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Le blog de Lucien PONS

politique etrangere

Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière

9 Juillet 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #Politique étrangère

 

9.juillet.20189.7.2018 // Les Crises
 
Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière
 

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

Beyrouth, 24 juin 2018.

Chacun de souvient de l’une des photos les plus célèbres de la guerre du Vietnam : ce 8 juin 1972 – dans le village de Trang-Bang – une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui combat les forces communistes du Nord aux côtés des Etats-Unis. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible et larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des Viêt-Congs, mais leurs propres soldats et de nombreux civils.

Kim Phuc – neuf ans – figure parmi les victimes de cette erreur tragique. Alertés par le passage préalable d’un avion de reconnaissance, « Phuc » (c’est son prénom qui signifie « bonheur ») et sa famille voient s’abattre sur eux les bombes incendiaires. Le déluge de napalm – pouvant atteindre les 1 200 degrés Celsius – inflige à la fillette de terribles brûlures. Ses vêtements soufflés, Phuc s’extirpe des flammes, laisse derrière elle ses parents et se retrouve à fuir sur la route 1 de Trang Bang.

À quelques centaines de mètres, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de reporters, il voit des civils surgir de la fumée. Parmi eux, il photographie la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon. Lorsque la fillette parvient à sa hauteur, Nick Ut tire de son sac un quatrième et dernier appareil encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de la petite fille qui répète sans cesse les mêmes mots : « trop chaud ! Trop chaud ! »

« On les massacrait avant de les soigner… », paradoxe des guerres occidentales modernes que Francis Ford Coppola fait dire au capitaine Willard, son héros d’Apocalypse Now, palme d’or au Festival de Cannes en 1979.

Toute proportion gardée, c’est un peu ce que la France éternelle fait au Yémen et s’apprête à faire à la fin du mois à Paris. L’initiative a été annoncée le 10 avril lors d’une visite en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane : l’organisation – à Paris – d’un « sommet humanitaire » rassemblant les donateurs susceptibles de se mobiliser au service… du Yémen, les deux co-organisateurs (la France et l’Arabie saoudite), chacun dans sa catégorie étant des co-bélligérants directement impliqués dans cette guerre particulièrement meurtrière, occultée par la propagande quotidienne déversée sur la guerre civilo-globale de Syrie : Bachar al-Assad est un boucher sanguinaire, Mohammed ben Salmane et son homologue émirien étant de joyeux humanistes réformateurs. Défense de sourire !

On croyait être définitivement sorti des inepties néo-coloniales de Bernard Kouchner. Erreur, profonde erreur ! Comme en Syrie, les pays occidentaux aident et arment les jihadistes engagés au Yémen (recrutés par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis/EAU), sous prétexte d’aide humanitaire et de lutte contre « l’impérialisme iranien ». Nouvelle défense de sourire !

Bref, le 27 juin prochain à Paris, autant dire que cette conférence « humanitaire » risque de tourner au ridicule, comme un congrès de sapeurs-pompiers avec pyromanes comme invités d’honneur, comme un sommet de diabétiques enfermés dans une pâtisserie…

GUERRE CLANDESTINE

Et pourtant, les bombardements de la coalition saoudienne s’apparentent à des crimes de guerre selon les propres critères des Nations unies. Cela dit, Riyad est parvenu – jusqu’à maintenant – à empêcher l’ONU d’enquêter sur les quelques 15 000 civils tués depuis janvier 2017, tout bilan officiel restant impossible à établir. L’ONU et plusieurs ONGs évoquent des épidémies de famine, de choléra, ainsi que des milliers de blessés et déplacés. Une « catastrophe entièrement causée par l’homme », souligne le dernier rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCR) de l’ONU. À cela s’ajoutent la destruction partielle de la vieille ville de Sanaa, patrimoine mondial de l’humanité et l’expansion de la Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) : « AQPA est plus puissant que jamais. Alors que la destruction de l’organisation « État islamique » fait les gros titres (…), la Qaïda reste un modèle de réussite ». L’organisation a notamment « su exploiter une économie de guerre florissante », écrit la chercheuse d’International Crisis Group April Longley Alley. L’Arabie saoudite a inondé le Yémen de fusils d’assaut Steyr-AUG, une partie d’entre eux a atterri entre les mains d’AQPA !

« La France a octroyé pour un peu plus de 16 milliards d’euros de licences pour la seule Arabie saoudite en 2015 et livré à ce pays pour 900 millions d’euros d’équipements militaires la même année (…) À aucun moment, le gouvernement n’a indiqué ces deux dernières années qu’il avait refusé, révoqué ou suspendu des autorisations d’exportation », commente pour sa part Amnesty International.

Depuis plus de deux ans, une guerre menée par les plus riches pays du Proche-Orient – voire du monde – contre le plus pauvre se poursuit, dans une large indifférence politique et médiatique. Le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite – suivie de dix pays sunnites – lance une opération militaire aérienne au Yémen contre les Houthis du Nord. Les partisans d’Abdel Malek Al-Houthi avaient forcé la démission le président de la transition Abd Rabbo Mansour Hadi en s’alliant avec leur ancien opposant, Ali Abdallah Saleh. Au début de l’offensive, les Houthis occupent militairement la capitale Sanaa et la principale ville du sud, Aden. Sollicités par Hadi, les Saoudiens et leurs alliés prétendent vouloir le rétablir et contrer l’« avancée iranienne ». Le Conseil de sécurité de l’ONU donne son aval et la France, le Royaume-Uni et les États-Unis fournissent les fusils !

« DIPLOMATIE ECONOMIQUE »

Dès son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a commencé à mettre en œuvre l’une de ses promesses de campagne : rééquilibrer la politique étrangère de la France au Proche-Orient en faveur d’Israël. L’un des corollaires de cette volonté signifiait d’appuyer le rapprochement des monarchies du Golfe avec Tel-Aviv. Ainsi, l’Elysée s’emploiera à faire du Qatar l’un de ses premiers partenaires dans la région : le petit émirat paiera la libération des infirmières bulgares pour que Cécilia vienne faire un show « humanitaire » à Tripoli (Libye). Ensuite, il paiera aussi le divorce de la même Cécilia avec le président de la République française qui exonèrera – en retour – le Qatar de toute espèce de fiscalité sur ses transactions immobilières en France.

En juillet 2007, à la suite d’une demande émirienne, Nicolas Sarkozy s’engage à développer une présence militaire permanente dans ce pays. Elle est annoncée en janvier 2008, lors d’une tournée dans le Golfe du président de la République. La base française d’Abou Dhabi est officiellement inaugurée le 26 mai 2009 dans l’espoir de voir les Emiriens acheter le Rafale français. La promesse de vente tournera court, mais François Hollande ne reviendra ni sur l’existence de la base émirienne, ni sur les privilèges fiscaux accordés au petit Qatar. Au contraire, il accentuera le trait avec la fameuse « diplomatie économique » portée par son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Avec Emmanuel Macron, la politique étrangère néo-conservatrice de la France va se poursuivre et s’accentuer : soutien inconditionnel à Israël et aux monarchies pétrolières sunnites avec lesquelles les affaires vont s’intensifier. Selon les meilleures sources, on peut relever que :

  • dès le déclenchement de la guerre au Yémen, l’armée française « a effectué des vols de reconnaissance au-dessus des positions houthis pour le compte du client saoudien et continué à former ses pilotes de chasse »;
  • la France a également transféré des nacelles Thalès Damocles XF de désignation de cible et de guidage de bombes, que les forces saoudiennes placent sous leurs avions de chasse – ce qui n’empêche pas les « bavures » ;
  • trois mois après le début du conflit, un avion ravitailleur Airbus 330-200 MRTT a été livré à l’Arabie saoudite. C’est le dernier d’une flotte de six. En avril 2017, deux de ces avions étaient déployés au Yémen. Indispensables à la guerre en cours, ils ravitaillent en vol les F-15 saoudiens ;
  • des canons Caesar 155 mm de l’entreprise française Nexter, des hélicoptères de transport Cougar du groupe EADS et des drones de renseignement militaire SDTI de l’entreprise française SAGEM sont livrés à la coalition saoudienne ;
  • en 2016, la France a livré 276 blindés légers indique son propre rapport de juillet 2017 au secrétariat du TCA. Ce lot est composé de blindés légers Renault Sherpa light et Vab Mark 3 du groupe Renault Trucks Defense, originellement destinés au Liban. Dès février 2016, face à l’échec des campagnes de bombardements, la coalition s’appuie sur des milices locales équipées de véhicules légers émiratis Nimr pour tenter de déloger les forces houthis. L’arrivée des blindés légers français, qui se faufilent sans difficulté dans les rues étroites des villes arabes, s’inscrit pleinement dans cette stratégie de contre-insurrection déployée au sol. Et les Sherpa light sont équipés de capteurs de dernière génération offrant une protection contre les engins explosifs improvisés ;
  • la coalition fait également usage de petits patrouilleurs, en soutien aux navires de guerre, pour assurer le blocus du Yémen. Si l’entreprise française Couach bloque à quai deux patrouilleurs rapides à destination du Yémen en raison de l’embargo, elle débute ses livraisons d’intercepteurs rapides à l’Arabie saoudite dès août 2016 ; 39 nouveaux exemplaires de ce type d’unités sont destinés à Riyad ;
  • pour assurer le blocus qui affame la population, la coalition utilise des Corvettes Baynunah livrées aux EAU. L’artillerie et les marines de la coalition sont, par ailleurs munies de systèmes électroniques de navigation vendus par SAFRAN, des équipements essentiels à la logistique des tirs ;
  • enfin, 745 fusils de précision ont été livrés à Riyad en 2015 et 500 en 2016 selon les rapports au Parlement sur les exportations d’armes de 2016 et 2017.

Dernièrement, plusieurs parlementaires français – accompagnés de l’ambassadeur de France à Riyad et de son épouse – sont allés se féliciter bruyamment, dans la province de Mareb contrôlées par les Saoudiens, de l’excellence des efforts humanitaires de leurs hôtes… Fallait oser, mais c’est fait ! Et le pompon, c’est bien-sûr, la dernière affaire du déminage du port d’Hodeïda ! Le 15 juin, Le Figaro affirme : « alors que les forces progouvernementales ont annoncé s’être emparées vendredi de l’aéroport d’al-Hodeïda, la France entend s’impliquer dans le déminage du port, la véritable cible de la bataille lancée il y a trois jours par les troupes yéménites, appuyées par les EAU et l’Arabie saoudite, pour chasser les rebelles houthis pro-iraniens de cette ville stratégique sur la mer Rouge. Mais comme l’engagement français dans cette guerre oubliée est source de contestation, le ministère des Armées avance sur des œufs… » On ne saurait mieux dire !

UNE FUITE LACANIENNE

Le 13 juin, le Quai d’Orsay a indiqué que le président Emmanuel Macron, après s’être entretenu avec Mohammed ben Zayed, prince héritier d’Abou Dhabi, avait « évoqué la situation politique et militaire au Yémen, et notamment à Hodeïda » et « appelé les parties prenantes à la retenue et à la protection des populations civiles. » « La France rappelle que seule une solution politique négociée, y compris à Hodeïda, permettra de mettre fin de manière durable à la guerre au Yémen et d’arrêter la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans ce pays », a souligné le porte-parole du Quai.

Mais sous cette langue d’acajou, il s’agit de bien autre chose ! Un responsable émirien a déclaré à l’agence de presse Reuters, que la France aurait « accepté d’apporter une assistance en matière de déminage dans le cadre de l’opération militaire lancée par la coalition sunnite pour reprendre le port d’Hodeïda. » Et d’ajouter : « Les États-Unis ont rejeté pour leur part la requête d’Abou Dhabi qui leur demandait des moyens de renseignement, de surveillance aérienne, de reconnaissance et de déminage ».

Quelques heures plus tard, le ministère des Armées a confirmé qu’une telle opération était dans les tuyaux. « Il n’y a pas d’action militaire française aujourd’hui dans la région de Hodeïda, et la France ne fait pas partie de la coalition qui est engagée sur ce théâtre », a-t-il commencé par préciser. Toutefois, Le Figaro affirmait que des membres des forces spéciales françaises étaient déjà présents au Yémen, aux côtés des troupes émiriennes.

Ainsi, « deux sources militaires contactées par Le Figaro révèlent également que des forces spéciales françaises sont présentes aux côtés des Émiriens au Yémen », affirme le journaliste Georges Malbrunot dans l’édition datée du 16 juin 2018. La ministre de la Défense Florence Parly dément aussitôt et elle a raison. Les soldats français présents dans le port d’Hodeïda ne font pas partie des Forces spéciales françaises, mais sont des plongeurs-démineurs du Service-action de la DGSE (nos services extérieurs), dédiés aux opérations clandestines. Par conséquent, circulez, y’ rien à voir et c’est bien normal ! La dissociation entre Forces spéciales destinées aux opérations extérieures publiques et le Service-Action, spécialisé dans des actions clandestines – devant restées classifiées « confidentiel » ou « très confidentiel » – demeure l’apanage légitime de n’importe quelle démocratie. La carabistouille est ailleurs et révélatrice d’un nouveau dysfonctionnement de la communication présidentielle !

Depuis plusieurs mois, Saoudiens et Emiriens se plaignaient auprès de leurs interlocuteurs français, leur tenant à peu près ce langage : « on vous achète quantités de matériels et d’armements alors que vous ne nous apportez pas le moindre soutien politique public et ça commence à bien faire ! » Les communicants de l’Elysée ont alors imaginé le montage d’une fuite émirienne à Reuters qui serait reprise par notre cher Georges national du Figaro. En effet, celui-ci n’aurait jamais exploiter une telle information sans obtenir le feu vert, sinon l’encouragement de ses sources du ministère de la Défense !

En France, les anciens otages ont un statut tout à fait particulier. Non seulement immédiatement érigés au statut d’expert multifonctions, ils doivent se souvenir quotidiennement comment ils ont retrouvé la liberté. En l’occurrence, la libération de Georges et de son collègue Christian Chesnot a coûté plusieurs millions d’euros environ sept) prélevés dans les fonds spéciaux de la DGSE, c’est-à-dire de l’argent public et cela mérite bien quelques renvois d’ascenseurs…

Par conséquent, l’information de l’engagement yéménite des armées françaises aux côtés de la coalition saoudo-émirienne est bien sortie, même si toute la vérité n’est pas dite. Héroïne lacanienne, Florence Parly dit toujours, toujours la vérité, mais pas toute… parce que les mots y manquent ! Et c’est même par cette impossibilité qu’elle participe au réel !

Et le psychanalyste Jacques Lacan aurait certainement ajouté que le réel, c’est quand on se cogne… Quoi qu’il en soit, la France et ses armées sont – aujourd’hui – engagées au Yémen, aux côtés des EAU et de l’Arabie saoudite (deux grandes démocraties bien connues), en train de massacrer l’un des pays les plus pauvres de la terre. Un jour, ces gens auront des comptes à rendre, les responsables français qui ont pris la responsabilité d’engager notre pays aussi !

Autrement dit, et excusez notre familiarité Monsieur le président de la République : « au Yémen Manu, t’es nul, complètement nul ! Arrête de déconner… » Bonne lecture néanmoins et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
25 juin 2018

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

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La politique africaine d’Emmanuel Macron : DE LA FRANÇAFRIQUE À L’EUROPAFRIQUE ? — par Alain MORAU

20 Janvier 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #Afrique, #Politique étrangère

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La deuxième mort de Kadhafi, par Richard Labévière

17 Janvier 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #Politique étrangère

Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 08-01-2018

Mi-novembre 2017, une équipe de la télévision américaine CNN assiste à une vente d’êtres humains, quelque part en Libye non loin de la capitale Tripoli. En l’espace de quelques minutes est filmée la mise à prix d’une douzaine de migrants, cédés par des passeurs pour des sommes variant entre 500 et 700 dinars libyens (jusqu’à 435 euros). Avec stupeur et indignation, l’opinion internationale redécouvre l’horreur de l’esclavage, comme si cette pratique d’un autre âge avait définitivement disparu. Pleuvent alors les habituelles litanies : horreur et damnation, plus jamais ça ! etc., etc…

Depuis des années pourtant, des reporters courageux dénoncent des situations d’esclavage qui perdurent notamment en Mauritanie, au Soudan, en Arabie saoudite, au Qatar et parfois jusqu’au cœur des capitales occidentales, mais sans vraiment susciter beaucoup d’intérêt. Encore moins d’indignation face aux différentes formes d’esclavage moderne qui prolifèrent sur la dépouille des services publics et plus généralement d’un salariat devenu archaïque : travail intérimaire, stages, CDD, bénévolats et autres ubérisations de la plupart des tâches et fonctions humaines numérisées, algorithmées, traçables et sous contrôle !

Esclavage en Libye ! Le scandale fait la une de la grande presse internationale avant d’être absorbé par la bûche de Noël et la galette des Rois. Sont toutefois réactivés les poncifs récurrents : c’est la faute de la colonisation, de l’Union européenne, voire plus largement de l’Homme blanc… Heureusement quelques consciences lucides, comme l’écrivain sénégalais Felwine Sarr et le philosophe camerounais Achille Mbembe, rappellent les Africains et les Etats africains à leurs responsabilités1. D’une manière plus large, une idée ne serait elle pas de convoquer une conférence internationale tripartite – Union africaine, Ligue arabe et Union européenne – sous l’égide des Nations unies pour remonter aux causes – aux vraies causes – de la crise migratoire actuelle. En effet, il ne suffit pas de décréter des quotas, de verser de l’argent aux mafias de passeurs et de fustiger l’égoïsme des Hongrois, Polonais et autres Autrichiens pour instaurer une politique efficace visant à gérer des déplacements de millions de personnes !

Se rappeler que de tels problèmes n’existaient pas du temps de Mouammar Kadhafi n’est pas qu’une évidence et donne partiellement raison aux pourfendeurs de l’Occident. Au printemps 2011, avec l’aval des Etats-Unis, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont décidé de faire une guerre à la Libye à des fins humanitaires , en fait pour soutenir un changement de gouvernement. Sur la base de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, ils se sont ingérés dans une guerre civile opposant des factions de Cyrénaïque – armées notamment par l’Egypte – aux forces gouvernementales afin de renverser Mouammar Kadhafi. Adoptée le 17 mars 2011, la résolution 1973 instaurait une zone d’exclusion aérienne et une aide aux populations civiles, mais n’autorisait certes pas à changer le régime de ce pays pivot entre l’Algérie, l’Egypte et la bande sahélo-saharienne.

Lors du déclenchement de cette expédition canonnière, l’auteur de ces lignes se trouvait à Addis-Abeba en compagnie de Jean Ping, patron de la Commission de l’Union africaine (de 2008 à 2012). Ce grand diplomate n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer le coup de force franco-britannique, alors qu’il se trouvait justement en pleine négociation avec Kadhafi lui-même afin d’adopter une feuille de route qui aurait permis une sortie de crise politique négociée. C’était sans compter avec l’activisme du « philosophe » planétaire Bernard-Henri Lévy, la lâcheté d’Alain Juppé qui aurait dû démissionner et les calculs stratégiques de Washington, de Paris et de Londres.

Toujours est-il que l’expédition franco-britannique atteignit son objectif : la mise à mort de Mouammar Kadhafi – le 20 octobre 2011 dans sa ville natale de Syrte – dans des circonstances non complètement élucidées, mais sous la caméra d’un commando du service action de la DGSE. Quelques heures plus tard, les chaines de désinformation continue diffusaient les images saisissantes d’Alain Juppé qui sablait le champagne en déclarant qu’ « on ne va quand même pas regretter la mort du dictateur… ». Quoiqu’on ait pu penser du personnage et de sa façon de gouverner, était-ce vraiment l’honneur d’un ministre français des Affaires étrangères de céder à ce genre de rituel de mauvais goût ?

Et voilà que, pour les fêtes de fin d’année, Benoît Yvert – le patron des éditions Perrin – nous livre une « biographie » Kadhafi, pleine d’erreurs, de contresens historiques, de préjugés moraux, boboïsants et politiquement nuls. Là-aussi on fait beaucoup dans le goût douteux. Dans l’introduction, tenez-vous bien ! – « Le Qaïd paradoxal » – on peut notamment lire : « l’ancien mécène des poseurs de bombes choisit fin 2003, pour prix de sa rédemption, de saborder son arsenal de destruction massive… » Pour les poseurs de bombes et leur mythologie, on relira le livre définitif de Pierre Péan – Manipulations africaines – Qui sont les vrais coupables de l’attentat du vol UTA 772 ?2 Quant à l’arsenal de « destruction massive », c’est un peu plus compliqué que ne le laisse entendre notre biographe pressé.

L’auteur de ces lignes encore – pardonnez-lui – se trouvait à Tripoli en février 2002 pour rencontrer une vieille connaissance – Moussa Koussa -, le patron des services spéciaux libyens. Il s’agit alors de comprendre pourquoi la Libye venait de décider de renoncer à des armes de destruction massive (en réalité qu’elle n’avait pas…). Fils d’épicier, homme du rang ayant gravi tous les échelons sécuritaires à la force de son cerveau, Moussa Koussa représentait alors l’avenir d’une Libye en train de s’émanciper des mafias tribales pour revenir dans le concert des nations en ouvrant des marchés avec de grandes sociétés occidentales. Malin, très malin, Moussa Koussa fut donc l’auteur de la légende d’un colossal stock d’armes libyennes de destruction massive… qui n’existaient tout simplement pas, mais dont la menace permettait alors d’ouvrir plusieurs négociations avec les voisins européens, principalement la France et la Grande Bretagne.

Injure du temps, la France – qui pour une fois avait su se hisser au premier rang de cette négociation prometteuse – se vit brusquement dessaisie du dossier au profit du MI6 britannique. Dirigés par le diplomate Jean-Claude Cousseran (qui ne figure pas dans l’index de l’étrange biographie), les services extérieurs français avaient su nouer une relation de confiance avec Moussa Koussa, jusqu’à ce que leurs responsables – la « crème » de la DGSE- soient écartés en juillet 2002, suite à la sombre histoire des comptes japonais de Jacques Chirac. Il n’en fallait pas plus pour que nos « amis britanniques » s’engouffrent dans la brèche et prennent Moussa Koussa sous leur protection très intéressée… A l’époque sous-directeur du MI6, sir Mark Allen en profita pour faire main basse sur nombre de secrets d’Etat libyens, autant de clefs susceptibles d’ouvrir d’importants marchés, notamment en matière d’hydrocarbures, d’infrastructures et de téléphonie mobile.

Bref, on l’aura compris, cette biographie en bois signe une deuxième mort, non seulement de Kadhafi, mais surtout d’une Libye qui peine à se reconstruire. Et ce n’est pas ce genre de prose qui devrait favoriser compréhension, intelligence et recherche de solutions pour un pays qui n’a jamais existé, sauf sous la férule de Kadhafi justement et des services britanniques. Mais le coup de grâce des éditions Perrin arrive en chute de la quatrième de couverture, affirmant que l’auteur « grand reporter » à L’Express est l’auteur de plusieurs ouvrages « remarqués » dont Les Sorciers blancs

Jugement rendu le 27 juin 2007 par la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris : « condamne in solidum Vincent Hugeux (…) à payer à Marie-Roger Biloa une somme de trois mille euros (3000 euros) à titre de dommages et intérêts. Ordonne le retrait dans toutes les réimpressions ou rééditions de l’ouvrage Les Sorciers blancs– Enquête sur les faux amis français de l’Afrique signé Vincent Hugeux, à intervenir à l’expiration d’un délai d’un mois à compter de la signification de la présente décision, des deux passages ci-dessus mentionnés, sous une astreinte de 100 euros par infraction constatée ».

En deçà de quelques zigotos du genre, spécialistes auto-proclamés du Grand continent, les vrais experts français de l’Afrique ne sont pas légion. On a déjà cité Pierre Péan, ajoutons Antoine Glaser et Bernard Lugan. Quant à la Libye, la denrée est encore plus rare : heureusement que les livres de l’ancien diplomate Patrick Haimzadeh sont là pour déconstruire l’histoire et l’actualité de ce pays compliqué dont l’implosion a déstabilisé durablement l’ensemble de la région sahélo-saharienne jusqu’à la Corne.

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Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 08-01-2018

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Un nouveau mandat pour Poutine? Les enjeux. Par Karine Béchet Golovko.

7 Décembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Comité pour une Nouvelle résistance, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La guerre, #Politique étrangère

jeudi 7 décembre 2017

Un nouveau mandat pour Poutine? Les enjeux
 
 
 
Hier, V. Poutine a annoncé sa candidature aux présidentielles russes de 2018, ce qui, paradoxalement, sans être une grande surprise reste un évènement important. Dernier mandat dans un contexte international plus que tendu, avec un soutien populaire interne incontestable mais des élites qui redoublent d'intrigues. Ce qui finalement est le propre des élites.
 

 
Le lieu de l'annonce de candidature: l'ampleur de la base électorale réelle
 
En deux temps, le Président russe a amené sa candidature à sa succession. Tout d'abord devant un parterre de volontaires, acclamant cet homme qui pour eux arrive, malgré le temps passé au pouvoir et l'âge, à incarner l'avenir. 
 
 
Les bénévoles à Moscou ont ouvert le bal, en lançant le sujet dans une mise en scène parfaitement réglée:
« Je suis toujours avec vous », avait d'abord énigmatiquement répondu le président à un bénévole qui l'interrogeait, lors d'un Forum à Moscou, pour savoir s'il « serait toujours » avec les Russes en 2018 et plus directement sur son éventuelle participation à la prochaine élection présidentielle. 
« C'est toujours une décision très importante pour n'importe quelle personne, car la motivation doit venir uniquement de la volonté de rendre la vie meilleure dans ce pays, de le rendre plus puissant, mieux protégé », avait lancé M. Poutine devant la foule composée de milliers de jeunes bénévoles travaillant dans diverses ONG à travers la Russie.
« Mais on ne peut y arriver qu'à une seule condition: si les gens vous font confiance et vous soutiennent », avait souligné le président, dont l'intervention était retransmise en direct à la télévision publique.
« Si je prends cette décision, aurais-je votre soutien et celui de ceux qui vous sont proches d'esprit ? » , avait-t-il alors demandé à la foule qui avait aussitôt répondu en criant « Oui! », sous une pluie d'applaudissements. 
Pas suivant, l'annonce officielle a été faite à Nijni Novgorod devant les ouvriers de l'usine Mash, usine historique pour le pays.
 
 
 
V. Poutine déclare qu'il n'y a pas de meilleur endroit pour déclarer sa candidature et remercie les gens présents pour leur soutien, pour leur travail, pour leur attachement à leurs devoirs, à leur ville et au pays.
 
En choisissant ces deux lieux et ces deux publics, V. Poutine veut démontrer son attachement populaire, quel qu'il soit. Il souligne également le soutien massif dont il bénéficie dans le peuple "réel", dans les différentes tranches d'âge, de catégories sociales et de vision du monde. 
 
D'autres candidats ont déjà annoncé leur volonté de concourir:
Grigori Iavlinski, fondateur du Parti démocratique russe unifié Iabloko («la pomme» en russe), Gennady Ziouganov, chef de file du Parti communiste, Vladimir Jirinovski, leader du Parti libéral-démocrate, Katia Gordon, journaliste, chanteuse et militante pour les droits des femmes, ou encore l'ex-jet-setteuse Ksenia Sobtchak.
Mais il reste objectivement le seul candidat réaliste, car sa base électorale est la plus large. Ses chances de victoire sont quasiment certaines, la seule inconnue étant de savoir si elle aura lieu au premier ou au second tour. Vue la tension géopolitique et la radicalisation de l'opposition, il est à espérer pour la stabilité du pays qu'elle aura lieu au premier tour. Un entre-deux tours serait une occasion rêver de tentatives de déstabilisations sociales. 
 
Le moment de l'annonce de candidature: reprendre la main
 
Le moment de l'annonce est aussi symbolique. Celle-ci était prête, mais l'actualité a permis de lui donner une autre dimension, toute sa dimension. V. Poutine a annoncé sa candidature le jour de la décision du CIO mettant le pays à la porte de l'Olympisme et tentant de récupérer ses joueurs pour légitimer le drapeau neutre et la négation de l'hymne russe. A ce sujet, le ministère des Sports de Corée du Sud a déjà, (ils sont très réactifs - ou préparés) envoyé un courrier aux sportifs russes, jugés par eux dignes de participer, les invitant à prendre part aux JO sans drapeau et sans hymne. Ce qui est une pression supplémentaire, mais surtout montre le côté particulièrement préparé de ce qui ressemble de plus en plus à une opération spéciale. 
 
C'est à ce moment-là que V. Poutine annonce sa candidature, la remettant automatiquement dans une perspective géopolitique particulière. Et il reprend la main, ce que le journal La Croix titre, avec beaucoup d'aigreur.
 
 
Le journaliste insiste lourdement:
Après l’humiliation de l’exclusion olympique, Vladimir Poutine n’a pas tardé à reprendre l’offensive. Comme pour faire diversion au lendemain de la décision choc du Comité international olympique (CIO) d’interdire la Russie aux prochains Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, en 2018, le chef du Kremlin a pris tout le monde par surprise mercredi 6 décembre : il a annoncé qu’il se présentera pour un quatrième mandat à l’élection de mars 2018.
L'objectivité journalistique est toujours un plaisir. Il est difficile d'appeler cela une manoeuvre de diversion, il s'est plutôt agi de remettre les choses à leur place: la Russie a un chef pour passer cette période de troubles et rien ne la fera changer de cap. Deux remarques à ce sujet. 
 
Tout d'abord, en déclarant que la Russie n'empêchera pas les athlètes qui le veulent, à titre individuel (rappelé deux fois), de participer aux JO, le Président fait le choix de la souplesse contre la rigidification de l'Occident, inversant les rôles joués par le passé dans le combat entre ce même (qui n'est plus tout à fait le même) Occident et l'URSS. 
 
Ensuite, il déclare que rien ne pourra empêcher la Russie d'avancer:
« La Russie va continuer d’aller de l’avant. Et dans ce mouvement en avant, personne ne l’arrêtera jamais »
Le cours politique est annoncé, les réactions de l'Occident seront évidentes. Début janvier vont déjà entrer en vigueur les nouvelles sanctions adoptées par les Etats-Unis contre la Russie, ce qui va pouvoir jouer en matière économique et financière. Pas de manière radicale, mais ces sanctions vont compliquer les choses. A l'intérieur, l'opposition radicale est remontée, bien soutenue de l'extérieur et il est évident que la pression va monter sur le crédo "Poutine est responsable de tous les maux du pays, il suffit qu'il parte pour que tout s'arrange - miraculeusement, puisque nous n'avons aucun programme". Autrement dit, en arriver au scénario ukrainien de la mise sous tutelle.
 
Sur le plan intérieur, le combat entre les clans s'intensifie. Si après la réunion de la Crimée, il s'était calmé, l'on voit les néolibéraux repartir au combat. Ils sont en ce sens beaucoup plus dangereux que l'opposition radicale, car intégrés dans les mécanismes de pouvoir et dans ses structures, qu'il s'agisse de l'Administration présidentielle où le changement du directeur de la politique intérieure a produit des effets particulièrement visibles, ou au Gouvernement où la politique scolaire et la folie de la virtualisation de l'Etat commencent à causer des dégâts qu'il sera difficile de réparer avec le temps. D'une manière générale, la méthode de l'arbitrage présidentiel entre les différents courants politiques, voulant ainsi éviter de tomber dans les excès des uns et des autres, montre ses limites. Peut-être ce dernier mandat sera-t-il l'occasion d'une clarification idéologique - et donc politique.
 
Enfin, comme dernier mandat, il est aussi celui de la préparation de la succession. Cette fois, il n'est pas possible d'éluder la question de la constitution d'élites politiques compétentes et représentatives. Mais s'agira-t-il d'une "élite" composée de ces nouveaux technocrates et managers, tant vanté par ce nouveau courant de l'Administration présidentielle, qui pourtant n'ont qu'une compréhension très indirecte de ce qu'est et la politique et l'étaticité, ou bien s'agira-t-il de la mise en place de conditions permettant l'émergence d'hommes politiques d'importance, le potentiel individuel existant? La réponse nous viendra ces prochaines années et d'elle dépendra la possibilité de l'Etat de passer à un fonctionnement systémique, seule garantie de pérennité.
 
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Pétition : NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES ! Léon Landini, Résistant FTP-MOI

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #Terrorisme, #Politique étrangère

 

Communiqué de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » en faveur de la pétition lancée par Léon Landini : « NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES ! ».

 

Je trouve scandaleux et même davantage que le Président actuel se permette d'imposer ces symboles au peuple français malgré le refus net et catégorique exprimé le 29 mai 2005.

Cela porte un nom, c'est une forfaiture!

Agissons donc pour retrouver notre Liberté et notre indépendance. L'engagement permanent de monsieur Léon Landini doit nous permettre de lever la tête et de combattre . La France mérite mieux que ces marionnettes imposées de l'extérieur. Il faut RESISTER!

Lucien PONS Président de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"

Une vidéo intéressante

https://www.youtube.com/watch?v=x3FUlzfTFmw

Pétition : NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES ! Léon Landini, Résistant FTP-MOI
Pétition : NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES !

Léon Landini, Résistant FTP-MOI, Médaille de la Résistance, président du PRCF, et d'un large rassemblement

15 oct. 2017 — Emmanuel Macron, en violation de la constitution française et du vote des Français le 29 mai 2005 veut imposer à la France le drapeau de l'Union Européenne - bleu marial au douze étoiles un drapeau anti laïc faisant explicitement référence au culte de la vierge d'après le fonctionnaire européen qui l'a dessiné - ainsi que l'hymne de l'Union Européenne. En clair remplacer l'hymne de la Révolution - la Marseillaise - et le drapeau de la République Française par celui de l'UE cette structure totalitaire à laquelle les français en 2005 et la majorité des peuples européens consultés ont dit non lors de plusieurs referendum. Pour faire respecter la souveraineté des peuples et refuser cette nouvelle marque de soumission à une institution supranationale structurellement anti démocratique qui divise et oppose les peuples et renforce la dictature des multinationales contre les peuples signez la pétition pour dire non au drapeau de l'Union Européenne et à son hymne.
signez la pétition sur change.org , faites signez vos proches et vos amis, partagez la sur les réseaux sociaux. Tous ensemble, unissons nos voix pour faire respecter celle des peuples, et défendre en France et en Europe la souveraineté des peuples, base et condition nécessaire de la démocratie.

Une vidéo intéressante

https://www.youtube.com/watch?v=x3FUlzfTFmw

 

Voici le lien pour signer la pétition
https://www.change.org/p/france-non-au-drapeau-de-l-union-europ%C3%A9enne-et-%C3%A0-son-hymne-place-aux-peuples

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Les documents de l’administration Reagan mettent en lumière l’ingérence des États-Unis, par Robert Parry

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #Daesch, #Politique étrangère, #Grèce

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Des documents « secrets » de l’administration Reagan montrent comment les États-Unis ont intégré « l’action politique », c’est-à-dire, la manipulation des gouvernements étrangers, dans les organisations ostensiblement bien intentionnées, rapporte Robert Parry.

Les documents « secrets », récemment déclassifiés par la bibliothèque présidentielle Reagan, révèlent que des hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche réengagent une ancien « propriétaire » de la CIA, « La Fondation Asiatique », dans « l’action politique », un terme utilisé par les services secrets pour influencer les actions des gouvernements étrangers.

Partiellement occulté par le président Reagan, Walter Raymond Jr. était le spécialiste de la propagande et de la désinformation de la CIA qui a supervisé des projets « d’action politique » et « d’opérations psychologiques » au Conseil de sécurité nationale dans les années 1980. Raymond est assis à côté du conseiller à la sécurité nationale John Poindexter. (Crédit photo : Bibliothèque présidentielle Reagan)

Les documents de 1982 sont arrivés à un moment charnière où l’administration Reagan réorganisait la façon dont le gouvernement américain s’efforçait de manipuler les affaires internes des gouvernements du monde entier à la suite des scandales des années 1960 et 1970 impliquant les opérations secrètes mondiales de la CIA

Au lieu de continuer à dépendre fortement de la CIA, le président Reagan et son équipe de sécurité nationale ont commencé à transférer bon nombre de ces responsabilités « d’action politique » vers des « organisations non gouvernementales » (ONG) qui opéraient ouvertement et recevaient des fonds d’autres organismes gouvernementaux américains.

Mais le secret était encore nécessaire pour que ces ONG soient impliquées dans les stratégies du gouvernement américain pour infléchir la volonté politique des pays ciblés. Si « l’action politique » de ces ONG était connue, de nombreux pays s’opposeraient à leur présence; par exemple, la classification « secrète » des mémos de la Maison-Blanche de 1982 que j’ai récemment obtenus par le biais d’une « revue de déclassification obligatoire » des archivistes de la bibliothèque présidentielle Reagan à Simi Valley, en Californie.

Dans les milieux du renseignement, « l’action politique » désigne un large éventail d’activités visant à influencer les politiques et les comportements des pays étrangers, allant de la couverture médiatique oblique à l’organisation et à la formation des militants de l’opposition, en passant par la mise en place des conditions d’un « changement de régime ».

Les notes nouvellement déclassifiées de la seconde moitié de 1982 marquaient une période de transition ad hoc entre les scandales de la CIA, qui ont culminé dans les années 1970, et la création d’institutions plus permanentes pour remplir ces fonctions semi-secrètes, en particulier le National Endowment for Democracy (NED), créé en 1983.

Une grande partie de cet effort a été supervisée par un haut fonctionnaire de la CIA, Walter Raymond Jr., qui a été muté au personnel du Conseil national de sécurité de Reagan, où il a dirigé un certain nombre de groupes de travail inter-institutions axés sur la « diplomatie publique », les « opérations psychologiques » et « l’action politique ».

Raymond, qui avait occupé des postes de haut niveau dans l’atelier d’opérations secrètes de la CIA, spécialisé dans la propagande et la désinformation, travaillait également dans l’ombre à la Maison-Blanche de Reagan. Raymond a rarement été photographié, bien que son portefeuille de responsabilités ait été très étendu. Il a apporté dans son orbite des « étoiles » émergentes, dont le lieutenant-colonel Oliver North (une figure centrale dans le scandale Iran-Contra), le propagandiste du département d’État (et maintenant un néo-conférencier de premier plan) Robert Kagan, et le président du NED Carl Gershman (qui dirige toujours le NED avec son budget de 100 millions de dollars).

Bien qu’ayant systématiquement tenté d’éviter les caméras, Raymond semble avoir compris leur importance. Dans ses dossiers du CSN, j’ai trouvé le gribouillis d’un organigramme dans lequel Raymond était au sommet de ce qui ressemblait aux poignées croisées utilisées par les marionnettistes pour contrôler les marionnettes au-dessous d’eux. Ce dessin correspondait à la réalité de Raymond, en tant qu’agent caché derrière les volets qui contrôlait diverses équipes inter-services de première importance.

Des documents déclassifiés précédemment ont révélé que Raymond était aussi le canal entre le directeur de la CIA William J. Casey et ces programmes dits « pro-démocratie » qui utilisaient des stratégies de propagande sophistiquées pour influencer non seulement la pensée des populations étrangères, mais aussi celle du peuple américain.

Cette histoire est à nouveau d’actualité dans le contexte d’ hystérie suscitée par la prétendue « ingérence » russe dans les élections présidentielles américaines de l’an dernier. Si ces allégations sont vraies – et le gouvernement américain n’a toujours pas présenté de preuves réelles -, le mobile russe aurait été, en partie, la revanche concernant la longue tradition de Washington de manipuler la politique intérieure de la Russie et celle d’autres pays partout dans le monde.

Un combat pour l’argent

Les notes de service récemment publiées décrivent les discussions bureaucratiques sur les niveaux de financement de The Asia Fundation (TAF), le seul sujet sensible, pour justifier le timbre « secret », étant la référence à l’intention du gouvernement américain d’exploiter les programmes de TAF pour des opérations « d’action politique » dans les pays asiatiques.

Le vice-président à l’époque George H. W. Bush avec le directeur de la CIA William Casey à la Maison-Blanche le 11 février 1981. (Crédit photo : Bibliothèque Reagan)

En fait, la possibilité d’une « action politique » sous la couverture de la TAF semblait être la raison pour laquelle les contrôleurs budgétaires de Reagan ont cédé et accepté de rétablir le financement de la fondation.

William Schneider Jr. du Bureau de la gestion et du budget a écrit dans une note de service du 2 septembre 1982 que la Commission d’examen du budget (BRB) avait annulé le financement de The Asia Fundation (TAF) plus tôt dans l’année.

« Lorsque le BRB a examiné cette question pour la dernière fois le 29 mars 1982, il a décidé de ne pas inclure dans le budget une subvention du gouvernement américain à la TAF. La décision du Conseil d’administration était fondée sur la conclusion que, compte tenu des ressources limitées disponibles pour les programmes d’affaires internationales, le financement de la Fondation ne pouvait être justifié. Lors de cette réunion du 29 mars, le département d’État a eu la possibilité de financer la TAF dans le cadre de son budget existant, mais n’ a pas accepté de le faire. »

Toutefois, comme l’ a noté Schneider dans la note de service adressée au conseiller adjoint à la sécurité nationale Robert McFarlane, « je comprends maintenant qu’une proposition visant à poursuivre le financement américain de la Fondation Asie est incluse dans les initiatives “d’ action politique “en cours d’élaboration par le département d’État et plusieurs autres organismes.

« Nous travaillerons bien entendu avec vous pour reconsidérer la priorité relative du soutien à la Fondation dans le cadre de ces initiatives en gardant à l’esprit, toutefois, la nécessité de déterminer les compensations budgétaires. »

L’un des acteurs principaux de de changement stratégique semblait être Walter Raymond, qui connaissait certainement le statut antérieur en tant que « propriété de la CIA ». En 1966, le magazine Ramparts a dévoilé cette relation et qui a amené l’administration Johnson à mettre fin au financement de la CIA.

Selon une note de service du 12 avril 1967 provenant des archives historiques du département d’État, le directeur de la CIA, Richard Helms, en réponse à une recommandation de la Maison-Blanche, « ordonnait que le financement secret de la Fondation Asiatique (TAF) soit résilié à la prochaine occurrence réalisable. »

En coordination avec la « dissociation » de la CIA, le conseil d’administration de TAF a publié ce que la note de service décrit comme « une déclaration soigneusement délimitée de l’admission du soutien passé de la CIA ». Ce faisant, les administrateurs ont cherché à délimiter les effets d’une exposition anticipée du soutien de l’Agence par la presse américaine et, si leur déclaration ou une exposition future ne compromettait pas sérieusement l’acceptabilité de la TAF en Asie, à poursuivre leurs activités en Asie avec un soutien public et privé manifeste.

La note de service de la CIA envisageait un financement futur à partir de « subventions publiques américaines officielles » et demandait des conseils au groupe de surveillance des actions secrètes de la Maison-Blanche, le 303 Committee, pour désigner quelqu’un « auprès de qui la direction de la TAF devrait chercher des orientations et une orientation futures en ce qui concerne les intérêts du gouvernement des États-Unis ».

En 1982, alors que le financement de la TAF était à nouveau menacé, Walter Raymond de la CIA s’est rallié à sa défense depuis son poste au CSN. Dans une note de service non datée adressée à McFarlane, Raymond a rappelé que « le département d’État a souligné que les TAF avaient apporté une contribution importante à la politique étrangère des États-Unis en favorisant les institutions démocratiques et, en tant qu’organisation privée, avaient accompli des choses qu’une organisation gouvernementale ne pouvait pas faire ».

L’intervention bureaucratique de Raymond a fonctionné. Vers la fin de 1982, l’administration Reagan avait pris des dispositions pour que le financement de l’exercice 1984 du TAF passe par le budget de l’Agence d’information des États-Unis (USIA), qui était utilisé pour financer une série « d’initiatives démocratiques » du président Reagan. Raymond a expliqué les dispositions dans une note de service du 15 décembre 1982 adressée au conseiller à la sécurité nationale William Clark.

« La question a été quelque peu obscurcie aux niveaux de travail de l’État depuis que nous avons choisi de financer toutes les initiatives démocratiques de l’exercice fiscal 1984 par le biais de la présentation budgétaire de l’USIA », a écrit Raymond. « En même temps, il est essentiel que l’État maintienne son rôle opérationnel et de gestion avec la TAF. »

Au cours des trois décennies et demie qui ont suivi, les TAF ont continué d’être subventionnés par les gouvernements américains et alliés. Selon son rapport annuel pour l’exercice se terminant le 30 septembre 2016, la TAF a déclaré qu’elle « est financée par un crédit annuel du Congrès américain, par les appels d’offres lancés par les agences gouvernementales et multilatérales de développement, y compris l’Agence des États-Unis pour le développement international, le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, le ministère du Développement international du Royaume-Uni et par des fondations et des sociétés privées », pour un montant total de 94,5 millions de dollars.

Le bureau de presse de la TAF, qui opère dans 18 pays d’Asie, décrit son objectif comme « l’amélioration des conditions de vie dans une Asie dynamique et en développement ».

Loin d’être seule

Mais la TAF n’était pas la seule organisation privée qui fonctionnait avec l’argent du gouvernement américain et collaborait avec les responsables américains pour atteindre les objectifs de la politique étrangère de Washington.

Carl Gershman, président de la Fondation nationale pour la démocratie (NED)

Par exemple, d’autres documents de la bibliothèque Reagan ont révélé que Freedom House, une organisation importante de défense des droits de l’homme, a demandé conseil et des directives à Casey et Raymond tout en faisant la publicité du besoin d’aide financière du groupe.

Dans une lettre du 9 août 1982 adressée à Raymond, Leonard R. Sussman, directeur exécutif de Freedom House, a écrit que « Leo Cherne [un autre haut fonctionnaire de Freedom House] m’a demandé d’envoyer ces copies des appels de Freedom Appeals. Il vous a probablement dit que nous avions dû réduire ce projet pour répondre aux réalités financières. Nous voudrions, bien sûr, développer le projet une fois encore quand les fonds seront disponibles. »

Selon les documents, Freedom House est demeuré la priorité de la réflexion de Casey et Raymond lorsqu’il s’est agi de trouver les moyens les plus efficaces pour transmettre au peuple américain et à la communauté internationale le message de politique étrangère des faucons de la CIA.

Le 4 novembre 1982, Raymond a écrit au conseiller Clark du CSN au sujet des « initiatives et programmes d’information sur la démocratie », déclarant que « Bill Casey m’ a demandé de transmettre l’opinion suivante au sujet de votre rencontre avec Dick Scaife, [milliardaire de droite], Dave Abshire [alors membre du Comité consultatif du renseignement étranger du président], et Co.

« Casey a déjeuné avec eux aujourd’hui et a discuté de la nécessité d’agir en général pour soutenir nos amis du monde entier. Par cette définition, il inclut à la fois “construire la démocratie” et aider à dynamiser les programmes médiatiques internationaux. L’ICD[casey] se préoccupe également du renforcement des organismes d’information publique aux États-Unis, comme Freedom House.

« Un élément crucial du puzzle est un effort sérieux pour mobiliser des fonds privés afin de créer un élan. D’après les entretiens de Casey avec Scaife and Co., ils seraient très disposés à coopérer. Suggérez que vous notiez l’intérêt de la Maison-Blanche pour le soutien privé à l’initiative Démocratie. »

Dans une note de service du 25 janvier 1983, Raymond a écrit: « Nous allons immédiatement aller de l’avant dans notre effort parallèle pour générer un soutien privé » pour les opérations de « diplomatie publique ». Puis, le 20 mai 1983, Raymond a raconté dans une autre note de service que 400 000 $ avaient été recueillis auprès de donateurs privés amenés à la Maison-Blanche par le directeur de l’USIA, Charles Wick. Selon cette note de service, l’argent a été réparti entre plusieurs organisations, dont Freedom House et Accuracy in Media, un groupe de médias agressif de droite.

Dans une note de service du 9 août 1983, Raymond décrit les plans visant à obtenir l’appui du secteur privé pour cet effort. Il a déclaré que le directeur de l’USIA, M. Wick, « par l’intermédiaire du magnat australien de l’édition Rupert Murdock [sic], pourrait être en mesure de retirer des fonds supplémentaires » pour appuyer les initiatives pro-Reagan. Raymond a recommandé « un financement via Freedom House ou une autre structure crédible dans l’establishment politique. »

[Pour en savoir plus sur la connexion Murdoch, voir « Rupert Murdoch : Propaganda Recruit. » de Consortiumnews.com]

Questions de légalité

Raymond est resté officier de la CIA jusqu’en avril 1983, date à laquelle il a démissionné, si bien qu’il a déclaré: « Il n’y a donc aucun doute quant à la contamination de cette » opération de propagande pour convaincre le peuple américain d’appuyer les politiques de Reagan.

Le sceau de la CIA dans le hall du siège de l’agence d’espionnage. (photo du gouvernement américain)

Raymond s’inquiétait également de la légalité du rôle de Casey dans l’effort d’influencer l’opinion publique américaine en raison de l’interdiction légale faite à la CIA d’influencer les politiciens et la politique américaines. Raymond a confié dans une note de service qu’il était important « de sortir [Casey] de la boucle », mais Casey n’ a jamais reculé et Raymond a continué à envoyer des rapports d’avancement à son ancien patron bien tout au long de l’année 1986.

C’était « le genre de chose qui [casey] avait un grand intérêt éclectique pour [l’Iran] », a dit Raymond lors de sa déposition Iran-Contra en 1987. Il a ensuite donné l’excuse que Casey avait entrepris cette ingérence apparemment illégale dans les affaires intérieures « pas tant sous sa couverture de la CIA, mais en tant que conseiller du président ».

En 1983, Casey et Raymond se sont concentrés sur la création d’un mécanisme de financement permanent pour appuyer les organisations privées qui s’engageraient dans la propagande et l’action politique, historiquement organisées et payées secrètement par la CIA L’idée est née d’une entité financée par le Congrès qui servirait de canal pour cet argent.

Mais Casey a reconnu le besoin de cacher les ficelles de la CIA. Dans une lettre non datée adressée à Edwin Meese III, conseiller de la Maison Blanche, Casey a exhorté à la création d’une « Fondation nationale », mais a ajouté : « Évidemment, nous [à la CIA] ne devrions pas nous exposer frontalement dans le développement d’une telle organisation, ni sembler être un commanditaire ou un défenseur. »

Un document dans les dossiers de Raymond donnait des exemples de ce qui serait financé, y compris « Grenade – 50 K – À la seule opposition organisée au gouvernement marxiste de Maurice Bishop (The Seaman and Waterfront Workers Union). 50 000 dollars supplémentaires pour soutenir des activités de télévision gratuites à l’extérieur de Grenade » et « au Nicaragua – 750 000 dollars pour soutenir un éventail d’activités syndicales indépendantes, et des coopératives agricoles ».

La Fondation nationale pour la démocratie a pris forme à la fin de 1983, lorsque le Congrès a décidé de mettre de l’argent de côté – au sein de la NED – pour les partis républicains et démocrates et pour le travail organisé, créant ainsi suffisamment de largesses bipartites pour que son vote soit assuré.

Mais certains membres du Congrès ont pensé qu’il était important de dissocier le NED de tout lien avec la CIA, si bien qu’une disposition a été incluse pour interdire la participation de tout fonctionnaire actuel ou ancien de la CIA, selon un adjoint du Congrès qui a contribué à la rédaction de la législation.

Cet assistant m’ a dit qu’un soir de la fin de la session de 1983, alors que le projet de loi était sur le point d’être présenté à la Chambre, l’agent de liaison parlementaire de la CIA est venu frapper à la porte du bureau du Représentant Dante Fascell, un haut fonctionnaire démocrate du Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants et un principal parrain du projet de loi.

Le fonctionnaire frénétique de la CIA a transmis un seul message du directeur de la CIA Casey: le libellé interdisant la participation du personnel de la CIA doit être rayé du projet de loi, a rappelé l’adjoint, notant que Fascell a consenti à la demande, ne comprenant pas pleinement sa signification.

L’assistant a déclaré que Fascell a également consenti au choix du gouvernement Reagan de Carl Gershman à la tête du National Endowment for Democracy, n’e comprenant toujours pas comment cette décision affecterait l’avenir de la nouvelle entité et la politique étrangère américaine.

Gershman, qui avait suivi le chemin néoconservateur classique du socialisme juvénile au communisme féroce, devint le premier (et jusqu’ à ce jour le seul) président de NED. Bien que le NED soit techniquement indépendant de la politique étrangère américaine, Gershman a coordonné les premières années avec Raymond les décisions relatives aux subventions au CSN.

Par exemple, le 2 janvier 1985, Raymond a écrit à deux experts asiatiques du CSN que « Carl Gershman a appelé au sujet d’une éventuelle subvention à l’Alliance chinoise pour la démocratie (CAD). Je suis préoccupé par la dimension politique de cette demande. Nous ne devrions pas nous trouver dans une position où nous devons répondre à la pression, mais cette demande pose un réel problème à Carl. »

En plus de lever les obstacles politiques pour Gershman, Raymond a également exhorté le NED à donner de l’argent à Freedom House dans une lettre du 21 juin 1985 obtenue par le professeur John Nichols de la Pennsylvania State University.

Ce que les documents de la bibliothèque Reagan indiquent clairement, c’est que Raymond et Casey ont continué de façonner activement les décisions du nouveau mécanisme de financement pendant ses premières années d’existence. (Casey est décédé en 1987 ; Raymond est décédé en 2003.)

Beaucoup d’argent

Depuis sa fondation, NED a versé des centaines de millions de dollars à des ONG du monde entier, en se concentrant sur la formation d’activistes, la création de médias et le soutien aux organisations civiques. Dans certains points névralgiques de la géopolitique, le NED pourrait avoir plusieurs dizaines de projets en cours d’exécution, comme en Ukraine avant le coup d’État de 2014 qui a renversé le président élu Viktor Ianoukovitch et a déclenché la nouvelle guerre froide avec la Russie. Grâce à de telles méthodes, le NED a contribué à la réalisation de « l’action politique » envisagée par Casey et Raymond.

Le président russe Vladimir Poutine, suite à son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 28 septembre 2015. (UN Photo)

Dès le début, NED est également devenu un important bienfaiteur de Freedom House, avec une subvention de 200 000 $ en 1984 pour construire un « réseau de faiseurs d’opinion démocratique » et, au cours des quatre premières années, de 1984 à 1988, elle a investi 2,6 millions de dollars dans Freedom House, ce qui représente plus d’un tiers de ses revenus totaux, selon une étude du Conseil libéral des affaires hémisphériques intitulée « Freedom House : Portrait d’un passe-partout ».

Au cours des décennies qui ont suivi, Freedom House est devenue presque une filiale du NED, se joignant souvent à lui, pour organiser des conférences politiques et publier des prises de position, les deux organisations promouvant principalement un programme néoconservateur, mettant au défi des pays jugés insuffisamment « libres », incluant la Syrie, l’Ukraine (avant le coup d’État de 2014) et la Russie.

Le NED et Freedom House travaillent souvent comme une sorte d’équipe d’identification avec les ONG de financement du NED à l’intérieur des pays ciblés et Freedom House, réprimandant ces gouvernements s’ils tentaient de réprimer les ONG financées par les États-Unis.

Par exemple, le 16 novembre 2012, NED et Freedom House se sont unis pour dénoncer une loi votée par le parlement russe exigeant que les bénéficiaires russes de l’argent politique étranger s’enregistrent auprès du gouvernement. Ou, comme le NED et Freedom House l’ont expliqué : la Douma russe a cherché à « restreindre les droits de l’homme et les activités des organisations de la société civile et leur capacité à recevoir un soutien de l’étranger ». Les changements apportés à la législation russe sur les ONG obligeront bientôt les organisations de la société civile recevant des fonds étrangers à choisir entre s’enregistrer en tant ’’qu’agents étrangers’’ ou faire face à des sanctions financières importantes et des accusations criminelles potentielles. »

Bien sûr, les États-Unis ont une loi sur l’enregistrement des agents étrangers presque identique qui exige également que les entités qui reçoivent des fonds étrangers et cherchent à influencer la politique du gouvernement américain à s’enregistrer auprès du ministère de la Justice ou à faire face à des amendes ou des peines d’emprisonnement.

Mais la loi russe entraverait les efforts du NED pour déstabiliser le gouvernement russe en finançant des activistes politiques, des journalistes et des organisations civiques.

Les préoccupations du gouvernement russe n’étaient pas entièrement paranoïaques. Le 26 septembre 2013, Gershman, en effet, a planifié le cours de la crise en Ukraine et de l’objectif néoclassique pour un changement de régime en Russie. Dans une tribune d’opinion du Washington Post, Gershman a qualifié l’Ukraine de « plus grand prix » et a expliqué comment le fait de l’avoir tirée dans le camp occidental pourrait contribuer à la défaite finale du président russe Vladimir Poutine.

« Le choix de l’Ukraine de rejoindre l’Europe accélérera la chute de l’idéologie impérialiste russe que représente Poutine », a écrit Gershman. « Les Russes aussi ont le choix, et Poutine risque de se retrouver du côté perdant, non seulement à l’étranger, mais aussi en Russie. »

La longue histoire de l’ingérence secrète ou semi-couverte du gouvernement américain dans la politique des pays du monde entier est la toile de fond ironique de la frénésie actuelle à l’égard de la Russie et de la diffusion présumée, par la Russie, de courriels qui ont sapé la campagne du candidat démocrate Hillary Clinton.

Les allégations sont démenties par le rédacteur en chef de Poutine et celui de WikiLeaks, Julian Assange, qui a publié les courriels démocrates – et le gouvernement américain n’ a présenté aucune preuve solide à l’appui des accusations « d’ingérence russe » – mais si les accusations sont vraies, elles pourraient être considérées comme un cas de retournement de situation comme du fair-play.

Sauf que dans ce cas, les responsables américains, qui se sont ingérés continuellement par leurs opérations « d’action politique » dans des pays du monde entier, n’aiment même pas la chance de pouvoir goûter à leur propre potion.

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

14 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Politique étrangère, #l'horreur économique

Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

Lors d’une conférence, Christian Harbulot, patron de l’École de Guerre Économique a évoqué le cas Alstom, et le rachat de sa branche énergie par General Electric, comme faisant partie de la guerre économique très dure que se livrent les USA et la Chine (1). Effectivement, avant que l’affaire n’éclate, Alstom et Shanghai Electric s’apprêtaient à signer une joint-venture sur le marché des chaudières pour les centrales électriques. Ce partenariat leur aurait permis de devenir le leader mondial dans ce secteur. Par ailleurs, en juillet 2013, Alstom avait signé un accord de partenariat avec le groupe chinois Dongfang concernant des projets de réacteurs nucléaires. Pour comprendre les réelles causes du démantèlement de ce qui était un fleuron de l’industrie stratégique française, l’IVERIS propose un entretien avec Loïk le Floch-Prigent.

Pensez-vous que les projets de fusion et de partenariat d’Alstom avec des groupes chinois aient été déterminants dans la prise en main par les Américains de la branche Énergie d’Alstom, et en quoi ces deux activités étaient-elle stratégiques ?

Qu’est-ce que la mondialisation aujourd’hui ? Essentiellement la coexistence de deux systèmes antagonistes, les États-Unis d’Amérique avec une puissance économique et militaire inégalée et une population moyenne, et la Chine, qui s’est réveillée avec une population trois fois supérieure et une volonté de puissance incontestable. C’est l’Empire du Milieu qui a l’avenir devant lui, le temps, et qui avance ses pions tranquillement sur l’échiquier mondial. L’Europe est trop désunie pour peser dans cette aventure, et la Russie encore affaiblie après soixante-dix ans d’obscurantisme soviétique. Il est clair que du temps de la guerre froide notre industrie était regardée à la loupe afin qu’elle ne vienne pas en aide à l’empire soviétique. Désormais c’est la Chine qui est le problème numéro UN des USA. Ne pas le voir, ne pas en tenir compte, l’ignorer, c’est passer à côté de la réalité, soit par incompétence, soit par stupidité.

Alstom avait deux spécialités, après que la Compagnie Générale d’Électricité (CGE) ait été démantelée par de médiocres idéologues : le transport ferroviaire et l’énergie. Le rail n’est pas un problème central pour les USA, mais l’énergie est un atout majeur dans leur volonté de puissance. Ils dominent le pétrole depuis ses débuts, et veulent conserver cet avantage fondamental. Ces dernières années, la montée des prix du pétrole ont conduit les USA à rendre économiques leurs réserves de pétrole non conventionnel (pétrole de schiste), et ils sont devenus autonomes pour les 150 années à venir au moins, ce qui a justifié leur relatif désengagement de la politique du Moyen-Orient ; ils n’ont plus besoin de l’Arabie Saoudite pour fonctionner ! Toute alliance poussée d’une entreprise européenne avec la Chine dans le domaine de l’énergie est donc potentiellement dangereuse pour la superpuissance USA qui n’a qu’une idée en tête, bloquer la montée en puissance des Chinois afin qu’ils ne deviennent pas la première puissance mondiale.

Or, qu’a-t-on entendu pendant les années 2012-2013 venant d’Alstom, entreprise phare de la transformation de l’énergie (charbon, gaz, hydraulique, nucléaire) ! Elle allait trouver un partenaire russe pour satelliser son département ferroviaire, et elle allait se concentrer sur les solutions énergétiques, grâce à un accord avec Shangaï Electric pour les centrales charbon et à un autre avec Dongfang pour le nucléaire ! C’est d’ailleurs cette feuille de route qui est présentée à la presse et aux organisations syndicales par le patron du groupe qui signale à cette occasion que, devant la puissance de l’entreprise ferroviaire unique chinoise, Alstom-transport ne peut vivre seul puisque le marché futur est avant tout asiatique, et qu’il faut d’urgence trouver un partenaire dans ce secteur pour avoir la liberté de rester dans le cœur industriel d’Alstom, l’énergie !

Quelques semaines après, un dirigeant d’Alstom domicilié en Asie est arrêté lors d’un de ses déplacements aux USA, et le PDG du groupe annonce la cession du département énergie au conglomérat américain General Electric, ce qui doit permettre de faire du transport ferroviaire d’Alstom une pépite mondiale !

Un peu de recul, une bonne connaissance de la géopolitique mondiale, et on a compris… « faites vos bêtises dans le transport, cela ne nous concerne guère mais, l’énergie c’est nous, et servir vos connaissances aux Chinois, pas question » ! Ce n’est pas la première fois que les USA nous avertissent que ce sont eux les maîtres du monde en politique énergétique, on peut faire mine de l’ignorer, se battre contre des moulins à vent avec des trémolos dans la voix, s’indigner, encore faudrait-il s’en donner les moyens, et le groupe Siemens avec lequel on aurait pu discuter venait de sortir durablement affaibli d’une affaire semblable où il avait dû se séparer de toute son équipe dirigeante pour les mêmes raisons qu’Alstom : corruption d’États étrangers à coups de dollars, et donc punis par l’émetteur de la monnaie, les USA.

C’est cela l’histoire que nous avons vécue. Nous n’avons pas voulu la regarder en face, nous avons voulu croire à la corruption épouvantable de notre champion national mais, dans ce secteur d’activité, tout le monde a agi de la même manière. Ce qui a été insupportable c’est qu’Alstom s’engage dans une politique d’alliance avec la Chine sans l’autorisation explicite du pays maître de l’énergie, les USA.

Faut-il voir un lien avec la sévère condamnation aux États-Unis de Frédéric Pierucci dans le cadre de la loi contre la corruption puisqu’il était le vice-président Monde de la division chaudière, et qu’il devait prendre la tête de cette joint-venture ?

Il est clair que l’incarcération immédiate de Frédéric Pierucci, en train de mettre en place le joint-venture avec Shangai Electric dans le charbon mais aussi le centre des négociations avec la Chine, était d’une clarté aveuglante car il y avait un grand nombre d’autres dirigeants d’Alstom qui avaient participé aux actes incriminés, et le PDG en particulier. La détention de Frédéric Pierucci était à la fois un avertissement et un chantage à l’égard de l’équipe dirigeante du groupe, ce qui avait été déjà réalisé avec Siemens quelques années auparavant. On sait aussi que les politiques européens sont frileux dès que le mot « justice » apparaît. On peut dire que les Américains ont très bien joué !

Le procès de Fréderic Pierucci a eu lieu le 25 septembre dernier et le verdict est ahurissant : trente mois de prison alors qu’il a seulement exécuté les ordres de sa hiérarchie, et n’a pas bénéficié d’enrichissement personnel. Il écope de la même peine que le PDG d’Halliburton, alors que ce dernier avait reçu un pot-de-vin de 10 millions de dollars. Ce cadre d’Alstom est clairement un otage économique, n’est-il pas aussi une victime de la guerre US/Chine ?

Bien entendu, mais il a aussi été abandonné par l’entreprise dont il était l’exécutant, et cela est tout simplement sidérant.

Donc le FCPA (loi américaine sur la corruption (2)) est également une arme de la guerre économique que se livrent ces deux États pour la domination économique mondiale ? Airbus, qui est actuellement sous le coup d’une procédure aux États-Unis, ne prend-il pas des risques lorsqu’il signe un contrat de 20 milliards d’euros sur les A330 avec la Chine ?

Le FCPA – c’est-à-dire la capacité d’agir dans le monde entier pour la justice américaine dès qu’un dollar a changé de mains – est une arme redoutable que les politiciens européens connaissent bien. Ils n’ont pas envie de monter en première ligne, et on les comprend, mais quand ils laissent des responsables industriels seuls dans la tourmente, on peut se demander à quoi ils jouent. Aucun commentateur ne s’en préoccupe. On a connu ce type de démission et d’aveuglement collectifs dans notre pays à d’autres moments de son histoire. Le FCPA est un problème fondamental pour la survie de la grande industrie de notre continent. Nous allons voir comment les affaires Airbus vont se régler !

Dans « l’affaire Alstom », qui est effectivement un véritable scandale d’État, il y a eu un rapport, un livre, un documentaire, des auditions à l’Assemblée nationale. Des ministres se sont exprimés sur le sujet et pourtant personne n’a vu qu’Alstom était la cible des Américains en raison de ses projets avec des groupes chinois. Pourquoi ? Cela ne signe-t-il pas la faillite de la pensée stratégique française ? Ne sommes-nous pas tous collectivement responsables de la situation d’Alstom aujourd’hui ?

Nous n’arrivons pas à chasser notre nombrilisme, c’est une maladie dont nous avons vu les ravages avec la COP 21, et la nécessité récente de donner « l’exemple » en interdisant l’exploration et la production d’hydrocarbures en France ! On croit rêver ! Notre production annuelle nationale représente la moitié de la production mondiale quotidienne ! Quel exemple, quel impact, sur qui ? Le monde va poursuivre son exploration et son exploitation d’hydrocarbures car les USA et la Chine ne vont pas arrêter leur croissance afin de satisfaire à la fois leur volonté de puissance et leur population. Notre chance, avec Alstom, c’était d’être à la pointe d’une utilisation plus propre du charbon qui reste le grand producteur d’électricité mondial, d’être à la pointe de l’hydraulique qui est la grande chance du continent africain qui va doubler sa population en 25 ans, à la pointe des turbo-alternateurs « Arabelle » qui équipent plus de la moitié des centrales nucléaires mondiales. Il nous fallait montrer notre détermination à rester maître de notre destin et éviter de prêter le flanc à la critique en voulant nous allier avec la Chine (3) ! Nous ne l’avons toujours pas compris et notre pays, nos équipes, nos ingénieurs en paient le prix aujourd’hui sans bien comprendre ce qui s’est passé. Certains sont encore dans la peine, d’autres bénéficient de jours heureux, mais notre pays souffre de ne pas voir et de ne pas comprendre qu’une politique énergétique est nécessaire, et qu’elle passe par un examen sans concessions de notre réalité. En nous « délestant » d’Alstom nous avons perdu le contrôle de notre filière nucléaire déjà mise à mal par beaucoup d’incompétence. Nous avons aussi perdu la main sur notre hydraulique, et nous ne représentons rien dans ce que nous appelons « les énergies nouvelles », c’est-à-dire le solaire et l’éolien. Notre politique énergétique est une politique de gribouille, ce qui ne peut que réjouir les USA et la Chine. Nous refusons de le voir. Nous avons eu bien d’autres aveuglements dans le passé, et les résultats ont plutôt été consternants.

Dans le monde où nous vivons, nous manquons systématiquement de recul. L’information en continu, les débats convenus entre prétendus experts sur tous les sujets d’actualité nous empêchent de prendre un peu de hauteur. Nous réagissons dans l’immédiateté tandis que les commentateurs et les acteurs politiques pratiquent en grande partie le déni de réalité.

Patrick Kron, l’ancien PDG d’Alstom, négociait avec des groupes chinois pour la branche Énergie, et avec les Russes pour la branche transport. Cette stratégie n’était-elle pas risquée ? Méconnaissait-il à ce point les rapports de forces ? Qu’aurait-il dû faire pour ne pas tomber dans les pièges, et être en capacité de protéger son groupe et ses salariés ?

Patrick Kron n’a pas eu la stratégie gagnante pour Alstom, c’est un fait acquis désormais. Je laisse à d’autres le soin de faire l’analyse des actions individuelles. J’ai indiqué ce que je pensais de notre aveuglément collectif, c’est bien plus grave.

(1) Cette conférence était dédiée au dernier livre de Christian Harbulot, intitulé “Le nationalisme économique américain“, publié aux éditions VA dans la collection “Guerre de l’information“.

(2) https://www.iveris.eu/list/compterendus_devenements/114-apres_alstom_a_qui_le_tour__

(3) https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/61-la_turbine_arabelle_ou_lindependance_technologique_francaise

Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

 

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[Vidéo] Alstom : Une affaire d’Etat ? Par LCP

9 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Politique étrangère, #l'horreur économique

 

 réponses à [Vidéo] Alstom : Une affaire d’Etat ? Par LCP

Commentaires recommandés
woiliwoilou Le 09 octobre 2017 à 09h46
 
 

avec le nucléaire sous contrôle américain on oublie toute idée de souveraineté…
on oublie notre indépendance et notre liberté de penser et d’agir…
impossible de développer des partenariats avec la Russie ou tout autre pays non ami des américains…
notre classe dirigeante nous a trahis…
le peuple va souffrir pendant qu’eux iront s’installer ailleurs…
et on laisse faire…
et on continue de voter pour eux… c’était du temps où Macron était dans l’ombre de Flambi
et depuis on l’a choisi pour nous présider…
PAUVRE FRANCE…

  1. Fritz Le 09 octobre 2017 à 07h27
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    Je n’ai pu regarder que les premières minutes du documentaire. Le scandale est établi, disons même : le crime de trahison économique est constitué, mais l’enchaînement qui a réduit l’État à l’impuissance n’aurait-il pas commencé avec la privatisation de la CGE ?

  2. Perret Le 09 octobre 2017 à 08h18
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    Je vous recommande vivement de lire les articles de Leslie Varenne qui a été la première journaliste d’investigation à travailler sur cette affaire d’Etat (L’Humanité avait été le seul support acceptant de la publier)

    https://www.iveris.eu/main/recherche_par_themes/?category=&keyword=alstom

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La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique" . Fondation RES PUBLICA.

6 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Daesch, #Le fascisme, #Politique étrangère, #l'horreur économique

La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique" . Fondation RES PUBLICA.
La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique"
 
 
 
Note de lecture du livre de Pierre Conesa, "Dr. Saoud et Mr Jihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite" (Robert Laffont : 2016), par Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica.
Pierre Conesa, dans son dernier ouvrage, propose un décryptage inédit de la politique étrangère du Royaume d’Arabie saoudite. Au service d’un projet planétaire de propagation du « salafisme-wahhabisme », cette dernière a également pour objectif de préserver le règne de la maison des Saoud. Néanmoins, la diplomatie religieuse saoudienne s’inscrit dans un contexte de rivalités régionales exacerbées, menaçant de déboucher sur une « guerre de religions » au sein même du monde musulman [1].
 
Les rouages de la diplomatie religieuse saoudienne
Face à la montée des nationalismes arabes soutenus par l’Union Soviétique et incarnés par le président égyptien Nasser, le Royaume d’Arabie saoudite met en place dès le début des années 60 un système idéologique totalitaire ayant pour double objectif d’assurer la propagation de l’islam dans sa version wahhabite, étroitement liée au salafisme selon Pierre Conesa, et la sauvegarde du règne des Al Saoud, dont « les intérêts […] s’articulent avec ceux de la famille Al-Shaikh d’Abd al-Wahhab, le fondateur du wahhabisme, pour mettre sur pied un projet commun qui aboutira à l’instauration du régime » (page 27). Cette convergence se concrétise avec le pacte du Najd adopté en 1744 : les oulémas de la tribu d’Abd al-Wahhab, les Al-Shaikh, soutiennent le régime, qui en échange s’engage à propager l’islam dans sa version wahhabite. Ainsi on comprend que la diplomatie religieuse nait en même temps que le Royaume. Les chancelleries occidentales y voient quant à elle « la barrière parfaite contre le socialisme » (page 20).

En 1979, année charnière dans le déploiement planétaire de ce système, l’Arabie Saoudite fait l’expérience d’un « polytraumatisme » (page 39): en février, c’est la victoire de révolution chiite en Iran et l’ayatollah Khomeyni s’empare de l’islam politique, de l’anti-impérialisme et de l’antiaméricanisme ; en novembre, c’est l’occupation de la Grande Mosquée de La Mecque par des fondamentalistes islamistes qui secoue le Royaume ; et enfin en décembre l’URSS lance l’invasion de l’Afghanistan, déstabilisant l’allié historique des Etats-Unis depuis le pacte du Quincy de février 1945 qui garantit à la puissance américaine l’accès au pétrole du Royaume, en échange d’une protection militaire de la dynastie des Al Saoud.

Aujourd’hui, il s’agit d’étudier le régime saoudien à la lumière de trois éléments principaux : son rôle dans la propagation d’un islam fondamentaliste, le wahhabisme ; le retour de l’Iran sur la scène régionale et internationale ; et les difficultés internes liées à la crise du prix du pétrole. Les deux derniers aspects expliquent largement qu’au cours des années 2000, « la gestion de la diplomatie religieuse saoudienne [évolue] finalement pour répondre à des défis de stabilité intérieure plutôt que sous la pression internationale » [page 138].

« L’Arabie saoudite a constitué avec le temps une ‘industrie idéologique’, selon l’expression de Kamel Daoud […] entre le puissant soft power à l’américaine et le savoir-faire propagandiste du système communiste » (page 21). En effet, Pierre Conesa montre que la diplomatie religieuse saoudienne est « un hybride du système américain par la multiplicité des mécanismes et l’étroite coopération entre actions publique et privée, mais aussi du système soviétique par son idéologie totalitaire à la fois révolutionnaire et conservatrice [mais toujours adaptable ajoute plus loin Pierre Conesa], portée par un corps de commissaires politiques idéologiquement formés », les oulémas wahhabites (page 98). C’est cette combinaison qui donne au Royaume une capacité d’intervention globale qui correspond à une diplomatie d’influence (soft power, usage sophistiquée de la puissance selon Joseph Nye) financée par les pétrodollars et caractérisée par la mise en place de politiques publiques spécifiques, la création de grandes organisations internationales, et le soutien à différentes ONG, fondations privées, universités et médias traditionnels et nouveaux.

Au cœur du soft power saoudien : la LIM et l’OCI
Le roi Faysal, souhaitant mettre en place la stratégie panislamiste contre le panarabisme, développe la diplomatie religieuse avec l’aide des Frères musulmans réfugiés venus d’Egypte, et crée toute une série de structures nationales et internationales en miroir de celles voulues par Nasser (page 40). Nous retiendrons ici deux institutions qui permettent de mieux cerner la diplomatie d’influence saoudienne : la Ligue Islamique Mondiale (LIM) et l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). La LIM est une Organisation non gouvernementale (ONG) reconnue par l’ONU et elle est le véritable bras armé de la diplomatie religieuse du royaume : elle vise tout simplement à soutenir l’islam dans la monde, dans sa version wahhabite. Créée en pleine « guerre froide arabe » (page 99), elle est le miroir de la Ligue Arabe mise en place par Nasser en 1956. La LIM est présente dans 120 pays et contrôle 50 grands lieux de culte en Europe, dont la mosquée de Mantes-la-Jolie. Elle joue aussi un rôle consulaire dans les pays où Riyad n’a pas d’ambassade, et peut parfois se substituer, dans les faits, à la diplomatie officielle (page 100). Elle est dotée d’un budget exceptionnel de 5 milliards de dollars par an, chiffre qui grimpe à 7 milliards de dollars en moyenne annuelle en intégrant les dons royaux directs ou les contributions privées, ce qui correspond aux importations saoudiennes d’armement. Pierre Conesa décortique également l’organisation de la LIM et son déploiement à travers le monde : dans tous les pays où la Ligue est présente est créé un Bureau de l’organisation de la Ligue islamique mondiale, habilité à financer des projets de construction de mosquées et des centres islamiques. La LIM, à travers ses différents bureaux, est donc un acteur « qui accompagne les initiatives diplomatiques saoudiennes » (page 107). L’auteur précise qu’en France, pays laïc, « la Ligue profite de l’absence de politique publique pour financer mosquées, écoles et centres culturels » (page 115). Alex Alexiev, chercheur du Center for Security Policy, qualifie le soft power idéologique saoudien de « plus importante campagne de propagande jamais montée dans le monde entier » (page 123).

Quant à l’OCI (devenue Organisation de la Coopération Islamique en 2011), elle est une structure permanente interétatique créée en septembre 69 et qui compte aujourd’hui 57 Etats membres et dispose d’une délégation permanente à l’ONU. Elle est la seule organisation interétatique confessionnelle, et affiche, au rang de ses objectifs principaux, la promotion de la coopération dans les domaines économiques, sociaux, culturels et scientifiques entre les Etats membres (grâce notamment à la Banque islamique de développement, acteur essentiel), mais aussi la sauvegarde des lieux saints de l’islam et le soutien de la cause palestinienne dans le conflit israélo-palestinien.

L’Arabie saoudite, un acteur clé dans la guerre de religions au sein du monde musulman [2]
Pierre Conesa met en parallèle les actions religieuses d’autres grands acteurs comme la Turquie, avec la politique souvent trop vite qualifiée de néo-ottomane d’Erdogan, le Qatar, ses immenses moyens et son action anti-saoudienne, le Pakistan et ses innombrables activistes et enfin l’Iran, puissance chiite régionale incontournable dans la crise syrienne et la lutte contre Daesh. Ces rivalités – prémisses de guerre internes à l’islam, dans lesquelles les pays occidentaux n’ont d’ailleurs aucune légitimité à intervenir – se développent sur des terrains de manœuvre de plus en plus nombreux, on pense évidemment à la guerre au Yémen, où l’Arabie saoudite et l’Iran se mènent une guerre par procuration. Par ailleurs, l’aspect psychologique ne saurait être négligé selon l’auteur : alors que, dans les années 1960, le sentiment d’encerclement pour le régime saoudien venait du triomphe du panarabisme, les soulèvements du Printemps arabe, porteurs d’un effet domino en Egypte, en Syrie, en Tunisie, au Yémen, auxquels il faut ajouter le retour de l’Iran sur la scène régionale et internationale, ont réactivé cette perception. « Les grands équilibres régionaux (ou les grands déséquilibres) ne peuvent plus être gérés sans l’Iran. Riyad a de bonnes raisons de s’inquiéter de la normalisation des relations, difficile mais en cours, entre Washington et Téhéran après la signature de l’accord sur le nucléaire [3]. En effet, celui-ci reconnait à la République islamique le statut de ‘pays du seuil’ » (page 250). Cela conduit Pierre Conesa à conclure que le seul souci « de l’action religieuse de Riyad […] est de ghettoïser la population musulmane partout où cela est possible autour de la conception wahhabite-salafiste de l’islam tout en tentant de contrer une hypothétique influence chiite » (page 221).

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[1] Voir les actes du colloque de la Fondation Res Publica du 31 mars 2014 « Guerres de religions dans le monde musulman ? »
[2] Voir l’étude cartographique commandée par la Fondation Res Publica, « Guerres de religion dans le monde musulman »
[3]Le livre de Pierre Conesa est paru avant l’élection de Donald Trump, qui semblait souhaiter remettre en cause l’accord sur le programme nucléaire iranien.

Pour se procurer le livre > "Dr. Saoud et Mr Jihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite", Pierre Conesa (Robert Laffont : 2016)

Pierre Conesa est membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

Conseils de lecture : Arabie Saoudite - L'incontournable, de Jacques-Jocelyn Paul (Riveneuve ; janvier 2016)
 
 
Fondation Res Publica I Jeudi 5 Octobre 2017
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Syrie : Réponse à Michel Duclos… par Richard Labévière

6 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #Histoire, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Politique étrangère

Syrie : Réponse à Michel Duclos… par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 24-09-2017

Fondée en 1978 par Raymond Aron qui craignait de voir arriver la gauche au pouvoir, la revue Commentaire s’est dernièrement spécialisée dans la publication des idéologues de l’école néo-conservatrice française. Un genre… Après Gérard Araud, qui tweetait que l’élection de Donald Trump annonçait la fin du monde – mais qui est toujours en poste à Washington -, notre ancien ambassadeur à Damas (2006 – 2009) à son tour trouve refuge dans la revue néo-libérale1 de Jean-Claude Casanova. Commentaire lui a demandé de « donner son sentiment » sur la Syrie… Le terme est plutôt approprié, puisqu’avec l’article de Michel Duclos (MD) – Notre ami Bachar al-Assad -, nous sommes bien dans l’affect amour-haine, dans l’immédiateté, les approximations, sinon les contre-sens historiques !

Reprenons ligne à ligne cette contribution pour en déconstruire les affabulations, non pas qu’elle mérite la notoriété des Essais de Montaigne, mais parce qu’elle constitue un beau spécimen de sophisme. Face à ce « tour de passe-passe », Spinoza explique bien dans l’Ethique que « les idées fausses et inadéquates s’enchaînent aussi nécessairement que les idées justes et adéquates », autrement dit l’erreur et la bêtise génèrent leurs propres rationalités qu’il s’agit de mettre à jour et de déconstruire. Dans sa Réponse à John Lewis2, Louis Althusser explique bien qu’une réponse n’est valable que si elle porte sur un processus dont il s’agit de dévoiler l’intention, l’énergie vitale et la méthode. Voyons cela !

PARADIGME ET ESSENTIALISME

En guise d’introduction, Michel Duclos commence par attribuer – de manière indifférenciée – l’assassinat de l’ambassadeur de France à Beyrouth Louis Delamare (1981), la mort de Michel Seurat (1986), celles de nos soldats du Drakkar (1983) et des victimes de l’attentat de la rue des Rosiers (1982) aux… services spéciaux de la Syrie d’Hafez al-Assad, père de Bachar. Il raccroche ces différents événements, dont il fait une même « séquence », au « massacre » de Hama (1982), sans rappeler qu’il s’agissait d’une riposte à une tentative de coup d’Etat des Frères musulmans qui venaient d’égorger une trentaine d’élèves-officiers de l’Armée de l’air3. Cet amalgame veut justifier son intertitre : « un paradigme immuable », selon lequel le gouvernement syrien actuel serait meurtrier par « essence », depuis la prise de pouvoir d’Hafez al-Assad en 1970.

Reprenons ! Effectivement, Louis Delamare a bien été assassiné par les Panthères roses (appellation liée à la couleur de leurs uniformes) de Rifaat – frère d’Hafez -, au lendemain de la réception de Yasser Arafat à la Résidence des Pins par Claude Cheysson, alors ministre des Affaires étrangères à la réputation propalestinienne. Le message de Damas était parfaitement clair : la France ne doit pas favoriser l’installation d’un émirat palestinien (sunnite) aux portes d’une Syrie principalement dirigée par les Alaouites (de filiation chi’ite). Dans le contexte de la guerre civilo-régionale du Liban, cette méthode de communication était malheureusement courante ! Le relever ne saurait en justifier les crimes, mais cette méthode correspondait alors aux lois et périls de la guerre du Liban.

Pour ce qui concerne l’enlèvement de Michel Seurat et sa mort en captivité après une longue hépatite B, ainsi que celle de nos soldats écrasés dans l’effondrement de leur état-major du Drakkar, les historiens ont montré qu’il s’agissait d’autre chose. Commis par des groupes chi’ites pro-iraniens (avant la création officielle du Hezbollah qui interviendra plus tard), ces attentats constituaient autant de représailles tandis que la France avait engagé six Super-Etendard – sous cocarde irakienne -, mais pilotés par des pilotes français contre les lignes de défense iraniennes dans le contexte d’une guerre Irak-Iran extrêmement meurtrière qui a duré de 1980 à 1988. Washington, Londres et Paris avaient alors poussé Saddam Hussein à ouvrir les hostilités contre une révolution islamique dont on craignait qu’elle ne gagne d’autres pays de la région. Quant à l’attentat de la rue des Rosiers, comme celui de la rue Copernic, les pistes les plus sérieuses ramènent invariablement aux tueurs d’Abou Nidal et ses commanditaires les plus variés.

Suit aussitôt un autre mythe : celui de l’instrumentalisation du terrorisme par Bachar al-Assad. Bien-sûr, comme tous les pays de la région, la Syrie aussi pratique – peu ou prou – ce sport inavouable au plus près de ses intérêts. Encore une fois, il ne s’agit pas de justifier mais d’essayer de comprendre ! Mais lorsque MD affirme que Bachar al-Assad a libéré des jihadistes en juin 2011 pour mettre en péril les « opposants nationalistes », il opère un double contresens. Ces libérations ont bien eu lieu. Grande protectrice des jihadistes, l’Arabie saoudite en avait fait la condition sine qua non pour la poursuite des pourparlers de Genève engagés sous l’égide des Nations unies.

Afin de permettre la poursuite de ces négociations, Moscou demanda alors expressément au gouvernement syrien de libérer ces meurtriers. Quant aux « opposants nationalistes », leur existence a été des plus éphémères. Ces derniers ont été marginalisés dès l’été 2011 pour laisser le champ libre à des factions jihadistes sous l’égide des Frères musulmans – soutenus par Doha – et des Salafistes – clients de Riyad – qui ont accaparé la quasi-totalité des moyens opérationnels de la rébellion armée en Syrie.

Quant à la livraison syrienne du leader kurde Öcalan à Ankara, elle s’explique, là-encore, par des contraintes de realpolitique régionale relativement compréhensibles au vu des intérêts syriens. Sous la plume de MD, elle s’inscrit dans la grande mythologie récurrente de « nos alliés kurdes » contre l’organisation « Etat islamique » et la résurgence de la question de l’indépendance du Kurdistan d’Irak, soutenue par Bernard Kouchner et Benjamin Netanyahou !

Au passage, MD s’étonne aussi que Damas soutienne « le camp d’un groupe terroriste palestinien d’un autre âge (le FPLP-CG) ». De fait, Damas soutient aussi d’autres organisations palestiniennes. Nombre de Palestiniens, habitants le camp de réfugiés de Yarmouk (banlieue sud de Damas) ont pris fait et cause pour la défense de la Syrie historique. A l’évidence, l’ignorance dont MD fait preuve sur le dossier ne l’autorise certes pas à juger des Palestiniens qui n’attendaient rien des Accords d’Oslo, ni de la pseudo-médiation américaine sur cette question bloquée par Tel-Aviv depuis le début des années 2000 !

Enfin, dans son insistance à vouloir affirmer une continuité d’« essence » morbide entre la Syrie d’Hafez al-Assad et celle de son fils Bachar, MD déplore l’intervention de « parrains étrangers » comme la Russie et le Hezbollah libanais. L’intervention militaire de ce dernier dans les Jurd de Qalamoud, Qoussair et Yabroud a sans conteste empêché Dae’ch et Jabhat al-Nosra de conquérir Tripoli et de disposer ainsi d’une façade méditerranéenne. En palliant aux insuffisances entretenues, notamment par Tel-aviv, de l’armée nationale libanaise, le Hezbollah a, sans doute, sauvé l’intégrité territoriale et politique du Pays du Cèdre. Quant au rôle de la diplomatie et de l’armée russes, qui correspond à un partenariat diplomatique et stratégique ancien et connu, nous renvoyons MD à la lecture du prochain livre de Maria Khodynskaïa-Golenichtcheva – Alep, la guerre et la diplomatie – à paraître le 20 octobre prochain aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Cette lecture salutaire du premier livre en français, écrit par une diplomate russe – expliquant les raisons, les objectifs et l’évolution du soutien russe à la Syrie – devrait lui apprendre pas mal de choses…

Evidemment, les ingérences de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Etats-Unis et de services spéciaux britanniques et français armant des factions jihadistes obsédées par le renversement du gouvernement syrien a visiblement échappé à notre auteur si soucieux des souverainetés nationales.

DESASTRE FRANCAIS

Dans son deuxième paragraphe « Une perspective française », MD attribue – sans surprise – l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri aux services syriens. La rédaction de prochetmoyen-orient.ch a beaucoup travaillé la question, estimant que l’ami de Jacque Chirac avait été vraisemblablement tué par des Syriens, certes, mais pas par ceux que l’on croit.

A la mort d’Hafez al-Assad, Abdel Halim Khadam est devenu président par intérim du 10 juin au 17 juillet 2000, puis vice-président avant de faire brusquement défection et de s’installer avec sa famille à Paris. Plusieurs sources autorisées soupçonnent ce grand dignitaire sunnite d’avoir préparé un coup d’Etat contre Bachar avec l’aide de Ghazi Kanaan (ancien chef des services syriens au Liban) et de plusieurs généraux de l’armée syrienne. Avec l’appui de plusieurs services étrangers, ce cercle pro-saoudien aurait monté l’assassinat de Rafic Hariri, persuadé qu’un tel événement permettrait le renversement de Bachar al-Assad et leur prise de pouvoir. Certes, l’histoire reste à écrire, mais dans tous les cas de figures, MD devrait observer sur cette affaire une prudence, un tantinet plus diplomatique.

Quelques lignes plus loin, il écrit que les Russes ne connaissent la Syrie qu’au travers du « seul prisme des services de sécurité ou de la coopération militaire ». Nouveau flagrant délit d’ignorance, MD ne connaît visiblement pas les écrits de l’académicien russe Alexeï Mikhaïlovitch Vassiliev, ni rien des études syriennes que l’on doit à « l’école Primakov », du nom de cet ancien haut responsable du KGB surnommé le « Kissinger russe ». Spécialiste des Proche et Moyen-Orient, il a formé des générations d’islamologues, parmi lesquels ceux qui conseillent actuellement Sergueï Lavrov.

Un peu plus loin encore, notre ignorant récidiviste affirme qu’en « onze ans de règne, Bachar n’avait procédé à aucune réforme de nature politique ou sociale ». Faux et archifaux ! Conseillère d’Etat et directrice de l’ENA (2000-2002), Marie-France Bechtel a mené une mission d’études pour la réforme de l’administration syrienne. Plusieurs de ses recommandations avaient commencé à être mises en œuvre, notamment dans le secteur bancaire, avant d’être interrompues par la guerre civile. MD devrait lire aussi – Quand la Syrie s’éveillera – paru aux éditions Perrin en janvier 2011.

Conclusion du paragraphe : « Bachar s’est contenté d’ajouter une dimension affairiste omniprésente à partir de 2005 », avant d’affirmer encore un peu vite que « le régime bassiste est un régime alaouite ». Sur l’affairisme, élargissons le spectre aux pays de la région, notamment ceux du Conseil de coopération du Golfe (CCG), voire jusque sous nos yeux en commençant par le Luxembourg et notre président de la Commission européenne… Quant au « régime alaouite », rappelons seulement que le général Ali Mamlouk – numéro deux du gouvernement – est sunnite pur sucre et que de nombreuses personnalités chrétiennes, druzes et arméniennes occupent des postes de responsabilité.

Par contre, pas un mot sur la fermeture de notre ambassade à Damas en mars 2012 – sur ordre d’Alain Juppé – ni sur les conséquences de cette décision en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Dans le paragraphe suivant, MD écrit : « si le régime a paru parfois collaborer avec les services occidentaux tout en continuant en sous-main à alimenter le terrorisme, c’est qu’il ne croyait pas pouvoir scier la branche sur laquelle il était assis. Pourquoi en irait-il différemment aujourd’hui ? »

INGRATITUDE CARACTERISEE

Sur le renseignement, MD ferait mieux de s’abstenir. Un seul exemple : entre les deux tours de l’élection présidentielle française de 2007, la DST a pu arrêter un fou furieux en train de remplir d’explosifs des extincteurs qu’il s’apprêtait à déposer dans des bus de Nancy. Cette interpellation s’est effectuée grâce à des informations transmises – en ligne directe – par les barbouzes syriennes. D’autres cas concrets peuvent êtres cités. Malheureusement, cette coopération s’est interrompue de mars 2012 jusqu’à aujourd’hui, notre ambassade à Damas restant désespérément fermée !

En 2006, lorsqu’il a été nommé ambassadeur à Damas, MD arrivait de New York et savait à peine reconnaître la Syrie sur une carte. D’après ses collègues les plus proches, « il ne connaissait strictement rien au monde arabe et des cadres de la DGSE sont venus spécialement au Quai d’Orsay pour le déniaiser à plusieurs reprises, d’autant que la relation diplomatique bilatérale s’est fortement distendue depuis la mort de Rafic Hariri en février 2005 ». Une fois en poste, nos anges gardiens des services extérieurs n’ont cessé de lui rendre moult services, notamment pour répondre à des questions politiques posées par Nicolas Sarkozy auxquelles il était parfaitement incapable de répondre… A cette époque, MD a très bien compris l’importance et la toute-puissance des services spéciaux syriens, de même que la nécessité d’entretenir avec ces appareils d’Etat les meilleures relations.

L’auteur de ces lignes a rencontré MD à Damas à plusieurs reprises. Comparé au flamboyant Bernard Emié, qui officiait – tous azimuts avec succès – à Beyrouth (actuellement à la tête de la DGSE), MD rasait les murs, appliquant ses instructions à la lettre dans une grisaille confondante des plus ennuyeuses. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a visiblement oublié un peu vite les « coups de main » des services français comme ceux de leurs homologues syriens. Comme le bon sens, la reconnaissance du ventre n’est pas la chose la mieux partagée au monde…

Plus tardive, sa révélation néo-conservatrice semble être due à des considérations de carrière : coller sans discernement à la ligne pro-saoudienne de Laurent Fabius permettait d’obtenir, à coup sûr, un prochain poste. Très logiquement, car devenu expert des missions les plus périlleuses, MD sera nommé à… Berne en 2012, tout près de la fosse aux ours !

SUITE A LIRE DANS LIBERATION ET LE MONDE

En effet, la suite et la chute du papier de MD ne sont que pâles reprises des perles propagandistes, régulièrement égrenées par Libération et Le Monde, bulletins officiels de la bobologie droits-de-l’hommiste : seul « le régime Assad a précipité des millions de Syriens sur les routes de l’exil » ; l’armée syrienne ne compte plus seulement que « 20 000 hommes » ; « les services de sécurité assurent un minimum de cohérence » ; la « rébellion nationale », dont MD ne dit rien de concret (et pour cause !), « paraît à peu près défaite ». Comment se fait-il ? A l’évidence, MD croit encore aujourd’hui qu’Alep était assiégée par l’armée gouvernementale syrienne et défendue par cette introuvable « rébellion nationale » !

Sans surprise, la conclusion de ce pensum consiste encore et toujours à réclamer le départ de Bachar al-Assad, comme si les différentes réunions d’Astana I, II, III, IV, V et VI n’avaient jamais eu lieu, comme si le représentant spécial des Nations unies – l’excellent Staffan de Mistura – n’avait rien fait, comme si c’était à la France de décider l’avenir politique de la Syrie ! Avec ce papier, Commentaire ne brille pas vraiment sur le plan de l’excellence géopolitique.

Une consolation toutefois : cette fois-ci, MD nous a épargné les citations élogieuses du roman de sa propre compagne dont il accompagnait régulièrement les laborieuses dissertations.

Le 14 mars 2016, prochetmoyen-orient.ch avait relevé plusieurs passages de cet improbable roman dans une note du Centre d’analyse et de prévision du Quai (CAP) rédigée par MD. L’ouvrage n’est en fait qu’une compilation de télégrammes diplomatiques (TD) relatant la défection de Moustapha Tlass (fils de l’ancien ministre de la Défense d’Hafez al-Assad) et son exfiltration de Syrie par les services spéciaux français. Ce n’est pas toujours en famille qu’on fait le meilleur travail, toujours est-il qu’on peut se demander pourquoi – et en vertu de quels soutiens – MD s’est retrouvé bombardé à la tête de l’Académie diplomatique de l’Aga Khan.

Aux personnes peu familières des cercles très fermés de notre diplomatie, cette réponse pourrait paraître excessive. En fait elle reste très en-deçà d’une réalité monopolisée par la pensée unique. La dernière livraison de Commentaire n’est pas un accident et confirme cette unanimité bêlante, qui des quotidiens, hebdomadaires aux radios, télévisions, think-tanks et réseaux numériques a-sociaux, reproduit la doxa d’une mondialisation merveilleuse. Sur la Syrie, les voix discordantes n’ont pas droit de cité et sont proprement censurées. Oui, la censure est de retour dans notre pays, c’est un fait malheureusement !

Enfin, il faut avoir pu mesurer l’arrogance de MD et celle de ses clones pour se rendre compte à quel point celle-ci est proportionnelle à une ignorance crasse et abyssale ! En dernière instance, on ne peut pas ne pas se demander qui sont ces gens pour prendre ainsi en otage la voix de la France ? Néanmoins, bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière

1 Commentaire, numéro 159 – automne 2017.
2 Louis Althusser : Réponse à John Lewis. Editions François Maspero, 1973.
3 A propos de la riposte de Hama contre les Frères musulmans, l’idéologie dominante avance toujours un bilan de 25 à 30 000 morts sans préciser les sources et la méthode permettant d’atteindre ce chiffre. Les experts et historiens sérieux avancent un tout autre bilan de 3 à 4000 victimes.

Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 24-09-2017

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