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Le blog de Lucien PONS

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Frexit, classe ouvrière et socialisme – par Georges Gastaud, PRCF.

17 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le socialisme

Frexit, classe ouvrière et socialisme – par Georges Gastaud

par , PRCF

La candidature de François Asselineau aux présidentielles a relancé le débat : faut-il « seulement » sortir de l’ et se fixer cet objectif limité, « raisonnable » et « réaliste », sans se soucier d’engager la rupture avec le capitalisme ? Faut-il au contraire viser « d’abord » la rupture avec le capitalisme, la sortie de l’, de l’euro et de l’OTAN intervenant chemin faisant et par-dessus le marché (si du reste elle intervient : car cela ne figure pas au menu des « Etats-Unis socialistes d’ » chers aux héritiers de Trotski…)? Ou bien encore, faut-il, comme le propose le PRCF, articuler une stratégie de «  progressiste » d’emblée articulée sur la rupture avec le capitalisme, c’est-à-dire en clair, orientée vers la révolution socialiste ? Et pour cela promouvoir à la fois l’objectif minimal d’une sortie de l’euro/UE/OTAN et l’objectif stratégique de la transformation socialiste de la France en les associant l’un à l’autre par le truchement d’un programme de transition révolutionnaire axé sur la défense de la paix, l’antifascisme, la nationalisation démocratique des secteurs-clés de l’économie, l’élargissement de la démocratie populaire et la recherche de coopérations internationales élargie à tous les continents ?

Sortir de l’UE sans rompre avec le capitalisme ?

Il est clair que la première réponse ne peut convenir à des révolutionnaires : le Brexit de droite promu par le parti UKIP et porté par Theresa May ne peut évidemment améliorer durablement le sort des ouvriers britanniques, pas plus que le protectionnisme retors affiché par D. Trump ou par son admiratrice Marine Le Pen n’est susceptible de remettre en selle les millions de cols bleus déclassés par les délocalisations… A moins bien sûr que la classe ouvrière anglaise, dans laquelle les thèmes anticapitalistes refont surface au grand dam des caciques travaillistes, ne réoriente le Brexit dans la bonne direction en retrouvant ses fières traditions combatives : mais dans ce cas, il faut modifier l’hypothèse examinée, car il ne s’agirait plus dès lors d’un Frexit de droite et que l’horizon d’une transformation socialiste de la Grande-Bretagne se dessinerait de nouveau…

Mais surtout, la situation française est telle que le Frexit ne peut être mené jusqu’au bout que sur des bases d’emblée populaires, progressistes et in fine, anticapitalistes. En effet, le MEDEF, le CAC-40, les banques « françaises », en un mot l’impérialisme « français »*, sont unanimement acquis à la « construction » européenne, à l’ « Union transatlantique », à la « reconfiguration du territoire national », tout cela s’opérant dans une « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » (comme y oblige le Traité de Maastricht) : ces orientations ont du reste été écrites noir sur blanc et mises en cohérence dans le manifeste-programme du MEDEF toujours en vigueur intitulé Besoin d’aire (déc. 2011). Qu’importe si ces orientations euro-atlantiques flamboyantes, destinées à obtenir aux oligarques « français » une place au soleil de la mondialisation germano-yankee, débouchent sur le déclassement massif des travailleurs industriels, de la paysannerie laborieuse, des artisans « ubérisés », sur l’humiliante éviction du français au profit du tout-anglais, sur les « coopérations renforcées » avec Berlin, voire sur la fusion des armées allemandes et françaises au sein de l’OTAN, en un mot sur le démontage final de l’Etat-nation qui constitue la feuille de route commune de MM. Gattaz, Macron et Fillon** ? Comme en outre le « Frexit » ne peut guère être porté avec esprit de suite par les « couches moyennes », fussent-elles « altermondialistes », qui hésitent toujours par nature entre le camp du capital (donc de l’UE) et celui du travail (72% des ouvriers ont voté non à l’euro-constitution en 2005 !), il ne reste que la classe ouvrière, et plus généralement, que la classe des travailleurs salariés, pour mener le Frexit jusqu’au bout et avec esprit de conséquence. Alors que le Parti Maastrichtien Unique (PS, LR, EM…) et ses satellites « euro-constructifs » (euro-écolos, euro-« communistes », euro-trotskistes***…) conduit (ou accompagnent en geignant) la casse des conventions collectives, des statuts, du code du Travail, des retraites par répartition, de la Sécu, des services publics, du secteur industriel nationalisé (notamment EDF) pilotés par Berlin/Bruxelles (faut-il d’ailleurs dire Bruxlin ou Berxelles ?), c’est bien pour sauver ses acquis sociaux, pour augmenter les revenus du travail, bref, pour vivre mieux, que la classe laborieuse doit, peut et veut de plus en plus s’extraire de ce broyeur d’acquis, de souverainetés, de libertés et de paix mondiale, qu’est depuis toujours l’UE de par l’essence même de ses traités et des forces de classe qui l’ont construite,.

La conclusion inévitable est donc que l’orientation sociale du Frexit, son contenu de classe (en clair, quelle classe sociale pilote-t-elle le Frexit et vers quel objectif socio-économique ?) est capitale pour sa réussite elle-même, qui ne peut évidemment se contenter de demi-mesures : à un moment, il faudra bien que la France ouvre la porte de l’euro-prison… et qu’elle la referme derrière elle ! Bien entendu, la sortie de l’euro-UE-OTAN ne peut suffire pour produire la rupture avec le capitalisme pas plus que l’envol d’une fusée à plusieurs étages ne garantit à lui seul que le satellite qu’elle porte à son faîte soit finalement placé correctement sur orbite. Comme disent les mathématiciens, le Frexit est la condition nécessaire, non la condition suffisante d’une sortie du capitalisme, et c’est bien par la sortie de l’UE qu’il faut commencer, à la fois parce qu’on ne peut pas sortir de son pays sans d’abord sortir de sa maison et parce que, de fait, l’idée de reconstituer conjointement l’indépendance nationale et le progrès social est bien plus rassembleuse pour commencer (mais la soif de liberté croît à mesure qu’on y goûte…) que les idées, aujourd’hui très minoritaires, de socialisation des moyens de production, de dictature du prolétariat et de marche vers la société sans classes (idées sans lesquelles le mot « socialisme » est vide de sens). Mais si ce que nous avons énoncé ci-dessus est exact (et nous attendons avec impatience une réfutation appuyée sur des faits !), la relation entre Frexit et rupture avec le capitalisme est bien plus complexe qu’une simple relation mécanique de condition nécessaire à condition suffisante dans laquelle la première se contenterait d’inclure la seconde comme une possibilité formelle. Car on ne peut tout bonnement pas « allumer » l’intérêt des masses populaires, principal support d’un Frexit véritable, allant au bout des choses, sans lier d’emblée ce Frexit à la renationalisation des entreprises privatisées, à la reconstruction de la protection sociale, à la réduction rapide des inégalités criantes, à la reconstruction résolue, menée tambour battant, du produire en France industriel et agricole, c’est-à-dire sans lier le Frexit à toute une série d’objectifs progressistes, antifascistes, anti-impérialistes, qui ne peuvent que heurter tous azimuts les intérêts capitalistes en accusant crûment la dimension de classe aiguë de la « construction européenne » et en marquant a contrario la dimension de classe révolutionnaire d’une sortie par la gauche de l’euro-prison.

Ce n’est nullement qu’il faille mettre la charrue avant les bœufs, à la manière des gauchistes, en réclamant magiquement, en dehors de tout rapport des forces concrets, « le socialisme tout de suite, sinon rien ! ». En effet, des orientations de ce genre, dans le cadre des rapports de forces idéologiques encore très marqués par le recul de la conscience de classe, ne sont que des incantations, des mots jetés au vent. En réalité, ce babillage « hyper-révolutionnaire » éloigne la classe ouvrière de ce qu’elle doit conquérir de toute nécessité pour effectuer pratiquement la révolution socialiste : le rôle dirigeant dans un vaste rassemblement populaire majoritaire capable d’isoler et de vaincre le grand capital maastrichtien. Au contraire, le babil gauchisant (les mots ne coûtent pas cher et le symbole de la révolution n’est pas le mégaphone impuissant du NPA mais l’alliance des producteurs signifiée par la faucille et par le marteau) isole le prolétariat et abandonne à des fractions de la moyenne bourgeoisie (UPR), voire de la grande (Le Pen), le drapeau de l’union populaire pour tirer la nation des griffes des oligarques. Ce n’est pas la sortie du capitalisme qui est le préalable au Frexit progressiste, car dire cela reviendrait à dire qu’il faut magiquement mettre le satellite sur orbite avant d’avoir fait décoller la « fusée » : mais c’est bien et bien le sens antifasciste, progressiste, ouvrier, populaire, anticapitaliste en un mot, du Frexit qui peut d’emblée allumer l’intérêt de dizaines de millions de « petites gens » ; et pas seulement l’attention de milliers d’intellectuels progressistes, si respectables soient-ils, pour une rupture franche, décidée, « carrée », avec l’UE. En conséquence, la sortie de l’UE/OTAN doit être d’emblée conjuguée à un programme positif et clairement anticapitaliste de progrès social et de nationalisations démocratiques qui permette rapidement aux travailleurs de respirer et de vivre mieux : sans quoi la contre-attaque des adversaires du FREXIT serait terrible, les masses travailleuses ne le défendront pas au moment critique et tout cela aboutira à court terme à atteindre l’objectif mal dissimulé de l’oligarchie : la liquidation pure et simple de la nation (cette dénationalisation ultime de la France figure déjà en filigranes dans le programme de Macron, l’homme du tout-anglais officialisé, de l’hyper-régionalisation, de l’ubérisation générale, du démontage rapide des protections sociales, de la « défense franco-allemande », etc.).

Contre-épreuve de cette démonstration positive : ni Debout la République ni le FN ne vont jusqu’au FREXIT « carré ». Non seulement le programme du FN est fort timide sur le plan social (la proposition-phare de rétablir la retraite à 60 ans est bidon puisque le FN ne supprimerait pas les 42 annuités et les décotes), mais il ne s’agirait même pas d’un Frexit de plein exercice. MLP ne propose en fait que « la sortie concertée de l’euro » (pas de sortie sans le feu vert d’Angela !), qu’un référendum sur l’UE (comme l’a fait David Cameron, et en se gardant de dire à l’avance ce qu’elle voterait elle-même). Dans la réalité, la « sortie de l’euro » servirait surtout de monnaie d’échange avec les LR dans le cas où le FN ayant conquis l’Elysée, il ne pourrait compter d’emblée sur une majorité de députés FN à l’Assemblée ; si bien qu’il aurait grand besoin pour gouverner des députés LR ou du moins, de leur partie la plus fascisante. Qui ne voit qu’alors le maintien (« provisoire », ben voyons !) de la France dans l’UE/euro, serait la condition du soutien au FN des LR du type « droite forte », le vrai but d’un éventuel bloc gouvernemental FNLR étant alors de « remettre la France en ordre », c’est-à-dire de briser la CGT, de mater les quartiers populaires, de renforcer et de militariser l’Etat policier… tout en demeurant bien sagement dans une pseudo-« Europe des nations » criminalisant le communisme, célébrant ses « racines chrétiennes » (et blanches) et trouvant de nouveaux arrangements impérialistes avec les USA (notamment contre la Chine et les Etats arabes).

Rompre avec le capitalisme sans sortir de l’UE ?

affiche du PRCF de 2005 pour le non à toute constitution européenne

Il est besoin de moins de mots pour réfuter la proposition euro-trotskiste, ainsi que les arguties pseudo-léninistes de certains groupes qui n’ont manifestement rien compris au 7ème Congrès de l’Internationale communiste ainsi qu’au rapport qu’y prononça Dimitrov, le secrétaire général de l’IC fraichement arraché aux geôles hitlériennes. Qui ne voit que refuser de faire campagne sur la sortie de l’UE dans la perspective d’emblée proclamée d’une rupture révolutionnaire avec le capitalisme, c’est, de fait, protéger à la fois l’UE… et le capitalisme ? Qu’importe aux capitalistes que de braves Besancenot, Poutou et autre Nathalie Arthaud s’époumonent aux cris de « à bas le capitalisme ! », et « révolution immédiate », « internationale » et même « permanente » (ce que, soit dit en passant, le trotskisme promet depuis 100 ans sans l’esquisse d’un début de réalisation, et pour cause…). Quand on coupe d’emblée l’objectif de la révolution prolétarienne de toutes les luttes démocratiques, patriotiques et antifascistes (car tous ces milieux minimisent, voire nient la fascisation galopante et la nécessité d’une large mobilisation spécifique contre elle), de la défense de la paix contre l’impérialisme (car les mêmes renvoient dos à dos l’impérialisme US agresseur et, qui « le régime russe », qui « la dictature chinoise », qui « le régime de Damas », qui le Venezuela bolivarien…), de la défense du « produire en France » (considéré comme étant d’essence xénophobe alors qu’il est la condition vitale pour que la classe ouvrière, française et immigrée, ne finisse pas massivement déclassée en « plèbe » de type romano-impérial), de la sauvegarde des langues nationales (car sans doute c’est une « ouverture internationaliste » que de laisser l’impérialisme américain imposer partout SA langue et SA « culture » pourrie par le fric !) et de la souveraineté des peuples, comment veut-on que le socialisme puisse prendre corps dans de véritables luttes de masse, comme ce fut invariablement le cas lors des Révolutions chinoise, cubaine, vietnamienne, sans parler de la Révolution d’octobre accomplie sous le drapeau de la paix pour tous et de la terre aux paysans ? Comment veut-on, tout bonnement, catalyser le « tous ensemble » nécessaire pour stopper l’offensive antisociale si l’on nie le cadre national lui-même, ou si l’on refuse de voir combien la « construction européenne » peut – à la manière de critères de convergence au négatif – fédérer les luttes contre les privatisations (travailleurs du public), les délocalisations (travailleurs du privé), l’ubérisation, etc. ? Etranges « matérialistes marxistes » qui, sous couvert de maximalisme verbal, refusent en fait de construire le Front antifasciste, patriotique, populaire et écologique qui peut unir autour des travailleurs l’ensemble des couches populaires et moyennes pour isoler le capital financier, état-major du mode de production capitaliste, et préparer ainsi dans les actes les conditions du renversement général de la classe capitaliste ? Exiger mille fois la lune sans jamais construire la fusée, pire, harceler en permanence ceux qui essaient de construire ladite fusée sans oublier de placer à sa cime le « spoutnik » révolutionnaire, c’est se conduire en mouches du coche, ce meilleur allié, non pas du « petit cheval rouge » qui s’efforce de tracter la charrette, mais de la pente contre-révolutionnaire, qui tire en continu la charrette vers le bas, vers la défaite et le découragement. Pire que pire, abandonner à la réaction le drapeau de la Nation – issu d’une des plus grandes révolutions de l’histoire s’agissant de la France ! -, la Marseillaise (un hymne appelant le peuple à s’armer !), la langue française (porteuse d’un héritage frondeur qui va au minimum de François Villon à Aimé Césaire en passant par Hugo !), voire le produire en France, base d’existence matérielle du prolétariat, c’est abandonner la classe ouvrière au fascisme. C’est ce que n’ont pas craint de faire certains faux communistes qui expliquaient encore il y a peu aux ouvriers raffineurs, épicentre de la lutte contre la Loi Travail, qu’il ne serait pas si grave que certaines raffineries françaises fussent délocalisées dans le tiers-monde « puisque tous les travailleurs sont frères » ? Que dire de ces « généreux » individus qui font de l’internationalisme pseudo-prolétarien sur le dos des ouvriers du « nord » jetés à la rue pour que MM. les capitalistes gagnent encore plus d’argent sur le dos des prolétaires du Sud… tout en aggravant sans cesse les conditions de vie de tout le monde ?

 Le seul « argument », mille fois réfuté déjà – mais il n’est pire sourd que qui refuse d’entendre ! – de l’anti-« frexisme » pseudo-révolutionnaire est alors de dire à ceux qui veulent construire une République sociale rompant avec l’UE et en route vers la révolution : « vous êtes d’affreux « étapistes », vous voulez une « démocratie avancée » éludant la révolution, pis, vous voulez refaire le « honteux » compromis historique de 1945 qui a vu des ministres communistes (Thorez, Croizat, Paul, Tillon, excusez du peu…) intégrer un gouvernement présidé par de Gaulle au lieu de lancer bille en tête les FTP et les « milices patriotiques » à la conquête du pouvoir d’Etat (avec l’armée américaine sur le territoire ? Et en prenant le risque irresponsable d’un affrontement mondial immédiat entre les USA, nouvellement doté de l’arme atomique, et l’URSS, victorieuse de Hitler au prix de trente millions de morts ? Notons d’abord que le bilan des ministres communistes de 45-47 n’a rien de honteux. Au contraire, il est proprement glorieux et il a apporté au peuple français ses plus grandes conquêtes depuis 1793 : nationalisation de Renault, d’EDF-GDF, de l’Aéronautique (SNECMA) et des Charbonnages de France, création comités d’entreprise, fondation du CEA et relance du CNRS, rénovation démocratique de l’école, code du travail, droit de vote des femmes, justice spécifique pour les mineurs, généralisation des conventions collectives, statut du mineur et du fonctionnaire, retraites par répartition et, cerise sur le gâteau, Sécurité sociale remboursant les soins médicaux à 100%… Qui dit mieux en l’espace de deux ans de présence combative au gouvernement ? Et qui ne voit, puisque l’on accuse les défenseurs du CNR de « passéisme », que la défense de tous ces « conquis » est au cœur des luttes actuelles où s’affrontent les défenseurs de l’UE et les partisans de nouveaux « Jours heureux » réconciliant démocratie, progrès social et indépendance nationale ?

Mais surtout, ce sont les sectaires et les dogmatiques du « socialisme tout de suite, sinon rien ! », qui télescopent les époques. En guise d’épouvantail réformiste, ils s’inventent en effet une « étape » démocratique, un « compromis historique », une sorte de « troisième voie » interminable entre capitalisme et socialisme qui résulterait selon eux de la stratégie de Frexit progressiste. L’auteur de ces lignes a cent fois expliqué que, précisément, les époques sont différentes. En 45, un compromis historique était possible à l’international (Yalta) et à l’échelle nationale (France, Italie, Belgique…), non seulement pour des raisons de rapport des forces, non seulement parce qu’un objectif de classe non négligeable était d’empêcher Washington de mettre la France sous tutelle directe (AMGOT, monnaie américaine). C’est déjà pour contrer cet objectif antinational que le PCF clandestin s’était rapproché de de Gaulle, isolant ainsi le général Giraud, la marionnette maladivement anticommuniste et néo-pétainiste que voulaient imposer Londres et Washington. A l’époque, un courant politique de masse comme le gaullisme était encore historiquement possible : ce courant, certes bourgeois et impérialiste, pouvait alors « naviguer » entre les deux Grands issus de la guerre, l’américain et le soviétique, pour permettre à la France capitaliste, sortie très affaiblie de la guerre, de tirer son épingle du jeu sur le plan international (en clair, de tenir en respect les Anglo-Saxons tout en restant dans le camp capitaliste). La mission de classe du gaullisme était aussi de préparer les fusions monopolistes qui, à l’époque, devaient alors encore s’opérer principalement à l’échelle nationale. Bref, la grande bourgeoisie – qui n’a jamais été réellement patriote, ni même gaulliste, et qui ne le sera jamais, sa seule patrie étant son tiroir-caisse – pouvait alors miser conjoncturellement sur un courant bourgeois patriotique légitimé par la « France libre ». Et bien sûr elle était aussi forcée de le faire parce que le courant patronal collabo était sorti discrédité de la défaite commune de Hitler et de Pétain. Et ce fut la mission principale du pouvoir gaullo-pompidolien, entre 1958 et 1974, que de constituer avec l’aide de l’Etat ces géants financiers et industriels nationaux que furent Rhône-Poulenc, la BNP, Péchiney-Ugine-Kulhmann, Schneider-Creusot-Loire, etc.

Or cette ère « nationale » de la grande bourgeoisie hexagonale est pour l’essentiel révolue pour deux raisons.

Parce que l’URSS est tombée, que les nouveaux rapports de forces entre puissances capitalistes ont globalement desservi l’impérialisme français à l’avantage des USA et de l’Allemagne « unifiée », codirigeants de l’UE libre-échangiste, antirusse et re-colonisatrice des pays de l’Est. Il y a donc moins d’espace géopolitique pour un néo-bonapartisme gaullien (au sens que Marx donne au mot « bonapartisme » dans son 18 Brumaire de Louis Bonaparte) naviguant entre l’Est et l’Ouest. Mais il y avait aussi bien moins d’espace « intérieur » pour des fusions monopolistiques purement nationales : à l’heure de la mondialisation américaine et de l’Europe allemande, la concentration capitaliste s’opère en effet au minimum à l’échelle continentale et transcontinentale : Renault-Nissan, PSA/Opel, Alsthom/General Electrics, France-Télécom/ « Orange », etc. D’où le « besoin d’aire » de l’oligarchie patronale « française » (dans le temps on osait dire : « espace vital » ou « Lebensraum »). D’où la germanophilie mâtinée d’atlantisme de « notre » bourgeoisie profondément honteuse de ce qui fait notre fierté, les acquis sociaux, et qu’elle nomme dédaigneusement l’ « exception française ». D’où le basculement des oligarques et de tous les snobs qui la courtisent à l’English Mother Tongue (l’anglais langue maternelle). D’où ce couple morbide que forment la xénophobie d’Etat et de l’auto-phobie nationale dont nous avons révélé les racines de classe dans un autre article. Si bien qu’aujourd’hui, si les bases d’une union du peuple de France formée contre le grand capital et centrée sur la classe travailleuse existent plus que jamais (ce que le PRCF nomme le FR.APPE), les bases d’un compromis historique « national » du type de celui qui se forma très brièvement en 1945, où le rôle dominant était tenu par le Général, et dont le socialisme n’était pas l’objectif à court terme, se sont effilochées. Aujourd’hui, la reconstitution des acquis sociaux du CNR et la sortie connexe de l’UE atlantique qu’impose cette reconstitution ne pourraient conduire qu’à de rapides et brutaux affrontements de classes entre le bloc populaire conduit par la classe ouvrière et le bloc maastrichtien de plus en plus fascisant conduit par l’oligarchie hexagonale et par ses alliés extérieurs (notamment, l’Axe Washington-Berlin). Ainsi, non seulement le Frexit progressiste n’ajournerait pas sine die le socialisme pour la France, mais – si les communistes et les syndicalistes de classe jouent vraiment leur rôle – il rapprocherait au contraire, de manière concrète et sur des bases de masse, la « lutte finale » entre capital et travail, entre capitalisme et socialisme.

En en mot, ceux qui ne voient, à droite « que » la sortie neutre,  « raisonnable », comme dit M. Dupont-Aignan, de l’euro-destruction nationale et ceux qui, « à gauche » refusent d’affronter l’UE sous couvert de « socialisme tout de suite sinon rien », commettent la même erreur antidialectique. Incapables de voir les choses dans leur dynamique et leurs interactions dialectiques, il refusent de voir que :

  • le Frexit lui-même nécessite – pour être mené jusqu’au bout, la rupture effective avec l’euro-UE-OTAN – d’être porté par un programme franchement progressiste de transition révolutionnaire, donc par un parti communiste centré sur le monde du travail et associant le drapeau rouge au drapeau tricolore ; bref le contraire du « ni droite ni gauche » de plusieurs groupes souverainistes actuels qui croient ainsi sortir du « système » alors même que ledit système fait tout pour mettre en place un second tour Le Pen/Macron qui oblitèrerait la vieille opposition du camp réactionnaire et du camp progressiste. Alors que notre tâche est de faire à nouveau coïncider camp progressiste, camp capitaliste et camp anti-UE (comme à l’époque où existait un vrai PCF).
  • la dynamique du Frexit devra, pour gagner, pour ne pas être rapidement balayée par les forces euro-atlantiques internes et externes, s’appuyer sur une dynamique de classe dont le terme sera, soit le socialisme, soit l’euro-dissolution de la France et la fascisation de l’Europe occidentale ; car sans cette orientation violente, la classe dominante ne saurait durablement imposer ce viol sanglant des peuples que serait la création de l’Empire euro-atlantique sur la ruine des Etats-nations nés de la Révolution française, de l’insurrection nationale grecque contre les Ottomans, du Printemps des peuples de 1848 et du Risorgimento italien. Plus que jamais patriotisme républicain et internationalisme prolétarien de nouvelle génération convergent tant il est vrai que, pour parachever la mise en place de l’Empire euro-atlantique ultraréactionnaire, il est nécessaire de liquider le pays de la Révolution jacobine comme a déjà été liquidé l’Etat hérité de la Révolution bolchévique.

C’est pourquoi concrètement les militants communistes doivent tout à la fois saisir les occasions de faire germer « en bas » l’alliance euro-critique, anti-FN et anti-OTAN du drapeau rouge et du drapeau tricolore (tel est le sens de l’appui critique, mais franc et dynamique, que le PRCF apporte à la candidature Mélenchon), de déployer l’unité d’action communiste, de promouvoir un programme communiste commun de Frexit progressiste. Ce pourquoi il faut s’adresser, non aux euro-trotskistes qui protègent « de gauche » la « construction européenne », non aux souverainistes de droite qui combattent les communistes ou qui veulent les mettre à la remorque, mais à la classe ouvrière, aux syndicalistes de classe, aux patriotes antifascistes, à tous ceux qui acceptent les « deux drapeaux » en rejetant catégoriquement l’oriflamme bleu marine et le drapeau impérial de l’UE atlantique. Ainsi remettra-t-on définitivement « le monde du travail au centre de la vie nationale », comme le prescrivait le programme du CNR intitulé Les Jours heureux.


* cette réalité n’en est pas moins une contradiction dans les termes : ce qui ne surprendra pas les dialecticiens !

** Et aussi, en réalité, de B. Hamon, lequel est, soit bien naïf, soit suprêmement rusé…

***nous disons « euro-trotskistes » car apparemment, il existe aussi désormais en France, des militants de tradition trotskiste qui sont opposés à l’UE : tant mieux évidemment.

Georges Gastaud est auteur notamment de

  • Lettre ouverte aux bons français qui assassinent la France, Le Temps des Cerises, 2005
  • Patriotisme et Internationalisme, 2010, edition du CISC
  • Marxisme et Universalisme, Classes, Nations, Humanité, 2015, Delga
  • Lumières Communes, Traité de philosophie à la lumière du matérialisme dialectique, 2016, Delga
  • Mondialisation capitaliste et projet communiste, Le temps des cerises, 1997
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ALERTE : URGENCE MARINALEDA. Une pétition à signer pour sauver cette expérience exceptionnelle. Par le Collectif Marinaleda 81 et de Jean Ortiz

17 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée, #La lutte des classes, #Le syndicalisme, #Le socialisme

ALERTE : URGENCE MARINALEDA. Une pétition à signer pour sauver cette expérience exceptionnelle. Par le Collectif Marinaleda 81 et de Jean Ortiz

Collectif Marinaleda 81 et de Jean Ortiz :

 

http://www.mesopinions.com/pet ition/politique/privatisation- marinaleda/27234
http://www.humanite.fr/blogs/a lerte-urgence-marinaleda-62995 8

 

ALERTE : URGENCE MARINALEDA

 

Marinaleda, village andalou en autogestion, est quasiment la seule expérience de ce type en Europe. Et ça marche !

 

Il aura fallu plus de 10 ans d’occupation de terres, de répression, de violences du pouvoir, de privations, pour que les « sans-terre » de Marinaleda arrachent 1 200 hectares au duc de l’Infantado, ami du roi père, et grand propriétaire dont les domaines s’étendent à l’infini.

 

Depuis, Marinaleda a créé un mode de fonctionnement non capitaliste : égalité des salaires, auto-construction (15€ par mois à la charge des familles), services à la population gratuits, pas de chômage, décisions prises en assemblées générales de la population (40 à 50 par an).

La communauté s’est dotée d’une usine coopérative : fabrication d’huile d’olive. L’expérience peut devenir contagieuse... Son maire, J. M. Gordillo, réélu depuis 30 ans, a été victime d’agressions, de tentatives d’assassinat. L’existence même de Marinaleda insupporte la droite et ici le Parti socialiste Espagnol (PSOE) qui dirige le gouvernement autonome andalou. La présidente de la Junta, Susana Díaz vise le leadership national du parti. Le PSOE souhaite en finir avec cet havre de « socialisme ».

La Junta a mis en demeure la communauté d’acheter les terres, qui avaient été conquises de haute lutte contre le duc. Pour le maire et les habitants de Marinaleda, pas question d’acheter la terre. Ils la travaillent en usufruit. En partagent les fruits. Et puis la terre n’est pas un bien marchand, m’a dit, il y a quelques minutes le charismatique maire. En fait, le gouvernement socialiste andalou, en attaquant Marinaleda, veut renflouer ses caisses, et surtout liquider cette « utopie concrète ».

 

Tous solidaires et vigilants !

Nous sommes tous Marinaleda.

 

Signez la pétition qui circule. Elle est incomplète, mais a le mérite d’alerter.

http://www.mesopinions.com/pe tition/politique/privatisation -marinaleda/27234
 

Jean Ortiz

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USA: NOUVEAU RECORD au 31 Décembre 2016: Plus de 102,63 MILLIONS d’américains sont sans emploi

8 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Economie, #Les transnationales, #La lutte des classes, #Le socialisme, #l'horreur économique, #Services publics

USA: NOUVEAU RECORD au 31 Décembre 2016: Plus de 102,63 MILLIONS d’américains sont sans emploi

 
USA: NOUVEAU RECORD au 31 Décembre 2016: Plus de 102,63 MILLIONS d’américains sont sans emploi

Le nombre d’américains se trouvant hors de la population active (en dehors du marché du travail) vient d’atteindre un nouveau record au 31 Décembre 2016, selon les nouvelles données sur l’emploi publiées ce vendredi 06 janvier 2017 par le département du travail américain (Bureau of Labor Statistics-BLS).

Le Département du Travail Américain (Bureau of Labor Statistics – BLS) rapporte ce vendredi 06 Janvier 2017 que 95,102 millions d’américains (âgées de 16 ans et plus) n’étaient ni employés le mois dernier, ni en recherche active d’un emploi durant les quatre dernières semaines.

Le nombre d’américains se trouvant en dehors du marché du travail a augmenté de 18.000 personnes sur le mois de Décembre 2016 (424.000 sur les 2 derniers mois – Nov/Déc) et d’1,124 million par rapport au mois de décembre 2015, battant ainsi le record du mois de Novembre 2016 qui s’élevait à 95,055 millions d’américains exclus du marché du travail (Chiffre révisé en hausse à 95,084 millions). Le nouveau record est à présent de 95,102 millions d’américains se trouvant exclus du marché du travail au 31 Décembre 2016( Not in labor force). Mais on peut pousser un peu plus loin encore la synthèse puisqu’il faut ajouter à ce nombre, les 7,529 millions d’américains officiellement déclarés au chômage (unemployed-Chiffre qui a lui aussi augmenté sur le mois de Décembre 2016).

En résumé: 95,102 + 7,529= 102,631 millions d’américains se trouvent sans emploi au 31 Décembre 2016.

USA: NOUVEAU RECORD au 31 Décembre 2016: Plus de 102,63 MILLIONS d’américains sont sans emploi
Ci-dessous, vous trouverez le graphique partagé généreusement par la Réserve Fédérale de Saint Louis sur le nombre d’américains âges de 16 ans et +, se trouvant en dehors de la population active au 31 Décembre 2016: NOUVEAU RECORD à 95,102 MILLIONS

 

De plus, le taux de participation à la population active se situe à 62,7 % au 31 Décembre 2016. Ce taux de participation à la population active n’a jamais été aussi bas depuis Décembre 1977.

Vivre à l’année sur un parking, …. Voilà ce qu’il reste à la classe moyenne américaine.

USA: Remake des années 30 ? … Le pourcentage d’hommes sans emploi est identique à celui de la grande dépression

Ci-dessous, vous trouverez le graphique partagé généreusement par la Réserve Fédérale de Saint Louis sur le taux de participation à la population active: 62,7 % au plus bas depuis Décembre 1977

Le taux de chômage serait de 22,7% au 31 Décembre 2016 selon le site shadowstats de John
Williams.

Comme vous le voyez, le taux de chômage aux Etats-Unis est situé entre 20 et 25 %. Qui a parlé de reprise aux Etats-Unis ? Quand on sait que les taux de chômage en Espagne ou en Grèce se situent « officiellement » dans les 22 % ou plus, il y a de quoi avoir froid dans le dos.

Vous me direz certainement que vous le saviez, que cela n’apporte rien, ou que nous ne sommes pas mieux avec nos 9 millions de chômeurs « officieux », je vous répondrai simplement que tous les analystes se basent sur les chiffres officiels pour leur prévision, autant dire qu’avec un taux aussi biaisé ils ne risquent pas d’être au bout de leur surprise !

Olivier Delamarche-02/01/17: Oui, en effet , il y a eu des emplois créés aux Etats-Unis depuis 2008 mais pour des gens de plus de 55 ans et non pas dans la catégorie 25-55 ans avec un taux de multi-emplois qui n’a jamais été aussi élevé à 8.170 millions d’américains qui ont plusieurs jobs parce que sinon, ils ne s’en tirent pas. On a aujourd’hui des gens qui ont perdu des boulots à temps complet et qui ont été réngagés à temps partiel et lorsque vous réembauchez la même personne à temps partiel parce qu’il a 3 boulots, vous le comptez comme 3 engagements… Ce qui est FAUX ! On a détruit des boulots qui étaient très bien payés dans l’industrie manufacturière et on en a engagé une pelleté, c’est monumental ce qui s’est passé, dans les restaurants et les bars. Et pour l’emploi, je continue, je persiste et je signe, il y a 102,5 millions d’américains qui sont sans emploi… ce qui représente 1/3 de la population américaine. Excusez moi mais je pense que c’est inquiétant. Et on a 50 millions d’américains qui sont au food stamps (resto du coeur)

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Quel programme économique pour la France en 2017 ? par Jacques Sapir

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Economie, #Les transnationales, #La lutte des classes, #Le socialisme, #l'horreur économique, #Services publics

Quel programme économique pour la France en 2017 ?

 

La situation économique et sociale de la France a atteint aujourd’hui un point critique. Non seulement la désindustrialisation y fait des ravages, mais le chômage de masse menace de faire basculer notre pays socialement dans un retour au XIX siècle (ce qui est même théorisé par certains) et politiquement dans l’anomie. Seule, une forte croissance peut permettre au pays de surmonter les problèmes politiques auxquels il est confronté et d’affronter les défis des prochaines décennies. Car, ces défis sont multiples. Il s’agit à la fois de mettre fin au chômage de masse[1], de préserver notre modèle social hérité de la Libération de 1945 (et qui est attaqué tant par François Fillon que par Emmanuel Macron ou Manuel Valls), mais aussi de réaliser des avancées nécessaires et urgentes dans le domaine écologique. Il faut une croissance forte, mais une croissance qui profite à tous !

Le travail d’un économiste n’est pas celui d’un homme (ou d’une femme) politique. Il consiste à indiquer ce qui est souhaitable en restant dans le cadre de ce qui est possible. C’est en particulier le cas en année électorale. C’est donc le but des lignes qui suivent.

 

I. La nécessité d’un impératif de cohérence en matière de politique économique

Cet objectif impose à tous ceux qui y souscrivent un effort de cohérence. Aujourd’hui, la question du coût comparé du travail et de la protection sociale entre la France et d’autres pays est une question centrale. Soit, comme M. François Fillon (mais aussi François Hollande et Manuel Valls), on opte pour un retour vers le XIX siècle[2], avec une baisse des salaires et un démantèlement du droit du travail (la fameuse loi El Khomri) et de la protection sociale, soit on rompt avec le système de contraintes qui aujourd’hui emprisonne l’économie française. Ces contraintes sont connues. Elles sont, pour partie, le produit des orientations de la politique de l’Union européenne, ce que l’on appelle les GOPE. Elles sont, pour une autre partie, le produit soit direct, soit indirect, de la monnaie unique. Un exemple le montre bien : l’évasion (et la fraude) fiscale des entreprises équivaut à peu près aujourd’hui au déficit budgétaire. Or, il n’est pas possible de lutter contre cette fraude dans une situation de libre circulation des capitaux. Aujourd’hui, le gouvernement dépense, en matière budgétaire, plus que le déficit pour soutenir les entreprises. Mais, ce soutien n’est nécessaires, dans sa forme actuelle, qu’en raison de l’écart de compétitivité que nous impose l’Euro, qui pénalise la France de plus de 20%[3] par rapport à l’Allemagne, par exemple.

Il n’est pas, il n’est plus, possible de penser la croissance économique, et l’effort nécessaire pour une ré-industrialisation de notre pays dans le cadre de la monnaie unique, l’Euro. Cela, de nombreux économistes ne cessent de l’écrire, tels dernièrement Oliver Hart[4], Christopher Pissarides ou Joseph Stiglitz[5] ci-devant Prix Nobels, ou encore Peter Bofinger[6], Heiner Flassbeck, Hans Werner Synn, ou Alfred Steinherr[7] en Allemagne, Brendan Brown, Rendall Wray et Mark Weisbrot dans le monde anglo-saxon. Il faut donc impérativement en sortir, et le plus vite sera le mieux. Mais, une sortie de l’euro ne saurait à elle seule suffire pour engendrer le choc de croissance qui est aujourd’hui indispensable pour l’économie, et au-delà pour la société, française. Il convient donc de penser de manière organisée ce à quoi conduira la récupération par notre pays de sa souveraineté monétaire et économique.

Il faut donc retrouver la souveraineté, et en particulier la souveraineté monétaire, pour la mettre au service de la croissance, adopter les mesures qui feront que cette croissance profite à tous, inscrire cette croissance dans la transition énergétique, et faire en sorte qu’elle s’appuie sur un tissu riche en entreprises. Cela impliquera de mettre la finance au service de l’économie réelle, et de viser, par la croissance, à un équilibre des comptes publics et sociaux. Enfin, il faut donner une priorité à la protection des travailleurs indépendants contre les menaces d’une « Ubérisation » du travail et mettre fin au scandale du RSI.

Cela dessine les grands traits de ce que devrait être le programme économique pour la France, un programme sur lequel il serait possible de se rassembler. Ce programme doit avoir une cohérence, et les diverses mesures se renforcer réciproquement.

 

II. Faire de la souveraineté, l’instrument d’un retour de la croissance.

La nécessité pour la France de recouvrer sa pleine souveraineté s’impose. En économie, elle passe à la fois par l’établissement de réglementations particulières se substituant aux réglementations européennes et par la souveraineté monétaire. Il faudra réaffirmer la primauté des lois françaises sur les directives européennes, quitte à provoquer des ruptures importantes dans la lettre comme dans la forme des traités existants. Cette réaffirmation de la souveraineté pourrait passer par un référendum, établissant qu’en France seules comptent les lois prises par la Parlement, et les décrets qui les accompagnent. On peut aussi imaginer un référendum sur une sortie de l’UE, référendum qui cependant ne serait possible que si il indique les formes de coopérations entre les pays européens auxquelles on veut aboutir. Notons cependant qu’il convient de disjoindre la sortie de l’euro de la question de l’Union européenne. Une sortie de l’euro est l’équivalent de « l’opting out » qu’ont obtenu de nombreux pays de l’UE. Elle ne remet pas en cause l’UE et ne doit pas être liée à un quelconque référendum, mais appliquée d’emblée. Quelles que soit le scénario aboutissant à la sortie de l’euro et à la dissolution de l’UEM (Union Economique et Monétaire connue sous le nom de « zone Euro »), ces dernières sont primordiales. Il sera dès lors important et nécessaire de mettre la souveraineté monétaire retrouvée au service de la croissance.

Cette souveraineté monétaire permettra alors de prendre les mesures suivantes :

  • Pratiquer une remise à niveau des taux de changes respectifs entre la France et les autres pays (en priorité l’Allemagne) pour reconstituer des marges de compétitivité.
  • Modifier le statut de la Banque de France (BdF), tout d’abord par décret, puis dans le cadre d’une loi générale, afin qu’elle puisse prêter à l’économie mais aussi, dans certaines limites à l’Etat. Le mécanisme des prêts, soit directs soit indirects de la BdF permettra de maintenir les taux d’intérêts à un niveau bas pour les entreprises et les ménages. En particulier cela permettra le Financement de l’investissement des entreprises à des taux préférentiels avec l’aide de la BDF. L’ensemble des dispositifs facilitant le crédits et le financement des PME/PMI seront consolidés avec un principe de « guichet unique » dans une banque (successeur de la BPI) dont les obligations seront réescomptable à taux privilégiés par la BdF.
  • Le retour de la BdF sous l’autorité du Trésor et du Ministère des Finances, dans le cadre d’un Conseil National du Crédit modernisé qui sera placé sus l’autorité du Ministre des finances, permettra aussi de procéder rapidement à une réforme générale du système bancaire, que ce soit par la séparation des fonctions de banques de dépôt et des fonctions de banques d’affaires, le contrôle strict des banques de dépôt par l’Etat comme contrepartie de la garantie publique sur les dépôts, et la création d’un nouveau cadre juridique réglementant strictement les opérations de prise de contrôle (LBO), mais aussi les actifs bancaires.
  • Le CNC émettra des directives pour les banques de dépôts mais aussi pour la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), afin que l’épargne française soit utilisée prioritairement pour les besoins de l’économie en France, qu’il s’agisse du financement de la construction de logements, de grandes infrastructures, ou du développement des entreprises.
  • La garantie sera étendue aux principaux placements d’épargne des français, comme l’assurance-vie, mais aussi l’ensemble des dépôts à vue des particuliers et des comptes de trésorerie des entreprises, ainsi que pour les systèmes d’épargne.

Cette souveraineté monétaire s’accompagnera d’une souveraineté économique générale, qui impliquera une redéfinition de nos coopérations avec les pays de l’Union européenne dans le cadre d’une réécriture des traités. Dans le cadre de ces nouveaux traités, qui consoliderons des mesures prises directement par décret par le gouvernement français, on se donne comme priorités :

  • Une modification immédiate de la lettre des traités concernant les versements au budget de l’UE pour arriver à une égalité entre les déboursements et les versements européens. La France cessera de reconnaître la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) pour passer par des négociations bilatérales ou multilatérales.
  • L’extension à tous les travailleurs des cotisations sociales et du salaire sur la base du droit français afin d’éviter le scandale des « travailleurs détachés » ; ceci entrainera la fin effective de la directive européenne concernant ces travailleurs détachés.
  • Une réglementation générale de l’économie précisant quelles sont les industries où le capital étranger devra demander une autorisation préalable pour investir, quelles sont les entreprises ou les investissements étrangers seront soumis à contrôle à posteriori et quelles sont les entreprises qui seront ouvertes sans restrictions (autres que celle du droit commun) aux investissement étrangers.
  • Une renationalisation des infrastructures en réseau avec la réunification de ces dits réseaux et des opérateurs historiques (SNCF, énergie, réseau d’autoroutes).
  • La mise en place d’un programme dit « Coq bleu » (inspiré du label Blue Eagle du New Deal du Président Roosevelt), si elles respectent des règles sociales (sur le niveau et la hiérarchie des salaires et des rémunérations, le respect des conditions de travail, les pratiques de négociation collective) entrepreneuriales (avec un code de la « bonne gouvernance » donnant aux salariés un droit de regard sur la gestion des entreprises afin de compenser celui des actionnaires) et écologiques, permettant aux entreprises de bénéficier de conditions de financement particulières et de pouvoir participer aux appels d’offres de l’administration.
  • Plus généralement, un audit des réglementations européennes pouvant conduire à la suspension de certaines d’entre elles si elles conduisent à la mise en péril et au démantèlement d’entreprises considérées comme stratégique pour la sécurité physique et économique des français.

Par ailleurs, la souveraineté économique implique de rendre l’information obligatoire sur les pays de fabrication des produits. Cela conduira à la constitution d’un label Fabriqué en France, de règles particulières dans l’agriculture. Le label Fabriqué en France sera réservé pour les produits fabriqués à 100% en France. La distribution de ces produits bénéficiera d’aides sous la forme de crédits à taux inférieurs au marché. Un label dit « Coq Bleu » distinguera les entreprises prenant des engagements sociaux, de formation, et de respect de l’environnement. Ce label ouvrira le droit à bénéficier de diverses aides, qu’elles soient financières ou en terme de priorités d’accès aux marchés publics.

 

III. Une croissance qui profite à tous.

La croissance devra être orienté vers les activités possédant le plus grand pouvoir d’entraînement sur l’économie, mais aussi le plus grand potentiel d’amélioration de la situation de nos concitoyens. Cela impliquera, dans le même temps ou la souveraineté monétaire sera reconstituée, que l’Etat oriente ses investissements et ses aides à l’investissement vers :

  • Les secteurs à forte externalités positives, comme les infrastructures (transport, logement, traitements des déchets et des eaux). Les marchés publics seront réservés aux entreprises produisant depuis le territoire si l’écart de prix est inférieur à 25%. Les entreprises disposant du label « Coq Bleu » y auront un accès privilégié.
  • Garantir la continuité des services publics, qui sont essentiels pour la survie et le développement des territoires, et en particulier de ceux dits « périphériques ». Une loi organique (voire une modification du Préambule de la Constitution) sera aussi rédigée pour consolider légalement le statut de ces services publics.
  • Les secteurs à haut potentiel technologique, et en particulier sur les filières naissantes (comme les panneaux solaires, la technologie des voitures à pile à combustibles) et dans l’agriculture via le soutien au développement des bio-techs et des biomatériaux.
    • Les activités permettant de réaliser la substitution aux importations. Les administrations s’engageront à acheter un produit « Fabriqué en France » si le coût n’excède pas 10% du produit équivalent. Les entreprises privées qui appliqueraient la même règle seraient éligibles au programme « Coq bleu ».
    • Les activités garantissant la souveraineté comme dans la défense, l’électronique, la sécurité informatique et la protection des réseaux.
  • Le développement des industries du secteur de la santé constituera une priorité, sur la base de l’expérience en cours dans le district industriel Lausanne-Jura Suisse et les entreprises innovantes de ce secteur pourront bénéficier de prêts spécifiques par la banque successorale de la BPI.

La croissance retrouvée doit se faire dans un cadre qui permette des améliorations écologiques, non seulement du point de vue des émissions de carbone mais aussi de celui de la qualité de l’air, du traitements des déchets, de la récupération et réutilisation des matériaux, de la protection des nappes phréatiques et d’une moindre utilisation des pesticides. Ceci impliquera les mesures suivantes :

  • Un programme général d’équipements capables d’assurer la transition énergétique sera mis en place avec des aides publiques, soit au développement soit à l’achat, pour les panneaux solaires, les hydroliennes, les véhicules à piles à combustible (véhicules collectifs pour les régies de transport urbain, véhicules individuels), mais aussi pour la construction et la rénovation de logements aux normes d’isolation. Le matériel produit par des entreprises ayant le label « Coq Bleu » bénéficiera d’une TVA à taux réduit.
  • Un plan de réduction progressive des émissions de carbone et de l’ensemble des rejets toxiques devra être établi par toutes les entreprises. Les entreprises qui s’engageront sur des objectifs plus ambitieux ou plus rapides bénéficieront du label « Coq Bleu ». Les produits étrangers dont les conditions de production ne satisferaient pas à ces normes seront alors taxés au prorata de la quantité de carbone ou de déchets toxiques émis au-delà des normes françaises.
  • L’agriculture sera aidée pour réduire progressivement sa dépendance aux engrais et pesticides, dans l’objectif d’une forte réduction pour les cinq ans à venir, et d’une agriculture « 0 OGM ». La grande distribution se verra contrainte de réserver dans ses magasins une surface de 10% du total pour des collectifs de producteurs. L’Etat contrôlera les centrales d’achat afin de s’assurer qu’elles rémunèrent les producteurs à des prix corrects. Un label « Coq Bleu agricole » sera institué pour distinguer les exploitations pionnières en matière de réduction des engrais et pesticides et de promotion de productions de qualité. Il ouvrira les mêmes droits et avantages que le label « Coq Bleu » industriel.
  • Dans chaque région sera constitué un forum d’échange et d’expérimentation entre les entreprises de l’agriculture, les entreprises de transformation des produits agricoles et les entreprises du secteur des bio-techs afin de trouver les formes optimales de valorisation des productions agricoles.

 

IV. Une croissance riche en création d’entreprises

Le développement de l’activité économique, s’il repose en partie sur des entreprises de grande ou de très grande taille, repose aussi, et même principalement sur un tissu de petites et moyennes entreprises, et en particulier d’entreprises innovantes. C’est par une évolution de la fiscalité, mais aussi des conditions de financement (avec la banque successorale de la BPI) que l’on entend apporter une aide importante au développement de ce tissu d’entreprises. Parmi les mesures envisagées, il faut retenir en priorité :

  • Baisse de la fiscalité excessive sur les PME (en corrélation avec une meilleure surveillance des schémas dits « d’optimisation fiscale » pour les grandes entreprises).
  • Modification de l’ISF.
  • Favoriser la recherche privée et augmenter les moyens de la recherche publique.
  • On cherchera aussi à favoriser, en particulier pour les TPE et les PME le contrat d’apprentissage, afin d’assurer à des centaines de milliers de jeunes une formation qualifiante dans l’entreprise.
  • Défiscalisation des heures supplémentaires dans une limite raisonnable avec progression simple au-delà de cette limite (pour éviter un effet de seuil).
  • Modification et simplification du statut d’auto-entrepreneur, avec relèvement immédiat du plafond d’exemption de la TVA à 50 000 euros/Francs, et indexation de ce plafond sur le taux d’inflation par la suite.

Il convient aussi de prendre la mesure des menaces que font peser les nouvelles technologies sur le travail. L’extension du statut de salarié (avec l’ensemble des obligations pour l’employeur) aux plates-formes comme « Uber » deviendra obligatoire.

Le RSI sera supprimé et les personnes intégrées dans le régime général.

 

V. Mise sous tutelle de la finance et lutte contre la fraude fiscale

La mise de la Finance au service de l’économie réelle découlera de la récupération de la souveraineté monétaire par notre pays. Cette mesure implique en réalité la souveraineté, mais elle ne s’y réduit pas. Pour que la finance soit mise au service de la croissance de l’économie réelle et, plus généralement, du développement, il faudra établir des nouvelles institutions, mais aussi mettre en place de nouvelles pratiques. Pour ce faire, les mesures suivantes devront être appliquées :

  • La séparation des banques et des assurances, des banques de dépôts et des banques d’affaires sera à nouveau mise en place. Cette séparation revient à reconnaître la spécificité des activités. Mais, cette séparation a aussi pour but de rendre les différents secteurs de la finance plus et mieux contrôlables.
  • Le refinancement des banques passera par la BdF, que cette dernière intervienne sur le marché interbancaire pour le réguler ou qu’elle agisse dans le cadre de dispositifs de rachats ou de prise en pension de titres. Le mécanisme des prêts bonifiés sera remis en place pour assurer le développement rapide de certaines activités.
  • Le système financier sera placé sous l’autorité d’un Conseil National du Crédit renouvelé et modernisé, placé sous la direction d’un responsable relevant directement du Ministre des finances et de l’économie qui gèrera :
    • La dimension prudentielle et la stabilité générale du système bancaire.
    • L’allocation en crédit et les priorités de cette dernière.
    • La supervision des métiers de l’assurance et du risque.
    • La gestion et la rémunération de l’épargne.
  • La Caisse des Dépôts et Consignations sera, elle aussi placée sous la tutelle du CNC. Elle verra ses attributions traditionnelles confirmées.
  • Les opérations de contrôle des mouvements de capitaux seront coordonnées avec le CNC dans le but de réduire les fenêtres possibles de la spéculation et de diminuer le niveau d’incertitude sur les marchés financiers.

Les comptes publics verront leur situation s’améliorer en fonction de l’amélioration de l’activité générale de l’économie. Mais, cela n’exclut nullement des mesures d’économie ou de rationalisation. Aussi, cet élément de la politique économique s’accompagnera de mesures fiscales spécifiques, et en particulier :

– Fin de la fraude au carrousel de TVA représentant près de 0,6% du PIB.

– Fin de la fraude fiscale des entreprises multinationales, connue sous le nom d’optimisation fiscale. On luttera contre ce système, en particulier par le biais du contrôle sur les mouvements de capitaux qui sera rétabli comme indiqué précédemment.

 

 

[1] Sapir J. « Le chômage et la honte de nos gouvernants », note postée sur RussEurope le 27 décembre 2016, https://russeurope.hypotheses.org/5551

[2] http://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/auchan/une-salariee-accuse-auchan-de-negligence-apres-sa-fausse-couche-4706736

[3] IMF, 2016 EXTERNAL SECTOR REPORT, International Monetary Fund, juillet 2016, Washington DC, téléchargeable à : http://www.imf.org/external/pp/ppindex.aspx

[4] https://www.euractiv.fr/section/euro-finances/news/economic-nobel-prize-winner-the-euro-was-a-mistake/

[5] Stiglitz J.E., L’Euro : comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2016.

[6] https://www.efxnews.com/story/15982/germanys-euro-exit-must-be-seriously-considered-leading-german-economist-bofinger

[7] http://www.european-solidarity.eu/signatories.php


 

Quel programme économique pour la France en 2017 ?  par Jacques Sapir
 

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

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Grèce : Alexis Tsipras une nouvelle fois humilié par les créanciers. Par Romaric Godin

30 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #le nazisme, #La lutte des classes, #Grèce, #Le socialisme, #l'horreur économique

Grèce : Alexis Tsipras une nouvelle fois humilié par les créanciers

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Pour faire passer sa prime aux retraités, Euclide Tsakalotos, ministre grec des Finances, a écrit à Jeroen Dijsselbloem.
Pour faire passer sa prime aux retraités, Euclide Tsakalotos, ministre grec des Finances, a écrit à Jeroen Dijsselbloem. (Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)
Le premier ministre grec a obtenu la tolérance des créanciers concernant son "cadeau de Noël" aux retraités moyennant des engagements humiliants pour l'avenir. L'autonomie financière de la Grèce est de plus en plus un mirage.

Le gouvernement grec s'est-il livré à un jeu de dupes dans la querelle autour des primes accordées aux retraités en janvier ? C'est ce que l'on peut soupçonner. Au début du mois de décembre, le premier ministre Alexis Tsipras avait annoncé la suspension de la hausse prévue de la TVA dans les îles du nord de la mer Egée, les plus exposées au flux de migrants depuis la Turquie et la distribution d'une prime de 300 à 800 euros pour les retraités les plus pauvres. L'ensemble des mesures s'élevaient à 617 millions d'euros et étaient en ligne avec le mémorandum dans la mesure où Athènes a dégagé un excédent budgétaire primaire de plus de 3 milliards d'euros supérieur à l'objectif et qu'elle peut employer à sa guise 60 % de ces surplus.

Une lettre qui arrange tout

Cette décision avait néanmoins provoqué la colère des créanciers qui s'appuyaient sur le fait de ne pas avoir été prévenus par le gouvernement grec alors que le mémorandum indique explicitement que toute mesure budgétaire exceptionnelle doit recevoir leur validation. Devant la volonté d'Alexis Tsipras de maintenir ces mesures et le paiement le 22 décembre aux retraités des sommes promises, l'Eurogroupe et le Mécanisme européen de Stabilité (MES) ont annoncé le gel des mesures de court terme concernant la dette, un toilettage des intérêts et des maturités, principalement, sans conséquences concrètes réelles, mais avec un lourd poids symbolique. Finalement, samedi 24 décembre, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, annonçait le retour de ces mesures suite à une lettre du ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos qui, selon le Néerlandais, « s'engageait à poursuivre les réformes ».

Victoire pour Alexis Tsipras ?

A priori, il s'agissait d'une victoire pour le gouvernement grec : les retraités ont reçu leur argent et les créanciers ont validé ce paiement a posteriori, reconnaissant de fait la souveraineté budgétaire de la Grèce sur les excédents supplémentaires. Alexis Tsipras allait pouvoir défendre l'idée qu'il défendait les intérêts des plus fragiles contre les créanciers et qu'il menait la résistance malgré toutes ces concessions. Compte tenu de son retard dans les sondages, c'était une excellente nouvelle. Mais à quel prix cette « victoire » a-t-elle été obtenue ? Quel était le contenu de cette lettre qui a adouci l'humeur des créanciers ?

La lettre humiliante d'Euclide Tsakalotos

La lettre a été publiée ce mardi 27 décembre par le quotidien To Vima et traduit en anglais sur le blog Keep Talking Greece. Elle contient plusieurs éléments embarrassants pour le gouvernement Tsipras. D'abord, Athènes s'engage à ce que le paiement de Noël aux retraités soit limité strictement à cette année. « Le premier ministre et moi-même, écrit Euclide Tsakalotos, nous engageons à ce qu'il ne s'agisse que d'une mesure exceptionnelle limitée à 2016 ». De même, la hausse de la TVA dans les îles n'est suspendue que pour 2017 et elle est financée par d'autres recettes.

Des « mesures compensatoires » promises

Cependant, la mesure la plus controversée vient ensuite. Dans le cas où les mesures prises empêcheraient la Grèce d'atteindre son objectif d'excédent primaire de 2016, soit 0,5 % du PIB, « les autorités grecques s'engagent à prendre des mesures compensatoires dans le domaine des dépenses de retraites pour combler la différence entre l'objectif budgétaire 2016 et l'objectif réalisé », explique le ministre. Cet engagement est théorique, car la Grèce dispose d'une large avance sur son objectif d'excédent primaire qui sera bel et bien atteint. Il n'y aura donc pas de « mesures compensatoires ». Mais l'engagement de procéder à de telles mesures prouvent dans les faits la faiblesse du gouvernement grec qui reconnaît implicitement qu'il aurait dû demander la permission de prendre ces mesures aux créanciers puisqu'il s'engage à « corriger » son erreur rapidement. L'humiliation est évidente.

A l'avenir, plus d'autonomie

Elle est encore soulignée davantage par le paragraphe suivant où la Grèce s'engage à ne plus prendre de telles mesures à l'avenir et à consulter à l'avance ses créanciers pour tout emploi des excédents supplémentaires. Mieux même, le gouvernement grec trace les lignes des prochaines utilisations des surperformances budgétaires du pays conformément aux attentes des créanciers. « Nous reconnaissons que les marges de manœuvre budgétaires peuvent être utilisées pour renforcer la protection sociale et/ou pour réduire la charge fiscale dans le cadre des engagements du mémorandum. Autrement, nous utiliserons la surperformance budgétaire pour construire des réserves de liquidités ou pour réduire la dette fournisseurs de l'Etat », écrit Euclide Tsakalotos. La liberté d'action du gouvernement grec est ainsi très réduite et, pour ainsi dire, n'existe pas puisqu'elle sera soumise aux créanciers donc à leurs priorités.

Fermer toute alternative économique

Outre l'humiliation et l'absence absolue d'autonomie du gouvernement grec, cette lettre va plus loin : elle enferme le pays dans une politique économique prédéfinie. La Grèce va ponctionner son économie pour atteindre des objectifs budgétaires très ambitieux. En cas de surperformance, la redistribution de ces fonds collectés sur l'économie sera limitée à une politique de désendettement et de baisses d'impôt. Certes, la charge fiscale est devenue intenable et elle doit être réduite, mais la Grèce a aussi besoin d'investissements publics et rien n'assure que les baisses d'impôts, surtout pour les plus hauts revenus, retourneront bien à l'économie grecque et ne fuiront pas hors d'un pays surendetté et soumis à la volonté de ses créanciers. Bref, ce choix de la répartition des surplus est trop limité, inadapté et idéologique. Mais le gouvernement d'Alexis Tsipras a dû l'accepter pour ne pas mettre en danger la deuxième revue du programme et prendre le risque d'un défaut en juillet prochain.

Quelles conséquences ?

Les retraités grecs qui ont touché cette prime de Noël doivent bien en profiter, car l'occasion ne se représentera plus. Certains soupçonnaient Alexis Tsipras de chercher une crise avec les créanciers pour sortir du Palais Maximou, le Matignon grec, la tête haute. Il semble qu'il n'en soit rien. Le gouvernement n'entend pas se retirer, fût-ce au prix d'une nouvelle humiliation devant les créanciers. La question est donc désormais de savoir quel sera le bénéfice politique d'une telle manœuvre. Certes, les retraités ont bien touché leurs primes. Mais le prix à payer sera rude à accepter. Au sein de Syriza, la pilule est une nouvelle fois amère à avaler. Comment prétendre avec un tel texte, avec l'acceptation de « mesures compensatoires » et d'une procédure future humiliante et inepte, à un passé de « résistance » contre les créanciers devant les électeurs. Plus que jamais, Nouvelle Démocratie, le parti conservateur, peut, sans difficulté se donner le beau rôle en prétendant placer plus de confiance avec les créanciers et donc plus de marges de manœuvre. Quant aux partis à la gauche de Syriza, ils pourront toujours insister sur l'humiliation du procédé et l'absence d'indépendance de la Grèce. Au final, la stratégie d'Alexis Tsipras risque, une nouvelle fois, d'échouer.

 

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Nicolas Dupont-Aignan : « François Fillon est une imposture gaulliste ! »

9 Décembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #La mondialisation, #La République, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #La lutte des classes, #Le socialisme, #l'horreur économique, #Services publics, #La santé

Publié par El Diablo

montage photo d'illustration

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Propos recueillis par Louis Hausalter

Alors que la purge que le vainqueur de la primaire de la droite veut infliger à l'assurance-maladie fait polémique, le député-maire d'Yerres (Essonne), candidat à l'élection présidentielle au nom de Debout la France, dénonce dans une interview à « Marianne » un projet qui signerait « le début de la fin de la Sécurité sociale ».

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Marianne : François Fillon souhaite « désétatiser » le système de santé en le focalisant sur les affections graves ou de longues durées afin de faire des économies. Vous l’accusez de vouloir « privatiser la Sécu ». Pourquoi ?

Nicolas Dupont-Aignan : François Fillon l’a clairement dit lors de son débat avec Alain Juppé : il considère que les petits risques ne devraient plus être couverts et que la Sécurité sociale devrait se cantonner aux gros risques. Mais il n’y a pas de petits ou de gros risques ! Cette distinction foireuse est une vieille lune que le lobby des assureurs et des mutuelles essaie de refourguer à nos gouvernements depuis vingt ans, parce que ces gens veulent s’emparer de la Sécu. D’ailleurs, le programme de Fillon n’a rien d’étonnant lorsqu’on sait qu’Henri de Castries, ancien PDG d’Axa, a participé à son élaboration.

Non seulement le fait de donner plus de place aux mutuelles coûterait plus cher qu’aujourd’hui, mais cela complexifierait encore la vie des Français. Si on applique le programme de Fillon, c’est le début de la fin de la Sécurité sociale, le coup de grâce donné à un système créé sous De Gaulle à la Libération. Mais c’est toujours la même histoire : quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.

Pourtant, François Fillon se réclame du gaullisme... comme vous !

François Fillon est un faux gaulliste, une imposture gaulliste ! Le gaullisme, ça commence par l’indépendance nationale. François Fillon a dirigé le gouvernement qui a signé le traité de Lisbonne, un véritable coup d’Etat. On ne peut pas se dire gaulliste si l’on est soumis à Bruxelles ! Le gaullisme, c’est aussi le rassemblement des Français autour d’un projet social. Or, Fillon a un programme thatchérien ultra-libéral. Je respecte ses convictions, mais il ne peut pas se réclamer des mânes du gaullisme avec de telles intentions.

Il n’empêche, le déficit de la Sécurité sociale reste une réalité. Que proposez-vous ?

Il faut le combler par la croissance, donc par la relance économique. Si on crée le million d’emplois que je veux relocaliser, il n’y a plus de problème de la Sécurité sociale ! Pour le reste, mon projet tient en deux points fondamentaux. D’abord, l’augmentation du nombre de médecins en relevant le numerus clausus à 10.000 (il est fixé à 7.633 pour 2016, ndlr). Ensuite, il faut remettre d’aplomb la médecine de ville, qui a été saccagée ces vingt dernières années, en reprenant en main la gestion des hôpitaux.

Je ne suis donc pas en train de dire qu’il ne faut pas être rigoureux. Cela fait des années, par exemple, que je réclame de ne plus rembourser des médicaments inutiles, mais l’Etat n’est pas assez fort face aux acteurs privés et aux lobbies. La Sécu n’a pas un problème d’excès de dépenses, mais de gaspillage. La France est l’un des seuls pays au monde où, que l’on soit riche ou pauvre, on est soigné. Cela doit rester le cas.

 

SOURCE :

 

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Pourquoi l'Europe refuse de se battre contre la glorification du nazisme? Par Karine Bechet Golovko.

25 Novembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #ACTUALITE, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #Ukraine, #La Russie, #La guerre, #Le fascisme, #Le socialisme, #La paix, #le nazisme

Pourquoi l'Europe refuse de se battre contre la glorification du nazisme? Par Karine Bechet Golovko.

vendredi 18 novembre 2016

 

Billet d'humeur: pourquoi l'Europe refuse de se battre contre la glorification du nazisme?

 
 
 
J'aimerais beaucoup savoir pourquoi la France n'a pas voté la résolution présentée par la Russie à l'assemblée générale de l'ONU contre la glorification du nazisme? J'aimerais que l'on m'explique quelles sont ces valeurs soi-disant européennes qui sont portées par l'Union européenne conduisant tous les pays de cette Tour de Babel à s'abstenir face au nazisme? Comment peut-on s'abstenir sans le soutenir? J'aimerais beaucoup que nos dirigeants me l'expliquent.
 

Le 17 novembre, la Russie et 40 pays ont déposé devant le 3e comité de l'assemblée générale de l'ONU une résolution visant à la lutte contre la glorification du nazisme. Face à la résurgence des manifestations d'anciens SS dans les pays baltes, de la glorification ouverte des "héros" nazis en Ukraine, de la montée en puissance de partis et mouvements politiques reprenant cette rhétorique raciste et xénophobe, il est important de ne pas oublier ce qu'était le nazisme. La "tolérancce" doit avoir des frontières. Il s'agit aussi de ne pas laisser réécrire l'histoire, se souvenir qui était dans quel camp. Et c'est manifestement ici que le bas blesse. Depuis 10 ans que la Russie introduit cette résolution chaque année.
 
131 pays ont voté pour. L'Ukraine a évidemment voté contre. Les Etats Unis, qui soutiennent leur "projet" également. Sans oublier les Palaos, qui ont obtenu leur indépendance des Etats Unis le 1er octobre 1994. Se sont abstenus 48 pays, dont tous les membres de l'Union européenne et notamment le Canada ou encore la Suisse. Autrement dit, les pays des droits de l'homme se refusent systématiquement de soutenir la lutte contre la glorification du nazisme, puisque l'année dernière ils avaient également refusé de voter cette résolution, 
 
Voici la photo du tableau du vote publiée par la porte-parole du Ministère des affaires étrangères russe:
 
 
La fracture de notre monde est flagrante. Ce qui ne la rend pas plus acceptable. Et aucune discussion ne sera possible à ce sujet dans nos sociétés, car le sujet n'est simplement pas traité par la presse qui soit le considère comme insignifiant, soit comme allant de soi.
 
Or, cette abstention n'est ni insignifiante, ni allant de soi. L'on ne peut, en passant, jeter de hauts cris de jeune fille effarouchée face à la radicalisation du discours en matière de racisme, de xénophobie et accepter de fermer les yeux sur la glorification du nazisme. Il n'est pas "normal" dans une société soutenant les "valeurs européennes" de ne pas se battre contre ces phénomènes de plus en plus fréquents dans nos pays. Le fait de ne pas en parler ne les rend pas pour autant inexistant.
 
Mais il est vrai, qu'alors, comment soutenir cette hystérie politique anti-russe, que Obama tente à bout de bras de maintenir en Europe dans sa tournée d'adieu? Car elle repose sur des pays comme les pays baltes, plus que coopératifs avec les nazis, sur l'Ukraine qui se cherche des héros nationaux distincts de la Russie et ne les trouve que dans les rangs des collaborateurs nazis. 
 
L'hystérie anti-russe est censée justifier toute politique, tous les moyens. Pour quelle fin? Revoir des marches aux flambeaux dans nos rues? Elles ont déjà lieu à Kiev, depuis que le pays s'est déclaré pro-européen.
 
Si c'est ça l'Europe, c'est l'Europe des années 30. Ce n'est pas mon Europe.
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Quelles alliances pour la "démondialisation"…. Par Jacques Cotta.

5 Octobre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #La République, #Europe supranationale, #Grèce, #L'Italie., #Le socialisme, #La mondialisation, #La lutte des classes, #l'horreur économique

Quelles alliances pour la "démondialisation"…. Par Jacques Cotta.

Quelles alliances pour la "démondialisation"….

Intervention faite au troisième forum «No Euro » de Chianciano Terme les 16 et 17 septembre 2016.

Par Jacques CottaActualités • Dimanche 02/10/2016 •

Chers amis,

Georges Orwell nous a appris qu’i est aisé pour mieux duper le peuple d’utiliser un mot pour son contraire. La guerre c’est la paix, la fraternité c’est l’égoïsme, et la mondialisation c’est le bonheur n’est-ce pas ? Pour aborder le thème du jour, « quelles alliances pour démondialiser », parlons d’abord rapidement de ce qu’est la mondialisation dont il s’agit de se défaire. Car « démondialiser » n’est sans doute pas ce qu’il y a de plus simple à comprendre. Par contre, le terme et son contenu sont assez simples à pervertir. La mondialisation dont on parle, c’est la mondialisation capitaliste. A travers le libre-échange, la mondialisation financière au moyen d’institutions à son service vise à assujettir l’homme, la nature, le travail à la loi exclusive du profit. C’est notre opposition au capitalisme qui nous guide à combattre le capitalisme financier et qui donne son sens à la « démondialisation ». Pour le reste, nous sommes pour l’internationalisme qui sera le genre humain. D’ailleurs ici, à Chianciamo terme, ces jours-ci, chez les étrusques, avec la présence de délégations de tous les pays d’Europe, l’internationalisme s’impose.

Le point de départ est donc le capitalisme, ses méfaits, la nécessité de rompre. Et tout le monde aspire à la voie la plus simple, la plus économique pour atteindre son objectif. Si le plus simple est l’aménagement des institutions supranationales qui pourraient de la sorte passer du service du capital à celui du travail, alors aménageons !

En d’autres termes, si le plus simple, le plus économique est la modification de l’union européenne, sa réforme, celle de la commission, des institutions qui du service de l’oligarchie pourrait passer au service des peuples, alors réformons ! C’est bien là-dessus que surfent –ou tentent de surfer- les eurosceptiques, les partisans d’une Europe sociale, les thuriféraires de la transformation de l’Europe technocratique en Europe démocratique. Ceux-ci s’accommodent de l’UE, de l’Euro, de la BCE, de la commission ou encore de l’OMC ou de l’OTAN…

Le concept de « démondialisation », aussi juste soit-il, ne permet ni bloc de forces organisées, ni une adhésion populaire.

  • Pour l’adhésion populaire, il manque de clarté et exige une approche théorique. Or, c’est l’expérience concrète qui permet d’avancer.
  • Pour un bloc de forces organisées, rares sont ceux qui n’ont pas été absorbés par le système. Pour les quelques autres, la survie de petites boutiques, de petites épiceries s’oppose de fait à la création d’une grande surface.

Le plus important est donc l’adhésion populaire pour laquelle on assiste à un paradoxe : d’une part l’intérêt général passe par la rupture avec la mondialisation capitaliste et avec ses institutions, d’autre part celle-ci ne parvient pas à s’imposer sinon qu’occasionnellement, en France en 2005, en Grande Bretagne avec le Brexit dernièrement.


Il s’agit de convaincre sur le fait essentiel que toute sauvegarde des acquis collectifs, et à fortiori toute avancée, ne peut passer que par la rupture avec la mondialisation capitaliste, avec ses institutions dont font partie l’UE, l’Euro, l’OTAN par exemple. Mettre à jour dans ce travail de persuasion pédagogique le double discours qui en fait devient un des derniers remparts de ces institutions, la nécessité par exemple « de rompre avec les traités » sans mettre en avant la condition politique incontournable pour y parvenir, à savoir la rupture avec l’UE elle-même.

Concernant le double discours, sans aller chercher en France les spécialistes à « la gauche de la gauche » qui durant tout un temps ont proclamé la « nécessité d’une Europe sociale » pour s’accommoder dans les faits de l’UE, de l’Euro, de la BCE et de la commission, nous pouvons faire un détour par la Grèce. Alexis Tsipras dont l’Europe connaît maintenant les exploits se déclare pour d’autres décisions que celles dictées par la Troïka, d’autres mesures qui permettraient de desserrer l’étau sur le peuple grec. La situation en Grèce est connue. Le taux de chômage dépasse les 25%, la misère explose, les privatisations opérées par « la gauche de la gauche » dépassent la pire des imaginations. Et dans le quotidien « le monde » en date du 9 septembre 2016, Alexis Tsipras déclare donc, je cite : « Nous sommes toujours contraints d’appliquer une stricte politique d’ajustement budgétaire (…). Nous ne constatons pas la nécessaire générosité de nos partenaires sur la question de l’allégement de la dette ». Le double discours se double là d’une hypocrisie qui n’échappe à personne. Contraint dit Tsipras, mais par qui ? Il a été élu en janvier 2015 sur un programme de rejet des mémorandums de la Troïka. En juillet 2015 ce mandat a été confirmé par référendum. Et quelques jours plus tard seulement Alexis Tsipras cédait au chantage de l’UE, de la BCE et du FMI et commençait à mettre en œuvre leurs plans, promettant d’ailleurs que chacun serait le dernier avant qu’un nouveau plus dur encore vienne frapper les grecs dans leur grande masse.

Revenons donc à l’essentiel. La question est donc de convaincre qu’il n’y a d’issue en définitive que dans la rupture avec l’UE et l’Euro. Comment faire ? Depuis des années nous mettons en relation la misère et les difficultés grandissantes subies par le peuple avec la mondialisation capitaliste, avec l’UE, l’Euro et les institutions supranationales. Si cet élément de la démonstration est nécessaire, il est de toute évidence insuffisant. Il nous revient d’indiquer aussi qu’une autre voie est possible et qu’elle passe inévitablement par la rupture nécessaire avec l’UE et l’euro.


Nous assistons à la mise en pièce des conquêtes sociales :

  • · Les droits sociaux, l’assurance maladie, les retraites, la protection contre le chômage alors qu’en 1945, lorsque la France était à genoux, elle décidait de se payer la sécurité sociale.
  • · Le bradage de tout ce qui est partagé par les membres de la communauté politique, les services publics notamment.


Tout se passe comme si cela était inévitable. Comme si nous n’avions aucune prise. Comme si les hommes politiques n’avaient d’autre choix que d’appliquer une politique dont le plus grand nombre ne comprend vraiment ni les causes, ni l’identité des fautifs, les Hollande ou Sarkozy en France, les représentants de la Troïka au pouvoir.

Créer des alliances pour « démondialiser », pour sortir de l’UE et de l’Euro, cela passe donc par un double éclairage :

  • · Le rapport entre la marche à la barbarie et la mondialisation capitaliste.
  • · Le rapport entre un programme transitoire permettant de répondre aux besoins urgents de la collectivité et de ses membres et les obstacles à la mise en place d’un tel programme, le capitalisme mondialisé.

Parmi les éléments constitutifs d’un tel programme de transition quelques éléments sont urgents et devraient être mis en avant.

a/ assurer une vie décente pour tous.

Il existe aujourd’hui en France 9 millions de pauvres selon les chiffres officiels. Je préfère pour ma part évoquer les travailleurs pauvres, car la pauvreté a une cause. Les salaires trop bas, l’absence de travail, la précarité, etc… Le travail est toujours au départ, la pauvreté n’étant jamais le produit d’un choix venant d’on ne sait où ! 9 millions donc de travailleurs pauvres.

La précarité a explosé.

Une vie décente cela signifie pouvoir se loger, se soigner, se nourrir, se vêtir, éduquer ses enfants…

Une vie décente cela signifie un principe de vie collectif dans la société, le secours apporté par la collectivité à chacun, quel que soit ses moyens… Bref, le principe fondateur de la sécurité sociale.

Au centre d’une vie décente se trouvent évidemment les services publics. Je ne développe pas…

  • Mais cela est contradictoire avec les politiques d’austérité imposée par l’UE, ses directives, ses institutions…
  • Cela est contradictoire avec le pillage des fonds publics pour payer les dettes privées.

Certains des éléments que j’évoque ci-dessus sont assez démonstratifs. Les retraites par exemples. Il faut reprendre au capital les 8 à 10% qui ont été volé au travail dans les 20 dernières années. Les objections énoncées régulièrement pour s’opposer au paiement des retraites, tel par exemple le vieillissement de la population, ne tiennent pas. Un retraité sur deux aujourd’hui donne son temps aux associations pour préserver un sens à leur vie.

  • Mais les retraites sont contradictoires avec le capitalisme mondialisé, au service exclusif duquel sont l’UE et ses institutions, qui préfère les fonds de pension, et qui produit le « chacun pour soi » au détriment de tout lien social.


Une vie décente pour tous, c’est l’eau, l’électricité, l’assainissement, les transports…. Une vie décente pour tous exige la renationalisation de ce qui est passé dans les mains d’actionnaires avides de dividendes.

  • Mais cela est contradictoire avec le capitalisme mondialisé dont les intérêts sont défendus par les directives européennes au nom de la concurrence libre et non faussée.

A ce stade nous pouvons faire comprendre aisément je crois que l’UE n’est pas fondée pour assurer un projet économique, assurer une prétendue croissance, préserver du chômage, mais bien pour imposer un modèle politique : celui que l’ancien N°2 du Medef Denis Kessler, aujourd’hui un des patrons des compagnies d’assurance, exprimait en 2007 dans un article intitulé « Adieu 1945 » : la mise en compétition des hommes les uns avec les autres contre toute aspiration à vivre ensemble.

  • Ainsi, une vie commune décente dans laquelle chacun peut préserver et développer l’estime de soi, le sens de sa propre dignité, où chacun est appelé à remplir ses devoirs sociaux et à faire valoir son mérite est contradictoire avec le capitalisme mondialisé, l’UE et les institutions à son service.

b/ Remettre l’éducation au centre des priorités

L’école est l’institution républicaine par laquelle l’idée même de république s’est consolidée en France.

Depuis 150 ans, l’école existe comme instruction permettant de développer esprit critique et raison, comme éducation permettant la formation de chacun au cadre républicain commun, celui de la citoyenneté.

Depuis 50 ans nous assistons à une accélération des réformes liquidatrices des savoirs, des programmes, du goût de l’effort, de l’humilité pour apprendre, de la notion de mérite…

Une bonne réforme à venir serait notamment d’abroger toutes celles qui se sont succédées.

  • Mais ce saccage organisé s’inscrit dans les objectifs du capitalisme mondialisé, de l’UE, de ses institutions, de l’OCDE dont certains textes, dans les années 1990-2000 indiquaient le but à atteindre : une éducation au rabais pour le plus grand nombre, peu coûteuse, une éducation améliorée, notamment dans le cadre privé, pour le petit nombre chargé d’encadrer les premiers.

c/ Affirmer l’écologie comme une priorité majeure

Il s’agit simplement du problème de la vie, de la terre…

En partant de la question écologique, ce ne sont pas que les petites fleurs qui sont concernées, mais bien le mode de production qui est à mettre en cause, la recherche du profit sans limite, le gaspillage des ressources naturelles, bref c’est la question du passage du profit à la satisfaction des besoins humains qui est posée.

  • Mais cela est contradictoire avec le capitalisme mondialisé qui repose sur les seules préoccupations de produire, consommer, jeter, sacrifier…

La question agricole est un bon exemple avec l’installation des agros managers, des hommes d’affaires, en lieu et place des exploitations à taille humaine et des paysans qui se trouvent condamnés. Une agriculture de qualité, des familles pouvant vivre de leur travail, tout le monde en comprend l’exigence…

  • Mais cela est contradictoire avec le capitalisme mondialisé…

d/ Dégager les moyens de l’œuvre collective

Evidemment la question de la propriété est posée. En opposition à la propriété privée, il ne s’agit pas de répondre comme par le passé par les formules magiques du genre propriété collective généralisée. Nous pouvons répondre au souci majoritaire qui concerne, avec la question de la propriété de l’organisation de la société, de la place que chacun peut occuper. Il est possible d’articuler la propriété privée, la propriété collective et la propriété d’état.


La propriété du produit de son travail rentre la première catégorie, la propriété privée.

La séparation entre moyen de production et salariat n’est pas satisfaisante. Sous la forme coopérative des outils de production et des structures, elle permet de définir une forme de propriété collective.

Enfin ce qui relève des secteurs stratégiques mérite d’être nationalisé.

  • Mais de toute évidence cela est contradictoire avec le capitalisme.

Un bon exemple est donné ces jours-ci par Alsthom avec l’exigence d’arrêt immédiat du plan de démantèlement de Belfort, l’exigence de la nationalisation, l’exigence d’arrêt des appels d’offre régis par l’UE.

e/ Instaurer la démocratie à tous les étages

Il s’agit d’une démocratie laïque, égalitaire, fraternelle, libertaire. Depuis des années la confiscation de toute démocratie est ressentie et impose la nécessité de combattre pour imposer le pouvoir d’en bas, le pouvoir du peuple.


Au centre de cette question, la place des communes menacées par la succession de lois sur la décentralisation depuis les années 80, les régions, les communautés de communes, les métropoles, … ce mille-feuilles contradictoire à l’exercice de la démocratie. Avec les communes se pose la place menacée des départements. Communes, départements à défendre et préserver…

  • Mais cela est contradictoire avec l’UE et l’Europe des régions, la mise en place de territoires censés permettre le développement de l’activité, des profits d’une part, de territoires déshérités et abandonnés, dignes des réserves d’indiens d’autre part.

Derrière cette question se trouve plus généralement celle de la possible régénérescence de la vie politique française.

  • Mais cela est contradictoire avec le capitalisme mondialisé dont un des outils en France est la cinquième république bonapartiste. Contradictoire avec l’exigence d’une constituante pour une proportionnelle intégrale permettant la représentation de toute la nation.

f/ La souveraineté et l’union des peuples.

Nous voilà au cœur du problème. Il n’est pas besoin de s’étendre. L’Union Européenne pour s’opposer aux aspirations légitimes et aux intérêts des peuples n’est qu’une construction politique dont l’objet est la négation de la souveraineté populaire et nationale.

Un des moyens politiques dont se dote l’UE est la destruction des Nations avec les drames humanitaires qu’elle provoque et qui sous nos yeux ne peuvent aller qu’en se développant.

Interdiction faite aux peuple de décider de leurs propres affaires et rejet dans la misère de centaines de milliers jetés sur les routes et sur les mers sont deux phénomènes étroitement liés. La résolution de la question migratoire va s’imposer de fait comme une réalité incontournable.

  • Mais cela est contradictoire avec le capitalisme mondialisé qui :

o Organise les guerres de pillage et met à genoux des pays entiers.

o Apporte son soutien à des dictateurs qui assument les basses œuvres.

o S’oppose à une politique qui permette un accueil humain et décent des populations jetées sur les routes et sur les mers.

En conclusion :


Je voudrais revenir au point de départ, « quelles alliances pour démondialiser » ?


J’ai voulu montrer que seul au point de départ un programme accessible, compréhensible, partagé, peut permettre de quitter l’incantation pour entrer dans le monde de la persuasion.

Ce programme peut permettre de mettre en relation la situation réelle, les besoins, les solutions et donc l’impossibilité de concilier avec le capitalisme mondialisé et ses institutions que sont notamment l’UE, la commission, la BCE, l’OTAN, et l’outil du capital financier que constitue l’Euro.

Quelles alliances ? Existe-t-il une autre alliance susceptible de porter un tel programme qu’une nouvelle alliance populaire faite des hommes et des femmes qui s’empareront des éléments de ce programme ? Avec deux écueils à éviter, deux raccourcis qui ne peuvent apparaître que pour ce qu’ils sont.

- Chercher au nom de la rupture avec l’UE et l’euro des alliances de droite ou de gauche. Mais que signifie aujourd’hui ce clivage ? C’est le programme qui permet de trancher, pour entrainer vers la rupture avec le capitalisme mondialisé. Or admettons que ni « droite » ni « gauche » ne se réclame de mesures allant dans le sens indiqué précédemment. Une fois encore c’est le programme qui incarne la rupture nécessaire avec le capitalisme mondialisé, donc avec ses institutions, l’UE, l’Euro, etc…

- Chercher avec la gauche de la gauche -sous prétexte que cela signifie plus à gauche- une alliance qui relève de la logique orwellienne. En effet, Jean Luc Mélenchon évoque la rupture avec les traités européens. Ce qui indiscutablement va dans le bon sens lorsqu’on a en souvenir tous les discours sur « l’Europe sociale ». Mais que signifie une telle volonté de « rupture avec les traités » si elle n’est accompagnée de sa conséquence logique, la rupture avec l’UE en tant que construction politique pour y substituer une union des nations libres choisissant de coopérer librement les unes avec les autres sur un sujet, un autre, ou plusieurs ? Encore un effort Jean Luc…

Jean Luc Mélenchon a d’ailleurs indiqué ce qu’il fallait éviter. Beaucoup ont vu une bouée de sauvetage lorsqu’il a décidé de rompre avec le PS. Mais il a fallu déchanter. En une après-midi, la messe était dite, bonne pour ceux qui acceptaient le catéchisme, hostile aux autres. Il annonçait le nouveau nom « parti de gauche », il donnait la direction, il proclamait autour de lui le parti, sa nouvelle direction, et son programme. Cela sans démarche collective, sans discussion, sans possibilité dans la confrontation de rassembler plus largement, pour arriver à des formules creuses, trompeuses, fausses sur l’essentiel, l’UE et l’Euro et aboutir à une aventure personnelle calquée sur le fonctionnement des institutions de la 5ème république.


En réalité les alliances sont à construire. Un nouveau bloc est possible que seul l’intérêt collectif peut rassembler. Ces forces n’existent pas aujourd’hui de façon organisée, mais objectivement elles peuvent se révéler, là dans un référendum –le Brexit dernièrement- là dans un conflit donné –grèves, occupations, Goodyear par exemple- là dans un colloque où nous nous retrouvons de France notamment, le Pardem par exemple et « la sociale », à cette tribune.

Jacques Cotta
Le 16 septembre
2016

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Objectif, tuer la France, comment et pourquoi.

5 Septembre 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Le socialisme, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La mondialisation, #l'horreur économique, #Le grand banditisme

3 septembre 2016

 

Tuer la France est un objectif primordial pour l'oligarchie financière, les anglo-saxons en général et les USA en particulier car la France possède une particularité dans son développement historique en comparaison avec d'autres nations européennes, seule la Russie se rapproche de cette particularité, dont notre pays est aujourd'hui la conséquence.

 

Pourquoi la France a toujours été un état fort et qui a compté dans le concert des nations, en dépit de sa petite superficie.

 

La France est, comme la Russie, une nation extraordinairement multiethnique et multiculturelle, il y a à peine plus de 100 ans on y parlait couramment une centaine de langues et dialectes différents dont des langues représentant des cultures fort diverses. Quelques exemples : les langues romanes du nord ou langues d'oïl, (wallon, picard, normand, français), les langues romanes du sud ou langues d'oc auxquelles on peut rattacher le provençal et le catalan. Au nord et à l'est des langues germaniques, flamand, alsacien, lorrain. Une grande langue celtique, le breton. Une langue paléo européenne, le basque et avec toutes ces langues de multiples variantes dialectales. Sous l'ancien régime il y avait deux langues officielles le français de langue d'oc et le français de langue d'oïl.

La France, comme la Russie fut perpétuellement attaquée tout au long de son histoire et connue peu de périodes de paix ; les anglais avec qui nous nûment que guerres, l'empire germanique, l’Espagne, De siècle en siècle la France dut se militariser et posséder un pouvoir central fort et particulièrement organisé, c'était ça ou disparaître.

La France ne disparue pas , bien que plusieurs fois dans son histoire elle fut au bord de l'élimination comme après le désastre d'Azincourt en 1415 suivi du traité de Troyes en 1420 qui consacrait sa fin au profit de l'Angleterre. A chaque fois que la France fut au bord du désastre, elle parvint à se redresser mais en générant un état central plus fort et mieux organisé avec une armée à chaque fois plus efficace. « Tout ce qui ne tue pas rend plus fort » disait Nietzsche, la France devint de plus en plus forte

 

Pour se renforcer la France inventa la légalité où la loi nationale devait primer sur tous les rapports entre français. La France inventa le concept de nation civique et le concept d'état-nation. La France se méfia très tôt des capitalistes et des marchants, Philippe Le Bel à la fin du 13ème siècles les mis au pas, Lombards, Juifs, et surtout Templiers qui sous prétexte de religion amassaient des fortunes sur le dos du petit peuple. La France freina également le pouvoir de l'église et du pape de Rome en développant une église gallicane sous contrôle exclusivement français. On pourrait faire une très longue description historique depuis le 11ème siècle pour évoquer la naissance d'une nation ferme, guerrière, jalouse de son indépendance et de ses particularités.

 

Bien évidemment cette France, forte légalisée et centralisée ne fut jamais du goût des financiers, ceux-ci préférèrent toujours le contrat privé basé sur un rapport de force et non sur la loi nationale identique pour tous. Pour les riches et puissants cette loi identique pour tous ne serait que tyrannie.

 

La France de Philippe Auguste, de Charles V, de Philippe le Bel, d'Henri IV, de Louis XIV, de la Révolution de 1789, de la Convention de 1793, de Napoléon et son Code, de la Commune et des lois laïques de 1905 a toujours été une exception, un obstacle pour les usuriers et les banquiers. Ceux-ci, dés le 17ème siècle se mirent à préférer l'Angleterre et son « free trade ». La défaite de Napoléon en 1815 fut pour eux une aubaine et depuis, l'Angleterre ne possède à leurs yeux que vertus à singer, la France depuis suit la perfide Albion comme un toutou en perdant ses particularités et son âme.

Pourtant cette âme est bien chevillée à son corps car de nombreuses années encore seraient nécessaires pour qu'une forte culture venant de 1000 ans puisse être entamée.

 

 

Comment tuer la France définitivement et parachever Waterloo?

 

Quand j'étais conseiller spécial de Sylvain Floirat de 1980 à 1985, l'un des créateurs avec Marcel Dassault de l'industrie de défense indépendante française, celui-ci me dit un jour que la France avait deux piliers historiques et que, si ces deux piliers s'affaissaient s'en serait fini de notre pays, ces piliers étaient pour lui, le nationalisme gaulliste et le parti communiste dont l'alliance avait été particulièrement efficace contre l'envahisseur nazi. Ce patriote avait bien compris l'essence de la Nation.

Le gaullisme ou nationalisme de droite est mort avec le général de Gaulle celui-ci eu peu d'héritiers politiques. Les politiciens se réclamant du gaullismes n'était plus que de la droite classique prête à se compromettre avec l'impérialisme, comme il fut fait rapidement.

La disparition du PCF pris plus de temps. Les cadres du Parti Communiste étaient jusqu'aux années 70 issues de la résistance au nazisme, ceux-ci gardaient encore la nation au cœur, une nation qui par ses lois protège ses citoyens et les communistes de l'époque comprirent bien que pour défendre le petit peuple et la classe ouvrière il fallait une nation indépendante et des lois sociales.

Nous allons voir comment ils perdirent cette âme et se perdirent en même temps. gaullisme disparu avec le général, les communistes ne tardèrent pas à disparaître également laissant la nation à la merci de l'impérialisme. C'est bien la gauche qui  portait encore les coups les plus sérieux au peuple de France en remplaçant un PCF qui distillait ses valeurs morales nationales et laborieuses au sein de la classe ouvrière par une gauche pseudo libérale, pro impérialiste, anti nationale et méprisante pour le petit peuple.

 

Chronique d'un désastre.

 

Quand les trotskystes liés aux USA s’emparèrent du PS et de la France par la même occasion.

 

Dés 1945, le PCF en dépit des combats nationaux auquel il avait participé pour libérer la France, eu du mal à reconnaître le fait national et indépendantiste pour protéger la classe travailleuse. Le PCF ne soutint plus le Général de Gaulle qui devint à ses yeux un ennemi. Le PCF accentua son erreur et son défaut d'analyse en essayant de faire la promotion d'une alliance avec les socialistes, en espérant peut être refaire le congrès de Tour de 1920 qui avait divisé socialistes et communistes. Le PCF devenu furieusement anti gaulliste militait pour un programme commun avec un PS devenu après la guerre une marionnette de l'impérialisme US, pourtant il comptait bien l'entraîner sur ses positions ce qui était déjà ridicule.

Après la refondation du parti Socialiste au congrès d'Epinay de 1971, Mitterrand qui avait pris le pouvoir dans ce Parti, dut faire appel à de jeunes cadres trotskystes de la secte lambertiste pour diriger un PS ne possédant à ce moment que des cadres vieillissants. Ce néo PS trotskysé signa ce programme commun proposé par le PCF en 1972 avec l’appoint du Parti Radical qui à cette occasion se divisa.

Les conséquences de cette union de la gauche furent rapidement catastrophiques pour le PCF et particulièrement bénéfiques pour le PS et ses cadres lambertistes. Face à une hémorragie électorale le PCF commença à se poser quelques questions sur l'intérêt qu'il eu à se lancer dans une Union de la Gauche qui parvenue au pouvoir en 1981, non seulement fut incapable d'améliorer le sort des français mais aggrava comme on le vit plus tard leur situation. La gauche changea de nature avec une composition sociale qui se transforma rapidement, les ouvriers furent les premiers à se méfier de cette alliance quittèrent le PCF et se réfugièrent de plus en plus dans l'abstention. Les idées de « Gauche » perdirent leurs analyses marxistes pour ne devenir que des idées de « bon sentiments » portées par des classes moyennes de plus en plus aisées qui remplaçaient la classe ouvrière. L'ouvriérisme et son moralisme commença à être fustigé au sein même du PCF.

Mitterrand avait prévenu.
« Si j’ai signé le programme commun, c’est pour prendre 2 à 3 millions de voix au PCF. » Mais comment le PCF a t-il pu se laisser prendre par un tel complot, justifié dernièrement par François Hollande. Il rassurait ainsi dernièrement les financiers de la City de Londres en disant qu’en France le PCF étant affaibli, ils ne risquaient rien avec lui.

Le décor étant installé comment la mort de la France fut programmée.

 

1-La vague migratoire.

 

Ce qui parait le plus simple et le plus traditionnel pour tuer un pays c'est l'invasion. Mais une invasion à l'aide d'une force armée comme en 1940 serait contre productive car déclencherait immédiatement une réaction de défense du peuple français comme ce fut souvent le cas dans son histoire et cette invasion aurait toutes les chances d'être rejetée. Il faudrait alors que cette invasion fut acceptée. Les accords de Grenelle de 1968 favorables aux salariés déclenchèrent une réaction de l'oligarchie, de nombreux immigrés devaient venir peser sur les salaires et noyer la classe ouvrière française et ses traditions de revendication. Les vannes furent ouvertes après 1968 et ne cessèrent de s'ouvrir. Le Parti Communiste Français était encore puissant son candidat aux élections présidentielles de 1969 Jacques Duclos avait fait 21% des voix. Au sein de la gauche française le PCF pesait le plus lourd.

Le Parti Communiste Français s'opposa naturellement à la vague migratoire et de plus en plus vivement à mesure ou celle-ci s'accentuait.

 

Encore en 1981 Georges Marchais disait.

 

« En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l'immigration pose aujourd'hui de graves problèmes. Il faut stopper l'immigration officielle et clandestine »,

« Nous pensons que tous les travailleurs sont frères, indépendamment du pays où ils sont nés (...) » Mais « dans la crise actuelle, elle [l'immigration] constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d' le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français. C'est pourquoi nous disons : il faut arrêter l'immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. »
Ce fut une levée de bouclier, surtout venant du PS. On ressorti le passé de Marchais qui avait travaillé au STO pendant la guerre chez Messerschmidt. Une campagne de diabolisation fut entreprise par les médias déjà aux ordres. Les ouvriers français, les premiers touchés par cette vagues migratoire abandonnèrent définitivement la gauche pour voter Front National.
Le PCF délaissa rapidement sa critique de l'immigration et se coula dans la bien-pensance de gauche. Les encore nombreuses municipalités communistes accueillirent alors en masse les familles d'immigrés, tandis que les populations autochtones durent partir vers d'autres cieux. Les fameuses « ceintures rouges » de Paris comme des grandes villes devinrent des zones exclusivement réservées aux immigrés nord-africains et africains et pour la plus part devinrent des zones de non droit favorables aux trafics en tous genres pour palier la misère et le chômage, la police et l'état ayant abandonné les lieux.
Ce « grand remplacement » eu un effet accélérateur dans la décomposition du PCF car ces nouvelles populations remplaçant les ouvriers français qui avaient pour habitude de voter communiste ne votaient pas,ou mieux, pour ceux qui devenus français, votèrent pour le parti qui était le plus favorable à l'immigration, c'est à dire le parti socialiste..
 

2- Effacer le concept de nation et supprimer toute souveraineté.

 

La gauche influencée par les trotskystes lambertistes pris le pouvoir en 1981 et du haut de ce nouveau pouvoir pu prendre la main sur les médias dont la tendance éternelle est d'être toujours aux ordres des puissants, ce sont eux qui financent. Le concept de Nation pourtant révolutionnaire en 1789 et constitutif des mythes français fut attaqué selon l'idéologie trotskyste qui l'a toujours combattu. Nous savons maintenant que Trotski lui même était un agent britannique et qu'il s'opposa à Lénine puis à Staline en URSS en niant la possibilité de réaliser une révolution socialiste dans un seul pays car il niait le fait national.

A cet effet les dits trotskystes à la tête du PS et qui ne sont pas républicains, oublièrent le concept français de nation civique édicté par la révolution française de 1789 qui faisait de la nation l'ensemble des citoyens constituant l'état et ce, quels que soient leurs origines et religions. Les français par la même occasion inventèrent le concept d'état-nation, concept aujourd'hui généralisé sauf pour les anglo-saxons. En oubliant ce concept de nation civique d'origine français, ils mirent en avant le concept germanique de nation ethnique. Bien entendu la France ne peut être une Nation ethnique, car il n'y jamais eu d'ethnie française, en plus ce concept typiquement germanique engendra par ses excès le nazisme en Allemagne. La gauche, oubliant ses origine révolutionnaires privilégia le concept ethnique de la Nation pour mieux le dénigrer en le rapprochant du nazisme allemand.

Pourquoi effacer la Nation civique ? Celle-ci ne peut aller qu'avec la souveraineté du peuple qui la constitue selon l'article 3 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789.

 

Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

 

C'est bien cela que l'impérialisme veut effacé avec ses supplétifs de gauche.

 

3- Effacer les lois nationales.

 

Effacer une nation c'est effacer ses lois, les lois sont liées également à des frontières à l'intérieure desquelles elles s'appliquent. Les lois imposées dans un pays ont une histoire liée à ce pays, elles ont un sens particulier pour ses citoyens. Les luttes menées par les ouvriers, les salariés du peuple français ont eu pour effet d'imposer des lois sociales régissant l'emploi de ces salariés en ne les exposant plus à un rapport de force entre employeur et employés comme cela est le cas aux USA. La « Loi Travail » est une première tentative de destruction du droit français pour le remplacer par des contrats privés. Parallèlement à cette destruction, un décret a supprimé le délit d'entrée clandestinement sur le sol français en vertu d'une volonté « humaniste » d'accueil de « réfugiés ». Nous comprenons que le flot migratoire est organisé parallèlement à la destruction de notre droit, ces nouveaux arrivants pouvant alors être employés à bas prix. Nous voyons qu'un ordre moral, imposé par les médias et les politiciens à grand renfort de propagande pseudo humaniste doit à terme remplacer notre système légal bâti depuis des siècles. L'égalité des citoyens devant la loi serait à terme supprimé en supprimant les lois, un des fondement de notre république et de nos institutions partirait ainsi en fumée.

 

Dans ce travail de destruction de notre nation, de notre république et de ses valeurs légalistes, la néo gauche joue un rôle primordial, trotskisée par le PS elle est devenue le fer de lance de l'idéologie mondialiste dont la promotion est nécessaire au grand capital financier.

 

Pour recouvrer ses lois, la France doit recouvrer son indépendance, dans ce but tous les français doivent s'unir en oubliant ce que médias et politiciens nomment droite et gauche.

Pour ne pas mourir, la France et les français doivent retrouver l'esprit de la Résistance au nazisme quand un Conseil National de la Résistance ou gaullistes et communistes collaboraient pour le plus grand bien de la Nation.

 

Alors un sursaut, il est encore temps.

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