
8 DÉCEMBRE 2016 :
Ce 8 décembre, alors que des tentatives de toutes parts cherchent à arrêter les combats à Alep, le Président Bachar al-Assad a accordé un long entretien au quotidien syrien Al-Watan pour répondre à nombre de questions qui intéressent les Syriens. Interrogé sur Alep, il a répondu en ces termes :
« La décision de libérer toute la Syrie des terroristes, y compris Alep, est prise depuis le début. Nous n’avons jamais envisagé d’autre décision pour aucune région du pays. C’est l’évolution des combats au cours de cette dernière année qui a mené aux résultats militaires auxquels nous assistons. En d’autres termes, la récente opération de libération de la région est d’Alep n’entre pas dans le cadre d’un processus politique, mais dans celui des actions militaires.
Plusieurs raisons expliquent la panique et l’inquiétude pour les individus armés retranchés dans les quartiers est d’Alep, alors que la plupart font partie du Front al-Nosra inscrit sur les listes des organisations terroristes. En résumé : après l’échec des batailles de Damas tout au long des premières années de la crise, puis l’échec des batailles de Homs censée devenir l’un des bastions de la révolution imaginaire ou virtuelle, leur dernier espoir les a dirigés vers Alep.
L’avantage d’Alep, pour les terroristes et leurs souteneurs, est sa proximité géographique avec la Turquie autorisant un appui logistique beaucoup plus facile. D’où la focalisation sur Alep au cours des deux dernières années.
Par conséquent, la libération d’Alep revient à saper leur projet à sa base. Car la libération de Damas, Homs et Alep, signifie que les États concernés et évidemment, les terroristes, ne détiennent plus de véritable atout.
Quant à savoir s’il est juste de dire que « celui qui gagne la bataille d’Alep, gagne la guerre en Syrie », disons que c’est le cas du point de vue militaire, parce que celui qui gagne à Damas ou à Alep, deux villes d’une grande importance politique et économique, remporte un grand succès politique et militaire.
Alep revêt une importance particulière du fait qu’elle est à la base du projet turc. Aujourd’hui, nous savons tous que l’ensemble des États occidentaux et régionaux compte sur la Turquie pour mettre à exécution leur projet destructeur et soutenir le terrorisme. Or, étant donné qu’Erdogan a parié sur Alep en pesant de tout son poids, leur échec à Alep signifie un tournant dans la guerre sur toute la Syrie et, en l’occurrence, l’échec du projet étranger, qu’il soit occidental ou régional.
Ceci étant dit et pour rester réaliste, cela ne signifie pas que la guerre contre la Syrie soit terminée. C’est une étape très importante dans cette direction, mais la guerre ne prendra fin qu’après l’élimination totale du terrorisme. Des terroristes sont encore présents dans d’autres régions et même si nous en avons fini à Alep, nous poursuivrons notre guerre contre eux… » [1].
9 DÉCEMBRE 2016 :
Le lendemain, 9 décembre, un projet de résolution d’« inspiration canadienne » (A/71/L.39) soumis au vote de l’Assemblée Générale des Nations unies, est venu satisfaire Mme Samantha Power qui avait dit le 30 novembre :
« La Russie peut encore utiliser son veto pour empêcher le Conseil de sécurité de donner son aide aux citoyens d’Alep, comme elle l’a fait au mois d’Octobre… À ce moment là, nous devrons réfléchir aux autres moyens auxquels nous pouvons avoir recours, y compris par le truchement de l’Assemblée Générale, pour être plus efficaces et encore plus capables de faire pression… » (1h : 27’ video [2]).
Autrement dit, « nous devrons réfléchir » aux moyens d’empêcher l’Armée arabe syrienne d’éliminer totalement des groupes terroristes sévissant à Alep. Et comme moyen, quoi de mieux que les préoccupations humanitaires du Canada qui n’a pas une aussi mauvaise réputation que les USA en matière de tragédies et de catastrophes humanitaires, engendrées à chacune de leurs interventions hard ou soft ?
En voici un bref résumé [3] tel que rédigé par le site de l’ONU en langue française à l’intention des organes d’information :
« Outre l’appel à l’arrêt des hostilités et à l’accès humanitaire aux zones assiégées, le texte demande l’application intégrale de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité, laquelle réaffirme que le seul moyen de régler durablement la crise syrienne est un processus politique ouvert, conduit par les Syriens, répondant aux aspirations du peuple syrien et mené dans la perspective de l’application des dispositions du Communiqué de Genève du 30 juin 2012.
Telle qu’oralement amendée, la résolution souligne aussi que les auteurs de crimes au regard du droit international, dont certains sont susceptibles de constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité, commis en République arabe syrienne depuis mars 2011, en soient tenus responsables, par le biais d’enquêtes et de poursuites indépendantes et impartiales à l’échelle nationale ou internationale.
Enfin, elle exhorte le Conseil de sécurité à s’acquitter de sa responsabilité en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales en prenant des mesures supplémentaires pour régler la crise en République arabe syrienne.
À l’origine de ce texte, le Canada a fait valoir que cette crise est devenue « la honte de notre temps » mais qu’il ne tient qu’à la communauté internationale de la résoudre. Donnant raison à l’Envoyé spécial de l’ONU, M. Staffan de Mistura, qui a dit que « la logique militaire a pris le dessus sur les préoccupations humanitaires », le représentant canadien a admis que la résolution n’était qu’« une étape ». Par ce « cri du cœur », il s’agit, a-t-il affirmé, de « mobiliser le monde pour qu’il parle clairement et d’une seule voix et dise que la vie humaine compte, que la vie des Syriens compte ».
Favorable à cette initiative, la France a appelé la communauté internationale à s’unir pour exiger l’évacuation des civils de l’est d’Alep et éviter ainsi un massacre dont la République arabe syrienne « porterait l’entière responsabilité ». Une position partagée par les États-Unis, qui ont estimé que la résolution est une façon de dire qu’il faut mettre fin à ce « carnage » et que le « régime syrien » et son allié russe doivent désormais se conformer à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire.
En réponse à cette mise en garde, le représentant de la Fédération de Russie a dénoncé la volonté de certains acteurs régionaux et internationaux de « changer le pouvoir à Damas » et de « redessiner la carte » de la région… ».
Les mots clés de ce résumé sont : application des dispositions du Communiqué de Genève du 30 juin 2012, c’est-à-dire, le retour à la case départ après plus de cinq années de résilience et de sacrifices pour le peuple syrien, les aspirations du peuple syrien étant pures fioritures ; changer le pouvoir à Damas ; redessiner la carte de la région. Le tout emballé par les prétendues préoccupations humanitaires du Canada et, surtout, des « trois mousquetaires », selon l’expression du Dr Bachar al-jaafari, accourus au secours des terroristes de leur choix : les États-Unis, la Grande Bretagne et la France.
Le lecteur pourra suivre sur webtv.un.org [4] le débat que le Dr Bachar al-Jaafari, délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, a qualifié de « jeu de rôles » pratiqué par certaines délégations et, en l’occurrence, par la délégation canadienne. Nous trouverons, peut-être, le temps de traduire son intervention dans son intégralité, dans une deuxième partie.
La résolution a été adoptée par 122 voix pour, 13 voix contre (Bélarus, Bolivie, Burundi, Chine, Cuba, Fédération de Russie, Nicaragua, République arabe syrienne, République islamique d’Iran, République populaire démocratique de Corée, Soudan du Sud, Venezuela et Zimbabwe) et 36 abstentions. Étrangement, après son adoption, des États ayant voté « pour » ont demandé la parole et émis des réserves sur de nombreux paragraphes du préambule de la résolution, par souci humanitaire. Comment un préambule incorrect, peut-il justifier l’adoption de ce qui s’en suit ? Mystère !
Mais, ce 9 décembre, l’Armée arabe syrienne poursuivant sa mission de libération des quartiers est d’Alep a fait quelques découvertes qui devraient les refroidir. Dans deux reportages exclusifs pour Al-Mayadeen TV, la journaliste syrienne Dima Nassif est entrée, avec les premières unités de l’Armée arabe syrienne, dans les quartiers est d’Alep confisqués par les terroristes depuis quatre années.

