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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la turquie tag

Erdogan s'excuse auprès de Moscou pour l'avion russe abattu par les Turcs

29 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La Turquie, #La Russie, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Erdogan s'excuse auprès de Moscou pour l'avion russe abattu par les Turcs

International

Un bombardier russe Sukhoi Su-24, à Latakia en Syrie, identique à celui abattu par l'armée turque - ALEXANDER KOTS - KOMSOMOLSKAYA PRAVDA/AFP/Archives
Un bombardier russe Sukhoi Su-24, à Latakia en Syrie, identique à celui abattu par l'armée turque

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est excusé pour l'avion militaire russe abattu par la Turquie en 2015, un incident qui a provoqué une crise majeure entre les deux pays, et appelé à restaurer les relations bilatérales, a annoncé le Kremlin lundi.

"Le dirigeant turc a exprimé sa sympathie et ses sincères condoléances à la famille du pilote russe tué et il s'est excusé", a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, ajoutant qu'Erdogan a dit vouloir "faire tout son possible pour restaurer les relations traditionnellement amicales entre la Turquie et la Russie".

 
Dans un communiqué, le Kremlin a ensuite précisé avoir reçu un message de Recep Tayyip Erdogan dans lequel le président turc assure qu'Ankara "n'a jamais souhaité ou eu l'intention d'abattre un avion militaire russe". Ces excuses viennent confirmer la volonté d'apaisement de la part d'Ankara à l'égard de Moscou, alors que les relations entre les deux pays étaient pratiquement rompues. Mi-juin, une première lettre de M. Erdogan à Vladimir Poutine avait constitué le premier contact connu entre les deux hommes depuis l'incident. La nouvelle lettre envoyée lundi par Recep Tayyip Erdogan précise que "la Russie est, pour la Turquie, un ami et un partenaire stratégique", explique le Kremlin dans son communiqué. "Je veux une fois encore exprimer ma sympathie et mes condoléances à la famille du pilote russe, et je dis +excusez-nous+", poursuit M. Erdogan, cité dans le communiqué du Kremlin. Un communiqué du porte-parole du président turc, Ibrahim Kali, cité par l'agence officielle Anadolu, a cité M. Erdogan dans les mêmes termes et ajouté que "la Turquie et la Russie sont d'accord pour prendre les mesures nécessaires afin d'améliorer au plus vite les relations bilatérales". Le 24 novembre 2015, un bombardier russe Su-24 avait été abattu par l'aviation turque près de la frontière syrienne, provoquant la mort du pilote, tué alors qu'il retombait en parachute après s'être éjecté. Son navigateur avait lui été secouru à l'issue d'une opération des forces spéciales après une première tentative avortée qui avait coûté la vie à un soldat d'infanterie de marine russe. La Turquie affirme que l'avion était entré dans son espace aérien et avait été averti "dix fois en cinq minutes", tandis que Moscou assure que le Su-24 survolait le territoire syrien et n'avait pas été mis en garde avant d'être touché.

Cet incident, qualifié de "coup de poignard dans le dos" par le président Poutine, a provoqué une crise aiguë dans les relations entre les deux pays.

Moscou a adopté une série de mesures de rétorsion -- allant de l'abrogation des facilités de visa à un embargo alimentaire -- à l'encontre de ce pays jusqu'alors considéré comme un partenaire privilégié, la Turquie accusant en échange Moscou de se comporter "comme une organisation terroriste" en Syrie, où les deux pays défendent des intérêts opposés.

Moscou soutient le président syrien Bachar al-Assad dont Ankara encourage activement la chute en soutenant des groupes rebelles.

Selon le communiqué publié par le Kremlin, M. Erdogan a ajouté que le "citoyen turc dont le nom est associé à la mort du pilote russe est visé par une enquête judiciaire". Le quotidien turc Hurriyet assure toutefois qu'Alparslan Celik, accusé d'avoir mitraillé le pilote russe et placé en détention préventive début avril, a été libéré lundi de prison.

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Suicide en direct. Blog "La chronique du grand jeu".

28 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #La Turquie, #Europe supranationale, #AMERIQUE

Suicide en direct

28 Juin 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

Suicide en direct

L'info a été soigneusement cachée par les médias grand public, et pour cause : il est difficile de dire s'il faut en rire ou en pleurer...

A peine les Britanniques font-ils leurs valises que les lumineux eurocrates reprennent les négociations sur l'adhésion... de la Turquie ! Sont-ils donc complètement bourrés, masochistes ? Ne comprennent-ils vraiment rien à rien ? Rarement dans l'histoire et dans le monde aura-t-on vu des dirigeants aussi - désolé, il n'y a pas d'autre mot - nullissimes.

Il est vrai que l'Union Ectoplasmique se retrouve prisonnière du piège dans lequel elle s'est elle-même enfermée :

  • que Bruxelles continue de préparer l'adhésion de la Turquie et c'est la révolte généralisée contre l'UE. La cote de popularité de la Turquie dans la population européenne est encore plus basse que celle de Hollande en France, c'est dire. Si Bruxelles passe outre, il n'est pas difficile de prévoir des mouvements de masse, peut-être violents, tandis que le soutien à l'UE s'effondrera.
  • que Bruxelles renonce et Erdogan aura la possibilité de lâcher des centaines de milliers de réfugiés sur le Vieux continent, dont les terroristes daéchiques qu'il contrôle et avec lesquels il fait chanter les europloucs. Et le sultan ne s'en privera sans doute pas, qui a un mépris incommensurable pour l'Europe - voir la une du journal pro-gouvernemental Akit au lendemain du Brexit : "L'union des croisés s'écroule". Là aussi, c'est à terme la disparition de l'UE.

Le choix pour les dirigeants européens se résume à : comment voulez-vous mourir ?

Mais tiendront-ils jusque là ? Selon un sondage continental, huit pays veulent maintenant leur propre référendum (ce qui ne veut toutefois pas forcément dire que les huit souhaitent en sortir) :

Suicide en direct

Même Soros, sans doute dépité d'avoir perdu des milliards, s'y met et prédit la mort dans l'âme la fin de l'Union Européenne. Ses paroles valent de l'or : "Le scénario catastrophe [Brexit, ndlr] s'est matérialisé, rendant la désintégration de l'EU pratiquement irréversible. Elle se dirige vers une désintégration désordonnée qui laissera l'Europe dans un état pire que si l'UE n'avait jamais existé".

Pour la seule fois de ma vie, je suis d'accord avec Soros (ça se fête !) : le réel rattrape cette construction artificielle et passéiste. Le compte à rebours est commencé. Il peut durer longtemps encore, le système peut s'arc-bouter, mais la fin semble inéluctable, Turquie ou pas.

En parlant du sultan, il n'aura échappé à personne qu'il a enfin ravalé sa fierté et présenté, la queue entre les jambes, ses excuses à la Russie pour l'incident du 24 novembre. On pressentait déjà un petit quelque chose hier lorsqu'on a appris que la justice turque rouvrait le dossier d'inculpation d'Alpharslan Celik, accusé d'avoir tué le pilote russe.

Il est vrai que l'aventurisme d'Erdogan a placé son pays dans une situation assez lamentable : isolé d'à peu près tout le monde, en quasi guerre civile, économiquement en chute libre. Désespéré, le sultan veut maintenant réparer les pots cassés, même si c'est sans espoir de retour à la case départ : ce qui est perdu est perdu et Moscou ne renoncera pas à soutenir les Kurdes syriens ni à ses S400 en Syrie.

Les médias russes ont beau jeu de moquer la reddition en rase campagne d'un Erdogan soudain mielleux à souhait après des mois de coups de menton. Ce qui nous intéresse ici, c'est évidemment la réaction du Kremlin. Poutine et son entourage doivent en ce moment peser le pour et le contre.

On se rappelle que les Russes avaient exigé des excuses publiques ET des compensations. Les Turcs ont-ils accédé à certaines demandes secrètes, comme par exemple l'arrêt partiel du soutien aux djihadistes d'Alep ? Rien n'est sûr dans ce théâtre d'ombres, mais cela pourrait peut-être expliquer pourquoi l'actuelle offensive syro-russe sur Alep se fait curieusement dans le silence généralisé alors que la précédente opération soulevait l'indignation des médias officiels turcs (et occidentaux).

Erdogan n'est plus vraiment en état d'exiger quoi que ce soit. Il tombe de Charybde en Scylla depuis quatre ans et tente de se raccrocher à n'importe quelle branche. Son seul atout reste son levier de pression sur l'UE. Ce que nous annoncions il y a six mois se vérifie pleinement. Le sultan est le dindon de la farce syrienne ; les Européens sont les dindons du dindon.

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En Syrie, l'EI parvient à chasser les forces de Damas de la province de Raqqa

21 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #La France, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Daesch, #Terrorisme

En Syrie, l'EI parvient à chasser les forces de Damas de la province de Raqqa

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Des hommes des forces démocratiques syriennes près de Fatisah, dans la province de Raqqa, le 25 mai.

Des hommes des forces démocratiques syriennes près de Fatisah, dans la province de Raqqa, le 25 mai. Crédits photo : DELIL SOULEIMAN/AFP

Sur la défensive depuis plusieurs semaines, les djihadistes ont réussi à desserrer l'étau des forces prorégime sur leur capitale syrienne à l'occasion d'une contre-offensive féroce qui a fait une soixantaine de morts des deux camps.

En difficulté sur le terrain depuis plusieurs semaines, harcelé jusque dans ses propres fiefs de Raqqa, en Syrie, et de Faloudja, en Irak, l'État islamique (EI) n'a pourtant pas abdiqué face aux forces gouvernementales et à la coalition occidentale emmenée par les États-Unis. Ce lundi soir, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), a indiqué que les djihadistes ont infligé un revers aux forces du régime syrien en les chassant de la province de Raqqa, dans le nord du pays. Depuis le 3 juin, les forces de Damas, appuyées par les frappes aériennes russes, avaient lancé une offensive pour s'emparer de la ville clé de Tabqa. Cette cité se situe à cinquante kilomètres de la capitale syrienne du «califat» autoproclamé. C'était alors la première fois que le régime entrait dans la province de Raqqa depuis 2014.

Lors d'une contre-offensive féroce lancée dimanche soir, qui a fait une soixantaine de morts des deux camps en 24 heures, l'EI a réussi à repousser les forces syriennes «hors des frontières administratives de la province de Raqqa», selon l'OSDH. «Les prorégimes ont été contraints à revenir dans la province de Hama», plus au sud, a ajouté l'ONG. Cette ville représente un point de transit essentiel pour les djihadistes sur les bords de l'Euphrate, et sa reprise permettrait de couper par l'ouest la route d'approvisionnement de l'EI.

Lors de l'offensive des forces de Damas, les djihadistes avaient opposé une forte résistance aux forces du régime et envoyé quelque 300 combattants de Raqqa à Tabqa pour défendre la ville qu'ils contrôlent depuis 2014, selon l'OSDH.

Dimanche, les prorégimes s'étaient rapprochés à sept kilomètres de l'aéroport de Tabqa tenu par les djihadistes, mais ils avaient été ensuite forcés de reculer après de nombreuses attaques de l'EI, avant d'être finalement chassés de la province. Comme à son habitude, l'EI a eu notamment recours aux attentats suicide et à la voiture piégée pour repousser les forces du régime.

» LIRE AUSSI: Les djihadistes de Daech confrontés à un double assaut sur Raqqa et Faloudja

Une contre-offensive djihadiste près d'Alep

Dans le même temps, l'EI a également mené ce lundi une contre-offensive dans la province voisine d'Alep, plus à l'ouest, pour desserrer l'étau autour de son fief assiégé de Minbej par l'alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS). Ces dernières assiègent Minbej depuis dix jours, mais elles sont freinées par les attaques suicide de l'EI. Les djihadistes contrôlent depuis 2014 cette ville, carrefour routier pour l'approvisionnement des djihadistes entre la frontière turque et la ville de Raqqa.

Selon l'OSDH, l'EI a réussi à reconquérir deux villages et trois hameaux au sud de Minbej qui avaient été pris par les FDS lors d'une large offensive lancée le 31 mai pour prendre le bastion djihadiste, avec l'aide de l'aviation de la coalition internationale dirigée par les États-Unis. «L'EI essaie de défendre Minbej en envoyant des combattants de l'extérieur de la ville attaquer les FDS dans ces villages», selon Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH. «Daech a exécuté des habitants», a-t-il ajouté, sans pouvoir fournir de bilan.

En Irak, en revanche, l'EI ne parvient pas à contrôler l'avancée des forces gouvernementales irakiennes à Faloudja. Ces dernières ont repris plusieurs zones du centre de la ville aux djihadistes, provoquant l'exode d'au moins 30.000 personnes, selon l'OSDH.

 
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Turquie: «L’accord de réadmission sera suspendu si l’UE renonce à lever les visas», d'après le ministre Cavusoglu.

8 Juin 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #L'OTAN., #La Turquie, #Europe supranationale, #l'Allemagne, #l'immigration, #l'horreur économique

«L’accord de réadmission sera suspendu si l’UE renonce à lever les visas» (ministre)

« L’Accord de Réadmission a été signé à condition d’être appliqué en même temps que la Levée des visas. Ce n’est pas une menace ou un chantage. S’il n’y a pas l’un, il n’y aura pas l’autre » a continué M. Cavusoglu

07.06.2016 ~ 08.06.2016

   Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a fait savoir qu’Ankara suspendrait l’Accord de Réadmission si l’Union européenne renonçait à lever les visas pour les citoyens turcs.

M. Cavusoglu a participé à une émission sur TRT Haber.

Il a dit souhaiter l’application réciproque de la « Levée des visas » et de « l’Accord de Réadmission », ajoutant qu’un nouveau processus avait commencé après la condition apportée par l’UE pour une modification de la loi anti-terroriste en Turquie.

Le chef de la diplomatie turque a déclaré qu’une nouvelle feuille de route était préparée pour les prochaines démarches avec l’UE.

« Ce processus va continuer. L’Accord de Réadmission a été signé à condition d’être appliqué en même temps que la Levée des visas. Ce n’est pas une menace ou un chantage. S’il n’y a pas l’un, il n’y aura pas l’autre » a continué M. Cavusoglu.

« Nous serons dans l’obligation de suspendre l’Accord de Réadmission si les visas ne sont pas levés pour les ressortissants turcs. Il devait être appliqué dès le 1er juin. Nous n’aurons pas d’autre choix si ce processus ne donne aucun résultat. Nous mettrons de côté cet accord et les autres » a-t-il dit.

Le ministre turc des Affaires étrangères M. Cavusoglu a souligné que la Turquie n’avait pas renoncé à l’adhésion à l’UE et que le processus était une politique internationale des plus stratégiques pour la Turquie.

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La Turquie n'envoie en Europe que les migrants malades et sans éducation !! Par Charles Sannat.

29 Mai 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Terrorisme, #Le fascisme, #La Turquie, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Les transnationales, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #l'horreur économique

La Turquie n'envoie en Europe que les migrants malades et sans éducation !!

La Turquie n'envoie en Europe que les migrants malades et sans éducation !! Par Charles Sannat.

Les migrants sont forcément un coût avant de devenir un « bénéfice » potentiel. Bon, mais ça c’est la théorie rassurante que l’on vend à Madame Michu et aux ménagères européennes de moins de 50 ans.

La réalité c’est que la Turquie trie consciencieusement les migrants pour envoyer en Europe uniquement…

Les malades et les sans éducation !

Ho, ne hurlez pas à mon fascisme ou à mon racisme ou encore à ma xénophobie, vous tomberiez bien mal avec moi. Pour tout vous dire, je fais partie de ceux qui pensent que la valeur d’un homme n’est jamais liée à la couleur de sa peau mais à ses principes moraux, à son éducation et à son courage.

Je pense aussi qu’il est impératif et indispensable d’être fort d’un côté et sage de l’autre. Tout ne se vaut pas. Tout n’est pas acceptable, tout n’est pas négociable. Il y a des limites que nous ne devons pas avoir peur d’évoquer car il y va de l’intérêt supérieur de notre nation, de sa stabilité sociale et, bien sûr, également économique.

Dire la vérité est une face de l’expression du courage, et il est important de dire cette vérité.

Et qui dit la vérité ? Un grand quotidien anglais, The Telegraph, que personne de censé ou de sérieux ne peux traiter ou qualifier de fasciste, les Anglais étant par ailleurs particulièrement ouverts et tolérants aux autres cultures. Mais ils savent aussi être d’un grand pragmatisme quand nous sommes pétris d’idéologie mortifère et confinant à la plus grande des stupidités.

Vous pourrez apprendre dans cet article qu’aucun grand média bien-pensant n’osera jamais ni traduire ni encore moins évoquer que :

« Ankara procède à un tri sélectif des migrants quand il s’agit de les envoyer en Europe dans le cadre de l’accord conclu par la Turquie et l’Union européenne. »

Ou encore que :

« La Turquie a besoin de migrants diplômés et en bonne santé. Pour cette raison, en application de l’accord sur les migrants, le pays envoie en Europe des réfugiés malades et avec un niveau d’éducation extrêmement bas », révèle le journal britannique The Telegraph.

« Des représentants officiels de l’Union européenne accusent ainsi Ankara de procéder à une sélection et d’empêcher les migrants diplômés de partir, précisant également que ces derniers pourraient mieux s’intégrer dans la société européenne. »

Et enfin, histoire d’achever ceux qui penseraient encore que les migrants seront une « chance économique pour l’Europe », méditez sur cette dernière phrase :

« Ankara raye de la liste des demandeurs d’asile des médecins syriens, des ingénieurs, des scientifiques et d’autres personnes hautement qualifiées, les empêchant ainsi de partir, lit-on dans le journal britannique. »

L’Europe récupère donc après les bons-offices ne nos « amis » turcs, les analphabètes et les malades.

Pour l’Europe, un coût de plus en plus important !

Pour les analphabètes, cela va être compliqué de les intégrer dans le siècle de l’économie de la « connaissance » et dans un marché du travail qui réclame des compétences de plus en plus pointues. Qu’en ferons-nous ? Rien. Quel avenir leur proposerons-nous ? Aucun. Comment cela se passera-t-il à terme ? Mal évidemment puisque sans perspectives positives, il n’y a pas d’intégration apaisée.

Pour les malades, il faudra évidemment les soigner, humainement il n’y a pas d’autre possibilité si ce n’est d’exiger une juste répartition de ces coûts et la Turquie doit aussi faire sa part.

Imaginer qu’un pays puisse procéder de la façon dont le fait la Turquie constitue tout simplement, et cela doit-être dit, un acte de guerre et une attaque directe contre les intérêts supérieurs de nos nations européennes.

Les pauvres migrants, qu’ils soient migrants de guerre ou migrants économiques, n’y sont pour rien. Ils poursuivent leur propre logique de migrants tandis que certains États se servent de toute une gamme de couillons utiles à des fins politiques et de déstabilisation.

Les migrants, comme les grandes parties des extrême-gauchistes, sont en réalité les idiots utiles des mondialistes et du totalitarisme marchand, participant malgré eux à l’éclatement des nations et à la création d’un immense maelström globaliste tellement divisé qu’aucun contre-pouvoir ne pourra plus jamais émerger afin de contrer le pouvoir exorbitant que s’arrogent les grandes multinationales.

En attendant, mes chers amis, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae

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Chantage au terrorisme ou pourquoi l'Europe s'aplatit devant Erdogan

10 Mai 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #l'Allemagne, #L'OTAN., #La Turquie, #Daesch, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme

Chantage au terrorisme ou pourquoi l'Europe s'aplatit devant Erdogan

 

18 Avril 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus 

Chantage au terrorisme ou pourquoi l'Europe s'aplatit devant Erdogan

Chose promise, chose due. Nous avions subrepticement évoqué le fait car l'info - que dis-je ? la bombe - est sortie fin mars. La machine médiatique n'en ayant évidemment pas fait écho, il est temps de s'y arrêter plus en détail.

Le roi Abdallah II de Jordanie est ce que l'on pourrait appeler un souverain relativement éclairé. Eduqué dans les meilleures écoles occidentales, partisan de la modernisation de son petit pays, pilote d'avion, ayant suivi une carrière militaire, il n'est pas l'un de ces raïs moyen-orientaux au verbe enflammé. Cela ne donne que plus de poids à ce qu'il a déclaré le 11 janvier au Congrès américain, devant un panel de sénateurs appartenant aux comités de Défense et des Affaires étrangères. Pour la petite histoire, John McCain était présent.

Abdallah a directement accusé la Turquie d'envoyer des terroristes en Europe : "Le fait que des terroristes aillent en Europe [mêlés aux réfugiés] fait partie de la politique de la Turquie". Pas étonnant que nos médias "libres" n'en aient soufflé mot...

La politique du sultan est certes inique mais somme tout logique. Dans un contexte de politique extérieure qui tourne au fiasco, il joue sa dernière carte, profitant de la naïveté droit-de-l'hommesque des eurocrates pour déverser sur le Vieux continent les petits hommes en noir de Daech, marqués par les services turcs. Le message est simple : Oups, nous avons malencontreusement laissé passer des djihadistes mais nous savons qui ils sont et pouvons vous aider à les arrêter. En échange...

En échange, c'est l'absurde accord UE-Turquie et les 6 milliards donnés au petit fuhrer d'Ankara ; en échange, c'est le silence assourdissant sur les journalistes emprisonnés, les crimes contre les Kurdes ; en échange, c'est l'invraisemblable reprise des négociations sur l'adhésion de la Turquie à l'UE. Ce faisant, les eurocrates creusent évidemment leur tombe en 3D car les opinions publiques sont très massivement contre toute idée d'entrée de la Turquie ; un pas dans ce sens et leur chère UE explose. Mais une victime de chantage a-t-elle encore toute sa tête ? Le comportement erratique de nos petits eurocrates fait penser à l'Andromaque de Racine ou aux personnages dostoïevskiens, totalement perdus, prisonniers de leurs bourdes passées, ne voyant plus le bout du tunnel et s'enfonçant toujours un peu plus...

Parmi les autres révélations d'Abdallah, la confirmation que la Turquie achète le pétrole de Daech ("Absolument") et le fait qu'Erdogan "croit en une solution islamiste pour la région" : "La radicalisation est fabriquée en Turquie qui l'exporte ensuite non seulement en Syrie, mais aussi en Libye et en Somalie où elle aide les milices islamistes".

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Grèce : La poursuite de l’esclavage pour dette de la fin du 19e siècle à la seconde guerre mondiale

9 Mai 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #l'Allemagne, #Grèce, #La Turquie, #Terrorisme, #L'OTAN., #La dette, #La finance dérégulée

Seconde partie de la série « Grèce et dette : Deux siècles d’ingérence des créanciers »

Grèce : La poursuite de l’esclavage pour dette de la fin du 19e siècle à la seconde guerre mondiale

9 mai par Eric Toussaint

 

Cette série d’articles analyse les grandes crises de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
grecque en les situant dans le contexte économique et politique international, ce qui est systématiquement absent de la narration dominante et très rarement présent dans les analyses critiques. Depuis 1826, de grandes crises de la dette ont marqué très fortement la vie des Grecs. Chaque fois, des puissances européennes se sont coalisées afin d’obliger la Grèce à contracter de nouvelles dettes pour rembourser les anciennes. Cette coalition de puissances a dicté à la Grèce des politiques correspondant à leurs intérêts ainsi qu’à ceux de quelques grandes banques privées et des grandes fortunes dont elles étaient complices. Chaque fois, ces politiques visaient à dégager les ressources fiscales nécessaires au paiement de la dette et impliquaient une réduction des dépenses sociales ainsi qu’une diminution des investissements publics. Sous des formes qui ont varié, la Grèce et le peuple grec se sont vu nier l’exercice de leur souveraineté. Cela a maintenu la Grèce dans un statut de pays subordonné et périphérique avec la complicité des classes dominantes grecques.

Rappel de la première partie publiée le 12 avril 2016 : La Grèce indépendante est née avec une dette odieuse

La Grèce est née enchaînée à la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
par des emprunts (1824, 1825 et 1833) qui ensemble représentaient 245 % de son PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
. Trois grandes puissances européennes (la Grande-Bretagne, la France et la Russie) se sont coalisées pour constituer la première Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. de la Grèce moderne, imposer la monarchie en mettant à sa tête un prince bavarois et asservir le pays par la dette. La Troïka a défendu systématiquement les intérêts des grands banquiers de Londres et de Paris afin qu’ils tirent un maximum de bénéfices de la dette odieuse Dette odieuse Alexander Sack a théorisé cette doctrine en 1927.

Trois conditions se dégagent pour qualifier une dette d’odieuse :

1) elle a été contractée par un régime despotique, dictatorial, en vue de consolider son pouvoir

2) elle a été contractée non dans l’intérêt du peuple, mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

3) les créanciers connaissaient (ou étaient en mesure de connaître) la destination odieuse des fonds prêtés

Plus...
réclamée à la Grèce. Le peuple grec qui a dû payer la facture d’une monarchie dépensière et belliqueuse s’est révolté à plusieurs reprises. S’il a obtenu le départ du despote en 1862, et par la même occasion une Constitution concédant certains droits civils et politiques, il n’a pas réussi à se libérer des chaînes de la dette. Les grandes puissances ont maintenu la Grèce dans une position de subordination en déniant au peuple grec l’exercice de la souveraineté. La monarchie et les classes dominantes locales ont tenté systématiquement de dévier le mécontentement populaire vers le nationalisme et les hostilités avec la puissance ottomane.


Introduction de la seconde partie

Selon une narration dominante mensongère, ou simplement erronée, dans les années 1880, la Grèce a pu retourner sur les marchés grâce, d’une part, à l’accord intervenu en 1878 avec les créanciers des dettes de 1824-1825 |1| et, d’autre part, à la mise en pratique d’une politique radicale de réduction des dépenses publiques. La Grèce aurait ensuite exagéré dans le recours aux emprunts nouveaux et aurait augmenté fortement les dépenses publiques, ce qui aurait débouché sur une nouvelle crise de la dette et une suspension des remboursements à partir de 1893. Cette incapacité de la Grèce à gérer de manière raisonnable le recours à l’emprunt aurait amené les grandes puissances à lui imposer une commission financière de contrôle qui a pris en main le budget. Cette version des faits est fausse.

Voici un exemple de présentation largement répandue, tiré du journal Le Monde du 16 juillet 2015 : « Mais, comme aujourd’hui, le pays est miné par le clientélisme et l’évitement de l’impôt par les notables. Le Bavarois Otton Ier de Grèce, monarque bavarois imposé par les puissances européennes, instaure dès l’indépendance une dispendieuse politique de grands travaux. La fonction publique embauche à tour de bras, l’armée mène grand train… Le tout, financé par de généreux (sic !) prêts des pays occidentaux. Le gouvernement perd vite le contrôle : en 1893, près de la moitié des revenus de l’État sont réservés au paiement des intérêts de la dette. »

Un autre exemple est paru dans le magazine financier suisse Bilan du 20 juin 2015 : « Grâce à l’accord ratifié en 1878, la Grèce peut à nouveau emprunter sur les marchés dès 1879. Dans les quatorze années qui suivent, Athènes va emprunter l’équivalent de pratiquement 530 millions de francs auprès de créanciers parisiens, londoniens et berlinois. Mais moins de 25 % de cette somme ira dans des investissements d’infrastructures pour développer le pays, le reste étant essentiellement voué aux dépenses militaires, la Grèce affrontant à plusieurs reprises ses voisins régionaux (avec des fortunes très diverses). »

Ce qu’il y a de vrai dans la narration dominante, c’est que les banquiers étrangers ont de nouveau octroyé des prêts à la Grèce. La narration reconnaît aussi que la monarchie était dépensière et qu’elle a engagé le pays dans des épreuves militaires avec l’Empire ottoman très coûteuses. La plupart des commentateurs, toujours prêts à justifier l’attitude des créanciers (comme la journaliste du Monde qui n’hésite pas à parler de « prêts généreux », authentique oxymore |2|) relèvent aussi que les impôts étaient mal prélevés.

Voyons maintenant ce qui s’est passé réellement. Au cours des années 1880, les banquiers des grandes puissances (de Grande-Bretagne, de France mais aussi les banquiers allemands, belges, néerlandais…) sont très intéressés par l’octroi de prêts à des pays qui sortent d’une suspension de paiement. Ils posent une condition : les anciennes dettes doivent être restructurées et le pays doit reprendre les paiements. La plupart des pays qui étaient en défaut de paiement ont accepté des restructurations de dette très largement favorables aux créanciers, qui ont dès lors délié le cordon de leur bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). afin que les pays endettés retrouvent des moyens financiers pour rembourser les anciennes dettes. Il s’agissait aussi pour le grand capital des pays dominants de trouver des placements intéressants car le système capitaliste passait par une nouvelle phase d’expansion : l’exportation massive de capitaux afin de réaliser des prêts ou des investissements dans les pays de la Périphérie. C’est le début de la phase « impérialiste » du capitalisme mondial |3|.

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Obligation grecque de 1880


Les restructurations de dette en Grèce, au Costa Rica, au Paraguay, au Pérou et dans l’Empire ottoman

Voici quelques exemples de restructuration de dette qui ont eu lieu au cours de la période 1878-1890 : la Grèce, le Costa Rica, le Paraguay, le Pérou et l’Empire ottoman.

La restructuration de la dette grecque de 1878 et ses suites. La dette grecque liée aux emprunts de 1824 et de 1825 a été restructurée en 1878. Les créanciers ont obtenu que la Grèce accepte de rembourser l’équivalent de la somme qui lui avait été versée en 1824-1825. Il n’y a donc pas eu de réduction réelle de la dette et la Grèce a repris les paiements des intérêts et du capital |4|. Entre 1879 et 1890, la Grèce a entièrement remboursé aux créanciers privés la dette restructurée. La dette grecque n’a pas baissé, simplement car la Grèce a contracté de nouveaux emprunts pour rembourser les anciens. Elle remboursait donc les anciens emprunts restructurés en 1878 et les nouveaux contractés au cours des années 1880.

La restructuration de la dette costaricaine en 1885. Le Costa Rica, qui était en suspension de paiement depuis 1874, accepte en 1885 une restructuration de la dette satisfaisante pour les créanciers : ils obtiennent une partie des chemins de fer, auxquels s’ajoutent 230 000 hectares de terres et 2 millions de livres sterling.

La restructuration de la dette du Paraguay en 1885. Le Paraguay, qui était également en suspension de paiement depuis 1874, a accepté de remettre aux créanciers 1 million d’hectares et 800 000 livres.

La restructuration de la dette péruvienne en 1890. La restructuration de la dette péruvienne (qui était la plus volumineuse de toute l’Amérique latine) a été réalisée en 1890 dans des termes très défavorables au pays : cession aux créanciers de tous les chemins de fer publics, auxquels s’ajoutent plus de deux millions de tonnes de guano (fertilisant naturel), la concession d’une ligne de bateaux sur le lac Titicaca, deux millions d’hectares de terre, les mines de Cerro de Pasco et, cerise sur le gâteau, un nouvel emprunt pour refinancer une partie de la dette en suspension de paiement. Le Pérou a réalisé en 1926 le dernier remboursement de cette dette restructurée en 1890 suite à la suspension de paiement qui était intervenue en 1876.

La restructuration de la dette de l’Empire ottoman. A la suite du défaut de paiement de l’Empire ottoman en 1875, la dette fut partiellement restructurée en 1881. Les créanciers exigèrent un remboursement maximal. À cet effet, une commission des finances composée d’experts nommés par les “grandes puissances” a été mise en place. Comme l’écrit Louise Abellard : « Une institution fut érigée en 1881 sous le nom d’Administration de la Dette publique ottomane. Par décret impérial, plusieurs revenus de l’Empire lui furent “absolument et irrévocablement” transférés (revenus des douanes, taxe sur les spiritueux, droits de timbre, droits de pêche, taxe sur la soie, monopoles du sel et du tabac...). Ces revenus devaient être alloués par l’Administration au versement de compensations aux créanciers sur les titres émis avant le défaut. L’Administration était dirigée par des Européens (Français, Anglais, Néerlandais, Allemands et Italiens), représentants directs de leurs créanciers nationaux. Complètement autonome du pouvoir ottoman, elle était donc un instrument de garantie absolue pour les créanciers, qui obtenaient l’assurance du remboursement des sommes anciennement et nouvellement investies. D’une certaine façon, les porteurs de titres obtenaient avec l’Administration un droit direct sur la gestion des finances ottomanes, à leur profit, jusqu’au remboursement total du “préjudice” subi (à la disparition de l’Empire). Progressivement, les prérogatives de l’Administration furent même étendues au rôle de garant pour le règlement des contrats d’infrastructure (chemin de fer particulièrement). » |5|


Les restructurations de dette ont servi à relancer un nouveau cycle d’endettement et d’expansion du capital des pays impérialistes

Les restructurations de dettes qui se sont déroulées dans les années 1870-1880 répondaient à une volonté des créanciers de recommencer à placer aux quatre coins de la planète des capitaux disponibles en surabondance dans les pays du Centre (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas…). L’octroi de nouveaux prêts visait à relancer la pompe des remboursements car, pour que les pays en suspension de paiement reprennent les paiements, il fallait leur octroyer des liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
. Les placements se faisaient soit sous forme d’investissement, soit sous forme de prêts. Dans plusieurs cas, comme l’a vu plus haut en ce qui concerne des pays d’Amérique latine, la restructuration a pris en partie la forme d’un échange d’anciens titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
contre des titres de propriété de terrains ou/et d’entreprises. Le critère principal des banquiers ou des autres investisseurs n’était nullement la bonne santé des pays emprunteurs et leur capacité à bien gérer les fonds prêtés ni même à les rembourser. Leur décision était basée sur la nécessité d’utiliser les moyens financiers dont ils disposaient afin d’en tirer le rendement le plus élevé, de maintenir les pays endettés dans une relation de besoin permanent de financement extérieur et de s’assurer qu’en cas de difficulté de remboursement, les gouvernements de leurs pays seraient prêts à intervenir, y compris par des moyens militaires, pour imposer la reprise ou la poursuite des paiements, voire la colonisation pure et simple du pays.

Dans les cas de la Tunisie, de l’Empire ottoman et de la Grèce, une structure internationale de gestion et de contrôle disposant de pouvoirs très étendus a été imposée par les puissances créancières (parmi lesquelles la Grande-Bretagne et la France occupaient chaque fois une position importante ou tout à fait privilégiée). La Grèce a connu cette situation dès l’origine, comme le montre la convention passée en 1832 entre la Grande-Bretagne, la France, la Russie et le Royaume de Bavière pour créer la monarchie en Grèce en donnant la priorité absolue au remboursement de la dette |6|. La Tunisie s’est vu imposer une commission financière internationale en 1869 et elle est ensuite passée sous contrôle direct de la France en 1881. En ce qui concerne l’Empire ottoman, les puissances créancières ont créé l’Administration de la Dette publique disposant de 20 bureaux de collecte des revenus situés aux quatre coins du territoire (du Yémen à Thessalonique) et comptant 5 000 fonctionnaires. Dans le cas de la Grèce, la situation de subordination aux puissances créancières, inscrite de fait dans son acte international de naissance, s’est matérialisée sous des formes qui ont évolué mais elle a toujours été présente : de la participation inquisitrice des ambassadeurs britannique, français et russe au Conseil des ministres en 1843 |7|, à la création de la Commission financière internationale en 1898 (qui a fonctionné jusqu’à l’occupation nazie), en passant par la Commission financière internationale d’enquête, instituée en 1857 pour veiller au remboursement de la dette de 1833.


L’impact de la crise financière et économique internationale de 1890-1891 sur la Grèce

En novembre 1890, la City de Londres connaît une situation qui fait penser à septembre 2008 aux États-Unis et à la faillite de Lehman Brothers qui a débouché sur une fermeture des robinets du crédit (credit crunch), une crise bancaire internationale et une récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. économique mondiale en 2009. Le 8 novembre 1890, les banquiers londoniens se sont réunis en catastrophe pour faire face à la panique au cas où Baring Brothers, une des principales banques londoniennes, ferait faillite. Le 10 novembre, les banquiers se réunissaient avec le gouvernement britannique qui prenait contact avec les autorités des autres grandes puissances pour mettre en place une réponse coordonnée à la crise. Baring Brothers a été sauvée (ce qui n’a pas été le cas de Lehman Brothers), mais la crise financière et économique a été très forte en 1891-1892. Parmi les banquiers organisateurs du sauvetage de la Baring Brothers, figuraient la Banque Rothschild (présente à Londres, Paris et ailleurs en Europe et qui a joué un rôle clé dans l’endettement de la Grèce), ainsi que les banques JPMorgan (qui était déjà la principale banque d’affaires aux États-Unis) et JSMorgan (présente à Londres et directement liée par des liens familiaux à JPMorgan) qui allaient fusionner plus tard |8|.

Vous ne trouverez nulle part, dans les articles que la grande presse internationale a consacrés en 2015-2016 à la crise de la dette grecque de 1893, le lien entre l’évolution de la situation financière et économique internationale et la suspension du paiement de la dette décrétée par le Parlement grec pendant l’été 1893. Pourtant, la crise démarrée à Londres en novembre 1890 a produit une récession économique, une chute du commerce international, un arrêt des crédits bancaires internationaux… La Grèce a été confrontée à une chute de ses exportations. Or elle avait besoin des devises fortes que lui procuraient les exportations pour poursuivre le paiement de la dette externe. La vente du raisin de Corinthe à l’étranger constituait 2/3 des exportations grecques ! Or l’exportation du raisin de Corinthe a chuté de 50 % entre 1891 et 1893. Il y a deux causes à cette chute brutale : 1. La crise internationale et la contraction de la demande dans les pays les plus riches ; 2. La décision prise par la Grande-Bretagne, la France et la Russie d’imposer une taxe à l’importation des raisins de Corinthe sur leur marché. Ces trois puissances créancières de la Grèce ont restreint drastiquement l’accès du raisin de Corinthe à leur marché alors qu’elles prônaient le libre-échange et la suppression de toutes les taxes d’import-export |9|. Pour la Grèce, la chute des revenus d’exportation, combinée à l’impossibilité d’obtenir de nouveaux crédits des banques londoniennes, françaises, allemandes…, a conduit à la décision de suspension du paiement de la dette alors que 56 % des revenus de l’État lui étaient consacrés |10|. Parmi les facteurs liés à ce qui précède, il y a la chute de la valeur de sa monnaie par rapport à la livre sterling et aux devises fortes. Avec une monnaie dévaluée, le coût réel du remboursement de la dette extérieure était encore plus insoutenable.

Par rapport aux nombreux commentateurs qui accusent la Grèce d’être un pays qui entre facilement en défaut de paiement, il est utile de préciser qu’au cours du 19e siècle, l’Espagne a suspendu le paiement de sa dette à 6 reprises, l’Empire austro-hongrois à 5, le Portugal à 3, la Prusse à 2 et la Russie à 1 |11|.


Le conflit militaire contre l’Empire ottoman en 1897 et la restructuration de la dette grecque qui s’en est suivie

La monarchie grecque et les classes dominantes locales se sont lancées dans un conflit militaire désastreux contre l’Empire ottoman en 1897. Les grandes puissances ont manifestement manœuvré au dernier moment les deux États en conflit pour les conduire à la guerre14. Leur objectif : en affaiblissant les deux parties au cours du conflit, les grandes puissances pouvaient augmenter leur degré de contrôle sur les deux pays, notamment au travers de la dette. Le conflit étant coûteux, les grandes puissances pourraient augmenter leurs exigences tant à l’égard de la Grèce que de l’Empire ottoman. Cela aboutit à un traité de paix signé à Istanbul le 4 décembre 1897 sous le patronage des grandes puissances : la Grande-Bretagne, la France et la Russie (les membres de la Troïka en place depuis 1830), l’Empire austro-hongrois, l’Allemagne et l’Italie |12|. En 1898, un nouveau prêt a été octroyé à la Grèce (voir encadré ci-dessous sur l’emprunt de 1898). La Troïka était une nouvelle fois garante de ce prêt. Ce prêt était attribué dans le cadre du traité de paix et comprenait le versement par la Grèce d’une indemnité importante à l’Empire ottoman. Les grandes puissances étaient très intéressées à ce que la Grèce utilise une grande partie de l’emprunt de 1898 pour indemniser l’Empire ottoman. En effet, comme indiqué plus haut, elles contrôlaient les finances ottomanes et elles ont pu orienter ces indemnités vers le remboursement que devait effectuer l’Empire à l’égard de ses créanciers. Les créanciers de la Grèce et de l’Empire ottoman étaient les mêmes !


L’emprunt de 1898 et la mise sous tutelle de la Grèce grâce à Commission financière internationale

La loi votée par le Parlement grec le 26 février 1898 est identique au projet de loi rédigé par la Commission financière internationale (CFI). La Grèce a été contrainte d’accepter toutes les conditions des créanciers. Selon cette loi, la CFI contrôle les revenus de l’État qui seront consacrés au service :

  • de l’emprunt de 1833 garanti par la France, la Grande-Bretagne et la Russie ;
  • des emprunts conclus par l’État grec à l’étranger de 1881 à 1893 ;
  • du nouvel emprunt qui est mis à charge de la Grèce pour rembourser les précédents et payer une indemnité de guerre à l’Empire ottoman.

L’emprunt de 1898 se compose de deux parties :

1) Un emprunt pour l’indemnité de guerre à la Turquie pour un montant de 92 millions de francs français (4 millions de Livres turques) auxquels s’ajoutent 2,3 millions de francs (100.000 Livres turques) que la Grèce doit payer pour les dommages causés aux propriétés privées.

2) Un nouvel emprunt pour rembourser d’anciennes dettes et couvrir le déficit de l’année 1897 afin de rembourser la dette, soit une somme de 55 millions de francs consacrée :

  • à couvrir le déficit du budget de l’État grec de l’année 1897 (26 millions de francs) ;
  • aux paiements que le Gouvernement grec doit effectuer en 1898 aux porteurs de l’ancienne dette extérieure (2,5 millions de francs) ;
  • à rembourser ou convertir la dette flottante en or (26,5 millions de francs).

L’emprunt nouveau mis à charge de la Grèce s’élevait à 123,5 millions de francs (28,5 + 95), auxquels s’ajoutent la conversion de dette pour un montant de 26,5 millions de francs. Α cet emprunt s’ajoutera, au fur et à mesure des besoins, sous forme d’emprunts, une somme qui pourra atteindre 20 millions de francs pour couvrir le total des déficits des années suivantes.

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Extrait du rapport de la Commission financière internationale de 1898

L’article 4 de la loi rédigée par la CFI et docilement adoptée par le Parlement grec le 26 février 1898 précise que «  les frais d’administration de la Commission, fixés à un maximum de 150.000 fr., y compris une somme de 60.000 francs à titre d’émoluments pour les six Délégués, seront prélevés sur le produit des revenus affectés ». Les six délégués représentent la Grande-Bretagne, la France, la Russie, l’Empire austro-hongrois, l’Allemagne et l’Italie.

La CFI impose à la Grèce de rembourser environ 39 millions de drachmes annuellement alors qu’en moyenne les recettes totales de l’État (hors emprunt) s’élèvent à environ 90 millions de drachmes. Cela signifie que 43% des recettes de l’État sont affectés directement au remboursement de la dette. Il faut souligner qu’aucune part du nouvel emprunt n’est destinée à renforcer l’économie du pays, à développer ses infrastructures, à améliorer l’éducation publique. Le nouvel emprunt sert exclusivement à rembourser d’anciennes dettes, à indemniser la Turquie (qui elle-même doit utiliser de fait l’indemnité pour rembourser ses créanciers qui sont les mêmes que les créanciers de la Grèce) ou à combler le déficit courant.

Les membres de la CFI soulignent qu’en moyenne le budget total du Ministère de l’éducation et des cultes s’élève à peine à 3,5 millions de drachmes, tandis que la dotation royale s’élève à 1,3 million, celui de la police à 1,7 million et celui de la Guerre à 15 millions. Dans le budget de référence que la CFI prend en compte, aucune dépense spécifique n’est prévue en matière de santé publique. Le budget alloué aux chemins de fer s’élève à la somme ridicule de 84.350 drachmes (7,5% de la dotation royale). A noter que la CFI a imposé à la Grèce une reconnaissance de dette à l’égard des héritiers du roi Othon (qui a été renversé par le peuple en 1862) pour un montant supérieur à 4 millions de drachmes. La charge annuelle correspondant au paiement de cette dette s’élève à 200.260 drachmes, soit 2,5 fois la somme allouée aux chemins de fer du pays !

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Extrait du rapport de la Commission financière internationale de 1898 : dépenses d’administration de la Grèce 1892 - 1896

La Commission déclare très clairement que dans le futur au budget de l’État grec, « aucune somme n’y est prévue pour l’exécution de grands travaux publics, tels que l’amélioration des ports et l’établissement de nouveaux chemins de fer. Dans la pensée de la Commission, toute entreprise de nature à aggraver notablement les charges du budget doit être ajournée jusqu’à l’époque où les finances du pays auront enfin trouvé un équilibre stable. ». Il s’agit d’une reconnaissance explicite de la volonté des puissances créancières de maintenir la Grèce dans la situation d’une économie totalement arriérée.

Selon l’article 11 de la loi, la CFI accapare pour le remboursement de la dette :

  • l’entièreté des revenus tirés des droits de timbre, soit environ 10 millions de drachmes ;
  • l’entièreté des revenus tirés des droits perçus par la Douane du Pirée, soit environ 10,7 millions de drachmes ;
  • l’entièreté des revenus tirés des droits sur le tabac, soit environ 6,6 millions de drachmes ;
  • l’entièreté des revenus tirés des monopoles du sel, du pétrole, des allumettes, des cartes à jouer, du papier à cigarettes, à quoi s’ajoute l’entièreté des revenus tirés de la mine d’émeri de Naxos (dans les Cyclades), soit environ 12,3 millions de drachmes.
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Extrait du rapport de la Commission financière internationale de 1898

À qui la CFI confie-t-elle alors le prélèvement des revenus provenant des monopoles ? Les monopoles établis sur le sel, le pétrole, les allumettes, les cartes à jouer, le papier à cigarettes et l’émeri de Naxos sont administrés par une société anonyme hellénique sous la raison sociale de Société de régie des revenus affectés au service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. publique hellénique (un ancêtre du TAIPED |13| imposé à partir de 2010 par la Troïka). Les créanciers ont imposé à la Grèce de placer cette société anonyme « sous la surveillance directe de la Commission Financière Internationale et d’en faire en quelque sorte l’instrument et l’organe du contrôle ». De plus, « un membre de la Commission internationale désigné par elle aura le droit d’assister aux séances du Conseil d’administration et de l’assemblée générale et la Commission pourra opposer son veto à toute mesure qu’elle jugerait contraire à la loi ou préjudiciable aux intérêts qui lui sont confiés. » |14|.

Selon l’article 24, « toutes les sommes encaissées par la Société visée à l’article 14 seront versées intégralement au moins une fois par semaine à la caisse du Contrôle ». Au cas où les revenus mentionnés plus haut seraient insuffisants, la CFI a le droit de prélever les revenus des douanes de Laurium (dont le produit brut est évalué à 1,5 million de drachmes), de Patras (2,4 millions), de Volo (1,7 million), de Corfou (1,6 million), d’après l’article 12 de la loi.

Les membres de la CFI pourront se rendre en personne dans les différents
bureaux de perception et établissements appartenant aux services dont les
revenus sont affectés, en vue de s’assurer de l’exacte application des dispositions légales et réglementaires ; ils pourront se faire présenter tous livres, comptes et pièces de comptabilité (article 36). L’article 38 affirme que « la présente loi ne pourra être modifiée qu’avec l’assentiment des six Puissances. »

Les conclusions du rapport de la Commission financière internationale constituent un florilège de mensonges et d’hypocrisie : « En résumé, la Commission s’est inspirée, dans son travail, des dispositions bienveillantes qui animent les Puissances à l’endroit de la Grèce. En donnant satisfaction aux légitimes exigences des créanciers actuels, elle a tenu un large compte des difficultés financières avec lesquelles le pays se trouve aux prises. En même temps, si elle a cherché à entourer la perception et l’emploi des revenus affectés au service de la dette de garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). propres à donner toute sécurité aux capitalistes, elle s’est efforcée de ménager, dans la mesure du possible, l’indépendance de la nation et du Gouvernement helléniques. L’avenir de la Grèce dépend désormais de sa sagesse. Si elle s’applique dans le travail, le calme et la paix, à améliorer son administration, à développer ses ressources agricoles, à encourager son industrie naissante et à étendre ses relations commerciales ; sa situation financière se rétablira rapidement ; sa bienfaisante influence s’étendra peu à peu dans la sphère d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
qui lui est réservée et, aidée dans cette noble tâche par les sympathies des Puissances, elle parviendra, par ses courageux et patients efforts, à conquérir dans l’Orient de l’Europe la place que lui assignent les glorieux souvenirs de son passé.
 »

C’est le type de discours qu’emploie encore au 21e siècle la Commission européenne et les gouvernements des pays créanciers.

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Extrait du rapport de la Commission financière internationale de 1898 : conclusions

Sources :


À noter que les banquiers allemands et l’Allemagne se sont de plus en plus impliqués dans les Balkans et dans l’Empire ottoman depuis les années 1870. La défaite grecque contre l’Empire ottoman en 1897 est en partie due au fait que l’armée ottomane bénéficiait depuis peu du renfort d’officiers allemands (dont des généraux) fournis par Berlin comme conseillers militaires. Banquiers et gouvernants étaient actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
à Athènes et à Istanbul. Parmi les puissances qui voulaient profiter de la défaite grecque pour augmenter leur influence à Athènes, l’Allemagne était en première ligne aux côtés de la Troïka omniprésente depuis l’indépendance |15|.

Dans la foulée du traité de paix et du nouveau prêt octroyé à la Grèce, une nouvelle mouture écrite par la CFI est imposée à la Grèce. La Commission s’installe à Athènes et prend le contrôle d’une large partie du budget grec, qui continue à être consacré au remboursement de la dette (voir l’encadré sur l’emprunt de 1898, ci-dessus). Le gouvernement n’a pas le droit de modifier l’usage de ces recettes ni la fiscalité sans l’accord préalable de la CFI. Cela ressemble fort à la situation actuelle... Cette Commission a fonctionné jusqu’à l’occupation de la Grèce par l’Allemagne nazie en 1942 ! |16|

A côté de l’indemnité que la Grèce a dû verser à l’Empire ottoman et qui a été aspirée par les grandes puissances, une grande partie du nouvel emprunt devait servir à poursuivre le remboursement à la Troïka pour le prêt odieux octroyé en 1833. Au cours des années 1930, la Grèce était toujours en train de rembourser l’emprunt de 1833. Selon des calculs réalisés par les économistes Josefin Meyer, Carmen Reinhart et Christoph Trebesh (qui sont régulièrement associés à des recherches réalisées par ou pour le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
), seulement 25 % des sommes empruntées par la Grèce entre 1894 et 1914 ont été utilisées pour des dépenses régulières (hors service de la dette) et pour des investissements. 40 % des sommes empruntées ont été utilisées pour le paiement de la dette et pour les commissions prélevées par les banquiers. Les 35 % restant ont servi à des dépenses militaires (ne pas oublier que les principaux pays fournisseurs d’armes étaient également les principaux créanciers, ce qui n’a pas changé depuis) |17|. D’après mes propres estimations, la part des emprunts qui a été destinée aux dépenses régulières est nettement inférieure à 25 %, elle ne dépasse pas 10 à 15%.


Conclusions de la partie consacrée aux restructurations des dettes intervenues en 1878 et en 1898

Sur la base de toutes ces informations, il faut considérer comme odieuse la dette découlant des restructurations de 1878 et de 1898. La restructuration de 1878 a consisté à obliger la Grèce à reprendre le remboursement de la dette contractée en 1824-1825 alors que celle-ci était illégale tant les termes étaient favorables aux créanciers. Cette restructuration rendait tout aussi insoutenable le paiement de la dette et devait inéluctablement conduire à une nouvelle crise, qui a éclaté en 1893. La restructuration de 1898 a servi à augmenter de plusieurs degrés le niveau de coercition exercée sur l’État et le peuple grecs, notamment via la création de la CFI. Elle a permis aux six grandes puissances d’accaparer une très grande partie des recettes de l’État tout en maintenant la Grèce en situation de dépendance vis-à-vis de ses créanciers.

Ce commentaire paru dans le quotidien français Le Figaro en mai 1898 présente assez clairement la stratégie des créanciers : « La maxime de l’ancienne politique disait : Divise afin de dominer. Elle est en partie remplacée par la règle nouvelle : Prête-leur de l’argent, afin de les tenir. On voudrait étudier dans les cas de la pauvre Grèce, comme on a pu l’étudier en Egypte, cette invention subtile du génie moderne : la mainmise du prêteur sur l’emprunteur substituée à la conquête brutale par les vieilles baïonnettes, le conseil judiciaire devenant insensiblement conseil de tutelle, de gouvernement, doux et collectif d’abord, ensuite dur et personnel au profit du plus riche, du plus tenace, du plus adroit des syndicataires. On aimerait voir dès l’origine comment se noue et se serre le lacet d’argent, l’instrument impérial dont notre siècle a fait la meilleure arme d’agrandissement politique. » |18|

Il est important par ailleurs de réaliser une étude pour déterminer quelle partie de la dette externe (la dette émise en devises étrangères sur les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
étrangers qui est à distinguer des emprunts grecs réalisés en monnaie locale) était achetée par de riches Grecs, qu’ils résident en Grèce ou qu’ils fassent partie de la riche diaspora grecque présente à Istanbul, à Alexandrie, à Smyrne ou à Paris |19|. Il est certain que ces puissantes élites grecques avaient investi une partie significative de leur richesse financière dans des titres grecs. Cela implique qu’ils n’avaient pas intérêt à proposer aux amis qui se succédaient au gouvernement grec d’adopter une attitude ferme face aux créanciers (voir les conclusions de cet article ainsi que la fin de l’encadré ci-dessous).

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Extrait d’un bon émis par la Grèce en 1914, faisant partie d’un emprunt de 500 millions de Francs visant à rembourser de précédents emprunts

Quelques clés pour comprendre l’évolution sociale et politique en Grèce à la veille de la Première Guerre mondiale

Extraits du livre de Constantin Tsoucalas, La Grèce de l’indépendance aux colonels |20|. Les extraits sélectionnés donnent une idée du développement des mouvements sociaux, des réformes conquises dans le cadre de la naissance tardive d’un État capitaliste périphérique.

« L’augmentation constante des taxes sur les denrées de base pesait surtout sur les ouvriers et les classes moyennes, qui avaient commencé à s’organiser en guildes commerciales et en syndicats. En mars 1909, des milliers de boutiquiers avaient manifesté violemment, à Athènes et au Pirée, contre la répartition inégale des impôts. Le 14 septembre 1909, Athènes fut ébranlée par un immense rassemblement de plus de 50.000 personnes (la ville comptait moins de 200.000 habitants). Tout en proclamant qu’ils faisaient pleinement confiance à la « révolution », les Athéniens allèrent au-delà des intentions des officiers [les nouvelles autorités qui venaient d’accéder au gouvernement]. En exigeant qu’un système d’impôt progressif sur le revenu soit mis sur pied, que la production soit protégée, que l’administration soit transformée pour devenir un véritable service public par l’abolition du système prévalant de distribution des offices publics aux adhérents du parti gouvernemental ; en exigeant aussi que le niveau de vie des travailleurs soit amélioré et que l’ usure soit interdite et considérée comme un délit par la loi, ils exprimèrent une opposition de classe qui, politiquement, était restée pendant longtemps silencieuse. En même temps, l’organisation ouvrière avait fait des progrès grâce à la création de nombreux syndicats, et le mécontentement paysan s’était intensifié depuis 1898, date à laquelle la crise du commerce des raisins secs, qui constituait une source de l’exportation régulière, avait réduit à la misère une partie importante de la population agraire. L’agitation était particulièrement forte en Thessalie, où la demande d’une réforme du système de grande propriété latifundiaire, hérité des Turcs, entraîna, entre 1905 et 1910, une série des révoltes paysannes, qui furent réprimées de façon sanglante. »

« Les élections qui suivirent en 1910 furent un triomphe pour le nouveau Parti libéral. Venizelos forma son premier cabinet avec des hommes presque entièrement nouveaux, et ce fut le début d’une période de reconstruction intense et de réforme radicale. »

« La condition préalable au programme de réformes des libéraux était une réforme de la constitution. Celle de 1864 fut entièrement révisée pour garantir les libertés individuelles et jeta les bases d’un « État de Droit ». Néanmoins, si les prérogatives officielles de la monarchie furent réduites, les pouvoirs réels du roi demeuraient ambigus, ce qui devait avoir des conséquences explosives. »

« S’appuyant sur ce cadre institutionnel, Venizelos fit démarrer un programme législatif impressionnant. La réforme agraire constituait le problème le plus urgent et le plus difficile. Un amendement constitutionnel, qui permettait l’expropriation avec indemnisation, fut promulgué en 1911, non sans avoir rencontré une opposition farouche de la part de la classe, restée puissante, des grands propriétaires terriens. »
« Interdiction de confisquer les bas salaires en cas de dette (1909), reconnaissance des centrales syndicales d’Athènes et du Pirée (1910), repos obligatoire le dimanche (1910), introduction d’une procédure nouvelle et rapide pour le règlement des conflits entre les travailleurs et la direction (1912), interdiction de syndicats mixtes groupant travailleurs et employeurs (1914), autorisation aux syndicats récemment constitués de négocier et de signer des conventions collectives. Enfin un plan d’assurance-travail obligatoire fut introduit en 1914.
Le système fiscal fut également réorganisé sur une base plus équitable. Un impôt progressif sur le revenu fut créé en 1911, et les droits de succession furent révisés et considérablement augmentés en 1914.
 »

Après la Première Guerre mondiale à l’issue de laquelle l’Empire ottoman, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie ont été vaincus, la monarchie et les classes dirigeantes grecques ont cru voir se réaliser une partie de la grande idée, à savoir l’annexion à la Grèce d’une partie de l’Asie mineure turque. Cela a débouché sur une aventure militaire désastreuse en 1922 au cours de laquelle l’armée grecque a attaqué l’armée turque sur son territoire en Asie mineure. Cela s’est terminé par un désastre humain et militaire.

En 1922, « la tentative d’offensive générale contre Ankara, bastion de Kemal, se solda par un désastre. En août 1922, l’armée grecque, écrasée, s’enfuit en désordre devant les Turcs, qui poursuivirent les rescapés jusqu’à la mer, massacrèrent en représailles les milliers de Grecs, et, pour finir, mirent le feu à Smyrne au milieu d’un chaos indescriptible. Des centaines de milliers de Grecs durent fuir dans les îles avoisinantes ou en Grèce. »

« Dix ans de guerre (1912-1922) avaient eu pour résultat de créer un pays totalement différent de ce qu’il était auparavant. Le territoire grec avait doublé et l’accroissement de la population avait été encore plus spectaculaire. Les 1.500.000 réfugiés, dont l’intégration sociale et économique allait constituer le problème le plus grave et le plus urgent du pays, bouleversèrent la structure de la population. La population urbaine connut un développement considérable, en particulier dans le district d’Athènes et dans les quelques grandes villes, où un important prolétariat urbain se créa pour la première fois. Alors qu’en 1908, 24% seulement de la population vivait dans des villes de plus de 5.000 habitants, le pourcentage atteignait 27 % en 1920 et 33% en 1928. De 1920 à 1928, Athènes passa de 452.919 à 801.622 habitants. »

« Le monde urbain avait, lui aussi, radicalement changé après la guerre. Les longues années de lutte, l’influence de la Révolution russe, et surtout les conditions de vie tragiques des réfugiés dans les villes, poussèrent la classe ouvrière à s’organiser sur une base plus radicale. En novembre 1918 fut créée la Confédération Générale des Syndicats, et, une semaine plus tard, le Parti socialiste grec, qui en 1922 adhéra au Komintern et devint, deux ans après, le Parti Communiste Grec. »

« La décadence complète de l’ Empire ottoman et du khétivat égyptien au cours de la seconde moitié du XIXe siècle avait permis aux puissances occidentales de leur imposer un statut quasi colonial. Les grands bénéficiaires en furent les négociants et les banquiers grecs, et entre 1880 et 1910, des fortunes colossales se firent dans la périphérie méditerranéenne. La révolution russe chassa les éléments grecs installés en Ukraine et la crise de 1922 les éloigna de la Turquie et de la Bulgarie ; leur position ne fut pourtant pas menacée en Égypte et, dans une certaine mesure, en Roumanie, où les financiers grecs les plus influents continuèrent de faire fortune. Fait significatif, beaucoup des conseillers les plus proches de Venizelos dans les domaines économique et bancaire appartenaient à ce groupe. Ceci, sans aucun doute, aide à expliquer pourquoi Venizelos obéissait si volontiers aux intérêts diplomatiques de l’impérialisme britannique et français. On comprend mieux, également, les réticences du capital grec à centrer ces intérêts sur le développement du pays. »

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Grèce 1832 - 1947

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Bon émis par la Grèce en 1924 pour financer l’accueil des réfugiés

Les dettes des années 1920 à la deuxième guerre mondiale

La défaite de l’aventure militaire menée par la Grèce sur le territoire turc en 1922 a eu des effets dramatiques sur les populations civiles. Environ 1,5 million de Grecs qui vivaient en majorité en Turquie durent traverser la mer Égée et rejoindre en catastrophe la Grèce qui avait perdu la partie du territoire ottoman qui lui avait été attribuée après la Première Guerre mondiale en vertu du traité de Sèvres (voir la carte à la fin de cet article) |21|. Cet afflux massif de réfugiés amena les autorités grecques à demander une aide à la Société des Nations (SdN, « ancêtre » de l’ONU), qui octroya des prêts à la Grèce entre 1924 et 1928 pour un montant total équivalent à 20 % du PIB grec de l’époque. La SdN exigea en contrepartie la poursuite de l’application d’une politique dure d’austérité. Tant la représentation de la SdN en Grèce que celle de la CFI créée en 1898 étaient dominées par les puissances créancières, en particulier par la Grande-Bretagne.

Le remboursement des prêts octroyés par la SdN s’ajoutait à une série d’autres : la poursuite du remboursement à la Grande-Bretagne et à la France du reliquat de la dette de 1833 (la Russie ne recevait plus de remboursement depuis la révolution bolchévique de 1917), le remboursement de la dette de 1898, le remboursement des prêts de guerre octroyés pendant la première guerre mondiale par la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Canada et la France (ces prêts de guerre représentaient 55 % du PIB grec) |22|. Le total des dettes dues par la Grèce excédait 100 % de son PIB, le montant payé chaque année représentait plus de 30 % des revenus du budget grec et environ 10 % du PIB. Cela donne une idée de l’effort qui était imposé au peuple grec et à l’économie du pays.

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Extrait d’un bon émis par la Grèce en 1924 pour financer l’accueil des réfugiés

Tant que l’économie internationale connaissait une phase de croissance, comme pendant la période 1898-1913 et les années 1920, la Grèce réussissait à dégager un surplus budgétaire primaire et à assurer les remboursements de dette (c’est-à-dire que, sous la contrainte de la CFI, elle réussissait à générer plus de recettes que de dépenses hors service de la dette, ce qui lui permettait d’utiliser le surplus pour rembourser). La Grèce recevait également des entrées de capitaux comme dans toute période de croissance de l’économie mondiale. Les créanciers octroyaient de nouveaux crédits à la Grèce pour qu’elle puisse rembourser les anciens.

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Obligation grecque de 1925

La situation a radicalement changé à partir de 1930-1931 quand se sont fait sentir les effets de la nouvelle crise internationale qui a éclaté à Wall Street en octobre 1929. La Grèce voit à nouveau fondre ses revenus d’exportation (principalement la vente du tabac et des raisins de Corinthe), une partie des banques grecques font faillite en 1931, la monnaie grecque est dévaluée de 50 % suite à la décision britannique de suspendre le système de change basé sur l’étalon-or (Gold Standard) |23|. Cette dévaluation Dévaluation Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. entraîne mécaniquement le doublement de la dette externe exprimée en monnaie locale. Il fallait que l’Etat multiplie par deux le montant des recettes destinée au paiement en devises étrangères de la dette externe. Du coup, en 1932, la Grèce doit suspendre de manière partielle le paiement de la dette.

De nouveau, si on se focalise sur la Grèce en l’isolant du contexte international, on ne peut que mal interpréter ce qui s’est passé, à l’instar d’un grand nombre de commentateurs. Or il faut savoir qu’en 1932, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, l’Italie et d’autres pays ont décidé de suspendre le remboursement des dettes de guerre entre elles et à l’égard des États-Unis. L’Allemagne suspend le paiement de sa dette à l’égard des créanciers privés à partir de février 1932 et, en mai 1933, décrète la suspension généralisée des paiements à tous les créanciers. La Hongrie, la Lettonie, la Roumanie et la Yougoslavie sont également en suspension de paiement. Sans oublier 14 pays d’Amérique latine. Ce qui est systématiquement tu par les médias dominants, c’est que même après le moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. décrété par la Grèce en 1932, elle continue d’effectuer des remboursements de dette et cela sous la houlette de la CFI.


Le bilan de la Commission financière internationale 

Dans le journal Le Monde déjà cité, on peut lire à propos du bilan de la CFI : « Son bilan est malgré tout loin d’être négatif : elle aide la jeune Grèce à prendre le contrôle de ses recettes fiscales et limite le détournement des capitaux étrangers par l’élite locale. Elle contribue également à l’instauration de réformes indispensables à la modernisation du pays ». Comment est-il possible d’écrire cela ? La CFI a exercé un véritable diktat permanent sur les finances de la Grèce au profit des créanciers qui a empêché la Grèce de définir un projet de développement et l’a maintenue dans une relation de subordination structurelle.

Selon Meyer, Reinhart et Trebesch, le rendement réel obtenu par les détenteurs de titres grecs achetés à l’étranger et libellés en devise qui ont été à un moment ou un autre en suspension de paiement oscille entre +1 % et +5 %. Cela constitue un rendement fort élevé pour des titres souverains d’un pays réputé comme un mauvais payeur ! Comment expliquer un tel rendement positif ? Les taux d’intérêt réels étaient élevés, le stock de la dette Stock de la dette Montant total des dettes. n’a pas été réduit et, malgré les périodes répétées de suspension de paiement, le pays poursuivait la plupart du temps les remboursements. C’est ainsi que, même pendant la grande dépression des années 1930, la Grèce, bien qu’officiellement en suspension partielle de paiement, a consacré un tiers de ses revenus budgétaires au remboursement de la dette, ce qui correspond à 9 % du PIB grec alors qu’à la même époque la Roumanie et la Bulgarie consacraient respectivement 2,3 % et 3 % de leur PIB au service de la dette.


Conclusion

L’analyse menée dans cet article ne vise pas à exonérer les gouvernements grecs et la classe dominante des responsabilités qui leur incombent. Au contraire, la décision prise par les gouvernements grecs successifs et par la classe dominante de se plier aux exigences des créanciers et des grandes puissances a eu de terribles conséquences pour le peuple grec. Spécialisée dans le domaine de la finance et du commerce international, la classe capitaliste grecque constituait une bourgeoise largement déterritorialisée qui n’a jamais eu de véritable projet national ni la volonté de promouvoir un développement fondé sur un véritable tissu industriel. De ce fait même, ses intérêts étaient indissociablement liés aux intérêts des créanciers du pays. Elle constituait même parfois une partie importante de l’ensemble de ces créanciers, d’où sa complicité avec les représentants des puissances créancières. C’est une constante du 19e siècle à aujourd’hui.

Dans la période examinée ici, la Grèce a été constamment dominée par des puissances étrangères européennes. La dette extérieure a constitué une arme permanente pour exercer cette domination. Or cette dette était clairement illégitime, odieuse, illégale et insoutenable.

Par ailleurs, nous avons montré que les avatars des crises de dettes à répétition sont très largement liés au contexte international et que bien d’autres pays périphériques ont été soumis aux mêmes logiques. Il faut donc poursuivre l’analyse sous d’autres latitudes et rendre justice à tous les peuples soumis par la dette.


Bibliographie pour cette deuxième partie :


Remerciements : L’auteur remercie pour leur relecture et leurs suggestions : Thanos Contargyris, Olivier Delorme, Pierre Gottiniaux, Jean-Marie Harribey, Daphne Kioussis, Damien Millet, Nikos Pantelakis, Claude Quémar, Patrick Saurin, Yannis Thanassekos, Eleni Tsekeri.

L’auteur est entièrement responsable des éventuelles erreurs contenues dans ce travail.

Notes

|1| Voirla partie 1 de cette série pour l’analyse de ces dettes et la critique de l’accord intervenu en 1878

|2| En rhétorique, un oxymore ou oxymoron, du grec ὀξύμωρος (oxúmōros - de ὀξύς, « aigu, spirituel, fin » et de μωρός, « niais, stupide », qui signifie « malin stupide ») est une figure de style qui vise à rapprocher deux termes (un nom et un adjectif) que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire, comme « une obscure clarté », « une opacité transparente ».

|3| Parmi les auteurs classiques, lire sur l’impérialisme : Rudolf Hilferding (Le capital financier, 1910), Rosa Luxemburg (L’accumulation capitaliste, 1913), Vladimir Lénine (L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916), Nicolas Boukharine (L’Économie mondiale et l’impérialisme, 1915), Ernest Mandel (Le troisième âge du capitaliste, 1972), Samir Amin (Le développement inégal, Ed. de Minuit, 1973).

|4| Voir Carmen M. Reinhart et Christoph Trebesch : The Pitfalls of External Dependence : Greece, 1829-2015, p. 24. La Grèce avait reçu 1,3 million de livres en 1824-1825 et, en 1878, elle a accepté de rembourser 1,2 million de livres plus les intérêts.

|5| Voir Louise Abellard, « L’Empire Ottoman face à une « troïka » franco-anglo-allemande : retour sur une relation de dépendance par l’endettement », publié le 17 octobre 2013

|6| Voir la première partie de cet article.

|7| Voir la première partie de cet article.

|8| Voir Marichal, Carlos. 1989. A Century of Debt Crises in Latin America, Prince­ton, University Press, Princeton, 283p. Chapitre 6.

|9| Voir Carmen M. Reinhart et Christoph Trebesch : The Pitfalls of External Dependence : Greece, 1829-2015, p. 25.

|10| Voir Edouard Driault et Michel Lhéritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours, Presses universitaires de France (PUF), 1926, 5 tomes. Le chiffre de 56 % est tiré du tome IV, p. 296. La description de la situation par Driault et Lhéritier est tout à fait intéressante.

|11| Voir Edouard Driault et Michel Lhéritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours, Presses universitaires de France (PUF), 1926, tome IV, p. 301.

|12| Voir le texte du traité de paix et de nombreux documents annexes (le tout en français) : http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bp...

|13| Le TAIPED, acronyme en grec (en anglais, the Hellenic Republic Asset Development Fund ; en français, le Fonds de développement des Actifs de la République hellénique), a été créé à la demande par la Troïka après 2010 afin d’organiser des privatisations. Les recettes récoltées sont utilisées intégralement pour rembourser la dette.

|14| Arrangement financier avec la Grèce, travaux de la Commission internationale chargée de la préparation du projet / Ministère des affaires étrangères – Paris, 1898, p. 33

|15| À partir de la fin des années 1890 et jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne devient la principale destination des exportations grecques.

|16| Voir Carmen M. Reinhart et Christoph Trebesch : The Pitfalls of External Dependence : Greece 1829-2015, p. 15.

|17| Voir Tableau 9 p. 14 de Carmen M. Reinhart et Christoph Trebesch : The Pitfalls of External Dependence : Greece 1829-2015.

|18| Eugène-Melchior de Vogüé, « Livres Jaunes », in Le Figaro, 2 mai 1898.

|19| Selon Driault et Lhéritier qui se basent sur d’autres travaux sérieux, les titres grecs émis en France étaient achetés quasi exclusivement par des Grecs qui résidaient en France et non par des Français. Voir Edouard Driault et Michel Lhéritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours, Presses universitaires de France (PUF), 1926, tome IV, p. 304, note 1.

|20| Toutes les parties en italique sont tirées de Constantin Tsoucalas. 1970. La Grèce de l’indépendance aux colonels, Editions F. Maspéro, Paris, 1970.

|21| Cette question dite « de la catastrophe de l’Asie Mineure » est encore aujourd’hui objet de vifs débats à la fois sur la scène publique et entre historiens qui ont déconstruit la narration officielle.

|22| L’espace manque pour analyser de manière critique les dettes réclamées à la Grèce par les puissances alliées suite à la Première Guerre mondiale, même si l’auteur considère qu’une partie importante de ces dettes peuvent être considérées comme illégitimes. Pour une introduction à cette problématique, lire Nikos Pantelakis, « Crédits et rapports franco-helléniques 1917-1928 », in Actes du colloque tenu en novembre 1989 à Thessalonique, Institut d’histoire des conflits contemporains, Paris 1992.

|23| L’étalon-or (en anglais : Gold Standard) est un système monétaire dans lequel l’unité de compte ou étalon monétaire correspond à un poids fixe d’or. Les partisans de l’étalon-or affirment qu’il permet de mieux résister à l’expansion du crédit et de la dette. Au contraire d’une monnaie fiduciaire, une monnaie à contrepartie en or ne peut pas être émise arbitrairement par un État. A partir de 1929 et le déclenchement de la Grande Dépression, les réserves britanniques d’or fondent au point que le passif de la Banque d’Angleterre devint très supérieur à ses réserves. En septembre 1931, elle décidait de suspendre la convertibilité externe de la livre et de la laisser flotter librement. L’Allemagne, l’Autriche et la Norvège suivirent peu de temps après cette décision. Les États-Unis sortirent du système en 1933.

Auteur.e

Eric Toussaint

est maître de conférence à l’université de Liège, est le porte-parole du CADTM International et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.


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Les militaires turcs s'infiltrent à l'intérieur de la Syrie. ERDOGAN FRANCHIT LA LIGNE ROUGE.

9 Mai 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie, #AMERIQUE, #La Russie, #l'Allemagne, #La France, #L'OTAN., #Europe supranationale, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

ERDOGAN FRANCHIT LA LIGNE ROUGE

La Turquie visiblement a décidé de jouer les incendiaires jusqu'au bout... Prise en flagrant délit de soutien économique et militaire avec la nébuleuse islamiste terrorisant la Syrie, cette République islamiste déguisée continue ses provocations tant vis à vis de l'Europe soumise au chantage des migrants, que vis à vis de la Russie dont elle a déjà abattu un avion de chasse pour tenter de regionaliser le conflit syrien...

Moscou à de nombreuses reprises a demandé que les interventions étrangères sur le sol Syrien ne se fassent qu'avec l'accord du gouvernement légal du pays.

Mais Ankara "n'en a rien à foutre" comme le prouvent ses livraisons d'armes aux djihadistes, son soutien politique aux salafistes, ses interventions dans le Kurdistan irakien ou son refus de s'aligner sur les protocoles antiterroriste européens.

Erdogan ce mythomane qui se prend pour le nouveau sultan méditerranéen, à l'outrecuidance de prétendre agir en toute indépendance pour participer à la lutte contre Daesh. Ceci n'est que mensonges et gesticulations pour faire bonne figure vis à vis d'une Union Européenne qui s'apprête à ouvrir ses frontières au turcs tout en payant Ankara pour drainer les migrants...

Ce week end des forces spéciales turques ont officiellement pénétré le territoire syrien. Cette opération risquée sur le plan diplomatique n'a pas pu se réaliser sans l'aval des USA et du Commandement de L'OTAN dont fait partie Ankara.

Si cette reconnaissance est suivie d'une opération massive nous risquons d'assister à un "casus belli" très grave risquant d'impliquer des belligérants tiers et la Russie.

Ceci fait peut être partie du "plan B" annoncé par les USA il y a deux mois et qui semblent vouloir imposer une situation chaotique et un état de guerre avant les élections présidentielles.

Erwan Castel

Sun May 8, 2016
Les soldats turcs se sont infiltrés à l'intérieur du territoire syrien. ©Mehr

Les soldats turcs se sont infiltrés à l'intérieur du territoire syrien. ©Mehr

Selon le quotidien Daily Sabah, les forces spéciales de l'armée turque se sont infiltrées à l'intérieur du territoire syrien dans la nuit de samedi à dimanche sous prétexte de mener des opérations terrestres contre les positions de Daech près de la frontière, non loin de la ville turque de Kilis.

D'après des sources bien informées, avant cette opération, une unité composée de 15 à 20 personnes avait collecté des informations sur le terrain, pendant une dizaine de jours, au sujet de l'emplacement et des mouvements des éléments de Daech près de la frontière turque.

Ces opérations ont été menées à 13 ou 14 kilomètres de la frontière, à l'intérieur du territoire syrien.

Jusqu'à présent, aucun rapport officiel n'a été publié au sujet de ces opérations, mais des journaux turcs comme Yeni Şafak ont laissé entendre que le but de ces opérations était de sécuriser les zones frontalières de la province turque de Kilis.

Selon ces sources, la Turquie avait informé les Etats-Unis et la Russie avant de lancer cette opération.

Le vice-Premier ministre turc, Numan Kurtulmuş, avait fait état lundi dernier du tir de 55 roquettes par Daech contre le territoire turc dans la province de Kilis. 

http://www.presstv.ir/DetailFr/2016/05/08/464607/Les-militaires-turcs-sinfiltrent--lintrieur-de-la-Syrie/

 


En savoir plus sur http://www.jacques-tourtaux.com/blog/syrie/l-armee-turque-penetre-a-l-interieur-de-la-syrie.html#hM5rc21q0p2MRxJO.99
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Neuf thèses sur la guerre dans laquelle nous sommes engagés

9 Mai 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La guerre, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Ukraine, #Terrorisme, #Daesch, #La Turquie

Neuf thèses sur la guerre dans laquelle nous sommes engagés


Rostislav Ichtchenko

Par Rostislav Ichtchenko – Le 2 mai 2016 – Source thesaker.is

Les 27 et 28 avril, le ministère russe de la Défense a tenu une conférence internationale sur la sécurité. Je participe à un groupe débattant des révolutions de couleur.

Le temps accordé aux intervenants (5 minutes) et aux participants au débat (1 minute) était trop bref pour présenter la totalité du concept des révolutions de couleur dans la politique moderne et leur impact sur la sécurité générale et militaire de l’État touché. Par conséquent, je présenterai mes vues sur la question sous forme de points. Je serai succinct, parce qu’on peut écrire une étude en plusieurs volumes sur les révolutions de couleur et la guerre hybride en général, et même alors le sujet pourrait ne pas être traité complètement.

Thèse 1. Le fait même que les militaires étaient intéressés par ce sujet (en fait des représentants de plusieurs douzaines de ministères de la Défense de divers pays ont participé à la discussion) montre que les révolutions de couleur sont considérées par les États modernes non pas comme une menace intérieure (où la police et les services spéciaux seraient intéressés), mais comme une menace extérieure. Elle a les caractéristiques d’une agression militaire, donc la contre-attaque relève de l’armée.

Thèse 2. Les coups d’État colorés, qui sont un élément de la guerre hybride moderne, ne sont pas apparus seulement parce qu’un conflit direct entre deux puissances nucléaires est devenu impossible en raison de leur destruction mutuelle certaine. Différents scénarios d’une guerre nucléaire limitée ou d’un conflit armé entre les superpuissances n’utilisant que des armes non nucléaires ont été et sont examinés. Toutefois, si des pays détiennent des armes nucléaires, un conflit militaire où celles-ci seraient utilisées est possible, et les états-majors généraux doivent avoir des plans pour cette éventualité.

Les coups d’État colorés étaient une réponse à cette impasse politique qui a surgi comme résultat de la formation, à la fois dans les pays civilisés et au niveau du droit international, de l’idée selon laquelle la guerre n’est pas un outil admissible pour résoudre des problèmes politiques. Ainsi, les coûts politiques et moraux pour un État qui ouvre les hostilités, même si un énorme avantage en termes de forces permet une victoire rapide avec des pertes minimes, sont devenus plus élevés que les avantages matériels et politiques du contrôle sur le territoire ennemi. Un blitzkrieg, et encore plus une campagne militaire prolongée, sont devenus non rentables.

Thèse 3. Un coup d’État de couleur n’est pas perpétré lorsque la situation est mûre pour un changement de régime (situation révolutionnaire classique), mais lorsqu’une force extérieure est intéressée à prendre le contrôle sur l’État victime.

Un coup d’État coloré est impossible sans ingérence extérieure. Lorsque le mécanisme du coup d’État est lancé dans un pays, cela signifie que celui-ci est attaqué par un agresseur.

L’identification de cet agresseur est généralement aisée. Prouver ses intentions agressives, si évidentes soient-elles, est toutefois habituellement impossible sur la base du droit international. L’agresseur expliquera toujours son ingérence dans les affaires intérieures de l’État victime en recourant à des excuses humanitaires et à la protection des droits humains.

Je vous rappellerai que selon les accords de Helsinki (qui sont maintenant les règles de l’OSCE et de l’ONU), la défense des droits humains ne peut être exclusivement l’affaire intérieure d’un État.

Thèse 4. Pourtant un agresseur a besoin de légitimer ses actions aux yeux de la communauté internationale. Par conséquent, en règle générale, il tente d’obtenir un mandat de l’ONU ou de l’OSCE pour intervenir ou, au moins, pour former une coalition internationale formelle de plusieurs douzaines de pays dans le but de masquer son agression, la décrivant comme visant à contraindre un régime dictatorial à respecter les normes internationales.

Thèse 5. Cela limite le genre de pays en mesure d’utiliser le mécanisme des coups d’État de couleur. Le pays agresseur doit non seulement disposer d’une immense supériorité militaire sur le pays victime (c’est souhaitable, mais pas absolument nécessaire). Il doit avoir un poids politique et diplomatique suffisant pour assurer une couverture légale à son ingérence.

Thèse 6. Comme n’importe quelle guerre ou opération militaire, le coup d’État de couleur est soigneusement planifié et préparé. En général, plusieurs plans sont élaborés, qui dépendent du degré de résistance du pays victime.

Le scénario idéal comprend la capitulation ou la trahison des élites nationales. C’est l’option la moins chère. Dans ce cas, toutes les ressources du pays victime, y compris le système politique et la structure administrative, peuvent être immédiatement utilisés par l’agresseur pour ses fins politiques.

Lorsque les élites nationales ne capitulent pas, la méthode des manifestations de rue pacifiques est utilisée. L’élite qui résiste est contrainte, sous la pression des manifestations de rue, de remettre son pouvoir à ses collègues les plus souples. Il lui est, en substance, donné à choisir entre la capitulation volontaire et une tentative de réprimer les manifestations, au risque de provoquer des victimes accidentelles, ce qui fournit le prétexte de décréter le régime répressif et dictatorial, de l’accuser de brutalités policières et de déclarer qu’il a perdu toute légitimité.

Si ce genre de pression pacifique ne fonctionne pas, au cours des semaines ou des mois qui suivent (cela dépend de la situation et de la résilience du régime du pays victime), on passe à l’insurrection armée. Dans ce cas, le régime est forcé de choisir entre la capitulation et les inévitables victimes d’une confrontation armée, qui se compteraient en douzaines ou même en centaines.

Parallèlement à l’incitation aux manifestations pacifiques ou au soulèvement armé, le pays agresseur organise l’isolement politique et diplomatique du pays victime.

Si le soulèvement armé dans la capitale ne se produit pas ou ne débouche pas sur un changement de régime, le scénario suivant est la guerre civile. Dans ce cas, le pays agresseur déclare que le pouvoir est illégitime, il reconnaît l’opposition et lui fournit un soutien politique, diplomatique, financier puis militaire.

Enfin, si les résultats de la guerre civile débouchent sur une impasse, ou si l’opposition est en train de perdre, une agression directe (sous un prétexte humanitaire) est possible. La version plus douce est la mise en œuvre de zones d’exclusion aériennes et la fourniture massive d’armes, y compris des armes lourdes, aux rebelles. La version plus sévère implique l’invasion directe par des troupes étrangères, en règle générale déguisées en volontaires, ou par des forces spéciales.

Thèse 7. Comme on le voit, en dépit du caractère ostensiblement pacifique ou informationnel du coup d’État de couleur, son succès est garanti par la présence, derrière les diplomates et les journalistes, d’une force armée qui peut supprimer, si nécessaire, la résistance de l’élite nationale, même si celle-ci décide de se battre jusqu’au bout.

Cette variante a été utilisée en Irak, en Serbie et en Libye. Jusqu’à présent, elle n’a échoué qu’en Syrie. Mais en Syrie, il y avait une nouvelle composante importante. Les ressources, y compris militaires, d’une autre superpuissance étaient engagées dans le soutien au gouvernement légitime. La situation a changé, passant d’un coup d’État de couleur à une confrontation directe des deux superpuissances, comme dans les guerres de Corée et du Vietnam.

Ainsi, une condition nécessaire pour tout scénario de coup d’État de couleur était éliminée : la supériorité absolue, politique, diplomatique, économique, financière et militaire du pays agresseur sur le pays victime.

Cela nous amène à la thèse 8. Un coup d’État de couleur ne peut être stoppé ni par la consolidation de l’élite nationale (il ne ferait que progresser vers le scénario suivant), ni par la préparation de son armée à combattre (elle finira par s’épuiser), ni par un travail efficace de la presse nationale (elle sera submergée par les capacités technologiques de l’agresseur).

La préparation du pays victime à résister est une condition nécessaire mais non suffisante pour bloquer les mécanismes du coup d’État de couleur.

Seul le soutien des autorités légitimes du pays victime par une autre superpuissance en mesure d’affronter le pays agresseur avec une force égale, de toutes les manières et par tous les moyens, peut stopper une agression colorée.

Enfin, la thèse 9 et la conclusion. Les coups d’État de couleur d’aujourd’hui sont des opérations locales au sein de la confrontation mondiale des superpuissances. Tout comme les guerres de Corée, du Vietnam et d’autres encore, dans les années 1950 à 1990, n’étaient souvent que des guerres par procuration entre l’URSS et les États-Unis sur le territoire de quelqu’un d’autre, les coups d’État de couleur modernes, qui sont l’une des formes de la guerre hybride, sont aussi des éléments de la confrontation entre la Russie et les États-Unis.

C’est la guerre. Une nouvelle sorte de guerre. Pas la guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens (pour reprendre l’expression de Clausewitz), mais la technologie colorée comme extension de la guerre par d’autres moyens.

Nous nous sommes engagés dans cette guerre avant de réaliser que nous étions en guerre. Comme cela arrive souvent avec la Russie, nous avons commencé par les défaites des années 1990, ensuite nous avons repris nos esprits, appris à combattre et nous avons combattu avec succès ces deux dernières années.

Article original paru sur e-news.su

Traduit du russe en anglais par Seva.

Traduit de l’anglais par Diane, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone

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