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Le blog de Lucien PONS

la yougoslavie

Le plus gros bobard de la fin du XXe siècle par Serge Halimi & Pierre Rimbert 

6 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La Yougoslavie

Le plus gros bobard de la fin du XXe siècle
 

Il y a vingt ans, le 24 mars 1999, treize États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), dont les États-Unis, la France et l’Allemagne, bombardaient la République fédérale de Yougoslavie. Cette guerre dura soixante-dix-huit jours et se nourrit de bobards médiatiques destinés à aligner l’opinion des populations occidentales sur celle des états-majors. Les Serbes commettent un « génocide », « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller », prétendit le ministre de la défense allemand, le social-démocrate Rudolf Scharping, dont les propos furent repris par les médias ; ils ont tué « de 100 000 à 500 000 personnes » (TF1, 20 avril 1999), incinéré leurs victimes dans des « fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz » (The Daily Mirror, 7 juillet). Une à une, ces fausses informations seront taillées en pièces — mais après la fin du conflit —, notamment par l’enquête du journaliste américain Daniel Pearl (The Wall Street Journal, 31 décembre 1999). Tout comme se dégonflera l’une des plus retentissantes manipulations de la fin du XXe siècle : le plan Potkova (« fer à cheval »), un document censé prouver que les Serbes avaient programmé l’« épuration ethnique » du Kosovo. Sa diffusion par l’Allemagne, en avril 1999, servit de prétexte à l’intensification des bombardements. Loin d’être des internautes paranoïaques, les principaux désinformateurs furent les gouvernements occidentaux, l’OTAN ainsi que les organes de presse les plus respectés (1).

Parmi eux, Le Monde, un quotidien dont les prises de position éditoriales servent alors de référence au reste de la galaxie médiatique française. Sa rédaction, dirigée par Edwy Plenel, admet avoir « fait le choix de l’intervention (2)  ». En première page de l’édition du 8 avril 1999, un article de Daniel Vernet annonce : « Ce plan “Fer à cheval” qui programmait la déportation des Kosovars ». Le journaliste reprend les informations dévoilées la veille par le ministre des affaires étrangères allemand, l’écologiste Joschka Fischer. Ce « plan du gouvernement de Belgrade détaillant la politique de nettoyage ethnique appliquée au Kosovo (…) porte le nom de code de plan “Fer à cheval”, sans doute pour symboliser la prise en tenaille des populations albanaises », écrit Vernet, pour qui la chose « paraît faire peu de doutes ».

Deux jours plus tard, le quotidien récidive sur toute la largeur de sa « une » : « Comment [Slobodan] Milošević a préparé l’épuration ethnique ». « Le plan serbe “Potkova” programmait l’exode forcé des Kosovars dès octobre 1998. Il a continué d’être appliqué pendant les négociations de Rambouillet. » Le Monde évoque un « document d’origine militaire serbe » et reprend à nouveau les allégations des officiels allemands, au point de reproduire l’intégralité d’une note de synthèse — ce qu’on appellerait aujourd’hui les « éléments de langage » — distribuée aux journalistes par l’inspecteur général de l’armée allemande. Berlin entend alors justifier auprès d’une opinion plutôt pacifiste la première guerre menée par la Bundeswehr depuis 1945, de surcroît contre un pays occupé cinquante ans plus tôt par la Wehrmacht.

Or ce plan est un faux : il n’émane pas des autorités serbes, mais a été fabriqué à partir d’éléments compilés par les services secrets bulgares, puis transmis aux Allemands par ce pays, qui fait alors du zèle pour rentrer dans l’OTAN. Le pot aux roses sera révélé le 10 janvier 2000 par l’hebdomadaire Der Spiegel et confirmé douze ans plus tard par l’ancienne ministre des affaires étrangères bulgare. A posteriori, le document aurait dû inspirer d’autant plus de méfiance que « fer à cheval » se dit potkovica en serbe, et non potkova, ainsi que le remarqua dès le 15 avril 1999 le député allemand Gregor Gysi devant le Bundestag. En mars 2000, le général de brigade allemand Heinz Loquai exprime dans un livre ses « doutes sur l’existence d’un tel document » ; son enquête oblige M. Scharping à admettre qu’il ne dispose pas d’une copie du « plan » original. Au même moment, le porte-parole du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qualifie les éléments du prétendu plan de « matériel peu probant » (Hamburger Abendblatt, 24 mars 2000) ; et la procureure Carla Del Ponte n’y fera même pas référence dans l’acte d’accusation de Milošević en 1999 puis en 2001.

« La guerre, avait expliqué Plenel peu après le début des bombardements, c’est le défi le plus fou pour le journalisme. C’est là qu’il prouve ou non sa crédibilité, sa fiabilité (3).  » L’investigateur n’est jamais revenu sur ce grand écart avec « l’amour des petits faits vrais » qu’il proclame dans son livre pamphlet en faveur de l’intervention de l’OTAN (4). Le Monde évoquera à nouveau le faux, mais comme s’il l’avait toujours considéré avec prudence : « “Fer à cheval” reste un document fort controversé, dont la validité n’a jamais été prouvée » (16 février 2002). Spécialistes des Balkans, les journalistes Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin qualifient pour leur part le plan Potkova d’« archétype des fake news diffusées par les armées occidentales, repris par tous les grands journaux européens (5)  ».

La célébration d’un anniversaire n’aurait pas justifié à elle seule qu’on revienne sur cette affaire. Mais certaines de ses conséquences pèsent encore sur la vie internationale. Pour ce qui fut sa première guerre depuis sa naissance en 1949, l’OTAN choisit d’attaquer un État qui n’avait menacé aucun de ses membres. Elle prétexta un motif humanitaire et agit sans mandat des Nations unies. Un tel précédent servit les États-Unis en 2003 au moment de leur invasion de l’Irak, là encore aidée par une campagne de désinformation massive. Quelques années plus tard, la proclamation par le Kosovo de son indépendance, en février 2008, mettrait à mal le principe de l’intangibilité des frontières. Et la Russie se fonderait sur cette indépendance lorsque, en août 2008, elle reconnaîtrait celles de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, deux territoires qui s’étaient détachés de la Géorgie. Puis en mars 2014 quand elle annexerait la Crimée.

La guerre du Kosovo ayant été conduite par une majorité de gouvernements « de gauche », et appuyée par la plupart des partis conservateurs, nul n’avait intérêt à ce qu’on revienne sur les falsifications officielles. Et on comprend sans peine que les journalistes les plus obsédés par la question des fake news préfèrent eux aussi regarder ailleurs.

Serge Halimi & Pierre Rimbert

(1Cf. Serge Halimi, Henri Maler, Mathias Reymond et Dominique Vidal, L’opinion, ça se travaille… Les médias, les « guerres justes » et les « justes causes », Agone, Marseille, 2014.

(2Pierre Georges, directeur adjoint de la rédaction du Monde, entretien accordé à Marianne, Paris, 12 avril 1999.

(3Cité dans Daniel Junqua, La Lettre, n° 32, Paris, avril 1999, et reproduit sur Acrimed.org, novembre 2000.

(4Edwy Plenel, L’Épreuve, Stock, Paris, 1999.

(5La Revue du crieur, n° 12, Paris, février 2019.

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Comment l’Italie a conquis le statut de « grand pays ». Par Manlio Dinucci.

1 Avril 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La guerre, #La Yougoslavie, #L'Italie

Comment l’Italie a  conquis le statut de  « grand pays ». Par Manlio Dinucci.
Comment l’Italie a
conquis le statut de
« grand pays »

 

et

 

Colloque à Florence, le
7 avril

 

Manlio Dinucciil manifesto – 22.3.2019

Traduction : Marie-Ange Patrizio

 

 

Massimo D’Alema est entré dans l’histoire en faisant participer son pays, l’Italie, au crime de l’Otan contre l’ex-Yougoslavie. Le monde était devenu unipolaire et plus personne en Occident ne se souciait de violer le droit international et de mener une guerre contre l’avis du Conseil de sécurité. Le même D’Alema est aujourd’hui actif pour la création d’une Grande Albanie incluant l’actuel Kosovo.

Le 24 mars 1999, la séance du Sénat italien reprend à 20 h 35 avec une communication de l’honorable Sergio Mattarella, alors vice-président du gouvernement D’Alema (Ulivo, Pdci, Udeur) : « Honorables sénateurs, comme informé par les agences de presse, à 18 h 45 ont commencé les opérations de l’Otan ».

À ce moment-là, les bombes des F-16 du 31ème escadron US, qui avaient décollé d’Aviano (Frioul), ont déjà frappé Pristina et Belgrade. Et sont en train d’arriver de nouvelles vagues de chasseurs-bombardiers US et alliés, partis d’autres bases italiennes.

De cette façon, violant la Constitution (articles 11, 78 et 87), l’Italie est entraînée dans une guerre, dont le gouvernement informe le Parlement après les agences de presse, quand désormais elle a commencé.

Vingt jours avant l’attaque contre la Yougoslavie, Massimo d’Alema —comme il le racontera lui-même dans une interview à Il Reformista (24 mars 2009) – avait été convoqué à Washington où le président Clinton lui avait proposé : « L’Italie est tellement proche du scénario de guerre que nous ne vous demandons pas de participer aux opérations militaires, il suffit que vous mettiez à disposition vos bases ».

D’Alema lui avait orgueilleusement répondu : « Nous prendrons nos responsabilités à égalité avec les autres pays de l’Alliance », c’est-à-dire que l’Italie allait mettre à disposition non seulement ses bases, mais aussi ses chasseurs-bombardiers pour la guerre contre la Yougoslavie. 54 avions italiens participeront en effet aux bombardements, attaquant les objectifs indiqués par le commandement US.

« C’était moralement juste et c’était aussi la façon d’exercer pleinement notre rôle », explique D’Alema dans l’interview. « Pour le nombre d’avions nous n’avons été seconds que par rapport aux USA. L’Italie est un grand pays et on ne doit pas s’étonner de l’engagement montré dans cette guerre », avait-il déclaré en juin 1999 en habit de président du Conseil, soulignant que, pour les pilotes, cela avait été « une grande expérience humaine et professionnelle ».

L’Italie joue ainsi un rôle de première importance dans la guerre contre la Yougoslavie. Ce sont des bases italiennes que décolle la plus grande partie des 1.100 avions qui, en 78 jours, effectuent 38.000 sorties, larguant 23.000 bombes et missiles (beaucoup à l’uranium appauvri) sur la Serbie et l’actuel Kosovo.

Ainsi est activé et testé tout le système des bases des USA et de l’OTAN en Italie, préparant sa montée en puissance pour les guerres à venir. La suivante sera celle contre la Libye en 2011.

Alors que la guerre contre la Yougoslavie est encore en cours, le gouvernement D’Alema participe à Washington au sommet de l’OTAN des 23-25 avril 1999, qui rend opérationnel le Nouveau concept stratégique : l’OTAN est transformée en alliance qui engage les pays membres à « mener des opérations de riposte aux crises non prévues à l’article 5, en-dehors du territoire de l’Alliance ».

De là commence l’expansion de l’OTAN à l’Est. En vingt années, après avoir démoli la Fédération Yougoslave, l’OTAN s’étend de 16 à 29 États (30 si on englobe maintenant aussi la Macédoine), s’étendant de plus en plus au bord de la Russie.

Aujourd’hui, l’« aire atlantique-nord » s’étend jusqu’aux montagnes afghanes. Et les soldats italiens sont là-bas, confirmant ce que D’Alema définissait avec orgueil « le nouveau statut de grand pays », conquis par l’Italie il y a vingt ans en participant à la destruction d’un pays qui n’avait ni attaqué ni menacé l’Italie ou ses alliés.

 

 

 

 

La guerre contre la Yougoslavie sera un des thèmes du Colloque international sur les 70 ans de l’OTAN

Le thème « Yougoslavie : il y a 20 ans, la guerre fondatrice de la nouvelle OTAN » sera traité, y compris avec documentation vidéo, dans le Colloque international « Les 70 ans de l’Otan : quel bilan historique ? Sortir du système de guerre, maintenant », qui se déroule dimanche 7 avril à Florence (Cinema Teatro Odeon, Piazza Strozzi, 10 h 15-18 h). Parmi les autres thèmes « L’Europe en première ligne de la confrontation nucléaire ».

Intervenants : Michel Chossudovsky, directeur de Global Research (Canada) : V. Kozin, expert politico-militaire du Ministère des Affaires Étrangères (Russie) ; Ž. Jovanović, président du Forum de Belgrade (Serbie) ; Diana Johnstone, essayiste (USA) ; Paul Craig Roberts, éditorialiste (USA). Parmi les intervenants italiens : A. Zanotelli, G. Strada, F. Cardini, F. Mini, G. Chiesa, A. Negri, T. Di Francesco, M. Dinucci.

Organisateurs : Comitato No Guerra No Nato et Global Research, avec Pax Christi, Comboniani, Wilpf et autres associations. Pour participer au Colloque (entrée libre) communiquer nom et lieu de résidence à :

 

G. Padovano

Email giuseppepadovano.gp@gmail.com  /

Tél. portable. 393 998 3462

Source
il manifesto du 22 mars 2019

Via : https://www.voltairenet.org/article205760.html

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Justice des vainqueurs, retour sur Srebrenica

31 Mars 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La Yougoslavie

Justice des vainqueurs, retour sur Srebrenica

 

Général Dominique Delawarde  – Iveris.eu – Tribune libre 23.3.2019

Le 20 mars 2019, Radovan Karadzic, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Aucune vraie surprise à première vue. Toutefois, en y regardant de plus près, un témoignage capital de 2005, celui du général canadien Mac Kenzie, commandant la Force de l’ONU à l’époque des faits, met en évidence un « deux poids, deux mesures » du jugement, flagrant et choquant à la fois, et conteste, à juste titre, certains aspects de la « vérité médiatique » devenue « vérité historique »(1).

 

 

Radovan Karadzic, là où devraient être assis tous les « responsables » US en gros et en détail si le TPYI était un vrai tribunal international et non une officine de gangsters

 

 

Ayant servi à Sarajevo très peu de temps avant les faits (hiver 94-95), puis à nouveau quatre ans après (lors de l’enquête 1999-2000), je suis en mesure de confirmer certains aspects de ce témoignage.

 

Que dit le général Mac Kenzie ? Il donne trois éléments clefs :

 

1 – Avant le « massacre », Naser Orić, jeune chef bosniaque (musulman) de 25 ans prend, en 1992, le commandement du secteur de Srebrenica. De 1993 jusqu’à juillet 1995, il entreprend une série de raids et de massacres dans des dizaines de petits villages serbes autour de la ville pour étendre son territoire. Le montant total des pertes infligées aux Serbes est, selon Mac Kenzie, au moins égal à celui des pertes bosniaques imputables au massacre de Srebrenica et ce sont ces actions bosniaques répétées et meurtrières qui ont suscité la réaction militaire serbe sur Srebrenica en 1995, réaction qui a débouché sur un massacre « de revanche ».

Cette partie du témoignage de Mac Kenzie est confirmée par le général français Morillon lorsqu’il déclare : « Dans la nuit du Noël orthodoxe, nuit sacrée de janvier 1993, Naser Orić a mené des raids sur des villages serbes… Il y a eu des têtes coupées, des massacres abominables commis par les forces de Naser Orić dans tous les villages avoisinants ».

Elle est confirmée par le procureur du TPYI qui déclare de son côté : « Naser Orić est à ce moment-là, l’autorité régnante et le seigneur de guerre de Srebrenica »….  « Il devient ivre de pouvoir » et « ne s’embarrasse pas de faire respecter les lois et coutumes de la guerre. Ses hommes attaquent, pillent et brûlent une cinquantaine de villages et hameaux serbes des alentours. À Kravica et dans d’autres villages, Orić commande et prend part personnellement à ces attaques », selon son acte d’accusation.

2 – Ce massacre n’est pas un génocide. Le général Mac Kenzie dit que les femmes, les enfants et les vieillards ont été évacués de la ville de Srebrenica et transportés en zone bosniaque avant le présumé massacre. Ceci n’était évidemment pas la pratique de Naser Orić lors de ses attaques sur les villages serbes. Mais ce simple fait exclut, selon Mac Kenzie, l’utilisation du mot « génocide » par les forces serbes.

3 – Un  bilan du massacre très exagéré. Mac Kenzie dit enfin que l’expression de « jusqu’à 8.000 morts » utilisée par les médias pour quantifier l’ampleur du massacre est fortement exagérée car elle inclut 5.000 présumés disparus et que 2.000 corps seulement ont été retrouvés dont beaucoup étaient imputables aux nombreux combats ayant eu lieu avant le présumé « massacre ».

Je confirme personnellement cette version des faits qui accrédite une hypothèse beaucoup plus basse de l’ampleur du massacre pour une raison simple : j’ai suivi, sur le terrain et scrupuleusement, l’élection d’après-guerre (en 2000) pour la ville de Srebrenica, élection supervisée par l’OSCE. La circonscription de Srebrenica a été gagnée, à une assez forte majorité, par les bosniaques musulmans. L’ampleur de cette victoire n’aurait pas été possible si 8.000 électeurs musulmans de la ville avaient été vraiment massacrés en juillet 1995.

Comme l’a dit le général Mac Kenzie, la mathématique élémentaire ne colle pas avec l’expression médiatique « jusqu’à 8.000 ». De nombreux « présumés disparus » dans le massacre de Srebrenica sont donc « réapparus » pour voter en l’an 2000. Ils s’étaient simplement réfugiés ailleurs le temps du conflit. Les médias occidentaux ont préféré ignorer cette petite information pourtant révélatrice.

Mac Kenzie a la caractéristique de n’être ni serbe, ni bosniaque. C’est un général canadien. On ne peut le soupçonner de partialité. Ses propos sur le massacre des villages serbes avant Srebrenica ont d’ailleurs été confirmés par le général Morillon, général Français, qui l’a précédé à Sarajevo. L’auteur des massacres des Serbes Naser Orić, commandant les forces bosniaques, a mis lui-même la main à la pâte et, aux dires de Mac Kenzie, a massacré plus de Serbes dans les villages autour de Srebrenica que Mladic n’en a tué dans la ville. Il a été condamné à deux ans de prison en première instance et acquitté en appel. Karadzic, qui n’a pas participé directement à des actions de guerre contre les bosniaques mais était le chef d’état de la République serbe autoproclamée de Bosnie, donc responsable des actes de ses subordonnés, est condamné à la perpétuité.

Comment expliquer ce deux poids, deux-mesures ? La justice est rendue par les vainqueurs. « Vae Victis », malheur aux vaincus.       

L’histoire est écrite par les vainqueurs. Dans ce cadre, la vérité médiatique du camp des vainqueurs de « l‘après victoire » devient « vérité historique », si biaisée soit-elle, si romancée soit-elle, si mensongère soit-elle. Elle devient très vite la seule vérité historique « politiquement correcte ». Celui qui s’élève pour la corriger ou  la remettre  en  question  est immédiatement qualifié, au  mieux de « révisionniste », au pire de « négationniste »…

Les voix qui s’élèvent, comme celles du général Mac Kenzie, celle du général Morillon, ou très modestement la mienne, dans le cas de Srebrenica, sont étouffés par le fracas médiatique. La vérité historique ? Ce sont les médias et les juges du camp des vainqueurs qui l’écrivent et nul témoin, présumé impartial, et même appartenant au camp des vainqueurs, n’est admis à faire valoir un constat différent. C’est la vie.…

S’il fallait pendre tous les vrais criminels de guerre, alors une belle brochette de chefs d’État ou de chefs militaires du camp occidental (celui des vainqueurs) auraient été pendus depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, à commencer par Hashim Thaci, actuel président de la république du Kosovo, promu à cette fonction par les occidentaux, mais trafiquant d’organes lors de la guerre du Kosovo. Il utilisait les prisonniers de guerre serbes comme une « banque d’organes frais » et il faisait exécuter ses prisonniers au fur et à mesure des commandes qu’il recevait. Et je ne parle évidemment pas des chefs d’État qui déclenchent des guerres sous des prétextes mensongers et font tuer, par leurs forces armées, des centaines de milliers de personnes en Irak, en Syrie ou ailleurs, qui font légaliser ou couvrent la torture exécutée par les spadassins de leurs pays, ou encore rendent tristement célèbres les noms d’Abu Graib, de Guantanamo ou de Gaza. Et je n’évoque pas les chefs d’État qui font exécuter « le génocide à petit feux » de la nation palestinienne sur ses terres ancestrales ou couvrent l’apartheid et le nettoyage ethnique en Palestine de leur silence coupable.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », disait La Fontaine. C’est la vie.…

La conclusion de mon propos est la suivante : à force de nous être assénée quotidiennement pendant des mois, voire des années, la vérité « médiatique » du camp des vainqueurs devient, souvent à tort, la vérité « historique ».

Si certains mensonges sont parfois rapidement éventés (couveuses du Koweit, Timisoara, armes de destruction massives de Saddam, attaque au gaz de la Goutha), d’autres vérités dérangeantes ne le sont qu’après déclassification d’archives secrètes, un demi-siècle ou davantage, après les faits. Encore faut-il que quelqu’un ait l’idée de « tirer sur le fil du mensonge et que tout vienne…. »

Par ailleurs, dans les jugements rendus en fin de conflit, le camp des perdants paie, à faute égale, un prix beaucoup plus élevé que le camp des gagnants qui fournit les juges du tribunal et les rémunère. C’est la vie……

Dominique Delawarde

 

Source : https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/418-justice_des_vainqueurs_retour_sur_srebrenica_

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L’étendue des destructions de l’OTAN en Yougoslavie

31 Mars 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La Yougoslavie

L’étendue des

destructions de l’OTAN

en Yougoslavie

 

Russia Insider – 25.3.2019

L’étendue des destructions de l’OTAN en Yougoslavie

 

Il y a 16 ans [20 aujourd’hui, ndt], l’« Organisation de défense collective » a lancé une guerre illégale contre la Yougoslavie [avec la bénédiction de tous les autres États de l’Union Européenne et de la Grande Bretagne. ndt]

Cet article, extrait de nos archives, a été publié pour la première fois par Russia Insider en mars 2015 (Tanjug)

Source d’origine : Tanjug. Traduit pour Russia Insider par Mihajlo Doknic

 

____________________

 

 

Il y a 16 ans, sans Résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies, l’OTAN a lancé une attaque illégale sur la Yougoslavie. Aujourd’hui, des cérémonies commémoratives se sont déroulées dans tout le pays. Tanjug aligne les quelques chiffres qui montrent l’étendue de la destruction du pays et des pertes en vies humaines.

 

 

 

Mission accomplished : pays détruit, populations massacrées

 

 

Le 24 mars 1999, sans la moindre résolution du Conseil de Sécurité, l’OTAN a déclenché une agression militaire contre la Yougoslavie [la Serbie et le Montenegro].

La Yougoslavie, prétendue responsable d’une « catastrophe humanitaire » au Kosovo-et-Métochie, a été agressée, après que les soi-disant négociations de Rambouillet sur le statut futur du Kosovo aient échoué. Les accords de Rambouillet prévoyaient le déploiement de forces de l’OTAN sur le territoire de la Yougoslavie. La partie yougoslave ne voulait pas de troupes de l’OTAN sur son territoire et a proposé que ce soient des troupes de l’ONU qui soient déployées pour superviser la mise en œuvre des accords de Rambouillet, ce qui fut confirmé par le Parlement yougoslave.

Insatisfaite, l’OTAN a alors déchaîné une offensive militaire massive sur le petit pays et son people, qui s’est soldée par d’innombrables destructions et la perte de nombreuses vies. Le général Wesley Clark, qui dirigeait la campagne, a admis, dans son livre La guerre moderne, que le projet et les préparations pour la guerre étaient déjà en cours en 1998, et définitivement arrêtés en août 1998. Ce qui signifie que les « négociations » de Rambouillet n’ont jamais eu la moindre chance d’aboutir.

 

Aujourd’hui, « Tanjug » aligne quelques chiffres qui ont été rendus publics par le gouvernement serbe, montrant éloquemment les dévastations de toutes sortes et la destruction du pays qui ont résulté de l’offensive de l’OTAN

 

  • Plus de 2500 personnes tuées, dont plus de 1.500 civils
  • 500 personnes blessées
  • Un tiers des capacités du pays en électricité et en énergie détruit
  • Coût total des destructions matérielles : plus de 100 milliards de dollars.

 

Il n’y a pas une seule ville en Serbie qui n’ait été prise pour cible par l’OTAN. L’étendue des dégâts structurels s’est élevé à :

 

  • 000 maisons et appartements
  • 470 kms de routes
  • 595 kms de voies ferrées
  • 14 aéroports
  • 39 hôpitaux et centres médicaux
  • 69 écoles
  • 19 écoles maternelles
  • 176 objets culturels
  • 82 ponts

 

Le pilonnage de ce tout petit pays par les troupes de l’OTAN a impliqué :

 

  • 150 avions
  • 300 attaques [sorties] par l’aviation
  • 300 missiles Cruise Middle lancés
  • 000 bombes à fragmentation [interdites]
  • 000 tonnes de bombes et d’autres munitions
  • Des munitions à l’uranium appauvri

 

Après des efforts diplomatiques, la signature de l’Accord Technique Militaire de Kumanovo (Macédoine) Il a été mis fin aux bombardements et à l’agression le 9 juin, à condition que l’armée yougoslave se retirerait du Kosovo dans les trois jours.

Ce jour-là, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté la Résolution 1244, et quelque 37.000 soldats « de la KFOR » ont été envoyés au Kosovo [en réalité, c’est l’OTAN qui y a commandé la force du maintien de la paix], avec pour mandat d’assurer la paix et la stabilité et de permettre le retour des réfugiés, jusqu’à ce qu’un large statut d’autonomie ait été négocié pour le Kosovo.

Avec le soutien des USA, de l’OTAN et de la majorité des pays de l’UE, le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008… !

Tous ceux en somme, qui se sont ensuite si bruyamment opposés à l’auto-détermination de la Crimée ou d’autres parties de l’Ukraine…

 

Source : https://russia-insider.com/en/history/extent-natos-destruction-yugoslavia/ri4901

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/letendue-des-destructions-de-lotan-en-yougoslavie/

 

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

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Les services spéciaux du Kosovo quittent le territoire contrôlé par Belgrade

30 Septembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #la Yougoslavie

Kosovo
Les services spéciaux du Kosovo quittent le territoire contrôlé par Belgrade
© AP Photo / Darko Vojinovic
 

Alors que l’armée serbe avait été mise en état d’alerte par le Président serbe Aleksandar Vučić, les services spéciaux du Kosovo ont abandonné leurs positions prises plus tôt dans la journée près du barrage du lac de Gazivode, non loin de la frontière entre la Serbie et la République du Kosovo.

Les agents des services spéciaux de la République du Kosovo ont abandonné les positions qu'ils avaient décidé d'occuper plus tôt dans la journée à proximité de la centrale hydraulique serbe de Gazivode, a fait savoir le chef du département gouvernemental serbe pour le Kosovo Marko Juric, cité par l'agence de presse serbe Tanjug.

D'après le portail kosovar Indeksonline, avant que cela ne se produise, le Président kosovar, accompagné du chef de la police kosovare et du ministre des Finances, a fait le tour de la centrale hydraulique en bateau à moteur. Le voyage n'a duré qu'une quinzaine de minutes.

 

Plus tôt dans la journée, le Président serbe Aleksandar Vučić avait ordonné aux forces armées serbes de se mettre en état d'alerte suite aux actions de Pristina. Environ 60 agents des services spéciaux ROSU du ministère de l'Intérieur de la République du Kosovo ont occupé des positions à proximité du lac d'accumulation de la centrale hydraulique de Gazivode et ont pénétré dans le centre de l'écologie et du sport non loin du barrage, au nord de la région.

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Témoigner à La Haye. Entretien avec Yves Bataille

12 Juillet 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #la Yougoslavie

Témoigner à La Haye. Entretien avec Yves Bataille
Témoigner à La Haye. Entretien avec Yves Bataille
 

Yves Bataille bonjour, pourriez vous vous présenter aux lecteurs de La Voix de la Russie qui ne vous connaissent pas ?

Je suis un citoyen français ayant décidé en 1993 de m’installer en Serbie pour mener la lutte d’indépendance nationale et continentale à partir de l’Est de l’Europe. Le fait que ma femme soit serbe n’est pas la cause de mon engagement du côté des Serbes mais en est plutôt une conséquence. Je précise cela parce que cette affirmation revient souvent chez des gens qui ne me connaissent pas. J’ai vécu une partie de la guerre yougoslave comme les bombardements de l’OTAN en 1999, vu de près certains évènements de Bosnie et du Kosovo. Je puis donc témoigner de ces faits en connaissance de cause et les mettre en perspective pour leur donner un sens. Ainsi, la guerre yougoslave n’a été ni une guerre ethnique ni une guerre religieuse comme on le prétend, mais la première phase des « guerres humanitaires » du monde unipolaire consécutif à la fin de l’Union Soviétique et leur « laboratoire ».

Comment avez-vous été contacté par la défense de Radovan Karadžić, comment vous connaissaient-ils et que pensaient-ils que vous puissiez apporter au dossier ?

Le cercle qui défend Radovan Karadžićà Belgrade et à Banja Luka me connaissait. Cela date de la guerre en Bosnie. Quand Radovan Karadzic a été déporté à La Haye j’ai dit que j’étais prêt à témoigner en sa faveur s’il le désirait et quand son avocat, maître Robertson, me l’a demandé, j’ai aussitôt accepté. Une semaine après la chute de l’enclave de Srebrenica, je me trouvais en effet dans le bureau de Karadžić à Pale, à ce moment-là capitale de la Republika Srpska, près de Sarajevo. Ce jour-là, Karadžić a reçu devant moi un fax en provenance de l’enclave musulmane indiquant que l’évacuation des populations civiles s’était déroulée correctement. Portant en-tête et tampon des Nations Unies, la télécopie était signée des trois parties alors en présence, le représentant musulman de la ville, le négociateur serbe et un responsable de l’ONU. Quand je suis allé à Paris quelques jours plus tard, j’ai publié ce document dans un hebdomadaire national avec un commentaire au moment-même où commençait le tohu-bohu médiatique sur le « massacre de Srebrenica ». Ce document devait être porté au dossier de la défense et servir de base à mon témoignage.

Comment est le TPIY de l’intérieur?

Sinistre. Entouré de grilles. Avec des sas de sécurité et des gardes armés. Scheveningen est le port de La Haye, sa partie côtière. J’ai été conduit dans l’enceinte du tribunal par un véhicule de l’ONU. Le témoin attend dans une petite pièce puis est conduit dans la salle d’audience. On peut voir cette salle dans les vidéos du tribunal. Ce dernier se trouve dans une zone d’organismes internationaux comme l'Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques(OIAC), le World Forum et d’autres organismes de la « gouvernance mondiale ». Centre de détention pour les résistants hollandais pendant l’occupation allemande, la prison de Scheveningen, elle, est située à la périphérie de la ville. Au passage on peut remarquer que Maëstricht et Bilderberg se trouvent aussi en Hollande. Le groupe de Bilderberg fut créé naguère à l’hôtel du même nom dans la localité d’Oosterbeek. Entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ce pays protestant et maritime semble avoir été conduit à jouer un rôle privilégié dans le projet mondialiste.

En France, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’aspect non légal (d’un point de vue juridique) de ce TPI et surtout de ses méthodes de fonctionnement : l’édiction de ses propres décrets de fonctionnement, son financement par des pays n’étant pas des démocraties ou encore le fait que des témoins anonymes aient le droit de s’exprimer. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Financement par des sociétés commerciales, travail avec des ONG, règles mouvantes, anonymat de certains témoins, listes d’accusés secrètes et évolutives, utilisation de juges en provenance d’entités comme Trinidad ou les Sovereign base Areas of Cyprus, ce tribunal international est une mascarade. Conseiller à la cour s’appel de la République Française, mon père me disait que ce machin imprégné de juridisme anglo-saxon était une aberration.

Ce tribunal c’est la parodie de Nuremberg, le procès sans cesse renouvelé du général Tōjō. Dans la guerre américaine, après la diplomatie coercitive, les embargos, les bombardements et les invasions, Moloch expose et « juge » ses victimes. Reposant sur les normes juridiques des Bahamas ou des îles Caïmans, le Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie (TPIY) prétend rendre la justice au nom d’une « communauté internationale » qui agirait au nom du monde mais il ne sert en fait qu’à assurer la défense du globalisme anglo-saxon. Cette institution permet à une oligarchie mondialiste d’user et d’abuser du « droit d’ingérence » (le « devoir d’ingérence » de Kouchner) baptisé aujourd’hui « R2P », la soi disant « Responsabilité de Protéger » qui n’est rien d’autre que le droit de tuer. De tuer par la « guerre humanitaire ».

La Yougoslavie a servi de laboratoire à cette guerre du Nouvel Age, aussi sanglante sinon plus que les précédentes, celles qui ne se cachaient pas encore derrière un masque humanitaire. Avec l’appui de la presse et d’ONG ad hoc, cet artifice permet de présenter des agressions comme des sauvetages, de diaboliser des dirigeants, de bombarder des peuples, de détruire les derniers pays indépendants et souverains. On l’a vu récemment en Libye et on le voit actuellement en Syrie, les Etats qui gênent l’irréductible marche globaliste sont attaqués les uns après les autres au nom du droit et de la morale. Insatiable, le nouveau Moloch s’attaquera tôt ou tard à la Russie.

Dans la « souveraineté limitée post-westphalienne » ce système nie la souveraineté des Etats pour étendre la dictature du Marché en arguant d’intentions démocratiques et de grandes idées morales comme le mariage pour tous… Dans ce dispositif, l’OTAN fait fonction de société de gardiennage et le Tribunal de La Haye devient le nouveau Sanhédrin. Sous l’influence des amis de Morton Abramowitz et de George Soros, les cercles mondialistes ont mis sur pied la CPI, la Cour Pénale Internationale, dite aussi « Statut de Rome », dont le siège, à l’instar du TPIY, a été installé à La Haye.

Sous la direction des prêtres de la nouvelle religion, les Etats-Unis ont forcé les Etats de la banlieue new-yorkaise à adhérer au « Statut de Rome » mais eux-mêmes ont refusé d’y adhérer. Plus exactement Bush a retiré la signature de Clinton qui ne l’avait tout de même pas ratifié, ce qui fait que les Etats-Unis peuvent accuser les autres en commettant les pires crimes de guerre sans en être accusés eux-mêmes. A la fois juge et partie, au-dessus de tout, la « nation indispensable » de Madeleine Albright ne saurait en effet être jugée…

Comment s’est déroulée votre audience et qu’est ce que vous y avez dit ?

Radovan Karadzic est accusé de crimes de guerre et de génocide pour le« massacre de 8.000 Musulmans dans l’enclave de Srebrenica ». Accusé aussi de bombardements à Sarajevo et de la prise en otage de 200 Casques bleus et observateurs de l’ONU en mai et juin 1995. On le rend responsable de tous les actes et incidents de la guerre comme si une guerre, quelle qu’elle soit, ne faisait ni dégâts ni victimes. En outre, on sait qu’une partie de ces Casques bleus avaient, si je puis dire, un double casque, celui de l’ONU et celui de Forces Spéciales. Activée par les Etats-Unis derrière le Frère Musulman Alija Izetbegovic, la partie bosniaque dite « musulmane » (Tito avait créé une « nationalité musulmane ») est présentée comme « victime ». Les exactions de l’Armija bosniaque et des moudjahidine afghans importés des pays arabes (comme aujourd’hui en Syrie) sont passées sous silence. Sur la terre de leurs ancêtres envahie par l’Empire Ottoman, les indigènes serbes orthodoxes de Karadzic se sont vus interdire le droit de se défendre.

Documentation et témoignages abondent. L’Armée de la Republika Srpska (VRS) est entrée dans l’enclave avec seulement 200 hommes et 4 blindés. Elle n’a pas rencontré de résistance. Les morts de Srebrenica ne sont pas le résultat d’un massacre organisé comme l’a prétendu l’administration états-unienne mais proviennent de la colonne mixte de la 28ème Division de l’Armija Bosniaque, qui devait tenter une percée en direction des lignes musulmanes et la réussir en partie puisque les Serbes devaient la laisser passer. C’est dans cette colonne d’environ 12.000 à 15.000 individus dont au moins 6.000 armés, que des pertes furent occasionnées dans des combats classiques avec des individus qui n’avaient pas rendu les armes, ce qui dans le droit de la guerre constitue une cible légitime.

Je suis intervenu après Vojislav Šešelj, qui était lui-aussi témoin de la défense. La procureure a essayé de me piéger, de faire diversion par des questions sans intérêt ou carrément débiles pour m’empêcher d’aborder le fond mais j’ai pu quand même tenir une sorte de réquisitoire.

Durant une heure et demie, le jeu des questions/réponses m’a permis de dénoncer la nature du tribunal et de réaffirmer des positions qui ne changent pas. Mes notes sur un calepin (la transcription originale est beaucoup plus longue) :

Scheveningen. Haski tribunal - Tribunal de La Haye. Réquisitoire contre l'Inquisition atlantiste et défense offensive du héros serbe Radovan Karadzic. La procureure, croyant me gêner : «Pour vous monsieur Karadzic est un héros serbe ? », J'ai répondu « Oui ! ». Comme Vojislav Šešelj. Car la procureure m'a reproché aussi d'être « un ami de Šešelj ». A la remarque provocatrice « Vous fréquentez des criminels de guerre », j'ai répondu : « Oui ..., d'ailleurs tous les Serbes sont des criminels de guerre et peut être même que j'en suis un moi-même ». La procureure m'a demandé bêtement si j'étais nationaliste et j'ai répondu « Oui ! » tout en faisant remarquer que le terme ne voulait rien dire sans en définir le contenu. Citant le passage d'un de mes articles, la même m'a reproché d'avoir écrit que le tribunal était une émanation du groupe Soros et des cercles globalistes. Je l'ai remerciée pour m'avoir cité, ajoutant que je persistais et signais sans enlever une seule virgule à ce que j'avais écrit. Je n'ai pas l'habitude d'écrire le contraire entre deux articles. Cela c'était pour les questions idiotes (un petit échantillon). Au président qui voulait m'interdire de poser des questions à la procureur(e), j'ai répondu que désormais mes questions seraient des remarques.

Mon réquisitoire contre l'Inquisition a porté sur l'agression américano-occidentale contre la Serbie et son mode opératoire. Sur le laboratoire yougoslave des guerres ultérieures comme on a pu le voir en Libye et en Syrie. J'avais apporté un document officiel de l'ONU signé par les trois parties du conflit bosniaque (Musulmans, Serbes et Casques bleus) portant le cachet de l'ONU, daté du 17 juillet 1995 et infirmant les accusations d'assassinats collectifs et de crimes de guerres imputés à la partie serbe à Srebrenica. La procureure a alors sorti un autre document daté d'une semaine après et qui ne figurait pas dans les pièces de la défense. Procédé illégal, même dans le cadre du TPIY, et piteuse diversion qui n'a convaincu personne: la courte lettre sans intérêt d'un fonctionnaire de l'ONU chargé de donner le change et récusant l'évaluation onusienne de la semaine précédente. Ridicule, je l'ai martelé comme j'ai dit que ce tribunal et la CPI (Cour Pénale Internationale) n'étaient que les structures mondialistes de l'impérialisme et de son bras armé, l'OTAN.

Radovan Karadzic a été acquitté en juin dernier des accusations de génocide dans certaines municipalités bosniennes en 1992… Imaginez vous qu'il puisse être libéré s’il s’avère vraiment qu’il est innocent des charges retenues contre lui dans les 10 autres chefs d’accusations restants ?

Comme les autres, en particulier Vojislav Seselj qui attend son « jugement » depuis 10 ans (!), les prisonniers politiques serbes sont à La Haye pour s’être opposés à la marche de l’Empire. Leur « crime » est d’avoir osé lui résister. Nous ne sommes pas dans le domaine de la justice et il ne faut pas attendre de jugement classique et serein. Seselj peut tout aussi bien être libéré en octobre après son jugement ou bien rester en prison jusqu’à la fin de ses jours. Tout dépendra des ordres des tireurs de ficelle, les mêmes qui ont libéré des Croates et des Albanais après un passage par Scheveningen. Ce tribunal est fait pour condamner les Serbes. Pour dissuader, la Bête a toujours besoin de tenir dans sa gueule une offrande expiatoire.

Vous vivez en Serbie ou vous êtes analyste politique, quel regard portez vous sur la situation actuelle et depuis l’élection du nouveau président et du nouveau gouvernement ?

Le nouveau gouvernement n’a pas plus d’indépendance que son prédécesseur. Les hommes changent mais le système demeure. Les « progressistes » de Tomislav Nikolic sont même allés plus loin que les « démocrates » de Boris Tadic dans l’allégeance à Bruxelles et à Washington. Ayant trahi leur ancien parti, le Parti radical, a poignardé dans le dos leur chef et son fondateur emprisonné depuis 10 ans à Scheveningen, la nouvelle équipe s’est enfoncée dans la collaboration et le renoncement. Avec le Parti socialiste d’Ivica Dacic qui dispose d’importants ministères, elle a pratiquement reconnu l’indépendance du Kosovo et se met en quatre pour satisfaire les exigences de la « gouvernance mondiale ». Mais la bonne entente avec l’ennemi ne change pas les rapports de force. Guidé par des mouvements comme Dveri, le courant politique qui refuse la corruption et la collaboration avec l’ennemi se renforce.

Avez-vous des informations précises sur la situation des Serbes du Kosovo en ce mois de juin 2013 ? A quels développements doit-on s’attendre à votre avis dans cette province serbe ?

De Gaulle disait que lorsque l’on est minoritaire, il faut être majoritaire quelque part. Confinés dans des enclaves au sud de la rivière Ibar, les derniers Serbes de la province volée et occupée sont majoritaires dans les quatre districts du Nord, Leposavic, Zvecan, Zubin Potok et Kosovska Mitrovica nord, dont Bruxelles et Washington ont demandé le démantèlement des « structures parallèles ». Les habitants, leurs édiles en tête, bien entendu refusent et sont pris en étau entre les mafieux de Pristina arrivés dans les fourgons de l’OTAN et l’administration de Belgrade. Une position inconfortable mais qui doit être relativisée. La frontière entre la Serbie et le Kosovo est toute théorique et la solidarité active par delà la ligne de démarcation n’est pas de la rhétorique. Une tentative de coup de force contre les Serbes du Nord comme celle contre la Krajina en 1995 se passerait dans un tout autre contexte et cristalliserait un mouvement dangereux à la fois pour l’OTAN et pour ses clients (Albanais irrédentistes et pouvoir belgradois). Continuité territoriale, solidarité active, une opération Oluja bis n’est pas à exclure mais serait dangereuse pour les pays de l’OTAN qui ont des personnels dans la région. Le Kosovo étant à la fois mythe et réalité, une telle agression cristalliserait un mouvement de réaction dont les Occidentaux ne mesurent pas l’ampleur. Le jour de Vidovdan, l’anniversaire de la Bataille de Kosovo, le 28 juin, les responsables des quatre districts du Nord doivent faire une importante déclaration.

Avez-vous quelque chose à rajouter pour les lecteurs de La Voix de la Russie ?

Redire que le Tribunal de La Haye est un scandale. Des hommes y sont jugés et retenus prisonniers pour avoir défendu leur peuple et leur pays d’agressions caractérisées. Vojislav Seselj, qui n’a rien à se reprocher, est depuis 10 ans en prison sans avoir encore été jugé (son « jugement » devrait intervenir en octobre). Radovan Karadzic a été kidnappé et emprisonné pour avoir défendu les siens. Il ne voulait même pas le pouvoir, ce sont les représentants des familles serbes orthodoxes de Bosnie qui lui demandèrent de conduire la résistance. Des détenus serbes, et pas seulement Slobodan Milosevic, sont morts en prison. Le tribunal a produit de faux témoins. Des témoins à charge ont été assassinés, notamment ceux qui auraient pu confondre l’Albanais du Kosovo Ramush Haradinaj. Le tribunal savait aussi pour les trafics d’organes sur des prisonniers serbes mais en a ignoré le dossier. Tout récemment, le juge danois Harhoff dénonçait publiquement les pressions politiques de son président, le juge américain Theodor Meron, ex-conseiller au ministère israélien des affaires étrangères.

Cette guerre ne commence pas, ne finit pas, elle est permanente. Simplement on va assister, on assiste déjà, avec le désir de monde multipolaire et la révolte des peuples, à un affrontement de plus en plus marqué entre deux conceptions du monde antagonistes, celle qui privilégie la vraie liberté des hommes et de leurs communautés populaires politiquement traduite en populisme et en nationalisme et celle qui avec la prétention de gouvernance mondiale veut imposer la dictature du Marché et la religion de l’Argent au nom de la démocratie libérale, des droits de l’individu et de la préférence des minorités qui ne sont que des leurres de l’impérialisme marchand contre les Etats-nations. 

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David Petraeus – ex-chef de la CIA, nouveau magnat des médias en Europe de l’Est. L’enquête complète.

12 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #l'Allemagne, #l'Angleterre, #la Yougoslavie, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #La mondialisation

Les généraux-investisseurs

Quant à Petraeus, il arbore une médaille de l’OTAN pour l’ex-Yougoslavie. En 1999, il assiste en tant qu’aide de camp le général Hugh Shelton, chef d’état-major des armées des Etats-Unis, dans la planification et la coordination des bombardements. Avant de revenir comme investisseur, Petraeus était déjà présent dans la région en 2001-2002 comme chef d’état-major adjoint de la force de stabilisation (SFOR) de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine et comme commandant adjoint d’une unité clandestine contreterroriste chargée de capturer les serbes recherchés par la Haye, avant que le 11 septembre ne vienne perturber la donne en transformant les alliés djihadistes en ennemis suprêmes. « C’est là que son évolution future fut tracée » affirme Fred Kaplan dans sa biographie The Insurgents: David Petraeus and the Plot to Change the American Way of War (2013, p. 65).

Son collègue quatre étoiles, Wesley Clark, commandant en chef de l’OTAN pendant les bombardements de la Yougoslavie, a lui aussi pantouflé dans le monde de la grande entreprise (comme Odierno, McChrystal ou Mullen. Rappelons que dès 1961, Eisenhower avait mis en garde contre le complexe militaro-industriel). Wesley Clark préside le groupe canadien Envidity Energy Inc. qui négocie, au milieu des controverses, l’exploration de très importants gisements de charbon du Kosovo « libéré » par ses troupes. Bien qu’en catimini, Petraeus était le principal négociateur du fonds KKR dans la reprise d’United Group en 2013. Il a rencontré le premier ministre serbe Aleksandar Vucic plusieurs fois, publiquement comme en privé.

Les millions de Soros ou comment monter en flèche

Le télégramme de Wikileaks comporte aussi une référence à un moment charnière dans l’ascension d’United Group. En 2002, la petite start-up de Solak a eu une chance tout à fait extraordinaire. Elle réussit à attirer un investissement de 10 millions dollars de Southeastern Europe Equity Fund (SEEF). Le gestionnaire du fonds était Soros Investment Capital Management, renommé plus tard Bedminster Capital Management, fondé par George Soros.

Ce milliardaire activiste, partage avec Kravis (du fonds KKR) quelques traits accidentels, comme une villégiature au bord de l’Atlantique où les deux sont voisins, ou moins accidentels comme une passion pour la collection de câblo-opérateurs balkaniques.

C’est à partir de l’investissement de Soros que commence la croissance exponentielle de SBB et sa plongée vertigineuse dans les méandres opaques de la finance internationale. Après Soros, c’est la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) qui suit et relance, en investissant 15 millions euros en 2004. Cette banque « européenne » dont le plus grand actionnaire est les États-Unis restera copropriétaire et co-investisseur d’United Group à ce jour fin 2017.

Le fonds de Soros se démultipliera en SEEF I et II, qui figureront en même temps comme acheteur et vendeur lors de la reprise de SBB en 2007 par Mid Europa. En 2014, cette société d’investissement privée dirigée par d’ex hauts fonctionnaires de la Banque Mondiale et du FMI se vantait d’avoir triplé ses investissements grâce au montant exorbitant payé par KKR.

George Soros (né Schwartz) a vu son nom de famille changé par un père espérantiste. Le mot « soros » signifierait dans cette langue « je monterai en flèche ». Un bon augure pour le petit György, ainsi que pour la start-up de Solak qu’il a soutenue avec autant de prévoyance.

Mais qui a aidé Soros au début de sa carrière ? La mise de fonds initiale pour sa start-up, Double Eagle Fund, renommée par la suite Quantum Fund, avait été fournie par Georges Karlweiss de la Banque Privée S.A. de Lugano, détenue par le baron Edmond de Rothschild (voir l’article supprimé du Washington Times). D’après Time Magazine, « bientôt les Rothschild et autres riches européens y rajoutaient 6 millions dollars ». De quoi monter en flèche comme l’avenir le prouvera.

Investissements prodigues en médias déficitaires

Même les financiers sans foi ni loi obéissent à une loi sacrosainte : réaliser des profits. Or, le retour sur l’investissement de KKR dans les médias balkaniques ne pointe pas à l’horizon. Le secteur éprouve de telles difficultés que même les acquisitions phares comme SBB en Serbie et Nova TV en Croatie sont connues pour dégager des pertes consécutives.

Dans le cas de SBB, l’investissement astronomique de KKR en 2013 n’a pas amélioré la situation. Au contraire, les rapports annuels disponibles montrent une progression constante des pertes. En millions d’euros: 33M en 2010, équilibre en 2011 puis 10,5M de pertes en 2012 et 1,4M en 2013. Enfin 29M en 2014, 33M en 2015 et 35M en 2016. On voit que l’année 2016 bat les records avec trente-cinq millions d’euros de perte.

L’explication ? En achetant des médias, Petraeus achetait de l’influence. La question se pose alors : quel type d’investisseur souscripteur se réjouirait d’entendre son fonds lui expliquer : « Nous n’avons plus ni le milliard que vous avez engagé, ni le profit que nous avons promis, mais nous avons gagné de l’influence médiatique en l’Europe de l’Est ». On a du mal à imaginer que des retraités du fonds de pension de l’Oregon en seraient ravis. En revanche, plus d’une connaissance de Petraeus au Bilderberg pourrait s’en accommoder.

Une autre explication : les dépenses seraient gonflées pour déclarer des pertes qui n’existent pas vraiment. Grâce à son bilan négatif, SBB n’a pas payé un centime d’impôt depuis des années, malgré un revenu de 170 millions euros rien qu’en 2016. Le dommage pour le budget national serbe pourrait atteindre les huit chiffres en euros.

L’Etat ne se mêle pas de ses affaires

Les grands perdants de se schéma douteux sont tout d’abord les citoyens, qui sont les principaux créateurs de la richesse qu’United Group draine vers les paradis fiscaux et qui eux, payent leurs impôts. Ensuite c’est la concurrence qui n’a aucune chance de rivaliser avec le poids lourd privilégié du marché avec sa capacité financière, sa taxation zéro, sa cartellisation transfrontalière et sa programmation CNN. In fine ce sont les Etats qui renoncent à percevoir les taxes. Pour ne rien dire de leur obligation de protéger la libre concurrence comme les citoyens.

Les Etats seraient les plus aptes à inspecter les activités de KKR. Eux seuls seraient capables de sanctionner les pratiques illégales et de combler les lacunes de la législation.

Les Etats choisirent plutôt de se boucher les yeux. A ce jour, les seules révélations sur l’empire médiatique de KKR ont été faites par des organismes et des individus de la sphère non gouvernementale. En ce qui concerne les changements législatifs, ils n’ont fait qu’élargir les lacunes, comme le montre le rapport de South East European Media Observatory au titre explicite « Les grandes puissances ont adapté la législation serbe sur les médias aux besoins de la ‘CCN balkanique’ ».

L’Union Européenne comme groupe de pression

En 2014 l’Etat serbe et KKR semblent voués à l’affrontement. KKR prévoit le lancement de sa nouvelle chaine N1 TV sur son réseau SBB Telemach, au sein de sa société de tête United Group. En même temps, le gouvernement publie ses projets de lois sur les médias. Or, l’un exclut l’autre, car les lois interdisent à un distributeur d’être aussi créateur de contenu. L’interdiction semble logique : le distributeur favoriserait ses chaines au détriment de la concurrence. Quelques années auparavant le même principe était imposé par l’Union Européenne à la télévision publique RTS qui a dû renoncer à son réseau de distribution.

Pourtant, cette fois l’avis de Bruxelles sera inverse, ou plus précisément inversé par le lobbying de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (copropriétaire d’United Group) et du cabinet Gide Loyrette Nouel engagé pour l’occasion. Après une nouvelle rencontre avec Petraeus, le premier ministre serbe tranche sommairement : la N1 est bienvenue en Serbie. L’état démissionne.

C’est le nouveau texte de loi, dicté par les banquiers et les avocats via l’administration bruxelloise, et non pas l’original issu d’un processus électoral et participatif, qui sera voté en aout 2014. Exit le peuple, entre l’oligarchie financière transnationale, qui tord le bras d’une assemblée qui ne songe même plus à se défendre.

Epilogue : N1 TV sera lancée dès l’octobre 2014. En mars 2017, le câblo-opérateur SBB enlève la télévision la plus regardée, la chaine publique RTS1, de la première position dans la numérotation des chaines. Il donne sa place, incontestée depuis les débuts de la télévision, à N1 TV.

Le propriétaire influence-t-il ses médias ?

Quand l’OTAN a bombardé RTS en 1999, son argumentation était basée sur l’idée qu’une télévision émettait nécessairement la propagande de son propriétaire. Comme ce propriétaire était l’Etat ennemi, et que la propagande faisait partie de la guerre, l’OTAN conclut que la télévision était une arme de guerre et, par conséquent, une cible légitime.

N1, elle aussi, a des propriétaires. Il y a même un général qui fût engagé dans la même guerre. Quant à la propagande, ses communiqués au sujet du changement de la numérotation fournissent des exemples scolaires de manipulation. Le titre « Pression politique grandissante pour abaisser N1 sur le réseau SBB » (N1, 2017) laisse supposer que la chaine de KKR est défavorisée alors qu’elle est choyée. N1 se fait aussi la championne du bobard « calculette ». En 2016, ses rapports quadruplent la participation à une manifestation supportée par des ONG américaines, tandis que le nombre de manifestants anti-OTAN est divisé par trente (sic). Lors des présidentielles serbes de 2017 la télévision se fait bureau de communication de certains candidats, en en omettant entièrement d’autres.

Guerrier des perceptions

La défénestration de la démocratie par KKR au profit de sa « CNN balkanique » sera expliquée par Petraeus en termes de « développement des valeurs démocratiques ». C’est la seule fois qu’un patron de N1 s’explique sur N1, et il le fait exclusivement devant les journalistes de N1. Sans sourciller, il souligne leur objectivité et leur indépendance.

Si ses déclarations se trouvent aux antipodes de la réalité, on retrouve là le spécialiste des guerres des perceptions.

« Pratiquement rien n’est plus important dans les affaires internationales que les représentations historiques et les perceptions que les hommes portent dans leurs têtes. » Cette citation ouvre le premier article académique de Petraeus en 1986, ainsi que sa thèse doctorale, défendue l’année suivante à Princeton. Depuis, le militaire-savant se fait champion d’une réorientation de l’armée étasunienne. La priorité devrait passer de la guerre conventionnelle à la contre-insurrection (counterinsurgency ou Coin en anglais), sous la devise « gagner les cœurs et les esprits ». En 2006, il expose sa doctrine dans un manuel militaire qui fait date (FM 3-24 Counterinsurgency). Irak et Afghanistan seront des laboratoires où il mettra ses théories en œuvre en y assumant le commandement suprême de 2007 à 2011. Mission accomplie, il ne lui reste plus qu’à quitter l’armée qu’il a révolutionnée après une carrière très bien pensée. Cadet de West Point, il fait la cour à la fille du surintendant, ce qui lui vaut la moquerie de ses camarades et la main de la demoiselle. Il progresse ensuite dans l’ombre des commandants Galvin, Vuono et Shelton. Avant le scandale à caractère sexuel de 2012, il est le chouchou des médias qui lui réservent des articles élogieux (gentiment appelés « fellations » dans l’argot journalistique américain). Son charme ne rencontre que quelques détracteurs, comme l’amiral Fallon, qui l’aurait traité de “petit lèche-cul dégonflé”.

Conquérir les cœurs et les esprits

Correspondant de Marcel Bigeard et lecteur avide des « Centurions » de Jean Larteguy, Petraeus admet volontiers ses influences françaises, notamment celle du théoricien David Galula. Cela n’empêche pas un compagnon d’armes français, le général Maurice Druart, de dénoncer sa devise « gagner les cœurs et les esprits » comme « une démarche de merchandising oppressive sur la population » (voir l’excellente étude de l’armée française Gagner les cœurs et les esprits, CDEF, 2010, p. 57).

Le sens véritable de cette expression est défini par le manuel FM 3-24 de manière suivante : « “Cœurs” signifie persuader la population que son meilleur intérêt est servi par le succès de la contre-insurrection. “Esprits” signifie convaincre la population que la force peut les protéger et que la résistance est inutile. Notons que la sympathie de la population pour les troupes d’occupation n’y a pas d’importance. Ce qui compte, ce n’est pas l’émotion, mais le calcul d’intérêt ». La section « Les médias et la bataille des perceptions » offre des préceptes quasi orwelliens : « Choisissez les mots avec soin… Par exemple, la force de contre-insurrection est-elle un libérateur ou un occupant ? »

Expérimenté dans ce type de double pensée, Petraeus persiste à parler d’une « victoire » en Iraq quand l’intervention est une catastrophe incontestable. Alors que la région est plongée dans le chaos, les raisons d’engagement invoquées initialement se sont révélées fausses et les objectifs déclarés n’ont pas été atteints. Dans les faits, le modèle Petraeus de contre insurrection associe grande manipulation et grande violence: guerre civile, frappes aériennes, raids nocturnes, attaques de drones, torture. Cette réalité émerge difficilement dans les médias qui semblent eux aussi obéir au manuel de Petraeus (section « Exploiter un narratif unique »).

L’année 1986 sera une année charnière pour Petraeus : il devient théoricien de la contre insurrection, membre du Council on Foreign Relations et fait la connaissance de James Steele, vétéran du programme Phoenix au Vietnam. En communication directe avec Petraeus, Steele formera les escadrons de la mort et des centres de torture en Irak.

Espionnage et manipulations sur la toile

En 2010 Petraeus recrute la première armée de trolls sur internet (L’opération d’espionnage étasunienne manipule les réseaux sociaux, Guardian, 2011). Son commandement CENTCOM lance un appel d’offres pour un logiciel de gestion d’identités en ligne qui permettrait à 50 utilisateurs d’employer 500 comptes faux nez (sock-puppets) « sans crainte d’être découvert par des adversaires sophistiqués ».

Quelques années après, les pratiques identiques de la Russie sont dans le collimateur de nombreux journalistes mais l’exemple américain fondateur est régulièrement omis. Ainsi un article de l’Obs-Rue89 énumère-t-il cinq pays impliqués, en omettant les Etats-Unis dans la liste.

Le militaire dans Petraeus comprend très bien que les technologies d’information sont indispensables aux opérations d’information. Chef de la CIA, il avertit : « on vous espionnera à travers votre lave-vaisselle » (Wired, 2012). En magnat des médias, il reste aussi belliqueux que jamais : « Le cyberespace est un domaine de guerre entièrement nouveau » (BBC, 2017). Il milite surtout pour un contrôle toujours plus grand de l’internet.

À ce propos, KKR contrôle un grand nombre d’entreprises de l’internet, dont Optiv (cybersécurité), GoDaddy (hébergement), First Data (argent numérique) et naturellement, les fournisseurs d’accès à internet d’United Group.

La surveillance massive d’internet par les services de renseignement anglo-américains, révélée par Edward Snowden, bat son plein alors que Petraeus dirige la CIA. On y trouve des projets comme PRISM, qui permet un accès direct aux serveurs des géants Google, Facebook, Apple, Microsoft et alii ; ou Muscular et Tempora qui infiltrent directement les câbles de fibre optique.

Dans les Balkans, une grande partie du trafic internet passe par les fournisseurs achetés par Petraeus. Une étude serbe sur les « infrastructures invisibles » a établi que tout le trafic menait à un seul point : « Si l’on souhaite examiner, filtrer ou conserver tout le trafic national transitant par le réseau de SBB, on peut le faire en n’utilisant que ce point unique ». Il se trouve que ce point est en la possession de KKR.

Pourquoi infiltrer, si l’on peut posséder ?

Argent public et argent privé

Les guerres de Petraeus représentent des coûts considérables non seulement en termes de vies humaines, mais aussi pour les contribuables. Ces coûts ne sont plus estimés en milliards, mais en billions de dollars, du jamais vu. Des sommes sans précédent ont également fini dans les mains des corporations privées (Sous-traitants privés récoltent 138 milliards de dollars de la guerre en Irak, Financial Times, 2013) pour des services civils (Halliburton-KBR) mais aussi militaires (Blackwater) ou d’intelligence (Bell Pottinger). La guerre s’est privatisée, d’où la section « Multinationales et sous-traitants » dans le manuel de Petraeus.

Commandant en chef, Petraeus disposait déjà de fonds colossaux et traitait directement avec les corporations privées. Mais qui commande vraiment quand la plus grande force militaire se surendette pour payer ses guerres : le commandant ou le financier ?

Conclusion : de l’armée à la finance, une promotion

Toute sa vie, Petraeus a développé sa carrière en courtisant le pouvoir le mieux placé. Son passage des sommets de l’armée et du renseignement au rang des financiers est d’habitude vu comme une sorte de retraite ou de démission. On est plutôt tenté d’y voir une promotion.

La carrière de David Howell Petraeus suit la même ligne ascendante et le même fil rouge : la manipulation des perceptions. Son cas illustre un changement radical du monde de l’information. Avant lui, nul ne pouvait imaginer un ancien chef de service de renseignements à la tête des médias d’un pays qu’il avait contribué à détruire. Général ennemi, chef de service secret et spécialiste de la propagande, il s’impose dans les médias de la nation agressée, sous prétexte d’y garantir une information objective, un véritable tour de force. Mais rien ne choque les cœurs et les esprits conquis.

Crédit photo : Darren Livingston

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Les USA invitent la Serbie à «choisir entre deux chaises»

7 Avril 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #la Yougoslavie, #La guerre

Les USA invitent la Serbie à

«choisir entre deux chaises»

Les USA invitent la Serbie à «choisir entre deux chaises»
Les USA invitent la Serbie à «choisir entre deux chaises»
© AP Photo/ Visar Kryeziu
 

En visite à Belgrade Hoyt Brian Yee, conseiller adjoint du secrétaire d’État américain pour l’Europe et l’Eurasie, a exprimé la préoccupation des États-Unis quant à l’influence de Moscou sur les Balkans, appelant la Serbie à ne pas tergiverser entre la Russie et l’Occident. Son attitude «cynique» a été commentée pour Sputnik par des experts serbes.

Dans un entretien à Sputnik, le politologue serbe Dragomir Andjelkovic a qualifié le comportement de Hoyt Brian Yee d'«extrêmement cynique».

«Nous constatons que les États-Unis, sans être membre de l'UE, se permettent de poser des conditions concernant l'adhésion à l'UE. C'est un affront pour Bruxelles et l'UE. Les États-Unis montrent qui est, en réalité, aux commandes. De plus, une pression brutale sur la Serbie rappelle le comportement de Richard Holbrooke dans les années 1990», a relevé M. Andjelkovic.

Selon lui, tout porte à croire que les États-Unis cherchent à déplacer sur les Balkans le centre de confrontation géopolitique avec la Russie.

«À ce qu'il paraît, après la crise ukrainienne et syrienne, ils pensent que les Balkans offrent un terrain approprié pour se mesurer à la Russie et faire pression sur Moscou et les États qui cherchent à garder de bonnes relations avec la Russie», a ajouté l'expert.

Dusan Prorokovic du Centre d'alternatives stratégiques de Belgrade estime que les déclarations de ce genre, de plus en plus fréquentes, témoignent d'une forte nervosité de Washington suite à la perte de positions dans les Balkans.

«Si l'on compare la situation actuelle avec celle d'il y a cinq ans, l'influence des Etats-Unis dans les Balkans a sensiblement diminué, tandis que la Russie, tout comme la Chine et la Turquie, sont devenues des acteurs beaucoup plus actif. Il va de soi que l'Amérique doit être engagée dans le règlement des processus dans les Balkans, comme les autres grandes puissances, mais avec son approche, elle est plutôt génératrice de problèmes que génératrice de solutions», signale Dusan Prorokovic.

 

Les deux experts estiment cependant que la Serbie doit poursuivre une politique de coopération incluant tous les facteurs importants de la politique internationale de manière équilibrée. Dragomir Andjelkovic explique que la Serbie se trouve dans la zone de domination occidentale et est vulnérable à ses menaces, alors que la Russie joue un rôle très important car elle défend les intérêts serbes liés au Kosovo et à la République serbe de Bosnie.

 

Hoyt Brian Yee a appelé le président serbe Aleksandar Vucic à «ne pas rester assis entre deux chaises» et à choisir entre la Russie et l'Occident, citant en exemple la Croatie qui avait privilégié l'adhésion à l'UE et le Monténégro qui avait adopté la même attitude à l'égard de l'Otan.

La diplomatie russe n'est pas restée sans réagir à la déclaration de M. Yee. Moscou estime qu'elle «vise à torpiller les relations entre les deux pays» et a appelé les États-Unis à ne pas créer d'obstacles à la coopération entre elle et Belgrade.

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Macron et son invité Hashim Thaçi, “parrain de la pègre” kosovare et trafiquant d’organes présumé

19 Mars 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Le grand banditisme, #le nazisme, #la Yougoslavie, #la Serbie

Mercredi dernier, le Président Kosovar Hashim Thaçi annonçait fièrement sur Twitter sa rencontre avec le Président Macron :

Nous sommes donc heureux de constater l’osmose entre Macron et le président kosovar, “le plus dangereux des parrains de la pègre” kosovare et trafiquants d’organe présumé selon un rapport de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (rapport consultable en français ici [cliquez sur l’exposé des motifs en bas] ou ici [et en pdf ]) :

Nous vous renvoyons pour en savoir plus sur ces deux billets :

Le Président du Kosovo Hashim Thaçi responsable d’un trafic d’organes, selon le Conseil de l’Europe

Dick Marty sur le trafic d’organes au Kosovo : « Qui sera assez fou pour témoigner ? »

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Le Président du Kosovo Hashim Thaçi responsable d’un trafic d’organes, selon le Conseil de l’Europe

19 Mars 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #le nazisme, #l'Allemagne, #la Yougoslavie, #la Serbie

Au vu de l’actualité, je reprends ici ces articles de 2010…

Source : RFI, 21/12/2010

De 1998 à 2000 des centaines de prisonniers détenus de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) – principalement des Serbes du Kosovo, mais aussi probablement des Roms et des Albanais accusés de « collaboration » – ont été déportés en Albanie, où ils ont été assassinés pour alimenter un trafic d’organes.

Carla Del Ponte avait identifié une « maison jaune » située dans le village de Ripa, près de Burrel. Il paraissait improbable que cette maison, située dans une zone reculée, ait pu abriter la salle d’opération très moderne nécessaire pour extraire des organes et les faire parvenir rapidement à de riches demandeurs. Pourtant, il semblait évident que quelque chose de « louche » s’était produit dans cette maison, où les enquêteurs du TPI avaient notamment retrouvé des traces de sang. Dick Marty lève les doutes sur ce point, en expliquant qu’il ne s’agissait que d’un petit centre de détention, parmi d’autres situés en Albanie. Les prisonniers qui y étaient détenus étaient conduits vers une petite clinique située à Fushë Kruja, à une quinzaine de kilomètres de l’aéroport international de Tirana lorsque des clients se manifestaient pour recevoir des organes. Ils étaient alors abattus d’une balle dans la tête avant que ces organes, principalement des reins, ne soient prélevés.

Selon le Procureur spécial pour les crimes de guerre de Serbie, Vladimir Vukcevic, 500 prisonniers auraient été conduits en Albanie. Ce chiffre demande encore à être confirmé, tout comme beaucoup de détails de la chaîne criminelle, notamment l’identité des receveurs, et celles des partenaires du trafic hors d’Albanie.

Par contre, le rapport du sénateur suisse confirme la responsabilité accablante du « groupe de la Drenica », un petit noyau de combattants de l’UCK, regroupés autour de deux figures clés : Hashim Thaçi, actuel Premier ministre du Kosovo, et Shaip Muja, alors responsable de la brigade médicale de l’UCK et aujourd’hui conseiller pour la santé de ce même Hashim Thaçi.

Lors de la présentation de son rapport, jeudi à Paris, Dick Marty a également souligné les responsabilités accablantes de la communauté internationale. « Les grandes puissances connaissaient l’existence d’un trafic d’organes, mais elles ont fermé les yeux ». En effet, dès juin 1999, l’OTAN pénètre au Kosovo et les Nations unies établissent un protectorat sur le territoire. De surcroît, les services de renseignements occidentaux étaient déjà en liens étroits avec la guérilla albanaise de l’UCK – les services français ayant des relations privilégiées avec Hashim Thaçi, tandis que les Britanniques ou les Allemands étaient plus proches d’autres commandants. Le trafic s’est pourtant poursuivi au moins jusqu’en 2000.

Dick Marty écrit dans son rapport que des « signes » de l’existence de ce trafic étaient déjà perceptibles au début de l’année 2000, mais que les autorités internationales au Kosovo « n’ont pas jugé bon de lancer une enquête détaillée ». Dans le meilleur des cas, les autorités ont procédé à des investigations « superficielles et peu professionnelles à tous égards ».

Dans son livre, La chasse. Moi et les criminels de guerre , Carla Del Ponte dénonçait également le refus de toute coopération opposé à ses enquêteurs par les responsables de la Mission des Nations unies au Kosovo (MINUK) en 2001 et 2002, quand celle-ci était dirigée par Bernard Kouchner.

Si la réalité du trafic d’organes est totalement confirmée, il s’agit incontestablement du pire crime des guerres yougoslaves, avec le massacre de Srebrenica. Et, comme dans ce dernier cas, les responsabilités internationales risquent fort d’être accablantes. Pour l’instant, les Etats-Unis et l’Union européenne ont affirmé qu’ils entendaient « prendre au sérieux » les accusations de Dick Marty. La responsable de la politique étrangère de l’UE, Catherine Ashton, a invité Dick Marty à mettre les preuves en sa possession à la disposition de la mission européenne Eulex, censée « appuyer » les institutions du Kosovo dans la construction de l’Etat de droit.

Il est vrai que le TPI de La Haye ne peut plus ouvrir de nouvelles enquêtes et n’aura donc pas la possibilité de juger Hashim Thaçi et ses supposés complices. Seule la Cour pénale internationale pourrait éventuellement se saisir de l’affaire.

Pour leur part, les autorités du Kosovo dénoncent vigoureusement le rapport de Dick Marty, parlant de « mensonges » et d’accusations « sans fondement ». Elles sont suivies par le gouvernement de Tirana, très inquiet des complicités qui risquent d’être mise au jour en Albanie.

Ce scandale intervient enfin à un moment très délicat de la vie politique du Kosovo. Dimanche dernier, en effet, les élections parlementaires ont été remportées par le Parti démocratique du Kosovo (PDK), la formation de Hashim Thaçi, mais au prix de fraudes importantes, qui ont entraîné l’invalidation du scrutin dans cinq communes. Hashim Thaçi souhaitait pouvoir former au plus vite un nouveau gouvernement, mais il n’a probablement plus de véritable maîtrise du calendrier. Les élections seront réorganisées le 9 janvier dans les communes où la fraude est la plus avérée, et l’avenir politique du Premier ministre dépend désormais avant tout des suites judiciaires qui seront données à l’affaire.

Source : RFI, 17/12/2010


Le fameux rapport est consultable en français ici (cliquez sur l’exposé des motifs en bas) ou ici (et en pdf ).


Trafic d’organes au Kosovo : un rapport accablant

Source : Le Monde diplomatique, Jean-Arnault Dérens, 04-01-2011

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Le rapport présenté le 16 décembre devant le Conseil de l’Europe par le député suisse Dick Marty sur le trafic d’organes dont auraient été victimes des prisonniers de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) a fait l’effet d’une bombe (1). Pourtant, les allégations contenues dans ce rapport ne sont pas nouvelles : ce trafic est déjà évoqué dans les mémoires publiées en 2008 par l’ancienne Procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla Del Ponte (2) et, au Kosovo, l’hypothèse d’un tel trafic est une « rumeur » qui circule depuis longtemps. De même, l’enquête publiée en 2009 par les journalistes Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj avait confirmé l’existence d’un véritable « archipel » de centres secrets de détention de l’UCK en Albanie (3).

Le rapport de M. Marty apporte cependant nombre d’informations nouvelles, permettant de mieux comprendre les mécanismes de ce trafic. Plusieurs centaines de prisonniers capturés par l’UCK — principalement des Serbes du Kosovo, mais aussi probablement des Roms et des Albanais accusés de « collaboration » — auraient été déportés en Albanie, en 1998 et 1999. Emprisonnés dans plusieurs petits centres de détention — dont la fameuse « maison jaune » du village de Rripë, près de Burrel, visitée par les inspecteurs du TPIY —, certains d’entre eux auraient alimenté un trafic d’organes. Les prisonniers étaient conduits vers une petite clinique située à Fushë Kruja, à une quinzaine de kilomètres de l’aéroport international de Tirana lorsque des clients se manifestaient pour recevoir des organes. Ils étaient alors abattus d’une balle dans la tête avant que les organes, principalement des reins, soient prélevés. Ce trafic était conduit par le « groupe de la Drenica », un petit noyau de combattants de l’UCK regroupés autour de deux figures clés : M. Hashim Thaçi, actuel Premier ministre du Kosovo, et M. Shaip Muja, alors responsable de la brigade médicale de l’UCK et aujourd’hui conseiller pour la santé de ce même Hashim Thaçi.

Le rapport de M. Marty laisse beaucoup de questions sans réponses, notamment le nombre exact de prisonniers victimes de ce trafic. La justice serbe, pour sa part, parle de 500 personnes déportées en Albanie. On ignore également quels étaient les partenaires étrangers de ce trafic, et surtout quels en étaient les bénéficiaires. Le rapport relève cependant que 60 patients de l’hôpital universitaire de Jérusalem auraient bénéficié d’une transplantation rénale en 2001, un chiffre exceptionnellement élevé.

Il importe de placer le crime supposé à sa juste valeur. Si le trafic est avéré, il s’agit d’un crime contre l’humanité massif, qui se situe, dans l’ordre de l’horreur, au « même niveau » que le massacre génocidaire de Srebrenica. Autre point essentiel, ce trafic se serait poursuivi au moins jusqu’en 2001, c’est-à-dire deux ans après l’entrée des troupes de l’OTAN au Kosovo et l’instauration du protectorat des Nations Unies sur le territoire. Le rapport note d’ailleurs qu’à partir de juin 1999, la frontière entre l’Albanie et le Kosovo n’était soumise à aucun contrôle réel.

Le rapport a suscité un tollé de protestations et de démentis. Certains ont voulu disqualifier le rapport de M. Marty, en jetant le doute sur son auteur, présenté comme un « adversaire de l’indépendance du Kosovo », voire comme un « ennemi du peuple albanais ». Le Premier ministre d’Albanie, M. Sali Berisha, l’a ouvertement qualifié de « raciste ». À l’appui de ces assertions, est souvent citée une interview accordée par M. Marty en mars 2008 , dans laquelle celui-ci critique, du point de vue de la légalité internationale, la proclamation d’indépendance du Kosovo (4). Cette prise de position ne traduit nullement une « aversion » à l’égard du peuple albanais ni du Kosovo, et le rapport de M. Marty ne serait ni plus ni moins étayé si son auteur avait approuvé, de ce même point de vue juridique, la proclamation d’indépendance. Notons enfin que la presse d’Albanie reproche explicitement à M. Marty son « anti-américanisme », puisque celui-ci a déjà révélé en 2006 le scandale des prisons secrètes de la CIA en Europe. Certaines déclarations officielles de Tirana, ces derniers jours, associent « l’anti-américanisme » supposé du rapporteur et son préjugé « anti-albanais ». M. Marty appartient pourtant au Parti radical, une formation politique qui se classe sur la droite de l’échiquier politique suisse et qui n’a jamais été réputée pour son anti-impérialisme forcené.

Certains accusent également M. Marty de « préjugés politiques », car il a publié son rapport quelques jours après les élections parlementaires organisées au Kosovo le 12 décembre, qui ont été entachées de fraudes massives, principalement commises, semble-t-il, par le Parti démocratique du Kosovo (PDK) de M. Thaçi. Cet argument est facile à rejeter, car la concomitance des dates ne tient, à l’évidence, que de hasards du calendrier. Les élections du 12 décembre étaient un scrutin anticipé, dont la date n’a été fixée que début novembre. Que n’aurait-on dit si M. Marty avait publié ce rapport à la veille de ces élections !

Pour sa part, directement mis en cause, M. Thaçi a sorti l’artillerie lourde pour répondre à M. Marty. Dans une interview publiée le 30 décembre dans le Tages Anzeiger de Zürich, il reprend les accusations de racisme et va même jusqu’à comparer le rapport à la « propagande de Goebbels » (5). À l’inverse, l’affaire est également surexploitée dans le contexte politique suisse, quelques semaines après l’adoption par référendum d’une loi prévoyant l’expulsion des « étrangers délinquants ». La Présidente de la Confédération, Mme Micheline Calmy-Rey, a ainsi préféré « différer » la réception du « prix de la diaspora » qui devait lui être attribué fin décembre par l’ambassade du Kosovo à Berne. Les Albanais, en plus d’alimenter les chiffres de la délinquance en Suisse seraient des « trafiquants d’organes ». On comprend que certains veuillent opposer un déni d’ensemble à cette criminalisation collective.

De nombreux commentateurs estiment enfin qu’il serait « impossible » d’attribuer un tel crime à des Albanais, et tentent de « relativiser » la portée du rapport en rappelant l’ampleur des crimes commis par des Serbes, au Kosovo et ailleurs dans les Balkans. On ne peut que s’étonner du revirement de beaucoup, qui présentaient Mme Del Ponte comme une héroïne de la justice internationale quand elle traquait les criminels de guerre serbes, et sont sur le point de mettre en doute sa santé mentale depuis qu’elle a évoqué ce trafic. Mme Florence Hartman, ancienne porte-parole de Mme Del Ponte, a ainsi fustigé dans de nombreuses interviews « l’irresponsabilité » de l’ancienne Procureur, qui présenterait « comme des faits avérés de simples hypothèses », soulignant que les enquêtes menées par le TPIY n’avaient pas apporté de preuves concluantes. Or, ces enquêtes, notamment dans la fameuse « maison jaune » de Rripë, n’ont jamais pu être menées à bien, en partie à cause du refus de collaboration opposé par les autorités albanaises (6).

En attendant qu’une enquête sérieuse et systématique soit menée et puisse établir ou non la réalité du trafic d’organes, en attendant que des inculpations soient éventuellement prononcées par un tribunal compétent, on peut retenir comme acquis plusieurs faits. Tout d’abord, les corps de plusieurs centaines de Serbes et d’autres prisonniers de l’UCK n’ont jamais été retrouvés et il est très peu probable qu’ils le soient sur le petit territoire du Kosovo, où tous les sites éventuels de charniers et de fosses communes ont été identifiés et fouillés. Il est également certain qu’un nombre important de ces prisonniers ont été déportés en Albanie, où l’UCK disposait d’un réseau de centres de détention. On doit également admettre, plus de dix ans après les faits, qu’il est très probable que ces prisonniers sont aujourd’hui pour la plupart morts. Leurs corps n’ont pas non plus été découverts en Albanie (7).

Par ailleurs, l’existence d’un trafic d’organes au Kosovo, alimenté par des « volontaires » venant vendre leurs reins est également attestée. Des patients, principalement israéliens, se rendaient dans la clinique Medicus de Pristina pour recevoir des organes sains. Ce trafic implique un personnage très inquiétant, un chirurgien turc nommé Yusuf Erçin Sönmez, alias « Docteur Vautour », actuellement en fuite. L’affaire de la clinique Medicus, dont le procès vient de s’ouvrir à Pristina, n’est pas forcément liée à l’éventuel trafic d’organes pratiqué, dix ans plus tôt, sur des prisonniers de l’UCK, mais les coïncidences sont troublantes (8).

Les réactions dans les médias albanais, dans la classe politique et plus largement dans la société albanaise, notamment dans la diaspora (9), rappellent immanquablement l’attitude de déni longtemps opposée par de larges secteurs de l’opinion serbe face aux crimes commis par les forces serbes. Les deux arguments centraux sont les mêmes : « notre peuple ne peut pas avoir commis de telles atrocités », et « notre peuple a été victime de crimes encore pires que ceux qu’on lui impute ». La réalité des crimes commis par les forces serbes au Kosovo n’invalide pourtant pas l’hypothèse que certains Albanais aient pu commettre un autre crime, particulièrement abject.

Tout le problème est que « le peuple albanais » n’est aucunement coupable de cet éventuel trafic, tout comme « le peuple serbe » n’a pas à porter la responsabilité du massacre génocidaire de Srebrenica : ces crimes ont des coupables, dont il appartient à la justice d’établir la responsabilité personnelle. Ce travail de justice est la seule manière d’éviter à des peuples entiers, et aux générations futures, de porter le fardeau accablant d’une responsabilité collective. Au Kosovo, seul M. Albin Kurti, le dirigeant du mouvement Vetëvendosja (« Autodétermination ») semble avoir compris la véritable signification de ce qui est en train de se jouer. Il a officiellement demandé que la justice se saisisse du dossier de M. Thaçi, estimant que c’était la seule manière de laver l’ensemble des combattants et des sympathisants de l’UCK du soupçon d’une responsabilité collective (10).

En Albanie, une des rares voix critiques à s’être élevée est celle de l’essayiste Fatos Lubonja, ancien prisonnier politique du régime stalinien et grande figure de la gauche. Dans un article publié par le quotidien Panorama, M. Lubonja ose établir un parallèle entre ce crime, supposé, et celui, établi, de Srebrenica, en soulignant que les Albanais risquent désormais d’en subir le poids accablant sur leur conscience collective. Dénonçant le « front patriotique », qui se forme, de Tirana à Pristina, pour refuser une enquête, il écrit : « l’accusation est certes lourde, mais refuser l’enquête qui la confirmerait ou l’infirmerait est encore pire. Ce refus nous rend tous coupables et je crois que la plupart des Albanais ne veulent pas se sentir mêlés à ce genre de crimes » (11).

Les critiques de M. Marty pointent l’absence de preuves fournies par son rapport. La résolution adoptée à l’unanimité par la Commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe demande justement que des enquêtes soient diligentées pour établir ces preuves. Par la voix de sa représentante pour les Affaires étrangères, Mme Catherine Ashton, l’Union européenne a estimé que cette enquête devait être menée par la mission européenne Eulex, précisément chargée d’assister les institutions du Kosovo dans la construction de l’Etat de droit. Tout en répétant ses critiques, le gouvernement albanais a fait savoir qu’il ne s’opposerait pas à ce que cette enquête se poursuive sur son territoire. Pour sa part, Mme Del Ponte a soulevé le problème de la juridiction compétente pour se saisir d’une telle affaire : le TPIY ne pouvant plus ouvrir de nouveaux dossiers, il faudrait créer un tribunal ad hoc, ou bien transmettre le dossier à la Cour pénale internationale (CPI) (12).

Enfin, les responsabilités que pointent le rapport ne concerne pas seulement M. Thaçi et les anciens dirigeants de la guérilla albanaise. Dans son livre, Mme Del Ponte explique le mur auquel elle s’est heurtée lorsqu’elle a essayé, à partir de 2000, de mener des enquêtes sur les crimes supposés de l’UCK, citant nommément le chef de la mission de l’ONU, M. Bernard Kouchner, ainsi que le général français Valentin, alors commandant en chef de la KFOR. Pour tenter d’expliquer ce blocage, elle écrit : « Je suis certaine que les responsables de la MINUK et même de la KFOR craignaient pour leur vie et pour la vie des membres de leurs missions ». Plus loin, elle ajoute : « dans l’esprit de la MINUK et de la KFOR, [M. Hashim] Thaçi et [l’ancien chef militaire de l’UCK, M. Agim] Ceku ne représentaient pas uniquement un danger pour la sécurité de leur personnel et l’accomplissement de leurs missions : ils mettaient en péril tout l’édifice du processus de paix dans les Balkans » (13).

Dans une interview publiée le 21 décembre par le quotidien serbe Politika, le capitaine canadien Stu Kellock, ancien chef du département de police de la Minuk, déclare : « Je ne peux pas affirmer que Kouchner connaissait le trafic d’organe, mais il est impossible qu’il n’ait pas eu d’informations sur le crime organisé au Kosovo. » De fait, la lutte contre la criminalité organisée représentait l’une des priorités des missions internationales au Kosovo. Le capitaine Kellock explique également que « toute critique à l’encontre de Hashim Thaçi et de son entourage » était immédiatement rejetée dans les « cercles où [il] travaillait » (14).

Par « réalisme politique », plusieurs pays occidentaux ont fait le choix de jouer la « carte » politique que représentait M. Thaçi. On sait que ce dernier était conseillé, déjà durant la guerre, par des agents de certains services de renseignements, notamment de la DGSE française. L’implication directe de M. Thaçi dans de nombreuses activités illégales (racket, blanchiment d’argent, etc.) est également avérée. Par souci de ne pas « griller » un précieux allié politique, les « protecteurs » occidentaux de M. Thaçi ont fait le choix de passer l’éponge sur ces « péchés véniels ». Si une enquête confirme l’implication de M. Thaçi dans un abject trafic d’organes, la responsabilité de ses « protecteurs » occidentaux risque d’être accablante.

Interrogé par un journaliste serbe sur le trafic d’organes le 27 février dernier, alors qu’il se trouvait en voyage officiel au Kosovo, M. Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, avait éclaté de rire, avant de s’exclamer : « J’ai une tête à vendre des organes, moi ? », et de suggérer au journaliste « d’aller se faire soigner » (15). Le rire de M. Kouchner résonne aujourd’hui de manière sinistre.

Jean-Arnault Dérens

Rédacteur en chef du site Le Courrier des Balkans. Dernier ouvrage paru (avec Laurent Geslin) : Voyage au pays des Gorani (Balkans, début du XXIe siècle), Cartouche, Paris, 2010.
 

(1) Le rapport est disponible sur le site du Conseil de l’Europe.

(2) Traduction française : Carla Del Ponte, La chasse. Les criminels de guerre et moi, Paris, Héloïse d’Ormesson, 2009.

(3) Lire Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj, « Albanie et Kosovo : les camps de la mort de l’UÇK », Le Courrier des Balkans, 10 avril 2009.

(4) «

(5) « Martys Vorgehen erinnert mich an Goebbels », Tages Anzeiger, 30 décembre 2010.

(6) Lire Ben Andoni, « Trafic d’organes en Albanie : dans la “clinique fantôme” de Carla Del Ponte », Le Courrier des Balkans, 19 mai 2008.

(7) Rappelons que les autorités albanaises avaient refusé d’accéder en 2003 aux demandes des enquêteurs du TPIY, qui souhaitaient procéder à des exhumations dans le cimetière de Rripë. Ce refus a été officiellement justifié par des « raisons culturelles ».

(8) Lire « Trafic d’organes : le vaste réseau de “Docteur Vautour”, chirurgien turc », Le Courrier des Balkans, 21 décembre 2010.

(9) Lire Blerim Shabani & Sevdail Tahiri, « Le rapport de Dick Marty secoue la diaspora albanophone en Suisse », albinfo.ch, 20 décembre 2010.

(10) Lire « Kosovo : Vetëvendosje demande que Thaçi soit déféré devant la justice », Le Courrier des Balkans, 18 décembre 2010.

(11) Fatos Lubonja, « Pse refusohet raporti i Dick Martit ? », Panorama, 22 décembre 2010.

(12) Lire « Trafic d’organes de l’UÇK : Carla Del Ponte pour la saisine de la CPI », Le Courrier des Balkans, 23 décembre 2010.

(13) Carla Del Ponte, La chasse, op.cit., pp.460-461.

(14) Lire Rade Maroević, « Kušner je morao da zna », Politika, 21 décembre 2010, et R.S.V., « Trafic d’organces : Kouchner savait », Le Courrier des Balkans, 29 décembre 2010.

(15) La vidéo de cet échange circule beaucoup sur Internet. On peut la consulter sur Dailymotion.

Source : Le Monde diplomatique, Jean-Arnault Dérens, 04-01-2011


Bonne nouvelle, il n’est plus Premier Ministre !

Mauvaise nouvelle, il est désormais Président du Kosovo !

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Il est là, à droite…

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