Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la turquie tag

Poutine remercie la famille qui a remis la Légion d'honneur au héros russe

23 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch, #AMERIQUE

Poutine remercie la famille qui a remis la Légion d'honneur au héros russe

L'ambassadeur de Russie en France Alexandre Orlov a transmis vendredi les remerciements personnels de Vladimir Poutine à la famille française qui avait auparavant remis des médailles familiales de la Seconde Guerre mondiale à la famille de l'officier russe Alexandre Prokhorenko tombé en Syrie.

"Aujourd'hui, l'ambassadeur a rencontré la famille Magué à Florensac, où ils habitent. Il leur a apporté un message personnel du président russe: la gratitude pour le geste de solidarité et de soutien qui l'a vivement touché, et qui est symbolique dans le contexte du fait que la Russie et la France, comme il y a plusieurs années, se tiennent du même côté de la barricade dans la lutte contre le mal du monde, le terrorisme international", a déclaré la représentation diplomatique.

L'ambassadeur a également transmis à la famille une invitation à venir à la Parade du jour de la Victoire à Moscou le 9 mai. Les Magué, à leur tour, ont accepté l'invitation.

© Flickr/ Médaille de chevalier de la Légion d'honneur. Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français

© Flickr/ Médaille de chevalier de la Légion d'honneur. Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français

Mercredi, il s'est avéré que les Magué, un couple de la ville de Florensac dans la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, ont remis des médailles de la Seconde Guerre mondiale gagnées par des membres de leur famille à la veuve et aux parents du jeune officier russe Alexandre Prokhorenko, mort en héros lors de l'opération de libération de la ville antique de Palmyre.

Une des décorations militaires de la famille française transmise à la Russie est une Croix de chevalier de la Légion d'honneur. Elle avait été accordée à un oncle de la famille qui avait été déporté au camp de concentration de Buchenwald après avoir pris part à la résistance à l'âge de 17 ans.

L'autre est une Croix de Guerre avec une palme de bronze, dont l'un des pères du couple avait été décoré pour des missions de combat en tant que pilote de bombardier.

Selon l'ambassade russe en France, les Français ne sont pas indifférents à l'acte héroïque de l'officier russe. Ainsi, ils envoient des lettres à l'ambassade, et transfèrent parfois des fonds en demandant d'acheter un cadeau pour le bébé d'Alexandre quand il sera né. L'ambassade assure pour sa part que toutes les lettres seront bientôt remises aux destinataires.

Alexandre Prokhorenko, 25 ans, était marié et attendait la naissance de son premier enfant. Il faisait partie des meilleurs militaires russes du Service des opérations spéciales. Près de Palmyre, le jeune homme était chargé de définir les cibles terroristes au sol pour aiguiller les avions de chasse.

Encerclé par des terroristes le 17 mars 2016, il a pris une décision que l'on n'apprend pas aux militaires. Alexandre Prokhorenko a exigé un bombardement aérien sur sa position. La frappe a été réalisée et des terroristes ont été éliminés.

Lire la suite

Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français

23 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Terrorisme, #Daesch, #La Turquie

Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français

Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français

L'ambassade russe à Paris rapporte qu'un couple français a envoyé des médailles familiales de la Seconde Guerre mondiale à la représentation diplomatique, pour qu'elles soient remises à la famille de l'officier russe qui a été tué lors de l'opération russe en Syrie.

Les Magué, un couple de la ville de Florensac dans la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, ont décidé de remettre des médailles de la Seconde Guerre mondiale gagnées par des membres de leur famille à la veuve et aux parents du jeune officier russe Alexandre Prokhorenko, mort en héros lors de l'opération de libération de la ville antique de Palmyre.

Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français
Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français

Une des décorations militaires de la famille française transmise à la Russie est une Croix de chevalier de la Légion d'honneur. Elle avait été accordée à un oncle de la famille qui avait été déporté au camp de concentration de Buchenwald après avoir pris part à la résistance à l'âge de 17 ans.

L'autre est une Croix de Guerre avec une palme de bronze, dont l'un des pères du couple avait été décoré pour des missions de combat en tant que pilote de bombardier.

Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d'honneur d'un couple français

Lettre des Magué

Les Magué ont confié aux diplomates russes qu'ils avaient décidé de faire ce geste extraordinaire par sympathie envers la Russie et ses efforts dans la lutte contre le terrorisme mondial.

Le couple a exprimé une profonde indignation contre la position des médias français qui mettaient de côté ou ignoraient l'acte d'héroïsme de M.Prokhorenko. Les Magué ont partagé l'espoir que leur action cordiale pourrait soutenir la veuve et les parents de l'officier russe, et se sont dit prêts à envoyer certains documents d'archives de la Seconde Guerre mondiale en leur possession en Russie.

Alexandre Prokhorenko

© Photo. Twitter/@AlphaSpecnaz

Mort en héros: le soldat russe tombé à Palmyre émeut les Américains

Alexandre Prokhorenko, 25 ans, était marié et attendait la naissance de son premier enfant. Il faisait partie des meilleurs militaires russes du Service des opérations spéciales. Près de Palmyre, le jeune homme était chargé de définir les cibles terroristes au sol pour aiguiller les avions de chasse.

Encerclé par des terroristes le 17 mars 2016, il a pris une décision que l'on n'apprend pas aux militaires. Alexandre Prokhorenko a exigé un bombardement aérien sur sa position. La frappe a été réalisée et des terroristes ont été éliminés.

Lire la suite

Moscou, rempart contre les jihadistes. Bientôt la fin d’Erdogan ?

17 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #La Turquie, #Daesch, #la barbarie, #Terrorisme

Moscou, rempart contre les jihadistes. Bientôt la fin d’Erdogan ?

01 mars 2016

Moscou, rempart contre les jihadistes. Bientôt la fin d’Erdogan ?

Depuis 2012, Moscou tente de rallier les Occidentaux à sa cause : défendre la civilisation contre le jihadisme, comme jadis le monde s’était uni contre le nazisme. Pour cela, il a d’abord dissocié la Maison-Blanche des combattants qu’il considère comme « jihadistes » et que les États-Unis désignent comme « rebelles ». Il tente aujourd’hui d’isoler la Turquie. Loin d’être un épiphénomène diplomatique, la cessation des hostilités en Syrie marque un retournement de situation. Washington vient d’admettre qu’il n’y a pas —ou plus— de groupes armés « modérés ».

C’est à tort que nous analysons la politique russe d’un point de vue arabe ou occidental. La Russie a sa propre vision des jihadistes qu’elle connaît depuis 1978, lorsqu’ils vinrent porter main forte aux pachtounes afghans contre le gouvernement communiste de Kaboul.

Vladimir Poutine a personnellement combattu les jihadistes du Caucase, notamment l’Émirat islamique d’Itchkérie (seconde guerre de Tchétchénie 1999-2000), et les a vaincus. À l’époque, les Arabes se disaient solidaires des musulmans russes et ne comprenaient pas ce qui se passait là-bas, tandis que les Occidentaux, après la dissolution de l’Union Soviétique, applaudissaient tous ceux qui tentaient de poursuivre le mouvement en disloquant la Russie. Pourtant, sur le terrain, il n’y a avait aucune différence entre l’Émirat d’hier et le Califat d’aujourd’hui. On appliquait la charia et on coupait les têtes de la même manière à Grozny qu’on le fait à Rakka.

Atrocités des jihadistes du Caucase. Ici au Daghestan en 1999.

Atrocités des jihadistes du Caucase. Ici au Daghestan en 1999.

Aujourd’hui, malgré la propagande assurant que la guerre en Syrie serait une guerre contre l’Islam, ou que la République arabe syrienne serait une « dictature (sic) alaouite (re-sic) » massacrant les sunnites, les faits sont têtus : l’armée arabe syrienne qui combat les jihadistes est composée à 70 % de sunnites.

En 2012, c’est-à-dire presque au début de la guerre, au moment où la DIA états-unienne mettait en garde la Maison-Blanche contre ce qui allait devenir Daesh, Vladimir Poutine a déclaré que la Syrie était devenue une « question intérieure russe ». Depuis lors, il tente de créer une Coalition internationale contre les jihadistes avec les Occidentaux.

La Russie se souvient de la manière dont le monde bascula durant les années 1930. À l’époque, le roi d’Angleterre, Edward VIII, était publiquement nazi. Montagu Norman, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, finançait l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir avec l’argent de la Couronne [1]. Les Britanniques pensaient de la sorte soutenir un État capable de renverser l’Union Soviétique qui avait éliminé le Tsar Nicolas II et menaçait leurs intérêts capitalistes. Pourtant, durant la Seconde Guerre Mondiale, ils s’allièrent à Staline et à Mao contre Hitler.

Sur ces images d’archives révélées par le Sun, le futur roi Edouard VIII apprend à la future reine Elizabeth II —alors âge de 6 ans— à faire le salut nazi.

Vladimir Poutine espère pouvoir renverser les alliances d’aujourd’hui comme cela fut le cas dans la période 1936-39. C’est pourquoi, durant les dernières années, il s’est efforcé de traiter les États-uniens en « partenaires », alors même que Washington lui tirait dans le dos, organisait des manifestations à Moscou contre son gouvernement (2011-12) et un coup d’État en Ukraine (2013-14).

L’ambassadeur russe, Vitali Tchourkine, a distribué, le 10 février, à tous les membres du Conseil de sécurité, un rapport de renseignement sur les activités de la Turquie en soutien aux jihadistes [2]. Ce document de deux pages présente une dizaine de faits indiscutables. Il atteste que la Turquie est un État-voyou qui viole délibérément et depuis de nombreuses années quantité de résolutions des Nations Unies. Or, chacun de ces faits renvoie à des réseaux et à des agents qui avaient soutenu jadis les jihadistes tchétchènes. Hier, l’État turc en tant que tel n’était pas impliqué, c’était le parti du Bien-être (Refah). Aujourd’hui, le Refah a été dissous pour laisser place à l’AKP. Les hommes de l’AKP étant au pouvoir, l’État turc est impliqué [3].

Persévérant, l’Ours russe tente aujourd’hui de dissocier la Turquie de l’Otan. De cette opération dépend l’avenir de l’Humanité. Soit la Turquie reste dans l’Alliance atlantique et elle pourra continuer à soutenir les jihadistes, non seulement en Syrie, mais aussi en Irak, en Libye, et finalement partout dans le monde. Soit, l’Otan prend ses distances avec la Turquie et, dans ce cas, les États-Unis et la Russie s’allient effectivement pour lutter efficacement contre les jihadistes où qu’ils soient.

Il semble que, le 12 février, les Russes soient parvenus à dissocier la Maison-Blanche des néo-conservateurs et des faucons libéraux qui soutiennent la Turquie et les jihadistes. Sergey Lavrov et John Kerry sont convenus de créer deux groupes de travail qu’ils coprésident, reléguant l’Onu au rôle de simple greffier [4]. En d’autres termes, Jeffrey Feltman, qui utilise ses fonctions de numéro 2 des Nations Unies pour saboter tout effort de paix depuis 3 ans et demi, a été placé sur la touche [5]. Résultat: en 10 jours seulement, la Russie et les États-Unis ont pu conclure les conditions d’une cessation des hostilités qui trainait depuis 2012 [6].

Le président Poutine a tenu à annoncer lui-même à la télévision la conclusion de l’accord de cessation des hostilités avec les États-Unis.

Cette cessation des hostilités a été clairement rejetée par la « Coalition nationale des forces de la révolution et de l’opposition syriennes », que le président, le Turco-Syrien Khaled Khoja, a commenté dans une lettre au Conseil de sécurité : « Il est absolument scandaleux de conclure des accords bilatéraux avec la Russie sur la « cessation des hostilités », alors que ces accords ne concernent pas l’un des principaux tueurs de civils en Syrie, qui est la Fédération de Russie. Il est grand temps que la Russie quitte la Syrie et mette un terme à la guerre brutale qu’elle mène contre nos concitoyens » [7].

Cet accord est en réalité un piège visant à détruire tout le système des néo-conservateurs et des faucons libéraux. Déjà, lors des négociations de Genève 3, la Russie avait patiemment mis en évidence la mauvaise volonté de « l’opposition » soutenue par l’Arabie Saoudite et la Turquie. Cette opposition s’était discréditée toute seule par ses atermoiements. Il ne s’agissait pas de questionner sa représentativité, mais uniquement de montrer qu’elle ne voulait en aucun cas améliorer les conditions de vie des Syriens, mais exclusivement renverser la République arabe syrienne. La citation reproduite ci-dessus suffit à s’en convaincre, vu que, contrairement aux allégations de M. Khoja, la cessation des hostilités concerne la Russie, mais pas les groupes listés comme terroristes par les Nations Unies.

Cette cessation des hostilités vise à placer les groupes armés devant leurs responsabilités. Il leur suffisait de s’inscrire auprès de Washington ou de Moscou pour être épargnés par les bombardements russes et syriens, mais ils devaient dans ce cas renoncer à renverser la République arabe syrienne et s’engager dans un processus politique en faveur d’une Syrie laïque et démocratique, donc abandonner le rêve d’un État islamique. Seules 97 katibas, sur le millier existant, auraient osé s’engager dans un processus qui fait d’elles des « traitres » à la cause turque, et les désigne comme prochaines victimes de leurs ex-camarades jihadistes.

Au demeurant, les Occidentaux ne pouvaient pas s’attendre à mieux. Le 15 décembre 2015, le général Didier Castres, responsable des opérations extérieures françaises, assurait lors d’une audition au Sénat que le nombre total de combattants susceptibles d’être modérés n’excédait pas 20 000 [8]. Tandis qu’en janvier 2016, un rapport de renseignement allemand affirmait que la proportion des combattants syriens au sein de l’ensemble des groupes armés en Syrie ne serait que de 5 % [9].

C’est précisément ce constat que recherchaient Kerry et Lavrov en parlant de cessation des hostilités et non pas de cessez-le-feu —cette seconde expression étant la seule à avoir des conséquences juridiques—.

On doit donc comprendre la réponse de John Kerry à une question d’un sénateur lors d’une audition parlementaire à propos d’un éventuel « plan B » comme une échappatoire. Si la cessation des hostilités ne fonctionne pas, il ne pourra pas y avoir de partition de la Syrie, simplement parce que le plan de cessation des hostilités aura montré que le choix n’est pas entre Damas et des « rebelles », mais entre Damas et des jihadistes.

Pour la conseillère du président el-Assad, le « plan B » de John Kerry devrait avoir pour objectif de lutter contre les jihadistes.

Dans la même logique, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a déclaré au Spiegel que l’Otan ne se laisserait pas embarquer dans une guerre déclenchée par la Turquie contre la Russie [10]. L’article 5 de la Charte de l’Alliance atlantique ne prévoit de soutenir un État membre que lorsqu’il est directement attaqué, pas lorsqu’il déclenche lui-même un conflit [11]. Propos confirmés par l’Allemagne au Daily Mail [12].

Désormais, la Maison-Blanche s’apprête à sacrifier Recep Tayyip Erdoğan qui devrait être rendu responsable de tous les maux de la région. Le président turc pourrait être assassiné comme son prédecésseur Turgut Özal, en 1993, ou être renversé par ses proches. Faute de quoi, la guerre se déplacera de la Syrie vers la Turquie. Vladimir Poutine aura réussi son pari : faire évoluer les lignes de front de sorte que les Occidentaux se battent à ses côtés contre les jihadistes qu’ils ont pourtant créés.

À retenir :
La Russie ne s’est pas engagée en Syrie pour défendre des intérêts économiques ou ressusciter une alliance de la Guerre froide, mais pour lutter contre les jihadistes.
Depuis 2012, la Russie tente de dissocier les Occidentaux des jihadistes, qu’ils ont créés et soutenus depuis 1978.
En concluant l’accord de Munich John Kerry a accepté de reléguer Jeffrey Feltman, le leader des néoconservateurs et des faucons libéraux à l’Onu, dans un rôle subalterne. En proposant une cessation des hostilités, il a permis de séparer les combattants syriens raisonnables des jihadistes.

Thierry Meyssan

[1] « Des banquiers anglo-saxons ont organisé la Seconde Guerre mondiale », par Valentin Katasonov, Traduction Gilles Chertier, Strategic Culture Foundation (Russie) , Réseau Voltaire, 11 mai 2015.

[2] « Rapport de renseignement russe sur l’aide actuelle turque à Daesh », Réseau Voltaire, 18 février 2016.

[3] « Comment la Turquie soutient les jihadistes », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 février 2016.

[4] “Statement of the International Syria Support Group”, Voltaire Network, 12 February 2016.

[5] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[6] “Cessation of Hostilities in Syria”, Voltaire Network, 22 February 2016.

[7] « Lettre datée du 18 février 2016 adressée par le représentant de la Coalition nationale des forces de la révolution et de l’opposition syriennes ». Document Onu S/2016/165.

[8] « Audition au Sénat du général Didier Castres sur Daesh », Réseau Voltaire, 15 décembre 2015.

[9] “Asian rebels in Aleppo, Western blind spot”, Christina Lin, Asia Times, February 8, 2016.

[10] « Syrienkonflikt : Warnung aus der Nato an die Türkei », Der Spiegel, 19. Februar 2016.

[11] « Traité de l’Atlantique Nord », Réseau Voltaire, 4 avril 1949.

[12] « NATO warns Turkey it can’t count on support in a conflict with Russia as tensions escalate », Gianluca Mezzofiore, Daily Mail, February 20, 2016.

source: http://www.voltairenet.org/article190464.html

Lire la suite

Comment le discours médiatique a mis à mort le peuple syrien. Par Sharmine Narwani

16 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Turquie, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Comment le discours médiatique a mis à mort le peuple syrien

Par Sharmine Narwani le 31 mars 2016

La journaliste libanaise Sharmine Narwani, une des meilleures analystes de la situation au Moyen-Orient.

La journaliste libanaise Sharmine Narwani, une des meilleures analystes de la situation au Moyen-Orient.

Le 23 mars 2011, au tout début de ce qu’on appelle désormais le «conflit syrien», deux jeunes hommes – Sa’er Yahya Merhej et Habeel Anis Dayoub – ont été abattus dans la ville de Deraa, au sud de la Syrie.

Merhej et Dayoub n’étaient ni des civils, ni des opposants au gouvernement du président syrien Bachar el-Assad. C’étaient des soldats de l’armée régulière, l’Armée Arabe Syrienne (AAS).

Abattus par des tireurs inconnus, Merhej et Dayoub furent les premiers des quatre-vingt-huit soldats tués dans toute la Syrie pendant le premier mois du conflit – à Deraa, Lattaquié, Douma, Banias, Homs, Mouadamiya, Idlib, Harasta, Soueïda, Tell Kalakh et dans la banlieue de Damas.

Selon la commission d’enquête indépendante de l’Onu chargée d’enquêter en Syrie, en mars 2012, le total des membres de l’AAS tués au cours de la première année du conflit s’élevait à 2569. A la même époque, selon l’ONU, le nombre total de tous les décès dus à la violence politique en Syrie s’élevait à 5000.

Ces chiffres brossent un tableau complètement différent des événements de Syrie. Ceux-ci n’ont rien à voir avec le conflit que nous décrivent les gros titres des journaux – ne serait-ce qu’au vu de la relative égalité du nombre de morts des deux côtés, qui suggère que le gouvernement n’a pas employé une force démesurée pour désamorcer la violence.

Mais la mort de Merhej et Dayoub a été passée sous silence. Pas un seul média occidental n’a consacré un de ses gros titres à leur sort – ou à celui des autres soldats tués. Ces morts ne correspondaient tout simplement pas au « discours » occidental sur les révolutions arabes et ne cadraient pas avec les objectifs politiques des gouvernements occidentaux.

Le Printemps arabe a fourni aux responsables politiques US [et français, ndlr] une occasion unique de se débarrasser des gouvernements hostiles du Moyen Orient. La Syrie, principal État arabe de l’Axe de la Résistance dont le leader est l’Iran, était leur cible numéro un.

Pour obtenir un changement de régime en Syrie, les thèmes du Printemps arabe devaient être manipulés adroitement – et il fallait donc que des Syriens meurent.

Il fallait simplement que le dictateur «tue son propre peuple» – et le reste suivrait.

Comment les paroles tuent

Dès le mois de mars 2011, les principaux médias occidentaux se mirent à décliner les quatre thèmes clés d’une campagne qui allait monter en puissance au cours des mois suivants :

– Le Dictateur tue son “propre peuple”.

– Les protestations sont “pacifiques”.

– L’opposition est “désarmée”.

– Ceci est une “révolution”.

Les gouvernements pro-occidentaux de Tunis et d’Égypte venaient d’être renversés l’un après l’autre au cours des deux mois précédents –et donc le ‘modèle’ de changement de régime de type Printemps Arabe, impulsé par la base, était déjà présent dans l’imaginaire de la région. Ces quatre ‘discours’, soigneusement formulés, qui avait acquis un sens en Tunisie et en Égypte, faisaient maintenant partie de l’arsenal dont on pouvait se servir pour délégitimer et ébranler tout gouvernement contre lequel il serait utilisé.

Mais pour exploiter au mieux tout leur potentiel en Syrie, il fallait que les Syriens descendent en masse dans la rue, et il fallait que des civils meurent victimes de la brutalité des forces de sécurité. Pour le reste, la large batterie de médias étrangers et locaux qui souscrivaient à ce discours sur le “Printemps Arabe” auraient tôt fait de le transformer en “révolution”.

De la fumée s’élève du faubourg de Erbeen à Damas le 29 janvier 2012 © HO / Reuters

De la fumée s’élève du faubourg de Erbeen à Damas le 29 janvier 2012 © HO / Reuters

Pourtant les protestations n’ont pas démarré en Syrie comme elles l’avaient fait en Tunisie et en Égypte. Pendant les premiers mois, on a constaté des rassemblements de centaines de personnes, pour la plupart – parfois de quelques milliers – qui exprimaient divers degrés de mécontentement politique. La plupart de ces rassemblements étaient habituellement précédés de prêches provocateurs dans des mosquées sous influence wahhabite, ou de morts violentes qui incitaient des foules en colère à se rassembler à l’occasion de funérailles publiques.

Un membre d’une famille de notables de Deraa m’a expliqué qu’il existait une certaine incertitude quant à l’identité de ceux qui tuaient des habitants de sa ville – le gouvernement ou des “groupes occultes”. Il explique qu’à l’époque, l’opinion des citoyens de Deraa était partagée :

Certains pensaient que le régime tuait plus de gens pour les arrêter et les prévenir d’avoir à arrêter de manifester et de se rassembler. D’autres pensaient que des milices occultes voulaient que ça continue, parce que s’il n’y avait pas de funérailles, les gens n’auraient plus de raison de se rassembler.

Avec l’avantage du recul, voyons ce qu’il en est de ces discours sur la Syrie, cinq ans après le début du conflit :

Nous savons maintenant que plusieurs milliers de membres des forces de sécurité syriennes ont été tués la première année suivant le 23 mars 2011. Nous savons donc aussi que l’opposition était “armée” dès le début du conflit. Nous avons des documents visuels montrant des hommes armés entrant en Syrie depuis le Liban en avril et mai 2011. Nous savons par les témoignages d’observateurs impartiaux que des hommes armés prenaient pour cible des civils dans des actes de terrorisme et que les « protestations » n’étaient pas toutes “pacifiques”.

La mission de la Ligue Arabe a mené une enquête d’un mois en Syrie et a conclu :

“A Homs, à Idlib et à Hama, la mission des observateurs a constaté des actes de violence commis sur des membres des forces gouvernementales et des civils, entraînant des décès et des blessures en plusieurs occasions. Elle cite comme exemple un attentat à la bombe contre un autobus transportant des civils, tuant huit personnes et en blessant de nombreuses autres, y compris des femmes et des enfants, et un autre sur un train transportant du gas-oil. Dans un autre incident à Homs, un bus de la police a explosé, tuant deux policiers. Un oléoduc et plusieurs petits ponts ont aussi été détruits”.

Le père Frans van der Lugt, un prêtre hollandais résidant depuis de nombreuses années en Syrie, qui a été tué en avril 2014 à Homs, a écrit en janvier 2012:

“Dès le début, les mouvement de protestation n’étaient pas purement pacifiques. Dès le début j’ai vu des manifestants armés qui défilaient dans les manifestations tirer les premiers sur la police. Très souvent la violence des forces de sécurité était une réaction contre la violence brutale des rebelles armés.”

Quelques mois plus tôt, en septembre 2011, il avait noté :

Dès le début il y a eu le problème des groupes armés, qui font aussi partie de l’opposition… L’opposition de la rue est beaucoup plus forte que toute autre opposition. Et cette opposition est armée et emploie fréquemment la violence brutale, dans le seul but d’en rejeter la responsabilité sur le gouvernement.”

De plus, nous savons maintenant que, quelle qu’ait été la situation en Syrie, ceci n’était pas une “révolution populaire.” L’armée arabe syrienne est restée intacte, même après que la presse eut fait état de défections massives. Des centaines de milliers de Syriens ont continué à défiler dans des manifestations de soutien au président sans que la presse en fasse état. Les institutions étatiques, comme les élites du gouvernement ou du monde des affaires sont largement restés loyales à Assad. Les groupes minoritaires – alaouites, chrétiens, Kurdes, Druzes, chiites, et le Parti Baas , en majorité sunnite – n’ont pas rejoint l’opposition au gouvernement. Et les grandes agglomérations rassemblant la majorité de la population urbaine sont restées sous le contrôle de l’État, à quelques exceptions près.

Au bout du compte, une authentique “révolution” n’a pas de centres opérationnels en Jordanie et en Turquie. Pas plus qu’une révolution “populaire” n’est financée, armée et appuyée par le Qatar, l’Arabie Saoudite, les USA, le Royaume-Uni et la France.

La fabrication d’un “discours médiatique” pour obtenir des avantages géopolitiques

Le manuel 2010 d’instruction sur la guerre non-conventionnelle destiné aux forces spéciales US (en anglais, 2010 US military’s Special Forces Unconventional Warfare manual ) stipule :

“L’objectif des efforts des USA dans le domaine de la guerre non-conventionnelle est d’exploiter les faiblesses politiques, militaires, économiques et psychologiques d’une puissance hostile en développant et en soutenant des forces de résistance pour atteindre les objectifs stratégiques des USA… Dans l’avenir prévisible, les forces des USA seront principalement engagées dans des opérations de guerre irrégulière.”

En 2006 un câble secret émanant du Département d’État US révèle que le gouvernement de Assad était dans une position plus forte, tant au plan intérieur que régional, que les années précédentes, et suggère des façons de l’affaiblir : “Voici notre résumé des faiblesses potentielles et les moyens qui peuvent permettre de les exploiter…” Suit une liste de “faiblesses” – politiques, économiques, ethniques, religieuses, militaires, psychologiques – et les “actions” recommandées sur la façon de les “exploiter”.

Ceci est important. La doctrine US sur la guerre non-conventionnelle pose en principe que les populations des États hostiles comprennent généralement des minorités actives qui, respectivement, s’opposent ou apportent leur soutien à leur gouvernement, mais, pour qu’un “mouvement de résistance ” réussisse, il faut qu’il convainque une fraction importante des “couches intermédiaires, non-partisanes de la population” de se retourner contre ses dirigeants. Selon le manuel (je cite ici abondamment un de mes articles précédents):

Pour amener les “couches intermédiaires, non-partisanes de la population” à soutenir une insurrection, la doctrine de la guerre non-conventionnelle recommande la “création d’une ambiance où le mécontentement est amplifié par la propagande et des menées politiques et psychologiques destinées à discréditer le gouvernement.”

A mesure que le conflit s’amplifie, il faut “intensifier la propagande; et préparer psychologiquement la population à la rébellion.”

Il faut commencer par une “agitation” aux plans local et national – organisation de boycotts, de grèves, et autres efforts pour donner l’impression d’un mécontentement de la population. Ensuite vient l’“infiltration d’organisateurs et de conseillers étrangers et l’apport de propagande, de matériel, d’argent, d’armes et d’équipement étrangers. ”

Le stade suivant des opérations consisterait à établir des “organisations de type front national [p.e. le Conseil National Syrien] et des mouvements de libération [p.e. l’Armée Syrienne Libre]” qui conduiraient des secteurs plus larges de la population à accepter “un niveau accru de sabotage et de violence politique” – et à encourager la formation d’ “individus ou de groupes capables de mener à bien des actes de sabotage dans les centres urbains”.

Dans de précédents articles, un an après le début de la crise, j’ai parlé de l’emploi en Syrie de méthodes de guerre irrégulière soutenues depuis l’étranger – alors que le discours de l’immense majorité des médias tournait autour du “dictateur qui tue son propre peuple”, de protestations “pacifiques”, de l’opposition majoritairement “désarmée”, de la “révolution populaire,” et de milliers de “civils”, cibles exclusives des forces de sécurité étatiques.

Est-ce que ces récits ont tous été fabriqués ? Les images que nous avons vues étaient-elles toutes mises en scène? Ou bien a-t-il suffi de forger certaines choses – parce que la “perception” des vastes couches intermédiaires de la population, une fois déterminée, allait créer naturellement sa propre dynamique menant au changement de régime ?

Et nous, dans cette région, que faisons-nous de cette information alarmante qui nous apprend que des guerres se mènent contre nous – et que ce sont nos propres populations qui font office de chair à canon au service d’intérêts étrangers ?

Créer notre propre “règle du jeu”

Le jeu des discours peut se jouer à deux.

La première leçon à apprendre est que les idées et les objectifs peuvent être façonnés, modelés, affinés et utilisés avec une grande efficacité.

La seconde leçon est que nous devons créer plus de médias et de canaux de distribution de l’information indépendants pour propager nos valeurs le plus largement possible.

Les gouvernements occidentaux peuvent compter sur une armée ridiculement servile de journalistes sycophantes, à l’Ouest et dans notre région du monde, pour nous asséner leur propagande de jour comme de nuit. Nous n’avons pas besoin de les égaler en nombre d’individus ou de titres – nous pouvons aussi avoir recours à nos propres stratégies pour battre en brèche leurs campagnes de désinformation. Les journalistes occidentaux qui publient de façon répétée des informations fausses, erronées ou nocives qui mettent des vies en péril doivent se voir interdits d’accès dans notre région.

Ceux-là ne sont pas des journalistes – je préfère les appeler des combattants des médias – et ils ne méritent pas les libertés dont jouissent les vrais professionnels des médias. Si, pendant la première année du conflit syrien, ces journalistes occidentaux avaient remis en question les prémisses des quatre éléments de discours mentionnés plus haut, est-ce que plus de 250 000 Syriens seraient morts à ce jour ? Est-ce que la Syrie serait détruite, est-ce que 12 millions de Syriens seraient sans abri ? Et même, est-ce que Daech existerait ?

Liberté d’expression ? Non, merci – pas si nous devons mourir au nom des impératifs sécuritaires de pays étrangers.

La Syrie a changé le monde. Elle a fait entrer les Russes et les Chinois (BRICS) dans la mêlée et a modifié l’ordre mondial qui, d’un ordre unilatéral, est devenu un ordre multilatéral – du jour au lendemain. Et elle a amené un groupe d’États-clés de la région à faire cause commune pour former maintenant le pivot d’un ‘Arc de Sécurité’ depuis le Levant jusqu’au Golfe Persique. D’immenses opportunités s’offrent à nous pour remodeler le monde et le Moyen-Orient selon nos propres aspirations. Les nouvelles frontières ? Nous les tracerons nous-mêmes, nous les habitants de la région. Les terroristes ? Nous les vaincrons nous-mêmes. Les ONG ? Nous créerons les nôtres, avec nos propres citoyens et en fonction de nos propres objectifs. Les oléoducs ? Nous déciderons nous-mêmes où les poser.

Mais commençons à construire ces nouveaux discours avant que l’ ‘Autre’ vienne occuper la place vide.

Une mise en garde. La pire chose que nous puissions faire est de perdre notre temps à rejeter les discours des étrangers. Cela ferait de nous des « rejectionnistes » (partisans du rejet systématique) dans leur jeu. Et cela ne peut que donner vie à leur jeu. Ce qu’il nous faut, c’est créer notre propre jeu – avec un vocabulaire riche de notre propre discours – qui définisse qui nous sommes, quelles sont notre histoire et nos aspirations, en partant de nos propres réalités, politique, économique et sociale. Que ce soit l’ ‘Autre’ qui rejette notre discours, qu’il devienne lui-même le ‘rejectionniste’ dans notre jeu… et qu’il lui donne vie.

Sharmine Narwani | 24 mars 2016

Traduction en italien: http://arretsurinfo.ch/la-narrazione-che-ha-ucciso-il-popolo-siriano/

Article original en anglais: https://www.rt.com/op-edge/336934-syria-war-conflict-narrative/

Traduit en français par Jaques Boutard: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=17579

URL: http://arretsurinfo.ch/comment-le-discours-mediatique-a-mis-a-mort-le-peuple-syrien/

Lire la suite

Voyage au cœur de la Syrie : un pays en guerre [1]

16 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La République, #La Russie, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Voyage au cœur de la Syrie : un pays en guerre [1]

Par Breizh-info le 15 avril 2016

Depuis 5 ans le conflit syrien est au cœur de l’actualité. Pour en parler, la plupart des médias se contentent de reprendre les dépêches de l’Agence France presse, qui s’appuient elles-mêmes sur les communiqués de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une officine très controversée. Alors pour tenter de comprendre la réalité, trois membres de la rédaction de Breizh-info viennent de séjourner en Syrie, où ils se sont rendus avec le concours de l’association de solidarité France-Syrie (*).

Ce voyage d’une semaine s’est entièrement déroulé dans la partie du pays sous contrôle du gouvernement légal. De Damas à Lattaquié, notre équipe est allée à la rencontre de la population : combattants, victimes de guerre, déplacés, chrétiens, musulmans, religieux, mères de famille, enfants, universitaires, industriels, artisans, commerçants, agriculteurs… Sans préjugés ni tabous, récit d’un voyage dans un pays en guerre.

Voyage au cœur de la Syrie : un pays en guerre [1]

Tard le soir, nous retrouvons Damas que nous avions rapidement aperçue il y a une semaine lors de notre arrivée en Syrie. Depuis, nous avons sillonné le pays. Nous avons pu constater la diversité de la population qui partage cependant un lien très fort, son attachement à la patrie. A Saidnaya et Maaloula, nous avons rencontré des représentants des églises chrétiennes. À Homs, ville martyre, les ravages de la guerre se sont imposés. À Hama, ville majoritairement sunnite, l’histoire sourd de l’Oronte. À Ain el Kroum, au-dessus d’Apamée, nous avons partagé le quotidien des habitants. À Lattaquié, fief des Alaouites, et à Tartous, la base russe, règne encore la douceur méditerranéenne.

Damas, une des villes les plus anciennes du monde, est mythique dans l’imaginaire européen et oriental. Elle résume plus de 3000 ans d’Histoire depuis l’installation des Amorites. Capitale d’un puissant royaume araméen, elle a subi la domination assyrienne, babylonienne, perse puis romaine. Une importante population juive y vivait alors. Celle-ci a abrité les premières communautés chrétiennes. Damas est devenue musulmane en 636 et capitale de l’empire omeyyade en 661. Elle a connu l’invasion des Croisés, des Mongols, des mamelouks et des Ottomans. Ces derniers ont été remplacés par les Français après la guerre de 14/18 avant de redevenir capitale de la Syrie indépendante en 1946.

La guerre y est présente. Les hommes du Front al-Nosra occupent une partie de l’agglomération. On entend parfois le bruit sourd des explosions. Pourtant la vie continue. La circulation est intense. les rues débordent de piétons d’autant que la température est printanière. Le souk est animé. Dans les cafés pleins, hommes et femmes de toute génération boivent jus de fruit, thé, café ou fument le narguilé.

Le mardi précédent, où nous nous étions retrouvés en fin d’après-midi à l’aéroport de Roissy CDG, nous semble loin. Nous avions emporté du matériel médical et des médicaments qui manquent cruellement en Syrie, embargo oblige. Nous les remettrons à diverses associations sur place. A l’hôtesse d’Air Serbia chargée de l’enregistrement, qui nous demandait si nous allons séjourner à Beyrouth, nous répondons que «nous allons un peu plus loin.» – «Ah ! Vous allez à...». Stupéfaite, son visage s’illumine. Les larmes lui montent aux yeux. Solidarité…

Après une escale à Belgrade, nous arrivons à Beyrouth à 3h15. Nous sommes un groupe de 17 personnes, y compris les membres de l’association. Les formalités douanières accomplies, nous mettons les bagages dans deux camionnettes taxi qui vont nous conduire à Damas. Nous traversons Beyrouth où chaque quartier est protégé par des hommes en armes. La ville semble assez bien reconstruite. Nous la quittons à 5h30. Nous traversons la plaine de la Bekaa. Comme les bureaux de la frontière n’ouvrent qu’à 8 heures, nous faisons une halte pour un petit-déjeuner dans un bar–restaurant–épicerie–bazar, qui nous procure un avant-goût de couleur locale.

Le temps du trajet d’environ 110 kilomètres et du passage de la frontière nous en donnera un autre. Nous allons devoir oublier notre notion occidentale du temps et faire preuve de patience. En effet, nous n’arriverons qu’à 14h30 à notre hôtel, situé dans le quartier chrétien du vieux Damas. Les 5 heures passées en douane nous permettent un premier constat sur la grande diversité de style vestimentaire des très nombreux Syriens qui y passent. Pour les femmes, en particulier, cela peut aller d’une tenue de type européen, sexy voire provocante, à une robe noire et un voile qui dissimulent entièrement la personne.

Peint sur les fermetures des échoppes, le drapeau syrien est omniprésent

Peint sur les fermetures des échoppes, le drapeau syrien est omniprésent

A l’entrée en Syrie, nous découvrons de grands portraits du président Bachar el-Assad, soit seul, soit en compagnie de Vladimir Poutine ou avec Sayed Nasrallah, le chef du Hezbollah. Ils nous suivront pendant tout le voyage. De même, devant les habitations, on peut voir les portraits des victimes, dénommées martyrs. Plongée dans un pays en guerre depuis cinq longues année, guerre que subit en première ligne la population. Nous voyons dans les villages traversés des maisons détruites, des ruines, des restes de véhicules calcinés.

Par contre, le gouvernement et les habitants assurent la sécurité grâce à de nombreux points de contrôle. Il en existe à chaque carrefour routier, à chaque entrée et sortie de communes, entre les quartiers dans les villes. Précédés de chicanes et ralentisseurs, ils sont tenus par des militaires ou par des milices locales. Les véhicules doivent s’arrêter et les passagers justifier de leur identité. Ainsi de l’entrée de Damas à notre hôtel, nous en passerons une quinzaine. Précisons-le tout de suite, jamais nous ne ressentirons le moindre sentiment d’insécurité tout au long de ce voyage. «Vous êtes fous !», nous avait-on dit parfois, à l’annonce de notre voyage. Mais les rues de Paris ou de Bruxelles s’avèrent aussi risquées…

Les portraits de ceux qui sont tombés au front ornent les rues des villes et des villages

Les portraits de ceux qui sont tombés au front ornent les rues des villes et des villages

Le lendemain, nous prenons l’autoroute du nord pour gagner Saidnaya, un fief chrétien, dans la montagne de l’anti-Liban. Cette région est très aride. Comme pendant tout notre séjour, nous passerons de multiples points de contrôle. Chaque entrée de ville ou de village, chaque carrefour important est contrôlé par des hommes en armes – avec interdiction formelle de photographier. Nous verrons également les preuves d’affrontements violents : véhicules incendiés, immeubles et maisons effondrés ou brûlés. Les affiches de ceux qui sont tombés au combat – appelés les martyrs – sont nombreuses. Régulièrement, nous ferons des crochets pour éviter les zones encore occupées par les islamistes. La Syrie est une peau de léopard avec une alternance de secteurs contrôlés par les forces légales et d’autres occupés par les groupes djihadistes.

A suivre

La rédaction

(*) contact : syrianafrance@gmail.com

Crédit photos : Breizh-info.com ( mention obligatoire)

Source: http://www.breizh-info.com/2016/04/14/40664/syrie-bachar-guerre-islamistes-damas

Lire la suite

Syrie : Vers une victoire politique et militaire du gouvernement Assad ?

16 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Syrie : Vers une victoire politique et militaire du gouvernement Assad ?

Par Karine Bechet-Golovko le 15 avril 2016

CREDIT « AFP PHOTO / HO / SANA

CREDIT « AFP PHOTO / HO / SANA

Le Président syrien, envers et malgré la communauté internationale, continue à défendre les intérêts de son pays. Ça marche et ça énerve. Non seulement, l’armée régulière syrienne est sur le point de reprendre Alep aux mains du groupe terroriste Al-Nusra, mais les élections législatives organisées hier ont provoqué l’engouement de la population et l’ire de la coalition américaine. Le mirage du «Gouvernement de transition», doux euphémisme pour une gouvernance étrangère, s’éloigne et le réarmement des terroristes modérés est à nouveau à l’ordre du jour occidental.

Dans l’ensemble, le processus de paix progresse plutôt bien en Syrie. Selon le dernier rapport du groupe de réconciliation, diffusé en français, sur le site du ministère de la Défense russe :

Accords préliminaires d’adhésion au cessez-le-feu ont été atteints avec représentants d’une cité dans la province de Homs.
Le nombre de villes où les accords de réconciliation ont été signés – 61. Un accord de réconciliation a été conclu avec un leader d’une formation armée qui est active dans la province d’Alep.
Le nombre des groupes armés qui ont adhéré au cessez-le-feu est 50. En général, le cessez-le-feu est observé dans la majorité des provinces de la Syrie.

L’aide humanitaire est largement distribuée. Rien que dans la région de Deir-ez-Zor, depuis janvier, l’aviation russe, avec l’aide de l’armée syrienne, a largué au bas mot 300 tonnes d’aide humanitaire. Dans la province Deraa, 600 familles ont pu recevoir de l’aide humanitaire.

Les villes libérées des terroristes se reconstruisent petit à petit.
Par exemple, communiqué du 12 avril :

Une réunion de travail a eu lieu dans le Centre russe pour la réconciliation avec les dirigeants de l’administration de la cité Al-Qaryatayn (province de Homs). On a discuté les problèmes concernant la restauration de l’infrastructure de la ville et l’aide humanitaire aux habitants qui retournent à leurs maisons.
La formation des convois humanitaires pour les habitants des deux cités dans la province de Homs est poursuivie.
Dans la ville Al-Qaryatayn libérée des terroristes, administration a restauré 800 mètres des lignes électriques au cours des dernières 24 heures. Les sapeurs ont nettoyé 2.4 hectares du territoire. Les habitants locaux ont commencé la reconstruction des maisons.

Pour autant, les combats continuent et les groupes terroristes font encore des victimes :

Les formations de Ahrar ash-Sham ont continué des bombardements des cités Sandran, Beït-Smaïra et Kermel par mortiers et LRM improvisés.

Les combattants de l’organisation terroriste de Jabhat al-Nusra continuent les bombardements des cités et des positions des troupes gouvernementales axés sur l’arrêt du cessez-le-feu dans les provinces d’Alep, Homs et Lattaquié.

Dans la province de Homs, les cités Ard-al-Jaburinne, Mzan et Skalbia ont été attaquées par mortiers et LRM improvisés. Sept civils ont été tués, 27 ont reçu des blessures de gravité différente.

Le contexte montre une évolution positive de la situation, allant dans le sens d’un retour de l’État. L’armée d’Assad, avec l’appui de la Russie lorsque c’est nécessaire, continue le combat contre les groupes terroristes, qui ne sont pas concernés par le cessez-le-feu. Rappelons que Alep est tenu par le groupe al-Nusra. Même s’il plaisait tant à l’ancien ministre des Affaires étrangères français, L. Fabius, il n’en est pas moins un groupe terroriste qui n’a rien de modéré.

Or, si Assad reprend la ville, il restera peu de chances pour les extrémistes de reprendre l’avantage, et le projet occidental dans la région risque d’être mis à mal. Pour éviter cette défaite qui se profile, les États-Unis ont livré aux groupes terroristes des systèmes anti-chars et anti-aériens. Mais ils ne sont pas les seuls à livrer des armes, notamment des bateaux chargés d’armements soviétiques ou issus de l’espace post-soviétique ont été identifiés. Les chargements venaient de Bulgarie, de Roumanie, de Jordanie…

L’on appréciera également l’appel des États-Unis à la Russie pour qu’elle fasse pression sur Assad afin qu’il cesse unilatéralement les combats à Alep. Alep qui est tenu, je le répète, par les terroristes de al-Nusra. Tout cela parce que l’armée peut également toucher d’autres combattants, qui ne sont pas d’al-Nusra. Et en effet, c’est possible, les combattants passant d’un groupe à l’autre, en fonction des salaires ou autres avantages promis. Ce qui montre bien, par ailleurs, le caractère totalement irréaliste de la distinction entre gentils terroristes et méchants terroristes.

L’autre élément qui déstabilise la coalition américano-centrée, est celle des élections législatives en Syrie. La presse française compare même Assad à un autiste, qui se moque de la réalité autour de lui. En effet, comment un chef d’État peut-il mettre l’intérêt national au-dessus de la volonté de la communauté internationale ? Enfin, d’une partie de celle-ci. C’est un crime de lèse-majesté. Il faut effectivement être au minimum autiste pour se comporter de la sorte…

Afin de maintenir une légitimité des institutions administratives syriennes, élément fondamental pour la stabilité étatique et donc pour la lutte contre le terrorisme qui a dévoré le pays, Assad a décidé de maintenir le calendrier électoral. Les Syriens se sont déplacés en masse pour voter, acte civique de résistance au terrorisme, cri pour une normalisation de leur vie. Malgré les menaces des terroristes, malgré le rejet de la communauté internationale, ils se sont déplacés pour leur pays.

Et par là même, ils ont repoussé la question de la mise en place d’un gouvernement de transition, question largement soutenue par les États-Unis et l’opposition syrienne mise en place par l’Arabie saoudite. Car un gouvernement temporaire permet de minimiser le poids d’Assad, sinon de l’écarter du pouvoir, et présente également l’intérêt d’une gouvernance assurée par la communauté internationale, dans ses intérêts propres. Avec tout le danger que cela présente pour le pays, comme l’expérience l’a déjà montré partout où elle a été mise en place.

Donc, forcément, face à cette défaite tant sur le plan politique que militaire de la coalition américaine, le fameux plan B ressurgit. La porte-parole américaine à l’ONU parle le l’échec du processus de paix en Syrie, le Wall Street Journal annonce la décision de réarmer l’opposition.

Et l’Allemagne suit. Et la France, et l’Angleterre. Personne ne veut de ces élections, trop nationales. Personne ne veut d’une paix qui sorte de la zone d’influence de cet Occident imbus de son propre vide. Et le véritable visage de nos valeurs contemporaines occidentales sort en plein jour : si ce n’est pas à nos conditions et dans notre intérêt, on préfère vous voir mourir.

Nous sommes très loin de l’humanisme qui caractérisait, il n’y a pas si longtemps, nos sociétés.

Karine Bechet-Golovko | 14 avril 2016

Lire la suite

Un oeil sur la planète Syrie le grand aveuglement France2 du 18 février 2016

11 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La Russie, #L'OTAN., #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Un oeil sur la planète Syrie le grand aveuglement France2 du 18 février 2016

Jean-Paul Pougala

Ajoutée le 21 févr. 2016

SYRIE, LE GRAND AVEUGLEMENT - FRANCE-2 JPP21/02/16

Ceci est la première vidéo faite par une chaine publique occidentale avec une certaine objectivité sur la Syrie. J'ai écrit depuis 2011 que ce soit sur la Syrie que sur la Libye que le trio Obama, Cameron et Sarkozy étaient à coté de la plaque. Hollande est venu démontrer un tel amateurisme en politique internationale que je me suis demandé pas 100 mais 1000 fois si la prétendue démocratie avancée ne faisait émerger que les plus médiocres.

Je tire un chapeau à Madame Soula pour son courage dans ce documentaire à dire exactement ce que je dis depuis 2011 sans peur des représailles de la part de ses supérieurs à France-Télévision, par exemple qu'on ne peut pas appeler "rebelles modérés" des gens armés. Cette vidéo dure 1 heure et 25 minutes. Prenez le temps de tout regarder.

La leçon pour les africains qui sont prêts à déstabiliser leurs pays depuis Paris, Londres ou Washington qu'aujourd'hui, vous risquez de n'avoir au final que vos yeux pour pleurer les cendres dans lesquelles vous aurez réduit votre pays. L'Ambassade de Syrie en France donnée par la France à une syrien qui vivait là depuis 1970 avec passeport français, doit nous réveiller sur nos faux débats sur la double nationalité. Je reste convaincu que si quelqu'un a étudié ou séjourné à l'étranger, il ne peut pas accéder aux hautes fonctions de l'Etat en Afrique.

Jean-Paul Pougala
Berlin, le 21 février 2016

Lire la suite

Que se passe-t-il réellement en Syrie ?

10 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La Turquie, #La Russie, #Daesch, #Terrorisme

Que se passe-t-il réellement en Syrie ?

L'Agence Info Libre a organisé, le mercredi 3 février dernier, sa première conférence dont l'intitulé est : Que se passe-t-il réellement en Syrie ?
Nous avons invité quatre conférenciers :

- Raphaël BERLAND, journaliste indépendant, co-fondateur du Cercle des Volontaires, auteur du documentaire "Deux heures pour mieux comprendre la Syrie".
- Bassam TAHHAN, géopoliticien et islamologue franco-syrien, intervenant régulier dans les médias.
- Pierre PICCININ Da Prata, enseignant belge, reporter, prisonnier de guerre et rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l’Orient, auteur du documentaire "Syrie, la bataille d’Alep" (2012) et du livre "Le pays du mal" (2014).
- Régis CHAMAGNE, stratège et ancien Colonel de l’armée de l’air, auteur du livre "L’art de la guerre aérienne" (2005).

L'organisation de cette conférence gratuite a été possible grâce aux soutiens de nos abonnés AIL que nous remercions ici.


AGENCE INFO LIBRE
73 Cours Albert Thomas
69003 LYON

Partie 1/4 : Raphael Berland

Que se passe-t-il réelement en Syrie ? Partie 2/4 : Bassam Tahhan

Partie 2/4 : Bassam Tahhan

Que se passe-t-il réellement en Syrie ? Partie 3/4 : Pierre Piccinin Da Prata

Que se passe-t-il en Syrie ? Partie 4/4 :

Régis Chamagne

Que se passe-t-il en Syrie ? Raphaël Berland, 1/4

https://www.youtube.com/watch?v=A5cACgekBT0&nohtml5=False

Que se passe-t-il en Syrie ? Bassam Tahhan, 2/4

https://www.youtube.com/watch?v=kk9XdiTvMio&nohtml5=False

Que se passe-t-il en Syrie ? Pierre Piccinin, 3/4

https://www.youtube.com/watch?v=2GFW0m4CpjM&nohtml5=False

Que se passe-t-il en Syrie ? Régis Chamagne, 4/4.

https://www.youtube.com/watch?v=Xz6kuthCgsQ&nohtml5=False

Lire la suite

Syrie – Les « rebelles » rompent le cessez-le-feu et l’armée prépare une nouvelle campagne

7 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #Europe supranationale, #La guerre, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie

Syrie – Les « rebelles » rompent le cessez-le-feu et l’armée prépare une nouvelle campagne

Par Moon of Alabama le 05 avril 2016

Syrie – Les « rebelles » rompent le cessez-le-feu et l’armée prépare une nouvelle campagne

Le cessez-le feu en Syrie a tenu cinq semaines, mais il arrive maintenant à son terme. Pendant le cessez-le-feu, la Russie a réduit ses forces en Syrie et l’Armée arabe syrienne a fait des progrès significatifs contre l’État islamique. Mais l’opposition et leurs commanditaires ont utilisé abusivement le cessez-le-feu pour se réarmer. Ils ont préparé et exécuté de nouvelles attaques contre le gouvernement et les civils syriens.

Les sponsors de l’opposition, la Turquie, l’Arabie saoudite et les États-Unis ont livré de nouvelles armes et des munitions à l’opposition « modérée ». On sait qu’au moins la moitié de l’approvisionnement que les « modérés » reçoivent, finit inévitablement dans les mains d’al-Qaïda en Syrie. Les sponsors ont aussi brisé un tabou de longue date en introduisant des missiles anti-aériens Crédit: sur le champ de bataille. Plusieurs combattants de la brigade Al Hamza, soutenue par les États-Unis et la Turquie, ont posté des photos de leurs nouveaux jouets. Les États-Unis affirment que ces combattants sont censés ne se battre que contre l’Etat islamique. Mais l’État islamique n’a pas d’avions et ces armes sont clairement destinées à être utilisées contre le gouvernement syrien et ses partisans.

Aujourd’hui [5 avril, ndlr] Ahrar al-Sham, un groupe salafiste proche d’Al-Qaïda, a abattu un Su-22 d’attaque au sol syrien avec un MANPAD, près de la ville de Tal Eis, au sud de la ville d’Alep. Le pilote, le lieutenant-colonel Musad Zayed Hirani, a été fait prisonnier par al-Qaïda en Syrie (Jabhat al Nusra). Cet incident montre que les MANPADS prolifèrent sur le champ de bataille comme ailleurs, et pourraient bientôt être utilisés contre des avions civils au Moyen-Orient et dans le monde.

Vidéo

Le cessez-le feu en Syrie a tenu cinq semaines, mais il arrive maintenant à son terme. Pendant le cessez-le-feu, la Russie a réduit ses forces en Syrie et l’Armée arabe syrienne a fait des progrès significatifs contre l’État islamique. Mais l’opposition et leurs commanditaires ont utilisé abusivement le cessez-le-feu pour se réarmer. Ils ont préparé et exécuté de nouvelles attaques contre le gouvernement et les civils syriens.

Les sponsors de l’opposition, la Turquie, l’Arabie saoudite et les États-Unis ont livré de nouvelles armes et des munitions à l’opposition « modérée ». On sait qu’au moins la moitié de l’approvisionnement que les « modérés » reçoivent, finit inévitablement dans les mains d’al-Qaïda en Syrie. Les sponsors ont aussi brisé un tabou de longue date en introduisant des missiles anti-aériens Crédit: sur le champ de bataille. Plusieurs combattants de la brigade Al Hamza, soutenue par les États-Unis et la Turquie, ont posté des photos de leurs nouveaux jouets. Les États-Unis affirment que ces combattants sont censés ne se battre que contre l’Etat islamique. Mais l’État islamique n’a pas d’avions et ces armes sont clairement destinées à être utilisées contre le gouvernement syrien et ses partisans.

Aujourd’hui [5 avril, ndlr] Ahrar al-Sham, un groupe salafiste proche d’Al-Qaïda, a abattu un Su-22 d’attaque au sol syrien avec un MANPAD, près de la ville de Tal Eis, au sud de la ville d’Alep. Le pilote, le lieutenant-colonel Musad Zayed Hirani, a été fait prisonnier par al-Qaïda en Syrie (Jabhat al Nusra). Cet incident montre que les MANPADS prolifèrent sur le champ de bataille comme ailleurs, et pourraient bientôt être utilisés contre des avions civils au Moyen-Orient et dans le monde.

Vidéo

Les rebelles « modérés » d’aujourd’hui ont aussi lancé des attaques d’artillerie improvisées contre le quartier Sheikh Maqsoud, à dominante kurde, dans la partie de la ville d’Alep tenue par le gouvernement. Au moins 17 civils ont été tués et plus de 50 ont été blessés.

L’opposition « modérée » en Syrie qui reçoit le soutien officiel des Etats-Unis ne veut pas prendre ses distances vis à vis à al-Qaïda:

« Nous ne sommes absolument pas d’accord avec Jabhat Al-Nusra. Nous ne voulons pas de l’idéologie de Jabhat Al Nusra s en Syrie, ni maintenant, ni à l’avenir. Mais nous avons besoin de combattants qui se battent avec nous contre le régime », a déclaré Zakaria Malahefji, un officier politique de Fastaqim Kama Umrit, une coalition de groupes rebelles de la ville d’Alep.

« Les membres de Jabhat Al Nusra sont nos frères », a déclaré Hajj Bakri, un chef rebelle de Hama. « On n’a pas de problème avec eux. »

«Notre relation avec Jabhat Al-Nusra est bonne et nous collaborons avec Jabhat Al-Nusra dans les opérations militaires et pour assurer la sécurité », a déclaré Abou Zeid, un commandant d’Ahrar Al Sham, une milice salafiste pure et dure d’Akrad, dans les montagnes du nord-ouest de la Syrie. Ahrar Al Sham, qui est une des plus puissantes factions rebelles de la guerre, est l’allié individuel le plus important d’Al Nusra.

Tout comme l’État islamique, Al-Qaïda en Syrie ne faisait pas partie de l’accord de cessez-le feu. Les Etats-Unis considèrent officiellement al-Qaïda en Syrie comme une entité terroriste et ennemie. Al-Qaïda n’a aucun intérêt à voir la paix s’installer et le groupe fait donc de son mieux pour la saboter. Au cours des dernières semaines, il a réussi à convaincre les « modérés » de se joindre à lui pour reprendre les combats:

Confronté à une cessation des hostilités sous médiation internationale qui menace d’éroder de façon irréversible son influence, dès la mi-mars, Al-Nusra a entamé une série de pourparlers à l’intérieur de la Syrie pour convaincre les groupes d’opposition de reprendre leur lutte contre le régime. Les dernières 48 heures de progrès de l’opposition au sud d’Alep sont le signe qu’Al-Qaïda a réussi à saper le processus politique et à revenir à une situation qui se prête mieux à sa stratégie de long terme en Syrie.

Samedi, plusieurs groupes rebelles « modérés » soutenus par les États-Unis se sont joints à al-Qaïda dans une attaque contre la ville de Tal Eis, dans la campagne au sud d’Alep, qui est tenue le gouvernement :

Le cessez-le-feu partiel en Syrie semblait se déliter samedi avec de violents combats entre les forces gouvernementales et les combattants de l’opposition, y compris les membres du Front Al-Nusra affilié à Al-Qaïda, aux abords d’Alep, la deuxième plus grande ville du pays, et d’autres endroits du nord du pays.

Au moins 25 combattants pro-gouvernement et 16 de l’opposition sont morts dans des affrontements au sud d’Alep, où le Front Nusra et les milices rebelles ont capturé un village surplombant une route importante, a déclaré à Associated Press un groupe de suivi basé en Grande-Bretagne.

Un certain nombre de groupes – dont certains font officiellement partie de l’accord de cessez-le-feu – ont reconnu, sur les médias sociaux, qu’ils étaient en train de se battre contre les forces gouvernementales.

L’Armée de l’Islam, dont le coordinateur politique dirige la délégation de l’opposition pendant l’interruption des pourparlers de paix à Genève, a annoncé qu’elle avait tué 20 soldats du gouvernement dans des combats à l’extérieur de Damas, vendredi. Elle a annoncé samedi, qu’elle se battait aussi dans la campagne au sud d’Alep, bien qu’on ne pense que le groupe y ait un contingent important.

Il est donc clair que les rebelles « modérés » ont rompu le cessez-le feu et coopèrent pleinement et ouvertement avec al-Qaïda.

À moins que les sponsors de l’opposition ne parviennent à enrêner immédiatement leurs troupes par procuration, il y aura bientôt à nouveau une guerre générale en Syrie. Le gouvernement syrien et ses alliés sont en train de mobiliser plus de forces pour reprendre les zones perdues au sud d’Alep. Pour la première fois, des « conseillers » de l’armée iranienne régulière (pas la Garde révolutionnaire) prendront part aux combats. La force aérienne russe est susceptible de réintroduire en Syrie une partie du contingent qu’elle avait retiré.

Le camp russe avait convenu avec les Etats-Unis d’arrêter les combats et de suivre la voie politique par le biais des négociations à Genève. Cette décision a été prise contre la volonté du gouvernement syrien et de ses alliés iraniens. Ils auraient préféré libérer au moins la ville d’Alep de toutes les forces de l’opposition avant toute négociation.

Mais même si le cessez-le-feu se rompt maintenant, ce que les Russes ont fait aura été très utile. Cela a montré que les Russes étaient capables de faire respecter un cessez-le-feu par leurs alliés quand ils s’engagent à le faire. Cela a également montré que le camp américain, soit n’est pas capable, soit n’a pas envie de faire respecter un cessez-le-feu auquel il s‘est engagé, et, qu’au contraire, il le viole en réarmant ses mandataires pour de nouveaux combats.

La future campagne du gouvernement syrien, sera probablement, avec le plein appui de ses alliés, plus intensive que sa dernière offensive. Cette attaque avait provoqué la dispersion des rebelles, ils étaient vaincus et faisaient retraite dans plusieurs endroits quand leur fuite a été stoppée par l’accord de cessez-le-feu. La prochaine attaque sera plus intense et ne s’arrêtera pas avant que l’opposition ne soit hors de combat.

Aujourd’hui, l’armée syrienne a publié une déclaration demandant à tous les civils de quitter les zones tenues par l’opposition dans les 48 heures. La nouvelle campagne « donnera une bonne leçon » à Al-Qaïda et ses partisans, assure-t-elle.

Moon of Alabama | 4 avril 2015

Article original:http://www.moonofalabama.org/2016/04/syria-as-rebels-break-ceasefire-army-gathers-for-new-campaign.html

Traduction : Dominique Muselet

Lire la suite

"La future Constitution est affaire du peuple syrien", par le Président Bachar al-Assad

6 Avril 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #La finance dérégulée, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Daesch, #La Turquie, #Terrorisme

Publié par Jean Lévy

 

 "La future Constitution  est affaire du peuple syrien",  par le Président Bachar al-Assad

COMITE VALMY

1ère partie de l’entrevue accordée par le Président syrien au Directeur général de l’agence russe Sputnik [Texte intégral]


Question 1 : On parle beaucoup des réfugiés syriens, la majorité des migrants en Europe se présentant comme des Syriens, même les Pakistanais. Selon les évaluations allemandes, 77% sont sans papiers d’identité. Nous aimerions comprendre comment vous évaluez le nombre de déplacés à l’intérieur de la Syrie, ainsi que le nombre de ceux qui ont été forcés à quitter le pays et les raisons de leur fuite. Nous aimerions mettre les points sur les « i » en ce qui concerne ce sujet.

 

Le Président Al-Assad : Il n’y a évidemment pas de chiffres précis. Les chiffres sont approximatifs. Ainsi, ceux qui se déplacent à l’intérieur du pays pour se rendre chez des proches, dans d’autres villages, ne se déclarent pas en tant que réfugiés. La plupart, en quête de sécurité, quittent des zones infiltrées par des terroristes pour aller dans les zones contrôlées par l’État.

 

Ceci dit, je ne crois pas que le problème réside dans les chiffres. Le problème est que, jusqu’à présent, il n’y a eu aucun travail sérieux de la part de nombreux États. Ils traitent la question des réfugiés comme si elle ne concernait que l’étranger.

 

Certains pays européens veulent bien les accueillir pour leur assurer le gîte et des aides. Il arrive même qu’ils envoient des aides aux personnes déplacées à l’intérieur du pays. Mais cela ne résout pas le problème. Le problème fondamental est le terrorisme. Nous devons le combattre au niveau international car il n’est pas uniquement lié à la Syrie. Il sévit aussi en Irak. Il est directement soutenu par la Turquie, la famille des Al-Saoud et une partie des pays occidentaux, notamment la France et la Grande-Bretagne, tandis que d’autres se contentent de regarder sans agir sérieusement. Je pense que plus qu’une question de chiffres c’est là que réside le problème.

 

Question 2 : Je suis persuadé que vous attendez le retour des Syriens dans leur pays, ce qui pourra se faire à partir du moment où vous aurez démarré la reconstruction. Avez-vous déjà estimé l’étendue des destructions et des dommages subis par la Syrie ces dernières années ?

 

Le Président Al-Assad : Les dommages portant sur l’économie et les infrastructures dépassent deux cents milliards de dollars. Le secteur économique pourra être relevé dès que la Syrie retrouvera sa stabilité, mais la reconstruction des infrastructures exigera plus de temps.

 

Nous avons initié le processus de la reconstruction avant que la crise ne soit résolue afin de soulager, autant que possible, le citoyen syrien des dommages subis par l’économie et les infrastructures et, en même temps, diminuer l’émigration vers l’étranger, car il se peut que ceux qui souhaitent revenir soient encouragés au retour par l’espoir d’une amélioration de la situation.

 

L’émigration n’est pas uniquement due au terrorisme et à l’insécurité, mais aussi au blocus et aux sanctions occidentales imposées à la Syrie. Beaucoup de gens résidant en zones sécurisées, indemnes de terrorisme, ont émigré parce que le citoyen ne peut plus assurer les nécessités de sa vie quotidienne.

 

Par conséquent, en tant qu’État, il est impératif que nous agissions pour offrir les moyens, mêmes élémentaires, pouvant améliorer la situation économique et les services à la population. C’est ce que nous faisons en travaillant dès maintenant à la reconstruction.

 

Question 3 : La Syrie devra évidemment compter sur l’aide de la communauté internationale. Sur l’aide de qui compterez-vous pour la reconstruction du pays et comment envisagez-vous le rôle des sociétés et entreprises russes ?

 

Le Président Al-Assad : Dans tous les cas, le processus de reconstruction est un processus gagnant pour les entreprises qui y contribueront, surtout si leurs États les soutiennent en leur accordant les crédits nécessaires. Bien sûr, il est à prévoir que ce processus repose sur les trois États qui se sont tenus à nos côtés tout au long de cette crise : la Russie, la Chine et l’Iran.

 

Mais je pense que nombre d’États qui se sont positionnés contre la Syrie, et en premier lieu les États occidentaux, tenteront d’envoyer leurs propres entreprises pour participer à ce processus. Cela dit, il ne fait aucun doute qu’en ce qui nous concerne, nous nous adresserons principalement aux pays amis. D’ailleurs, ce serait assurément la réponse, politique et affective, de n’importe quel citoyen syrien que vous questionneriez à ce sujet. Il vous dira que nous réserverons le meilleur accueil aux entreprises de ces trois pays, à commencer par la Russie.

 

Quant aux infrastructures en question, elles nécessitent la collaboration de centaines de spécialités et de compétences. C’est pourquoi je crois que le champ d’action sera très large pour toutes les entreprises russes qui participeront à la reconstruction.

 

Question 4 : Monsieur le Président, nous passons aux questions politiques. Comment évaluez-vous les résultats des « négociations » à Genève sur la Syrie, lesquelles ont eu lieu la semaine dernière ?

 

Le Président Al-Assad : Jusqu’ici, nous ne pouvons certainement pas dire que quelque chose ait abouti suite à ces derniers « pourparlers » de Genève, si ce n’est que nous avons abordé des sujets fondamentaux en posant les principes de base des futures négociations, car des négociations sans principes sous-jacents se transforment en palabres chaotiques improductives, autorisant chaque partie à camper sur ses positions et d’autres États à s’ingérer indûment.

 

Nous avons donc commencé par présenter un « document de principes », mais nous n’avons encore travaillé qu’avec M. De Mistura sans entrer en contact avec la partie censée négocier avec nous. Nous devrions poursuivre les discussions et le dialogue autour de ce document lors de la prochaine session. Par conséquent, je peux dire à propos de la dernière session que nous avons initié une méthodologie susceptible d’aboutir au succès des futures négociations et que si nous la respectons, les prochaines sessions seront bénéfiques.

 

Question 5 : Je voulais justement aborder le positionnement de la Syrie lors des prochaines sessions. Quand est-ce qu’elle discutera de ladite « transition politique », laquelle amènera le sujet d’un « organe de transition » qui gouvernerait le pays ? Quel est votre point de vue sur le mécanisme adopté à cet égard ?

 

Le Président Al-Assad : Premièrement, il n’existe pas de définition d’une « période transitoire ». Ensuite, en Syrie, nous pensons que ce concept implique une transition d’une Constitution à une autre, car c’est la Constitution qui définit le système politique souhaité.

 

Par conséquent, la période transitoire doit nécessairement courir sous la Constitution actuelle. Nous ne passerons à une nouvelle Constitution qu’une fois que le peuple syrien l’aura approuvée par son vote.

 

D’ici là et selon notre perception en tant que Syriens, ce que nous pouvons faire est de veiller à la formation d’un gouvernement regroupant les diverses forces politiques syriennes, y compris celles de l’opposition et des indépendants. Une structure transitoire ou un gouvernement momentané, dont le but principal sera de travailler à la nouvelle Constitution avant de la soumettre au suffrage des Syriens et qui ne sera applicable qu’après leur approbation.

 

Rien dans la Constitution syrienne, ni dans aucune autre, ne correspond à un « organe de transition ». C’est un discours illogique et inconstitutionnel. Quels seront les pouvoirs d’un tel organe ? Comment pourrait-il gérer le quotidien des citoyens ? Qui évaluera leurs besoins ? Aujourd’hui, nous disposons d’une Assemblée du peuple [le Parlement syrien] et d’une Constitution qui dirigent le gouvernement et l’État. C’est pourquoi la solution est celle d’un « gouvernement d’union nationale » qui préparera la nouvelle constitution.

 

Question 6 : À ce stade et concernant ce gouvernement, je souhaitais vous interroger sur les modalités de sa formation. Qui le composera ? Serait-ce le Parlement élu le 13 avril prochain ou bien vous-même ? Accepteriez-vous une participation internationale à sa formation ?

 

Le Président Al-Assad : Tel est l’objectif des pourparlers de Genève, un dialogue entre Syriens pour que nous nous mettions d’accord sur la composition de ce gouvernement. Nous n’avons pas encore d’idée définitive étant donné que, mis à part certaines personnes, les autres parties n’ont toujours pas accepté ce principe.

 

Une fois que nous nous serons tous entendus sur ce principe, nous dirons comment il nous faudra l’exécuter. La logique voudrait que soient représentées les forces indépendantes, les forces de l’opposition et les forces en accord avec l’État actuel. Théoriquement, cela pourrait se faire rapidement.

 

Quant aux modalités techniques devant aboutir à la formation de ce gouvernement, comme vous le savez, existent des ministères avec ou sans portefeuille et certains y entreront sans avoir l’expérience du travail gouvernemental. Dès lors, nombre de questions devront être discutées et détaillées à Genève. Je ne pense pas qu’elles seront sources de complications insolubles, car elles sont toutes susceptibles de trouver un règlement.

 

Concernant le Parlement, il n’a aucun rôle à jouer dans ce processus qui doit être réglé entre nous et l’ « opposition à l’étranger ». Il supervise le gouvernement syrien mais ne le nomme pas.

 

Question 7 : Pensez-vous que le prochain Parlement sera de toutes les couleurs ?

Le Président Al-Assad : Cela dépend des électeurs syriens. Y’aura-t-il de nouvelles couleurs dans la société syrienne ? Il ne suffit pas qu’il y’ait de nouveaux partis, comme cela fut le cas lors des élections législatives en 2000, car il est possible qu’existent une centaine de partis sans qu’ils aient tous leurs représentants aux élections. Que souhaitera le citoyen syrien pour aller voter ? Comme vous le savez, ce sont des questions qui demandent du temps. N’importe quel nouveau parti en a besoin pour prouver le bien-fondé de son programme politique aux citoyens. Actuellement, étant donné les circonstances difficiles, il est possible qu’ils ne souhaitent pas tenter trop de nouveautés, comme il est probable que ce soit le cas quand la situation sécuritaire ira vers le mieux et que les préoccupations politiques du citoyen prendront le pas sur ses préoccupations vitales. Aujourd’hui, le citoyen syrien pense d’abord à sa vie, à sa sécurité, ensuite aux nécessités de son quotidien, aux études de ses enfants et à sa santé ; le reste est du domaine du secondaire. C’est pourquoi je ne m’attends pas à un changement radical dans l’immédiat.

 

Question 8 : Vu la situation dans sa globalité, comment croyez-vous que vos succès sur le terrain et les victoires des forces gouvernementales pourront aider la transition politique, certains étant convaincus que ces victoires consolideront vos positions lors des pourparlers de Genève, d’autres déclarant qu’elles menacent le processus politique ?

 

Le Président Al-Assad : C’est une question très importante. Il y a, en effet, ceux qui présentent le positionnement de la Russie contre le terrorisme comme un simple soutien au Président, ou au gouvernement, et donc comme un obstacle au processus politique. Ce serait vrai si nous n’avions pas été souples dès le départ et si nous nous étions vraiment butés.

 

Or, si vous reveniez sur la politique suivie par l’État syrien depuis cinq ans, vous constateriez que nous avons tenu compte de toutes les initiatives avancées par toutes les parties, sans exception, même lorsqu’elles n’étaient pas sincères ; notre but étant de ne rater aucune occasion susceptible de résoudre la crise.

 

C’est pourquoi, ma réponse à ce sujet se résumera à dire que le soutien militaire russe et le soutien des amis de la Syrie, ainsi que les victoires militaires syriennes, mèneront à l’accélération de la solution politique, non l’inverse. Nous n’avons pas modifié nos positions, ni avant, ni après le soutien russe. Nous nous sommes rendus à Genève avec toujours autant de souplesse.

 

En même temps, je dirai que ces victoires auront leur influence sur les forces et les États qui empêchent la solution, à commencer par l’Arabie Saoudite, la Turquie, la France et la Grande-Bretagne qui parient sur notre échec sur le terrain, afin d’imposer leurs conditions lors des négociations politiques. Raisons pour lesquelles, je pense que ces avancées militaires aboutiront à accélérer la solution politique et non à la menacer.

 

Question 9 : S’agissant de l’avenir, comment envisagez-vous la présence de bases militaires étrangères sur le territoire syrien ? À quelles conditions elles y resteront et est-ce que la Syrie en a besoin ?

 

Le Président Al-Assad : Si nous parlons de la période actuelle, oui, nous en avons certainement besoin, parce qu’elles sont efficaces dans la guerre contre le terrorisme. Et même si la situation sécuritaire se normalisait, la lutte contre le terrorisme ne sera ni rapide, ni éphémère. Le terrorisme s’est répandu dans cette région sur des décennies et il faudra le combattre sur une longue période. D’un autre côté, ces bases ne sont pas uniquement liées à la lutte contre le terrorisme, mais sont aussi liées à la situation internationale générale.

 

À notre grand regret, l’Occident, tout au long de la guerre froide, au-delà et jusqu’aujourd’hui, n’a pas changé sa politique. Il veut étendre son hégémonie et décider pour les autres nations. Malheureusement, les Nations Unies n’ont pas été en mesure de jouer leur rôle dans le maintien de la paix internationale. Par conséquent, tant qu’elles ne retrouveront pas leur véritable rôle, ces bases militaires seront nécessaires, pour nous, pour vous et pour l’équilibre du monde. C’est un fait. Que nous soyons d’accord ou pas, c’est actuellement une nécessité.

 

Question 10 : Des bases militaires de quels États parlez-vous exactement ?

Le Président Al-Assad : Je parle uniquement des bases russes. Nous n’avons pas de bases d’un autre État. D’une part, parce que nos relations avec la Russie datent d’une soixantaine d’années et sont fondées sur la confiance et la transparence. D’autre part, parce qu’en matière de politique la Russie s’appuie sur des principes et que nous respectons ces mêmes principes. C’est pourquoi, la présence de bases militaires russes en territoire syrien n’est pas une occupation. Bien au contraire, elle renforce nos relations, notre amitié, la stabilité et la sécurité. Et c’est ce que nous voulons.

 

Question 11 : Pouvez-vous imaginer ou accepter l’idée que le système de gouvernance de l’État syrien se transforme en un système fédéral ? Si oui, quelle forme prendrait l’autonomie kurde et quelle en serait l’étendue ?

 

Le Président Al-Assad : Du point de vue géographique, la Syrie est trop petite pour se transformer en État fédéral, elle est probablement moins étendue que la plupart des Républiques de Russie. En principe, la Syrie ne me paraît pas destinée au fédéralisme, faute de facteurs naturels pouvant justifier un tel système. Mais naturellement, en tant qu’État, nous approuvons ce que le peuple approuve, et le fédéralisme dépend de la Constitution, laquelle est soumise à l’approbation de ce même peuple.

 

Ceci étant dit, le concept de fédération kurde aurait besoin d’être corrigé. La majorité des Kurdes de Syrie veulent vivre au sein d’un État unitaire dirigée par un gouvernement central non fédéral. Il ne faut donc pas confondre certains Kurdes qui réclament un système fédéral et tous les autres Kurdes. D’ailleurs, d’autres composantes non-kurdes, aussi peu représentatives quantitativement, cherchent la même chose. Ce n’est pas pour autant que l’idée du fédéralisme soit acceptée par la majorité du peuple syrien. C’est pourquoi, je ne pense pas qu’au cas où cette idée serait soumise à son suffrage direct, elle aurait son approbation.

 

Question 12 : Mais maintenant, on parle d’une nouvelle Constitution. Êtes-vous d’accord sur le fait que la nouvelle Constitution devrait être prête en août, une date fixée par John Kerry après ses entretiens au Kremlin, alors que la position de la Russie n’a pas encore été annoncée ?

 

Le Président Al-Assad : La rédaction de la constitution pourrait être prête en quelques semaines, les experts en la matière et les propositions ne manquent pas. Ce qui prend du temps ce sont les discussions. La question devient donc : quel est le processus politique qui devrait nous mener à débattre de la Constitution ?

 

En tant qu’État, nous pouvons aujourd’hui rédiger une Constitution et la soumettre aux citoyens, mais lorsque nous parlons de « forces politiques », quelles sont-elles ? Nous ne le savons toujours pas. Nous posons la question à M. De Mistura, il ne le sait pas ! Même les Américains ne savent pas, tandis que l’Occident, par moments, ainsi que certains autres États, notamment l’Arabie saoudite, veulent restreindre toutes les autres parties au seul « groupe d’opposants de Riyad », lequel comprend des membres terroristes, dans le but de donner une image unique de l’opposition avec laquelle nous serions censés négocier une Constitution. C’est une opposition qui n’existe pas en Syrie. À part cela, le délai du mois d’août est correct et suffisant.

 

Docteur Bachar al-Assad
Président de la République arabe syrienne
30/03/2016

Source : SANA [Syrian Arab News Agency], 1ère partie.
http://sana.sy/ ?p=361365

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>