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Le blog de Lucien PONS

ARMEE FRANCAISE,le malaise et le déclin? Par Rémy Valat dans Métamag.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'armée française

ARMEE FRANCAISE - Le malaise et le déclin ?
ARMEE FRANCAISE

Le malaise et le déclin ?



Rémy Valat
le 26/11/2013
Des officiers désireux d’enrayer le déclin de notre armée commencent à prendre la parole sous le couvert de l’anonymat. Dans un récent article, nous faisions état du Groupe Janus qui préconise la restauration de la garde nationale. Derrière ces propositions se cache un problème de fond : la perte des valeurs patriotiques de nos soldats et de nos concitoyens... C’est ce constat amer que fait également Magnus Martel dans son ouvrage, Plaidoyer pour l’armée française. Enrayer le déclin. Le chef de bataillon Magnus Martel, qui écrit sous un pseudonyme, est un fils de pieds-noirs, né en banlieue parisienne à la fin de la guerre d’Algérie. Il s’est engagé dans l’armée de terre au début des années 1980 ; il est actuellement chef de bataillon. Ces traits de caractère soulignent au passage l’état de désarroi dans lequel se trouvent les officiers et hommes du rang de notre armée qui partageraient ces vues : être contraint de rompre le voeux de silence, sortir de la réserve au risque de confirmer aux services de renseignements hostiles (et alliés, puisque les communications des principaux dirigeants européens ont été espionnés par la NSA nord-américaine), pour lancer un cri d’alarme. Le manuscrit de ce livre a été adressé, le 14 janvier 2013 , à trois prestigieuses maisons d’édition parisiennes qui n’ont pas donné de suite favorable. La version définitive du texte a été terminée en juillet 2013 et a été publié en septembre. 

Magnus Martel est un partisan du retour à la conscription et dénonce les insuffisances actuelles, en particulier une sur-représentation de l’encadrement et un déclin sévère des qualités physiques et morales des engagés. L’auteur dénonce aussi l’insidieuse immixtion des valeurs marchandes et hédonistes qui n’ont aucune place au sein d’une armée digne de ce nom. Les premières font que, par exemple, le char de combat Leclerc, fleuron de notre armé blindée, péniblement produit par la société GIAT industrie équipe de préférence les formations mécanisées des Emirats arabes unis : 400 exemplaires ont été vendus à cette pétromonarchie de 4,5 millions d’habitants aux dépens de notre armée qui n’aligne que 254 unités ! 

Sans compter le traitement de faveur dont bénéficie les soldats émiratis venus s’entraîner dans les camps français au détriment de nos troupes, souvent en quête désespérée d’un lieu d’exercice... La logique économique mondiale et le flou sur les bénéfices politiques de conflits lointains diluent le sentiment patriotique de soldats professionnels qui sont devenus des mercenaires, car les opérations extérieures (Opex), déclare le journaliste, spécialiste des questions de défense, Jean-Dominique Merchet, « ont mis pas mal de beurre dans les épinards des militaires. Mécaniquement, moins d’Opex signifiera moins de pouvoir d’achat pour les militaires. Ce ne sera pas bon pour le moral ». Des propos identiques à ceux tenus par l’amiral Guillaud, chef d’état-major des armées, le 23 juillet 2012, et qui devraient alerter voire choquer le citoyen attentifs à ces questions : « Toute personne normalement constituée devrait, écrit Magnus Martel, se réjouir du retour à la patrie charnelle en se disant que moins de soldats projetés c’est moins de soldats tués, blessés ou meurtris, moins d’argent dépensé et un monde extérieur théoriquement plus paisible ». 

L’auteur révèle beaucoup de comportements de ses compagnons d’armes qui agissent plus en civils qu’en militaires : l’armée serait devenue une fonction publique comme une autre. La liste des carences est longue. L’externalisation des travaux d’intérêt général et des gardes, par exemple, laisse le lecteur rêveur ; en effet, les tâches de garde, pourtant fondamentales pour un soldat en campagne, sont délaissées à des compagnies privées. Ce qui, outre les coûts, diminue la capacité opérationnelle des soldats, plus enclins, le vendredi soir, à retourner à leurs foyers que de monter la garde... Ce comportement serait révélateur d’un déficit d’un encadrement devenu plus tolérant à l’égard des soldats, parce qu’eux mêmes acteurs du système : les « militaires, écrit encore Magnus Martel, se sont ramollis. Ils sont devenus des opportunistes, des carriéristes assoiffés de reconnaissance, d’avancement, de médailles, et de promotions (...) L’engagé vient à présent chercher avant tout un emploi, un toit, une certaine sécurité, à défaut d’un certain confort. Il n’est pas forcément prêt à se battre pour la France». 

Autre questionnement, que celui de la motivation des militaires professionnels extra-européens : Magnus Martel cite deux exemples : les résultats d’un sondage de l’IFRI, tout d’abord, qui révèle que 10 à 20% des militaires issus de l’immigration, pour majorité maghrébine, se considèrent d’abord Français et seraient prêts à combattre en pays musulman. Enfin, la mutinerie survenue à bord du porte-avion Foch en 1999, au large des côtes albanaises, au cours de laquelle plusieurs dizaines d’engagés maghrébins ont séquestré pendant deux jours leur officier à l’intérieur de la cafétéria au motif que l’aviation embarquée effectuait des frappes au Kosovo, « considéré par eux comme un sanctuaire islamique ». Les mutins ont été délogés par un groupe de fusiliers-marins. Ce refus de combattre en terre d’Islam a été réitéré par quelques soldats en 2009, ce qui ne surprend guère les services de renseignement : selon la DCRI « nombre de soldats musulmans désertent pour aller se battre en Syrie au sein des groupes radicaux ».

L’inquiétude et le malaise sont réels dans notre armée, et un retour à la conscription serait à souhaiter. Le livre de Magnus Martel m’a rappelé une anecdote d’un ami, au sujet de son oncle, ancien « poilu » de la Grande Guerre, qui au moment de la débâcle de 1940, aurait croisé un véhicule civil avec à son bord des officiers d’active battant en retraite vers le sud. L’ancien combattant aurait frappé à leur fenêtre et aurait, en pointant son bras vers l’est, déclaré à un auditoire aussi galonné qu’interloqué : « Verdun, c’est par là ! ». Il est encore temps de se ressaisir : c’est le message de Magnus Martel.


Magnus Martel, Plaidoyer pour l’armée française. Enrayer le déclin, éditions Dualpha, 2013, 284 p.
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