À Paris, comme partout ailleurs, halte à la terreur contre les civils
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À Paris, comme partout ailleurs, halte à la terreur contre les civils
COMMUNIQUÉ DE L’UJFP
L’Union juive française pour la paix, horrifiée par la violence des attaques du 13 novembre et le nombre des victimes civiles qu’elles ont produit, condamne ces attentats meurtriers commis à Paris et à Saint-Denis.
L’UJFP présente ses condoléances aux familles et aux proches des victimes. Elle souhaite à tous ceux qui ont été touchés qu’ils se remettent de leurs blessures.
Rien ne peut justifier ou minimiser la gravité de ces actes. Des usurpateurs, une fois encore, commettent le pire au nom de l’islam, qu’ils salissent.
Depuis plusieurs décennies, les gouvernements occidentaux (Etats-Unis, Europe, Israël) et leurs alliés (l’Arabie Saoudite en particulier) se sont engagés dans une guerre « de civilisation ». En particulier, depuis les attentats de janvier 2015, la France a multiplié ses ventes d’armes à des pays comme l’Arabie saoudite, qui combat aux côtés des commanditaires de l’attentat ou l’Egypte.
Ces gouvernements estiment être en droit d’intervenir partout dans le monde, et tout particulièrement au Proche et au Moyen-Orient, utilisant toutes les armes (à part l’arme nucléaire pour le moment), provoquant quotidiennement la mort de civils, les principales victimes étant les populations majoritairement arabes et/ou musulmanes (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Palestine...). Ce terrorisme d’Etat a puissamment contribué à fabriquer des monstres comme Daesh, et à provoquer des réponses terroristes.
Il est donc indécent de voir le Président de la République annoncer aux Français que nous serions en guerre depuis hier soir alors que cela fait des années que la guerre est portée en Afrique et en Asie, dans une logique de type colonial, et que l’on ne peut s’étonner de réactions en retour alors qu’avant-hier Beyrouth était victime d’un attentat, comme si seul ce qui se passe sur notre sol pouvait être qualifié de guerre.
Il faut définitivement mettre en œuvre les solutions pacifiques et respectueuses des populations qui sont actuellement les plus touchées : syriennes, irakiennes, palestiniennes, kurdes et c’est dans la solidarité avec elles que nous assurerons durablement notre propre sécurité.
Il est inacceptable que ce gouvernement puisse profiter d’une telle situation pour proposer de nouvelles limitations des libertés publiques.
Et déjà ceux qui attisent les haines entonnent les refrains islamophobes. Et déjà les marchands d’armes sont à l’offensive.
L’UJFP poursuivra son action pour une paix juste et durable, contre le racisme, contre la violence terroriste contre des civils d’où qu’elle vienne, et pour que la même valeur soit accordée à toutes les vies humaines.
Le Bureau national de l’UJFP, le 14 novembre 2015
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http://www.npa2009.org/idees/international/vos-guerres-nos-morts
Vos guerres, nos morts
Samedi 14 novembre 2015, mise à jour Samedi 14 novembre 2015, 18:22
Par Julien Salingue.
Fragments.
Ce sont les nôtres qui sont morts la nuit dernière.
À la terrasse d’un restaurant, dans un bar, dans la rue, dans une salle de concert.
Les nôtres.
Morts parce que des assassins ont décidé de frapper en plein Paris et de tirer dans la foule, avec pour objectif de faire le plus de victimes possible.
11h30. Sarkozy vient de déclarer : « Nous sommes en guerre ».
Pour une fois je suis d’accord avec lui. Ils sont en guerre.
Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales.
Et vous nous avez entrainés là-dedans, sans nous demander notre avis.
Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies.
Là-bas, et ici.
Car la guerre n’a pas commencé hier soir. Et elle n’avait pas commencé en janvier lors des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Elle avait commencé bien avant.
En janvier, j’écrivais ce qui suit :
L’une des causes de la sidération qui a touché de larges secteurs de la population, y compris les cercles militants, est la (re-)découverte de cette vérité : oui, la France est en guerre. Une guerre qui ne dit pas toujours son nom, une guerre dont on discute peu dans les assemblées, dans les médias et plus généralement dans l’espace public, une guerre contre des ennemis pas toujours bien identifiés, une guerre asymétrique, mais une guerre tout de même. Les récentes tueries l’ont rappelé de manière brutale à qui l’ignorait, refusait de le voir ou l’avait oublié : la France est en guerre, la guerre fait des morts, et les morts ne se comptent pas toujours chez l’adversaire.
Contre qui la France est-elle en guerre ? Selon les discours et les périodes, contre le « terrorisme international », contre le « jihadisme », contre la « barbarie intégriste », etc. Ce texte n’a pas vocation à discuter de ces dénominations imprécises, des généralisations abusives qu’elles impliquent et des paradoxes qu’elles sous-tendent (alliances à géométrie variable, soutien à des régimes dont les politiques favorisent le développement des courants « jihadistes », participation à des interventions militaires qui renforcent ces courants, etc.). Il s’agit plutôt de souligner que la France a, en réalité, emboîté le pas aux États-Unis de George W. Bush dès septembre 2001 (guerre en Afghanistan, législation « antiterroriste ») et fait sienne, sans toutefois le dire, la rhétorique et la politique du « choc de civilisation ».
Voilà près de 14 ans que la France était en guerre sans l’assumer.
Aucune raison de modifier une ligne de cet extrait. Et dire cela, ce n’est pas manquer de respect aux victimes ou à leurs proches.
L’émotion, l’indignation et la douleur sont évidemment légitimes. Et les assassins qui ont bousillé des centaines, des milliers de vies hier soir, sont inexcusables.
12h. Daech vient de revendiquer. Évidemment. Eux aussi, ils sont en guerre.
D’après l’AFP, citant un témoin présent au Bataclan, l’un des assaillants aurait crié : « C’est la faute de Hollande, c’est la faute de votre président, il n’a pas à intervenir en Syrie ».
On peut fermer les yeux et se boucher les oreilles. Et se laisser enfumer par la rhétorique dépolitisante du « terrorisme aveugle », forcément inexplicable.
Mais les assassins de Paris ne sont pas des pauvres types irresponsables, « fous » ou manipulés par je-ne-sais-quels-services-secrets. On en saura plus dans les heures et les jours qui viennent, mais nul doute qu’ils auront un profil et un discours à peu près similaires à celui des Kouachi et de Coulibaly, à propos desquels, toujours en janvier, j’avais écrit ça :
Les tueurs ont un discours (voir leurs interviews et vidéos, dans lesquelles ils parlent de la Syrie, de l’Iraq, des offenses faites aux musulmans en France et dans le monde, etc.) ; un corpus théorique (voir notamment l'article publié par Mediapart) ; des références organisationnelles (État islamique, al-Qaeda dans la péninsule arabique).
(…) Ils se pensent, rationnellement, en guerre contre une certaine France, et ils se considèrent, rationnellement, en situation de légitime défense. En témoigne cette déclaration de Coulibaly dans sa vidéo posthume : « Vous attaquez le Califat, vous attaquez l’État islamique, on vous attaque. Vous ne pouvez pas attaquer et ne rien avoir en retour ».
Oui, Daech fait de la politique. Ce sont des assassins, mais ils font de la politique.
Et hier soir ils ont frappé fort, très fort.
Aveuglément ? Oui et non.
Oui, parce qu’ils s’en sont pris à des gens qui ne sont pas directement impliqués dans cette guerre, des gens dont le seul crime était d’être là, des gens qui auraient pu être ailleurs et être encore parmi nous aujourd’hui.
Non, parce que frapper de la sorte, c’est lancer un message : « Votre pays est en guerre contre nous, et tant que cette guerre durera, aucun d’entre vous ne sera en sécurité ».
Ils font de la politique. Détestable, mais de la politique.
Nous vivons dans un monde en guerre. La Russie, la France et les États-Unis bombardent la Syrie. L’Arabie Saoudite bombarde le Yémen. Les « opérations » françaises se poursuivent au Mali. Obama a annoncé que ses troupes ne quitteraient pas l’Afghanistan.
D’après le Haut Commissariat aux Réfugiés, il n’y a jamais eu autant de réfugiés et déplacés qu’aujourd’hui, et il n’y a aucune raison que les choses s’améliorent.
Le bilan, à l’heure actuelle, est de 128 morts. 128 morts de trop.
Le 13 novembre 2015, 128 morts.
128, c’est beaucoup. C’est effrayant.
C’est presque autant que la moyenne quotidienne des morts en Syrie depuis mars 2011.
Presque autant que la moyenne quotidienne, oui : 250.000 morts depuis mars 2011, ça fait presque 4500 morts par mois, soit près de 150 morts par jour.
Avis au prochain qui nous expliquera qu’il ne comprend pas pourquoi les Syriens fuient vers l’Europe : depuis plus de 4 ans et demi, c’est le 13 novembre tous les jours en Syrie. Et c’est votre nouvel allié Assad qui en porte la responsabilité première, en ayant réprimé sauvagement un soulèvement alors pacifique.
Nous vivons dans un monde en guerre. Et cela permet à certains de faire des affaires.
La France se félicite de vendre ses machines de guerre à l’Égypte. La France se félicite de vendre ses machines de guerre à l’Arabie Saoudite. La France se félicite de vendre ses machines de guerre aux Émirats arabes unis.
Mais la France s’étonne, s’indigne, s’insurge d’être elle aussi ciblée.
Hypocrisie. Lâcheté. Mensonge.
Les chiens sont lâchés. Leurs babines écument.