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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #les media tag

Plus efficace encore que les dictatures : Le lavage de cerveaux en liberté, par Noam Chomsky

24 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Les média, #Noam Chomsky

Rachats de grands journaux – le « Wall Street Journal » aux Etats-Unis, « Les Echos » en France – par des hommes fortunés habitués à plier la vérité au gré de leurs intérêts (lire aussi « Prédateurs de presse et marchands d’influence », par Marie Bénilde), médiatisation outrancière de M. Nicolas Sarkozy, cannibalisation de l’information par les sports, la météo et les faits divers, le tout dans une débauche de publicités : la « communication » constitue l’instrument de gouvernement permanent des régimes démocratiques. Elle est, pour eux, ce que la propagande est aux dictatures. Dans un entretien accordé au journaliste de France Inter Daniel Mermet, l’intellectuel américain Noam Chomsky analyse ces mécanismes de domination et les replace dans leur contexte historique. Il rappelle, par exemple, que les régimes totalitaires se sont appuyés sur les ressorts de la communication publicitaire perfectionnés aux Etats-Unis au lendemain de la première guerre mondiale. Au-delà, il évoque les perspectives de transformation sociale dans le monde actuel, et ce à quoi pourrait ressembler l’utopie pour ceux qui, malgré la pédagogie de l’impuissance martelée par les médias, n’ont pas renoncé à changer le monde.

Le lavage de cerveaux en liberté

 

Commençons par la question des médias. En France, en mai 2005, lors du référendum sur le traité de Constitution européenne, la plupart des organes de presse étaient partisans du « oui », et cependant 55 % des Français ont voté « non ». La puissance de manipulation des médias ne semble donc pas absolue. Ce vote des citoyens représentait-il aussi un « non » aux médias ?

Le travail sur la manipulation médiatique ou la fabrique du consentement fait par Edward Herman et moi n’aborde pas la question des effets des médias sur le public (1). C’est un sujet compliqué, mais les quelques recherches en profondeur menées sur ce thème suggèrent que, en réalité, l’influence des médias est plus importante sur la fraction de la population la plus éduquée. La masse de l’opinion publique paraît, elle, moins tributaire du discours des médias.

Prenons, par exemple, l’éventualité d’une guerre contre l’Iran : 75 % des Américains estiment que les Etats-Unis devraient mettre un terme à leurs menaces militaires et privilégier la recherche d’un accord par voie diplomatique. Des enquêtes conduites par des instituts occidentaux suggèrent que l’opinion publique iranienne et celle des Etats-Unis convergent aussi sur certains aspects de la question nucléaire : l’écrasante majorité de la population des deux pays estime que la zone s’étendant d’Israël à l’Iran devrait être entièrement débarrassée des engins de guerre nucléaires, y compris ceux que détiennent les troupes américaines de la région. Or, pour trouver ce genre d’information dans les médias, il faut chercher longtemps.

Quant aux principaux partis politiques des deux pays, aucun ne défend ce point de vue. Si l’Iran et les Etats-Unis étaient d’authentiques démocraties à l’intérieur desquelles la majorité détermine réellement les politiques publiques, le différend actuel sur le nucléaire serait sans doute déjà résolu. Il y a d’autres cas de ce genre.

Concernant, par exemple, le budget fédéral des Etats-Unis, la plupart des Américains souhaitent une réduction des dépenses militaires et une augmentation, en revanche, des dépenses sociales, des crédits versés aux Nations unies, de l’aide économique et humanitaire internationale, et enfin l’annulation des baisses d’impôts décidées par le président George W. Bush en faveur des contribuables les plus riches.

Sur tous ces sujets-là, la politique de la Maison Blanche est totalement contraire aux réclamations de l’opinion publique. Mais les enquêtes qui relèvent cette opposition publique persistante sont rarement publiées dans les médias. Si bien que les citoyens sont non seulement écartés des centres de décision politique, mais également tenus dans l’ignorance de l’état réel de cette même opinion publique.

Il existe une inquiétude internationale relative à l’abyssal « double déficit » des Etats-Unis : le déficit commercial et le déficit budgétaire. Or ceux-ci n’existent qu’en relation étroite avec un troisième déficit : le déficit démocratique, qui ne cesse de se creuser, non seulement aux Etats-Unis, mais plus généralement dans l’ensemble du monde occidental.

Chaque fois qu’on demande à un journaliste vedette ou à un présentateur d’un grand journal télévisé s’il subit des pressions, s’il lui arrive d’être censuré, il réplique qu’il est entièrement libre, qu’il exprime ses propres convictions. Comment fonctionne le contrôle de la pensée dans une société démocratique ? En ce qui concerne les dictatures, nous le savons.

Quand des journalistes sont mis en cause, ils répondent aussitôt : « Nul n’a fait pression sur moi, j’écris ce que je veux. » C’est vrai. Seulement, s’ils prenaient des positions contraires à la norme dominante, ils n’écriraient plus leurs éditoriaux. La règle n’est pas absolue, bien sûr ; il m’arrive moi-même d’être publié dans la presse américaine, les Etats-Unis ne sont pas un pays totalitaire non plus. Mais quiconque ne satisfait pas certaines exigences minimales n’a aucune chance d’être pressenti pour accéder au rang de commentateur ayant pignon sur rue.

C’est d’ailleurs l’une des grandes différences entre le système de propagande d’un Etat totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. En exagérant un peu, dans les pays totalitaires, l’Etat décide de la ligne à suivre et chacun doit ensuite s’y conformer. Les sociétés démocratiques opèrent autrement. La « ligne » n’est jamais énoncée comme telle, elle est sous-entendue. On procède, en quelque sorte, au « lavage de cerveaux en liberté ». Et même les débats « passionnés » dans les grands médias se situent dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires.

Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l’air qu’on respire. On ne s’en aperçoit pas, et on s’imagine parfois être en présence d’un débat particulièrement vigoureux. Au fond, c’est infiniment plus performant que les systèmes totalitaires.

Prenons, par exemple, le cas de l’Allemagne au début des années 1930. On a eu tendance à l’oublier, mais c’était alors le pays le plus avancé d’Europe, à la pointe en matière d’art, de sciences, de techniques, de littérature, de philosophie. Puis, en très peu de temps, un retournement complet est intervenu, et l’Allemagne est devenue l’Etat le plus meurtrier, le plus barbare de l’histoire humaine.

Tout cela s’est accompli en distillant de la peur : celle des bolcheviks, des Juifs, des Américains, des Tziganes, bref, de tous ceux qui, selon les nazis, menaçaient le cœur de la civilisation européenne, c’est-à-dire les « héritiers directs de la civilisation grecque ». En tout cas, c’est ce qu’écrivait le philosophe Martin Heidegger en 1935. Or la plupart des médias allemands qui ont bombardé la population avec des messages de ce genre ont repris les techniques de marketing mises au point… par des publicitaires américains.

N’oublions pas comment s’impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d’une autre nature. Ainsi, lorsqu’une personne exerce son pouvoir sur une autre – que ce soit un dictateur, un colon, un bureaucrate, un mari ou un patron –, elle a besoin d’une idéologie justificatrice, toujours la même : cette domination est faite « pour le bien » du dominé. En d’autres termes, le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux.

Quand la violence d’Etat ne suffit plus

Dans les années 1930, les règles de la propagande nazie consistaient, par exemple, à choisir des mots simples, à les répéter sans relâche, et à les associer à des émotions, des sentiments, des craintes. Quand Hitler a envahi les Sudètes [en 1938], ce fut en invoquant les objectifs les plus nobles et charitables, la nécessité d’une « intervention humanitaire » pour empêcher le « nettoyage ethnique » subi par les germanophones, et pour permettre que chacun puisse vivre sous l’« aile protectrice » de l’Allemagne, avec le soutien de la puissance la plus en avance du monde dans le domaine des arts et de la culture.

En matière de propagande, si d’une certaine manière rien n’a changé depuis Athènes, il y a quand même eu aussi nombre de perfectionnements. Les instruments se sont beaucoup affinés, en particulier et paradoxalement dans les pays les plus libres du monde : le Royaume-Uni et les Etats-Unis. C’est là, et pas ailleurs, que l’industrie moderne des relations publiques, autant dire la fabrique de l’opinion, ou la propagande, est née dans les années 1920.

Ces deux pays avaient en effet progressé en matière de droits démocratiques (vote des femmes, liberté d’expression, etc.) à tel point que l’aspiration à la liberté ne pouvait plus être contenue par la seule violence d’Etat. On s’est donc tourné vers les technologies de la « fabrique du consentement ». L’industrie des relations publiques produit, au sens propre du terme, du consentement, de l’acceptation, de la soumission. Elle contrôle les idées, les pensées, les esprits. Par rapport au totalitarisme, c’est un grand progrès : il est beaucoup plus agréable de subir une publicité que de se retrouver dans une salle de torture.

Aux Etats-Unis, la liberté d’expression est protégée à un degré que je crois inconnu dans tout autre pays du monde. C’est assez récent. Dans les années 1960, la Cour suprême a placé la barre très haut en matière de respect de la liberté de parole, ce qui exprimait, à mon avis, un principe fondamental établi dès le XVIIIe siècle par les valeurs des Lumières. La position de la Cour fut que la parole était libre, avec pour seule limite la participation à un acte criminel. Si, par exemple, quand je rentre dans un magasin pour le dévaliser, un de mes complices tient une arme et que je lui dis : « Tire ! », ce propos n’est pas protégé par la Constitution. Pour le reste, le motif doit être particulièrement grave avant que la liberté d’expression soit mise en cause. La Cour suprême a même réaffirmé ce principe en faveur de membres du Ku Klux Klan.

En France, au Royaume-Uni et, me semble-t-il, dans le reste de l’Europe, la liberté d’expression est définie de manière très restrictive. A mes yeux, la question essentielle est : l’Etat a-t-il le droit de déterminer ce qu’est la vérité historique, et celui de punir qui s’en écarte ? Le penser revient à s’accommoder d’une pratique proprement stalinienne.

Des intellectuels français ont du mal à admettre que c’est bien là leur inclination. Pourtant, le refus d’une telle approche ne doit pas souffrir d’exception. L’Etat ne devrait avoir aucun moyen de punir quiconque prétendrait que le Soleil tourne autour de la Terre. Le principe de la liberté d’expression a quelque chose de très élémentaire : ou on le défend dans le cas d’opinions qu’on déteste, ou on ne le défend pas du tout. Même Hitler et Staline admettaient la liberté d’expression de ceux qui partagaient leur point de vue…

J’ajoute qu’il y a quelque chose d’affligeant et même de scandaleux à devoir débattre de ces questions deux siècles après Voltaire, qui, comme on le sait, déclarait : « Je défendrai mes opinions jusqu’à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres. » Et c’est rendre un bien triste service à la mémoire des victimes de l’Holocauste que d’adopter une des doctrines fondamentales de leurs bourreaux.

Dans un de vos livres, vous commentez la phrase de Milton Friedman : « Faire des profits est l’essence même de la démocratie »

A vrai dire, les deux choses sont tellement contraires qu’il n’y a même pas de commentaire possible… La finalité de la démocratie, c’est que les gens puissent décider de leur propre vie et des choix politiques qui les concernent. La réalisation de profits est une pathologie de nos sociétés, adossée à des structures particulières. Dans une société décente, éthique, ce souci du profit serait marginal. Prenez mon département universitaire [au Massachusetts Institute of Technology] : quelques scientifiques travaillent dur pour gagner beaucoup d’argent, mais on les considère un peu comme des marginaux, des gens perturbés, presque des cas pathologiques. L’esprit qui anime la communauté académique, c’est plutôt d’essayer de faire des découvertes, à la fois par intérêt intellectuel et pour le bien de tous.

Dans l’ouvrage qui vous est consacré aux éditions de L’Herne, Jean Ziegler écrit : « Il y a eu trois totalitarismes : le totalitarisme stalinien, nazi et maintenant c’est Tina (2). » Compareriez-vous ces trois totalitarismes ?

Je ne les mettrais pas sur le même plan. Se battre contre « Tina », c’est affronter une emprise intellectuelle qu’on ne peut pas assimiler aux camps de concentration ni au goulag. Et, de fait, la politique des Etats-Unis suscite une opposition massive à l’échelle de la planète. L’Argentine et le Venezuela ont jeté le Fonds monétaire international (FMI) dehors. Les Etats-Unis ont dû renoncer à ce qui était encore la norme il y a vingt ou trente ans : le coup d’Etat militaire en Amérique latine. Le programme économique néolibéral, qui a été imposé de force à toute l’Amérique latine dans les années 1980 et 1990, est aujourd’hui rejeté dans l’ensemble du continent. Et on retrouve cette même opposition contre la globalisation économique à l’échelle mondiale.

Le mouvement pour la justice, qui est sous les feux des projecteurs médiatiques lors de chaque Forum social mondial, travaille en réalité toute l’année. C’est un phénomène très nouveau dans l’histoire, qui marque peut-être le début d’une vraie Internationale. Or son principal cheval de bataille porte sur l’existence d’une solution de rechange. D’ailleurs, quel meilleur exemple de globalisation différente que le Forum social mondial ? Les médias hostiles appellent ceux qui s’opposent à la globalisation néolibérale les « antimondialistes », alors qu’ils se battent pour une autre mondialisation, la mondialisation des peuples.

On peut observer le contraste entre les uns et les autres, parce que, au même moment, a lieu, à Davos, le Forum économique mondial, qui travaille à l’intégration économique planétaire, mais dans le seul intérêt des financiers, des banques et des fonds de pension. Puissances qui contrôlent aussi les médias. C’est leur conception de l’intégration globale, mais au service des investisseurs. Les médias dominants considèrent que cette intégration est la seule qui mérite, en quelque sorte, l’appellation officielle de mondialisation.

Voilà un bel exemple du fonctionnement de la propagande idéologique dans les sociétés démocratiques. A ce point efficace que même des participants au Forum social mondial acceptent parfois le qualificatif malintentionné d’« antimondialistes ». A Porto Alegre, je suis intervenu dans le cadre du Forum, et j’ai participé à la Conférence mondiale des paysans. Ils représentent à eux seuls la majorité de la population de la planète…

On vous range dans la catégorie des anarchistes ou des socialistes libertaires. Dans la démocratie telle que vous la concevez, quelle serait la place de l’Etat ?

On vit dans ce monde, pas dans un univers imaginaire. Dans ce monde, il existe des institutions tyranniques, ce sont les grandes entreprises. C’est ce qu’il y a de plus proche des institutions totalitaires. Elles n’ont, pour ainsi dire, aucun compte à rendre au public, à la société ; elles agissent à la manière de prédateurs dont d’autres entreprises seraient les proies. Pour s’en défendre, les populations ne disposent que d’un seul instrument : l’Etat. Or ce n’est pas un bouclier très efficace, car il est, en général, étroitement lié aux prédateurs. A une différence, non négligeable, près : alors que, par exemple, General Electric n’a aucun compte à rendre, l’Etat doit parfois s’expliquer auprès de la population.

Quand la démocratie se sera élargie au point que les citoyens contrôleront les moyens de production et d’échange, qu’ils participeront au fonctionnement et à la direction du cadre général dans lequel ils vivent, alors l’Etat pourra disparaître petit à petit. Il sera remplacé par des associations volontaires situées sur les lieux de travail et là où les gens vivent.

Est-ce les soviets ?

C’étaient les soviets. Mais la première chose que Lénine et Trotski ont détruit, sitôt après la révolution d’Octobre, ce sont les soviets, les conseils ouvriers et toutes les institutions démocratiques. Lénine et Trotski ont été à cet égard les pires ennemis du socialisme au XXe siècle. En tant que marxistes orthodoxes, ils ont estimé qu’une société retardataire comme la Russie de leur époque ne pouvait pas passer directement au socialisme avant d’être précipitée de force dans l’industrialisation.

En 1989, au moment de l’effondrement du système communiste, j’ai pensé que cet effondrement représentait, paradoxalement, une victoire pour le socialisme. Car le socialisme tel que je le conçois implique, au minimum, je le répète, le contrôle démocratique de la production, des échanges et des autres dimensions de l’existence humaine.

Toutefois, les deux principaux systèmes de propagande se sont accordés pour dire que le système tyrannique institué par Lénine et Trotski, puis transformé en monstruosité politique par Staline, était le « socialisme ». Les dirigeants occidentaux ne pouvaient qu’être enchantés par cet usage absurde et scandaleux du terme, qui leur a permis pendant des décennies de diffamer le socialisme authentique.

Avec un enthousiasme identique, mais de sens contraire, le système de propagande soviétique a tenté d’exploiter à son profit la sympathie et l’engagement que suscitaient pour beaucoup de travailleurs les idéaux socialistes authentiques.

N’est-il pas vrai que toutes les formes d’auto-organisation selon les principes anarchistes se sont finalement effondrées ?

Il n’y a pas de « principes anarchistes » fixes, une sorte de catéchisme libertaire auquel il faudrait prêter allégeance. L’anarchisme, du moins tel que je le comprends, est un mouvement de la pensée et de l’action humaines qui cherche à identifier les structures d’autorité et de domination, à leur demander de se justifier et, dès qu’elles en sont incapables, ce qui arrive fréquemment, à tenter de les dépasser.

Loin de s’être « effondré », l’anarchisme, la pensée libertaire, se porte très bien. Il est à la source de nombreux progrès réels. Des formes d’oppression et d’injustice qui étaient à peine reconnues, et encore moins combattues, ne sont plus admises. C’est une réussite, une avancée pour l’ensemble du genre humain, pas un échec.

(Propos recueillis par Daniel Mermet, revus et corrigés par l’auteur.)

Noam Chomsky

Professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Boston, Etats-Unis. Auteur notamment de Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Fayard, Paris, 2007. La plupart des textes de Noam Chomsky sont disponibles sur son site Internet.
 
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Une insoutenable européanisation du chantage à l’antisémitisme. Par le bureau national de l'UJFP.

19 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #Les média, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Une insoutenable européanisation du chantage à l’antisémitisme

Le Parlement européen a voté à une très large majorité, le jeudi 1er juin, une nouvelle résolution sur l’antisémitisme. Il va sans dire que nous déplorons, une fois encore, la singularisation de l’antisémitisme vis-à-vis des autres formes de racisme. D’elles pas un mot, alors que, par exemple, l’islamophobie sévit partout en Europe et que la rromophobie tue. Mais il y a plus grave. A y regarder de plus près, ce n’est pas tant d’antisémitisme que de limitation de la liberté de parole et de criminalisation de la critique d’Israël qu’il s’agit.

La résolution, par le biais du paragraphe 2, fait sienne les critères proposés par la très sioniste Alliance internationale de la mémoire de l’holocauste (International Holocaust Remembrance Alliance, IHRA) pour définir l’antisémitisme. Si celle-ci reconnaît que l’antisémitisme, c’est la haine du Juif en tant que juif, le paramètre de la définition ne s’arrête pas là. « Nier au peuple juif (sic) le droit à l’autodétermination, en prétendant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste » relèverait de l’antisémitisme. « Avoir deux poids deux mesures en demandant de l’Etat d’Israël un comportement que l’on attend ni ne demande de n’importe quelle autre nation démocratique (sic) [1] » ? Antisémitisme !

Le Royaume-Uni et l’Autriche ont récemment adopté cette définition, et les effets catastrophiques n’ont pas tardé à se faire sentir. C’est notamment sur cette base qu’a failli être annulée il y a une dizaine de jours la Palestine Expo 2017 de Londres qui aura bien lieu début juillet [2].

En France aussi, la petite musique qui amalgame insidieusement la moindre critique d’Israël et/ou du sionisme à de l’antisémitisme bat son plein. Pas besoin de la définition de l’IHRA pour cela ! Et pourtant, si le vote de cette résolution au Parlement européen n’a aucune valeur juridique contraignante, il contribue à renforcer ce climat nauséabond où la parole critique à l’encontre d’Israël est bâillonnée et criminalisée. Ce vote, c’est une attaque sournoise contre la liberté d’expression de la part de la seule institution démocratique de l’Union européenne.

A l’exception notable de la Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) et des Verts, tous les groupes parlementaires ont écouté plus ou moins religieusement les doléances des lobbies hyperactifs pro-israéliens – au premier rang desquels, l’IHRA et le Congrès juif européen – qui ont finalement réussi à obtenir gain de cause après une longue et coûteuse bataille. Mais ne nous y trompons pas, cette résolution ne s’est pas obtenue que sous la pression. Il s’agit d’un vote d’adhésion. Elle a été approuvée à une large majorité comprenant une alliance pas si hétéroclite qu’elle n’en a l’air au premier abord : de l’aile droite de la social-démocratie à l’extrême droite souverainiste et antisémite, tous, à de rares exceptions près, ont voté en faveur de la résolution.

Sans un accord idéologique tacite fondé sur une islamophobie plus ou moins assumée et le choix stratégique néoconservateur du soutien indéfectible à Israël, une telle alliance aurait été inconcevable. Il suffit de prendre la peine de gratter le vernis des bonnes intentions de cette résolution pour que se laisse apercevoir sa véritable raison d’être, qui ne fait d’ailleurs que peu de cas de la situation des Juifs en Europe. Il faut rappeler qu’il n’y a pas de politique d’état antisémite en Europe, et que ce vote vise clairement à empêcher non pas l’antisémitisme réel mais la critique politique légitime d’un État, de sa politique et de son régime.

Le vote de cette résolution nous rappelle, qu’ici comme en Europe, le droit à la critique d’Israël fait partie de la liberté d’expression politique en général – un acquis aussi précieux que fragile qu’il nous faut défendre à tout prix.

Le Bureau national de l’UJFP, le 2 juin 2017

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Monique Pinçon-Charlot :  « Emmanuel Macron synthétise complètement les intérêts de l'oligarchie »

17 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #La République, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #Le fascisme, #l'horreur économique, #Le syndicalisme, #Les média

Monique Pinçon-Charlot :

 « Emmanuel Macron synthétise

complètement les intérêts de l'oligarchie »

 14/09/17 . 17h56 . Mathieu Dejeanhttp://www.lesinrocks.com/img/auteur.png

A

lors qu'Emmanuel Macron va faire face à la contestation de la loi travail pendant tout le mois de septembre, la sociologue spécialiste de la grande richesse Monique Pinçon-Charlot, auteure de livres de référence sur la grande bourgeoisie avec Michel Pinçon, alerte sur la "régression sociale sans pareille qui est en marche".

 

 

Au regard des premiers mois de mandat d’Emmanuel Macron, persistez-vous à dire, en jugeant sur ses actes, qu’il conduit une politique au bénéfice des puissants ?

Monique Pinçon-Charlot Oui, et sans nuances. Michel [son mari, ndlr] et moi avions écrit Le Président des riches à propos de Nicolas Sarkozy, mais là on est passé un cran au-dessus. Les politiques d’Emmanuel Macron sont au service quasi-exclusif de l’oligarchie. Nous ne sommes plus désormais dans le cadre d’une alternance classique à l’intérieur de l’oligarchie entre la droite et la gauche : il synthétise complètement les intérêts des plus riches. Ce phénomène est confirmé par la porosité qui existe entre le public et le privé dans son gouvernement, par la généralisation du pantouflage [le fait pour un haut fonctionnaire d'aller travailler dans une entreprise privée, ndlr], et par le fait que les commissions de déontologie, lorsqu’elles sont saisies, sont toujours au service des puissants.

         Les ordonnances sur la loi travail montrent aussi que le gouvernement peut taper fort sur tous les fronts : contre la démocratie d’une part, avec ce processus intervenu en plein été qui court-circuite le débat parlementaire, et sur les travailleurs en procédant au détricotage des droits sociaux. Cette loi va dans le sens quasi-exclusif des patrons, des actionnaires, des puissants et des riches. On est au cœur de l’antagonisme de classe de notre société, basée sur le système capitaliste. L’oligarchie, qui demeure la classe la plus consciente dans notre société, ne s’y trompe pas.

 

Comment définiriez-vous le macronisme, s’il est un cran au-dessus du sarkozysme ?

         Nicolas Sarkozy était le président des riches, Emmanuel Macron est lui le président maquillé. Au sens propre, puisqu’il est lourdement maquillé - ses frais de maquillage s’élèvent à 26 000 euros pour trois mois de mandat. Mais aussi au sens figuré : il avance maquillé en permanence, avec une priorité donnée de façon constante à la communication et à l’image. Pour cela, il est très bien servi par ses camarades de classe du CAC 40, qui sont propriétaires de la plupart des grands médias, et qui lui offrent des couvertures par dizaines mettant en scène un homme souriant, jeune et bien dans sa peau.

         Son maquillage lui a aussi permis de se faire passer pour un homme neuf, alors que c’est le poids lourd du quinquennat de Hollande. Enfin, on est aussi passé un cran au dessus dans la mesure où il s’est permis de traiter les opposants à la loi travail de"fainéants, de cyniques et d’extrêmes" - dans la continuité de ses précédentes déclarations sur les ouvrières "illettrées" de Gad, ou sur le fait qu’il fallait travailler pour se "payer un costard". C’est très grave dans la bouche d’un président de la République.

 

Bourdieu avait écrit un livre sur la violence symbolique du langage, Ce que parler veut dire. Qu’est-ce que parler de "fainéants, de cyniques, et d’extrêmes" veut dire dans la bouche d’Emmanuel Macron ?

         Ça veut dire qu’aujourd’hui il n’y a plus de frein à la violence de classe. Ce n’est même plus de l’ordre de la violence symbolique. Traiter les travailleurs de fainéants, de cyniques et d’extrêmes, franchement, c’est du jamais vu. C’est une violence de langage qui est profondément corruptrice, qui vous sidère, qui vous rend impuissant, qui vous détruit. Le maquillage du président est tombé à ce moment-là. Avec la loi Pénicaud, c’est une régression sociale sans pareille qui est en marche.

 

« Avec la loi Pénicaud, c’est une régression sociale sans pareille qui est en marche. »

 

Votre dernier livre, qui paraît le 21 septembre, est une enquête sociologique dessinée sur le tollé provoqué par l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence dans le XVIe arrondissement en 2016. Diriez-vous que nous sommes dans une période de polarisation sociale, et de guerre de classe particulièrement tendue ?

         Oui. Le 14 mars 2016, cette séance de colère de la grande bourgeoisie qui refusait de voir des sans-abris dans le XVIe arrondissement a été révélatrice d’une violence de classe qui ne connaît plus d’obstacle, qui ne se retient plus. Les plus riches ont toujours voulu s’agréger entre eux, car c’est la condition de la reproduction de l’ordre des classes, mais ça n’était jamais allé aussi loin dans le rejet du dissemblable, dans le rejet de l’autre. Nous ne nous y attendions absolument pas. La violence verbale dont nous parlions précédemment s’inscrit dans la même logique.

 

Que pensent les grands bourgeois, dont une partie au moins a soutenu François Fillon, d’Emmanuel Macron ?

         François Fillon a fait de très gros scores dans les quartiers traditionnels de la grande bourgeoisie, mais au second tour, tous ont voté solidairement pour Emmanuel Macron. En travaillant dans l’intimité de ces familles pendant trente ans, grâce à la générosité de leur accueil, nous avons vécu au plus profond de nous-mêmes, Michel et moi, leur solidarité. Cette solidarité de classe n’a pas besoin de chef d’orchestre : chaque membre a pour devoir de défendre les intérêts de tous les représentants de sa classe, quel que soit le front – la presse, la banque, le social, etc. D’ailleurs, au cours de notre enquête sur le centre d’hébergement du Bois de Boulogne, nous avons découvert que Pierre Coppey et Xavier Huillard, respectivement président et vice-président de l’association Aurore, chargée de gérer le site, sont aussi respectivement directeur général adjoint et PDG de la multinationale Vinci [leader mondial de la construction, ndlr]. Ils sont partout, sur tous les fronts et dans tous les instants, il n’y a pas de petit combat pour eux.

 

« Cette solidarité de classe n’a pas besoin de chef d’orchestre : chaque membre a pour devoir de défendre les intérêts de tous les représentants de sa classe, quel que soit le front. »

 

Macron a affronté pour la première fois la rue le 12 septembre. La CGT a réussi à mobiliser à peu près autant que pour la première manifestation contre la loi travail en 2016. Des solidarités entre pauvres et classes moyennes précarisées sont-elles en train de se dessiner contre le gouvernement ?

         Nos hypothèses de sociologues nous poussent à dire qu’il est possible que la solidarité prenne le pas sur les divisions de la gauche. Celles-ci sont d’ailleurs instrumentalisées par Macron, qui reçoit en cachette le président de FO et celui de la CFDT [selon une information du Canard enchaîné dans son édition du 6 septembre, ndlr]. Les divisions sont organisées au plus haut niveau. Il faut rappeler que les gens dont on parle ne représentent pas plus de 1% de la société, et que ce ne sont pas eux qui font fonctionner l’économie réelle.

         Ce sont les travailleurs qui sont les vrais créateurs de richesse. On peut conclure là-dessus : les puissants ont complètement inversé la lutte de classe en leur faveur à partir de la refondation menée par le baron Ernest-Antoine Seillière lorsqu’il a pris la présidence du Medef en 1997. Il avait alors décrété que les riches, les propriétaires des entreprises, des journaux, des valeurs mobilières, des ressources agricoles, étaient les créateurs de richesses et d’emplois. Par ce coup de force, dont on mesure encore les effets aujourd’hui, les ouvriers sont devenus des "coûts" et des "charges". C’est atroce. Alors qu’évidemment, les seuls créateurs de richesse sont ceux qui travaillent.

 

Panique dans le 16e ! Une enquête sociologique et dessinée de Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et Etienne Lécroart, éd. La Ville brûle, 96 p., 16€ (sortie le 21 septembre)

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Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La lutte des classes, #l'horreur économique, #Le syndicalisme, #Les média, #Le socialisme, #La justice

Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS

Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes

 

 

Bonjour

 

Vous trouverez ci-dessous le tract Recto/Verso que le RPS FIERS utilisera dans les Alpes-Maritimes pour s’opposer à la casse du code du travail imposé par ordonnances par Macron.

Afin de ne pas rester dans la seule contestation des actions concrètes seront proposées prochainement (réunion de travail, éducation populaire, etc. …)

Cordialement

Lucien Pons

Président du RPS FIERS pour la région PACA.

 

Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS
Le RPS FIERS se mobilise contre les ordonnances Macron dans les Alpes-Maritimes. Par Lucien PONS
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L’aube d’un avenir à la Orwell, par Robert Parry

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Terrorisme, #Les média

Source : Robert Parry, Consortium News, 28-07-2017

Aux États-Unis, les médias dominants continuent à propager leurs propres « fake news », notamment à propos d’un « consensus » de la communauté du renseignement sur le « piratage » à l’origine du Russia-gate tandis que des algorithmes entreprennent de marginaliser les opinions dissidentes, écrit Robert Parry.

Le New York Times, semble-t-il, ne peut pas s’empêcher de reprendre un bon gros mensonge. Pourtant contraint de publier une correction embarrassante où il retirait sa fausse allégation au sujet du prétendu consensus des 17 agences du renseignement, selon laquelle la Russie a piraté les mails du Parti démocrate et les a rendus publics pour aider Donald Trump à battre Hillary Clinton, le journal remet cela en nous suggérant exactement la même chose.

L’immeuble du New York Times à New York. (Photo : Wikipédia)

Le New York Times use à présent d’un nouveau stratagème : il affirme que les allégations au sujet du piratage russe sont l’objet d’un jugement « consensuel » de la communauté du renseignement états-unienne sans préciser le nombre d’agences impliquées. Ainsi, il a publié vendredi un article de Matt Flegenheimer à propos du vote du Sénat destiné à empêcher le Président Trump de lever les sanctions contre la Russie et il emploie cette formulation fallacieuse :

« L’administration Trump s’est opposée aux sanctions contre la Russie, faisant valoir qu’elle a besoin d’une certaine flexibilité pour entretenir de meilleures relations diplomatiques avec un pays qui, selon le consensus du renseignement américain, s’est ingéré dans l’élection présidentielle de l’année dernière. »

Ainsi, au lieu d’exposer la vérité – c’est-à-dire que « l’évaluation de la communauté du renseignement » était le fait d’un petit groupe d’analystes « triés sur le volet » appartenant à trois agences, et ce, sous le regard vigilant de celui qui était alors directeur de la CIA, John Brennan, et sous la surveillance de celui qui était alors directeur du renseignement national, James Clapper – le Times choisit de donner à ses lecteurs l’impression trompeuse qu’il y avait un « consensus » au sein de la communauté du renseignement états-unien.

En d’autres termes, à moins qu’un lecteur du Times ne connaisse la vérité pour l’avoir lue dans un média indépendant comme Consortiumnews.com, il va continuer à croire que les 17 agences de renseignement étaient toutes d’accord sur ce point crucial de l’affaire du Russia-gate.

Marginaliser la dissidence

Et le Times et d’autres médias dominants continuent, de façon délibérée, à tromper leurs lecteurs et ils avancent dans leur projet visant à déployer des algorithmes Internet destinés à traquer et à marginaliser ce qu’eux, ils considèrent comme des « fake news » , y compris des articles qui mettent en cause le pouvoir que s’octroient les médias mainstream en contrôlant la version qu’ils donnent des événements.

Selon un rapport du site World Socialist West, « dans les trois mois après que Google, en situation de monopole sur Internet, a annoncé vouloir empêcher ses utilisateurs d’accéder aux ‘fake news’, nombre d’organisations progressistes de gauche, pacifistes et en faveur du respect des droits démocratiques ont vu chuter spectaculairement le nombre de leurs visiteurs dans le monde entier. »

La stratégie de Google est de déclasser les résultats de recherche pour des sites web ciblés, tout en prétendant vouloir limiter l’accès du lecteur à une information de « mauvaise qualité ». Cependant, parmi ces cibles, on trouve apparemment certains des sites Internet alternatifs les plus sérieux, comme, selon le rapport, Consortiumnews.com.

Google parraine la First Draft Coalition, créée pour faire échec aux présumées « fake news » et constituée de médias dominants comme le New York Times et le Washington Post et aussi de sites internet agréés par l’establishment comme Bellingcat, qui est intimement lié au Conseil atlantique anti-russe et pro-Otan.

Ce ministère de la Vérité moderne a vu le jour à la faveur d’une hystérie alimentée par les médias dominants au sujet des « fake news » et de la « propagande russe » au lendemain de l’élection de Donald Trump.

À Thanksgiving, l’an dernier, [24 novembre 2016], le Washington Post a publié, à la Une, un article dans lequel étaient rapportées les accusations d’un site Web anonyme, PropOrNot, pour lequel 2000 sites Internet, y compris des sites qui ont fait leurs preuves comme Truthdig, Counterpunch et Consortiumnews, étaient des organes de « propagande russe ».

Manifestement, PropOrNot avait décidé de prendre comme critère la mise en cause de la Version officielle du département d’État sur la crise ukrainienne ou sur les événements de tout autre point chaud du globe et il dénigrait tous les médias qui osaient le faire. Toutefois, le Post n’a pas donné de détails précis sur ce que ces sites Internet avaient fait pour se trouver sur cette liste noire maccarthyste.

Un avenir à la Orwell

Début mai 2017, le New York Times est entré dans le jeu avec un article élogieux sur la façon dont des algorithmes sophistiqués pouvaient purger l’Internet de présumées « fake news » ou de ce qui est, selon les médias dominants, de la « désinformation ».

L’affiche Big Brother illustrant le roman de George Orwell qui traite de la propagande moderne, 1984.

Comme je l’ai écrit à l’époque, « on n’a pas besoin d’être très imaginatif pour voir comment cette combinaison de pensée unique dominante et d’intelligence artificielle pourrait créer un avenir à la Orwell où on ne donne qu’une version d’un événement et où l’autre version disparaît tout simplement. »

Après la parution de mon article, j’ai reçu un coup de téléphone d’un journaliste de la NPR, la National Public Radio (radio d’État nationale) qui projetait de faire un sujet sur cette nouvelle technologie et qui a discuté avec moi de mes inquiétudes. Cependant, après que je lui ai expliqué en détail pourquoi il s’agissait là, pour moi, d’une situation où le remède était pire que le mal, je n’ai pas été invité à l’émission de la NPR.

En outre, pour ce qui est du petit nombre de « fake news » publiées volontairement, aucune n’a pu être imputée à la Russie, en dépit des immenses efforts déployés par les médias états-uniens pour trouver un lien quel qu’il soit. Le jour où ces médias dominants ont dépisté une source de « fake news », celle-ci s’est trouvée être un jeune entrepreneur qui essayait de gagner un peu d’argent en attirant beaucoup de visiteurs sur son site.

Par exemple, le 26 novembre 2016, alors que, dans les jours qui ont suivi l’élection de Trump, l’hystérie anti-russe se déchaînait, le New York Times a publié un article relativement objectif à propos d’un site Internet de « fake news », révélant qu’il n’était pas du tout lié à la Russie mais qu’il avait été créé par un étudiant géorgien sans emploi qui utilisait ce site à Tbilisi pour gagner de l’argent en promouvant des articles pro-Trump.

Le propriétaire du site, Beqa Latsabidse, 22 ans, a affirmé avoir essayé au départ de faire paraître des articles favorables à Hillary Clinton mais cela s’était avéré trop peu rentable et il était donc passé aux articles anti-Clinton et pro-Trump, que leur contenu soit exact ou non.

Nous condamnons certes sans réserve ceux qui fabriquent intentionnellement des « fake news » et des « théories conspirationnistes » sans fondement, mais c’est une effrayante et dangereuse perspective que de voir attribué au Times et à un groupe de médias approuvés par Google le pouvoir d’interdire au public d’accéder à une information mettant en cause des pensées de groupe tout aussi stupides.

Doutes sur le Russia-gate

Même si le gouvernement russe n’a pas piraté les mails du Parti démocrate et ne les a pas fait passer à WikiLeaks – accusation réfutée à la fois par le Kremlin et WikiLeaks – personne ne prétend que ces mails étaient faux. En fait, tout prouve qu’ils étaient vrais et tout à fait dignes de faire la Une.

Un couple se promène le long du Kremlin le 7 décembre 2016. (photo de Robert Parry)

Pendant ce temps, les accusations du gouvernement des États-Unis contre la chaîne russe, Russia today, ont plus à voir avec son traitement de sujets susceptibles de nuire à l’establishment comme les manifestations Occupy Wall Street, la fracturation pour la recherche de gaz naturel et les opinions des petits candidats à la présidentielle qu’avec sa publication de fausses nouvelles.

Dans certains cas, des responsables du département d’État ont fait de fausses allégations en attaquant RT.

La frénésie actuelle autour du Russia-gate est un exemple particulièrement effrayant de la façon dont les conclusions contestables du gouvernement et les mensonges des médias dominants peuvent pousser le monde vers l’annihilation nucléaire. La certitude affichée par les médias dominants à propos de la culpabilité de Moscou en est l’illustration alors même que des experts bien informés ont exprimé de sérieux doutes, certes presque uniquement relayés sur des sites alternatifs.

Vous pouvez y lire, par exemple, l’avertissement de Scott Ritter, ancien inspecteur en armement des Nations-Unis, au sujet des leçons qui n’ont pas été retenues après la débâcle d’ Irak ou encore l’opinion des anciens professionnels du renseignement qui ont mis en cause l’exactitude du rapport du 6 janvier sur le piratage russe.

Peut-être que ces inquiétudes n’ont pas lieu d’être et que le rapport du 6 janvier est exact, mais la poursuite de la vérité ne doit pas consister simplement à s’adjuger les opinions de quelques analystes « triés sur le volet » qui travaillent pour des responsables politiques, comme Brennan et Clapper. Ce qu’on considère comme la vérité doit être mis rigoureusement à l’épreuve et confronté à des points de vue alternatifs et des arguments contradictoires.

Cette attitude est un principe essentiel depuis l’époque des Lumières : la vérité émerge après avoir été confrontée à des opinions opposées parmi celles existant dans la foire aux idées. Remplacer cette très ancienne vérité par des algorithmes qui se déchaînent pour imposer la Version officielle est une menace bien plus grave pour un électorat non informé et pour la santé de la démocratie que les occasions relativement peu nombreuses où un gamin fabrique une fausse nouvelle pour augmenter le nombre de visiteurs sur son site.

Et si cette nouvelle façon de marginaliser les opinions dissidentes prospère, qui va demander des comptes au New York Times quand il trompe intentionnellement ses lecteurs en s’exprimant de manière fallacieuse au sujet du « consensus » de la communauté du renseignement des États-Unis sur la Russie et les e-mails du Parti démocrate ?

Le journaliste d’investigation Robert Parry a révélé plusieurs affaires Iran-Contra pour The Associated Press et Newsweek dans les années 80.

Source : Robert Parry, Consortium News, 28-07-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

38 réponses à L’aube d’un avenir à la Orwell, par Robert Parry

Commentaires recommandés

Johnn Le 09 septembre 2017 à 06h41
 
 

Sans oublier la réécriture de l’histoire, tellement plus facile à l’ère du numérique : qui contrôle le passé contrôle le présent.

La bataille se joue donc autour d’un internet libre, et notamment contre les grands groupes. Soumis, l’internet devient d’une puissance écrasante, et plus généralement le numérique. Imaginer un monde sans information contradictoire, sans argent liquide et sans anonymat, ou toute activité est traçable…

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Parler du pays : la leçon de Macron à la presse! Macron engueule les journalistes. Par Daniel Schneidermann

5 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La nation ., #La France, #La mondialisation, #La République, #Les média, #Ecole

Parler du pays : la leçon de Macron à la presse

Macron engueule les journalistes, 149e épisode. "Les journalistes ont un problème, lance le président à des reporters télé de l'émission Complément d'enquête (France 2), qui l'interpellent au cours de la rituelle visite de rentrée dans une école de Forbach (Moselle). Ils s'intéressent trop à eux-mêmes, et pas assez au pays. Les journalistes ne m'intéressent pas. C'est les Français qui m'intéressent. Ca fait cinq minutes que vous me parlez, et vous ne me parlez que de problèmes de communication". Ce sévère remontage de bretelles fait l'objet d'une dépêche AFP. C'est dire si la profession tout entière est colère.

Un instant, on aurait presque envie de se ranger du côté du politique malmené par la vanité du harcèlement médiatique. En effet, à propos de la rentrée scolaire, sujet du jour, les journalistes auraient plus utilement pu questionner Macron sur les bourgades, comme Sartilly-Baie-Bocage (Manche) (1) ou Saint-Jeure-d'Ay (Ardèche) (2) dans lesquelles la rentrée a été perturbée par la suppression de contrats aidés, qui assuraient la sécurité des élèves. Ou encore sur ces écoles, comme à Vaulx-en-Velin (Rhône) où l'effort portant sur le dédoublement de certaines classes de CP a retiré des moyens aux autres classes. Nul doute que sur ces questions importantes, portant sur les authentiques problèmes du pays, et garanties sans aucun narcissisme journalistique, Macron se serait prêté de bonne grâce aux interviews les plus percutantes.

Ce n'est pas la première offensive (3) de Macron, depuis son élection (4), contre la futilité des medias. Après avoir tenté de choisir les journalistes qui l'accompagneraient dans ses déplacements, le président a laissé transpirer l'intention que son mouvement, La République en Marche, fonde son propre media, tourné, lui, vers le pays profond. Il a d'ailleurs commencé. Comme tous les chefs d'Etat modernes, Emmanuel Macron poste sur Twitter des vidéos de ses activités publiques. Ainsi, quelques instants après avoir ainsi tancé les journalistes pour cause de narcissisme professionnel, il postait sur Twitter la vidéo ci-dessous, dont on appréciera la haute valeur informative sur le pays, ses énergie, et son espérance.

Tant qu'à faire, et s'il faut vraiment choisir, on préfère encore les images des journalistes.

Certains clients de courrier électronique bloquent l'accès direct aux liens. Aussi, vous trouverez ci dessous et en clair l'ensemble des adresses web de ce présent message :

(1) http://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/rentree-scolaire-reportee-sartilly-n-assurera-pas-scolarite-eleves-1318153.html

(2) http://www.francetvinfo.fr/societe/education/refondation-de-l-ecole/classes-fermees-reforme-du-cp-fin-des-contrats-aides-du-calvados-a-la-reunion-les-couacs-de-la-rentree-scolaire_2356215.html

(3) https://www.arretsurimages.net/articles/2017-05-18/En-souhaitant-choisir-ses-journalistes-l-Elysee-fache-la-presse-id9874

(4) https://www.arretsurimages.net/articles/2017-08-24/Quand-Macron-ne-fuyait-pas-du-tout-les-journalistes-id10120

Daniel Schneidermann

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CNN, la Pravda américaine: reportage en interne. Par Karine Bechet Golovko.

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Les média

lundi 3 juillet 2017

CNN, la Pravda américaine: reportage en interne

 
 
 
Nous avons parlé il y a quelques jours du scandale autour de CNN qui, allée trop loin dans la propagande anti-russe, s'est retrouvée dans l'obligation de faire le ménage à l'intérieur (lire notre article ici). Voici maintenant une vidéo cachée sur un producteur de CNN, très locace, expliquant que tout cela n'est que du business, les journalistes de CNN n'ayant aucune preuve d'un quelconque lien entre Trump et la Russie.
 

 
Voici la vidéo en anglais sur J. Bonifield, producteur à CNN, qui éclaire la face cachée de ce qui est devenu une machine de propagande anti-russe:
 
 
L'on apprend ainsi que depuis l'entrée en fonction de Trump, CNN a cité dans ses nouvelles la Russie 15694 fois, ce qui est un record absolu. J. Bonifield reconnait que l'utilisation de la Russie contre Trump est très vendeur, car leur auditoire est principalement libéral et démocrate et n'aurait pas supporté un tel traitement de Obama. Ou quand le business rejoint la politique. C'est exactement de cette manière que l'on forme une machine propagandiste. Et en plus c'est rentable.
 
Notamment, depuis l'adoption de cette stratégie, le raiting de la chaîne est systématiquement supérieur à celui de l'année précédente:
 
 
Taper sur Trump rapporte autant que la politique anti-russe. Les deux ensemble permettent de décrocher le jackpot. Donc, lorsque les journalistes commençaient à passer trop de temps sur le climat, la direction de CNN leur a rappelé de revenir aux fondamentaux: la Russie - l'ennemi numéro Un qui instrumentalise Trump. 
 
 
Il faut faire du sensationnel, car il faut faire de l'audimat et de l'argent. L'éthique journalistique n'a ici que peu de place. Et cela aussi est une politique assumée:
 
 
Ainsi, la soi-disant collusion entre Trump et la Russie n'est qu'une opération médiatique, montée de toute pièce, qui sert particulièrement les intérêts de néoconservateurs qui viennent de perdre la présidence, mais veulent garder le pouvoir. Les commissions d'enquête n'ont rien, les journalistes n'ont rien. Mais tout le monde en parle, la communication est parfaitement bien coordonnée.
 
 
Et si personne n'a rien et que les médias continuent à en parler. Si CNN n'est qu'une nouvelle version couleur de la Pravda. Pourquoi les journalistes, français notamment, reprennent comme de bons petits soldats ces fausses informations. Pourquoi en France aussi la presse s'efforce tant et si bien à créer ce climat de défiance envers la Russie? 
 
Ceci laisse à penser que non seulement le pays n'a plus d'intérêt national propre pour s'investir dans le jeu politique interne des Etats Unis en soutenant le clan néoconservateur, mais que les journalistes politiques, français notamment, ne cherchent pas plus à faire leur travail que leurs collègues américains et nous créent une version provinciale de la Pravda US. La France elle-même semblant être devenue une province éloignée du néoconservatisme (version américaine du néolibéralisme européen), dont le centre reste toujours à Washington, quels que soient les Présidents - les autres pouvoirs, y compris la presse, y veillent.
 
 
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Le journal "RUPTURES" : Coup de chance : les généreux sponsors de Sylvie Goulard étaient américains et non russes…

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Les média, #L'armée française

Coup de chance : les généreux sponsors de Sylvie Goulard étaient américains et non russes…

Un précédent article rendait compte ici même d’une bien étrange affaire révélée par le Journal du Dimanche : Sylvie Goulard, qui fut membre du gouvernement Philippe I avec le portefeuille des Armées, a touché pendant plus de deux ans de fort substantielles gratifications mensuelles de la part d’un Think tank américain. Ce dernier, le « Council on the Future of Europe », est connu pour son engagement et sa propagande en faveur de l’intégration européenne.

Rien d’illégal dans cette générosité. Et on peut évacuer la question de la morale (sauf tout de même à rappeler que le maître de l’Elysée prévoit de renforcer l’austérité en matière de dépenses publiques, de traitement des fonctionnaires, et plus généralement de salaires pour la masse des manants).

« Européanisation » de la Défense nationale

En revanche, un point mérite d’être noté : si l’ex-eurodéputée n’avait pas été obligée de rendre précipitamment son tablier, ou son treillis, c’est à elle que serait revenue la responsabilité de tenter d’engager l’« européanisation » de la Défense nationale.

Faire progresser « l’Europe de la Défense » – en fait, l’intégration militaire – est en effet le grand résultat espéré et mis en scène par Emmanuel Macron lors du Conseil européen des 22 et 23 juin. Ce sommet a en particulier dégagé deux axes : un « Fonds européen de défense », qui vise à promouvoir et financer la recherche militaire au sein de l’UE, mais aussi à produire des « capacités » (moyens, armements) communes.

L’autre axe est la mise en place d’une procédure (« coopération structurée ») permettant à un groupe de pays volontaires de prendre des initiatives, y compris bottées, sans obtenir l’aval de l’ensemble des vingt-huit pays membres.

Par ailleurs, les « groupements tactiques », composés d’environ 1500 soldats de différentes nationalités déployables en moins de dix jours, seraient désormais finançables par une cagnotte commune, ce qui faciliterait leur engagement.

L’idée, selon les conclusions du Conseil, est que l’UE « contribue à la paix et à la stabilité dans son voisinage et au-delà ». Ce qui signifie en termes clairs : pouvoir se projeter militairement aux quatre coins de la planète. Car, notait précédemment la Commission européenne, « la puissance douce ne suffit pas dans un voisinage de plus en plus dangereux » (Compte-rendu et analyse géopolitique du sommet dans l’édition de Ruptures à paraître le 28 juin).

« Si nous voulons faire l’Europe de la Défense, il va y avoir des restructurations à opérer »

On imagine que Mme Goulard se réjouissait à l’avance de mener à bien ce qui se veut un « pas historique de l’Union européenne ». Sur le plan industriel, elle avait du reste déjà plaidé pour sortir d’« une vision étriquée », et martelé (dans Le Figaro.fr) : « il est souhaitable que nous achetions ensemble des matériels, ce qui oblige de casser certaines routines, certaines facilités industrielles aussi. Je l’assume. Si nous voulons faire l’Europe de la Défense, il va y avoir des restructurations à opérer, faire des choix de compatibilité et, à terme, des choix qui pourraient passer dans un premier temps pour aboutir à privilégier des consortiums dans lesquels les Français ne sont pas toujours leaders ».

On comprend bien, dans ces conditions, que l’inspiration puisée dans le Think tank californien lui aurait été fort utile.

Pourtant, jusqu’à présent, cette révélation du JDD n’a pas ému outre mesure les grands quotidiens.

Si les sponsors de Mme Goulard n’avaient pas été américains, mais – au hasard – russes, on peut se demander si la discrétion de la caste politico-médiatique eût été aussi remarquable.

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Le journal "RUPTURES": Qui est Nicolas Berggruen, le milliardaire « philanthrope » qui a financé Sylvie Goulard ?

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Les transnationales, #Les média

Actu Analyses

Qui est Nicolas Berggruen, le milliardaire « philanthrope » qui a financé Sylvie Goulard ?

L’information était disponible depuis 2014, mais Le Journal du dimanche l’a actualisée et mise sur le devant de la scène le 25 juin dernier : Sylvie Goulard a reçu de l’Institut Berggruen plus de 10 000 euros par mois d’octobre 2013 à janvier 2016, période au cours de laquelle elle était députée européenne (voir notre article). Dans la rubrique « Mon parcours » de son site personnel, l’éphémère ministre des Armées présente ainsi son activité au service du think tank américain : « Conseillère spéciale du Council for the Future of Europe [Conseil pour l’avenir de l’Europe] », un groupe de réflexion qui dépend du « Nicolas Berggruen Institute for Governance [Institut pour la gouvernance] ».

Sylvie Goulard précise ensuite qu’il s’agit d’une « association à but non lucratif visant à promouvoir une meilleure gouvernance mondiale et européenne. » Elle ajoute que le Conseil pour l’avenir de l’Europe « est présidé par Mario Monti » et qu’il « comporte des personnalités de sensibilités politiques diverses telles que, notamment, Jacques Delors, Guy Verhofstadt, Pascal Lamy, Romano Prodi ou Jean Pisani-Ferry. » On imagine les débats enflammés entre ces anticonformistes que tout oppose…

Un milliardaire « philanthrope » de plus

Basé en Californie, l’Institut Berggruen a été fondé en 2010 par le milliardaire américano-allemand – qui a grandi en France – Nicolas Berggruen, fils du richissime collectionneur et marchand d’art Heinz Berggruen (décédé en 2007). Le magazine Forbes évalue la fortune personnelle du golden boy à 1,81 milliard de dollars. Mais, à 55 ans, cet ancien jet-setter est quelque peu blasé, il a l’argent triste et veut désormais être reconnu en tant qu’intellectuel.

Nicolas Berggruen est actionnaire et membre du conseil d’administration du Monde.

Nicolas Berggruen aspire même à une vie d’ascète : « Je ne suis pas si attaché aux biens matériels […]. Je possède très peu de choses. […] quelques papiers, deux ou trois livres et quelques chemises, vestes et pulls », déclare-t-il en 2012 au Daily Mirror. La preuve de son détachement des biens de ce monde : il a longtemps vécu « sans domicile fixe », c’est-à-dire dans des hôtels cinq étoiles, ce qui fascinent les médias. Le Figaro est tombé sous le charme de ce bourlingueur de luxe qui « sillonne le monde dans son jet privé Gulfstream IV. Ce nomade richissime peut ainsi résider dans 14 villes différentes en un mois. » Sans doute en phosphorant durant les vols sur les moyens de réduire l’empreinte carbone des gueux.

Financier à la réputation d’excentrique se piquant de « philanthropie » et d’ « idées », Nicolas Berggruen reste avant tout un homme d’affaires. Avec sa holding personnelle, qui fait des investissements immobiliers et financiers dans le monde entier, il est l’actionnaire majoritaire du premier groupe de médias espagnol Prisa (qui possède notamment le quotidien El País). Ce géant des médias présent dans 23 pays détient 15 % du groupe Le Monde. D’après Mediapart, M. Berggruen « siège au conseil d’administration du Monde ». On peine à comprendre la discrétion du « journal de référence » sur un si prestigieux compagnonnage.

L’amicale de la « mondialisation heureuse »

Quand L’Obs – alors encore Le Nouvel Observateur – publie un portrait du « loup de Wall Street repenti en berger philanthrope », qui est sollicité pour faire l’éloge du « milliardaire qui voulait sauver le monde » ?… L’indispensable Alain Minc bien sûr ! Le chantre de la « mondialisation heureuse » semble parler de lui-même lorsqu’il plaide en faveur de Nicolas Berggruen : « Un businessman arpentant le domaine des concepts ne fait-il pas œuvre plus utile qu’un intellectuel se lançant dans les affaires ? » Pur hasard : Alain Minc est lui aussi membre du Conseil pour l’avenir de l’Europe, ainsi que du 21st Century Council (Conseil du XXIe siècle), un autre groupe de réflexion issu de l’Institut Berggruen, dont la description et la composition valent le détour.

« C’est un honnête homme au sens du XVIIIe siècle. Quelqu’un qui a décidé de mettre son argent au service de l’intérêt général » – Jacques Attali, à propos de Nicolas Berggruen

Ancien président du conseil de surveillance du Monde, il se trouve qu’Alain Minc a représenté Prisa et… Nicolas Berggruen lorsque le groupe espagnol voulait racheter le quotidien vespéral en 2010, une offre concurrente de celle portée par le trio finalement victorieux Bergé-Niel-Pigasse (cf. le livre Un si petit Monde d’Odile Benyahia-Kouider, Fayard, 2011). Un banquier de chez Rothschild épaulait alors secrètement M. Minc dans cette opération tout en prétendant par ailleurs travailler gratis pour la Société des rédacteurs du Monde. C’était Emmanuel Macron. Le futur président était même allé jusqu’à se cacher au dernier étage d’un immeuble pour éviter – en vain – que son double jeu ne soit découvert.

Le portrait au cirage de Nicolas Berggruen brossé par L’Obs serait incomplet si l’irremplaçable Jacques Attali n’y avait pas apporté sa touche : « C’est un garçon étrange, extrêmement gentil, extrêmement cultivé et extrêmement curieux, dans tous les sens du terme ». Et le grand mage médiatique surenchérit : « C’est un honnête homme au sens du XVIIIe siècle. Quelqu’un qui a décidé de mettre son argent au service de l’intérêt général. Je le crois sincère dans sa démarche. » Même si elle a touché 300 000 euros d’émoluments, Sylvie Goulard devrait être décorée pour avoir servi un si précieux personnage.

Le financier qui voulait être philosophe

Fort de quelques cours particuliers de philosophie (on imagine le salaire des deux professeurs…), Nicolas Berggruen a écrit avec le journaliste Nathan Gardels un livre intitulé Gouverner au XXIe siècle : La voie du milieu entre l’Est et l’Ouest (Fayard, 2013). Cet ouvrage en appelle à une « gouvernance intelligente » faisant la synthèse entre la « démocratie libérale occidentale » et le « modèle chinois ». Ce must-read des élites transnationales comporte une préface de Jacques Attali et un avant-propos d’Alain Minc. Dans lesquels, on le soupçonne, les Dupond et Dupont du mondialisme néolibéral doivent insister sur les « réformes indispensables ». « Je dirais même plus, les indispensables réformes… »

« Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins » – Nicolas Berggruen

Le dessein intellectuel et politique de Nicolas Berggruen est assez facile à cerner à travers la fadeur cyber-patronale de ses propos : il s’agit de ripoliner l’incontournable capitalisme à coups de nouvelles technologies, de « gouvernance » et de « démocratie participative ». Dès lors on comprend son attachement à l’intégration européenne à la sauce digitale. Une visite du compte Twitter de ce ravi de la crèche mondiale donne un aperçu de sa « pensée profonde ». Il écrit par exemple le 24 mai 2017 : « Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins. » Précisons qu’il ne s’agit pas d’une citation de 1984. Un article du site Les Influences fournit d’autres éléments d’appréciation éclairants sur le personnage : « Nicolas Berggruen, le supercapitaliste des idées ».

À noter que notre financier-philosophe, via son Institut, a fondé avec le Huffington Post un nouveau média en 2014 : le WorldPost, une publication dédiée aux « enjeux mondiaux ». Il y (co)signe lui-même des articles, comme celui-ci ; le titre laisse deviner un point de vue résolument iconoclaste : « Le “président start-up” de la France est exactement ce dont l’Europe a besoin pour redémarrer ».

Macron pour les Nuls

Comme on peut aisément s’en douter, ce membre éminent de l’oligarchie est un détracteur féroce du nouveau président français. Ses tweets en attestent : « Macron écrit l’histoire pour la France et l’Europe – un leadership nouveau, post-parti » (7 mai) ; « La France célèbre ses francs-tireurs : le Roi-Soleil, Napoléon et maintenant, Macron » (12 juin) ; « Le gouvernement d’Emmanuel Macron offre une aube nouvelle à la France, à l’Europe et à la civilisation occidentale » (19 juin). Il ne manque qu’une sobre allusion à Jupiter. Dommage que Sylvie Goulard ne soit plus de cette aventure héroïque. Peut-être va-t-elle se consacrer à la 4e édition de son bien nommé classique L’Europe pour les Nuls.

« Il m’impressionne beaucoup parce qu’il est à la fois généreux et engagé » – Nicolas Berggruen, à propos de George Soros

Qui sont les modèles de Nicolas Berggruen ? Sans surprise, les milliardaires mécènes William Gates (Bill pour les intimes) et Warren Buffet. Mais aussi George Soros, à propos duquel il déclare en 2010 : « Il m’impressionne beaucoup parce qu’il est à la fois généreux et engagé. » Toutefois, comme M. Berggruen se réclame de la « post-idéologie » – une fumisterie capitaliste –, il nuance quelques années plus tard : « J’ai un grand respect pour lui, pour ce qu’il a fait. Mais l’Institut [Berggruen] n’a pas de parti pris idéologique [sic]. Nous ne sommes pas là pour dire à des pays arabes par exemple : la démocratie libérale à l’occidentale est le meilleur système. Il faut tout changer et être comme nous. »

Nicolas Berggruen fait penser au personnage de Paul Arnheim dans le génial roman L’Homme sans qualités (1930-1932) de Robert Musil. Comme l’industriel Arnheim, le financier Berggruen cherche à concilier l’esprit et les affaires. C’est très perceptible dans cet article – coécrit avec Nathan Gardels – publié dans le Washington Post (13 avril 2017). Le titre semble parodique mais il n’en est rien : « Comment les prochaines élections en France et en Allemagne peuvent sauver l’Occident ».

Remercions Sylvie Goulard d’avoir permis d’attirer l’attention sur son mécène. Dans le bestiaire du capitalisme mondialisé et « innovant », il aurait été regrettable de passer à côté du spécimen Nicolas Berggruen.

Laurent Dauré

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Macron caché et poursuivi dans l'escalier : une sale histoire. Par Daniel Schneidermann

3 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #Les média

Macron caché et poursuivi dans l'escalier : une sale histoire

Macron caché et poursuivi dans l'escalier : une sale histoire
Capture d'écran du site StreetVox (DR)

 

Chaque matin du lundi au vendredi, si possible à 9 h 15 précises, Daniel Schneidermann publie cette chronique sur les dominantes médiatico-numériques du matin. Ou parfois de la veille au soir (n'abusons pas des contraintes). Cette chronique est publiée sur le site indépendant arrêt sur images (financé par les abonnements) puis sur Rue89.

A l'aube de sa fulgurante carrière, plus personne ne l'ignore, l'Embobineur fut banquier. De son passage chez Rothschild, de 2008 à 2012, personne n'ignore plus rien, la success story ayant été déroulée un peu partout. Un peu partout ?

Pas tout à fait, puisque Le Monde ne se décide qu'aujourd'hui à raconter "les années Rothschild" de Macron. Charmeur, bosseur, accrocheur : l'article, signé Isabelle Chaperon, récapitule les qualités désormais légendaires de l'Elu, mais l'oeil est tout à coup attiré par une histoire qui concerne le journal lui-même, à l'époque de sa vente au trio Bergé-Niel-Pigasse.

"Lors de la recapitalisation du Monde (en français, la vente, NDR), il conseille à titre gracieux la Société des rédacteurs (SRM), raconte Chaperon. « On ne savait pas très bien pour qui il travaillait », se souvient un des protagonistes.

Une ambiguïté illustrée par une scène survenue en septembre 2010 : un membre de la SRM débusque Emmanuel Macron caché dans l’escalier de l’immeuble haussmannien hébergeant les bureaux d’Alain Minc, ancien président du conseil de surveillance du Monde et soutien de l’offre du groupe espagnol Prisa."

Comment donc ? Un journaliste du Monde aurait "débusqué" le futur président dans un escalier ? Et on ne l'apprend qu'aujourd'hui ? En vérité, non. On le savait déjà.

Le coeur du banquier

Au moins depuis février 2017, où ce journaliste, Adrien de Tricornot, a raconté à StreetPress cette poursuite dans l'escalier, avec ascenseur bloqué et coeur du banquier qui "bat à 200 à l'heure" quand il voit sa duplicité démasquée : sous couvert "d'aider" les journalistes, il travaillait en réalité pour une offre concurrente à celle de "BNP", l'offre de l'Espagnol Prisa, représenté en France par Alain Minc.

Vive le multimedia : Tricornot a même rejoué la scène dans une video. Je vous laisse lire et regarder. Je ne saurais pas mieux raconter. En termes de pur intérêt, l'anecdote a tout pour figurer au sommet des portraits et des biographies : piquante, haletante, révélatrice sur l'entre-soi du petit monde médiatico-financier parisien (les bureaux de Minc et de Bergé se trouvent dans le même immeuble), et la psychologie du personnage.

Et pourtant, dans les biographies officielles du nouveau président, elle est restée dans les limbes. Quelques livres l'ont relatée (par exemple Main basse sur l'information, de Laurent Mauduit), mais sans y insister.

Pour la lire dans les colonnes du journal concerné, il aura fallu attendre le lendemain de l'élection, et encore, au coeur d'un article plus général. Outre qu'il est toujours difficile pour un media, même sept ans plus tard, de parler de lui-même, elle fait tache. Elle ne cadre pas avec le story telling. C'est une sale histoire, que l'on ne peut ni raconter, ni tout de même occulter tout à fait. Une histoire au purgatoire.

Pour lire la chronique sur ASI.

 

Daniel Schneidermann

Daniel Schneidermann

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