Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la syrie - la libye - l'iran - tag

Guerre en Syrie et les Brics face aux impérialistes. La Syrie: Importante interview d'Alain Chouet, ancien chef de la DGSE française à Damas

24 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Syrie. Importante interview d'Alain Chouet, ancien boss de la DGSE française à Damas
Interview d’Alain Chouet, ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets, très à jour sur le monde arabo-musulman, interview recueillie par Jean Guisnel, pour Le Point.
lités du droit
Alain Chouet

 

Interview d’Alain Chouet, ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets,

 

Il est très à jour sur le monde arabo-musulman, interview recueillie par Jean Guisnel, pour Le Point.

En résumé : le gouvernement français a perdu la boussole...

 

1/Totalement illégal

Hollande annonce ces livraisons d’armes avec une telle tranquillité qu’on peut en venir à penser que c’est légal, et que c’est juste un choix politique. Non, c’est totalement illégal. Aucun doute.

Le Point.fr : « Est-il opportun que la France livre des armes à l'opposition syrienne ? »

Alain Chouet : « Je suis confondu par cette affaire. On se trouverait complètement en dehors de la légalité internationale, dans une situation sans précédent. Pour prendre une comparaison, c'est comme si la France, en 1992, avait décidé unilatéralement d'armer le GIA (Groupe islamique armé) et le FIS (Front islamique du salut) algériens, sous prétexte qu'ils avaient gagné les élections et que les militaires avaient interrompu le processus électoral.

Dans le cas de la Syrie, nous armerions des groupes non représentatifs et reconnus par personne, si ce n'est par nous ! L’ONU n'a pas reconnu l'opposition, et d'ailleurs, de quelle opposition parlons-nous ? Elle est totalement hétéroclite et divisée, les militaires ne reconnaissent pas l'autorité des politiques et, à l'intérieur de la composante militaire, les milices djihadistes ont pris le pas sur les autres. »

Pour Alain Chouet, parler d’armes « défensives » ou « non létales » n’a pas de sens, parce qu’il s’agit d’armes « offensives », et surtout il souligne « Et je ne sais pas à qui on va les donner... » Il explique que l’Armée syrienne libre (ASL) est composée d'officiers et d'hommes de troupe « qui ont déserté vers la Turquie », laissant la place aux groupes salafistes et aux djihadistes.

Et il insiste : « Je repose donc la question : quelles armes allons-nous donner et à qui ? »

 

2/ Aucun mandat pour renverser Assad

Fabius avait appelé à l’élimination physique de Bachar el-Assad, et maintenant il veut le renverser. Alors ?

Alain Chouet : « Nous n'avons aucun mandat de l'ONU ou de qui que ce soit d'autre, ni de légitimité juridique pour renverser le président Assad quels que soient ses torts. Ce n'est pas aux Français ni aux Anglais de le faire, mais aux Syriens ».

Et il poursuit :

« Dès lors qu'un ministre des Affaires étrangères proclame qu'il va apporter une aide militaire à des étrangers désireux de renverser leur gouvernement, on entre dans une forme nouvelle et dangereuse de l'illégalité internationale »

 

3/ Quel avenir pour la Syrie ? 

Jean Guisnel l’interroge sur son appréciation globale sur la situation. 

Alain Chouet : « Depuis deux ans, la situation s'est gravement dégradée. On est dans un pays dévasté, ruiné, en proie à des affrontements ethniques et confessionnels, où rien ne sera plus jamais comme avant. On est entré dans une logique de guerre civile semblable à celle qui a ensanglanté le Liban pendant 15 ans. Mais je vous le dis nettement : ce n'est pas en armant des salafistes qu'on va arriver à une solution.

D'une façon hypocrite, la France a appelé à une solution négociée en disqualifiant d'emblée une des parties sommée de ne pas se présenter à la table des discussions, en l'occurrence le pouvoir en place. Que reste-t-il alors à négocier ? Depuis le début de cette affaire, on se trouve dans le flou militaire, juridique, politique ou idéologique. J'ai le plus grand mal à m'y retrouver. On est dans une ambiguïté absolue en soutenant en Syrie ceux contre lesquels on lutte ailleurs ».

Là, on touche le fond. Au Mali, un djihadiste est un ennemi, qu’il faut éliminer. En Syrie, c’est un combattant de la liberté, qu’il faut armer. Il y a vraiment de quoi se poser des questions sur nos choix diplomatiques et militaires.

 

Le sommet des BRICS du 28 mars 2012 : la première pierre d’un nouvel ordre économique mondial. 1/2 enjeux

Le sommet des pays Brésil Russie Inde Chine Afrique-du-Sud qui se tient à New-Delhi va probablement donner son lot de surprises et d'initiatives. Quels sont les enjeux de ce sommet ? Quels seront ses résultats ? Réponse dans quelques jours ; En attendant quelques pistes pour décrypter l'inévitable propagande télévisuelle.

Depuis l'élection de Vladimir Poutine comme président de la Russie jusqu'en 2018, l'empire est arrêté. L'état-major américain reconnaît publiquement que les systèmes sol-air S-300PMU2 Favorit (Précision annoncée de 70% de coups au but contre un missile balistique et de plus de plus 80% contre un avion), ne lui permettent plus d'avoir la suprématie aérienne sans laquelle la machine de guerre américaine s'enraye. Le fameux missile tomahawks qui détruit les systèmes radars avant que le ballet commence serait détruit. Ce système est d'une telle précision qu'une armée hésiterait avant d'y envoyer ses avions à 150 millions d'euros pièce pour une nouvelle no-fly zone. L'attitude très volontariste de Poutine laisse peu de doute sur son intention d'en équiper l'Iran (qui en posséderait déjà) si cette crise devait mener à une guerre. de Poutine montre comment il faut agir face à un empire militariste. L'esprit de Munich, les velléités, l'indécision, les concessions provoquent les guerres. La fermeté les arrête.
 
Le monde de l'OTAN se heurte à un adversaire déterminé et aussi développé que lui. La solution chez les militaires reste l'attaque surprise avec toutes les forces balistiques nucléaires pour rendre la frappe de retour de faible efficacité.
 
La chose la plus probable est la continuation de la guerre de l'information, de la subversion des jeunes générations par des équivalent Facebook (les jeunes arriveront un jour aux postes de responsabilité), les ONG « humanitaires financées par la CIA » et surtout l'exportation du chaos financier exporté de Wall-street-City.
 
C'est là où le sommet du BRICS du 28 mars prend tout son importance. L'affaire de l'embargo dur l'Iran a montré que les États-Unis et l'Union Européenne employaient des moyens économiques à des fins de guerre.
 
Les pays qui ne réduisent pas suffisamment leur importations de pétrole iranien ont été menacés de ne plus pouvoir commercer avec les États-Unis. Les pays européen et le Japon ont reçu un délai de « grâce » avant les sanctions jusqu'à fin juin. Les autres (Chine, Iran, Pakistan, Birmanie, Indonésie, Malaisie Singapour, Taïwan, Corée du Nord, Sri-Lanka) se retrouvent sur la liste non pas de l'axe du mal mais sur celle des mauvais élèves qui seront punis par l'intermédiaire de leurs institutions bancaire ou financières.
 
L’Iran a été coupé du système SWIFT (simple wireless international financial transfer). Il lui devient donc impossible d'envoyer ou de recevoir des virements bancaires via sa banque centrale ou des banques iraniennes. On appréciera l'intelligence de cet embargo qui renchérit le prix du pétrole en France et qui le détourne vers les pays en pleine croissance. Des pays déclinants voudraient accélérer leur déclin qu'ils ne réussiraient pas mieux.
 
Cette politique de terreur économique crée un monde complètement instable ou l'activité économique ordinaire (qui n'est déjà pas facile !! ) peut être détruite sur une simple décision géopolitique ; Des emplois sont détruits en quelques mois. Une version des armes de destruction massive appliquée à la sphère économique.
 
La Chine a violemment protesté. L’inde aussi, ce qui est assez nouveau et sur un ton cassant. 
 
On remarquera que parmi les pays menacés par les États-Unis figurent ses excellents alliés comme la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines et l'Inde jusqu'à une date récente. On peut parler de syndrome du blocus continental : la guerre économique en entravant une activité naturelle et pacifique vous crée un nombre incalculable d'ennemis.
 
Maintenant que l'hyperpuissance américaine se casse les dents sur le S300 et 3M-54 (qui est à un missile exocet ce qu'un obus est à une catapulte) russes, les capacités iraniennes en décryptage qui ont permis à l'Iran de faire se poser un drone hyper sophistique prévu pour s'autodétruire au moindre problème et aux capacités en cyber attaques chinoises (plus l'événement historique de voir la marine chinoise en méditerranée rapatrier des Taïwanais) les nations développées non occidentales sont libres d'agir pour détruire ou au moins se protéger du système économique mondial toxique basé sur la suprématie du dollar et créer à terme leur zone économique libérée du cancer des produits dérivés et autres créances pourries qui caractérisent l'Ouest.
 
Entre 1000 et 2000 milliards de milliards de produits dérivés plombent l'économie des pays occidentaux. Depuis 2008 la Chine diminue doucement ses réserves de dollars et les remplace par des roubles, euros, roupies, yen, or. Dans l'éventualité du big krach reporté mais inévitable et prévu par le GEAB pour l'été 2012.
 
Les pays du Brics ont pour ordre du jour la création d'un banque du développement qui puisse régler les échanges internationaux dans cette zone.
 
Il faut attendre l'article prochain pour savoir ce qui sortira de ce sommet. Probablement des bouleversements formidables qui poseront encore aux élites françaises, si elles valent encore quoi que ce soit, la question cruciale : accrochons nous au Titanic qui coule (50 % de la population américaine vit désormais en dessous du seuil de pauvreté).ou jouons nous un grand jeu avec l'Allemagne, la Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Iran (avec les pays qui produisent autre-chose que des dettes).
 
Encore une fois tout affaiblissement de cet empire militariste-monétariste n'est que bonne nouvelle. Dans l'hypothèse d'un succès du BRICS, la moitié de la population mondiale aurait le droit de vivre et de se développer. L'autre sombrerait et finirait après maintes vicissitudes aux restos du cœur (dévalisés) ou à la soupe populaire.On n'a aucune inquiétude évidemment dans ce scénario pour les 5 % les plus riches.


Afrique du Sud - Le 5ème sommet des BRICS constitue une opportunité de promouvoir le développement du pays

19 Mars 2013 - 10:50

Le 5ème Sommet du groupe BRICS, qui aura lieu les 26 et 27 mars à Durban en Afrique du Sud, sera une opportunité de promouvoir le développement sud-africain, a indiqué un expert dans un article publié lundi dans les médias locaux.
"Les 26 et 27 mars, l'Afrique du Sud accueillera le 5ème sommet du BRICS à Durban, ce qui sera un moment décisif pour le gouvernement sud-africain et le Congrès national africain (ANC) au pouvoir", a rapporté la South African Broadcasting Corporation citant Saliem Fakir, conférencier à l'université de Stellebosch.
Les BRICS regroupent les grandes économies émergentes que sont le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Ce sera la première fois que l'Afrique du Sud accueille le sommet du BRICS, depuis son adhésion officielle au sein de ce groupe de pays le 24 décembre 2010.
Depuis la tragédie de Marikana en août 2012, "il y a eu une réaction au capital occidental qui a cherché à diriger et sermonner l'ANC au pouvoir sur la manière de diriger et de mener ses activités de ressources minérales", a indiqué cet expert.
Une fusillade a éclaté le 16 août 2012 alors que la police tentait de disperser plusieurs milliers de mineurs en grève à la mine de Marikana, contrôlée par des capitaux occidentaux, dans la province du Nord-Ouest, dans le nord du pays. Cet incident a fait 34 morts et 78 blessés parmi les mineurs tandis que 270 autres étaient arrêtés, s'imposant ainsi comme le conflit le plus sanglant entre la police et des travailleurs depuis la fin de l' apartheid en 1994.
"Il y a une tendance à évoluer vers un nouvel axe de relations, et la participation au groupe BRICS est capital dans ce changement », a estimé cet expert. « Les politiques anticoloniales et antiimpérialistes passées ont contribué à façonner l'éthique du groupe BRICS".
Il y a quelques semaines, le président sud-africain Zuma a mis en garde les compagnies occidentales qu'elles devaient changer leurs méthodes et cesser d'agir de manière coloniale à l'égard des gouvernements africains sous peine de conséquences graves.
Saliem Fakir a souligné que l'intérêt croissant de trois autres membres des BRICS, l'Inde, la Russie et la Chine, pour les secteurs des mines, des infrastructures et des services en Afrique du Sud au cours des cinq dernières années était un facteur " encourageant cette transformation" et qu'il "gagnera encore en puissance au fur et à mesure que progressera la confiance de ces membres dans l'Afrique comme terrain de croissance future".

 



Lire la suite

Syrie, ce que les médias ne vous disent pas. Le film de la conférence du 1er mars à Genève.

6 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Voici le film de la conférence à laquelle j’ai assisté ce 1er mars à Genève.

 

 

Syrie, ce que les médias ne vous disent pas
5 mars 2013 | Vidéo de la conférence sur la Syrie - organisée par l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJHR) - qui s’est tenue le 1er mars 2013 à la Maison des associations à Genève avec comme invités : l’intellectuel belge Bahar Kimyongür et la journaliste russe Anastasia Popova. [Silvia Cattori]

 

Il faut relever trois faits au sujet de nos medias occidentaux, soi-disant emblématiques de la liberté d’information :

 

1)      Leurs journalistes ne séjournent que très brièvement en Syrie et toujours embarqués dans les fourgons des « rebelles de la liberté » - ces journalistes ne rendent donc jamais compte de la vie et du point de vue du peuple syrien, soit, comme le faisait remarquer Anastasia Popova, plus de 10 millions d’êtres humains au minimum ; Anastasia Popova a passé sept mois en Syrie, et les djihadistes ont essayé maintes fois de la tuer ;

2)      Ces medias prennent pour argent comptant et nous revendent les « informations » de l’ « Observatoire Syrien des Droits de l’Homme », qui distille les chiffres des morts et massacres attribués à l’armée nationale syrienne : officine qui a été créé à Londres par les Frères musulmans ; il aurait été tout aussi pertinent de solliciter les « informations » des Contras financées par les Etats Unis d'Amérique et leurs alliés dictateurs sud-américains pour renverser le gouvernement du Nicaragua http://fr.wikipedia.org/wiki/Contras ;

3)      Une publication comme Le Monde Diplomatique ne traite tout simplement pas du sujet de la Syrie. Laisser lyncher sans réagir un pays comme la Syrie par une bande de pays à la botte des Etats Unis d'Amérique et des hordes de tortionnaires salafistes déconsidère cette publication plus que toute autre, hélas. Car l’affaire syrienne est le sujet le plus important de ces dix dernières années, aussi bien

a.       sur le plan diplomatique

                                                              i.      puisqu’au contact ente l’Empire des Etats Unis d'Amérique et l’émergence d’un ensemble de nouveaux pays non alignés, pourrait-on dire (brésil, Russie, Indes, Chine et Afrique du Sud)

                                                            ii.      Exemple typique de violation de la Charte des Nations unies sur le droit des peuples à l’autodétermination, et sur l’interdiction d’agresser un Etat souverain y compris en finançant des activités de guerre à son encontre ;

b.      Sur le plan de la liberté et des droits de l’Homme, si chers à des intellectuels qui prêtent pourtant si souvent leur nom et leur plume à la renommée du Monde Diplomatique – je ne citerai que Régis Debray et Noam Chomsky :

                                                              i.      Alors que s’enchaînent en Syrie les crimes de guerre commis par les « rebelles » semble-t-il sous l’empire souvent de la drogue, pour commettre de telles atrocités – et la population civile ne demande qu’à témoigner de la protection qu’elle attend et qu’elle obtient de son armée nationale ;

                                                            ii.      Alors que les milices islamistes mises en place par les « rebelles » instaurent la Charia, massacrent tout ce qui n’est pas conforme à leur idée de la « religion »,  et bastonnent les femmes qui ne se transforment pas en cercueils ambulants…

 

Pour prolonger la réflexion sur ce thème de la culpabilité des medias et de la nécessaire insurrection des consciences chez les journalistes :

Les journalistes, un instrument clé dans la guerre
26 février 2013 | La journaliste Abby Martin de Russia Today [n’en déplaise aux rédactions occidentales, les gens qui savent où trouver des informations correctes vont aujourd’hui sur RT entre autre] revient sur les mensonges ayant conduit à légitimer une guerre qui allait, comme nous le craignions, détruire l’Irak, un grand pays, et jeter son peuple dans l’horreur et la misère. Les journalistes dont la propagande a contribué à légitimer les crimes des agresseurs devraient-ils rester impunis ?

 

Bien cordialement,

Guy Martin

Lire la suite

Un document majeur, le texte intégral de l'ITV de Bachar Al Assad au Sunday Times qui montre un homme bien différent de ce que décrit la propagande médiatique occidentale.

6 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Al-Assad : Celui qui veut aider la Syrie doit demander à la Turquie, à l’Arabie saoudite, et au Qatar de cesser de financer les terroristes et à l’Occident de cesser de les couvrir médiatiquement et politiquement !
Sunday Times

Texte intégral de l’ITV de Bachar Al Assad au Sunday Times - 3 mars 2013

lundi 4 mars 2013, par Comité Valmy

Cette traduction intégrale par Mouna Alno-Nakhal de l’interview de Bachar Al Assad remplace le résumé en Français de l’agence SANA que nous avions repris initialement. (note du Comité Valmy)

03 Mar 2013

Al-Assad : Celui qui veut aider la Syrie doit demander à la Turquie, à l’Arabie saoudite, et au Qatar de cesser de financer les terroristes et à l’Occident de cesser de les couvrir médiatiquement et politiquement !

Sunday Times : Monsieur le Président, votre récente offre de « dialogue politique » a été fermement rejetée par ces mêmes groupes que vous devez pacifier pour mettre fin à la violence : les rebelles armés et la Coalition nationale syrienne, principale alliance de l’opposition. Vous offrez donc un rameau d’olivier à la seule opposition loyaliste, en majorité interne, qui renonce à la lutte armée et reconnaît effectivement la légitimité de votre leadership. Avec qui êtes-vous vraiment prêt à dialoguer ?

 

 

Le président Assad : Pour plus de précision, permettez-moi de commencer par corriger certaines idées fausses qui circulent et qui sont sous-entendues dans votre question.

 

 

Sunday Times : Bien.

 

Le président Assad : Premièrement, lorsque j’ai annoncé « le plan » [1], j’ai dit que je m’adressais à ceux que le dialogue intéresse, parce que vous ne pouvez proposer un plan reposant sur le dialogue à qui ne croit pas au dialogue. J’ai donc été très clair sur cette question.

 

Deuxièmement, ce « dialogue ouvert » ne doit pas avoir lieu entre certains groupes exclusifs, mais entre tous les Syriens et à tous les niveaux. C’est un dialogue qui porte sur l’avenir de la Syrie. Nous sommes 23 millions de Syriens et nous avons tous le droit de participer à la construction de l’avenir du pays. Certains peuvent le regarder comme un dialogue entre le gouvernement et certains groupes de l’opposition « externe ou interne ». C’est, en fait, une façon très superficielle de le voir. Il est beaucoup plus global et concerne chaque Syrien et tous les aspects de la vie syrienne. L’avenir de la Syrie ne peut être déterminé par ses seuls dirigeants, mais par les ambitions et les aspirations de tout son peuple.

 

L’autre aspect de ce dialogue est qu’il ouvre la porte aux groupes armés pour qu’ils déposent leurs armes. D’ailleurs, nous avons accordé plus d’une amnistie pour faciliter cela. C’est la seule façon d’installer le dialogue avec ces groupes. Cela avait commencé, avant même l’annonce du plan, certains ayant déjà rendu les armes et repris le cours de leur vie normale. Mais, ce « plan » rend le processus plus méthodique, publiquement annoncé et clair.

 

Concernant l’opposition, une autre erreur de l’Occident consiste à mettre toutes les entités, mêmes hétérogènes, dans le même panier ; comme si tout ce qui s’oppose au gouvernement est dans cette opposition. Nous nous devons d’être clairs sur ce point. Nous avons une opposition correspondant à des entités politiques et nous avons des terroristes armés. Nous pouvons engager le dialogue avec l’opposition, mais nous ne pouvons pas engager le dialogue avec les terroristes ; nous luttons contre le terrorisme !

 

Une phrase revient souvent [en Occident] : « l’opposition de l’intérieur de la Syrie » ou « l’opposition interne loyale envers le gouvernement »… Les groupes d’opposition devraient être patriotes et loyaux envers la Syrie ! L’opposition interne et externe ne relèvent pas d’une localisation géographique, mais de leurs racines, de leurs ressources, et de leurs représentants. Sont-elles enracinées dans la terre syrienne ? Représentent-elles le peuple syrien et les intérêts syriens ou les intérêts d’un gouvernement étranger ? C’est notre façon de regarder le dialogue, c’est ainsi que nous l’avons commencé, et c’est ainsi que nous allons le poursuivre.

 

 

Sunday Times : La plupart l’ont rejeté, du moins si nous parlons des opposants de l’extérieur qui sont devenus « l’organisation saluée en tant qu’Opposition » avec, fondamentalement, le monde entier derrière eux. La plupart l’ont en effet rejeté et certains de ces opposants ont décrit votre offre comme une « perte de temps » ; d’autres ont déclaré qu’il s’agissait d’une « rhétorique creuse » fondée sur un manque de confiance ; William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères, considérant qu’elle allait « au-delà de l’hypocrisie », les Américains disant que vous étiez dans un " déni de la réalité " !

 

 

Le président Assad : Je ne ferai aucun commentaire sur ce que ces soi-disant organisations, extérieures à la Syrie, ont dit. Ces organisations ne sont pas indépendantes. En tant que Syriens, nous sommes indépendants et nous devons répondre à des organisations indépendantes, ce qui n’est pas leur cas. Alors, intéressons-nous aux autres allégations.

 

À propos du « déni de la réalité » : la Syrie se bat contre les adversaires et les ennemis depuis deux ans ; vous ne pouvez pas le faire si vous n’avez pas le soutien du peuple. Le peuple ne vous soutiendra pas si vous êtes détaché de la réalité. Au Royaume-Uni, une étude récente montre qu’une proportion non négligeable de britanniques demandent à leur gouvernement de « rester en dehors de la Syrie » et pensent pas qu’il ne devrait pas fournir du matériel militaire aux rebelles en Syrie. En dépit de cela, le gouvernement britannique continue de pousser l’Union européenne à lever son embargo sur les armes en direction des rebelles en Syrie, et à entreprendre de leur livrer des « armes lourdes ». Etre ainsi détaché de votre propre opinion publique, c’est ce que j’appelle un « déni de la réalité » !

 

Ils vont plus loin encore lorsqu’ils déclarent qu’ils veulent envoyer une « aide militaire » qu’ils présentent comme « non létales » ; alors que les renseignements, l’assistance financière et en moyens de communication fournis, sont quand même létaux ! Les événements du 11 Septembre n’ont pas été commis par des « aides létales ». C’est l’utilisation et l’entrainement à une technologie non-létale qui ont causé les atrocités. Le gouvernement britannique veut envoyer une aide militaire aux « groupes modérés », en sachant très bien que ces groupes modérés n’existent pas en Syrie. Maintenant, nous savons tous que nous combattons Al-Qaïda ou Jabhat al-Nusra - qui est une émanation d’Al-Qaïda - et d’autres groupes d’individus endoctrinés par des idéologies extrémistes. C’est cela qui est « au-delà de l’hypocrisie » !

 

Ce qui est « au-delà de l’hypocrisie » est que vous parliez de « liberté d’expression » quand vous bannissez la diffusion des chaines de télévision syriennes par les satellites européens ; quand vous pleurez pour quelqu’un qui a été tué par des terroristes en Syrie, tout en empêchant le Conseil de sécurité de prononcer une déclaration dénonçant un attentat suicide, tel celui qui a eu lieu la semaine dernière à Damas, alors que vous y étiez, et où trois cents Syriens dont des femmes et des enfants ont été tués ou blessés… tous des civils ! C’est au-delà de l’hypocrisie quand vous prêchez les droits de l’homme et que vous allez, en Irak, en Afghanistan et en Libye, tuer des centaines de milliers de personnes dans des guerres illégales. C’est au-delà de l’hypocrisie quand vous parlez de démocratie et que vos alliés les plus proches sont les pires régimes autocratiques du monde et appartiennent aux siècles médiévaux. C’est cela l’hypocrisie !

 

 

Sunday Times : Mais vous vous référez toujours aux personnes qui se battent ici [en Syrie] comme à des terroristes, acceptez-vous, même si certains sont de Jabhat al-Nusra ou affiliés à Al-Qaïda, qu’il en existe d’autres qui sont de l’ASL [Armée Syrienne Libre] ou sous l’égide de l’ASL ? Acceptez-vous que certains soient des déserteurs et que certains autres soient simplement des gens ordinaires qui ont initié une frange de la rébellion ? Ceux-là ne sont pas des terroristes ; ce sont des gens qui se battent pour ce qu’ils croient être bon pour le moment.

 

 

Le président Assad : Quand nous disons que nous combattons Al-Qaïda, nous voulons dire que le groupe terroriste principal et le plus dangereux est Al-Qaïda. J’ai dit lors de plusieurs interviews et discours que ce n’est pas le seul groupe présent en Syrie. Le spectre va des petits criminels, aux trafiquants de drogue, aux groupes qui kidnappent et tuent juste pour de l’argent, jusqu’aux mercenaires et rebelles armés. Il est clair que ceux-là n’ont ni programme politique ni aucune motivation idéologique.

 

La soi-disant « Armée Syrienne libre » n’est pas l’entité que l’Occident voudrait faire croire à vos lecteurs. Il y a des centaines de petits groupes tels que définis par les organismes internationaux qui travaillent avec Annan et Al-Ibrahimi. Il ne s’agit en aucun cas d’une entité, il n’y a pas de leadership, il n’y a pas de hiérarchie ; mais différents gangs oeuvrant pour diverses raisons. L’ « Armée syrienne libre » est tout simplement le titre, le parapluie utilisé pour légitimer ces groupes.

 

Cela ne veut pas dire qu’i il n’y avait pas un mouvement spontané au tout début du conflit. Il y avait des gens qui voulaient des changements en Syrie et je l’ai moi même publiquement reconnu à plusieurs reprises. C’est pourquoi j’ai dit que le dialogue n’est pas pour le conflit en soi mais concerne l’avenir de la Syrie, parce que beaucoup de groupes persistent dans leur volonté de changement et sont désormais contre les terroristes. Ils continuent à s’opposer au gouvernement, mais ne portent pas d’armes. Que vous ayez des besoins légitimes ne rend pas vos armes légitimes !

 

 

Sunday Times : Dans votre plan en 3 étapes, la première parle de la cessation de la violence. Manifestement, il y a d’une part l’armée et d’autre part les combattants. Or, dans le cas de l’armée vous avez une hiérarchie et donc si vous voulez un cessez-le-feu, il ya un commandant qui peut le contrôler. Mais quand vous proposez la cessation de la violence ou du feu, comment pouvez-vous supposer la même chose pour autant de groupes rebelles que vous dites si dispersés et sans direction unifiée ? C’est donc l’une des exigences de votre plan qui parait fondamentalement impossible. Ensuite, vous parlez de référendum, mais étant donné le grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur et à l’extérieur de vos frontières dont beaucoup sont l’épine dorsale de l’opposition, il ne semble pas que les résultats de ce référendum puissent être justes. Enfin, la troisième étape de votre plan concernant les élections législatives, espérées avant 2014, fait que la liste des réalisations à atteindre d’ici là est fort longue ! Dès lors, quelles sont vos véritables conditions pour que le dialogue se tienne, et est ce que certaines de vos conditions suggérées ou offertes ne sont pas impossibles à réaliser ?

 

 

Le président Assad : Cela dépend de la façon dont nous regardons la situation. Tout d’abord, disons que l’article principal du plan est le dialogue, lequel dialogue décidera du calendrier de tout le reste, dont les procédures et les détails de ce même plan. Le premier article implique la cessation de la violence. Si nous ne pouvons pas arrêter cette violence, comment pourrions-nous parvenir aux autres articles tels que le référendum et les élections, et ainsi de suite ? Mais dire que vous ne pouvez pas arrêter la violence n’est pas une raison pour ne rien faire. Oui, il ya beaucoup de groupes sans réel leadership comme je les ai décrits, mais nous savons que leur véritable leadership se situe dans ces pays qui les financent et leur fournissent armes et équipements ; principalement la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite. Si des pays tiers veulent vraiment aider le processus planifié, ils doivent faire pression sur ces pays afin qu’ils cessent d’approvisionner les terroristes. Comme tout autre État souverain, nous ne négocierons pas avec des terroristes !

 

 

Sunday Times : Vos critiques disent que d’authentiques et véritables négociations pourraient mener à votre chute et à celle de votre gouvernement ou régime, que vous le savez, et que c’est pour cela que vous proposez des scénarios pratiquement irréalisables pour le dialogue et les négociations.

 

 

Le président Assad : En fait, je ne sais pas cela, je sais son contraire ! Restons logiques et réalistes. Si tel était le cas, ces ennemis, adversaires ou opposants devraient pousser au dialogue puisqu’ils estiment qu’il leur offrira ma chute. En réalité, ils font tout le contraire. Ils empêchent les « organisations de l’opposition extérieures à la Syrie » de participer au dialogue, car je pense qu’ils croient l’exact opposé de ce qu’ils disent et savent que ce dialogue n’amènera pas ma chute, mais fera que la Syrie en sortira vraiment plus forte. Ceci pour le premier aspect.

 

Le deuxième aspect est que l’ensemble du dialogue porte sur la Syrie, sur l’avenir de la Syrie et aussi sur le terrorisme ; non sur les postes et les personnalités. Par conséquent, ils feraient mieux de ne pas détourner l’attention du peuple en parlant de ce dialogue et de ce qu’il pourrait apporter ou non au président. Je ne le fais pas moi-même. En fin de compte, c’est une contradiction. Ce qu’ils disent est en contradiction avec ce qu’ils font !

 

 

Sunday Times : Vous avez bien dit que s’ils poussaient au dialogue, ils pourraient entrainer votre chute ?

 

Le président Assad : Non, vu ce qu’ils déclarent pouvoir amener ma chute, j’ai dit : pourquoi ne viendraient-ils pas au dialogue ? Ils disent que le dialogue conduira à la chute du président et moi, je les invite au dialogue. Pourquoi n’acceptent-ils pas un dialogue pour s’offrir ma chute ? La réponse est évidente. C’est pourquoi j’ai dit qu’ils se contredisent !

 

 

Sunday Times : Monsieur le Président, John Kerry, un homme que vous connaissez bien, a commencé une tournée qui le mènera ce week-end en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie où il leur parlera des moyens de « faciliter votre éviction ». En début de semaine, il a déclaré à Londres comme à Berlin que le président Assad devait partir et aussi qu’une de ses premières actions serait d’élaborer des propositions diplomatiques pour vous persuader d’abandonner le pouvoir. L’inviteriez-vous à Damas pour en discuter ? Que lui diriez-vous ? Quel serait votre message du moment, étant donné ses déclarations et ce qu’il s’est préparé à dire à ses alliés lors de sa visite de cette fin de semaine ? Et, si possible, comment le décririez-vous en fonction de vos relations dans le passé ?

 

 

Le président Assad : Je préfère décrire les politiques plutôt que de décrire les personnes. Aussi, il est encore trop tôt pour le juger. Il est à seulement quelques semaines de sa nomination en tant que secrétaire d’État. Mais, avant tout, le point que vous avez évoqué est lié à des questions ou à des affaires internes syriennes. Aucun sujet syrien de cet ordre ne sera soulevé avec des personnes étrangères. Nous n’en discutons qu’entre syriens et en Syrie. Je ne vais donc pas en discuter avec quiconque qui viendrait de l’étranger. Nous avons des amis et nous discutons de nos problèmes avec les amis. Nous écoutons leurs conseils, mais finalement la décision est nôtre et il nous appartient, en tant que syriens, de penser ou de faire ce qui est bon pour notre pays.

 

Si quelqu’un veut « vraiment » - et j’insiste sur le mot vraiment - aider la Syrie et aider à la cessation de la violence dans notre pays, il ne peut faire qu’une seule chose ; il peut se rendre en Turquie et s’asseoir avec Erdogan pour lui dire de stopper la contrebande de terroristes vers la Syrie, d’arrêter d’envoyer des armes, de cesser de fournir un soutien logistique aux terroristes. Il peut aussi aller à Arabie saoudite et au Qatar pour leur dire de cesser de financer les terroristes en Syrie. C’est la seule chose que n’importe qui pourrait faire en ce qui concerne le versant externe de notre problème, mais nul étranger ne peut s’occuper du versant interne.

 

 

Sunday Times : Alors, quel est votre message à Kerry ?

 

Le président Assad : Il est très clair. Il faut comprendre que ce que je dis aujourd’hui, n’est pas un message adressé à Kerry seulement, mais à tous ceux qui parlent de la question syrienne : seul le peuple syrien peut dire au président de rester ou de quitter, de venir ou de partir. Je le dis clairement afin que tous les autres ne perdent pas leur temps et sachent sur quoi se concentrer.

 

 

Sunday Times : Quel rôle, le cas échéant, voyez-vous pour la Grande-Bretagne au niveau du processus de paix en Syrie ? Y a-t-il eu des contacts informels avec les Britanniques ? Quelle est votre réaction devant le soutien de Cameron à l’opposition ? Que lui diriez-vous si vous étiez assis en face de lui en ce moment, surtout que la Grande-Bretagne appelle à l’armement des rebelles ?

 

 

Le président Assad : Il n’y a pas de contact entre la Syrie et la Grande-Bretagne depuis longtemps. Si nous parlons de son rôle, nous ne pouvons pas le séparer de sa crédibilité, comme nous ne pouvons pas séparer sa crédibilité, elle-même, de l’histoire de ce pays. Pour être franc, maintenant que je parle à une journaliste britannique et à un public britannique, la Grande-Bretagne a joué un fameux rôle [dans notre région], un rôle non constructif dans plusieurs domaines et depuis des décennies, certains diraient depuis des siècles ! Je vous dis ici la perception que nous en avons dans notre région.

 

Le problème avec ce gouvernement est que sa rhétorique superficielle et immature ne fait que souligner cette tradition de harcèlement et d’hégémonie. Franchement, comment peut-on s’attendre à ce que nous demandions à la Grande-Bretagne de jouer un rôle en Syrie alors qu’elle est déterminée à militariser le problème ? Comment pourrions-nous leur demander de jouer un rôle pour que la situation s’améliore et se stabilise ? Comment pourrions-nous nous attendre à ce qu’ils contribuent à atténuer la violence, alors qu’ils veulent envoyer des fournitures militaires aux terroristes et n’essayent même pas de faciliter le dialogue entre les Syriens ? Ce ne serait pas logique. Je pense qu’ils travaillent contre nous et contre les propres intérêts du Royaume-Uni. Ce gouvernement agit d’une manière naïve, confuse et peu réaliste. Si les Britanniques veulent jouer un rôle, ils devraient changer cela et agir d’une manière plus raisonnable et responsable. D’ici-là, nous n’attendons pas qu’un pyromane se comporte en pompier !

 

 

Sunday Times : En 2011, vous aviez dit que vous ne gaspillerez pas votre temps à parler avec les meneurs de l’opposition. Je parle ici des organisations externes dont vous aviez, en fait, à peine reconnu l’existence. Qu’est-ce qui vous a récemment fait changer d’avis ? Quel type de pourparlers avez-vous, le cas échéant, avec les rebelles qui sont un facteur et une composante majeure dans cette crise ? Ce, d’autant plus que votre ministre des Affaires étrangères, Mouallem, a déclaré plus tôt dans la semaine et lors de sa visite en Russie que le gouvernement est ouvert à des discussions avec l’opposition armée. Pouvez-vous préciser ?

 

 

Le président Assad : En réalité, je n’ai pas changé d’avis. Encore une fois, ce plan ne leur est pas destiné, mais à tout Syrien qui accepte le dialogue. Donc, cette dernière initiative ne traduit pas un changement d’avis.

 

Ensuite, depuis le premier jour de cette crise, commencée il y a deux ans, nous avons dit que nous étions prêts au dialogue ; rien n’a changé depuis. Nous avons une position très cohérente à l’égard du dialogue. Certains pourraient comprendre que j’ai changé d’avis parce que je n’ai pas reconnu la première entité [de l’opposition], alors que je reconnaitrais la seconde entité. Je n’ai reconnu ni l’une, ni l’autre. Plus important encore, le peuple syrien ne les reconnait pas et ne les prend pas au sérieux. Lorsqu’ un produit échoue sur le marché, ils le retirent. Ils changent son nom, changent son emballage avant de le rélancer. Il n’empêche qu’il est toujours défectueux. La première et la deuxième organisation de l’opposition sont un seul et même produit avec un emballage différent.

 

Concernant la déclaration de notre ministre, M. Moallem, elle était des plus claires. Une part de notre initiative est que nous sommes prêts à négocier avec quiconque, y compris avec les rebelles qui déposent leurs armes. Nous ne traiterons pas avec des terroristes déterminés à garder leurs armes pour terroriser la population, tuer des civils, attaquer les lieux publics ou les entreprises privées, et détruire le pays.

 

 

Sunday Times : Monsieur le Président, le monde regarde la Syrie et voit un pays en cours de destruction, avec au moins 70 000 morts, plus de 3 millions de personnes déplacées, et des divisions sectaires de plus en plus profondes. Beaucoup de gens autour du monde vous blâment. Qu’est-ce que vous leur répondez ? Êtes-vous à blâmer pour ce qui s’est passé dans le pays que vous dirigez ?

 

 

Le président Assad : Vous donnez ces chiffres comme s’il s’agissait d’un tableau numérique, alors que certains acteurs les utilisent pour faire avancer leur agenda politique, et c’est malheureusement la réalité. Pour nous Syriens et indépendamment de leur exactitude, chacun de ces chiffres représente un homme, une femme ou un enfant syriens. Quand vous parlez de milliers de victimes, nous voyons des milliers de familles qui ont perdu des êtres chers dont ils porteront le deuil pendant des années et des années. Personne ne peut éprouver cette douleur plus que nous-mêmes !

 

Si nous nous penchons sur la question des agendas politiques, nous devons nous poser des questions plus importantes. Comment ces chiffres ont-ils été vérifiés ? Combien de combattants étrangers représentent-ils ? Combien y a t-il de combattants âgés de 20 à 30 ans ? Combien d’entre eux étaient des civils, des femmes ou des enfants, tous innocents ? La situation sur le terrain fait qu’il est presque impossible d’obtenir des réponses précises à ces questions.

 

Nous savons tous combien ont été manipulés, dans le passé, les chiffres de morts et de blessés pour ouvrir la voie à des « interventions humanitaires ». Le gouvernement libyen a récemment annoncé que le nombre de morts « avant l’invasion » de la Libye a été exagéré ; ils ont parlé de cinq mille victimes de part et d’autre tandis que les chiffres qui ont circulé à l’époque [de l’invasion] parlaient de dizaines de milliers de personnes.

 

Les Britanniques et les Étatsuniens, présents physiquement en Irak pendant la guerre, ont été incapables de fournir des chiffres précis sur les victimes tuées du fait de leur invasion. Soudain, voilà que ces mêmes sources sont capables de décompter très précisément les victimes syriennes. C’est un étrange paradoxe !

 

C’est en toute simplicité que je vous dis que ces chiffres n’existent pas dans la réalité. Ils font partie de leur réalité virtuelle, celle qu’ils veulent créer pour faire avancer leur agenda et pousser vers une intervention militaire, sous couvert d’une intervention humanitaire !

 

 

Sunday Times : Si je puis me permettre de revenir sur ce point en particulier, même si les chiffres sont exagérés et pas vraiment précis, ils sont corroborés par des groupes syriens et quoi qu’il en soit, il n’en demeure pas moins que des milliers de syriens ont été tués. Certains étaient des combattants, mais d’autres étaient des civils. Certains sont morts lors d’offensives militaires menées, par exemple, par l’artillerie ou l’aviation sur certains secteurs. Donc, même si nous ne nous basions pas sur des chiffres exacts, ils continuent à vous blâmer pour les civils tués lors d’offensives de l’armée. Acceptez-vous cela ?

 

 

Le président Assad : Tout d’abord, nous ne pouvons pas parler de leur nombre sans citer des noms. Les personnes qui ont été tuées ont des noms. Ensuite, pourquoi sont-ils morts ? Où et comment ont-ils été tués ? Qui les a tués ? Les bandes armées, les groupes terroristes, les criminels, les kidnappeurs, l’Armée, qui les a tués ?

 

 

Sunday Times : Une combinaison de toutes ces opérations.

 

Le président Assad : C’est, en effet, une combinaison ; mais il semble que vous laissez entendre qu’une seule personne est responsable de la situation actuelle et de toutes les pertes en vies humaines. Dès le premier jour, la situation en Syrie a été influencée par les dynamiques militaire et politique, le tout évoluant très rapidement. Dans de telles situations, vous avez les catalyseurs et les obstacles. Supposer qu’un côté est responsable de tous les obstacles alors qu’un autre est responsable de toutes les catalyses est absurde.

 

Beaucoup trop de civils innocents sont morts et beaucoup trop de Syriens sont dans la souffrance. Comme je l’ai déjà dit, personne n’est plus en peine que les Syriens eux-mêmes et c’est pourquoi nous incitons à un dialogue national. Je ne suis pas dans une affaire de blâme, mais si vous parlez de ma responsabilité, il est clair que j’ai la responsabilité constitutionnelle de garder la Syrie et son peuple à l’abri des terroristes et des groupes radicaux.

 

 

Sunday Times : Quel est le rôle d’Al-Qaïda et d’autres djihadistes et quelles menaces représentent-ils pour la région et l’Europe ? Craignez-vous que la Syrie ne se transforme en quelque chose de semblable à la Tchétchénie il y a quelques années ? Êtes-vous préoccupé par le sort des minorités si vous perdiez cette guerre, ou encore par une guerre sectaire comme en Irak ?

 

 

Le président Assad : Le rôle d’Al-Qaïda en Syrie est comme le rôle d’Al-Qaïda partout ailleurs dans le monde ; assassinat, décapitation, torture, interdiction des enfants d’aller à l’école parce que, comme vous le savez, l’idéologie d’Al-Qaïda prospère là où il y a de l’ignorance. Ils tentent de s’infiltrer dans la société avec leurs sombres idéologies extrémistes, et ils réussissent !

 

Si vous deviez vous inquiéter pour quoi que ce soit en Syrie, ce n’est pas pour les « minorités » qu’il faudrait vous inquiéter. C’est une vision trop superficielle car la Syrie est un creuset de religions, de confessions, d’ethnies et d’idéologies qui, ensemble, forment un mélange homogène sans rapport avec des proportions ou des pourcentages. Nous devrions plutôt nous inquiéter pour la majorité des Syriens modérés qui, si nous ne combattons pas cet extrémisme, pourraient devenir la minorité. Alors la Syrie cessera d’exister !

 

Si vous envisagez votre inquiétude dans ce dernier sens, vous auriez du souci à vous faire pour le Moyen-Orient, parce que nous sommes le dernier bastion de la laïcité dans la région. Et si vous admettez cela, alors le monde entier devra s’inquiéter pour sa stabilité. Voilà la réalité telle que nous la voyons.

 

 

Sunday Times : Jusqu’à quel point Al-qaïda est-elle menaçante aujourd’hui ?

 

Le président Assad : Elle est menaçante par son idéologie plus que par ses assassinats. Certes les attentats sont dangereux, mais ce qui est tout aussi irréversible est la dangerosité de son idéologie. Nous avons mis en garde contre ceci depuis de nombreuses années, même avant le conflit, et nous avons eu à faire avec cette idéologie depuis les années soixante-dix. Nous étions les premiers de la région à faire face à ces terroristes qui ont revêtu le prétendu manteau de l’Islam.

 

Nous n’avons cessé d’avertir de cela, surtout pendant la décennie de l’invasion et de l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak. L’Occident se contente de réagir face à une situation donnée, mais n’agit pas. Nous devons commencer par traiter l’idéologie. Une guerre contre le terrorisme sans s’attaquer à l’idéologie ne mènera nulle part et ne fera qu’empirer les choses. Elle est une menace et un danger non seulement pour la Syrie, mais pour toute la région.

 

 

Sunday Times : Récemment, et notamment hier, il a été rapporté que des responsables US auraient déclaré que la décision de ne pas armer les rebelles pourrait être révisée. Si cela devait arriver quelles seront, selon vous, les conséquences en Syrie et dans la région ? Que diriez-vous pour mettre en garde contre cela, maintenant qu’ils parlent d’équiper « directement » les rebelles avec des véhicules blindés et des gilets de protection en plus d’assurer leur entrainement militaire.

 

 

Le président Assad : Vous savez que le crime ne concerne pas uniquement la victime et le criminel, mais aussi le complice et le soutien , qu’il s’agisse d’un soutien moral ou logistique. J’ai dit à plusieurs reprises que la Syrie se trouvait sur une « ligne de faille » géographiquement, politiquement, socialement et idéologiquement. Par conséquent, jouer sur cette ligne aura de graves répercussions dans tout le Moyen-Orient. Aujourd’hui, la situation est-elle meilleure en Libye ? Au Mali ? En Tunisie ? En Egypte ? N’importe quelle intervention n’améliorera pas les choses, elles iront de pire en pire. L’Europe, les États-Unis et d’autres vont tôt ou tard payer le prix de l’instabilité dans cette région, ce qu’ils n’ont pas prévu.

 

 

Sunday Times : Quel est votre message à Israël après ses raids aériens sur la Syrie ? Userez-vous de représailles ? Comment répondrez-vous à une future attaque, d’autant plus qu’Israël a déclaré qu’il attaquerait de nouveau s’il pensait devoir le faire ?

 

 

Le président Assad : À chaque fois la Syrie a riposté, mais à sa façon et pas nécessairement du tac au tac. Nous avons riposté à notre manière et les Israéliens savent ce que nous voulons dire.

 

 

Sunday Times : Pouvez-vous développer ?

 

Le président Assad : Oui. Riposte ne veut pas dire missile pour missile ou balle pour balle. Notre manière de riposter n’a pas à être annoncée ; les Israéliens savent de quoi je parle.

 

 

Sunday Times : Pouvez-vous nous dire comment ?

 

Le président Assad : Nous n’avons pas à faire ce genre d’annonce.

 

Sunday Times : J’ai rencontré un garçon de sept ans en Jordanie…

 

Le président Assad : Un garçon syrien ?

 

Sunday Times : Un garçon syrien qui avait perdu un bras et une jambe par un tir de missile dans Herak. Cinq enfants de sa famille avaient été tués dans cette explosion. En tant que père, que pouvez-vous dire à ce petit garçon ? Pourquoi tant de civils innocents sont-ils morts sous des frappes aériennes, parfois des bombardements de l’armée et parfois, je cite, sous « les fusillades des chabiha » ?

 

 

Le président Assad : Quel est son nom ?

 

Sunday Times : J’ai son nom ... Je vous le donnerai plus tard.

 

Le président Assad : Comme je l’ai déjà dit, toutes les victimes de cette crise ont un nom et chaque victime a une famille. Par exemple, le petit Saber a cinq ans et a perdu une jambe, sa mère ainsi que d’autres membres de sa famille alors qu’il ne faisait que prendre son petit déjeuner à son domicile familial. Le petit Rayan a quatre ans, il a vu ses deux frères se faire égorger parce qu’ils avaient participé à une manifestation. Aucune de ces familles n’avait d’affiliations politiques.

 

Les enfants sont le maillon le plus fragile dans n’importe quelle société et, malheureusement, ils paient souvent le plus lourd tribut en cas de conflit. En tant que père de jeunes enfants, je sais ce que c’est que de voir son enfant touché par une légère blessure, alors que dire en cas de graves blessures ou de décès ; la pire des choses qui puisse arriver à un famille que toute la famille ?

 

Dans tous les conflits, vous vivez de tels événements douloureux qui affectent toute la société ; et c’est justement la raison majeure qui nous incite fortement à lutter contre le terrorisme. Les véritables humanistes qui ressentent notre douleur face à ceux que nous avons perdus, et face à nos enfants, devraient encourager leurs gouvernements à interdire la contrebande d’armes et de terroristes et à empêcher les terroristes de recevoir des fournitures militaires de tous les pays.

 

 

Sunday Times : Monsieur le Président, la nuit, quand vous êtes couché dans votre lit, entendez-vous les explosions à Damas ? Comme tant d’autres syriens, êtes-vous inquiet pour votre famille ? Craignez-vous qu’à un moment donné votre propre sécurité soit menacée ?

 

 

Le président Assad : Je vois les choses tout à fait différemment. Quelqu’un peut-il être sûr que lui et sa famille puissent rester à l’abri quand tout le pays est en danger ? En réalité, NON ! Si votre pays n’est pas en sûreté, vous ne pouvez pas être en sûreté. Ainsi, au lieu de vous soucier de vous-même et de votre famille, vous devez vous soucier de chaque citoyen et de chaque famille de votre pays. C’est donc une relation mutuelle.

 

 

Sunday Times : Vous savez les préoccupations internationales concernant les armes chimiques de la Syrie. Est-il possible que votre armée les utilise en dernier ressort contre vos adversaires ? Des rapports suggèrent qu’ils ont été déplacés à plusieurs reprises. Si oui, pourquoi ? Partagez-vous la crainte internationale de les voir tomber aux mains des rebelles islamistes ? Quel est le pire qui puisse arriver ?

 

 

Le président Assad : Tout ce qui a été mentionné dans les médias ou par les déclarations rhéthoriciennes de responsables politiques, sur les armes chimiques syriennes, relève de la spéculation. Nous n’avons jamais discuté, et nous ne discuterons jamais de nos armements avec qui que ce soit. Ce dont le monde devrait se soucier c’est des matières chimiques arrivées entre les mains des terroristes. Des séquences vidéos ont déjà été diffusées les montrant en train de tester des matières toxiques sur des animaux, et aussi en train de menacer le peuple syrien de mourir de cette façon ! Nous avons partagé ce matériel vidéo avec d’autres pays. C’est là-dessus que le monde devrait se concentrer au lieu de gaspiller ses efforts à créer des titres insaisissables sur les armes chimiques syriennes pour justifier n’importe quelle intervention en Syrie.

 

 

Sunday Times : Je sais que vous ne dites pas si ces armes sont en lieu sûr ou non. Il n’empêche que des craintes existent sur le fait que certains puissent se les approprier.

 

 

Le président Assad : C’est l’ambiguïté constructive. Aucun pays ne parle de ses capacités en la matière.

 

 

Sunday Times : Un autre sujet est aussi très commenté : Quels sont les rôles du Hezbollah, de l’Iran et de la Russie dans la guerre sur le terrain ? Savez-vous s’il y a des combattants du Hezbollah en Syrie et que font-ils ? Quelles armes vous sont livrées par vos alliés russes et iraniens, et quels sortes d’autres soutiens vous apportent-ils ?

 

 

Le président Assad : La position de la Russie est très claire en matière d’armement. Les russes fournissent à la Syrie des armes défensives, en conformité avec le droit international. Le Hezbollah, l’Iran et la Russie soutiennent la Syrie dans sa lutte contre le terrorisme. La Russie a été très constructive, l’Iran nous a très favorablement soutenus, et le rôle du Hezbollah est de défendre le Liban non la Syrie. Nous sommes un pays de 23 millions d’habitants avec une armée nationale forte et des forces de police. Nous n’avons pas besoin de combattants étrangers pour défendre notre pays. La question qui devrait nous être posée concernerait plutôt le rôle d’ autres pays - le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite, la France, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis, - qui soutiennent le terrorisme en Syrie, directement ou indirectement, politiquement ou militairement.

 

 

Sunday Times : Monsieur le Président, permettez-moi de vous interroger sur votre propre position. Le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, a récemment déclaré que Lakhdar Ibrahimi s’était plaint du peu de flexibilité de votre régime et que, même si vous semblez ne jamais dire NON, vous ne semblez jamais dire OUI. Pensez-vous qu’un règlement négocié soit possible tant que vous resterez président, question que beaucoup de gens se posent ?

 

 

Le président Assad : N’attendez pas d’un politicien qu’il vous réponde par un oui ou par un non dans un sens absolu, quoiqu’il ne s’agisse pas de questions à choix multiples où vous cochez la bonne ou la mauvaise réponse. En revanche vous pouvez attendre d’un politicien qu’il vous parle d’une vision. La nôtre est très claire. Nous avons proposé un plan. Celui qui veut travailler avec nous, peut le faire sur la base de ce plan. C’est très clair et il est inutile de perdre son temps. Ceci dit, votre question traduit « la personnalisation du problème syrien » prêchée par les médias occidentaux pour laisser croire que l’ensemble du conflit relève du président et de son propre avenir.

 

Si ce prétexte est correct, mon départ ferait cesser les combats ; ce qui est clairement absurde. Les précédents récents, en Libye, au Yémen et en Égypte en témoignent. Ce qui les motive est d’essayer de se soustraire à l’essentiel du problème : le dialogue, les réformes et la lutte contre le terrorisme. L’héritage de leurs interventions dans notre région a été le chaos, la destruction et le désastre. Par conséquent, comment peuvent-ils justifier une nouvelle intervention ? Ils ne le peuvent pas ! Alors, ils se concentrent sur le blâme du président, poussent à son départ, font douter de sa crédibilité, se demandent s’il vit dans une bulle, et prétendent qu’il est dans le déni de la réalité. C’est ainsi que le point de focalisation du conflit devient le président !

 

 

Sunday Times : Certains fonctionnaires étrangers ont appelé à vous juger pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale en tant que personne responsable, en dernier ressort, des exactions de l’armée ? Craignez-vous les poursuites par cette Cour, ou d’autres poursuites futures lors d’éventuels procès en Syrie ?

 

 

Le président Assad : Chaque fois qu’un problème lié à l’ONU est soulevé, vous soulevez la question de sa crédibilité. Nous savons tous que ces vingt dernières années, et particulièrement suite à l’effondrement de l’Union soviétique, l’ONU et toutes les organisations qui en dépendent sont, sans exceptions, les victimes de l’hégémonie au lieu d’être des bastions de la justice. Elles sont devenues des outils politisés pour créer l’instabilité et attaquer des pays souverains, ce qui est contraire la Charte de l’ONU ! Maintenant, la question que nous devons nous poser : vont-ils juger les dirigeants US et britanniques pour avoir attaqué l’Irak en 2003 et avoir fauché plus d’un demi-million de vies sans parler des orphelins, des handicapés, des défigurés et malformés ? Vont-ils juger les US, les britanniques, les français et d’autres qui se sont rendus, l’année dernière, en Libye sans résolution de l’ONU pour faucher à nouveau des centaines de vies ? Ils ne vont pas le faire. La réponse est très claire.

 

Par ailleurs, savez-vous que l’envoi de mercenaires dans tout pays est un crime de guerre selon les principes de Nuremberg et conformément à la Charte de Londres de 1945. Vont-ils juger Erdogan devant ce même tribunal parce qu’il a envoyé des mercenaires en Syrie ? Vont-ils faire de même avec les Saoudiens et les Qataris ? Si nous avions les bonnes réponses à ces questions, nous pourrions continuer à parler des organisations pour la paix et de leur crédibilité.

 

Ma réponse à moi est très brève : lorsque des personnes défendent leur pays, ils ne tiennent compte de rien d’autre !

 

 

Sunday Times : Regarder en arrière est une chose merveilleuse, Monsieur le Président. Si vous pouviez remonter le temps deux ans en arrière, auriez-vous géré les choses différemment ? Croyez-vous qu’il y a des choses qui auraient pu ou auraient dû être faites d’une autre manière ? Quelles sont les erreurs commises par vos partisans que vous penseriez rectifier ?

 

 

Le président Assad : Vous pouvez poser cette question à un président qui serait le seul responsable du cours des événements. Dans notre cas, en Syrie, nous savons qu’interviennent de nombreux acteurs extérieurs. Partant de ce présent, vous devez juger rétrospectivement chacun des acteurs. Avec le recul, vous devez demander à M. Erdogan : auriez-vous envoyé des terroristes pour tuer des Syriens et leur auriez-vous procuré toutes sortes de soutien logistique ? Avec le recul, vous devez demander au Qatar et à l’Arabie saoudite : auriez-vous financé des terroristes, des réseaux d’Al-qaïda ou toute autre organisation terroriste pour tuer des Syriens ? Avec le même recul, vous devriez poser les mêmes questions aux fonctionnaires US et européens : auriez-vous offert un parapluie politique aux terroristes qui tuent des civils innocents en Syrie ?

 

En Syrie, nous avons pris deux décisions. La première consiste à lancer le dialogue, la seconde consiste à lutter contre le terrorisme. Si, avec le recul, vous demandez à n’importe quel Syrien : diriez-vous NON au dialogue et OUI au terrorisme ? Je ne pense pas qu’une seule personne, saine d’esprit, serait d’accord. Donc, avec le recul, je pense que nous avons commencé par le dialogue et que nous allons continuer le dialogue. Avec le recul, nous avons dit que nous allons lutter contre le terrorisme et nous allons continuer à combattre le terrorisme.

 

 

Sunday Times : Avez-vous jamais pensé vivre en exil si les choses en arrivaient jusque là ? Et est-ce que vous quitteriez votre pays si cela devait augmenter les chances de paix en Syrie ?

 

 

Le président Assad : Encore une fois, il ne s’agit pas du président. Je ne pense pas que n’importe quel patriote ou citoyen pourrait songer à vivre hors de son pays.

 

 

Sunday Times : Vous ne quitterez jamais ?

 

Le président Assad : Nul patriote ne peut songer à vivre hors de son pays. Je suis comme n’importe quel autre syrien patriote.

 

 

Sunday Times : Jusqu’à quel point avez-vous été secoué par la bombe qui a tué certains de vos plus hauts généraux l’été dernier, y compris votre beau-frère ?

 

 

Le président Assad : Vous avez mentionné mon beau-frère, mais ce n’est pas une affaire de famille. Lorsque des hauts fonctionnaires sont assassinés c’est une affaire nationale ! Un tel crime, vous rend plus déterminé à combattre le terrorisme. Cela ne concerne pas ce que vous ressentez, mais plutôt ce que vous devez faire. Nous sommes plus déterminés dans notre lutte contre le terrorisme.

 

 

Sunday Times : Pour finir, Monsieur le Président, puis-je vous interroger sur ma collègue, Marie Colvin, qui a été tuée lors du bombardement par l’opposition d’un centre de médias de Bab Amr, le 22 Février de l’année dernière. A-t-elle été ciblée, comme certains l’ont suggéré, parce qu’elle avait condamné les destructions sur les télévisions américaines et britanniques ? Ou bien a-t-elle simplement manqué de chance ? Avez-vous entendu parler de sa mort à l’époque et, si oui, quelle a été votre réaction ?

 

 

Le président Assad : Bien sûr, j’en ai entendu parler par les médias. Quand un journaliste se rend dans les zones de conflit, comme vous le faites en ce moment même, pour couvrir un événement et le transmettre au monde, je pense que c’est un travail très courageux. Toute personne honnête, qu’il s’agisse de responsables ou de membres du gouvernement, devrait soutenir les efforts des journalistes car cela aidera à faire la lumière sur ce qui se passe sur le terrain et démontera la propagande là où elle existe. Malheureusement, dans la plupart des conflits un journaliste a payé le prix ultime. C’est toujours triste quand un journaliste est tué parce que les journalistes ne sont partie prenante et ne font même pas partie du problème. Ils cherchent juste à couvrir l’événement.

 

Il ya une guerre médiatique contre la Syrie pour empêcher que la vérité ne soit connue du monde extérieur. Quatorze journalistes syriens ont aussi été tués depuis le début de la crise, et tous ne sont pas tombés sur le champ de bataille. Certains ont été ciblés à leur domicile en dehors des heures de travail, kidnappés, torturés, puis assassinés. D’autres sont toujours portés disparus. Plusieurs bâtiments de la télévision syrienne ont été attaqués par les terroristes et leurs bombes. Et, actuellement les chaines de télévision syriennes sont interdites de diffusion par les systèmes satellitaires européens.

 

On sait maintenant comment les rebelles ont utilisé les journalistes dans leur propre intérêt. Il ya eu le cas du journaliste britannique qui a réussi à s’échapper…

 

 

Sunday Times : Alex Thompson ?

 

Le président Assad : Oui. Il a été dirigé vers un piège mortel par les terroristes dans le but d’accuser l’armée syrienne de sa mort. C’est pourquoi il est important d’entrer légalement dans le pays, d’avoir un visa. Ce ne fut pas le cas pour Marie Colvin. Nous ne savons pas pourquoi et ce n’est toujours pas clair. Si vous entrez illégalement, vous ne pouvez pas attendre de l’État qu’il soit responsable.

 

Contrairement à la croyance populaire, depuis le début de la crise des centaines de journalistes de partout dans le monde, y compris vous, ont obtenu un visa d’entrée en Syrie et ont rendu compte librement, à partir de la Syrie, sans interférences dans leur travail et sans obstacles contre leurs missions.

 

Sunday Times : Je vous remercie.

 

Le président Assad : Merci à vous.

 

Sunday Times


Monsieur le Président est interviewé par Madame Hala Jaber Interview publiée le 03/03/2013

Texte original : Sana-syria http://www.sana-syria.com/eng/21/2013/03/03/470326.htm

Texte traduit de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes

[1] Syrie : Qui est dans le déni de la réalité ? http://www.mondialisation.ca/le-president-al-assad-lance-une-solution-politique-de-la-crise-en-syrie/5318025

Extrait de l’interview du président Bachar Al Assad avec le SUNDAY TIMES http://www.youtube.com/watch ?v=NVJFJzaTZc0

 


Sunday Times



Repris sur le site du Comité Valmy: http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3265
Lire la suite

Hommage au Croissant Rouge Syrien.

6 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Dziri a publié:"Il n’y a pas besoin d'être expert en politique, et encore moins d’être pro-Assad pour comprendre que la Syrie est victime d’un complot qui s’inscrit dans le cadre du prétendu «printemps arabe.»  De fait, les comploteurs sont tellement sûrs d'eux qu'ils se"

 

 

 

Il n’y a pas besoin d'être expert en politique, et encore moins d’être pro-Assad pour comprendre que la Syrie est victime d’un complot qui s’inscrit dans le cadre du prétendu «printemps arabe.»  De fait, les comploteurs sont tellement sûrs d'eux qu'ils se réunissent ouvertement dans des rencontres qui sont supposées être celles des "amis" de la Syrie.

Comme en Egypte, l’idée est de mettre au pouvoir des gens avec qui les monarchies du Qatar et d’Arabie Saoudite mais aussi  l’entité sioniste pourront composer.

Ces gens sont certes virulents verbalement mais accommodants sur le fond. Exactement comme le premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan qui vient de se fendre d’une sortie radicalement antisioniste verbalement au moment où son armée vient de réceptionner du matériel militaire importé de l’Etat contre lequel il vitupère.

Où comme le régime mis en place en Egypte, qui contre espèces sonnantes et trébuchantes a opté pour la non remise en cause des accords signés avec l’entité sioniste et vient d’ordonner l’inondation de tous les tunnels qui relient Gaza au Sinaï.

Le Croissant Rouge syrien n’est pas une organisation politique et elle accomplit un travail conforme à sa vocation.

Image

C'était il n'a pas si longtemps: une volontaire du Croissant Rouge syrien portait sur ses épaules une petite réfugiée soudanaise

C’est pour cette raison qu’elle peut travailler, pas sans risques d’ailleurs, dans l’ensemble du territoire national, aussi bien dans les zones contrôlées par le gouvernement que dans celles aux mains de l’opposition.

Image

Deir Ez Zohr: pour Mohamed, volontaire du Croissant Rouge syrien, tous les moyens sont bons pour acheminer l'aide à ceux qui en ont besoin

Il n’empêche que les cadres de cette organisation peuvent avoir leur point de vue sur ce qui se passe dans leur pays.

C’est le cas par exemple de Khaled Erksoussi, le chef des opérations du Croissant-Rouge syrien qui ne peut s’empêcher de faire quelques constats amers. Comme par exemple que l’aide humanitaire pour le peuple syrien était loin d’avoir atteint les montants promis par les participants à une conférence tenue au Koweit à cet effet. Ou encore que très peu d’aide humanitaire transite par la frontière syro-turque qui semble plutôt une voie réservée à l’acheminement d’armes et de combattants (de fait, on sait que quantité de biens, y compris alimentaires, ont au contraire pris tranquillement le chemin de la Turquie).

  

Sale guerre dans l’aide humanitaire

Les organisations des pays du Golfe, principaux alliés de  l’opposition, boycottent le transfert de fonds dans le pays. La vacance du pouvoir a ouvert la porte à des bandes de délinquants et d’agresseurs qui menacent la distribution

Par Mikel Ayestaran, ABC (Espagne) 5 mars 2013 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Khaled Erksoussi est peiné. Le chef des urgences du Croissant-Rouge syrien a perdu hier un chauffeur d'ambulance à Khobar. Un mortier est tombé quand il était dans le poste médical avancé de cette zone de combat et mis fin à sa vie. «Nous avons perdu quinze bénévoles depuis le début de la crise. Dans les zones où il y a des combats, nous avons réussi à faire entrer des convois ces dernières semaines, mais autour de Damas, l’accès est impossible en ce moment" regrette Erksoussi qui, tout en repassant mentalement la carte syrien, réfléchit à voix haute et en dit qu'ils devront évacuer certains avant-postes si la situation ne s'améliore pas, "Avant, les combats duraient trois jours, contre des mois maintenant." Le Croissant-Rouge dispose de plus de 80 délégations à travers le pays, et il a des informations de première main sur la situation dans les zones contrôlées ou non par le régime et ses employés sur ​​le terrain sont très respectés quand ils distribuent de l'aide et donnent des soins aux victimes.

Mais la politique s’immisce aussi dans l’aide humanitaire en Syrie. Erksoussi dénonce le fait que les pays du Golfe, qui sont les principaux alliés de l’opposition, boycottent le transfert de fonds dans le pays et il rappelle, comme l’a souligné l’ONU, qu’à peine 13 % des sommes promises à la Conférence de Koweït ont été reçues. Ce qui fait qu’on peut aider seulement 1,5 millions de personnes par mois alors que la situation actuelle exigerait de pouvoir couvrir les besoins d’au moins quatre millions de citoyens. 

Chaos 

Le responsable de la sécurité de l'organisation a conduit la plupart des convois qui sont allés dans le nord. "De la frontière turque à Hama la coordination ne se fait plus avec  le gouvernement parce que le gouvernement n'existe pas ; dans ces zones, nous traitons avec les chefs de l'Armée Syrienne Libre (ASL) qui nous donnent une protection. Mais le chaos est général et il y a des secteurs pour le contrôle desquels l’ASL se bat contre le Front [Jabhat] Nusra  (proche d’al-Qaïda) " dit-il. 

Le vide de pouvoir a ouvert la porte à des bandes de délinquants et de criminels, des criminels sans motivation politique qui menacent l'arrivée des secours. Mais l’autre gros problème que dénonce le Croissant Rouge syrien est la présence officieuse de membres du Croissant-Rouge du Qatar qui sont en train d’essayer de monopoliser l'aide et d’écarter l'organisation nationale [le Croissant Rouge syrien] de cette tâche. «Ils nous accusent d'être pro-régime et hier, ils ont arrêté quatre bénévoles dans le nord d'Alep et ils les ont presque tués" déplore Erksoussi. «Ils veulent monopoliser l'aide, que ce soit eux qui assurent les livraisons. Mais ce que je ne comprends pas c'est pourquoi, alors qu’ils ont toute la frontière avec la Turquie grande ouverte, ils préfèrent qu’arrivent par là des djihadistes et des armes au lieu d'aide humanitaire dans les zones sous leur contrôle où elle est bien sûr est très nécessaire.» 

Des fins politiques 

Les convois qui vont dans le nord se concentrent particulièrement sur ​​les camps de déplacés créés à Azzaz (un camp de 16.000 personnes) et à Atmeh , où il y en a trois pour un total de quelque 50.000 déplacés. «Il ya aussi des besoins à Deraa et à Deir Ezzor , mais on ne nous écoute pas. A l'ONU on semblent aussi avoir un ordre du jour clair et elle démontre une fois de plus que c’est une organisation politique et non humanitaire. Elle n’aide que le nord et l’est et les choses ressemblent de plus en plus à ce qui s'est passé au Kosovo où elle a aidé surtout ​​un camp. Ici, ce sont tous les Syriens qui ont besoin d'aide », rappelle Erksoussi. 

Après près de deux années, le régime commence à donner des autorisations à des ONG, mais avec parcimonie. Le blocus initial est levé très lentement et c’est pourquoi le Croissant-Rouge est l’acteur le plus présent dans l'aide humanitaire, en particulier dans la phase de distribution.

 

Nouvelle publication sur

 

 Mounadil al Djazaïri

Hommage au Croissant Rouge Syrien

by Dziri

Répondez à cet article en tapant votre texte au dessus de cette ligne

Lire la suite

SYRIE: le soutien militaire direct des puissances impérialistes occidentales aux rebelles se précise .

5 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Mardi 5 mars 2013-

kerry-hollande.jpg

Coordonnée par la visite diplomatique du secrétaire d'Etat John Kerry, la position officielle des puissances impérialistes occidentales s'est précisée cette semaine dans le sens d'un soutien militaire direct à la rébellion syrienne.

 

Devant les difficultés sur le terrain des rebelles de l'Armée syrienne dite libre (ASL) face aux troupes du régime de Bachar el-Assad, les puissances occidentales ont officialisé cette semaine leur soutien logistique à la rébellion.

 

Les États-Unis ont préparé leur grand bond en avant dans le soutien à la rébellion par le tour diplomatique de John Kerry, auprès des alliés de l'OTAN en Europe (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Italie) et au Proche-Orient (Turquie, Arabie saoudite, Qatar, Égypte et Emirats).

 

Une promesse concrète lors de la Conférence des « Amis de la Syrie » à Rome, mercredi dernier, les États-Unis accorderont officiellement une aide de 60 millions de dollars, pour les rebelles, constituée de vivres et d'équipements militaires non-léthaux (sic), notamment des véhicules blindés.

 

Un programme secret de formation des cadres de l'Armée rebelle par la CIA est déjà en cours, a averti Kerry, entamé à partir de camps militaires en Jordanie. (1) 

 

Les sommets américains hésiteraient encore sur la méthode : entre CIA, Pentagone et Département d’État prônant un soutien militaire direct aux rebelles et la Maison blanche craignant pour la légitimité politique de l'opération, risquant d'associer trop étroitement les rebelles aux États-Unis. (2) 


En Europe, la Grande-Bretagne et la France poussent pour un soutien militaire direct aux insurgés

 

Tout comme en Libye puis au Mali, c'est en Europe que la balance penche vers l’interventionnisme le plus ouvert.

 

Ce qui s'insère par ailleurs dans les plans américains visant à déléguer certaines interventions en Afrique du nord et au Proche-orient à leurs vassaux européens pour se consacrer à l'endiguement de la Chine en Extrême-orient (3).

 

Sous pression de la Grande-Bretagne, les ministres des affaires étrangères l'Union européenne ont voté le 18 février la levée de l'embargo, sous un délai de trois mois, sur l'envoi de « matériel militaire non-létal et l'assistance technique » aux rebelles (4).

 

Soutenue par l'Italie et surtout la France, la Grande-Bretagne a poussé pour la levée immédiate de l'embargo sur les armes létales, essuyant les réticences de la majorité des États, en premier lieu de l'Allemagne.

 

William Hague, ministre des affaires étrangères britannique, a confirmé que la Grande-Bretagne allait intensifier son soutien à l'opposition par tous les moyens possibles, d'abord l'envoi d'équipements militaires non-léthaux mais l'envoi ultérieur d'armes létales n'est « pas à exclure » (5).

 

Derrière le fer de lance belliciste britannique, la France de François Hollande, déjà en guerre au Mali s'inscrit dans la continuité de l’œuvre de son prédécesseur Nicolas Sarkozy en Libye.

 

La visite de John Kerry à Paris mercredi fut d'une part l'occasion pour les États-Unis d'apporter leur soutien, prudent, à l'entreprise militaire française au Mali, d'autre part une opportunité pour adopter une position commune de soutien ouvert à l'opposition syrienne.

 

Le ministre des affaires étrangères française, Laurent Fabius, après s'être félicité de la levée partielle de l'embargo européen (« c'était la position de la France »(6)  ) a appuyé la position de « nos amis américains », de soutien militaire à l'opposition :

 

« La France a été la première à reconnaître la Coalition nationale syrienne. Maintenant, si nous voulons un nouveau régime, il nous faut soutenir l'opposition. » (7) 

La poussée britannique et française n'est que la formalisation d'un état de fait, d'ores et déjà leurs services de renseignement accordent un soutien logistique sous formes d'informations et renseignements secrets (8) , de formation militaire dans les camps de Jordanie ou de Turquie (9) .

 

En Allemagne même, le débat fait rage. Le diplomate Wolfgang Ischinger, ancien secrétaire d'Etat au moment de la guerre de Yougoslavie et partisan historique d'une ligne d'alignement sur les Etats-unis, a déjà lancé un appel à armer les rebelles (10) :

 

« Il est temps que l'Allemagne et ses partenaires discutent du soutien à apporter aux rebelles syriens, et cela comprend les armes (…) si les occidentaux livrent eux-mêmes des armes, il y a des chances qu'on puisse influencer ceux qui vont les utiliser ».

 

Les monarchies absolues du Golfe et la Turquie continuent d'armer la rebellion, malgré leurs calculs stratégiques divergents

 

Les principaux bailleurs de fonds de la rébellion continuent leur tâche. Qatar et Arabie saoudite soutiennent des groupes islamistes rivaux, combattants proches des Frères musulmans pour les premiers, les salafistes fondamentalistes pour les seconds (11) 

Des sources fiables au sein du renseignement américain ont révélé dernièrement le parcours aussi stupéfiant que banal du trafic d'armes vers la Syrie (12)

Des milliers d'armes lourdes croates (bravant l'embargo de l'UE), des lances-roquettes anti-char aux mitrailleuses issus des stocks de la guerre de Yougoslavie, seraient achetées par l'Arabie saoudite et transportées aux rebelles via la monarchie absolue jordanienne.

 

L'Arabie saoudite et le Qatar ont multiplié les déclarations ces dernières semaines pour pousser les puissances occidentales à accorder une aide militaire directe aux rebelles :

 

« Mon pays estime que la brutalité du régime syrien contre son peuple rend nécessaire l'armement du peuple syrien », selon les termes du ministre des affaires étrangères saoudien Saoud-al-Faisal.

 

Même son de cloche pour le premier ministre qatari : « Nous soutenons l'opposition, peu importe ce dont elle a besoin, même si ce sont des armes pour se défendre » (13) .

Dans un conflit qui ressemble de plus en plus à jeu de puissances, l'Iran et la Russie apportant leur soutien logistique en sous-main au régime d'Assad, la Turquie reste toutefois l'allié proche le plus sûr de la rébellion.

 

Elle constitue non seulement une base arrière de repli capitale au nord, à Adana ou Gaziantep, mais aussi un canal de livraison pour les équipements militaires venus du Golfe et contrôlés par les services de renseignement occidentaux (14).

 

La Turquie est le premier soutien du « Conseil national syrien » dont le QG se trouve à Istanbul. Pilotée par Ankara, la rébellion est sous hégémonie islamiste sunnite, autour des Frères musulmans, soutenus également par le Qatar.

 

Pour la Turquie, l'objectif est double :

 

D'une part, créer les conditions d'un État islamiste en Syrie et surtout utiliser les islamistes comme une arme contre les minorités en Syrie, chrétienne, alaouite mais surtout kurde. Le soutien aux islamistes de Jabet-al-Nousra, aux exactions reportées contre la minorité kurde, va dans ce sens.

 

D'autre part, étendre la sphère d'influence de la Turquie, dans le cadre de la constitution d'un impérialisme régional. Le nord de l'Irak et le nord de la Syrie sont d'ores et déjà compris dans la sphère d'influence économique et politique turque (15).

 

Information relayée par certains médias occidentaux, mascarade éhontée, les premières « élections libres » en Syrie ont vu 250 combattants islamistes élire 30 représentants militaires pour la province d'Alep. Un vote « démocratique » organisé dans la ville turque de Gaziantep (16).

 

Le seul perdant à coup sûr de la guerre civile syrienne est le peuple syrien lui-même, victime du grand jeu des puissances impérialistes tantôt rivales tantôt complices, plus que jamais hors d'état de décider du sort de son propre pays.


(1) Le Figaro, 1er mars, "Des forces spéciales américaines entraînent des rebelles syriens en Jordanie"

(2) The Wall Street Journal, 12 février, "Obama blocked rebel arms"

(3) Les Echos, 19 février "Les premières leçons de l'intervention au Mali"

(4) AFP, 18 février

(5) BBC, 3 mars, "William Hague 'won't rule out' arming Syrian rebels"

(6) AFP, 18 février

(7)  US dept of State, 27 février

(8)  Sunday Times, 19 août 2012, "Syria rebels aides by UK intelligence"

(9) The Times, 1er mars, "US and allies are training rebels in fight against Assad"

(10) Der Spiegel, 4 mars, "EU may provide training to syrian rebels"

(11) The Guardian, 10 octobre 2012, "Arms supplies to Syrian rebels dry up amid rivalries and divisions"

(12) New York Times, 25 février, "Saudis Step Up Help for Rebels in Syria With Croatian Arms"

(13) Reuters, 20 février

(14) New York Times, 21 juin 2012, "CIA said in steering arms to syrian rebels"

(15) New York Times, 27 février, Turkey’s Foray Into the Fertile Crescent

(16) AFP, 2 mars

 

Article AC

Source: Solidarité Internationale PCF

http://www.communcommune.com/article-syrie-le-soutien-militaire-direct-des-puissances-imperialistes-occidentales-aux-rebelles-se-precise-115907144.html

Lire la suite

Des avocats manifestent leur soutien au gouvernement syrien. "Appel pour la paix en Syrie".

4 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Des avocats manifestent leur soutien au gouvernement syrien
.
3 mars 2013

« Appel pour la paix en Syrie »

Voici bientôt deux ans que les pouvoirs publics et les médias occidentaux dirigent un concert d’accusations contre le chef légal et légitime de l’État syrien, contre son gouvernement et contre l’armée de son pays. Ils cherchent ainsi à faire passer la victime pour le coupable, comme ils l’ont fait en Libye, comme il l’avaient fait précédemment pour d’autres États libres et indépendants.

Car des bandes armées illégales, plus ou moins organisées, venues pour certaines de l’étranger, sèment la terreur en Syrie. Quoi de plus normal, pour le régime légal d’un pays, que de combattre une rébellion avec sa police et son armée ? Au regard des principes élémentaires du droit public, seuls garants d’une paix relative entre les nations, ceux qui sont à la tête d’un État n’ont-ils pas précisément pour premier devoir de protéger leur population des agressions intérieures et extérieures ? Le maintien de l’ordre n’est-il pas la première mission de l’État ? Que feraient les gouvernements de nos pays, si une partie de leur population prenaient les armes pour combattre leur gouvernement légitime avec l’aide de pays et de mercenaires étrangers ? Ne feraient-ils pas intervenir leur police et leur armée ? Et démissionneraient-ils sans rien dire comme ils le demandent au gouvernement légitime syrien ?

En vérité la Syrie n’est pas seulement victime d’une agression armée, mais également, de manière évidemment concertée, sur la scène internationale, d’une vaste opération de propagande médiatique d’agitation, de désinformation systématique (certaines images sur la prétendue répression de l’armée régulière n’étant même pas prises en Syrie) et de provocation.

Le but de cette propagande est, au mépris le plus éclatant du droit international, d’encourager l’insurrection, de nourrir une guerre civile, de dénier, par la diabolisation, toute légitimité au pouvoir légal, et de se poser en juge et en bourreau.

Car ce sont bien les mêmes États, leurs serviteurs et leurs alliés (comme les régimes de l’Arabie Saoudite et du Qatar, monarchies absolutistes, sanguinaires et intolérantes pour leurs propres populations autochtones), qui d’un côté se posent en Juges du gouvernement syrien et de l’armée régulière syrienne, et qui de l’autre encouragent, financent et arment les mercenaires, souvent étrangers, qui se livrent aux destructions et aux violences contre la population civile et contre lesquels lutte l’armée régulière syrienne. Les vrais criminels sont ainsi ces gouvernements occidentaux et leurs fantoches d’Arabie Saoudite et du Qatar. Ils ont déclenché, entretiennent et perpétuent cette guerre fratricide. Sans leur intervention et leur aide aux groupes rebelles et mercenaires il y a longtemps que l’ordre aurait été rétabli en Syrie et que les médias occidentaux ne pourraient plus se livrer à leur propagande et à leur macabre décompte quotidien.

Les pouvoirs occidentaux ont profité des vents de révolte qui soufflaient dans certains pays musulmans pour provoquer une rébellion armée dans d’autres pays, dont les dirigeants avaient le seul tort de leur déplaire politiquement pour n’être pas leurs obligés. Ces gouvernements occidentaux, avec certains médias serviles, entendent profiter des situations conflictuelles et difficiles qu’ils ont générées, pour dénoncer les pouvoirs légitimes de ces pays, les discréditer et finalement les combattre militairement. Ils n’hésitent pas pour cela à utiliser le mensonge et la désinformation, rendant systématiquement les pouvoirs en place et leur armée responsables d’exactions commises par les agresseurs extérieurs eux-mêmes.

Ignorants, lâches ou sans scrupules, participent de cette propagande insidieuse, en Europe, au Moyen-Orient et ailleurs, sous la bienveillante attention des États-Unis, des politiciens, des journalistes, des intellectuels, des juristes, tous croyant pouvoir impunément parler au nom du bon droit et du combat du Bien contre le Mal, avec l’arrogante certitude de l’unanimité.

Certitude erronée. Les signataires de la présente, avocats de différentes nationalités, ne prétendent pas s’immiscer dans les affaires intérieures syriennes, mais entendent exprimer, au nom de la seule raison et de l’honneur de l’esprit humain, leur honte et leur réprobation de tels procédés. Nous apportons notre soutien au gouvernement syrien dans sa juste lutte contre l’agression intérieure et extérieure dont il est victime. Nous dénonçons toutes les aides et soutiens extérieurs à ces vauriens, semeurs de troubles et de morts que l’Occident nous présente comme « armée syrienne libre ». Nous nous engageons à tout mettre en œuvre pour aider le gouvernement Syrien à défendre la légitimité de son autorité et à faire la vérité sur cette vaste agression dont la seule victime est son peuple dont, comme il l’a fait précédemment en Irak, en Afghanistan, en Libye, l’impérialisme occidental ose dénoncer la souffrance alors que c’est lui qui en est la cause.

appeldu1ermars2013@outlook.com

1er mars 2013

Premiers signataires

Bruno BARDECHE, avocat au Barreau de Paris, André CHAMY, avocat au Barreau de Mulhouse, Fabrice DELINDE, avocat au Barreau des Hauts-de-Seine, Éric DELCROIX, ancien avocat au Barreau de Paris, Pascal JUNOD, avocat au Barreau de Genève, Henri LAQUAY, avocat au Barreau de Bruxelles, Philippe MISSAMOU, avocat au Barreau des Hauts-de-Seine, Bernard RIPERT, avocat au Barreau de Grenoble, Stefano SUTTI, avocat au Barreau de Milan, Damien VIGUIER, avocat au Barreau de l’Ain.

 

Contact : appeldu1ermars2013@outlook.com

http://www.silviacattori.net/article4268.html

Lire la suite

La colère monte contre le Qatar et son rôle dans laprolifération de bandes fascistes têtes de pont des intérêts occidentaux…

4 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

La colère monte contre le Qatar et son rôle dans laprolifération de bandes fascistes têtes de pont des intérêts occidentaux…

A tort ou à raison, la colère monte dans le Maghreb et le Proche Orient contre le Qatar et contre le rôle joué dans le monde arabe par la chaîne Al Jazeera et les financements plus ou moins occultes de l’émir. Voici comme illustration, ce qui se passe chez les manifestants en Égypte et la réponse de l’ancien ambassadeur de Tunisie, Mezri Haddad à la journaliste algérienne d’Al Jazeera qui a porté plainte contre lui. Toutefois, si Mezri Haddad, dans sa réponse, nous décrit parfaitement le mécanisme de désinformation mis en place par le Qatar avec Al Jazeera, le publier est uniquement informatif et ne prétend à aucune prise de position en faveur de cet ancien ambassadeur de Ben Ali.


Selon Middle East on line, ce sont désormais les drapeaux, non des États-Unis ou Israël, mais du Qatar que les Égyptiens incendient dans les rues du Caire.

Devant les caméras du monde entier, « les jeunes égyptiens ont mis le feu aux drapeaux du Qatar, un pays qu’ils accusent d’ingérence dans les affaires intérieures de l’Égypte, mais aussi dans les autres pays de la région ». Alors que les pays occidentaux se félicitent des ingérences de Doha, le cheikh Al Thani est de plus en plus haï dans la région pour ses immixtions diaboliques dans les pays de la région, en Tunisie, en Libye, en Syrie, en Égypte… Les liens du Qatar avec les Frères musulmans d’Égypte et de Tunisie (Ennahdha) suscitent l’inquiétude des pays comme l’Algérie et les Émirats Arabes Unis qui viennent de faire face à un complot salafiste et à un projet de coup d’état concocté par le Qatar, et cette inquiétude est celle partagée par de nombreux pays de la région qui voit dans le Qatar, le cheval de Troie de l’Occident et de ses projets expansionnistes dans la région !

Mezri Haddad écrit à la journaliste d’Al Jazeera, Khadidja Benguena :

En déposant plainte contre moi, vous avez parfaitement raison, Madame, d’avoir confiance « dans la capacité de la justice française de rétablir les faits ». La justice de la République française n’est pas celle de l’oligarchie wahhabite et obscurantiste dont vous êtes l’une des vitrines phosphorescentes ; une oligarchie féodale et mafieuse, qui condamne à perpétuité un poète libre, qui condamne à la flagellation de pauvres femmes de ménage importées du Bangladesh, parce qu’elles ont osé dénoncer leurs maîtres bédouins pour abus sexuels, qui condamne à la décapitation des ouvriers pakistanais parce qu’ils se sont soulevés contre leur condition d’esclave et qu’ils ont voulu retourner chez eux.

J’attends avec impatience l’ouverture de ce procès. Disposant de toutes les preuves matérielles qui étayent les propos que j’ai tenus lors de l’émission Ce soir ou jamais, y compris le traçage informatique de la fameuse page Facebook "piratée", j’assume totalement la responsabilité de ce que j’ai déclaré le 5 février dernier.

Depuis plus de dix années, nous allons enfin pouvoir parler publiquement du rôle abject qu’Al Jazeera joue dans la propagation du poison islamo-fasciste, pas seulement dans le monde arabe mais aussi en Europe. Par l’endoctrinement des téléspectateurs, particulièrement les jeunes Arabes ainsi que les musulmans de France, par la wahhabisation des esprits, par la manipulation de l’opinion internationale, par l’exacerbation des tensions entre les juifs, les chrétiens et les musulmans, par la banalisation du djihad et la diffusion de l’islamo-terrorisme partout dans le monde…

Les terroristes, que vous autres "journalistes" d’Al Jazeera n’appelez jamais par leur nom mais par l’ignominieuse expression de « ceux qu’on appelle les terroristes » ! Nous allons aussi pouvoir parler des crimes, y compris contre l’humanité, de l’émirat bédouin dont vous servez la cause avec élégance et servilité.

Les crimes commis en Tunisie, en Égypte et au Yémen par des snipers d’Europe de l’Est recrutés et payés par vos employeurs qataris.

Des crimes commis en Libye et en Syrie par des mercenaires et des terroristes que l’émirat bédouin a gendarmés, armés et galvanisés.

Des crimes commis par des hordes fanatisées, armées et financées par le Qatar, pas seulement au Mali, mais partout en Afrique, contre des musulmans, des chrétiens et des animistes qui sont bien plus humains et civilisés que les bédouins dont vous cautionnez la cause et diffusez la propagande nauséabonde.

Dans votre interminable communiqué du 11 février, vous parlez du "philosophe" que je prétends être. Je n’ai pas fait mes études à Doha et je n’ai pas obtenu ce titre par une fatwa de votre gourou Youssef Qaradaoui, le cheikh de la fitna, de l’intégrisme, de l’hypocrisie et du mercantilisme.

C’est la Sorbonne qui m’a consacré Docteur en philosophie morale et politique, licencié en histoire et en sociologie, maître de conférences en théologie catholique. Voyez-vous, je suis nettement plus diplômé que votre avocassier et frère en secte, François Burgat.

J’ai constaté depuis hier l’affichage du drapeau algérien sur les pages Facebook qui vous soutiennent. Cette ultime manœuvre est habile, mais elle ne trompera pas les Algériens et les Franco-Algériens qui savent très bien que l’Etat-télévision du Qatar cherche à déstabiliser l’Algérie, comme il a détruit la Tunisie, la Libye et l’Égypte au profit de la canaille islamiste.

Affichez plutôt le drapeau de l’émirat bédouin. Les Algériens savent que Mezri Haddad les a publiquement soutenus lorsque vos amis du FIS et du GIA tranchaient les gorges et massacraient les innocents, en attribuant leurs exactions au régime, exactement comme font leurs frères en barbarie aujourd’hui en Syrie.

Ils savent qui a dénoncé l’imposture du « Qui tue qui en Algérie », dont François Burgat a été l’un des plus actifs promoteurs. Sachez, Madame, que je n’ai rien de personnel contre vous. Vous travaillez malheureusement pour une pseudo-télévision dont l’opinion arabe et internationale a fini par découvrir les sombres desseins et les pratiques criminelles et honteuses.

Partout dans le monde arabe, Al Jazeera a perdu toute crédibilité et son audience est en chute libre : fatwa de Qaradaoui appelant au soulèvement, faux témoignages, scènes montées de toutes pièces, couverture des "événements" de Benghazi avec des images de Basra, couverture des "événements" à Homs avec des images d’archive sur Baghdad, trucages, désinformation…

Une propagande digne de Goebbels, dont le chef d’orchestre a été le frère musulman Waddah Khanfar et le commanditaire, Hamad Ibn Jassim Al-Thani, l’esclave d’Hillary Clinton et l’ami intime de Tzipi Livni et de Shimon Perez.

On peut mentir quelque fois à quelques-uns, mais on ne peut pas mentir tout le temps à tout le monde. Les Égyptiens ont retrouvé leur esprit après avoir subi le matraquage d’Al Jazeera et ils ne se laisseront pas gouverner par les Frères musulmans.

Les Tunisiens ont compris dès octobre 2011 et ils ne permettront pas aux mercenaires du Qatar d’imposer leur idéologie rétrograde au pays d’Ibn Khaldoun, d’Ibn Rachik, de Tahar Haddad et de Habib Bourguiba.

Non, je n’ai rien de personnel contre vous. C’est contre l’oligarchie bédouine et wahhabite qui vous abrite et vous récompense que je mène le combat. Le combat des lumières contre l’obscurantisme, de l’humanisme contre le fascisme vert, du progrès contre la réaction, de l’islam contre l’islamisme, de la liberté contre le totalitarisme, de la modernité contre l’ignorance, de l’honneur arabe contre le néocolonialisme.

J’espérais vous voir suivre l’exemple de vos collègues qui ont quitté Al Jazeera parce qu’ils ont compris que cette chaîne subversive travaillait au morcellement du monde arabo-musulman conformément à un agenda impérialiste dont l’émirat bédouin n’est que le vil sous-traitant et Al Jazeera, la sinistre boîte de marketing et de communication.

J’espérais vous voir suivre l’exemple de Louna Al-Chabi, d’Eman Ayad, d’Aksam Suleyman, de Sami Haddad et de mon compatriote Ghassan Ben Jeddou, dont cette phrase devrait vous interpeller, mieux vaut tard que jamais : « J’ai peut-être perdu Al Jazeera, mais j’ai gagné ma dignité ».

Il faudrait plus d’un procès suscité par l’émirat bédouin pour m’intimider ou me faire renoncer à démasquer, en France et partout dans le monde, les menées subversives et terroristes de votre patrie d’adoption, le Qatar, et de votre officine d’exécution, Al Jazeera.

Vos employeurs vont devoir employer d’autres moyens ! Je sais qu’ils en sont capables, mais cela n’effraye point l’homme de foi que je suis, encore moins le Tunisien et l’Arabe qui n’acceptera jamais l’hégémonisme qatari sur la Tunisie, la Libye et l’Égypte. Je prie seulement l’Unique qu’Il me prête vie jusqu’au jour où j’assisterai à la disparition de la marée noire du pétro-wahhabisme de toute la Méditerranée, d’Alger jusqu’à Damas.

Mezri Haddad, le 12 février 2013.

Philosophe et ancien ambassadeur de Tunisie à l’Unesco

(La journaliste d’Al Jazeera, Khadija Benguena porte plainte contre l’ancien ambassadeur de Tunisie et ses propos tenus lors de l’émission Ce soir ou jamais)

Lire la suite

La France et la Turquie ont-elles tenté d’assassiner Bachar el Assad ?

3 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Jeudi 28 février 2013

 

La France et la Turquie ont-elles tenté d’assassiner Bachar el Assad ? 

 french.irib.ir


L’agence de presse libanaise Assiya est désormais en possession du droit de diffusion des extraits d’un documentaire, Les Guerres des services du renseignement en Syrie. Le documentaire met en scène les aveux des mercenaires chargés, par la Turquie et la France, d’assassiner le président Assad.

 

Extraits du documentaire :

« Les services secrets syriens ont déjoué un projet d’attentat contre la vie du Président Assad et de son ministre des Affaires étrangères Walid al-Mouallem. Le renseignement syrien s’est mis à surveiller, il y a six mois, la France et la Turquie, qui, déçus par leur incapacité à provoquer une chute du régime d’Assad, ont décidé d’éliminer, physiquement, le président syrien. Une cellule d’opération a été très vite mise en place. Le travail, au sein de cette cellule, croisait souvent celui fourni par les services de renseignement saoudiens, qataris et américains.

[...] Les Français et les Turcs ont donc tenté de recruter les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères ou ceux du palais présidentiel. La Turquie avait diablement envie d’impliquer la France dans ce projet d’assassinat, puisque les Français ont de très bonnes relations avec les partis kurdes, et qu’en France, les kurdes ne risquent, en général, ni la poursuite judiciaire, ni la détention.

[...]Les Turcs ont ainsi, et via les Français, réussi à identifier des employés kurdes du palais présidentiel. Les agents turcs se sont présentés ensuite au régime syrien, comme représentants d’un parti kurde pro-Assad, et ont même réussi, via une société de nettoyage, à pénétrer dans le siège du Premier ministre, dans le palais présidentiel et au sein du ministère des Affaires étrangères.

Le principal agent kurde de la France et de la Turquie, un certain Abou Kordo, a réussi à faire des photos du bureau de Walid Mouallem, via une petite caméra cachée dans sa poche. [...] La seconde étape consistait à faire entrer de la matière explosive dans le palais d’Assad et dans le ministère des Affaires étrangères.

[...] Le plan a échoué après l’intervention des agents de sécurité syriens, qui affirment n’en être pas à leur première opération : la France et la Turquie ont tenté, jusqu’à présent, et à plusieurs reprises, d’éliminer Assad et ses ministres. Mais ce qui étonne surtout les services secrets d’Assad, c’est l’insistance de Paris à entrer en contact avec le renseignement syrien et à obtenir des informations sur le compte des éléments salafistes actifs, en Syrie et en France ! »

 

 

 

Les services de renseignement turcs ont tenté d’assassiner le président syrien Bachar el Assad, avec l’aide de services israéliens et américains. 



 

Selon l’agence de presse Asia, les ravisseurs présumés qui faisaient partie d’une cellule tentaient de savoir les heures pendant lesquelles il se trouve aux bureaux du palais ArRawda à Damas pour déclencher l’attaque. Ils voulaient également déposer un engin explosif dans les toilettes du ministre syrien des affaires étrangères Walid Al-Mouallem.

 

Selon l’agence, les membres de la cellule ont été identifiés et arrêtés grâce à une contre infiltration des services de renseignements syriens dans le milieu sécuritaire turc. L’agence assure qu’elle publiera ultérieurement les interviews qu’elle a effectuées avec certains d’entre eux séquestrés dans une prison syrienne.

 

Des armements américains en Syrie

 

Des armements américains ont soudain fait leur apparition en Syrie. Jusqu’à présent, ceux qui ont été repérés étaient exclusivement, russes, européens de l’est, chinois et Nord-Coréens, aussi bien chez l’armée régulière que chez les milices.

 

Mais voilà qu’une vidéo diffusée sur la toile expose les images d’un missile antichar américain de type M-47 Dragon, intact, qui aurait été retrouvé dans la région de Talbisseh, au nord de la ville de Homs.

 

Sachant que ce projectile fabriqué en 1975, et remplacée dans les années 90 par une nouvelle génération baptisée FGM-148 Javeline, se trouve encore chez certains alliés de Washington, dont Israël, la Jordanie, le Maroc, la Hollande, l’Espagne, la Suisse, et la Thaïlande.

Selon le site Syrian Truth, le principal atout de cet armement est qu’il est portable, léger (10 kg), ce qui lui permet d’être utilisé dans les combats des rues, à une distance allant de 65 mètres à 1.000 mètres.

 

Ce site de l’opposition syrienne, hostile aussi bien au gouvernement qu’à l’insurrection armée, s'est moqué des propos du présentateur du missile dans la vidéo en question, et qui a prétendu qu’il a été tiré par les troupes gouvernementales contre la place de la liberté à Talbisseh, ce qui est la preuve d’après lui que « les Américains sont en train d’armer le régime pour tuer le peuple syrien».

Syria Truth assure que l’armée syrienne ne s’est jamais approvisionnée dans le bazar américain. De plus, rien n’explique pourquoi les forces gouvernementales utilisent des antichars, alors qu’il n’y a pas de chars qui les affrontent.

 

Manifestement mensongères, ces accusations lancées en ces temps-ci ne sauraient être dues au simple hasard, ni fortuites.

Surtout que depuis quelques jours, des medias syriens d’abord, puis américains repris par les arabes, ont rendu compte de cargaisons d’armements fournies ces trois derniers mois aux miliciens, via la Jordanie en particulier.

 

Chez les médias américains, on constate une certaine couverture médiatique qui tente d’occulter le rôle américain dans ces transactions. L’article du New York Times ne l’évoque nullement alors que celui du Washington Post l’évoque par la voix d’un responsable arabe, ayant requis l’anonymat.

Comme si ces deux journaux s’efforçaient d’éviter de démentir l’administration américaine laquelle affichait ces dernier temps, sans être persuasive d’ailleurs, un ton qui laisse entendre qu’elle n’a pas encore pris la décision d’armer les miliciens en Syrie !

 

Quant au ton du présentateur de la vidéo, il ne laisse aucun doute : en insistant pour dire que l’administration américaine soutient le régime contre le peuple syrien, il voudrait faire croire qu’a contrario, elle ne soutient pas l’insurrection.

 

Lorsqu’on sait les sentiments anti américains du peuple syrien, on comprend mieux la manœuvre. Celle des américains qui donnent en catimini leur feu vert aux dépôts d’armements Croates et ukrainiens, tout en déclarant ne pas avoir pris de décision. Et celle des miliciens qui présentent leur insurrection comme étant une révolution indépendante !

 

Un acteur syrien torturé à mort, nouveau mensonge de l’ASL

 

Le site Syria Truth a révélé que le célèbre acteur syrien Yaçine Bakkouch a été torturé à mort et non tué dans un obus contre sa voiture comme l’affirme l’ASL.

 

En effet, le cadavre de la victime, âgée de 75 ans et connue pour son rôle dans le célèbre feuilleton syrien Ghawwar Toché, ne présentait aucune des séquelles habituelles de l’explosion qui aurait frappé sa voiture, le 24 février dernier, dans le quartier Assaleh, au sud de Damas, contrôlé par les miliciens de l’ASL.

 

Dans la version que l’ASL a donnée, il est dit que c’est l’armée syrienne qui l’a tué en tirant un obus RPG sur sa voiture, et que son cadavre a été retiré après que sa voiture a pris feu. Or sa voiture est intacte, ainsi que son corps. Sur son visage , les traces de torture montrent que les ravisseurs lui ont arraché les yeux. Il semble aussi avoir un doigt coupé

 

Nouveau fiasco pour le 4ème assaut de Damas

 

Selon Arabi-press, une centaine de miliciens ont été tués dans une quatrième tentative de prendre d’assaut Damas et qui s’est soldé par un échec. Des sources médiatiques syriennes ont signalé que l’attaque a été déclenchée à partir du quartier Qaboune, situé dans l’entre nord-est de la capitale, à travers l’attentat kamikaze contre un barrage de l’armée réguliere, au cours duquel selon Syria Documents plusieurs civils ont péri et 3 militaires ont été blessés.

 

En même temps, les miliciens ont mené pendant plusieurs heures une bataille sur plusieurs axes de la capitale: à hauteur de Jouber, Barzé, en plus de Qaboune, pour parvenir à la place des Abbasides. Les sites de l'insurrection ont eux mêmes reconnu que plusieurs dizaines de miliciens y ont péri. Alors que les sites gouvernementaux parlaient de près de 200 tués.

 

Selon Syria Truth, l'armee régulière est en train de renforcer ses positions dans les régions nord de la capitale où les miliciens seraient en train de préparer un cinquième assaut.

 

L'usine Nestlé détruite

 

Selon Syria Truth, les insurgés de la milice brigade al-Fourkane ont détruit mardi à coups d’obus de mortier et de RPG l’usine de Nestlé en Syrie, située dans le quartier Zakiyé, au sud de Damas sous prétexte que son propriétaire est un alaouite.

 

Par ailleurs, l’armée régulière a avorté une tentative d’infiltration de miliciens à travers la frontière avec le Liban à la longueur de la région Adline, dans la province de Homs. Selon l’ambassadeur syrien au Liban, ali Al-Ali, le nombre des insurgés s’élevait à 200. Certains d’entre eux ont été tués et les autres ont rebroussé chemin.

 

Dans la province d’Idleb, les forces régulières ont détruit une voiture piégée conduite par un kamikaze, dans la région d'Ariha’.

 

Alep : l’aéroport sécurisé, des centaines de miliciens tués

 

L’agence de presse Asia a assuré que les forces gouvernementales syriennes sont parvenues à sécuriser à 7 km de profondeur l’aéroport international d’Alep qui a fait l’objet de combats intensifs entre les soldats gouvernementaux et les miliciens. Les travaux de réaménagement ont d’ores et déjà été lancés pour une reprise des vols dans les jours prochains.

 

En outre, signale le correspondant d’Arabi-press à Alep, des dizaines de miliciens ont été tués et blessés dans la localité de Hayyane, au nord de la ville.

 

« Des dizaines de voitures volées par les miliciens ont été vues en train de transporter des blessés, dont des miliciens non syriens, à travers le passage frontalier avec la Turquie où des ambulances les attendaient pour les emmener vers les hôpitaux turcs», est écrit sur le site. Une source sécuritaire a assuré que l’artillerie des forces gouvernementales avait auparavant bombardé les repaires des miliciens, alors que les médias de ces derniers ont prétendu que la région a été bombardée par des Scud.

 

A plusieurs reprises, les autorités syriennes ont nié avoir utilisé ces missiles et défié les insurgés d’en donner la preuve !

 

Entre 150 et 200 miliciens tués par jour !

 

Mardi, une source sécuritaire syrienne avait assuré que plusieurs centaines de tués et de blessés tombent quotidiennement dans les rangs des miliciens takfiristes , syriens et étrangers.

 

« Entre 150 et 200 miliciens périssent chaque jour dans le gouvernorat d’Alep, dont le quart sont des arabes », a-t-il confié pour le site, signalant que le double de ce nombre périt dans les autres gouvernorats.

 

Toujours selon cette source, le nombre des tués dans les rangs des miliciens s’élève depuis le début de la bataille d’Alep en juillet 2012, à trois mille, dont la majeure partie sont des saoudiens, des Libyens et des Tunisiens.

 

A cet égard, l’agence tunisienne Tanet Press a révélé les noms de deux miliciens tunisiens tués en Syrie : le premier, connu sous le sobriquet Abou Mousaab al-Tounouci, avait suivi un entrainement en Libye et était un confectionneur de mines et d’engins explosifs.

 

Alors que le second Ayman al-Hakiri, était connu sous le pseudonyme Abou Maria. Tous deux combattaient dans les rangs du front al-Nosra d’al-Qaida.

 

http://www.palestine-solidarite.org/actualite.Al-Manar.280213.htm

 

Report Unveils France, Turkey Collaboration in Assassination of Syrian President

TEHRAN (FNA)- A documentary movie posted on a Lebanese website unveiled details of a plot by the French and Turkish intelligence services to assassinate President Bashar al-Assad and other senior officials of Syria.

 

http://english.farsnews.com/newstext.php?nn=9107149000

 

Lire la suite

Alerte ! A son tour, le Liban au bord de l'explosion ! Repris sur le blog d'Eva.

3 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Samedi 2 mars 2013

Beyrouth au bord de l’explosion

Le Moyen Orient est décidément une région compliquée et la situation en Syrie nous le rappelle une fois de plus. En effet, il est clair qu’ en l’absence d’ingérences étrangères, le conflit armé dans ce pays serait déjà terminé depuis longtemps et n’aurait certainement pas pris la dimension qu’on lui connaît aujourd’hui.
2 mars 2013

Beyrouth semble sur le point d’exploser. La tension politique croissante et l’évolution de la situation sécuritaire ont atteint un niveau critique. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré mercredi [27 février] que « quelques jours peut-être nous séparent de la sédition." Tout indique que les événements du 7 mai 2008 peuvent se répéter.

La tension au Liban n’a cessé de monter depuis quelques semaines, mais elle a atteint un niveau critique dans les derniers jours. Les deux adversaires sont le camp chiite dirigé par le Hezbollah d’une part et le camp sunnite fondamentaliste salafiste d’autre part. Pourtant, la confrontation entre eux est le résultat de ce qui se passe hors du Liban. Il ya la guerre civile syrienne, le bras de fer régional et international avec l’Iran et la guerre entre sunnites et chiites dans le monde islamique.

Un facteur nouveau est cependant apparu sur la scène libanaise : le leader Sunnite salafiste, Cheikh Ahmad al-Assir. Dans une conférence de presse qu’il a tenue mardi 26 février dans son quartier général de Sidon, au sud Liban, le leader salafiste a indiqué qu’il donnait au gouvernement libanais jusqu’à vendredi 1er mars pour satisfaire à ses exigences : il affirme que le Hezbollah m’a mis sous siège à Sidon en se servant des habitants Chiites de la ville. Les menaces d’Assir donnaient à comprendre clairement qu’il demandait au gouvernement libanais de faire partir ces gens de Sidon ou au moins de des les expulser des alentours de son quartier général. Il a posé d’autres exigences qui s’insèrent dans le contexte du conflit qu’il a initié avec le Hezbollah. Il a dit que si ses exigences n’étaient pas satisfaites, il prendrait un certain nombre de mesures sur le terrain, plus particulièrement pour couper la route que relie Beyrouth au sud, dans la direction de Sidon.

Bien sûr, le gouvernement ne peut pas répondre positivement à ces exigences. Le cheikh salafiste avait coupé cette même route en Juillet 2012 pendant environ un mois. Elle avait été rouverte en Août sous les pressions politiques et populaires contre lui.


Mais le problème fondamental avec la menace d’Assir, c’est qu’elle isolerait les unes des autres les zones où domine le Hezbollah, en particulier les axes logistiques vitaux et indispensables qui relient son fief dans la banlieue sud de Beyrouth et sont extension opérationnelle, géographique et populaire dans le sud du Liban. Notons que d’autres organisations salafistes alliées avec Assir pourraient envisager de faire la même chose dans la vallée centrale de la Bekaa. Ce qui priverait le Hezbollah de deux autres artères vitales : la route entre le sud et les régions chiites de la Bekaa, et la route entre Beyrouth et Damas, où siège le régime syrien, l’allié le plus important de l’organisation chiite libanaise.

Le Hezbollah semble avoir soupesé les menaces Assir et les juge graves. En fait, l’analyse du Hezbollah est que les menances Assir sont une étape importante de la mission qui lui a été confiée : attirer le Hezbollah dans un affrontement interne [au Liban] et dans des conflits sectaires, quel qu’en soit le prix.

Assir a procédé progressivement par étapes préparatoires avant de se lancer dans cette démarche. Ses miliciens et ceux du Hezbollah se sont affrontés à Sidon le 11 novembre 2012 après son exigence du retrait des affiches du Hezbollah de la zone. Deux personnes avaient été tuées. Assir avait continué à agir au même rythme jusqu’à sa dernière exigence de nettoyer la zone autour de son siège des résidents chiites et ses affrontements avec eux le 23 février.

Il semble que le Hezbollah a décidé de donner un dernier avertissement. Nasrallah a prononcé un discours télévisé mercredi après-midi. Il a nié les rumeurs dans les médias selon lesquelles il était malade et avait été transféré en Iran. Il a également émis un avertissement sévère : Il a dit que l’incitation [à l’affrontement] sectaire conduira inévitablement à une explosion, ce qui peut n’être qu’une question de jours. Il a appelé les bonnes volontés à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Le discours de Nasrallah était semblable à son discours du 6 mai 2008, quand le Liban était dans un vide présidentiel. Le Parlement n’avait pas réussi à élire un successeur au président Emile Lahoud, qui avait quitté le palais présidentiel à la fin de son mandat le 24 novembre 2007.

A l’époque, après plusieurs mois de tensions sectaires, une série d’affrontements entre sunnites et chiites hommes armés avait commencé à Beyrouth et dans ses faubourgs. Nasrallah était apparu à la télévision et avait déclaré que la sédition était proche et qu’il avait décidé de la prévenir. Dans les heures qui avaient suivi son discours, des éléments du Hezbollah s’étaient répandus à Beyrouth et dans d’autres secteurs et ils avaient rapidement réglé la question. Ils avaient éliminé la présence de toutes les milices sunnites armées de la mouvance du Courant du Futur de l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri. On estime que des dizaines de personnes avaient été tuées.

Ces affrontements avaient ouvert la voie à une médiation arabe et internationale, qui avait abouti à une conférence entre les différentes parties libanaises à Doha deux semaines plus tard. La conférence avait débouché sur un accord pour élire comme président le commandant en chef de l’armée à l’époque, le général Michel Sleimane.

Le discours de Nasrallah mercredi contient de nombreux éléments de ce scénario. Le Liban est à l’approche d’un vide parlementaire. Le Parlement est divisé et incapable de s’entendre sur une nouvelle loi électorale. Les tensions de sécuritaires s’accroissent parallèlement aux tensions politiques. Il ya cependant un élément manquant dans la situation actuelle. À savoir qu’aucun pays de la région n’est en capacité de jouer un rôle de médiation, à la suite de la forte polarisation causée par la guerre en Syrie. L’Occident en général souhaite la stabilité au Liban, mais pas au point d’investir beaucoup d’efforts pour assurer cette stabilité. Par conséquent, la situation actuelle est très volatile et les choses évoluent d’heure en heure.

Jean Aziz est journaliste contributeur pour Al-Monitor ’s Pulse Liban. Il est chroniqueur à Al-Akhbar , le journal libanais, et l’animateur d’un talk-show politique hebdomadaire sur OTV, une chaîne de télévision libanaise. Il enseigne également la communication à l’université américaine de la technologie et à l’Université Saint-Esprit de Kaslik au Liban.

Jean Aziz
Al-Monitor Lebanon Pulse
28 février 2013


.
“LOUBNAN YA LOUBNAN”
Témoignages sur la guerre du Liban
 
Avec Loubna Siblini et Raymond Chahda, de retour de la rencontre internationale de solidarité de Beyrouth
mercredi 17 janvier 2007

 
Lire la suite

Discours de Bahar Kimyongür à l'ONU. Conférence sur la Syrie au Palais des Nations. Genève, 28 février 2013.

1 Mars 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Kimyongur Bahar [mail:bahar_kimyongur@yahoo.fr]  vendredi 1 mars 2013

 
 Discours de Bahar Kimyongür à l'ONU

 

 

Conférence sur la Syrie au Palais des Nations

en marge de la 22e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU

 

Intervention de Bahar Kimyongür

Genève, 28 février 2013

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

 

Au moment où nous célébrons dans la rage, l’impuissance et le deuil le deuxième anniversaire de la guerre de Syrie, un énième retour en arrière sur la couverture médiatique du conflit n’est pas inutile pour comprendre le jusqu’au-boutisme des belligérants ayant conduit au pourrissement de la situation que nous connaissons aujourd’hui.

 

Force est de constater que dans les pays alignés à la politique étrangère étasunienne notamment la France, la Belgique, les Pays-Bas et l’Angleterre, seule une poignée de journalistes ont cherché à comprendre la complexité de la situation syrienne, nageant à contre-courant dans un environnement hostile car dominé par des bataillons d’intellectuels sentimentalement et politiquement acquis à la cause rebelle.

 

Dès le début de la crise syrienne, des observateurs indépendants ont épinglé de nombreux cas de manipulation médiatique que certains professionnels de l’information ont véhiculés parfois involontairement.

 

Croyant servir la dissidence syrienne et se conformer ainsi aux valeurs humanistes dont ils se targuent d’être les gardiens, des journalistes sérieux se sont convertis en ministres d’une propagande aussi maladroite que nocive.

 

Les analyses pointues et la modération que l’on attendait d’eux ont cédé la place tantôt aux effets d’annonce et autres communiqués triomphalistes chantant les succès militaires de la rébellion tantôt aux pamphlets incendiaires conspuant, dans une surenchère de superlatifs outranciers, les pratiques répressives réelles ou fabriquées des services de sécurité syriens.

 

Par naïveté ou par conviction, par lâcheté ou par paresse, des journalistes ont bafoué les principes élémentaires de leur profession comme l’enquête de terrain, la vérification des sources ou le recoupement de l’information.

 

Ils ont crié à la censure tout en l’appliquant à l’encontre des voix critiquant la doxa occidentale sur la Syrie.

 

Certains d’entre eux n’ont pas eu peur de verser dans la caricature voire la calomnie pour discréditer les voix dissidentes qui offraient une vision indépendante de la situation dans ce pays.

 

Des rumeurs colportées sur les réseaux sociaux comme la prétendue fuite à l’étranger du président syrien, son prétendu train de vie fastueux, son prétendu plan de repli en un territoire alaouite imaginaire ou encore sa prétendue retraite sur un porte-avion russe ont été complaisamment relayées par de très sérieuses agences de presse.

 

L’emballement médiatique planétaire fabriqué à partir des salves d’hoax anti-régime a eu pour principal effet de radicaliser les forces loyalistes et de ridiculiser les partisans d’une démocratisation sincère de leur pays.

 

Ce faisant, les principaux médias occidentaux n’ont pas manifesté le même enthousiasme lorsqu’il s’agissait de parler des citoyens progouvernementaux démembrés, mitraillés ou déchiquetés par les bombes des rebelles et de leurs alliés takfiristes.

 

Les décapitations rituelles organisées par ces derniers n’ont pas suscité autant d’indignation que les exactions commises par l’armée gouvernementale. Ni les appels au génocide des alaouites et des autres minorités « impies » lancés dès le début de la crise syrienne dans certaines mosquées du pays et via des chaînes satellitaires golfiques aux heures de grande écoute.

 

Ce n’est qu’un an et demi après les premières manifestations que la presse occidentale a découvert les télécoranistes de la haine comme le Syrien exilé en Arabie saoudite Adnane Arour qui se targue pourtant d’avoir des millions d’adeptes en Syrie et dans le monde.

 

Il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre dit un vieil adage.

 

Concernant les attentats terroristes visant les civils, de nombreux journalistes ont versé dans les théories du complot les plus grotesques en accusant le camp loyaliste de tuer délibérément ses propres enfants pour discréditer l’opposition.

 

Quant aux activistes pour la paix et la souveraineté des peuples qui, à Bruxelles, Paris ou Londres, prêchent désespérément dans le désert, ils se sont vus symboliquement interdire toute expression d’empathie envers les civils innocents qui avaient le malheur de mourir sous le mauvais drapeau.

 

Lorsqu’une équipe de la chaîne Al Ikhbariya dont la célèbre journaliste Yara Saleh, a été prise en otage par l’Armée syrienne libre (ASL) durant l’été 2012, les groupes de presse occidentaux ont joué aux trois singes.

 

Aucun média dominant pourtant si enclins à défendre la liberté d’information n’a même évoqué la fin tragique de Hatem Abou Yahya, l’assistant cadreur de l’équipe exécuté par ses ravisseurs.

 

La libération par l’armée gouvernementale syrienne des trois autres membres de l’équipe n’a pas suscité plus d’engouement parmi nos faiseurs d’opinion.

 

Quiconque souhaite connaître l’ampleur du black-out médiatique qui a frappé l’équipe d’Al Ikhbariya n’a qu’à pianoter le nom de l’un de ses malheureux journalistes sur un moteur de recherche.  On ne trouve quasi aucune trace de leur kidnapping.

 

En effet, en Occident, seuls des sites marginaux et non-alignés en ont parlé.

 

Les horreurs de la guerre ont été systématiquement imputées au régime syrien même celles que la rébellion a fièrement revendiquées.

  

Pendant deux ans, certains prétendus experts de la Syrie ont claironné la « fin imminente » du régime en se basant entre autres sur les affirmations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

 

D’après leurs dires, le régime était « de plus en plus isolé ». Il était « aux abois », « cerné de toutes parts ». Le président ne comptait plus que « quelques fidèles corrompus issus de sa communauté ».

 

Il paraîtrait même que toute la population était mobilisée contre la dictature d’une « secte », d’un « clan », d’une « famille », d’une « maffia ». Les jours, voire les heures du président étaient comptés.

 

En décembre 2011, le ministre des affaires étrangères israélien Ehud Barak ne donnait pas plus de quelques semaines ou mois avant la chute d’Assad (Le Monde, 6 décembre 2011).

 

L’ancien diplomate français Wladimir Glasman alias Ignace Leverrier qui anime le blog de propagande « Un œil sur la Syrie » hébergé par Le Monde a cru bon de créer un fil info avec une « chronique du délitement du régime ». Mais son torrent de nouvelles triomphalistes s’est rapidement tari.


En août 2012, Gerhard Schindler, chef du service de renseignement allemand BND, fait plus fort que ses homologues israéliens. Il rejoint le club des prophètes et des oracles en déclarant que (non pas les mois ou les semaines mais) les jours du régime du président Assad étaient comptés (RFI, 20 août 2012). Cette lumineuse prédiction vieille de plus de six mois revient en quelque sorte à affirmer que tous les êtres vivants mourront assurément un jour.

 

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan promettait quant à lui de célébrer la victoire des rebelles en allant très prochainement prier dans la mosquée des Omeyyades en Syrie (Hürriyet, 5 septembre 2012).

 

Depuis, beaucoup d’eau, de sang et de larmes ont coulé sous les ponts qui enjambent l’Oronte.

 

Les menaces d’intervention armée, le chantage, les coups d’esbroufe, les stratégies subversives qui vont des opérations « false flags » à la mise à disposition par les pétromonarchies arabes d’une enveloppe de 300 millions de dollars pour encourager les défections au sein du gouvernement syrien et de l’armée n’ont pas eu raison de la combativité du régime (Le Figaro, 3 avril 2012 ; Russia Today, 11 août 2012)

 

N’est-il pas surprenant que seule une infime minorité de hauts fonctionnaires d’un Etat pourtant taxé de vénal et de corrompu ait cédé aux chants des sirènes mazoutées du Golfe et succombé à la tentation pécuniaire que font miroiter des monarques aussi bedonnants que leurs barils de pétrole ? 

  

Personne parmi ces messieurs de la grande presse prétendument bien informés n’a jugé bon d’associer le flegme du président syrien au soutien populaire, certes difficilement quantifiable, mais bien visible et réel dont il jouit et à sa confiance en l’avenir.

 

Au lieu d’analyser la réalité telle qu’elle est, les francs-tireurs de nos mass médias éberlués par la zen attitude du président syrien se sont attelés à brosser le portrait psychologique d’un « tueur au sang froid ».

 

Dans une mauvaise foi dont ils ont le secret, ils n’ont vu que des facteurs externes et militaires à son maintien au pouvoir : la main invisible d’Hugo Chavez, l’armement russe et iranien, l’appui logistique du Hezbollah, la terreur des moukhabarats et des chebbihas, la puissance de son aviation... Le peuple lui, était d’après eux, unanimement acquis au renversement du régime.

 

Seuls de rares journalistes honnêtes ont tenté de comprendre comment une dictature pouvait masser des centaines de milliers de sympathisants dans la rue sans pécule ni baïonnette.

 

Aux allégations dépeignant une armée syrienne démoralisée répondaient des images de fantassins guillerets et motivés.

 

Rares ont été les observateurs européens qui ont analysé objectivement la combativité de l’armée arabe syrienne et du Baas syrien, père de tous les baassismes.

 

Les stratèges occidentaux et leurs subordonnés arabes misaient sur un effondrement comparable à celui du régime irakien à la veille de la chute de Bagdad en 2003. En vain.

 

Ils espéraient voir pans entiers de l’armée syrienne rejoindre la rébellion comme lors de la guerre civile libyenne en 2011. En vain.

 

Il y a un mois à peine, Rami Abdel Rahmane a dû reconnaître sur la chaîne d’information France 24 que le poids des défections est surestimé. « Les défections n’ont pas pesé sur l’armée syrienne » a-t-il affirmé. (France 24, 23 janvier 2013).

 

Dans la même interview, interrogé sur la création des Forces de défense nationale par l’armée syrienne, une formation paramilitaire de 50.000 femmes et hommes chargée de défendre leur quartier contre les incursions rebelles, Rami Abdel Rahmane tord le cou à un autre préjugé au grand dam de ceux qui taxent le gouvernement de Damas de « régime alaouite ».

 

Il dit en effet : « Ces nouvelles forces sont formées de personnes de toutes les confessions. (…) Ce sont simplement des personnes qui soutiennent le régime et contrairement à ce que l’on pense, il y en a de toutes les communautés. »

 

« Contrairement à ce que l’on pense » souligne-t-il. Et voilà que la source syrienne la plus crédible aux yeux de l’Occident remet en question une idée largement répandue. Répandue par qui ?

 

Par les fabricants et les trafiquants d’opinion qui peuplent les bureaux de rédaction de nos gazettes, nos hémicycles, les chaires universitaires, les centres d’études stratégiques et les plateaux de télévision.

 

Aujourd’hui, au bout de deux ans de guerre sans merci, face à la ténacité du régime et de la population loyaliste, les mêmes sources reconnaissent du bout des lèvres avoir été vite en besogne.

 

Deux ans et 70.000 morts plus tard, ils ont dû revoir leur copie.

 

Voyons à présent quatre des stéréotypes les plus remâchés, réchauffés et resservis par nos médias mainstream.

 

 

Théorie n°1 : Au début, le mouvement syrien de contestation était pacifique.

 

C’est vrai et faux. Plusieurs dizaines de manifestants pacifistes ont été torturés et tués, notamment à Deraa. Ce terrorisme d’Etat est injustifiable. Mais dès le début de la contestation, les forces de sécurité ont également été la cible de tirs provenant des manifestants. De nombreux policiers et militaires sont morts sous les balles des opposants dès les premiers jours de la contestation. Des réseaux de tunnels et des caches d’armes ont été découverts y compris dans des mosquées. La thèse de l’implication d’une « troisième force » composée d’éléments infiltrés et de provocateurs n’a jamais été évoquée par la presse occidentale. Par ailleurs, des appels à la haine anti-alaouite, anti-chrétienne, anti-chiite et anti-iranienne ont été scandés dans plusieurs manifestations notamment à Jableh, Idleb et Jisr Al Choughour. Les sons et images de ces émeutes déguisées en manifestations pacifiques à destination du public international abondent sur la toile mais les médias mainstream n’y ont guère prêté d’attention.

 

Théorie n°2 : l’extrémisme religieux en Syrie n’existe pas. S’il existe, c’est le régime qui l’a fabriqué.

 

Doublement faux. Si l’écrasante majorité des musulmans sunnites syriens rejettent l’extrémisme religieux, il n’en est pas moins une menace bien réelle autant pour les musulmans que les non musulmans. Le takfirisme, cette version factice et fasciste de l’Islam constitue depuis toujours une menace existentielle tant pour le nationalisme arabe que pour la cohabitation pacifique entre communautés religieuses. Les takfiristes syriens considèrent en effet le baassisme comme une cause communiste, athée et perverse à combattre sans merci par le djihad. Les croyances issues ou inspirées de l’Islam telles que le chiisme, l’alaouisme ou l’ismaélisme sont logées à la même enseigne de même que le christianisme et le judaïsme. Plusieurs imams sunnites syriens ont été tués par les takfiristes car jugés déviants ou progouvernementaux. Le dernier en date, le cheikh Abdoullatif al Jamil a été tué par les rebelles à la mosquée de Salahaddin à Alep au début de ce mois.

Deux sources d’inspiration sont à la disposition des islamofascistes syriens et étrangers : les textes anciens comme les fatwas du théologien syrien médiéval Ibn Taymiyya et les chaînes satellitaires télécoraniques du Golfe comme Iqraa TV, Wessal TV, Safa TV, Quran i Kerim TV qui, sans interruption, distillent la haine anti-chiite, anti-iranienne, anti-Hezbollah et antinationalisme arabe. Adnan Arour et tous les autres prêcheurs de haine bénéficient d’une couverture médiatique planétaire depuis bien avant le « printemps syrien ». Les djihadistes installés en territoire libanais sous l’impulsion du clan Hariri lui-même soutenu par les Saoudiens depuis les accords de Taëf qui mirent fin à la guerre civile libanaise (1975-1990) jouent un rôle de premier ordre dans la fragmentation de la société syrienne sur base religieuse.

Les confrontations entre le régime laïc syrien et le takfirisme ont une histoire longue et sanglante. Elles ont culminé avec le massacre de Hama en 1982. Les minorités ont été plusieurs fois la cible de massacres à caractère sectaire. L’attentat visant le mausolée chiite de Saida Zeinab à Damas par les terroristes du Fatah al Islam le 27 septembre 2008 préfigure la guerre sectaire actuellement menée par la rébellion takfiriste contre le gouvernement de Damas et ses soutiens populaires.

 

 Théorie n°3 : le régime syrien est alaouite

 

Archifaux. Cette allégation réductrice est, de surcroit, offensante pour toutes les parties en conflit. Elle est offensante pour les nombreux ministres, députés, dirigeants de syndicats et de corps professionnels, chefs d’état-major, officiers supérieurs et moyens, soldats, policiers et autres centaines de milliers de fonctionnaires non alaouites. Elle est tout aussi offensante pour les nombreux opposants alaouites qui luttent contre le gouvernement. L’origine alaouite du président syrien et de certains membres de son entourage ne fait pas de l’Etat syrien un « régime alaouite ». La Syrie est à la fois un Etat culturellement marqué par l’Islam sunnite de rite hanéfite et l’unique Etat laïc du monde arabe. La laïcité syrienne est consacrée par une formule omniprésente dans la bouche des Syriens : Al din la Allah wal watan lel jemi’ : « La religion est à Allah est la patrie est à tout le monde ». Curieusement, aucun média n’a entendu parler de ce principe fondamental qui fait de la Syrie un havre de paix intercommunautaire.

Mais, ces mêmes journalistes ne se gênent pas d’utiliser les mêmes termes que les djihadistes liés à Al Qaïda pour qualifier l’Etat syrien. Ils y voient des privilégiés alaouites partout. Pourtant, les alaouites vivent pour la plupart de maigres moyens et ne sont même pas officiellement reconnus en tant que communauté religieuse. Sous la présidence de Bachar el Assad, près de 5.000 mosquées sunnites et 250 églises ont été construites ou restaurées. En revanche, jamais l’Etat syrien n’a consacré un seul centime à l’entretien des lieux saints alaouites ni à la rémunération des cheikhs alaouites.

L’obsession de certains médias et experts à vouloir désigner leur ennemi par son identité ethnique ou religieuse est symptomatique de ce vieux réflexe raciste et colonial qui consiste à inférioriser l’autre en l’enfermant dans une identité réductrice, englobante, dépersonnalisante et le cas échéant carrément stigmatisante. Stigmatisante car certains médias occidentaux et djihadistes tiennent les alaouites collectivement responsables de crimes commis par des escadrons de la mort progouvernementaux pourtant issus de toutes les communautés du pays.

Il nous semble normal de dire « le président alaouite Bachar el Assad » mais nous serions choqués si quelqu’un disait « le ministre juif des affaires étrangères Laurent Fabius ».

Certains journalistes semblent avoir vite oublié le principe universel qui dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. »

 

Théorie n°4 : La rébellion est populaire. L’armée est honnie.

 

Thèse à moitié vraie donc à moitié fausse. Cette théorie largement répandue en Occident est pourtant démentie par des leaders de l’Armée syrienne libre.

Interrogé par l’agence Reuters, Abou Ahmed, chef d’une milice de la Brigade al Tawhid active à Alep depuis juillet 2012 déclare : « L’ASL a perdu son soutien populaire. »

Il estime que 70% de la population de la ville est progouvernementale (Yara Bayoumi, Reuters, 8 janvier 2013).

Dans plusieurs quartiers aleppins administrés par la rébellion, la population se plaint d’actes de pillage et de mauvais traitements infligés par les milices de l’ASL. La population excédée manifeste régulièrement aux cris de « ASL voleuse, nous voulons l’armée régulière » (Jaych al Hour harami, bedna jeych el nizami).

De l’autre côté de la barricade, l’armée est constamment sollicitée par la population. Il  suffit de visionner les chaines télévisées gouvernementales pour se rendre compte de l’ampleur de cette autre réalité syrienne. On y voit des soldats accueillis en héros, nourris et choyés par la population.

Si les médias prenaient exemple sur Anastasia Popova ou Robert Fisk, s’ils se donnaient la peine de parcourir l’envers du décor, s’ils allaient interroger les millions de Syriens pro-gouvernementaux, neutres ou non politisés, ils réaliseraient que ces citoyens préfèrent rester sous la protection de l’armée et sous l’administration gouvernementale qui leur assure des moyens de subsistance : un salaire, une retraite, des soins médicaux, une instruction etc. 

 

 

Les mensonges et les demi-vérités concernant la Syrie sont si nombreux qu’en dresser une liste relève de la gageure.

 

Ceux qui prétendent soutenir le peuple syrien lui rendront un bien grand service le jour où ils se résoudront à décrire en toute impartialité la souffrance de toutes ses composantes.

 

Peut-être que ce jour-là, les Syriens parviendront à dépasser leurs différends et à trouver les voies de la réconciliation, seule condition de leur survie en tant que peuple libre.

 

Lire la suite