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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #terrorisme tag

Avec les mineurs du Donetsk sur le front du Donbass - 1ère partie. "Montez de la mine descendez des collines camarades !" Par Erwan Castel.

30 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La République, #La nation ., #Ukraine, #Terrorisme, #le nazisme

jeudi 30 mars 2017

 

Force et honneur (1)

 
"Montez de la mine descendez des collines camarades !"
 
Avec les mineurs du Donetsk sur le front du Donbass - 1ère partie
 
 
Lorsque l'armée ukrainienne arrive aux portes du Donbass, la population qui s'organise d'abord sur les barrages improvisées autour des localités va rapidement donner naissance à des groupes d'autodéfense qui vont évoluer vers des milices locales, embryons de la future armée républicaine.
 
L'ossature de cette milice a été formée par des volontaires étrangers, des déserteurs de l'armée ukrainienne, mais surtout des "gueules noires", ces ouvriers mineurs incarnant le Donbass et qui vont quitter leurs usines et galeries profondes pour s'opposer aux unités d'assaut de Kiev...
 
Cette "Shakhtyor Skaïa" de Donetsk n'est pas une nouveauté, elle perpétue en effet la tradition des "divisions de mineurs" du Donbass pendant la deuxième guerre mondiale, notamment la 383ème Division d’infanterie, cette unité du Donbass composée de bénévoles mineurs qui participa à la défense de la ville de Donetsk, aux combats en Crimée jusqu'à la bataille de Berlin, et qui s'est forgée une réputation exceptionnelle.
 
Aujourd'hui si le temps de l' "Opolcheny" (milice populaire) est terminé, il flotte toujours dans les rangs de l'armée de Donetsk déployée à l'ombre des terrikons (terrils) cet esprit populaire invincible qui entraîne les peuples aux moments critiques de leur Histoire à prendre en main les armes et leur destinée.
 
Ces derniers jours, avec une équipe de Novorossiya Today, je suis allé à la rencontre de la "Division des mineurs", une unité composée principalement de mineurs commandé par Constantin Kouzmin qui est également le vice-ministre des mines de la République Populaire de Donetsk. 
Formée en 2014, cette unité est toujours là, en première ligne, déployée dans le secteur de Luganskoe, sur le front Sud de la ville de Donetsk, à 500 mètres des avant-postes ukrainiens.
 
Partie 1 : Des "gueules noires" devenues "diables noirs"

Dans ce premier reportage nous évoquons l'important rôle joué par ces ouvriers dont la corporation incarne le coeur du Donbass dont elle a façonné par sa sueur et son sang autant le paysage que forgé  son esprit libre et rebelle...
 
Par son histoire, et surtout ses engagements politique et militaire, la corporation des mineurs du Donbass est devenue au fil du XXème siècle une élite de la société de l'URSS, et a conserver jalousement les valeurs d'entraide et de partage forgées dans les labyrinthes de tous les dangers à plus d'1 kilomètre de profondeur, au coeur de cette terre du Donbass. dont une ville minière porte même le nom de Stakhanov, ce "héros soviétique" qui symbolise cette élite ouvrière soviétique. 

Lorsque l'Allemagne nazie attaque l'URSS, le Donbass devient rapidement un enjeu stratégique important tant par ses richesses agricole (Hitler fera venir par trains entiers de la terre Noire du Donbass vers les champs allemands) et industrielle que par le couloir d'entrée vers le Caucase pétrolier qu'il représente. Cette terre est semée de champs de bataille dont les  noms vont resurgir du passé 70 années plus tard pour récrire une nouvelle page de son Histoire héroïque. 

 
"Les vengeurs du Donbass" 1945 pendant la bataille de Berlin
Lors de la "Grande guerre patriotique" de 1941 à 1945, les mineurs du Donbass vont s'illustrer dans les combats par leur courage extrême, leur refus de céder le terrain même lorsqu'ils sont à cours de munitions, continuant à se battre avec leurs baïonnettes et pelles de tranchée comme à Sébastopol en 1941. Leur combativité est telle que consigne est donnée aux forces allemandes de ne jamais faire de prisonnier chez les soldats des "Shakhtyor Skaïa" un ordre qui renforce encore plus encore s'il était encore possible leur ténacité et volonté de se battre jusqu'à la mort !
 
Le souvenir de ces faits d'armes, transmis de génération en génération a donné aux mineurs du Donbass cette conscience historico-politique doublée d'un courage et d'une endurance exceptionnelle forgés par des conditions de travail extrêmes, car au fond des mines de charbon ou de sel ces hommes ont appris à dominer et dépasser leur peur et leur fatigue. Lorsque  nous demandons aux soldats de la Division des mineurs à quel moment ils se sont engagés dans la défense du Donbass, tous nous répondent "pendant le Maïdan" lorsque les manifestations se transforment en coup d'état violent dirigé par des extrémistes aux discours ouvertement russophobes.
 
En ce début 2014, les mineurs sont aux premiers rangs des réunions, des manifestations anti-maïdan qui animent les débats dans les salles et les rues de Donetsk, et rapidement, la contestation devient colère après les massacres de la maison des syndicats d'Odessa (2 mai, près de 200 victimes parmi les manifestants fédéralistes), ou celui de Mariupol (9 mai, plus de 100 morts) pris d'assaut par les blindés le bataillon spécial néo-nazi Azov qui sonnent le temps de la Rébellion. 
 
 
Plus tard, en mai 2014à Slaviansk, quand la population reçoit le premier choc des colonnes blindées de l' ATO ("Opération Spéciale Anti terroriste") lancée par la junte de Kiev, de nombreux mineurs rejoignent la poignée des volontaires d'Igor Strelkov qui mène la résistance. Le 26 mai, la guerre arrive aux portes de Donetsk avec les premiers combats pour le contrôle de l'aéroport, et plus d'un millier de mineurs organisent une manifestation dans les rues de Donetsk. Le 18 juin, lorsque la violence des attaques ukrainiennes fait définitivement basculer la crise ukrainienne dans le gouffre sanglant d'une guerre civile, les mineurs de Donetsk, dont certains ont déjà formé des groupes d'autodéfense sur les barrages improvisés vont lancer un "appel aux mineurs et aux ouvriers de toute l’Europe" (Voir annexe 1).
 
Manifestations des mineurs de Donetsk le 18 juin 2014
 
Au lendemain de cette journée du 18 juin 2014, 200 mineurs se réunissent et ressuscitent l'unité "Shakhtyor Skaïa" sous le commandement de Pavel Shakun, et dont le père avait combattu dans les rangs de son aînée de la seconde guerre mondiale.
 
Pavel Shakun, le 1er commandant de la "Division des mineurs"
Les premiers volontaires ont entre 40 et 60 ans en moyenne, ce sont des mineurs qui ont fait leur service militaire dans les rangs de l'armée rouge, du temps de l'URSS. Beaucoup sont des vétérans d'Afghanistan ou de Tchétchénie, et ils vont entre les combats encadrer les plus jeunes qui commencent à accourir vers les casernes de la milice. 
 
"Baikal" qui commande aujourd'hui la position de l'unité près de Luganskoe sur laquelle nous nous sommes rendus était de ces premiers volontaires, il se souvient des premiers accrochages sur les barrages quand les volontaires étaient seulement armés de fusils de chasse, de barres de fer, de cocktails molotov, au milieu desquels se comptaient sur les doigts de la mains quelques armes de guerre dont certaines portaient gravées dans l'acier usé de leur canons les années héroïques "1941" "1943" etc... (aujourd'hui encore certaines armes de la seconde guerre mondiale continuent à équiper les unités de la DNR comme le fusil antichar PTRD par exemple). 
Rapidement des déserteurs ukrainiens vont rejoindre les rangs des milices, anciens soldats, douaniers et "berkout"  (police anti émeute), mais aussi des jeunes qui eux aussi quittent les usines ou l'université pour rejoindre leurs aînés miliciens qui sont parfois leur propre père, oncle, ou frère 
 
Mineurs du Donbass au combat : au centre un père et son fils et à gauche Baikal, qui chef commandant cette unité de la "Division des mineurs" et pour qui "il n'y a pas de combat plus important qu'un autre : tous les combats sont importants !"
Pendant l'été 2014, c'est l'escalade militaire et les escarmouches et accrochages deviennent alors de véritables batailles modernes et meurtrières. C'est le temps des "chaudrons", au cours desquels la "Division des mineurs" va être engagées 70 ans après sur les traces de son aînée. La "Shakhtyor Skaïa" est de tous les combats qui s’enchaînent semaine après semaine: "Shakhtyorsk", "Iliovaisk" "Aéroport" "Debalsevo"... Pendant toute cette période de 2014 à 2015, tous sont volontaires, bénévoles et ne survivent que grâce aux dons et aux aides de la population de Donetsk et des autres villes minières de la République de Donetsk. Aujourd'hui, l'unité a intégré le "Corpus abarone" l'armée professionnelle que la République a organisée pour homogénéiser des forces de défense, les former les structurer et leur donner équipements et statut socio-professionnel modernes.
 
 
Les mineurs du Donbass, que ce soit dans cette unité d'élite, mais aussi dans d'autres comme la brigade Kalmius par exemple dont ils forment également l'ossature, sont toujours en première ligne depuis maintenant 3 ans !
 
Sur cette position à 500 mètres des avant-postes ukrainiens, malgré des bombardements et des échanges de tirs quotidiens, la bonne humeur autant que la discipline nous accueillent dans des "blindages" impeccablement entretenus. Les hommes sont déterminés et soudés et l'esprit qui les animent semble n'être que le prolongement de celui trouvé au fond des puits de mines et où ils ont écrits sous la menace des "coups de grisou" les premières page d'une fraternité invincible. 
 
Pères et fils, ouvriers mineurs, tous deux enfants du Donbass en première ligne sur le front de Donetsk
Pour ces hommes guettant à l'horizon la menace d'un ennemi qui veut détruire leur identité, leur passé et leur avenir, la guerre est un malheur; un drame mais auquel ils participent par devoir car si la paix est ce rêve qui sommeille dans les coeurs de chacun, la Liberté est là derrière leurs tranchées, dans le secret de leurs foyers, là où une mère, une femme, des enfants les attendent en priant. Pour ces hommes, se battre est un devoir familial autant qu'un engagement politique car il veulent défendre une terre contre l'envahisseur mais aussi "construire une société avec l’esprit de solidarité que l’on trouve à la mine"
 
Ces mineurs de Donetsk que je vous invite à retrouver dans de prochains articles incarnent la rébellion contre le coup d'état du Maïdan, cette terre noire du Donbass qu'ils ont façonné depuis le XIXème siècle avec leur sueur et leur sang, autant que le rêve des peuples européens de vouloir et pouvoir vivre dans leur sanctuaire selon leurs coutumes et cultures. 
Dans cette jeune République de Donetsk dont le drapeau porte fièrement leurs outils, les mineurs représentent bien plus qu'un simple secteur économique régional: ils sont le coeur de ce peuple européen du Donbass, fidèle au passé tout en imaginant un avenir avec audace et humilité et qui sait nous montrer le chemin à suivre pour s'affranchir de l'esclavage de la ploutocratie mondialiste et de sa pensée unique déshumanisante.

 
Erwan Castel, volontaire en Novorossiya


Après cette première présentation de l'unité  "Shakhtyor Skaïa" nous retournerons pour rencontrer quelque uns de ces hommes ayant troqué la pioche contre le fusil d'assaut pour continuer à faire vivre le Donbass !

 
 
Annexe 1 :
 
L'appel des mineurs du Donbass aux mineurs 
et aux ouvriers de toute l’Europe
 
"Frères mineurs!
 
Nous voulons vous expliquer la situation réelle dans le Donbass. Les médias européens faussent ou font le silence sur la véritable image des événements.Nous savons que vous ne pouvez pas obtenir facilement une image fidèle de ce qui se passe ici, c’est pourquoi nous déclarons :
 
Nous, les mineurs, nous sommes obligés de nous battre avec nos armes pour défendre notre vie, pour survivre!
 
Notre objectif dans ce défi auquel nous faisons face est celui-ci: arriver à arrêter l’effusion de sang! La fin de la guerre aura lieu avec le jugement des criminels de guerre qui l’ont provoquée. Nous ne pouvons pas abandonner ce combat, parce que cela signifierait notre anéantissement moral et physique! Dès le début, « l’Euromaïdan » s’est trouvé sous le contrôle de la grande bourgeoisie: les oligarques ukrainiens et leurs commanditaires étrangers. En Février de cette année, s’est produit un coup d’état en Ukraine avec la participation active de groupes néo-nazis. C’est en réaction à cela que s’est formé le mouvement dans le Sud-Est du pays, qui a mis en avant au début des revendications modérées de fédéralisation et de reconnaissance du russe comme deuxième langue d’État, demande auxquelles le pouvoir a répondu par la terreur.
 
 
La situation dans le Donbass prend l’allure d’une véritable guerre dans laquelle des civils sont tués: des personnes âgées, des femmes, des enfants. On vous ment de façon effronté en prétendant qu’il s’agit d’une guerre entre l’Ukraine et la Russie. Ce n’est pas vrai! La guerre se déroule entre le peuple et une poignée d’oligarques soutenus par l’UE et les Etats-Unis. Le malheur de l’Ukraine réside dans le fait que l’exercice de l’autorité est tombé aux mains de pourritures qui ont réussi à infecter par leurs idées fascistes une partie de la société. Nous, le peuple du Donbass, nous luttons contre toutes les manifestations de nazisme et de fascisme. Nous nous battons avec un fusil à la main pour notre vie et celle de nos proches. Nous n’avons pas à nous retirer-c’est notre terre! Nous nous tournons vers vous, travailleurs des pays européens, en vous demandant votre aide solidaire:aidez nous à briser le bastion du fascisme en Ukraine. Ce sera notre victoire commune !"
 
Mikhaïl Krylov, Président du Syndicat indépendant des mineurs de Donetsk, 
 
18 juin 2014
 
 
Sources de l'article : 

Les mineurs dans les armées des Républiques populaires de Donetsk et Lugansk
- Appel des mineurs du Donbass
- Les mineurs du Donbass vont au charbon contre Kiev

 


 
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« Le cycle néolibéral touche à sa fin », entretien avec Jean-Michel Quatrepoint. Par Coralie Delaume dansé l'Arène nue".

26 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #La finance dérégulée, #Daesch, #l'horreur économique, #Terrorisme

vendredi 17 mars 2017

 

« Le cycle néolibéral touche à sa fin », entretien avec Jean-Michel Quatrepoint

 

 
 
 



Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économique et essayiste. Il est notamment l'auteur de Le Choc des empires. Etats-Unis, Chine, Allemagne: qui dominera l'économie-monde ? (Le Débat, Gallimard, 2014) et de Alstom, scandale d'Etat - dernière liquidation de l'industrie française (Fayard, en septembre 2015) . ll est membre du Comité Orwell présidé par Natacha Polony.
 
***
 
Dans une vidéo parue sur Xerfi canal, vous expliquez que nous sommes en train de changer de cycle et que le néolibéralisme a atteint ses limites. Qu'est-ce qui vous faire dire ça ? Est-ce l'élection de Trump aux États-Unis ? Le Brexit en Europe ? 
 
Oui. Le néolibéralisme est entré dans un processus de reflux, après son apogée que je situe en 2007-2008, avec la grande crise : crise des subprimes aux États-Unis, puis crise des « dettes souveraines » et de l'euro, par ricochet, en Europe. 
 
Ce cycle néolibéral avait commencé le 15 août 1971, avec l'abandon de la convertibilité du dollar en or, autrement dit avec la fin du système de Bretton Woods. Une fin décidée unilatéralement par Nixon alors que les Américains avaient besoin de créer beaucoup de monnaie pour financer tout à la fois la guerre du Vietnam et la guerre des étoiles. En 1971, on bascule donc dans un système de changes flexibles. Dans le même temps, l'école de Chicago [une école de pensée néolibérale dont la figure emblématique est Milton Friedman] entreprend un travail théorique visant à bâtir un corps de doctrine en rupture avec le keynésianisme. Cette école théorise le « trop d’État, trop de syndicats, trop de conglomérats et de monopoles ». Elle plaide pour la dérégulation et la casse du système pour le rendre plus dynamique. 
 
Puis Reagan arrive au pouvoir aux États-Unis (Thatcher l'a précédé en Grande-Bretagne, de la même façon que le Brexit a précédé Trump de quelques mois) pour appliquer ce programme. Il est d'ailleurs amusant de rappeler qu'il se fait élire sur le slogan « Make America great again ». Car à la fin des années 1970, l'Amérique est en proie au doute. On se situe juste après le Watergate, l'impeachment de Nixon, la défaite au Vietnam, la prise d'otage à l'ambassade d'Iran. Par ailleurs, c'est l'époque où se posent les premiers problèmes de désindustrialisation. Les États-Unis se heurtent à l'ambition japonaise, tout comme ils se heurtent aujourd'hui à l'offensive chinoise. Pendant la première moitié de la décennie 1980, ils organisent donc la contre-offensive. L'affaire se solde par les accords monétaires du Plaza de septembre 1985. Le Japon est mis à genoux et obligé de réévaluer sa monnaie de 100 % en un an. Au passage, l'Allemagne doit réévaluer elle aussi. 
 
[pour les anglophones cette petite vidéo explique les accord du Plaza] :
 
 
 
 
Vous voulez dire en somme que le début de la présidence Reagan correspondait à l'entrée dans un cycle, comme celui dans la présidence Trump signale qu'on est en train d'en sortir ?
 
Oui. Avec des différences mais avec des similitudes également. A l'époque - c'est une différence -Reagan commence par casser les monopoles : dans les télécoms, dans le transport aérien, etc. Puis il dérégule, libéralise progressivement les mouvements de capitaux. Enfin, il se tourne vers les Européens et leur demande de procéder de même, au nom de la réciprocité. Mais par ailleurs – ça, ce sont plutôt des similitudes - Reagan donne un coup de pouce fiscal aux entreprises d'une part, et entreprend de gros travaux d'infrastructure d'autre part. Sur ce, au début des années 1990, le communisme s'effondre. 
 
C'est une nouvelle étape du cycle...
 
Tout à fait. Une étape décisive. On considère que le système américain a gagné, puisqu'il est le seul à subsister. Il a gagné parce qu’il a produit plus de richesses en Occident et les a mieux redistribuer que le communisme. Puisqu’il a gagné on va donc appliquer ses règles - libre échange, privatisations, dérégulation, démocratie à l’occidentale -  aux quatre coins du monde. Et l'on se met à théoriser la globalisation. 
 
Politiquement, les États-Unis entrent dans l'ère Clinton. C'est un tournant. Alors que les Républicains étaient l'un sans être l'autre, pour la première fois arrivent aux commandes, avec les Démocrates, des gens qui sont à la fois très néolibéraux en économie et très « diversitaires » sur le plan culturel. Dès lors, on voit monter en puissance la glorification des minorités et la sacralisation des différences. 
 
Au non d'une certaine idée de « l'ouverture » ?
 
Et au nom de l'idée que puisqu'on a gagné, c'est qu'on a le meilleur modèle. Qu'il n'y a pas de prospérité possible sans l'application de ce modèle. C'est ce que les Américains vont tenter d'expliquer aux Chinois et aux Russes. 
 
Concernant les Russes, on envisage avant tout d'en faire des fournisseurs de matières premières. Mais d'abord on les punit en démantelant l'édifice dont ils sont le pivot. La Russie passe à 140 millions alors que l'URSS en comptait 300 millions. Et Brzezinski - l'auteur très écouté du « Grand échiquier » et qui a longuement plaidé pour une séparation irrémédiable de la Russie et de l'Ukraine - voulait aller plus loin encore.
 
Quant à la Chine, elle est perçue comme un eldorado où les multinationales américaines vont pouvoir massivement délocaliser, dans l'espoir de s'emparer à terme du marché chinois. Les États-Unis envisagent d'installer toute l'industrie en Chine et de se spécialiser sur la finance, les services, la Défense, l'entertainment (Hollywood, les produits culturels...). Il est également prévu que l'on compense le déficit commercial ainsi généré grâce aux excédents  sur les services les revenus des brevets, des capitaux, et les  achats de dette américaine par les pays qui accumulent les excédents commerciaux. Lawrence Summers ( économiste et secrétaire au Trésor de Bill Clinton en 1999-2001 ) a d'ailleurs théorisé la chose en expliquant qu'il fallait délocaliser toute l'industrie polluante dans les pays émergents, et ne conserver sur le sol américain que les activités « nobles » et de conception.
 
Mais aujourd’hui, on change de cap...
 
A vrai dire, c'est Obama qui aurait dû opérer ce virage. Il a été élu précisément pour cela. Lors de la primaire démocrate, il avait été choisi contre Clinton, à la surprise générale. Sachant que les Clinton incarnent à eux deux tout le processus de déréglementation économique (suppression du Glass Steagall act qui séparait les banques de dépôt et celles d'investissement, par exemple), le vote Obama représentait déjà une tentative de sortir de ce piège. 
 
[pour les anglophones cette petite vidéo explique le Glass Steagall act] :
 
 
 
Le problème c'est qu'Obama a énormément déçu. Il voulait agir, pourtant. Mais il a capitulé devant tous les lobbies e le  bilan de son Obamacare est très mitigé. En revanche il a sauvé General Motors et mené à bien une révolution énergétique qui a permis au pays de devenir autosuffisant dans le but de diminuer le déficit de la balance commerciale. Ça, ce n'est pas rien. 
 
Revenons sur Trump. Que peut-il faire à présent ? 
 
Trump a une obsession, c'est le déficit de la balance des comptes courants. Et il a raison. Lorsqu'on regarde les chiffres de ce déficit, on s'aperçoit que rien n'a changé sous Obama. Les avantages tirés de la politique énergétique volontariste sont effacés. L'an dernier, le déficit commercial s'est élevé à 750 milliards de dollars. Certes, avec 250 milliards de bénéfices sur les services et la finance, le déficit des comptes courants n'est « que » de 500 milliards. Mais cela fait dix ans que ça dure ! C'est colossal ! Car bien sûr, tout cela se traduit par de l'endettement. Sous Obama, la dette publique a doublé. Elle est passé de 10 000 à 20 000 milliards de dollars. Quant à la dette privée, celle des entreprises et des ménages, elle repart actuellement à la hausse. L'épargne est négative aux États-Unis.
 
Ce que Trump veut, c'est combler ces déficits colossaux. Il s'est donc fixé pour objectif de récupérer de l'industrie manufacturière et de la matière fiscale. C'est aussi la raison pour laquelle il s'est empressé de cibler les pays ayant des excédents sur l'Amérique. Ces pays sont la Chine, l'Allemagne, le Mexique et le Japon. Le tout dernier est une pièce maîtresse du dispositif géostratégique américain dans le Pacifique, donc il est relativement épargné. Mais les trois autres sont pilonnés par l'administration Trump. 
 
D'où l'idée invraisemblable du mur à la frontière mexicaine, par exemple ? 
 
Oui, cette annonce est très symbolique. Mon hypothèse est que Trump a fait le choix, parce que c'est dans son tempérament et parce qu'il a constaté l’échec d'Obama, de « casser la baraque », y compris en se montrant très provocateur. Il part du principe qu'avec l'establishment, la manière douce est inopérante. Donc il y va au chalumeau. Par exemple, il brutalise les journalistes et se passe des médias : il twitte. Et c'est loin d'être sans effet ! Regardez les grandes entreprises. Ce qui compte, pour elles, c'est évidemment leur valeur boursière. Et si le Président fait un tweet expliquant que Ford est un mauvais américain parce qu'il veut délocaliser 1000 emplois, immédiatement, l'action chute en bourse. 
 
La contrepartie c'est que Trump s'est constitué un pool d'ennemis irréductibles qui feront tout pour se débarrasser de lui. Parmi ceux-ci figurent les agences de renseignement, qui sont nombreuses et emploient plus de 800 000 personnes. Depuis le 11 septembre 2001, elles ont pris une importance considérable et constituent un véritable État dans l’État. Parmi les ennemis de Trump figure également l'administration, tout aussi jalouse de ses prérogatives qu'elle peut l'être en France. Vient ensuite l'establishment médiatique, qu'il n'a pas flatté dans le sens du poil, c'est le moins que l'on puisse dire. Autres ennemis enfin, les « GAFA » (les géants du Web : Google, Apple, Facebook, Amazon). Ils fascinaient Obama, qui leur a tout passé, n'a rien su réguler, n'est jamais parvenu à leur faire rapatrier les profits accumulés à l'étranger. Trump, lui, les a ignorés. Il a gagné l'élection en faisant sciemment l'impasse sur les côte Est et Ouest, et en ne faisant quasiment campagne que dans les dix swing states. Dans ces swing states, il a par ailleurs utilisé pour sa campagne un logiciel fabriqué par une entreprise appartenant à Peter Thiel, le seul magnat de la Silicon  Valley à l'avoir soutenu et aujourd'hui son conseiller technologique. Cet outil permet un ciblage marketing extrêmement fin qui a permis aux organisateurs de la campagne d'identifier les électeurs qui, dans les États concernés, étaient capable de faire pencher la balance en faveur du candidat. C'est sur ceux-ci qu'on a fait porter l'effort maximal. 
 
Mais Trump a été élu dans des conditions improbables, à l'arrachée. S'il n'a en plus que des ennemis, avec qui peut-il gouverner  ?
 
Avec la moitié des Américains tout de même, c'est à dire avec ceux qui l'ont élu ! Trump a également de son côté une bonne partie des syndicats, notamment ceux du transport routier, du secteur pétrolier, du BTP. Forcément, avec 1 300 milliards d'investissements annoncés dans les infrastructures... 
 
Il a aussi quelques banquiers.... et c'est paradoxal. Vouloir acter la fin du cycle néolibéral en s'entourant d'anciens de chez Goldman Sachs.... on a le droit d'être dubitatif ? 
 
On a le droit. Mais je pense surtout que Trump a compris qu'on ne pouvait pas avoir trop d'ennemis en même temps. Donc il ménage Wall Street. Il n'y a qu'à voir la bourse américaine, qui était supposé souffrir et qui bat en réalité record sur record. En plus, c'est habile. Parce que les GAFA, qui sont souvent surcotées en bourse, ont davantage besoin de Wall Street que l'inverse. Si l'on se fâche avec les unes, il est important de ménager l'autre. 
 
Une partie du patronat, enfin, soutient Trump. Certains patrons ont bien compris qu'un changement de cycle était déjà amorcé. Le principal signe en est que le commerce mondial progresse désormais moins vite que le PIB mondial... alors-même que celui-ci augmente moins vite. Depuis deux ou trois ans, les grandes entreprises, sans aller jusqu'à relocaliser, commencent à réorganiser leur chaîne de valeur. Les investissements ont déjà commencé à être réorientés avant l'accession de Trump à la présidence. La difficulté à ce stade, c'est que ces choses-là ne s'opèrent pas en un claquement de doigts. Une décision d'investissement relocalisé peut demander des années d'étude et de travail. A noter également : les créations d'usine relocalisées aux États-Unis poussent très loin la robotisation, et ne créent pas forcément tant d'emplois que cela. C'est d'ailleurs là le vrai sujet du nouveau cycle économique qui s'ouvre, et pas seulement aux États-Unis : où créée-t-on de l'emploi ? 
 
Le problème est d'autant plus saillant que personne n'a vraiment anticipé le changement de cycle. Tout le monde - jusqu'à Pascal Lamy - est d'accord pour dire que la globalisation a été trop loin. Et qu'il faut instaurer des régulations et des freins. Quelles régulations toutefois ? Et quels freins ?.... 
 
Sommes-nous entrés dans une phase de démondialisation ? 
 
Tout à fait. Ou de retérittorialisation, même si ses modalités restent à définir. La notion de « frontière » est en cours de réhabilitation..... 
 
Et l'Europe dans tout ça ? Trump n'a de cesse de vilipender les gros pays créanciers, c'est à dire la Chine et l'Allemagne. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur l'Allemagne, donc sur l'Europe ? 
N'allons pas trop vite. Le principal problème pour lui est la Chine, non l'Allemagne. Les États-Unis restent très dépendants de Pékin. Et même si Trump a été très offensif au début en appelant la Présidente de Taïwan - c'était peut-être une gaffe d'ailleurs - il a tout de même fait une fleur substantielle aux Chinois en renonçant au TTP (le traité de libre-échange trans-Pacifique) qui était explicitement dirigé contre eux. 
 
Vient ensuite la question de la mer de Chine. Les Chinois considèrent que c'est leur mer intérieure et que les Américains n'ont rien à y faire. Inversement, les Américains refusent depuis toujours l'idée qu'une puissance du Pacifique possède une flotte capable de venir frôler leurs côtes. A vrai dire, ils se considèrent comme une île et pour eux - comme pour les Anglais autrefois - le contrôle des mers est essentiel. Dès lors, lorsque les Chinois affichent, comme c'est le cas, une volonté de constituer une flotte de guerre avec des porte-avions, il s'agit pour les États-Unis d'un casus belli. En somme, il y a sans doute, entre les deux puissances, un compromis à négocier. Il pourrait consister à laisser intégralement la main aux Chinois en mer de Chine, et à leur demander, en contrepartie, un strict respect de la doctrine Monroe (« l'Amérique aux Américains ») énoncée au début du XIX° siècle mais toujours prégnante. 
 
Est-ce que ce « donnant-donnant » pourrait valoir aussi avec les Russes ? 
 
La Russie, pour les Américains, n'est pas un enjeu de même ampleur que la Chine. La Russie est une vraie puissance militaire. C'est d'ailleurs là une brillante réussite de Poutine, qui a redonné de la fierté à son pays en utilisant l'armée et avec peu de moyens. En revanche, sur le plan économique, la Russie n'existe pas. Son PIB c'est celui de l'Espagne, guère plus. Elle est poursuivie par cette malédiction des pays pétroliers qui vivent de la rente et ne parviennent pas à accéder au stade suivant du développement économique. 
 
Donc au bout du compte, si Trump veut normaliser les relations entre les États-Unis et la Russie, c'est parce qu'il n'y a pas spécialement de danger de ce côté-là....
 
Non, la Russie n'est en aucune façon un créancier des États-Unis. De plus, les Américains n'ont aucun intérêt à ce que se forme une alliance trop étroite entre la Russie et la Chine. 
 
Et pour en revenir à l'Allemagne ?
 
Que veut l'Allemagne ?... C'est une question à laquelle je serais bien en peine de répondre à ce stade. Attendons déjà de voir si le prochain chancelier sera Merkel ou Schulz. Le SPD, en effet, est traditionnellement bien plus pro-russe que la CDU. Il suffit de se rappeler l'époque Schröder, et la manière dont l'axe Paris-Berlin-Moscou s'est opposé à Bush au moment où il lançait sa guerre en Irak. 
 
Peut-on recréer cet axe ? Pour moi, le véritable enjeu de l'Europe est celui-ci. Soit l'Allemagne joue le jeu de « l'Europe européenne », pour reprendre une expression gaullienne, et normalise à cette fin sa relation avec Moscou. Soit elle demeure atlantiste et refuse d'envisager la dimension stratégique de son rapport au monde. Elle restera alors le pays exclusivement mercantiliste qu'elle est actuellement, soucieuse uniquement de se tailler la part du lion dans le commerce mondial en usant et abusant à cette fin d'une monnaie qui l'arrange, l'euro. Mais il n'est pas certain que la construction européenne puisse survivre longtemps à la seconde option. 
 
 
Et pour aller plus loin : 
 
 
 
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Que se passerait-il si Washington renonçait au jihad ? par Thierry Meyssan

23 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch

Que se passerait-il si Washington renonçait au jihad ?

La volonté du président Trump de combattre Daesh et d’en finir avec le terrorisme international est extrêmement difficile à mettre en œuvre. En effet, elle porte préjudice aux États qui l’ont organisé et implique une réorientation de la politique internationale. Le nouveau président états-unien ne semble pas en mesure de donner ordre à ses troupes de passer à l’attaque tant qu’il n’a pas trouvé et scellé de nouvelles alliances.

Le 21 mars 2017
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L’opposition que rencontre le président Donald Trump est si forte que le plan de lutte contre Daesh, qui devait être présenté le 22 mars lors d’un sommet de la Coalition à Washington, n’est toujours pas prêt. Sa ligne politique est toujours aussi floue. Seul l’objectif d’éradication du jihadisme a été acté, mais aucune de ses implications n’a été résolue.

Le général Joseph Votel, le patron du CentCom, n’a toujours pas présenté les options sur le terrain. Il devrait le faire uniquement début avril.

Sur le terrain, on se contente donc d’échange d’information entre États-uniens d’un côté, Russes et Iraniens de l’autre. Pour maintenir les choses en l’état, les trois puissances sont convenues de prévenir un affrontement entre Turcs et kurdes. Et des bombardements intenses sont menés contre Al-Qaïda au Yémen et contre Daesh en Irak. Mais rien de décisif. L’attente est de rigueur.

Pour le compte de Londres et de Washington, l’arme du terrorisme international est gérée par la Ligue islamique mondiale depuis 1962. Elle comprend à la fois la Confrérie des Frères musulmans (composée d’arabes) et l’Ordre des Naqchbandis (surtout composé de turco-mongols et de caucasiens).

Jusqu’à la guerre du Yémen, le budget militaire de la Ligue était plus important que celui de l’armée saoudienne, de sorte que la Ligue est la première armée privée au monde, très loin devant Academi/Blackwater. Même s’il s’agit uniquement d’une armée de Terre, elle est d’autant plus efficace que sa logistique dépend directement du Pentagone et qu’elle dispose de nombreux combattants suicides.

C’est la Ligue —c’est-à-dire les Séoud— qui fournit à Londres et à Washington le personnel qui organisa la seconde « Grande Révolte arabe », en 2011, sur le modèle de celle de 1916, mais sous la dénomination de « Printemps arabe ». Dans les deux cas, il s’agissait de s’appuyer sur les wahhabites pour redéfinir les frontières régionales au profit des Anglo-Saxons.

Il ne s’agit donc pas simplement d’abandonner l’arme du terrorisme, mais aussi :
 de rompre l’alliance entre Londres et Washington pour le contrôle du Moyen-Orient élargi ;
 de priver l’Arabie saoudite et la Turquie de l’arme qu’ils développent pour le compte de Londres et de Washington depuis un demi-siècle ;
 de déterminer le futur du Soudan, de la Tunisie et de la Libye.
En outre, il faut également trouver un accord avec l’Allemagne et la France qui ont abrité des dirigeants de la Confrérie depuis 1978 et ont financé le jihad.

D’ores et déjà, nous voyons que le Royaume-Uni ne l’entend pas de cette oreille. Il s’avère que c’est le GCHQ (service d’interception satellitaire britannique) qui a placé la Trump Tower sous écoutes durant la campagne électorale et la période de transition. Tandis que, selon l’Agence jordanienne Petra, l’Arabie saoudite a secrètement financé un tiers de la campagne électorale d’Hillary Clinton contre Donald Trump.

C’est pourquoi le président Trump semble chercher de nouveaux alliés pour lui permettre d’imposer ce changement.

Il organise actuellement une rencontre avec le président Xi Jinping au cours de laquelle il pourrait planifier l’adhésion de son pays à la Banque d’investissement chinoise. Il placerait alors ses alliés devant le fait accompli : si les États-Unis participent à la construction des routes de la soie, il deviendrait impossible au Royaume-Uni, à l’Arabie saoudite et à la Turquie, à l’Allemagne et à la France de poursuivre le jihad en Irak, en Syrie et en Ukraine.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Arrêtons d’armer des terroristes. Le projet de loi de la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard arrive devant le Sénat des USA

18 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Turquie, #Terrorisme, #Daesch

Arrêtons d’armer des terroristes


Le projet de loi de la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard arrive devant le Sénat des USA


Par Tulsi Gabbard– Le 10 Mars 2017 – Gabbard.house.gov via entelekheia.fr

Washington, DC— Le projet de loi « Arrêtons d’armer des terroristes » de la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard a été présenté au Sénat par le Sénateur Rand Paul. La législation bipartisane (H.R.608 et S.532) interdirait à toutes les agences fédérales des USA d’utiliser l’argent des contribuables pour fournir des armes, des fonds, des renseignements ou tout autre soutien à al-Qaïda, Daech et autres groupes terroristes, et il interdira au gouvernement d’acheminer des fonds et des armes à travers des pays tiers qui soutiennent directement ou indirectement des terroristes.

 

Le projet de loi est actuellement coparrainé par les Représentants John Conyers (Dém-MI), Scott Perry (Rép-PA), Peter Welch (Dém-VT), Tom Garrett (Rép-VA), Thomas Massie (Rép-KY), Barbara Lee (Dém-CA), Walter Jones (Rép-NC), Ted Yoho (Rép-FL) et Paul Gosar (Rép-AZ), et soutenu par les Démocrates Progressistes d’Amérique (PDA), les Vétérans pour la Paix, et l’US Peace Council.

« Pendant des années, le gouvernement a soutenu des groupes militants armés qui travaillaient directement pour, et étaient souvent sous le commandement de groupes terroristes comme Daech et Al-Qaïda, dans leur combat pour abattre le gouvernement syrien. Plutôt que dépenser des milliards de dollars dans des guerres de changement de régime au Moyen-Orient, nous devrions nous concentrer sur l’éradication de terroristes comme Daech et al-Qaïda, et utiliser nos ressources pour investir dans la reconstruction de nos communautés ici, chez nous », a dit la Représentante au Congrès Tulsi Gabbard. « Le fait que des dollars du contribuable soient utilisés pour renforcer les groupes terroristes mêmes que nous devrions être occupés à combattre devrait alarmer chaque membre du Congrès et chaque Américain. Nous en appelons à nos collègues et à l’Administration présidentielle pour qu’ils se joignent à nos efforts pour faire adopter ce projet de loi. »

« Une des conséquences indésirables des interventions illimitées est que des fonds et des armes américains bénéficient à ceux qui nous haïssent », a dit le Sénateur Rand Paul. « Ce projet de loi renforcera notre politique étrangère, améliorera notre sécurité, et sauvegardera nos ressources. »

Contexte : Le projet de loi « Arrêtons d’armer des terroristes » vise à interdire que des fonds gouvernementaux soient utilisés pour soutenir Al-Qaïda, Daech ou d’autres groupes terroristes. De la même façon que l’amendement Boland a été voté pour interdire le financement et l’assistance aux Contras du Nicaragua soutenus par la CIA au cours des années 80, ce projet de loi interdira la CIA ou d’autres activités gouvernementales fédérales dans des lieux comme la Syrie, en s’assurant que des fonds américains ne pourront pas être utilisés pour soutenir al-Qaïda, le Front al-Nosra, Daech ou d’autres groupes terroristes travaillant avec les précités. Il interdira également au gouvernement fédéral de financer une assistance à des pays qui soutiennent directement ou indirectement ces groupes terroristes. Dans ce but, ce projet de loi se propose de :

  • Rendre illégale toute utilisation de fonds fédéraux gouvernementaux à des fins d’assistance à des groupes terroristes couverts par ce projet de loi. Cette assistance comprend les armes, les munitions, les plate-formes d’armes, les renseignements, la logistique, l’entraînement et les financements.
     
  • Rendre illégal pour le gouvernement des USA d’apporter toute assistance couverte par le projet de loi à tout pays qui a accordé ou qui continue d’accorder cette assistance à des terroristes.
     
  • Demander au Directeur des renseignements nationaux (DNI) 1. de déterminer les groupes et individus qui doivent être considérés comme terroristes, pour servir le dessein de ce projet de loi, en déterminant (a) les individus et groupes associés avec, affiliés à, adhérents de, ou coopérant avec al-Qaïda, le Front al-Nosra, ou Daech ; (b) les pays qui apportent toute assistance couverte par ce projet de loi à ces individus et groupes.
     
  • Demander au DNI d’examiner et de mettre à jour la liste des pays et des groupes interdits d’assistance tous les six mois, en consultation avec le Comité des Affaires étrangères et les Comités des forces armées, ainsi que de la Commission de la Chambre des représentants sur le renseignement.
     
  • Demander au DNI de rapporter ses conclusions au Congrès.
Note du Traducteur

Après être allée en Syrie pour évaluer elle-même la situation sur place et avoir écrit son rapport « Le peuple de Syrie veut désespérément la paix » avec la plus grande honnêteté, la politicienne démocrate, membre du Congrès et vétéran de l’armée des USA anti-guerre Tulsi Gabbard voit l’arrivée de son projet de loi antiterroriste devant le Sénat – un projet de loi dont le texte implique clairement l’existence de financements de groupes terroristes islamistes par les USA. Que dire de plus sinon bravo, Madame !
Note du Saker Francophone

Cela veut dire que la France serait sur la liste des pays avec l'Arabie Saoudite ou encore Israël ...

Traduction entelekheia.fr

Liens

 
  1. NdT, Le DNI, Director of national intelligence, est le bureau directeur qui supervise les 17 agences de renseignements américaines. Il a été créé après les attentats du 11 septembre 2001
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Marche SS à Riga: L'Europe aime les nazis quand les nazis n'aiment pas la Russie. Par Karine Bechet Golovko.

18 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Ukraine, #Terrorisme, #le nazisme, #Daesch

vendredi 17 mars 2017

 

Marche SS à Riga: L'Europe aime les nazis quand les nazis n'aiment pas la Russie

 
 
 
Alors que chacun jouait à se faire peur avant les élections aux Pays Bas, alors que l'on nous serine avec le danger que représente le Front national en France, l'Europe ne voit rien à redire lorsqu'une Marche célébrant la mémoire des légionnaires SS est organisée à Riga. Bref, comme on peut le lire de plus en plus souvent dans les réseaux sociaux russes: en principe l'Europe est contre les nazis, mais si les nazis sont contre les russes, alors l'Europe n'est pas contre. Toute l'hypocrisie d'une Europe décadente.
 

Riga organise chaque année une Marche en l'honneur de ses morts dans les bataillons SS de légionnaires. Voici en image:
 
 

 
Des manifestants antifascistes se sont fait arrêtés par la police:
 
 
 
Ainsi, environ 2000 personnes, des vétérans et des jeunes, viennent célébrer la mémoire de leurs héros, des SS. Dans le défilé ont pris part également des députés lettoniens, mais également des "collègues" venus d'Ukraine et d'Estonie.
 
Alors que le ministère russe des affaires étrangères est inquiet face à la normalisation dans l'espace européen de mouvements en soutien aux nazis et apelle la communauté internationale à réagir, le silence se fait dans les chancelleries occidentales. Elles sont beaucoup plus préoccupées à célébrer la victoire - sans surprise - de la démocratie européenne sur l'extrême droite aux Pays Bas ou bien à s'inquiéter des tweets de Marine Le Pen. 
 
Il est vrai que ces légions SS lettoniennes ne sont rien comparées à ce danger ... Elles furent simplement constituées sur le territoire lettonien occupé par les nazis et sous leur commandement. Elles comptaient jusqu'à 150 000 personnes, militaires ou policiers. Leurs exactions contre les populations civiles sont telles, qu'elles furent condamnés comme structure au procès de Nuremberg. Pourtant, leur popularité auprès du pouvoir balte est très fort. Ces individus sont reconnus comme ancien combattant et touchent en cette qualité une pension de retraite spéciale, qui n'est pas reconnue aux vétérans qui ont lutté contre le nazisme. Ce n'est pas l'allemand nazi qui est désigné comme occupant, mais le russe. Cette manière de réécrire l'histoire est très en vogue en Europe, ce qui est compréhensible lorsque l'on voit combien de pays se sont réellement battus contre les nazis, et elle est reprise par cette opposition russe dite libérale qui a table ouverte et garnie en Occident.
 
Ainsi, le seul site qui remette en cause le caratère nazi de cette manifestation est Meduza, dont voici le reportage:
 
 
Ils reprennent le discours habituel, ni nazis ni communistes, mettant sur le même pied Hitler et celui qui l'a vaincu, Staline et ainsi l'Allemagne nazie et l'ensemble de l'URSS, même si, étrangement, l'attaque ne vise que la Russie, une de ses composantes. Au fait, Staline était géorgien. Et quid du parti communiste en France alors? Il y a beaucoup d'incohérences dans cette démarche, incohérences qui montrent que le but est ailleurs.
 
Donc ces légionnaires ne seraient pas nazis, d'ailleurs certains le disent devant caméra, ils luttaient pour "la libération"  de leur pays. Et regrettent manifestement encore la défaite des nazis. Pendant ce temps-là, des slogans russophobes fusent et également antisémites. L'on voit des croix gammées, des saluts nazis, etc. Mais évidemment, ce ne sont pas des nazis. Comme nous pouvons le voir ici:
 
 
 
 
Pourquoi Meduza propage ce reportage alors? Parce que Meduza est un site en russe destiné à faire la propagande anti-russe dans les populations russophones. Il a été fondé en 2014 avec le soutien de M. Khodorkovsky et enregistré justement en Lettonie.
 
La boucle est bouclée. L'on retrouve ces individus qui toujours attendaient la "libération" par l'Allemagne civilisée depuis la chute de l'Empire russe, à chaque fois, cette libération d'eux-mêmes, de leur pays qu'ils détestent encore plus qu'ils ne se détestent. D'être nés en Russie et non ... à Paris. A la rigueur en Allemagne. Finalement le temps passe, les gens ne changent pas, n'apprennent pas. Ils n'ont toujours pas compris que sans l'armée rouge, ils ne seraient plus là pour en parler.
 
 
 
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La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie III. (Fin)

13 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Terrorisme

La révolution syrienne qui n’existait pas

 

 

 

Par Stephen Gowans, le 22 octobre 2016

Source : What’s Left

Traduction : Le Saker Francophone

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie III. (Fin)

Notes

  1. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, 4 février, 2011
  2. Rania Abouzeid, The Syrian style of repression : Thugs and lectures, Time, 27 février 2011
  3. Rania Abouzeid, Sitting pretty in Syria : Why few go backing Bashar, Time, 6 mars 2011
  4. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, March 6, 2011
  5. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, 6 mars 2011
  6. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  7. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ?, Time, 9 avril 2011
  8. Robert Fisk, Welcome to Dera’a, Syria’s graveyard of terrorists, The Independent, 6 juillet 2016
  9. Le président Assad à la chaîne de télévision ARD : « Les terroristes ont rompu l’accord de cessation des hostilités dès la toute première heure, l’Armée syrienne s’est abstenue de prendre des mesures de représailles », SANA, 1er mars 2016
  10. Ibid.
  11. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  12. Rania Abouzeid, Arab Spring : Is a revolution starting up in Syria ?, Time, 20 mars 2011 ; Rania Abouzeid, Syria’s revolt : How graffiti stirred an uprising, Time, 22 mars 2011
  13. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  14. Rania Abouzeid, Arab Spring : Is a revolution starting up in Syria ?, Time, 20 mars 2011
  15. Thousands march to protest Syria killings, The New York Times, 24 mars 2011
  16. Rania Abouzeid, Assad and reform : Damned if he does, doomed if he doesn’t, Time, 22 avril 2011
  17. Officers fire on crowd as Syrian protests grow, The New York Times, 20 mars 2011
  18. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, 4 février 2011
  19. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  20. Alfred B. Prados and Jeremy M. Sharp, Syria : Political Conditions and Relations with the United States After the Iraq War, Congressional Research Service, February 28, 2005
  21. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  22. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  23. Syrie : un autre éclairage du conflit qui dure depuis 5 ans, BeCuriousTV, May 23, 2016, http://www.globalresearch.ca/syria-aleppo-doctor-demolishes-imperialist-propaganda-and-media-warmongering/5531157
  24. Nicholas Blanford, Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  25. Jay Solomon, To check Syria, U.S. explores bond with Muslim Brothers, The Wall Street Journal,July 25, 2007
  26. Ibid.
  27. Liad Porat, The Syrian Muslim Brotherhood and the Asad Regime, Crown Center for Middle East Studies, Brandeis University, December 2010, No. 47
  28. Ibid.
  29. http://www.judicialwatch.org/wp-content/uploads/2015/05/Pg.-291-Pgs.-287-293-JW-v-DOD-and-State-14-812-DOD-Release-2015-04-10-final-version11.pdf
  30. Alfred B. Prados and Jeremy M. Sharp, Syria : Political Conditions and Relations with the United States After the Iraq War, Congressional Research Service, February 28, 2005.
  31. Anthony Shadid, Security forces kill dozens in uprisings around Syria, The New York Times, April 22, 2011
  32. Rania Abouzeid, Syria’s Friday of dignity becomes a day of death, Time, March 25, 2011
  33. Fabrice Balanche, The Alawi Community and the Syria Crisis, Middle East Institute, May 14, 2015
  34. Anthony Shadid, Syria broadens deadly crackdown on protesters, The New York Times, May 8, 2011
  35. Rania Abouzeid, Meet the Islamist militants fighting alongside Syria’s rebels, Time, July 26, 2012
  36. Rania Abouzeid, Interview with official of Jabhat al-Nusra, Syria’s Islamist militia group, Time,Dec 25, 2015
  37. Robert Fisk, Syrian civil war : West failed to factor in Bashar al-Assad’s Iranian backers as the conflict developed, The Independent, March 13, 2016
  38. Anthony Shadid, Syria broadens deadly crackdown on protesters, The New York Times, May 8, 2011
  39. Nada Bakri, Syria allows Red Cross officials to visit prison, The New York Times, September 5, 2011
  40. Nada Bakri, Syrian opposition calls for protection from crackdown, The New York Times, October 25, 2011
  41. President al-Assad to Portuguese State TV : International system failed to accomplish its duty… Western officials have no desire to combat terrorism, SANA, March 5, 2015
  42. Patrick Seale, Syria’s long war, Middle East Online, September 26, 2012
  43. Ibid.
  44. Rania Abouzeid, Sitting pretty in Syria : Why few go backing Bashar, Time, March 6, 2011
  45. Rania Abouzeid, The youth of Syria : the rebels are on pause, Time, March 6, 2011
  46. Can the Syrian regime divide and conquer its opposition ? Time, April 9, 2011
  47. Anthony Shadid, Security forces kill dozens in uprisings around Syria, The New York Times, April 22, 2011
  48. Ben Fenton, Macmillan backed Syria assassination plot, The Guardian, September 27, 2003
  49. Robert Fisk, Conspiracy of silence in the Arab world, The Independent, February 9, 2007
  50. Robert Dreyfus, Devil’s Game : How the United States Helped Fundamentalist Islam, Holt, 2005, p. 205
  51. William R. Polk, Understanding Syria : From pre-civil war to post-Assad, The Atlantic, December 10, 2013
  52. Dreyfus
  53. Dreyfus
  54. William R. Polk, Understanding Syria : From pre-civil war to post-Assad, The Atlantic, December 10, 2013
  55. Quoted in Nikolas Van Dam, The Struggle for Power in Syria : Politics and Society under Asad and the Ba’ath Party, I.B. Taurus, 2011
  56. Patrick Cockburn, Confused about the US response to Isis in Syria ? Look to the CIA’s relationship with Saudi Arabia, The Independent, June 17, 2016
  57. National Security Strategy, February 2015
  58. Robert Baer, Sleeping with the Devil : How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude, Three Rivers Press, 2003, p. 123
  59. US State Department website. http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/3580.htm#econ. Accessed February 8, 2012
  60. The National Security Strategy of the United States of America, September 2002
  61. National Security Strategy, February 2015
  62. The National Security Strategy of the United States of America, March 2006
  63. Henry Fountain, Researchers link Syrian conflict to drought made worse by climate change, The New York Times, March 2, 2015
  64. Aryn Baker, Syria is not Egypt, but might it one day be Tunisia ?, Time, February 4, 2011
  65. Jonathan Steele, Most Syrians back President Assad, but you’d never know from western media, The Guardian, January 17, 2012
  66. Full transcript : Classic video interview with Comrade Ghassan Kanafani re-surfaces, PFLP, October 17, 2016, http://pflp.ps/english/2016/10/17/full-transcript-classic-video-interview-with-comrade-ghassan-kanafani-re-surfaces/

 

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La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie II. (A suivre)

13 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient

La révolution syrienne qui n’existait pas

La révolution syrienne qui n’existait pas. Par Stephen Gowans. Partie II. (A suivre)

La partie II

(La suite)

La brutalité comme déclencheur ?

 

Est-il raisonnable de penser que l’usage de la force par l’État syrien a déclenché la guerre de guérilla qui a éclaté peu après ?

Cela incite à croire qu’une sur-réaction des forces de sécurité à une contestation de l’autorité du gouvernement dans la ville syrienne de Daraa (s’il y a eu en effet une sur-réaction) pourrait déclencher une guerre majeure impliquant de nombreux autres États, et mobilisant des djihadistes de nombreux pays. Il faudrait ignorer une foule de faits discordants pour commencer à donner même un soupçon de crédibilité à cette théorie.

Premièrement, nous devrions ignorer la réalité que le gouvernement d’Assad était populaire et considéré comme légitime. On pourrait soutenir qu’une réponse autoritaire par un gouvernement hautement impopulaire à une contestation banale à son autorité aurait pu fournir l’étincelle nécessaire au déclenchement d’une insurrection populaire, mais nonobstant l’insistance du président américain Barack Obama sur le manque de légitimité d’Assad, il n’y a aucune preuve que la Syrie, en mars 2011, était une poudrière de ressentiment populaire contre le gouvernement, prête à exploser. Comme Rania Abouzeid du Time l’a rapporté à la veille des émeutes de Daraa, « même les critiques concèdent qu’Assad est populaire » 44 et que « personne ne s’attend à des soulèvements de masse en Syrie, et en dépit d’une manifestation de dissidence de temps en temps, très peu veulent y participer » 45.

Deuxièmement, nous devrions écarter le fait que les émeutes de Daraa n’impliquaient que quelques centaines de participants, à peine un soulèvement de masse, et que les manifestations suivantes ont également échoué à rassembler une masse critique, comme l’a rapporté Nicholas Blanford du Time46. De même, Anthony Shadid du New York Times n’a pas trouvé de preuve qu’il y avait de l’agitation populaire en Syrie, même plus d’un mois après les émeutes de Daraa 47. Ce qui s’est passé, contrairement à la rhétorique propagée par Washington sur le Printemps arabe éclatant en Syrie, était que des djihadistes étaient engagée dans une guerre de guérilla contre les forces de sécurité syriennes et qu’ils avaient, en octobre, ôté la vie à plus de mille policiers et soldats.

Troisièmement, nous devrions fermer les yeux sur le fait que le gouvernement des États-Unis, avec son allié britannique, avait conçu des plans en 1956 pour provoquer une guerre en Syrie en recrutant les Frères musulmans pour fomenter des soulèvements internes 48. Les émeutes de Daraa et les affrontements armés avec la police et les soldats qui ont suivi ressemblaient au plan que le spécialiste des changements de régime Kermit Roosevelt avait préparé. Cela ne veut pas dire que la CIA a dépoussiéré la proposition de Roosevelt et l’a recyclée pour l’utiliser en 2011 ; seulement que le complot a montré que Washington et Londres étaient capables de planifier une opération de déstabilisation impliquant une insurrection dirigée par les Frères musulmans, pour provoquer un changement de régime en Syrie.

Nous devrions aussi ignorer les événements de février 1982, lorsque les Frères musulmans ont pris le contrôle de Hama, la quatrième plus grande ville de Syrie. Hama était l’épicentre du fondamentalisme sunnite en Syrie et une importante base d’opération pour les combattants djihadistes. Galvanisés par la fausse nouvelle qu’Assad avait été renversé, les Frères musulmans se sont livrés à un carnage jubilatoire et sanguinaire dans la ville, attaquant les postes de police et assassinant les dirigeants du Parti Baas et leurs familles, ainsi que des responsables gouvernementaux et des soldats. Dans certains cas, les victimes ont été décapitées49, une pratique qui serait ressuscitée des décennies plus tard par les combattants d’État islamique. Tous les responsables du Baas de Hama ont été assassinés50.

Les événements de Hama en 1982 sont généralement rappelés en Occident (s’ils le sont), non pas pour les atrocités perpétrées par les islamistes, mais pour la réponse de l’armée syrienne, une réponse comme on l’attendrait de n’importe quelle armée recourant à l’usage de la force pour restaurer un contrôle souverain sur le territoire saisi par les insurgés. Des milliers de soldats ont été déployés pour reprendre Hama aux Frères musulmans. L’ancien fonctionnaire du Département d’État américain William R. Polk a décrit les conséquences de l’assaut de l’armée syrienne sur Hama comme semblable à l’assaut des Américains sur la ville irakienne de Falloudjah en 200451, (la différence étant, bien sûr, que l’armée syrienne intervenait en toute légitimité sur son propre territoire tandis que l’armée étasunienne agissait de manière illégitime comme force d’occupation pour réduire la résistance à celle-ci). Le nombre de morts dans l’assaut de Hama reste cependant un sujet de discussion. Les chiffres varient. « Un article précoce dans le Time a dit qu’il y avait eu 1 000 tués. La plupart des observateurs estiment que 5000 personnes sont mortes. Des sources israéliennes et les Frères musulmans » – ennemis jurés des nationalistes arabes laïcs qui avaient donc intérêt à exagérer le nombre des victimes – « ont prétendu que le nombre de morts dépassait les 20 00052. » Robert Dreyfus, qui a écrit sur la collaboration de l’Occident avec l’islam politique, soutient que les sources occidentales ont délibérément exagéré le nombre de morts, dans le but de diaboliser les baasistes comme des tueurs sans pitié et que les baasistes ont accepté le mensonge pour intimider les Frères musulmans53.

Lorsque l’armée syrienne a trié les décombres de Hama au lendemain de l’assaut, elle a trouvé la preuve que des gouvernements étrangers avaient fourni aux insurgés de l’argent, des armes et du matériel de communication. Polk écrit :

« Assad a vu des fauteurs de troubles étrangers travailler au sein de sa population. Cela, après tout, était l’héritage émotionnel et politique de la domination coloniale – un héritage douloureusement évident dans la plus grande partie du monde post-colonial, mais qui passe presque inaperçu dans le monde occidental. Et cet héritage n’est pas un mythe. C’est une réalité que nous pouvons souvent vérifier sur des documents officiels, des années après les événements. Hafez al-Assad n’a pas eu besoin d’attendre que ces documents fuitent : ses services de renseignement et des journalistes internationaux ont révélé des douzaines de tentatives des riches pays pétroliers conservateurs arabes, des États-Unis et d’Israël de subvertir son gouvernement. La plupart ont utilisé les« mauvais coups », la propagande ou des injections de fonds, mais il est intéressant de noter que lors du soulèvement de Hama en 1982, plus de 15 000 mitrailleuses fournies par l’étranger ont été saisies, ainsi que des prisonniers incluant des forces paramilitaires formées par les forces jordaniennes et la CIA (tout comme les djihadistes qui apparaissent tellement dans les récits des médias de 2013 sur la Syrie). Et ce que nous avons vu en Syrie a été confirmé par ce que nous avons appris des changements de régime par les Occidentaux ailleurs. Il connaissait certainement la tentative de la CIA d’assassiner le président égyptien Nasser et le renversement du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh par les Anglais et les Américains. »54

Dans son livre From Beirut to Jerusalem, le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman écrit que « le massacre de Hama peut être compris comme ‘la réaction naturelle d’un politicien moderniste dans un État-nation relativement nouveau, tentant d’éviter les éléments rétrogrades – dans ce cas, les fondamentalistes islamistes – visant à saper tout ce qu’il a réalisé pour faire de la Syrie une république laïque du XXe siècle’. » C’est aussi pourquoi, poursuit Friedman, « si quelqu’un avait été en mesure de réaliser un sondage d’opinion objectif en Syrie après le massacre, le traitement par Assad de la rébellion aurait aurait été largement approuvé, même parmi les musulmans sunnites. »55

Le déclenchement d’un djihad islamiste sunnite contre le gouvernement syrien dans les années 1980 remet en question la vision que l’islam sunnite militant au Levant est un résultat de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et des polices sectaires pro-chiites des autorités d’occupation étasuniennes. Cette vision est myope historiquement, aveugle à l’existence depuis des décennies de l’islam politique sunnite comme force importante dans la politique levantine. Depuis le moment où la Syrie a été formellement indépendante de la France après la Seconde Guerre mondiale, pendant les décennies suivantes au XXe siècle et jusqu’au siècle suivant, les forces principales en présence en Syrie étaient le nationalisme arabe laïc et l’islam politique. Comme le journaliste Patrick Cockburn l’a écrit en 2016, « l’opposition armée syrienne est dominée par ISIS, al-Nusra et Ahrar al-Sham. » La « seule alternative au gouvernement (nationaliste arabe laïc), ce sont les islamistes »56. Et c’est le cas depuis longtemps.

Enfin, nous devrions aussi ignorer le fait que les stratèges étasuniens avaient planifié depuis 2003, et peut-être déjà en 2001, d’écarter Assad et son idéologie nationaliste arabe laïque du pouvoir, finançant l’opposition syrienne, y compris les groupes liés aux Frères musulmans, depuis 2005. En conséquence, Washington s’est dirigé vers le renversement d’Assad avec le but de dé-baasifier la Syrie. Une guérilla islamiste contre les nationalistes arabes laïcs aurait eu lieu, indépendamment du caractère excessif ou non de la réponse du gouvernement syrien à Daraa. Le jeu était déjà en cours, et on cherchait un prétexte. Daraa l’a fourni. Donc l’idée que l’arrestation de deux garçons à Daraa pour avoir peint des graffitis anti-gouvernement sur un mur puisse provoquer un conflit majeur est aussi crédible que celle de la Première Guerre mondiale causée uniquement par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand.

Syrie socialiste

Le socialisme peut être défini de plusieurs manières, mais s’il l’est comme la propriété publique des secteurs clé de l’économie jointe à une planification économique, alors la Syrie, en vertu de ses Constitutions de 1973 et de 2012, correspond clairement à la définition du socialisme. Cependant, la République arabe syrienne n’a jamais été un État socialiste ouvrier du genre de celle que les marxistes reconnaissent. Il a été, plutôt, un pays arabe socialiste animé par le but de parvenir à l’indépendance politique arabe et de surmonter l’héritage du sous-développement de la nation arabe. Les rédacteurs de la Constitution voyaient le socialisme comme un moyen de parvenir à la libération nationale et au développement économique. « La marche vers l’établissement d’un ordre socialiste », écrivaient les rédacteurs de la Constitution de 1973, est une « nécessité fondamentale pour mobiliser les potentialités des masses arabes dans leur lutte contre le sionisme et l’impérialisme ». Le socialisme marxiste se préoccupait de la lutte entre une classe exploitante de possédants et la classe ouvrière et les pays exploités, alors que le socialisme arabe menait la lutte entre pays exploiteurs et pays exploités. Alors que ces deux socialismes différents agissent à des niveaux d’exploitation différents, ces distinctions n’avaient aucun intérêt pour les banques, les entreprises ou les grands investisseurs occidentaux qui portent leurs regard sur l’ensemble du globe, à la poursuite du profit. Le socialisme s’oppose aux intérêts lucratifs du capitalisme industriel et financier américain, qu’il s’agisse de mettre fin à l’exploitation de la classe ouvrière ou de surmonter l’oppression impérialiste sur des groupes nationaux.

Le socialisme du Baas a longtemps irrité Washington. L’État baasiste avait exercé une influence considérable sur l’économie syrienne, à travers la propriété d’entreprises, des subventions à des sociétés nationales privées, des limites à l’investissement étranger et des restrictions sur les importations. Les baasistes considéraient ces mesures comme des outils nécessaires pour un État post-colonial tentant d’arracher sa vie économique des griffes des anciennes puissances coloniales et de tracer une voie de développement libre de la domination d’intérêts étrangers.

Les buts de Washington, cependant, étaient évidemment antagoniques. Ils ne voulaient pas que la Syrie alimente son industrie et garde jalousement son indépendance, mais serve les intérêts des banquiers et des grands investisseurs qui comptaient vraiment pour les État-Unis en ouvrant son marché du travail à l’exploitation ainsi que sa terre et ses ressources naturelles à la propriété étrangère. Notre programme, a déclaré l’administration Obama en 2015, « vise la baisse des tarifs sur les produits américains, la suppression des barrières à nos biens et services et la détermination de normes plus strictes pour parvenir à une concurrence équitable pour […] les entreprises américaines. »57 Ce n’était pas vraiment un nouvel agenda, c’était celui de la politique étrangère des États-Unis depuis des décennies. Mais Damas ne s’alignait pas derrière un Washington qui insistait sur le fait qu’il pouvait « diriger l’économie mondiale » et le ferait [58 Ibid.].

Les partisans de la ligne dure à Washington avaient considéré Hafez al-Assad comme un communiste arabe58 et les responsables américains considéraient son fils, Bachar, comme un idéologue qui ne pouvait se résoudre à abandonner le troisième pilier du programme du Parti socialiste arabe Baas : le socialisme. Le Département d’État américain s’est aussi plaint de ce que la Syrie « avait échoué à se rallier à une économie de plus en plus intégrée à l’échelle mondiale », autrement dit qu’elle avait échoué à vendre ses entreprises publiques aux investisseurs privés, parmi lesquels les intérêts de Wall Street. Le Département d’État américain a aussi exprimé son mécontentement sur le fait que des « raisons idéologiques » ont empêché Assad de libéraliser l’économie de la Syrie, que « la privatisation des entreprises gouvernementales ne soit pas encore répandue » et que l’économie « reste strictement contrôlée par le gouvernement » 59. À l’évidence, Assad n’avait pas appris ce que Washington appelait les « leçons de l’Histoire », notamment que « les économies de marché, et non les économies planifiées placées sous la poigne du gouvernement, sont les meilleures »60. En rédigeant une Constitution donnant mandat au gouvernement de maintenir son rôle de guide de l’économie au nom des intérêts syriens, et de ne pas faire travailler les Syriens pour les intérêts des banques, des entreprises et des investisseurs occidentaux, Assad affirmait l’indépendance de la Syrie contre le programme de Washington visant à « ouvrir les marchés et à aplanir le terrain pour les entreprises américaines à l’étranger61 ».

En plus, Assad a souligné son attachement aux valeurs socialistes contre ce que Washington avait appelé un jour les « impératifs moraux » de la « liberté économique62 ». en inscrivant les droits sociaux dans la Constitution : la sécurité contre la maladie, le handicap et la vieillesse ; l’accès aux soins de santé ; et l’instruction gratuite à tous les niveaux. Ces droits continueraient à être placés hors d’atteinte des législateurs et des politiciens qui pourraient les sacrifier sur l’autel de la création d’un climat d’affaires favorable à une fiscalité basse et aux investissements étrangers. Affront supplémentaire à l’orthodoxie pro-business de Washington, la Constitution engageait l’État à instaurer des impôts progressifs.

Enfin, le dirigeant baasiste a inclus une disposition dans la Constitution révisée introduite par son père en 1973, un pas de plus en direction d’une démocratie véritable, authentique – une disposition que les décideurs à Washington, avec leurs innombrables liens avec le monde des banques et des entreprises, pouvaient difficilement tolérer. La Constitution exigeait qu’au moins la moitié des membres de l’Assemblée du peuple soit issue des rangs des paysans et des ouvriers.

Si Assad était un néolibéral, il était certainement l’un des plus étranges dévots de cette idéologie.

Sécheresse ?

Un dernier point sur les origines du soulèvement violent de 2011 : certains spécialistes en sciences sociales et des analystes se sont appuyés sur une étude publiée dans la revue Proceedings de l’Académie nationale des sciences pour suggérer que « la sécheresse a joué un rôle dans les troubles syriens ». Selon ce point de vue, la sécheresse « a provoqué de mauvaises récoltes qui ont entraîné la migration de plus de 1.5 million de personnes des zones rurales aux zones urbaines ». Cela, combiné à un afflux de réfugiés venant d’Irak, a fait de la Syrie un chaudron de tension économique et sociale prêt à déborder63. L’argument paraît sensé, et même « scientifique », mais le phénomène qu’il cherche à expliquer – un soulèvement de masse en Syrie – n’a jamais eu lieu. Comme nous l’avons vu, une revue de la couverture médiatique occidentale n’a trouvé aucune référence à un soulèvement de masse. Au contraire, les journalistes qui espéraient le trouver ont été surpris de ne pas en découvrir. Ils ont trouvé que la Syrie était étonnamment calme. Les manifestations appelées par les organisateurs de la page Facebook Révolution syrienne 2011 ont avorté. Des gens critiques ont admis qu’Assad était populaire. Les journalistes n’en ont pas trouvé un seul qui pensait qu’une révolte était imminente. Même un mois après l’incident de Daraa – qui n’a impliqué que quelques centaines de manifestants, éclipsés par les dizaines de milliers de Syriens qui manifestaient à Damas pour soutenir le gouvernement –, le journalistes du New York Times sur place, Anthony Shadid, n’a pu trouver aucun signe en Syrie des soulèvements massifs de la Tunisie et de l’Égypte. Au début février 2011, « Omar Nashabe, observateur de longue date de la Syrie et correspondant pour le quotidien arabe basé à Beyrouth, Al-Ahkbar », a dit au Timeque « les Syriens peuvent être affligés par la pauvreté qui touche 14% de sa population, jointe à un taux de chômage estimé à 20%, mais Assad jouit toujours de sa crédibilité64 ».

On a dit que le gouvernement avait commandé le soutien populaire lorsque la société d’enquête britannique YouGov a publié un sondage montrant que 55 % des Syriens voulaient qu’Assad reste. Le sondage n’a presque pas été mentionné dans les médias occidentaux, ce qui a incité le journaliste britannique Jonathan Steele à poser la question : « Supposons qu’un sondage d’opinion respectable ait révélé que la plupart des Syriens soient favorables au maintien de Bachar al-Assad à la présidence, ne serait-ce pas une nouvelle importante ? ». Steele a décrit les résultats du sondage comme des « des faits dérangeants » qui ont été « omis » parce que la couverture des événements en Syrie par les médias occidentaux avait cessé d’« être honnête » et s’était transformée en « arme de propagande65 » .

Des slogans au lieu de la politique et de l’analyse

On peut reprocher à Draitser non seulement d’avoir propagé un argument fondé sur des affirmations et non sur des preuves, mais aussi d’avoir remplacé la politique et l’analyse par des slogans. Dans son article pour CounterPunch du 20 octobre, Syria and the Left : Time to Break the Silence [La Syrie et la Gauche : il est temps de briser le silence],il soutient que les objectifs de la Gauche devraient être la poursuite de la paix et de la justice, comme si celles-ci était deux qualités inséparables, qui ne sont jamais en opposition. Que la paix et la justice puissent, parfois, être antagoniques, est illustré par la conversation suivante entre le journaliste australien Richard Carleton et Ghassan Kanafani, un écrivain palestinien, romancier et révolutionnaire66.

Carleton : – Pourquoi votre organisation n’entreprend-elle pas des pourparlers de paix avec les Israéliens ?

Kanafani : – Vous ne pouvez pas vraiment dire « pourparlers de paix ». Vous voulez dire capitulation. Reddition.

C : – Pourquoi ne pas parler ?

K : – Parler à qui ?

C : – Parler aux dirigeants israéliens ?

K : – Un genre de conversation entre l’épée et le cou, vous voulez dire ?

C : – Bon, s’il n’y a ni épées ni fusils dans la chambre, vous pourriez quand même parler.

K : – Non. Je n’ai jamais vu une conversation entre un colonialiste et un mouvement de libération nationale.

C : – Mais malgré tout, pourquoi ne pas parler ?

K : – Parler de quoi ?

C : – Parler de la possibilité de ne pas se battre.

K : – Ne pas se battre pour quoi ?

C : – Ne pas se battre du tout. Peu importe pour quoi.

K : – D’habitude, les gens se battent pour quelque chose. Et ils arrêtent de se battre pour quelque chose. Donc vous ne pouvez même pas me dire pourquoi nous devrions parler et de quoi. Pourquoi devrions-nous parler de cesser de nous battre ?

C : – Parler de cesser de combattre pour arrêter la mort et la misère, la destruction et la souffrance.

K : – La misère et la destruction, la douleur et la mort de qui ?

C : – Des Palestiniens. Des Israéliens. Des Arabes.

K : – Des Palestiniens déracinés, jetés dans des camps, souffrant de famine, tués depuis vingt ans et interdits d’utiliser même le nom de « Palestiniens » ?

C : – Ils sont mieux comme ça que morts, pourtant.

K : – Peut-être pour vous, Mais pour nous, non. Pour nous, libérer notre pays, avoir la dignité, le respect, nos droits de l’homme est aussi essentiel que la vie même.

Quelles valeurs la Gauche américaine devrait-elle promouvoir lorsque la paix et la justice sont en conflit ? Draitser ne le dit pas. Son invocation du slogan « paix et justice » en tant que mission de la Gauche américaine semble n’être rien de plus qu’une invitation aux gens de gauche d’abandonner la politique pour se consacrer à la mission de devenir de belles âmes, au-dessus des conflits sordides qui tourmentent l’humanité – ne jamais prendre parti, excepté celui des anges. Son affirmation qu’« aucun État ou groupe n’a les meilleurs intérêts des Syriens à cœur » est presque trop stupide pour justifier un commentaire. Comment le sait-il ? On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression qu’il croit que lui, et la Gauche américaine, parmi les groupes et les États dans le monde, sont les seuls à savoir ce qui est le mieux pour le « peuple syrien ». C’est peut-être pourquoi il estime que la responsabilité de cette Gauche américaine « est envers le peuple de Syrie », comme si le peuple de Syrie était une masse indifférenciée avec des intérêts et des programmes uniformes. Les Syriens en masse [en français dans le texte, NdT] comprennent des laïcs et des islamistes politiques qui ont des points de vue irréconciliables sur la manière dont l’État devrait être organisé, qui ont été pris dans une lutte à mort depuis plus d’un demi-siècle – l’un favorisé par son propre gouvernement. Les Syriens en masse comprennent ceux qui favorisent l’intégration à l’Empire US, et ceux qui y sont opposés ; ceux qui collaborent avec les impérialistes américains et ceux qui s’y refusent. Dans cette perspective, qu’est-ce que cela signifie de dire que la Gauche américaine a une responsabilité envers le peuple de Syrie ? Quel peuple de Syrie ?

J’aurais pensé que la responsabilité de la Gauche américaine allait aux travailleurs des États-Unis, non au peuple de Syrie. Et j’aurais imaginé, également, que la Gauche américaine considérerait comme de sa responsabilité d’inclure la propagation d’une analyse politique fondée sur des preuves de la façon dont l’élite économique étasunienne utilise l’appareil d’État pour faire avancer ses intérêts aux dépens des populations tant nationales qu’étrangères. Comment la longue guerre de Washington à la Syrie affecte-t-elle la classe ouvrière d’Amérique ? C’est ce dont Draitser devrait parler.

Mon livre, Washington’s Long War on Syria, paraîtra en avril 2017.

 

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Nadine pour le Saker francophone.

 

Fin de la partie II

A suivre 

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La révolution syrienne qui n’existait pas Par Stephen Gowans. Partie I

13 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Israël - palestine - Moyen-Orient

La révolution syrienne qui n’existait pas.

Partie I

Source : What’s Left

Traduction : Le Saker Francophone

 

Il y a un shibboleth [en hébreu, un signe de reconnaissance verbal, selon Wikipedia, NdT] dans certains cercles, voulant, comme Eric Draitser l’a écrit dans un article récent de CounterPunch, que le soulèvement en Syrie « a commencé en réponse à la politique néolibérale et à la brutalité du gouvernement » et que « le contenu révolutionnaire du camp révolutionnaire en Syrie a été marginalisé par un méli-mélo de djihadistes financés par les Saoudiens et les Qataris ». Cette théorie semble, pour autant que je le sache, être basée sur un argument par assertion, pas sur une preuve.

Une revue des articles de presse dans les semaines précédant et suivant immédiatement le déclenchement des émeutes à Daraa à la mi-mars 2011 – généralement considérées comme le début de l’insurrection – n’indique pas que la Syrie était prise d’une fièvre révolutionnaire, ni anti-libérale ou autre. Au contraire, les journalistes du magazine Time et du New York Times parlaient d’un gouvernement jouissant d’un large soutien, de critiques concédant qu’Assad était populaire et de Syriens manifestant peu d’intérêt à protester. En même temps, ils décrivaient les troubles comme une série d’émeutes impliquant des centaines, et non des milliers ou des dizaines de milliers de personnes, guidées par un agenda largement islamiste et présentant un caractère violent.

Le Time rapportait que deux groupes djihadistes qui joueraient plus tard un rôle dirigeant dans l’insurrection, Jabhat al-Nusra et Ahrar al-Sham, étaient déjà actifs à la veille des émeutes, tandis qu’à peine trois mois auparavant, des dirigeants des Frères musulmans exprimaient « leur espoir d’une révolte civile en Syrie ». Les Frères musulmans, qui avaient annoncé des décennies auparavant un bain de sang avec le parti Baas au pouvoir en Syrie, s’opposant violemment au caractère laïque du parti, avaient été entraînés dans une lutte à mort avec les nationalistes arabes laïques depuis les années 1960 et s’étaient livrés à des combats de rue avec les partisans du Baas, à partir de la fin des années 1940. (Dans l’une de ces batailles, Hafez al-Assad, le père de l’actuel président, lui-même président de 1970 à 2000, avait reçu un coup de couteau d’un adversaire Frère musulman.) Les chefs de la Confrérie, à partir de 2007, ont souvent rencontré le Département d’État et le Conseil national de sécurité des États-Unis, ainsi que l’Initiative pour un partenariat avec le Moyen-Orient, subventionnée par le gouvernement américain, qui assumait ouvertement un rôle de financement d’organisations visant à renverser les gouvernements à l’étranger – une tâche que la CIA accomplissait auparavant de manière secrète.

Washington avait conspiré pour purger la Syrie de l’influence nationaliste arabe dès la moitié des années 1950, lorsque Kermit Roosevelt, qui a manigancé le renversement du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh pour avoir nationalisé l’industrie pétrolière de son pays, a comploté avec les services de renseignement britanniques pour inciter les Frères musulmans à renverser un triumvirat de dirigeants arabes nationalistes et communistes à Damas, que Washington et Londres percevaient comme menaçant les intérêts économiques occidentaux au Moyen-Orient.

Washington a fourni des armes aux moudjahidines de la Confrérie dans les années 1980 pour mener une guerre de guérilla contre Hafez al-Assad, que les partisans de la ligne dure à Washington nommaient de « communiste arabe ». Son fils, Bachar, a poursuivi l’engagement des nationalistes arabes pour l’unité (de la nation arabe), l’indépendance et le socialisme (arabe). Ces buts ont guidé l’État syrien – comme ils l’avaient fait pour les États nationalistes arabes de la Libye sous Mouammar Kadhafi et de l’Irak sous Saddam. Ces trois pays étaient visés par Washington pour la même raison : leurs engagements nationalistes arabes s’opposaient fondamentalement à l’agenda étasunien de domination mondiale.

Le refus de Bachar al-Assad de renoncer à l’idéologie nationaliste arabe a consterné Washington, qui s’est plaint de son socialisme, le troisième élément de la sainte trinité des valeurs baasistes. Des plans pour chasser Assad – fondées en partie sur son manquement à adopter le néolibéralisme de Washington – étaient déjà en préparation à Washington en 2003, sinon avant. Si Assad promouvait le néolibéralisme, comme Draitser et d’autres le soutiennent, c’est en quelque sorte à l’insu de Washington et de Wall Street, qui se plaignaient de la Syrie « socialiste » et de la politique économique décidément anti-néolibérale de ce pays.

Un conflit à mort flambe avec l’aide des États-Unis

À la fin de janvier 2011, une page a été créée sur Facebook intitulée « La révolution syrienne 2011 ». Elle annonçait qu’un « jour de colère » aurait lieu les 4 et 5 février1. Les manifestations ont « tourné court », rapportait le Time. Le Jour de colère s’est résumé à un Jour d’indifférence. D’ailleurs, le lien avec la Syrie était ténu. La plupart des slogans scandés par les quelques manifestants présents concernaient la Libye, demandant que Mouammar Kadhafi – dont le gouvernement était assiégé par les insurgés islamistes – s’en aille. Des plans ont été établis pour de nouvelles manifestations les 4 et 5 mars, mais elles aussi n’ont recueilli que peu de soutien2.

La correspondante du Time, Rania Abouzeid, attribuait l’échec des organisateurs de la manifestations à attirer un soutien important, au fait que la plupart des Syriens n’étaient pas opposés à leur gouvernement. Assad avait une bonne réputation, en particulier parmi les deux tiers de la population de moins de 30 ans, et sa politique gouvernementale étaient largement soutenue. « Même les critiques concèdent qu’Assad est populaire et considéré comme proche de l’immense cohorte des jeunes, émotionnellement, idéologiquement et, bien sûr, chronologiquement », écrivait Abouzeid, ajoutant que contrairement aux « dirigeants pro-américains déchus de Tunisie et d’Égypte, la politique étrangère d’Assad, hostile à Israël, son soutien affirmé aux Palestiniens et aux groupes militants du Hamas et du Hezbollah sont en accord avec le sentiment populaire syrien. » Assad, en d’autres termes, avait la légitimité. La correspondante du Time ajoutait que Assad « conduisant lui-même sa voiture jusqu’à la Grande mosquée des Omeyyades en février pour prendre part aux prières marquant l’anniversaire du prophète Mahomet, et flânant dans le marché bondé de Souq Al-Hamidiyah avec un service de sécurité discret » avait « contribué à le faire aimer, comme personne, du public3 ».

Cette représentation du président syrien – un dirigeant aimé de la population, idéologiquement en phase avec le sentiment populaire syrien – s’opposait radicalement au discours qui émergerait peu après l’éruption de manifestations violentes dans la ville syrienne de Daraa, moins de deux semaines plus tard, et qui imprégnerait le discours de la gauche américaine, y compris Draitser. Mais à la veille des événements marquants de Daraa, la Syrie était remarquée pour sa tranquillité. Personne ne « s’attend à des soulèvements de masse en Syrie, rapportait Abouzeid, et malgré une manifestation de dissidence ici ou là, très peu veulent participer »4. Une jeune Syrienne a dit au Time : « Il y a beaucoup d’aide gouvernementale pour la jeunesse. Ils nous donnent des livres gratuits, les écoles sont gratuites, les universités sont gratuites. » (Pas vraiment l’État néolibéral que Draitser dépeint.) Elle a poursuivi : « Pourquoi y aurait-il une révolution ? Il y a peut-être 1% de chance. »5 Le New York Times partageait ce point de vue. La Syrie, rapportait le journal, « semblait à l’abri de la vague de soulèvements qui balayait le monde arabe »6. La Syrie n’avait pas la fièvre.

Mais le 17 mars, il y eut un soulèvement violent à Daraa. Il y a des récits contradictoires sur qui ou quoi l’a déclenché. Time a rapporté que la « rébellion à Daraa a été provoquée par l’arrestation d’une poignée de jeunes pour avoir peint des graffitis anti-régime sur un mur »7. Robert Fisk, de The Independent, a offert une version légèrement différente. Il a rapporté que « des agents de renseignement gouvernementaux ont battu et tué plusieurs jeunes garçons qui avaient gribouillé des graffitis contre le gouvernement sur les murs de la ville » 8. Un autre compte rendu soutient que le facteur déclenchant du soulèvement à Daraa ce jour-là était l’usage extrême et disproportionné de la force par les agents de sécurité syriens en réponse aux manifestations contre l’arrestation des garçons. Il y avait « des jeunes qui imprimaient quelques graffitis sur un mur, et ils ont été emprisonnés, et quand leurs parents ont voulu les récupérer, les forces de sécurité ont répliqué très très durement » 9. Un autre rapport, du gouvernement syrien, nie que tout cela se soit passé. Cinq ans après l’événement, Assad a dit à un journaliste qui l’interviewait que « cela n’a pas eu lieu. Ce n’était que de la propagande. Je veux dire, nous en avons entendu parler, nous n’avons jamais vu ces enfants qui ont été mis en prison à ce moment-là. Donc ce n’était qu’un récit fallacieux. »10

Mais s’il y avait désaccord sur ce qui a déclenché le soulèvement, il y en avait peu sur le fait qu’il était violent. Le New York Times a rapporté que « des manifestants ont mis le feu au siège du parti Baas au pouvoir et à d’autres bâtiments gouvernementaux […] et se sont affrontés avec la police […] Outre le siège du parti, les manifestants ont brûlé le Palais de justice de la ville et une succursale de la compagnie de téléphone SyriaTel »11.

Le Time ajoutait que les manifestants avaient mis le feu au bureau du gouverneur ainsi qu’à une succursale d’une seconde compagnie de téléphone cellulaire12. L’agence d’information du gouvernement syrien, SANA, a publié des photographies de véhicules en feu sur son site internet13. À l’évidence, ce n’était pas une manifestation pacifique comme elle l’a été décrite plus tard. Ni un soulèvement de masse. Le Time a rapporté que les manifestants se comptaient en centaines, pas en milliers ou en dizaines de milliers14.

Assad a immédiatement réagi aux émeutes de Daraa en annonçant « une série de réformes, incluant une hausse des salaires des travailleurs du secteur public, davantage de liberté pour la presse d’information et les partis politiques et le réexamen de l’état d’urgence15 », une limitation des libertés politiques et civiles invoquée parce que la Syrie était officiellement en guerre avec Israël. Avant la fin d’avril, le gouvernement abrogerait « la loi d’urgence vieille de 48 ans dans le pays » et abolirait « la Haute Cour de sécurité de l’État16. »

Pourquoi le gouvernement a-t-il fait ces concessions ? Parce que c’était ce que demandaient les manifestants de Daraa. Ils « se rassemblaient dans et autour de la mosquée Omari à Daraa, scandant leurs revendications : la libération de tous les prisonniers politiques […] l’abolition de la loi d’urgence en Syrie, vieille de 48 ans, davantage de libertés et la fin de la corruption généralisée17 ». Ces revendications étaient conformes à l’appel formulé début février sur la page Facebook de La Révolution syrienne de « mettre fin à l’état d’urgence en Syrie et à la corruption18 ». Une demande de libération de tous les prisonniers politiques avait aussi été faite dans une lettre signée par des religieux et postée sur Facebook. Les revendications de ces religieux incluaient la levée de « l’état d’urgence, la libération de tous les détenus politiques, la cessation du harcèlement des forces de sécurité et la lutte contre la corruption19 ». Libérer les prisonniers politiques reviendrait à libérer des djihadistes ou, pour utiliser une désignation courante en Occident, des « terroristes ». Le Département d’État avait reconnu que l’islam politique était la principale opposition en Syrie20 ; les djihadistes constituaient la part principale des opposants susceptibles d’être incarcérés. Que des religieux demandent que Damas libère tous les prisonniers politiques, c’était en effet comme si État islamique demandait que Washington, Paris et Londres libèrent tous les islamistes accusés de terrorisme détenus dans les prisons étasuniennes, françaises et britanniques. Ce n’était pas revendiquer des emplois ou plus de démocratie, mais demander la sortie de prison d’activistes inspirés par l’objectif d’instaurer un État islamique en Syrie. L’appel à abroger la loi d’urgence, de même, semblait avoir peu à voir avec la promotion de la démocratie et davantage avec le fait d’accorder plus d’espace aux djihadistes et à leurs collaborateurs pour organiser l’opposition à l’État laïc.

Une semaine après le déclenchement de la violence à Daraa, Rania Abouzeid, du Time, a rapporté qu’« il ne semble pas y avoir de larges appels pour la chute du régime ou la destitution du président, qui est assez populaire21. » En effet, les revendications émises par les manifestants et les religieux n’incluaient pas des appels à la démission d’Assad. Et les Syriens se ralliaient à Assad. « Il y avait des contre-manifestations de soutien au président dans la capitale22 », en nombre dépassant apparemment de loin les centaines de protestataires qui se déplaçaient à Daraa pour mettre le feu à des bâtiments et à des voitures et s’affronter avec la police23.

Le 9 avril – moins d’un mois après les événements de Daraa – Time a rapporté qu’une série de manifestations avaient éclaté et que l’islam y jouait un rôle prépondérant. Pour quiconque connaissant bien la succession, depuis des dizaines d’années, de grèves, de manifestations, d’émeutes et d’insurrections que les Frères musulmans avaient organisées contre ce qu’ils considéraient comme le gouvernement baasiste « infidèle », cela ressemblait à une répétition de l’histoire. Les manifestations ne parvenaient pas à atteindre une masse critique. Au contraire, le gouvernement continuait à jouir de la « loyauté » d’une « grande part de la population », a rapporté Time24.

Les islamistes ont joué un rôle de premier plan dans la rédaction de la Déclaration de Damas au milieu des années 2000, qui demandait un changement de régime25. En 2007, les Frères musulmans, l’archétype du mouvement politique islamiste sunnite qui a inspiré al-Qaïda et ses rejetons Jabhat al Nusra et État islamique, se sont alliés avec un ancien vice-président syrien pour fonder le Front de salut national. Le Front a rencontré souvent le Département d’État et le Conseil national de sécurité américains, ainsi que l’Initiative pour un partenariat au Moyen-Orient, financée par le gouvernement des États-Unis26 qui faisait ouvertement ce que la CIA faisait autrefois secrètement, à savoir faire passer de l’argent et de l’expertise aux membres des cinquièmes colonnes dans les pays dont les gouvernements étaient opposés à Washington.

En 2009, deux ans avant l’éruption de troubles dans tout le monde arabe, les frères musulmans syriens ont dénoncé le gouvernement nationaliste arabe de Bachar al-Assad comme élément étranger et hostile dans la société syrienne et qui devait être éliminé. Selon l’idéologie du groupe, la communauté alaouite, à laquelle appartenait Assad, et que les Frères considéraient comme hérétique, utilisait le nationalisme arabe laïc comme couverture pour promouvoir furtivement un agenda sectaire pour détruire la Syrie de l’intérieur en opprimant les « vrais » musulmans (c’est-à-dire les sunnites). Au nom de l’islam, le régime hérétique devrait être renversé27.

Trois mois à peine avant le déclenchement de la violence en Syrie, l’expert Liad Porat a écrit un bref texte pour le Crown Center for Middle East Studies, basé à l’Université Brandeis. « Les dirigeants du mouvement, concluait le savant, continuent à clamer leur espoir d’une révolte civile en Syrie, où ‘le peuple syrien accomplira son devoir et libérera la Syrie du régime tyrannique et corrompu’.  » Les Frères musulmans ont souligné qu’ils étaient engagés dans un combat à mort avec le gouvernement nationaliste arabe laïc de Bachar al-Assad. Un compromis politique avec le gouvernement était impossible, parce que ses dirigeants n’appartenaient pas à la nation musulmane sunnite de Syrie. L’appartenance à la nation syrienne était limitée au vrais musulmans, soutenaient les Frères, et pas aux hérétiques alaouites qui ont adhéré à des croyances étrangères non islamiques comme le nationalisme arabe laïc28

 

Le fait que les Frères musulmans syriens ont joué un rôle essentiel dans le soulèvement qui a éclaté trois mois plus tard a été confirmé en 2012 par l’Agence de renseignement de la Défense américaine. Un rapport de l’agence, qui a fuité, disait que l’insurrection était sectaire et dirigée par les Frères musulmans et al-Qaïda en Irak, le précurseur d’État islamique. Le rapport poursuivait en disant que les insurgés étaient soutenus par l’Occident, les monarchies du Golfe et la Turquie. L’analyse prédisait correctement la mise en place d’une « principauté salafiste », un État islamique, en Syrie orientale, notant que cela correspondait au désir des appuis étrangers de l’insurrection, qui voulaient voir les nationalistes laïcs arabes isolés et coupés de l’Iran29.

Des documents préparés par des enquêteurs du Congrès étasunien en 2005 ont révélé que le gouvernement pesait de tout son poids en faveur d’un changement de régime en Syrie, longtemps avant les soulèvements du Printemps arabe de 2011, contestant la vision selon laquelle le soutien américain aux rebelles syriens était basé sur une allégeance à une « insurrection démocratique » et montrant que c’était tout simplement la poursuite d’une politique existant depuis longtemps, visant à renverser le gouvernement à Damas. En effet, les enquêteurs ont reconnu que la motivation du gouvernement des États-Unis pour renverser le gouvernement nationaliste arabe laïc à Damas était sans rapport avec la promotion de la démocratie au Moyen-Orient. En fait, ils notaient que la préférence de Washington allait aux dictatures laïques (l’Égypte) et aux monarchies (la Jordanie et l’Arabie saoudite). L’impulsion à viser le changement de régime, selon les enquêteurs, était un désir de balayer un obstacle à la réalisation des buts américains au Moyen-Orient liés au renforcement d’Israël, à la consolidation de la domination des États-Unis sur l’Irak et à la promotion d’économies de libre marché et de libre entreprise30. Si Assad avait promu une politique néolibérale en Syrie, comme Draitser le soutient, il est difficile de comprendre pourquoi Washington aurait cité le refus de la Syrie d’adhérer au programme étasunien de marchés ouverts et de libre entreprise comme une raison de changer le gouvernement de la Syrie.

Pour insister sur le point que les manifestations manquaient d’un large soutien populaire, le 22 avril, plus d’un mois après l’émeute de Daraa, Anthony Shadid, du New York Times, a rapporté que « les manifestations, jusqu’ici, semblaient manquer du soutien populaire des révolutions en Égypte et en Tunisie ». Autrement dit, plus d’un mois après que seulement des centaines – et non des milliers ou des dizaines de milliers – de manifestant se sont soulevés à Daraa, il n’y avait aucun signe en Syrie d’une insurrection de Printemps arabe. Celle-ci est restée une affaire limitée, éminemment islamique. En revanche, il y avait eu d’immenses manifestations à Damas pour soutenir – et non contre lui – le gouvernement, Assad restait populaire et, selon Shadid, le gouvernement s’attachait la loyauté des « chrétiens et des sectes musulmanes hétérodoxes31 . » Shadid n’était pas le seul journaliste occidental relatant que les alaouites, les ismaéliens, les druzes et les chrétiens soutenaient fortement le gouvernement. La journaliste du Time, Rania Abouzeid, observait que les baasistes « pourraient revendiquer le soutien de groupes minoritaires importants en Syrie32 » 

Cette réalité que le gouvernement syrien avait la loyauté des sectes chrétiennes et musulmanes hétérodoxes, comme le relatait Shadid dans le New York Times, suggère que les minorités religieuses reconnaissaient quelque chose dans l’insurrection dont la presse occidentale faisait peu de cas (et que les socialistes révolutionnaires aux États-Unis ont manqué), à savoir qu’elle était guidée par un programme islamiste sunnite sectaire qui, s’il se réalisait, aurait des conséquences pénibles pour tous ceux qui n’étaient pas considérés comme de « vrais » musulmans. Pour cette raison, les alaouites, les ismaéliens, les druzes et les chrétiens se rangeaient du côté des baasistes qui cherchaient à surmonter les divisions sectaires comme élément de leur engagement programmatique de favoriser l’unité arabe. Le slogan « Les alaouites au tombeau et les chrétiens à Beyrouth ! », scandé dans les manifestations de ces premiers jours33, ne faisait que confirmer l’idée que le soulèvement était la poursuite de la lutte à mort que l’islam politique sunnite avait promis de mener contre le gouvernement nationaliste arabe laïc et n’était pas un soulèvement de masse pour la démocratie ou contre le néolibéralisme. S’il y avait en effet certains éléments de ce genre, comment expliquer que la soif de démocratie et l’opposition au libéralisme n’existent que dans la communauté sunnite et soient absentes dans celles des minorités religieuses ? Assurément, un déficit démocratique et une tyrannie néolibérale, s’ils existaient pour tous et agissaient comme déclencheurs d’une insurrection révolutionnaire, auraient franchi les barrières religieuses. Que les alaouites, les ismaéliens, les druzes et les chrétiens n’aient pas manifesté, et que les émeutes aient été fondées sur le sunnisme avec un contenu islamiste, indique clairement que l’insurrection, depuis son tout début, représentait la recrudescence de la campagne djihadiste sunnite de longue date contre la laïcité baasiste.

« Dès le début, le gouvernement d’Assad a dit qu’il était engagé dans une lutte contre les islamistes militants34. » La longue histoire des soulèvements islamistes contre le baasisme avant 2011 suggère que c’était très probablement le cas, et la manière dont le soulèvement s’est déroulé ensuite, comme une guerre dirigée par les islamistes contre l’État laïc, n’a fait que renforcer cette vision des choses. D’autre preuves, à la fois positives et négatives, ont confirmé l’affirmation d’Assad que l’État syrien était attaqué par des djihadistes (tout comme il l’avait été à maintes reprises dans le passé). Les preuves négatives que l’insurrection n’était pas un soulèvement populaire contre un gouvernement impopulaire se trouvaient dans les articles des médias occidentaux qui montraient que le gouvernement nationaliste arabe de la Syrie était populaire et assuré de la loyauté de la population.

En revanche, les manifestations anti-gouvernementales, les émeutes et les protestations étaient peu importantes, attirant beaucoup moins de gens que ne l’a fait une manifestation massive à Damas pour soutenir le gouvernement, et certainement pas de l’ordre des soulèvements populaires en Égypte et en Tunisie. De plus, les revendications des manifestants se centraient sur la libération des prisonniers politiques (principalement djihadistes) et la levée des limitations en temps de guerre à l’expression de la dissidence politique, et non sur des appels à la démission d’Assad ou au changement de la politique économique du gouvernement. La preuve positive est venue des récits des médias occidentaux, qui montraient que l’islam jouait un rôle de premier plan dans les émeutes. Aussi, alors qu’on croyait généralement que les groupes islamistes armés étaient entrés dans la mêlée seulement à la suite du premier printemps des émeutes de 2011 – et, ce faisant, avaient « détourné » un « soulèvement populaire » – deux groupes djihadistes qui jouaient un rôle essentiel dans la révolte armée post-2011 contre le nationalisme arabe laïc, Ahrar- al-Sham et Jabhat al-Nusra, étaient en fait actifs au début de 2011. Ahrar al-Sham « a commencé à travailler à constituer des brigades […] bien avant la mi-mars de 2011, lorsque les émeutes de Daraa ont eu lieu », selon le Time35. Jabhat al-Nusra, l’affilié d’al-Qaïda en Syrie, « était inconnu jusqu’en janvier 2012, lorsqu’il a annoncé sa formation […] mais était actif depuis des mois avant.36 »

Un autre élément de preuve cohérent avec le point de vue que l’islam militant a joué très tôt un rôle dans le soulèvement – ou, tout au moins, que les protestations ont été violentes dès le début – est qu’« il y avait des signes, dès le départ, que des groupes armés étaient impliqués ». Le journaliste et écrivain Robert Fisk a rappelé avoir vu une vidéo des « tous premiers jours de la ‘montée’, montrant des hommes avec des pistolets et des Kalachnikovs dans une manifestation à Daraa ». Il rappelle un autre événement, en mai 2011, lorsque « une équipe d’Al Jazeera a filmé des hommes armés tirant sur les troupes syriennes, à quelques centaines de mètres de la frontière nord avec le Liban, mais la chaîne a refusé de diffuser les images.37  » Même des officiels américains, qui étaient hostiles au gouvernement et dont on aurait pu s’attendre à ce qu’ils contestent le point de vue de Damas, selon lequel il était impliqué dans une lutte avec des rebelles armés, « ont reconnu que les manifestations n’étaient pas pacifiques et que certains manifestants étaient armés »38. En septembre, les autorités syriennes rapportaient qu’elles avaient perdu plus de 500 officiers et agents de police, tués par des guérilleros39. À la fin d’octobre, ce nombre avait plus que doublé40. En moins d’une année, l’insurrection était passée de l’incendie des bâtiments du Parti Baas et de l’administration et d’affrontements avec la police, à une guerre de guérilla incluant des méthodes qui seraient étiquetées comme du « terrorisme » lorsqu’elles frapperaient des cibles occidentales.

Assad se plaindrait plus tard que :

« Tout ce que nous avons dit en Syrie au commencement de la crise, ils ont fini par le dire plus tard. Ils ont dit que c’était pacifique, nous avons dit que ça ne l’était pas, ils tuent – ces manifestants qu’ils appelaient des manifestants pacifiques – ils ont tué des policiers. Puis ils sont devenus des militants. Ils ont dit oui, ce sont des militants. Nous avons dit, ce sont des militants, c’est du terrorisme. Ils ont dit non, ce n’est pas du terrorisme. Puis quand ils disent que c’est du terrorisme, nous disons que c’est al-Qaïda, ils disent que non, ce n’est pas al-Qaïda. Donc tout ce que nous disons, ils finissent par le dire plus tard 41. »

Le « soulèvement syrien », écrit le spécialiste du Moyen-Orient Patrick Seale, « devrait être considéré comme le dernier épisode, de loin le plus violent, de la longue guerre entre les islamistes et les baasistes, qui remonte à la fondation du Parti laïc Baas dans les années 1940. La bataille entre eux confine aujourd’hui à la lutte à mort »42« Il est frappant,poursuit Seale en citant Aron Lund, qui avait écrit un rapport sur le djihadisme syrien pour l’Institut suédois des Affaires internationales, que pratiquement tous les membres des divers groupes insurgés armés soient des Arabes sunnites : que les combats se soient généralement limités aux zones arabes sunnites, alors que les zones habitées par des alaouites, des druzes ou des chrétiens restaient passives ou soutenaient le régime ; que les défections au régime soient presque à 100% sunnites, que l’argent, les armes et les volontaires viennent des États islamiques ou d’organisations et d’individus pro-islamiques ; et que la religion soit le plus important dénominateur commun du mouvement insurrectionnel. »43

La brutalité comme déclencheur ?

Fin de la partie I

A suivre

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Les "néocons" battus à Alep veulent toujours la peau du Hezbollah. Par Jacques-Marie BOURGET dans le Grand Soir.

12 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #La justice

 

Les "néocons" battus à Alep veulent toujours la peau du Hezbollah.

Alors que la coalition des nouveaux impérialistes se réjouissait par avance d'un coup double à jouer en Syrie, éliminer Bachar et le Hezbollah tout en écorniflant l'Iran, voilà que l'organisation de résistance libanaise sort renforcée de la victoire d'Alep. Il faut donc abattre Nasrallah et ses troupes par un autre moyen, le vieille arme de la CPI et des "crimes de guerre". La machine est en route.

Ce qui est pénalisant dans le vieillissement ce n’est pas seulement la difficulté que l’on éprouve à lacer ses chaussures, c’est que l’on parle de moments d’histoire que personne n’a connus. Outre les amis bancals qui vous accompagnent sur le chemin du cimetière. Ainsi Geneviève Tabouis, une journaliste qui a déclamé pendant trente ans ses chroniques sur « Radio Luxembourg », ça ne vous dit rien ! Cette amie d’Eleonor Roosevelt et de Joseph Staline avait coutume de démarrer son couplet par un sonore « Attendez-vous à savoir... ».

N’étant ni l’ami de Melania Trump ni le cousin de Vladimir Poutine, je m’autorise quand même à vous lancer mon personnel « Attendez-vous à savoir... ». Attendez-vous à savoir que dans les ateliers de Washington, là où l’on forge si bien le mensonge, une grande campagne est en cours de montage. Une entreprise de première grandeur qui mobilise aussi les orfèvres israéliens, toutes les petites mains du lobby néoconservateur et les forces pures et vives de ces organisations non gouvernementales (sic) qui, par chance et goût de la démocratie, embrassent toujours les vœux de la CIA ou ceux de George Soros. C’est-à-dire la même chose.

Attendez-vous donc à savoir que le Hezbollah, pour le comportement supposé de ses soldats en Syrie, va être livré à l’accusation publique. Certains combattants de cette juste cause rêvent même de l’édification d’une CPI « spéciale », comparable à celle chargée de désigner qui a envoyé Rafic Hariri au ciel.

Lecteurs de combat, donc penseurs de l’autrement, vous avez tout de suite compris l’ambition des manipulateurs et leur enjeu : continuer par d’autres moyens, par l’arme médiatique, leur guerre perdue à Alep. Un ami sincère, un frère pourtant habitué à la magie des montreurs de lune, m’a informé de l’offensive. J’ai été surpris et même meurtri que ce combattant des toutes les libertés tombe dans le panneau : « Si, si, à Alep les miliciens du Hezbollah ont multiplié les atrocités »... Me voilà donc, une fois encore, alors que pour les connaitre je déteste les guerres, obligé de présenter le massacre comme une bagatelle. Et il l’est, si j’ose dire. La certitude est la suivante, si les disciples de Nasralla ont commis des crimes de guerre, il en va tout autant des soldats de la République Arabe de Syrie et de ces humanistes islamistes décrits sous l’alléchante banderole de « Rebelles modérés ». Sans parler des tueurs d’Al Nosra, amis de Fabius, et des barbares de Daech. La guerre est toujours un crime et l’attelage des deux mots est une tautologie.

Attendez-vous donc à ce que nos journaux, qui n’ont rien vu à redire de l’impeccable comportement des criminels de masse agissant – du bon côté – en Afghanistan, en Irak, au Kosovo, en Libye, au Yémen, vous clouent les combattants chiites libanais au pilori planétaire. Alors que Trump ressort son bâton de Guignol contre l’Iran, il est bon que ces admirateurs de l’imam Hussein ne sortent pas trop puissants de ces ruines d’Alep qui ont été aussi un tombeau pour les espoirs de l’OTAN. Comme chacun sait, et comme vous le confirmera une lecture ordinaire du Monde, en dépit de ses dizaines de têtes nucléaires, « Israël est menacé dans sa survie par les criminels du Hezbollah ». D’urgence pendons donc ces soldats chiites si cruels et dangereux. Urgence... urgence... pas si sûr puisque, dans leur soif de justice, les experts du trébuchet mondialisé seront –forcément- occupés à punir dans un tour de rôle d’autres « crimes de guerre », ceux de Kissinger, Bush, Olmert, Clinton, Netanyahou, Sarkozy, du droneur Obama et autres étalons de la démocratie. Rappelons l’incontournable doctrine du vieux maître Vergès : « Vous ne pouvez condamner Barbie sans juger Massu ».

Ayons confiance en l’instinct suicidaire de la presse qui, d’un mensonge l’autre, roule sa toile de cirque pour s’en faire un linceul. Depuis sa chaire du Collège de France, Pierre Bourdieu a fini sa vie en combattant le système des « médias-mensonges ». En chirurgien des idées il évoquait la raison d’agir des journaux, surtout ceux du gratin, vrais chiens de garde de « l’opinion », forts de leur « monopole de la violence symbolique ». Sans être un digne exégète, en parlant aujourd’hui de ces journalistes, je vais extrapoler la pensée du grand sociologue. Faut dire qu’il y a « urgences », comme on l’écrit aux portes des hôpitaux, et mon néo concept post bourdieusien est de dire maintenant que nos nouveaux journalistes détiennent le missile parfait : le « monopole de la diffamation légitime ».

Après qu’aucune star du journalisme vrai, genre Florence Aubenas, n’a été expédiée à Alep pour nous écrire le bilan de six années de guerre, soyons sûrs que les ateliers de la contrefaçon vont nous abreuver d’horribles nouvelles tirées de ce noir et récent passé. En 1999 suite à la guerre du Kosovo qui, même à « zéro mort » du côté des bons ne font pas en dentelles mais en mensonges, l’admirable Edwy Plenel – qui veut être à la presse ce que Marx fut au capital – nous a régalé d’un scoop : « sans l’intervention de l’OTAN des dizaines de milliers de kosovars auraient été exterminés dans un « génocide » ». Eh oui ! La preuve ? Plenel s’était procuré le plan « Fer à cheval », celui qui programmait, planifiait les massacres. Hélas le document d’Edwy était un faux écrit par les services secrets allemands. Zut.

Résumons. Entre des journalistes qui publient des documents façonnés et d’autres qui découvrent du gaz sarin où l’ONU n’en a pas remarqué, l’horizon médiatique est favorablement ouvert aux guerriers de l’info. Eux qui ne passent pas leur temps dans la boue ou les abris de béton mais dans les fauteuils Eames des officines « occidentales ». Celles où l’on invente les « unes » de demain.

Jacques-Marie BOURGET

Chronique publiée dans le mensuel Afrique Asie du mois de février.

URL de cet article 31497

   

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Vladimir Boukovski, un ex-soviétique parle de l’UE : « J’ai vécu votre avenir et ça n’a pas marché ».

9 Mars 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La mondialisation, #La Russie, #La République, #La dette, #l'horreur économique, #Terrorisme

Un ex-soviétique parle de l’UE : « J’ai vécu votre avenir et ça n’a pas marché »

Un écrivain et ancien dissident soviétique nous explique ici les similitudes frappantes qui existent entre l'ex URSS dans laquelle il a souffert et l'actuelle Union Européenne dans laquelle nous n'avons pas fini de souffrir.

Et c'est vrai que ces ressemblances sont frappantes, et s'accroîtront encore. Cette Europe nous est vendue sous un bel emballage, de grandes phrases et de grands mots, mais ce n'est pas un cadeau.

Ou alors un cadeau empoisonné.

Nous n'avons rien gagné avec cette Europe, ni pouvoir d'achat, ni emploi, ni sécurité, ni paix. Le bonheur encore moins.

Mais nous avons perdu notre liberté et notre pouvoir de décider de notre avenir. 80% de nos lois sont maintenant décidées à Bruxelles, et à part les rares qui veulent sortir de l'Europe (ils sont quelques-uns à le dire, mais un seul a vraiment l'intention de le faire), tous les candidats actuels n'ont d'autre programme que les GOPE décidés par des commissaires non élus à Bruxelles, de dociles esclaves du mondialisme et des multinationales. Ceux qui vous disent qu'on va la réformer vous mentent : elle n'est pas réformable sans l'accord des 27, ce qui est une impossibilité mathématique. Quant à ceux qui vous promettent un référendum, souvenez-vous de de qu'on a fait de notre vote en 2005, ne les croyez pas. 

Cette Europe finira par s'effondrer, sans doute rapidement, bien avant d'atteindre les 73 ans de l'URSS quand elle a fini par mourir dans la douleur, et notre intérêt est de la quitter au plus vite avant que la baraque ne nous tombe sur la tête : plus nous prendrons les devants, mieux nous organiserons cette sortie, et moins elle ressemblera à un sauve-qui-peut et à une débâcle.

Vous avez toutes les cartes en main pour le faire.

Doctorix.

JPEG Voici donc le discours très pertinent de cet ex-dissident soviétique, Vladimir Boukovski (que vous pourrez écouter dans une vidéo en fin d'article, si vous préférez : j'ai juste retranscrit ses propos).

"Il est très étonnant qu'après avoir enterré un monstre, l'URSS, on en construit un autre, tout à fait semblable, l'Union Européenne.

Qu'est-ce au juste que l'Union Européenne ?

Nous y répondrons peut-être en examinant l'URSS.

L'URSS était gouvernée par 15 personnes non élues, qui se nommaient entre elles et n'avaient de compte à rentre à personne.

L'Union Européenne est gouvernée par deux douzaine de personnes qui se sont choisies entre elles, qui se réunissent à huis-clos, ne rendent de comptes à personne, et qui sont indélogeables.

On pourrait dire que l'UE a un parlement élu. Bien. L'URSS avait aussi une sorte de parlement : le soviet suprême.

Ils approuvaient sans discussion les décision du politburö, tout comme au parlement européen, où le temps parole de chaque groupe est limité, et est souvent de moins d'une minute par intervenant.

Dans l'UE, il y a des centaines, des milliers d'eurocrates avec des salaires faramineux, du personnel, des serviteurs, des bonus et des privilèges, une immunité judiciaire à vie, simplement mutés d'un poste à un autre, quoiqu'ils fassent ou ne fassent pas bien.

N'est-ce pas exactement comme le régime soviétique ?

L'URSS a été créée par la contrainte et souvent par l'occupation armée.

L'UE se crée, certes non pas par la force armée, mais par la contrainte et la pression économique.

Pour continuer d'exister, l'URSS s'est étendue toujours plus. 

Dès qu'elle a cessé de s'étendre, elle a commencé à s'effondrer.

Et je pense qu'il en sera de même pour l'UE.

On nous a dit que le but de l'URSS était de créer une nouvelle entité historique : le peuple soviétique, et qu'il fallait oublier nos nationalités, nos traditions et nos coutumes. 

C'est la même chose avec l'UE, semble-t-il. Ils ne veulent pas que vous soyez anglais ou français, ils veulent que vous soyez tous une nouvelle entité historique : les européens.

Faire disparaître vos sentiments nationaux et vous forcer à vivre en communauté multinationale.

73 ans de ce système en URSS ont abouti à plus de conflits ethniques que nulle part ailleurs dans le monde.

L'une des grandes ambitions de l'URSS était de détruire l'Etat-Nation. Et c'est exactement ce que nous voyons en Europe aujourd'hui.

Bruxelles veut engloutir les Etats-Nations pour qu'ils cessent d'exister.

Le système soviétique était corrompu de la tête aux pieds et il en est de même pour l'UE.

La corruption endémique que nous voyions dans la vieille URSS a fleuri en UE.

Ceux qui s'y opposent ou qui la dénoncent sont réduits au silence ou punis. Rien ne change. En URSS, nous avions le goulag. Je pense qu'on l'a aussi dans l'UE. 

Un goulag intellectuel nommé le "politiquement correct".

Quand quelqu'un veut dire ce qu'il pense, sur des sujets de race ou de genre, ou si ses opinions diffèrent de celles approuvées, il sera ostracisé.

C'est le début du goulag, le début de votre perte de liberté. 

En URSS, on pensait que seul un Etat Fédéral éviterait la guerre.

On nous raconte exactement la même chose dans l'UE. 

Bref, la même idéologie et les mêmes systèmes.

L'UE est le vieux modèle soviétique servi à la sauce occidentale. 

Mais j'insiste, comme l'URSS, l'Union Européenne porte en elle les germes de sa propre perte. 

Hélas, quand elle va s'écrouler, car elle s'écroulera, elle laissera derrière elle une immense destruction et de gigantesques problèmes économiques et ethniques. 

Le vieux système soviétique n'était pas réformable, l'Union Européenne non plus.

Mais il y a une alternative à être gouverné par ces deux douzaines de responsables auto-proclamés à Bruxelles, ça s'appelle l'indépendance.

Vous n'êtes pas obligés d'accepter ce qu'ils ont planifié pour vous.

Après tout, on ne vous a jamais demandé si vous vouliez les rejoindre.

J'ai vécu dans votre futur et ça n'a pas marché."

 

 

Voilà, ce récit est d'autant plus poignant qu'il raconte des événements vécus de l'intérieur de l'URSS, et que l'auteur nous observe depuis l'extérieur, avec ce regard lucide que nous n'avons plus, noyés que nous sommes par la propagande. Constatons l'échec, constatons la dictature, et tirons-en les conséquences : sortons-nous de là en vitesse.

Et n'allez pas croire que le communisme est l'ennemi du capitalisme : il en est le but suprême, au travers du Nouvel ordre Mondial :

"La volonté des Rockefeller et de leurs alliés est de créer un gouvernement mondial combinant supercapitalisme et communisme sous un même toit, le tout sous leur contrôle. – le membre du Congrès des Etats-Unis Larry McDonald"

 Le vieux Rockefeller n'en fait pas mystère : dans ses mémoires publiées en 2006, on peut lire page 405.

"Quelques-uns croient même que nous faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les intérêts des Etats-Unis, nous appelant ma famille et moi des « internationalistes » et nous accusant de conspirer avec d’autres pour construire une structure politique et économique globale plus intégrée – un monde uni, si vous voulez.

Si c’est là l’accusation, je plaide coupable et j’en suis fier. »

Et pour finir, cette autre citation :

Le “Nouvel Ordre Mondial” planifié par les Rockefeller sera une dictature globale. Les conservateurs l’appelleront socialisme ou communisme ; les gens de gauche l’appelleront fascisme. L’étiquette ne fait absolument aucune différence. Ce sera l’archipel du Goulag à l’échelle planétaire.

C'est ici qu'il faut comprendre que l'Europe est une création américaine, dont vous venez de lire la finalité. Le piège se referme, sortons-nous de là avant qu'il ne soit trop tard.

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