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Le blog de Lucien PONS

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Pétition : NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES ! Léon Landini, Résistant FTP-MOI

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #Terrorisme, #Politique étrangère

 

Communiqué de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » en faveur de la pétition lancée par Léon Landini : « NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES ! ».

 

Je trouve scandaleux et même davantage que le Président actuel se permette d'imposer ces symboles au peuple français malgré le refus net et catégorique exprimé le 29 mai 2005.

Cela porte un nom, c'est une forfaiture!

Agissons donc pour retrouver notre Liberté et notre indépendance. L'engagement permanent de monsieur Léon Landini doit nous permettre de lever la tête et de combattre . La France mérite mieux que ces marionnettes imposées de l'extérieur. Il faut RESISTER!

Lucien PONS Président de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"

Une vidéo intéressante

https://www.youtube.com/watch?v=x3FUlzfTFmw

Pétition : NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES ! Léon Landini, Résistant FTP-MOI

Pétition : NON au drapeau de l'Union Européenne et à son "hymne". Place aux PEUPLES !

Léon Landini, Résistant FTP-MOI, Médaille de la Résistance, président du PRCF, et d'un large rassemblement

15 oct. 2017 — Emmanuel Macron, en violation de la constitution française et du vote des Français le 29 mai 2005 veut imposer à la France le drapeau de l'Union Européenne - bleu marial au douze étoiles un drapeau anti laïc faisant explicitement référence au culte de la vierge d'après le fonctionnaire européen qui l'a dessiné - ainsi que l'hymne de l'Union Européenne. En clair remplacer l'hymne de la Révolution - la Marseillaise - et le drapeau de la République Française par celui de l'UE cette structure totalitaire à laquelle les français en 2005 et la majorité des peuples européens consultés ont dit non lors de plusieurs referendum. Pour faire respecter la souveraineté des peuples et refuser cette nouvelle marque de soumission à une institution supranationale structurellement anti démocratique qui divise et oppose les peuples et renforce la dictature des multinationales contre les peuples signez la pétition pour dire non au drapeau de l'Union Européenne et à son hymne.
signez la pétition sur change.org , faites signez vos proches et vos amis, partagez la sur les réseaux sociaux. Tous ensemble, unissons nos voix pour faire respecter celle des peuples, et défendre en France et en Europe la souveraineté des peuples, base et condition nécessaire de la démocratie.

Une vidéo intéressante

https://www.youtube.com/watch?v=x3FUlzfTFmw

 

Voici le lien pour signer la pétition
https://www.change.org/p/france-non-au-drapeau-de-l-union-europ%C3%A9enne-et-%C3%A0-son-hymne-place-aux-peuples

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Les documents de l’administration Reagan mettent en lumière l’ingérence des États-Unis, par Robert Parry

16 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #Daesch, #Politique étrangère, #Grèce

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Des documents « secrets » de l’administration Reagan montrent comment les États-Unis ont intégré « l’action politique », c’est-à-dire, la manipulation des gouvernements étrangers, dans les organisations ostensiblement bien intentionnées, rapporte Robert Parry.

Les documents « secrets », récemment déclassifiés par la bibliothèque présidentielle Reagan, révèlent que des hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche réengagent une ancien « propriétaire » de la CIA, « La Fondation Asiatique », dans « l’action politique », un terme utilisé par les services secrets pour influencer les actions des gouvernements étrangers.

Partiellement occulté par le président Reagan, Walter Raymond Jr. était le spécialiste de la propagande et de la désinformation de la CIA qui a supervisé des projets « d’action politique » et « d’opérations psychologiques » au Conseil de sécurité nationale dans les années 1980. Raymond est assis à côté du conseiller à la sécurité nationale John Poindexter. (Crédit photo : Bibliothèque présidentielle Reagan)

Les documents de 1982 sont arrivés à un moment charnière où l’administration Reagan réorganisait la façon dont le gouvernement américain s’efforçait de manipuler les affaires internes des gouvernements du monde entier à la suite des scandales des années 1960 et 1970 impliquant les opérations secrètes mondiales de la CIA

Au lieu de continuer à dépendre fortement de la CIA, le président Reagan et son équipe de sécurité nationale ont commencé à transférer bon nombre de ces responsabilités « d’action politique » vers des « organisations non gouvernementales » (ONG) qui opéraient ouvertement et recevaient des fonds d’autres organismes gouvernementaux américains.

Mais le secret était encore nécessaire pour que ces ONG soient impliquées dans les stratégies du gouvernement américain pour infléchir la volonté politique des pays ciblés. Si « l’action politique » de ces ONG était connue, de nombreux pays s’opposeraient à leur présence; par exemple, la classification « secrète » des mémos de la Maison-Blanche de 1982 que j’ai récemment obtenus par le biais d’une « revue de déclassification obligatoire » des archivistes de la bibliothèque présidentielle Reagan à Simi Valley, en Californie.

Dans les milieux du renseignement, « l’action politique » désigne un large éventail d’activités visant à influencer les politiques et les comportements des pays étrangers, allant de la couverture médiatique oblique à l’organisation et à la formation des militants de l’opposition, en passant par la mise en place des conditions d’un « changement de régime ».

Les notes nouvellement déclassifiées de la seconde moitié de 1982 marquaient une période de transition ad hoc entre les scandales de la CIA, qui ont culminé dans les années 1970, et la création d’institutions plus permanentes pour remplir ces fonctions semi-secrètes, en particulier le National Endowment for Democracy (NED), créé en 1983.

Une grande partie de cet effort a été supervisée par un haut fonctionnaire de la CIA, Walter Raymond Jr., qui a été muté au personnel du Conseil national de sécurité de Reagan, où il a dirigé un certain nombre de groupes de travail inter-institutions axés sur la « diplomatie publique », les « opérations psychologiques » et « l’action politique ».

Raymond, qui avait occupé des postes de haut niveau dans l’atelier d’opérations secrètes de la CIA, spécialisé dans la propagande et la désinformation, travaillait également dans l’ombre à la Maison-Blanche de Reagan. Raymond a rarement été photographié, bien que son portefeuille de responsabilités ait été très étendu. Il a apporté dans son orbite des « étoiles » émergentes, dont le lieutenant-colonel Oliver North (une figure centrale dans le scandale Iran-Contra), le propagandiste du département d’État (et maintenant un néo-conférencier de premier plan) Robert Kagan, et le président du NED Carl Gershman (qui dirige toujours le NED avec son budget de 100 millions de dollars).

Bien qu’ayant systématiquement tenté d’éviter les caméras, Raymond semble avoir compris leur importance. Dans ses dossiers du CSN, j’ai trouvé le gribouillis d’un organigramme dans lequel Raymond était au sommet de ce qui ressemblait aux poignées croisées utilisées par les marionnettistes pour contrôler les marionnettes au-dessous d’eux. Ce dessin correspondait à la réalité de Raymond, en tant qu’agent caché derrière les volets qui contrôlait diverses équipes inter-services de première importance.

Des documents déclassifiés précédemment ont révélé que Raymond était aussi le canal entre le directeur de la CIA William J. Casey et ces programmes dits « pro-démocratie » qui utilisaient des stratégies de propagande sophistiquées pour influencer non seulement la pensée des populations étrangères, mais aussi celle du peuple américain.

Cette histoire est à nouveau d’actualité dans le contexte d’ hystérie suscitée par la prétendue « ingérence » russe dans les élections présidentielles américaines de l’an dernier. Si ces allégations sont vraies – et le gouvernement américain n’a toujours pas présenté de preuves réelles -, le mobile russe aurait été, en partie, la revanche concernant la longue tradition de Washington de manipuler la politique intérieure de la Russie et celle d’autres pays partout dans le monde.

Un combat pour l’argent

Les notes de service récemment publiées décrivent les discussions bureaucratiques sur les niveaux de financement de The Asia Fundation (TAF), le seul sujet sensible, pour justifier le timbre « secret », étant la référence à l’intention du gouvernement américain d’exploiter les programmes de TAF pour des opérations « d’action politique » dans les pays asiatiques.

Le vice-président à l’époque George H. W. Bush avec le directeur de la CIA William Casey à la Maison-Blanche le 11 février 1981. (Crédit photo : Bibliothèque Reagan)

En fait, la possibilité d’une « action politique » sous la couverture de la TAF semblait être la raison pour laquelle les contrôleurs budgétaires de Reagan ont cédé et accepté de rétablir le financement de la fondation.

William Schneider Jr. du Bureau de la gestion et du budget a écrit dans une note de service du 2 septembre 1982 que la Commission d’examen du budget (BRB) avait annulé le financement de The Asia Fundation (TAF) plus tôt dans l’année.

« Lorsque le BRB a examiné cette question pour la dernière fois le 29 mars 1982, il a décidé de ne pas inclure dans le budget une subvention du gouvernement américain à la TAF. La décision du Conseil d’administration était fondée sur la conclusion que, compte tenu des ressources limitées disponibles pour les programmes d’affaires internationales, le financement de la Fondation ne pouvait être justifié. Lors de cette réunion du 29 mars, le département d’État a eu la possibilité de financer la TAF dans le cadre de son budget existant, mais n’ a pas accepté de le faire. »

Toutefois, comme l’ a noté Schneider dans la note de service adressée au conseiller adjoint à la sécurité nationale Robert McFarlane, « je comprends maintenant qu’une proposition visant à poursuivre le financement américain de la Fondation Asie est incluse dans les initiatives “d’ action politique “en cours d’élaboration par le département d’État et plusieurs autres organismes.

« Nous travaillerons bien entendu avec vous pour reconsidérer la priorité relative du soutien à la Fondation dans le cadre de ces initiatives en gardant à l’esprit, toutefois, la nécessité de déterminer les compensations budgétaires. »

L’un des acteurs principaux de de changement stratégique semblait être Walter Raymond, qui connaissait certainement le statut antérieur en tant que « propriété de la CIA ». En 1966, le magazine Ramparts a dévoilé cette relation et qui a amené l’administration Johnson à mettre fin au financement de la CIA.

Selon une note de service du 12 avril 1967 provenant des archives historiques du département d’État, le directeur de la CIA, Richard Helms, en réponse à une recommandation de la Maison-Blanche, « ordonnait que le financement secret de la Fondation Asiatique (TAF) soit résilié à la prochaine occurrence réalisable. »

En coordination avec la « dissociation » de la CIA, le conseil d’administration de TAF a publié ce que la note de service décrit comme « une déclaration soigneusement délimitée de l’admission du soutien passé de la CIA ». Ce faisant, les administrateurs ont cherché à délimiter les effets d’une exposition anticipée du soutien de l’Agence par la presse américaine et, si leur déclaration ou une exposition future ne compromettait pas sérieusement l’acceptabilité de la TAF en Asie, à poursuivre leurs activités en Asie avec un soutien public et privé manifeste.

La note de service de la CIA envisageait un financement futur à partir de « subventions publiques américaines officielles » et demandait des conseils au groupe de surveillance des actions secrètes de la Maison-Blanche, le 303 Committee, pour désigner quelqu’un « auprès de qui la direction de la TAF devrait chercher des orientations et une orientation futures en ce qui concerne les intérêts du gouvernement des États-Unis ».

En 1982, alors que le financement de la TAF était à nouveau menacé, Walter Raymond de la CIA s’est rallié à sa défense depuis son poste au CSN. Dans une note de service non datée adressée à McFarlane, Raymond a rappelé que « le département d’État a souligné que les TAF avaient apporté une contribution importante à la politique étrangère des États-Unis en favorisant les institutions démocratiques et, en tant qu’organisation privée, avaient accompli des choses qu’une organisation gouvernementale ne pouvait pas faire ».

L’intervention bureaucratique de Raymond a fonctionné. Vers la fin de 1982, l’administration Reagan avait pris des dispositions pour que le financement de l’exercice 1984 du TAF passe par le budget de l’Agence d’information des États-Unis (USIA), qui était utilisé pour financer une série « d’initiatives démocratiques » du président Reagan. Raymond a expliqué les dispositions dans une note de service du 15 décembre 1982 adressée au conseiller à la sécurité nationale William Clark.

« La question a été quelque peu obscurcie aux niveaux de travail de l’État depuis que nous avons choisi de financer toutes les initiatives démocratiques de l’exercice fiscal 1984 par le biais de la présentation budgétaire de l’USIA », a écrit Raymond. « En même temps, il est essentiel que l’État maintienne son rôle opérationnel et de gestion avec la TAF. »

Au cours des trois décennies et demie qui ont suivi, les TAF ont continué d’être subventionnés par les gouvernements américains et alliés. Selon son rapport annuel pour l’exercice se terminant le 30 septembre 2016, la TAF a déclaré qu’elle « est financée par un crédit annuel du Congrès américain, par les appels d’offres lancés par les agences gouvernementales et multilatérales de développement, y compris l’Agence des États-Unis pour le développement international, le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, le ministère du Développement international du Royaume-Uni et par des fondations et des sociétés privées », pour un montant total de 94,5 millions de dollars.

Le bureau de presse de la TAF, qui opère dans 18 pays d’Asie, décrit son objectif comme « l’amélioration des conditions de vie dans une Asie dynamique et en développement ».

Loin d’être seule

Mais la TAF n’était pas la seule organisation privée qui fonctionnait avec l’argent du gouvernement américain et collaborait avec les responsables américains pour atteindre les objectifs de la politique étrangère de Washington.

Carl Gershman, président de la Fondation nationale pour la démocratie (NED)

Par exemple, d’autres documents de la bibliothèque Reagan ont révélé que Freedom House, une organisation importante de défense des droits de l’homme, a demandé conseil et des directives à Casey et Raymond tout en faisant la publicité du besoin d’aide financière du groupe.

Dans une lettre du 9 août 1982 adressée à Raymond, Leonard R. Sussman, directeur exécutif de Freedom House, a écrit que « Leo Cherne [un autre haut fonctionnaire de Freedom House] m’a demandé d’envoyer ces copies des appels de Freedom Appeals. Il vous a probablement dit que nous avions dû réduire ce projet pour répondre aux réalités financières. Nous voudrions, bien sûr, développer le projet une fois encore quand les fonds seront disponibles. »

Selon les documents, Freedom House est demeuré la priorité de la réflexion de Casey et Raymond lorsqu’il s’est agi de trouver les moyens les plus efficaces pour transmettre au peuple américain et à la communauté internationale le message de politique étrangère des faucons de la CIA.

Le 4 novembre 1982, Raymond a écrit au conseiller Clark du CSN au sujet des « initiatives et programmes d’information sur la démocratie », déclarant que « Bill Casey m’ a demandé de transmettre l’opinion suivante au sujet de votre rencontre avec Dick Scaife, [milliardaire de droite], Dave Abshire [alors membre du Comité consultatif du renseignement étranger du président], et Co.

« Casey a déjeuné avec eux aujourd’hui et a discuté de la nécessité d’agir en général pour soutenir nos amis du monde entier. Par cette définition, il inclut à la fois “construire la démocratie” et aider à dynamiser les programmes médiatiques internationaux. L’ICD[casey] se préoccupe également du renforcement des organismes d’information publique aux États-Unis, comme Freedom House.

« Un élément crucial du puzzle est un effort sérieux pour mobiliser des fonds privés afin de créer un élan. D’après les entretiens de Casey avec Scaife and Co., ils seraient très disposés à coopérer. Suggérez que vous notiez l’intérêt de la Maison-Blanche pour le soutien privé à l’initiative Démocratie. »

Dans une note de service du 25 janvier 1983, Raymond a écrit: « Nous allons immédiatement aller de l’avant dans notre effort parallèle pour générer un soutien privé » pour les opérations de « diplomatie publique ». Puis, le 20 mai 1983, Raymond a raconté dans une autre note de service que 400 000 $ avaient été recueillis auprès de donateurs privés amenés à la Maison-Blanche par le directeur de l’USIA, Charles Wick. Selon cette note de service, l’argent a été réparti entre plusieurs organisations, dont Freedom House et Accuracy in Media, un groupe de médias agressif de droite.

Dans une note de service du 9 août 1983, Raymond décrit les plans visant à obtenir l’appui du secteur privé pour cet effort. Il a déclaré que le directeur de l’USIA, M. Wick, « par l’intermédiaire du magnat australien de l’édition Rupert Murdock [sic], pourrait être en mesure de retirer des fonds supplémentaires » pour appuyer les initiatives pro-Reagan. Raymond a recommandé « un financement via Freedom House ou une autre structure crédible dans l’establishment politique. »

[Pour en savoir plus sur la connexion Murdoch, voir « Rupert Murdoch : Propaganda Recruit. » de Consortiumnews.com]

Questions de légalité

Raymond est resté officier de la CIA jusqu’en avril 1983, date à laquelle il a démissionné, si bien qu’il a déclaré: « Il n’y a donc aucun doute quant à la contamination de cette » opération de propagande pour convaincre le peuple américain d’appuyer les politiques de Reagan.

Le sceau de la CIA dans le hall du siège de l’agence d’espionnage. (photo du gouvernement américain)

Raymond s’inquiétait également de la légalité du rôle de Casey dans l’effort d’influencer l’opinion publique américaine en raison de l’interdiction légale faite à la CIA d’influencer les politiciens et la politique américaines. Raymond a confié dans une note de service qu’il était important « de sortir [Casey] de la boucle », mais Casey n’ a jamais reculé et Raymond a continué à envoyer des rapports d’avancement à son ancien patron bien tout au long de l’année 1986.

C’était « le genre de chose qui [casey] avait un grand intérêt éclectique pour [l’Iran] », a dit Raymond lors de sa déposition Iran-Contra en 1987. Il a ensuite donné l’excuse que Casey avait entrepris cette ingérence apparemment illégale dans les affaires intérieures « pas tant sous sa couverture de la CIA, mais en tant que conseiller du président ».

En 1983, Casey et Raymond se sont concentrés sur la création d’un mécanisme de financement permanent pour appuyer les organisations privées qui s’engageraient dans la propagande et l’action politique, historiquement organisées et payées secrètement par la CIA L’idée est née d’une entité financée par le Congrès qui servirait de canal pour cet argent.

Mais Casey a reconnu le besoin de cacher les ficelles de la CIA. Dans une lettre non datée adressée à Edwin Meese III, conseiller de la Maison Blanche, Casey a exhorté à la création d’une « Fondation nationale », mais a ajouté : « Évidemment, nous [à la CIA] ne devrions pas nous exposer frontalement dans le développement d’une telle organisation, ni sembler être un commanditaire ou un défenseur. »

Un document dans les dossiers de Raymond donnait des exemples de ce qui serait financé, y compris « Grenade – 50 K – À la seule opposition organisée au gouvernement marxiste de Maurice Bishop (The Seaman and Waterfront Workers Union). 50 000 dollars supplémentaires pour soutenir des activités de télévision gratuites à l’extérieur de Grenade » et « au Nicaragua – 750 000 dollars pour soutenir un éventail d’activités syndicales indépendantes, et des coopératives agricoles ».

La Fondation nationale pour la démocratie a pris forme à la fin de 1983, lorsque le Congrès a décidé de mettre de l’argent de côté – au sein de la NED – pour les partis républicains et démocrates et pour le travail organisé, créant ainsi suffisamment de largesses bipartites pour que son vote soit assuré.

Mais certains membres du Congrès ont pensé qu’il était important de dissocier le NED de tout lien avec la CIA, si bien qu’une disposition a été incluse pour interdire la participation de tout fonctionnaire actuel ou ancien de la CIA, selon un adjoint du Congrès qui a contribué à la rédaction de la législation.

Cet assistant m’ a dit qu’un soir de la fin de la session de 1983, alors que le projet de loi était sur le point d’être présenté à la Chambre, l’agent de liaison parlementaire de la CIA est venu frapper à la porte du bureau du Représentant Dante Fascell, un haut fonctionnaire démocrate du Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants et un principal parrain du projet de loi.

Le fonctionnaire frénétique de la CIA a transmis un seul message du directeur de la CIA Casey: le libellé interdisant la participation du personnel de la CIA doit être rayé du projet de loi, a rappelé l’adjoint, notant que Fascell a consenti à la demande, ne comprenant pas pleinement sa signification.

L’assistant a déclaré que Fascell a également consenti au choix du gouvernement Reagan de Carl Gershman à la tête du National Endowment for Democracy, n’e comprenant toujours pas comment cette décision affecterait l’avenir de la nouvelle entité et la politique étrangère américaine.

Gershman, qui avait suivi le chemin néoconservateur classique du socialisme juvénile au communisme féroce, devint le premier (et jusqu’ à ce jour le seul) président de NED. Bien que le NED soit techniquement indépendant de la politique étrangère américaine, Gershman a coordonné les premières années avec Raymond les décisions relatives aux subventions au CSN.

Par exemple, le 2 janvier 1985, Raymond a écrit à deux experts asiatiques du CSN que « Carl Gershman a appelé au sujet d’une éventuelle subvention à l’Alliance chinoise pour la démocratie (CAD). Je suis préoccupé par la dimension politique de cette demande. Nous ne devrions pas nous trouver dans une position où nous devons répondre à la pression, mais cette demande pose un réel problème à Carl. »

En plus de lever les obstacles politiques pour Gershman, Raymond a également exhorté le NED à donner de l’argent à Freedom House dans une lettre du 21 juin 1985 obtenue par le professeur John Nichols de la Pennsylvania State University.

Ce que les documents de la bibliothèque Reagan indiquent clairement, c’est que Raymond et Casey ont continué de façonner activement les décisions du nouveau mécanisme de financement pendant ses premières années d’existence. (Casey est décédé en 1987 ; Raymond est décédé en 2003.)

Beaucoup d’argent

Depuis sa fondation, NED a versé des centaines de millions de dollars à des ONG du monde entier, en se concentrant sur la formation d’activistes, la création de médias et le soutien aux organisations civiques. Dans certains points névralgiques de la géopolitique, le NED pourrait avoir plusieurs dizaines de projets en cours d’exécution, comme en Ukraine avant le coup d’État de 2014 qui a renversé le président élu Viktor Ianoukovitch et a déclenché la nouvelle guerre froide avec la Russie. Grâce à de telles méthodes, le NED a contribué à la réalisation de « l’action politique » envisagée par Casey et Raymond.

Le président russe Vladimir Poutine, suite à son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 28 septembre 2015. (UN Photo)

Dès le début, NED est également devenu un important bienfaiteur de Freedom House, avec une subvention de 200 000 $ en 1984 pour construire un « réseau de faiseurs d’opinion démocratique » et, au cours des quatre premières années, de 1984 à 1988, elle a investi 2,6 millions de dollars dans Freedom House, ce qui représente plus d’un tiers de ses revenus totaux, selon une étude du Conseil libéral des affaires hémisphériques intitulée « Freedom House : Portrait d’un passe-partout ».

Au cours des décennies qui ont suivi, Freedom House est devenue presque une filiale du NED, se joignant souvent à lui, pour organiser des conférences politiques et publier des prises de position, les deux organisations promouvant principalement un programme néoconservateur, mettant au défi des pays jugés insuffisamment « libres », incluant la Syrie, l’Ukraine (avant le coup d’État de 2014) et la Russie.

Le NED et Freedom House travaillent souvent comme une sorte d’équipe d’identification avec les ONG de financement du NED à l’intérieur des pays ciblés et Freedom House, réprimandant ces gouvernements s’ils tentaient de réprimer les ONG financées par les États-Unis.

Par exemple, le 16 novembre 2012, NED et Freedom House se sont unis pour dénoncer une loi votée par le parlement russe exigeant que les bénéficiaires russes de l’argent politique étranger s’enregistrent auprès du gouvernement. Ou, comme le NED et Freedom House l’ont expliqué : la Douma russe a cherché à « restreindre les droits de l’homme et les activités des organisations de la société civile et leur capacité à recevoir un soutien de l’étranger ». Les changements apportés à la législation russe sur les ONG obligeront bientôt les organisations de la société civile recevant des fonds étrangers à choisir entre s’enregistrer en tant ’’qu’agents étrangers’’ ou faire face à des sanctions financières importantes et des accusations criminelles potentielles. »

Bien sûr, les États-Unis ont une loi sur l’enregistrement des agents étrangers presque identique qui exige également que les entités qui reçoivent des fonds étrangers et cherchent à influencer la politique du gouvernement américain à s’enregistrer auprès du ministère de la Justice ou à faire face à des amendes ou des peines d’emprisonnement.

Mais la loi russe entraverait les efforts du NED pour déstabiliser le gouvernement russe en finançant des activistes politiques, des journalistes et des organisations civiques.

Les préoccupations du gouvernement russe n’étaient pas entièrement paranoïaques. Le 26 septembre 2013, Gershman, en effet, a planifié le cours de la crise en Ukraine et de l’objectif néoclassique pour un changement de régime en Russie. Dans une tribune d’opinion du Washington Post, Gershman a qualifié l’Ukraine de « plus grand prix » et a expliqué comment le fait de l’avoir tirée dans le camp occidental pourrait contribuer à la défaite finale du président russe Vladimir Poutine.

« Le choix de l’Ukraine de rejoindre l’Europe accélérera la chute de l’idéologie impérialiste russe que représente Poutine », a écrit Gershman. « Les Russes aussi ont le choix, et Poutine risque de se retrouver du côté perdant, non seulement à l’étranger, mais aussi en Russie. »

La longue histoire de l’ingérence secrète ou semi-couverte du gouvernement américain dans la politique des pays du monde entier est la toile de fond ironique de la frénésie actuelle à l’égard de la Russie et de la diffusion présumée, par la Russie, de courriels qui ont sapé la campagne du candidat démocrate Hillary Clinton.

Les allégations sont démenties par le rédacteur en chef de Poutine et celui de WikiLeaks, Julian Assange, qui a publié les courriels démocrates – et le gouvernement américain n’ a présenté aucune preuve solide à l’appui des accusations « d’ingérence russe » – mais si les accusations sont vraies, elles pourraient être considérées comme un cas de retournement de situation comme du fair-play.

Sauf que dans ce cas, les responsables américains, qui se sont ingérés continuellement par leurs opérations « d’action politique » dans des pays du monde entier, n’aiment même pas la chance de pouvoir goûter à leur propre potion.

Source : Robert Parry, Consortium News, 13-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

14 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Politique étrangère, #l'horreur économique

Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

Lors d’une conférence, Christian Harbulot, patron de l’École de Guerre Économique a évoqué le cas Alstom, et le rachat de sa branche énergie par General Electric, comme faisant partie de la guerre économique très dure que se livrent les USA et la Chine (1). Effectivement, avant que l’affaire n’éclate, Alstom et Shanghai Electric s’apprêtaient à signer une joint-venture sur le marché des chaudières pour les centrales électriques. Ce partenariat leur aurait permis de devenir le leader mondial dans ce secteur. Par ailleurs, en juillet 2013, Alstom avait signé un accord de partenariat avec le groupe chinois Dongfang concernant des projets de réacteurs nucléaires. Pour comprendre les réelles causes du démantèlement de ce qui était un fleuron de l’industrie stratégique française, l’IVERIS propose un entretien avec Loïk le Floch-Prigent.

Pensez-vous que les projets de fusion et de partenariat d’Alstom avec des groupes chinois aient été déterminants dans la prise en main par les Américains de la branche Énergie d’Alstom, et en quoi ces deux activités étaient-elle stratégiques ?

Qu’est-ce que la mondialisation aujourd’hui ? Essentiellement la coexistence de deux systèmes antagonistes, les États-Unis d’Amérique avec une puissance économique et militaire inégalée et une population moyenne, et la Chine, qui s’est réveillée avec une population trois fois supérieure et une volonté de puissance incontestable. C’est l’Empire du Milieu qui a l’avenir devant lui, le temps, et qui avance ses pions tranquillement sur l’échiquier mondial. L’Europe est trop désunie pour peser dans cette aventure, et la Russie encore affaiblie après soixante-dix ans d’obscurantisme soviétique. Il est clair que du temps de la guerre froide notre industrie était regardée à la loupe afin qu’elle ne vienne pas en aide à l’empire soviétique. Désormais c’est la Chine qui est le problème numéro UN des USA. Ne pas le voir, ne pas en tenir compte, l’ignorer, c’est passer à côté de la réalité, soit par incompétence, soit par stupidité.

Alstom avait deux spécialités, après que la Compagnie Générale d’Électricité (CGE) ait été démantelée par de médiocres idéologues : le transport ferroviaire et l’énergie. Le rail n’est pas un problème central pour les USA, mais l’énergie est un atout majeur dans leur volonté de puissance. Ils dominent le pétrole depuis ses débuts, et veulent conserver cet avantage fondamental. Ces dernières années, la montée des prix du pétrole ont conduit les USA à rendre économiques leurs réserves de pétrole non conventionnel (pétrole de schiste), et ils sont devenus autonomes pour les 150 années à venir au moins, ce qui a justifié leur relatif désengagement de la politique du Moyen-Orient ; ils n’ont plus besoin de l’Arabie Saoudite pour fonctionner ! Toute alliance poussée d’une entreprise européenne avec la Chine dans le domaine de l’énergie est donc potentiellement dangereuse pour la superpuissance USA qui n’a qu’une idée en tête, bloquer la montée en puissance des Chinois afin qu’ils ne deviennent pas la première puissance mondiale.

Or, qu’a-t-on entendu pendant les années 2012-2013 venant d’Alstom, entreprise phare de la transformation de l’énergie (charbon, gaz, hydraulique, nucléaire) ! Elle allait trouver un partenaire russe pour satelliser son département ferroviaire, et elle allait se concentrer sur les solutions énergétiques, grâce à un accord avec Shangaï Electric pour les centrales charbon et à un autre avec Dongfang pour le nucléaire ! C’est d’ailleurs cette feuille de route qui est présentée à la presse et aux organisations syndicales par le patron du groupe qui signale à cette occasion que, devant la puissance de l’entreprise ferroviaire unique chinoise, Alstom-transport ne peut vivre seul puisque le marché futur est avant tout asiatique, et qu’il faut d’urgence trouver un partenaire dans ce secteur pour avoir la liberté de rester dans le cœur industriel d’Alstom, l’énergie !

Quelques semaines après, un dirigeant d’Alstom domicilié en Asie est arrêté lors d’un de ses déplacements aux USA, et le PDG du groupe annonce la cession du département énergie au conglomérat américain General Electric, ce qui doit permettre de faire du transport ferroviaire d’Alstom une pépite mondiale !

Un peu de recul, une bonne connaissance de la géopolitique mondiale, et on a compris… « faites vos bêtises dans le transport, cela ne nous concerne guère mais, l’énergie c’est nous, et servir vos connaissances aux Chinois, pas question » ! Ce n’est pas la première fois que les USA nous avertissent que ce sont eux les maîtres du monde en politique énergétique, on peut faire mine de l’ignorer, se battre contre des moulins à vent avec des trémolos dans la voix, s’indigner, encore faudrait-il s’en donner les moyens, et le groupe Siemens avec lequel on aurait pu discuter venait de sortir durablement affaibli d’une affaire semblable où il avait dû se séparer de toute son équipe dirigeante pour les mêmes raisons qu’Alstom : corruption d’États étrangers à coups de dollars, et donc punis par l’émetteur de la monnaie, les USA.

C’est cela l’histoire que nous avons vécue. Nous n’avons pas voulu la regarder en face, nous avons voulu croire à la corruption épouvantable de notre champion national mais, dans ce secteur d’activité, tout le monde a agi de la même manière. Ce qui a été insupportable c’est qu’Alstom s’engage dans une politique d’alliance avec la Chine sans l’autorisation explicite du pays maître de l’énergie, les USA.

Faut-il voir un lien avec la sévère condamnation aux États-Unis de Frédéric Pierucci dans le cadre de la loi contre la corruption puisqu’il était le vice-président Monde de la division chaudière, et qu’il devait prendre la tête de cette joint-venture ?

Il est clair que l’incarcération immédiate de Frédéric Pierucci, en train de mettre en place le joint-venture avec Shangai Electric dans le charbon mais aussi le centre des négociations avec la Chine, était d’une clarté aveuglante car il y avait un grand nombre d’autres dirigeants d’Alstom qui avaient participé aux actes incriminés, et le PDG en particulier. La détention de Frédéric Pierucci était à la fois un avertissement et un chantage à l’égard de l’équipe dirigeante du groupe, ce qui avait été déjà réalisé avec Siemens quelques années auparavant. On sait aussi que les politiques européens sont frileux dès que le mot « justice » apparaît. On peut dire que les Américains ont très bien joué !

Le procès de Fréderic Pierucci a eu lieu le 25 septembre dernier et le verdict est ahurissant : trente mois de prison alors qu’il a seulement exécuté les ordres de sa hiérarchie, et n’a pas bénéficié d’enrichissement personnel. Il écope de la même peine que le PDG d’Halliburton, alors que ce dernier avait reçu un pot-de-vin de 10 millions de dollars. Ce cadre d’Alstom est clairement un otage économique, n’est-il pas aussi une victime de la guerre US/Chine ?

Bien entendu, mais il a aussi été abandonné par l’entreprise dont il était l’exécutant, et cela est tout simplement sidérant.

Donc le FCPA (loi américaine sur la corruption (2)) est également une arme de la guerre économique que se livrent ces deux États pour la domination économique mondiale ? Airbus, qui est actuellement sous le coup d’une procédure aux États-Unis, ne prend-il pas des risques lorsqu’il signe un contrat de 20 milliards d’euros sur les A330 avec la Chine ?

Le FCPA – c’est-à-dire la capacité d’agir dans le monde entier pour la justice américaine dès qu’un dollar a changé de mains – est une arme redoutable que les politiciens européens connaissent bien. Ils n’ont pas envie de monter en première ligne, et on les comprend, mais quand ils laissent des responsables industriels seuls dans la tourmente, on peut se demander à quoi ils jouent. Aucun commentateur ne s’en préoccupe. On a connu ce type de démission et d’aveuglement collectifs dans notre pays à d’autres moments de son histoire. Le FCPA est un problème fondamental pour la survie de la grande industrie de notre continent. Nous allons voir comment les affaires Airbus vont se régler !

Dans « l’affaire Alstom », qui est effectivement un véritable scandale d’État, il y a eu un rapport, un livre, un documentaire, des auditions à l’Assemblée nationale. Des ministres se sont exprimés sur le sujet et pourtant personne n’a vu qu’Alstom était la cible des Américains en raison de ses projets avec des groupes chinois. Pourquoi ? Cela ne signe-t-il pas la faillite de la pensée stratégique française ? Ne sommes-nous pas tous collectivement responsables de la situation d’Alstom aujourd’hui ?

Nous n’arrivons pas à chasser notre nombrilisme, c’est une maladie dont nous avons vu les ravages avec la COP 21, et la nécessité récente de donner « l’exemple » en interdisant l’exploration et la production d’hydrocarbures en France ! On croit rêver ! Notre production annuelle nationale représente la moitié de la production mondiale quotidienne ! Quel exemple, quel impact, sur qui ? Le monde va poursuivre son exploration et son exploitation d’hydrocarbures car les USA et la Chine ne vont pas arrêter leur croissance afin de satisfaire à la fois leur volonté de puissance et leur population. Notre chance, avec Alstom, c’était d’être à la pointe d’une utilisation plus propre du charbon qui reste le grand producteur d’électricité mondial, d’être à la pointe de l’hydraulique qui est la grande chance du continent africain qui va doubler sa population en 25 ans, à la pointe des turbo-alternateurs « Arabelle » qui équipent plus de la moitié des centrales nucléaires mondiales. Il nous fallait montrer notre détermination à rester maître de notre destin et éviter de prêter le flanc à la critique en voulant nous allier avec la Chine (3) ! Nous ne l’avons toujours pas compris et notre pays, nos équipes, nos ingénieurs en paient le prix aujourd’hui sans bien comprendre ce qui s’est passé. Certains sont encore dans la peine, d’autres bénéficient de jours heureux, mais notre pays souffre de ne pas voir et de ne pas comprendre qu’une politique énergétique est nécessaire, et qu’elle passe par un examen sans concessions de notre réalité. En nous « délestant » d’Alstom nous avons perdu le contrôle de notre filière nucléaire déjà mise à mal par beaucoup d’incompétence. Nous avons aussi perdu la main sur notre hydraulique, et nous ne représentons rien dans ce que nous appelons « les énergies nouvelles », c’est-à-dire le solaire et l’éolien. Notre politique énergétique est une politique de gribouille, ce qui ne peut que réjouir les USA et la Chine. Nous refusons de le voir. Nous avons eu bien d’autres aveuglements dans le passé, et les résultats ont plutôt été consternants.

Dans le monde où nous vivons, nous manquons systématiquement de recul. L’information en continu, les débats convenus entre prétendus experts sur tous les sujets d’actualité nous empêchent de prendre un peu de hauteur. Nous réagissons dans l’immédiateté tandis que les commentateurs et les acteurs politiques pratiquent en grande partie le déni de réalité.

Patrick Kron, l’ancien PDG d’Alstom, négociait avec des groupes chinois pour la branche Énergie, et avec les Russes pour la branche transport. Cette stratégie n’était-elle pas risquée ? Méconnaissait-il à ce point les rapports de forces ? Qu’aurait-il dû faire pour ne pas tomber dans les pièges, et être en capacité de protéger son groupe et ses salariés ?

Patrick Kron n’a pas eu la stratégie gagnante pour Alstom, c’est un fait acquis désormais. Je laisse à d’autres le soin de faire l’analyse des actions individuelles. J’ai indiqué ce que je pensais de notre aveuglément collectif, c’est bien plus grave.

(1) Cette conférence était dédiée au dernier livre de Christian Harbulot, intitulé “Le nationalisme économique américain“, publié aux éditions VA dans la collection “Guerre de l’information“.

(2) https://www.iveris.eu/list/compterendus_devenements/114-apres_alstom_a_qui_le_tour__

(3) https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/61-la_turbine_arabelle_ou_lindependance_technologique_francaise

Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

 

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[Vidéo] Alstom : Une affaire d’Etat ? Par LCP

9 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Politique étrangère, #l'horreur économique

 

 réponses à [Vidéo] Alstom : Une affaire d’Etat ? Par LCP

Commentaires recommandés

woiliwoilou Le 09 octobre 2017 à 09h46
 
 

avec le nucléaire sous contrôle américain on oublie toute idée de souveraineté…
on oublie notre indépendance et notre liberté de penser et d’agir…
impossible de développer des partenariats avec la Russie ou tout autre pays non ami des américains…
notre classe dirigeante nous a trahis…
le peuple va souffrir pendant qu’eux iront s’installer ailleurs…
et on laisse faire…
et on continue de voter pour eux… c’était du temps où Macron était dans l’ombre de Flambi
et depuis on l’a choisi pour nous présider…
PAUVRE FRANCE…

  1. Fritz Le 09 octobre 2017 à 07h27
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    Je n’ai pu regarder que les premières minutes du documentaire. Le scandale est établi, disons même : le crime de trahison économique est constitué, mais l’enchaînement qui a réduit l’État à l’impuissance n’aurait-il pas commencé avec la privatisation de la CGE ?

  2. Perret Le 09 octobre 2017 à 08h18
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    Je vous recommande vivement de lire les articles de Leslie Varenne qui a été la première journaliste d’investigation à travailler sur cette affaire d’Etat (L’Humanité avait été le seul support acceptant de la publier)

    https://www.iveris.eu/main/recherche_par_themes/?category=&keyword=alstom

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La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique" . Fondation RES PUBLICA.

6 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #Terrorisme, #La finance dérégulée, #Daesch, #Le fascisme, #Politique étrangère, #l'horreur économique

La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique" . Fondation RES PUBLICA.

La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite: une "industrie idéologique"

 
 
 

Note de lecture du livre de Pierre Conesa, "Dr. Saoud et Mr Jihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite" (Robert Laffont : 2016), par Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica.
Pierre Conesa, dans son dernier ouvrage, propose un décryptage inédit de la politique étrangère du Royaume d’Arabie saoudite. Au service d’un projet planétaire de propagation du « salafisme-wahhabisme », cette dernière a également pour objectif de préserver le règne de la maison des Saoud. Néanmoins, la diplomatie religieuse saoudienne s’inscrit dans un contexte de rivalités régionales exacerbées, menaçant de déboucher sur une « guerre de religions » au sein même du monde musulman [1].

 
Les rouages de la diplomatie religieuse saoudienne
Face à la montée des nationalismes arabes soutenus par l’Union Soviétique et incarnés par le président égyptien Nasser, le Royaume d’Arabie saoudite met en place dès le début des années 60 un système idéologique totalitaire ayant pour double objectif d’assurer la propagation de l’islam dans sa version wahhabite, étroitement liée au salafisme selon Pierre Conesa, et la sauvegarde du règne des Al Saoud, dont « les intérêts […] s’articulent avec ceux de la famille Al-Shaikh d’Abd al-Wahhab, le fondateur du wahhabisme, pour mettre sur pied un projet commun qui aboutira à l’instauration du régime » (page 27). Cette convergence se concrétise avec le pacte du Najd adopté en 1744 : les oulémas de la tribu d’Abd al-Wahhab, les Al-Shaikh, soutiennent le régime, qui en échange s’engage à propager l’islam dans sa version wahhabite. Ainsi on comprend que la diplomatie religieuse nait en même temps que le Royaume. Les chancelleries occidentales y voient quant à elle « la barrière parfaite contre le socialisme » (page 20).

En 1979, année charnière dans le déploiement planétaire de ce système, l’Arabie Saoudite fait l’expérience d’un « polytraumatisme » (page 39): en février, c’est la victoire de révolution chiite en Iran et l’ayatollah Khomeyni s’empare de l’islam politique, de l’anti-impérialisme et de l’antiaméricanisme ; en novembre, c’est l’occupation de la Grande Mosquée de La Mecque par des fondamentalistes islamistes qui secoue le Royaume ; et enfin en décembre l’URSS lance l’invasion de l’Afghanistan, déstabilisant l’allié historique des Etats-Unis depuis le pacte du Quincy de février 1945 qui garantit à la puissance américaine l’accès au pétrole du Royaume, en échange d’une protection militaire de la dynastie des Al Saoud.

Aujourd’hui, il s’agit d’étudier le régime saoudien à la lumière de trois éléments principaux : son rôle dans la propagation d’un islam fondamentaliste, le wahhabisme ; le retour de l’Iran sur la scène régionale et internationale ; et les difficultés internes liées à la crise du prix du pétrole. Les deux derniers aspects expliquent largement qu’au cours des années 2000, « la gestion de la diplomatie religieuse saoudienne [évolue] finalement pour répondre à des défis de stabilité intérieure plutôt que sous la pression internationale » [page 138].

« L’Arabie saoudite a constitué avec le temps une ‘industrie idéologique’, selon l’expression de Kamel Daoud […] entre le puissant soft power à l’américaine et le savoir-faire propagandiste du système communiste » (page 21). En effet, Pierre Conesa montre que la diplomatie religieuse saoudienne est « un hybride du système américain par la multiplicité des mécanismes et l’étroite coopération entre actions publique et privée, mais aussi du système soviétique par son idéologie totalitaire à la fois révolutionnaire et conservatrice [mais toujours adaptable ajoute plus loin Pierre Conesa], portée par un corps de commissaires politiques idéologiquement formés », les oulémas wahhabites (page 98). C’est cette combinaison qui donne au Royaume une capacité d’intervention globale qui correspond à une diplomatie d’influence (soft power, usage sophistiquée de la puissance selon Joseph Nye) financée par les pétrodollars et caractérisée par la mise en place de politiques publiques spécifiques, la création de grandes organisations internationales, et le soutien à différentes ONG, fondations privées, universités et médias traditionnels et nouveaux.

Au cœur du soft power saoudien : la LIM et l’OCI
Le roi Faysal, souhaitant mettre en place la stratégie panislamiste contre le panarabisme, développe la diplomatie religieuse avec l’aide des Frères musulmans réfugiés venus d’Egypte, et crée toute une série de structures nationales et internationales en miroir de celles voulues par Nasser (page 40). Nous retiendrons ici deux institutions qui permettent de mieux cerner la diplomatie d’influence saoudienne : la Ligue Islamique Mondiale (LIM) et l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). La LIM est une Organisation non gouvernementale (ONG) reconnue par l’ONU et elle est le véritable bras armé de la diplomatie religieuse du royaume : elle vise tout simplement à soutenir l’islam dans la monde, dans sa version wahhabite. Créée en pleine « guerre froide arabe » (page 99), elle est le miroir de la Ligue Arabe mise en place par Nasser en 1956. La LIM est présente dans 120 pays et contrôle 50 grands lieux de culte en Europe, dont la mosquée de Mantes-la-Jolie. Elle joue aussi un rôle consulaire dans les pays où Riyad n’a pas d’ambassade, et peut parfois se substituer, dans les faits, à la diplomatie officielle (page 100). Elle est dotée d’un budget exceptionnel de 5 milliards de dollars par an, chiffre qui grimpe à 7 milliards de dollars en moyenne annuelle en intégrant les dons royaux directs ou les contributions privées, ce qui correspond aux importations saoudiennes d’armement. Pierre Conesa décortique également l’organisation de la LIM et son déploiement à travers le monde : dans tous les pays où la Ligue est présente est créé un Bureau de l’organisation de la Ligue islamique mondiale, habilité à financer des projets de construction de mosquées et des centres islamiques. La LIM, à travers ses différents bureaux, est donc un acteur « qui accompagne les initiatives diplomatiques saoudiennes » (page 107). L’auteur précise qu’en France, pays laïc, « la Ligue profite de l’absence de politique publique pour financer mosquées, écoles et centres culturels » (page 115). Alex Alexiev, chercheur du Center for Security Policy, qualifie le soft power idéologique saoudien de « plus importante campagne de propagande jamais montée dans le monde entier » (page 123).

Quant à l’OCI (devenue Organisation de la Coopération Islamique en 2011), elle est une structure permanente interétatique créée en septembre 69 et qui compte aujourd’hui 57 Etats membres et dispose d’une délégation permanente à l’ONU. Elle est la seule organisation interétatique confessionnelle, et affiche, au rang de ses objectifs principaux, la promotion de la coopération dans les domaines économiques, sociaux, culturels et scientifiques entre les Etats membres (grâce notamment à la Banque islamique de développement, acteur essentiel), mais aussi la sauvegarde des lieux saints de l’islam et le soutien de la cause palestinienne dans le conflit israélo-palestinien.

L’Arabie saoudite, un acteur clé dans la guerre de religions au sein du monde musulman [2]
Pierre Conesa met en parallèle les actions religieuses d’autres grands acteurs comme la Turquie, avec la politique souvent trop vite qualifiée de néo-ottomane d’Erdogan, le Qatar, ses immenses moyens et son action anti-saoudienne, le Pakistan et ses innombrables activistes et enfin l’Iran, puissance chiite régionale incontournable dans la crise syrienne et la lutte contre Daesh. Ces rivalités – prémisses de guerre internes à l’islam, dans lesquelles les pays occidentaux n’ont d’ailleurs aucune légitimité à intervenir – se développent sur des terrains de manœuvre de plus en plus nombreux, on pense évidemment à la guerre au Yémen, où l’Arabie saoudite et l’Iran se mènent une guerre par procuration. Par ailleurs, l’aspect psychologique ne saurait être négligé selon l’auteur : alors que, dans les années 1960, le sentiment d’encerclement pour le régime saoudien venait du triomphe du panarabisme, les soulèvements du Printemps arabe, porteurs d’un effet domino en Egypte, en Syrie, en Tunisie, au Yémen, auxquels il faut ajouter le retour de l’Iran sur la scène régionale et internationale, ont réactivé cette perception. « Les grands équilibres régionaux (ou les grands déséquilibres) ne peuvent plus être gérés sans l’Iran. Riyad a de bonnes raisons de s’inquiéter de la normalisation des relations, difficile mais en cours, entre Washington et Téhéran après la signature de l’accord sur le nucléaire [3]. En effet, celui-ci reconnait à la République islamique le statut de ‘pays du seuil’ » (page 250). Cela conduit Pierre Conesa à conclure que le seul souci « de l’action religieuse de Riyad […] est de ghettoïser la population musulmane partout où cela est possible autour de la conception wahhabite-salafiste de l’islam tout en tentant de contrer une hypothétique influence chiite » (page 221).

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[1] Voir les actes du colloque de la Fondation Res Publica du 31 mars 2014 « Guerres de religions dans le monde musulman ? »
[2] Voir l’étude cartographique commandée par la Fondation Res Publica, « Guerres de religion dans le monde musulman »
[3]Le livre de Pierre Conesa est paru avant l’élection de Donald Trump, qui semblait souhaiter remettre en cause l’accord sur le programme nucléaire iranien.

Pour se procurer le livre > "Dr. Saoud et Mr Jihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite", Pierre Conesa (Robert Laffont : 2016)

Pierre Conesa est membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

Conseils de lecture : Arabie Saoudite - L'incontournable, de Jacques-Jocelyn Paul (Riveneuve ; janvier 2016)
 
 
Fondation Res Publica I Jeudi 5 Octobre 2017
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Syrie : Réponse à Michel Duclos… par Richard Labévière

6 Octobre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #Histoire, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Politique étrangère

Syrie : Réponse à Michel Duclos… par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 24-09-2017

Fondée en 1978 par Raymond Aron qui craignait de voir arriver la gauche au pouvoir, la revue Commentaire s’est dernièrement spécialisée dans la publication des idéologues de l’école néo-conservatrice française. Un genre… Après Gérard Araud, qui tweetait que l’élection de Donald Trump annonçait la fin du monde – mais qui est toujours en poste à Washington -, notre ancien ambassadeur à Damas (2006 – 2009) à son tour trouve refuge dans la revue néo-libérale1 de Jean-Claude Casanova. Commentaire lui a demandé de « donner son sentiment » sur la Syrie… Le terme est plutôt approprié, puisqu’avec l’article de Michel Duclos (MD) – Notre ami Bachar al-Assad -, nous sommes bien dans l’affect amour-haine, dans l’immédiateté, les approximations, sinon les contre-sens historiques !

Reprenons ligne à ligne cette contribution pour en déconstruire les affabulations, non pas qu’elle mérite la notoriété des Essais de Montaigne, mais parce qu’elle constitue un beau spécimen de sophisme. Face à ce « tour de passe-passe », Spinoza explique bien dans l’Ethique que « les idées fausses et inadéquates s’enchaînent aussi nécessairement que les idées justes et adéquates », autrement dit l’erreur et la bêtise génèrent leurs propres rationalités qu’il s’agit de mettre à jour et de déconstruire. Dans sa Réponse à John Lewis2, Louis Althusser explique bien qu’une réponse n’est valable que si elle porte sur un processus dont il s’agit de dévoiler l’intention, l’énergie vitale et la méthode. Voyons cela !

PARADIGME ET ESSENTIALISME

En guise d’introduction, Michel Duclos commence par attribuer – de manière indifférenciée – l’assassinat de l’ambassadeur de France à Beyrouth Louis Delamare (1981), la mort de Michel Seurat (1986), celles de nos soldats du Drakkar (1983) et des victimes de l’attentat de la rue des Rosiers (1982) aux… services spéciaux de la Syrie d’Hafez al-Assad, père de Bachar. Il raccroche ces différents événements, dont il fait une même « séquence », au « massacre » de Hama (1982), sans rappeler qu’il s’agissait d’une riposte à une tentative de coup d’Etat des Frères musulmans qui venaient d’égorger une trentaine d’élèves-officiers de l’Armée de l’air3. Cet amalgame veut justifier son intertitre : « un paradigme immuable », selon lequel le gouvernement syrien actuel serait meurtrier par « essence », depuis la prise de pouvoir d’Hafez al-Assad en 1970.

Reprenons ! Effectivement, Louis Delamare a bien été assassiné par les Panthères roses (appellation liée à la couleur de leurs uniformes) de Rifaat – frère d’Hafez -, au lendemain de la réception de Yasser Arafat à la Résidence des Pins par Claude Cheysson, alors ministre des Affaires étrangères à la réputation propalestinienne. Le message de Damas était parfaitement clair : la France ne doit pas favoriser l’installation d’un émirat palestinien (sunnite) aux portes d’une Syrie principalement dirigée par les Alaouites (de filiation chi’ite). Dans le contexte de la guerre civilo-régionale du Liban, cette méthode de communication était malheureusement courante ! Le relever ne saurait en justifier les crimes, mais cette méthode correspondait alors aux lois et périls de la guerre du Liban.

Pour ce qui concerne l’enlèvement de Michel Seurat et sa mort en captivité après une longue hépatite B, ainsi que celle de nos soldats écrasés dans l’effondrement de leur état-major du Drakkar, les historiens ont montré qu’il s’agissait d’autre chose. Commis par des groupes chi’ites pro-iraniens (avant la création officielle du Hezbollah qui interviendra plus tard), ces attentats constituaient autant de représailles tandis que la France avait engagé six Super-Etendard – sous cocarde irakienne -, mais pilotés par des pilotes français contre les lignes de défense iraniennes dans le contexte d’une guerre Irak-Iran extrêmement meurtrière qui a duré de 1980 à 1988. Washington, Londres et Paris avaient alors poussé Saddam Hussein à ouvrir les hostilités contre une révolution islamique dont on craignait qu’elle ne gagne d’autres pays de la région. Quant à l’attentat de la rue des Rosiers, comme celui de la rue Copernic, les pistes les plus sérieuses ramènent invariablement aux tueurs d’Abou Nidal et ses commanditaires les plus variés.

Suit aussitôt un autre mythe : celui de l’instrumentalisation du terrorisme par Bachar al-Assad. Bien-sûr, comme tous les pays de la région, la Syrie aussi pratique – peu ou prou – ce sport inavouable au plus près de ses intérêts. Encore une fois, il ne s’agit pas de justifier mais d’essayer de comprendre ! Mais lorsque MD affirme que Bachar al-Assad a libéré des jihadistes en juin 2011 pour mettre en péril les « opposants nationalistes », il opère un double contresens. Ces libérations ont bien eu lieu. Grande protectrice des jihadistes, l’Arabie saoudite en avait fait la condition sine qua non pour la poursuite des pourparlers de Genève engagés sous l’égide des Nations unies.

Afin de permettre la poursuite de ces négociations, Moscou demanda alors expressément au gouvernement syrien de libérer ces meurtriers. Quant aux « opposants nationalistes », leur existence a été des plus éphémères. Ces derniers ont été marginalisés dès l’été 2011 pour laisser le champ libre à des factions jihadistes sous l’égide des Frères musulmans – soutenus par Doha – et des Salafistes – clients de Riyad – qui ont accaparé la quasi-totalité des moyens opérationnels de la rébellion armée en Syrie.

Quant à la livraison syrienne du leader kurde Öcalan à Ankara, elle s’explique, là-encore, par des contraintes de realpolitique régionale relativement compréhensibles au vu des intérêts syriens. Sous la plume de MD, elle s’inscrit dans la grande mythologie récurrente de « nos alliés kurdes » contre l’organisation « Etat islamique » et la résurgence de la question de l’indépendance du Kurdistan d’Irak, soutenue par Bernard Kouchner et Benjamin Netanyahou !

Au passage, MD s’étonne aussi que Damas soutienne « le camp d’un groupe terroriste palestinien d’un autre âge (le FPLP-CG) ». De fait, Damas soutient aussi d’autres organisations palestiniennes. Nombre de Palestiniens, habitants le camp de réfugiés de Yarmouk (banlieue sud de Damas) ont pris fait et cause pour la défense de la Syrie historique. A l’évidence, l’ignorance dont MD fait preuve sur le dossier ne l’autorise certes pas à juger des Palestiniens qui n’attendaient rien des Accords d’Oslo, ni de la pseudo-médiation américaine sur cette question bloquée par Tel-Aviv depuis le début des années 2000 !

Enfin, dans son insistance à vouloir affirmer une continuité d’« essence » morbide entre la Syrie d’Hafez al-Assad et celle de son fils Bachar, MD déplore l’intervention de « parrains étrangers » comme la Russie et le Hezbollah libanais. L’intervention militaire de ce dernier dans les Jurd de Qalamoud, Qoussair et Yabroud a sans conteste empêché Dae’ch et Jabhat al-Nosra de conquérir Tripoli et de disposer ainsi d’une façade méditerranéenne. En palliant aux insuffisances entretenues, notamment par Tel-aviv, de l’armée nationale libanaise, le Hezbollah a, sans doute, sauvé l’intégrité territoriale et politique du Pays du Cèdre. Quant au rôle de la diplomatie et de l’armée russes, qui correspond à un partenariat diplomatique et stratégique ancien et connu, nous renvoyons MD à la lecture du prochain livre de Maria Khodynskaïa-Golenichtcheva – Alep, la guerre et la diplomatie – à paraître le 20 octobre prochain aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Cette lecture salutaire du premier livre en français, écrit par une diplomate russe – expliquant les raisons, les objectifs et l’évolution du soutien russe à la Syrie – devrait lui apprendre pas mal de choses…

Evidemment, les ingérences de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Etats-Unis et de services spéciaux britanniques et français armant des factions jihadistes obsédées par le renversement du gouvernement syrien a visiblement échappé à notre auteur si soucieux des souverainetés nationales.

DESASTRE FRANCAIS

Dans son deuxième paragraphe « Une perspective française », MD attribue – sans surprise – l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri aux services syriens. La rédaction de prochetmoyen-orient.ch a beaucoup travaillé la question, estimant que l’ami de Jacque Chirac avait été vraisemblablement tué par des Syriens, certes, mais pas par ceux que l’on croit.

A la mort d’Hafez al-Assad, Abdel Halim Khadam est devenu président par intérim du 10 juin au 17 juillet 2000, puis vice-président avant de faire brusquement défection et de s’installer avec sa famille à Paris. Plusieurs sources autorisées soupçonnent ce grand dignitaire sunnite d’avoir préparé un coup d’Etat contre Bachar avec l’aide de Ghazi Kanaan (ancien chef des services syriens au Liban) et de plusieurs généraux de l’armée syrienne. Avec l’appui de plusieurs services étrangers, ce cercle pro-saoudien aurait monté l’assassinat de Rafic Hariri, persuadé qu’un tel événement permettrait le renversement de Bachar al-Assad et leur prise de pouvoir. Certes, l’histoire reste à écrire, mais dans tous les cas de figures, MD devrait observer sur cette affaire une prudence, un tantinet plus diplomatique.

Quelques lignes plus loin, il écrit que les Russes ne connaissent la Syrie qu’au travers du « seul prisme des services de sécurité ou de la coopération militaire ». Nouveau flagrant délit d’ignorance, MD ne connaît visiblement pas les écrits de l’académicien russe Alexeï Mikhaïlovitch Vassiliev, ni rien des études syriennes que l’on doit à « l’école Primakov », du nom de cet ancien haut responsable du KGB surnommé le « Kissinger russe ». Spécialiste des Proche et Moyen-Orient, il a formé des générations d’islamologues, parmi lesquels ceux qui conseillent actuellement Sergueï Lavrov.

Un peu plus loin encore, notre ignorant récidiviste affirme qu’en « onze ans de règne, Bachar n’avait procédé à aucune réforme de nature politique ou sociale ». Faux et archifaux ! Conseillère d’Etat et directrice de l’ENA (2000-2002), Marie-France Bechtel a mené une mission d’études pour la réforme de l’administration syrienne. Plusieurs de ses recommandations avaient commencé à être mises en œuvre, notamment dans le secteur bancaire, avant d’être interrompues par la guerre civile. MD devrait lire aussi – Quand la Syrie s’éveillera – paru aux éditions Perrin en janvier 2011.

Conclusion du paragraphe : « Bachar s’est contenté d’ajouter une dimension affairiste omniprésente à partir de 2005 », avant d’affirmer encore un peu vite que « le régime bassiste est un régime alaouite ». Sur l’affairisme, élargissons le spectre aux pays de la région, notamment ceux du Conseil de coopération du Golfe (CCG), voire jusque sous nos yeux en commençant par le Luxembourg et notre président de la Commission européenne… Quant au « régime alaouite », rappelons seulement que le général Ali Mamlouk – numéro deux du gouvernement – est sunnite pur sucre et que de nombreuses personnalités chrétiennes, druzes et arméniennes occupent des postes de responsabilité.

Par contre, pas un mot sur la fermeture de notre ambassade à Damas en mars 2012 – sur ordre d’Alain Juppé – ni sur les conséquences de cette décision en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Dans le paragraphe suivant, MD écrit : « si le régime a paru parfois collaborer avec les services occidentaux tout en continuant en sous-main à alimenter le terrorisme, c’est qu’il ne croyait pas pouvoir scier la branche sur laquelle il était assis. Pourquoi en irait-il différemment aujourd’hui ? »

INGRATITUDE CARACTERISEE

Sur le renseignement, MD ferait mieux de s’abstenir. Un seul exemple : entre les deux tours de l’élection présidentielle française de 2007, la DST a pu arrêter un fou furieux en train de remplir d’explosifs des extincteurs qu’il s’apprêtait à déposer dans des bus de Nancy. Cette interpellation s’est effectuée grâce à des informations transmises – en ligne directe – par les barbouzes syriennes. D’autres cas concrets peuvent êtres cités. Malheureusement, cette coopération s’est interrompue de mars 2012 jusqu’à aujourd’hui, notre ambassade à Damas restant désespérément fermée !

En 2006, lorsqu’il a été nommé ambassadeur à Damas, MD arrivait de New York et savait à peine reconnaître la Syrie sur une carte. D’après ses collègues les plus proches, « il ne connaissait strictement rien au monde arabe et des cadres de la DGSE sont venus spécialement au Quai d’Orsay pour le déniaiser à plusieurs reprises, d’autant que la relation diplomatique bilatérale s’est fortement distendue depuis la mort de Rafic Hariri en février 2005 ». Une fois en poste, nos anges gardiens des services extérieurs n’ont cessé de lui rendre moult services, notamment pour répondre à des questions politiques posées par Nicolas Sarkozy auxquelles il était parfaitement incapable de répondre… A cette époque, MD a très bien compris l’importance et la toute-puissance des services spéciaux syriens, de même que la nécessité d’entretenir avec ces appareils d’Etat les meilleures relations.

L’auteur de ces lignes a rencontré MD à Damas à plusieurs reprises. Comparé au flamboyant Bernard Emié, qui officiait – tous azimuts avec succès – à Beyrouth (actuellement à la tête de la DGSE), MD rasait les murs, appliquant ses instructions à la lettre dans une grisaille confondante des plus ennuyeuses. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a visiblement oublié un peu vite les « coups de main » des services français comme ceux de leurs homologues syriens. Comme le bon sens, la reconnaissance du ventre n’est pas la chose la mieux partagée au monde…

Plus tardive, sa révélation néo-conservatrice semble être due à des considérations de carrière : coller sans discernement à la ligne pro-saoudienne de Laurent Fabius permettait d’obtenir, à coup sûr, un prochain poste. Très logiquement, car devenu expert des missions les plus périlleuses, MD sera nommé à… Berne en 2012, tout près de la fosse aux ours !

SUITE A LIRE DANS LIBERATION ET LE MONDE

En effet, la suite et la chute du papier de MD ne sont que pâles reprises des perles propagandistes, régulièrement égrenées par Libération et Le Monde, bulletins officiels de la bobologie droits-de-l’hommiste : seul « le régime Assad a précipité des millions de Syriens sur les routes de l’exil » ; l’armée syrienne ne compte plus seulement que « 20 000 hommes » ; « les services de sécurité assurent un minimum de cohérence » ; la « rébellion nationale », dont MD ne dit rien de concret (et pour cause !), « paraît à peu près défaite ». Comment se fait-il ? A l’évidence, MD croit encore aujourd’hui qu’Alep était assiégée par l’armée gouvernementale syrienne et défendue par cette introuvable « rébellion nationale » !

Sans surprise, la conclusion de ce pensum consiste encore et toujours à réclamer le départ de Bachar al-Assad, comme si les différentes réunions d’Astana I, II, III, IV, V et VI n’avaient jamais eu lieu, comme si le représentant spécial des Nations unies – l’excellent Staffan de Mistura – n’avait rien fait, comme si c’était à la France de décider l’avenir politique de la Syrie ! Avec ce papier, Commentaire ne brille pas vraiment sur le plan de l’excellence géopolitique.

Une consolation toutefois : cette fois-ci, MD nous a épargné les citations élogieuses du roman de sa propre compagne dont il accompagnait régulièrement les laborieuses dissertations.

Le 14 mars 2016, prochetmoyen-orient.ch avait relevé plusieurs passages de cet improbable roman dans une note du Centre d’analyse et de prévision du Quai (CAP) rédigée par MD. L’ouvrage n’est en fait qu’une compilation de télégrammes diplomatiques (TD) relatant la défection de Moustapha Tlass (fils de l’ancien ministre de la Défense d’Hafez al-Assad) et son exfiltration de Syrie par les services spéciaux français. Ce n’est pas toujours en famille qu’on fait le meilleur travail, toujours est-il qu’on peut se demander pourquoi – et en vertu de quels soutiens – MD s’est retrouvé bombardé à la tête de l’Académie diplomatique de l’Aga Khan.

Aux personnes peu familières des cercles très fermés de notre diplomatie, cette réponse pourrait paraître excessive. En fait elle reste très en-deçà d’une réalité monopolisée par la pensée unique. La dernière livraison de Commentaire n’est pas un accident et confirme cette unanimité bêlante, qui des quotidiens, hebdomadaires aux radios, télévisions, think-tanks et réseaux numériques a-sociaux, reproduit la doxa d’une mondialisation merveilleuse. Sur la Syrie, les voix discordantes n’ont pas droit de cité et sont proprement censurées. Oui, la censure est de retour dans notre pays, c’est un fait malheureusement !

Enfin, il faut avoir pu mesurer l’arrogance de MD et celle de ses clones pour se rendre compte à quel point celle-ci est proportionnelle à une ignorance crasse et abyssale ! En dernière instance, on ne peut pas ne pas se demander qui sont ces gens pour prendre ainsi en otage la voix de la France ? Néanmoins, bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière

1 Commentaire, numéro 159 – automne 2017.
2 Louis Althusser : Réponse à John Lewis. Editions François Maspero, 1973.
3 A propos de la riposte de Hama contre les Frères musulmans, l’idéologie dominante avance toujours un bilan de 25 à 30 000 morts sans préciser les sources et la méthode permettant d’atteindre ce chiffre. Les experts et historiens sérieux avancent un tout autre bilan de 3 à 4000 victimes.

Source : Proche & Moyen Orient, Richard Labévière, 24-09-2017

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Les Serbes oubliés du Kosovo – Campagne terroriste contre les Serbes [2/3] Par Marc Jean — 17 septembre 2017

18 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'Allemagne, #Yougoslavie, #La guerre, #Le fascisme, #Politique étrangère

Les Serbes oubliés du Kosovo – Campagne terroriste contre les Serbes [2/3]

 Les Serbes oubliés du Kosovo – Campagne terroriste contre les Serbes [2/3]   Par Marc Jean — 17 septembre 2017

Hashim Thaci et Joe Biden célèbrent l’indépendance du Kosovo


[Partie 1]

Campagne terroriste contre les Serbes

L’opinion publique a oublié un épisode important qui va être le facteur déclenchant du trafic d’armes dans la région. A la suite de scandales financiers gigantesques en Albanie en mars-avril 1997, de violentes insurrections secouent le pays. (1) Les émeutiers en profitent pour piller dans les armureries de l’armée près d’un million d’armes de guerre ! L’UCK va bien entendu en profiter pour s’armer à bon compte et lancer au printemps 1998 ses premières offensives d’envergure. Cette organisation terroriste s’était déjà fait la main entre 1996 et 1997. Le 11 février 1996, l’UCK pose des bombes contre cinq camps de réfugiés serbes de Krajina : bilan, plus d’une vingtaine de morts et plusieurs centaines de blessés. Une quinzaine d’attentats seront commis au Kosovo ainsi qu’en Macédoine, visant la police serbe, les « traîtres », c’est-à-dire les Albanais qui collaborent avec la police ou qui travaillent dans des centres d’écoute des services serbes. Sur l’ensemble de l’année 1998, on recense 1885 attaques albanaises contre la police et les civils. Durant ces attaques, 173 civils et 115 policiers sont assassinés, 403 policiers et 358 civils sont blessés, et de 239 personnes sont enlevées dont des femmes et des enfants. La Serbie décide enfin de réagir et « dans la deuxième moitié de l’été 1998, les Serbes, grâce aux efforts conjugués de la police et de l’armée, réussissent, au prix d’immenses sacrifices, à briser complètement l’UCK et à faire revenir la population albanaise dans ses foyers… » (2)

La grande manipulation en marche

Les officines de propagande vont mettre tout en œuvre pour persuader l’opinion publique que l’armée serbe et ses supplétifs commettent des crimes de guerre et mettent en œuvre une politique d’épuration envers les Kosovars. Le « carnage de Raçak »’ va indigner le monde entier et achèvera de diaboliser à jamais les Serbes, présentant les combattants de l’UCK comme des « combattants de la liberté », des victimes suscitant la compassion populaire médiatisée. Dans son livre « Guerres contre l’Europe » (1) Alexandre Del Valle relate avec précision les dessous de cette sordide affaire.

Nous résumerons les faits : les forces de l’ordre yougoslaves, après en avoir averti les inspecteurs de l’OSCE (3) et en représailles à une vague d’attentats antiserbes, avaient lancé, le 14 janvier 1999, une opération antiterroriste contre le village de Raçak, fief de l’UCK, qui avait depuis plusieurs mois rompu les accords de cessez-le-feu. Une équipe de l’agence américaine APTV avait même été autorisée à filmer les combats ! A 15 heures précises, les forces serbes contrôlaient le terrain. Le nombre de victimes variait du simple au double, entre 15 et plusieurs dizaines selon Belgrade, 37 selon l’OSCE, 45 pour les Américains, 51 selon les Albanais. Les observateurs de l’OSCE, restés sur place après le retrait des forces serbes, trouveront des morts dans certaines maisons, et quelques blessés, auxquels ils porteront secours. Mais aucune trace d’une quelconque « tuerie ».

C’est, en réalité, le lendemain matin, que les journalistes et observateurs, encadrés par des combattants de l’UCK, subitement réapparus au cours de la nuit, seront dirigés vers un fossé rempli de cadavres de « présumé » civils albanais. Désormais la version d’un massacre commis envers des civils désarmés sera la thèse défendue par le chef de la mission de l’OSCE dirigée par William Walker, (3) avant toute enquête impartiale.

En 2001, dans un article du Toronto Star, (4) Peter Worthington, sur la base de nombreux rapports d’experts présents sur place, démonte le mensonge de Walker : les insignes militaires (de l’UCK) avaient été arrachés des vêtements des cadavres, les corps avaient été empilés mais il n’y avait pas de mare de sang, ce qu’il aurait dû y avoir s’il y avait eu un massacre, les experts en balistique ont prouvé que le Albanais avaient été touchés de loin, d’angles et de lieux différents, et surtout, les victimes avaient quasiment toutes des traces de poudre sur le mains, signifiant qu’ils avaient tiré récemment avec des armes. En 2008, neuf ans près les faits, la Finlandaise responsable de la troisième équipe de médecins légistes, le docteur Helena Ranta, (5) avouera finalement qu’elle avait subi de fortes pressions à l’époque pour charger son analyse contre les Serbes, par le ministère finlandais des Affaires étrangères et par William Walker.

Hélas, la vérité vient toujours trop tard, et le mensonge de Raçak fera le tour du monde. Certains faussaires en ajouteront encore dans la diabolisation. Madeleine Albright, à l’époque secrétaire d’Etat américaine, inventera des détails que même Walker n’avait pas osé inventer, en parlant de « douzaines de personnes avec la gorge tranchée», le ministre des Affaires étrangères canadien parle d’une « écœurante persécution de civils », et le ministre allemand des Affaires étrangères, le social-démocrate Joschka Fischer, déclarera que le massacre fut le tournant pour lui et que « la guerre était la seule réponse ». Quant au président Clinton, il déclarera, le 24 mars 1999, dans son discours à la nation américaine justifiant la guerre : « Maintenant ils [les Serbes] ont commencé à aller de village en village, bombardant les civils et brûlant leurs maisons. Nous avons vu des personnes innocentes enlevées de leur maisons, forcées à s’agenouiller dans la poussière et criblées de mitraille. » Joseph Lieberman, sénateur du parti démocrate ira jusqu’à dire : « Les Etats-Unis d’Amérique et l’Armée de libération du Kosovo représentent les mêmes valeurs humaines et principes…Se battre pour l’UCK, c’est se battre pour les droits de l’homme et les valeurs américaines. » (6)

Le plan diabolique de l’OTAN

La Serbie désormais diabolisée, il fallait maintenant encore trouver les motifs de l’intervention militaire. La stratégie infernale va se dérouler en deux temps. D’abord « truquer » les négociations qui allaient s’ouvrir à Rambouillet, en accusant les Serbes de refuser de signer les accords. L’opinion publique fut tenue dans l’ignorance totale de ce qui se tramait. Dès le départ, les Serbes sont désignés d’office comme les uniques responsables de l’échec en refusant de signer un texte sans amendements possible, sous menace d’être ipso facto bombardés ! Or, le gouvernement serbe accepta les principaux points du volet politique de ce projet d’accord, mais refusa, ce qui était inacceptable pour tout Etat souverain, le volet militaire qui prévoyait la présence des forces de l’OTAN en Serbie, et le droit de passage illimité des troupes étrangères en ex-Yougoslavie. Alors que les Européens n’étaient pas opposés à la poursuite des négociations, les Américains mirent les Serbes au pied du mur : « Signez ou vous êtes bombardés » !

Du 23 mars au 10 juin 1999, l’OTAN lance l’opération « Ange miséricordieux » ! et bombardera la Serbie sans cesse, nuit et jour, pendant presque 3 mois, à un rythme moyen de quatre cent quatre-vingts sorties aériennes par jour. 82 ponts sont détruits, toutes les raffineries pétrolières, 14 centrales thermoélectriques, 13 aéroports, 20 gares ferroviaires et 121 usines sont anéantis (7).

Pour justifier un tel acharnement envers un pays sans défenses, en violation de la charte de l’ONU, sans aucun accord du Conseil de Sécurité, les dirigeants politiques vont déverser les mensonges les plus sordides pour gagner l’opinion publique et faire taire ses réticences. Rudolf Scharping, ministre social-démocrate allemand de la Défense, va dépasser toutes les bornes. Il va convoquer une conférence de presse le 27 avril 1999 pour présenter des photos de « civils albanais massacrés » par les Serbes dans le village de Rugovo et ânonnera une histoire larmoyante sur le sort des pauvres civils albanais du Kosovo.

Le lendemain, le quotidien allemand Bild publiera ces images terrifiantes avec en gros titre : « C’est à cause de cela que nous faisons la guerre ». Or ces photos étaient des montages orchestrés par l’OSCE, il ne s’agissait non pas de civils, mais de terroristes de l’UCK morts dans un accrochage avec l’armée régulière yougoslave. (8)

Il serait trop long de relever tous les mensonges déversés par les dirigeants atlantistes et leurs relais médiatiques, pendant cette campagne abominable de bombardement. Mais pour la fin, citons les propos absolument hallucinants de Bernard-Henri Lévy dans les colonnes du Point, tressant des lauriers aux avions de l’Otan : « Merci, malgré tout, aux avions de la démocratie et du droit international : ces avions n’ont pas de couleur -ce sont les avions de la liberté. » (9)

Les dirigeants politiques responsables de ces bombardements criminels, et les médias qui, volontairement, ou par aveuglement anti-serbe, ont diffusé des informations mensongères porteront toujours devant l’Histoire la responsabilité de ces crimes envers un peuple courageux et fier.

MARC Jean

(1) Alexandre Del Valle, Guerres contre l’Europe,Editions des Syrtes,Paris, 2000, p.285

(2) Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editeur Jean Picollec, Paris, 2013, p.71

(3) Le président Milosevic avait accepté l’envoi au Kosovo, le 12 octobre 1998, d’une Mission de vérification internationale(KVM) composée de 1380 observateurs de l’OSCE .Malgré leur bonne volonté et l’intégrité de ses membres, son action fut entravée par l’intervention des services spéciaux américains, qui, à travers William  Walker, Chef de la KVM, va orienter les différents rapports dans un sens unilatéralement favorable aux éléments terroristes de l’UCK, déjà étroitement liés aux services américains, anglais et allemands. Rappelons que Walker, de sinistre souvenir, fut adjoint du colonel North dans les opérations spéciales du Nicaragua en soutenant la Contra. Au Salvador aussi, Walker avait envoyé ses recrues faire des stages à Fort Benning. Le 16 novembre 1989, ce furent les stagiaires de Walker, les soldats du « bataillon Atlacalt » qui tuèrent dans leur lit, en pleine nuit, d’une balle dans la tête, six jésuites, leur cuisinière et son enfant de 15 ans. (Pour plus de détails, se reporter au livre d’Alexandre Del Valle « Guerres contre l’Europe » Editions des Syrtes, p.255)

(4) Peter Worthington, Le canular qui a déclenché une guerre. Comment les Etats-Unis, l’Otan et les médias occidentaux ont été trompés au Kosovo, Toronto Sun, 2 avril 2001

On fera remarquer à Peter Worthington que son analyse est erronée, en ce sens que ni les Etats-Unis ni l’Otan n’ont été trompés, mais qu’ils ont sciemment trompé l’opinion par des mensonges. Les médias, quant à eux, ont servilement repris la version officielle. On peut souligner néanmoins que deux journalistes français ont osé douter de la version officielle de Raçak : Renaud Girard dans le Figaro du 20 janvier 1999 « Zones d’ombres autour d’un massacre » et Christophe Châtelot, dans Le Monde du 21 janvier 1999, « Les morts de Raçak ont-ils vraiment été massacrés froidement ? »

(6) Alexandre Del Valle, Guerres contre l’Europe, Editions des Syrtes, Paris, 2000,

(7) « La guerra infinita » (La guerre infinie), reportage du journaliste italien Riccardo Iacona, pour la RAI3,2008, cité dans Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editeur Jean Picollec, Paris, 2013p.85

(8) Dans un documentaire allemand, diffusé sur la chaîne allemande ARD le 8 février 2001, « Es begann mit einer Lüge » (Cela commença par un mensonge) de Jo Angerer et Mathias Werth, Henning Hensch, un Allemand détaché auprès de l’OSCE, et auteur d’un rapport concluant qu’il n’y a pas eu de massacre de civils, avouera l’existence de ce document qui avait été classé secret défense (Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editeur Jean Picollec, Paris, 2013 p.87)

(9) « Le bloc note de Bernard-Henri Lévy, Retour d’Albanie, Frontière du Kosovo. Impressions », Le Point, 17 avril 1999. Honte à ce journal pour avoir osé publier une telle infamie.

[Partie 1]

Source: http://arretsurinfo.ch/les-serbes-oublies-du-kosovo-campagne-terroriste-contre-les-serbes-23/

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Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3] Par Marc Jean — 16 septembre 2017

18 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #l'Allemagne, #Yougoslavie, #Terrorisme, #Politique étrangère, #Le fascisme

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]  Par Marc Jean — 16 septembre 2017

Les soldats de la Force pour le Kosovo [KFOR] regardent le pogrom contre les Serbes au Kosovo en 2004. Crédit photo Nikola Mirkovic


[Partie 1]

Les médias ont tourné la page du Kosovo, oublié comme bien d’autres événements récents faisant la une des médias pendant quelques mois, puis disparaissant, chassés par une actualité sans cesse renouvelée. En 1999 pourtant, ces mêmes médias diffusaient quotidiennement des images dramatiques sur le sort des Kosovars, victimes d’un, soi-disant, génocide commis par les milices serbes. L’opinion, abusée par une manipulation parfaitement orchestrée, prenait fait et cause pour les Kosovars et approuvait l’intervention de l’Otan au Kosovo, totalement illégale en droit international, et contraire même aux propres statuts de cet organisme. Après des bombardements intensifs pendant plusieurs semaines, la Yougoslavie n’a pas eu d’autre choix que de se retirer de ce territoire [Ndlr, les Serbes y étaient alors majoritaires]. La suite fut tragique. Nous allons retracer ces événements et présenter la situation actuelle des Serbes au Kosovo.

L’histoire du Kosovo

Le Kosovo est d’abord une terre ancestrale du peuple serbe. Il serait trop long de raconter en détail l’histoire d’un peuple victime pendant des siècles de l’oppression de l’empire ottoman. Nikola Mirkovic, dans son livre « Le martyre du Kosovo » (1) fournit de nombreux renseignements sur cette histoire faite d’exactions, de massacres et de violence. Les Albanais, d’origine chrétienne, mais convertis à l’islam sous le règne ottoman, n’eurent de cesse d’étendre leurs terres au détriment des Serbes du Kosovo. Ils vouent une haine inextinguible envers leurs voisins chrétiens serbes.

Voici ce qu’écrit en 1913 un Français, le publiciste et historien André Cheradame: « Quant à la plaine du Kosovo, qui fut au Moyen-Âge le centre même de l’empire serbe et qui, il y a seulement quarante ans, était presque exclusivement peuplée de Serbes, les Albanais s’y sont développés en faisant fuir par leurs exactions et leurs meurtres la malheureuse population serbe qui, j’ai pu le constater sur place, il y a seulement deux ans, vivait dans un véritable état de terreur sous l’oppression albanaise ».(2)

Après bien des péripéties, en automne 1918, les troupes essentiellement françaises et serbes, sous le commandement du général français Louis Franchet d’Espèrey, libèrent le sud de la Serbie dont le Kosovo des mains des armées austro-hongroises et bulgares alliées aux Albanais. Les traités de paix de 1919 et 1920 donnent naissance au royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui s’unissent afin de créer un bloc des « Slaves du Sud »(Yougo-Slaves). Malheureusement, le répit fut de courte durée. L’Italie fasciste va conquérir l’Albanie en 1939 et 100 000 Albanais en profiteront pour envahir le Kosovo et s’attaquer, de nouveau, avec une violence inouïe, aux Serbes et à leur héritage. 

En 1941, l’Allemagne, sans déclaration de guerre préalable, bombarde Belgrade et s’attaque à la Serbie. Pour mâter la résistance serbe, une division de Waffen SS musulmans albanais est même créée : la division Skanderberg (3), qui se distingua par des crimes épouvantables contre les Serbes du Kosovo, comme le massacre de Velika à la frontière du Kosovo et du Monténégro. Le diplomate italien Carlo Umilta présent sur place sera écœuré. Il écrit: « Le jour du Noël orthodoxe, les Albanais ont tué des dizaines et des dizaines de Serbes, une multitude a été blessée, et seule l’intervention de nos carabiniers a empêché la poursuite du massacre ». 

Le résistant communiste albanais Saïd Bakali Jakupi est lucide sur le sentiment réel que les Albanais éprouvent pour les Serbes. Il écrit : «Les Shiptars [Albanais] ne veulent nulle coopération avec les Slaves, ils ne veulent pas d’eux ici. Quand ils entendent qu’un malheur quelconque est arrivé aux Slaves, qu’ils soient partisans [communistes] ou tchetniks [monarchiques], ils s’en réjouissent […]. Ils extermineraient jusqu’au dernier Serbe se trouvant au Kosovo, tellement est grande leur haine des Slaves » (4).

Après la guerre, le nouvel homme fort de la Yougoslavie, Tito, croate par son père et slovène par sa mère, n’éprouve aucune sympathie pour la composante serbe de cette nouvelle entité. Bien au contraire, il va s’efforcer de diluer le peuple serbe partout où il se trouve. Pour honorer la promesse faite aux Albanais pendant la guerre, il fait du Kosovo une région autonome de la Serbie en 1946. Ses espoirs chimériques de faire des Albanais des citoyens à part entière de la Yougoslavie restent vains, les Albanais n’ont aucune envie de devenir « Yougoslaves », ils veulent devenir de grands Albanais dans une grande Albanie. Les conditions de vie des Albanais de Yougoslavie sont bien meilleures que celles de leurs compatriotes d’Albanie, ce qui encourage une émigration massive de ces derniers qui s’installent en grand nombre dans le sud de la Serbie, avec la bienveillance du régime communiste yougoslave. (5) 

Progressivement, avec un taux de fécondité des femmes albanaises qui s’envole (avec en moyenne 7 membres par famille), les Serbes deviennent des étrangers sur leur propre terre. La violence envers les Serbes, attaqués, volés, humiliés par les Albanais qui agissent en toute impunité sous le regard complaisant des autorités locales, va provoquer en 1961 et 1981 une vague de départ d’environ 150 000 à 200 000 Serbes. Pendant la même période 200 000 à 240 000 Albanais arrivant d’Albanie, s’installent au Kosovo. A cet égard, on notera que toutes les chancelleries occidentales étaient clairement au courant de la situation et de nombreux médias occidentaux évoquent déjà les revendications sécessionnistes des Albanais et leurs crimes contre les Serbes, tels le New York Times, The Economist, Le Monde, Reuters, etc (6). Avant de modifier radicalement leurs points de vue quelques années après et de devenir les critiques les plus féroces des Serbes et les soutiens des  »malheureux Kosovars » victimes des  »méchants Serbes ».

Enfin, les Serbes du Kosovo s’organisent et manifestent contre la terreur dont ils sont l’objet. Le 23 mars 1989, le parlement du Kosovo adopte des amendements à la constitution de la Serbie proposés par Belgrade et qui reviennent sur les privilèges octroyés par Tito. Un sursaut national traverse le peuple serbe. Le 28 juin 1989, un demi-million de Serbes fêtent le 600 ème anniversaire de la bataille de Kosovo Polje (7), sur les lieux mêmes du combat. Le président de la République fédérale de Yougoslave, Slobodan Milosevic déclare que, si le Kosovo devait être défendu par les armes, il le ferait et que les batailles ne pourront être gagnées sans la détermination, le courage et l’abnégation, ces vertus présentes jadis au Champ des Merles.

Les Kosovars albanais vont alors riposter d’abord par une grande mobilisation organisant des grèves générales et mettant progressivement en place une véritable administration parallèle. Déjà, les médias occidentaux vont colporter l’image d’une Serbie nationaliste, voulant réduire les aspirations du peuple Kosovar et faire taire les voix dissidentes. Le discours de Slobodan Milosevic sera bien évidemment utilisé par les médias pour dénoncer une prétendue dérive xénophobe et guerrière.

Quelques années plus tard, les Kosovars vont créer l’UCK (Ushtria Clirimtare e Kosovës), l’Armée de libération du Kosovo. Utilisant des méthodes de guérilla – d’ailleurs qualifiée d’organisation terroriste par les pays occidentaux – l’UCK va semer la terreur parmi les Serbes, les non Albanais et même les Albanais accusés de loyauté envers Belgrade.

Nous analyserons dans une seconde partie comment les pays occidentaux, principalement les Etats Unis secondés par le Royaume Uni, vont, d’abord attiser, ensuite instrumentaliser, ce conflit dans leurs seuls intérêts géopolitiques, en violation du droit international et en mépris total des droits des Serbes du Kosovo. Nous relèverons aussi le rôle cynique des médias qui, bien avant les épisodes libyen et syrien, seront leurs relais serviles. Dans un troisième volet, nous présenterons la situation tragique des Serbes, parqués aujourd’hui dans des enclaves, au milieu d’une population hostile.

MARC Jean | 15 septembre 2017

 

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]  Par Marc Jean — 16 septembre 2017

(1) Nikola Mirkovic, dans son livre Le martyre du Kosovo. Editions Jean Picollec, 2013, dont sont extraits un certain nombre d’observations de cet article. Nous recommandons vivement sa lecture.

(2) André Cheradame, Douze ans de propagande en faveur des peuples balkaniques, Paris, 1913, p.328-329, cité par Komnen Becirovic, dans Le Kosovo sur le calvaire, p.209, L’Âge d’Homme, 2009

(3) Au même moment, une autre division SS formée de bosniaques musulmans, est créée en Bosnie : la division Handschar, de sinistre réputation. Une troisième division de musulmans SS sera également créée en Bosnie : la division Kamar

(4) Smilia Avramov, Le Génocide en Yougoslavie dans le contexte du droit international, p.208, Belgrade, 1992, cité par Komnen Becirovic dans Le Kosovo sur le calvaire, p.241, L’Âge d’Homme,2009

(5) Nikola Mirkovic, Le martyre du Kosovo, Editions Jean Picollec, 2013, p.62-63

(6) Exodus Of Serbians Stirs Province in Yugoslavia (L’exode des Serbes remue la province en Yougoslavie), Marvin Howe, New York Times, 12 juillet 1982

(7) La bataille entre l’armée serbe commandée par le prince Lazare et le sultan Murat 1er au Kosovo Polje, le  »Champ du Merle », se déroula le 28 juin 1389. La lutte est féroce et laisse les deux armées quasiment anéanties. Le royaume serbe y perd presque toute sa chevalerie aux côtés du prince Lazare, décapité. Cette bataille, et cette date, sont à tout jamais gravées dans le cœur des Serbes et dans leur mémoire collective pour de multiples raisons. Le prince Lazare deviendra un symbole historique pour le peuple serbe, héros de la chrétienté et héraut de la liberté. Autant de valeurs, est-il besoin de le préciser, méprisées aujourd’hui par les mondialistes comme un Bernard Henri Lévy, qui fut, dans ce conflit comme aussi en Bosnie, un des plus farouches pourfendeurs des  »méchants  » Serbes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Kosovo_Polje

Source: http://arretsurinfo.ch/les-serbes-les-oublies-du-kosovo-13/

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Discours de Macron devant les Ambassadeurs : interview de Michel Raimbaud

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La nation ., #Politique étrangère

Discours de Macron devant les Ambassadeurs : interview de Michel Raimbaud

Emmanuel MacronLe mardi 29 août 2017, durant la Semaine des ambassadeurs, Emmanuel Macron a détaillé les grandes lignes de ses orientations de politiques étrangères à venir devant le corps diplomatique.

Le Cercle des Volontaires a souhaité interroger Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan, et au Zimbabwe ; il a également travaillé pour le Quai d’Orsay au Yémen et en Syrie. Il est l’auteur de l’ouvrage « Tempête sur le Grand Moyen Orient », sorti aux éditions Ellipses. Fin connaisseur du monde arabo-musulman et de l’Afrique, Michel Raimbaud a accepté de répondre à nos questions, et nous l’en remercions. Voici ses réflexions sur le discours d’Emmanuel Macron, à retrouver ici.

 

Cercle des Volontaires : En vue d’« assurer la sécurité de nos concitoyens », Emmanuel Macron a décrété « la lutte contre le terrorisme islamiste (…) première priorité de notre politique étrangère », tout en assumant « parfaitement l’emploi de cet adjectif ». À notre connaissance, c’est la première fois qu’un président français qualifie ainsi le terrorisme cible de son combat. Qu’en pensez-vous ?

Michel Raimbaud : Effectivement, Emmanuel Macron a souligné que la sécurité de la France et des Français constituait une priorité et qu’afin d’« assurer la sécurité de nos concitoyens » il faisait de « la lutte contre le terrorisme islamiste » « la première priorité de notre politique étrangère ». Ce n’est pas une surprise, mais la nouveauté, c’est qu’il désigne précisément le « terrorisme islamiste », insistant sur le fait qu’il « assume parfaitement l’emploi de cet adjectif ».

Plus précis dans son langage que dans sa pensée qu’il avait qualifiée récemment de « complexe », il rappelle la distinction souhaitable entre « islamique » et « islamiste » afin d’éviter à la fois l’angélisme (« nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d’un certain islam ») et la diabolisation, sachant que l’amalgame est plutôt la règle lorsque la question des « millions de musulmans qui vivent en Europe » est évoquée dans « la rue » française, au café du commerce ou dans les salons où l’on cause. Il aurait pu préciser « en France », puisque c’est le pays dont il est le président, un pays où les musulmans sont particulièrement nombreux. En tout cas, jusque là rien à dire.

C’est par la suite que le bât blesse, lorsque Macron entre dans le concret, évoquant les « deux grandes zones (qui) concentrent aujourd’hui nos efforts dans la lutte contre ce terrorisme : la Syrie et l’Irak d’un côté, la Libye et le Sahel de l’autre ».

Mal informé ou volontairement aveugle, il ignore superbement le rôle actif, l’acharnement de la France dans le soutien politique, diplomatique, militaire, à toutes les forces impliquées dans l’agression contre l’Etat syrien sous le couvert des fameux « Amis de la Syrie » : de l’Armée syrienne libre et l’opposition armée aux groupes terroristes et djihadistes divers qui ont constitué le vivier et le terreau du Front al-Nosra, franchise syrienne d’Al-Qaïda, puis de Daesh, l’organisation parente et « dissidente » de la précédente. Il fait aussi l’impasse sur l’alliance étroite de la France avec les Etats parrains et commanditaires des groupes terroristes en Syrie (Turquie, Qatar, Arabie Saoudite), de même qu’il passe pudiquement sous silence le rôle majeur du camp occidental dans la guerre lancée contre la Syrie, comme précédemment contre l’Irak et la Libye.

Pour M. Macron, Daesh, à l’instar d’Al-Qaïda et des centaines de groupes terroristes qui sévissent en Syrie, a surgi du néant et « dès son extension en Syrie et en Irak, a commencé à planifier des attaques contre nos intérêts, contre nos vies, notre peuple ». Présenté ainsi, c’est totalement incompréhensible… Certes Daesh est notre ennemi, mais il eût été sage que la France prenne connaissance des circonstances de sa naissance et de son expansion, qu’elle ne soutienne pas comme elle l’a fait de facto « les gars d’Al Nosra, qui font du bon boulot en Syrie… ».

De même, il est extraordinaire qu’Emmanuel Macron parle de la Libye en évoquant sa situation qui « en a fait un refuge pour les terroristes », en faisant semblant d’ignorer le rôle central de la France dans l’intervention de l’OTAN, dans la destruction de la Jamahiriya et la liquidation de Kadhafi

« Aujourd’hui, le terrorisme et son financement se sont nourris des crises régionales et des divisions, des divisions en Afrique, et des divisions du monde musulman », estime le Président français qui n’est manifestement pas au fait de la genèse des évènements et conflits dont il parle. Ce qui augure mal de sa capacité d’intervention dans la recherche de solutions aux crises du monde arabo-musulman qui se sont nourries surtout des ingérences et de la capacité de nuisance des Occidentaux et de leurs suppôts islamistes.

 

CdV : Emmanuel Macron évoque le rôle de la France, qui doit « tenir son rang dans un ordre mondial profondément bousculé », sur la désescalade militaire en Syrie. Il avance qu’« en instaurant un dialogue exigeant avec les Turcs, les Iraniens et les Russes, nous avons pu faire avancer concrètement la situation ». Le départ du président syrien est désormais annoncé comme n’étant plus une priorité pour la France. Que pensez-vous de ce revirement vis-à-vis de la Syrie ?

M.R. : Le Président français affirme que « le retour de la paix et la stabilisation de l’Irak puis de la Syrie » sont « une priorité vitale pour la France ».

Tout d’abord, il y a cette arrogance de principe. Est-il du ressort de Macron et de la France en général de contribuer à enclencher, « en Syrie surtout, une transition politique » « inclusive, où les populations seront justement représentées » ? Les « amis » que le gouvernement français a soutenus depuis le début de la guerre, en général émigrés en Occident ou dans les pays du Golfe, payés et entretenus grassement par leurs sponsors, ne peuvent guère prétendre à cette représentation, eux qui ont plaidé dès le départ pour l’intervention étrangère et la destruction de leur pays… Quant à la France, quelle légitimité a-t-elle pour terminer une guerre dont elle a été l’un des allumeurs et l’un des soutiens actifs, et pour gagner la paix qu’elle a toujours tenté de saboter…

Certes, il fallait changer de méthode, et dans ce domaine, on a pu croire à plusieurs reprises qu’un infléchissement était en vue. Mais chaque avancée, fût-elle légère, a été compensée à bref délai par un recul au moins équivalent. Le départ du président syrien a été annoncé par Macron comme « n’étant plus une priorité pour la France », mais il l’est encore pour le ministre Le Driant, qui n’hésite pas à prendre le contre-pied de son patron, deux jours après la réunion des Ambassadeurs… Cela fait désordre. Quelle fiabilité accorder à de telles « avancées » ?

Nous investir dans la reconstruction de la Syrie et reconstruire la stabilité de la Syrie ? Après avoir contribué effectivement à sa déstabilisation et à sa destruction ? La France qui s’est mise hors du dossier par son approche injuste, immorale et irréaliste a-t-elle fait avancer concrètement la situation en instaurant avec les Turcs, les Iraniens et les Russes ce dialogue exigeant que mentionne M. Macron ? Celui-ci croit-il vraiment que sa simple apparition produit un effet miraculeux ?

Enfin, comme tout Occidental arrogant qui se respecte, le chef de l’Etat fixe des lignes rouges, en Syrie comme ailleurs. Ne lui demandez surtout pas de quel droit ? C’est le droit du plus fort, ce qui est déjà tout un programme, d’autant plus que la France est loin d’être la plus forte sur le théâtre syrien. Et les lignes rouges tracées à Paris sur l’utilisation des armes chimiques sont assez tremblotantes du côté des preuves et du droit.

Quant aux accès humanitaires dans les zones de conflit, ils seraient sûrement mieux accueillis s’ils n’avaient pas servi dans le passé aux groupes terroristes pour se refaire une santé. Et puis, honnêtement, Bachar Al Assad et ses alliés se soucient peu des lignes rouges, seraient-elles tracées par Jupiter lui-même. Après toutes les épreuves qu’elle a subies ces dernières années, la Syrie tremblerait-elle devant M. Macron ? Quant au groupe international de contact qui associe soi-disant les principaux acteurs engagés, à l’exclusion du gouvernement syrien, ne comptez pas trop sur lui et sur les efforts de Le Driant, obsédé comme feu Hollande et feu Fabius par le « départ de Bachar Al Assad ». Qui donc parviendra à expliquer aux dirigeants français que ce départ n’est plus à l’ordre du jour ?

Enfin, « la contribution de la France et de l’Europe » à « la reconstitution un jour d’un Etat de droit en Syrie » paraît hypothétique, tant ces  faux « amis de la Syrie » ont fait preuve de leur capacité de nuisance. Si la justice devait être rendue quant aux crimes commis, ce ne sont pas les dirigeants auxquels pense Macron qui devraient être interpellés. De nombreux pays ont participé à l’agression contre la Syrie : comment ne pas voir que leurs dirigeants ont parfois beaucoup de morts sur la conscience et de sang sur les mains ?

 

CdV : Dans son discours, le président français a utilisé l’expression « Nouvel Ordre Mondial ». D’après vous, que recouvre aujourd’hui cette expression, que d’aucun estime controversée ?

M.R. : L’ordre mondial qui est aujourd’hui remis en cause n’est pas l’ordre de la guerre froide qui n’existe plus depuis 1990/1991, suite à la chute de l’URSS et à la dissolution du bloc communiste. Ce qui est bousculé, c’est au contraire l’ordre du « moment unipolaire américain » qui a permis aux États-Unis d’imposer à la planète leur hégémonie sans partage durant une vingtaine d’années, de 1991 à 2011.

Pourquoi 2011 ? Parce qu’à mon sens c’est l’année où l’ordre américain a chancelé : en mars 2011, l’Amérique et ses trois compères de la « communauté internationale » réussissent à convaincre la Russie et la Chine de voter la résolution 1973 autorisant une intervention armée contre la Libye du Colonel Kadhafi. Neuf mois plus tard, Moscou et Pékin bloquent par un double véto le premier projet de résolution ciblant la Syrie… Finie l’ère du bon plaisir.

Emmanuel Macron n’a pas tort lorsqu’il se réfère à une « intense remise en cause des certitudes diplomatiques » et au « brouillage des lignes telles que le monde en connaît depuis vingt-cinq ou cinquante ans ». Mais cet ordre est déjà obsolète. L’hyper puissance d’un seul Etat n’existe plus.

L’objectif de « refonder un ordre collectif, stable et juste, avec nos alliés et tous nos partenaires » est largement partagé. Ce fut pendant plusieurs décennies l’honneur de la France et de sa diplomatie que de rester fidèle à l’héritage gaullien d’indépendance nationale, de coopération et de solidarité, d’ouverture et de dialogue. Cet héritage a été jeté aux orties avec le retour au bercail occidental, signifiant la sujétion à l’atlantisme, la complicité avec le sionisme, la reddition à l’européisme. Si, comme le disait Mitterrand, « la France est notre patrie, mais l’Europe notre avenir », à quoi bon se référer à l’indépendance déjà compromise, à la souveraineté déjà déléguée ou partagée ou oubliée, à l’influence mondiale si nos élites ne jurent plus que par l’Europe et ont intériorisé l’idée d’un statut d’Ohio ou de Montana pour la France européenne ?

Quant à la France sans arrogance, mais grande, on en rêve !

 

CdV : Il ressort du discours du président qu’il souhaite renforcer l’union économique et monétaire, mais aussi l’Europe de la défense. Par ailleurs, la présence de l’OTAN en Europe de l’Est, notamment en Pologne et dans les pays baltes, se fait toujours plus accrue. Comment ces deux tendances s’articulent-elles et selon vous sont-elles compatibles ?

M.R. : Tout d’abord, l’indépendance des souverainistes ne consiste pas « à se réfugier derrière des frontières hermétiques », mais d’abord à récupérer les souverainetés perdues dans tous les domaines, politique, économique, financier, monétaire, diplomatique, et à retrouver des fiertés oubliées. La France n’est pas un petit pays, ni même une puissance moyenne, mais une ex-grande puissance désorientée et qui ne croit plus beaucoup en elle-même, ayant pris de surcroît l’habitude de s’en remettre à l’Europe et de plus en plus à l’Amérique, dont l’Europe est le satellite et le fidèle serviteur.

Le lieu de la souveraineté française est-il aujourd’hui l’Europe ? Où se trouve le mandat donné par la peuple français pour faire de cette Europe le lieu de sa souveraineté ? Voilà que l’on nous ressort, comme jamais auparavant, le mythe du couple franco-allemand et tous les stéréotypes qui vont avec. Macron est à peine entré à l’Elysée que le voilà déjà en route pour Berlin. Est-ce qu’un tel empressement s’impose ? L’Europe allemande a de beaux jours devant elle.

Le nouveau président pense-t-il réconcilier les Français avec l’Europe, comme il le dit si bien, en proposant tout un agenda de protection tous azimuts, destiné à les protéger du monde, mais qui réduira encore la marge de manœuvre nationale, déjà réduite à la portion congrue ? Ou encore un redémarrage de l’Europe de la défense autour du tandem franco-allemand ? Loin de redonner une envie d’Europe aux Français, une bordée de nouvelles avancées risque fort de les gaver…

L’avancée de l’OTAN vers la Pologne et les Pays Baltes ne fait que confirmer le tropisme atlantique de ces pays issus de l’URSS ou du Pacte de Varsovie et qui ont une revanche à prendre sur l’histoire. Les Européens devraient le savoir : lorsque qu’étaient inscrites à l’ordre du jour l’admission dans l’OTAN et l’adhésion à l’Union Européenne les sondages d’opinion mettaient en lumière deux constats : une confusion certaine entre l’OTAN et l’UE et une priorité manifeste accordée à l’organisation Atlantique.

 

CdV : Tout en établissant une filiation avec les accords sous le quinquennat d’Hollande, Emmanuel Macron a rappelé que « près de 800 000 réfugiés et déplacés attendent aujourd’hui du côté libyen », y notant une « menace réelle » pour l’Europe. Il y a un mois, le 27 juillet 2017, à Orléans, le président annonçait la création de « hotspots » aux frontières des pays africains et notamment en Libye. Le 28 août 2017, la veille du discours et lors d’une rencontre avec les chefs d’état tchadien et nigérien, Emmanuel Macron a fait marche arrière sur ce point. Comment interprétez-vous cette série d’événements ?

M.R. : « La situation de la Libye en a fait un refuge pour les terroristes ». La description est lapidaire pour le président d’un pays, la France, qui est responsable au premier chef de la dite situation, suite à la destruction de l’Etat libyen.

Toujours impérieux et jupitérien, M. Macron a « décidé ainsi en juillet de réunir les deux principaux protagonistes de la crise : le Premier ministre Fayez Sarraj d’un côté, et le chef de l’armée nationale libyenne Khalifa Haftar de l’autre ». Une « feuille de route », c’est décidément la manie des apprentis maîtres du monde, a été mise au point et la rencontre a permis de faire avancer la réconciliation entre Libyens sous l’égide des Nations Unies. Véritable miracle, la réconciliation serait en marche et aurait « vocation à être plus inclusive encore », ce qui est la tarte à la crème de la méthode macronienne. Les objectifs sont ambitieux, depuis l’éradication des terroristes, la protection du Sahel et la protection des voisins de la Libye, à la mise en œuvre de l’accord d’Alger sur le Mali, etc…

Dans ce contexte, la question des réfugiés et déplacés n’est sans doute plus prioritaire dès lors qu’ils attendent du côté libyen. L’interprétation des avancées, des marches arrière, des annonces et des contre-annonces de « La République en Marche » est un exercice délicat dans lequel je ne m’engagerai pas aujourd’hui. Comment y voir clair dans ce qui reste le chaos libyen, créé par ceux-là mêmes qui prétendent y remettre de l’ordre.

 

CdV : Tout en décrétant vouloir parler à tous (« nous n’atteindrons notre objectif qu’à condition de ne pas […] nous enfermer dans un camp. Certains ont choisi, c’est une erreur. La force de notre diplomatie est de parler à tous »), Emmanuel Macron a eu des propos cinglants à l’encontre du régime de Nicolás Maduro, au Venezuela : « une dictature tente de survivre au prix d’une détresse humanitaire sans précédent, d’une radicalisation idéologique inquiétante, alors même que les ressources de ce pays restent considérables ». Que pensez-vous de cette prise de position ?

M.R. : Le Président sait-il de quoi il parle ? Comment peut-il affirmer que les Français partagent sa position sur « le régime qui se met en place au Venezuela », alors qu’il s’agit du gouvernement en place, cible d’une opération de déstabilisation similaire à celles qui ont affecté depuis 1990 les pays de l’ex-Yougoslavie, les pays arabes, l’Ukraine, mais aussi le Brésil de Lula et Dilma victime depuis deux ou trois ans d’un coup d’état constitutionnel inspiré et fomenté par les neocons, US ou brésiliens, avec l’appui des évangélistes, en plein essor au détriment de l’Eglise Catholique.

 

CdV : L’ancien ambassadeur Michel Duclos a eu ce commentaire : « Macron a bien réussi son entrée sur la scène internationale en termes de style, et en diplomatie, le style c’est important. Grâce à lui, la France est de nouveau audible ». Pourtant, les éléments de la question précédente, et la tournée désastreuse en Europe de l’Est (notamment l’incident diplomatique déclenché avec la Pologne suite à sa charge concernant le refus de Varsovie de durcir la directive sur le travail détaché dans l’UE) nous interrogent. Pouvez-vous nous donner votre avis ?

M.R. : Si l’intéressé veut avoir l’oreille de M. Macron lorsqu’il murmure à l’oreille présidentielle, il a tout intérêt à s’en tenir à ce style de commentaire. De là à dire que « la France est de nouveau audible » semble discutable sur le fond. Serrer les mains de « Bibi », broyer les phalanges de Trump ou se les faire broyer par lui, « faire la leçon à Poutine » avant de décréter que « la Crimée n’est pas russe », amorcer un changement de cap sur la Syrie avant d’être contredit par son ministre des affaires étrangères, et surtout laisser percer à toute occasion la vieille arrogance occidentale comme si l’on était le maître du monde, n’est-ce pas risqué pour un pays qui depuis son retour au bercail atlantique choisit toujours la mauvaise cause ?

 

CdV : Emmanuel Macron a assuré vouloir « obtenir la transparence sur toutes les forces de financement du terrorisme ». Or, il a également insisté sur la nécessité de ne pas « choisir son camp » entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Pouvez-vous nous donner votre avis sur ces éléments ?

M.R. : Ces velléités sont tout à fait contradictoires. « Les forces de financement du terrorisme » sont archi-connues. Et la France aurait pu obtenir cette transparence depuis quelque temps si elle n’avait pas fermé les yeux sur les agissements de ses alliés stratégiques successifs, le Qatar, puis l’Arabie Saoudite, qui ont une certaine expertise et une certaine expérience en la matière.

Quant à « choisir son camp » entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, je crois que la France l’a déjà fait sans ambigüité. Fabius que salue Macron au passage est plutôt mal placé en ce qui concerne la neutralité envers l’Iran, lui qui a tout fait en son temps pour faire capoter l’accord nucléaire finalement signé en juillet 2015 entre Téhéran et le groupe de ses six interlocuteurs.

Les dirigeants saoudiens qui récemment désignaient l’Iran comme le chef de file du terrorisme dans le monde pour tenter de se défausser, ne manquent pas de culot, on le sait. Ils ne font en cela qu’imiter leurs maîtres. Etant donné l’état de dévastation dans lequel se trouve plongée la légalité internationale et le naufrage de la raison auquel la communauté mondiale a dû s’habituer depuis que l’Empire Atlantique et ses séides prétendent faire la loi, nul ne s’étonne plus d’entendre les régimes les plus voyous prêter à leurs ennemis leurs propres déviances.

 

CdV : Emmanuel Macron estime que son élection aura été « une réponse à tous les Cassandres qui pensaient que défendre l’Europe était une idée révolue ». Or, Cassandre, dans la mythologie grecque, a reçu d’Apollon le don de voir l’avenir et la malédiction de n’être jamais crue. Quelles conséquences tirez-vous de cette phrase dans la bouche du président ?

M.R. : Défendre l’Europe, qui est une sorte de prison des peuples, de rempart des élites contre la démocratie, est sans doute une idée révolue, comme le montre l’indifférence ou l’hostilité des électeurs aux scrutins européens. M. Macron la défend. Ce n’est pas une surprise, mais le président n’a pas été porté à l’Elysée par un raz-de-marée populaire. On peut d’ailleurs être surpris par un détail que certains auront peut-être noté : la forêt de drapeaux tricolores et la rareté des emblèmes européens dans les meetings électoraux du candidat et les mêmes symboles européens sortis en force et à toutes les sauces depuis l’élection.

Pour Cassandre et le reste, la formule macronesque ne me semble pas limpide…

 

CdV : Envisagez-vous des changements de fond dans la diplomatie française ?

M.R. : Non hélas. Seulement des changements « cosmétiques », dans l’habillage ou plutôt le maquillage (par définition éphémère et changeant) de cette diplomatie. Il n’y aura pas de changement de fond tant que certains fondamentaux n’auront pas changé : je pense en particulier à l’arrogance occidentale naturelle et indéracinable, qui réapparaît à chaque détour de phrase.

 

Michel Raimbaud, le 3 septembre 2017
(propos recueillis par Antoine Grappin)

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“Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ?” Conférence de Robert Charvin à la Sorbonne.

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La guerre, #Politique étrangère

Source : L’AAFC, Robert Charvin, 01-10-2016

Le 1er octobre 2016, le Professeur Robert Charvin, ancien doyen de la faculté de droit de Nice et par ailleurs vice-président de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu à l’amphithéâtre Lefebvre de la Sorbonne, dans le cadre du séminaire “Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre”, organisé notamment par le Professeur Jean Salem. En traitant le thème “Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ? L’escamotage de la géopolitique” devant un public de 80 personnes, Robert Charvin est revenu sur une question qu’il a abordée dans plusieurs de ses ouvrages, notamment Comment peut-on être Coréen (du Nord) ? et Faut-il détester la Russie ? Nous présentons ci-après le point de vue de Robert Charvin.

L’Occidental n’aime plus personne – ni le Chinois, ni l’Arabe, ni l’Africain. Mais dans la hiérarchie des détestations, les Nord-Coréens et les Russes occupent une place particulière – toute société n’a-t-elle pas besoin de se fabriquer des ennemis ? Dans un contexte de confusion idéologique, le discours sur les droits de l’homme se pare d’une indignation sélective : si le droit d’ingérence est invoqué pour justifier des interventions au nom de la liberté d’expression et de la démocratie, jamais il ne servira à libérer des syndicalistes emprisonnés ou à faire respecter les droits des travailleurs. Les régimes autoritaires alliés des Occidentaux peuvent continuer de bafouer impunément les libertés démocratiques.

La Russie, et depuis bien plus longtemps la Corée du Nord, sont soumises à des embargos occidentaux : ces peuples, assiégés, se sont dès lors constitués en citadelles. Leurs réactions sont logiques au regard des principes universels de la géopolitique, malheureusement oubliés dans les pays occidentaux. Ainsi, la Corée du Nord, pays de 25 millions d’habitants entouré de puissants voisins, marqué par le double drame de la colonisation japonaise et de la guerre de Corée, a développé des capacités d’autodéfense (y compris nucléaires), dans une logique obsidionale qu’on retrouve dans d’autres pays et à d’autres époques – par exemple en France dans les relations avec l’Allemagne entre 1871 et 1914. La géopolitique est ainsi la mise en oeuvre de ce qui est possible et souhaitable dans les relations entre puissances dans l’ordre international : pour garantir la paix, la sécurité internationale et le développement des nations, il est utile que se constituent des pôles de puissance qui garantissent des équilibres. La Russie aspire légitimement à constituer l’un de ces pôles, ce que contredit l’installation de troupes de l’OTAN directement à ses frontières. Moscou et Pyongyang ont ainsi mis l’accent sur la souveraineté des nations, qui n’est en aucun cas un repli sur soi mais l’affirmation par chaque Etat de son droit à maîtriser ses propres décisions de politique étrangère, sans ingérence extérieure. Contrairement aux Américains, les Russes et les Nord-Coréens n’entendent pas, quant à eux, imposer leur système politique à d’autres pays.

La reconstitution d’une puissance militaire russe n’a pas davantage à être condamnée que l’augmentation des budgets militaires américain ou français. Les Russes, contrairement aux Occidentaux, assument pour leur part pleinement leur histoire, qui s’inscrit dans un patriotisme incompris en Occident. Leur culture eurasiatique, spécifique, ne justifie pas qu’ils soient rejetés dans un autre “barbare“, comme le font les prescripteurs d’opinion occidentaux. Manifestement, les Russes ne sont plus bolchéviques mais ont toujours le couteau entre les dents, étant stigmatisés comme “complices de la barbarie”. Quand les victimes civiles des guerres occidentales (forcément des guerres justes et des guerres propres) sont escamotées par les médias, celles des interventions militaires russes sont mises au premier plan.

S’agissant des Nord-Coréens, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils l’assument ou pas, leur culture politique est profondément empreinte de confucianisme – ce qui génère des relations paternelles entre les dirigeants et le peuple. Ils ont choisi de ne compter que sur leurs propres forces et ont érigé ce principe en règle majeure d’un travail idéologique jugé fondamental, refusant déjà, hier, d’être membre du Conseil économique d’assistance mutuelle (CAEM) ou de relier leur réseau d’électricité à celui soviétique, comme le leur proposait Nikita Khrouchtchev. Ils ont payé le prix de cette indépendance lors des difficultés des années 1990, mais ont maintenu leur système politique et social.

La Corée du Nord offre un terrain privilégié pour permettre à des journalistes d’affirmer n’importe quoi, sans risque d’être contredit. Le discours hostile à la République populaire démocratique de Corée a même gagné les rangs des partisans de ceux qui se disent partisans du socialisme, quitte à oublier que, par la propriété collective des moyens de production, la Corée du Nord est bien un Etat socialiste. La détestation de la Corée du Nord a aussi une logique qu’explique la géopolitique : la nécessité pour les Etats-Unis de maintenir des troupes dans des positions avancées en Asie de l’Est, à proximité de la Russie et de la Chine, au prix de compromissions avec les dirigeants sud-coréens en matière de droits de l’homme.

Quand la France se permet de donner des leçons sur le nucléaire nord-coréen, alors qu’elle assume l’héritage gaullien de l’arme nucléaire comme garantie de son indépendance, l’histoire des négociations sur la question nucléaire en Corée montre le besoin de dialogue et de négociations, pour anticiper et prévenir les conflits – selon des principes conformes au droit international – et non l’invocation de pseudo-négociations après des interventions militaires et des ingérences dans les affaires intérieures d’autres pays.

Source : L’AAFC, Robert Charvin, 01-10-2016

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37 réponses à “Comment peut-on être Coréen du Nord… ou Russe ?” Conférence de Robert Charvin à la Sorbonne

Commentaires recommandés

Kiwixar Le 10 septembre 2017 à 09h41
 
 

Dire qu’il faut un Professeur, doyen d’université, pour expliquer à des adultes que des pays étrangers peuvent avoir un point de vue différent du nôtre. Dans une génération, il faudra un prix Nobel pour expliquer aux Occidentaux qu’il faut arroser les plantes avec de l’eau et non avec du Red Bull.

“Idiocracy” avec beaucoup beaucoup d’avance.

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