Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #ukraine tag

La vision de Kissinger sur les relations américano-russes

26 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Source : The National Interest, le 04/02/2016

Henry_Kissinger_-_World_Economic_Forum_Annual_Meeting_Davos_2008_numb2

La Russie devrait être perçue comme un élément essentiel de tout nouvel équilibre global.

Henry A. Kissinger

Le 4 février 2016

Entre 2007 et 2009, Evgueni Primakov et moi-même avons présidé un groupe composé de ministres d’État à la retraite, de hauts fonctionnaires et de chefs militaires de Russie et des États-Unis, incluant certains d’entre vous présents aujourd’hui. Son objectif était d’atténuer les aspects antagonistes des relations États-Unis-Russie et d’étudier les opportunités d’approches coopératives.

En Amérique, il était décrit comme un “Track II group”, ce qui signifie qu’il était bipartite et encouragé par la Maison-Blanche à explorer mais non à négocier en son nom. Nous avions alterné des réunions dans chacun des pays. Le président Poutine a reçu le groupe à Moscou en 2007, et le président Medvedev en 2009. En 2008, le président George W. Bush a rassemblé une grande partie de son équipe pour la sécurité nationale dans la salle du Cabinet pour un dialogue avec nos invités.

Tous les participants avaient occupé des postes à responsabilité durant la Guerre Froide. Pendant les périodes de tension, ils avaient fait valoir l’intérêt national de leur pays comme ils le comprenaient. Mais ils avaient aussi appris par l’expérience des périls d’une technologie menaçant la vie civilisée et évoluant dans une direction qui, en période de crise, pourrait perturber toute activité humaine organisée. Des soulèvements surgissaient tout autour du globe, amplifiés en partie par différentes identités culturelles et la confrontation d’idéologies. Le but de l’initiative Track II était de surmonter les crises et d’explorer des principes communs à l’ordre mondial.

Evgueni Primakov était un partenaire indispensable dans cette initiative. Son esprit analytique aiguisé combiné à une large compréhension des tendances mondiales acquise au cours des années qu’il a passées à proximité et finalement au centre du pouvoir, et sa grande dévotion à son pays ont amélioré notre réflexion et aidé à la quête d’une vision commune. Nous n’étions pas toujours d’accord, mais nous nous respections toujours. Nous le regrettons tous et moi personnellement en tant que collègue et ami.

Je n’ai pas besoin de vous dire que nos relations aujourd’hui sont bien pires que ce qu’elles étaient il y a une décennie. En effet, elles sont certainement le pire de ce qu’elles ont été avant que ne se termine la guerre froide. La confiance mutuelle s’est dissipée de part et d’autre. La confrontation a remplacé la coopération. Je sais que ces derniers mois, Evgueni Primakov cherchait des moyens de surmonter cette inquiétante situation. Nous honorerions sa mémoire en faisant nôtre cette démarche.

A la fin de la guerre froide, les Russes et les Américains avaient une vision d’un partenariat stratégique modelé par leurs récentes expériences. Les Américains espéraient qu’une période de réduction des tensions conduirait à une coopération productive sur les enjeux planétaires. La fierté russe dans leur rôle de modernisation de leur société fut tempérée par leur malaise face à la transformation de leurs frontières et par la constatation des tâches monumentales à venir en termes de reconstruction et redéfinition. Des deux côtés, beaucoup comprenaient que les destins de la Russie et des États-Unis restaient étroitement entrelacés. Maintenir une stabilité stratégique et empêcher la prolifération des armes de destruction massive devenaient une nécessité grandissante, tout comme l’était la construction d’un système de sécurité pour l’Eurasie, spécialement le long des contours étirés de la Russie. De nouvelles perspectives s’ouvraient en matière de commerce et d’investissement ; la coopération en matière d’énergie était en haut de la liste.

Malheureusement, le rythme du bouleversement mondial a dépassé les capacités de la diplomatie. La décision d’Evgueni Primakov en tant que Premier ministre, durant un vol au-dessus de l’Atlantique en direction de Washington, d’ordonner à son avion de faire demi-tour et de retourner à Moscou pour protester contre le début des opérations de l’OTAN en Yougoslavie était symbolique. Les espoirs initiaux qu’une étroite coopération dans les premières phases de la campagne contre al-Qaïda et les Talibans en Afghanistan pourraient mener à un partenariat sur un éventail plus large de problèmes s’affaiblissaient dans le tourbillon des disputes sur la politique au Moyen-Orient, puis se sont effondrés avec les manœuvres militaires russes dans le Caucase en 2008 et en Ukraine en 2014. Les efforts les plus récents pour trouver un terrain d’entente sur le conflit en Syrie et pour réduire les tensions en Ukraine ont peu changé l’accroissement du sentiment d’éloignement.

Le récit prévalant dans chaque pays rejette la totalité du blâme sur l’autre, et dans chaque pays il y a une tendance à la diabolisation, si ce n’est de l’autre pays, du moins de ses dirigeants. Comme les problèmes de sécurité nationale dominent le dialogue, une partie de la méfiance et des suspicions provenant de la lutte acharnée durant la guerre froide a resurgi. Ces sentiments ont été exacerbés en Russie par la mémoire de la première décennie post-soviétique lorsque la Russie souffrait d’une vertigineuse crise politique et socio-économique, alors que les États-Unis bénéficiaient de leur plus longue période ininterrompue de développement économique. Tout cela causa des divergences politiques sur les Balkans, l’ancien territoire soviétique, le Moyen-Orient, l’expansion de l’OTAN, les ventes d’armes et de défense anti-missile au point de submerger les perspectives de coopération.

Peut-être plus important encore a été le fossé fondamental entre les conceptions historiques. Pour les États-Unis, la fin de la guerre froide représentait une justification de sa foi traditionnelle en une inévitable révolution démocratique. Ils visualisaient l’expansion d’un système international gouverné essentiellement par des règles juridiques. Mais l’expérience passée de la Russie est plus compliquée.

Pour un pays sur lequel avaient marché des armées étrangères depuis des siècles venant aussi bien de l’Est que de l’Ouest, la sécurité nécessitera toujours d’avoir une fondation géopolitique aussi bien que légale. Lorsque sa frontière de sécurité se déplace de 1 000 miles de l’Elbe vers Moscou, à l’est, la perception par la Russie de l’ordre mondial renfermera une inévitable composante stratégique. Le défi de notre époque est de fusionner deux points de vue – le juridique et le géopolitique – dans une conception cohérente.

De cette manière, paradoxalement, nous nous trouvons confrontés à nouveau à un problème essentiellement philosophique. Comment pour les États-Unis travailler avec la Russie, un pays qui ne partage pas l’ensemble de ses valeurs mais est une indispensable composante de l’ordre international ?

Comment pour la Russie mettre en pratique ses intérêts en matière de sécurité sans déclencher des alarmes dans sa périphérie et accumuler les adversaires. La Russie peut-elle gagner une place respectée dans les affaires mondiales avec lesquelles les États-Unis sont à l’aise ? Les États-Unis peuvent-ils poursuivre leurs valeurs sans être perçus comme menaçant de vouloir les imposer ? Je n’essaierai pas de proposer des réponses à toutes ces questions. Mon objectif est d’encourager une initiative pour les explorer.

Beaucoup de commentateurs, russes et américains, ont rejeté la possibilité que les É-U et la Russie collaborent à un nouvel ordre mondial. Selon eux, les États-Unis et la Russie sont entrés dans une nouvelle guerre froide.

Le danger aujourd’hui est moins le retour à une confrontation militaire que la consolidation dans les deux pays d’une prophétie en cours de réalisation. Les intérêts à long terme des deux pays appellent à un monde qui transforme les actuelles turbulences et fluctuations en un nouvel équilibre de plus en plus multipolaire et globalisé.

La nature de la tourmente est en soi sans précédent. Jusque récemment, les menaces internationales mondiales étaient identifiées grâce à l’accumulation de pouvoir par un État dominant. Aujourd’hui les menaces proviennent plus fréquemment de la désintégration de pouvoir étatique et du nombre grandissant de territoires non gouvernés. Cette propagation du vide de pouvoir ne peut être gérée par aucun État, peu importe sa puissance, sur une échelle exclusivement nationale. Cela requiert une coopération durable entre les États-Unis et la Russie, et d’autres grandes puissances. Par conséquent, les éléments de compétition, dans le cadre des conflits traditionnels du système interétatique, doivent être contenus afin que la compétition soit maintenue dans certaines limites et crée les conditions qui empêchent que cela ne se reproduise.

Il y a, comme nous le savons, de nombreux problèmes décisifs devant nous, l’Ukraine et la Syrie sont les plus immédiats. Durant ces dernières années, nos pays ont engagé des discussions épisodiques sur ces questions sans progrès notable. Ce n’est pas surprenant, car les discussions se sont déroulées en dehors du cadre d’un accord stratégique. Chacun de ces problèmes spécifiques est l’expression d’un autre problème stratégique plus large. L’Ukraine a besoin d’être incorporée à la structure de l’architecture internationale et européenne de sécurité de telle façon qu’elle serve de pont entre la Russie et l’Occident, plutôt que de poste avancé de chaque côté. Concernant la Syrie, il est clair que les factions locales et régionales ne peuvent trouver une solution par elles-mêmes. Des initiatives russo-américaines compatibles coordonnées avec d’autres grandes puissances pourraient créer un modèle de solutions pacifiques au Moyen-Orient et peut-être ailleurs.

Toute initiative pour améliorer les relations doit inclure un dialogue sur l’ordre mondial émergent. Quelles sont les tendances qui érodent l’ancien ordre et formatent le nouveau ? Quels défis les changements posent aux intérêts nationaux et russes et américains ? Quel rôle chaque pays veut-il jouer dans la mise en forme de cet ordre, et quelle position peut-il raisonnablement et finalement espérer occuper dans ce nouvel ordre ? Comment concilions-nous les conceptions très différentes de l’ordre mondial qui se sont développées en Russie et aux États-Unis – et chez d’autres grandes puissances – en fonction de l’expérience historique ? Le but devrait être de développer une conception stratégique des relations russo-américaines dans laquelle les points de discorde pourraient être gérés.

Dans les années 60 et 70, je percevais les relations internationales comme une relation essentiellement antagoniste entre les États-Unis et l’Union soviétique. Avec l’évolution de la technologie, une conception de stabilité stratégique que les deux pays pouvaient mettre en œuvre s’est développée, même lorsque leur rivalité continuait dans d’autres domaines. Le monde a considérablement changé depuis. En particulier, dans l’émergence de l’ordre multipolaire, la Russie devrait être perçue comme un élément essentiel de tout nouvel équilibre mondial, non en premier chef comme une menace pour les États-Unis.

J’ai passé la majeure partie des soixante-dix dernières années engagé d’une façon ou d’une autre dans les relations américano-russes. J’étais dans les centres de décision lorsque les niveaux d’alerte ont été relevés, et aux célébrations conjointes de succès diplomatiques. Nos pays et les peuples de par le monde ont besoin de perspectives qui soient plus dans la durée.

Je suis ici pour débattre de la possibilité d’un dialogue qui cherche à fusionner nos avenirs plutôt que de discourir sur nos désaccords. Cela requiert respect des deux côtés pour les valeurs vitales et de l’intérêt pour l’autre. Ces objectifs ne peuvent être atteints dans le temps qu’il reste à l’administration actuelle. Mais leur poursuite ne devrait pas pour autant être différée en raison de politiques intérieures américaines.

Cela résultera seulement d’une volonté commune de Washington et de Moscou, au sein de la Maison-Blanche et du Kremlin, de dépasser les griefs et le sentiment de persécution pour affronter les défis majeurs qui attendent nos deux pays dans les années à venir.
Henry A. Kissinger a servi en tant que conseiller en sécurité nationale et Secrétaire d’État sous les présidents Nixon et Ford. Ce discours a été prononcé à la Fondation Gorchakov de Moscou durant la conférence Primakov.

Image: Wikimedia Commons/World Economic Forum.

Source : The National Interest, le 04/02/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Lire la suite

Pourquoi il ne faut pas négocier avec la Russie de Poutine par Nicolas Tenzer (Sciences Po)

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #La France, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Bel exemple de propragande (bis)

Source : Sud Ouest, Nicolas Tenzer, 17/02/2016

2276312_976_poutine-1600_1000x500
Vladimir Poutine aux Nations Unies à New York en septembre 2015 © AFP TIMOTHY A. CLARY

Géorgie, Ukraine, Syrie : négocier avec la Russie de Vladimir Poutine est stérile et risque de mettre en danger nos propres idéaux. Les explications de Nicolas Tenzer, professeur à Sciences Po

L’idée que la négociation est toujours possible fait partie des croyances diplomatiques communes. Certes, en principe, la négociation est toujours préférable à la guerre. Cette idée connaît toutefois de nombreuses exceptions, et la Russie de Vladimir Poutine en est une, particulièrement dramatique.

Depuis la crise géorgienne en 2008, l’agression russe contre l’Ukraine, qui a débuté en 2014, et le soutien sans faille au régime criminel de Bachar al-Assad, suivi par l’intervention directe en Syrie, les pays occidentaux n’ont cessé de prétendre négocier avec la Russie. Or, ces négociations n’ont abouti à rien, ou presque, et n’ont fait que conforter la puissance russe dans sa politique d’agression.

Cette erreur provient à la fois d’un oubli des principes de la négociation et d’une méconnaissance – ou d’une mise entre parenthèses volontaire – de la nature du régime russe qui explique sa stratégie. Elle met en cause la crédibilité des puissances censées défendre le droit international, la liberté et les droits fondamentaux.

Les illusions de la négociation

Les prétendues négociations avec la Russie se sont soldées par un marché de dupes. En 2008, après l’attaque contre la Géorgie, la négociation s’est soldée par l’annexion de fait de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, sans contrepartie autre que la fin des hostilités : la Russie avait atteint ses buts de guerre. En 2015, les accords dits de Minsk 2 ont conduit, de facto, à geler la sphère d’influence russe à l’Est de l’Ukraine, limitant la souveraineté du gouvernement de Kiev. Certes, ils ont permis de diminuer l’intensité des combats et donc d’épargner des vies humaines dans un conflit qui avait déjà coûté plus de 9 000 vies.

Or, outre que le cessez-le-feu n’est pas entièrement respecté par les Russes, ces accords ne traitent pas de la Crimée, annexée illégalement par la Russie et où le nouveau gouvernement se livre à une politique d’épuration ethnique à l’encontre de la minorité tatare. De surcroît, Minsk 2 ne règle pas la situation de l’Ukraine et n’apporte aucune garantie de sécurité durable.

La situation en Syrie est plus tragique encore : outre que la Russie a, depuis 2011, toujours soutenu Assad, faisant obstacle, avec la Chine, à toute résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui aurait permis d’éviter le génocide, elle a à nouveau « sauvé » le gouvernement syrien en 2013, négociant une fin de l’utilisation de certaines armes chimiques contre une absence d’intervention occidentale. Les crimes d’Assad, depuis lors, se sont élevés à plus de 100 000 victimes.

À la suite de son intervention militaire en Syrie, la Russie a fait échouer les négociations de Genève en janvier 2016 et l’accord de cessez-le-feu obtenu à Munich le 12 février dernier confortera les avancées du régime soutenu par la Russie et l’Iran, ne mettra pas un terme aux bombardements indiscriminés sur les civils et les rebelles modérés et vise à prolonger un régime coupable de génocide.

Les règles de base de la bonne négociation

Ce rappel conduit à rappeler quelques règles. D’abord, on ne négocie pas avec celui qui dispose des moyens d’imposer sa paix faute de puissance en face résolue à intervenir. Ce n’est pas alors une négociation, mais une capitulation. Certes, le Munich de 2016 n’est pas celui de 1938, mais il met aux prises deux acteurs dont l’un est assuré de sa puissance, l’autre prêt à tout pour ne pas s’engager dans une guerre. Les États-Unis, à Genève comme à Munich, et depuis le début du conflit, ont voulu un accord à tout prix, ce qui est la première ligne de faiblesse.

En Géorgie déjà, nul n’était prêt à intervenir pour rétablir les frontières officielles. À Minsk, la France et l’Allemagne ont pris l’initiative de la négociation parce que ni les États-Unis, ni l’Europe n’étaient prêts à s’engager militairement pour protéger l’intégrité de l’Ukraine. Première règle donc : une négociation ne peut aboutir à un résultat équilibré lorsqu’une des parties ne montre pas de manière crédible qu’elle peut recourir à la force. La négociation est le résultat de rapports de forces et, au-delà de la puissance réelle, de la détermination à agir.

image-20160215-22593-awo6td
Vladimir Poutine et François Hollande, le 6 juin 2014, lors des commémorations du 70ème anniversaire du Débarquement. France Diplomatie/Flickr, CC BY-NC-SA

Ensuite, une négociation n’est valide que lorsque les deux parties ont intérêt à recourir à un compromis. Cela peut être le cas dans une guerre civile qui dure infiniment, si un médiateur a suffisamment de poids pour imposer un compromis. On peut l’imaginer pour un conflit entre deux États également de bonne foi – ce fut le cas, un bref moment, à Oslo, entre Israël et l’autorité palestinienne. Mais la Russie n’a jamais eu intérêt à un compromis.

Elle a toujours considéré ses avancées comme non négociables : l’« indépendance » des deux provinces géorgiennes, le « retour » de la Crimée à la Russie, le maintien d’Assad ou de ses fidèles au pouvoir. Les puissances occidentales ont utilisé le mantra diplomatique classique : « nous condamnons », « exprimons notre très vive préoccupation », « demandons instamment », « exigeons », et ont mis en place un appareil de sanctions – rien de suffisamment convaincant pour le Moscou.

Enfin, que signifie, du point de vue des exigences de la loi internationale, du droit de la guerre et des droits de l’Homme, une négociation qui entérinerait leur abandon ? C’est ce qui est arrivé en Géorgie, est en train de se passer en Ukraine et se démontre avec abjection en Syrie. Sur les territoires comme sur la protection des populations, il n’y a rien à négocier avec la Russie. Cela signifierait abandonner toute volonté de rétablir la loi et d’utiliser pour ce faire les instruments de la puissance. Si l’on continue ainsi, demain, d’autres pays seront menacés.

Moscou : un régime, une stratégie

Prétendre négocier avec Poutine serait se méprendre sur la nature de sa stratégie, pourtant de plus en plus explicite avec la publication, fin décembre, de sa stratégie de sécurité nationale. Celle-ci est liée à la nature de son régime et à son fonctionnement.

Premièrement, l’agression contre la liberté n’est pas que physique, mais aussi idéologique. Au nom de la spiritualité russe, Poutine pourfend les valeurs de liberté dans leur principe et il craint que les « révolutions de couleur » et toute avancée d’un pays, a fortiori voisin comme l’Ukraine, vers plus de démocratie n’ait un effet de contagion en Russie. Dans son pays, la répression contre les défenseurs de droit, de l’intimidation à l’assassinat, se renforce. Démanteler l’Europe, comme il en exprime le projet, finançant pour ce faire tous les partis ou groupes pouvant saper les valeurs européennes, est autant un projet idéologique que géopolitique.

En deuxième lieu, et il en use systématiquement dans sa communication internationale et lors de négociation, le régime vise à saper toute distinction entre le vrai et le faux, appliquant à la lettre la stratégie orwellienne déjà mise en œuvre en Union soviétique : il n’y a pas de soldats russes en Ukraine (démenti ensuite), la Russie ne bombarde pas les civils en Syrie, nous n’avons pas assassiné Litvinenko, etc. Elle refuse tout régime de la preuve, d’où son blocage de toute enquête internationale sur la destruction du vol MH17.

Enfin, ses outils de propagande visent à réécrire l’histoire afin de créer sinon un environnement plus favorable à la négociation, du moins à entretenir un doute. La Russie ne cible pas ainsi que les extrémistes, mais aussi les modérés. Voyons comment se diffuse le mythe de l’humiliation dont la Russie aurait été victime…

Est-il possible de négocier avec un partenaire qui utilise systématiquement le mensonge et la fausseté et dont toute l’entreprise consiste à dissimuler le réel ?

La légitimité du monde libre

Continuer prétendre négocier avec la Russie serait faire courir aux idéaux de liberté et à ceux qui la propagent un risque considérable. Si nous voulons aider les dissidents russes qui luttent contre l’oppression, nous n’avons pas le droit de renforcer le régime en lui cédant sur tout et en faisant mine de considérer que c’est un partenaire responsable. Pour la même raison, nous devons renforcer les sanctions, non pas les lever.

Ensuite, si nous entendons marquer un coup d’arrêt à l’expansion russe et à sa guerre idéologique, les négociations doivent s’arrêter et nous devons être résolus à nous engager dans une épreuve de force. Pour l’Europe et les États-Unis, c’est une question de crédibilité vis-à-vis de leurs alliés. C’est plus encore une question de légitimité pour le monde libre.

Enfin, arrêter les négociations c’est faire droit aux victimes et les respecter. En se prêtant à des simulacres de négociation, les États-Unis ont non seulement entériné le droit de massacrer des centaines de milliers de personnes, mais ils ont aussi barré tout espoir pour que cesse l’oppression. Les mascarades de Genève et de Munich sont indignes et insupportables pour les victimes des crimes de guerre du régime syrien et de la Russie.

Sans doute, à long terme, faut-il cultiver un espoir. L’intérêt bien compris tant de l’Europe que de la Russie n’est pas celui de la confrontation mais de la coopération. Avant 2000, cet espoir était réel. Mais pour qu’adviennent des dirigeants russes qui comprennent que la politique d’agression joue contre la Russie et font autant le malheur des peuples voisins que du leur, il faut une autre politique. Les négociations avec la Russie doivent s’arrêter aujourd’hui.The Conversation

Nicolas Tenzer, professeur associé International Public Affairs, Sciences Po

Source : Sud Ouest, Nicolas Tenzer, 17/02/2016

Nicolas Tenzer : Nicolas Tenzer est un haut fonctionnaire, écrivain et directeur de revue français. Il est actuellement directeur de la publication et de la rédaction de la revue Le Banquet et président fondateur du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP)1. Il a présidé d’avril 2009 à janvier 2015 Initiative pour le développement de l’expertise française à l’international et en Europe (IDEFIE)2. Il en est aujourd’hui le président d’honneur. Il a été entre décembre 2010 et le 13 octobre 2015 membre du directoire de l’Institut Aspen France3, dont il a assuré successivement les fonctions de trésorier et de président.

Il est né en 1961, a fait ses études à l’École Normale Supérieure (1980-1982), à Sciences-Po (1980-1982) et à l’École Nationale d’Administration (1984-1986). Il est aussi titulaire d’une maîtrise d’histoire obtenue à l’Université de Nanterre4.

Il a été maître de conférences en philosophie politique à Sciences-Po (1986-2004) et y enseigne à nouveau depuis 2014, au sein de la Paris School of International Affairs5. Il est administrateur civil hors classe, ancien chef de service au Commissariat général du Plan (1994-2002), ancien membre du cabinet du ministre de l’Économie et des Finances (1987-1988), rapporteur à la Cour des comptes (1991-1993) et ancien responsable d’une mission interministérielle sur l’expertise internationale (2007-2008).

Il est chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur et chevalier des Arts et Lettres.

Source : Wikipédia

 

51 réponses à Pourquoi il ne faut pas négocier avec la Russie de Poutine par Nicolas Tenzer (Sciences Po)

 

Lire la suite

Poutine contre l’Europe, par George Soros

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #Politique étrangère, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Ukraine, #le nazisme, #Daesch

Bel exemple de propagande… Il est intéressant de voir ce que ces gens ont dans la tête.

Source : Project Syndicate, George Soros, 10-02-2016

MUNICH – Les dirigeants américains et européens font une grave erreur s’ils croient que Poutine est un allié potentiel dans la lutte contre l’Etat islamique (EI). Les faits le démentent. Poutine veut maintenant encourager la désintégration de l’UE et il considère que le meilleur moyen pour cela est d’inonder l’Europe sous un flot de réfugiés syriens.

Ils ont quand même extraordinaires. L’Occident a décidé de déstabiliser la Syrie pour virer Assad, mais c’est la faute de Poutine si les Syriens fuient maintenant…

Les avions russes ont bombardé la population civile du sud du pays pour contraindre les habitants à fuir vers la Jordanie et le Liban. Quelques 20 000 réfugiés syriens campent aujourd’hui dans le désert dans l’attente d’être admis en Jordanie. Un plus petit nombre attend d’entrer au Liban, mais les deux groupes grossissent de jour en jour.

 

La Russie a également lancé une attaque aérienne de grande envergure contre les civils au nord de la Syrie, ce qui a entraîné la fuite de 70 000 civils vers la Turquie. Cet épisode a été suivi d’une attaque au sol des forces de Bachar Al-Assad, le président syrien, contre Alep (une ville qui comptait 2 millions d’habitants), ce qui pourrait aussi conduire à des départs massifs.

Les réfugiés syriens ne s’arrêteront peut-être pas en Turquie. La chancelière Angela Merkel s’est rendue à Ankara le 9 février pour prendre des décisions d’urgence avec le gouvernement turc afin d’inciter ceux déjà sur place à prolonger leur présence en Turquie. Elle a proposé le transfert de 200 000 à 300 000 réfugiés par voie aérienne en Europe à condition que la Turquie les empêche de rejoindre la Grèce et les réadmette s’ils y réussissaient.

Le président russe est un habile tacticien, mais pas un très bon stratège. Son intervention est une erreur, car elle l’a entraîné dans un conflit avec le président turc Erdogan, contraire à la fois aux intérêts de leurs deux pays.

 Il n’y a aucune raison de croire que Poutine est intervenu en Syrie pour aggraver la crise des réfugiés en Europe. Mais quand il y a vu l’occasion de précipiter la désintégration de l’UE, il n’a pas hésité. Il a camouflé son objectif en parlant de coopération dans la lutte contre un ennemi commune, l’EI. Il a fait la même chose avec l’Ukraine : il a signé l’accord de Minsk, pour ensuite ne pas l’appliquer.

Il est difficile de comprendre pourquoi les dirigeants américains et européens font confiance à Poutine plutôt que de le juger sur ses actes. La seule explication est qu’ils cherchent à rassurer leur opinion publique en affichant un excès d’optimisme. Le fait est que la Russie de Poutine et l’UE sont engagé dans une course contre la montre : la question est de savoir qui va s’effondrer en premier.

Moi je sais, moi je sais, moi, je sais…  :)

Une grande partie de la dette étrangère russe arrivant à maturité en 2017, Poutine sera confronté au risque de faillite, mais on ne peut exclure des troubles politiques avant cette échéance.

La dette de 20 % du PIB ?

La popularité du président russe est encore élevée, mais elle repose sur un contrat social qui suppose que le gouvernement veille à la stabilité financière et assure une augmentation lente mais régulière du niveau de vie. Or le régime est appelé à échouer sur ces deux fronts en raison de la concomitance des sanctions occidentales et de la chute du prix du pétrole.

Le déficit budgétaire de la Russie s’élève à 7% de son PIB et le gouvernement doit le ramener à 3% afin d’éviter une inflation hors contrôle. La sécurité sociale russe est à cours d’argent et pour la sauver, son budget doit être fusionné avec celui consacré aux infrastructures publiques. Tout cela va porter atteinte au niveau de vie et déteindre sur l’opinion des électeurs avant les élections législatives qui auront lieu en automne.

Pour Poutine, le moyen le plus efficace d’éviter l’effondrement est de provoquer auparavant celui de l’UE.

Y-a-t-il un psychiatre parmi vous, amis lecteurs ?

Etant donné les difficultés dans laquelle cette dernière est engluée, elle ne pourra maintenir les sanctions imposées à la Russie après son incursion Ukraine. Sur le plan économique, Poutine sera gagnant s’il parvient à diviser l’Europe en exploitant les intérêts commerciaux et les liens qu’il a soigneusement entretenus avec les partis anti-européens.

Aujourd’hui l’UE est sur la voie de la désintégration. Depuis la crise financière de 2008 et les plans de secours ultérieurs en faveur de la Grèce, elle a appris à se débrouiller tant bien que mal pour passer d’une crise à l’autre sans trop de dommages. Mais elle est confrontée aujourd’hui à 5, voire 6 crises simultanément, ce qui est sans doute trop. Ainsi que Merkel l’a prévu, la crise des réfugiés peut faire éclater l’UE.

Quand un pays ou un ensemble de pays est confronté à un danger mortel, il est préférable pour ses dirigeants de faire face à la réalité, aussi dure soit-elle, plutôt que de l’ignorer. Une course à la survie oppose l’UE à la Russie de Poutine. L’EI constitue une menace tant pour l’une que pour l’autre, mais il ne faut pas la surestimer. Les actes des terroristes jihadistes, aussi terrifiants soient-ils, ne se comparent pas avec la menace russe.

L’EI (et Al Qaïda auparavant) ont identifié le talon d’Achille de la civilisation occidentale – la peur de la mort – et il a appris à l’exploiter. En réveillant l’islamophobie latente de l’Occident et en attisant la méfiance de l’opinion publique et des autorités à l’égard des musulmans, l’Etat islamique espère convaincre les jeunes musulmans qu’il n’y a aucune alternative au terrorisme. Une fois que l’on a compris cette stratégie, l’antidote est simple : ne pas se comporter comme l’ennemi le voudrait.

La menace émanant de la Russie de Poutine sera plus difficile à contrer. Et elle le sera d’autant plus si l’on n’en a pas conscience.

Et encore plus si elle n’existe pas, hein…

(non mais la Russie plus grave menace que Daech, il faut le faire…)

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

Source : Project Syndicate, George Soros, 10-02-2016

Lire la suite

Comment la Turquie soutient les jihadistes par Thierry Meyssan

25 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Turquie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La France, #La Russie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

Comment la Turquie soutient les jihadistes

La Russie a posé la question de l’avenir de la Turquie en remettant au Conseil de sécurité un rapport de renseignement sur les activités de soutien de ce pays aux jihadistes. Le document comprend une dizaine de révélations mettant en cause les agissements du MIT. Le problème est que chacune des opérations citées renvoie à d’autres opérations dans lesquelles les mêmes acteurs ont oeuvré avec les États-Unis ou leurs alliés contre la Russie. Ces renseignements s’ajoutent à ceux déjà disponibles sur les liens personnels du président Erdoğan avec le banquier d’Al-Qaïda et sur le recel par son fils du pétrole volé par Daesh.

| Damas (Syrie)
+
JPEG - 38 ko

La Russie a remis aux membres du Conseil de sécurité de l’Onu un rapport de renseignement sur les activités de la Turquie en faveur des jihadistes opérant en Syrie [1]. Ce document livre une dizaine de faits qui, chacun, viole une ou plusieurs résolutions du Conseil.

Ce faisant, la Russie place le Conseil devant ses responsabilités et, par extension, plusieurs autres organisations inter-gouvernementales. En droit, le Conseil devrait demander les preuves correspondantes à ces assertions et convoquer la Turquie pour explications. Dans le cas où la culpabilité de la Turquie serait établie, il devrait décider des sanctions à prendre sous le chapitre VII de la Charte, c’est-à-dire en recourant à la force. De leur côté, l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord et l’Organisation de la coopération islamique devraient exclure de leurs rangs cet État-voyou, tandis que l’Union européenne devrait cesser les négociations d’adhésion.

Cependant, une lecture attentive du rapport de renseignement russe montre que les faits allégués sont susceptibles d’ouvrir bien d’autres dossiers et de mettre en cause d’autres puissances. De sorte qu’il est plus probable que l’on ne discutera pas publiquement ce rapport, mais que l’on négociera à huis clos l’avenir de la Turquie.

Le cas Mahdi Al-Harati

Né en Libye, en 1973, Mahdi al-Harati a émigré en Irlande et y a fondé une famille.

En mai 2010, il se trouve à bord du Mavi Marmara, le navire amiral de la « Flottille de la liberté », organisée par l’ONG turque IHH, pour livrer de l’aide humanitaire à Gaza. Les bateaux sont piratés en haute mer par l’armée israélienne, provoquant un scandale international. Les passagers sont enlevés par Tsahal, séquestrés en Israël, puis finalement libérés [2]. Le Premier ministre d’alors, Recep Tayyip Erdoğan, se rend dans un hôpital pour réconforter les militants blessés. Son cabinet diffuse une photographie où l’on voit l’un d’entre eux l’embrasser comme son père. Il s’agirait d’un turco-irlandais, El Mehdi El Hamid El Hamdi, en réalité, le libyo-irlandais Mahdi al-Harati.

JPEG - 21.9 ko

En juillet 2011, sa maison de Rathkeale (Irlande) est cambriolée. Sa compagne, Eftaima al-Najar, prévient la police et déclare que les voleurs se sont emparés de riches bijoux égyptiens et libyens et de 200 000 euros en coupures de 500. Contacté par téléphone, Mahdi al-Harati confirme à la police avoir rencontré les autorités du Qatar, de France et des États-unis et avoir reçu cette somme de la CIA pour aider au renversement de Mouamar el-Kadhafi [3]. Il reviendra ultérieurement sur ses premières déclarations, lorsque la Résistance libyenne s’emparera de l’affaire [4]

En juillet-août 2011, il commande la Brigade de Tripoli —dont son beau-frère, Hosam al-Najjair, est également membre—, une unité d’Al-Qaïda encadrée par des légionnaires français, chargée par l’Otan de prendre l’hôtel Rixos [5]. Officiellement, l’hôtel est le centre de presse international, mais l’Alliance a été informée par le constructeur turc du bâtiment qu’il comprend un sous-sol aménagé, accessible de l’extérieur, où se réfugient divers membres de la famille Kadhafi et des responsables de la Jamahiriya. Durant plusieurs jours, il se bat avec les Français contre les soldats de Khamis Kadhafi [6]

En septembre 2011, l’Otan le nomme adjoint d’Abdelhakim Belhaj, le chef historique d’Al-Qaïda devenu « gouverneur militaire de Tripoli » [7]. Il démissionne le 11 octobre prétendument à la suite d’un différent avec Belhaj [8].

Pourtant, en novembre 2011, aux côtés d’Abdelhakim Belhaj, il commande un groupe de 600 à 1 500 jihadistes d’Al-Qaïda en Libye —anciennement du Groupe islamique combattant en Libye (GICL)— qui sont enregistrés comme réfugiés et transportés par mer en Turquie sous la responsabilité de Ian Martin, ancien secrétaire général de la Fabian Society et d’Amnesty International, devenu représentant spécial de Ban Ki-moon.

Arrivés en Turquie, les jihadistes sont transférés par autobus, escortés par le MIT (services secrets turcs), en Syrie. Ils s’installent à Jabal al-Zouia où ils créent pour le compte de la France, l’Armée syrienne libre (ASL). Durant près de deux mois, Abdelhakim Belhaj et Mahdi al-Harati reçoivent tous les journalistes occidentaux qui tentent de couvrir l’événement en passant par la Turquie dans ce qu’ils transforment en un « village Potemkine » [9]. Le cabinet du Premier ministre Erdoğan les met en liaison avec des passeurs qui les transportent en moto à Jabal al-Zouia. Là, ils voient de leurs propres yeux des milliers de personnes manifester « contre la dictature de Bachar el-Assad et pour la démocratie ». Conquise, la presse occidentale conclut à la révolution, jusqu’à ce qu’un journaliste du quotidien espagnol ABC, Daniel Iriarte, constate que les manifestants ne sont majoritairement pas syriens et reconnaisse leurs chefs libyens Abdelhakim Belhaj et Mahdi al-Harati [10]. Peu importe, le spectacle de la Brigade des faucons du Levant (Suqour al-Sham Brigade) a fait son effet. Le mythe d’une ASL composée de « déserteurs de l’armée arabe syrienne » est né et les journalistes qui l’ont alimenté ne reconnaîtront jamais avoir été bernés.

En septembre 2012, Mahdi al-Harati rejoint la Libye pour raisons médicales, non sans avoir au préalable formé avec son beau-frère un nouveau groupe de jihadistes, Liwa al-Umma (la Brigade de l’Oumma) [11].

En mars 2014, Mahdi al-Harati escorte un nouveau groupe de jihadistes libyens qui rejoint la Turquie par la mer. Selon le rapport de renseignement russe, il est pris en charge par le numéro 2 du régime, Hakan Fidan, le chef du MIT (services secrets), qui vient juste de réintégrer ses fonctions. Ils rejoignent Daesh par le poste frontière de Barsai. Cette décision fait suite à la réunion organisée à Washington par la conseillère nationale de sécurité, Susan Rice, avec les chefs des services secrets du Golfe et de Turquie en vue de leur confier la poursuite de la guerre contre la Syrie, prétendument sans avoir à utiliser Al-Qaïda et Daesh [12].

En août 2014, Mahdi al-Harati est « élu » maire de Tripoli avec le soutien du Qatar, du Soudan et de la Turquie. Il dépend du gouvernement de Tripoli, dominé par les Frères musulmans et rejette celui de Tobrouk, soutenu par l’Égypte et les Émirats arabes unis.

Le parcours de Mahdi al-Harati atteste des liens entre Al-Qaïda en Libye, l’Armée syrienne libre, Daesh et les Frères musulmans, réduisant à néant la théorie d’une révolution démocratique en Syrie. Elle montre aussi le soutien dont ce réseau a bénéficié de la part des États-Unis, de la France et de la Turquie.

Le transfert de combattants de Daesh de Syrie au Yémen

Le rapport de renseignement révèle que les services secrets turcs ont organisé le transfert de combattants de Daesh de la Syrie vers le Yémen. Ils auraient selon les cas été transportés par avion ou par bateau vers Aden.

Cette imputation avait déjà été formulée, le 27 octobre 2015, par le porte-parole de l’Armée arabe syrienne, le général Ali Mayhub. Selon lui, au moins 500 jihadistes de Daesh avaient été aidés par le MIT turc pour se rendre au Yémen. Ils avaient été embarqués sur deux avions de Turkish Airlines, un de Qatar Airways et un des Émirats. Arrivés à Aden, les jihadistes furent divisés en trois groupes. le premier se rendit au détroit de Bab el-Mandeb, le second à Marib, et le troisième fut envoyé en Arabie saoudite.

Cette information, qui avait été largement développée par les médias arabes pro-Syriens, a été ignorée par la presse occidentale. Côté yéménite, le général Sharaf Luqman, porte parole des militaires fidèles à l’ancien président Saleh, confirma l’imputation syrienne et ajouta que les jihadistes avaient été accueillis au Yémen par des mercenaires de Blackwater-Academi.

Le transfert de combattants de Daesh d’un théâtre d’opération vers un autre atteste la coordination des opérations en Syrie et au Yémen. Il met en cause la Turquie, le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Blackwater-Academi.

Le « village tatar »

Le rapport de renseignement russe évoque également le cas du « village tatar », un groupe ethnique tatar, initialement basé à Antalya, puis déplacé par le MIT plus au nord, à Eskişehir. Bien qu’il précise qu’il comprend des combattants d’Al-Qaïda et qu’il aide des combattants islamistes en Syrie, il n’explique ni pourquoi ce groupe a été déplacé plus loin de la Syrie, ni quelles sont ses activités précises.

Les Tatars forment la seconde minorité russe et très rares sont ceux qui adhérent à l’idéologie jihadiste des Frères musulmans ou du Hizb-ut-Tahrir.
Cependant, en mars 2012, des islamistes arabes du Tatarstan se sont attaqués à une exposition sur la Syrie « berceau de la civilisation » au musée de Kazan. Un peu plus tard, le 5 août 2012, des jihadistes, à la fois arabes et tatars, se réunissent secrètement à Kazan, incluant des représentants d’Al-Qaïda.
En décembre 2013, des jihadistes tatars panturquistes du mouvement Azatlyk (Liberté), quittent le théâtre syrien pour rejoindre l’Ukraine et assurer le service d’ordre de la place Maidan, dans l’attente du coup d’État ; tandis que d’autres militants de la même organisation manifestent à Kazan.
Le 1er août 2015, un Congrès mondial des Tatars est organisé à Ankara, avec le soutien et la participation des gouvernements ukrainiens et turcs. Il est présidé par le célèbre agent de la CIA durant la Guerre froide, Moustafa Djemilev, et décide la création d’une « Brigade musulmane internationale » pour « libérer » la Crimée. Djemilev est immédiatement reçu officiellement par le président Recep Tayyip Erdoğan [13]. La Brigade dispose d’installation à Kherson (Ukraine). Elle organise divers sabotages en Crimée, dont une gigantesque panne d’électricité (coupée depuis l’Ukraine), puis ne parvenant pas à entrer massivement en Russie, va renforcer les troupes ukrainiennes au Donbass.

Si le Conseil de sécurité se mettait à creuser la question du « village tatar », il ne manquerait pas d’observer que les États-Unis, la Turquie et l’Ukraine sponsorisent les jihadistes tatars en Syrie, en Crimée et au Tatarstan, y compris des membres d’Al-Qaïda et de Daesh.

Les Turkmènes de la Brigade Sultan Abdulhamid

Alors que la Turquie n’a pas levé le petit doigt pour secourir les Turkmènes irakiens massacrés par Daesh, elle s’est appuyée sur les Turkmènes syriens contre la République arabe syrienne. Ils sont organisés par les « Loups gris », un parti politique paramilitaire turc, historiquement lié aux services secrets de l’Otan dans leur lutte contre le communisme (le « Gladio »). Ce sont eux par exemple qui organisèrent la tentative d’assassinat de Jean-Paul II, en 1981 [14]. Les Loups gris sont présents en Europe, notamment au sein des sociaux-démocrates belges et des socialistes néerlandais. Ils ont installé une coordination européenne à Francfort. En réalité ils ne sont pas un parti en eux-mêmes, mais forment la branche paramilitaire du Parti d’action nationaliste, MHP (Milliyetçi Hareket Partisi).

Les Brigades turkmènes organisent avec le MIT le pillage des usines d’Alep. Des experts turcs viennent démonter les machines-outils qui sont expédiées et remontées en Turquie. Simultanément, elles occupent la zone frontalière de la Turquie où le MIT installe et contrôle des camps de formation des jihadistes.

En novembre 2015, c’est la star des Turkmènes syriens, le Turc Alparslan Çelik —membre des Loups gris et l’un des commandants de la Brigade Sultan Abdoulhamid—, qui donnera l’ordre d’abattre les deux pilotes du Sukoï-24 qui venait d’être détruit par la chasse turque assistée d’un AWACS saoudien. L’un d’entre eux sera effectivement exécuté.

Il se trouve qu’en 1995, les Loups gris avaient organisé, avec la firme immobilière turco-US Celebiler isaat (qui finance les campagnes électorales d’Hillary Clinton), un vaste recrutement de 10 000 jihadistes pour aller combattre en Tchétchènie. Une base d’entraînement avait été installée dans la cité universitaire de Top Kopa à Istanbul. Un des fils du général Djokhar Doudaïev dirigeait le transfert depuis la Turquie via l’Azerbaïdjan aux côtés du MIT.

Le rapport de renseignement russe révèle que le MIT a constitué la Brigade Sultan Abdoulhamid —qui regroupe les principales milices turkmènes— et qu’elle a formé ses membres sur la base de Bayır-Bucak sous la direction d’instructeurs des forces d’intervention spéciale de l’état-major de l’Armée turque et d’agents du MIT. Il précise que la Brigade turkmène collabore avec Al-Qaïda.

Toute recherche un peu plus approfondie conduirait le Conseil de sécurité à rouvrir de vieux dossiers criminels et à constater les liens entre la Brigade Sultan Abdoulhamid, les Loups gris, la Turquie, les États-Unis et Al-Qaïda.

L’IHH et İmkander

Le rapport de renseignement russe révèle le rôle de trois ONG humanitaires turques dans la livraison d’armes aux jihadistes, IHH, İmkander et Öncü Nesil. La Déclaration finale du Groupe de soutien international à la Syrie (GSIS), réuni à Munich les 11 et 12 février, semble valider cette accusation puisqu’elle stipule que, désormais, les Etats-unis et la Russie veilleront à ce que les convois humanitaires en Syrie ne transportent que des matériels humanitaires. Jusque-là, le gouvernement de Damas et la presse ne cessaient d’accuser ces ONG de soutenir les jihadistes, mais on ne l’écoutait pas. En septembre 2012, un cargo affrété par l’IHH transporta des armes en Syrie pour le compte des Frères musulmans [15].

Je ne connais que les deux premières organisations citées.

L’IHH est une association fondée et animée par le Parti de la prospérité turc (Refah) de Necmettin Erbakan, mais sans lien statutaire ou organique avec lui. Elle fut d’abord enregistrée en Allemagne, à Fribourg-en-Brisgau en 1992, sous le nom Internationale Humanitäre Hilfe (IHH), puis en Turquie, à Istanbul en 1995, sous le nom İnsani Yardım Vakfı. Son nouvel acronyme étant İYV et non pas IHH, elle a fait précéder son nom de İnsan Hak ve Hürriyetleri, c’est-à-dire en turc « Droits de l’homme et libertés ». Sous couvert d’aide humanitaire aux musulmans de Bosnie et d’Afghanistan, elle les fournissait en armes, ce qui s’inscrivait dans la stratégie de l’Otan. Par la suite, elle soutint militairement l’Émirat islamique d’Itchkérie (Tchétchénie) [16]. En 2006, elle organise à la mosquée Fatih d’Istanbul de grandes funérailles, sans le corps mais avec des dizaines de milliers de militants, pour le jihadiste tchétchène Chamil Bassaïev qui venait d’être tué par les Forces russes après le massacre qu’il avait commandité à l’école de Beslan [17].

L’IHH a acquis une renommée mondiale en organisant avec l’AKP (successeur du Refah) la « Flottille de la Liberté » qui devait apporter de l’aide humanitaire à Gaza en brisant le blocus israélien, là encore avec l’aval de la Maison-Blanche qui cherchait à humilier le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Parmi les passagers de la flottille se trouvait Mahdi al-Harati déjà nommé. Le rapport de la Commission des Nations unies présidée par Geoffrey Palmer atteste que, contrairement aux allégations, la flottille ne transportait aucune cargaison humanitaire. Ce qui conduit à conclure que l’IHH savait qu’elle n’arriverait jamais à Gaza et pose donc la question des buts réels de cette expédition.

Le 2 janvier 2014, la police turque —qui vient d’interpeller les fils de trois ministres et le directeur d’une grande banque pour blanchiment d’argent— intercepte un camion d’armes d’IHH destiné aux jihadistes syriens [18]. Par la suite, elle perquisitionne le siège d’IHH. Elle interpelle dans ses bureaux Halis B., suspecté d’être le leader d’Al-Qaïda en Turquie, et İbrahim Ş., commandant en second de l’organisation pour le Proche-Orient [19]. Le gouvernement parvient à limoger les policiers et fait libérer les suspects.

İmkander (en turc Fraternité, par référence aux Frères musulmans) est une autre association « humanitaire », créée en 2009 à Istanbul. Elle s’est spécialisée dans l’aide aux Tchétchènes et la défense des jihadistes du Caucase. Ainsi organise-t-elle une campagne médiatique en Turquie lorsque le représentant de Dokou Oumarov (l’auto-proclamé « émir du Caucase »), Berg-Khazh Musaev (dit Emir Khamzat) est assassiné à Istanbul. À l’époque, le FSB se considérait en guerre contre les États qui soutenaient militairement les jihadistes et n’hésitait pas à les liquider dans ces pays (comme Zelimkhan Yandarbiyev au Qatar, et Umar Israilov en Autriche). İmkander organisa de vastes funérailles à la mosquée Fatih d’Istanbul.

Les 12 et 13 mai 2012, avec le soutien de la mairie d’Istanbul, İmkander organisa un congrès international —dans la tradition des congrès de la CIA durant la Guerre froide— pour soutenir les indépendantistes du Caucase. À la fin de la manifestation, fut créé de manière permanente le Congrès des Peuples du Caucase reconnaissant l’unique autorité de l’Émirat du Caucase de Dokou Oumarov. Les délégués accusèrent l’Empire russe, l’Union soviétique et la Fédération de Russie d’avoir pratiqué et de pratiquer le génocide des Caucasiens. Dans une vidéo, l’émir Dokou Oumarov appela tous les Peuples du Caucase à rejoindre le jihad. La Russie réagit vivement [20].

En 2013, la Russie demanda au Comité des sanctions 1267/1989 du Conseil de sécurité de placer İmkander sur la liste des organisations liées à al-Qaïda. Le Royaume-uni, la France et le Luxembourg s’y opposèrent [21]. En effet, si İmkander revendique soutenir politiquement Al-Qaïda dans le Caucase, la Russie n’apporta pas de preuves jugées suffisantes par les Occidentaux d’une participation aux opérations militaires.

Ces deux ONG sont directement impliquées dans le trafic d’armes pour IHH et le soutien politique pour İmkander. Elles disposent du soutien de l’AKP, le parti que le président Erdoğan créa pour remplacer le Refah interdit par la Cour constitutionnelle.

Que faire du rapport de renseignement russe ?

Il est peu probable que le Conseil de sécurité étudiera le rapport de renseignement russe. La question du rôle des services secrets se traite généralement en secret. Quoi qu’il en soit, les États-Unis devront préciser ce qu’ils entendent faire de leur allié turc qui s’est fait prendre en violant les résolutions du Conseil.

Ces renseignements s’ajoutent à ceux déjà disponibles sur les liens personnels du président Recep Tayyip Erdoğan avec Yasin al-Qadi, le banquier d’Al-Qaïda [22], et sur le rôle de son fils Bilal dans le commerce du pétrole volé par Daesh [23].

À n’en pas douter, les rodomontades turques annonçant une possible invasion militaire en Syrie ne sont qu’un moyen de faire diversion. Quoi qu’il en soit, si une guerre venait à éclater entre la Turquie et la Russie, ce rapport de renseignement suffirait à priver Ankara du soutien de l’Alliance atlantique (article 5 de la Charte de l’Otan).

Thierry Meyssan

[1] « Rapport de renseignement russe sur l’aide actuelle turque à Daesh », Réseau Voltaire, 18 février 2016.

[2] « Flottille de la liberté : le détail que Netanyahu ignorait », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 juin 2010.

[3] “Tinker raiders, Soldier, Spy”, Sunday World, November 7, 2011.

[4] “Dublin man denies receiving funds from US to assist overthrow of Gadafy”, Mary Fitzgerald, Irish Times, November 22, 2011.

[5] “Irish Libyans join rebels trying to oust Gadafy”, Paulo Nunes Dos Santos, Irish Times, August 13, 2011.

[6] Selon son ordre de mission, qui avait été déterminé lors d’une réunion secrète de l’Alliance à Naples à laquelle participait Alain Juppé, Mahdi Al-Harati devait profiter de la confusion au Rixos pour m’éliminer.

[7] « Comment les hommes d’Al-Qaida sont arrivés au pouvoir en Libye », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 septembre 2011.

[8] “Libyan-Irish commander resigns as deputy head of Tripoli military council”, Mary Fitzgerald, Irish Times, October 11, 2011.

[9] Au XVIIIe siècle, le ministre russe Grigori Potemkine fit ériger de luxueuses façades en carton-pâte afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II en Crimée. Depuis lors, l’expression « village Potemkine » désigne la création d’un lieu fictif à des fins de propagande.

[10] « Islamistas libios se desplazan a Siria para "ayudar" a la revolución », Daniel Iriarte, ABC, 17 de diciembre de 2011. Version française : « Des islamistes Libyens en Syrie pour "aider" la révolution », Traduction Mounadil Al-Djazaïri, Réseau Voltaire, 18 décembre 2011.

[11] “Irish Syrian fighters pass on lessons of revolution”, Mary Fitzgerald, Irish Times, August 1, 2012.

[12] “Spymasters gather to discuss Syria”, David Ignatius, Washington Post, February 19, 2014.

[13] « L’Ukraine et la Turquie créent une Brigade internationale islamique contre la Russie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 août 2015.

[14] Il s’agissait de contraindre le Saint-Siège à abandonner l’Ostpolitk que le cardinal secrétaire d’État Agostino Casaroli poursuivait dans la même optique que Willy Brandt.

[15] “Brotherhood ‘buying influence with arms’”, Sheera Frenkel, The Times, September 14, 2012.

[16] « The role of Islamic charities in international terrorist recruitment and financing », Evan F. Kohlmann, Danish Institute for International Studies, 2006.

[17] “Turkey pays homage to Basayev”, IHH, July 14, 2006.

[18] « La police turque saisit une cargaison d’armes destinées à la Syrie », Réseau Voltaire, 2 janvier 2014.

[19] « La Justice turque accuse l’IHH de liens avec Al-Qaïda », Réseau Voltaire, 15 janvier 2014.

[20] « De "la Conférence Internationale sur le Caucase" à Istanbul », in « Le briefing d’A.K. Loukachevitch, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères de la Russie, le 18 mai 2012 ».

[21] “Commentaire du Département de l’Information et de la Presse du Ministère des Affaires étrangères de la Russie sur une demande russe adressée au Comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU contre Al-Qaïda”, Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, 12 septembre 2013.

[22] « Erdoğan recevait secrètement le banquier d’Al-Qaida » ; « Al-Qaida, éternel supplétif de l’Otan », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 2 et 6 janvier 2014.

[23] « Le rôle de la famille Erdoğan au sein de Daesh », Réseau Voltaire, 26 juillet 2015 ; « La Russie expose les preuves du trafic de pétrole de Daesh via la Turquie », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 3 décembre 2015.

Source : « Comment la Turquie soutient les jihadistes », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 février 2016, www.voltairenet.org/article190350.html

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2,

Lire la suite

Il faut sortir de l'OTAN au plus vite, c'est l'urgence absolue pour éviter la guerre. Les néo-nazis formés en Ukraine essaiment partout en Europe pour de nouvelles opérations GLADIO.

24 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La France, #AMERIQUE, #L'armée française, #l'Allemagne, #L'Italie., #La Turquie, #Grèce, #Ukraine, #La Russie

Il faut sortir de l'OTAN au plus vite, c'est l'urgence absolue pour éviter la guerre. Les néo-nazis formés en Ukraine essaiment partout en Europe pour de nouvelles opérations GLADIO.

Il faut sortir de l'OTAN au plus vite, c'est l'urgence absolue pour éviter la guerre. Les néo-nazis formés en Ukraine essaiment partout en Europe pour de nouvelles opérations GLADIO.

Bonjour.

Les bruits de bottes sont de jour en jour plus forts ! L’OTAN est une alliance criminelle qui cherche à imposer le Nouvel Ordre Mondial au profit des 1% les plus riches qui pillent le monde sans entraves ou presque. La Russie est la seule à s’opposer efficacement à cette opération terroriste. Elle s’appuie sur le droit international mis en place à la fin de la seconde guerre mondiale par tous les pays du monde afin d’éviter les conflits entre les nations. Elle défend le « Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». La France était dans le même camp lorsque gaullistes et communistes refusaient le carcan otanesque imposé par les Etats-Unis.

Fleurissait alors en France le slogan « US GO HOME » que nous aimerions voir à nouveau refleurir sur nos murs. Hélas cet héritage issu de la Résistance est lui aussi menacé, « Nike la France » tagué un peu partout et particulièrement sur des lieux symboliques (La statue du Général de Gaulle à Calais ) a remplacé « US go Home ».

Autres temps autres mœurs, nous avons depuis réintégré le commandement intégré de l’alliance atlantique sous commandement américain.

Nous avons démantelé l’armée française en fermant de plus en plus de casernes sans pour autant diminuer les dépenses militaires, elles sont en augmentation au contraire…

Nous avons démantelé nos industries nationales stratégiques, Alstom par exemple, qui permettaient l’indépendance de la France.

Le gouvernement actuel est sur le point d’offrir les bases militaires désaffectées par notre armée aux armées mercenaires de l’OTAN. Les militaires et soudards ainsi installés sur notre sol ne seraient pas soumis à nos lois ! C’est vrai que l’intégration européenne à marche forcée imposée par notre président vise à effacer définitivement notre état-nation. La souveraineté nationale et populaire sera bientôt un lointain souvenir…

Les armées de réserve de cette organisation terroriste sont incompatibles avec notre sens de la justice et de la démocratie. Elles peuvent être néonazies en Ukraine et appelées à se répandre dans les pays de l’Union Européenne. Elles peuvent aussi être terroristes islamiques au Proche et Moyen Orient. Le Front Al Nosra - qui fait du bon boulot en Syrie aux dires de l’ancien ministre français des affaires étrangères – est de ceux-là ! La compagnie est grande, les armées mercenaires que sont Daesch et autres monstres sont également au service de l’Empire du bien.

L’étrange ballet avec la Turquie va-t’en guerre du Calife Erdogan a de quoi inquiéter ! Les manœuvres otanniennes dans la mer Egée sont à surveiller de près, la Turquie y joue un rôle prépondérant.

Pour toutes ces raisons nous devons informer et mobiliser afin d’éviter les catastrophes programmées. Le texte ci-dessous apporte des précisions très importantes.

Bien cordialement

Lucien Pons

Il faut sortir de l'OTAN au plus vite, c'est l'urgence absolue pour éviter la guerre. Les néo-nazis formés en Ukraine essaiment partout en Europe pour de nouvelles opérations GLADIO.

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ “NON À LA GUERRE, NON À L’OTAN

Nous sommes en état de guerre sur deux fronts qui deviennent de jour en jour plus incandescents et périlleux.

Tout en accusant la Russie de “déstabiliser l’ordre de la sécurité européenne“, l’OTAN sous commandement US a rouvert le front oriental, nous entrainant dans une nouvelle guerre froide qui par certains côtés est plus dangereuse que la précédente. Cette guerre, voulue par Washington, a pour but de briser les rapports Russie-Union européenne nuisibles aux intérêts des États-Unis.

Alors que les USA quadruplent les financements destinés aux forces militaires en Europe, décision a été prise de renforcer la présence militaire “avancée” de l’OTAN en Europe de l’Est. Après avoir englobé tous les pays de l’ex-Pacte de Varsovie, trois de l’ex-Yougoslavie et trois de l’ex-URSS -, L’OTAN continue son expansion vers l’Est et prépare l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine (déjà, de fait, dans l’OTAN), en déplaçant ses bases et ses forces armées, y compris nucléaires, toujours plus près de la Russie.

Une telle stratégie représente une menace croissante également pour l’Europe. L’Ukraine, où les formations néonazies ont été utilisées par l’OTAN lors du putsch de l’Euromaidan, est devenue le centre de recrutement des néonazis pour toute l’Europe. Ces éléments une fois formés par les instructeurs de la 173e division aéroportée en provenance de Vicenza sont renvoyés dans leur pays munis du “laissez-passer” de leur passeport ukrainien. Il se crée ainsi les bases d’une nouvelle organisation paramilitaire secrète de type “Gladio”.

Les USA et l’OTAN préparent d’autres opérations sur le front méridional, en lien étroit avec celui oriental. Après avoir fait semblant pendant des années de combattre l’EIIL et d’autres groupes, en leur fournissant secrètement des armes via la Turquie, les USA et leurs alliés demandent aujourd’hui un cesser-le-feu pour “raisons humanitaires”. La raison en est simple : les forces gouvernementales syriennes appuyées par la Russie sont en train de libérer toujours plus de portions du territoire syrien jusqu’ici occupées par l’EIIL et d’autres formations, qui reculent également en Irak.

Dans le même temps, l’OTAN renforce son soutien militaire à la Turquie, qui avec l’Arabie saoudite, vise à occuper une partie du territoire syrien proche de la frontière. C’est dans ce but que l’OTAN, sous le couvert officiel de contrôler le flux de réfugiés (résultat de la guerre USA/OTAN) déploie en Mer Égée ses navires de guerre du 2e groupe naval permanent, qui vient tout juste de terminer une série d’opérations d’entrainement avec la marine turque.

[…]

La suite : http://www.mondialisation.ca/il-est-urgent-de-sortir-de-lotan/5509734

- See more at: http://www.mondialisation.ca/il-est-urgent-de-sortir-de-lotan/5509734#sthash.iXGXNTnA.dpuf

D’autres liens:

http://francaislibres.org/2015/10/27/petition-du-comite-valmy-pour-la-sortie-de-la-france-de-lotan/

http://ilfattoquotidiano.fr/il-est-urgent-de-sortir-de-lotan/#.Vs1hV3n2bX4

http://ilfattoquotidiano.fr/litalie-toujours-plus-au-coeur-du-dispositif-europeen-de-lotan/#.Vs1h2Xn2bX4

http://ilfattoquotidiano.fr/giulietto-chiesa-pacte-usa-turquie-contre-leiil-les-deux-comperes-feignent-de-combattre-les-coupeurs-de-tetes/#.Vs1iRnn2bX4

La pétition sortir de l’OTAN initiée par le Comité Valmy :

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6031

Lire la suite

Il est urgent de sortir de l’OTAN, par Comita No Nato.

24 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Grèce, #L'OTAN., #L'Italie., #l'Allemagne, #La France, #L'armée française, #La Russie, #Ukraine

Il est urgent de sortir de l’OTAN

no_guerra_no_nato

Le 20 février s’est tenue l’assemblée nationale du Comité No Guerra No Nato (Non à la Guerre, Non à l’OTAN), qui a validé le document que nous soumettons à votre attention ici. Ce texte synthétise un jugement extrêmement critique de la situation dans laquelle nous sommes plongés aujourd’hui, avec un risque de guerre toujours plus fort chaque jour. […] 

* * *

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ “NON À LA GUERRE, NON À L’OTAN“ 

Nous sommes en état de guerre sur deux fronts qui deviennent de jour en jour plus incandescents et périlleux.

Tout en accusant la Russie de “déstabiliser l’ordre de la sécurité européenne“, l’OTAN sous commandement US a rouvert le front oriental, nous entrainant dans une nouvelle guerre froide qui par certains côtés est plus dangereuse que la précédente. Cette guerre, voulue par Washington, a pour but de briser les rapports Russie-Union européenne nuisibles aux intérêts des États-Unis.

Alors que les USA quadruplent les financements destinés aux forces militaires en Europe, décision a été prise de renforcer la présence militaire “avancée” de l’OTAN en Europe de l’Est. Après avoir englobé tous les pays de l’ex-Pacte de Varsovie, trois de l’ex-Yougoslavie et trois de l’ex-URSS -, L’OTAN continue son expansion vers l’Est et prépare l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine (déjà, de fait, dans l’OTAN), en déplaçant ses bases et ses forces armées, y compris nucléaires, toujours plus près de la Russie.

Une telle stratégie représente une menace croissante également pour l’Europe. L’Ukraine, où les formations néonazies ont été utilisées par l’OTAN lors du putsch de l’Euromaidan, est devenue le centre de recrutement des néonazis pour toute l’Europe. Ces éléments une fois formés par les instructeurs de la 173e division aéroportée en provenance de Vicenza sont renvoyés dans leur pays munis du “laissez-passer” de leur passeport ukrainien. Il se crée ainsi les bases d’une nouvelle organisation paramilitaire secrète de type “Gladio”.

Les USA et l’OTAN préparent d’autres opérations sur le front méridional, en lien étroit avec celui oriental. Après avoir fait semblant pendant des années de combattre l’EIIL et d’autres groupes, en leur fournissant secrètement des armes via la Turquie, les USA et leurs alliés demandent aujourd’hui un cesser-le-feu pour “raisons humanitaires”. La raison en est simple : les forces gouvernementales syriennes appuyées par la Russie sont en train de libérer toujours plus de portions du territoire syrien jusqu’ici occupées par l’EIIL et d’autres formations, qui reculent également en Irak.

Dans le même temps, l’OTAN renforce son soutien militaire à la Turquie, qui avec l’Arabie saoudite, vise à occuper une partie du territoire syrien proche de la frontière. C’est dans ce but que l’OTAN, sous le couvert officiel de contrôler le flux de réfugiés (résultat de la guerre USA/OTAN) déploie en Mer Égée ses navires de guerre du 2e groupe naval permanent, qui vient tout juste de terminer une série d’opérations d’entrainement avec la marine turque.

C’est aussi la raison du déploiement des avions-radars AWACS, véritables centres de commandement volants pour la gestion des zones de guerre.

C’est dans ce même contexte stratégique que s’inscrit l’opération, emmenée en théorie par l’Italie, mais pilotée en réalité par les USA à la tête de la “coalition” qui s’apprête à envahir la Libye pour occuper les zones côtières, les plus importantes stratégiquement et économiquement, sous le prétexte officiel de les libérer des terroristes de l’État islamique (EIIL). Un nouvelle guerre USA/OTAN se prépare, après celles de l’Irak en 1991, la Yougoslavie en 1999, l’Afghanistan en 2001, l’Irak en 2003, la Libye en 2011, la Syrie en 2013, toutes accompagnées de formations terroristes comme l’EIIL, pièces essentielles dans cette stratégie.

Cette opération a été mise en point par les Etats-Unis, en concertation non pas avec l’Union européenne (UE), parfaitement inexistante comme entité unitaire, mais avec les grandes puissances européennes que sont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Des puissances qui, souvent concurrentes entre elles ou avec les USA, se rejoignent et unissent leurs efforts lorsqu’il s’agit de leurs intérêts fondamentaux.

Auourd’huit, 22 des 28 pays de l’UE, avec plus de 90% de la population de l’Union, font partie de l’OTAN, qui est reconnue par l’UE comme fondamentale pour la défense collective“. Le commandement est toujours US : le commandant suprême allié en Europe est nommé par le président des États-Unis, et tous les hauts postes de commandement-clefs de l’OTAN sont aux mains des USA.

Rappelons à ce propos l’orientation stratégique énoncée par Washington au moment de la dissolution du Pacte de Varsovie et du démantèlement de l’URSS : “Les États-Unis restent le seul État avec une force, une portée et une influence en toutes dimensions – politique, économique et militaire- réellement mondiale. Il n’existe aucun substitut au leadership américain. Il est fondamental de conserver l’OTAN comme canal d’influence et de participation étasunienne aux affaires européennes, en interdisant la création de dispositifs purement européens qui nuiraient à la structure de commandement de l’Alliance.”

On ne peut pas imaginer construire une Europe différente sans se libérer de la domination et de l’influence que les USA exercent sur l’Europe, directement ou par l’intermédiaire de l’OTAN.

Aussi parce que l’avancée USA/OTAN vers l’Est et le Sud concerne déjà la région Asie-Pacifique, avec pour objectif final la Chine, qui est en train de se rapprocher de la Russie. C’est l’ultime tentative des États-Unis et des autres puissances occidentales pour maintenir leur suprématie économique, politique et militaire, dans un monde où les 1% plus riches possèdent plus de la moitié de la richesse globale, et dans lequel apparaissent de nouveaux acteurs sociaux et étatiques qui pressent pour l’établissement d’un nouvel ordre économique mondial.

Cette stratégie agressive a provoqué une hausse considérable des dépenses militaires mondiales, entrainées par celles des USA, qui sont remontées en valeur réelle, au niveau de ceux de la Guerre froide : presque 5 milliards de dollars par jour. La dépense militaire italienne se situe en 12e position, avec pratiquement 85 millions par jour. Un gigantesque gâchis de ressources, soustraites aux besoins vitaux des populations.

Dans ce contexte, la position de l’Italie est particulièrement grave : déjà emprisonnée dans la nasse des bases de l’OTAN sous commandement US, elle se voit transformée en plateforme de lancement pour toutes les guerres USA/OTAN sur les fronts orientaux et méridionaux. De plus, violant le Traité de non-prolifération, l’Italie est utilisée comme base avancée des forces nucléaires étasuniennes en Europe, qui sont d’ailleurs sur le point d’être renforcées par l’arrivée des bombes B61-12 destinées à la “première frappe nucléaire.”

Pour sortir de cette spirale guerrière à l’issue catastrophique, il est vital de construire un puissant et vaste mouvement pour sortir l’Italie de l’OTAN, pour une Italie libérée de la présence des bases militaires étasuniennes, pour une Italie souveraine et neutre, pour une politique étrangère basée sur l’article 11 de la Constitution, pour une nouvelle Europe indépendante qui contribue à des relations internationales basées sur la Paix et le respect réciproque, et à la justice économique et sociale.

Rome, le 20 février 2016

Source : Megachip, traduction Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

- See more at: http://www.mondialisation.ca/il-est-urgent-de-sortir-de-lotan/5509734#sthash.iXGXNTnA.dpuf

Lire la suite

Kerry invité à donner des preuves sur le vol MH-17

23 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #le nazisme, #Le fascisme, #Europe supranationale

Source : Consortiumnews.com, le 21/01/2016

Le 21 janvier 2016

Exclusif : Le père d’un jeune américain qui est mort à bord du vol 17 de la Malaysia Airlines insiste pour que le Secrétaire d’État John Kerry fournisse la preuve de ses déclarations précoces selon lesquelles le gouvernement étatsunien possède des détails sur le tir du missile qui a tué 298 personnes, rapporte Robert Parry.

Par Robert Parry

Le père de Quinn Schansman, le seul citoyen américain à avoir trouvé la mort dans la chute du vol 17 de la Malaysia Airlines abattu au-dessus de l’est de l’Ukraine en 2014, a demandé au Secrétaire d’État John Kerry de fournir les informations étatsuniennes qu’il avait citées en déclarant qu’il avait une connaissance précise du lieu d’où le missile anti-aérien suspecté d’être à l’origine de la chute avait été tiré.

Un des mystères du cas MH-17 est le suivant : pourquoi les États-Unis – après avoir déclaré qu’ils possédaient l’information mettant en cause les rebelles prorusses et le gouvernement russe – ont-ils évité de la rendre public, ou même apparemment évité de la partager avec les enquêteurs néerlandais qui menaient l’enquête sur la manière dont l’avion a été abattu et sur qui était responsable.

 

Quinn Schansman, un citoyen à la double nationalité américaine et néerlandaise tué à bord du vol 17 de la Malaysia Airlines le 17 juillet 2014. (Photo issue de Facebook)

Quin Schansman, qui avait la double nationalité américaine et néerlandaise, embarqua sur le vol MH-17 avec 297 autres personnes pour un vol d’Amsterdam à Kuala Lumpur le 17 juillet 2014. Le jeune homme de 19 ans rejoignait sa famille pour les vacances en Malaisie.

Dans une lettre du 5 janvier 2016, Thomas J. Schansman, le père de Quinn, pointe une remarque de Kerry lors d’une conférence de presse du 12 août 2014, lorsque le Secrétaire d’État dit à propos du missile Buck anti-aérien suspecté d’avoir abattu l’avion : “Nous avons vu le lancement. Nous avons vu la trajectoire. Nous avons vu le choc. Nous avons vu cet avion disparaitre des écrans radar. Et donc il n’y a en réalité aucun mystère sur le lieu d’où il a été tiré ni sur l’origine de ces armes.”

Toutefois, le lieu d’où le missile a été tiré est resté un mystère lors de l’enquête sur le vol MH-17. En octobre dernier, lorsque le bureau de la sécurité néerlandais a rendu son rapport final sur la catastrophe, il ne parvenait à situer le lieu du tir que dans une zone de 320 kilomètres carrés dans l’est de l’Ukraine, territoire alors contrôlé à la fois par des forces ukrainiennes et rebelles. (Le bureau de la sécurité n’a pas cherché lequel des adversaires avait tiré le missile fatal.)

Entre-temps, Aimaz-Antey, le fabricant d’armes russe des systèmes Buck, a effectué ses propres expérimentations pour déterminer l’emplacement probable du tir, et l’a situé dans une zone beaucoup plus réduite près du village de Zaroshchenskoye, à environ 20 kilomètres à l’ouest de la zone retenue par le bureau de la sécurité néerlandais, et dans une zone sous contrôle du gouvernement ukrainien.

Quelques jours après la chute, Kerry et d’autres officiels autorisés américains pointèrent du doigt les rebelles prorusses qui résistaient alors à une offensive militaire du régime de Kiev soutenu par les É-U. Le gouvernement russe était alors accusé d’avoir supposément fourni aux rebelles un puissant système Buck anti-aérien capable de descendre un avion de ligne civil volant à 33 000 pieds (10 000 mètres).

Mais  – plus de 18 mois après la tragédie – le gouvernement des É-U n’a jamais rendu publique la preuve annoncée, alors que la Russie a démenti avoir fourni un système Buck aux rebelles et alors que les rebelles ont déclaré qu’ils ne possédaient pas de missiles Buck en état de fonctionner.

Un père angoissé

Thomas Schansman, qui vit en Hollande, a écrit à Kerry, en soulignant que “passer les fêtes de Noël et du Nouvel An sans mon fils, a été dur pour ma famille et moi-même” et en insistant auprès du Secrétaire d’État pour qu’il donne l’information américaine sur le sujet.

“Ce que je comprends, c’est que ni le gouvernement néerlandais ni le bureau de la sécurité néerlandais n’ont reçu officiellement l’information radar de la part des É-U à laquelle vous aviez fait référence. Elle n’est pas présente dans le rapport du bureau de la sécurité et n’est pas non plus du domaine public,” écrivait Schansman.

“Au nom des parents en deuil, et pour aider la recherche de la justice, je demande que les États-Unis fournissent au bureau de la sécurité néerlandais les informations radar auxquelles vous avez fait allusion dans votre conférence de presse et tout autre information disponible et pertinente (comme des données satellitaires et des données infrarouges) que votre gouvernement a en sa possession.

“Je vous serais très reconnaissant si les États Unis, directement ou par l’intermédiaire de l’OTAN, pouvaient publiquement transmettre au bureau de la sécurité néerlandais les enregistrements radar et satellite des minutes qui ont précédé et suivi la catastrophe… Cela permettrait au bureau de la sécurité de ré-ouvrir l’enquête et d’y inclure un chapitre relatif à cette information, laquelle est essentielle pour la réussite de la poursuite pénale. Je compte sur le soutien du gouvernement des États-Unis pour trouver et poursuivre les responsables de la mort de mon fils, votre concitoyen.”

Kerry n’a toujours pas répondu, mais un officiel consulaire américain, Pamela J. Hack, a envoyé à Schansman une lettre du 14 janvier exprimant ses condoléances pour la mort de son fils et disant : “J’espère que vous recevrez une réponse sous pli séparé… de Washington.”

Un jugement prématuré

Dans les jours qui ont suivi la chute de l’avion, Kerry se positionna en accusant les rebelles prorusses (et implicitement leurs soutiens à Moscou) d’avoir abattu le vol MH-17. Trois jours après la tragédie, Kerry fit le tour des plateaux d’émissions télévisées du dimanche avec des déclarations qui laissaient peu de doute sur la responsabilité des rebelles et des Russes.

Après avoir mentionné des informations glanées sur les “réseaux sociaux”, Kerry déclara au cours de l’émission de la NBC “Meet the Press” (Rencontre avec la Presse) : “Mais plus important encore, nous avons saisi l’image de ce lancement. Nous connaissons la trajectoire. Nous savons d’où il est parti. Nous connaissons le détail horaire. Et c’est exactement à ce moment que cet avion a disparu de l’écran radar.”

Deux jours plus tard, le 22 juillet 2014, le bureau du directeur du renseignement national fit connaître une “déclaration gouvernementale”, citant aussi “les réseaux sociaux” et semblant impliquer les rebelles. Puis ce document donnait la liste des équipements militaires supposément fournis par la Russie aux rebelles. Mais cette liste ne comprenait pas de batterie de missiles Buck ou d’autres puissants missiles anti-aériens.

Le directeur du renseignement national fit en sorte que des analystes du renseignement informent quelques reporters sélectionnés des médias importants, mais les analystes montrèrent bien moins de conviction que leurs mentors auraient pu l’espérer, soulignant qu’il y avait encore de très grosses incertitudes au sujet de la responsabilité du tir.

L’article du Los Angeles Times déclarait “les agences américaines de renseignement ont été jusqu’à présent incapables de définir la nationalité ou l’identité de l’équipe qui a lancé le missile. Des officiels américains ont déclaré qu’il était possible que le SA-11 (désignation du missile anti-aérien Buck de fabrication russe) ait été lancé par un transfuge de l’armée ukrainienne entraîné à utiliser de tels systèmes de missiles.”

L’incertitude des analystes corroborait partiellement ce que m’avait dit une source qui avait été informée par les analystes américains du renseignement peu après la chute de l’avion au sujet de ce qu’ils avaient pu voir sur des photos satellite de haute résolution, et qui selon eux montrait ce qui semblait être du personnel militaire ukrainien actionnant la batterie censée avoir tiré le missile.

La source qui m’a parlé plusieurs fois après avoir reçu des informations supplémentaires au sujet de l’avancement de l’enquête déclara qu’au fur et à mesure que les analystes américains obtenaient davantage d’éléments sur la chute du MH-17 de la part de sources techniques et autres, ils en venaient à penser que l’attaque avait été menée par des éléments voyous de l’armée ukrainienne, ayant des liens avec un oligarque extrémiste ukrainien. [Voir, par exemple, sur Consortiumnews.com “Flight 17 Shoot-Down Scenario Shifts” et “The Danger of an MH-17 Cold Case.”]

Création d’un paria

Mais, officiellement, le gouvernement des É-U ne s’est jamais rétracté, ni n’a précisé ses déclarations initiales. Simplement il est resté silencieux, laissant la place à la croyance répandue que c’était des rebelles prorusses qui étaient responsables de ces atrocités et que le gouvernement russe avait été complètement irresponsable de fournir un puissant système Buck aux rebelles.

Les habitudes de pensée occidentales eurent tôt fait de convaincre l’Union Européenne de rejoindre le gouvernement des É-U en imposant des sanctions économiques à la Russie et en traitant le président Vladimir Poutine comme un paria international.

Pendant que le gouvernement des É-U accusait haut et fort et en même temps cachait les preuves qu’il disait détenir, il devint clair que les agences de renseignement des É-U n’avaient pas de preuves pour étayer la déclaration initiale de Kerry et son jugement précipité mettant en cause les rebelles et les Russes.

En dépit d’une surveillance aérienne intensive de l’est de l’Ukraine à l’été 2014, les É-U et d’autres services de renseignement occidentaux ne purent trouver de preuves que la Russie ait jamais fourni de système Buck aux rebelles ou en ait introduit dans la zone. Le renseignement satellite – examiné aussi bien avant qu’après la chute – ne détecte de système de missile Buck que relevant de militaires ukrainiens dans la zone de conflit.

On pourrait être conduit à la même conclusion du fait que le directeur du renseignement national, le 22 juillet 2014, n’ait pas avancé que des missiles Buck figuraient parmi les systèmes d’armes que la Russie avait fournis. Si de tels Bucks fournis par les Russes avaient été repérés – et les batteries de quatre missiles de 16 pieds de longueur tractées par des camions sont difficiles à louper – leur présence aurait certainement été soulignée.

Mais il n’est pas nécessaire de se fonder sur cette absence de preuve. Dans un rapport du renseignement néerlandais peu remarqué, en octobre dernier et citant des informations du service du renseignement et de la sécurité militaire néerlandais (le renseignement néerlandais), qui en tant que participant à l’OTAN a accès à la surveillance aérienne sensible et à d’autres données pertinentes, il apparaissait que les seules armes anti-aériennes dans l’est de l’Ukraine – capables d’abattre le MH-17 à 33 000 pieds d’altitude – appartenaient au gouvernement ukrainien.

Ce service de renseignement militaire néerlandais fit cette déclaration en tentant d’expliquer pourquoi les vols commerciaux continuaient de survoler la zone de combats de l’est de l’Ukraine à l’été 2014. Il indiqua que sur la base d’informations couvertes par le “secret d’État” il savait que l’Ukraine possédait quelques anciens mais puissants systèmes d’armes anti-aériennes et que “un certain nombre de ces systèmes étaient localisés dans la partie est du pays.”

Mais l’agence de renseignement ajoutait que les rebelles n’avaient pas cette capacité, ne disposant que de missiles anti-aériens à courte portée et de quelques missiles Buck non opérationnels qui avaient été pris sur une base militaire ukrainienne. “Pendant le mois de juillet plusieurs sources crédibles indiquaient que les systèmes présents sur cette base militaire n’étaient pas opérationnels,” déclara le service militaire du renseignement néerlandais. “Donc ils ne pouvaient être utilisés par les séparatistes.”

Les raisons des Ukrainiens

Autrement dit, il est clair – sur la base des commentaires explicites du service de renseignement militaire néerlandais et des omissions des “déclarations gouvernementales” des É-U – que les puissances occidentales n’avaient aucune preuve que les rebelles prorusses ou leurs alliés russes disposaient de missiles Buck opérationnels dans l’est de l’Ukraine, mais le gouvernement ukrainien avait bel et bien plusieurs batteries de tels missiles.

Cela avait également du sens que l’Ukraine déplace des systèmes anti-aériens à proximité de la frontière en raison de la crainte d’une invasion russe, tandis que les militaires ukrainiens poussaient leur “opération antiterroriste” contre les combattants séparatistes d’origine russe qui résistaient au coup d’ État soutenu par les É-U du 22 février 2014, lequel avait évincé le président élu Victor Ianoukovitch dont le soutien politique était dans l’est.

Selon le rapport du bureau de sécurité néerlandais, un avion de combat ukrainien avait été abattu probablement par un missile air-air (vraisemblablement par un chasseur russe) le 16 juillet 2014, ce qui signifie que les défenses ukrainiennes étaient probablement en alerte forte. Les militaires russes déclarèrent aussi que l’Ukraine avait activé un système radar qui est utilisé pour guider les missiles Buck.

Une source du renseignement m’a indiqué que les analystes des É-U examinaient sérieusement la possibilité selon laquelle l’objectif visé était l’avion officiel du président Poutine qui rentrait d’une visite d’État en Amérique du Sud. Son avion et le MH-17 portaient des marques semblables rouge-blanc-bleu, mais Poutine prit une route plus au Nord et arriva sain et sauf à Moscou.

D’autres scénarios possibles consistent en une erreur d’identification par un escadron ukrainien mal entraîné et indiscipliné qui aurait confondu le MH-17 avec un avion russe qui aurait pénétré l’espace aérien ukrainien ou bien que cet escadron aurait procédé à une provocation volontaire en vue de faire porter le chapeau aux Russes.

Quels qu’aient été les coupables, quels qu’aient été leurs mobiles, un point n’aurait pas dû rester dans l’ombre, c’est le lieu d’où est parti le tir. Kerry répéta à plusieurs reprises dans les jours qui ont suivi la tragédie que le renseignement des É-U avait détecté le lancement et savait d’où il provenait.

Alors pourquoi le bureau de sécurité néerlandais doit-il se gratter la tête au sujet d’un missile provenant d’une zone de 320 kilomètres carrés, alors que le fabricant russe localise le lancement 20 km plus à l’ouest ? Alors que l’emplacement du tir est un point crucial dans le débat, pourquoi le gouvernement des É-U empêche-t-il un allié de l’OTAN (ainsi que des enquêteurs à propos d’une catastrophe aérienne majeure) de connaître sa localisation.

On peut penser que si l’administration Obama avait eu des preuves sérieuses montrant que le tir provenait du territoire rebelle, ainsi que Kerry l’insinuait, les officiels des É-U auraient été trop heureux de fournir les données. Ces données pourraient être aussi les seules preuves radar précises. L’Ukraine prétendit que ses principaux systèmes radar étaient hors d’usage au moment de l’attaque, et les Russes– alors qu’ils avaient avancé que leurs écrans radars faisaient état d’un autre avion à l’approche du MH-17 – n’ont pas conservé leurs données brutes.

Thomas Schansman nota dans sa lettre à Kerry : “Le DSB (bureau de sécurité néerlandais) déclara qu’il n’avait reçu aucune donnée brute, d’aucun État… La résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies n°2166 requiert explicitement que les États membres fournissent toute assistance demandée et coopèrent pleinement dans l’enquête. Les données primaires (brutes) des radars sont essentielles pour établir la cause, pour identifier et poursuivre les responsables de cet acte haineux.”

L’opinion communément admise

En dépit des étonnantes failles dans les preuves et de l’échec des É-U à présenter les preuves qu’ils se targuent de posséder, l'”opinion communément admise” des Occidentaux demeure que soit les rebelles prorusses, soit les Russes eux-mêmes ont abattu le MH-17 et ont cherché à cacher leur culpabilité. Une partie de cette certitude provient du jeu pour simple d’esprit qui consiste à répéter que les missiles Buck sont “fabriqués en Russie”, ce qui est vrai mais non pertinent quant à savoir qui a tiré le missile, d’autant que les militaires ukrainiens possèdent des Bucks de fabrication russe.

En dépit du manque de coopération des É-U à l’enquête – et de l’échec du renseignement occidental à détecter des Russes ou des rebelles prorusses armés d’une batterie Buck dans l’est de l’Ukraine – les magistrats néerlandais qui travaillent en relation étroite avec le gouvernement ukrainien disent qu’ils prennent au sérieux les déclarations faites par des blogueurs sur un site britannique appelé Bellingcat et qui ont identifié des soldats russes attachés au maniement d’une batterie de missiles Buck les tenant pour les suspects numéro 1 de l’attaque.

Ainsi, la possibilité n’est pas à écarter que l’enquête conduite par les Néerlandais – en coordination avec le gouvernement ukrainien – finira par mettre en cause des soldats russes alors même que le gouvernement des É-U retient des données qui pourraient résoudre des questions clés telle que localiser l’endroit d’où le missile fatal est parti.

Une accusation de soldats russes justifierait un regain de propagande anti-Poutine et déclencherait sûrement un chœur de dénonciations contre Moscou de la part des médias dominants occidentaux. Mais un tel développement contribuerait peu à élucider le mystère de savoir qui a réellement abattu le MH-17, tuant ainsi Quinn Schansman et 297 autres personnes à son bord.

Le reporter d’investigation Robert Parry a élucidé de nombreuses affaires sur l’Iran et les Contras pour l’Associated Press et Newsweek dans les années 80. Vous pouvez acheter son dernier livre, America’s Stolen Narrative [Les contes volés de l’Amérique], soit sur papier ici ou sous forme électronique (chez Amazon et barnesandnoble.com)

Source : Consortiumnews.com, le 21/01/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Lire la suite

Le roi est nu. Demain, il mourra. Par Françoise Compoint

1 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Europe, #La France, #l'Allemagne, #AMERIQUE, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #l'islamisme, #La Russie, #Ukraine

Le roi est nu. Demain, il mourra. Par Françoise Compoint

Le roi est nu. Demain, il mourra.

Heureusement que la cruauté du titre n’est que métaphorique. Le roi ou plutôt le roitelet, passez-moi cet accès de condescendance, désigne ce système politique occidental qui est à bout de souffle – pas facile d’être vassalisé en long et en large –et qui, croyant jusqu’ici ses valeurs universalisables car infaillibles, constatent son déclin sans pour autant vouloir changer quoi que ce soit. Or, comme ses représentants ne veulent rien changer, ils essayent de se redorer le blason en s’en prenant à d’autres systèmes qu’il est de bon ton d’agonir, voire de menacer. Que ce soit par la force persuasive des médias de propagande, par des sanctions qui n’ont ni queue ni tête ou par le biais d’armées satellites enfermées dans l’Alliance.

Ce qui prête à rire, c’est la mal fou que se donne une civilisation en déroute à montrer qu’elle est exclusive et à donner des leçons de démocratie alors que ses agissement sont simplement ridicules. Ce qui prête moins à rire, c’est le fait que le chaos de la pensée se juxtapose au Mal absolu. Mais au préalable, quelques traits humoristiques pour s’éclater un peu avant de passer aux choses sérieuses …

Alors que les présidentielles étasuniennes approchent, le ministère des Finances US nous annonceque Poutine est corrompu. Suite à ladite déclaration, Gallup relève que 3/4 des Américains trouvent que leur gouvernement est corrompu jusqu’au fin fond des poches obamiennes. Si donc, à en croire le ministère, Poutine a cela en commun avec Obama, je ne vois pas où est le problème. La mort de Litvinenko, agent du MI6, mort survenu suite à un empoisonnement au polonium il y a près de dix ans, serait cette fois et plus que jamais imputable aux méchants gobelins du Kremlin. Outre les accusations de sa veuve, il n’y a rien qui puisse ressembler ne serait-ce qu’à un soupçon de preuve. Toutes mes condoléances au passage, mais tout de même, quand on est lié à la fois au renseignement et aux séparatistes djihadistes tchétchènes, il faut être prêt à se faire liquider à tout moment.

Tout comme pour l’affaire du Boieng malaysien abattu, les griefs les plus tirés par les cheveux sont bons quand il s’agit d’infliger à la Russie de nouvelles sanctions dont la seule visée consiste à exaspérer les masses et orchestrer une énième révolution de couleur, plutôt rouge qu’orange comme l’a joliment démontré le Maïdan. Or, sachant que Kiev a refusé d’annuler son veto sur le déroulement ultérieur de l’enquête – ce qui démontre la culpabilité de la partie ukrainienne – et que les désastres du Maïdan mariés aux joyeusetés migrationnistes que connaît à l’heure actuelle les villes les plus paisibles de l’UE sont autant d’épouvantails même pour certains libéraux russe, il faudrait être d’une stupidité affligeante, voire d’un masochisme incurable pour se laisser encore tenter par ce qui fut la veille encore le fameux rêve civilisationnel européen.

Même la virilité n’a plus sa place dans ce petit monde consumériste que les éléments les plus crados et les plus vils arrivent à envahir, de un, par leur idéologie obscurantiste, de deux, par le viol qui est une arme de guerre psychologique avant même que d’être un moyen de satisfaire ses besoins primaires. Elle est dure la vie quand il faut éviter de léser les sentiments des transexuels et ceux des clandestins délinquants, les deux catégories devenant progressivement les vaches sacrées des sociétés civilisées qui par excès de civilisation s’évertuent à produire des Barbies obèses par égard pour les petites filles obèses. Si un réfugié afghan lapide un trans, je suppose que l’opinion allemande sera très gênée pour choisir la bonne victime.

La France va plus loin ! Sarkozy flirte avec un futur (éventuel) électorat LGBT en déclarant avoir révisé ses vues quant à la loi Taubira et en scandant studieusement que la menace numéro un ce serait, allez donc deviner,non pas le TAFTA, non pas l’impossibilité d’inverser la courbe du chômage, l’endettement exponentiel du pays ou les cellules salafistes actives, que non, mais le FN ! Pendant ce temps, se donnant corps et âme à toutes ces splendeurs du Nouveau Monde, Kiev n’exclut pas un nouveau premier ministre … suédois. Oui, parfaitement, suédois. Un certain Karl Bildt, ministre des Affaires étrangères dans sa dernière vie. S’il aura quelque mal à capter les subtilités du nationalisme ukrainien du moins aura-t-il le mérite d’être tout sauf ukrainien.

Examinés séparément, ces symptômes ne trahiraient pas grand-chose. En revanche, imbriqués comme ils le sont ici, ils révèlent un monde moribond qui s’inscrit dans la phase 6 du déclin des Empiresdécrite par le Lieutenant-Général Sir Glubb(voir le Destin des Empires). J’ajouterais qu’en plus d’être moribond ce monde est aussi criminel. Les oligarques qui le dirigent sont des criminels hélas partiellement élus par des nations qui ne voient pas ou ne veulent pas voir qu’ils sont tels.

Voici deux exemples d’actualité qui permettront d’éviter des énumérations par trop redondantes.

Premier exemple. Le système atlantiste a l’habitude de flanquer le nez là où il conviendrait de le lui couper à des fins de sécurité. Comme en général il reproduit le même scénario, il ne nous échappera pas que l’un de sesleviers d’influence privilégiés, ce sont des opposants dits libéraux du genre Kassianov, chef du parti PARNAS et ancien Premier ministre de Poutine. Il importe peu de savoir si ce triste sire récolte 1,5% ou 2% des voix tout comme en récoltait, de son vivant, Nemtsov. Ce qui importe, c’est le choix d’une personnalité quiinvitée à s’exprimer devant l’Assemblée parlementaire du Conseil d’Europe appelle à rendre la Crimée à l’Ukraine quitte – connaissant les résultats du référendum du 16 mars 14 – à noyer la péninsule dans le sang. Ce qui importe aussi, dans cette optique, ce sont les liens entretenus par cet « opposant » anti-national et anti-systémique avec l’ancien président du Majlis tatar criméen, Djemilev,qui avec le ministre de l’Intérieur turc concoctent tout deux, enfin, tout trois, avec Kassianov, la libération d’une Crimée qu’ils estiment occupées … comme par hasard, j’imagine, par des Criméens. Gardons bien à l’esprit que la Turquie participe à l’organisation et au financement de bataillons salafistes qu’elle pense diriger, l’instant propice, contre un territoire revendiqué depuis plus de 200 ans. Gardons également à l’esprit que le soi-disant pacifique Djemilev n’a pas hésité à se présenter en 2006 au Congrès constitutif du Front anti-impérialiste rassemblant islamistes et néo-nazis, le sulfureux Iarosh en tête. En d’autres termes, Strasbourg en vient à donner une tribune – tribune d’honneur ! – à un collabo aussi proche, à ses fins traîtressses, du salafisme que du néo-nazisme. Bravo. On savoure à fond les fameuses valeurs démocratiques atlantistes.

Deuxième exemple. Ça repasse par la Turquie, désolée pour si peu d’originalité! J’ai comme l’impression que la comédie anti-Daesh de la coalition se termine au nord et au nord-est de la frontière turco-syrienne une forte concentration de troupes turques y étant avérée. Expliquant cette percée progressive par la nécessité de réprimer le séparatisme kurde et la montée en puissance des takfiris, la Turquie reste très discrète quant à son intention de créer une sorte de zone tampon entre les villes syriennes de Djarablous et d’Azaz. Le hasard a voulu qu’une telle initiative voit le jour après la visite de Biden à Ankara ce qui est d’autant plus inquiétant quand on sait qu’il s’agit du tuteur de Porochenko et quand on voit ce que ça donne en plein centre de l’Europe. Si donc on en arrive demain à une confrontation armée massive et directe entre les forces armées turques et les forces armées syriennes, je me demande ce que pourra entreprendre la Russie contre un membre de l’OTAN. Un membre de l’OTAN, soulignons-le, qui parvient à le rester, de un, en assurant le passage de convois pétroliers de l’EI via son territoire, de deux, en en achetant une certaine partie comme en témoignent non pas les médias russes mais le New York Time et le Guardian, de trois, à faire transiter du coton syrien comme le rapporte la Tribune de Genève, de quatre, à acheminer du shit afghan vers l’Europe en le faisant préalablement passer via la Syrie et l’Irak … de quoi se poser quelques questions avant de griller un joint.Plus concrètement encore, il y a quelques jours, la police serbe a mis la main sur 16 kg de joyeusetés évanescentes exportées grâce à Daesh en direction de l’Europe via notre alliée, la Turquie. Celle-ci est même tellement notre alliée que le Conseil de l’Europe vient d’adopter le turc comme une de ses langues officielles : reconnaissons qu’il faut vraiment l’avoir mérité !

Résumons : l’euro-intégration passe fichtrement mieux si vous violez des Européennes et/ou trafiquez d’une façon ou d’une autre avec l’EI en en faisant profiter les oligarchies occidentales.

Si vous voulez rester ce qu’on vous demande d’être – un bon citoyen de l’UE attaché aux valeurs démocratiques qui sont forcément votre religion – vous devez, si vous êtes du sexe mâle, éviter de défendre vos femmes et vos filles, si vous êtes des deux sexes, accepter toutes les conditions que vous imposent, sous couvert de nobles principes, les oligarchies au pouvoir qui à leur tour sont les marionnettes d’autres oligarchies qu’on voit un peu moins sur le petit écran et qui elles ne risquent pas de se retrouver à défendre leur bout de terre contre les mujâhid. En attendant l’inévitable, on nous enjoint de rester politiquement correct. Même l’Eglise est politiquement correcte. Comment défendrait-elle alors sa Fille aînée? Permettez-moi de citer la très juste remarque de l’archevêque d’Alep, Monseigneur Jeanbart, pour qui l’Eglise, à l’instar du Christ, n’a pas à être politiquement correcte mais politiquement juste. Aujourd’hui, l’Europe vassalisée n’a ni politique, ni diplomatie, ni valeurs réelles.Comment tendrait-elle au Juste? Suspendue entre les lauriers d’un passé glorieux, de vagues espoirs projetés dans un non moins vague futur, elle patauge dans un présent mêlant le ridicule au crime.

Cela étant dit, quand un cycle touche à sa fin, il repart à zéro. Le monde que je viens de décrire est un monde moribond. Demain, il mourra. L’Humanité étant prête à souffrir tant que les maux sont supportables est-il dit dans un extrait de la Déclaration d’indépendance des USA, il se trouve que les maux qui minent aujourd’hui les Européens sont de moins en moins supportables. Le réveil n’est pas loin et sera dans une certaine mesure conditionné par trois facteurs :

  1. L’issue des négociations de Genève entre les pro et les anti-Assad. S’y surajoutent les provocations armées que semble préparer la Turquie ses forces aériennes venant de passer au niveau d’alerte orange.
  2. L’issue des élections présidentielles US.
  3. L’attitude des clandestins déjà présents en UE suite aux flux massifs attendus au printemps 2016.

Françoise Compoint

Lire la suite

Quand la diplomatie turque perd ses nerfs !

1 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #Ukraine, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Grèce, #Terrorisme, #islamisme

Quand la diplomatie turque perd ses nerfs !

Quand la diplomatie turque perd ses nerfs !

Le 01 février 2016

Ce mercredi 28 janvier avait lieu dans les locaux de l’institut de la démocratie et de la coopération une conférence sur le thème : « La Turquie d’Atatürk à Erdogan : quelles évolutions ? »

Participaient à cette conférence, le Professeur Darko Tanaskovic, ambassadeur de la Serbie auprès de l’UNESCO et auteur de l’ouvrage, «neo-ottomanism» (Belgrade Civis 2010), Fabrice Monnier, auteur de « Atatürk, naissance de la Turquie moderne » (Paris CNRS édition, 2015) et Victor Nadein-Raevskiy, chercheur à l’institut de l’économie mondiale et des relations internationales (Moscou) et bien sur sous la présidence de Madame Natalia Narotchnitskaïa, présidente de l’I.D.C. Et ancienne député à la Douma.

En introduction, Madame Narotchnitskaïa présenta ses invités, ainsi que les représentants de l’ambassade turque (présents dans l’assemblée) et nous gratifia d’un petit résumé géopolitique des relations entre la Turquie et l’Europe. Elle nous livra également son sentiment sur l’abandon par l’actuel régime, de la voie tracée par Atatürk pour s’engager vers une nouvelle direction, celle du néo-ottomanisme. Madame Narotchnitskaïa rappela également que le « revival » du pan-turquisme réapparut et se développa à l’aube des années 90 à la chute du mur de Berlin et de l’effondrement de l’Union Soviétique.

Ce fut ensuite à Mr Fabrice Monnier de nous présenter sa vision de l’évolution de la géopolitique turque. Monsieur Monnier insista sur le fait que la politique turque a toujours été expansionniste. Que la Turquie, même sous le nationalisme kémaliste, était toujours conquérante. Il nous rappela, par exemple, l’interventionnisme des kémalistes au delà de l’état nation turc, que ce soit à Mossoul ou Alexandrette. Monsieur Monnier mit en parallèle ces interventions à visée expansionniste avec l’actuel politique du régime de Recep Tayyip Erdogan dans le Kurdistan irakien en faisant allusion, notamment, aux revendications envers le Vilayet de Mossoul… région, comme chacun sait, très riche en pétrole…. Le néo-ottomanisme de Monsieur Erdogan cherchant à réussir la où les kémalistes avaient échoué, c’est à dire reprendre Mossoul.

Ensuite le professeur Tanaskovic évoqua avec érudition, l’histoire turbulente de la Turquie en relevant ses incessantes continuités et discontinuités, ses conquêtes et ses reculs, sa politique tantôt agressive tantôt sereine. Le professeur Tanaskovic insista, par contre, sur une constante de la politique turque au cours des siècles : sa stratégie expansionniste (qu’elle soit guerrière, linguistique, culturelle ou économique). Stratégie représentée aujourd’hui, selon le professeur, par le néo-ottomanisme développé par le régime de Monsieur Erdogan. Un néo-ottomanisme nié par les chancelleries occidentales, la Turquie étant, pour nos élites, un exemple de république musulmane et moderne. Le professeur insista également sur la synthèse idéologique, mis en place par le régime Erdogan, les premières années, amalgamant islamisme, kémalisme et impérialisme. Cet équilibre tend à disparaître petit à petit, pour laisser place, de plus en plus, au premier point de ce « triptyque », l’islamisme de moins en moins modéré.

L’intervention suivante fut plus concentrée sur l’histoire turque des XXème et XXIème siècle, sur la naissance du Kémalisme et sur les changements apportés par cette idéologie. Tout d’abord, ce fut l’abandon de la politique pan-turquiste d’expansion pour ériger un nouvel état moderne, ensuite ce fut la mise à l’écart du clergé de toutes les sphères du pouvoir et bien sur la mise en place de la laïcité. Malgré tout, Atatürk se lança également dans une réforme ambitieuse de la langue afin de faciliter les communications entre populations turcophones au delà des frontières des états nations. Ce dernier point, pour Mr Nadein-Raevskiy, réactiva une forme de pan-turquisme basé sur la langue.

Ensuite notre dernier orateur, rappela les premières années du régime Erdogan en évoquant ses prises de position. Tout d’abord en faveur de la population Kurde avec la possibilité de parler leur langue, avec l’ouverture de journaux, radios, télés en langue Kurde et sur les négociations avec le leader Kurde Öcalan. Monsieur Nadein-Raevskiy insista également sur les relations entre Erdogan et Gulen, sur leur lune de miel idéologique et sur la mise en place de la part de Gulen d’un véritable renouveau estudiantin. Ce renouveau créa une nouvelle génération de jeunes turcs, une nouvelle élite avec une vision du monde très influencée par l’islamisme de Gulen. Puis Monsieur Nadein-Raevskiy se montra plus vindicatif envers Recep Tayyip Erdogan et se livra à une charge virulente contre le régime turc actuel, accusant notamment le président Turc de multiples traîtrises aussi bien envers ses alliés (en l’occurrence Gulen) qu’envers ses partenaires économiques (évoquant de manière à peine voilée, le dossier Turkish-stream). Mr Nadein-Raevskiy s’éloigna du sujet de la conférence et évoqua la traitrise de l’état turc suite à la destruction du bombardier russe en Syrie, accusant ouvertement la Turquie de guet-apens prémédité avec l’appui de ses alliés de l’OTAN…

Ce fut certainement ces derniers propos qui provoquèrent la colère noire de l’attaché de l’ambassade turque de Paris…qui pris la parole à son tour, afin de dénoncer les « accusations calomnieuses » faites à son pays et à son gouvernement. Ce Monsieur se lança ensuite dans une charge immodérée contre la Russie et son président, les accusant de violer les frontières de leurs voisins (faisant allusion à l’Ukraine), de massacrer de nombreux civils (en Syrie)… des crimes que la Turquie, quant à elle, ne commettait pas (sic). La jeunesse de cet attaché d’ambassade, probablement, lui faisait oublier le génocide arménien, les massacres des populations grecques, l’occupation de la partie Nord de Chypre mais aussi les actuelles incursions de l’armée turque en Irak ou en Syrie. Suite à cela, la délégation turque quitta la salle….laissant le soin à Mr Nadein-Raevskiy de terminer la conférence en nous mettant en garde contre le soi-disant islamisme « modéré », qui selon lui….n’existe pas !

Bernard Decocq

Lire la suite

La peur des Rouges ? Ça marche plus ! Par Finian Cunningham.

29 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La mondialisation, #La Russie, #La France, #l'Allemagne, #L'Italie., #Ukraine

La peur des Rouges ? Ça marche plus !


Finian Cunningham
Finian Cunningham

Par Finian Cunningham – Le 20 janvier 2016 – Source Sputniknews

Les gouvernements américain et britannique lancent une nouvelle campagne de presse pour diaboliser la Russie, avec de grandes déclarations selon lesquelles le Kremlin infiltre des partis politiques et des médias d’information. L’ignoble but des Russes, nous dit-on, est de détruire l’Union européenne.

Nous avons déjà vu des versions de cette tactique de la peur à propos de l’Ukraine et de Poutine le nouvel Hitler. Mais ce que qu’illustre cet exercice à faire bâiller d’ennui est que le vieux sortilège agité par leurs dirigeants n’agit plus sur le public occidental. L’opium de la propagande occidentale est périmé.

Peu importe la Russie. L’UE n’a personne d’autre à blâmer sinon elle-même pour ses tensions et difficultés présentes, dues à sa lâche soumission à la politique irresponsable de Washington.

Vingt-cinq ans après la fin de la Guerre froide et la dissolution de l’Union soviétique, Washington et son fidèle acolyte de Londres cherchent désespérément à revenir en arrière, au bon vieux temps où ils pouvaient contrôler leur opinion publique avec des histoires cauchemardesques.

Rappelez-vous ces bons vieux croquemitaines de Rouges sous le lit, la menace rouge, l’Empire du mal, et toute cette sorte de choses, lorsque les autorités occidentales mobilisaient leurs populations par la peur et l’appréhension que «les Russes arrivent» [avec le couteau entre les dents, NdT].

Si on regarde en arrière aujourd’hui, il semble incroyable que ce lavage de cerveau occidental ait réussi avec de telles tactiques d’épouvante. À l’époque, il fonctionnait très bien. Cela a permis aux États-Unis et à leurs alliés de l’Otan de construire un immense arsenal d’armes nucléaires capables de réduire plusieurs fois la planète en cendres ; cela a permis en particulier aux États-Unis d’intervenir militairement dans des douzaines de pays dans le monde, de renverser leurs gouvernements et d’y imposer des dictatures brutales – sous le prétexte de défendre le monde libre contre les méchants Russes.

La semaine dernière, nous avons eu un remake de la recette de lavage de cerveau de la Guerre froide. Le Daily Telegraph britannique, un fourrier notoire de la guerre psychologique, a publié un reportage décrivant la Russie et le président Vladimir Poutine comme un spectre malfaisant qui tente de briser l’unité européenne en «finançant des partis politiques» et en tentant une «déstabilisation soutenue par Moscou».

Le journal, appelé par dérision le Torygraph en raison de ses liens profonds avec l’establishment politique de droite en Grande-Bretagne, citait anonymement des responsables du gouvernement disant :

«C’est vraiment une nouvelle Guerre froide, là. Juste en face de l’UE, nous voyons une preuve alarmante des efforts russes pour défaire le tissu de l’unité européenne sur toute une série de questions stratégiques vitales.»

Le même article déclarait que le Congrès américain avait ordonné à James Clapper, le directeur du service de renseignement national étasunien, de «procéder à un examen approfondi du financement clandestin par les Russes des partis européens au cours de ces dix dernières années».

Les partis politiques européens soupçonnés de prétendues manipulations par les Russes incluent le Parti travailliste britannique sous Jeremy Corbyn, Le Front national dirigé par Marine Le Pen en France, ainsi que d’autres partis aux Pays-Bas, en Hongrie, en Italie, en Autriche et en Grèce, selon le Daily Telegraph.

Pas une ombre de preuve n’est apportée à l’appui de l’histoire de la supposée conspiration russe pour déstabiliser la politique européenne. Typiques de la vieille propagande occidentale de la Guerre froide déguisée en informations, les accusations portées contre le gouvernement russe reposaient sur des insinuations, des préjugés et la diabolisation. La Russie et son dirigeant Vladimir Poutine sont malfaisants, parce que… eh bien, euh, parce que nous disons qu’ils sont malfaisants.

Ce qu’il se passe réellement ici est que les coutures de l’Union européenne craquent à cause du nombre massif de citoyens ordinaires extrêmement déçus de sa monstruosité antidémocratique. Cette désaffection à l’égard de l’UE concerne les électeurs des partis de droite comme de gauche.

Les politiques économiques d’austérité impitoyables, qui accroissent le chômage et la pauvreté, et les coupes draconiennes dans les services publics – tandis que les banques, les bénéfices des entreprises et une minorité de riches deviennent toujours plus riches – ont aliéné de larges couches de la population parmi les 500 millions de personnes qui composent l’UE.

Les dirigeants politiques de l’UE, qu’ils s’intitulent conservateurs, libéraux, socialistes ou autre, se sont montrés impuissants à apporter davantage de politiques démocratiques et à répondre aux besoins des gens. Aux yeux de beaucoup d’Européens, les partis politiques établis sont tous les mêmes, tous suivent servilement une forme de bien-être capitaliste au profit des super-riches déjà bien gavés.

Une grande partie du problème vient de ce que l’Union européenne n’a manifesté aucune indépendance à l’égard de Washington. Les gouvernements européens, sous le harnais de l’Otan, l’alliance militaire dirigée par les Américains, ont aveuglément rejoint les États-Unis dans leurs guerres désastreuses et illégales pour obtenir des changements de régime en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. Ces guerres se sont à leur tour retournées contre l’Europe en lui léguant la pire crise des réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale.

Aggravant encore la difficulté, il y a l’impasse totalement inutile et futile entre la Russie et l’Europe à propos de la crise en Ukraine. Les agriculteurs, les entreprises et les travailleurs européens souffrent à cause de Washington et de la politique de Bruxelles qui a déstabilisé l’Ukraine afin d’isoler la Russie au profit d’un certain agenda politique. Sur ce point, les gouvernements européens sont particulièrement exécrables, puisqu’il devrait être clair que Washington veut isoler la Russie avec le seul objectif de la remplacer comme fournisseur principal d’énergie du continent. C’est ce qu’on appelle se tirer une balle dans le pied.

Étant données toutes ces composantes du problème, il n’est pas étonnant que les citoyens européens soient mécontents de ce qu’on appelle leurs dirigeants politiques. Le mépris populaire pour Bruxelles a atteint des niveaux record, et à juste titre.

La pathétique déférence servile à l’égard des politiques économique et étrangère de Washington se manifeste sous la forme de protestations et de dissidence à l’égard du projet européen dans son entier. La montée de la droite en Pologne, où le parti nationaliste est au pouvoir, est un autre signe des temps.

Mais plutôt que de se mettre à l’écoute du mécontentement généralisé à travers l’Europe, ce que tentent Washington et ses alliés pro-atlantistes comme la Grande-Bretagne est de faire de la Russie un bouc émissaire.

L’ironie de la chose est que Washington et Londres cherchent à lui imputer les misères et la désunion croissantes en Europe. Alors que c’est Washington et Londres qui sont les raisons principales pour lesquelles l’Europe part en lambeaux.

À cette fin, les États-Unis et la Grande-Bretagne relancent les vieilles épithètes de la Guerre froide pour diaboliser la Russie, comme moyen de détourner l’attention de leur propre influence malfaisante et destructrice sur le reste de l’Europe.

Il y a des décennies, la diffamation antirusse a pu agir sur le public. En particulier lorsque des agences de presse occidentales et leurs journalistes infiltrés par la CIA et le MI6 jouissaient d’un monopole efficace sur l’opinion publique. Mais ces temps sont révolus. Le public occidental n’est plus sous l’emprise des histoires effrayantes comme le seraient de petits enfants. Il y a beaucoup de sources d’information alternatives à leur disposition qui leur permettent de se faire une image plus précise.

Et cette image précise des problèmes de l’Europe n’a rien à voir avec de prétendus méfaits russes. La malfaisance est plutôt abondamment attribuée à Washington et à ses gouvernements européens laquais.

La tentative de remake de la peur rouge par Washington et Londres peut facilement être écartée. Mais l’intéressant est que cela manifeste profondément combien ces deux acteurs sont à court d’idées de propagande avec laquelle distraire les populations occidentales de plus en plus inquiètes et en colère.

Les gens veulent des solutions réelles pour surmonter les problèmes sociaux et économiques, et non d’idiotes histoires à faire peur, périmées depuis des dizaines d’années. Plus l’opinion publique occidentale se sent insultée par un tel non-sens, plus elle méprise ses dirigeants. Les puissances capitalistes occidentales, en déroute et impuissantes, sont dans un cul-de-sac. Allez-y, pointez-vous, on vous attend !

Finian Cunningham

Traduit par Diane, vérifié par jj, relu par Diane pour le Saker francophone

Lire la suite