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Le blog de Lucien PONS

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Poutine démasque Obama et le force à bombarder les trafiquants de pétrole de l’EI

17 Novembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La République, #La France, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch, #L'OTAN.

Poutine démasque Obama et le force à bombarder les trafiquants de pétrole de l’EI

Les États-Unis affirment qu’ils veulent frapper l’Etat islamique, mais, en un an de bombardements, ils n’ont jamais vraiment touché à l’une de ses plus grandes sources de revenus. Des centaines de camions citernes attendent tous les jours aux points de distribution de l’Etat Islamique pour amener du pétrole en Turquie et ailleurs. Un seul de ces points de distribution a été bombardé jusqu’ici et il l’a été par les forces de l’air irakiennes.

Lors de la réunion du G-20 en Turquie, le président russe Vladimir Poutine a dénoncé cet état de fait, et, miracle, voilà que le problème est résolu.

L’administration Obama a récemment déclaré qu’elle allait augmenter ses frappes sur les infrastructures pétrolières les plus coûteuses du gouvernement syrien qui sont contrôlées par l’EI. Mais il a dit qu’il ne lancerait pas encore de frappes sur les grands regroupements de camions.

La campagne aérienne dirigée par les Américains a lancé des frappes aériennes périodiques contre les raffineries de pétrole et d’autres installations de production dans la partie est de la Syrie que le groupe contrôle, mais les ingénieurs de l’organisation ont pu réparer rapidement les dégâts et continuer à écouler le pétrole, selon des officiels étasuniens. L’administration Obama a également hésité à attaquer la flotte de camions citernes de l’État islamique – son principal réseau de distribution – par crainte de faire des victimes civiles.

Mais maintenant, l’administration a décidé d’augmenter les attaques et de provoquer des dégâts qui prennent plus de temps à réparer ou qui nécessitent de commander des pièces, selon des officiels étasuniens.

Si l’on veut arrêter le commerce de l’huile, il est évident que ce sont les camions qu’il faut détruire. Sans camions, les autres infrastructures n’ont plus d’utilité pour IS puisque le pétrole ne peut plus être vendu. Si les camions sont détruits, ceux qui sont derrière la contrebande ne feront plus de profit et ils laisseront tomber. L’excuse des « victimes civiles » ne tient pas. Si l’on veut vraiment éviter les pertes humaines, il suffit d’annoncer l’attaque, mais on peut aussi considérer que ces trafiquants de pétrole font des affaires avec des terroristes et que, de ce fait, ils sont leurs complices. La vraie raison pour laquelle les États-Unis répugnent à s’attaquer à la contrebande du pétrole, est plutôt qu’ils veulent ménager le gouvernement turc qui profite de ces transferts de pétrole.

Puis la Russie est arrivée et Poutine, son président, a démontré, pendant le G-20 qui se tient en ce moment, que les Etats-Unis ne combattent pas sérieusement l’EI. Aujourd’hui, le journaliste turc Abdullah Bozkurt rapporte ce qu’a dit le président Poutine en marge du G-20 :

Abdullah Bozkurt@abdbozkurt

Poutine en #Turquie: J’ai fourni des exemples, basés sur nos données, sur le financement des différentes unités de #ISIL par des personnes privées.

«Cet argent, comme nous l’avons établi, provient de 40 pays et, il y a quelques membres du G20 parmi eux », a dit Poutine.

« J’ai montré à nos collègues des photos prises d’avion et dans l’espace qui montrent clairement l’ampleur du commerce illégal de pétrole ».

Poutine a communiqué ces informations et ces photos hier. Obama doit avoir été profondément embarrassé et contrarié. Car voilà que le jour qui a suivi la dénonciation par Poutine de la réticence des États-Unis à frapper là où c’est nécessaire, un grand regroupement de camions a été bombardé :

Intensifiant la pression sur l’Etat islamique, les avions de guerre des États-Unis ont, pour la première fois, attaqué, lundi, des centaines de camions utilisés par le groupe extrémiste pour passer en contrebande le pétrole brut qu’il extrait en Syrie, ont déclaré des officiels étasuniens. Selon une première évaluation, 116 camions ont été détruits dans l’attaque qui a eu lieu près de Deir al-Zour, une zone de l’est de la Syrie contrôlée par l’État islamique.

Jusqu’à lundi, les Etats-Unis s’étaient abstenu de frapper la flotte utilisée pour le transport du pétrole, qui se monte, croit-on, à plus de 1000 camions citernes, par crainte de faire des victimes civiles. Ce qui fait que le système de distribution de l’État islamique pour exporter le pétrole est toujours intact.

Il semble que Poutine ait réussi à pousser Obama à agir contre la contrebande du pétrole en lui faisant honte devant tout le monde. Espérons que cela aura le même effet sur les sources de financement dont il a parlé.

Moon of Alabama | 16 Novembre 2015

Article original : http://www.moonofalabama.org/2015/11/putin-names-and-shames-obama-into-bombing-is-oil-smugglers.html

Traduction : Dominique Muselet

Source: http://arretsurinfo

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Communiqué de IRIB. Recep Tayyip Erdogan, homme d’État turc, a menacé, hier, la France, de «graves» conséquences, si elle continue ses frappes aériennes contre Etat Islamqiue.

16 Novembre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La Turquie, #AMERIQUE, #La Russie, #Daesch, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme

Communiqué de IRIB. Recep Tayyip Erdogan, homme d’État turc, a menacé, hier, la France, de «graves» conséquences, si elle continue ses frappes aériennes contre Etat Islamqiue.

IRIB- Recep Tayyip Erdogan, homme d’État turc, a menacé, hier, la France, de «graves» conséquences, si elle continue ses frappes aériennes contre Etat Islamique.

Le 16 novembre 2015 à 18:10

«Si ces frappes contre les millitants "modérés" syriens ne s’arrêtent pas, de la part du gouvernement francais, les conséquences, sur les relations politiques, économiques, culturelles et dans tous les domaines avec la France, seront graves», a averti M. Erdogan, dans un entretien exclusif avec le journal "Ar-Rayah". "Quant à l’Etat Islamique, il y a des Turcs, des Arabes et des Kurdes dedans. Les mécontentements du passé ont provoqué une large réaction. (…) Si les Arabes sunnites n’avaient pas été exclus, en Irak, il n’y aurait pas une telle accumulation de colère, il faut les entendre, au lieu de les réprimer, au profit du régime syrien". Recep Tayyip Erdogan, dont le pays aurait facilité l’approvisionnement en armes des Jihadistes de l’État islamique, en Syrie, garde une position ambiguë, face à l’État islamique. Erdogan évoque l’impact «irréparable», sur les relations franco-turques qu’auraient ces frappes contre les militants syriens. M. Erdogan a, en outre, appelé la France à faire preuve de «bon sens» et à empêcher de se mettre en danger, en matant un mouvement populaire, faisant allusion aux militants syriens.

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Flirter avec la Turquie porte malheur … mais l’UE ne l’a pas encore compris

26 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Terrorisme, #le nazisme, #Le fascisme, #L'OTAN., #La Russie, #La Turquie

Flirter avec la Turquie porte malheur … mais l’UE ne l’a pas encore compris

Flirter avec la Turquie porte malheur … mais l’UE ne l’a pas encore compris

L’UE ne l’a pas encore compris et encore moins Mme Merkel convaincue qu’Ankara prendrait mieux soin des réfugiés en échange d’une aide de 3 milliards d’euros et d’une entrée, envisagée depuis longue date mais constamment repoussée, dans l’espace unioniste. C’est dire que la Turquie a vraiment toute sa place au sein de l’Europe occidentale ! Comment ne pas y inviter un Etat en voie d’islamisation rampante, soutien parfait des djihadistes de tous bords, qui n’a pas tellement changé depuis le massacre des Arméniens vu avec quelle facilité il s’applique aujourd’hui à massacrer les Kurdes parce qu’ils combattent, de un, Daesh, de deux, parce que le méchant Assad promettrait l’indépendance aux Kurdes syriens en cas de victoire du baasisme et que, dans un élan naturel, ce désir d’autonomie gagnerait l’ensemble du monde kurde ? Désolée de broder des phrases à la Proust, mais des virgules en grand nombre, il en faut bien pour illustrer le degré de compatibilité de l’univers civilisationnel turc avec l’univers civilisationnel européen !

En termes plus directs, n’en pouvant plus des débordements migratoires dont elle est l’objet depuis des mois déjà, l’Europe bruxelloise entend acheter la connivence d’un Etat en très grande partie responsable, en tout cas sur le terrain, de ces mêmes débordements, pourvu que celui-ci accepte d’y mettre un terme ou du moins d’alléger le triste sort des pays concernés. Dans le même ordre d’idée, M. Hollande semble reconnaître que les bonnes grâces d’Ankara pourraient coûter bien cher dans la mesure où elles pourraient servir de prétexte à la libéralisation du régime des visas avec la France, en conséquence de quoi nous verrions passer la frontière des éléments assez peu fréquentables (enfin, encore plus d’islamistes pour clarifier les euphémismes du Président français). Je me demande si les apprentis sorciers de Bruxelles n’ont pas perdu la raison : s’il est vrai qu’une libéralisation du régime des visas est à craindre, qu’en serait-il en cas d’adhésion de la Turquie à l’UE ? Au lieu de régler le problème en remontant à sa source, les Hollande et Merkel préfèrent pactiser avec Erdogan, lui-même subissant la pression des States, d’un côté – suspension du Turkish Stream et manipulations américaines autour du dossier kurde – de l’autre, conscient de la dépendance gazière de son pays de la Russie qui tout en rasant les positions de Daesh et d’autres groupes islamistes actifs dans la région, s’évertue néanmoins à garder un certain équilibre dans ses relations diplomatiques avec la Turquie (voir prestation du 19.10 de Maria Zakharova, porte-parole du MID, dans laquelle elle dit que le Kremlin n’a « aucun problème avec la Turquie » malgré « quelques divergences cruciales liées à la divergence des intérêts régionaux des deux Etats »). Cette relation hyper fragile quoi qu’on en dise mais nécessaire sur un plan tant gazier que stratégique, la solution pour la Syrie passant par une entente accessoire avec Ankara, n’est pas faite pour plaire à Washington qui a joué le coup du drone russe ( ?) envoyé depuis la Syrie et abattu dans l’espace aérien turc.

Très clairement, l’interaction Turquie/ US / nébuleuse islamiste/ Russie est d’une telle complexité que l’UE risquerait fort à mettre les doigts dans l’engrenage sachant que la Turquie, primo, soutient le Califat qui a des vues sur l’Europe, deuzio, que les USA ne renonceront jamais à leur stratégie d’affaiblissement de l’UE. Qui finance les passeurs ? Comment se fait-il que l’ex-ambassadaur américain à Paris, M. Rivkin, ait été très engagé dans le soutien des minorités ethniques et confessionnelles en France au point de dresser un rapport détaillé intitulé « Embassy Paris – Minority engagment strategy » dans lequel il regrette l’intolérance à son sens anti-républicaine du peuple français ? Nous revenons donc à la case départ : une entente de l’UE avec la Turquie telle qu’elle est envisagée par les technocrates de Bruxelles ne portera jamais les fruits attendus. C’est un piège. Une impasse. Ignorerait-on le rôle véritable de la Turquie en 2007 lors du Congrès constitutif anti-impérialiste organisé par la CIA à Ternopol, un Congrès fort sympathique qui a rassemblé toutes les engeances néo-nazies et salafistes connues en Europe ? Tout un beau monde démocratique s’y était joyeusement entassé, de l’Emir autoproclamé du Caucase, M. Oumarov, au chef de fil des bandéristes pro-Maïdan alors futur secrétaire adjoint du Conseil de Sécurité nationale d’Ukraine, M. Iarosh. C’est sans oublier un autre personnage remarquable quoiqu’assez ignoré des médias occidentaux, descendant spirituel des Tatars de Crimée collabos pro-nazis, grand ami de Sakharov dans les années 60, un certain Moustafa Djemilev qui lors du Congrès mondial des Tatars d’Ankara qu’il a présidé en 2015 a appelé à la création d’une brigade internationale islamiste en Crimée soutenue manu militari par les milices bandéristes et biberonnée par la CIA. C’est le même qui avait appelé M. Davutoglu à boycotter les résultats du référendum criméen de mars 2014 et le même qui via le renseignement turc contribua à l’acheminement place Maïdan de jeunes combattants salafistes tatars de retour de Syrie.

Si l’UE trouve possible de collaborer avec le triangle infernal CIA/ bandéristes/ salafistes, autant reconnaître que le chapitre est clos. A moins que Paris et Berlin ne soient davantage impressionnés par la surabondance de camps d’entraînement de Daesh et d’al-Qaïda (les modérés d’al-Nosra en Syrie) à la frontière turco-syrienne, fait de nouveau confirmé par le mécontentement de la Chine qui prétend, sans doute suite à la consommation de champignons hallucinogènes, que la Turquie entraînerait ses minorités ouïghours intégrées à Daesh. En outre, il est actuellement établi que des milices takfiries ont reçu des soins médicaux à l’hôpital de Sauliurfa, fait initialement rapporté en été 2015 par une jeune infirmière alaouite engagée par mégarde puis confirmé aussi bien par la chaîne iranienne internationale PressTV que plus indirectement par le quotidien national turc Zaman. L’hôpital en question est supervisé par la fille d’Erdogan.

Tous ces éléments sont certes bien connus mais la manière dont je les ai compilés permet de dresser un tableau d’ensemble en harmonie totale avec les aspirations humanistes de Bruxelles. Après tout, pourquoi pas sachant que les Frères musulmans ont pignon sur rue en Europe occidentale alors que l’organisation est interdite en tant que terroriste dans un pays musulman comme l’Egypte ?

Il semblerait que Bruxelles, manipulé de l’Outre-Atlantique, ait définitivement fait son choix d’orientation. Il consiste au mieux à appliquer un cautère sur une jambe de bois, au pire, à livrer les pays membres de l’UE à l’islamo-nazisme. Kiev n’a été en ce sens qu’un galop d’essai. Un terrain d’entraînement comme le furent antérieurement l’Afghanistan et la Yougoslavie aujourd’hui disparue à travers l’instrumentalisation de l’islamisme aux frontières des ex-républiques soviétiques et au coeur du monde slave. Si le choix de Bruxelles avait été différent ou s’il n’avait pas été conditionné par ceux qui ont enfermé l’Europe des nations souveraines dans le carcan unioniste, sans doute verrions-nous apparaître une Coalition russo-européenne (sans les USA !!!) encore plus efficace que la Coalition russo-irano-irako-syrienne qui au juste mot de l’islamologue Bassam Tahhan contribue non seulement au rapprochement historiquement difficile du chiisme avec le sunnisme mais contribue aussi à ressouder les débris du monde sunnite la stratégie néo-conservatrice du chaos détruisant le sunnisme et de façon plus générale l’islam de l’intérieur. Mme Merkel a certes reconnu qu’il n’y avait pas de solution diplomatique en Syrie sans la Russie. Mais au-delà des mots ?

Françoise Compoint

source: http://novorossia.today/flirter-avec-la-turquie-porte-malheur-mais-l-ue-ne-l-a-pas-encore-compris/

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A quoi jouent les Américains ?

17 Octobre 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La France, #La Turquie, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

A quoi jouent les Américains ?

A quoi jouent les Américains ?

Washington joue un jeu bien dangereux, soufflant le chaud et le froid. On pensait que les Etats-Unis avaient mangé leur chapeau et cherchaient la sortie depuis l’intervention russe. En quelques jours, Obama avait mis fin au grotesque programme d’entraînement de rebelles modérés visant à combattre l’EI (disaient-ils) après que le Pentagone eut avoué qu’il avait formé… attention… roulements de tambour… 5 combattants (qui ont d’ailleurs immédiatement été attrapés par Al Nosra). La maison Blanche avait également promis de ne pas mener une guerre par proxy interposé contre la Russie en Syrie. Bref, on pensait que les Américains, lassés du fiasco de leur politique syrienne, étaient revenus de leurs vieilles lunes. Apparemment pas…

Un inquiétant article du New York Times nous apprend que les missiles anti-char de fabrication américaine TOW affluent en Syrie, fournis par les Saoudiens avec le consentement US, à destination des terroristes modérés si chers à l’Occident. L’article cite des commandants rebelles : « Nous recevons ce que nous demandons en un laps de temps très court. Nous pouvons en avoir autant que nous voulons ». Un officiel fondamentaliste saoudien l’avait annoncé la semaine dernière et, pour une fois, les amis du gouvernement français ont tenu parole. Notons d’ailleurs la parfaite mauvaise foi du wahhabite : « Les bénéficiaires seront l’Armée de la conquête, l’Armée syrienne libre et le Front Sud, mais pas Al Nosra (= Al Qaeda) ni l’Etat Islamique ». Etant donné que le principal groupe de l’Armée de la conquête est Al Nosra, nous sommes en plein foutage de g….., mais les Saoudiens ont l’habitude.

Cette évolution de l’armement des terroristes modérés explique peut-être que, malgré les intenses bombardements russes, parfois au prix d’acrobaties assez invraisemblables, la grande offensive de l’armée syro-hezbollo-iranienne patine un peu. Certes, des progrès ont été réalisés, du terrain reconquis, mais aucune victoire stratégique n’a encore eu lieu. Ne restent plus aux Russes qu’à intensifier encore leurs bombardements, ce qu’ils ne vont pas se priver de faire étant donné que ça leur permet également d’éliminer des djihadistes tchétchènes qui ne rentreront donc pas au bercail [le chef d’Ahrar al Sham, groupe syrien modéré d’entre tous, était donc un Tchétchène, ce qu’ont l’air de trouver tout à fait normal les chancelleries occidentales…]

Les Américano-saoudiens semblent avoir choisi le chemin de l’escalade du conflit, ce qui est encore confirmé par les propos très agressifs de Carter, le chef du Pentagone, ou le refus de Washington de rencontrer une délégation russe menée par le premier ministre Medvedev afin de coordonner les stratégies des deux Grands en Syrie. Tant que vous bombardez nos petits amis d’Al Qaeda et affidés, on vous cause pas.

Quelle mouche pique donc les Américains ? Quelles que soient les raisons de cette névrose, elle ne manque pas d’inquiéter. D’ailleurs, l’article du New York Times, étonnant d’honnêteté pour cette publication néo-conservatrice, se fait l’écho de ce malaise. Il y est écrit noir sur blanc ce que tout le monde sait – les « rebelles modérés » ne sont pas nombreux et alliés à des groupes djihadistes au premier rang desquels on retrouve Al Qaeda – et, à lire entre les lignes, on y découvre une incompréhension de la voie suivie par l’administration américaine. Un éditorial du même journal va même encore plus loin et propose de s’allier à Moscou pour se partager le travail : les Russes tapent sur Al Qaeda (nouvel aveu que les rebelles modérés n’existent pas) et les Etats-Unis sur l’EI. Décidément, il se passe quelque chose de pas net dans les sphères du pouvoir US si même un journal aussi russophobe que le New York Times en vient à faire ce genre de proposition. La lecture des centaines de commentaires est également intéressante : c’est un déluge de critiques envers la folle politique américaine de soutien aux djihadistes en Syrie, ce qui n’est pas sans rappeler la fronde d’une partie de l’armée US en 2013 quand il était question de bombarder Assad (la fameuse campagne « I will not fight for Al Qaeda in Syria » sur les réseaux sociaux). Question subsidiaire : la mafia médiatique européenne, qui doit tomber des nues et suer à grosses gouttes après avoir lu les aveux du temple du néo-conservatisme US, va-t-elle suivre le mouvement et enfin présenter honnêtement la situation en Syrie ?

Reste à savoir ce que va faire la Russie, et dans une moindre mesure l’Iran, si Ankara, Riyad et Washington persistent à chercher la confrontation en armant les terroristes modérés. Une conflagration mondiale entre Russes et Américains est bien sûr exclue, mais Poutine a plusieurs cartes en main pour refroidir Turcs et Saoudiens.

A Ankara, le sultan craint plus que tout un soutien russe aux Kurdes. Voilà qui est justement susceptible d’amener Erdogan à la raison : si tu continues à fournir Al Qaeda et consorts, je ferai de même avec tes meilleurs ennemis du PKK et des YPG. Avec le doublement du Nord Stream, Moscou n’a presque plus besoin du Turk Stream (c’est même peut-être en prévision de l’intervention en Syrie que Poutine a changé son fusil d’épaule et privilégié la route nord).

Quant aux Saoudiens, il existe une possibilité formidable à tous les sens du terme, bien que très hypothétique pour l’instant. C’est une idée qui avait traversé l’esprit de votre serviteur il y a quelques semaines mais qu’il avait chassée tellement elle lui paraissait énorme… jusqu’à ce qu’elle réapparaisse dans la conclusion d’un article passionnant du site spécialisé Oil Price. L’article lui-même s’attache aux causes énergétiques du conflit syrien, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises ici. Les pays du Golfe (dont le Qatar et son projet de méga-gazoduc) voulaient faire transiter leurs fabuleuses ressources en hydrocarbures vers l’Europe, le tout sous contrôle américain, ce qui aurait eu pour effet de marginaliser considérablement la Russie. Passer par l’Irak saddamique puis chiite étant impossible, la seule voie pour les pipelines du Golfe était la Syrie, pays à majorité sunnite qui ne ferait aucune difficulté une fois Bachar renversé.

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Assad ne l’entendait pas de cette oreille, qui mettait une contre-proposition sur la table : un tube « chiite » Iran-Iraq-Syrie. De quoi donner une crise d’urticaire aux cheikhs du Golfe et à leur allié américain. Quatre ans après, Riyad, Doha et Washington n’ont pas abandonné l’idée bien que le projet paraisse maintenant bien compromis (même si Assad perdait finalement, l’EI est devenu totalement incontrôlable).

Mais revenons à notre idée, géniale, diabolique, colossale en réalité. Nous avons vu il y a quelques jours comment la coalition irano-irako-syro-russe pourrait, avec l’aide des Kurdes au nord, mettre fin à l’EI. Notons d’ailleurs au passage qu’à l’est, les Irakiens commencent à avancer et ont quasiment réussi à tuer le calife grâce au centre de renseignement commun mis sur pied avec Téhéran, Moscou et Damas (ce n’est certes pas sur les Américains que Bagdad pouvait compter pour trouver les cibles de l’EI…)

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Cher lecteur, que voyez-vous sur cette carte ? Entre la poussée Syrie-Iran-Hezbollah à l’ouest, kurde au nord et Irak-Iran à l’est, le tout soutenu par l’aviation russe, l’Etat Islamique serait cerné et n’aurait plus qu’une échappatoire : vers le sud, vers… l’Arabie Saoudite !

Ô divin retour à l’envoyeur, renvoi du monstre à son créateur… Riyad prend les choses suffisamment au sérieux pour ériger une frontière électronique. Mais si cet amusant gadget peut stopper quelques djihadistes égarés dans le désert, que fera-t-il face à des (dizaines de) milliers de fanatiques surarmés et désespérés ? Gageons que les bombes US retrouveront soudain toute leur efficacité mais sera-ce suffisant ?

Si l’EI entre en Arabie Saoudite, c’est tout le fragile édifice de la monarchie moyenâgeuse wahhabite qui explose. Et avec elle les prix du pétrole. Pour Poutine, ce serait un incroyable triple coup : s’allier aux Kurdes et ravaler la Turquie au rang de faire-valoir, détruire la maison des Seoud et faire enfin grimper les prix du pétrole à des niveaux jamais atteints. Nous n’en sommes pas (encore ?) là…

http://chroniquesdugrandjeu.over-blog.com/2015/10/a-quoi-jouent-les-americains.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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Que se passe-t-il en TURQUIE ? Une analyse éclairante des communistes du TKP. Le blog d'Eldiablo.

20 Janvier 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie

Que se passe-t-il en TURQUIE ? Une analyse éclairante des communistes du TKP

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Nul n'a pu échapper aux événements de ces dernières semaines :

 

le scandale de corruption éclaboussant au-delà du gouvernement le système AKP avec le rôle de l'obscure confrérie de Fethullah Gülen, la renaissance des manifestations par dizaines de milliers dans les rues d'Istanbul et d'ailleurs, l'exigence qui monte de démission du gouvernement, le discours qui perce de la gauche et des forces communistes.

 

Pour comprendre ce qui se passe en Turquie, au-delà du chaos délibérément répercuté dans nos médias, voici l'analyse que propose le Parti communiste turc (TKP) de la crise politique actuelle en Turquie.

PC-Turquie

Fin de route pour le gouvernement AKP

 

Que se passe-t-il en Turquie ? Comment doit-on aborder la crise politique actuelle et quelles sont les raisons derrière celle-ci ? Est-ce que le principal parti d'opposition, CHP (kémaliste), représente une alternative au gouvernement ? Comment ouvrir la voie à une république populaire ?

 

Il y a onze ans, en dépit de certaines hésitations, les États-Unis ont considéré l'AKP comme une option « qui valait la peine d'être testée » pour diriger la Turquie.

 

Le parti islamique néo-libéral fut ravi de servir les intérêts américains au Moyen-orient. L'AKP a soumis un plan aux décideurs américains qui envisageaient à l'époque la défense d'une variante de l'Islam sunnite dans la région.

 

Cette variante de l'Islam politique serait compatible avec les intérêts du capital mondial et de ses centres impérialistes. L'AKP était assez ambitieuse ; elle n'était pas satisfaite par la diplomatie passive de la politique étrangère turque classique.

 

Ayant finalement convaincu l'administration américaine de son allégeance aux intérêts impérialistes, l'AKP a acquis une position d'allié de premier rang des États-Unis, « partenaire stratégique » au Moyen-orient.

 

En Europe aussi, les gouvernements de droite comme de « gauche » au sein de l'UE furent enthousiasmés par ce nouveau parti proposant un islamisme pro-occidental et pro-capitaliste.

 

En dépit de certaines préoccupations historiques et communautaires, l'Iran a perçu le gouvernement islamiste comme une opportunité importante.

 

La Russie est partie du principe qu'il serait possible d'aligner ses intérêts avec ceux du gouvernement Erdogan, pour ce qui était des relations économiques et énergétiques, ce gouvernement qui se vantait de son fond « commerçant ».

 

Israel était déjà bien au courant du pragmatisme de la tradition Milli Görüş (Voie nationale), le mouvement dont est issu l'AKP. Ils ne considéraient pas l' « identité islamique » comme un problème, tant que les relations économiques et militaires roulaient.

 

La bourgeoisie turque a découvert l'esprit patronal de l'AKP et a réalisé que cette nouvelle équipe était un candidat de qualité pour créer un rosier sans épines pour le capital, et pour utiliser son fond religieux pour amortir les réactions sociales potentielles aux offensives néo-libérales qui s'annonçaient contre la classe ouvrière.

 

Ce n'est pas seulement la secte de Fethullah Gülen mais aussi d'autres sectes religieuses qui ont soutenu l'AKP, dans leurs propres intérêts (économiques).

 

Le mouvement kurde attendait du gouvernement AKP, qui n'est pas dans la lignée des politiques de l' « État nationaliste traditionnel », pouvait être l'occasion de résoudre le problème kurde.

 

Qu'est-ce qui a mal tourné ?

 

L'AKP a récemment perdu du crédit vis-à-vis de l'impérialisme américain, en termes de crédibilité et de fiabilité en tant que gouvernement durable.

 

Un compte-rendu des raisons derrière le déclin de l'AKP devrait insister sur le rôle de deux échecs : le premier, l'effondrement total de la politique étrangère turque en Syrie et la friction sur le soutien ou non aux éléments de l'opposition syrienne directement liée à Al Qaeda.

 

Second échec, l'impuissance du gouvernement à contrôler les incidents qui ont mené au soulèvement populaire en juin contre sa politique toujours plus oppressive, en Turquie.

 

Il est important aussi de noter que les alliés d'Erdogan ont aussi perdu du terrain au Moyen-orient, pendant la même période. Un mouvement populaire, suivi par un coup militaire, a renversé les Frères musulmans en Égypte. Le gouvernement Ennahda en Tunisie a aussi perdu du terrain.

 

En termes de dynamiques politiques internes, l'AKP était soutenu par une coalition de forces qui comprenaient le capital turc traditionnel et des organisations religieuses.

 

Les principaux éléments du gouvernement AKP actuel qui gère la Turquie depuis onze ans sont l'entourage d'Erdogan et la communauté Gülen (aussi connue sous le nom de Mouvement Hizmet), dont le leader a vécu aux États-Unis pendant plus d'une décennie.

 

En alliance avec la communauté Gülen, l'AKP a irrévocablement réussi à placer l'armée et la justice sous son contrôle remplaçant par conséquent la République kémaliste par un nouveau régime islamiste.

 

Tout au long de cette transformation, et en collaboration avec la communauté Gülen, l'AKP a établi son propre pouvoir après avoir fait main basse sur les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Les membres de la communauté Gülen, toutefois, tiraient les ficelles de ce dernier, ainsi que des forces de police.

 

La crise actuelle peut être analysée comme une fracture au sein du bloc dirigeant en Turquie. La coalition de forces, comprenant le capital international et l'impérialisme américain, qui ont soutenu le gouvernement AKP jusqu'à récemment, se demandent désormais si ils doivent continuer à laisser Erdogan au pouvoir.

 

 

Cette dernière « opération de corruption » qui a été déclenchée doit être analysée dans ce contexte. Par ses cadres dans la justice et la police, c'est la communauté Gülen, sous directives américaines, qui a poussé le bouton de l'opération.

 

L'objectif de cette opération est d'affaiblir directement l'AKP et de brider l'ego d'Erdogan, qui a fréquemment proposé des politiques allant en contradiction avec les intérêts impérialistes dans la région.

 

Bien que le déclin du gouvernement soit entamé, il faut s'attendre à ce que l'opération dure un moment avant que ne soit porté le coup final.

 

Les centres impérialistes, le capital national et international ont besoin de temps pour trouver de nouvelles alternatives, de nouvelles configurations de pouvoir pour remplacer le gouvernement AKP.

 

Cette nouvelle configuration pourrait comprendre le parti social-démocrate d'opposition CHP, la communauté Gülen et certains cadres de l'AKP.

 

Des signes forts existent, indiquant que le parti laïque dit de « gauche » CHP, sous la direction de Kemal Kılıçdaroğlu est prêt à coopérer avec les Etats-unis et la communauté Gülen.

 

Kılıçdaroğlu a évité de faire tout commentaire négatif sur le rôle des Etats-unis et de la communauté Gülen ont joué dans le scandale de la corruption. On sait bien que Kılıçdaroğlu a conduit des négociations avec les associations liées à la communauté Gülen.

 

On peut le voir au choix des candidats aux municipales du CHP. Le candidat à Istanbul est connu pour avoir des liens étroits avec la communauté Gülen et le candidat à Antakya est l'ancien maire AKP, que l'AKP a choisi de ne pas introniser.

 

La fin de l'AKP est proche

 

Les gens avaient cette conviction pessimiste que « ce gouvernement ne s'en irait jamais ».

 

En juin, un mouvement populaire est né et il a réussi à mobiliser même les plus pessimistes et nous avons tous pu voir comment l'équilibre politique du pays a radicalement changé, en quelques jours.

 

Le principal mot d'ordre dont s'est emparé le peuple en Juin était « Gouvernement, démission ! Dictateur, démission ! ». Le principal mot d'ordre dans les rues aujourd'hui est encore le même « Dictateur, démission ! ».

 

 

La défaite du dictateur, cependant, ne doit pas être laissée aux Gülenistes ou aux Etats-unis. Le peuple doit faire son travail. Il est de la responsabilité du TKP (Parti communiste turc) d'organiser la résistance populaire de Juin dans un mouvement politique qui finira le travail commencé par la résistance.

 

source:Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

http://www.communcommune.com/article-que-se-passe-t-il-en-turquie-une-analyse-eclairante-des-communistes-du-tkp-121917183.html

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Interview de Bahar depuis son exil en Italie : « Ce n’est pas en mettant les journalistes en prison qu’on combat le terrorisme ! ». Le site Investig'Action.

4 Janvier 2014 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie

Interview de Bahar depuis son exil en Italie : « Ce n'est pas en mettant les journalistes en prison qu'on combat le terrorisme ! » 


INVESTIG'ACTION

Après 13 jours de prison suite à un mandat d'arrêt international lancé contre lui, Bahar Kimyongür, citoyen belge, est actuellement assigné à résidence à Massa, en Italie. Militant pour la paix, arrêté à nouveau le 21 novembre, il semble être la tête de Turc du régime Erdogan. Celui-ci veut le condamner à 22 ans de prison pour avoir manifesté dans le Parlement européen contre la torture pratiquée dans les prisons turques. Pourtant, les Justices belge et hollandaise ont jugé infondées les accusations de terrorisme portées contre lui. L'affaire Kimyongür soulève de grandes interrogations sur le fonctionnement d'Interpol et des abus qu’en font certains Etats. Bahar risque l’extradition vers la Turquie et Amnesty dénonce cette violation grave de ses droits fondamentaux. Cette chasse à l'homme est un non sens qu'il est urgent de dénoncer ! Nous avons pu joindre Bahar sur Skype pour une interview. IGA

Ecouter l'interview |

 

 

 

INTERVIEW SKYPE : INVESTIG'ACTION - La qualité sonore de l'enregistrement est parfois réduite à cause d'une mauvaise connexion. Veuillez nous en excuser. 

 

Source : Investig'Action

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Le soulèvement d’Istanbul, le côté pile de la lutte anticapitaliste.

10 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie

Le soulèvement d’Istanbul, le côté pile de la lutte anticapitaliste
Ali Bektas

6 juin 2013

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Il semblait que le monde était entré dans l'âge des émeutes contre l'austérité. Et puis vint Istanbul. Qu'il n'y ait pas de méprise, Istanbul ne peut pas être confondue avec Athènes, Barcelone, Lisbonne ou New York. Ce qui se passe en Turquie est le côté pile de la lutte anticapitaliste. C'est un soulèvement contre le développement. C'est une bataille de la rue pour des villes qui appartiennent aux gens et pas au capital. C'est une résistance contre un régime autoritaire enhardi par un boom économique.

 

 
Ce qui se déroule sous nos yeux dans les rues d'Istanbul est la convergence entre d'une part, une petite, mais croissante gauche anti-capitaliste qui a organisé diverses campagnes à caractère social ces dernières années, et d'autre part une large part de la population urbaine loyale aux idées kémalistes de modernisme, sécularisme et nationalisme. Cela étant dit, la situation en Turquie est extrêmement complexe et nécessite une compréhension de nombreuses situations politiques différentes qui ont été développées durant la dernière décennie.

Taksim


Comme beaucoup le savent déjà, l'origine du soulèvement actuel prend sa source dans la proposition de développement d'un parc près de la place Taksim, au cœur d'Istanbul. Le développement du parc de Gezi est seulement une partie d'un important projet de rénovation urbaine que le premier ministre truc, Recep Tayyip Erdogan, a prévu tant pour la ville que pour le pays tout entier. Il inclut des schémas de gentrification pour les quartiers les plus pauvres des villes comme Tarlabasi, la construction d'un troisième pont pour relier les deux continents qu'Istanbul couvre et même un énorme projet pour ouvrir un troisième canal reliant la Mer noire à la mer Marmara, afin de faciliter le passage de bateaux containers. Ce plan a été dénommé le « projet fou » d'Erdogan.

Le quartier de Taksim est l'endroit où un grand nombre de projets de développement urbain se développent et où il existe une riche tradition de rébellion et de protestation. Pour placer les événements dans leur contexte, il est utile d'examiner l'importance de la place Taksim comme point de rébellion et de convergence.

Le 1er mai 1977, un demi-million d'ouvriers et de révolutionnaires affluèrent vers la place Taksim pour l'une des manifestations les plus épiques jamais connues à ce jour. Cette manifestation survint six ans après le sanglant coup d'État au cours duquel trois étudiants turcs révolutionnaires, accusés d'être des ennemis de l'État, furent pendus par un tribunal militaire. Leur mémoire immortalisée, la gauche turque s'est relevée durant les années 70, de l'endroit même où les révolutionnaires avaient été exécutés. Elle l'a fait avec force, et se multipliant en nombre. Durant cette année de manifestations, 34 personnes furent tuées sur la place. Certains furent abattus par ce qu'on pense être des tireurs paramilitaires qui étaient placés sur les toits. D'autres furent abattus dans la panique qui suivit.

En plus d'être la porte d'entrée sur Beyoglu, la partie culturelle la plus dynamique d'Istanbul, avec sans doute plus de bars et de café au mètre carré que n'importe quelle autre ville d'Europe, la place Taksim porte aussi ce souvenir tragique et particulier depuis le massacre de 1977.

À chaque premier mai, les émeutes qui ont pris place durant les sept dernières années se sont toutes centrées autour de manifestants essayant de rejoindre la place Taksim. Le premier de ces affrontements s'est produit en 2007, lorsque la gauche turque a voulu célébrer le trentième anniversaire du massacre. L'État l'en a empêché et des militants d'extrême gauche ont répliqué dans les rues avec des cocktails Molotov et des pierres. La situation est restée la même jusqu'il y a deux ans, en 2011, lorsque le gouvernement a finalement reconnu son erreur et a autorisé la gauche à disposer de la place pour ce jour.

Mais les choses ont évolué depuis deux ans et le gouvernement AKP d'Erdogan a décidé d'introduire un plan important de rénovation urbaine pour Istanbul qui incluait aussi une révision de la place. Prétextant transformer la place en zone piétonnière, le gouvernement d'Erdogan (qui a aussi en charge la municipalité d'Istanbul) a adopté des plans, sans consulter les habitants, pour démanteler des larges parts de Taksim et y construire à la place divers centres commerciaux et autres projets pour les riches. La bataille pour tenir des manifestations sur la place Taksim le 1er mai a donc pris fin cette année alors que le gouvernement a décidé d'utiliser la rénovation de la place comme un prétexte pour empêcher les manifestations qui devaient avoir lieu.

Le parc de Gezi est le point de mire de la rébellion. Sa démolition a été prévue pour construire à la place la réplique d'une caserne militaire de l'ère ottomane, Topçu Kışlası, qui sera surtout utilisée à des fins commerciales. Ce n'est pas une coïncidence pour le gouvernement AKP et ses racines islamiques : ces casernes étaient à l'origine le lieu d'un important soulèvement islamique en 1909. Ceci se rajoute à la décision d'appeler le troisième pont du nom du sultan Yavuz Selim, tristement célèbre pour avoir assassiné en masse la population alévie d'Anatolie.

Ceux qui ont défendu le parc de Gezi y sont depuis longtemps. En plus de grands syndicats, beaucoup de participants viennent d'une relativement nouvelle gauche indépendante, avec des générations plus jeunes embrassant des tendances écologiques plus antiautoritaires qui mettent l'accent sur des activismes du genre « droit à la ville ». Elles convergent toutes sous la bannière de la plate-forme Taksim Solidarity dont le principal cheval de bataille est d'empêcher la transformation de la ville en un terrain de jeu capitaliste encore plus élaboré, construit en lieu et place des espaces publics. Ce n'était pas leur première campagne contre la rénovation urbaine. Il y a deux mois, des affrontements ont éclaté entre des cinéastes et la police qui a déployé les gaz et les canons à eau. Les cinéastes essayaient de sauver un célèbre cinéma turc, Emek, condamné à devenir lui aussi un énième centre commercial.

Il est important de noter que certains des protagonistes qui sont impliqués dans la bataille pour le parc de Gezi sont aussi derrière les manifestations de solidarité avec les immigrés et des actions telles qu'offrir des repas aux immigrés ou organiser des manifestations devant les centres de détentions d'immigrés à Istanbul.

La bataille pour sauver le parc de Gezi n'était pas portée à la conscience du public turc jusqu'à ce que la police organise des raids deux matins d'affilée les 29 et 30 mai. L'outrage de la brutalité policière a été l'étincelle qui a embrasé le pays tout entier et qui a transformé la bataille en une rébellion nationale contre l'actuel gouvernement.


Néolibéralisme islamique


L'AKP, le parti au pouvoir, devrait être observé à la lumière du paysage géopolitique du Moyen-Orient qui est en pleine mutation. Il a des racines fortes dans l'islam politique et perpétue la tradition d'autres partis politiques issus des années 90 qui avaient été réprimés par l'armée, parfois alors qu'ils étaient au pouvoir. En fait, Erdogan lui-même a d'abord été emprisonné pour avoir incité publiquement à une « sédition islamique ». L'aspiration avouée d'Erdogan et de ses cadres est le « projet néoottoman » qui tend à faire de la Turquie la principale puissance économique et politique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Les coups de force politique d'Erdogan en Syrie et en Libye doivent être contextualisés avec ces aspirations.

À la différence de l'Union européenne et des États occidentaux, la Turquie a connu ces dernières années un important boom économique (avec une croissance annuelle de presque 10 %). Bien que le déficit commercial et le taux réel de chômage soient élevés, bien que ce qui restait dans les mains publiques soit bradé au travers de privatisations massives, la crise est contenue en Turquie et le gouvernement actuel a le vent en poupe sur ce plan. C'est ce qui fait de la révolte d'Istanbul une révolte à part. C'est une révolte contre le développement du boom économique, contre les projets destructeurs de rénovation urbaine et l'hyper modernisation des villes. Le soulèvement d'Istanbul illustre le pôle opposé dans la lutte permanente contre le capitalisme, et complète les combats menés contre l'austérité ces dernières années.

La Turquie a été l'une des premières cibles de la restructuration néolibérale des années 80, durant laquelle le premier ministre Turgut Özal a facilité des privatisations massives portant sur ses usines, ses mines et de manière générale, sur toutes les infrastructures du pays. Le gouvernement AKP, et Erdogan en particulier, a réussi à faire entrer ce régime néolibéral dans le 21e siècle, recouvert d'un populisme islamique. De plus, sur le marché mondial, il a réussi à promouvoir en tant que forces néolibérales les entreprises qui avaient une base islamique. Ceci peut être notamment observé dans le nord de l'Iraq où la majeure source de capitaux est en réalité turque. Nous devrions nous rappeler que le modèle turc a été proposé par les puissances occidentales comme une issue possible pour les soulèvements qui ont marqué les printemps arabes. Grâce aux combats menés ces derniers jours dans les rues de Turquie, ce modèle de néolibéralisme islamique est maintenant remis sérieusement en question.

Erdogan et la lutte kurde


Les aspirations d'Erdogan n'ont pas totalement été épargnées par la contestation. Il y a eu des menaces variées contre son régime, notamment de la part d'un cadre de généraux et d'intellectuels qui se voient comme des défenseurs de la Turquie en tant qu'État-nation séculaire. Ils ont envoyé à Erdogan plusieurs signaux d'avertissement ces dernières années. La contre-réaction d'Erdogan la plus significative est survenue lorsqu'il a lancé une opération policière dans plusieurs villes contre une douzaine de membres de l'armée, d'intellectuels et de figures publiques alléguant qu'elles préparaient un coup d'État. Ces opérations de police ont débouché sur des affaires criminelles connues sous le nom d'Ergenekon qui sont toujours en cours. Il est impératif de réaliser tout l'impact de ces arrestations et des procédures judiciaires qui ont suivi. Il s'est produit quelque chose sans précédent dans cette nation qui a connu des coups d'État militaires successifs : les arrestations et les procès d'officiers militaires de haut rang et d'autres personnes ont rencontré des ralliements et des manifestations autour de la Turquie alors que des foules immenses qui se sont trouvées mêlées à la montée de l'AKP ont défendu l'élite de l'ancienne garde séculaire. Ces arrestations et ces emprisonnements expliquent aussi pourquoi il n'y a toujours pas eu de réponse de l'armée turque à la situation actuelle, alors qu'elle est traditionnellement un acteur majeur dans la politique turque.

La prolifération du sentiment nationaliste turc dans l'actuel soulèvement est une conséquence directe d'événements menés ces dernières années. Les partis de centre gauche nationalistes avaient organisé des « flag-demos » ou des « Rassemblements pour la république » contre l'actuel gouvernement AKP. À ce moment précis de la rébellion, nous sommes donc témoins de l'opportunisme de ces forces politiques qui essaient d'influencer ce qui apparait de loin comme un véritable soulèvement populaire.

N'importe quelle analyse de l'actuel soulèvement turc doit prendre en considération la relation avec le mouvement kurde de libération. Le point central des politiques turques ces dernières années a été indubitablement la guérilla kurde pour l'autonomie lancée par le PKK en 1978. Au cours des derniers mois, Erdoğgan a effectivement négocié un accord de paix avec le chef du PKK, Abdullah Öcalan, qui a croupi dans une île-prison turque depuis 1999. Erdogan tente de se positionner comme le leader qui a résolu le problème le plus urgent dans le pays. Ça ne lui a pas seulement fourni une carte blanche pour les politiques turques (son régime a brutalement oppressé et emprisonné de nombreux gauchistes et autres figures de l'opposition ces dernières années), mais ça l'a aussi amené à se présenter comme un pacificateur entre deux ethnies. La convergence récemment redynamisée entre une large part de la gauche turque et le mouvement kurde est devenue plus fragile du fait de l'accord conclu par Erdogan. Les gens se demandent toutefois quelle part joue le processus de paix dans ses desseins néoottomans.

C'est sans doute l'une des principales questions du moment : comment le mouvement dans les rues va-t-il se figer et quel type de relations aura-t-il avec la lutte kurde ? La grande majorité de ceux qui ont initié l'occupation du parc de Gezi et qui ont combattu la vision d'Erdogan sur le développement d'Istanbul sont en totale solidarité avec le peuple kurde. Mais pour les masses qui ont inondé les rues avec des drapeaux turcs, c'est une autre histoire. Au mieux, elles critiquent le fait qu'Erdogan utilise le processus de paix pour renforcer son emprise. Au pire, ce sont des gros racistes qui voient les Kurdes comme des terroristes. Malgré le danger, les récents développements dans la rue sont prometteurs. Des gens rapportent avoir été les témoins de déploiement de drapeaux mêlant l'étendard turc et le portrait d'Ocalan ou de l'imbrication de chants qui d'un côté souligne la fraternité entre les différentes ethnies et de l'autre célèbre l'identité nationale turque.

L'insidieux conservatisme social


Le soulèvement contre Erdogan est nourri par un insidieux conservatisme social poussé par l'AKP en vue de cultiver sa base. Ces politiques conservatrices se sont manifestées dans différents domaines : accès coupés à des cliniques d'avortement, contrôle plus strict sur Internet et les communications, restrictions et taxes sur la consommation d'alcool et amplification des vacances islamiques parrainées par l'État. Ces mesures politiques ont rencontré des manifestations soutenues par des milliers de participants qui ont défilé dans les mêmes rues que celles où se concentre l'actuelle rébellion. Elles ont précédé le mécontentement actuel.

Le style personnel d'Erdogan en tant que premier ministre est un facteur majeur qui influence la colère viscérale observée dans les rues. Dans presque tous ses discours publics, que ce soit dans un rassemblement politique ou lors d'une interview télé, Erdogan attaque, menace et se montre condescendant envers tous les segments sociaux-politiques, excepté le sien. Cela va de l'insulte flagrante au renvoi proféré avec le ton énervé d'un chien enragé de la politique. Ces dernières déclarations durant le soulèvement étaient exemplaires et n'ont fait que jeter de l'huile sur le feu alors qu'il désignait de manière arrogante les personnes descendues dans la rue comme « une poignée de pillards et d'extrémistes ».

Le lien crucial entre la politique culturelle conservatrice de l'AKP et sa politique économique néolibérale doit être révélé. De cette manière, la classe moyenne kémaliste qui a massivement participé au soulèvement réalisera qu'elle ne peut pas repousser le conservatisme culturel sans se confronter aux politiques économiques. Si elle réussit, elle pourra être ralliée par les classes plus pauvres qui sont actuellement enclines à soutenir l'AKP sur sa base culturelle.

Le premier jour de ce soulèvement populaire a été totalement spontané et hors du contrôle de n'importe quel parti politique. Toutes les contradictions, par exemple celle entre la gauche radicale et les nationalistes turques, ont été momentanément mises de côté pour combattre la police et construire des barricades qui permettraient de tenir les places et les boulevards d'Istanbul. Ce qui reste à voir, c'est si oui ou non c'est grands espaces publics tels que le parc de Gezi ou la place Taksim seront le théâtre où les contradictions entreront dans un dialogue révolutionnaire pour donner naissance à un mouvement que nul ne pourra arrêter en Turquie.

 

 

 

Source originale : Counterpunch

Source : Investig'Action

http://www.michelcollon.info/Le-soulevement-d-Istanbul-le-cote.html

 

 

 

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Notes d’un manifestant ... Pour plonger dans la réalité du mouvement d'Istanbul Le 2 juin 2013.

8 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie

Notes d’un manifestant ... Pour plonger dans la réalité du mouvement d'Istanbul

Le 2 juin 2013

Okeanews a reçu ces notes d’un inter­naute turc sur la situa­tion à Istanbul après 5 jours de conflit avec les forces de l’ordre. Nous la publions en accès libre.

Turquie-420x261.jpg

                                       ( photo : @ahmetyv )

 

1. Nous avons tout à fait rai­son. Nous sommes sur une ligne tel­le­ment juste que les moque­ries et raille­ries du 1er ministre ont tota­le­ment été per­cées à jour. Ayant perdu sa confiance en lui, il tente de se défaus­ser en fai­sant por­ter la res­pon­sa­bi­lité sur le CHP (parti d’opposition). Mais ne tom­bons pas dans ce pan­neau. Notre mou­ve­ment n’est lié à aucun parti, groupe, reli­gion, eth­nie ou politique.

http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/article-notes-d-un-manifestant-pour-plonger-dans-la-realite-du-mouvement-d-istanbul-118244884.html

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Scènes dans une mosquée d'Istanbul.

4 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie

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Communiqué du Parti communiste de Turquie.

4 Juin 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie

Communiqué du Parti communiste de Turquie
 La résistance au parc Taksim Gezi, qui se poursuit depuis plusieurs jours, s’est transformée en mouvement populaire ce 31 mai. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul et dans plusieurs régions de Turquie pour protester contre l’offensive inhumaine et délirante du gouvernement AKP.
Personne n’a le droit de tromper le peuple, d’essayer de tirer de fausses conclusions du déroulement des événements ou d’essayer de profiter de l’occasion pour en tirer des petites victoires politiques ou réaliser des démonstrations de force personnelles. Le mouvement historique et massif d’hier fut une éruption de colère populaire, qui est l’aboutissement de 11 ans de gouvernement AKP.Ces personnes qui partagent la même colère se retrouvent dans des tendances politiques différentes mais elles se retrouvent dans leur riposte commune contre le gouvernement.
Il ne s’agit pas d’un « printemps turc » comme les médias occidentaux aiment à le définir. Ce mouvement qui monte prend un caractère anti-impérialiste et laïque. Il est étroitement lié à l’opposition populaire à la politique belliciste du gouvernement en Syrie et à l’islamisation rampante de la vie publique. Ainsi, il diffère des autres soulèvements au Moyen-orient.
En dépit d’une brutalité policière sans limites et du manque de direction dans le mouvement, les manifestants ont soigneusement évité toute provocation. Depuis hier matin, plusieurs centaines de milliers de personnes défilent dans les rues sans crainte, parcourant en tout des milliers de kilomètres sans mener la moindre action qui puisse laisser un espace pour dénigrer cette résistance populaire légitime.
La terreur d’État qui s’est fait jour hier a fait plusieurs milliers de blessés et conduit à l’arrestation de centaines de manifestants. Cependant, cela n’a pas fait fléchir la résolution et la détermination populaire. Désormais, la riposte va bien au-delà du projet gouvernemental de construction d’un centre commercial à Gezi Parkı près de la place Taksim. Le gouvernement AKP porte l’entière responsabilité de l’escalade des événements. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a essayé de minimiser les protestations et il doit désormais être prêt à affronter une dure réalité : les gens n’ont plus peur de son gouvernement et ils veulent s’en débarrasser le plus vite possible.
Notre parti va maintenant proposer de nouvelles initiatives pour améliorer la coordination de la lutte contre ces plans illégitimes du gouvernement.
Le Parti communiste de Turquie appelle ses adhérents et sympathisants à se rassembler place Taskim à 15 h.
Nous appelons notre peuple à boycotter les médias dominants, qui ignorent, déforment les nouvelles des manifestations et minimisent systématiquement le nombre des manifestants. Les gens doivent soutenir les médias alternatifs, qui sont la véritable source d’information.
Maintenant que le peuple s’est soulevé, la fin de ce gouvernement cruel est proche !
Solidarité contre le fascisme !
A bas la dictature du capital !

 

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