française a inspiré des États et des milices qui, aujourd’hui, disent non à l’occupation de leur terre et à la soumission à un régime d’apartheid. En hommage à leurs prédécesseurs français, ils ont défini leur alliance comme l’« Axe de la Résistance ».

Mais aux Palestiniens, François Hollande a dénié le droit de résister et, dans la droite ligne de l’armistice de 1940 les a enjoints de « négocier » (sic). Il a fait qualifier le Hezbollah de « terroristes » par l’Union européenne, comme Philippe Pétain fit condamner Charles De Gaulle à mort pour « terrorisme » [6]. Il a livré la guerre aux Syriens et a imposé un siège économique aux Iraniens.

Après le président israélien Shimon Peres par vidéo-conférence, François Hollande a été le second chef d’État non-musulman invité à une séance du Conseil de coopération du Golfe.

François Hollande et les dictateurs du Golfe

Durant les trois dernières années, la France a bénéficié du soutien d’Hillary Clinton et du général David Petraeus pour les États-Unis, d’Exxon-Mobil et de son État privé le Qatar, et enfin de la famille des Séoud et de l’État privé auquel elle a donné son nom d’« Arabie saoudite ».

La France a pu ainsi lancer une seconde guerre contre la Syrie et l’Irak en déplaçant des dizaines de milliers de mercenaires venus du monde entier, dont quelques milliers de Français. Elle porte ainsi une responsabilité primordiale dans les centaines de milliers de morts qui ont endeuillé le Levant. Bien sûr, tout cela a été fait sous couvert d’aide humanitaire à des populations martyrisées.

Officiellement, cette politique n’a pas encore donné ses fruits. La Syrie est toujours en guerre et il est impossible d’en exploiter le gaz, bien que les « Amis de la Syrie » (sic) se le soient déjà répartis, en juin 2012 [7]. Par contre,
la France a reçu une commande de 3 milliards de dollars en armement de l’Arabie saoudite pour l’Armée libanaise. Il s’agissait de remercier les Libanais de ne pas avoir enregistré les aveux de Majed el-Majed, l’agent de liaison entre l’Arabie saoudite et al-Qaïda et de remercier les Français de mener la guerre contre la Syrie [8].
la France a vendu 24 Rafale au Qatar pour 6,3 milliards d’euros.

Mais ces méga-contrats ne profiteront pas à la France :
les Israéliens ont opposé un veto à la vente au Liban d’armes capables de leur résister. La France n’a donc été autorisée qu’à fournir pour 700 millions de dollars d’uniformes, de véhicules de service et d’armes de poing. Les 2,3 milliards restants seront des armes dépassées fabriquées en Allemagne de l’Est.
le Qatar a certes acheté des Rafales, mais a exigé en échange que le gouvernement contraigne Air-France a abandonner certaines de ses lignes les plus profitables à Qatar Airways.

De toute manière, même si ces contrats avaient été honnêtes, ils n’auraient jamais remplacé ceux qui ont été perdus par l’acharnement de Jacques Audibert contre toutes sociétés françaises travaillant avec l’Iran, tel Peugeot ou Total, ni par celui du général Benoît Puga pour faire détruire toutes les usines françaises installées en Syrie.

Le 30 juin, malgré l’opposition de Benjamin Netanyahu et de François Hollande, et leurs multiples tentatives de sabotage, John Kerry et Mohammad Javad Zarif devraient signer d’une part un accord multi-parties sur le nucléaire et, d’autre part, un accord bilatéral de cessez-le-feu régional.

L’accord Washington-Téhéran

Malgré les efforts de l’équipe Hollande en général et de Jacques Audibert en particulier, l’accord négocié entre les États-Unis et l’Iran devrait être signé le 30 juin 2015. On se reportera à mes articles antérieurs sur les conséquences de ce texte [9]. D’ores et déjà, il apparaît que les deux grands perdants seront le peuple palestinien et la France. Le premier parce que plus personne ne défendra son droit inaliénable au retour et la seconde parce qu’elle aura associé son nom à trois ans d’injustice et de massacres dans cette région.

Cette semaine, le 2 juin, le secrétaire d’État adjoint, Antony Blinken, est venu co-présider à Paris une réunion des 22 États membres de la Coalition internationale anti-Daesh. Contrairement à ce qu’en a dit la presse française, il ne s’agissait pas d’organiser la riposte militaire aux chutes de Ramadi et de Palmyre ; le Pentagone n’a pas besoin de réunir ses alliés pour savoir ce qu’il doit faire. Non, le sujet était de faire avaler son chapeau au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et de lui faire accepter l’accord irano-états-unien. Ce qu’il a été contraint de faire.

La signature de l’accord était menacée par la chute de Palmyre qui coupe la « route de la soie », c’est-à-dire la voie de communication entre l’Iran d’un côté, la Syrie et le Hezbollah de l’autre [10]. Dans le cas où Palmyre resterait aux mains des jihadistes (c’est-à-dire des mercenaires luttant contre l’« Axe de la Résistance » [11]), Téhéran ne pourrait pas transporter son gaz et l’exporter vers l’Europe et n’aurait donc aucun intérêt à s’entendre avec Washington.

Le secrétaire d’État adjoint Antony Blinken a donc informé l’assistance qu’il avait autorisé l’« Axe de la Résistance » à amener en Syrie des troupes fraîches pour vaincre Daesh. Il s’agit en l’occurrence de 10 000 Gardiens de la Révolution, qui viendront renforcer l’Armée arabe syrienne avant le 30 juin. Jusqu’ici les Syriens se défendaient seuls, uniquement avec le Hezbollah libanais et le PKK turc, mais sans troupes russes ou iraniennes, ni milices irakiennes.

Antony Blinken a également informé ses interlocuteurs qu’il avait été conclu avec la Russie un accord autorisant la tenue d’une conférence de paix sur la Syrie, sous les auspices des Nations unies au Kazakhstan. Il a exigé que Laurent Fabius signe une déclaration finale acceptant le principe d’un gouvernement syrien désigné par « consentement mutuel » entre l’actuelle coalition au pouvoir (Baas et PSNS) et ses différentes oppositions, qu’elles soient à Paris ou à Damas.

Après s’être fait remonter les bretelles, M. Fabius a ravalé son slogan « Bachar doit partir », a admis que le président el-Assad terminerait le mandat pour lequel son peuple l’a largement élu, et s’est piteusement rabattu sur un « Monsieur Bachar (sic) ne sera pas l’avenir de la Syrie ».

Dans trois semaines, le roi devrait être nu. En signant ensemble, Washington et Téhéran réduiront à néant les calculs de François Hollande, du néoconservateur Jacques Audibert et du néo-fasciste Benoît Puga.

Thierry Meyssan

[1] « La France selon François Hollande », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 juillet 2012.

[2] La majorité des Français qui soutinrent l’armistice de Philippe Pétain n’étaient pas des fascistes, mais des « Maréchalistes ». Traumatisés par la boucherie de 14-18, ils se réfugiaient derrière l’autorité du vainqueur de Verdun pour justifier leur refus de combattre l’envahisseur nazi.

[3] « François Hollande négocie avec l’émir de Qatar », Réseau Voltaire, 31 janvier 2012.

[4] « Déclaration de François Hollande à son arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv », par François Hollande, Réseau Voltaire, 17 novembre 2013.

[5] « France : le Parti socialiste s’engage à éliminer les diplomates pro-arabes », par Ossama Lotfy, Réseau Voltaire, 9 janvier 2006.

[6] « L’UE assimile la Résistance libanaise à du terrorisme », Réseau Voltaire, 22 juillet 2013.

[7] « Les « Amis de la Syrie » se partagent l’économie syrienne avant de l’avoir conquise », par German Foreign Policy, Horizons et débats (Suisse), Réseau Voltaire, 14 juin 2012.

[8] « Le silence et la trahison qui valaient 3 milliards de dollars », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 janvier 2014.

[9] Voir notamment : « Que deviendra le Proche-Orient après l’accord entre Washington et Téhéran ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 mai 2015.

[10] « La chute de Palmyre renverse l’équilibre géopolitique au Levant », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 mai 2015.

[11] « Les jihadistes au service de l’impérialisme », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er juin 2015.

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Le Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR propose:une lettre à adresser au président Hollande pour sauver l’état laïque syrien.

8 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Politique étrangère, #La République, #La nation ., #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La paix, #Comité pour une Nouvelle résistance

Le Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR propose:une lettre à adresser au président Hollande pour sauver l’état laïque syrien.

Bonjour à toutes et tous,

Les informations que nous recevons de Syrie ne sont pas bonnes, même si elles ne sont peut-être pas encore, à cette heure, désespérées. Apparemment, les Russes évacuent Tartous. Sous les feux croisés des « rebelles » plus ou moins extrémistes soutenus par l’Occident, de Daesh, des mercenaires stipendiés par les régimes sunnites du Golfe, l’armée loyaliste fléchit.

Aujourd’hui, l’Etat syrien, est encore représenté par le Parlement, le chef de l’Etat Bachar el Assad, et les représentants régionaux, élus à la suite des réformes constitutionnelles réalisées depuis 2011, le gouvernement d’union nationale actuel, l’armée et l’administration loyalistes qui, si elles n’étaient pas soutenues fortement par la population syrienne depuis quatre ans, auraient été volatilisées depuis longtemps. Cet Etat a permis – y compris sous ses précédentes constitutions moins démocratiques – à une multitude de confessions, ou de philosophies, de cohabiter en Syrie dans des conditions enviables, et à une moitié de la population, les femmes, de vivre dignement.

Les conditions d’un massacre de masse et de crimes contre l’Humanité sont plus réunies encre qu’avant le massacre de Srebrenica.

C’est pourquoi il me semble que nous devons manifester d’urgence notre exigence d’une position digne de la France dans cette affaire : sauver l’Etat laïque syrien et assurer lalibre détermination du peuple syrien à l’abri des fomenteurs de guerre et de chaos.

Ci-joint une proposition de lettre ouverte à retravailler sans doute, mais il y a urgence… Il faudra la faire signer par un maximum d’organisations et associations ; et appeler en la publiant avec le plus d’éclat possible tous les Républicains à se joindre à l’initiative.

Bien cordialement,

Guy Martin

Le Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR propose:une lettre à adresser au président Hollande pour sauver l’état laïque syrien.

Lettre à imprimer et à adresser au Président Hollande.

[mon nom] ____________________________

[mon prénom] ____________________________

[mon adresse] ____________________________

[mon adresse, suite] ________________________

[C.P. et commune] ________________________

le ________________2015

à

Monsieur le Président de la République

Palais de l’Élysée

55, rue du faubourg St Honoré

75008 PARIS

Monsieur le Président de la République,

Les informations que nous recevons de Syrie ne sont pas bonnes, même si elles ne sont peut-être pas encore, à cette heure, désespérées. Apparemment, les Russes évacuent Tartous. Sous les feux croisés des « rebelles » plus ou moins extrémistes soutenus par l’Occident, de Daesh, des mercenaires stipendiés par les régimes sunnites du Golfe, l’armée loyaliste fléchit.

Aujourd’hui, l’État syrien, est encore constitué par un Parlement, un chef de l’État, Monsieur Bachar el Assad, et des représentants régionaux, élus à la suite des réformes constitutionnelles réalisées depuis 2011, un gouvernement d’union nationale, ainsi qu’une armée et une administration qui, si elles n’étaient pas fortement soutenues par la population syrienne, auraient été volatilisées depuis quatre ans. Cet État a permis – y compris sous ses précédentes constitutions, moins démocratiques – à une multitude de confessions et de philosophies de cohabiter en Syrie dans des conditions enviables au regard de ce qui se passe dans la plupart des pays du Proche Orient. Cette cohabitation a été possible et reste possible parce que l’État syrien peut aujourd’hui encore être considéré comme laïque. Il permet à toutes les religions de s’exprimer dans le respect du principe qui les a suscitées : relier les humains entre eux et avec les mystères qui les dépassent. Cet État laïque permet aussi de vivre et de penser à ceux qui ne croient pas. Il permet surtout à la moitié de la population syrienne, les femmes, de vivre dans des conditions dignes de l’humanité.

Malheureusement, l’actualité nous avertit sans aucune ambiguïté de ce qui se passera si l’État syrien est détruit comme a été détruit l’Etan libyen. Je sais, vous savez Monsieur le Président de la République, que se produiront des massacres de masse, des crimes contre l’Humanité, et que ces horreurs se perpétueront longtemps dans le chaos qui suivra. Les conditions propices à de tels crimes sont beaucoup plus manifestes encore que dans les mois qui ont précédé le massacre de Srebrenica lors du démembrement de l’ex-Yougoslavie.

Je ne veux pas que la France, que son Président de la République, puissent être accusés de non-assistance à un peuple en danger.

C’est pourquoi Monsieur le Président de la République,

Au nom des liens anciens qui unissent la France au monde arabe et à la Syrie, qui est un berceau de notre civilisation, au nom des valeurs les plus élevées qui font le génie de la France aux yeux du monde, je vous demande d’agir concrètement, par tous les moyens mis à votre disposition de par vos responsabilités, pour dans un premier temps maintenir l’État syrien, et dans un second temps lui garantir de pouvoir poursuivre pacifiquement la transition amorcée par les réformes qu’il a mises en œuvre depuis 2011, dans le respect du principe d’autodétermination des peuples, vers le régime que les Syriens auront librement choisi.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, au profond respect que je dois à la fonction qui vous est confiée, et à celle de mon engagement déterminé au service de la France.

Carte postale à éditer pour envoyer à l'Elysée.

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Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré Appel pluraliste, par Comité Valmy.

6 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La France, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Russie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

 
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Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré
Appel pluraliste

samedi 6 juin 2015, par Comité Valmy

Appel pluraliste :

Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Le 21 mai 2015 à l’Assemblée Nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’OTAN n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie.

 

Les initiateurs du présent appel de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement, qu’en effet aujourd’hui, cette organisation n’a plus de raison d’être.

 

L’OTAN s’est en réalité élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays.

 

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique.

 

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-Unis et soutenue par l’UE, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement hostile à la Russie avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique antirusse provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale éventuellement nucléaire.

 

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les Etats Unis avec la complicité des Etats vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne.

 

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive et l’usage d’armement nucléaire en premier, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur tout le globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington.

 

En réalité, les États-Unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français.

 

Nous appelons à la dénonciation par la France de son appartenance au traité de l’Atlantique Nord et au retrait de ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être !

 

Paris le 1er juin 2015

***

Cet appel est ouvert à la signature des citoyens et organisations qui souhaitent contribuer à cette initiative. Il est initié par le Comité Valmy ainsi que par des militants, des personnalités et des organisations de sensibilités diverses de l’arc républicain.

 

Note Importante :
 

Le forum interactif de notre site est l’objet d’une attaque permanente et invasive de spams. En conséquence, il est souvent fermé et inaccessible afin de limiter les dégats.
Utiliser pour signer, l’adresse courriel ci-dessous ainsi que pour les messages : merci de spécifier vos nom, prénom, lieu de résidence et si vous le souhaitez, votre sensibilité politique.
.

 

Contact et signatures :

Utiliser provisoirement cette adresse :

info@comite-valmy.org


Appel pluraliste pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré Premières signatures :

Comité Valmy
Collectif Résistance et renouveau gaullien
Pôle de Renaissance Communiste en France
Mouvement pour un socialisme du 21ème siècle
Comité pour une Nouvelle Résistance – CNR
Association NordSudPatrimoineCommun
Mouvement Républicain de Salut Public.
Comaguer
Editions Démocrite

• Michel Debray, vice-amiral en 2ème section, ancien président de l’Institut Charles de Gaulle
• Claude Gaucherand Contre-Amiral (2S)
• Philippe de Saint Robert – Gaulliste - Ecrivain
• Albert Salon, docteur d’Etat ès lettres, ancien ambassadeur
• Michel Peyret Ancien Député de la Gironde
• Jean-Claude Ramos - Comité Valmy – Ancien Député (ps) de la nation.
• Sylvain Roger ex. Secrétaire général de la CGT Renault Billancourt
• Richard Labévière – Journaliste – Ex rédacteur en chef à Radio France internationale (RFI).
• Alain Corvez - Conseiller en stratégie internationale – Résistance et Renouveau Gaullien
• Pierre Lévy – Rédacteur en chef de BRN Ruptures
• Claude Beaulieu Président du Comité Valmy
• Henri Temple Universitaire, Avocat, Ecrivain
• Bernard CONTE – Comité Valmy - Economiste politique – Bordeaux
• Alec Bizien, Professeur au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris, 91090 LISSES - ancien élu communiste
• Domenico Losurdo - Philosophe - Université de Urbino
• Yvon Grinda – MRC 06 –co-fondateur du Comité Valmy
• Jean-Pierre Page, Syndicaliste
• Jean Géronimo - Docteur en Économie - Spécialiste des questions économiques et géostratégiques russes - Université Pierre Mendès France, Grenoble II
• Jean-Claude Théodore – Gaulliste – Comité Valmy
• Thierry Meyssan – Réseau Voltaire
• Jean Lévy, Ancien responsable CGT – Comité Valmy
• Claude et François Roddier – Comité Valmy – Astro-Physiciens, retraités
• Chantal Dupille (dite eva R-sistons), journaliste-écrivain-blogueuse
• Marie Christine Vendeville – Militante Communiste -Paris
• Christian Teyssandier – Chevènementiste – Comité Valmy
• Robert Clavijo – Ecologiste – Responsable d’association souverainiste – 34 Béziers
• Bassam Tahhan - Professeur de lettres arabes, islamologue et politologue.
• Jean-Pierre Robert - Palestine Solidarité
• Mireille Delamarre pour Planetenonviolence
• Lucien Pons – Président du Comité Nouvelle Résistance - CNR
• Yves Vargas – Philosophe –
• Bernard Genet – Militant anti-impérialiste
• Geneviève Blache – Comité Valmy – Animatrice de Résistance et Renouveau Gaullien
• Jacques Maillard – Comité Valmy – Physicien
• Danielle Lapierre – Militante associative
• Alexandre et Marie-José Moumbaris – Démocrite
• Alain Pruvost – Chevènementiste – Vallauris 06 – Co – fondateur du C.E.P.N.S
• Patrice Hemet – Mouvement pour un socialisme du 21ème siècle
• Bernard Trannoy administrateur site www.pcfbassin.fr
• Christian Schneider – Mouvement pour un socialisme du 21ème siécle
• Thierry Delbos – Responsable souverainiste – Clermont-Ferrand
• Robert Hadjaj –Président du Mouvement Républicain de Salut Public
• Isabelle Voltaire – Comité Valmy – Militante laïque
• Bruno Afeuille – Patriote républicain
• Raphaël Berland – Cercle des volontaires
• Michel DUPUY, cadre retraité, syndicaliste - Thiais (Val de Marne)
• Charles GILBERT – enseignant de philosophie retraité
• Bernard Pignault - du Comité Nouvelle Résistance - CNR
• Valentin Martin – Comité Valmy
• Armand Legay – Le Havre – Sociologue – Comité Valmy
• Hervé FUYET - 92240 Malakoff
• Frédérik Brandi – Comité Valmy 06
• Evelyne Janvier – militante républicaine et patriote
• Thierry Laronde - Gaulliste – Comité Valmy– 74000 Annecy
• René Isnard - Comité pour une Nouvelle Résistance – CNR
• Christiane Debrabant, 1820 Montreux/Suisse, retraitée, souverainiste
• Claude DEROUDILHE - 75004 PARIS
• Gilles Gomel
• Bernard Maillard - Je rejoins votre appel pour que la France sorte de l’OTAN
• CHAUVET Pascal - CDR-RUE33
• Georges Barthélemy (gaulliste) Je signe l’appel pour la dénonciation du traité de l’Atlantique nord. NB. Je suis favorable aussi à la dénonciation des traités constitutifs de l’Union Européenne.
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Les Etats-Unis détruiront-ils l'islam de l'intérieur ?

29 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL, #le nazisme, #AMERIQUE, #La France, #L'OTAN.

Les Etats-Unis détruiront-ils l'islam de l'intérieur ?

Le 24 mai 2015

Interview du professeur Bassam Tahhan par Frédéric Saillot pour Eurasie Express le 24 mai 2015, au lendemain de la prise de Palmyre par l'organisation terroriste Etat islamique.

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Les wahhabites rêvent de passer au nucléaire (au sens propre, [si on peut dire, NdT])

28 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La guerre, #Daesch, #ISIL

Les wahhabites rêvent de passer au nucléaire (au sens propre, [si on peut dire, NdT])

Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – 22 mai 2015 – Source : Asia Times Online

La possibilité bien réelle d’un accord sur le nucléaire entre l’Iran et le P5+1 pourrait se concrétiser dans quelques semaines, soit le 30 juin.

Que fomente pendant ce temps la maison des Saoud, cette paranoïaque incurable? Mettre le grappin sur une bombe nucléaire pour faire contrepoids à la bombe iranienne fictive que Téhéran, par la voix de son guide suprême, l’ayatollah Khamenei, n’a jamais cessé de condamner comme non islamique, et qu’il ne pourrait de toute façon obtenir avec les inspections rigoureuses prévues dans l’accord définitif.

 

L’habituel ancien responsable du Pentagone a révélé dans un journal de Rupert Murdoch que la maison des Saoud s’apprêterait à se procurer une bombe nucléaire prête à l’emploi auprès du Pakistan. Le choix du journal n’est pas le fruit du hasard, quand on sait que le prince Al-Walid ben Talal est l’un des principaux actionnaires de News Corporation.

Le Pourquoi maintenant? de la fuite est l’évidence même, mais le Qui a fait ça? est plus nébuleux.

Au moment même où les wahhabites à Riyad caressent l’idée de passer au nucléaire (au sens propre), leurs frères coreligionnaires en Syrak ont lancé une offensive nucléaire (au sens figuré) et accumulent victoire après victoire sur le terrain. On n’a qu’à penser à l’attaque contre Palmyre, ce joyau dans le désert syrien datant de l’époque de la Route de la Soie, et à la chute de Ramadi, dans l’ancien triangle de la mort en Irak.

La bombe iranienne n’a jamais vraiment été un enjeu pour les administrations qui se sont succédé aux USA. Il s’agissait davantage d’un prétexte utile pour mettre en boîte, harceler, sanctionner et isoler la République islamique, l’ancien gendarme du Golfe à l’époque du chah. Le gouvernement des USA a toujours su qu’on pouvait se procurer des bombes nucléaires sur le marché noir. Que Téhéran puisse se doter d’une arme nucléaire n’avait donc aucune importance.

Il se pourrait que la maison des Saoud (pourrait étant ici le mot clé) possède déjà une bombe depuis un bon bout de temps déjà, pour faire équilibre à Israël. Elle pourrait aussi avoir payé Islamabad pour se la procurer. Mais il n’existe aucune preuve concluante.

Ce qui est sûr, c’est que la bombe iranienne (fictive) crée une convergence de vues entre la maison des Saoud, les autres sbires du Conseil de coopération du Golfe et, fait décisif, le gouvernement israélien extrémiste et fondamentaliste de Bibi Netanyahou, qui la considèrent tous comme une menace existentielle à leur survie.

Le problème, c’est que nous ne pouvons nous permettre de considérer ce genre de choses comme une simple forme de surréalisme géopolitique. Selon un mythe tenace (très populaire dans les officines à Washington), Riyad jouit d’un certain crédit auprès d’Islamabad, car la maison des Saoud a investi des milliards de dollars au cours des années 1970 dans le programme nucléaire pakistanais, pour faire contrepoids au programme nucléaire indien.

En décembre 2011 déjà, la maison des Saoud annonçait publiquement sa volonté d’obtenir une bombe nucléaire. C’est seulement lorsque des progrès sont intervenus dans les pourparlers en vue d’un accord sur le nucléaire iranien qu’elle a mis la charrue avant les bœufs en tentant d’exercer un contrôle sur la politique étrangère des USA.

Israël s’y est mêlé en novembre 2013, lorsque la BBC a publié un article à propos d’un prétendu accord nucléaire entre Riyad et Islamabad. Un ancien chef des services du renseignement militaire israélien, Amos Yadlin, disait alors que si l’Iran avait la bombe, les Saoudiens n’attendraient pas un mois. Ils ont déjà payé les coûts de la bombe et n’auraient qu’à aller au Pakistan et ramener ce qu’il faut.

Établissons un parallèle avec les propos du rusé prince Turki, l’ex-chef des services secrets saoudiens et pote d’un certain Oussama ben Laden, qui a toujours évoqué la possibilité de nucléariser la maison des Saoud. La dernière fois, c’était en avril dernier, lors de l’ASAN Plenum en Corée du Sud (NdT – Asan Institute for Policy Studies, un think tank coréen) : Ce que les Iraniens auront, nous l’aurons aussi.

Le nouveau Parrain de la bande de Riyad, le roi Salman, voulait qu’Islamabad lui fournisse des troupes pour sa guerre en cours au Yémen. Islamabad a dit non merci. En lieu et place, un accord nucléaire pourrait (pourrait étant une fois de plus le mot clé) avoir été conclu. Évidemment, aucun dirigeant de haut rang à Riyad ou Islamabad n’a confirmé quoi que ce soit.

À surveiller : la carte pakistanaise

Le roi Salman sait très bien que si EIIS/EIIL/Da’ech force un changement de régime en Syrie (ce qui est encore loin d’être gagné), la prochaine cible sera la maison des Saoud.

Il y a aussi Washington qui garde sous le boisseau, après toutes ces années, les fameuses 28 pages caviardées du rapport secret sur le 11 septembre 2001 [qui mettent en cause l’Arabie Saoudite dans l’attentat, NdT]. L’obtention d’une bombe nucléaire pourrait ainsi servir de police d’assurance aussi bien contre Washington que contre la bombe iranienne fictive.

Par delà la propagande, le fait demeure que plusieurs VIP Maîtres de l’Univers en ont soupé de la maison des Saoud dans plus d’un dossier important, à commencer par sa guerre des prix du pétrole qui décime l’industrie du gaz de schiste aux USA.

Ce qui est sûr, c’est que la maison des Saoud ne pourrait passer au nucléaire (au sens propre) sans le feu vert de Washington.

Il faut voir les choses du point de vue du Pakistan pour mieux comprendre. Le numéro un du projet nucléaire pakistanais, A.Q. Khan (avec l’appui d’Islamabad ou, à tout le moins, son assentiment), a déjà vendu de la technologie pour la fabrication d’armes nucléaires à la Corée du Nord, à l’Iran et à la Libye. Pourtant, le montant investi dans le programme nucléaire du Pakistan ne s’élève qu’à 450 millions de dollars. De nombreux analystes pakistanais attribuent ce coût peu élevé non pas à l’aide reçue de la maison des Saoud, mais bien de la Chine.

L’Iran et l’Arabie saoudite comptent parmi les principaux fournisseurs d’énergie de la Chine. L’Iran et le Pakistan seront des joueurs clés dans le projet naissant des Nouvelles Routes de la Soie mené par la Chine. Ce serait totalement insensé de la part d’Islamabad de compromettre ses relations avec Pékin en fournissant une arme nucléaire qui serait utilisée pour menacer un voisin non nucléarisé (l’Iran), qui est non seulement un allié stratégique de la Chine, mais qui jouera aussi un rôle de premier plan pour atténuer les problèmes énergétiques du Pakistan, au moyen du gazoduc Iran-Pakistan, financé en partie par (devinez qui ?) Pékin.

À surveiller : la bataille de Ramadi (version remixée)

Le wahhabisme, tel que pratiqué en Arabie saoudite, ce pays qui décapite à qui mieux mieux, est toujours et continuera d’être, la matrice idéologique de toutes les formes de salafisme djihadiste lâchées dans la nature au Moyen-Orient et au-delà. EIIS/EIIL/Da’ech, qui fait ses choux gras des médias sociaux, en est l’illustration éloquente.

À la grande consternation du monde civilisé, EIIS/EIIL/Da’ech a pris Palmyre, la perle de la Route de la Soie de jadis. L’Unesco est préoccupée. La Maison-Blanche est inquiète. Palmyre est un carrefour stratégique au centre de la Syrie, qui permettra au faux califat de lancer des attaques dans toutes les directions et de harceler les positions du gouvernement syrien dans l’axe vital Damas-Alep. Il a déjà pris le poste-frontière crucial d’al-Walid, en territoire syrien.

En outre, plus du tiers des 200 000 habitants de Palmyre sont déjà devenus des réfugiés. Des centaines ont été pris en otages. Les décapitations macabres se poursuivent. Est-ce que l’Empire du Chaos qui, en théorie, est en guerre contre le faux califat, fait quoi que ce soit pour sauver les ruines romaines inestimables de Palmyre de leur destruction, probablement imminente, par des barbares plongés dans le wahhabisme ? Bien sûr que non !

La même question se pose à Ramadi, capitale de la province d’al-Anbar, à environ 110 km à l’ouest de Bagdad, que les USA n’ont pas perdue parce qu’ils ne l’ont jamais possédée. Pendant que EIIS/EIIL/Da’ech se targuait de sa victoire par mégaphone interposé dans toutes les principales mosquées, le Pentagone décrivait le tout comme un champ de bataille fluide et contesté, en insistant sur son soutien (aux Irakiens) au moyen de la force aérienne.

Zoom sur les convois de Toyotas étincelantes des brutes du califat tout sourire faisant pétarader leurs kalachnikovs sur le champ de bataille fluide et contesté qu’ils viennent de prendre. Le Pentagone aura beau soutenir tout ce qu’il veut au moyen de la force aérienne, mais son bombardement ne nuira en rien à la fluidité. Le Pentagone est à court de cibles. EIIS/EIIL/Da’ech n’est pas une cible facile. Il mène une guérilla asymétrique et n’a aucune peine à se redéployer à la vitesse de l’éclair.

La prise de Ramadi par EIIS/EIIL/Da’ech est le fruit d’une bonne planification stratégique. Elle est symboliquement d’une grande portée, car il s’agit d’une défaite majeure non seulement pour Bagdad, mais aussi pour l’Empire du Chaos, qui dirige de l’arrière, même si Barack Obama, qui ne sait rien de rien, insiste pour dire que nous ne perdons pas la lutte contre le califat.

Le premier ministre irakien Haïder Al-Abadi a fini par saisir la situation. Il a rencontré les dirigeants des principales milices chiites, qui devront faire le gros du travail en traversant l’Euphrate pour tenter de reprendre Ramadi avant que les brutes du califat ne progressent vers la ville sainte de Kerbala, qui abrite le tombeau de l’imam Hussein, le petit-fils martyr du prophète Mahomet. Il s’agit d’une course contre la montre, car EIIS/EIIL/Da’ech pourrait aussi tenter de s’emparer des bases militaires et des dépôts d’armes irakiens se trouvant à proximité.

Quant aux cheikhs des tribus sunnites autour de Ramadi prêtes à combattre le califat, ils ne décolèrent pas, car ils attendent toujours les armes promises par Bagdad. Du reste, personne ne sait pourquoi l’armée irakienne sur place n’a pas reçu d’appui aérien. Des hélicoptères de combat auraient pu pourtant réduire en miettes bon nombre de brutes du califat.

Al-Abadi a fini par agir en levant son interdiction faite aux milices chiites d’aller combattre dans la province irréductiblement sunnite d’al-Anbar. Elles l’avaient pourtant déjà fait en obéissant à un ordre de l’ayatollah Sistani, qu’elles vénèrent.

Au même moment, le chef de la Brigade Badr et commandant en chef des milices chiites, Hadi Al-Amiri, est convaincu que reprendre Ramadi sera plus facile que faire campagne au nord de Bagdad, dans la province de Salah ad-Din, où les milices, de pair avec l’armée irakienne, ont repris Tikrit et Baïiji des mains de EIIS/EIIL/Da’ech. Dans les deux cas, le bombardement de l’Empire du Chaos a joué un rôle minime.

Al-Abadi a également rencontré à Bagdad le ministre iranien de la Défense, le brigadier général Hossein Dehqan. Il a souligné que l’Iran et l’Irak combattaient l’extrémisme terroriste (sunnite), en ajoutant que (fait crucial) nous ne soutenons pas la guerre au Yémen, ce qui place Bagdad en situation de conflit direct avec Riyad.

Il y a encore mieux. Al-Abadi s’est rendu à Moscou, où il espère recevoir un grand soutien, ainsi que des armes. Après tout, EIIS/EIIL/Da’ech compte une abondance de Tchétchènes dans ses rangs. Moscou veut réduire le califat en poussière. Mais comme ce dernier a le vent dans les voiles, la possibilité d’un renouveau djihadiste en Tchétchénie n’en devient que plus menaçante.

La table est donc mise pour la bataille de Ramadi, en version remixée. D’un côté nous avons des milices chiites, des tribus sunnites, le conseiller occasionnel des USA et l’aide discrète de l’Iran et de la Russie. De l’autre, nous avons les brutes du califat, dont bon nombre sont des mercenaires, soutenus généreusement par divers wahhabites fortunés de l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe. Pour l’Empire du Chaos, la tactique du diviser pour mieux régner demeure le nerf de la guerre.

Traduit par Daniel, relu par jj, pour Le Saker francophone

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

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Le califat voulu par les États-Unis, par Manlio Dinucci

28 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France, #L'OTAN., #La mondialisation, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #ISIL, #Terrorisme

Le califat voulu par les États-Unis

Revenant sur les documents disponibles, Manlio Dinucci affirme que sans l’ombre d’un doute
(1) Daesh est fonctionnel à la stratégie des États-Unis au Levant
(2) la CIA arme Daesh pendant que la Coalition internationale dirigée par le Pentagone fait mine de le combattre.
Cependant, son analyse diffère de celle de Thierry Meyssan pour qui Washington a deux fers au feu et choisira au dernier moment lequel lui est le plus profitable. En effet, pour Manlio Dinucci, les États-Unis poursuivent avec détermination l’installation du chaos.
Cette différence de conclusions s’explique par le fait que le consultant Thierry Meyssan observe à la fois les opérations militaires et les tractations en cours, tandis que le géographe Manlio Dinucci se fonde exclusivement sur les rapports de force sur le terrain.

| Damas (Syrie)
 
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Pour prendre Ramadi (Irak), Daesh est arrivé en colonne, une proie facile pour d’éventuels bombardements. Mais, à la surprise générale, la Coalition internationale n’est pas intervenue. Par contre, pour prendre Palmyre (Syrie), Daesh a pris soin de se déplacer en petits groupes coordonnés, rendant impossible une opération aérienne de l’Armée arabe syrienne. À l’évidence, la Coalition internationale n’est pas sérieuse lorsqu’elle prétend combattre les jihadistes et ceux-ci le savent.

Pendant que l’Isis (Daesh) occupe Ramadi, la deuxième ville d’Irak, et le jour suivant Palmyre dans le centre de la Syrie, en tuant des milliers de civils et en en contraignant des dizaines de milliers d’autres à la fuite, la Maison-Blanche déclare « Nous ne pouvons pas nous arracher les cheveux à chaque fois qu’il y a un obstacle dans la campagne contre l’ISIL » [1].

La campagne militaire, « Inherent Resolve », a été lancée en Irak et Syrie il y a plus de neuf mois, le 8 août 2014, par les USA et leurs alliés : France, Grande-Bretagne, Canada, Australie, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Bahreïn et autres. S’ils avaient utilisé leurs chasseurs-bombardiers comme ils l’avaient fait en Libye en 2011, les forces de Daesh, opérant dans des espaces ouverts, auraient été une cible facile. Celles-ci ont au contraire pu attaquer Ramadi avec des colonnes de véhicules blindés chargés d’hommes et d’explosifs. Les USA sont-ils devenus impuissants ? Non : si Daesh avance en Irak et en Syrie, c’est parce qu’à Washington on veut justement cela.

C’est ce que confirme un document officiel de l’Agence de Renseignement du Pentagone (DIA), daté du 12 août 2012, déclassifié le 18 mai 2015 par initiative du groupe conservateur Judicial Watch dans la compétition pour les présidentielles [2]. Il rapporte que « les pays occidentaux, les États du Golfe et la Turquie soutiennent en Syrie les forces d’opposition qui tentent de contrôler les zones orientales, adjacentes aux provinces iraniennes occidentales », en les aidant à « créer des refuges sûrs sous protection internationale ». Il existe « la possibilité d’établir une principauté salafiste en Syrie orientale, et cela est exactement ce que veulent les puissances qui soutiennent l’opposition, pour isoler le régime syrien, arrières stratégiques de l’expansion chiite (Irak et Iran) ». Le document de 2012 confirme que l’Isis (Daesh), dont les premiers noyaux viennent de la guerre en Libye, s’est formé en Syrie, en recrutant surtout des militants salafistes sunnites qui, financés par l’Arabie Saoudite et d’autres monarchies, ont été approvisionnés en armes à travers un réseau de la CIA [3].

Cela explique la rencontre en mai 2013 (documentée photographiquement) entre le sénateur états-unien John McCain, en mission en Syrie pour le compte de la Maison-Blanche, et Ibrahim Al-Badri, le « calife » à la tête de Daesh [4]. Cela explique aussi pourquoi Daesh a déclenché l’offensive en Irak au moment où le gouvernement du chiite al-Maliki prenait ses distances de Washington, en se rapprochant de Pékin et Moscou.

Washington, en déchargeant la responsabilité de la chute de Ramadi sur l’armée irakienne, annonce maintenant vouloir accélérer en Irak l’entraînement et l’armement des « tribus sunnites ». L’Irak est en train d’aller dans la même direction que la Yougoslavie, vers la désagrégation, commente l’ex-secrétaire à la Défense états-unien Robert Gates. Pareil en Syrie, où USA et alliés continuent à entraîner et armer des miliciens pour renverser le gouvernement de Damas. Avec la politique du « diviser pour régner », Washington continue ainsi à alimenter la guerre qui, en 25 années, a provoqué massacres, exodes, pauvreté, au point que de nombreux jeunes ont fait des armes leur métier. Un terrain social sur lequel font prise les puissances occidentales, les monarchies qui sont leurs alliés, les « califes » qui instrumentalisent l’islam et la division entre sunnites et chiites. Un front de la guerre, à l’intérieur duquel il y a des divergences sur la tactique (par exemple sur quand et comment attaquer l’Iran), pas sur la stratégie.

Front armé par les USA, qui annoncent la vente (pour 4 milliards de dollars) à l’Arabie Saoudite de 19 autres hélicoptères, pour la guerre au Yémen, et à Israël de 7 400 autres missiles et bombes, parmi lesquelles celles anti-bunker pour l’attaque de l’Iran.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

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Le captagon, la drogue dure du "djihadisme" en Syrie

28 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #Politique étrangère, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Daesch, #ISIL, #Terrorisme

Le captagon, la drogue dure du "djihadisme" en Syrie

26 mai 2015 

 

© NIKOLAY DOYCHINOV Source: Reuters Des pilules de captagon

 

 

 

 

Une pilule qui permet de combattre sans douleur et sans pitié, tels sont les effets du captagon, la drogue qui fait fureur dans les rangs des combattants djihadistes en Syrie. Au-delà, le trafic de captagon alimente aussi une économie de guerre. C'est une toute petite pilule blanche, anodine en apparence. Pourtant elle est une part importante de la guerre qui se joue actuellement en Syrie.

Le captagon, aussi connu sous le nom scientifique de Fénétylline chlorhydrate, est un psychostimulant puissant de la famille des amphétamines. Elle est tout simplement devenue la drogue quotidienne des combattants djihadistes.

 

© Hosam Katan Source: Reuters Des combattants syriens préparant leurs armes dans la banlieue d'Alep

 

Rien de très religieux donc dans cette substance créée à l'origine pour soigner les troubles de la concentration et la narcolepsie. Le captagon est interdit dans la plupart des pays, y compris en France, où il est classé comme produit stupéfiant.

 

La crise syrienne, une guerre sous psychotropes

 

Mêlé à d’autres drogues, comme du haschich, le captagon est devenu le régime de base des djihadistes sur le front syrien, selon une enquête du Time

 

Ses effets ? Rien de moins qu'une annihilation totale de la peur, de la douleur, de la faim et de la fatigue mais également de toute empathie. Autre effet avidement recherché par les membres d'Al-Nosra, les soldats de l’Armée syrienne libre (ASL) ou encore par ceux de Daesh : une euphorie intense et des vertus aphrodisiaques et hallucinogènes décuplées. 

 

Ces soldats hallucinés en deviennent insensibles à toute violence, celle qu'ils infligent comme celles qui leur est infligée. Ainsi les analyses de la bande son des vidéos de Djihadi John, du nom de ce combattant britannique chargé d’exécuter les otages, indiquent qu'il avait agi sous l’effet d'amphétamines. Des témoignages de combattants kurdes recueillis par le Time font aussi état de djihadistes qui ne finissent par succomber qu'au bout de cinq ou six balles pourtant toutes supposées mortelles. Mais cette drogue n'est pas consommée que par les seuls combattants. Les civils syriens, touchés de plein fouet par la guerre, par ses conséquences psychologiques et économiques, y ont également recours.

 

Le trafic de drogue, l'autre nerf de la guerre

 

Le trafic de captagon tient également une place non négligeable dans le financement de la guerre en Syrie, selon le dernier rapport de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). D'après l'organisme onusien, en 2014, plus de 50 millions de pilules auraient été vendues. Ce business très lucratif rapporte, selon ses estimations, 10 à 20 millions de dollars. Cette drogue s'avère en effet très rentable puisqu'il suffit de quelques milliers de dollars pour produire environ 200 000 pilules, lesquelles rapportent alors plus de 1,2 millions de dollars (un peu plus d'un million d'euros).

 

Du fait de sa position carrefour entre le Moyen-Orient et le Golfe, la Syrie est devenue la plaque tournante du trafic de captagon. Sa destination de prédilection ? L'Arabie saoudite où ce type de drogue est très demandé. La pilule de captagon, qui ne coûte donc que quelques centimes à produire, se revend à hauteur de 20 dollars, soit 18 euros, dans le royaume wahhabite.

 

© Mohamed Al-Sayaghi Source: Reuters Saisie de captagon à Sanaa, Yemen

 

Des sommes faciles à obtenir qui peuvent alors être aisément réinvesties par les groupes djihadistes dans l'achat d'armes. Des revenus qui viennent également s'ajouter à l'argent tiré par ces mêmes groupes de l'exploitation du pétrole syrien et irakien, argent estimé par l'ONU entre 850 000 et 1,65 million de dollars par jour (entre 780 000 et 1,5 millions d'euros).

 

...Trafic des antiquités et du patrimoine culturel, du pétrole, des drogues, des armes ...décidément, c'est bien une "révolution diabolique" ...ou une contre-révolution !

 

LEMONDE.FR | 25.04.06 | 15h18 • Mis à jour le 03.05.06 | 23h50

Jacques Henno, journaliste nouvelles technologies, auteur de "Tous fichés" , mercredi 03 mai 2006

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La stratégie occidentale des escadrons de la mort

27 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Politique étrangère, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Terrorisme

La stratégie occidentale des escadrons de la mort

Le 23 mai 2015 – Source Russia Today

Comment et pourquoi État islamique et al-Qaida sont devenus les troupes de choc de l’impérialisme occidental.

Des membres de EI posent avec McCain. Belle photo de famille n’est ce pas ?

 

L’attentat suicide de vendredi dernier dans une mosquée chiite en Arabie saoudite revendiqué par EI (État islamique), qui a tué 21 personnes, est le résultat amer de la stratégie poursuivie par la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France et leurs alliés du Golfe pendant les huit dernières années.

Cette stratégie, qui consiste à encourager le développement de milices anti-chiites, sectaires et très violentes, dans le but de détruire la Syrie et d’isoler l’Iran, étant elle-même une sous-stratégie dans une guerre plus globale qui cherche à affaiblir toute puissance régionale alliée des BRICS pour l’empêcher de se développer et en particulier, pour le moment, la Russie.

Cette stratégie fut d’abord révélée, en 2007, par un article de Seymour Hersh intitulé The Redirection qui montrait comment l’administration Bush collaborait avec les Saoudiens pour fournir des milliards de dollars à des escadrons de la mort sectaires dont le rôle serait de «déclencher des bombes contre le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l’Iran et les Syriens» selon les mots mêmes d’un fonctionnaire américain.

21 morts après l’attentat suicide contre une mosquée chiite en Arabie saoudite, ISIS revendique

D’autres preuves montrant plus précisément comment cette stratégie se développait ont depuis été révélées. La plus récente, datant de lundi dernier, se trouve dans la centaine de pages déclassifiées par la Defense Intelligence Agency (DIA) américaine à la suite de deux années de bataille juridique.

Ces documents montrent que l’apparition d’EI, loin d’être un événement imprévisible sorti de nulle part comme les médias essaient de nous le faire croire, était en réalité attendu et désiré par les États-Unis et leurs alliés, depuis au moins 2012.

Ce rapport de la DIA, à l’époque largement diffusé parmi les différentes agences de sécurité et militaires, note : «Il y a la possibilité d’établir une principauté salafiste, déclarée ou pas, dans l’est de la Syrie et c’est exactement ce que voudraient les puissances qui soutiennent l’opposition [à Assad], de manière à isoler le régime syrien qui est considéré comme fournissant une profondeur stratégique à l’expansion chiite (Irak et Iran).» Et plus loin : «Les puissances qui soutiennent l’opposition [à Assad, NdT]» sont définies comme étant «les pays occidentaux, les états du Golfe et la Turquie».

Autrement dit, une principauté salafiste, c’est-à-dire constituée de militants anti-chiites, était exactement ce que désirait l’Occident pour sa guerre, non seulement contre la Syrie mais aussi contre l’expansion chiite en Irak aussi. Il est même spécifiquement reconnu que «al-Qaida en Irak [le groupe ayant donné naissance à EI] pourrait aussi déclarer un état islamique en réunissant les différentes organisations terroristes opérant en Irak et en Syrie».

Un médecin légiste recherche des preuves sur le site de l’explosion d’une bombe dans une mosquée dans la capitale du Yémen Sanaa le 22 mai 2015. (Reuters / Khaled Abdullah)

La précision de ces documents déclassifiés est étonnante. Ils précisent non seulement que les groupes terroristes soutenus par Londres et Washington en Syrie allaient s’unir avec ceux en Irak pour créer un état islamique mais aussi les dimension exactes de cet état, en reconnaissant que les salafistes, les frères musulmans et al-Qaida en Irak sont les forces principales menant l’insurrection en Syrie et donc que les conséquences d’un tel fait seraient de «créer les conditions idéales pour qu’al-Qaida en Irak retourne à ses racines à Mossoul et Ramadi. »

Mossoul a été prise par EI en juin 2014 et Ramadi vient de tomber cette semaine.

Ces derniers mois, on a vu l’Occident et ses alliés régionaux intensifier fortement leur aide aux escadrons de la mort anti-chiites. En mars, l’Arabie saoudite a commencé à bombarder le Yémen à la suite des avancées des rebelles Houthis (chiites) dans ce pays. Les Houthis, la seule force digne de ce nom à combattre al- Qaida dans ce pays, leur avaient repris des points stratégiques et les menaçaient dans leurs derniers retranchements. C’est alors que les Saoudiens ont commencé leur bombardements, avec l’assentiment américain et anglais. Naturellement, et sans surprise, al-Qaida en a été le principal bénéficiaire, a pu respirer un peu et même reprendre certains territoires perdus comme l’important port de Mukulla, moins d’une semaine après le début des bombardements saoudiens.

Un combattant d’ISIS dans les ruines de Palmyre après la prise de contrôle de la ville

Al-Qaida a aussi marqué des points en Syrie, s’emparant, le mois dernier, de deux villes importantes dans la province d’Idlib, grâce au soutien militaire turc, qatari et saoudien. Parallèlement, la Grande-Bretagne menait la danse pour pousser à une nouvelle intervention militaire en Libye, sous le prétexte d’une «guerre contre la contrebande» qui, comme je l’ai déjà argumenté, finira par renforcer les groupes les plus vicieux impliqués dans ce trafic, c’est-à-dire EI et al-Qaida.

Pourquoi donc cette soudaine impatience de la part de l’Occident et ses alliés de renforcer son aide à al-Qaida/EI ?

A cause de la répulsion grandissante face aux activités de ces escadrons de la mort. Ne correspondant plus à l’image de vaillants résistants contre l’oppression de la dictature Assad tels qu’ils étaient décrits en 2011, leur rôle de troupes de choc dans la stratégie du divise et ruiner ne promettant plus que violence et nettoyage ethnique, était devenu de plus en plus visible. De plus, la période entre mi 2013 et mi 2014 avait été témoin d’un reflux significatif de l’avantage tactique de ces groupes.

Reflux qui a commencé en juillet 2013 avec le renversement du président égyptien Mohamed Morsi à la suite de craintes qu’il n’envoie l’armée égyptienne pour aider la rébellion syrienne. Le nouveau président égyptien a mis un terme non seulement à cette éventualité mais aussi au flux de mercenaires égyptiens vers la Syrie. L’Occident espérait intervenir dans la foulée en effectuant des raids aériens contre le gouvernement syrien, mais les tentatives de s’assurer l’accord iranien et russe n’a mené à rien et ils ont été forcés d’y renoncer.

Puis vint la chute d’Homs en mai 2014 lorsque le gouvernement syrien reprit une place forte des mains des rebelles. Les choses tournaient donc à l’avantage du gouvernement syrien. C’est alors qu’EI entra en scène et avec lui le bon prétexte pour les raids aériens qui n’avaient pu se faire l’année précédente.

Pendant ce temps, en Libye, le parti des escadrons de la mort avait perdu les élections pour la chambre des députés de juin 2014. Leur refus d’accepter cet échec entraina un nouveau chapitre dans le désastre de la Libye post-Kadhafi car ils mirent en place un pseudo gouvernement rival à Tripoli et lancèrent une guerre contre le parlement légitime. Pourtant, en conséquence du massacre d’Égyptiens par EI en Libye, l’Égypte apporta son soutien aérien au gouvernement légitime. Elle envisage même un soutien terrestre.

Perdant du terrain au Yémen, en Libye, en Égypte et en Syrie, toute la stratégie occidentale d’utilisation de salafistes armés comme outil de déstabilisation commençait à perdre de son efficacité. Dieu merci, certaines personnes à certains postes continuent à faire des plans, ceux de EI.

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

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Pourquoi tolère-t-on le vandalisme de Daech ? Palmyre, Ninive … Daech et la légende de Gilgamesh.

27 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #L'OTAN., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La guerre

Pourquoi tolère-t-on le vandalisme de Daech ?

Ce vandalo-daechisme a commencé en fait avec le musée de Bagdad et le site de Babylone en 2003 que les USA avaient sur leurs listes fournies par l'UNESCO juste avant leur agression. ...Ils sont entrés dans la ville, ont protégé le ministère du pétrole mais ont laissé entrer au musée des vandales qui ont détruit quelques oeuvres pour la télé et pillé les autres ...qui se sont retrouvées sur le marché noir mondial des antiquités. Même chose ensuite en Libye puis en Irak, au Mali et en Syrie avec Daech et les autres abrutis hypocrites. Daech détruit les pays de vieille culture au profit des nouveaux riches parvenus américano-saoudites, il vandalise quelques oeuvres pour la télé et les films d'horreur, et écoule sur le marché noir mondial à prix cassé, les autres antiquités et le pétrole.

Privatisation des antiquités pour le marché mondialisé avec concurrence libre et non faussée i Daech et les autres tueurs néo-islamistes décervelés, c'est la franchise des USA et d'USraël dans la région arabe. En un jour Gaza a été plus bombardée que Daech en un an ! Alors l'hypocrisie a assez duré ! Daech, c'est USA/USraël/OTAN ! ...Il est vrai les Saoud mis au pouvoir par les Anglais avaient déjà commencé en détruisant le patrimoine historique de La Mecque et Médine...et maintenant en bombardant les vieilles mosquées datant de la période prophétique et les mausolées du Yemen.

Palmyre, Ninive … Daech et la légende de Gilgamesh

 

par Ahmad Ben Saada (Universitaire-Canada),

avec l’aimable autorisation de l’auteur et de la revue Afrique Asie (afrique-asie.fr)

La prise de la ville antique de Palmyre (Syrie), le 21 mai 2015, par l’État "islamique" trois mois après la destruction des vestiges de la cité biblique de Ninive (Irak) pose le problème de la conformité de la stratégie de Daech avec les prescriptions religieuses musulmanes notamment en ce qui concerne le legs ante-islamique.

Retour sur cette question avec l’universitaire algérien Ahmad Ben Saada (Canada)

 

La démolition n’est que l’apanage des déprédateurs, des faibles et des insignifiants.

Les compagnons du prophète appréciaient se reposer sous l’ombre des monuments pharaoniques.

«Je remercie Allah de m’avoir créé aveugle de sorte que je ne vois pas vos horribles faces.» Taha Hussein

À force de chercher l’immortalité, Gilgamesh trouva finalement la sagesse.

 

Elle est longue, la liste des dignitaires musulmans, religieux ou politiques, qui, tout au long de l’Histoire, ont contribué à découvrir et sauvegarder les trésors des cultures préislamiques, patrimoine de l’humanité. En les détruisant, les "djihadistes" détruisent leur propre identité. «Je vais présenter au monde celui qui a tout vu/ Connu la terre entière, pénétré toutes choses/ Et partout exploré tout ce qui est caché» Épopée de Gilgamesh.

 

Selon la légende, Gilgamesh était un roi terrible, sanguinaire et cruel. Mû par le désir de se mesurer au monde entier, il était impitoyable pour ses adversaires. Ce sadique souverain n’était qu’un vil tyran qui prenait plaisir à opprimer son peuple au point d’abuser de toute nouvelle mariée la nuit de ses noces. Se voulant l’égal des Dieux, Gilgamesh a longtemps poursuivi sa quête vers l’immortalité, mais en vain…

Cette histoire, «aussi vraie que le ciel est peuplé d’oiseaux et que la mer de poissons» (1), nous est parvenue par-delà les âges, sans prendre une seule ride. La plus vieille œuvre littéraire de tous les temps, gravée en caractères cunéiformes sur une douzaine de tablettes en argile.

Ce joyau de la littérature assyrienne et humaine qui date, selon les spécialistes, du XVIIIe siècle av. J.-C., fut découvert en 1853 au milieu d’une collection de près de 25.000 tablettes d’argile qui constituait la bibliothèque du roi Assurbanipal (VII siècle av. JC) .

La découverte a été réalisée lors de fouilles dirigées par Hormuzd Rassam, le plus célèbre des archéologue irakien, sur le site de l’antique Ninive, dans la banlieue de l’actuelle Mossoul. C’est d’ailleurs dans cette ville du nord de l’Irak qu’est né Rassam, dans une famille chrétienne de père irakien (né à Mossoul) et de mère syrienne (née à Alep). Avec une telle ascendance, Rassam aurait été un parfait citoyen de Daech (acronyme de «Dawla Islamiya fil Iraq wa bilad as Cham») ou, en français, l’État islamique en Irak et au Levant, le Levant (ou Cham) correspondant à l’historique «Grande Syrie». Pour autant, cependant, que les bourreaux de Daech lui aient laissé la vie sauve, car il aurait été certainement doublement jugé pour hérésie: de par sa confession chrétienne et, surtout, pour sa passion envers Ishtar, déesse assyrienne.

Les différentes fouilles menées par Hormuzd Rassam ont permis de mettre au jour plusieurs autres trésors du génie humain, dont le célèbre Cylindre de Cyrus (539 av. J.-C.) qui est considéré comme la «première charte des droits de l’homme». En 1971, ce document gravé sur un cylindre d’argile a été traduit par l’ONU en chacune de ses six langues officielles (2).

Rassam a été initié à l’assyriologie par l’illustre archéologue anglais Austen Henry Layard dont les importantes recherches à Ninive furent consignées dans Les Ruines de Ninive (Nineveh and its Remains, 1849), un vrai best-seller en son époque. Notons que ce grand cunéiformiste a fait ressurgir de la nuit des temps Nimrud (l’antique Kalhu), ville située à une trentaine de kilomètres de Mossoul.

En plus d’inestimables trésors archéologiques, Layard y découvrit la plus ancienne lentille optique jamais fabriquée de main d’homme. Cette lentille datant d’environ 3.000 ans fut examinée par l’éminent physicien écossais David Brewster. Après une minutieuse analyse, le physicien en donna une description détaillée et déclara que l’objet devait être considéré «comme destiné à être utilisé comme une lentille soit pour grossir ou pour concentrer les rayons du soleil». (3)

Que penser alors des actes barbares et «culturicides» de Daech et ses nervis? Peut-on réellement imaginer la construction d’un quelconque «État» sur les décombres des vestiges archéologiques de son propre peuple? Ou en coupant des têtes humaines et en brisant celles en pierre? Ceux-là mêmes qui veulent faire disparaître l’immense culture assyrienne ne se comportent-ils pas pire que le sanguinaire Gilgamesh?

La démolition au bulldozer du site de Nimrud ou à la massue des sculptures du musée de Mossoul est plus qu’un signe d’inculture: c’est la manifestation d’une vision rétrograde de l’être humain et de sa formidable créativité. Il faut se le dire: contrairement à l’édification, la démolition n’est que l’apanage des déprédateurs, des faibles et des insignifiants. Cette folie destructrice qui défie le bon sens est d’autant plus choquante qu’elle se déroule au cœur du croissant fertile, berceau de la civilisation humaine. Tout proche de cette ville de Mossoul d’où étaient importés vers l’Europe ces riches tissus de soie et d’or auxquels Marco Polo donna le nom de «mousseline» (originaire de Mossoul) [4].

Mossoul où est né l’immense Ziryab (789-857), un des fondateurs de la musique arabo-andalouse qui, tout jeune, émerveilla le calife abbasside Haroun al-Rachid. Vers 822, sous le règne de son fils le calife Al-Mamoun (786-833), Ziryab se rendit à Cordoue (Andalousie) où il fut accueilli avec honneur par l’émir Abderrahmane II (792-852).

Il y créa le premier conservatoire de musique d’Europe, révolutionna le chant, la musique ainsi que la mode, le raffinement et les bonnes manières, contribuant de manière incontestable à l’essor sans précédent de la civilisation arabo-musulmane dans le monde (5). De qui donc tiennent ces gens qui se sont installés à Mossoul et qui ont poussé l’offense jusqu’à dynamiter la mosquée du prophète Younes (AS), où se trouve la tombe de ce prophète connu de tous les gens du Livre (6)?

Nombre d’observateurs relient avec raison ces destructions avec celle des bouddhas de Bamiyan perpétrée en 2001 par les talibans afghans, ou celle des mausolées musulmans rasés en 2012 à Tombouctou (Mali) par le mouvement "djihadiste" Ansar Eddine (7).

Et cela aurait pu être pire. En 2012, sous l’administration du président Morsi issu de la confrérie des Frères musulmans, Morjan Salem al-Johary, un leader islamiste égyptien, avait demandé «la destruction du Sphinx et des pyramides de Giza» (8). Et des questions se posent: pourquoi les vestiges archéologiques pharaoniques sont-ils encore actuellement debout, alors que l’Égypte est islamisée depuis le VIIe siècle? Comment se fait-il que tous les dirigeants musulmans qui se sont succédés à la tête de l’Égypte, à commencer par Amr ibn al-As, son premier gouverneur, aient préservé cet inestimable patrimoine de l’humanité? Pour Al-Johary (et probablement pour tous les "djihadistes"), la réponse est simple: les vestiges étaient pratiquement couverts de sable et, à l’époque, il n’existait pas de moyens de destruction efficaces (sic!).

Ce qui est pratiquement faux dans la mesure où même si certains vestiges étaient enfouis sous le sable, les plus imposants ont toujours été visibles, même partiellement. D’ailleurs, les premières fouilles des pyramides sont attribuées au calife Al-Mamoun dont les ouvriers réussissent à pratiquer, en 820, la première ouverture de la grande pyramide de Khéops encore utilisée de nos jours (9). Ajoutons à cela que l’historien, médecin et philosophe arabe Abd al-Latif al-Baghdadi (1162-1321) fit une description détaillée des vestiges pharaoniques. Dans son ouvrage Relation de l’Égypte, considéré comme une des premières œuvres d’égyptologie, il donna moult détails sur la tête du Sphinx, son corps étant à l’époque enseveli sous le sable (10).

Okasha el-Daly, professeur d’archéologie à l’University College de Londres, précise au sujet d’Abd al-Latif qu’il était bien conscient de la valeur de monuments anciens pour étudier le passé et qu’il exprima son admiration à l’égard des dirigeants musulmans pour la préservation et la protection des artefacts et des monuments préislamiques
(11).

De son côté, l’historien égyptien Ahmed al-Makrizi (1364-1442) explique que la mutilation visible actuellement sur le visage du Sphinx est due à un fanatique soufi du nom de Mohammed Saim al-Dahr. Cet incident a été daté par Al-Makrizi vers 780 de l’hégire, c’est-à-dire entre le 30 avril 1378 et le 18 avril 1379 (12). Selon un récit rapporté par l’historien et islamologue allemand Ulrich Haarmann, Al-Dahr fut lynché par les habitants des environs, courroucés par son acte sordide. Ils l’enterrèrent par la suite près du monument qu’il avait saccagé (13).
Cette histoire confirme que non seulement il était possible de détruire les vestiges archéologiques, mais aussi que la population locale ne permettait pas qu’on vandalise impunément ce patrimoine historique.

En plus d’Abd al-Latif et Al-Makrizi, d’autres historiens arabes se sont intéressés aux trésors de l’archéologie égyptienne et en ont donné des descriptions détaillées, non sans une pointe d’émerveillement. Citons, par exemple, Al-Idrissi (mort en 1251) qui a étudié les pyramides de manière systématique et qui a minutieusement décrit l’intérieur de la grande pyramide quatre siècles avant l’astronome anglais John Greaves (1602-1652), qui ne la présenta à l’Occident qu’en 1646, dans son célèbre livre Pyramidographia (14). Et pour contredire les illuminés de Datcha, les dynamiteurs talibans, les démolisseurs d’Ansar Eddine et les "djihadistes" de l’engeance d’Al-Johary, Al-Idrisi mentionna que non seulement les Sahabas (compagnons du prophète Mohamed – SAWS) ne se sont pas attaqués aux monuments pharaoniques, mais qu’ils appréciaient se reposer sous leurs ombres (15).

Il faut reconnaître aussi qu’à travers les siècles, l’ombre des pyramides n’a pas corrompu l’islamité de l’Égypte, bien au contraire. Le «don du Nil» compte actuellement des milliers de mosquées et, surtout, la plus prestigieuse des institutions académiques dédiées aux sciences islamiques du monde, l’université Al-Azhar du Caire (fondée au Xe siècle).

Parmi les innombrables et éminentes personnalités formées par cette vénérable institution, il est intéressant de citer le «doyen de la littérature arabe», Taha Hussein. Aveugle dès son plus jeune âge, il est considéré comme un des plus importants intellectuel arabe du XXe siècle. Après avoir été écarté de son poste comme doyen de la faculté des lettres de l’université du Caire, il y revint en 1936 porté triomphalement à son bureau par des étudiants nationalistes.

Opposés à son retour, des étudiants islamistes scandèrent des slogans belliqueux, le traitant de «doyen aveugle». Il leur répondit: «Je remercie Allah de m’avoir créé aveugle de sorte que je ne vois pas vos horribles faces» (16).

En février 2013, le mémorial de Taha Hussein fut vandalisé dans la ville d’Al-Minya, et son buste a été arraché de son socle. Le forfait a été naturellement attribué aux islamistes égyptiens auprès de qui il n’a jamais été en odeur de sainteté, même de nos jours (17). Après s’être mesuré à toutes les forces de la nature, Gilgamesh se rendit à l’évidence de son inéluctable mortalité. Lui qui se voulait l’égal des dieux comprit que, pour atteindre la gloire éternelle, il fallait réaliser de grandes œuvres humaines. Ainsi, à force de chercher l’immortalité, Gilgamesh trouva finalement la sagesse.

Il est clair qu’aucun mémorial ne sera jamais érigé à la mémoire des coupeurs de têtes et des fossoyeurs de l’Histoire comme Daech et consorts, car, contrairement à Gilgamesh à la fin de son périple, ils se sont cantonnés dans des recoins de l’humanité, trop éloignés de la sagesse, de la vérité et de la sapience.

Leur seule contribution sera probablement de remplacer le mot «vandalisme» par «daechisme». Il va sans dire que le «daechisme» n’a pas pu apparaître et se développer comme une tumeur maligne à croissance fulgurante sans le soutien, l’aide et la connivence des pays occidentaux et arabes, ainsi que ceux voisins de la Syrie et de l’Irak.

Mais ça, c’est une autre histoire…

A propos
  • Ahmed Bensaada, Docteur en physique, enseignant et essayiste, est l’auteur de « Arabesque américaine: le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe » (2011), et coauteur de « La face cachée des révolutions arabes » (2012). Lauréat du prix du Premier Ministre du Canada pour l’excellence dans l’enseignement, il est aussi auteur et coauteur de nombreux ouvrages pédagogiques pour l’enseignement des sciences.
Références
  1. Jean Massin, Don Juan, Éd. Complexe, Bruxelles (1993), p. 85.
  2. Jacques Poulain, Hans-Jörg Sandkühler, Fathi Triki, Justice, droit et justification: perspectives transculturelles, Éd. Peter Lang (2010), p.146.
  3. Sir Austen Henry Layard, Discoveries Among the Ruins of Nineveh and Babylon, Éd. Harper & brothers (1871), p.167.
  4. Philippe Menard, Marco Polo. Le Devisement du monde, Tome 1, Librairie Droz (2001), p.197.
  5. FSTC «Limited, Ziryab, the Musician, Astronomer, Fashion Designer and Gastronome, Muslim Heritage», http://www.muslimheritage.com/article/ziryab-musician-astronomer-fashion-designer-and-gastronome.
  6. Nasma Réda, «Le Patrimoine irakien crie au secours», Al-Ahram Hebdo, 13 août 2014, http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/1037/32/97/6601/Le-patrimoine-iraqien-crie-au-secours.aspx.
  7. Le Monde, «Mali: les islamistes rasent trois mausolées près de Tombouctou», 18 octobre 2012. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/10/18/mali-nouvelle-destruction-de-mausolees-par-les-islamistes-a-tombouctou_1777726_3212.html
  8. Cavan Sieczkowski, «Murgan Salem al-Gohary, Egyptian Jihadist, Wants Pyramids and Sphinx Destroyed», The Huffington Post, 13 novembre 2012, http://www.huffingtonpost.com/2012/11/13/pyramids-sphinx-destruction-murgan-salem-al-gohary-egyptian-jihadist_n_2121446.html?utm_hp_ref=religion.
  9. Giza Pyramid, «A Picture Tour of the Great Pyramid of Giza», http://www.gizapyramid.com/newtour2.htm.
  10. Abd al-Latif al-Baghdadi, Relation de l’Égypte, traduction française, Imprimerie impériale, Paris (1810), pp.179-180.
  11. Okasha el-Daly, Egyptology: The Missing Millennium: Ancient Egypt in Medieval Arabic Writings, Éd. Routledge (2004), p. 10.
  12. Al-Makrizi, Description topographique et historique de l’Égypte, traduction française, Éd. Ernest Leroux, Paris (1895), pp.352-353.
  13. Ulrich Haarmann, «Regional Sentiment in Medieval Islamic Egypt», The University of London’s Bulletin of the School of Oriental and African Studies (BSOAS), vol.43 (1980) p. 55-66, http://journals.cambridge.org/action/displayAbstract?fromPage=online&aid=4120372.
  14. Peter J. Ucko et T. C. Champion, The Wisdom of Egypt: Changing Visions Through the Ages, Éd. Cavendish, Londres (2003), pp. 44-45.
  15. Caleb Heart Iyer Elfenbein, Differentiating Islam: Colonialism, Sayyid Qutb, and Religious Transformation in Modern Egypt, Éd. ProQuest, Ann Harbor (2008), p.126.
  16. Djaber Asfour, «Un feuilleton qui mérite le respect (2)», Al-Ahram, 19 septembre 2011, http://digital.ahram.org.eg/articles.aspx?Serial=639076&eid=444.
  17. Nevine El-Aref, «Is nothing sacred now?», Al-Ahram Weekly, 21 février 2013, http://weekly.ahram.org.eg/News/1533/17/Is-nothing-sacred-now-.aspx.
Version en espagnol

Madaniya - Civique et citoyen. Madaniya s'honore de la responsabilité d'abriter au sein de sa rédaction des opposants démocratiques en exil en provenance des pays du Golfe, dont la contribution se fera, pour des raisons de sécurité, sous le sceau de l'anonymat, par le biais de pseudonyme. Ce site se veut un lanceur d’alerte. Il nourrit l’ambition d’assumer la fonction d’un vigile. Dénoncer et combattre l’instrumentalisation de la religion comme arme de combat politique. Prôner la neutralité de l’Etat, de même que la séparation de la religion de l’Etat. Réclamer un statut civil identique à l’ensemble des concitoyens. Promouvoir la citoyenneté et non l’appartenance communautaire.
Pour aller plus loin
Illustration

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Temple_of_Bel,_Palmyra_15.jpg

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Prise de Palmyre par l'État islamique : pourquoi une telle inaction de la coalition?

25 Mai 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #L'OTAN., #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Terrorisme

Prise de Palmyre par l'État islamique : pourquoi une telle inaction de la coalition?

Prise de Palmyre par l'État islamique : pourquoi une telle inaction de la coalition?

FIGAROVOX/TRIBUNE –

L'État islamique s'est entièrement emparé de Palmyre ce jeudi.

Hadrien Desuin, dénonce l'inaction de la coalition qui préfère sacrifier la cité antique plutôt que d'apporter son concours à Bachar al-Assad.

Ancien élève de l'École spéciale militaire de St-Cyr puis de l'École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d'un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d'Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l'Égypte, réalisé au Centre d'Études et de Documentation Économique Juridique et social (CNRS/MAE) au Caire en 2005. Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Aujourd'hui il collabore à Causeur et Conflits où il suit l'actualité de la diplomatie française dans le monde.

Le 13 mai, l'offensive de l'État islamique débutait à Palmyre, carrefour névralgique du désert syrien et vestige antique d'une civilisation bel et bien disparue. Deux grosses larmes de crocodiles ont coulé sur les joues de Laurent Fabius et François Hollande. Une semaine plus tard, une contre-offensive djihadiste fait reculer l'armée syrienne fidèle à Bachar Al-Assad. Laquelle doit céder à nouveau le nord de la ville après l'avoir repris quelques heures. Les combats continuent, pourtant la coalition anti-Daesh emmenée par les occidentaux détourne pudiquement le regard.

Les combats continuent, pourtant la coalition anti-Daesh emmenée par les occidentaux détourne pudiquement le regard.

Elle continue de bombarder avec succès les positions djihadistes face aux kurdes, hier à Kobané et aujourd'hui à Hassaké, mais Palmyre l'indiffère. Quelques raids aériens bien guidés auraient pu stopper net les colonnes du Djihad. Mais parce que ce sont des alaouites qui résistent à la barbarie, rien ne sera fait.

L'indignation de la communauté internationale est unanime, la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova s'active pour sauver Palmyre. Jack Lang, président de l'institut du monde arabe, a pris les accents des soldats de l'an II sur Europe 1: «il faut massacrer ces massacreurs et sauver Palmyre!» Décidément ses camarades font peu de cas de nos racines gréco-latines. La culture n'a pas d'importance quand les «méchants» la défendent. Comme si l'Occident ne parvenait pas à sortir de son manichéisme pour prendre la moins mauvaise des solutions.

Cette indignation stérile s'explique aisément: la bataille de Palmyre remet en cause le dogme de l'alliance tacite entre Bachar et l'EI. C'est le conte que rabâche depuis quatre ans les chantres de «l'opposition syrienne»: Bachar et l'EI sont alliés, ils sont les deux têtes d'un même hydre bicéphale. Tandis que des combats opposent depuis des années les troupes loyalistes aux soldats du califat à Der Ez Zor, à Damas et ailleurs; tout est fait pour minimiser sinon effacer la part que prend l'armée loyaliste dans la lutte contre Daesh.

Cette indignation stérile s'explique aisément: la bataille de Palmyre remet en cause le dogme de l'alliance tacite entre Bachar et l'EI.

Une fable qui cède le plus souvent à la facilité complotiste: l'EI est une créature de Bachar Al-Assad. Conclusion imparable des derniers rêveurs du printemps arabe: pour vaincre Daesh, il faut renverser Bachar. Et si, après Palmyre, c'était l'État islamique qui renversait Bachar, le maître de Damas serait-il encore coupable?

Parce qu'on préfère sacrifier un pan entier de notre civilisation plutôt que de donner une victoire à Bachar, rien ne sera fait pour sauver Palmyre.

Soucieuse de se montrer réactive, la diplomatie française se hâte lentement. Elle a décidé de prendre une initiative bien de chez nous; Ses partenaires internationaux, dont John Kerry, sont invités le 2 juin à Paris, pour une réunion. Mais que sera Palmyre dans douze jours? Il suffit d'un ordre pour modifier la trajectoire de nos aéronefs qui bombardent l'EI de l'autre côté de la frontière syrienne. On voudrait enterrer Palmyre discrètement qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Parce qu'on préfère sacrifier un pan entier de notre civilisation plutôt que de donner une victoire à Bachar, rien ne sera fait pour sauver Palmyre. Dans une quinzaine de jours, quand nos diplomates se réuniront au quai d'Orsay, les ruines fumantes de la ville porteront d'autres stigmates que celles du temps, celles de la furie et de l'indifférence des hommes, celles des duels d'artillerie. Une deuxième fois, et quelque soit le vainqueur, Palmyre sera détruite.

Hadrien Desuin

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